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Explication d'un document d'histoire : La colonistation : Ferry et Clemenceau I - L'ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU SUJET

sujet

Le discours de Ferry est un grand classique. Ici, c'est la réponse de Clemenceau qui permet d'avoir une vision critiquant les arguments utilisés par ceux qui veulent accélérer la colonisation. Il n'y a donc pas de réelle difficulté, hormis celles de méthode pour le commentaire de document.

II - LA PROBLEMATIQUE
Attention : ● Vos connaissances doivent éclairer certaines illusions du texte ; ● La paraphrase (c'est-à-dire la citation sans explication) doit être bannie ; ● Le texte ne doit pas être sacrifié au profit d'une récitation de tout ce que vous savez sur la colonisation ; ● Votre opinion personnelle à propos du débat en question n'intéresse pas le correcteur : c'est sur votre capacité d'analyse objective que vous serez noté.

III – LES REPONSES AUX QUESTIONS
1. La première question est assez restrictive : elle ne demande pas une représentation complète du document mais vous devez insister sur le contexte historique dans lequel ce débat parlementaire prend place : en 1885, la colonisation a déjà commencé depuis longtemps (la première colonie française, l'Algérie, date de 1830, sous le règne de Charles X pendant la Restauration), mais pour ce qui est de la France, elle s'est faite par à-coups sans un véritable plan d'ensemble et elle n'a guère suscité d'enthousiasme populaire ni d'adhésion massive de l'opinion publique. Mais les années 1880 marquent un tournant dans l'histoire de la colonisation : il y a une accélération du processus, on parle même de "course aux colonies", car le contexte a changé : ● L'exploration du fleuve Congo (par Stanley et Livingstone mais aussi par Savorgman de Brazza, un Français) permet de pénétrer à l'intérieur du continent africain, qui devient un enjeu de conquête pour les puissances européennes. ● Posséder des colonies et constituer un espace colonial deviennent un impératif pour des puissances européennes en pleine rivalité économique. N'oubliez pas que 1885 (année de ce début parlementaire), est l'année où finit la fameuse conférence internationale de Berlin (novembre 1884 - février 1885), qui permet aux puissances européennes de régler certains litiges entre elles en se "partageant" l'Afrique et en réglementant la navigation sur certains fleuves. Des zones d'influence sont ainsi établies. Pour ce qui est de la France, une date est à citer, qui montre bien la "course aux colonies" : c'est en 1881, l'année où la Tunisie devient un protectorat français. Quant aux deux discours, ils ont lieu quelques mois après la défaite de Lang Son en Indochine, qui a provoqué le renversement du ministère Ferry. Cet évènement a donc révélé l'opposition de nombreux députés à cette colonisation, décrite comme une dangereuse "aventure". 2. Pour Clemenceau, qui reprend en fait l'organisation du discours de Ferry justifiant la

colonisation, les arguments de Ferry en faveur des expéditions coloniales sont de trois ordres : ● Economique : les colonies sont des débouchés pour les industries françaises qui ont besoin de consommateurs nouveaux pour éviter la surproduction. ● "Civilisationnel" : les peuples européens, considérés comme supérieurs, auraient le droit et même le devoir moral de civiliser les races inférieures, afin en quelque sorte de les amener au même niveau (c'est le "lourd fardeau de l'homme blanc" décrit par l'écrivain britannique Rudyard Kipling, la "mission civilisatrice"). ● Politique et militaire : avoir des colonies, c'est être une grande puissance et posséder un rayonnement international, c'est compter aux yeux du monde. 3. Attention, il faut ici développer et ne pas se contenter de dire que les positions défendues par Clemenceau sont celles des anticolonialistes. Il faut référer ses arguments, et la façon dont il "démonte" point par point ceux de son adversaire politique Jules Ferry : ● La justification économique ne tient pas ("vous allez directement contre votre but") car les conquêtes coloniales provoquent la mort de milliers de soldats français, ce qui fait à la fois moins de travailleurs et moins de consommateurs (moins de "débouchés"), sans oublier les défenses importantes liées aux conquêtes (celles-ci rencontrant souvent d'importantes résistances dans les pays visés). ● Le devoir de civiliser les "races inférieures" n'est pour Clemenceau qu'un prétexte pour se donner bonne conscience et il le tourne en dérision en prenant un exemple précis : des savants allemands (créateurs de la "géopolitique") pronostiquant la victoire allemande contre la France lors de la guerre de 1870 (précisez-le bien !) en raison d'une supériorité raciale : Clemenceau montre ainsi les dangers de ce type de théories car, visiblement, on peut toujours "être la race inférieure de quelqu'un", donc victime du complexe de supériorité d'un autre peuple, même entre Européens ! ● Enfin, le "rayonnement par la guerre", n'est pour Clemenceau guère justifiable moralement car il dénonce ensuite le fait que la colonie est exploitée économiquement et commercialement par la métropole et, surtout, il pense que Ferry se trompe d'objectif : attention à bien analyser les dernières lignes du discours qui parle d'une "nation ayant éprouvée de très graves revers en Europe", dont la frontière a été "entamée" et qui dit qu'on doit avant tout "s'assurer qu'on a le pied solide chez soi". Clemenceau parle ici bien sûr de la France et de la défaite de 1870 face à la Prusse, qui a abouti à la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. Pour lui, la France doit plutôt se consacrer à la récupération de ses "provinces perdues", au lieu de "guerroyer [...] aux quatre coins du monde" inutilement. 4. Dernière question assez curieuse car il parait difficile d'y apporter une réponse développée. Vous devez dire que les positions de Jules Ferry, républicain "opportuniste" ou modéré, et de Georges Clemenceau, républicain radical, sont opposées à propos de la question coloniale : ● Ferry, en tant que Président du Conseil ou Ministre des Affaires Etrangères a voulu contribué à l'expansion territoriale de la France : il est "colonialiste". ● Clemenceau est "anticolonialiste", par morale personnelle sans doute mais aussi par réalisme politique : pour lui, la France doit d'abord retrouver son rang en Europe, face à l'Allemagne, plutôt que de se lancer dans des expéditions coûteuses outre-mer.

IV - LES OUTILS : SAVOIRS ET SAVOIR-FAIRE

Mots-clés

Principaux acteurs

Dates

Course aux colonies Débouchés commerciaux Mission civilisatrice Rayonnement Conquêtes militaires Exploitation Alsace-Lorraine Colonialiste Anti-Colonialiste

Clemenceau Ferry Brazza Stanley Livingstone Kipling Puissances Européennes Gouvernements Députés

1830 : "Conquête" de l'Algérie 1870 : Défaite de la France contre la Prusse 1881 : Protectorat français sur la Tunisie 1884-85 : Conférence de Berlin Mars 1885 : défaite de Lang Son en Indochine