Il a fallu de longs siècles d’«enseignement du mépris» et de tentatives de captation ecclésiale des promesses des prophètes – considérées comme accomplies par le Christ et désormais dévolues à la chrétienté (théorie de la substitution) –, pour que se fasse jour, en chrétienté, une attitude plus positive envers les juifs. Lorsque s’ouvrit le IIème Concile du Vatican (1962), personne ne s’attendait au changement dramatique qui allait se produire, sous l’impulsion du cardinal Bea, auquel le «Bon Pape Jean» avait confié la tâche d’élaborer un «Schéma sur les Juifs». Ce projet déchaîna une telle hostilité de la part de prélats conservateurs qu’il suscita, chez les Pères conciliaires, une réaction inverse, dans laquelle s’exprimait une tendance vers un changement positif de l’attitude chrétienne envers le peuple juif. On lit, dans le chapitre 4 de la Déclaration Nostra Aetate, que «les juifs restent très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance » et que le Concile «encourage et recommande entre eux la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel». Et encore : «les Juifs ne doivent pas... être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture».
Au cours des décennies suivantes, les graines semées au Concile portèrent des fruits inespérés. En témoigne cette phrase du pape Jean-Paul II, lors d’une allocution aux dirigeants des communautés juives d’Allemagne (17 novembre 1980) : «le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance jamais révoquée par Dieu [...]» Elle eût été impensable auparavant.
Ce livre retrace les étapes de la longue marche vers la reconnaissance du dessein de Dieu sur les juifs et les chrétiens, dans lesquels je crois voir un avatar typologique des «deux familles choisies par Dieu», dont parle Jérémie (33, 24). Il entraîne le lecteur chrétien dans une relecture spirituelle de l’Écriture, dont maints passages dévoilent prophétiquement leur vocation respective et l’unité à laquelle l’Église et Israël sont appelés, tels, entre autres, celui de la geste des deux morceaux de bois en Ézéchiel (37, 17) – «qu’ils ne fassent qu’un dans ta main» –, et celui où Paul exprime la même réalité, en une formule théologique inspirée (Ep 2, 14) : «Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux a fait un [...]»
L’ouvrage s’achève sur l’évocation de la contestation mondiale dont l’État juif est l’objet, et de la pierre d’achoppement qu’il constitue pour beaucoup de chrétiens. L’auteur craint qu’en se mettant à la remorque des faux prophètes de l’antisionisme, qui accusent Israël de néo-colonialisme et d’apartheid, ils n’attisent la haine contre ce peuple, et ne «se trouvent en guerre contre Dieu lui-même» (cf. Ac 5, 39), dont ils ignorent les desseins, pavant la voie à la montée hostile des nations, annoncée, entre autres, par les prophètes Joël (4, 1ss.), Michée (4, 8ss), et Zacharie (12, 3), ainsi que par le Psaume 2.

Published: Menahem R. Macina on
ISBN: 9781301555499
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