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Octobre 2009 Conjoncture 13
Brésil-Russie : pourquoi desévolutions si différentes face àla crise internationale ?
Anna Dorbec, Valérie Perracino
algré d’évidentes différences (climat,géographie, histoire et démographie), le Brésilet la Russie partagent de nombreuses carac-téristiques communes, au premier rang desquelles lasuperficie de leur territoire et la taille de leurs marchésdomestiques. Deuxième point commun, leurs pers-pectives de convergence vers les niveaux de revenusdes pays de l’OCDE semblaient suffisamment solidesau début de la décennie pour leur permettre d’intégrer letrès sélectif « groupe des BRIC
1
» même si leur croissance potentielle n’était pas aussi vigoureuse quecelle de l’Inde et de la Chine. Au sein de ce « groupedes BRIC », leur richesse considérable en matièrespremières les différencie de l’Inde et de la Chine etcontribue à rendre leurs balances commerciales, leursdevises et leurs marchés financiers respectifsextrêmement dépendants des fluctuations des coursdes matières premières. Enfin, dernier point communmais non des moindres, les deux pays ont accompli desprogrès significatifs sur le front de la stabilitémacroéconomique depuis dix ans, accumulantnotamment des réserves de change suffisammentimportantes pour leur permettre de passer d’uneposition de gros débiteurs à une position de créditeursnets du FMI
2
.Leurs économies ont toutefois réagi assezdifféremment à la crise internationale depuis septembredernier. La récession a été beaucoup plus sévère enRussie qu’au Brésil : le PIB réel s’est contracté de prèsde 10 % entre le T2 2008 et le T2 2009 en Russie, alorsqu’il n’a reculé que de 1,3 % sur la même période auBrésil où il a du reste d’ores et déjà renoué avec unecroissance positive au trimestre le trimestre (+1,9 % t/tau T2 - données cvs). La reprise devrait par ailleurs êtreplus lente en Russie qu’au Brésil. Ainsi, selon le FMI(perspectives de l’économie mondiale – octobre 2009),le PIB réel devrait se contracter de 7,5 % cette annéeen Russie avant d’enregistrer une modeste progressionde 1,5 % en 2010. Au Brésil, il ne devrait reculer que de0,7 % en 2009 et croîtrait de plus de 3,5 % l’annéeprochaine.La présente étude vise à faire le point sur lesfacteurs qui ont rendu la croissance moins volatile auBrésil qu’en Russie dans le contexte de la crise actuelle.Trois types d’explication peuvent être envisagées
a priori 
: des différences dans la structure des économiesréelles des deux pays (I) des fragilités préexistantes auniveau des bilans des acteurs privés et publics (II) desmesures de politique économique différentes enréponse au choc (III).
Du côté de l’économie réelle :d’importantes différences malgréd’apparentes similitudes
Les économies du Brésil et de la Russie présententdes différences significatives en termes d’insertiondans les échanges internationaux, de spécialisationsectorielle et de structure de la demande.Termes de l’échange : une sensibilité plus forte auxfluctuations des cours des matières premières enRussie qu’au BrésilCes différences sont manifestes lorsque l’onconsidère l’évolution des termes de l’échange. Depuis
M
 
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que la crise partie des Etats-Unis s’est intensifiée ets’est propagée à l’économie mondiale, la Russie a subiune détérioration bien plus prononcée de ses termes del’échange (définis comme le rapport du déflateur desexportations et du déflateur des importations dans lescomptes nationaux) que le Brésil.
-50%-40%-30%-20%-10%0%10%20%30%0203040506070809
Un choc sur les termes de l'échange plus prononcéen Russie qu'au Brésil
Graphique 1Sources : BNP Paribas, IBGE, RosStat
BrésilRussie
termes de l'échange, g.a., %
Alors que les termes de l’échange n’ont presque paschangé depuis la mi-2008 au Brésil, ils se sontdétériorés de plus de 40 % entre le T1 2008 et le T12009 en Russie, s’inscrivant à des niveaux jamais vusdepuis 2001. Les fluctuations des taux de change ayantété globalement comparables sur la période consi-dérée
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, les principales raisons de ces évolutionsdifférenciées sont à chercher du coté de la structure desimportations et des exportations de chacun des deuxpays. La spécialisation rend en effet les termes del’échange nettement plus sensibles aux variations duprix des matières premières en Russie qu’au Brésil.La Russie est le « BRIC exportateur de matièrespremières » par excellence : à l’exception de certainséquipements (principalement militaires), représentantenviron 5 % des exportations totales, elle exporte peude produits manufacturés. Les exportations d’énergieont représenté 69 % des exportations totales en 2008,rendant les prix des exportations très dépendants desfluctuations des cours du pétrole. Les métaux et lesproduits métallurgiques arrivent en deuxième position(13 % des exportations totales en 2008), renforcantl’exposition du pays à l’évolution des marchés desmatières premières. Les exportations de produits debase autres que les métaux restent, pour leur part,marginales : elles n’ont représenté que 2 % desexportations totales en 2008. Par suite de la baisse descours des matières premières, les exportations russesse sont contractées de 54,5 % au cours des huitpremiers mois de l’année 2009 par rapport à la mêmepériode de l’année précédente.
Chimie6 %Matièrespremièresagricoles etproduitsalimentaires2 %Machines etéquipements5 % Autres2 %Métaux etindustriemétallurgique13 %Energie69 %Bois et papier 3 %
Structure des exportations : forte dépendancevis-à-vis des matières premières en Russie…
Graphique 2Source : Russian State Customs Committee
 Autres27 %Energie10 %Machines etéquipements18 % Autresproduitsprimaires6 %Métaux etproductionmétallurgique16 %Bois et papier 2 %Chimie1 %Produitsalimentaires20 %
…contre une structure des exportations relativementéquilibrée au Brésil
Graphique 3 Sources : BNP Paribas, BCB
La structure des exportations du Brésil est,
de facto,
plus équilibrée.Les matières premières et les produitsmanufacturés à fort contenu en matières premièresreprésentent environ 55 % des exportations, le resteétant fait de produits manufacturés à moyenne et à fortevaleur ajoutée comme les avions (2,8 % desexportations en 2008), les moteurs de voitures et lesproduits destinés à l’industrie automobile (
7,9 %
desexportationstotales)ouencoreles équipementsélectriquesetélectroniques(3,2 %des exportations).
 
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22.533.544.5199219941996199820002002200420062008RussieBrésil
Graphique 4Sources : BNP Paribas, FMI
Part du PIB mondial en PPA (en %)
7010013016019022025000010203040506070809
USD/BRLUSD/RUB
Taux de change
Graphique 5Sources : BNP Paribas, BCB, RosStat
 Août 2008=100Dépréciation-15%-10%-5%0%5%10%040506070809
Croissance du PIB réel
Graphique 6Sources : BNP Paribas, IBGE, RosStat
g.a.
BrésilRussie
01002003004005006007008009001000200420052006200720082009
CompositeRussieBrésil
Spread EMBI+, points de base
Graphique 7Source : JP Morgan
05010015020000010203040506070809Brésil IBOVESPARussie MICEX
Marchés boursiers
Graphique 8Sources : BNP Paribas, Reuters, RosStat
 Août 2008 = 100-20-15-10-50510152006200720082009
Indices de production manufacturière
Graphique 9 Sources : RosStat, IBGE
g.a., %RussieBrésil
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