^

Eco-quartier
L
a Terre est malmenée, chamboulée, meurtrie par l'industrialisation et la modernisation, qui vont de pair et qui ont indéniablement permis d'atteindre, inégale-

Et la ville, qui n'est plus la ville mais un urbain éparpillé, diffus, essaimé, qui la considère écologiquement ?

ment entre les humains, un degré de confort incroyable il y a encore un siècle. Comme dans apprenti sorcier, les humains sont à l'origine d'un déploiement technologique qui se retourne dorénavant contre eux. Le progrès technique et scientifique semble avoir une logique propre, difficile à maîtriser et à réorienter, d'autant qu'il constitue le moteur de l'enrichissement à l'heure du capitalisme de l'immatériel. Depuis longtemps déjà, des savants tentaient d'alerter leurs concitoyens quant aux dangers que la planète-et par conséquent toute la population mondiale-rencontra itou allait connaître dans un proche avenir, de par les "méfaits" du progrès. Ces voix du mal heur, de l'Apocalypse, n'étaient guère entendues, donnant ainsi raison au célèbre adage :"Nul n'est prophète en son pays." C'est vrai, ni RachelCarIson.niJean Dorst.ni RenéDumont,ni Bernard Charbonneau, ni Jan Tinbergen, ni René Dubos et Barbara Ward, ni tant d'autres observateurs engagés dans la défense du Bien Commun dans les années 1950 et 1960, n'ont convaincu les médias, les hommes politiques et l'opinion publique. C'est avec le rapport du Club de Rome et toutes les controverses qu'il généra, la Conférence des Nations unies sur l'environnement à Stockholm en 1972/1, puis la "crise du pétrole" (1973), le rapport Brundtland {Notre avenir à tous, 1987) et la tenue du Sommet de la Terre à Rio (1992) que l'écologie devient une préoccupation générale partagée. Ces années-là sont aussi marquées par de nombreuses catastrophes industrielles (Seveso, Bhopal,Tchernobyl...) qui sensibilisent les citoyens et également les élus. Malgré cette prise

i/
Cf. Halie à Sa croissance ?, sous la direction de D. H. Meadows, 1972, qui reprit la notion d*"éco-développement" imaginée en 1971 au séminaire de Founex en Suisse et popularisée par la déclaration de Cocoyoc au Mexique en 1974, comme le raconte Ignacy Sachs in Urbanisme n° 303 (nov.-déc. 1998).

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Semaine du développement durable de Londres : manifestation des cyclistes pour un futur sans pétrole de conscience, le pollueur est toujours un autre que soi et, à défaut d'effectuer une véritable révolution culturelle plaçant l'écologie au centre du débat politique, on se borna, au mieux, à faire payer les prédateurs et autres"voyous" des mers, des airs et de la terre.Très (trop?) lentement, la préoccupation envi ronnementale interpella le développement économique, caractérisé par le "toujours plus", et le traitement des inégalités (la fameuse "question sociale"). Mais aussi les relations entre le Nord et le Sud, les modes de vie de chacun (quelle production pour quelle consommation ?), l'agriculture et la pêche et plus généralement les relations des humains avec la Nature. Enfin, les valeurs d'une civilisation digne de ce nom (la responsabilité, la solidarité et l'éthique) et les modalités de la démocratie (la participation des habitants, les conférences de consensus, le budget participatif, etc.). Et la ville, qui n'est plus la ville mais un urbain éparpillé, diffus, essaimé, qui la considère écologiquement ? Cette histoire reste à écrire. Néanmoins, il est possible de repérer dès Habitat l (Vancouver.igyô) certaines velléités en faveur d'un habitat économe en énergie (le solaire, par exemple), optant pour des matériaux dont le rapport qualité d'autonomie/prix était appréciable et l'agencement simple à effectuer. Des petits ensembles immobiliers écologiques ont même été construits ici ou là. Mais penser une ville, toute une ville et ses à-côtés, en termes d'écologie, cela s'apparente pour beaucoup à de l'utopie/S.Toutefois, tant en Europe/3 qu'aux États-Unis/4 et un peu partout dans le monde /5, des quartiers "pi lofes", des transports "propres" et collectifs, des horaires mieux adaptés au climat et aux usages, des jardins "solidaires", des incitations fiscales pour la récupération et le recyclage des déchets, pour les économies d'énergie et la protection de l'environnement, et d'autres expériences, se sont multipliées. Même le droit s'y est mis, timidement, avec des dérogations, mais sûrement/6. Alors tout va bien ? Non. Des écosystèmes sont saccagés, des chaînes alimentaires interrompues, des espèces animales et végétales définitivement rayées de la carte, les émissions d'oxyde de carbone en augmentation (ainsi que le trou d'ozone), le réchauffement de la planète est à présent démontré, on utilise des réseaux surdimensionnés et coûteux (d'autres inadaptés et percés de fuites, d'où un absurde gaspillage...), des matériaux malsains pour la santé, on observe des conceptions urbanistiques et immobilières uniquement guidées par le profit immédiat, des attitudes irresponsables chez de nombreux décideurs et professionnels, et une profonde indifférence mâtinée de fatalisme chez de trop nombreux terriens. Bref, d'un côté les habituels dysfonctionnements résultant du "chacun pour soi" et de l'autre les bons sentiments. Bien sûr, ce sont les bons sentiments qui sont présents dans ce dossier, sans illusions mais avec la conviction que l'exemplarité est parfois inspiratrice d'un changement. Une sorte de conversion ? Non, un désir de vie. | Thierry Paquet

a/
Cf. Chris Younès, "L'Âge Deux de l'utopie", in Urbanisme n° 336 (mai-juin 2004).
3/

Cf. le dossier "Europe : ville et natur' in Urbanisme n° 314 (sept.-oct. 2000 en particulier l'article d'Annie Zimmermann sur Malmo.
4/

Cf. Jacques Chevalier, "Quels conten aux politiques du développement durable des villes aux États-Unis ?", in Le Développement durable. Une perspective pour le X X I e siècle, sous la direction de lean-Paul Marëi et Béatrice Quenault, préface d'Hen Bartoli, Presses universitaires de Rennes, 2005.Cet ouvrage est excell
5/

Cf. Villes innovantes du monde enta sous la direction dei Françoise Lieberherr, à l'occasion de la Plate-forme internationale sur le développement durable urbain (Genève, octobre 2005). Site à consulter : www.s-dev.org
6/

Cf. Jean-François Inserguet, "La pris en compte du développement dura dans les documents et procédures d'urbanisme : nouveauté ou validation de l'existant ?", in Le Développement durable. Une perspective pour le xxi' siècle, op. cit.

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Le développement durable pour renouveler l'action publique
Le slogan fait long feu : concevoir un "développement durable" pour les générations futures, certes, mais encore ? Penser global, agir local, facile à dire, mais comment faire ? Entreprendre un agenda 21, une charte de développement durable, ou plus pragmatiquement s'engager dans la réalisation d'éco-quartiers, favoriser les transports collectifs et la participation des habitants, est-ce efficace? Certains s'irritent de ce concept vide, de cette fausse/bon ne idée, à la mode et commode. De fait, le droit comme la politique ont intégré le terme dans leur vocabulaire, le militant et l'ingénieury ont aussi recours, l'entreprise l'a vendu au marché... De quelles ambiguïtés relève cette expression ? Analyse critique de Françoise Rouxel, urbaniste.

La multiplicité des initiatives qu'inspire le développement durable n'a assurément pas dissipé l'ambiguïté de .'ses origines. Son lieu et sa date de naissance,d'abord, restent imprécis, même si l'on cite volontiers le rapport du Club de Rome, le rapport Brundtland et le Sommet de Rio. Il n'y a pas de référentiel du développement durable pouvant faire office de table de la Loi. Sa filiation, ensuite, relève plutôt du cousinage, que ce soit du côté du développement local, de l'éco-développement, de l'écologie urbaine ou de la démocratie participative... Il est cependant possible de lever quelques doutes : le développement durable, c'est d'abord le développement, soit une dynamique, un processus conscient de changement ; il bouscule la permanence des traditions en vue d'améliorer les conditions de vie antérieures. Le développement durable, par sa critique de l'idéologie actuelle d'un progrès utilitaire et tourné vers le profit, et insoutenable dans la longue durée, propose une évolution de la société fondée sur l'être plutôt que sur l'avoir et le paraître. Comme la démocratie ou la paix, cet idéal est vulnérable et toujours à reconquérir. Puisque l'objectif est de refonder le développement sur un paradigme nouveau, il est évident que le développement durable ne peut ni ne doit se laisser enfermer dans des déclinaisons qui seraient l'apanage d'un groupe ou d'une école de pensée, d'un champ d'intervention ou de compétence. L'action environnementale n'est pas le développement durable, pas plus que ne le sont l'économie solidaire ou bien la prise en compte du long terme. Ces préoccupations sont logiquement liées au développement durable, mais elles ne sauraient prétendre en être les moteurs, ni même garantir qu'elles abondent dans son sens. Le recours à la transversalité des approches sectorielles, si macro soient-elles, provient de l'obsolescence de la

pensée mécaniste en matière de développement durable. Mais rien n'estdit.ou presque,de sa nature et de ses finalités. Sur le terrain, réduire la consommation d'eau potable, favoriser la création d'entreprises dans les quartiers marginalisés ou économiser le fonder peuvent relever d'objectifs de rentabilité comme de solidarité. Préserver des espaces naturels, favoriser les transports collectifs, mobiliser les habitants peuvent s'inscrire dans deux directions, l'une privilégiant des valeurs d'échange, l'autre des valeurs d'usage.Ces orientations stratégiques n'expriment pas en elles-mêmes des choix de société et d'existence collective et individuelle. Mais elles ne sauraient non plus s'en affranchir, au risque de tomber dans l'action pour l'action. Il manque donc un niveau essentiel constitué des enjeux, des valeurs, du "pour quoi faire ?" qui lui serait intrinsèque. L'expression de ce référentiel ouvert ne saurait advenir dans le carcan d'un modèle, ni s'accommoder du plus petit dénominateur commun à des pratiques multiples.

Orienter l'action publique ?
En 1997, le ministère de l'Environnement et, indépendamment, les services décentralisés du ministère de l'Équipement se sont informés auprès de la Fédération nationale des agences d'urbanisme, d'une part des avancées en France du développement durable dans le cadre de la production des documents d'urbanisme, d'autre part de la prise en compte du développement durable dans les diagnostics territoriaux. L'équipe que j'animais a cherché en vain un référentiel de développement durable structuré pouvant servir de filtre à l'analyse. Cette volonté d'établir un référentiel territorial d'objectifs et de moyens de développement durable nous a incités, dans un deuxième temps, à inventer une méthodologie de

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ojet pouvant accueillirce nouveau référentiel en amont • toute démarche de diagnostic territorial, puis de toute )litiquepublique,desa conception à la réalisation et à valuation de ses effets. s expérimentations menées avec des collectivités :ales,des services de l'État et des établissements publics rt révélé la capacité de la démarche à introduire le chan'ment, ainsi que le niveau d'exigence qu'elle requiert )ur s'affranchir du formatage culturel dans lequel s'insit d'ordinaire l'action publique. 1 effet, l'apposition d'une nouvelle approche conceplelle et méthodologique sur des logiques de penser et ; faire si familières qu'elles n'étaient plus à valider proique leur ré-explicitation et la reprise de conscience des ndements qui structurent la compréhension des phéîi-nènes, la conduite des politiques publiques, la ges3n des territoires. Elle démontre que la fragmentation î la connaissance en champs thématiques, le totalitasme de l'argumentaire réduit à la statistique, la préiance de l'action négligeant l'expression des probléiatiques, s'inscrivent dans un paradigme qui n'est ni liversel ni intemporel, donc relatif. lais le fonctionnalisme associé au rationalisme qui iprègne la société française depuis un demi-siècle de lodernisation n'est pas désarmé. On le constate dans le mpie resserrement des services de l'État dans le cadre 2 la décentralisation ou dans la répartition sectorielle îs délégations d'élus au sein des collectivités locales. aressence,un système complexe évolue en permanence, t, s'il n'a plus de finalité, il se décompose jusqu'à dispalître. Les témoignages des responsables territoriaux sur :s dysfonctionnements croissants de l'action publique, •s tentatives de régulation par le management territoal, les difficultés à projeter un devenir pour les terri)ires, les embarras de la démocratie locale traduisent auvent un profond désarroi face au délitement de l'acon publique locale. Ils laissent pressentir que le renouîllement des outils ne permettrait au mieux que de pro>nger artificiellement l'existence du système, et les ttentes sont immenses - même réfrénées et ambiva'ntes-en matière de reconquête du sens.

au long du processus, notamment lors du diagnostic de territoire. Ce diagnostic n'est pas la simple description d'une situation circonscrite à un périmètre donné. Il est la projection d'une grille de lecture, en l'occurrence thématique (habitat, transport, environnement, économie...), sur le territoire, lui-même divisé en zones,de l'analyse duquel ne ressort qu'une image propre à reproduire les logiques précédentes. Reconnaître la subjectivité du diagnostic de territoire - qu'il serait plus adéquat de qualifier d'évaluation territoriale-n'est pas une faiblesse mais une force, à condition que son élaboration puisse se reporter explicitement aux visées qui la structurent. Introduire ici le référentiel de développement durable pour évaluer la situation d'un territoire met en évidence la marge de progression de l'action publique en ce sens. Le rapprochement entre l'évaluation territoriale et l'évaluation des politiques publiques à travers le référentiel de développement durable est la clé de voûte de la démarche. Et il rappelle utilement que l'action publique ne vaut que par ses effets concrets sur le terrain. | Françoise Rouxel
COMMANDE POLITIQUE pas de cahier des charges

Démarche classique de projet

Démarche de projet renouvelée SUIVI et ÉVALUATION Commande Politique
Cahier des charges

iedécouurir le territoire
2 regard n'est jamais neutre. Il est empreint pourchaun d'un référentiel propre, forgé à partir d'une histoire pécifique, d'une culture, d'intentions à l'égard de l'ob;t ou du sujet observé et avec lequel s'établit une relalon. La compréhension du territoire et de son évolution épend du prisme à travers lequel s'effectuent l'état des eux, la clarification des enjeux, le choix des orientations t des actions, l'évaluation des politiques mises en œuvre. itroduire le développement durable dans l'action 'ubiique suppose la mobilisation d'un référentiel d'obîctifs et de moyens auquel il devrait être associé tout

ORIENTATIONS"

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Entre éco-villages et projets d'architectes : les éco-quartiers
L'association EcoAttitude conduit actuellement un projet d'éco-quartier dans le canton de Genève.

Quelques constats et réflexions à la suite de la visite de BedZed, un éco-quartier exemplaire de la banlieue de Londres, par Camille Bierens de Haan, présidente de l'association EcoAttitude /I (Genève), en collaboration avec Jonathan Dawson, secrétaire de GEN-Europe /2 (Findhorn).

www.gen-europe.org/

3/

Énergies renouvelables, bio-construction, gestion
de l'eau, traitement des déchets, production

alimentaire bio de proximité, économie locale, gouvemance participative,
vitalité culturelle et spirituelle.
4/ http://www.globalvision.org/city/footprint FR.html Chacun peut calculer son empreinte écologique

personnelle ;
www.agir2i.org/flash/ empreinteecoweb/ loadcheckptugin.html 5/ Selon Living Planet Report 2004.

BedZed, un jour maussade de l'automne 2005. Et au de quarante ans, inventent sur les cinq continents une détour d'une rue, surprise ! À deux jets de pierre de la autre manière d'occuper l'espace et de vivre ensemble. gare de Hackbridge,au milieu d'une banlieue pavillon- De l'auto-construction écologique à la prise de décision naire londonienne sans originalité ni charme, on se par consensus, en passant par la production d'énergies retrouve d'un coup face aux images familières - pour les alternatives et de systèmes de monnaie locale, les écoavoir si souvent regardées sur Internet comme le née plus villageois y ont construit un modèle en huit points /3 ultra en matière d'éco-quartier en Europe-de bâtiments qui couvre l'ensemble des activités humaines dans les en brique et en verre, aux toits arrondis surmontés des champs de l'environnement, de l'économie et de la fameux manches à air multicolores. Surfond de ciel gris société. BedZed a été primé en tant que bonne pratique et mouillé de novembre, ça a de la gueule, c'est le moins par UN-HABITAT eni987. qu'on puisse dire ! Au milieu de tous ces petits pavillons Mais les éco-villages, pour la plupart situés en zone rurale, mitoyens, BedZed a l'air d'un grand navire qui entre au sont l'expression d'un courant de pensée alternatif dans les pays développés, et leurs habitants restent assimilés port tous fanions dehors. à des marginaux. Le modèle - pour global et séduisant qu'il soit-n'avait jamais été véritablement pris au sérieux Pas un éco-village urbain, parles urbanistes "orthodoxes", et n'avait que timidemais presque... BedZed, il y a près de dix ans qu'on en parle. Il n'est pra- ment franchi le périmètre de quelques villes des Étatstiquement pas un texte concernant les villes ou les quar- Unis, en général sous forme d'occupation par des moutiers durables qui ne cite ce projet et ne vante son exem- vements d'habitants de friches situées dans des tissus plarité. BedZed fait partout référence en matière urbains dégradés. Aussi, le modèle d'éco-village urbain d'éco-village: dans les bureaux d'architectes ou chez les ne semblait guère devoir séduire les classes moyennes. alternatifs, chez les professionnels, les élus ou les rési- BedZed vient pourtant de démontrer le contraire. dants qui se mobilisent pour un habitat urbain plus écologique. Comment expliquer un si large succès ? BedZed L'empreinte écologique : une mesure est-il donc le parangon de l'éco-quartier qui réunit tous de la pression exercée par l'homme sur les suffrages au-delà des intérêts divergents ? la nature /4 Il est vrai qu'à Bedzed les concepteurs ont su combiner L'empreinte écologique est un concept élaboré par Rees avec succès le respect de valeurs envi ronnementales, éco- et Wackernagel, deux chercheurs de l'université British nomiques et sociales à des choix architecturaux et tech- Columbia de Vancouver. Il désigne la surface de terres proniques très convaincants; avec pour objectif de prouver ductives et d'écosystèmes aquatiques nécessaires à la qu'il est possible de construire en milieu urbain en res- production des ressources et à l'assimilation des déctiets pectant les valeurs écologiques sans faire exploser les d'une population définie, à un niveau de vie spécifié, à budgets, et d'obtenir une qualité de vie de haut niveau; un moment et dans un lieu donnés. En consommant les avec également une prise en compte des aspects écono- produits et services naturels et en rejetant leurs déchets miques et sociaux du projet, en proposant à la fois l'ac- dans l'environnement, les humains exercent sur la nature cès à la propriété pour les personnes aisées et la location une pression que celle-ci ne peut absorber que dans les limites des capacités de régénération desécosystèmes. pour les familles disposant de revenus plus modestes. Bien qu'il se défende d'appartenir au mouvement des Avec notre mode de vie actuel, la demande moyenne éco-villages, BedZed s'est sans doute inspiré des réalisa- mondiale est de 2,2 ha par personne, alors qu'en Suisse tions des pionniers de l'habitat alternatif, qui, depuis plus elle atteint 6 ha/5. Sachant qu'il n'y a que 1,8 ha de sur-

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face de terre et de merbiologiquement productif disponible par personne, l'empreinte écologique montre que l'humanité consomme plus de ressources et émet plus de déchets que ce que la planète peut supporter. Notre empreinte globale dépasse à présent de plus de 20 % la capacité de charge de la planète (et c'est une moyenne...). En d'autres termes, il faudrait donc un peu plus d'un an et deux mois pour régénérer les ressources consommées par l'humanité en un an. Nous utilisons actuellement 1,2 planète, alors qu'il n'en existe qu'une de disponible... /6 Pour réduire drastiquement tant nos déchets que notre consommation, des aménagements ponctuels ne suffisent plus-même hautement technologiques. C'est notre mode de vie dans son ensemble qui est à revoir, notre rapport à l'environnement, lui-même induit par le rapport que nous établissons avec les autres, souvent à l'image de celui que nous entretenons avec nous-mêmes : certains parlent de changement de paradigme. BedZed est une réponse concrète à ce constat. Le premier principe durable appliqué à BedZed est celui de la boucle locale : pour la construction du quartier et pour son fonctionnement, il a été fait appel aux ressources locales chaque fois que cela était possible, à la réutilisation et au recyclage. Ici, 90 % des matériaux proviennent de moins de 50 km à la ronde (bois certifiés) et ont souvent été recyclés (anciens rails de chemin de fer, etc.). La conception des logements est pensée en termes d'efficience énergétique et de qualité de vie : isolation renforcée, ensoleillement maximum,terrasses et jardinets, système de ventilation avec récupération de la chaleur... On a eu systématiquement recours aux énergies renouvelables et à l'optimisation des ressources naturelles : récupération des eaux de pluie pour les toilettes, énergie électrique et thermique fournie par la biomasse (centrale de co-génération fonctionnant aux copeaux de bois), chaleur récupérée et panneaux photo-voltaïques sur les façades... Cette électricité produite permet même de recharger à 100 % les véhicules électriques mis à la disposition-en partage-des habitants. Le quartier est une zone "sans voitures", les véhicules stationnant en périphérie. D'ailleurs, les déplacements sont réduits, puisque des espaces de travail complètent les logements, ainsi que des commerces de proximité et un système de livraison de produits frais régionaux (de type Jardin de Cocagne/7). Le quartier est composé de huit immeubles orientés plein sud afin de récupérer un maximum de lumière et de chaleur : 82 logements sur 2 500 m2 consacrés à l'habitat et au travail, avec des jardins privatifs et un terrain de jeu commun. Grâce à l'optimisation de l'énergie solaire passive, aune isolation rigoureuse alliée à une très importante masse thermique, les bâtiments de BedZed ne nécessitent que très peu de chauffage : 10 % de ce que requièrent les maisons traditionnelles - bien que chacun soit libre d'instal-

ler son propre chauffage d'appoint selon ses besoins. Une unité de co-génération fournit l'ensemble du quartier en chaleur et électricité. Il est toutefois à noter qu'elle était en panne le jour de la visite... Mais enfin, la consommation d'électricité de BedZed est inférieure de 25 % à la moyenne locale! Quant à la consommation d'eau, elle avoisine 100 litres par jour et par habitant, contre une moyenne nationale au Royaume-Uni de 150 litres. Quand le système de phytoépuration -dit "Machine vivante"-fonctionne (or, il était lui aussi en panne lors de notre visite...), ce chiffre peut même descendre à 70 litres. Au final, la rationalisation de la production énergétique permet à BedZed de réduire de 50 % son empreinte écologique. Pour donner un ordre de grandeur, en comparaison avec les habitations classiques, le chauffage est réduit de 90 %, la consommation énergétique totale de 70 %, et le volume des déchets de 75 %. A présent, dix ans après la création de BedZed, les technologies ont progressé et l'on est capable d'améliorer encore les performances : suppression des ponts thermiques,triple vitrage pour la température et puits canadiens pour le renouvellement de l'air, comme dans le Vorariberg /8 par exemple, ou dans cette école proche de Francfort /9 qui se passe totalement de chauffage tout en étant constamment tempérée à 19 °C. Les constructions dites "passives"/10 remportent d'ores et déjà un succès croissant chez nos voisins germanophones, tant en milieu urbain qu'à la campagne. À Genève, un gigantesque projet de pompage de l'eau du lac est développé, afin de réchauffer l'hiver et de rafraîchir l'été les bâtiments de tout un quartier /11. Les exemples ébouriffants ne manquent pas !

6/ fr.ekopedia.org/Empreinte_ %C3%A9cologique 7/ www.cocagne.ch/

a/
www.cepheus.de/

a/
www.frankfurt.de/sis/sis/ detail.php?id=io5473 10/ www.igpassivhaus.ch/ 11/ etat.geneve.ch/dt/site/ protection-environnement/ energie/mastercontent.jsp? componentld=kmelia68 &nodeld=478

Les technologies seules ne résoudront pas le problème
S'il ne s'agissait que des technologies, elles existent ! Mais, bien qu'elles soient indispensables, il faut se souvenir et répéter qu'elles ne suffiront pas à opérer le changement nécessaire. Une transformation plus profonde est requise pour enrayer la destruction de l'écosystème planétaire. D'abord, les usagers doivent apprendre à utiliser correctement ces technologies, et surtoutà les maintenir (étaitce un hasard si, à BedZed, les deux technologies de pointe, à savoir la Machine vivante et la centrale de co-génération étaient en panne le jour de la visite...?) ; ensuite, ils doivent à brève échéance prendre conscience des dangers que le comportement consumériste et technocratique fait courir à l'ensemble du genre humain. La planète est fragile, certes, mais elle se débrouillera bien sans nous, le cas échéant. Par contre, le contraire n'est pas vrai : sans une certaine qualité d'air, d'eau, de température, d alimentation, la vie humaine ne peut pas se développer.

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BedZed, dans la banlieue de Londres, fait figure de référence en matière d'éco-village (conception : Bill Dunster Architects).

ia/
www.bioregional.co.uk/
13/ www.oneplanetliving.org/

Au vu des signaux d'alarme que lancent,depuis plusieurs pour promouvoir la construction d'éco-quartiers et d'écoannées déjà, les observateurs de notre écosystème, et villages un peu partout dans le monde.dans le cadre d'un sauf à se ranger sous la bannière-en général bien pour- réseau OnePlanetLiving/13 (OPL), en partenariat avec vue - des "après-moi-le-déluge", il est désormais priori- le WWF International. Des unités d'habitation basées sur taire de consacrer nos énergies à inventer des dispositifs le modèle BedZed sont en cours de réalisation dans la capables de sauvegarder les conditions de vie nécessaires vallée de la Tamise et au Portugal. L'objectif à moyen à l'ensemble de l'humanité plutôt que de se tourner vers terme est de créer des communautés OPL sur les cinq tout autre objectif, forcément plus futile en comparaison. continents, en pays tant développés qu'en voie de déveLes éco-quartiers représentent précisément un de ces loppement. dispositifs. Complexes, divers, émergents, encore imparfaits, ils sont la réponse d'une certaine frange de popu- Ni éco-village ni BedZed lation, ou de quelques entrepreneurs éclairés qui savent Les performances écologiques de BedZed sont indéque c'est au niveau de l'habitat et du lieu de vie que les niables. Même s'ils ont été pionniers en technologies changements de fond pourront se négocier : le change- dites "vertes", les autres éco-villages n'ont en général ni ment sera systémique ou ne sera pas. Ce sont tous les le degré d'organisation collective, ni les moyens et la petits et grands gestes de la vie quotidienne-se chauf- rigueur requis pour atteindre les mêmes résultats. Et un fer, se nourrir, boire, assurer sa santé, son hygiène, se éco-village reste souvent une addition d'initiatives indidéplacer...-qui, additionnés et soutenus par des dispo- viduelles ou de petits groupes plutôt que l'application d'un plan concerté et dessiné par une collectivité.Rans sitifs concrets, feront la différence. Il faut savoir que BedZed a été conçu et promu par une le cas de BedZed, la pertinence du travail au niveau du toute petite équipe : ce sont deux personnes, à BioRegio- quartier et du plan d'urbanisme est évidente. Bref, technal /12, qui ont monté ce projet en 1995 avec un archi- nologiquement, BedZed est convaincant à tous points tecte visionnaire et audacieux, Bill Dunster, et une caisse de vue. D'où me venait alors cette sensation de n'avoir de pension, la Peabody Trust, qui a flairé le coup de génie pas un seul instant l'envie d'y vivre ? et pris le risque de leur faire confiance. Rien à voir avec Était-ce la typologie extrêmement contraignante des un mouvement de la base comme cela s'est produit dans appartements - celui que nous avons vu était de fait le quartier Vauban à Fribourg,en Allemagne. BedZed, assez petit, mais c'était l'appartement de "démo"-, conçus c'est du top down pur sucre. De plus, le modèle peut être pour de petites familles ? Était-ce dû à la différence de facilement reproduit. Un programme a été mis sur pied culture ? À la grisaille de novembre, ou à la saturation des

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abita nts face à ces visites répétées? En tous cas, le quarer ne transpirait pas la joie, et on peut même dire qu'il lanquait carrément cT'ambiance". La pièce dite comiune,où nous avons été conviés à nous asseoir le temps 'un café et de quelques questions-réponses, était un eu froid, sans âme, peu engageant. Difficile de croire 'ailleurs qu'il s'agissait vraiment d'un espace de renDntre utilisé par l'ensemble de la collectivité. Bref, horiis les manches à air qui pavoisaient avec leurs couleurs ives,tout était silencieux et sans vie. lais comment donner aux gens l'envie de l'éco-habitat ? omment prouver que c'est possible, agréable, accessible tous ? BedZed l'a démontré, Vauban aussi. D'autres sont n marche... Et qu'en plus cela peut être joyeux ! Le slogan e Findhorn est :"lfit's nofun,it is not sustainable"/14. our qu'il en soit ainsi, il y a probablement des conditions respecter. Et, à mon avis, la première est la motivation es habitants. fabiter un éco-quartier signifie prendre le parti de l'éco3gie appliquée,d'une certaine simplicité de vie dans une roissance/décroissance soutenable,et celui de l'expérinentationde nouvelles façons de vivre ensemble. Vivre n éco-quartier pour seule cause de cohérence politique iersonnelle, bonne conscience ou confort familial, n'est ilus suffisant. Il n'est plus temps. Un éco-quartier se doit lésormais d'être un laboratoire expérimental, un lieu où 'invente la vie de nos villes à venir, où l'engagement dans ;t pour la collectivité est une absolue nécessité. Les éco|uartiers à venir auront besoin pour naître et s'implaner de la motivation joyeuse de celles et ceux qui savent e qu'ils ont perdu à vivre dans le "vieux système"-que e soit leur emploi, leur santé, leur réseau social, leur chenin ou le sens de ce qu'elles ou ils font... - et sont prêts i payer de leur personne pour inventer un futur qui epose sur leurs valeurs. )e ce fait, la population d'un éco-quartier sera socialenent et financièrement mixte, tout en partageant la 'olonté de gérer en commun l'ensemble des lieux de vie. déalement, un éco-quartier devrait être une pépinière bisonnante d'expérimentateurs sociaux, de créateurs le dispositifs aussi bien psychologiques qu'économiques ;t techniques, d'animateurs de recherche en tout lomaine.Avec pour point commun la conscience de l'état l'urgence dans lequel l'humanité amis cette planète, la /olonté de réparer et d'améliorer. Concrètement, cela •ignifie la mise en place defiltres d'accès pour les candilats à résidence, et la signature d'une charte d'engage•nents pour être admis. Rien de très différent en somme ie ce que font actuellement les agences immobilières ;ur des bases uniquement financières ! 'ar ailleurs, on sait qu'en matière de développement sou:enable,rien nesefaitde"durable"qui ne soit pris en :harge par les participants eux-mêmes.Au niveau techlique, un dispositif ne fonctionne jamais aussi bien que Panorama de presse Environnement

lorsque ses usagers eux-mêmes en sont responsables. Tous les techniciens de maintenance vous le diront. À Findhorn, par exemple, pour renforcer le sentiment de solidarité et de partage communautaire, les habitants doivent tenir certains engagements : suivre une formation au fonctionnement de la Machine vivante, avec explication des risques encourus par l'ensemble du village si elle venait à se bloquer ; participer au système agricole de proximité ; acheter leurs denrées alimentaires au magasin communautaire local ; donner des heures de travail pour assurer le maintien de la propreté et la décoration des lieux communs. Les projets d'éco-quartiers sortent dorénavant de terre comme bourgeons au printemps. Ils sont souvent soutenus par les autorités locales (Lille, Kronsberg), parfois initiés par des groupements d'habitants (Rungis, Strasbourg), et leur construction se négociera avec les pouvoirs politico-financiers et les milieux immobiliers, selon chaque cas de figure. Par contre, ce que seuls les habitants peuvent réaliser, quel que soit le contexte de leur éco-quartier en devenir, c'est la construction de la communauté autour d'une idée forte et partagée qui constituera un ciment (les Anglo-Saxons disent g/ue), assortie de la mise en place et de l'expérimentation de dispositifs sociaux et économiques dont elle portera elle-même la responsabilité. Se constituer en groupes de concertation, décider ensemble sans créer de minorités opprimées, gérer les conflits qui surviennent inévitablement et les transformer en croissance qualitative pour l'ensemble, mettre en place des liens de solidarité qui rendent caduques la compétition effrénée et l'exclusion qui en résulte, sont quelques-uns de ces dispositifs sociaux capables de reconstituer le lien social. Entre top down et bottom up, entre vitrine technologique et mouvement politique, l'éco-quartier doit trouver ses assises pour préserver sa nature et maintenir son dynamisme tout en assurant sa pérennité. En tirant les enseignements des expériences de BedZed et des éco-villages, il se pourrait que la bonne formule soit non pas PPP (Public Private Partnership) mais bien PPPC, à savoir Partenariat Public, Privé et Civil. Mais, quoi qu'il en soit, si l'allégement de notre empreinte sur la planète ne va pas de pair avec du plaisir et de la joie, nous courons à l'échec. Et, au final, l'engagement des personnes devra être au moins aussi important que celui des organisations. Je dirais même plus important... 1 CamWe Bierens de Haan

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ENTRETIENS SUR LA HAUTE QUALITÉ ENVIRONNEMENTALE (HQE)

De la bonne architecture
Parler d'éco-quartier, d'écologie et d'urbanisme, de ville "durable", d'architecture bioclimatique, c'est aussi évoquer la procédure dite HQE (haute qualité environnementale). Depuis 1996, l'Association HQE, présidée par Dominique Bidou, encourage les professionnels à "réduire les impacts du bâtiment sur l'environnement" et à "créer un intérieur confortable et sain". Pour cela, elle recense quatorze cibles, regroupées en deux ensembles : le premier concerne les effets de la construction sur son environnement ("cibles d'éco-construction" et "cibles d'écogestion") et le second veille au confort intérieur ("cibles de confort" et "cibles de santé"). Chaque constructeur, chaque architecte, est libre de combiner plusieurs de ces cibles selon sa propre logique, rien n'est obligatoire. Il s'agit d'une invitation à réaliser un chantier"propre", à ne pas gaspiller les "ressources renouvelables", à économiser l'énergie et à assurer aux habitants un réel confort, tant thermique qu'acoustique. Facile à dire et pas toujours aisé à mettre en pratique. Qu'en pensent les praticiens ? Quatre d'entre eux sont convaincus, et ce depuis bien avant 1996, qu'une architecture de qualité est celle qui est agréable à vivre et dialogue amicalement avec ce qui est autour, ils nous disent pourquoi : Philippe Madec, Catherine Furet, FrançoisTirot et Patrick Bouchain. Leurs opinions ne reflètent aucunement l'état du débat au sein des architectes

Les quatorze "cibles" :
• harmonie entre le bâtiment et son site • choix intégré des procédés constructifs et des matériaux • chantier "propre" et à faibles nuisances • gestion de l'énergie • gestion de l'eau • gestion des déchets d'activités • gestion de l'entretien et de la maintenance • confort hygrothermique • confort acoustique • confort visuel • confort olfactif • conditions sanitaires des espaces • qualité de l'air • qualité de l'eau

qui travaillent en France, elles traduisent des singularités qu'Urbanisme souhaite populariser. Il serait temps non pas de labelliser les bâtiments respectueux de "l'art de bâtir" mais les autres, afin d'avertir le public. La règle devrait être une architecture, un urbanisme, un ménagement qui accorderaient à l'habitabilité la plus grande attention,et l'exception, le reste. Cette inversion est un combat.] Thierry Paquot

Philippe Madec, architecte
V
Définition des cibles de la qualité environnementale des bâtiments, Association haute qualité environnementale, dossier n°i, nov.1997, p. 15.

^ ^ Si on lit bien les textes de la HQE, on remarque 9 W qu'ilyestquestiond'artdebâtirenvironnemental, pas d'architecture. Dans cette procédure française visant à répondre à la norme européenne de qualité des constructions environnementales, on ne trouve pas une seulefois le mofarchitecture", ni dans les cibles, ni dans les textes d'accompagnement. Ses rédacteurs ont été très clairs sur ce point : la HQE concerne le bâtiment, l'acte de construire. La dernière note en dernière page précise que la HQE "est très globale" et, est-il précisé, que "seules les questions de pérennité, de sécurité, de confort psychoso-

ciologique, de confort spatial et de confort d'activité en sont exclues" /1. C'est explicite ! Avec la HQE, on n'est pas dans une logique d'architecture; si les architectes s'en satisfont, ils démissionnent. Face à ces vides clairement énoncés, ils pourraient se dire qu'il leur appartient de les remplir. Mais ils n'aiment pas s'entendre dire : l'ingénierie ou la pensée technique vous fait une proposition, quasiment de définition, ou de contours que vous avez à assumer pour rentrer dans le durable, elle vous fait un cadeau de ce retour à la relation entre éthique et technique. C'est le premier aspect de la HQE: pourquoi ne pas se servir tant

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ZAC Beaumanoir-Duguesclin (Dinan) : pour la reconversion de ces friches militaires Philippe Madec a choisi de maintenir tout le patrimoine de qualité permettant une réaffectation aisée et de réemployer in situ les matériaux issus de déconstruction.

de ses apports que de ses faiblesses pour comprendre en partie ce qu'il nous revient de faire? Second aspect : ce n'est pas si simple, bien sûr ! Quand on rassemble autour d'une table des technocrates et des ingénieurs cultivés - dont certains ont une activité politique - et quelques architectes pour parler de bâtiment, quand ils essaient de définir une procédure de travail, il se dessine forcément entre eux une idée de l'architecture. Et je me suis attaché à trouver quelle est la théorie sousjacente présente dans les textes de la HQE. Mon hypothèse vaut ce qu'elle vaut. Il y a un courant historique extrê- térieur pollué. On en arrive à un discours qui associe science, mement fondateur de l'architecture moderne française: connaissance technique, santé, donc hygiène. Discours c'est le rationalisme structurel, celui des Julien Guadet, dont l'histoire du modernisme devrait nous préserver. Léonce Reynaud, Paul Cret, puis des Perret, et même de Le Par ailleurs, aucune des cibles HQE n'établit de rapport au Corbusier. Ce courant est le parent éloigné de la HQE. En territoire. Dans un lieu où l'on n'accéderait qu'en voiture, effet,dans le rationalisme structurel, la beauté et la vérité il est possible de faire un bâtiment HQE ; la méthode de l'architecture procèdent de la structure - quand une anglaise BREAMM prend comme point déterminant le structure est calculée avecjustesse,elle atteint à une vérité positionnement du projet dans le territoire. Chez nous, à architecturale, une beauté, disait-on. À l'époque, grosso partir de l'approche HQE, le passage du bâtiment à la ville modo, l'architecture trouvait son essence dans la relation n'est absolument pas gagné. de la structure à la lumière.À présent qu'elle est considé- Les critiques que je fais de la HQE sont celles de quelqu'un rée comme un art de bâtir environnemental, sa "vérité" qui l'utilise tous les jours et qui essaie d'être architecte. Je découlerait d'un autre calcul technique .-véracité des lux, m'attache à combler les manques que j'y ai repérés, car des décibels, des kilowatts. Si le calcul est bon, le projet d'ar- cette procédure est actuellement, en France, la seule effichitecture le serait aussi. Si on s'en tient à cela, on tombe cace pour faire progresser le bâtiment environnemental. dans le piège d'un recul de la pensée architecturale vers Je la promeus, même si ses dérives posent de véritables une réponse purement technique - bien qu'environne- problèmes (certification, labellisation). Le passage de l'armentale. Sans garde-fou, car comment la HQE s'adresse- chitecture environnementale à la ville durable, la ville habit-elle à l'homme? Dans cette théorie contemporaine, née table, ne peut pas se faire parla seule addition de bâtide l'histoire moderne de l'architecture, l'homme occupe ments environnementaux.Je n'ai jamais cru à la réduction le centre du projet architectural.Après tous les apports de de la ville à la typo-morphologie. On sait que le fait d'adla phénoménologie et les idées développées par les post- ditionner des immeubles pourfaire un îlot,que l'on addimodernes quant au retour du corps, quoi de plus normal. tionne à un autre îlot, ne permet pas d'assumer la comMais comment l'homme y est-il considéré ? Comme un plexité intrinsèque à la ville contemporaine. Il en est de corps qui émet des calories que l'on prend en compte dans même pour le durable. les calculs thermiques. Comme un être qui voit, qui res- Il est actuellement convenu de dire :"De quartier durable sent, et à qui il faut donner un certain confort. Les hommes en quartier durable, cela fera tache d'huile par un recours de la HQE sont des individus, outils de mesure et outils de à la parole citoyenne, une meilleure gestion de l'environchauffage, assemblés par addition ou par multiplication, nement-l'eau en surface par exemple-, un rapport un mais pas dans une logique historique et culturelle. C'est- peu plus intelligent au soleil et au vent." Mais, comme dans à-dire que la HQE ne pense pas l'homme comme un être le cas de la HQE, on ne dispose pour travailler sur la ville politique et social, un homme d'aujourd'hui. En outre,elle que d'outils, il manque de projet politique. Un projet insrejoint quelques penchants plutôt alarmants de la société trumenté ne suffit pas ; il faudrait être capable de consi: le repli sur soi, sur un intérieur sain, en opposition à l'ex- dérer ensemble, sans les dissocier jamais, l'économique,

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l'environnemental, le social et le culturel pourfaire une vraie proposition urbaine. J'ai longtemps dit que nous étions des orphelins du politique ;je le ressens sur le terrain. Il est rare d avoiraffaire à une équipe municipale capable de prendre position et de s'y tenir. MaintenantJe modère un peu mon propos, parce qu'une part du projet politique nous revientJ'ai toujours pensé que l'architecte était un homme du politique p|^ q^n artiste, et cela est de plus en plus vrai. Je crois que nous arrivons à un moment où l'enjeu de la ville rend plus palpable encore le question humaniste pour la multitude, à laquelle il faut bien répondre. La dimension organisationnelle de l'architecture et de l'urbanisme apparaît désormais plus clairement. Chacun essaie à présent de prendre une position politique dans ses projets, mais ce qui fait vraiment défaut, c est la capacité de recueil de la parole, de partage des expériences et, fondamentalement, d'un engagement partage. Je suis persuadé que ceux qui ont une démarche urbaine politique font preuve d'un engagement réel. Mais la prise de position de certains individus ne suffit pas, il faut un engagement collectif, qui ne vient pas que du partage, même si ce partage est indispensable, quelque chose de l'ordre de l'en-commun. Nous sommes dans une situation d'urgence où nous n'avons pas assez de temps pour refléchir et pour comprendre. Nous ne sommes plus dans la situation antérieure où la théorie précédait la pratique, même si certaines normalisations de pratiques se transformaient parfois en théories. La pensée et l'action se nourrissent sans décalage. Si le durable n'est pas encore bien défini, il se trouve déjà a l œuvre dans l'environnemental, pour des raisons qui différent d'une culture à une autre. On peut ainsi comparer la culture asiatique et la culture française: en Asie, Panorama de presse Environnement

il est pour le moment compliqué de construire un projet fondé sur le social, alors que l'on y assiste à un engagement massif dans l'environnemental, engagement d'autant plus nécessaire que la situation en la matière est assez catastrophique. Quand on décide de faire un plan quinquennal, comme à Shanghai, la ville est fondamentalement transformée. Chez nous, le discours social est bien présent, et il faut certes l'enrichir, mais le discours sur l'environnement reste le parent pauvre, et ce manque est désormais perçu par les élus. Les ruraux quant à eux considèrent que l'écologie est une invention urbaine, ce en quoi ils n'ont pas tort,imême s'il existe une agriculture bio, raisonnée. Ce serait une invention des urbains qui les empêcherait de vivre, de ces urbains qui les ont désignés comme des prédateurs détruisant la nature, fabriquant de la mal-bouffe et polluant la nappe phréatique.Avec le monde rural, il est pour l'instant difficile de parler d'écologie. Pourtant, il n'est pas question que l'on ne s'emploie à l'environnemental que dans les villes. En règle générale, on progresse en la matière. Mais, quand on passe de l'environnemental au durable, on rentre dans une complexité difficile à assumer complètement, on ne réussit pas toujours à aller jusqu'au bout. Ce n'est pas seulement technique, c'est politique. Quand on a affaire à des élus qui ont un sens de l'histoire et sont prêts à travailler sur la durée, alors, lentement, régulièrement, il y a compréhensions et engagements. Et ces engagements-là sont magnifiques. C'est ce qui s'est produit pour nous à Plourin-lès-Morlaix.Mais aussi dans la commune de Pacé, près de Rennes : depuis dix ans, un vrai travail de réflexion y est mené, et il a abouti à une proposition urbaine à part entière. La plus grande ZAC privée de Rennes Métropole s'y réalise ainsi. C'est un projet vraiment enthousiasmant, et nous en avons encore pour au moins dix ans. La construction de cette ZAC (1500 logements à raison d'une centaine par an) va faire passer la population de 8 ooo à 12 ooo habitants, et cela ne peut se faire qu'en douceur pour ne pas perturber la structure sociale. Enfin, en ce qui concerne l'enseignement, je vois bien que mes étudiants sont écologistes. Ils sont d'une génération à laquelle on a dit très tôt qu'il fallait sauver la planète ; c'est devenu une évidence pour eux.À nous de ne pas les désespérer. Pour répondre à ces réelles préoccupations et demandes de leur part, le corps enseignant en architecture cherche à présent à se structurer.

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Catherine Furet, architecte
^ ^ Quand la HQE est apparue - même si pour ma 99 part je préfère parler de "développement durable"-, J'ai constaté qu'en fait, dans ma pratique d'architecte, je prenais en compte depuis toujours une bonne part de ses exigences. La conception de l'architecture, de l'espace, de son usage, relève de ces qualités simples,que je considère comme une charte personnelle et que l'on semble redécouvrir actuellement. Pour moi, tout projet commence par la recherche d'une insertion harmonieuse dans le lieu. Donner un éclairage naturel aux circulations communes des logements, aux salles de bains, comme ménager des cours plantées et calmes et être attentif aux vis-à-vis sont des principes de base indispensables, pour des raisons tant d'économies d'énergie que de bon voisinage.Je favorise également les appartements traversants, pour leur qualité de lumières multiples, d'aération, et parce qu'ils procurent un sentiment d'espace et permettent des typologies beaucoup plus intéressantes. Et en quoi consiste la HQE ? Elle définit quatorze cibles, dont la qualité d'insertion dans le site, ce qui concerne notamment les problèmes de vents dominants et d'effet Venturi, le traitement de l'effet de serre... Une ou deux cibles incluent également des préoccupations d'ordre social, de vie de quartier, bref tout un ensemble de paramètres oubliés par un urbanisme brutal et indifférent à l'homme, à son échelle, et à la notion de convivialité. Dans l'ensemble, ces directives émanent du simple bon sens, celui d'avant les"normes"du rendement en matière de construction. Au plan de l'isolation phonique par exemple, le minimum requis m'a toujours paru insuffisant. Quand la norme demandait une épaisseur de 16 cm de béton entre deux logements, je prévoyais 20 cm -pas besoin de formation technique poussée pourcomprendre que ce serait plus efficace ; il suffisait d'avoir vu les malfaçons des constructions des années 1960-1970. Je l'ai fait dès mon premier bâtiment, aux "4000" à La Cou meuve, car, après la démolition des premières barres, il s'agissait de construire des bâtiments vivables. La différence est que ce soit désormais "officialisé", ce qui procure un argument supplémentaire pour éviter que les entreprises ne"déshabillent"trop nos projets. C'est là le côté extrêmement positif de la HQE. Les directives sur le traitement de l'eau sont, par contre, un paramètre nouveau. Il s'agit d'inciter à récupérer l'eau de pluie plutôt que de la rejeter directement dans les réseaux, et de limiter l'imperméabilisation des sols : on conçoit donc maintenant des fosses de rétention qui peuvent devenir des espaces plantés et valorisés. Les toitures "vertes", qui permettent la rétention de l'eau, sont également encouragées. Depuis la HQE, on ne peut plus contourner certaines directives car elles sont également intégrées dans les PLU, notamment l'obligation de réaliser dans les bâtiments des locaux spacieux pour les vélos et pour le tri sélectif. Ce qui me semble le plus inadéquat dans la HQE, ce sont ses procédures, ses méthodes d'évaluation et de gestion financière. Car, paradoxalementJe constate que le budget alloué à la construction de logements est souvent inférieur de 10 à 15 %, en monnaie constante, à celui d'il y a quinze ans, qu'il s'agisse d'opérations publiques ou d'opérations privées. Cela pour des raisons complexes, que l'on peut expliquer par la flambée du coût du foncier, l'augmentation du prix des matériaux comme de celui de la main-d'œuvre... Il faut y ajouter la baisse des revenus des ménages pour le logement social (nécessité de proposer des logements moins chers) et probablement, à en croire l'envolée des prix de vente, les intérêts financiers des promoteurs et des investisseurs pour l'accession à la propriété. Il faut savoir, en ce qui concerne les logements, que le prix d'un bâtiment est calculé sur la base du mètre carré habitable, donc les locaux communs (à vélos parexemple),tout ce qui n'est pas"espace privé" n'est pas pris en compte financièrement, en logement social comme en accession. Si, de plus, l'architecte souhaite développer dans son projet des parties communes de qualité, des cours, des jardins, des abords, etc., c'est-à-dire des "espaces partagés", leur "surcoût" sera à déduire du budget alloué aux logements proprement dits. Cette situation entraîne les maîtres d'ouvrage à réduire les parties communes, halls, locaux, espaces de sociabilité, à une "peau de chagrin". Or, pour l'accession, on mettra plus facilement de l'argent dans letape-à-l'œil (moulures et poignées dorées par exemple) et le sécuritaire (vidéo-surveillance), parce que c'est prétendument "vendeur". Dans cette logique, les cibles retenues pour la HQE seront les plus visibles et les moins coûteuses à l'investissement, comme le "geste vert" ou la "toundra sur le toit". Grâce à la HQE, je devrais, en théorie du moins, avoir un peu plus de facilités à faire passer mes idées. Mais la maigreur des moyens alloués à la construction constitue un véritable handicap, malgré tout cet affichage de bons principes. Le véritable enjeu de la HQE, c'est-à-dire la prise de conscience, puis la prise en compte, du coût global, de la longue durée (investir plus pour dépenser moins), ne va pas dans le sens de la logique actuelle du "produit financier immédiat" ni dans le rythme de l'échéancier électoral. Les choix continuent trop souvent à privilégier le résultat à court terme, chacun voulant engranger son dividende. Par ailleurs, si la HQE a généré de nouveaux métiers, cela a plutôt profité pour l'instant aux bureaux d'étude qui

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Ateliers d'artiste, Paris 20° arrondissement.

décernent le label. On peut parfois être choqué par les sommes investies pour rémunérer le technicien qui saura manipuler les bons paramètres nécessaires à l'obtention du label HQE, ou le publiciste qui fabriquera les images chlorophyllisées et les effets d'affichage qui n'ont aucune répercussion sur les questions de fond, quand, par ailleurs, les moyens financiers ne sont pas réunis pour édifier des logements véritablement durables. Pendant ce temps, la question de la pérennité de l'habitat et de la ville reste absente du débat de la critique architecturale. On continue de s'intéresser à des sujets comme la "mobilité" (donc le contraire de "ce qui demeure"), voire aux dernières trouvailles de l'architecture précaire, comme les cabanes par exemple, qui ne sont pour moi que des postures. Ce n'est pas de cette manière que l'on fera comprendre aux maîtres d'ouvrage l'enjeu du développement durable. Je prends l'exemple d'un de mes chantiers en cours, à Villeneuve-d'Ascq. Il s'agissait d'un concours promoteurarchitecte, avec affichage HQE, pour un lot de 180 logements, dont 50 maisons individuelles et des maisons intermédiaires. L'État se désengageant de plus en plus des questions de l'habitat, on fait appel à des promoteurs privés pour des opérations de logement mixtes. Le maître d'ouvrage s'est engagé à respecter les termes de la HQE. Dans les fa ils, cela reste en grande partie des vœux pieux, d'une part parce qu'il n'y a pas encore de mode d'évaluation réel,d'autre part parce que la logique de marché ne va pas dans le sens de l'investissement à long terme. Il faut donc trouver la bonne combinatoire de chiffres et de notes, et l'on s'aperçoit c^u'infine cela ne change pas grand-chose. Rien n'étant hiérarchisé, il suffit de piocher cinq cartes sur quatorze pour être labellisé. Dans ce projet, je me bats par exemple pour que l'on récupère l'eau de pluie qui va dans des fossés et des bassins afin de l'utiliser pour arroser les jardins. Ce n'est pourtant pas compliqué ni extrêmement coûteux d'installer

un réservoir et une pompe, mais je ne peux pas l'obtenir. Comment prétendre à la HQE alors que l'on nefaitmême pas le minimum en la matière ! Même type de problème avec les parkings de surface. Sur le permis de construire, ils étaient prévus "végétalisés"et pavés, et maintenant, pour des raisons d'économie, on risque de mettre de l'enrobé, qui n'est pas infiltrant, et les treilles et plantations ont été purement et simplement supprimées.Alors, que reste-t-il de la HQE? Pour l'instant,elle demeure une obligation morale, une sorte de charte de qualité. Mais si elle n'est pas soutenue par une augmentation des budgets réellement alloués à la pérennité de la construction,elle ne sera rien d'autre. Soyons honnêtes, respecter effectivement ces directives coûte 10 à 15 % de plus par opération. Je ne peux certes qu'applaudir son principe, mais il ne sera réellement efficace qu'associé d'une part à des financements supplémentaires assortis d'une obligation de résultat, et d'autre part à des actions visant à favoriser ladurabilité tant sociale qu'au plan du bâti. Enfin, à l'échelle urbaine, il est courant de dire que faire de l'espace public, c'est faire des rues. Mais si, faute de moyens, on n'arrive pas à réaliser des logements (c'està-dire au moins 80 % de la production architecturale) avec des fenêtres généreuses donnant sur ces rues et d'autres sur des cours plantées pour dormir au calme, si ces façades ne sont pas pérennes et deviennent poussiéreuses en un an et graffitées de tags, quel espace public fabrique-t-on ? Il y a vingt ans on y était presque, aujourd'hui on a l'impression de repartir à zéro, il faut tout redire, y compris que les espaces publics sont aussi constitués par les bâtiments qui les entourent. Le développement durable pourrait être l'occasion de se reposer toutes ces questions.qui sont primordiales pour la qualité de la ville comme bien partagé.

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François Tirot, directeur de l'urbanisme et du paysage, EPA Sénart
^ ^ À Sénart, entre ville et campagne, l'écologie W W urbaine est à l'échelle d'un territoire de 12 ooo ha habité par près de no ooo habitants ! Il y a dix ans, j'ai imaginé de planter l'allée Royale de séquoias sur 5 km, entre deux forêts. L'idée était de créer à cette vaste échelle un signe fort et persistant. Le Carré est ensuite venu se greffer sur cet axe. La première partie du "volet écologique" concerne les bourgs et les villages situés sur ce territoire. Pour la construction des nouveaux quartiers, un certain nombre de mesures sont appliquées depuis de nombreuses années, allant de la récupération et de l'utilisation des eaux pluviales à l'amélioration de la qualité thermique de l'habitat, en passant par le traitement des déchets et les préoccupations visuelles. C'est souvent une simple question de "bon sens"et de discipline. Les habitations n'ont pratiquement pas changé depuis dix ans: on construit quasiment le même nombre de maisons à l'hectare, et les maisons villageoises, pseudo-villageoises, pittoresques ou même néo-rurales, ont un réel succès. Et l'on voit actuellement le retour de panneaux solaires, quelque vingt-cinq ans après l'expérience du "premier village solaire de France", à Nandy.Jenepense cependant pas que la production de l'habitat soit de meilleure qualité aujourd'hui qu'il y a vingt-cinq ans, sauf dans la mesure où les promoteurs et les constructeurs doivent respecter certaines réglementations et normes qui, du même coup, standardisent et uniformisent la production. Les surfaces utiles et d'usage se réduisent, les ouvertures aussi. Une de mes préoccupations actuelles est de faire naître une approche environnementale dès la conception des bâtiments, et qu'il ne s'agisse pas seulement d'une déclaration d'intention. Si l'on intègre dans un projet les quatorze cibles delà HQE, et si l'on veut une architecture un peu plus élaborée que ce qui se fait couramment, le coût du logement par exemple atteint alors 1 500 euros/m2, alors qu'il n'est financé qu'à hauteur de 1 ooo euros/m2. Qui paie la différence? Il y a là de grands progrès à faire. En ce qui concerne les réseaux des déplacement, nous réalisons des kilomètres de liaisons piétons/cycles, mais les gens n'abandonnent pas leur voiture pour autant. À Sénart, l'usage du vélo au quotidien est difficile en raison des longues distances à parcourir. Il reste une

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activité de loisirs.Ainsi, le dimanche, l'allée Royale et les chemins longeant les canaux sont très fréquentés par les cyclistes et les piétons. De nombreuses activités s'y pratiquent "en liberté". En effet, à Sénart, l'attitude face à la nature est active et non contemplative : la nature n'est pas "sacralisée". Il s'agit à la fois d'une nature qui bouge et dans laquelle on bouge à des vitesses différentes, ce qui me semble intéressant, et surtout vivant. En ce qui concerne la motorisation, force est de constater que le nombre de voitures augmente : il y a vingt ans, on faisait 1,5 place de stationnement par maison ; il y a dix ans, 2,5 places ; aujourd'hui, 4. Que faire contre ce phénomène ? La seconde partie du "volet écologique" concerne le Carré Sénart. L'histoire a débuté il y a dix ans, à partir d'un projet de grand centre commercial, qui a été réalisé et reçoit désormais quelque 12 millions de visiteurs par an. Il a été l'élément déclencheur du processus de développement. Et le Carré existe. Le Carré n'est pas un centre commercial au milieu de nulle part: il est devenu un lieu,comme on dit "faire lieu". C'était un pari, dans un contexte très difficile. Et c'est une réussite pour une création exnihilo, en rupture avec les formes urbaines traditionnelles environnantes. En matière d'écologie, le Carré est d'abord un préverdissement. Suivant la trame qui sert de matrice au projet, nous avons déjà planté 5 ooo tilleuls, ce qui représente la moitié des arbres prévus en totalité. Le Carré ayant une surface de 200 ha, les 5 ooo tilleuls correspondent à un couvert d'arbres d'une vingtaine d'hectares. Commencer par planter est un parti très volontariste. Il a fallu convaincre d'abord, assumer ensuite.Assumer, car nous avons des problèmes de gestion et d'entretien des espaces verts. Au départ, bien sûr, il n'y en a jamais assez, ce n'est jamais assez beau, mais ensuite, quand il faut les entretenir et les gérer correctement, cela devient une autre histoire et c'est bien sûr coûteux. Nous essayons de mettre au point une méthode de gestion différenciée des espaces verts, qui consiste à assurer un entretien simple et limité dans un premier temps, puis à envisager des embellissements futurs. Nous avons également réalisé de gros travaux d'hydraulique : deux canaux de 20 m de large et de respectivement 620 et 980 m de long. Ils sont spectaculaires, créent un nouveau paysage, mais ce sont d'abord des ouvrages techniques. Ils régulent et traitent les eaux de pluie. D'ailleurs, pour tout l'espace public,qui est le support des déplacements, nous avons mis en place des principes évolutifs : la voirie peut évoluer en fonction des flux constatés ; les liaisons piétons/cycles, nombreuses, constituent un réseau à choix multiples ; l'éclairage public est modulé en fonction des lieux et concerne particulièrement les espaces de déplacement des piétons. Nous avons également étudié un

"design environnemental" pour le mobilier urbain. Le but est d'avoir non seulement un mobilier urbain classique dit "de transit", mais aussi un mobilier possédant une qualité environnementale, qui répond à d'autres fonctions et possède un caractère identitaire. Enfin, nous avons limité les affichages publicitaires. Le centre commercial, par exemple, devait à l'origine avoir un grand totem. Celui-ci a été remplacé par un élément symbolique unique : une éolienne d'une puissance 132 RW. Bien sûr, l'électricité produite ne va pas alimenter tout le Carré, mais elle participe à une prise de conscience collective et à l'évolution des mentalités. C'est un processus qui se met lentement en marche. En termes d'écologie, en fait.je pense que le plus important dans le Carré est la réalisation d'une structure urbaine forte : un espaqe public composé d'éléments durables, stables, et, en parallèle, la mise en place d'un principe de réversibilité pour l'organisation et l'affectation des espaces dédiés aux constructions, aux usages. La programmation et la planification étant incertaines, il faut pouvoir évoluer dans le temps sans remettre en cause les aménagements déjà réalisés. J'ai récemment mis au point un principe d'occupation temporaire de l'espace pour favoriser l'émergence de projets. Je me suis par exemple organisé de manière que des espaces réservés au stationnement des véhicules soient, dans un premier temps, regroupés et aménagés en parcs publics communs à plusieurs opérations. D'une part, cela allège les charges des opérations et, d'autre part, ces aires de stationnement pourront par la suite être récupérées en fonction d'éventuelles densifications ou évolutions, et surtout en fonction de la valorisation des espaces. C'est là un des paris essentiels du Carré, la réversibilité. Je suis toujours extrêmement vigilant en ce qui concerne l'avenir : si cette expérience doit s'arrêter demain, en quel état sera le territoire ? Je m'attache à laisser quelque chose d'acceptable et qui fonctionne, pas une monstruosité avortée. D'où la gestion de l'agriculture : on conserve les terres cultivées exploitées, on ne prend que ce qui est strictement nécessaire à la réalisation des projets connus et arrêtés. Le développement durable exige des moyens, mais surtout une manière de faire, une culture partagée.Alors, le Carré, bien sûr, c'était une sorte d'utopie au départ, et il est difficile de maintenir le cap. Mais, quand je Vois les gens se promener le long du canal et le succès de la grande fête du 14 Juillet, je me dis que, malgré tout, ce n'est pas peine perdue ! Tout reste possible.

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Patrick Bouchain, architecte
^ ^ D'abord, qu'est-ce que ('"écologie" ? Je trouve 9 9 cette appellation réductrice. Car on pourrait dire que faire de l'architecture sociale, c'est écologique, regarder les gens autrement, avec amour, c'est écologique. De même, j'emploie le terme HQE avec modération, parce que je pense qu'avant la HQE il faudrait faire de la HQH, de la haute qualité humaine. Si l'architecture plaçait toujours l'homme au centre de ses propos, elle serait étonnant de constater que, si l'on confronte les lois générales - c'est-à-dire les lois de droit commun, pas les lois d'exception-à la réglementation des piscines, on s'aperçoit que celle-ci est anti-écologique. Évidemment, pour éviter la contamination entre baigneurs, il semble normal de désinfecter l'eau. Or, cette eau désinfectée est dangereuse sur le plan écologique car on doit en rejeter à l'égout 30 litres par baigneur^o litres d'une eau

À Bègles, Patrick Bouchain a proposé de prélever i % scientifique sur le budget de construction afin de réaliser une étude pour dépolluer l'eau en utilisant des plantes.

d'emblée écologique et environnementale, la question ne se poserait même pas. La HQE est un peu comme toutes ces mesures d'exception que l'on prend quand on se sent coupable : on invente une sorte de loi ou de règle, presque une mode, et on pense que ça suffit à gommer les problèmes et à s'offrir une bonne conscience. D'une manière générale, je pense que nous devrions faire en sorte que, dans nos actes quotidiens-ce que l'on dit, ce que l'on mange, la manière dont on se comporte-, tout soit "écologique". Dans mon projet pour la piscine de Bègles, dont le maire, Noël Mamère, est un Vert, je n'ai pas voulu faire un projet tarte à la crème, moitié bois moitié panneaux solaires. Car qu'est-ce qu'une piscine écologique ? On doit bien sûr réfléchir à la qualité et à l'utilisation de l'eau. Et il est

polluante qui a produit des chloramines et que l'on ne peut plus retraiter. À Bègles, j'ai réussi à réunir un certain nombre de personnes autour d'une table pour refléchir collectivement à ce problème : l'agence de l'eau, la direction de l'action sanitaire, l'entreprise privée de traitement de l'eau à la communauté urbaine de Bordeaux, la communauté urbaine, la Ville de Bègles et nous-mêmes. Et, comme j'avais déjà obtenu um % culturel à Nantes et um % social à RoubaixJ'ai proposé à Noël Mamère d'allouer un 1 % scientifique à la piscine - prélevé sur son budget de construction - pour réaliser cette étude sur l'eau. Ensuite, il faut déterminer qui a compétence en la matière. Et il se trouve que le premier adjoint à l'urbanisme de la Ville de Bègles, Jean-Étienne Surlève-Bazeille,

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est biologiste et professeur à l'université de Bordeaux. C'était là l'occasion pour un élu de s'impliquer directement tout en mettant à profit ses connaissances spécifiques. Parce que traiter l'eau, c'est un acte d'urbanisme, il n'y a pas que des voiries et des réglementations à concevoir ! Comme il ne pouvait pas le faire en tant que chercheur, il a mis en place un laboratoire pour étudier le sujet. Et nous avons passé une convention - cela ne s'était jamais fait auparavant-entre la Ville de Bègleset l'université de Bordeaux pour réfléchir au traitement de l'eau de la piscine : que faire pour qu'elle ne soit pas polluée quand on la rejette ? Francis Ribeyre, qui est écologiste

La piscine.

et professeur à l'université de Bordeaux, a accepté de suivre cette recherche, à laquelle ont travaillé des étudiants en doctorat. Après trois réunions, nous avons mis au point un protocole d'analyse de l'eau sur le chantier même. Nous sommes allés chercher de l'eau polluée dans une autre piscine, à Pessac, nous l'avons ramenée dans des bassines et étudié son comportement à Bègles, in situ. AvecLiliana Motta,mon idée était de faire-comme c'est le cas en Allemagne sur des sites plus vastes et par épandage-ce qu'on appelle de la phyto-remédiation, c'està-dire utiliser des plantes judicieusement sélectionnées pour dépolluer l'eau. À Bègles, le principe de départ était quasiment de réaliser une piscine positive dans laquelle on se baigne, et une piscine négative qui traite l'eau.

Que le végétal ne soit plus seulement décoratif mais qu'il ait également un rôle'pratique. Et l'intuition était bonne : au bout de trois mois de tests et d'expérimentation, les plantes avaient assaini l'eau. Ce que je voulais, fondamentalement, c'est que le chantier donne lieu à une réflexion politique, écologique, scientifique, et que cette piscine reste un laboratoire d'expérimentation. Mon bassin de dépollution va être réalisé et suivi par les services techniques de la Ville. Et si, dans deux ou trois ans, les résultats sont toujours stables, on pourra récupérer son eau. Sinon, il servira à transformer l'eau chlorée en eau pluviale. J'ai donc envisagé trois éventualités -.primo, l'eau est totalement dépolluée et je la remets dans la piscine ; secundo, j'obtiens une eau de qualité moyenne et j'ai le droit de m'en servir pour arroser les jardins, pour les chasses d'eau desW.-C.de la piscine, et je pourrai même, avec le surplus, alimenter la laveuse municipale du quartier ;tertio, l'eau n'est pas assez dépolluée et on la rejette à l'égout, comme tout le monde, mais elle est de la qualité d'une eau pluviale. Je crois que tout cela peut être assez formateur. D'ailleurs, nous avons déjà organiséunevisiteduchantierpourla population,qui du coup s'est intéressée aussi bien au bâtiment qu'à la question écologique. Des conférences ont également eu lieu à la piscine, sur l'eau, la danse, le sport, la natation, etc. Un colloque s'y tiendra avant son ouverture, et une petite publication est prévue. Et, comme la piscine est fréquentée à la fois par des gens très jeunes et d'autres très âgés, je vais utiliser l'ancien bassin, dans lequel je ne peux pas remettre d'eau, pour y réaliser une aire de jeux et de motricité commune aux enfants et aux vieillards. Je voudrais que les gens qui s'y sont baignés en 1936, au moment de sa création et du Front populaire, puissent y revenir. Je pense qu'un équipement transgénérationnel-on appellera celui-ci "à tout âge"- participe de l'écologie humaine, une personne atteinte d'alzheimer étant autant en recherche d'équilibre qu'un jeune enfant, et ni l'une ni l'autre n'ont à en avoir honte ! Et par ailleurs, pour que les énergies ne soient pas dépensées en vain,celle des personnes qui pédalent sur des vélos sera récupérée pour faire fonctionner la ventilation. Celui qui transpire éliminera lui-même son odeur. Il faut que chacun y mette du sien ! Ainsi,ce n'est pas l'écologie en tant que terme générique qui m'intéresse, c'est l'écologie politique, sociale, économique, amoureuse même, une écologie du bonheur. Il n'y est pas simplement question de matériau de construction, de contrainte. C'est une écologie de liberté, et même libertaire. A A

Propos recueillis par Thierry Paquot et Annie Zimmermann.

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Figures urbaines du durable
Devenirs, instabilités et diversités sont au cœur des interrogations contemporaines, et se retrouvent dans le débat autour du développement durable des territoires. Il n'apparaît plus envisageable de privilégier la représentation d'un ordre pérenne ou des logiques d'uniformisation alors que, à tous les niveaux, ce sont les changements, les mixités et les fluctuations qui s'imposent. Quel les nouvel les "figures urbaines" ces évolutions peuvent-elles produire ? Analyse et exemples, par David Marcillon, Didier Rebois et Chris Younès*.
* David Marcillon et
Didier Rebois, architectes, Chris Younès, philosophe' sont membres du laboratoire GERPHAU (philosophie, architecture urbain), UMRCNRS 7145 ' LOUE ST.

Les stratégies d'adaptation s'avèrent à présent d'autant plus cruciales que l'inquiétude liée aux dévastations des milieux, aux fractures sociales et aux artificialisations forcenées ne cesse de grandir. La notion de"résilience", souvent mobilisée, est significative des limites comme des potentialités enjeu. Ce terme polyvalent, utilisé aussi bien dans le domaine environnemental que dans le domaine social ou psychologique, marque une réflexion sur le devenir ; et plus particulièrement sur la capacité de régénération face à un choc, de telle sorte que le milieu ou la personne l'ayant dans un premier temps subi puisse, à certaines conditions, le dépasser. Il s'agit ainsi d'un concept écologique /1 majeur, qui désigne non pas la stabilité ou l'équilibre des écosystèmes, mais au contraire à la fois un seuil de résistance et une possible traversée de perturbations néfastes. Alors que ce terme désignait au départ une propriété de réaction du métal, il s'est étendu, comme l'explique Boris Cyrulnik, jusqu'à signiFier également l'aptitude d'une personne à réagirfaceà jes situations délétères et à des blessures psychiques, ce ^uivaà l'encontre d'une attitude fataliste. Stratégies d'adaptation .'option du durable (sustainable) s'inscrit de fait dans une :onversion du paradigme du développement puisqu'il e doit d'être viable, vivable et équitable. En ce sens, il ieut être considéré comme la forme politique d'une uton'e concrète d'un deuxième type /2 pour habiter autrenent la Terre. Doivent alors être conduites des logiques 'action concertées afin que s'élaborent à l'échelon local es scénarios appropriés, sans tomber dans un travers îchniciste ou technocratique qui en constitue pourtant -op souvent une facette déformante. Des inversions du îgard et des redéfinitions de principes d'action en décou•nt, qui tentent de prendre la mesure de la fragilité du ivant comme de l'impact des phénomènes techniques, rchitecturaux et urbains. Ce qui pose comme indissoables les effets des actions humaines et des dynamiques î la nature. Leurs agencements requièrent que soient 'terminées d'autres zones d'enjeux et d'autres figures imbrication de l'économique, du social, du culturel et
i l'environnemental.

Montpellier : "inversion du regard"

. pour révéler l'armature des espaces naturels et agricoles.

Nous exposons ici quelques réflexions tirées d'une recherche /3 menée sur quatre processus urbains et architecturaux se situant explicitement dans des politiques urbaines visant à intégrer des principes du durable (SCOT de l'agglomération de Montpellier, sites d'IJburg à Amsterdam, d'Orestàd à Copenhague et de Bjorvika à Oslo). Plusieurs paramètres ont été analysés : les articulations entre les contextes physique, social et culturel dans lesquels ont émergé les projets, les principes et indicateurs du durable choisis, la manière de les problématiser en relation à des thématiques spatialisées, engageant concrètement des conceptions et réalisations d'aménagements. Tout en étant face à des échelles opérationnelles ou à des modes et processus d'intervention urbaine connus, la perspective du SListaincible a induit la qualification d'autres relations au sein des projets, constituant par là même des expérimentations urbaines. À chaque fois, ce sont des projets politico-territoriaux qui s'ancrent dans de nouveaux géo-récits et développent des figures spatiales explicites ou implicites, cherchant à résoudre les contradictions entre développement et durabilité. Dynamiques configuratrices Dans les analyses effectuées, nous constatons que, pour affronter la problématique toujours active d'une croissance urbaine corrélée à un étalement urbain discontinu, avec pour effets de nuisance aussi bien la consomma-

V
Cf. C. et R. Larrère,

"Comment sortir
de la modernité ?", in Ville contre-nature, sous la direction de Ch.Younès, La Découverte, 1999
2/ Cf. Ch. Younès, "L'Âge Deux de l'utopie", in Urbanisme n° 336,

dossier "Utopie(s)"
(mai-juin 2004).

3/
"Qualifier le développement

durable",
in programme de recherche PUCA

"Échelles et temporalités".

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tion des réserves foncières et des sols que l'accroissement des transports et des pollutions, ont été mobilisées des dynamiques configuratrices, naturo-paysagères, urbanopaysagères, nature-agricole, ainsi que celles desflux des réseaux de déplacements. Données initiales du projet, elles sont fondatrices d'une évolution des discours comme des pratiques et marquent le passage d'une logique extensive à une logique intensive. L'intelligence de l'intensité urbaine vise alors à la préservation des espaces naturo-paysagers de valeur, sans les isoler des usages urbains, et tend à une meilleure exploitation des mobilités.

Elle devient une autre figure "en négatif" de constellation d'"îlesrurbaines"disséminées dans la nature,créées à partir des fragments de développement greffés autour des anciens villages, en leur donnant des limites (front, diffusion, inclusion) précises face au paysage revalorisé. Ces différentes îles font l'objet d'un traitement spécifique en fonction du contexte agricole environnant, comme la figure morphologique compacte du "mas du ni' millénaire" où, sur 1 ha, se répartissent les logements en hameau resserré, alors que le même nombre en pavillonnaire consommait auparavant une dizaine d'hectares. Uburg à Amsterdam : l'archipel Le territoire, l'histoire, les décisions d'aménagement des Pays-Bas sont marqués par upe conquête de territoire sur la mer, avec pour conséquence une lutte incessante contre les risques d'inondation et la préservation d'un sol précieux. Résultat de cette politique territoriale, la densité démographique du pays est l'une des plus fortes au monde. Concentrée principalement dans un anneau de villes, le Raanstad, la population urbaine s'est accrue, et les villes font face à une demande croissante d'habitat urbain. La problématique centrale des nouveaux quartiers d'IJburg est de répondre au développement d'Amsterdam, avec la réalisation de 18 ooo logements et l'installation de 45 ooo habitants sur quinze ou vingt ans. La figure d'archipel -formant un ensemble de sept îles artificielles implantées dans le lac de l'IJ, au nord de la ville-produit un nouveau territoire, dans la continuité de la formation millénaire du pays et de sa maîtrise technique du sol artificiel. L'objectif de ce choix est de préserver les espaces agricoles périphériques et de concrétiser l'orientation d'aménagement du territoire dans une stratégie de valorisation par l'eau. Chaqueîle assure une spécificité dans les choix des densités bâties et des formes (jeu de variation de trames génératives et modes d'accessibilité) ou dans l'identité paysagère. Lesîles résidentielles principales s'urbanisent par la conjugaison de deux figures apparemment contradictoires : celle de la grille urbaine avec des îlots denses, sur laquelle se surimprime une figure de ville-parc obtenue par l'introduction d'espaces paysagers importants, des bords des rives aux parcs urbains internes en passant par l'ouverture des îlots à des jardins semi-publics. Dans cette réalisation radicale et forte, qui a connu des oppositions écologistes, la référence à la nature est emblématique : traitements associés à l'eau (espaces publics, promenades, accès privatifs, vues et horizons, baignade), spécialisation en parc de certaines îles (parc urbain avec pratique du sport, espaces ouverts de circulations douées, ou parc naturel préservé). Orestâd à Copenhague : la ville linéaire structurée autour d'un métro aérien Le projet urbain d'Orestàd résulte d'un choix politique

Figures médiatrices et matricielles
Plutôt que de recourir aux modèles de la ville classique (parcellaires, hiérarchies, typologies), il s'agit d'inventer d'autres règles et d'autres tracés opérateurs d'un macroprocessus évolutif. L'objectif est d'accueillir les transformations en cours comme celles à venir, plus aléatoires encore, grâce à la prise en compte des évolutions des modes de vie ainsi que des résistances et potentialités propres à des territoires singuliers. Les nouvelles figures opérantes dans ces contextes spécifiques entrelacent différentes échelles (territoriales, urbano-architecturales et architecturales) et les combinent avec les thématiques récurrentes des mobilités, densités, mixités et de la nature. Elles ont un caractère de médiation, car elles sont ellesmêmes des emboîtements de figures à ces différentes échelles, induisant des chaînes ouvertes de cohérence. Elles ont un caractère de matrice, car elles activent, via un concept spatialisé,des modifications concrètes par des séries d'inscriptions opérationnelles locales. 5COT de la communauté d'agglomération de Montpellier : figure de la ville-territoire constellée Pour répondre à une croissance urbaine forte et lutter contre les périls de l'étalement en termes écologiques, sociaux et économiques, le schéma de cohérence territoriale (SCOT) de la communauté d'agglomération de Montpellier,développéen partie par l'équipe de Bernard Reichen, constitue une"inversiondu regard" pour orienter le développement urbain. Il instaure un projet fondé sur la préservation d'espaces paysagers naturels et agricoles majeurs en établissant une série de limites épaisses, véritables sites de projets opérationnels entre ces espaces de valeur et les extensions urbaines à venir sur dix ou quinze ans. L'extension du bâti (modes de densité et formes) comme la maîtrise foncière sont cadrées suivant les délimitations pertinentes de protection et la polarisation sur les lignes d'intensité. La figure globale en positif, la ville en étoile, marque une réinscription territoriale des discontinuités et polarités bâties existantes suivant les branches autour des mobilités (principalement le réseau de tramway). Partant du centre de la ville, en se diffusant dans la périphérie, la figure en étoile s'inverse. Panorama de presse Environnement

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volontaire de ne pas simplement "construire la ville sur laville"en restructurant les sites portuaires, mais de développer Copenhague vers le sud, dans une logique toutefois compatible avec la durabilité urbaine. La figure territoriale de la ville linéaire (sur 5 km de long) permet de résoudre cette contradiction. Elle relie la ville-centre à l'aéroport, en croisant en son milieu le nouvel axe autoroutier connectant le Danemark à la Suède (grâce au pont reliant Copenhague à la ville suédoise de Malmô). La figure se structure longitudinalement et transversalement autour d'axes de mobilité territoriale (avion, voiture) permettant une accessibilité aisée, susceptible d'attirer les dynamiques économiques. Déterminée spatialement par les réseaux lourds, cette structure peut cependant être considérée comme une figure urbaine durable grâce à sa qualification à deux échelles complémentaires. À l'échelle urbaine, en son centre, est inséré un métro aérien qui permet d'atteindre en quelques minutes, depuis le centre-ville, les différents quartiers d'Orestàd grâce à un mode de déplacement rapide, doux et non polluant.À l'échelle urbano-architecturale, le bandeau de la ville-corridor prend la forme d'un peigne, alternant bandes bâties et parcs ouverts sur la réserve naturelle dans laquelle la ville nouvelle est insérée. Cette présence forte de la nature au sein même de la ville permet de densifierfortement le bâti à l'intérieur de quatre quartiers conçus chacun à partird'agencements programmatiques mixtes spécifiques (université et communication, habitat et services, centre de commerces et pôle tertiaire...).

urbaines autour desquelles le projet se structure. Pour faire la transition entre l'eau et la ville existante, une grille urbaine assez classique d'îlots compacts permet de hiérarchiser et de qualifier les espaces publics depuis le bord de l'eau, avec des "rues-quais"jusqu'au centre-ville qui s'articule au quartier grâce à un boulevard urbain multimodal. Le quartier de Bjorvika veut constituer une référence européenne de ville sur l'eau, capable à la fois de produire une dynamique urbaine grâce aune mixité fonctionnelle et d'enrayer l'exode résidentiel périurbain des citadins en leur proposant un habitat plus dense mais en contact avec la nature.

Limites et figures de projet

Ces quatre études montrent que, pour produire des projets urbains du durable, les spécialistes de l'élaboration de stratégies et de formes urbaines, sur la base des cahiers des charges et d'un travail de délimitations spatialisées, aboutissent à des configurations identifiables. Ces figures se veulent à la fois porteuses de mémoire par rapport aux espaces urbains préexistants dont elles s'inspirent, et porteuses d'avenir par la mise en cohérence d'une pluralité d'éléments. Chaque figure n'est pas seulement induite par l'accord aux conditions du contexte, ni même -encore moins-mécaniquement produite par les principes et indicateurs du développement durable retenus, mais résulte davantage d'une association ouverte de ces différents paramètres. La valeur de cette figure entre référence et agencement nouveau est avant tout culturelle. Médiatrice d'une"visionurbaine",elle permet de donner Quartier de Bjorvika à Oslo : la ville-baie sens à une échelle globale de projet et peut prendre des Même si la ville d'Oslo a un territoire encore occupé aux formes différentes selon l'échelle à laquelle elle intervient. deux tiers par la nature (forêts, lacs...), elle s'est étendue Si le choix d'une volonté de développement durable ne depuis la seconde moitié du xx' siècle de manière diffuse produit pas en lui-même ces figures, il en oriente les dans les vallées des anciens fjords autour d'axes lourds valeurs. Mais, loin d'être le résultat d'une simple conjude mobilité. À présent, pour freiner cette extension et les gaison d'intentions, la figure les transmute en tant que effets environnementaux qui en découlent, la politique dispositif spatial. Elle se détache de la seule soumission urbaine consiste à récupérer l'ensemble des sites por- à des contraintes pour envisager d'autres scénarios sustuaires centraux et à les reconvertir en quartiers urbains ceptibles de tirer parti des résistances et des ressources dans un projet territorial appelé la "ville-fjord". Àterme, d'un milieu, avec l'objectif de rendre compatibles nature elle formera une bande côtière urbanisée continue et et ménagement de la vie urbaine. Les figures de limites linéaire. Le premier maillon est le quartier de Bjorvika, en qui se dessinent sont particulièrement expressives. À des cours de construction au sud de la partie la plus centrale conceptions tranchées du rapport entre artificialité et de la ville, sur le site des anciennes darses du port trans- naturalité, selon lesquelles l'artifice était en quelque sorte féré. Pour le réaliser, il a été nécessaire de restructurer le contraire du naturel, semblent se substituer des conceptous les réseaux : renforcer le franchissement au nord tions intermédiaires que nous pouvons appréhender à des voies ferrées desservant la gare, enterrer sous le fjord travers différents tracés. Il s'agit de limites actives dans l'autoroutecôtier, re-hiérarchiser les voiries. Accessible lesquelles les dynamiques configuratrices naturo-paypar tous les moyens de transports allant du mondial sagères, environnementales et infrastructurelles des (train, transport public, voiture) au local (bus, vélo, mobilités, qui cadrent l'instable urbain et ses transformarche), le quartier a été conçu comme une ouverture mations, cherchent moins des ruptures que des passages, de la ville sur le fjord en faisant appel à la figure de la pour mieux donner à habiter. | "ville-baie". L'urbanisation des darses comme des pres- David Marcillon, Didier Rebois, Chris Younès qu'îles forme en effet une succession de trois baies

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ANGERS

Patrimoine et développement durable : pléonasme ou contradiction ?
"Patrimoine" et "développement du râblé" font à présent partie intégrante du discours politique sur l'aménagement urbain. Avec un décalage d'une dizaine d'années - le patrimoine s'est imposé dans la décennie 1980 et le développement durable dans les années 1990 /I -, ces deux notions sont devenues un point de passage obligé dans la communication des collectiviFaute de place pour discuter ici cette expression de "développement durable", nous nous fonderons simplement sur les usages qui en sont faits.

tés locales, qui les associent généralement sur le mode de l'évidence. Mais ce n'est pas si simple dans la pratique. Vincent Veschambre, maître de conférences de géographie, CARTA-UMR ESO, université d'Angers, relève les antagonismes qui peuvent se manifester sur le terrain entre ces deux principes d'action.

2/ Cf. G. Burgel, "Mémoire de la ville et recomposition urbaine", in F. Loyer (dir.), Ville d'hier, ville d'aujourd'hui en Europe, Entretiens du patrimoine, Fayard, 2001. 3/ Ce sont les termes mêmes de la loi 5RU (article L. 121.1 du Code de l'urbanisme). 4/ C. Emelianoff, "La ville durable : introduction", www.ritimo.org/ cedidelp/villedurable/ intro/emelia.htm, 2002. 5/ j.-Y.Andrieux nous rappelle que les deux acceptions du mot patrimoine, au sens culturel et au sens financier du terme, se sont imposées en même temps, au cours des années 1970 (Andricux, 1997). B/ Les références au PLU d'Angers seront extraites du document soumis à l'enquête publique du 7 novembre au 16 décembre 200', (Angers Loire métropole, PLU Centre). 7/ II a participé à la conférence de Rio en 1992, au titre du ministère de l'Environnement, où il était engagé sur ies questions d'environnement sonore.

Alors que la demande de patrimoine s'intensifie et s'élargit spatialement, la compatibilité entre, d'une part, la densification urbaine destinée à limiter les déplacements et, d'autre part, la conservation de certains héritages (artisanaux, industriels, résidentiels...) ne va pas de soi. Nous partons du postulat que, derrière ce discours unanimiste sur "patrimoine et développement durable", des contradictions se font jour, sans qu'elles soient pour autant explicitées et mises en débat. L'exemple de la ville d'Angers nous est apparu de ce point de vue tout à fait révélateur, à l'occasion notamment de l'élaboration de son plan local d'urbanisme (PLU).

Une même logique de transmission
De prime abord, quoi de plus durable que le patrimoine, qui représente justement ce qu'une société décide d'extraire d'un processus de démolition/reconstruction permanent/2pourle conserver et le transmettre? Du point devuedurapportautemps,ilya une évidente analogie entre patrimoine et développement durable : il s'agit en effet de mieux articuler le passé, le présent et lefutur des sociétés, dans une logique de transmission intergénérationnelle. Le patrimoine s'apparente à une ressource non renouvelable, qu'il s'agit de sauvegarder, d'économiser/3 et de valoriser. À une ressource symbolique, étroitement liée à la question de la mémoire et de l'identité, et volontiers utilisée par les élus locaux : selon C. Emelianoff, l'une des trois caractéristiques de la ville durable, c'est "de se maintenir dans le temps, de garder une identité", à travers sa mémoire et son patrimoine /4. Mais également à une ressource économique, notamment sous l'angle touristique, la patrimonialisation représentant un mode

de revalorisation d'un espace "désaffecté"/5. 0. Lazzarotti souligne combien l'approche patrimoniale "s'accorde finalement parfaitement avec l'idéologie du "développement durable"" (2003). La référence au patrimoine est en effet devenue l'un des modes de légitimation privilégiés de la préservation et de la durabilité. Cette rhétorique d'inscription du patrimoine dans les "objectifs du développement durable"est bien présente dans les orientations générales du PLU du Grand Angers, exemple sur lequel nous allonsfocaliser notre attention : "Les territoires [...] doivent conserver leur mémoire pour se forger un avenir et donc renforcer leurs atouts touristiques, culturels et patrimoniaux"/6. Ancien adjoint à l'environnement, le maire actuel, J.-C.Antonini,a placé son action sous le signe du développement durable/7.Em996,Angers a signé la charte d'Aalborg, issue de la Conférence européenne sur les villes durables. En 1999, la ville s'est engagée dans un partenariat avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) afin d'être accompagnée dans la réalisation de son Agenda 21, partenariat qui a depuis fait école (Emelianoff, 2003). Dans le même temps, elle s'est dotée d'une "mission développement durable", chargée de coordonner ces politiques. Cet affichage, résumé dans le slogan "Angers, ville durable", est consacré par des ouvrages publiés sur le sujet. Dans le chapitre qu'elle consacre aux "villes pionnières" en matière de développement durable, C. Speirs considère qu'Angers fait figure de "référence en matière d'Agenda 21 local". C. Emelianoff estime qu'il ne s'agit pas uniquement d'une stratégie de marketing, mais que cela peut aussi entraîner en retour les élus et les services tech-

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La montée Saint-Maurice à Angers.

niques à prendre ces objectifs au sérieux. A. S. Leturcq résume les objectifs de la Ville en indiquant qu'il s'agit pour elle de"léguer un patrimoine préservé aux futures générations", ce qui illustre bien à nouveau fa proximité entre patrimoine et développement durable dans les discours /& Ces analyses soulignent qu'Angers et son agglomération sont devenues en quelques années une référence en matière de développement durable dans le contexte français.

Patrimoine versus développement durable ?
Le patrimoine est bien présent dans l'Agenda 21 local, à travers 6 actions sur47,dans la rubrique"Angers valorise son patrimoine naturel et urbain". C'est un patrimoine envisagé avant tout sous l'angle environnemental et paysager, (a ville mettant en avant l'importance de ses espaces verts. L'action la plus développée concerne l'île Saint-Aubin, "espace naturel humide remarquable", qui a été présentée à l'Exposition universelle au Japon en 2005. Le patrimoine architectural n'est pas absent, dans son acception à la fois classique et contemporaine .-"La ville d'Angers est riche de son patrimoine architectural, constitué à la fois d'œuvres majeures (monuments classés et inscrits) mais également d'œuvres ou d'ensembles immobiliers relevant du patrimoine d'intérêt local"/9. Cette préoccupation est associée à la réalisation d'un nventaire de ce type de patrimoine dans la ville extranuros, afin de "disposer d'un outil de connaissance et l'aide à fa décision, sensibiliser les Angevins et les touistes à la richesse patrimoniale de la ville (connaître l'origine de sa maison, l'histoire de son quartier, de sa ville...)" ibid.). Achevé en i999,cet inventaire est disponible sous orme d'atlas sur le site de la ville d'Angers.

Quant au PLU, qui a été soumis à l'enquête publique à l'automne 2005, il affirme également dans ses orientations générales la nécessité de "mettre en valeur les richesses patrimoniales", dans le centre historique mais aussi dans les périphéries, caractérisées par la présence diffuse d'une "architecture vernaculaire". Force est de constater que les élus et les techniciens ne se sont pas pour l'instant approprié cet inventaire du patrimoine local et qu'il n'a pas modifié les pratiques. Sur les 900 éléments repérés, une bonne dizaine ont déjà été démolis ou sont sur le point de l'être, bien que certains soient emblématiques de l'architecture du xx" siècle à Angers : un cinéma des années 1960, qui "par son parfait état de conservation [...] est devenu un édifice d'anthologie de ce type de patrimoine"/"! 0 ou la caserne DesJ'ardins, l'un des 27 éléments de patrimoine militaire sélectionnés par F. Dalfemagne et J. Mouly dans leur ouvrage de référence/11. L'analyse des opérations d'urbanisme de ces dernières années confirme la non-prise en considération des héritages urbains, notamment les plus récemment reconnus dans le champ patrimonial. Lors de la création des différentes ZAC des années 1990 et 2000, les derniers témoins de l'activité industrielle angevine, des plus monumentaux (abattoirs de 1910) aux plus modestes (ateliers, cheminées d'usine), ont été progressivement démolis dans les anciens faubourgs, et remplacés par de l'habitat collectif. Et cette manière de procéder vient d'être réaffirmée, dans le contexte de l'adoption du PLU .-"La municipalité a décidé de réinvestir tous les espaces disponibles sur son territoire : à la fois les 'petites dents creuses' [...} et les espaces plus conséquents, composés notamment d'anciennes friches industrieffes"/12.

8/ Les analyses relatives a "Angers, ville durable" sont issues de : C. Speirs, Le Concept de développement durable : l'exempte des villes françaises, L'Harmattan, 2003,p.136 ; C. Emeb'anoff, "(-'Agenda 21 d'Angers : marketing ou objectif politique ?", in Territoires n° 438,
2003.p.46.;

A. S.Leturcq, "De l'écologie urbaine au développement durable", in La Lettre du cadre territorial, Agence régionale de t'environnement en Haute-Normandie, juin 2001, p. 96. 9/ Ville d'Angers, Agenda 21, plans d'actions 2004-2005, 2004. p. 114. 10/ Atlas du patrimoine, www.angers.fr 1V F. Dallemagne, {. Mouly, Patrimoine militaire, Scala, 2002. 12/ Ville d'Angers, Vivre à Angers, février 2006, n° 298,p. 13.

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Ces démolitions ainsi que le vocabulaire employé sont révélateurs d'une culture locale de la "table rase" qui semble perdurer depuis les rénovations des années 1960, et qui, jusqu'à récemment, n'avait rencontré que peu d'opposition dans la population. L'examen du PLU nous révèle que les autorités locales ont voulu éviter toute contrainte réglementaire supplémentaire en matière de patrimoine, et prolonger cette logique dans les dix années à venir. Certes, la communauté d'agglomération a bien enregistré la possibilité nouvelle d'aller plus loin en matière de politique patrimoniale .-"Le PLU peut [...] intervenir comme un outil de protection d'un patrimoine d'intérêt local pour valoriser les richesses et renforcer l'identité d'un territoire."À travers le Code de l'urbanisme issu de la loi Solidarité et renouvellement urbains (SRU), les collectivités territoriales ont en effet la possibilité d'intégrer dans les documents d'urbanisme de nouvelles connaissances et de nouvelles protections du patrimoine (article L. 123-1 T), ce qui représente une petite révolution dans un domaine qui est depuis l'origine une prérogative de l'État. Mais cet affichage ne se traduit absolument pas dans les documents d'urbanisme. Aucun "élément bâti identifié" n'a été reporté sur les plans, alors que le figuré est prévu en légende.Trois "quartiers identifiés" ont été délimités pour leur valeur patrimoniale, mais de manière arbitraire, en décalage par rapport à la morphologie urbaine et aux enjeux de renouvellement urbain. Les services de l'État ont d'ailleurs relevé cette indigence de la prise en compte du patrimoine, en soulignant l'absence de référence à l'inventaire,qui avait pourtant été commandé dans cette optique. Dans le domaine du patrimoine difnaturel", la tendance est même à la réduction des surfaces protégées, avec le déclassement assez systématique des "espaces boisés classés"en zones urbanisables. S'ils ont au final donné un avis favorable, les commissaires enquêteurs ont cependant indiqué dans leur rapport que "le PLU ne pourra parfaitement assurer la sauvegarde du considérable patrimoine historique de l'agglomération, ni protéger convenablement son exceptionnel cadre de vie".

recherche systématique des espaces constructibles révèlent la priorité du PLU, qui est à la densification urbaine dans un contexte de crise du logement et de tension foncière. Cette densification urbaine correspond à l'un des axes majeurs du développement durable, dans une logique à la fois d'économie d'espace, de réduction des déplacements et de mixité des fonctions et des statuts du logement. L'opération "îlot Desjardins", qui prévoit la construction de 400 logements sur 7 ha à l'emplacement de l'ancienne caserne entièrement rasée, résume à elle seule la contradiction potentielle entre densification et patrimonialisation, ainsi que les choix opérés localement. Selon les autorités locales, la densification urbaine et par

Le bac de l'île Saint-Aubin,

Une contradiction non explicite dans le PLU et la loi SRU
"L'ambition affichée dans le projet [...] est d'assurer un point d'équilibre entre le développement des fonctions urbaines et la préservation." En affichant cet objectif dans son rapport de présentation du PLU, la communauté d'agglomération angevine n'a pas voulu expliciter la contradiction que l'on retrouve par ailleurs dans le document d'urbanisme. Le refus de nouvelles protections patrimoniales, sous forme de zonages ou d'éléments ponctuels, ainsi que la

là même le développement durable justifient implicitement démolitions et reconstructions. En déclarant dans le PLU que "cette politique de l'habitat plus volontariste doit permettre de 'fabriquer' des quartiers qui répondent mieux aux critères du développement durable", les autorités locales affirment qu'il n'y a pas de quartier plus durable qu'un quartier construit ex nihilo, soit après la table rase (Front-de-Maine, îlot Desjardins), soit à partir des dernières réserves foncières non bâties : l'urbanisation du plateau des Capucins, confiée à l'atelier Castro-Denissof, est présentée de ce point de vue comme exemplaire. Cette contradiction semble présente en filigrane dans la loi SRU elle-même. P. Liochon souligne que, par-delà l'invitation à "économiser" le patrimoine dans une logique de développement durable (articles L. no et L. i?i), la loi met en avant "la notion charnière" de renouvellement urbain, ce qui "présente un risque d'opposition entre des entités inconciliables"/13.ll nous rappelle que "la ville renouvelée ne doit pas se faire que dans des espaces vides où rien n'est à protéger", et qu'au final "on ne peut pas penser que la protection est l'objectif de la loi"(ibid.). La contradiction potentielle entre développement durable et patrimonialisation renvoie sans doute à une certaine idée du "développement", à savoir qu'il faut forcément

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Le portsurla Maine.

accroître la population urbaine, construire plutôt que rehabiliter et valoriser le foncier urbain sous la pression du marché.

D'autres conceptions possibles ?
En limitant les contraintes et en donnant beaucoup plus de pouvoir aux élus locaux, la loi SRU ouvre à la fois la possibilité de protéger plus et mieux les héritages urbains et de démolir plus facilement pour "reconstruire la ville sur la ville". Si Angers apparaît dans l'état actuel de nos recherches comme un cas extrême pour illustrer cette deuxième option, ce n'est pas un cas isolé : sa voisine Le Mans parexemple a conçu son PLU dans le même esprit. Sans pouvoir ici développer la comparaison, il faut souligner qu'il existe d'autres conceptions et d'autres manières de faire. Dans un certain nombre de grandes villes, où la pression foncière, l'étalement urbain et les problèmes de logement sont encore plus criants qu'à Angers (Lyon, Paris, Lille, Rennes...), la prise en compte du patrimoine d'intérêt local dans le PLU a été beaucoup plus affirmée. Ce qui tend à montrer que, s'il peuty avoir :ontradiction entre densification et patrimonialisation, •Ile n'est pas insurmontable et mérite en toute cas d'être lébattue. C'était la position de F. Thomas, qui pensait enu le temps d'un "aménagement patrimonialisateur" ui intègre de manière globale le patrimoine et le mette n cohérence avec les enjeux en matière d'économie, de igement et de déplacement /14. ar rapport à ces enjeux de renouvellement urbain, il 3us semblerait important de ne pas occulter les contractions, de mettre en débat les choix à opérer et de jusFier ceux qui sont retenus au final. Une telle pratique

serait conforme à une démarche fortement associée au développement durable : celle de la démocratie participative. Alors même que la notion de patrimoine est construite sur l'idée de reconnaissance et d'appropriation, il apparaît primordial de débattre de ce qui doit être identifié comme tel dans un espace donné. Derrière cet enjeu de définition du patrimoine, il y a celui de la mémoire ou plutôt des mémoires urbaines à transmettre. Comme l'écrit C. Emelianoff/'pour se projeter dans l'avenir, la ville a besoin de tout son passé, d'une distance critique par rapport au présent, de sa mémoire, de son patrimoine, de sa diversité culturelle intrinsèque et de projets multidimensionnels"/15. Démolir sans se poser de question les héritages encore non reconnus (habitat populaire, héritages industriels...), c'est prendre le risque de ne plus pouvoirfaire mémoire de la diversité sociale, des inégalités, des rapports de domination, qui ont façonné l'espace urbain/16. La notion de recyclage nous semble intéressante pour dépasser la contradiction apparente entre renouvellement urbain et patrimonialisation. Elle exprime bien la nécessité de faire évoluer la ville, de la transformer en reutilisant les espaces désaffectés. Mais, dans le même temps, le recyclage n'est pas synonyme de démolition systématique et laisse la porte ouverte au réemploi/17. Un réemploi qui n'est pas forcément plus coûteux qu'une construction neuve, qui peut stimuler la créativité et qui laisse la place à l'appropriation des traces et à la construction des mémoires. | Vincent Veschambre

W
F. Thomas, "Les temporalités du patrimoine et de l'aménagement urbain", in Géocarrefour, vol.79,3/2004, p.197-210. 15/

C. Emélianorf, op. cit.
16/ V. Veschambre, "Une mémoire urbaine socialement sélective : réflexions à partir de l'exemple d'Angers", in Les Annales de la recherche urbaine, n° 92,2002, p. 36-44, 17/ Cf. à ce propos fa table ronde organisée par le CILAC entre plusieurs praticiens du réemploi, A. Chemetoff, E. Castaldi, J.-F. Boudaillez... (in L'Archéologie industrielle, n ° 45,2004, p. 92-105).

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ARCHITECTURE ET DEVELOPPEMENT DURABLE

Pour une refondation disciplinaire
Le "développement durable" est d'abord un projet politique. À ce titre, il intéresse l'ensemble des disciplines, et en particulier l'architecture : quels rapports celle-ci entretient-elle aux autres, au monde et aux choses, quelle part de nature engage-t-elle, quelle médiation par la technique met-elle en œuvre ? Réflexions et propositions de Frédéric Bonnet, architecte enseignant à l'École d'architecture de Clermont-Ferrand, associé à Marc Bigarnet (agence Obras).

Bien plus qu'à un toilettage technique et réglementaire, les questions-toutes urgentes-qui ont favorisé l'émer; gence du "développement durable" devraient nous conduire à refonder la discipline architecturale. La noblesse de ce chantier n'échappera à personne. Sa difficulté non plus. Car il requiert un cadre, des thèmes renouvelés, des outils et d'autres compétences. Les paradoxes du développement

durable
La première difficulté est d'établir un cadre de définition et de reconnaître l'ambiguïté, non pas du sens et de la forme, mais de la décision, de la mesure et du temps. Le développement durable a en effet une dimension paradoxale jusqu'au cœur de son propre projet, puisque des "contre-projets" politiques le contestent actuellement, du développement "insoutenable" à la décroissance sélective. Rien n'y est jamais véritablement définitif, puisqu'il s'agit d'une dynamique politique, d'un débat. Aussi devons-nous nous confronter à des positions contrastées, résoudre des contradictions-ou les accepter-et trouver une juste mesure pour nos choix dans la durée. La définition du mot n'est ainsi pas figée, et ne peut se

satisfaire d'une seule approche réglementaire. Le fait que l'anticipation et la critique doivent primer redonne toute sa saveur à la responsabilité de l'architecte, et obligera, dans ce champ disciplinaire, à repenser l'équilibre entre intention ef'écriture". De nouveaux thèmes de travail sont aussi convoqués, sur trois plans principaux : échelles spatiales et temporelles, fabrication et matière, programme et usage. Nous devons réapprendre à travailler en "entrelaçant les échelles", tant territoriales que temporelles. Car la dimension temporelle est aussi transformée : l'architecture doit pouvoir anticiper, prévoir, définir avec plus de précision ce qu'elle permet, empêche ou favorise. Paradoxe découlant de l'idée encore bien présente que l'architecture est davantage du côté de l'immuable que de celui du potentiel ou de la transformation. Un traité d'une architecture des possibles reste à écrire, libéré de l'illusion des contorsions formelles contemporaines. Ceci n'exclut pas d'assumer en toute franchise la part d'héritage qui nous revient. Une autre piste consiste d'ailleurs à mieux associer le ménagement de la nature et la compréhension du patrimoine. La plupart des objets patrimoniaux ont fait preuve dans la durée d'une grande intelligence du site,

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Projet lauréat de l'agence Obras pour le franchissement des étangs Gobert à Versailles. L'avenue de Sceaux est reliée au nouveau quartier de la gare par un passage en pierre et un jardin sauvage utilisant le "cadeau" offert par la nature au fond des réservoirs.

Axonométrie des principes fondateurs du projet.

d'une économie de matière et de capacités de transformation remarquables. La nature rejoint ici le patrimoine, non pas en termes de valeur (sauver ce qui doit l'être), mais en termes de ressource et d'outil. Nous pourrions tirer un meilleur parti de l'histoire.

Redéfinition de la discipline architecturale
Le programme n'est abordé qu'en se libérant de la tutelle des typologies et des modèles, qu'en interactivité avec le projet. C'est-à-dire que le programme n'est pas avant, mais pendant l'élaboration du projet, qu'il est lui aussi négocié, testé, expérimenté. Introduire dans cette évaluation la gestion, l'entretien et l'exploitation ne devrait pas se limitera une quelconque régulation, mais amener une autre manière de programmer. L'architecture doit permettre de distinguer dès le dessin le stable de l'instable, et d'intégrer dans l'implantation, la construction et la distribution du projet cette double dimension paradoxale. C'est une mutation disciplinaire considérable. Les figures issues de ce travail vont d'ailleurs au-delà des limites programmatiques strictes, elles incorporent le sol, les interfaces, les lieux de flux et les phénomènes naturels. Une réflexion sur les outils est également nécessaire. L'architecture ne peut plus être représentée ni transmise selon les mêmes procédés. Le projet est associé à un récit en partage (pourrait-on dire agencement ?) fondé sur une approche thématique, progressive et entrelacée, permettant à chacun des nombreux acteurs de trouver son rôle, sa pertinence, son action. Le partage des décisions ne signifie pas la dilution des responsabilités, bien au contraire : il est d'ailleurs urgent de préciser encore la place de chacun (le politique, le technique). La représentation évolue de pair.L'hypertextualité permet à ce titre des explorations très prometteuses pour parvenir à une appréhension simple et raisonnée des choix à effectuer pour la réalisation d'une structure très complexe. La progressivité des décisions est essentielle. Nous disposions

Plan masse.

déjà des phases d'étudeJargon technique pour signifier l'étalement de la réflexion sur le projet dans le temps : les intentions sont formalisées les unes après les autres, les décisions prises les unes après les autres, le degré d'incertitude décroît progressivement. Cette simple rigueur est en soi une bonne piste, bien que l'on puisse imaginer une refondation plus complète de l'ordre des choses, où l'implantation et la matière ne viendraient pas en des temps successifs mais simultanés. Un tel travail sur la discipline suppose d'interroger les compétences singulières et associées. La délimitation permanente des bornes du "durable", l'évaluation des potentiels, la capacité à interpréter, à rendre lisibles les enjeux, à élaborer des principes de transformation relèvent de compétences nouvelles. L'architecture doit aussi réaffirmer sa position singulière, notamment en apportant davantage d'énergie à ces mutations disciplinaires. C'est la condition requise pour mieux échanger avec les autres domaines confrontés aux mêmes questions. | Frédéric Bonnet

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ILE-DE-FRANÇE

Eco-région cherche quartiers durables
Pour promouvoir la réalisation concrète de quartiers durables, l'Agence régionale de 'environnement et des nouvelles énergies (ARENE) Île-de-France, présidée par Marie-Pierre

Digard, sensibilise et accompagne les décideurs locaux en s'appuyant sur les expériences réussies de villes européennes.

Alors que la ville durable cherche encore sa définition scientifique /1,qu'en est-il de l'idée de quartiers durables telle qu'entend la promouvoir l'ARENE Île-de-France ? i/ Cf. le compte rendu Et d'abord pourquoi pas des "éco-quartiers" ? Pour par Thierry Paquot Marie-Pierre Digard, présidente de l'ARENE, la dénomide divers ouvrages sur le développement nation "éco-quartier"a le double désavantage d'évoquer urbain durable in une approche plutôt technique et de "faire écolo", autreUrbanisme n° 345 (nov.-déc. 2005). ment dit gadget pour bobos. A contrario, le quartier durable a pour lui de s'inscrire dans la fidélité au déve2/ loppement durable, à l'articulation de ses trois dimenCf. son article "La HQE peut-elle s'appliquer sions-économique, sociale et environnementale-dans aux territoires?" le cadre d'une réelle concertation avec les habitants. in Urbanisme n" 321\ (mai-juin 2002). Pas question donc de plaquer des modèles tout faits sur des espaces en devenir. 3/ Pour autant, l'ARENE,qui emmène régulièrement élus et Les réponses à cet appel à projets, lancé techniciens visiter des sites exemplaires ailleurs en par l'association HQE, Europe, rêve de disposer d'une vitrine dans cette Île-deavec le soutien des ministères de France qui veut s'affirmer, selon la formule de son présil'Équipement et de la Culture ainsi que dent, Jean-Paul Huchon, comme la première éco-région de l'ADEME, auprès d'Europe.Tout te problème est de "passer du concept à de collectivités et d'aménageurs, publics la concrétisation". ou privés, devaient En novembre 2004, un forum régional de la HQE orgaparvenir avant le 10 avril à l'association HQE nisé par IARENE autour de la question "Comment conce(cf. le site : voir des quartiers durables ?" avait permis de mesurer le www.assohqe.org). fossé entre les expériences étrangères présentées et la réalité de l'aménagement urbain à la française. D'un côté, une démarche globale, intégrée, appuyée par une forte implication des habitants ; de l'autre, les balbutiements d'un développement urbain durable, appréhendé soit à travers les techniques du génie urbain (exposé de Philippe Galy, adjoint au maire de Boulogne-Billancourt, auteur d'un rapport sur le sujet en 2003), soit à travers un cahier de prescriptions architecturales et environnementales destiné aux promoteurs (présentaLe compte rendu du forum "Comment concevoir des tion de la démarche quartiers durables ?" et la publication Quartiers de l'EPA Seine Arche). durables. Guide d'expériences européennes sont Letout surfond d'oppotéléchargeables sur www.areneidf.org sition entre défenseurs de la HQE et partisans

du développement durable, alors même que Dominique Bidou avait déjà esquissé une HQE"pourles territoires"/2qui prend aujourd'hui une nouvelle actualité avec l'appel à projets d'expérimentation d'une démarche de qualité environnementale dans des opérations d'aménagement /3. L'idée de quartier durable, échelle intermédiaire entre l'agenda 21 local, municipal ou d'agglomération, et le bâtiment HQE, a cependant avancé. Et, dans la perspective des jeux Olympiques de 2012 à Paris, l'ARENE aurait bien vu l'aménagement du secteur des Batignolles devenir la référence en la matière. Non point que d'autres démarches, sans doute plus modestes, n'aient déjà lieu en région parisienne. Mais la zone d'activités HQE de Combs-la-Ville a longtemps fait figure de référence unique. Et Marie-Pierre Digard ne cache pas que"ce sont souvent les mêmes clients qui viennent frapper à la porte de l'ARENE". En clair, les collectivités partenaires de l'Agence se renouvellent trop lentement. On y trouve l'EPA de Sénart, soucieux non seulement de faire du Carré Sénart un site exemplaire (cf. l'entretien avec François Tirot, p. 50), mais également le premier Écopôle d'île-deFrance, en liaison avec lAgence régionale de développement (ARD). Plus récemment, la ville de Limeil-Brévannes a associé l'ARENE au vaste programme de mutation urbaine du quartier de la BallestèreSud,un site de 9,5 ha très fortement pollué. La municipalité veut y réaliser une opération d'habitat mixte de grande ampleur qui doit s'inscrire, selon la volonté du maire, Joseph Rossignol, dans "une démarche exemplaire de développement durable",en impliquant notamment les promoteurs privés. D'où l'aspect "vitrine"du projet, argument pour convaincre les investisseurs. Pour passer à la vitesse supérieure, l'ARENE poursuit plusieurs pistes. La Région ne peut pas, par exemple, imposer l'utilisation d'énergies renouvelables à d'autres collectivités, en fonction du principe de non-tutelle d'une collectivité territoriale sur une autre. Mais elle peut, et l'ARENE l'y incite et l'accompagne, introduire des critères deconditionnalité liés à la qualité environnementale

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dans les aides régionales (enseignement supérieur et recherche, logement, ZAE, structures pour personnes âgées). Autre enjeu régional fort: l'élaboration en cours du schéma directeur (SDRI F), qui pourrait définir des territoires prioritaires pour le développement durable. Des prescriptions annexées au SDRI F viendraient concrétiser ces orientations.Autre démarche plus incitative : l'application de la loi d'orientation de la politique énergétique du 23 juin 2005, qui prévoit un dépassement de 20 % du COS pour les constructions à performance énergétique ou avec des équipements EnR. Dans le cadre d'un projet Prébat (ADEME-PUCA), l'ARENE travaille avec des communes volontaires pour étudier l'application de ce dispositif sur leur territoire. L'ARENE entend également prendre toute sa place dans les politiques actuelles de rénovation urbaine. Un premier travail avec l'ESH (Entreprise sociale de l'habitat) LOGIREP, dans le cadre de la réhabilitation de la cité Basse du quartier de Pont-Blanc à Sevran (417 logements),a permis de tester certaines options d'un "Guide méthodolo-

gique pour le renouvellement urbain"sur le thème habitat social et développement durable, réalisé à l'initiative de l'ARENE /4. Étant donné l'ampleur et le nombre des opérations de rénovation urbaine en Île-de-France, le champ d'application est vaste et ouvre donc des perspectives. Mais Marie-Pierre Digard aimerait que ce type de démarche puisse s'élargir à toute une ville, ou en tout cas à plusieurs sites. Des discussions se poursuivent avec Les Mureaux, où le maire, très volontariste, souhaite mettre en œuvre un projet à l'échelle d'une mandature. D'autres pistes plus prospectives sont également explorées, notamment par l'IAURIF, sur "l'empreinte écologique". Le développement durable, par définition, a le souci des générations futures. Reste à le concrétiser dans des quartiers dont les innovations (circulations douces, transports écologiques à la demande, énergies renouvelables, matériaux sains, tri et recyclage des déchets, gestion alternative de l'eau) et le fonctionnement démocratique (forums citoyens de concertation...) donnent vraiment envie d'aller plus loin. | Antoine Loubière

4/ Les auteurs de ce guide sont Hubert Pénicaud, architecte ingénieur, Olivier Nguyen-Huu, architecte-urbaniste, et Serge Sidoroff, ingénieur.

Un futur quartier parisien écologique ?
Une friche ferroviaire dans le treizième arrondissement de la capitale, la zone d'action concertée (ZAC) de Rungis, à deux pas du boulevard des Maréchaux et de son tramway, opte pour un projet économe en énergie et plus soucieux de l'environnement. Une association d'habitants du quartier en est à l'origine. L'EcoZAC : il ne s'agit pas du pluriel du cavalier de l'armée russe (les « cosaques »), mais bel et bien d'une ZAC "écologique"... sans brutalité ! Rencontre avec son animateur, Philippe BovetJournaliste.

Comment est née l'association EcoZAC /1, avec quelles convictions et quels moyens d'action ? L'association des Amis de l'EcoZAC de la place de Rungis est née en mai 2005, à mon initiative, puisque je suis quasiment riverain du site. Elle a pour objectif d'inciter les décideurs locaux à construire, sur le site de l'ancienne gare de Rungis, le premier quartier véritablement respectueux de l'environnement à Paris. Ce projet de ZAC, qui prévoit la construction de 40 ooo m2 de bureaux et de logements, est une opportunité rare pour la mise en place d'un projet écologique exemplaire, notamment dans le domaine de l'énergie et des transports. Il est temps de bâtirdans la capitale des immeubles très peu consommateurs d'énergie (40 kWh/an/m2 ou moins) et de les équiper de places de stationnement en sous-sol qui donnent la priorité à des parcs de voitures partagées. L'absence de réflexion sur les transports dans le projet initial est d'autant plus choquante que le nouveau tram-

V
www.ecozacderungis.org

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Débat au sein de l'association.

way des Maréchaux, le projet phare de la mandature de Bertrand Delanoë en matière de transports en commun, passe à 20 m de cette ZAC. Quel urbanisme souhaitez-vous promouvoir ? Le projet initial de la mairie du 13'" prévoyait uniquement la construction d'une crèche HQE au sein d'un pôle d'équipements publics. En dehors de cela, rien ou presque en matière d'environnement.Compte tenu du prix des produits pétroliers et des problèmes environnementaux que nous connaissons tous, nous estimons qu'on ne peut plus à présent construire d'immeubles sans accompagner leur conception d'une réflexion poussée sur l'énergie. Il faut

orienter convenablement les bâtiments pour tirer le meilleur parti de l'énergie solaire passive. Il faut bien les isoler, bien les ventiler, utiliser les toits pour les énergies renouvelables, employer des matériaux sains, redécouvrir l'intérêt de la végétalisation des façades... et donner la priorité absolue auxtransports doux. Non seulement ce type d'urbanisme rend la ville durable et répond aux défis de notre époque, mais il l'apaise également et lui redonne une urbanité. Quelles ont été les réactions des divers "acteurs" de la ville dans ce quartier, et plus généralement à Paris ? Notre association a, dans un premier temps, participé à la concertation lancée par la mairie sur le projet de ZAC et fait part des objectifs de sa plate-forme, mais sans grand succès. La concertation, lancée en 2001, réunit chaque mois pendant deux heures l'aménageur (la SEMAPA), le service d'urbanisme de la mairie du 13°, des représentants des conseils de quartier et des associations locales.Tous avaient vis-à-vis de nous le sentiment que des "agitateurs" voulaient "chambouler" le travail déjà réalisé. Pourtant, nous nous sommes montrés très consensuels, nous n'avons remis en cause ni les propositions de plan de masse ni le choix des 40000 m'à construire. Nous avons seulement souligné que les thématiques environnementales et énergétiques n'avaient pas été vraimentiabordées. Nous avons expliqué que nous étions apolitiques, mais que nous connaissions bien les thèmes que nous défendions. Pour mettre en avant nos arguments, nous avons organisé deux voyages d'étude, l'un au sud de Londres sur le site expérimental de BedZed, l'autre à Fribourg, en Allemagne, une ville exemplaire en matière d'urbanisme durable. Les positions de la mairie du 13", de l'aménageur.de certains membres des associations de quartier ont alors commencé à prendre en compte nos arguments.

LES AVANCEES

Nous sommes maintenant loin de la seule crèche HQE, cerise sur le gâteau environnemental. On parle de ne pas mettre de climatisation dans les bureaux, de couvrir 30 à 50 % des besoins en eau chaude sanitaire des logements avec du solaire thermique, de produire une partie des besoins électriques des bureaux avec des panneaux solaires photovoltaïques, de récupérer l'eau de pluie pour alimenter les jardins, de végétaliser des toitures... En somme, la porte s'est entrouverte. Il faut désormais l'ouvrir en grand. Deux exemples : puisque l'eau de pluie sera récupérée, pourquoi ne pas l'utiliser pour les chasses d'eau de tous les bâtiments ? Le pôle d'équipements publics qui doit être construit sur la ZAC comprendra une maison de retraite. Depuis la canicule de 2003, tout établissement de ce type doit être équipé d'une pièce rafraîchie. Pourquoi ne pas y installer un puits canadien ou une climatisation solaire ? On retrouve ce dernier équipement sur les toits du siège de l'ADEME à Sophia-Antipolis ou sur ceux des caves de Banyuls. Nous pourrions lister d'autres bonnes décisions à prendre, comme utiliser du bois dans la construction des bâtiments. En fait, si une véritable EcoZAC voyait le jour, la mairie du 13' et la SEMAPA ne pourraient que s'enorgueillir d'en avoir été à l'origine. Panorama de presse Environnement

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Eco-urbanisme
Depuis quelques années, des formules pas toujours convaincantes font florès, tant dans les discours des élus que sous la plume des praticiens : "développement urbain durable", "ville écologique", "sites propres", "cité durable","urbanisme à haute qualité environnementale", etc.Thierry Paquot croise les histoires de l'écologie et de l'urbanisme afin de mieux pointer ce qui les assemble et aussi ce qui les oppose.

Est-ce un effet de mode ou une conviction sincère qui provoque, chez de plus en plus de professionnels de la ville, cette attention toute particulière portée à l'environnement ? Les deux, suis-je tenté de répondre, ayant observé qu'en devenant une "question de société" une thématique s'impose peu ou prou à l'ensemble d'un milieu.Tenez, parexemple, la démographie mondiale accuse une tendance persistante au vieillissement de la population et l'on voit se multiplier les colloques sur la gérontologie, les dossiers spéciaux des revues et des émissions de télévision ou de radio sur la "planète grise", les réflexions politiques sur les "enjeux de la retraite", les propositions pour adapter la ville et l'habitat aux troisième et quatrième âges. Bref, d'un coup, un sujet longtemps ignoré fait la une et mobilise bien des énergies, tandis que des groupes de pression pratiquent activement le lobbyisme. On pourrait penser que les récentes déclarations des Nations unies sur le réchauffement de la planète, ou bien encore l'après-Tchernobyl (il y a déjà vingt ans !), la modification géopolitique du marché du pétrole, l'effet de serre, le trou d'ozone, la vache folle et la grippe aviaire, etc., qui constituent des préoccupations de spécialistes, deviennent celles du citoyen lambda. Celui-ci s'inquiète dorénavant pour sa maison, son quartier, sa ville et souhaite que des mesures soient prises rapidement pour les protéger.

Les Humains et la Nature
Les liens entre la Nature et cet Artifice qu'est la ville sont très anciens. Ils apparaissent même constitutifs de l'urbanisme, qui alors ne s'appelait pas ainsi. En effet, la manière de localiser une nouvelle ville, de tracer ses réseaux, d'orienter ses maisons, de bâtir ses édifices, tient compte des saisons, des vents et des pluies, de l'ensoleillement, de l'alimentation en eau potable, des activités humaines et de leurs pollutions diverses, etc. Preuves en sont certains textes de Platon ou d'Aristote, pour ne mentionner que des références appartenant à l'ère culturelle occidentale. La mythologie n'ignore pas non plus l'importance des jardins judicieusement irrigués,

l'abondance des fruits de Dame Nature, le plaisir de vivre dans un environnement sain et joyeux (le pays de Cocagne). Les récits les plus anciens décrivent en détail les embarras de la ville, les nuisances tant sonores qu'hygiéniques, les gaspillages en eau et en sources d'énergie, les dégradations intempestives que les humains infligent aux ressources dont ils disposent. Selon les périodes de l'histoire, les cultures, les formes d'urbanisation, l'importance des villes et bien d'autres facteurs explicatifs, les citadins sont confrontés aux conditions géoclimatiques, aux caractéristiques physiques, aux modalités de la vie collective, aux spécificités des ressources locales, à cet ensemble hétéroclite que l'on peut nommer l'environnement. Toute ville "consomme" de la Nature, des terres arables pour lotir,de l'eau pour irriguer et nettoyer, de la forêt pour construire, chauffer et cuire. L'urbanisation, en construisant une ville, commence par détruire ou par perturber plusieurs écosystèmes. La prise de conscience de ces violences écologiques "ordinaires"est relativement récente et ne provient pas toujours de théoriciens urbanophobes et technophobes. Un Descartes, par exemple, appelle à l'artificialisation du "milieu naturel"que permet le progrès technique afin d'améliorer le sort des humains. Ces derniers doivent se "rendre maîtres et possesseurs" de la nature, d'une nature pas toujours bienveillante et hospitalière. Tout un courant de pensée, soucieux de la vie humaine, prône la conquête de la Nature. La Technique en facilite l'exploitation. Or, la Technique obéit à ses propres règles et échappe, en partie, au contrôle humain. Le déploiement inconsidéré de la Technique empêche la Nature de se renouveler selon ses propres rythmes et entraîne des catastrophes en série - PaulVirilio affirme qu'à chaque "progrès" technique correspond son "accident". Des espèces végétales et animales disparaissent de la surface de la Terre, des continents se désertifient, d'autres se boisent sans pour autant reconstituer des milieux favorables à une biodiversité, des réserves s'épuisent, des mers et des fleuves sont pollués par les activités industrielles, des sols sont épuisés parla mécanisation outrancière d'une monoculture, des

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i/
Cf. Robert Park, "Thé city : suggestions for thé investigation of human behavior in thé urban environment", qui est initialement paru dans VAmerican tournai ofSodotogy (KX,i9i5) sans cette phrase, que l'on trouve dans la seconde version publiée dans Thé City, sous la direction de R. E.Park,E.W. Burgess et R. D. McKenzie, Universityof Chicago Press, 1925. Texte traduit par Yves Grafmeyeretlsaac Joseph dans L'École de Chicago. Naissance de l'écologie urbaine, éditions du Champ urbain, 1979. 2/ Cf. Emma C. Hewelyn etAndreyHawthorn, "L'écologie humaine", trad. franc, in La Sociologie aulof siècle, sous la direction de G. Gurvitch et W. E.More, tome i.PUF,

1947, p. 477-510.

chaînes alimentaires sont interrompues par l'usage de pesticides et autres insecticides... Tout cela est connu. Tout cela n'est aucunement fatal.Tout cela peut être contrecarré. Lentement, difficilement, contradictoirement, le souci écologique s'insère dans le débat public et exige une politique. Mais comment protéger un écosystème sans s'intéresser aux autres, dont il est, peu ou prou, solidaire ? C'est toute la planète qui est concernée. C'est toute la planète qui est ma ville, mon quartier, ma demeure. Aucune frontière n'endigue un nuage toxique, une pluie acide, un vent radioactif, un océan mazouté ! L'industrialisation internationalise la pollution qu'elle génère,et il faudra des dizaines de lois, des amendes élevées (selon le principe "les pollueurs sont les payeurs"), des "scandales" (comme celui de l'amiante, par exemple) pour contraindre les industriels à ménager à la fois leurs salariés et leur environnement. Et encore ! Pour une usine attentive aux réglementations sanitaires et environnementales, combien d'autres qui, sans gêne aucune, crachent leur fumée, rejettent leurs eaux usées, imprègnent la terre de leurs déchets, n'épargnent pas la nappe phréatique ? L'industrialisation nourrit une urbanisation accélérée et inédite par sa taille. Les centres anciens des villes se taudifient et se surdensifient, rendant ainsi caduques les réseaux et les équipements existants. De nouvelles pathologies se manifestent, un courant hygiéniste, constitué de médecins, philanthropes, réformateurs sociaux..., alerte l'opinion et préconise des mesures tant vis-à-vis de la santé publique que de la salubrité des logements et plus généralement de la ville. Une conception organi-

ciste de la ville s'élabore, souvent en adoptant les principes du darwinisme social. Parallèlement, l'écologie affine ses analyses et ses objectifs.

L'écologie humaine
La rencontre entre ces deux approches du vivant est effectuée au sein de l'École de Chicago. C'est en effet le sociologue Robert Park (1864-1944) qui imagine une nouvelle démarche pour analyser la ville :"La ville, écrit-il, a été étudiée récemment du point de vue de sa géographie, et plus récemment encore de son écologie. À l'intérieur des limites d'une communauté urbaine - et, en fait, de n'importe quelle aire naturelle d'habitat humain -, des forces sont à l'œuvre qui tendent à produire un groupement ordonné et caractéristique de sa population et de ses institutions. La science qui cherche à isoler ces facteurs et à décrire les constellations typiques de personnes et d'institutions produites par leur convergence, nous l'appelons écologie humaine, par opposition à l'écologie végétale ou animale"/1.1l avait traduit,de l'allemand en anglais, l'ouvrage du botaniste danois EugeniusWarming, dont le titre Plantescimfund (1895) devint Oecology of Plants (1909), et n'hésitait pas à adapter à la sociologie des notions conçues par et pour la botanique, comme "invasion","migration","habitat"ou encore "écèse". Pour les historiens des sciences humaines, Park et son groupe sont les inventeurs de l'"écologie humaine" /2 et non pas de Fécologie urbaine". Comme l'écrit McKenzie/Técologie humaine traite des aspects spatiaux des interrelations et interprétations humaines et institutionnelles.

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Maison écologique à Berlin (Corneliusstrasse).

Son but est de découvrir les principes et les facteurs qui expliquent les modèles variés des aménagements spatiaux de la population et des institutions, résultant de l'interaction des êtres humains au sein d'une civilisation en constante transformation"/3. Il s'agit en fait d'un raisonnement par analogie, qui étudie les agrégations humaines à l'instar des agrégations animales ou végétales, le tout à la sauce darwinienne qu'appréciait tout particulièrement Robert Park, qui scrutait la concurrence et la coopération entre les communautés, et les conditions de la lutte pour l'existence d'un élément isolé de son groupe d'appartenance ou de sa localité de base. Pour Robert Park, une "communauté humaine" possède au moins trois caractéristiques : un territoire délimité, une présence relativement durable sur ce territoire et des relations d'interdépendance de nature symbiotique entre les membres résidant sur ce territoire /4.L'écologie humaine s'évertue à saisir les processus, les transformations, les successions, les migrations, les mobilités, les résistances qui affectent diverses populations rassemblées en un même milieu urbain. Pour Park et ses amis, le contexte de la vie urbaine résulte avant tout des humains avec, contre ou sans lesquels vous devez assurer votre insertion, votre acclimatation, votre reproduction. Il va de soi que ce n'est pas la Nature environnante qui prime seule, ici. Aussi n'est-il guère surprenant que les textes émanant de l'École de Chicago soient si avares en propos sur le gaspillage des ressources naturelles, la dégradation du cadre physique, la pollution résultant

d'une forte densité de population et d'activités industrielles, etc. Pour cela, il faut combiner au devenir des communautés humaines et urbaines celui de toute la planète. Certes, les partisans de la cité-jardin, par exemple, avaient intuitivement perçu la solidarité des destins des Humains et de la Terre /5, mais ils réfléchissaient surtout en termes de présence de la Nature en ville, d'amicale complicité entre les cycles des saisons et des renouvellements biologiques des espèces animales et végétales et les rythmes de la vie citadine.

3/
Cf. R. D. McKenzie, "Ecologyhuman", in Encyclopédie! ofthe social Sciences 5, cité par E. C. LIewelyn et A. Hawthorn. 4/ Cf. Robert Park, "Human ecology", in American journal of Sociology n° 42,1936. 5/ Cf. Thierry Paquot, "EbenezerHoward et la cité-jardin", in Urbanisme n° 343, juillet-août 2005, et aussi "Ville et nature, un rendez-vous manqué ?" in Diogène n° 207, PUF, 2004.

Le productivisme contre nature
L'écologie commence par se préoccuper du monde naturel et dénonce les méfaits d'une agriculture intensive qui détracte les mécanismes propres aux écosystèmes. Rachel Ça rson, dans SilentSpring (1962), dénonce le saccage des forêts par la logique industrielle et constate la disparition de certaines espèces d'oiseaux qui ne peuvent plus y nidifier, elle établit le sinistre bilan des pollutions aquatiques avec la mort annoncée de nombreux poissons, et aussi s'inquiète de "nouveaux" cancers qui tuent des pécheurs, bûcherons, paysans et autres populations concernées par l'usage intempestif de produits chimiques.Jean Dorst recense "les mauvaises pratiques culturales, qui ont pour effet d'accélérer d'une manière catastrophique les processus d'érosion, et peuvent ainsi conduire à la ruinetotaled'un pays" (La Nature dé-naturée,p.~y6).La liste des auteurs jouant le rôle de vigie est imposante, mais nombre d'entre eux connaissent le sort

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G/ Cf. François Russo, "Nature et environnement", in Études tome 333, igyo. 7/ Cf. Claire HooveretAxel Gosseries, "L'éthique environnementale aujourd'hui", in Revue philosophique de Louvu'n n° 3,1998. 8/ Cf. "Manifeste pour l'écologie urbaine", in Metropolis n° 64/65, 1984. Ils s'appuient sur le? travaux d'E. Morin, L. MLlmford, P. Duvigneaud et aussi-alors moins connus en France - de : A. Hawlaey, Hi.man Ecoloqy, Ronald Press, 1950; G. Duncan, Urban Society, Crowel, 1964. A.Wolman,"The metabolismofcities", ir Science Asnerican n»213,3,1965.

du prophète, ignoré dans son pays... Il faut des catastrophes meurtrières et massives pour que l'opinion publique-surtout présente en ville- manifeste son désarroi. Ces auteurs, souvent en quelques lignes à la suite de propos consacrés à la "bombe démographique", évoquent la ville comme terrain du déséquilibre envi ronnemental par excellence. Là encore, seuls les convaincus les entendent. Des rapports officiels, des col loques internationaux, des éditoriauxdans la presse, des enquêtes d'investigation se multiplient au cours des années 1960 et 1970, sans embrayer sur des actions politiques visant à mieuxencadreret l'industrialisation et l'urbanisation. L'idéologie du productivisme, alors dominante partout dans le monde, focalise l'attention de chacun sur le taux de croissance, négligeant les retombées désastreuses pour l'environnement. Une cheminée d'usine est signe de prospérité. La consommation de masse procure l'illusion d'un enrichissement général et n'accorde de sens qu'à l'accumulation matérielle au détriment des richesses intérieures, à la qualité de vie, à l'harmonie entre soi, autrui et le monde. Nous sommes encore dans cette logique du "toujours plus", sauf qu'elle n'est plus hégémonique et qu'ici et là des résistances se font jour, des alternatives s'élaborent, des expérimentations s'effectuent, des critiques écornent le bien-fondé de "la consommation pour la consommation", à laquelle répond l'industrialisation. Les conséquences de ces modes de vie, alliés à un usage quasi permanent de l'automobile, sur la ville et plus généralement sur l'urbain diffus qui en résulte, accroissent les déséquilibres environnementaux et mettent en péril le devenir même de la planète. François Russo en appelle à une éthique et écrit :"respect et admiration de la création ; humilité devant les faits et reconnaissance de nos erreurs; souci des conséquences proches ou lointaines de nos actes ; sens de la solidarité dans le présent et aussi avec les générations futures ;

sens de la coopération, de la discipline sociale, qui implique, notamment, l'acceptation des normes édictées par les autorités légitimes"/6. Il n'est pas le seul, des revues sont créées {Environmental Ethics, 1979 ; Ethics and Animais, 1980 ; Journal ofAgricultural and Environmental Ethics, 1988 ; Environmental Values, 1992 ; Ethics, Place and Environment, 1998, etc.), des débats publics organisés, des partis politiques sensibilisés, la question environnementale a droit de cité et elle interroge aussi, et de plus en plus, l'urbain et par ricochet l'urbanisme /7.

L'urbanisme comme écologie appliquée ?
En'\g~!~!, Urbanisme (n° 166) publie"L'écologie contre l'urbanisme ?" d'Hervé Mathieu. Avec humour, il explique que"la ville serait devenue'invivable', alors il faudrait 'l'adapter'(à l'automobile, à la vie moderne, puis à l'échelle humaine...), il faudrait l'aérer, la dédensifier, la protéger (mais on ne dit pas contre qui ou contre quoi), la réhabiliter, etc.Toutes ces solutions s'appuient sur des concepts aussi vagues que superficiels : on ne manque plus une occasion de parler de 'qualité de vie', de 'conservation' de l'environnement et du patrimoine, quand ce n'est pas comme on a pu l'entendre de'protection de l'écologie'(comme si l'écologie, qui est une discipline scientifique-ou, à la limite, un état d'esprit-avait besoin d'être 'protégée'au même titre que les bébés phoques !?)". Pour éclairer le débat, il propose de distinguertrois écologies : la cognitive (scientifique), l'appliquée (gestionnaire) et la militante (idéologique). Puis il examine les"crises écologiques de la ville" et se refuse à condamner"la"ville et à préconiser un "retour à la campagne". Il prêche pour la connaissance des divers écosystèmes qui relèvent de la ville et pour l'invention d'une ville moins polluante, stressée, dépensière en énergie et en espace, et plus habitable. Christian Garnier et Philippe Mirenowicz s'en préoccupent et lancent en 1984 un "Manifeste pour l'écologie urbaine" /8, dont le volet destiné aux urbanistes comprend dix points. Parmi ceux-ci, je relève : "l'autonomie organisatrice","la souplesse", "la variété et la diversité structurelles du tissu social et événementiel de la ville", "lacomplexificationdans le temps", la prise en considération des notions d'ordre et de désordre ainsi que "les phénomènes aléatoires", la valorisation de la qualité,etc. Aux côtés de ces éléments essentiels pour une nouvelle pratique d'un éco-urbanisme, les auteurs ajoutent, comme des évidences, une réelle participation des habitants, une liaison permanente entre les savants et les décideurs, une action locale soucieuse du global et, inversement, une détermination des politiques et une formation continue des urbanistes. Sur ce dernier point,je remarque qu'un parcours "Environnement, paysages et territoires" (master deux) existe depuis octobre 2005 à l'Institut d'urbanisme de Paris, soit vingt ans après la publication de ce Manifeste. Certes des cours, plus ou

Manifestation pour la sauvegarde des jardins communautaires à New York.

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DE QUELQUES NOTIONS

ÉTHOLOGIE : mot construit et popularisé en 1849 par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861) pour désigner la "science des comportements des diverses espèces animales dans leur milieu naturel". Cette observation des animaux permet de bien circonscrire leur "milieu", leur "territoire" et leur "habitat", expressions qui seront transposées aux humains. ÙKOLOGIE : terme inventé en 1866 par le zoologiste et biologiste allemand E. H. Haeckel (18341919) pour définir la "science des relations de l'organisme avec l'environnement" (Generelle Morphologie der Organismen, vol. 2, p. 286). Plus tard, il parlera de "distribution géographique des organismes". On repère eco/ogysous la plume du botaniste américain Conway McIVIillan en 1897 et ecological est employé par A. S. Hitchcock en 1898. Cette même année, les Italiens adoptent ecologia. En France, c'est semble-t-il le DrX. Gillo-vice-président de la Société d'histoire naturelle d'Autun -qui le premier utilise l'expression "facteurs écologiques" en 1900. La Grande-Bretagne se dote d'un journal ofEcology dès 1913. PHYTOSOCIOLOGIE : cette méthode de classement, aussi appelée taxinomie des communautés végétales et reposant sur leurs compositions floristiques, est due au botaniste autrichien Anton Kernervon Marilâun (1831-1898). Elle va se combiner à la "géographie des plantes", qui associe des auteurs comme Alexandre de Humboldt (1769-1859), Alphonse de Candolle (1806-1893) ou encore Charles Flahaut (1852-1935). BIOSPHÈRE : ce terme figure en 1875 dans Die Entstehung derAlpen, du géologue autrichien Eduard Suess (1831-1914), et marque la solidarité de toute vie sur la Terre. Plus tard, un savant russe installé en France, Vladimir Ivanovich Vernadsky (1863-1945), publie en 1926 Biofera (La Biosphère, 1929), dans lequel il constate que "toute la vie, toute la matière vivante peut être envisagée comme un ensemble indivisible dans le mécanisme de la biosphère". ÉCOSYSTÈME : terme forgé en 1935 par l'écologue anglais ArthurTansley (1871-1955) dans un article dorénavant célèbre : " Thé use and abuse ofvegetational concepts and terms" (fco/ogyvol. 16, n° 3). Il y explique la diversité en tailles, types et rythmes d'évolution d'unités de base de la nature constituant autant d'écosystèmes qui, combinés entre eux, forment le vaste système écologique dans lequel nous vivons. ÉCODÉVELOPPEMEIMT : expression élaborée par Maurice Strong, Serge Antoine et Ignacy Sachs lors de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement humain, à Stockholm en 1972. Depuis, cette conception est principalement théorisée par Ignacy Sachs : "Faire de l'écodéveloppement, c'est en grande partie savoir profiter des ressources potentielles du milieu, c'est faire preuve de 'ressource' dans l'adaptation écologiquement prudente du milieu aux besoins de l'homme". Il note également que "l'écodéveloppement débouche sur la planification participative de fait et sur un rééquilibrage du pouvoir entre le marché, l'état et la société civile, au profit de cette dernière". ÉCOHABITAT : dans la foulée de la Conférence de Vancouver en 1976, de nombreux architectes et experts préconisent l'usage économique et écologique des matériaux. Serge Antoine, dans "Vers un écohabitat" (Urbanisme n° 171,1979), note que "tendre à l'écohabitat veut dire mieux insérer l'habitat dans la géographie, le site, le climat, avoir une stratégie des matériaux, repenser la durée de vie de certaines constructions, et surtout, pour ce qui nous concerne ici, concevoir un habitat plus économique en énergie, tant au stade de la construction (matériaux, chantiers) qu'à celui de sa gestion (entretien, dépenses de climatisation et de chauffage)". SUSTAINABLE DEVELOPMENT ; cette formule du rapport Brundtland (1987) est consacrée lors de la Conférence de Rio sur l'environnement et le développement (1992), qui donne cette définition : "développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs", le terme étant curieusement traduit en français par "développement durable". Cette incitation à entretenir avec la Terre des relations amicales et respectueuses de ses propres mécanismes n'est pas nouvelle. La législation forestière française parlait déjà au xix" siècle de durabilité, de même que la Commission canadienne de la conservation de l'environnement, en 1915, exhortait "à transmettre le capital naturel aux générations futures". On retrouve cette idée lors du grand colloque de l'UNESCO sur la nature (1951), le rapport du Club de Rome (1970)...

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moins isolés, se pratiquaient en la matière, mais sans bénéficier d'un affichage aussi officiel. Pour de nombreux praticiens, l'inscription bien timide de la préoccupation environnementale dans la loi apparaît comme une contrainte de plus à leur métier. Ils sourient lorsque l'un d'entre eux, durant une réunion, s'exclame malicieusement, "on a oublié le durable!", et ensemble tentent d'en trouver une justification. C'est dire si ce qui devrait être au cœur du projet urbain, et constituer le socle de l'urbanisme, fait figure de cerise sur le gâteau, sorte de décoration inutile et plus ou moins facultative. Il y a là une réelle révolution culturelle à accomplir. Ne plus penser l'écologie comme un caprice d'enfants gâtés, de fils de riches, mais comme une responsabilité élémentaire de tout être humain. L'écologie n'est pas l'apanage des partis verts ou de post-soixante-huitards sur le retour, c'est

la conscience du devenir de la planète et de ses habitants, du Sud comme du Nord, des campagnes comme des mégapoles. Dorénavant, la véritable dualité politique n'est plus celle qui distingue la "droite" de la "gauche", mais celle qui sépare les adeptes du souci écologique des prédateurs. Il y a celles et ceux qui mènent leur existence en rapport avec l'environnement et celles et ceux qui consomment de la Nature, sans commune mesure. L'écourbanisme - et la diversité de ses expérimentations et propositions-doit devenir la règle et non pas l'exception, il ne s'agit pas d'idéologie politicarde, mais d'une démarche soucieuse de la dimension cosmique de la vie humaine. Ce n'est pas demain qui intéresse le citadin lambda- à qui nous ressemblons tant -mais le présent, et celui-ci est intimement dépendant de l'écologie généraie de l'Univers. | Thierry Paquot

LECTURES • Max Sorre, Les Fondements biologiques de la géographie humaine, tome i, "Essai d'une écologie de l'homme", Armand Colin, 1943. • Urbain Cassan, Hommes, maisons, paysages. Essai sur l'environnement humain. Pion, 1949. • Roger Heim, Destruction et protection de la nature, Armand Colin, 1952. •Jean Dorst, Avant que nature meure, Delachauxet Niestlé,i965 ; une version abrégée est publiée au Seuil, en 1970, sous le titre La Nature dénaturée. • Barry Commoner, Quelle terre laisserons-nous à nos enfants ?traduction française. Seuil, 1969. • Bernard Charbonneau, Le jardin de Babylone, Gallimard, 1969 ; réédition aux éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2002. • Philippe Saint-Marc, Socialisation de la nature. Stock, 1971. • René Dumont, L'Utopie ou la mort. Seuil, 1973. • Alfred Sauvy, Croissance zéro ?, Calmann-Lévy, 1973. • Ivan Illich, Énergie et équité. Seuil, 1973. • Hans jonas, Dos Prinzip Verantwortung, 1979 ; traduction française, )ean Greisch, Le Principe Responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique. Cerf, 1990. • Ignacy Sachs, Stratégies de l'écodéveloppement. Les Éditions ouvrières, 1980. • "Écologie urbaine i. Nouveaux savoirs sur la ville" et "Écologie urbaine 2. Des villes en action", dossiers sous la direction de Christian Garnier et Philippe Mirenowicz, in Metropolis n° 64/65,1984, et n° 66,1985. • Jean-Paul Deléage, Histoire de l'écologie, une science de l'homme et de la nature. La Découverte, 1991. • Donald Worster, Les Pionniers de l'écologie. Une histoire des idées écologiques, préface de Roger Dajoz, traduit de l'anglais par Jean-Pierre Denis, éditions Sang de la terre, 1992. • Edgar Morin et Anne Brigitte Kern, Terre-Patrie, Seuil, 1993. • Olivier Godard, "Le développement durable et le devenir des villes. Bonnes intentions et fausses bonnes idées", in Futuribles n° 209, mai 1996. • Scott Campbell, "Green cities, growing cities, just cities ? Urban planning and thé contradictions ofsustainabledevelopment", in Journal ofthé American Planning Association vol. 62, n°3,i996. • Politiques novatrices pour un développement urbain durable. La ville écologique, OCDE, 1996. • Catherine et Raphaël Larrère, Du bon usage de la nature. Pour une philosophie de l'environnement, Aubier, 1997. • Franck-Dominique Vivien, "jalons pour une histoire de la notion de développement durable", in Mondes en développement vol. 31-2003/1, n° 121, éditions de Boeck, Bruxelles. • Robert Ridelle, Sustainable Urban Planning. Tipping thé Balance, Blackwell Publishing, 2004. • "Urbanisme durable ?" dossier sous la direction de Cyria Emelianoff, in Écologie et politique n° 29, 2004. • La Ville durable, du politique au scientifique, sous la direction de Nicole Mathieu etYvesGuermond, INRAéditions, 2005. • Le Développement durable. Une perspective pour le xxr siècle, sous la direction de Jean-Paul Maréchal et Béatrice Quenault, préface de Henri Bartoli, Presses Universitaires de Rennes, 2005.

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