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I
l faut dire que la ville haute était pour lui une espèce de région de rêve.Autant il détestait la ville basse, le faubourg, avec l’usine, le relent dechocolat, les laideurs de la vie moderne et sordide, autant la haute partiede la ville avec ses maisons anciennes, dont beaucoup étaient abandonnées,les souvenirs des ducs de Provence, des passages royaux, les écussons auxportes, et ces délabrements par où soudain filaient le vent et le soleil, autanttout cela l’enchantait, le détournait de ce monde qu’il aimait fuir, descriailleries du foyer, de l’impiété paternelle, et d’idées nouvelles qui luivenaient, et lui causaient un trouble, dont il s’accusait. Il y avait une grandemaison tout en haut de la colline, là où déjà les rues se décomposaient, lestoitures tombaient, l’herbe envahissait les pièces des anciennes demeuresnobles. La grande porte de bois vermoulu tenait encore, tout ouvrée deguirlandes qu’avaient rongé les vents, dans le porche de pierre rose. Mais,à côté d’elle, il y avait un trou dans le mur, et vous pouviez entrer là-dedanssans rien demander à personne. C’était probablement très facile de savoirqui avait jadis habité cet hôtel majestueux, dont il ne restait plus que lescontours et une espèce de grande pièce souterraine du côté rue, quiaffleurait au coteau par-derrière en plein soleil, au bout d’une ruelleencombrée d’ordures et de linge séchant. Mais Armand ne voulait pas attirerl’attention sur ce palais clandestin qu’il s’était découvert, et il imaginait saretraite pleine et bruyante aux jours anciens, suivant sa tête et ses lectures.La salle souterraine était la salle des gardes. De grands garçons robustes,habillés comme sur les tableaux, avec une jambe rouge et une verte, ettoujours à chanter et à rire, et des lévriers près de la porte qu’on avaitamenés d’Afrique, lors de la récente campagne contre les infidèles despays barbaresques.
S
ans aucune raison dont il eût conscience, Quinn passa à une page viergedu cahier rouge et croqua une petite carte de la zone dans laquelle Stillmans’était promené. Puis, réexaminant soigneusement ses notes, il se mit àretracer de son stylo les déplacements que Stillman avait effectués en une seule journée - le premier jour où il avait complètement enregistré les déambulationsdu vieil homme. Le résultat en était le suivant:Quinn fut frappé par la manière dont Stillman avait longé les bords de la zonesans s’aventurer une seule fois au centre. Le croquis ressemblait à la carte d’unEtat imaginaire du Midwest. Apart les onze pâtés de maisons sur Broadway audépart et la série d’enjolivures qui représentaient les méandres de Stillman dansRiverside Park, l’image faisait aussi penser à un rectangle. Mais, étant donné lastructure quadrangulaire des rues de New York, ce pouvait être aussi un zéro oula lettre O. Quinn passa à la journée suivante, déterminé à voir ce qui en sortirait.Les résultats furent très différents.
Louis Aragon
Les beaux quartiers
Denoël - Folio
Paul Auster
Trilogienew yorkaise
Actes Sud - Babel
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