EDITORIAL
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omme aux temps les plus anciens denotre histoire militaire, aguerrir unsoldat ne vise qu’à l’ « habituer aux a-tigues et aux périls de la guerre ». Préoccu-pation de tous ceux qui doivent se préparerpour le combat, ce sujet conservera toute sapertinence tant que la machine n’aura passupplanté l’homme à la guerre, ce qui pour-rait durer longtemps n’en déplaise aux opti-mistes et aux inconditionnels du « progrès ».L’homme, avec toutes ses qualités et sesnombreuses aiblesses, reste au cœur del’arontement. Aussi bien équipé soit-il, il nevaut toujours que par sa capacité à endurer –corps et âme - la tourmente du combat.Il n’y a donc rien d’anachronique à vouloiraguerrir nos soldats, et je crois au contraireque nous commettrions un sérieux contre-sens en imaginant que les avancées de latechnologie ou du droit des conits arméspourraient atténuer cette exigence.Au-delà, deux traits majeurs des conits ac-tuels et à venir, ne peuvent que nous inciter àveiller au maintien de nos qualités guerrières :- les populations resteront à coup sûr l’enjeuet l’environnement principal de nos engage-ments. Or l’inanterie, à pied, débarquée et ôcombien vulnérable, est par nature l’arme ducombat au contact des populations.- la guerre « irrégulière » est plus cruelle etexigeante que toute autre. Elle requiert mé-thode et sang roid pour ne pas assimiler lapopulation à l’ennemi qui l’utilise et l’instru-mentalise. Courage et retenue pour aire aceà ses attaques qui ignorent délibérémenttout du droit de la guerre. Détermination etruse pour le contraindre au combat et le dis-créditer dans son propre camp sans jamaisdéroger à nos propres exigences éthiques.Que dire enfn du décalage croissant quenous mesurons tous entre le conort de la viequotidienne en France et la rigueur de l’enga-gement en opération ?Notre société s’évertue à aire disparaîtrela mort de notre horizon quotidien. La sou-rance et l’accident sont devenus inaccep-tables. Le risque ne peut être qu’encadré,contrôlé, fnalement réduit à néant. Surprise,sourance, risque et parois mort… restentpourtant au cœur du métier de soldat !Comment ne pas voir ici la nécessité de pré-parer nos hommes en développant leur orcemorale avec plus d’acharnement encorequ’autreois ?L’aguerrissement est donc indispensable,plus que jamais nécessaire. Attention ce-pendant d’en bien comprendre le besoin,et donc d’en défnir correctement les carac-téristiques. Nous n’avons guère besoin despécialistes de la « tyrolienne », mais plutôtde développer l’endurance, la résistance à laatigue, à la douleur, à la privation, au stress,et l’habitude de se dépasser. Ce qu’il nousaut, ce sont des hommes de courage, toutsimplement. Ou plutôt devenus courageuxparce qu’ils ont appris à se connaître tout enprenant conscience de la orce de la collecti-vité à laquelle ils appartiennent. En n’oubliant jamais qu’une équipe ne vaut que par le plusaible de ses membres !Le second thème de Fantassin est consacréaux actions amphibies, dont je sais la com-plexité et souligne l’importance. N’oublionspas que près de 80% de la population mon-diale vit à proximité des côtes. La capacitéde projeter une orce terrestre sur une côtehostile, avec un soutien aéronaval, est in-dispensable pour un pays préoccupé par laprotection de ses ressortissants, la déensede ses intérêts ou tout simplement désireuxde compter sur la scène internationale. Cettecapacité a longtemps éténégligée. Grâce aux eortsdéployés de concert par laMarine et l’armée de Terre,elle est aujourd’hui revenue au devant de lascène.Ne nous berçons cependant pas d’illusions.Nous ne pouvons envisager d’opération am-phibie que sur une côte aiblement tenue,dans un rapport de orce très avorable, cequi exclut toute action oensive majeure parvoie des mers. Nos limites sont donc réelles,mais elles correspondent à notre ambitionnationale et répondent surtout à nos enga-gements auprès de l’European AmphibiousInitiative (EAI). Les pays aptes à conduire cegenre d’action ne sont en eet pas nombreux,tant les capacités à détenir sont multiples etexigeantes, dans les domaines techniques ettactiques, comme dans celui des procéduresinterarmes et surtout interarmées.Nous comptons désormais parmi ceux-là etne pouvons que nous en éliciter, en conti-nuant à travailler avec acharnement pourdévelopper nos compétences, sans remettreen cause le choix de la polyvalence que nousavons ait pour les deux brigades concernées.Chacun aura noté que, sur ce plan, l’actualiténous donne raison, tout comme les étudesprospectives conduites par les principalesarmées occidentales. Toutes relèvent l’aug-mentation probable du nombre d’opérationsd’ampleurs limitées, mais parois simulta-nées, débutant par une phase de projectionde orce qui le plus souvent passera par le cielou la mer...
Général de corps d’armée Hervé CHARPENTIER
commandant les orces terrestres
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EAI : European amphibious initiative, qui ras-semble la Grande Bretagne, les Pays-bas, l’Espagne,l’Italie et la France.
EDITORIAL
Général de corps d’armée Hervé CHARPENTIER
commandant les orces terrestres
Like in the most ancient times o our military history,battle hardening a soldier only aims to “make him getused to the difculties and dangers o war”. This is theworry o those in charge o getting ready to fght; it willkeep being relevant as long as machines will not haveovercome men at war, which may last or a while should itdisplease the “optimists” and those who believe undoub-tedly in “progress”.The human being, with all his qualities and his manyweaknesses, stays at the centre o conicts. However wellequipped he might be, he is only worth his capacity toendure the torments o fghting.Wanting to harden our soldiers is then in no way out o date, and I believe in contrary that we would be comple-tely wrong to imagine that the improvement in techno-logy or in the law o armed conicts might diminish thisrequirement.Going urther we are pushed to keep our fghting qua-lities by two major characteristics o present days anduture conicts:-The civilian populations will surely remain the stake andthe main environment o our commitments. And it is theinantry, on oot, and dismounted (and then so very vulne-rable) which is typically the branch in charge o fghting incontact with the populations.-Asymmetric warare is more cruel and demanding thanany other one. It requires organization and coolness inorder not to assimilate the population with the enemywhich uses it and instrumentalises it.It also requires courage and restraint in order to ace theenemy attacks which deliberately ignore any law o war. Itlastly requires determination and deceit in order to pushhim to fght and discredit him among his own supporterswithout ever renouncing to ollow our own ethical requi-rements.Lastly it is necessary to insist upon the growing dierencebetween the comort o everyday lie in France and theharshness o operational commitments.Our society tries more and more to take the idea o deathaway rom our everyday lives. Suering and atalities havebecome unacceptable. Any kind o risk must be moni-tored, controlled, and fnally annihilated. However sur-prise, suering, risk, and sometimes death remain at thecentre o the soldier’s job.This shows how necessary it is to get our men ready by in-creasing their morale strength with even more eagernessthan beore.Battle hardening is then indispensable and more thanever necessary. We must thereore more than ever proper-ly understand its requirement and then correctly defneits characteristics. We don’t really need confdence coursespecialists, but instead we must develop endurance, re-sistance to tiredness, to pain, to deprivation, to stress,and the habit o challenging onesel. What we need aresimply courageous men. Or instead men who will havebecome courageous because they have learnt to knowthemselves while becoming conscious o the strength o the community to which they belong.And they must do so keeping in mind that a team is onlyworth what the weakest one o its members is worth.The second topic o Fantassins is about amphibious ac-tions, whose complexity I know and whose importanceI underline. We must not orget that nearly 80% o theworld population lives in the vicinity o the coastline. Itis absolutely necessary, or a country which cares aboutprotecting its citizens, deending its interests, or who justwants to keep its international inuence, to have the ca-pability to project a land orce on a hostile coastline, witha naval air support. This capability has long been neglec-ted. Thanks to the eort o both the Navy and the Army, itis now back at the ront o the stage.However we must not delude ourselves. We can only en-visage amphibious operations on a lightly held coastlineand with a very avourable ratio o orces. This excludesany major maritime oensive action. We thereore havereal limitations, but those limitations correspond frst toour nation’s ambitions, and mostly to our commitmentswithin the European Amphibious Initiative (Great-Britain,the Netherlands, Spain, Italy, and France). Indeed there arevery ew countries which are able to conduct such ac-tions, since they require multiple and demanding capabi-lities, both in technical and tactical areas, as well as in thefeld o combined arms and joint procedures.We are now part o those countries and we can be proudo it; we must keep working eagerly to improve our com-petences, without questioning the deliberate choice o versatility o the two nominated brigades.Everybody will have noticed that in this area currentevents, as well as the long-range planning studies led bythe main western orces, have confrmed the rightnesso such a choice. All those studies note the probable in-crease o limited size operations; they might sometimesbe simultaneous, and start by a phase o orce projectionwhich most o the time will pass by the sky or sea.