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Agathe FAYET-
Perspective historique sur la perceptiondu suicide en Occident -
«
Il n’y a qu’un problème philosophique vraimentsérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou nevaut pas la peine d’être vécu, c’est répondre à laquestion fondamentale de la philosophie. Le reste, si lemonde a trois dimensions, si l’esprit a neuf ou douzecatégories, vient ensuite. Ce sont des jeux ; il fautd’abord répondre. […] Ce jeu mortel qui mène de lalucidité en face de l’existence à l’évasion hors de lalumière, il faut le suivre et le comprendre
. »
A. CAMUS,
Le Mythe de Sisyphe
Eléments de problématique
De toute histoire du regard que la société occidentale a porté sur ceux qui ont mis fin volontairement à leur vie, le trait principal qu’il importe de garder à l’esprit tient dans les nuances de jugements et la distance despratiques à l’égard de la cohérence, de la stabilité et de la rigueur des lois humaines et religieuses quiqualifiait et réglementait cet acte.L’histoire de l’Occident dans son rapport à la mort volontaire est avant tout celle d’une condamnation d’unacte perçu comme inhumain et celle d’un silence qui avait valeur de réprobation. L’Eglise comme l’Etat soustout régime se sont le plus souvent retrouvés unis dans une même attitude répressive à l’égard du suicide,rejeté comme l’œuvre de Satan et affront au pouvoir en place et à la société dans son ensemble. Cependant,les pratiques réelles ont pu différer et les mœurs évoluer plus rapidement que les lois en vigueur.Le point essentiel qui distingue les époques les unes des autres tient davantage dans l’acuité avec laquelle laquestion de la légitimité et des motifs du suicide a été interrogée. Comme G. Minois a pu le mettre enévidence dans son
Histoire du suicide
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, la Renaissance et les Lumières sont à cet égard les époques les plusriches. D’une question occultée par un dogme religieux qui condamnait sans appel le « meurtre de soi-même », l’humanisme naissant et la philosophie des Lumières ont fait resurgir une véritable interrogationsur les raisons et la nature d’un acte qui ne devait plus faire l’objet d’un jugement mais qui posait la questionfondamentale du sens de l’existence et de la liberté humaine. Ce faisant, la question du suicide sortaitmomentanément des strictes limites de la morale. C’est au cœur de ce changement crucial qui s’opère dansles mentalités des élites vis-à-vis de la mort volontaire que le terme de « suicide » fait son apparition (en1700), remplaçant les termes accusateurs d’« homicide » ou de « meurtre de soi-même ».La présente synthèse aura pour objet principal de montrer que, longtemps enfermée dans les carcans de lamorale, la pratique de la mort volontaire, appréhendée sous l’angle de ses motifs et de ses causes, restera,malgré le transfert de l’autorité cléricale et religieuse à celle médicale et séculaire, renvoyée à la question dela responsabilité du suicidé. Elle évacuera l’interrogation véritable de l’acte par le biais de l’irresponsabilitédu suicidé. Possédé par le diable, atteint de frénésie ou de mélancolie, ou bien encore souffrant d’un excès de bile noire, celui qui attente à sa vie ne peut être en pleine possession de ses moyens ni de sa raison. Le suicidephilosophique, la décision consciente de se retirer volontairement du monde n’existe ou n’est jamais véritablement envisagé ni accepté dans les moeurs. L’objection de la folie ou plus rarement de la maladiedispense de juger mais aussi de comprendre. Le suicide sera dépénalisé en France en 1791, mais sacondamnation persistera bien longtemps après.
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G. Minois,
Histoire du suicide, La société occidentale face à la mort volontaire
, Fayard, Paris, 1995
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