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Supplément Le Monde des livres 2012.05.11

Supplément Le Monde des livres 2012.05.11

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Leprintempsenrab
p r i è r e d ’ i n s é r e r
Rochman,l’odysséedesrevenants
Rythme,pulsation,ivressemusicale.«Apasaveuglesdeparlemonde»estlegrandromandesrescapésdelaShoah
Jean Birnbaum
NilsC.Ahl
P
lus de 800 pages, uneconfusion permanentedes formes, un entrelace-ment constant des voix –et pourtant. Ce qui frappedès le début frappe à cha-quephrase:unrythme,unepulsation,un bruit de pas, peut-être. Un batte-mentdecœuràlafoislinguistique,sty-listique et romanesque. On l’entend,on le voit, on le lit, il bourdonne àl’oreilledulecteur,iltrembleàlasurfa-ce du texte.
A pas aveugles de par lemonde
est une ivresse musicaleautantque romanesque,uneincanta-tion,unpoème,unehallucination.Unlivrepubliéen1968enIsraël,inéditenfrançais, emporté, dans tous les sensdu terme, par le fleuve du temps. Ils’impose immédiatement par sonarchitecture complexe, la confusionpermanente de ses registres (élé-giaque, historique, anecdotique, éro-tique,religieux…)etsonsujet–unefan-tastiqueerrancedesjuifsd’Europe,aulendemaindelasecondeguerremon-diale.D’unepetitevilledePologneaudésert de Judée, de véritables
«flotshumains»
s’étirent sur tout le conti-nent,mortsetrescapésréunis,souslaterreetsurlaterre.
«Ilssontpartout»,
ironiselenarrateur.Inconnu en France, Leïb Rochman(1918-1978) est originaire d’un milieuhassidique polonais. Après l’invasionallemande,en1941,ilestenfermédansle ghetto de Minsk-Mazowiecki, puistransféré dans un camp de travaildontils’évade.Ilpassedeuxanscachéentre deux murs. Il est à Kielce aumoment du pogrom, tristement célè-bre, de 1946, puis quitte la Pologne,voyage en Europe et se fixe à Jérusa-lem en 1950. A l’évidence, cet itiné-raire n’est pas sans rappeler celui desjuifs de son roman. Mais on n’y verraaucune invitation à l’autobiographie.Ou, s’il le fallait, ce serait au sens reli-gieux d’une vie parmi d’autres, de lapartie du tout. La narration reflèted’ailleurs cette continuité de l’autre àsoi puisqu’elle s’éclate rapidemententre plusieurs points de vue, exté-rieursetintérieurs,delapremièreàlatroisième personne. Le chapitred’ouverture,prodigieuxtourde forceromanesque à lui tout seul, consacréau retour d’un juif dans la ville polo-naisedesonenfance,estleplusclassi-que à cet égard.
Odyssée
à l’envers, lamalédiction, c’est Ithaque, on yrevient sans rien retrouver. Libéré, lesurvivant est
«enfermé à jamais»
:
«uncercletracésurlesolautourdelui,uncercleinfranchissable»
.Revenant dans le ghetto aprèsl’Anéantissement,lepersonnageprin-cipal se rend compte que le temps nes’est pas arrêté. Qu’il dévore l’absenceet la douleur. On ne trouve plus riendes juifs:
«Est-ce qu’il en reste unetrace, une senteur dans l’air?»,
sedemandele
«revenant»
. Il chercheenvain,ilsetournevers
«ladernièrecom-munautédejuifsdanslaville»,
celleducimetière:lesdéfuntstententdelerai-sonner,del’apaiser–ilsedéfend.Aprèsles
«Plaines de la mort»
, la continuitédes générationsest rompue,
«lesraci-nesdesonenfance
(sont)
àjamaisextir- pées».
Ilrefusel’injonctionbibliqueetbiologique
«croissez et multipliez»
.Pour l’instant. Car
A pas aveugles de par le monde
est aussi l’épopée descorps qui redeviennent féconds, de lavie quibatà nouveauà l’intérieurdesmoribonds.
«Telsdessemeursdansleschamps,ilsallaientplanterleurpropresemence
(…),
l’unique héritage légué  par leurs ancêtres»,
annonce le texte.Lesétreintessepropagentd’unboutàl’autre du roman comme une épidé-mie, érotiqueet religieuse, animaleetsymbolique.
«Unenuit
(…)
leslitscroulè-rent. Personne ne pouvait plus atten-dre.Unechaleurétrangère,commeune flammefroidesoulevalescorps.»
Commence l’Exode. L’Europe esttraverséedepartenpart,demémoireen mémoire. Remontant le temps, lanarration s’attarde à Amsterdam (untribunalrabbiniques’yestréuni,com-me pour Spinoza) et s’épanouit ausoleildeRome(etausouvenirdelapre-mièreguerrejudéo-romaine,auI
er
siè-cle).Entre-temps,lescorpssesoignenten Suisse,à l’abri des montagnes,et àOffenbach, en Allemagne, les livresjuifs rescapés prennent la parole. Car
«on
(finit)
toujoursparbrûlerleslivres juifs»
: l’Anéantissement a frappé leshommes,maispasseulement.C’estlesort réservé par les nazis à toute laculture yiddish qui est évoqué, ici,dont
A pas aveugles de par le monde
représenteunreliquatpréser-vé,unconcentrédemémoire.
«Cen’étaitunsecretpourper-sonnequeleslivresenyiddish,leurs couvertures closes sur elles-mêmes, étaient ignomi-nieusement humiliés.
(…)
Leseinquilesallaitaitleuravaitétéarra-ché.»
Comme son personnage princi-pal,commel’ensembledevoixdomi-nantes qui forment la colonne verté-braledeceroman,leyiddishestsépa-rédesontronc.Ilestorphelin,ilestenfuite. C’est pour cela, probablement,que l’on entend si bien dans ce livre
«la douleur de
(cette)
langue qui erredans l’espace au-dessus des Plaines,muette. Pas de lèvres pour la dire»
.Mais quelle main pour l’écrire. Unchef-d’œuvre.
p
7
a
Essais
Etre soldatsoviétiquependant laseconde guerremondiale
10
a
Rencontre
NathalieHeinich,sociologueen solitaire
2
La «une», suite
a
Eclairage
Un renouveauyiddish?
a
Entretien
Rachel Ertel,traductrice
I
lfaisaitchaud,cettenuit-là,àlaBastille.Lesamiss’étreignaient,lesamoureuxplanaient,lesgaminsprenaientlatangenteparleboulevardBeaumar-chais.Duhautd’unbalcon,unevoixlançait:
«Giscard,auchômage!»
Enchœur,lafoulereprenait:
«LesDuha-mel,auchômage!Mougeotte,auxpelotes!»
Bienr,àl’époque,
 L’Internationale
côtoyait
 LaMarseillaise
.Certes,lemotespoirbrûlaitalorsleslèvres,quandbeaucoupn’ontàlabouche,aujourd’hui,qu’unâpresou-lagement.L’autresoir,malgrétout,onlasentaitomni-présente,cettefameusefêtede1981,parmiceuxquiétaientvenuscélébrerlavictoiredeFrançoisHollandeàlaBastille.Qu’importesibeaucoupn’avaientpas30ans.Chacuneetchacunrevoyaitdéfilercesimages,revivaitdanssoncorpscesinstants.Orloind’êtrepasséiste,unetelleréminiscenceconsti-tuelesignetangiblequelefuturpeutencoreouvrirsesportes:
«Quandnousvivonsànouveaul’instantprésent,aveclaferveurdurecommencement,cettesurprisenousrappellelaréalitédel’avenir»,
écritFrédéricWormsdansuntendreessaiintitu
 Revivre.Eprouvernosblessuresetnosressources
(Flammarion,«Senspropre»,320p.,19¤).Notreexistenceesttraverséeparladimensiondu«revi-vre»,expliquelephilosophe:
«Jesuiscequejerevis. Nousnousdéfinissonsparcequenous“revivons”,sou-ventsanslevouloir,sanslesavoir,parcequirevientennous.»
ConvoquantProust,FreudouBergson,ildécritàlafoislafaceradieuseetlafacepérilleusedecetteexpé-rience.Revivre,c’estrecréerouvitrifier,relanceroures-sasser.Revivre,surlascènedel’histoireetsurcelledel’in-time,enpolitiquecommedanslavie,c’estaccueillirl’es-poird’unerenaissancesansrechute,d’unprintempsquitiendraitenfinl’hiverenrespect.VladimirJankélévitchrésumaitnaguèreleschosesd’unequestion:
«Commenttantdedéceptions,tantd’échecs,tantd’hiversn’ont-ils pasdégoûtéAvrilderhabillerlesarbresquelasaisondelaméfianceetdel’étroitesseadéshabillés?»
p
5
a
Littératurefrançaise
VirginieDespentes kiffeSabri Louatah
3
a
Traversée
Vertigesde l’amour
6
a
Histoired’un livre
Correspondance Marcel Duchamp- Henri-Pierre Roché. 1918-1959
8
a
Le feuilleton
Pierre Sengesmène EricChevillarden bateau
4
a
Littératureétrangère
Donald RayPollock et sesâmes damnées
L’Europeesttraverséedepartenpart,demémoireenmémoire
Luis
SEPÚLVEDA
Daniel
Photographies de
MORDZINSKI
En Patagonie, l’un desderniers endroits où sontencore possibles leslégendes. Le formidableroman d’un monde à jamais disparu.
Apasaveuglesdeparlemonde
(Mitblindetritiberdererd),
deLeïbRochman,
traduitduyiddishparRachelErtel, préfaced’AharonAppelfeld, Denoël,«&d’ailleurs»,830p.,35¤.
Cahierdu«Monde»N˚20934daté
Vendredi11mai2012
-Nepeutêtrevenduséparément
 
Coursdethéâtre,concerts,ateliersANewYork,MontalouParis,lalanguedeLeïbRochmanetd’IsaacBashevisSingerconnaîtunerenaissance.Peut-ellenourrirànouveauunecréationlittéraire?
Leyiddish,vivantetvital
«WoodyAllenatoutpiquéàSinger»
«LasaveurparticulièredeLeïbRochman:unalliagedetouslesstyles»
RachelErtel,écrivainettraductriceduyiddish,ameàbienlaversionfrançaised’«Apasaveuglesdeparlemonde»
e n t r e t i e n
Extrait
«Impossibledenepasconsidérerl’œuvred’IsaacBashevisSinger 
(1904-1991)
commeunélémentcentraldanslerenou-veauduyiddish»
,affirmelespécialistedel’histoiredesreligionsIsyMorgensztern,quiaconsacréunbeaudocu-mentaireauPrixNobeldelittérature1978.
«Singer,c’estunWoodyAllenquiadelaculture.Pourmoi,lecinéasteatout  piquéàSinger,maisiln’osepasledire…»
Pasétonnantquel’auteurde
Shosha
soitaujourd’huiunélémentmoteurdansce
«yiddishrevival»
.Sanouvelle
Yentl
reparaîtd’ailleurscesjours-ci.Cerécittrèsmoderneunejeunefille,quirefusel’avenirtouttracéauquelonladestine,setravestitengarçonpourpouvoirétudiermaistombesouslecharmedesoncompagnond’étude…–avaitinspirélefilmmusicalaméricaindeetavecBarbraStreisand(1983).Ilestaujourd’huipubliédansl’excellentecollectioLesContemporains,classiquesdedemain»(Larousse,92p.,4,10¤).Enoctobre,Stockproposeraaussiunenouvelletra-ductionde
 LaFamilleMoskat 
(deMarie-PierreBayetNico-lasCastelnau-Bay).Enfin,toujoursenoctobre,sortiraun«Cahierdel’Herne»Singer,enrichidenombreuxinéditsainsiqu’unenouvellejamaistraduite,
 LaVieilleFille
.
é c l a i r a g e
D
octeurèslettresetprofes-seuréméritedesuniver-sités,RachelErtelestécri-vainettraductrice.Elleanotamment publié
Le Roman juif américain
(Payot, 1980),
Le Shtetl. LabourgadejuivedePolognedelatradition à la modernité 
(Payot,1982),
 Dans lalanguedepersonne. Poésieyiddishdel’anéantissement
(Seuil,1993)et
 Brasiersdemots
(Lia-na Levi, 2003). Fondatrice de lacollection «Domaine yiddish»,qu’ellealongtempsdirigéeetquiaété abritée par différentes mai-sons d’édition, elle a particulière-mentœuvrépourla(re)découver-teduyiddishenFrance,cette
«lan- gue territoire»
qui reste une desrares traces du monde ashkénazed’avant-guerre.Unelanguequelesjuifs d’Europe
«emportaient,
dit-elle,
à la semelle de leurs chaussu-res».
Rachel Ertel a connu LeïbRochman,qu’elleévoqueici.
QuiestLeïbRochman?
L’écrivain Leïb Rochman naîten 1918, à Minsk-Mazowiecki,aujourd’huienPologne,dansunefamille hassidique. Très impré-gnédelaTorah,duTalmudetdelaKabbale,ilsedétachepourtantdela religion, commence à écrire etfréquente le Club des écrivainsyiddish de Varsovie. Lorsque lasecondeguerremondialeéclate,ila 22 ans. Ghetto, camp, évasion.Deux ans durant, il se cache chezune paysanne polonaise. Il vitdansunedoublecloison,«emmu-ré», mais réussit à rédiger entreces deux murs un livre en formede journal intime couvrant cesdeuxannées,1943et1944.Celivres’appelle
Ounindaïnbloutvestoulebn
Et dans ton sang tuvivras»).Ilaétépubliéen1949,enyiddish, à Paris. Dans les années1950,Rochmans’installeàJérusa-lem.Jusqu’àprésent,aucundesesautres ouvrages, ni
Oun in daïnblout
… («Et dans ton sang…») ni
 Der mabl
(«Le déluge»), unrecueildenouvellesparuen1978,l’annéedesamort,n’avaitététra-duitenfrançais.
Commentl’avez-vousdécouvert?
Aprèsun passageparlesanato-rium de Leysin, en Suisse, Roch-mans’installeàParis.Entre1948et1950, il va vivre dans une maisoncommunautaire, rue Guy-Patin,dansle10
e
arrondissement.Orilsetrouve que j’étais, moi aussi, à lamême époque, avec mes parents,dans cette maison qui accueillaitdesintellectuelsetdesartistesres-capés. J’avais entre 10 et 13 ans,maisjemesouviensbiende lui.Ilm’impressionnait par sa prestan-ce,lecalmedesonvisageetladou-ceurdesavoix.Jemesouviensaus-si de l’ambiance qui régnait dansce lieu. La nuit, on pouvait enten-dre les cris et les cauchemars deceux qui s’y trouvaient. Maispendant la journée, tous ces gensne pensaient qu’à vivre et àcréer.C’est cettetension,cedéchi-rement entre traumatisme etenvie de vivre, que j’ai retrouvésplus tard dans l’écriture d’
 A pasaveugles
….
Quelleplaceoccupe-t-ildanslalittératureyiddish?
Une place unique. Non pas parson sujet, l’anéantissement desjuifs d’Europe, mais par saconstructionetsaforme.Lessurvi-vants y sont porteurs de tous lesmorts. Et ces morts continuent àvivredefaçonsouterraineenpar-faite symbiose avec les vivants.Résultat, des tranches de tempsdistinctessetélescopentdansuneécriturequi est à la fois réalisteetsurréelle. Cette abolition dutempspermetàRochmand’imagi-ner des chapitres comme l’éton-nant «Procès d’Amsterdam», parexemple, où les survivants sontjugés par les rabbins de l’époquedeSpinoza,avec,en filigrane,uneréflexion sur la permanence dupeuple juif, de son éthique, de lacroyance en une rédemptionhumaine…Unautretempsfortdulivre est l’assemblée des livresjuifsrescapésquise tientàOffen-bachsurleMain.Desincunablesàla période contemporaine, tousles livres – les manuels d’histoirequi n’ont rien vu venir, les livresreligieux, les ouvrages profanes…– dialoguent entre eux, se décou-vrent, s’interrogent mutuelle-ment. Leurs pages s’agitent ets’emmêlent. Exactement commesemêlent les hérosde ce livrequisontaunombredequatre,S.,Leibl,«je»et«nouetqui,touràtour,sefontnarrateurouacteur,sefon-dant au besoin pour ne faire plusqu’une seule voix… Tout cela estparfaitementatypiquedanslalit-térature yiddish. On y trouve desromans historiques, bien sûr.Mais là, nous avons affaire à un«romantotal».
Danssapréface,l’écrivainAharonAppelfeldnotequeRochmanasurompreaveclalittératureyiddishtradition-nelle,cette«prosemémoriellequiviseprincipalementàimmortaliserlaviejuived’avantl’Anéantissement»?EnquoilalanguedeRochmanest-elledifférente?
Ce qui est nouveau, c’est juste-mentcettesaveurparticulièrequirésulted’unalliagedetouslessty-les,réalisme,irréalisme,modernis-me, théâtralité…En même temps,Rochmancombinelesregistresdelanguequotidienne,philosophi-que, poétique, métaphysique.Aucun de ces styles, aucun de cesregistres ne fait bande à part. Ilsfusionnent véritablement. C’estdurestecequiexpliqueladiffi-cultéqu’ilyavaitàletraduire.Ilm’aurafallutroisanspourcela.
p
ProposrecueillisparFl.N.
FlorenceNoiville
M
aispourquoidiableécri-vez-vous en yiddish?»
Cettequestion,onala poser à Leïb Roch-man, un certain nom-bre de fois après lasecondeguerremondiale.Ilestvraiquelechoix de (ou la fidélité à) cette langued’écriturepouvaitsemblerbizarreàl’épo-que. Alors que, dans les années 1930, oncomptaitenviron11millionsdeyiddisho-phones dans le monde, ceux-ci n’étaientplus que 5 à 6millions après la Shoah. EtleuridiomeallaitpeuàpeudisparaîtreaupointdedevenircequelepoètePaulCelanappelait
«lalanguedepersonne»
.Pourquoidonc s’obstiner à écrire dansunelanguesanslecteurs?Acetteinterro-gation, dont il avait l’habitude, l’écrivainIsaac Bashevis Singer (1904-1991) avaitune réponse toute prête.
«Je crois à larésurrection,
disait-il.
Quand des milliersde morts parlant yiddish se réveilleront,leur première questionsera: “C’est quoi ledernierbonbouquinenyiddish?” »
LePrix Nobel de littératuren’avait pastort.C’esteneffetàunerésurrectionrelati-ve du yiddish que l’on semble assisteraujourd’hui,oudumoinsàunregaind’in-térêt qu’illustre la publication d’
 A pasaveugles de par le monde
. A New York, àMontréal,àTel-Aviv,àAnvers,àParislesexemplesfleurissent.Coursdelangue,ate-liers de cuisine ou de théâtre, groupes demusique klezmer, séminaires de cinémaou de littérature…: il suffit de taper
«yid-dish revival»
sur le Net pour tomber surune multitude d’initiatives témoignantimmédiatement de ce regain d’intérêtpourlacultureduYiddishland.Desexem-ples? Le chanteur canadien Socalledremixant de vieilles ritournelles yiddishau rythme du hip-hop. Le groupe améri-cainTheKlezmatix,quiaremisaugoûtdujour la musique klezmer. OulegroupefrançaisGefilteSwingproposant,en plein Quartier latin,
«un voyage entre Odessaet New York à traversdes chansons yid-dish d’hier etd’aujourd’huidans l’am-biance swin- gantedel’époquedelaProhibition»
.Cetattraitpourlacultureyiddishsedoubled’uneattirancetoutaussinettepour la
mame-loshn
(la langue mater-nelle). Dérivé de l’ancien allemandavec,notamment,desapportsdevocabulaireempruntéà l’hébreu, aux languesslavesetmêmeauvieuxfran-çais,leyiddish séduitde plusen plus de nouveaux lo-cuteurs.
«Entre1990et2005,leseffectifsdenoscourssontpassésd’une cinquantaine à environ 200élèves par an»,
indique GillesRozier,écrivainetdirecteurdelaMai-sondelacultureyiddishàParis.Laplu-partrenouentaveclalangue deleursgrands-parents,queleursparentsneleurontpastransmise.Mais,faitinté-ressant,10%à20%decesétudiantsnesontpasjuifs.
«Dansnosuni-versités d’été, notamment,nous accueillons des chré-tiens allemands ou polo-nais,préciseGillesRozier. Desétudiantsenhistoireou en linguistique, par exemple, qui ont besoinde connaître la langue pourleursujetd’étude.»
On s’étonne plus encorelorsqu’on entend dans unerue de Manhattan un enfant de5ans demander en yiddish à samèresiellepeutluiacheterunegla-ce (
«Tsi kenen mir koyfn ayzkremitst?»
). Le spécialiste de l’histoiredesreligions,auteuretréalisateurIsyMorgensztern explique: «Aux Etats-Unis,certainesfamillesonteneffetchoi-si de se regrouper pour élever leursenfants en yiddish. Il ne s’agit pas desmilieux ultra-orthodoxes de Brooklyn,maisdefamilleslaïquesoumodérémentreligieuses, des “bobos” de gauche dontles tee-shirts disent “Yiddish is beauti-ful”.OnpeutvoircelaaussiàTel-Aviv.Ceretourauyiddishasouventunesignifica-tion précise. C’est une manière de serelieràunecultureeuropéenne.»Si le yiddish regagne aujourd’hui duterrain, peut-on faire l’hypothèse qu’ilredeviendra un jour une langue de créa-tion littéraire? Difficile à dire. L’écrivainet traductrice Rachel Ertel
(lire l’entretienci-dessous)
en doute.
«Je reste très pessi-miste,
dit-elle.
Un peuple ne se relève pasd’ungénocide.Unelanguenonplus. Touslesexemplesquel’onnoteaujourd’huires-tent du domaine de l’exception. Il faut serendre compte de ce que cela représente,sur le plan psychologique,d’écrire en yid-dish.Ecriredansunelanguequiauraitêtrematernellemaisquinel’estpasetqu’il fautréapprendrecommesielle l’était.Il yauraitdeslivresàécrirelà-dessus…»
D’autres sont moins pessimistes.Ecrireenyiddish?Entoutelogique,onnevoit pas ce qui s’y opposerait. Et surtoutpaslalangueelle-même.Làencore,ilfautse souvenir de ce que disait Singer lors-qu’il soulignait l’exceptionnelle richesselittéraire du yiddish, ses images, sasaveur, son inépuisable
«sens de l’hu-mour»
. Aux Etats-Unis, un auteur com-meKatlaKanyal’abiencompris,quipro-poseunblogd’histoiresspirituellesdansla veine de l’écrivain Sholem Aleichem(1889-1916). En France, une fois par an,GillesRozierpublie
Gilgulim
(www.gilgu-lim.org),unalmanachlittérairedepoésieet deprose,dontle numéro3 sera misenlignecemois-ci.
«Troisouquatreauteurs publiés dans ce numéro ont moins de 40ans»,
souligne Rozier. L’écrivain indi-que aussi que la Maison de la cultureyiddish réfléchit à la mise en place d’unatelier de création littéraire, tel qu’il enexistedanslesuniversitésaméricaines.
p
Unemultituded’initiativestémoignentdeceregaind’intérêtpourlacultureduYiddishland
«Desrumeursaffirmaientquesouslaterred’Europe,lesJuifstramaientunsoulèvement.Ondisaitqu’ilsétaientpartout,mêmeàlasurface.Leurprésen-ceestperceptiblemaisperson-nenelesvoit.Onparlaitdesulti-matumsqu’ilsavaientadressésauxgouvernements,auxparle-mentsdespays.
Onytrouveunavertissement:“CommeSam-son,écrivent-ils,noustenonsentrenosmainsvosfondations.Ouvrezlesportails,laissez-nous passer,ounousagironscommeSamsonquiacrié:
Quejemeu-reaveclesPhilistins!
Vousne pouvezplusnousenvoyerdanslesPlainesdelamort,vosparle-mentssontminés.
”  Lesjournauxécrivaientquel’Europepréparaitsadéfense. Lesgouvernementsfontdesréunionsd’urgence.Cesréu-nionssonttumultueuses.Ons’ydéchire.Lespoliticiensconci-liantsveulentaccepter,leslais-serfranchirlesfrontièrespour qu’ilsrejoignentleurterrepro-miseàtraversmersetdéserts. Maislesenragésrefusent.IlsdisentquelesPlainesdelamortsontuneinventionpureetsimple.Ilsn’yétaientpas.La preuve,ilssontvivants.DanslesPlaines,onn’étaitpascensé survivre.Lesenragésontlamajoritédanstousles parlements.
»
Apasaveuglesdeparlemonde,pages753-754
àlaune
 RachelErtel.
DR
Calligraphiehébraïquede Micheld’Anastasio. Leyiddishs’écritdanscetalphabet.
2
0123
Vendredi11mai2012
 
Direletrouble,ycéder:unroman,unrecueild’essaisetunautredepoésienousrappellentqu’iln’yaguèredepassionsansmots,nilettres,pourl’exprimer.Considérationsprintanières
Badine-t-onavecl’amour?
FLORENCECHEVALLIER.EXTRAITDELASÉRIE«LEBONHEUR»
LeSexenilamort.
Troisessaissurl’amouretlasexualité
d’AndréComte-Sponville,
AlbinMichel,414p.,21,50¤.
Philosophedel’humanismematérialiste,athée,rationaliste,AndréComte-Spon-villedéveloppesasagesse,fondéesurEpi-cure,MontaigneetSpinoza,dansdeslivresetdesconférencesquiontatteintunetrèsgrandeaudience.L’amourestaucentredesapensée.Réunis,sestroisessaissurl’amouretlasexualitésontaus-sipédagogiquesquepassionnantsàliresansformationphilosophique.
Erosémerveillé
Anthologiedelapoésieérotiquefrançaise,
éditéparZénoBianu,
Poésie/Gallimard,627p.,12¤.
Cinqsièclesdevoluptédesmotsvouésàl’Eros,sousuneépigrapheempruntéeàGeorgesBataille:
«Jeboisdanstadéchirure/j’étaletesjambesnues/jelesouvrecommeunlivre/oùjeliscequimetue.»
Cetteanthologie,ditsonéditeur,ZénoBianu,obéitau
«principededéli-catesse»
quihantel’histoiredelapoésieérotiquefrançaise–delaplusfeutréeàlapluspornographique.
MichelContat
D
ans
La Chartreuse de Par-me,
le comte Moscapense,en regardant s’éloigner laberline qui emporte Fabri-ce et la Sanseverina:
«Si lemotd’Amourvientàsurgir entre eux, je suis perdu
Sartre citaitvolontiers cette phrase pour expliquerque nommer une chose, un sentiment,unepassion,c’estles faireexister.Etc’estaussi ce que La Rochefoucauld affirmait,anticipantStendhaletFlaubert:
«Ilyades gens qui n’auraient jamais été amoureuxs’ils n’avaient jamais entendu parler del’amour.»
Oùailleursquedansleslivres?OnpenseàDonQuichotte,lechevalieràlaTristeFigurequiespèreconquérirlecœurde Dulcinée par ses exploits imités desromans de chevalerie; à Emma Bovary,puisqu’elleveut vivre les romans quiontcreuséenellelemanquedecequ’ilsnom-ment amour. Sartre engageait les écri-vainsàprendregardeauxmots,ces
«pisto-letschargés»,
selonl’expressionduphilo-sophe Brice Parain, car ils font surgir lahaine autant que l’amour. Il faut donc, sil’on ne se tait pas, viser une cible plutôtquetirerauhasard,pourleplaisir,commeunenfant.MaxMills,lehérosromanesquede
 L’Hy- pothèse des sentiments,
du très stendha-lien Jean-Paul Enthoven, est encore, à 50ans,ducôtédel’enfant:prioritéauprinci-pedeplaisir.Cen’estpasqu’ilsoitdépour-vudemorale–etlamorale,rappelleAndréComte-Sponville dans
Le Sexe ni la mort,
surgitchezl’êtrehumaindèsqu’ildépasse,sanslanier,sanatureanimaleetprédatri-cepour entreren relationavec autruiparle langage, l’échange,le regard, la caresse,en un mot la culture. Mais la morale deMax Mills donne priorité à la
«chasse dubonheur»,
comme disait Stendhal. Com-mentairedel’auteur,ouplutôtdelanarra-tionelle-même,cariln’yapasdenarrateurdansleromand’Enthoven,c’estleromanquiparle:
«LemalinStendhalsavait
(…)
cequ’ilsuggéraitenremplaçantundatifpré-visibleparungénitifmystérieux.Lachasseau bonheur, en effet, signifie que le bon-heur n’est qu’un gibier naïf qu’il convientdepoursuivreavecruseetobstinationàtra-vers les forêts de la vie. La chasse du bon-heursous-entendenrevancheavecuneper-tinence supérieure que ce gibier est lui-même chasseur, c’est-à-dire rusé, piégeur,capricieux,préférantcecioucelaselonsonseulbonplaisir.»
LedésirdeMaxMills,scénaristedeciné-ma,jouissantdebeaucoupdeloisirsetdequelque fortune, est disponible pour lesfemmes chasseresses. A Rome, il a uneliaison intermittenteavec une épouse desénateur, sensuelle et voluptueuse, sur-tout pas amoureuse. Max est un hommeheureux,aime-t-ilàpenser,etquineveutrien d’autre de la vie que la perpétuationdecebonheurégalàl’absencedesouffran-ce.En quoi il est épicurien,comme ilfau-drait l’être aussi pour Comte-Sponville,qui prône la sagesse de Montaigne, undétachementpassionné.OnconnaîtCom-te-Sponvilleapologisteducouplefondéàégalité sur
éros
et
philia
(l’
«amitié mari-tale»,
disaitMontaigne).Sesthèmesfavo-ris – le bonheur désespéré, l’athéismeinquiet, la spiritualité du corps amou-reux, l’amoralité du capitalisme –, dissé-minés en conférences autant quepar seslivres populaires, son
Traité du désespoir et de la béatitude
(PUF, 1984-1988), son
 Petittraitédes grandesvertus
(PUF,1995),son audience médiatique, en font unmoderneAlain,unphilosophedelamodé-ration, social-démocrate et pédagogique.MembredutrèsofficielComitéconsulta-tif national d’éthique, il plaide pour unhumanismeérotique.Confrontantlesexeetlamort,quipeuventseregarderenfacequandoneststoïcienautantqu’épicurien,etlesdeuxdefaçoncritique,ilpensequ’iln’y a pas à choisir entre deux idées dudésir,cellequienfaitun
manque
(Platon,Schopenhauer, Freud, Sartre) et celle quien fait une
puissance
(Aristote, Spinoza,Nietzsche).Al’encroire,etilestpersuasif,nous vivrions les deux alternativement,selon l’échec ou la réussite de notre rela-tionavecleoulapartenaire,relationnéces-sairement inscrite dans le temps, doncdans le rapport à notre propre corps quilui aussi obéit au temps, à l’histoire, à lasociété.Ilfautdoncvivre
«ledésirdésespé-rément»,
etlalittératurevousyentraîne.Le roman de Jean-Paul Enthoven estphilosophique aussi, de façon hyperlit-téraire.Ce qui veut direcultivée. C’est unromanépris des artifices du genre, et quilesmontreetdémontre,enuneprestidigi-tationexhibantsestruquages.Quitrouve-rait plausible que les deux protagonistesd’unromand’amourselientparl’échangefortuit de valises de cuir rouge identi-ques? Qui sinon justement un lecteur,une lectrice de romans d’amour? MaxMills,danssavaliserougequin’estpaslasienne,trouveparmidesobjetsmulièbresunexemplaired’
 AnnaKarénine
etunjour-nalintime.Aucunscrupule:ilpénètrel’in-timité d’une femme qu’il devine élancéeet gracieuse, en apprend l’âge, 35ans, lasplendide maturité où bat l’inexorablehorloge biologique. Elle est mariée, enmanque surtout d’une connaissance del’amour,emportementmystérieuxqu’el-le n’a jamais véritablement éprouvé etdontellechercheunerévélationdansl’his-toired’AnnaKarénine,lafemmeadultèreduchef-d’œuvretolstoïen.Son nom à elle est Marion, baronned’Angus, nouvelle incarnation d’ArianeDeume, la «Belle du seigneur» d’AlbertCohen. Donc Max Mills est un nouveauSolal,juifaussi(aveccequecelaimpliquede rapport au Livre): son nom est Maxi-milien Millstein, il l’a américanisé com-meilfautdansl’usineàremakesduciné-ma. Quant au mari insuffisant, c’est unbanquiergenevoisaucerveauenchâteaude cartes, un dérangé charmant, obsédéde numérologies paranoïaques, amou-reux jaloux, fou inoffensif mais quandmême inquiétant. Marion le protègeaffectueusement en se protégeant elle-même contre ses propres désirs – lubri-cité et passion –, auxquels elle céderacommeilconvientauroman.EtMax,quine voulait céder qu’au plaisir, le vivracette fois associé aux tourments del’amour dont il voulait se garder. CarMarion,évidemment,elleaussiestruséeetpiégeuse.Dececoupleàladestinéelit-téraire, en quoi elle est humaine, AndréComte-Sponville dirait sans doute ceci:
«Iln’estpasvraiquel’amoursoitplusfortquelamort.Celatoutefoisneprouveriencontre l’amour, ni contre la vie.»
En fai-santserejoindrel’imaginaireetleréel,lemot et la chose, le lyrisme amoureuxd’Eluard et le cynisme désespéré de Cio-ran, ces amants vivent la poésie de leursproprescorpsmêlésdanscequeladébor-dante anthologie de poésie érotique sibellementfrançaise– etparfoistrèsgau-loise–assembléeparZénoBianuappelleàtoutjamais
 Erosémerveillé 
.
 AnnaKarénine,Belle du Seigneur 
etquelques autres (Sterne, Diderot, Nabo-kov,Kundera)serventdetuteurs,commeon dit pour les constructions florales, autragiqueattendude
 L’Hypothèsedessenti-ments
. Leurs filigranesscénariques,leursastuces narratives, inscrivent ce romanvirtuose, ciselé de trouvailles, dans le sil-lage des romans nés de livres et qui indi-quent avec bonheur, courtoisie, drôlerie,leurs secrets de fabrication, généalogies,filiations. Abordant le sexe et l’amouravec vérité et distance, ils ont affaire àl’éros, qui ne va pas sans transgressions.Ils s’en tiennent à l’amour avec délica-tesse.Enquoilephilosophe,profondcom-me un fauteuil, et la morale, inquiète, netrouverontrienà redire,dumoment quelalittératurel’emporte,etlaculturesurlanaturecruelle.
p
L’Hypothèsedessentiments
deJean-PaulEnthoven,
Grasset,400p.,21¤.
Autantqu’àlalittérature,Jean-PaulEnthoven,chroniqueurlittéraire,édi-teur,essayiste,romancier,voueauxfemmesélégantesetperduesuneatten-tionstendhalienne:admirative,mélan-colique,heureuse.Ilexploreiciavecladistanceetl’humourduphilosophelespossibilitésduromand’amouretlesexposeenséduisanteshypothèses.
Sentimentprivé,séismepublic
Ilfautdoncvivre«lesirdésespérément»,etlalittératurevousyentraîne
Traversée
AUTEMPSDEMOLIÈRE,onnesemariaitpas,onétaitmarié–parlessiens,parlesconvenancesetlesusages.Lapassionindividuellenetenaitpresqueaucunrôledansleschoixcruciauxdel’existence.Cequiguidaitalorslesvies,c’étaientprincipalementlaloi,ledevoir,lanationetl’honneur.Toutachangé,defondencomble,avecletriomphe,aulongduXIX
e
siècle,duchoixamoureuxpersonnel.Cettemutationcapi-tale,donts’ensuiventunequan-titédeconséquences,LucFerryl’adéjàmiseenlumièredans
 La Révolutiondel’amour 
(Plon,2010).Ilyrevientaufild’entre-tienslumineuxavecClaudeCape-lier,quiouvrentdenouveauxhorizons.Eneffet,oncomprendvite,dèsqu’ons’embarquedanscedialo-guepanoramique,quel’émer-gencedelarelationamoureuseérotiqueautantqu’affective–entantquemodèledominantdesrelationshumainesneselimitepasàuntournantsociologique,encoremoinsàunchangementdatantd’hier,unsimpleévéne-mentpassé.C’esttoutl’inverse:lesconséquencesprofondesdecebouleversementsontàvenir,sesrépercussionspolitiquesetso-cialesrestentàélaborer,lesoutilsphilosophiquespourenrendrecomptedemeurentàforger.C’estdonccarrémentunenouvellegrilledelecturedutempsprésentquisetrouveexigée,dontcelivreesquisseleplan.Lemoinsqu’onpuissedireestqueceplanestambitieuxmaisnemanquepasd’allure.Eneffet,siletriomphedel’amourcommepro-totypedesrelationshumainesdemeurebienl’affairelaplusindi-viduellequisoit,LucFerrypro-posed’enpenserlesdimensionspolitiques,lesliensàl’écologie,l’impactsurlesystèmeéducatif commesurlasensibilitéartisti-que.Sansoublierlesliensentrecesthèmesetl’immémorialeques-tionphilosophiquedelaviebonne,elleaussitravailléeettrans-forméeparl’avènementdumon-deamoureux.
 Del’amour 
estenfaitunlivresurl’avenir,etsurlemondeàpréparerpourceuxquenouschérissons,bambinsd’àpré-sentbientôtgénérationsfutures.SanspartagertousleschoixdeLucFerry,ilestjustedereconnaîtreetlacohérencedesonproposetl’am-pleurdevuedesonprogrammedetravail.
p
Roger-PolDroit
 Del’amour.Unephilosophie pourleXXI 
e
siècle,
deLucFerry,OdileJacob,190p.,21,90¤.
3
0123
Vendredi11mai2012

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