Enjoy millions of ebooks, audiobooks, magazines, and more

Only $11.99/month after trial. Cancel anytime.

Nuages bas

Nuages bas

Read preview

Nuages bas

Length:
199 pages
Publisher:
Released:
Sep 15, 2021
ISBN:
9781071556559
Format:
Book

Description

Gabriele est une actrice qui, à la fin de sa carrière, entreprend un voyage dans la ville où elle a passé son adolescence. Sa visite soudaine prend au dépourvu deux de ses amies, qui voient en elle une manière d'échapper à leurs journées grises et monotones. L'actrice pourra deviner, à travers elles, la vie qu'elle aurait pu avoir. Le poids de la célébrité la poursuit depuis quarante ans et une seule chose semble évidente : ce voyage réveille de vieilles passions et modifie les vies de tous ceux à qui elle rend visite.

"Ce que Núria Añó nous présente dans son livre, c'est un morceau de vie réelle, disséqué au fin bistouri de son écriture. Il y a dans son œuvre un grand travail sur le langage et le style. Ce n'est pas un roman facile, ni par son sujet, ni par son style, mais il revêt un grand intérêt et représente, selon moi, l'une des grandes promesses en matière de roman catalan contemporain"- Dr. Àngels Santa, revue L'Ull crític, 15-16.

Publisher:
Released:
Sep 15, 2021
ISBN:
9781071556559
Format:
Book

About the author

Núria Añó (1973) is a Catalan/Spanish novelist and biographer. Her first novel "Els nens de l’Elisa" was third among the finalists for the 24th Ramon Llull Prize and was published in 2006. "L’escriptora morta" [The Dead Writer, 2020], in 2008; "Núvols baixos" [Lowering Clouds, 2020], in 2009, and "La mirada del fill", in 2012. Her most recent work "El salón de los artistas exiliados en California" [The Salon of Exiled Artists in California] (2020) is a biography of screenwriter Salka Viertel, a Jewish salonnière and well-known in Hollywood in the thirties as a specialist on Greta Garbo scripts.Some of her novels, short stories and articles are translated into Spanish, French, English, Italian, German, Polish, Chinese, Latvian, Portuguese, Dutch, Greek and Arabic.Añó’s writing focus on the characters’ psychology, most of them antiheroes. The characters in her books are the most important due to an introspection, a reflection, not sentimental, but feminine. Her novels cover a multitude of topics, treat actual and socially relevant problems such as injustices or poor communication between people. Frequently, the core of her stories remains unexplained. Añó asks the reader to discover the deeper meaning and to become involved in the events presented.Literary Prizes/ Awards:2020. Awarded at International Writing Program in China.2019. Awarded at International Writers’ and Translators’ House in Latvia.2018. Fourth prize of the 5th Shanghai Get-together Writing Contest.2018. Selected for a literary residence in Krakow UNESCO City of Literature, Poland.2017. Awarded at the International Writers’ and Translators’ Center of Rhodes in Greece.2017. Awarded at the Baltic Centre for Writers and Translators in Sweden.2016. Awarded at the Shanghai Writing Program, hosted by the Shanghai Writer’s Association.2016. Awarded by the Culture Association Nuoren Voiman Liitto to be a resident at Villa Sarkia in Finland.2004. Third among the finalists for the 24th Ramon Llull Prize for Catalan Literature.1997. Finalist for the 8th Mercè Rodoreda Prize for Short Stories.1996. Awarded the 18th Joan Fuster Prize for Fiction.


Book Preview

Nuages bas - Núria Añó

Nuages bas

Núria Añó

Traduit par Céline Sinsard

Nuages bas

Écrit Par Núria Añó

Copyright © 2020 Núria Añó

Titre original Núvols baixos © 2009

www.nuriaanyo.com

Tous droits réservés

Distribué par Babelcube, Inc.

www.babelcube.com

Traduit par Céline Sinsard

Dessin de couverture © 2020 Núria Añó. Photo Birgit Eilenberger. Dessins Gordon Johnson

Babelcube Books et Babelcube sont des marques déposées de Babelcube Inc.

Table des matières

Title page

Copyright

Nuages bas

Sur l’auteure

Du même auteur

L'écrivaine morte

Le regard du fils

Le salon des artistes exilés en Californie

À propos de la traductrice

Nuages bas

Núria Añó

Marianne est assise dans le fauteuil lorsqu'on sonne à la porte. Ses pieds trainent plus que d'habitude, comme si, depuis le temps qu'elle porte des pantoufles, elle avait oublié qu'on lui avait mis des chaussures aujourd’hui, elles ont même l'air d'avoir été cirées ; ce talon haut, elle en a fait des kilomètres avec ces chaussures, mais à présent elle ne se rappelle même plus comment elle est arrivée ici, elle ne se souvient que de ce bout pointu qui lui serre les orteils. Et elle regarde l'heure, elle pourrait fixer cette horloge longtemps, si longtemps qu'elle a l'impression que la femme qu'elle vient d'inviter à entrer est en retard. Elle ne saurait le dire, mais quarante ans sans se voir… Les communications sont-elles si mauvaises que ça ? Mais que se passe-t-il maintenant, la visiteuse perd son temps à saluer les membres de cette famille, comme si elle l'avait oubliée, elle, pense Marianne en courbant le dos et en tirant sur l'ourlet de sa jupe. Mais l'actrice tend une main vers la porte, on voit bien qu'elle s'apprête à entrer, mais quelqu’un la retient de l'autre côté. Que de discours ils pourraient s'épargner, les uns et les autres, et comment s'est passé le trajet, vous êtes encore très bien conservée, et la paume de la main glisse de la vitre vers la poignée ; il faudrait qu'elle se décide à entrer une fois pour toutes. Sa fille a déjà fait une gaffe, Marianne ne voulait pas qu'elle en parle, c'est si compliqué que ça ? Cette femme assise espérait pour une fois ne pas entendre le nom de cette maladie, enfin, le mal est fait. Même en se levant, elle ne pourrait pas lutter contre ce mot, mais le bras de l'actrice apparait de nouveau près de la vitre, bien qu'ils la fassent reculer avec leurs bêtises, en lui disant qu'elle méritait une statuette pour je ne sais quel film. C’est la vie, dit l'autre en approchant sa main de la poignée. Vous avez eu l'occasion de côtoyer les hommes les plus séduisants, pourquoi le cacher, dit la fille de cette vieille dame, rien que de les voir cela m'émoustille encore. Vraiment ? Moi non, plus maintenant, souligne l'actrice. Elle ouvre ensuite la porte et tombe sur l'autre debout. Il était temps, s'exclame Marianne en s'avançant. Il était vraiment temps, conclut Gabriele en la prenant dans ses bras.

Et pourquoi vous ne restez pas ici ? dit la fille de Marianne, je peux vous préparer une chambre tout de suite. Gabriele est assise dans un coin lorsqu'elle l'entend, sa main serre celle de Marianne, comme si les mots étaient de trop, mais ses yeux sont vifs, ils brillent sur les côtés, mais l'actrice brise ce moment et tord légèrement le cou pour expliquer qu'elle loge déjà à l'hôtel. À l'hôtel ! Mais pourquoi donc ? s'exclame la fille, alors que vous pourriez rester ici le temps que vous voulez ! Gabriele prend la main de Marianne, l'approche de son visage et l'embrasse. Je ne vais rester que trois jours, dit l'actrice en se retournant, comme vous pouvez l'imaginer il me reste toujours des choses à faire ; des projets, quoi. Oui, Marianne se fait une idée de ce que cela peut signifier. Ses projets à elle sont partis en fumée, comme la vapeur d'une cocotte-minute, en un clin d'œil. La fille parle toute seule : je lui prépare la chambre. Ou le petit-fils : dans tes rêves donne-lui la tienne. Et la fille : veux-tu bien te taire, tu ne vois pas qu'elle peut nous entendre ? Mais même l'actrice croise les jambes pour affirmer qu'elle a déjà payé l'hôtel. Arthur est mort, dit soudain Marianne. Je sais, poursuit Gabriele, mais cela fait des années. Oui, dit l'autre à voix basse ; elle soupire en regardant par la fenêtre. Si tu vois de la lumière dans le garage, reprend-elle peu après, dis à Arthur de rentrer, il passe sa vie là-bas, on se voit à peine. Gabriele se lève du fauteuil et dit : mais tu n'habites plus dans cette maison maintenant. Non ? dit l'autre.

Dimanche soir, pourrait dire Gabriele dès qu'elle descend de cet immeuble et qu'elle lève les yeux. Mais quand elle pose un pied sur la dernière marche, elle hésite un moment, est-ce qu'elle va à l'hôtel. Elle décide finalement de prendre la direction opposée. Son visage est à découvert, elle avait prévu un temps plus clément que ce qu'il est réellement. Sans doute garde-t-elle de cette ville des souvenirs un peu idéalisés, comme si avec les années tous les jours mornes et gris du calendrier s'étaient effacés, et qu'il fallait, maintenant, remonter le col de son manteau et respirer par le nez tout en regardant une ville distincte de ses souvenirs d'adolescente. Là où elle s'attendait à voir des maisons, elle voit de grands immeubles, et les grandes étendues ouvertes se sont remplies de bâtiments qui s'entassent les uns sur les autres, comme s'il n'y avait plus assez d'espace libre sur terre pour construire. Évidemment, elle n'est pas architecte, ni ne voudrait l'être, elle a été actrice, et on ne sait pas bien vers où elle va en ce moment. Elle se surprend à tourner en rond ou à attendre à un feu, comme si cette ville n'était plus la même, comme si de nouvelles rues étaient apparues. Mais elle fait un geste de la main et un taxi arrive, peu importe elle n'avait pas prévu de se perdre ici.

Gabriele ! s'exclame Silvia en ouvrant la porte. Elle qui est souvent si bavarde dit seulement, en la prenant dans ses bras : tu aurais dû me prévenir avant. L'actrice entre et accroche son manteau dans l'entrée, puis se dirige vers le salon, se frotte les mains quand elle dit : si je l'avais prévu, je ne serais pas venue. Oui, enfin, Silvia l'invite à s'asseoir et elle s'assied, toutes deux très proches à cette table sur laquelle elles croisent les bras, l'une baissant la tête. Que se passe-t-il ? demande Gabriele en levant le menton. Rien, répond l'autre. Elle se lève et sort deux verres du placard, qu'elle remplit, sans se presser, d'une quelconque liqueur. Ça n'a pas l'air d'aller, dit l'actrice en baissant les yeux. Et Silvia pleure, je ne sais pas, elle choisit mal son moment pour pleurer, elle sort un mouchoir de son tablier et s'exclame : je pensais que tu m'avais oubliée, mais de toute façon pourquoi tu aurais dû te souvenir de moi ? Tu as mené la belle vie et tu as obtenu tout ce que tu voulais, mariée et divorcée trois fois, et quels hommes ! Mille fois mieux que le mien. Ici tout est toujours comme avant, comme une horloge qui s'est arrêtée, tu as bien fait de partir, je te l'ai déjà dit et je te le répète encore maintenant, ici il n'y a que la misère. Je ne m'en souviens pas, dit l'actrice en buvant une gorgée. Silvia ébauche un léger sourire, puis boit. Ça va mieux ? demande Gabriele. Oui, dit l'autre, et toi ça va, tu es bien installée, est-ce que tu veux manger quelque chose ? L'actrice fait oui et non de la tête en même temps ; mais bizarrement, Silvia comprend aussitôt cette communication non verbale, alors que je suis perdue dès le premier mouvement de tête. Où j'en étais, ah oui, le mari de Silvia surgit d'on ne sait où, et ce qu'il voit à cette table ! Il n'a jamais cru aux miracles, mais là, il en serait tombé par terre s'il n'était pas déjà en train de prendre Gabriele dans ses bras. Il a l'air un peu nerveux, il ne s'attendait pas à tomber sur cette vedette de cinéma qui, à en croire sa femme, avait un jour vécu ici, trois ou quatre rues plus bas ! Le monde est fou, il ne se souvient plus comment elle était, dans sa jeunesse, il a immortalisé son image dans je ne sais plus quel film, lui s'en souvient probablement, elle lui a servi d'icône plus d'une fois quand il se masturbait pendant que sa femme dormait. À moins qu'elle ne dorme pas ? Un homme étroitement lié à Gabriele, comme on dit. Intimement, et la voilà à vingt centimètres de lui, il aurait envie de pleurer devant la cruauté du temps qui passe. Une épée et une bonne dose de mauvaise humeur n'arriveraient même pas à produire cet effet. Silvia, dit le mari, reste là, je m'occupe du dîner. On en devine, des choses, à travers le regard stupéfait de la femme, comme si elle n'en croyait pas ses oreilles, qu'elle devait vérifier de ses propres yeux que son mari est bien en train de farfouiller dans les placards. L'actrice, le regard ailleurs, va chercher son manteau et demande : on se voit demain ? Silvia réfléchit quelques secondes, puis répond : appelle-moi en milieu de matinée.

Pourquoi Gabriele n'est pas restée dîner ? demande le mari à Silvia. À ton avis, rouspète-t-elle, tu penses vraiment qu'une femme comme elle peut se faire servir trois légumes à moitié crus avec une escalope cramée ? Et puis on ne peut pas se présenter comme ça un dimanche soir, comme si de rien n'était, et espérer se faire inviter à dîner. Tu vois bien ce qu'on avait à manger aujourd'hui, reprend Silvia, elle doit être manger du caviar ou que sais-je encore, on est un couple âgé et on doit se débrouiller avec un seul salaire, si au moins tu m'avais laissée travailler quand il était encore temps, on en aurait deux, de salaires, et on aurait pu inviter Gabriele au restaurant, j'y avais pensé, mais j'ai vu tout de suite qu'on n'arriverait pas à la fin du mois. Je me demande combien de temps elle va rester, enchaine-t-elle, pas longtemps j'espère, je dis ça pour son bien, je préférerais qu'elle ne voie pas de quoi sont faites les journées de son amie, oh mais elle va sûrement s'en faire une idée quand elle me verra aller et venir avec mes petits-enfants ! Je ne sais pas pourquoi elle est venue, la première chose qu'elle m'a dite, c'est que si j'ouvrais les rideaux je verrais une vieille qui me fait des signes depuis la cabine téléphonique la plus proche, celle-ci, disait-elle au moment même où moi aussi je faisais un signe de la main et je me disais, que le sol m’avale, et puis après elle arrive et me dit qu'elle vient de chez Marianne, alors que c'était moi son amie, Marianne était plus âgée que nous, elle était fiancée quand nous allions encore à l'école. Mais si elle veut voir Marianne, conclut-elle en prenant un verre d'eau, elle peut l'avoir en chair et en os.

Gabriele est dans sa chambre d'hôtel, le téléphone à la main. Celui qu'elle appelle, quel qu'il soit, ne répond pas. Elle va donc poursuivre ce qu'elle était en train de faire, prendre son repas ici, dans l'intimité de deux lampes de chevet et des continuelles couleurs que renvoie la télévision. Elle a beau ouvrir et fermer les yeux, elle se trouve toujours dans une ville où elle n'a pas mis les pieds depuis longtemps. Une éternité. Réponds, réponds, murmure-t-elle dans l'appareil. Elle entend enfin cette voix qu'elle tente de garder au bout du fil sans broncher. Je te passe le numéro de téléphone de l'hôtel, dit l'actrice à son représentant en tenant une carte dans la main, si je ne suis pas là, je te laisse le numéro fax de la réception. Quand vas-tu t'acheter un téléphone portable ? a l'air de l'interrompre le jeune homme. Tu me prendrais plus au sérieux si j'en avais un ? dit Gabriele brusquement. Qu'est-ce que tu m'excites quand tu t'énerves. L'actrice approche le combiné de son oreille, comme si tout ce qu'il allait bien pouvoir lui dire avait une importance capitale, mais elle lève aussi les yeux au ciel, on aimerait entendre tellement de choses, et maintenant elle ne fait qu'écouter, ça oui et non, ça dépend. Une femme moderne, Gabriele, qui jette un œil sur son lit et sa bouche esquisse un air de dégoût, comme s'il y avait chez beaucoup de rage contenue, mais elle est également capable de tirer sur le fil tout en émettant un petit rire gracieux, qui s'efface de son visage aussitôt qu'elle a raccroché. Elle pose alors un pied par terre, sort l'agenda de son sac et regarde son avenir, un tas de pages blanches. Blanches, comme la chemise de nuit que l'on enfile à Marianne par la tête. Ou comme le coton que Silvia utilise pour retirer deux couches de vernis à ongles, avec de l'acétone, pour gagner du temps. Le temps que Marianne passe allongée sur un lit étranger, auquel elle est attachée par une sangle en cuir pour qu'elle ne puisse pas s'échapper, ni tomber, ni même bouger. Une femme qui, dans ses instants de lucidité, se rend compte de l'agitation qu'elle provoque, et pleure. Comme Gabriele.

On entend déjà le petit-fils de service, le plus jeune, qui pousse des cris de joie dès qu'il arrive. Sa sœur de neuf ans l'accompagne, elle aurait bien l'âge de s'occuper du petit ; l'école n'est pas si loin. Silvia les fait entrer. L'un et l'autre prennent leur petit-déjeuner chez ces grands-parents si sympathiques, qui ont toujours quelque chose à raconter. La fille de Silvia entre aussi et explique qu'elle a pris rendez-vous chez le médecin pour le petit, il tousse et a le nez qui coule, surtout dis-lui de bien l'examiner, oh là là, je vais être en retard. Oui, Silvia et son mari connaissent bien ce « oh là là ». Une qui s'en va. Les autres restent à cette table et l'on termine une autre bouteille de lait. J'y vais, dit l'un ou l'autre en se levant de sa chaise. Peu importe, les petits-enfants remplissent les cœurs de jeunesse, comme un printemps après une longue période d'hibernation, où les bras s'allongent, comme ceux d'un épouvantail, pour les étreindre. Le mari de Silvia aimerait bien allonger les siens pour prendre Gabriele par la taille, si elle se laissait faire. Un homme qui hier a laissé passer sa chance, et pourrait en ramasser aujourd'hui les miettes avec un balai et une pelle. Non, il n'est pas le genre de Gabriele. Ses mains non plus, qui supportent un dur travail quotidien, ne sont pas à la hauteur de celles de cette femme, des mains satinées qui hier lui ont touché l'épaule, oui, pendant qu'elle l'embrassait sur les deux joues. S'il racontait ça aujourd'hui au travail, personne ne le croirait. Et puis il faudrait dire des choses du genre : mais oui, tu sais bien, Gabriele Bates ! Celle qui a fait tel et tel film, alors ça, comment j'ai pu oublier, dites-moi des noms de l'un de ses films, un pas trop récent, à nous tous on va bien se souvenir. Et ils en seraient là quand il apparaitrait, la bouche entrouverte, comme si ce titre leur évoquait un vieux film. Un vieux et long film, ajoute un autre. Allez, on reprend, le travail ne s'arrête pas. Même quand on arrive épuisé chez soi, il ne s'arrête pas. Il y a toujours quelqu'un qui prend son quart après lui. Pourtant un jour le mari de Silvia soulève des kilos et des kilos avec la machine, et se rend compte soudain qu'il préfère ça plutôt que de rester à la maison.

Gabriele arrive au square où elle a rendez-vous avec Silvia, elle lui fait un geste de la main dès qu'elle l'aperçoit, alors même qu'elle est toute seule ici, avec un petit-fils qui descend de la poussette. L'actrice s'approche de l'enfant et lui dit quelque chose en souriant, mais le petit n'attend qu'une chose, qu'on le détache pour qu'il puisse aller à la balançoire. Gabriele s'installe sur le banc, elle porte une chemise d'un bleu intense avec une sorte de bordure aux poignets, qui apparait sous un manteau clair. Mon pantalon large et mes chaussures à petit talon ne peuvent rivaliser avec aucun de ses vêtements, pense Silvia tout en serrant ses doigts dans son sac. Celui-ci, c'est le plus petit, ajoute-t-elle en grand-mère modèle, mais ma fille en a deux autres, une de neuf ans qui est très studieuse, et l'aîné de dix-sept ans, un vrai salaud, ils les ont eux avec beaucoup d'écart, comme s'ils n'avaient pas osé faire tout d'un coup, et voilà, celui-là, comme tu vois, je dois le garder toute la journée, par précaution, en fait il va déjà à la crèche, mais quand ils ont vu qu'il toussait ils m'ont dit de venir le chercher, comme si je n'avais rien d'autre à faire, enfin, je suis bien contente que tu sois venue. Moi aussi, répond Gabriele, je t'admire vraiment d'avoir des petits-enfants, moi je n'ai pas pu avoir d'enfants, j'étais toujours occupée par un projet ou un autre, et après, quand ça s'est calmé, je ne pouvais plus en avoir ; c'était trop tard.

Le temps d'un instant, le petit-fils revient dans les bras de sa grand-mère, elle en profite pour

You've reached the end of this preview. Sign up to read more!
Page 1 of 1

Reviews

What people think about Nuages bas

0
0 ratings / 0 Reviews
What did you think?
Rating: 0 out of 5 stars

Reader reviews