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Supplément Le Monde des livres 2012.03.09

Supplément Le Monde des livres 2012.03.09

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02/05/2013

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Lamémoireenécharpe
p r i è r e d ’ i n s é r e r
Commeunepartiedebadminton
«Enchutelibre»,duMauricienCarldeSouza,décritlescontrecoupsdeladécolonisationàtraversledestind’unchampion
Jean Birnbaum
FabienneDumontet
L
a boxe chez Arthur Cravan,le cyclisme chez AntoineBlondin,lefootballchezMon-therlant…certainssportsdé-tiennent un palmarès litté-raireàfairepâlird’envielesmédaillés olympiques. Prenez, enrevanche,lesraresapparitionsdubad-minton dans la littérature française:un innocent passe-temps de curés etdemidinettes.Or,ilsepourraitquelebadminton prépare merveilleuse-ment un personnage romanesqueau…lancerdecocktailMolotov:
«Quel-ques pas d’élan, un petit saut nerveuxsurlajambegaucheetlebrasquipartencoupdefouet.»
Pourpensercela,ilfaut être Carl de Souza, et romancierjusqu’au bout des ongles: autrementdit,savoirquelalittératurepeutsubs-tituerune bombeà unvolantemplu-mé. Ou plutôt, viser à juxtaposer lesdeux, à jamais, dans l’imaginaire dulecteur.
 Enchutelibre,
lecinquièmeetnou-veau roman de l’écrivain mauricien,accomplitcetexploit.Untourdeforcequi reposesurles épaulesde son per-sonnage Jeremy Kumarsamy, «Jem»,champion de badminton déchu etmutilé. Dès les premières pages, cetinternational déclassé apparaît retirédanssamaisonnataledesîlesFernan-dez,uneanciennecoloniebritanniquedel’océanIndienqui,souslaplumeduromancier,possèdetousles traitsdesîles Maurice et Rodrigues. Mais de1982,datedeceretour,lerécitbasculedans les années 1960. Même lieu,autre époque: celle de l’enfance deJem,marquéeparlaproclamationd’in-dépendance de l’archipel. Le départannoncé des colonisateurs ébranlel’universfamilial,dominéparlepère,Samy,unTamoulbaptisé,engagécom-mepolicierauservicedel’Etatetfigu-relocaledescompétitionsdebadmin-ton, et par la tante anglaise, Felicity,quiinitieJemauxplaisirsdecesport.Puis vient le temps des émeutes, quiembrasent les quartiers populaires.Jem s’y rallie sur le chemin de l’écolebuissonnière, précipitant la déchéan-ce de Samy et son propre ostracisme,avant d’être récupéré dans le circuitsportif.UnséjouràLondresplustard,desvictoiresentournoiinternationalseprofilentpourcepetitgénieexplo-sif,sansrieneffacerdesesdrames.Aucontraire, le sol britannique lui enréserverabiend’autres.Retour à l’envoyeur: la
«languedure et complexe»
du badminton,dontlesAnglaisontfixélesrègles,estdevenue celle du Mauricien de Souzapourdécrirelestroublespolitiquesetintimes de la décolonisation. A cetancien champion et entraîneur del’équipe mauricienne, anglophone etfrancophone,convoquantponctuelle-ment le créole à ses débuts mais écri-vant toutes ses fictions en français(dontletrèsbeau
 LesJoursKaya,
paruen2000),rienn’échappedurythmeetdela puissancecachéedece sport,les arrêts de jeu sont à peine tolérés.Jeu brutal, retors et viril quand il estpratiquéparSamy,
«dialogueexquis»
dans les parties disputées avec Feli-city, le «bad» devient aussi le sportdeslaissés-pour-compte,prisédesboi-teux, des vieillards et des gamins desrues, qui détournent à leur guise lescodes sociaux et communautairesdel’île. Lors de chaque match, tout per-sonnaged’
 Enchutelibre
impulseainsiun sens original au
«passage stéréo-typé de cet oiseau qui n’avait aucunmessage accroché à la patte, et dontseule la pureté du vol traduisait cequ’onsignifiait»
.Maislapartielaplusdisputéed’
 Enchutelibre,
laplussportive,deSouzalajoueavecnous,lecteurs,dudébutàlafinduroman.Lerythmedurécitcom-menceàlafaçondeséchangesdefonddecourt,régulier,bâtisurdesphrasessophistiquées, attentives aux moin-dres sensations, amples et précisesdans l’introspection comme dans ladescriptiond’unesociététrèsnormée.Une centaine de pages ainsi, et le lec-teur s’est installé dans le tempo quelui impose l’écrivain. Deux ou troissauts temporels, une scène entre Jemet son institutrice, étirée comme unesuspension hypnotique dans le récit,rendent vigilant; le rythme de ceromandeformationsemodifie.Maisons’attendtoujours,sansarrière-pen-sée, à feuilleter bientôt les morceauxdebravourequ’annonçaitlavisionduhérosdéchu,dèslespremièrespages:son apogée, puis le match de trop, lachutedel’idoleetsablessure.Innocent lecteur! Si Jem sait faireatterrir ses cocktails Molotov au bonendroit, Carl de Souza, lui aussi, aappris du badminton à choisir sespoints d’impact. Il sait entailler unescène, couper dans une phrase pourménager ses effets, créer ses ellipsescomme un coup de fouet. Et, dans ladeuxième partie du roman, le voilàqui sabre les envolées, confisque lesscènesdes grandesvictoiresetmêmecelle,ôcombienattendue,delachutefatale,pourcueilliren quelquesmotsson personnage et son lec-teur sur le bitume à froid,désensibilisés, déstabilisés,sansleurlaisserréaliserlagra-vité des blessures. L’impres-sion de vertige et d’oubli quien résulte est indescriptible,et se partage seulement. Elleplace le lecteur au cœur del’expérience sportive, ces momentsoù l’on jouit d’une extrême acuité etoùl’onplongedansl’inconscience.Untrouble que procurent aussi cesmoments de l’Histoire dont
En chutelibre
se fait l’écho, rythmé par ces
«temps morts»
qui n’en sontpas, quin’ensontjamaisenlittérature.
p
8
a
Le feuilleton
Eric Chevillardest vampirisépar Pablode Santis
6
a
Histoired’un livre
Chocolat clownnègre,
deGérard Noiriel
10
a
Rencontre
Herta Müller,ciseaux en main
2-3
a
Dossier :nouvellesfamilles
Les affinités
selonFrançoisNoudelmann.
Traversée:
par-delàle modèle«naturel»
V
oilàunromanquin’estpaslàpouraffirmerquoiquecesoit,cen’estpaslestyledelamaison,d’ailleursletexteenquestion,quirépugneàconclure,n’admetlespointsques’ilsportentl’interroga-tionoul’exclamation,ledouteoul’enthousiasme,unpeucommelalettrequiluidonnelecoupd’envoi,àceroman,unelettresignéed’uncertainBahi,jadisemployédefermedansl’Algériecoloniale,etquiaujourd’hui,cin-quanteansaprèsl’indépendanceetlesadieuxdanslesang,répondàsonancienpatron,LucianoMalusci,pied-noirteigneux,brutaletpourtantsiattachant,c’estàluidoncqueBahirépond,connaissantbiensonhommemaismagnanime,etsalettrecommencepar
«CherLucia-no!Tunepeuximaginerlajoiequej’airessentieenrece-vanttoncourrier»
,exclamationinauguralequiimprimesonélanaubeautextedeSylvainPrudhomme,ouplutôtàcettepuissantephrasede208pagesquis’intitule
 Là,avaitditBahi
(L’ArbalèteGallimard,19,50¤)etquitolèreàpeinelesmajusculesetlesalinéas,assurémentilfallaitàcejeunehommede32ansautantdefraîcheurquedematuritépourcréeruntelmouvementd’écriture,patient,tâtantleterrain,s’avan-çantàpascomptés,escortantunpetit-filsdechaquecôtédelaMéditerranée,surlestracesdeMaluscietBahi,legrand-pèrerapatriéetsonouvrieralgérien,oui,ilenfal-laitdel’audacepoursillonnerlahaineetlanostalgie,latorturegénéraliséeetlesamitiésparadoxales,laparoledesenfantsamnésiquesetcelledespèreshonnis,bref pourprendreenécharpe,etd’uneseuletraite,leshaillonsdemémoirequiformentnotreconsciencedé-chirée,par-delàlesterritoiresetlesgénérations,alorslaissez-vousporterparcelivre,cherslecteurs,vousyverrezsurgirdessignesquicoupentcourtausilence,despointsd’interrogationetd’exclamation,certes,maissicesmotsn’étaientdéjàtellementusésondiraitplutôtdespointsd’indignation,despointsd’émancipation!
p
5
a
Littératurefrançaise
Nathalie Légerfascinée parBarbara Loden
4
a
Littératurerusse
Avant le Salondu livre (du 16au 19 mars),dont Moscou estla ville invitée,les romans deIouri Bouïda etquelques autres
7
a
Essais
La vie deBarthes décodéepar Marie Gil
9
a
Forum
Lireounepaslire
 Faceaumur,
deCesareBattisti?
Maislematchleplusdisputé,leplussportif,deSouzalejoueavecnous,lecteurs
Flammarion
     P     h    o     t    o     J    e    a    n   -     L    u    c     B    e    r     t     i    n     i
      ©
     F     l    a    m    m    a    r     i    o    n
Enlevé et nostalgique.
 Livres-Hebdo
Ironique et mordant.
 Notre Temps
Inspiré et délicieux.
Version femina
Chapeaubas!
 P RI X  LA N D E R N EA U
Enchutelibre,
deCarldeSouza,
 L’Olivier,314p.,19¤.
GRÉGOIREVIEILLE 
/PLAINPICTURE/READYMADE-IMAGE
Cahierdu«Monde»N˚20881daté
Vendredi9mars2012
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JulieClarini
D
ans certains coinsdu monde, tout estbien codifié, selonl’ordre de la filia-tion: les aînés res-semblent auxpèresetlescadetsàl’onclemater-nel. Point de querelles autour duberceaupoursavoirsilenouveau-né a le menton de son père ou lesourire de sa mère puisqu’on necherchedanslesressemblancesnila preuve de la parenté ni l’assu-rancedeladominationd’unesou-chesurl’autre.Cheznous,toutaucontraire,lestraitssingulierssontinvestisd’unesignificationquedelongsdiscourss’efforcentderévé-ler,parfoisavecunepersévérancebavarde qui ne cessera qu’à lamortdel’intéressé.C’estquenouscherchonsdanslesressemblancesfamiliales(unfront,uneblondeur,unelignedesourcils…)lacertitudeque le lien existe. Au sein desfamilles,cesprétenduesévidences– qui se voient comme un nez aumilieudelafigure–sontdesréser-voirs de sens et de non-dits, dessourcesd’attirancesoudedégoûtssecrets.FrançoisNoudelmannaprouvé,avec
Le Toucher des philosophes
(Gallimard, 2008) qui traitait dulien de ceux-ci à la musique, qu’ilaimaitles cheminsde traverse.Enmélomane,ilsaitquelesvisagesoules silhouettes ont eux aussi leursaccordsou leurscorrespondances.Son nouvel essai,
Les Airs de famille,
nousentretientdecesappa-rentementsréelsoufantasmésquifontl’ordinairedelavieetlafulgu-rance d’une rencontre – ces rela-tions qui ont intriguéProust, Ner-val et Goethe, mais aussi Darwin,Deleuze ou Barthes. Ce dernierexpose, dans
L’Empire des signes
(1970), un petit constat qu’il faitlors de son voyage au Japon: à sevoirreproduitenportraitdansunjournal de Kobé, il se trouve tout
«japonisé»,
les yeux bridés. C’estquelevisageest
«unecitation»,
endéduit Noudelmann,
«les expres-sionsagencentlestraitsdetellesor-tequ’ilsentrentdansuncode,qu’ilss’inscrivent à l’intérieur d’un uni-versdesignesdéchiffrables»
.Ainsi,iln’est nul besoinde gènesoudescaractères transmissibles pourqu’une ressemblance apparaisse,lecontexteladétermineaumoinsautant,sinonplus.Nosapparente-ments sont scientifiquement peufiables. Mieux, ils sont largementimaginaires. Des expériences depsychologie ont montré que, sansinformation sur les liens de pa-renté,noussommesbienpeucom-pétents pour mettre au jour cesfameuses ressemblances; si ellesnoussautentauvisage,nousnefai-sonsenvéritéquelesdéduire.François Noudelmann remar-que avec justesse que c’est ce lienavec l’imagination qui rend lesressemblances précieuses. On envoudraitpresqueauxphilosophesdes Lumières d’avoir jeté aux ou-bliettes de l’Histoire les mer-veilleuses hypothèses sur la per-méabilité du corps de la femme,celles qui voulaient qu’unetelleaccouchât d’un être velu parcequ’elle avait contemplé pendantsa grossesse le tableau d’un Jean-Baptiste recouvert d’une peau demoutonouquetelleautredonnâtle jour à un enfant ressemblant àson prélat, objet de ses penséesconcupiscentes. Noudelmann estsensibleauxcharmesdecesfantas-magories anciennes, à cet imagi-nairedesmétamorphoses,
«carla penséerelationnellequ’ilrecèleest porteuse de vérités autres quecellesdelascience»
.Enunsens,d’ailleurs,sa«philo-sophiedesaffinités»,danslaconti-nuité d’un précédent essai,
Pour en finir avec la généalogie
(LéoScheer, 2004), est une tentatived’échapperàunelecturescientifi-que et généalogiquedes apparen-tements,aucarcandesloisdel’hé-réditéquiontasséchélapoésiedesrelationssecrètes.Elles’offreaussicomme une méditation sur cetrouble qui peut surgir à toutmoment devant une allure, uncorps(etmêmeunpaysageouunemélodie)parce quel’unoul’autreasoudainl’évidencedelafamiliari-té.Combiendevisagesaiméspourles réminiscences qu’ils occasion-nent, les évocations qu’ils déclen-chent? Le théologien suisse Lava-terpratiquaitlaphysiognomonie,l’artde déduirela personnalitédel’apparence,avecunteltalentqu’ilavait conçu un manuel qui fitfureurdanslessalonsduXVIII
e
siè-cle.Loin de s’en moquer,FrançoisNoudelmann lui rend justiceparce que Lavater a compris que
«la ressemblance est la relationentre des singularités. Elle ditmoins le même qu’elle ne met enrelationdesdifférents.Ellesaisitlesaffinités entre les êtres à partir deleurs liaisonset du partage de cer-tainspointscommuns».
Nouvellesproximités
Decetteconvictiontoutenerva-lienne,lephilosophetireunedou-bleexigence:nepasmépriserl’ex-périence partagée des affinitésimmédiates,quecelles-cisemani-festent en famille ou en amourset même en politique (Daumieren a fait son miel, après tout) –,maisrécuserenrevanchetouteslesthéories de la ressemblance quiprendraientpouridéallaconformi-té généalogique et s’abîmeraientainsidansleracismeleplusabject.Darwin, avant de choisir l’arbrepour décrire métaphoriquementl’organisationduvivant,s’étaitpen-chésurlecorail:ainsinotregram-mairedesressemblancesauraitpunepass’écrire avecdes souches etdes branches, mais plutôt sur lemodèle de cet enchevêtrementconfusquicaractérisel’organismemarin. Ses ramifications en toussens le rendent plus fidèle, sansdoute,àl’expressiondenosaffini-tés, sans cesse en train de redessi-ner de nouvelles proximités et derecomposerd’éphémèrestribus.Insaisissables,del’aveudeNou-delmann lui-même, par l’appro-che conceptuelle, les airs defamilleluisuggèrentune
«philoso- phie de l’occasion»
et de la
«tan- gente»
. Et si elle s’avère moinsconfortablequelesocledescertitu-des biologiques, plus intriganteque la pensée platonicienne de la«reconnaissance», elle est certai-nementplusvivifiantepuisqu’ellenousrenddisponiblesauxrencon-tres fortuites,prêts à affronter lesjoies et les périls qui peuvent ennaître. Ainsi, la théorie des affi-nitéstellequ’ébauchéeparNoudel-mannrésisteauxpenchantsd’uneépoque obsédée par la crise de latransmissionetlerappeldelafilia-tion.Touteressemblanceavecunepensée progressiste ne serait pasquepurecoïncidence.
p
Extrait
Dossier
LesAirsdefamille.Unephilosophiedesaffinités,
deFrançoisNoudelmann,
Gallimard,322p.,19,50¤.
Signalonsaussi,dumêmeauteur,laparutionde
Tombeaux.D’après«LaMerdelafertilité»deMishima,
 Ed.CécileDefaut,«Lelivrelavie»,124p.,14¤.
Dans«LesAirsdefamille»,lephilosopheFrançoisNoudelmanndéfendl’enchevêtrementcoralliendesaffinités.Contrelesfaussesévidencesdelaressemblancegénétique
Lesparentésfortuites
«L’artificedesressemblances»
«Leflousuggèrequ’iln’existe pasdetraitscommunsmaisdesréseauxquis’enchevê-trent.Lesvisagesentrentenrelationàpartirdecetteindis-tinction,ilsprennentdesairsdefamilleselonlesanglesdevueetdescohérencescontex-tuelles.
(…)
 Lanettetédupor-traitanthropométriquefaisaitcroire
(…)
àunevéritéphysio-nomique.Cependantlesvisa- gessontdescomposésderes-semblancesenchevêtrées.Lors-quenouslesreconnaissons,nous
(…)
mobilisonsdessouve-nirs,desaffects,descohéren-cesoudeséchos,dudéjà-vuetdespréjugés.Laphotographie flouepourraitvaloriseruneindéfinitionpermanentedestraitstoujoursendébordsur leuranatomie.Ellesuggèredavantage:lasédimentation jamaisdéfinitive,c’est-à-direuneaccumulationdetraitsquirendentlevisagedisponi-ble,selonlescirconstances,àdescommunautésdestyle
LesAirsdefamille,page181
MEYER/TENDANCEFLOUE
DANSSONNOUVEAULIVRE,FrançoisNoudelmann,professeurdephilosophieàl’universitéParis-VIII,réviselagrammairedelaparenté.Entretien.
Lafamillepeut-ellesepasserdesressemblances?
Enanthropologie,ondéfinitlafamilleàpartirdelatransmissionsymboliquedesnoms,maisilyatouteunepartquiresteinexplorée:lamanièredontontransmetlagénéalogieparunimaginairequiestceluidesapparencesphysiques.Etquipeutêtreencorepluscomplexe:l’imaginairedesodeurs,descontacts,desexpressions…Est-cequ’ilpeutyavoirunefamillesansressem-blances?Oui,sansdoute,maislechampdesressemblancesestbeaucoupplusvastequ’onnelepense:ellessereconstruisentcontinuellementetnesontpasforcémentcequinoussauteauxyeux,commelahauteurdetailleoulacouleurdesyeux.Unefaçond’assumerungraindebeauté,unecouleurdepeau,unetachemongolique,peutfaire,sansqu’onselediseparfois,qu’onsesenteplusproched’unparentqued’unautre.
Aveclesressemblances,écrivez-vous,«lesujetsevoit,sesent,sepensecommel’incarnationplusoumoinssubieouchoisied’uneparenté».Quellesconséquencespourlesfiliationsnon biologiques?
Jenecroispasqu’onpuissedistinguerlesfamillesrecomposéesdesfamillesclassi-ques.Pourmoi,iln’yaaucuneressemblanceobjective,touteressemblanceprocèded’uneconstructionetd’uneculture.L’importancequel’onprêteàunaspect(lataille,lenezoul’odeur)dépenddel’intimitédelafamille,maisaussidescomportementsculturelsdugroupe.C’estpourquoijecroisquecettequestiondel’artificedesressemblancestou-chetouteslesfamilles.Parceque,mêmedansdesfamilleslesplus«biologiques»,disons,cetravailimaginairederessem-blanceetdedissemblanceestàl’œuvre.
p
ProposrecueillisparJ.Cl.
2
0123
Vendredi9mars2012
 
Atraverslesexemplesdel’adoptionetdel’homoparentalité,troisessaisrappellentquelaparentéestuneconventionquinecessed’évoluer.Endépitdesrésistancessuscitéesparcesbouleversements
Lafamillereconstruite
Choisirlapaternitégay
deMartineGross,
Erès,290p.,25¤.
Militanteetfondatricedel’Associationdesparentsgaysetlesbiens,MartineGrossexplorelesmotivations,lesdoutesetlevécud’hommesdevenuspèresdansdesconditionsdifficiles.Atraversleursrécits,ondécouvrecomments’estconstituéeunecommunautéhorsnormeunieenunmêmedésirdelieruneinclinationsexuelleetlavolontédefonderunefamille.
Adopterettransmettre.
Filiationsadoptivesdanslejudaïsmecontemporain,
deSophieNizard,
Ed.del’EHESSEntempsetlieux»,238p.,20¤.
Apartird’uneétudeserrée,l’auteurmontre,àtraverslephénomènedel’adop-tion,commentlaparentéseconstruitautantparunequêtedesoriginesetdel’identitédesparentsetdesenfantsque,danslecasparticulierdesfiliationsjuivescontemporaines,parlatransmissiond’unemémoireoùsecroisentdifférentsrécitsdevieetdemort.
ElisabethRoudinesco
A
la fin du XIX
e
siècle, aumoment où Freud s’inspirede la tragédie d’Œdipe pourintroduire dans la cultureoccidentalel’idéequelepèreengendrele fils qui sera sonassassin,lesréactionnaires,annonciateursd’apocalypse, s’en prennent aux femmesdésireusesdes’émanciperducarcand’unordrepatriarcalrépressif.Si celles-ciquit-tentlefoyerpourtravailler,sielless’enga-gentenpolitiqueouutilisentlacontracep-tion, disent-ils, alors viendra le chaos: lafamilledisparaîtra,l’autoritédupèreseradétruite,les femmes refuserontla mater-nitéetl’espècehumaines’éteindra.Cette même terreur s’est répétée, centansplustard,lorsqueestapparuepartirde 1980, d’abord aux Etats-Unis puis enEurope,laquestiondel’homoparentalité:ce désir des homosexuels d’entrer dansl’ordre familial. Que deux personnes dumêmesexepuissentdevenirdesparentsàpart entière, voilà qui renversait le para-digmedelafamilledite«naturelle»,fon-dée sur l’accouplement charnel entre unhommeetunefemme.D’oùuncredorécurrent:siuntelprojetseréalisait,lasociétérisqueraitdesetrans-formerenuneconfréried’individushédo-nistes, semblables les uns aux autres etrebellesàtoutinterdit.Etmalgréleschan-gements intervenus depuis l’entrée envigueur en France du pacs (pacte civil desolidarité, fin 1999), lequel n’ouvre pasdroit pour les homosexuels à l’adoptionou à la procréation médicalement assis-tée, cette thèse reste présente dans lesesprits de bon nombre d’intellectuels etd’élusdelaRépublique,hantésparlefan-tasme d’une disparition de la différencedessexes,laquelleneserait,àleurs yeux,quelesymptômeagissantd’uneabolitiondelafamille.Dansunessaisur
 L’Homoparentalitéen France,
Eric Garnier, ancien président del’Associationdes parents gays et lesbiens(APGL), retrace l’histoire des bataillesmenéesdepuis1986parleshomosexuelsfrançais, avec pour toile de fond l’épidé-mie de sida, les injures, la bêtise. Et l’onreste confondu, aujourd’hui, à la lecturede ce que fut pendant toutes ces annéesl’expression d’une homophobie ordi-naire,issuenonpasdescouchespopulai-res,plutôtfavorablesàcetteévolutiondesmœurs,maisdecertainesélitesenproieàlaterreurd’uneplongéedanslabarbarie.Voiciquelquesexemplesdecette
 furia
française: Christine Boutin brandissantla Bible à l’Assemblée nationale, LucFerryaffirmantd’unairpéremptoirequelafamillec’est
«unpèreet une mèr
ouencore l’historien Emmanuel Leroy-Ladurieévoquantlespectred’unefabrica-tiondepédophilesenchaîne.EtEricGar-nieropposeàcelalecouragedeceuxquiosèrent d’emblée soutenir les parentshomosexuels: Dominique Strauss-KahnetRoselyneBachelot.Notonsaussicombienfurentprécieux,durantcettepériode,lestravauxdesocio-logues, anthropologues et historiens quicontribuèrentàéclairerl’opinionsurunequestion centrale: comment les homo-sexuelssont-ilspassés,autournantdusiè-cle,d’unrejetdel’ordrefamilialàundésirde s’y intégrer? Parmi les réponses, onretiendra l’idée que la famille est désira-ble et qu’une fois l’homosexualité dépé-nalisée,autourdesannées1980,leshomo-sexuels n’avaient plus aucune raison dedisjoindre,commeilsl’avaientfaitaupa-ravant, l’amour pour le même sexe et lavolontéd’avoirunedescendance.Parailleurs,commelafamilleestunfaituniversel qui témoigne du passage de lanatureàlacultureetquireposesurlapro-hibition de l’inceste, laquelle conditionnel’échangeentredespartenaires(exogamie)etlapossibilité d’unefiliation(descendan-ce),riennes’opposeàceque,dansdescondi-tionshistoriquesetscientifiquesnouvelles,lespartenairessoientdumêmesexe.Et,demême,riennes’opposeàcequecespartenai-res,fertilesouinfertiles,seséparent(divor-cent)aprèsavoirétéunis.Acetégard,l’en-tréedeshomosexuelsdansl’ordrefamilialn’estpasunphénomène«contre-nature».Elleindiqueaucontrairequelafamille,sousses multiples aspects, a un solide avenirdevantelle,qu’ellesoitconjugale,recompo-sée, homoparentale, monoparentale ouencore adoptive: avec ou sans gestationpourautrui(GPA,mèresporteuses),avecousansprocréationmédicaleassistée(PMA).Danslegenresottisier, EricGarnierre-lève que la palme revient aux psychana-lystes. Au nom d’une psychologie œdi-pienne de bas étage, nombre d’entre euxse lancèrent dans une croisade indigne,comparant les homosexuels à des eugé-nistesouàdesinsenséscherchantàbriserla sacro-sainte
«loi du père»
pourengen-drer des générations de psychotiques
«symboliquementmodifiés»
.On comprend alors pourquoi MartineGross,ancienneprésidentedel’APGL,vic-time des quolibets des psychanalystes etauteur d’un ouvrage militant,
Choisir la paternitégay,
apusoutenirl’idéedesou-mettrelesfamilleshomoparentalesàdesexpertises psychologiquesvisant à prou-ver qu’elles seraient aussi «normales»que les autres. Quand on sait que lesenfantsd’homosexuelssont,pour la plu-part,issusd’unmilieusocialementprivilé-giéetqueleursparents,soucieuxde«nor-malité», ont toujours fait preuve enverseux d’une attention soutenue, on peutimaginerquelesrésultatsdecesenquêtessontpositifs.Peut-êtreserait-ilpréférabled’abandonner le principe même d’uneévaluationdelaconditionhumaine?La parenté est donc une constructionsocialeethumaine.Etc’estdanscettepers-pectivequeSophieNizard,sociologuedesfaitsreligieuxetprochedeMartineGross,analyse, dans
Adopter et transmettre,
laquestion de la filiation adoptive dans lejudaïsme contemporain. On sait queselonlaloirabbinique,instauréeauII
e
siè-cle, tout enfant né d’une mère juive estconsidéré comme juif. Aussi la filiationadoptiven’est-elleautoriséechezlesjuifsquesil’enfantnéd’unemèrenonjuiveestconvertiavantd’êtreadopté.Partant de là, Sophie Nizard étudie dessituationsmultiplesquiressemblentautantàcellesdeshomosexuelsqu’àuncondenséd’histoiresjuives,issuesdelamémoiredelaShoah.Ainsidresse-t-elleunportraitémou-vant d’un certain M.Meyer, fondateur en1962,à Strasbourg,de l’associationLeTraitd’union.Philanthrope,ilsedonnapourmis-siondesauvertouslesenfantsjuifsendan-ger, allant jusqu’à convaincre des femmesdenepasrecouriràl’avortementencasdegrossessenondésirée.Grâceàsonaction,lesenfants abandonnés, dont il transmettaitl’histoire, ne souffraient d’aucune carenceavantd’êtreadoptés.Ilsavaienttrouvéenluinon pas un père de substitution, mais un
«maîtredelaparenté»
.Lasociologuemon-treaussiquelaquestiondelaressemblanceesttoujoursessentielle.Et,quandonlescher-cheonlestrouve,aupointquedesparentss’amusent quand on affirme devant euxqueleursenfantsadoptifsleurressemblent.
«Encoupantlatêteduroi,
disaitBalzac
 ,la Révolutiona fait tomber la tête de tousles pères de famille.»
Ce régicide légalcontribuaàl’avènementd’unesociétéquine cessa, tout au long du XIX
e
siècle, dedéconstruire l’autorité du pater familias.La famille contemporaine, égalitaire,conflictuelleetnévrosée,enestl’aboutis-sement. Et l’on sait bien que plus jamaisnereviendracetempsoùl’onpensaitquelepèrededroitdivinétaitlevéhiculeuni-que de toute ressemblance psychique etcharnelle. Tel est le message des étudescontemporaines sur la famille. N’endéplaise à ceux qui rêvent, périodique-ment, et à coups d’anathèmes, d’une res-taurationcaricaturaledel’ordreancien.
p
Signalons,deMartineGross,laparutionen pochede
Qu’est-cequel’homoparentalité?
 , PetitebibliothèquePayot,250p.,7,50¤.
«Quandl’homosexualitéétaitsynonymedevice,demaladie,qu’ilfallaitsoignerpartouslesmoyens,ilétaitimpensable pourdetels“malades”desepro- jetercommedesparentspoten-tiels.Pareraupluspresséétaitleseulviatique:essayerdevivre,resterentresoi.Lesenfants?Etsion
(…)
neleuroffraitquela perspectived’unevieaussirudequelanôtre?
(…)
 Etcetteépoquen’estpourtantpasbienloin-taine.
(…)
 Ilfautseremémorer lesmotsdeDiderot:“Toutcequiest,nepeutêtrenicontrenihorsnature.”»
L’HomoparentalitéenFrance,page47
«Certainsveulentêtredesparentsordinaires
(…)
ets’entourentdegensquilesconsidèrentainsi.Ilsontconstituéunefamilleselonlareprésentationtradition-nelle:uncouplestableavecenfants.D’autrespeuventavoir consciencededéfierlesvaleurshétéronormées.Pourcertains,ledroitàl’indifférenceestl’objectifleplusurgent,pour lesautresils’agitd’êtredes pionniersentantquepères gays.Laplupartmaintiennentundélicatéquilibreentrecesattitudes.»
Choisirlapaternitégay,page12
«Quesait-ondesparentsdenaissance?Dansdenombreuxentretiens,s’élaborelaconstruc-tiond’uneorigineacceptabledel’enfantetdesagénitriceetenmêmetempsunedisqualifi-cationdelamèrequiabandon-nesonenfant,pourpouvoir envisagerlasubstitution.Deuxsituationsextrêmesmettentsymboliquementfaceàfacedeuxfemmes:l’uneaunenfantqu’ellenesouhaitepasgarder,l’autredésireàtoutprixunenfantquellenepeutpas“fa-briquer”parlaprocréation. L’adoptionpermetunesubsti-tutiondel’uneparl’autre.»
Adopterettransmettre,page127
DossierTraversée
L’HomoparentalitéenFrance.
Labatailledesnouvellesfamilles,
d’EricGarnier,
Ed.ThierryMarchaisse,350p.,19¤.
L’auteurétudielesétapesdelaluttedeshomosexuelspourfairereconnaître,depuistrenteans,leurdroitaumariageetàlaparenté.Ontrouveraenoutredanscetouvrageunpanoramadesréac-tionshostilesàcesluttes,insultesetargu-mentsinsenséssouventémispardesintellectuelsetdespolitiques.Edifiant.
MEYER/TENDANCEFLOUE
Extraits
Nombredepsycha-nalystesselancèrentdansunecroisadeindigne,comparantleshomosexuelsàdesinsenséscherchantàbriserla«loidupère»
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Vendredi9mars2012

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