Présentation de CETA, le zombi d'ACTA

Le 12 juillet 2012 – Christian Engström, MEP @ 13:57

Les couloirs du Parlement Européen seront vides jusqu'à septembre, mais alors nous devrons voir où nous en sommes face à CETA. ACTA est mort, mais ce n'est pas la fin de l'histoire. Comme tous ceux et celles qui ont profité d'un bon film d'épouvante, le monstre pouvait être raide mort à la fin du premier film, il sera vivant, alerte et plus fort que jamais quand arrive le deuxième film. Dans le cas d'ACTA, le nom de cette suite est CETA, ce qui veut dire « Comprehensive Economic Trade Agreement » (Accord d'Échanges Économique Compréhensif – ndt), et c'est un accord bilatéral entre l'UE et le Canada. Les négociations de CETA sont toujours en cours, et l'accord n'est pas encore finalisé. Le professeur de droit Michael Geist a attiré l'attention du public sur CETA il y a quelques jours, en référence à une version de CETA ayant fuité en février cette année. Hier j'ai assisté à une réunion post-mortem sur ACTA au Parlement Européen. Un des intervenants était le haut fonctionnaire de la Commission qui s'était occupé d'ACTA, et qui est maintenant en charge des négociations de CETA. J'ai saisi l'opportunité de le questionner à propos de CETA, et s'il n'était pas vrai que CETA contient un chapitre sur les droits de propriété intellectuelle où certaines dispositions ont été copiées verbatim depuis ACTA. La réaction de l'officiel de la Commisssion était très intéressant. Il confirma que CETA contient en effet un chapitre sur la propriété intellectuelle, mais en vint immédiatement à essayer de dénigrer le Professeur Geist (sans que quiconque ait mentionné le nom du Professeur Geist). Selon le représentant de la Commission, le Professeur Geist ne devrait pas être pris au sérieux, puisqu'il commentait un brouillon qui datait de six mois, et le texte avait changé depuis.

Quand j'ai posé la question qui suit, si la Commission avait publié une version plus actuelle du texte en négociation, la réponse fut non. Il semble donc que ce sera encore une histoire de déjà-vu. La Commission non-élue négocie un accord international ayant des effets législatifs derrière portes closes. Ils gardent tous les documents secrets, tout en clamant avec arrogance que tous ceux qui questionnent ce qu'ils font sont mal informés. Même méthode que la dernière fois. Mais en réalité, la défaite d'ACTA a changé les choses. Des milliers de citoyens ont vu de leurs propres yeux que l'activisme politique fonctionne. Le Parlement Européen a démontré qu'il était prêt à se servir de ses pouvoirs pour rejeter des accords commerciaux inacceptables. Même si le comportement de la Commission au séminaire hier indique qu'ils n'ont pas encore absorbé la leçon d'ACTA, il est tout à fait possible qu'un peu de réflexion de leur part pendant l'été les aide à voir les choses sous un autre angle. Ils n'ont plus de raison de penser qu'ils parviendront à introduire de plus strictes lois sur la propriété intellectuelle par la porte dérobée d'accords commerciaux internationaux. Peut-être viendront-ils à réaliser qu'avoir un chapitre sur la propriété intellectuelle dans CETA crée un réel risque qaue l'accord tout entier soit finalement rejeté, comme le fut ACTA. Maintenant le Parlement Européen va fermer pour les vacances estivales. Cela signifie qu'il est inutile de tenter de joindre les euro-député(e)s en ce moment. Mais lorsque le Parlement ré-ouvrira en septembre, nous aurons à voir où en sont les choses avec CETA. S'il s'avère que la Commission essaiera de raviver le défunt traité ACTA sous la forme de CETA, ce sera à nouveau au Parlement Européen d'arrêter la folie. Mais nous pouvons espérer que la Commission aura retrouvé ses esprits d'ici-là. Auteur : Christian Engström, MEP Source : http://christianengstrom.wordpress.com/2012/07/12/introducing-ceta-the-acta-zombie/

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