Welcome to Scribd, the world's digital library. Read, publish, and share books and documents. See more
Download
Standard view
Full view
of .
Save to My Library
Look up keyword
Like this
1Activity
0 of .
Results for:
No results containing your search query
P. 1
Tourbillon arabe

Tourbillon arabe

Ratings: (0)|Views: 126|Likes:
Published by Anne Guion

More info:

Published by: Anne Guion on May 30, 2012
Copyright:Attribution Non-commercial

Availability:

Read on Scribd mobile: iPhone, iPad and Android.
download as PDF, TXT or read online from Scribd
See more
See less

08/25/2013

pdf

text

original

 
 actualité
n
Que s’est-il passé ? Il y a près d’unan, un vent de liberté soufflaitdans le monde arabe. Et aujourd’hui,la métaphore a brusquement changé :on parle désormais de
« raz-de-maréeislamiste »
. Un tsunami que l’on ima-gine liberticide. Au Maroc, le partiJustice et développement (PJD), uneformation islamiste, est arrivé en têtedes législatives du 25 novembre. Sonchef, Abdelilah Benkirane, a éténommé Premier ministre le 29 novem-bre. En Tunisie, Ennahda, le partiislamiste remportait fin octobrel’élection de la constituante. Et enÉgypte, les Frères musulmans sontles grands favoris des élections qui sesont tenues le 28 novembre.
Pourtant, d’autres signes montrentque ces révolutions
sont loin d’êtreachevées. Poussé par la rue qui, denouveau, gronde, le Conseil suprêmedes forces armées (CSFA) égyptien aaccepté la tenue d’une élection prési-dentielle d’ici juin. Au Yémen, leprésident Saleh a finalement décidéde signer l’accord de transition ets’est engagé à quitter le pouvoir d’icitrois mois. En Syrie, le vent com-mence à tourner pour le régime deBachar al-Assad, lâché par la Liguearabe.
« Les jours du régime syriensont comptés »
, a déclaré lundi28 novembre, le ministre des Affairesétrangères Alain Juppé.
Faut-il craindre ou espérer ?
Deuxthèses sont discutées en ce moment.Deux lectures de l’Histoire en mar-che. L’une est plutôt pessimiste. Il
1
 U révlutprf, basésur l’é  at
Les mots sont forts. Pour Jean-Pierre Filiu,
« nous sommes face à unevague de fond historique qui ne fait que commencer, un bouleversement d’une ampleur exceptionnelle. L’unedes grandes révolutions de ce temps. »
 Celui-ci réfute l’expression de « prin-temps arabe »
 
:
« il s’agit d’un mouve-ment long qui ne peut être circonscrit àune saison. Toute la dynamique vadans le même sens malgré les velléitésde contre-révolution ».
Pourquoi ? Parce que ce mouvementest emmené par une génération.
« L’un des principaux points communsde ces révolutions, c’est qu’elles sont  portées par la jeunesse. Une généra-tion de jeunes femmes et de jeunes hom-mes arabes qui n’ont jamais été aussinombreux dans leur classe d’âge. Or,cette génération s’inscrit en faux contrecelle de ses parents qui avaient accepté,après les indépendances, la mise en place de régimes considérés commelégitimes parce que nationalistes. »
 Aujourd’hui, explique l’historien,les jeunes révolutionnaires ont
Monde
Éis qi  à ’vg ds isiss, épssifé  Syi…  pips  d  is. Déypg.
le tourbillon
Du monDe arabe
   R   E   U   T   E   R   S   /   K   h   a   l   E   d   a   b   d   U   l   l   a   h   b   R   U   n   o    a   M   S   E   l   l   E   M    /   S   I   G   n   a   T   U   R   E   S   f   a   y   a   R   d
20
La Vie
- 1
er
cembre 2011
uu
s’agit de celle de Robert Malley, unancien conseiller de Bill Clinton,dans un article publié dans le
 NewYork Review of Books
le 29 septembredernier. Pour ce chercheur de l’Inter-national Crisis Group, un
think tank
 américain, la
« contre-révolutionarabe »
a commencé dès le 12 février2011, le lendemain de la chute deHosni Moubarak, le président égyp-tien. Les jeunes révolutionnairesdésorganisés, sans expérience politi-que, seraient selon lui en train de sefaire confisquer leur révolution parl’armée et les islamistes.
L’autre thèse est plus optimiste
puisqu’elle parie sur un changementprofond de mentalité dans le mondearabe, une
« révolution totale »
. C’estcelle de Jean-Pierre Filiu, historienarabisant professeur à Sciences-Po(voir encadré), auteur de
la Révolu-tion arabe. Dix leçons sur le soulève-ment démocratique
.
 La Vie
a choisi delui donner la parole. Il nous exposeen quatre points sa vision des événe-ments qui bousculent l’ensemble dumonde arabe.
n
Cet historienet arabisant
estprofesseur à Sciences-Po(Paris), après avoirenseigné dans lesuniversités américainesde Columbia (New York)et de Georgetown (Washington). Son
 Apocalypse dans l’Islam
a obtenu, en 2008,le grand prix des Rendez-vous de l’Histoirede Blois, avant d’être traduit par les Pressesde l’université de Californie. Ses livres ouses articles sur le monde arabo-musulmanont été diffusés dans une dizaine de langues.Sa
Révolution arabe
, sous-titrée
Dix leçons sur le soulèvement démocratique
, a étépubliée en 2011 à Paris (Fayard), Londres(Hurst) et New York (Oxford University Press).
Jean-Pierre Filiuspécialiste du monde arabe
28 vmbr 2011. Burau  vt au Car. Ls Frèrs musulmas st ls ras favrs s élcts léslatvs.24 vmbr 2011 à Saaa. Au Yém, fac à la étrmat s mafstats, l prést Al Aballah Salh va quttr l puvr.
 
 substitué au respect de la figure dupère fondateur, l’idée de justice poli-tique et sociale.
« Lorsque ces mouve-ments se déclenchent, c’est pour en finir avec le régime en place. Une foisque le but est atteint, la chute du dicta-teur, l’exigence de justice continue à sedéployer. C’est ce qui est en train de se passer de nouveau sur la place Tahrir en Égypte mais aussi au Yémen. Ainsi,alors que le président Saleh a signél’accord de transmission du pouvoir,de nouveau, la place du Changement à Sanaa, la capitale, s’est remplie demanifestants qui clamaient : 
“Non,nous voulons te juger !” »L’autre caractéristique de ces révo-lutions, c’est le retour de l’idée denation.
« Le message est en quelquesorte : “le régime a trahi la nation, il doit partir” 
, explique Jean-PierreFiliu.
 Le drapeau national est reprisdes mains du tyran et brandi dans la foule. »
Celui-ci décrit un phéno-mène de double dialectique, un dou-ble ressort, en quelque sorte :
« À la fois, la sphère publique arabe, par-delà les frontières, se soulève avec lamême insistance dans tous les pays. Et dans le même temps, ces mouve-ments sont profondément ancrés dansle cadre des États-nations modernesissus de la colonisation. Ce sont desmouvements politiques et sociaux quise mettent en scène comme des mouve-ments de libération nationale. Or, lesluttes patriotiques sont bien plusmobilisatrices que les combatssociaux… »
C’est pour cela, par
22
La Vie
- 1
er
cembre 2011
uuuu
 souvent le dessus sur les thèses isla-mistes. Même les Frères musulmans,que l’on retrouve dans tous ces pays,n’y ont pas les mêmes positionne-ments : parti des valeurs en Tunisie, favorable à une monarchie réforméeen Jordanie, etc. »
Surtout, ces partis sont en plein bou-leversement. On les croyait en posi-tion de force, ils apparaissent pro-fondément divisés. En Égypte, parexemple, les Frères musulmans ontun parti officiel et quatre formationsdissidentes… Car ceux-ci n’échap-pent pas au tourbillon révolution-naire. Au sein même de leurs organi-sations politiques, d’abord :
« Les partis islamistes sont traversés par lamême crise générationnelle que lereste de ces sociétés,
poursuit le cher-cheur,
leurs chefs sont des personnali-tés âgées. Alors que ceux-ci se conten-taient d’opposer un contre-modèle à lasociété, le jeune islamiste veut le chan- gement ici et maintenant. Et l’ex- prime. Or, ce sont des organisationsqui, sous les dictatures, existaient dans la confrontation manichéenneavec le régime. Difficile, dans cesconditions, de laisser s’exprimer desdésaccords à l’intérieur du parti. Aujourd’hui, ils ne peuvent pas faireautrement. »
Et ceci, au momentmême où ils doivent s’adapter aupluralisme politique :
« Ces nations,spoliées par ces dictateurs sont entrain de se reconstruire par le bas
,explique Jean-Pierre Filiu
. La grande nouveauté est que les partisislamistes se trouvent désormais dansune scène politique ouverte : ils vont devoir inéluctablement faire l’ap- prentissage de la pluralité ».
Et qui dit pluralité, dit compromis…
« Les partis islamistes se trouvent aumême moment que le PC français en1976,
poursuit l’historien,
lorsquecelui-ci a dû abandonner la “dictaturedu prolétariat” 
 
 pour pouvoir espéreentrer au gouvernement : les islamis-tes vont devoir faire des compromis. Ils seront sans doute contraints de faire leurs preuves, voire de donner des gages. Cela s’est déjà produit : en1989, les Frères musulmans jorda-niens ont participé au gouvernement. Ils ont mal géré le pays et ont perdu lesélections suivantes. »
Selon le cher-cheur, tous ces bouleversements neexemple, que la partition de la Libye – entre Cyrénaïque et Tripolitaine – que beaucoup annonçaient, n’a paseu lieu.
« Au contraire, pour la pre-mière fois depuis son indépendance,la Libye se déploie réellement sur les frontières qu’elle a héritées de l’indé- pendance. » C’est aussi pour cela queles partis islamistes de ces pays vont être obligés d’être de plus en plusnationalistes : leur salut électoral  passera désormais par l’identifica-tion à la nation. »
2
Ls slamsts frcésà far l’apprtssau pluralsm
L’islamisme est-il en train deremporter la partie ?
« D’abord, il  faut rétablir le pluriel,
expliqueJean-Pierre Filiu.
Chacun des partisislamistes adopte des attitudes trèsdifférentes selon les pays où il setrouve. Ainsi Ennahda en Tunisie se pose comme la plus tunisienne des formations politiques : les thèmes patriotiques prennent donc bien
La Vie
- 1
er
cembre 2011
23

You're Reading a Free Preview

Download
/*********** DO NOT ALTER ANYTHING BELOW THIS LINE ! ************/ var s_code=s.t();if(s_code)document.write(s_code)//-->