• Embed Doc
  • Readcast
  • Collections
  • CommentGo Back
Download
 
Érudit 
est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l'Université de Montréal, l'Université Laval et l'Université du Québec àMontréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche.
Érudit 
offre des services d'édition numérique de documentsscientifiques depuis 1998.Pour communiquer avec les responsables d'Érudit :erudit@umontreal.ca
 
Article
 Frédéric Lesemann
Lien social et Politiques 
, n° 50, 2003, p. 17-37. Pour citer la version numérique de cet article, utiliser l'adresse suivante :http://id.erudit.org/iderudit/008277ar 
Note : les règles d'écriture des références bibliographiques peuvent varier selon les différents domaines du savoir.Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politiqued'utilisation que vous pouvez consulter à l'URIhttp://www.erudit.org/documentation/eruditPolitiqueUtilisation.pdf 
Document téléchargé le28 July 2009
« La société des savoirs et la gouvernance : la transformation des conditions de production dela recherche universitaire »
 
Introduction: l’appel àl’innovation et à la productivité
Tous les pays développés sontaujourd’hui confrontés aux enjeuxde leur insertion dans une écono-mie mondialisée, généralementassociée à la notion de société duou des savoirs
1
. Les explicationsde ce processus sont certesdiverses, mais pour l’essentiel,elles renvoient à l’épuisement dumodèle keynésien de croissance,épuisement accéléré par la «
crisede l’énergie
» des années 1970, à lasource d’un processus inflation-niste qui semblait alors horscontrôle et qui allait contraindreentreprises et institutions publiquesà accroître la productivité du tra-vail aussi bien que du capital, àlibéraliser les marchés et à exigerde l’État qu’il contribue à l’amélio-ration de la compétitivité des éco-nomies nationales. La notiond’«
innovation
» renvoie à l’en-semble de ces processus. C’estdans cette perspective qu’on a réa-lisé que l’avenir des économiesdéveloppées ne pouvait en effetque passer par des stratégies inno-vatrices au plan de l’organisationdu travail, des ressourceshumaines, de la production deconnaissances, etc.À partir de ce constat, une équi-valence fut instituée progressive-ment entre une «
économie del’innovation
» et une «
société dusavoir
», ouvrant ainsi la porte à unrôle accru de l’université, en tantque lieu de production et de trans-mission des connaissances. Lamatière grise en vint à constituerla ressource la plus décisive danslanouvelle économie, accroissantd’autant le rôle des universités et lesattentes et les exigences de la sociétéà leur égard. Tel est du moins le dis-cours qui prévaut par exemple dansles publications du Conseil de lascience et de la technologie duQuébec (CST, 1998
: 3, 5).Ce témoignage illustre le rôlenouveau des États dans la produc-tion des conditions d’émergence del’innovation à l’échelle nationale.En effet, pour Castells (1998
: 118-119), «
dans la nouvelle économieglobale, si les États veulentaccroîtreleur richesse et leur puis-sance nationales, ils doivent néces-sairement entrer dans l’arène de laconcurrence internationale et con-duire leurs politiques de façon àaméliorer la compétitivité collec-tive des entreprises, ainsi que laqualité des facteurs productifs surleur territoire. […] La plupart despays qui ont connu ces vingt der-nières années une croissance éco-nomique satisfaisante ont pratiquédes politiques gouvernementales
La société des savoirs et la gouvernance:la transformation des conditions de production de larecherche universitaire
Frédéric Lesemann
Lien social et Politiques – RIAC, 50,
Société des savoirs, gouvernance et démocratie,
 Automne 2003, pages 17 à 37.
 
actives de développement
dans lecadre d’une économie de marché 
[souligné par l’auteur] […] L’éco-nomie informationnelle globale estéminemment politisée […] Lechangement technologique rapideassocie l’innovation des entrepre-neurs à des stratégies gouverne-mentales mûrement réfléchiesd’encouragement à la recherche etde choix technologiques […] Lanouvelle économie […] sera en par-tie modelée par les processus poli-tiques engagés dans et par l’État.[…] La compétitivité dans la nou-velle économie semble fortementdépendre de la capacité politiquedes institutions nationales et supra-nationales à orienter la stratégie decroissance des pays qu’elles admi-nistrent […] Les gouvernements nepeuvent pas se contenter d’organi-ser les échanges commerciaux, ilsdoivent aussi fournir le soutiennécessaire au développement tech-nologique et à la formation des res-sources humaines
»
(ibid.
:
135).Cet article cherche à documen-ter, principalement à partir du cascanadien, ce processus en coursde restructuration des rapportsentre l’Université, la rechercheuniversitaire et l’État, exemplaireà notre avis de cette «
société dessavoirs
» et de sa gouvernance
2
. Ilmontrera ensuite que ce processusest à l’œuvre au niveau internatio-nal et qu’il est appréhendé commela condition indispensable d’unaccroissement de la compétitivitédes économies nationales. Consi-déré du point de vue des producteursuniversitaires, ce processus met àmal, selon plusieurs, l’autonomieuniversitaire et la fonction de pro-duction de recherche fondamentalede l’Université en ce qu’il orienteprofondément les thèmes et les prio-rités de la recherche. Ce sera là l’ob- jet d’une troisième partie. On yconstatera également que les pointsde vue sont divisés à l’intérieurmême de l’Université entre diversacteurs qui contrôlent le «
champ
»de la production de recherche. Ceux-ci s’opposent tant en fonction de tra-ditions de recherche que de débats,souvent anciens, relatifs à l’applica-tion des connaissances, à leur perti-nence sociale ou technique, àl’interdisciplinarité, aux sources delégitimité des savoirs, au statut des«
utilisateurs
» de connaissances, etc.Enfin, dans une quatrième par-tie, je mettrai cette réflexion enrelation avec l’histoire de la revue
 Lien social et Politiques
puisquecette livraison marque la parutionde son 50
e
numéro, et que les res-ponsables de ce numéro m’ontdemandé, à titre d’ancien directeurde
 LSP
, d’établir un lien entre laproblématique de la gouvernancede cette «
société des savoirs
» et leparcours de cette revue, et avec lesdébats théoriques et pratiquesqu’elle porte et a portés. Plusieursdes questions suscitées aujourd’huipar l’insertion de la recherche uni-versitaire dans cette «
société dessavoirs
» ont été en effet traitées,modestement sans doute, par cetterevue qui, dès ses débuts, s’estvoulue «
orientée vers l’analyse desphénomènes sociaux, des pratiquessociales, des régulations institu-tionnelles et des interventions
»,interdisciplinaire, appliquée, com-parative, participative, attentiveaux processus sociaux et aux ques-tions de gouvernance. Je crois qu’iln’est pas exagéré de prétendre quecette revue a participé à sa manière— en y apportant parfois, à traverscertains numéros, une contributionremarquée — aux débats sociopoli-tiques de son époque, présents ouen germe dans le milieu acadé-mique des sciences sociales et danscelui de l’action sociale et de laréflexion sur les politiques. En cesens, le choix du thème «
Sociétédes savoirs, gouvernance et démo-cratie
» me paraît très pertinentpour marquer la parution du 50
e
numéro de
 LSP
.
Une transformation majeure desrapports entre l’Université etl’État: l’intervention spectacu-laire de l’État fédéral canadien,1998-2005
Entre l’année budgétaire1998-1999 et aujourd’hui (année budgé-taire 2003-2004), mais avec uneplanification des investissementsfédéraux qui s’étend jusqu’en2005, le gouvernement fédéral auraprocédé à des investissements deplus de 11 milliards de dollarscanadiens (environ 7,4 milliardsd’euros) en matière de recherche etd’initiatives diverses de soutien àla recherche. Bien sûr, uneconjoncture budgétaire exception-nellement favorable autorise de telsinvestissements. Mais, pour un
18
L
IENSOCIALET
P
OLITIQUES
– RIAC, 50La société des savoirs et la gouvernance:la transformation des conditions deproduction de la recherche universitaire
of 00

Leave a Comment

You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...
You must be to leave a comment.
Submit
Characters: ...