Grèce

:
des barbelés contre l’immigration
HEBDOMADAIRE POLITIQUEMENT INCORRECT ■ MERCREDI 10 AOÛ T 2011 ■ N°2524 - 3,50 €

Ce que les médias français n’ont pas dit

Emeutes raciales :

Londres à feu et à sang

Les gangs imposent leur loi
Vol d’un parking Vinci :

des bandes criminelles vivent aux dépens des usagers. p. 4-5
Marseille

Où trouver Minute ?
www.trouverlapresse.com

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10 août 2011

ALLONS-Y DE BON CŒUR AVEC
© Reproduction interdite sauf autorisation préalable de « MINUTE »

La « French touch »

Les bourses plongent, le sauvetage s’organise

Gouverner c’est pédaler

Gare aux agences de notation Stratège

ECONOMIE
AH ! AH ! AH ! AH ! AH !

U

ne seule lettre vous manque et tout est paniqué. Depuis la dégradation de la note des Etats-Unis d’Amérique par Standard & Poor’s (note passée de AAA à AA+), la grande trouille des marchés financiers, déjà alimentée par de précédentes « mauvaises notes » attribuées à des Etats européens, s’est accentuée. C’est à qui perdra le moins en vendant le mieux, en espérant se refaire en rachetant à vil prix ce que les épargnants affolés auront soldé… Ainsi va la planète finances. Le triple A est un peu à l’économie ce que la « 5A » est à la charcuterie. Vous l’obtenez : vous êtes le roi. Vous en êtes privé : vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer en essayant de fourguer votre stock sur votre bonne réputation passée. La 5A, contrairement au triple A et aux autres notes type Baa2, CC, DDD, etc., fut au départ une plaisanterie, un quintuple éclat de rire contagieux d’un gastronome : « Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! » De là naquit l’Association amicale des amateurs d’andouillette authentique – anecdote authentique elle aussi, du moins certifiée comme telle par les rabelaisiens fondateurs de l’association. D’où le mystérieux sigle AAAAA apposé dans certains établissements, pas peu fiers, à côté de

l’andouillette proposée sur la carte. C’est le signe que leur produit a obtenu le précieux diplôme de qualité. Précision importante : l’association est « strictement dépourvue de but lucratif », aucun membre « ne reçoit d’indemnisation, [ni] n’est rémunéré pour sa collaboration ou sa bonne mine » et « les lauréats, diplôme obtenu, sont totalement libres d’adhérer ou non à l’association ». Pendant le krach, les agences se gavent Avec les agences de notation financière, c’est très différent. Standard & Poor’s, comme ses deux rivales Fitch et Moody’s (ces « Big Three » détiennent 90 % du marché de la notation), se font non seulement payer par ceux qu’elles notent mais, concernant les Etats, se livrent en outre à une pratique qui s’apparente à du chantage. Dans les années 1920 déjà, les agences avaient commencé à noter la capacité de remboursement de certains Etats. L’une de leurs premières victimes avait été… la Grèce. La décision de Moody’s entraîna une telle crise économique et de tels troubles sociaux que l’affaire se solda par un coup d’Etat ! Sous la direction du général Metaxas, un régime autoritaire d’inspiration salazariste régna sur le pays de 1936 à 1941. L’envie de no-

Rien n’interdit de leur couper les vivres Derrière ces pratiques commerciales que l’on qualifiera pudiquement de contestables se cache aussi une collusion d’intérêts avec les grandes banques. « Dans le cas des risques souverains, explique Georges Ugeux, [les] banques d’affaires […] ont soutenu les agences de notation auprès des Etats, leur précisant que,

Antoine Vouillazère
1. http://aaaaa-asso.fr 2. http://finance.blog. lemonde.fr/ 3. La Découverte, coll. Repères, 2010. 4. in « Le Monde » du 9 août 2011.

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Certes, l’endettement phénoménal des Etats européens et des Etats-Unis ne peut durer. Mais la saison 2 de la crise boursière qui secoue la planète a une autre cause, qui n’a rien à voir non plus avec l’euro : elle découle de la dictature instaurée, en collusion avec les banques, par les agences de notation financière.

ter les Etats passa un peu aux agences de notation financière… Jusqu’aux années 1970, où Moody’s revint à la charge, en prenant la décision de noter, cette fois, tous les Etats. Peu d’entre eux y étaient favorables, ainsi que vient d’en témoigner sur son excellent blog « Démystifier la finance » Georges Ugeux, actuel p-dg de Galileo Global Advisors, une mini banque d’affaires internationale de New York, et ancien vice-président exécutif (1996-2003) de la Bourse de New York : « J’étais à l’époque en charge du consortium des émetteurs des obligations du royaume de Belgique. Je me souviens de la démarche, qui fut abondamment critiquée et à laquelle bon nombre d’Etats ont hésité à souscrire. Pour convaincre les Etats, les agences de notation ont exercé une forme de chantage faisant savoir aux “récalcitrants” qu’elles iraient de l’avant quelle que soit leur décision et qu’il était de l’intérêt de ceux-ci de “coopérer” plutôt que de se voir imposer une notation. » Ils ont donc « coopéré » et accepté de se faire racketter par les agences ! Car celles-ci sont tout sauf des entreprises philanthropiques. Environ 90 % de leur chiffre d’affaires provient des entités notées, estime Norbert Gaillard, consultant à la Banque mondiale (elle-même notée !), dans son livre Les Agences de notation. Et leurs marges sont considérables.

sans notation, le coût de leurs emprunts serait supérieur ». « A la clef de cette manipulation et de ce chantage des banques, ajoute-t-il, on aurait pu croire que les investisseurs, ou à tout le moins les chefs de file des émissions, paieraient pour ce service qui leur permet de ne pas se préoccuper du crédit des Etats et de le confier aux agences de notation, trop contentes d’obliger. C’est compter sans les moyens de pression de ces banques. On a donc réussi à faire payer par les Etats des notations en leur vendant le fait que cela réduisait leurs coûts d’émission. » Les baisés, comptez-vous… Le problème fondamental aujourd’hui est que l’avis de ces agences est devenu parole d’or. Comme le dit Rama Cont, chercheur au CNRS et à l’université Columbia, « régulateurs et législateurs leur ont conféré le statut d’oracle », notamment depuis que les Etats-Unis ont inventé la notion d’« agence de notation agréée » et que les accords de Bâle II, entrés peu à peu en vigueur dans une centaine de pays au cours de la dernière décennie à l’initiative des gouverneurs des banques centrales des pays de l’OCDE, ont imposé de suivre les avis émis par les agences de notation financière. Faut-il alors supprimer ces agences ? Pas forcément. On pourrait très bien les laisser vivre… ou mourir. Juste en supprimant dans la réglementation internationale l’obligation de faire un aussi grand cas de leurs analyses. Et en cessant de les rémunérer. Puisqu’elles exigent que les Etats réduisent leurs dépenses, ce serait un premier si■ gne de bonne volonté, non ?

10 août 2011

Les Etats pris pour des andouillettes

SOCIETE
PORTE D’AIX À MARSEILLE
10 août 2011

Une sous-France qui fait mal
Des clandestins, des trafiquants, des Roms… à l’entrée de Marseille, le quartier de la Porte d’Aix est une vraie cour des miracles. Qui prospère en toute impunité, la République ayant préféré céder le territoire aux délinquants !
Marseille, on a volé un parking ! » Un premier avril, on aurait pensé à un poisson aussi gros que la sardine qui a bouché le Vieux-Port. Mais c’est le 3 août dernier que le journal « La Provence » a mis à la une ce titre hallucinant ! Les faits rapportés ne le sont pas moins. À la porte d’Aix, place Jules-Guesde, se trouve un parking d’une cinquantaine de places, dont la Communauté urbaine de Marseille a confié la gestion à la société Vinci. Or début janvier, confronté au problème de l’insécurité, Vinci s’est avoué vaincu : « Il y a eu des dégradations, des intimidations visant le personnel. On a bien dû déposer une vingtaine de plaintes. Mais personne n’a bougé. On est parti. » Et de jeunes délinquants ont repris l’exploitation du parking abandonné : postés à la barrière, ils rackettaient les automobilistes, 5 euros la place. Un tarif qui n’incluait aucune assurance antivol… De retour à sa voiture, un homme s’est fait agresser : « Un individu, arrivé par derrière, m’a arraché une chaîne en or que j’avais depuis 20 ans et à laquelle je tenais beaucoup. » Cette victime n’est pourtant pas un enfant de chœur : il s’agit d’Alain Dulion, ancien trafiquant et proxénète, aujourd’hui rangé des voitures. Les jeunes n’ont décidément plus de respect ! Le quartier de la Porte d’Aix n’est pourtant pas perdu au fin fond d’une banlieue « sensible ». Quand se finit l’autoroute A7, c’est le premier carrefour de la ville, la première image qu’offre Marseille aux visiteurs. Un marché sauvage avec trafics en tous genres, un bidonville de Roms, des gosses qui vous

«

A

lavent le pare-brise avec des éponges sales. Tous les charmes de l’immigration illégale. Les politiques ne font rien. Ils sont pourtant bien placés : c’est là que se dresse l’Hôtel de la Région, bâtiment qui a coûté 45 millions d’euros. Une tour d’ivoire avec, pour les conseillers régionaux, défense d’y voir. Avec Sarko, il ne faut pas croire au père Noël Ceux qui en ont plein les oreilles et plein les yeux, ce sont les riverains et les commerçants de la Porte d’Aix. Depuis des années, ils alertent les pouvoirs publics. En vain. Il y a tout juste un an, l’association « Présence citoyenne » et le collectif « Trait d’Union », qui regroupe tous les mécontents, ont écrit à Nicolas Sarkozy pour lui brosser le tableau : « Insalubrité liée aux vendeurs à la sauvette qui vendent des marques contrefaites sans inquiétudes, prolifération des contrebandiers de cigarettes qui pourrissent notre quotidien, blocage des trottoirs par des clandestins, menaces contre plusieurs de nos responsables, agressions physiques… » Avec un exemple dramatique à l’appui : « Une vieille dame, victime de harcèlements et d’intimidations de la part de jeunes délinquants qui utilisaient son entrée d’immeuble comme lieu de revente de stupéfiants au quartier des Grands Carmes (Porte d’Aix), s’est défenestrée du deuxième étage, comme un dernier appel de détresse. » Peu avant Noël, le père Sarko a daigné leur répondre, avec dans sa hotte des joujoux pour amuser la galerie : « Les faits que vous rapportez sont totalement inadmissibles. Aussi ai-je saisi Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, en lui demandant de donner des instructions

au préfet de la région PACA afin… » Et blablabla… Hortefeux a été remplacé par Claude Guéant. Mais à la Porte d’Aix, c’est toujours la même chose… en pire ! Les Roms qui ont été expulsés des immeubles qu’ils squattaient dans le quartier campent désormais sur la place JulesGuesde ! 250 camps volants qui ont pris racine. « Médecins du Monde » vient de révéler que 90 % d’entre eux ne sont pas vaccinés. Désormais, il y a un risque d’épidémies, telle que la rougeole, qui menace très sérieusement « la santé publique ». Manquait plus que ça ! Marseille malade de l’immigration L’histoire du « parking volé » ayant scandalisé toute la France, y compris ce petit coin du Lavandou où séjourne le président, Hugues Parant, préfet de la région PACA, a annoncé des mesures drastiques pour sécuriser le quartier de la Porte d’Aix : l’arrivée de 80 CRS et l’instauration d’un périmètre de sécurité. Ce dispositif durera-t-il plus longtemps que le chant des cigales ? Quant au fameux parking, Eugène Caselli, président socialiste de la Communauté urbaine, a annoncé que les jeunes délinquants qui l’exploitent étaient congédiés : « Le parking sera rouvert avec gardiennage dès le 1er septembre. Nous installerons une clôture, avec une seule entrée, et de la vidéosurveillance » Conséquence : « C’est un parking qui va finalement coûter plus cher que ce qu’il nous rapporte. » Le vrai problème, c’est que la Porte d’Aix est un cancer qui n’a pas été traité suffisamment tôt. Il a déjà proliféré. En haut de la Canebière, dans le quartier de Noailles, il y a

une métastase de vendeurs à la sauvette. Près du Vieux-Port, sous les fenêtres de la mairie où siège JeanClaude Gaudin, les clandestins et les malfrats gangrènent la place VictorGelu. Dans un entretien accordé à « La Provence » le 1er août, le nouveau préfet délégué à la sécurité, Gilles Leclair, ne l’a pas nié : « Concernant cette place, personne ne conteste que c’est un lieu de délinquance, d’incivilités, d’injures et de tapage. Mais on ne peut pas dire qu’on ne fait rien. » Le bilan est pourtant maigre comme un chat malade : « Les policiers y sont intervenus à 11 reprises depuis le début de l’année et 8 personnes ont été interpellées ! » Le préfet de police est plus convaincant quand il avoue son impuissance : « Je ne résoudrai pas tout seul les difficultés liées à une ville pauvre, qui souffre de 50 ans d’immigration et de tradition de banditisme. Je ne suis ni le sauveur, ni Jésus-Christ ». Aujourd’hui, Marseille fait peur. Enfant de la ville, l’écrivain et réalisateur Philippe Carrese a décrit son spleen dans « J’ai plus envie », un texte qui fait le buzz sur Internet. Morceaux choisis : « J’ai plus envie de me prendre le quart-monde dans la gueule chaque fois que je mets un pied sur la Canebière… J’ai plus envie de supporter toute la misère du monde à chaque coin de rue… J’ai plus envie de baisser les yeux devant l’indolence arrogante de jeunes connards… J’ai plus envie de traverser le quartier Saint Lazare et de me croire à Kaboul… » Philippe Carrese n’a cependant pas perdu l’envie de serrer la louche des politiques marseillais, qui, de droite comme de gauche, revendiquent son amitié, tout en ■ laissant les gangs s’installer.
Pierre Tanger

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« Je vous le dis : ici on n’est plus en France ! »
10 août 2011 Page 5 Secrétaire général de la mosquée de la Porte d’Aix, Omar Djellil est le président de « Présence citoyenne », association qui défend les valeurs de la République. Celui qui a récemment appelé à voter FN nous livre ses quatre vérités. jeunes qui veulent les racketter. Le monsieur refuse. Il a récolté trois coups de couteau. Il est décédé. Je vous le dis, ici on n’est plus en France. La Porte d’Aix est un territoire perdu de la République ! Sur le terrain, « Présence citoyenne » n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour aider la police… Il y a un an et demi, notre association a mobilisé tous ses adhérents et sympathisants, pour mener une enquête sur le terrain, faire une photo de « l’environnement », comme on dit dans le jargon policier. Nous avons relevé les plaques d’immatriculation des voitures suspectes, localisé les entrepôts clandestins, établi le profil des trafiquants. On a remis notre enquête aux douanes, à la police, à la mairie… Aucune suite n’a été donnée. Des riverains ont également ouvert leurs appartements à des policiers, qui, ainsi planqués, ont pu filmer les trafics dans la rue. Des heures d’enregistrement mais… aucune interpellation ! Mais beaucoup de critiques… Lors d’une réunion publique, certains nous ont reproché de faire de la délation ! Ils nous ont accusés d’être des nostalgiques de Vichy… Vous connaissez la rengaine. Moi, je n’en ai rien à faire. Le devoir d’un citoyen est de signaler tous les actes de criminalité. Je veux circuler en sécurité. Pour mener votre combat, vous aviez rejoint « Le Trait d’Union », un collectif d’associations. Or aujourd’hui, il semblerait qu’il y ait de l’eau dans le gaz ? Nous avons décidé de prendre nos distances.Au fil des mois, il nous est apparu que les responsables du « Trait d’Union » étaient trop proches de Lisette Narducci, le maire socialiste de la mairie d’arrondissement. Sous prétexte d’insécurité, le but du collectif est de régler des comptes avec l’UMP. Des calculs politiciens et électoraux tout petits alors que le PS aurait pourtant un rôle à jouer. Le président du Conseil régional est socialiste, le président du Conseil général est socialiste, le président de la Communauté urbaine est socialiste… Et que fontils ? Fin mai, ils ont fait venir Manuel Valls ! Un Parisien qui vient expliquer aux Marseillais les problèmes que la racaille pose à la Porte d’Aix ! Il s’est fait photographier et filmer avec des jeunes délinquants ! Si j’étais le maire de l’arrondissement, pour me faire entendre des autorités, je mettrais mon écharpe tricolore et j’irais manifester devant la Préfecture. Si la gauche met de l’huile sur le feu, de son côté, le gouvernement ne fait pas grand-chose… Le 5 mai dernier, Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, est venu à Marseille pour « afficher sa volonté de ne pas reculer devant la criminalité ». Mais qu’a-t-il vu de la réalité ? Le comité d’accueil ne lui a fait voir que des coins tranquilles. Pour finir, il a visité le commissariat central. Mais il n’a pas mis les pieds à la Porte d’Aix ! À plusieurs reprises, nous avons également écrit au président Sarkozy. Toujours la même réponse, il va en référer à l’autorité compétente – la préfecture – qui nous envoie régulièrement balader… Et pendant ce temps, tous les jours, dans notre quartier des gens se font « arracher ».Aujourd’hui, après le scandale du parking Vinci, le préfet annonce que des mesures vont enfin être prises. On demande à voir, comment et pour combien de temps. Parce que moi, si rien ne bouge, j’envisage la création d’une milice populaire. ■
Propos recueillis par Pierre Tanger

Minute : Il y a un an, vous aviez écrit au président Sarkozy pour l’informer du climat délétère qui règne à la Porte d’Aix. Depuis, les choses ont-elles évolué ? Omar Djellil : La situation a empiré ! Le racket du parking Vinci n’est que le dernier épisode d’un feuilleton quotidien. Avant, les vendeurs à la sauvette qui fourguent cigarettes de contrebande et contrefaçons se cachaient, car ils avaient peur de la police… Mais comme la police se fait rare dans le quartier, ils s’affichent désormais au grand jour, ont pignon sur rue et installent des stands devant les boutiques des commerçants ! Avec, en toile de fond, l’insécurité. En un an, 6 policiers ont été grièvement blessés, une arme de service a été volée, et il n’y a eu aucune riposte officielle ! On compte également quatre morts. Au mois de juin, un monsieur – Maghrébin –, traverse le quartier, en compagnie de son épouse. Ils sont accostés par des

Paris et Toulouse à l’heure de l’islam
Paris fête le ramadan

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a Mairie de Paris organisera le 24 août prochain, dans les salons de l’Hôtel de Ville, une « soirée du Ramadan ». D’après l’agence Novopress, cette fête orientale, se voulant « culturelle et musicale », sera animée par un ensemble de MaloufTunisien. Et comme la mairie de Paris et son maire, Bertrand Delanoë, ne lésinent pas sur l’argent du contribuable parisien pour montrer leur grand amour de l’islam, les invités et

les nombreux élus présents pourront, au coucher du soleil, rompre le jeûne en écoutant des concerts de musique traditionnelle maghrébine ! Trois jours après, ce sera au tour de la Villette d’accueillir le « Grand Ramdam », une « fête populaire et gratuite à la découverte des musiques du monde arabe et du Maghreb ». En outre, France 2 retransmettra la Nuit du ramadan, en mettant à l’honneur les musiques du Maghreb… C’est comme au pays, dis !

Cinq nouvelles mosquées à Toulouse

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es projets de construction de mosquées géantes s’enchaînent à un rythme soutenu un peu partout en France. Après celle de Strasbourg, la deuxième plus grande mosquée d’Europe, qui a ouvert officiellement ses portes la semaine dernière, la ville de Toulouse devrait voir dans les prochains mois s’achever les travaux de la future mosquée d’Empalot. A nouveau, les dimensions de l’édifice

sont pharaoniques : pour un coût de 3,5 millions d’euros et étendue sur plus de 2 000 m2, elle devrait disposer d’une surface de prière supérieure à celle des grandes mosquées de Lyon et Paris, le tout surmonté d’un dôme et d’un minaret de 22 m de hauteur ! L’immobilier islamique ne va d’ailleurs pas s’arrêter en si bon chemin à Toulouse, puisque d’autres mosquées sont en construction (au Mirail, à Tabar) ou en projet (à Basso-Cambo et Bagatelle). Les Toulousains qui en ont marre de l’appel du muezzin pourront toujours demander l’asile en Suisse. ■

DOSSIER
CE QUE LES MÉDIAS N’ONT PAS OSÉ DIRE
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La vérité sur les émeutes raciales de Londres
Le quartier de Tottenham, dans le nord de Londres, a été ravagé par des émeutes d’une violence inouïe. Comme toujours, plutôt que de regarder les problèmes en face, les médias ressortent la culture de l’excuse – là où, pour trouver des solutions, il faudrait oser dénoncer des affrontements raciaux.

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lus de 150 arrestations en deux nuits ; 26 policiers blessés, dont deux toujours hospitalisés ; le magasin Carpetright, équivalent londonien des Galeries Lafayette, dévoré par les flammes ; un bus à deux étages incendié, avec des dizaines de voitures et deux camions de police ; une population terrorisée ; le quartier de Tottenham, dans le nord de Londres, mis à sac durant deux jours par des bandes de voyous jamaïcains ; une extension des violences jusqu’au cœur de la capitale britannique… Et en France, le quotidien « Le Monde » nous explique benoîtement que les médias anglais « dramatisent » la situation ! Circulez, y a rien à voir ! Repris en boucle par tous nos confrères, le scénario présenté est peu ou prou le même que celui qui nous fut servi lors des émeutes de 2005 en banlieue parisienne : à la suite d’une dramatique bavure des forces de l’ordre, des « jeunes », humiliés par une police raciste, se seraient énervés et auraient un peu tout saccagé sur leur passage, histoire de se calmer les nerfs. Pas un mot sur les policiers blessés. Pas un mot sur le profil du noir tué par la police. Et surtout, pas un mot sur la spécificité raciale et criminelle de ces affrontements. La réalité, c’est qu’il s’agit des pires violences que Londres ait connues depuis… les émeutes de 1985,

qui, déjà, avaient opposé la police à la majorité de la communauté jamaïcaine de Tottenham ! A l’époque, une mère de famille était décédée d’une crise cardiaque lors d’une perquisition à son domicile, provoquant le soulèvement d’une diaspora afro-caribéenne, majoritairement sous la coupe du crime organisé (voir page 7). Durant de violents combats de rue – qui firent 82 blessés – l’agent Keith Blakelock, 40 ans, coupé de ses partenaires au cours d’un assaut dans la cité de Broadwater Farm, avait été encerclé par une quarantaine de noirs armés de machettes, de couteaux et de barres de fer, puis sauvagement assassiné (l’autopsie révéla 42 blessures, dont 8 coups de machette à la tête). « The Guardian » dénonça « le plus horrible épisode lié à la vague de désordres raciaux en Grande-Bretagne ». « Les jeunes n’étaient pas contents » L’actuel embrasement de Tottenham pourrait bien être une répétition de ce scénario. Les troubles ont éclaté samedi, à la suite d’une manifestation organisée pour « réclamer justice », après la mort, jeudi 4 août, de Mark Duggan, membre d’un gang ethnique tué lors d’une fusillade avec la police. Le trajet de la manifestation en lui-même avait tout d’une provoca-

tion : partant de la cité Broadwater Farm, quartier général du gang en question, le défilé s’était fixé comme destination le… commissariat local, où les policiers (majoritairement blancs, à en croire les photos), assiégés par la foule afro-caribéenne, furent copieusement insultés, menacés et sommés de « s’expliquer » ! Mais les choses dégénèrent vraiment vers 20 h 30, lorsque des groupes de Jamaïcains se mettent à lancer des projectiles sur les unités de police tardivement arrivées en renforts. Tandis que badauds et manifestants « pacifiques » s’enfuient à toutes jambes, 300 jeunes noirs armés, très mobiles et parfaitement organisés, envahissent les rues et les toits des bâtiments, puis bombardent les policiers à coup de boulons, pavés, fusées de détresse, cocktails Molotov ou… extincteurs. Durant toute la nuit, les émeutiers cherchent soigneusement à « casser du flic », n’hésitant pas à aller au contact, munis de barres de fer, de couteaux et même de sabres ! D’autres brûlent et pillent tout ce qu’ils peuvent, agressant les mal-

heureux commerçants encore ouverts ou les passants ne donnant pas assez volontiers leurs biens. Heidi Blake, du « Telegraph », raconte : « La police ne savait plus où donner de la tête : les voleurs sortaient des magasins ravagés avec des affaires plein les bras. Certains étaient encore en train de comparer les fruits de leur butin, à la lumière du petit matin ». « Des noirs ont mis Londres à feu et à sang » Dans la nuit du dimanche 7 au lundi 8 août, de nouvelles violences ont lieu. Initialement circonscrits au quartier de Tottenham, affrontements et pillages s’étendent à différents quartiers de la capitale, avant que la police, réorganisée, ne parvienne à disperser le gros des émeutiers. Le lendemain, tandis que les rares blancs de Tottenham faisaient part de leur terreur et des agressions dont ils avaient été victimes, la majorité de la population noire estimait que ces violences « pouvaient se comprendre », car « les jeunes n’étaient pas contents » et « avaient

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besoin d’exprimer leur colère après la perte d’un des leurs ». Depuis le début de la semaine, les médias tentent d’expliquer la situation en recourant à la culture de l’excuse ou en rejetant la faute sur la police. Les pillards seraient des malheureux – pratiquement les victimes d’une police raciste et « en crise », comme disent « The Guardian », classé à gauche, et son homologue français « Le Monde ». A les croire, si des Jamaïcains ont ravagé Tottenham, c’est parce qu’ils voulaient « comprendre pourquoi Mark Duggan a été abattu »… Sans rire. La vérité a été tranquillement affirmée par Katharine Birbalsingh, une intellectuelle britannique d’origine indienne, dans le « Telegraph » de lundi : « Ce matin, j’ai entendu parler des émeutes à la radio, puis à la télévision. Après, j’ai lu des articles sur Internet. Et rien. Nul n’osait dire l’indicible. Que les émeutiers étaient tous noirs, ou pratiquement. (…) Lorsque j’ai vu la première photo publiée de Mark Duggan, j’ai compris ce qu’instinctivement j’avais deviné la veille : des noirs ont encore mis Londres à feu et à sang ». L’ennui, ditelle, c’est que pour restaurer l’ordre public et mettre fin aux conflits communautaires, il faudrait que tout le monde ose regarder la réalité en face. « Les problèmes ne peuvent pas se régler si les gens ne veulent pas entendre la vérité. Comme avec tant d’autres questions dans notre pays, nous nous cachons la tête dans le sable et nous refusons d’en ■ parler ».
Patrick Cousteau

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Qui était le « jeune papa » tué par la police anglaise ?

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vant de mourir, dit le quotidien anglais « The Sun », Mark Duggan avait écrit un texto à sa petite amie : « Les flics me suivent »… L’instant d’après – l’étude de son portable l’a révélé –, il envoyait un autre SMS, moins glamour, à des complices escortant son taxi dans le trafic londonien : « Visez le van Volkswagen vert à 4 h, derrière moi. C’est la brigade Trident qui m’emmerde ». Il est 18 h 10, ce 4 août, lorsque ce Jamaïcain de 29 ans décide de semer les détectives de Scotland Yard en allant prendre le métro à la station Tottenham Hale Underground. Ses comparses doivent l’aider en gênant la filature des policiers. Mais décelant la manœuvre, les limiers prennent ouvertement Duggan en chasse et bloquent sa voiture. La suite ressemble à un film de Guy Ritchie, le cinéaste des bas-fonds londoniens : troquant son téléphone portable pour un flingue, Duggan s’extrait du véhicule et ouvre le feu sur un policier en civil. Dans le mille ! Touché en pleine poitrine, l’agent ne sera miraculeusement sauvé que par la radio qu’il portait sous sa veste et qui a arrêté le projectile. Continuant à vider son chargeur à travers la foule des badauds qui s’éparpillent en criant, Duggan veut créer un mouvement de panique et fuir par le métro. Il n’en aura pas le temps. Bien que directement visé, le coéquipier du policier à terre fait la sommation d’usage. Puis riposte. Comme l’affaire ne se passe pas en Norvège et que le détective anglais est équipé d’un pistolet automatique Heckler & Koch MP5, capable d’aligner 800 pruneaux de 9 mm Parabellum à la minute, il est 18 h 15 lorsque l’affaire est close : Duggan est foudroyé de deux balles dans la tête. Selon le superintendant Stuart Cundy, patron de la brigade Trident, spécialisée dans les affaires relevant des « fusillades au sein des communautés de Londres et des meurtres par balle en lien avec les communautés noires » (sic), Duggan – alias Starrish Mark pour les intimes – était un « gangster bien connu » de ses services. Dealer de crack (dérivé de la cocaï-

ne), il était, selon le « London Evening standard », le meneur d’une des douze bandes des célèbres Tottenham Man Dem, groupe lui-même dépendant des Yardies jamaïcains, un mégagang régnant sur des milliers de ressortissants de la diaspora jamaïcaine aux Etats-Unis et en Angleterre. Selon le « Telegraph », Duggan était placé sous surveillance depuis plusieurs semaines, car soupçonné de vouloir venger la mort de son cousin Kevin Easton, rappeur de 23 ans, lié aux Yardies. Plus connu sous le nom de scène de Smegz, ce dernier a été poignardé dans une boîte de nuit, en mars dernier, avec un tesson de bouteille de champagne. Duggan – présenté comme un « père de quatre enfants » par les médias –, aurait accepté la mission de retrouver et de buter les trois meurtriers, membres d’un gang antillais. Pour un homme que ses camarades ont décrit comme « pas violent du tout », il y a des boulots plus tranquilles. Simone Wilson, sa petite amie, s’est dite « dévastée » par la nouvelle de sa mort : « J’étais dans un taxi. Je lui avais parlé à 5 h. Il demandait ce que j’allais faire pour dîner. Il était inquiet, car il avait repéré une voiture banalisée qui le suivait ». Elle ignorait évidemment tout des activités de son amoureux : « Je n’aurais jamais pu imaginer qu’il avait de mauvais projets. » Sa mère, Pamela, encore moins : « C’était mon bébé. C’était un bon fils. Il aurait fêté ses 30 ans en septembre… » S’il n’avait pas ■ défouraillé sur un flic.
P. C.

La mafia jamaïcaine est-elle derrière les émeutes de Tottenham ?

M

ark Duggan, le voyou tué par un policier à l’issue d’une course-poursuite, n’était pas une simple petite frappe, dans le genre « pauvre immigré réduit à vendre un peu de drogue pour nourrir sa famille ». D’après la brigade Trident, chargée du crime dans la communauté noire, il faisait partie des Tottenham Man Dem, un puissant groupe criminel londonien, lié à un méga-gang jamaïcain de Kingston. Ces « méga-gangs » constituent l’une des formes criminelles les plus meurtrières du monde, avec en moyenne, 1 500 assassinats par an sur une île comptant moins de 2,8 millions d’habitants ! Nés dans les années 1980, forts de plusieurs milliers d’hommes de mains, ces groupes crypto-mafieux, dont les soldats s’appellent « Yardies », sont spécia-

lisés, outre la célèbre « ganja » jamaïcaine, dans le proxénétisme, le trafic d’armes, d’héroïne, et surtout de cocaïne – qui transite, par leur île, depuis l’Amérique latine jusqu’aux Etats-Unis ou l’Europe. Servant initialement de services d’ordre musclés aux partis politiques locaux, ils ont rapidement gangrené les structures du gouvernement jamaïcain. « Localement, dit le criminologue Xavier Raufer, le méga-gang impose son système de loi et d’ordre... Il lève un impôt sur les entreprises locales en échange de sa protection, il punit ceux qui refusent de payer en s’en prenant aux biens et aux personnes. Il offre un semblant de sécurité sociale, en aidant les populations sous sa coupe, en payant des frais de scolarité et de cantine et en procurant des emplois ».

Avec la mondialisation, de successives vagues migratoires ont permis aux criminels jamaïcains d’implanter leurs activités à l’étranger, principalement en Angleterre, par le biais d’une diaspora sous contrôle. Dans les communautés émigrées, le « posse » – le parrain – impose sa loi comme en Jamaïque et se doit de punir violemment toute « offense », même venant de la police – aussi bien par les meurtres isolés que par l’émeute de masse. Au passage, ce genre de déflagration permet aux criminels de faire marcher le « bizness » en paralysant durablement le travail d’une police, qui, sous la pression médiatique et politique, retient ses coups pour éviter des représailles se traduisant par la mise à feu et à sang de quartiers entiers. Suite page 8

LE MEILLEUR DES MONDES
Face à l’arrivée massive d’immigrés clandestins, le gouvernement grec a décidé de bâtir une immense clôture de fil de fer barbelé sur une partie de sa frontière avec la Turquie.

10 août 2011

Grèce : des barbelés contre l’immigration
construire une tranchée de 120 km, près d’Evros. Officiellement, pour protéger la région des crues récurrentes. Mais elle pourrait servir, officieusement, à se protéger du razde-marée de l’immigration illégale ! C’est en tout cas ce qu’a laissé filtrer une source anonyme du ministère de la Défense, chargé du projet. Début janvier, Christos Papoutsis, ministre grec chargé de l’Immigration, avait rappelé que c’est le « devoir du gouvernement de protéger les droits des citoyens grecs et de ceux qui résident légalement dans le pays ». Sans parler des pauvres « partenaires européens » qui ont sacrifié leurs frontières sur l’autel ■ de la libre circulation.
P. C.
1. Nous parlons bien d’arrestations. En réalité, d’après un rapport d’Europol de mars 2008, 500 000 à un million d’immigrés entrent illégalement en Europe chaque année, principalement par les pays du sud de l’Europe. La Méditerranée est le plus important axe de développement de l’immigration illégale.

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L

a frontière terrestre grécoturque, qui court sur 150 km, est devenue l’un des principaux points de passage des étrangers voulant passer en douce dans l’UE. En 2010, la police grecque a arrêté 39 000 immigrés illégaux, soit près de la moitié des interceptions de migrants clandestins réalisées sur l’espace européen* ! Chaque nuit, entre 120 et 350 clandestins sont arrêtés, en Thrace, sur les 12,5 km de frontière avec la Turquie. La situation est devenue ingérable, même avec le soutien de Frontex, la police européenne. Les immigrés arrêtés coûtent une fortune ; et bien souvent, après un séjour dans un centre de rétention plein comme un œuf, ils partent tranquillement à Athènes pour bénéficier des aides sociales. A moins de gagner d’autres villes d’Europe pour trouver les réseaux de leur diaspora et les aides so-

ciales en tout genre dont ils entendent bien profiter. Fatiguée de passer simultanément pour un boulet et pour la passoire de l’Europe, Athènes a décidé de frapper fort (mais avec l’argent européen, faut pas exagérer). Ce 5 août, le ministère de la Protection du citoyen a annoncé le lancement d’une procédure pour construire une clôture en fil barbelé sur la frontière gréco-turque. L’ouvrage, qui coûtera plus de 5 millions d’euros, est « cofinancé par le fonds européen de protec-

tion des frontières de l’Union européenne (UE) ». La clôture comprendra, selon le communiqué ministériel, « deux barrières parallèles en fil barbelé longues de 10,3 km chacune et d’une hauteur de 2,5 à 3 mètres ». Elle sera construite sur la ligne frontalière près de Kastanies, le passage le plus fréquenté par les passeurs qui tentent d’y traverser le fleuve Evros, séparant la Grèce de la Turquie. Le quotidien grec « Ta Néa » a révélé, la semaine dernière, que la Grèce était également en train de

Suite de la page 7 Selon le « Daily Mirror », les Tottenham Man Dem avaient déjà piloté les émeutes raciales de 1985 qui, loin d’une simple jacquerie populaire, auraient notamment eu pour but de décourager la police d’intervenir sur le territoire du gang. Le « London Evening Standard » les soupçonne d’être également derrière ce nouvel embrasement communautaire – qui rappelle par ailleurs les émeutes de Kingston, en juin 2010. Pour protester contre l’arrestation et l’extradition aux Etats-Unis du « Shower posse » Christopher Michael Coke, le plus célèbre parrain de l’île, la mobilisation des quartiers pauvres de la capitale jamaïcaine avait alors débouché sur une manifestation virant à l’émeute et se soldant par 70 morts de part et d’autre… Joies de la mondialisation et de l’importation des flux criminels, il se pourrait bien que le même schéma se reproduise désormais à Londres.
■ Lionel Humbert

Les émeutes raciales de Tottenham ne constituent pas un précédent
Rappel des violences passées
■ 10 - 12 avril 1941, Brixton (sud de Londres) :

près de 5 000 manifestants d’origine afro-caribéenne affrontent la police. Bilan : 325 blessés, dont 280 policiers, une centaine de véhicules incendiés, 150 bâtiments endommagés. ■ 28 septembre 1985, Brixton : nouvelles émeutes après le tir accidentel d’un policier sur Cherry Groce, d’origine jamaïquaine, mère d’un suspect recherché. Un journaliste est tué par des émeutiers. ■ 6 octobre 1985, Tottenham : l’agent de police Keith Blakelock, 40 ans, est assassiné dans la cité

de Broadwater Farm au cours de nouvelles émeutes jamaïcaines. ■ 25 mai 2001, Manchester : affrontements triangulaires entre Pakistanais, hooligans et policiers. ■ 7 juillet 2001, Bradford : affrontements entre indo-pakistanais et groupes nationalistes. ■ 22 - 24 octobre 2005, Birmingham : deux nuits d’émeutes entre indo-pakistanais et des afrocaribéens après le viol d’une adolescente noire. ■ 25 mai 2009, Luton : 500 personnes, dont des groupes de l’English Defense League, se mobilisent contre les manifestations d’islamistes lors du retour des troupes britanniques d’Afghanis■ tan en mars. La manifestation dégénère.
L. H.

Alors que le rouleau compresseur médiatique prépare l’opinion à une intervention « humanitaire » en Somalie, l’africaniste Bernard Lugan, directeur de la revue « L’Afrique réelle » (1), remet les pendules à l’heure.

ment, baptisé opération « Bouclier unifié », pour extraire les malheureux devenus otages. L’ONU quittait la Somalie sur un cuisant échec politique et militaire qui lui avait coûté 136 morts et 423 blessés. Qu’est-ce qui avait changé ? Rien. Les clans somalis se retrouvèrent entre eux et s’affrontèrent de plus belle dans un véritable guêpier ! Le 1er août 1996, le « général » Aidid mourût au combat. Son fils, Hussein Aidid, lui succéda à la tête de son parti, le CSU/UNS (Congrès somalien unifié/Union nationale somalienne), c’est-à-dire sa milice tribale. Dans le sud du pays, les miliciens de Hussein Aidid s’opposèrent aux Rahanwein, ces derniers s’affrontant ensuite en fonction de leur appartenance clanique ; tandis que dans le nord-est, plusieurs composantes des Darod, dirigées par Abdullahi Yussuf Ahmed, créaient au mois d’août 1998 une région autonome baptisée Puntland. Il faut réussir à suivre ! Rassurez-vous : en 2004, après d’interminables discussions entre les factions claniques, un accord de partage du pouvoir fut trouvé. Même si le Gouvernement fédéral de Transition, incapable de s’installer en Somalie, fut contraint de « gouverner »… depuis le Kenya ! Avec quelle efficacité ? Aucune. En Somalie, apparut un nouveau mouvement, les Tribunaux islamiques, dont les milices menacèrent de prendre Mogadiscio. En décembre 2006, pour les en empêcher, l’armée éthiopienne entra en Somalie – sans mandat international, mais encouragée par les Etats-Unis. Par le vote de la résolution 1744 du 21 février 2007, le Conseil de sécurité de l’ONU autorisa le déploiement d’une mission de l’Union Africaine (UA), l’AMISOM. Depuis, à l’exception du Somaliland et dans une mesure moindre du Puntland, les islamistes contrôlent la majeure partie du pays. Vous affirmez que pour eux, la famine et sa médiatisation exclusivement compassionnelle sera une véritable aubaine… Bien sûr ! Elle va leur permettre d’être reconnus par la « communauté internationale » qui devra traiter avec eux pour l’acheminement de l’aide alimentaire ; d’achever la prise de contrôle du pays ; et de tirer de juteux profits des détournements de cette aide, comme cela avait été le cas lors de la grande famine d’Ethiopie dans les années 1984-1985. Ma conclusion est donc claire : nous n’avons rien à faire dans cette galère. A moins, naturellement, de vouloir verser dans le « tonneau des Danaïdes » somalien une aide qui serait pourtant tellement utile à nos SDF et à toutes ces familles françaises qui ne mangent plus ■ à leur faim.
Propos recueillis par Patrick Cousteau
1. http://bernardlugan.blogspot.com/

Entretien avec Bernard Lugan,
directeur de la revue « L’Afrique réelle »

Somalie : « L’aide humanitaire ne profitera pas aux affamés »
Minute :Vous dénoncez la campagne de médiatisation autour de la catastrophe humanitaire en Somalie. Pourquoi ? Bernard Lugan : La Somalie étant – une fois de plus – frappée par une famine, les médias occidentaux déversent leur lot habituel d’images atroces, accompagnées de commentaires dégoulinant de bons sentiments et chargés de reproches culpabilisateurs. Comme si nous, Européens, avions la moindre responsabilité dans ce drame, dont les deux principales causes répétitives sont clairement identifiées : une guerre tribale que se livrent des clans historiquement rivaux, et une surpopulation suicidaire qui a détruit le fragile équilibre écologique régional. Cette campagne ne cherche pas à expliquer les causes réelles de la crise somalienne, elle a seulement pour but d’émouvoir, pour préparer les esprits à une intervention imminente. Quelles sont les clés du problème ? La Somalie est en guerre depuis 1978. Le problème n’y est pas ethnique mais tribal, le grand ensemble ethnique somali étant divisé en trois grands groupes (les Darod, les Irir et les Saab), eux-mêmes subdivisés en tribus, clans et sous-clans qui se sont toujours opposés. Hier pour des points d’eau et des vols de chameaux, aujourd’hui pour des trafics plus « modernes ». Entre 1977 et 1978, le général et président Siyad Barre – un Darod de la tribu Maheran – déclencha et perdit l’aventureuse guerre de l’Ogaden contre l’Ethiopie. Après cette défaite, les réalités tribales s’imposèrent avec encore plus de force qu’auparavant. Une terrible guerre opposa les Darod entre eux. Finalement, la tribu Hawiyé l’emporta sur celle des Maheran et, le 27 janvier 1991, Siyad Barre fut renversé. La guerre tribale est alors devenue clanique. Tandis que, dans le nord du pays, le Somaliland, ancien protectorat britannique, se déclarait indépendant, la Somalie a subi la loi de deux clans antagonistes de la tribu Hawiyé, avec, d’un côté, le clan Agbal d’Ali Mahdi Mohamed ; et de l’autre, le clan Habar Gedir dirigé par le « général » Mohamed Farah Aidid. Pour la Somalie, c’était le début de la faim… Tout juste ! La guerre des milices provoqua une atroce famine, et l’opinion américaine se mobilisa. En France, le docteur Kouchner lança la campagne du « sac de riz pour la Somalie ». Puis, au mois de décembre 1992, un corps expéditionnaire US débarqua dans une mise en scène théâtrale pour « rendre l’espoir » aux populations somaliennes. L’opération « Restore Hope » avait été déclenchée au nom d’une nouvelle doctrine inventée pour la circonstance : l’ingérence humanitaire, ce colonialisme des bons sentiments. Ce fut un échec cuisant et le 4 mai 1993, l’ONU prit le relais en faisant débarquer un corps expéditionnaire de 28 000 hommes. Le 5 juin, 23 casques bleus pakistanais furent tués par les miliciens du « général » Aidid et le 3 octobre, 18 soldats américains perdirent la vie dans l’affaire de la « chute du faucon noir ».A partir du mois d’août 1994, l’anarchie fut totale, les hommes d’Ali Mahdi contrôlant le nord de Mogadiscio et ceux du « général » Aidid, le sud. Alors ? Les Américains abandonnèrent le contingent de l’ONU, composé de soldats pakistanais et bengalais. Le 28 février 1995, il fallut un nouveau débarque-

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e SOCIETE
et 86 voix pour le député de Libourne (Gironde), qui n’a donc raté son élection que d’un cheveu et a quasiment doublé son « électorat naturel ». Le signe que, contrairement à ce qui est communément propagé, les coups de boutoir droitiers donnés par la Droite populaire sont bien reçus par un nombre croissant d’élus de la majorité présidentielle. La Droite populaire avait eu l’habileté, aussi, de présenter Jean-Paul Garraud, plutôt que Lionnel Luca ou Jacques Myard, ce qui a payé. Jean-Paul Garraud, ancien magistrat, est moins sulfureux dans ses sorties qu’un Luca, donc plus consensuel, et s’impose petit à petit comme un élément majeur de la Droite populaire. Jean-François Copé, secrétaire national de l’UMP, l’a bien compris, qui l’a désigné en début d’année secrétaire de l’UMP pour la justice. Une fonction qui lui offre un boulevard et de belles perspectives, tant l’actuel ministre de la Justice, Michel Mercier – si vous ne connaissiez pas son nom, c’est normal – est insipide, sans idées et dépourvu de la poigne que nécessite cette fonction. ■ publiquement – et dans les colonnes du « Monde », tant qu’à faire – avoir fait « une connerie ». Les cris d’orfraie de SOS Racisme l’auraient même « vexé », lui qui est « profondément antiraciste ». Au préalable, il avait déjà retiré sa question au ministre de la Culture et, dès le 2 août, en avait déposé une nouvelle sur le même sujet, mais sans les mots « issus de l’immigration » et « rap »… Qu’on se le dise : celui qui est aussi maire de Luxueil-les-Bains n’a rien contre les rappeurs, ni d’ailleurs contre qui que ce soit, comme l’a prouvé la programmation des Pluralies 2010, le festival de musique de sa ville, qui avait accueilli le très gauchiste Raphaël et le chanteur de reggae Pierpoljak, le tout dans le cloître de l’abbaye – avec, en ouverture, un groupe de percussions africaines, comme l’endroit semblait s’y prêter. Bien sûr, les Pluralies « reçoivent le soutien financier, administratif, technique et en personnel de la Ville de Luxeuil-les-bains ». Accusé d’avoir des penchants d’extrême droite, Michel Raison a aussi déclaré au « Monde » : « Non. Je ne fais pas partie de la Droite populaire. » Sympa pour ses collègues de l’UMP… ■ voilà que son beau-frère François Fournier était en négociations d’affaires avec le régime libyen ! François Fournier est, depuis 2000, le mari de Caroline Sarkozy, demi-sœur du chef de l’Etat (dont le père s’est marié quatre fois). Si Caroline exerce dans l’aménagement intérieur, François Fournier s’active, lui, dans les affaires extérieures. Natif de Neuilly-sur-Seine, comme il se doit, il a fait toute sa carrière dans la banque, de

EN FORM
10 août 2011 Jean-Paul Garraud

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LE CHIFFRE QUI TUE

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M

arginale, la Droite populaire, au sein de l’UMP ? D’un poids strictement limité à ses 44 députés, soit 12,5 % – un huitième seulement – des 320 députés de l’UMP ? Pas si sûr… On n’a pas assez prêté attention au scrutin organisé le mois dernier pour remplacer, au poste de troisième vice-président de l’Assemblée nationale, l’élu de Maine-et-Loire Marc Laffineur – nommé, lors du remaniement du 29 juin, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense et des Anciens Combattants. Certes, c’est le palot et conformissime Louis Giscard d’Estaing – le fils de son père – qui a été désigné par le groupe UMP, mais avec seulement deux voix d’avance sur JeanPaul Garraud : 88 voix pour le fiston Giscard

C

EN PANN
Michel Raison

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e l’audace… mais pas trop. Michel Raison, député UMP de Haute-Saône, est allé un peu trop loin, s’en est rendu compte, s’est renié et, pire encore, a fait son autocritique. Le 26 juillet, dans une question écrite au ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, il avait demandé à celui-ci quelles mesures il comptait prendre pour empêcher que « certains groupes de rap issus de l’immigration […] se livrent à de véritables appels à la haine raciale et religieuse en proférant des paroles obscènes, racistes et misogynes […] sous couvert de la liberté d’expression ». « Ils bafouent, expliquaitil, les valeurs fondamentales de respect et de liberté qui fondent notre démocratie. » Devenu le nouvel homme à abattre pour la gauche bien-pensante, Michel Raison a mis à peine plus d’une semaine pour confesser

’est le nombre d’immigrés clandestins que la France aurait pu expulser le week-end dernier si Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, en avait simplement donné l’ordre. Mais il n’en a rien fait… Samedi en effet, environ 400 personnes, « pour la plupart des étrangers sans papiers » selon l’Agence France Presse, ont manifesté à Paris pour réclamer leur régularisation « à l’occasion du premier anniversaire de l’évacuation par la police de certains d’entre eux d’un ex-immeuble de la Sécurité sociale ». Et pourquoi pas un gâteau avec une bougie, tant qu’on y est ? Evacués mais pas expulsés, ils sont donc toujours là, bien décidés à rester et à être « régularisés » – en attendant, pourquoi pas, d’exiger leur naturalisation. Le ministère de l’Intérieur n’a pas été pris au dépourvu puisque la manifestation avait été annoncée et que le préfet de police de Paris – Michel Gaudin, intime de Claude Guéant et proche de Nicolas Sarkozy – avait mobilisé ses effectifs… pour empêcher les manifestants de reprendre possession de l’ancien immeuble de la Caisse primaire d’assurance maladie, vers lequel ils se dirigeaient ! Le défilé avait été organisé par le Collectif des sans-papiers 75 dont le porte-parole, Moussa Camara, a osé dire que « la situation des sans-papiers ne s’est pas améliorée : ça va de mal en pis »… Pour un peu, il menacerait de quitter le territoire français ! Avant de partir en vacances, Claude Guéant a annoncé le relèvement des objectifs de reconduites à la frontière : les préfets ont fermement été priés de mobiliser leurs services pour que les 28 000 expulsions réalisées en 2010 deviennent 30 000 en 2011. Sans toucher à ceux qui manifestent légalement ? ■

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Sarko, son beau-frère et la Libye

L

’enquête n’en est qu’au stade de l’esquisse, mais elle cause déjà la très vive irritation de Nicolas Sarkozy, qui en a pris connaissance depuis la luxueuse villa de la famille Bruni au Cap Nègre, où il est installé depuis le 1er août :

Lehman Brothers à HSBC, en passant par Lazard Frères et Rothschild. Si Sarko a piqué une colère, c’est qu’est paru dans le journal en ligne « Paris Tribune » un article intitulé : « La famille Sarkozy est-elle en guerre contre la famille Kadhafi ? » Il ressort du début d’enquête publié par Vaea Devatine que, en 2009, Fournier avait pour objectif de « vendre une holding française spécialisée dans l’agriculture en Afrique à un fonds d’investissement libyen » pour environ 250 millions d’euros. Rien d’extraordinaire là-dedans, si ce n’est que le fonds en question n’a bien sûr guère d’autonomie à l’égard du régime et que l’intermédiaire franco-tunisien avec lequel il était en cheville appartenait à ce que l’on appelle maintenant « la galaxie Ben Ali ». Lequel Ben Ali aurait été rémunéré mensuellement par le colonel Kadhafi ! Là où ça devient encore plus intéressant c’est que Fournier, voyant que la vente tardait à se concrétiser, a pris contact avec un autre fonds d’investissement libyen, ainsi que semble le confirmer une lettre publiée par « Paris Tribune » et sollicité l’intervention d’un « proche » de Seif El-Islam, l’un des fils de Mouammar Kadhafi, « pour que l’affaire soit traitée dans les délais ». Sarko, rassure-nous : l’expédition de Libye, ce n’est pas pour un bête petit différend commercial ? ■

Découvrez l’aide spéciale pour les demandeurs d’asile !
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’histoire se passe dans le Var, il y a quelques jours. Une plantureuse mama en boubou multicolore se présente au guichet d’une CAF pour bénéficier de la CMU (couverture maladie universelle). Son interlocutrice lui demande ses papiers ou, à défaut, un justificatif quelconque, mais la dame, illégalement entrée en France, explique sur tous les tons qu’elle est « sans papier » et ne peut donc justifier de rien. Impossible, dans ce cas, de monter son dossier et la voilà donc gentiment aiguillée vers une assistante sociale qui l’aidera a accomplir ses démarches. Mais la mama refuse de quitter le guichet bredouille – « J’ai pas attendu une heure pour rien ! ». A défaut de CMU, elle brandit donc son joker et proclame, victorieuse : « J’ai droit à l’ATA ! » Stoïque, la fonctionnaire qui en a vu d’autres, explique : « Non madame, vous n’y avez pas droit, car l’ATA, c’est l’al-

location pour les gens victimes de l’amiante ! » La mama insiste, s’énerve, répète avec véhémence qu’elle a « droit à l’ATA ». Et en effet, lorsqu’en désespoir de cause, la guichetière consulte son

supérieur, ce dernier lui confirme que l’ATA est aussi… « l’allocation temporaire d’attente », accordée par Pôle emploi à tous les demandeurs d’asile pendant la durée d’instruction de leur dossier ! L’aide profite également aux étrangers bénéficiaires d’une carte de séjour « vie privée et familiale » ayant déposé plainte ou témoigné dans une affaire de proxénétisme ou de traite des êtres humains ; aux apatrides ; et aux anciens détenus, lorsque la durée de leur détention a été supérieure à 2 mois. D’un montant de 10,83 euros par jour – soit 324 euros par mois – elle complète les revenus du RSA, voire d’une activité salariée inférieure à 78 heures par mois. Même en cas de fraude avérée – le travail au noir, par exemple… – l’ATA est « incessible et insaisissable » ! Pour les demandeurs d’asile, elle

est renouvelée tous les mois, jusqu’à la décision d’acceptation ou de refus du statut de réfugié – ce qui peut prendre du temps ; pour les autres catégories de bénéficiaires, l’ATA est versée pendant 12 mois maximum. Les allocations éventuellement perçues à tort sont récupérées par retenues sur le montant des allocations à venir ou par remboursement, selon un échéancier prévu avec Pôle emploi. Mais elles ne sont pas dues, en revanche, si le montant du trop perçu est « inférieur au montant journalier de l’ATA ». Autrement dit, on peut frauder, mais à condition de ne pas abuser. Pour seule consolation, la guichetière de la CAF a envoyé la mama vindicative refaire sa demande au Pôle Emploi. C’est toujours ça de ■ gagné.
Lionel Humbert

LA GAUCHE MILLIARDAIRE

Fabius, le dandy contrarié (5)
E
ncore un socialiste né dans la soie, enfant de la bourgeoisie du XVIe arrondissement. Un père qui tenait une prestigieuse galerie d’antiquités boulevard Haussmann et dont le plus gros coup fut d’acheter pour des clopinettes un magnifique Georges de La Tour non signé, sans autre référence que la patte du peintre, lançant du même coup la légende familiale. Famille juive, mais éducation catholique (un classique après-guerre), d’où sortira le Juppé du PS – en moins cassant et plus madré. Pour le reste, même parcours sans faute, sans relief et sans cheveux. Le crâne d’œuf dans sa perfection ovoïde. Avec cela, fin lettré, latiniste distingué, amoureux des belles choses. Son drame, c’est qu’il est né dandy dans l’âme, mais affligé d’une tête de technocrate mou et dégarni, comme si Musset s’était retrouvé emprisonné dans le corps d’Eric Woerth, réduit à faire jouer à Lorenzaccio un rôle de chef comptable. Bonjour le romantisme. Pas sûr que George Sand eût apprécié. D’où ses airs de Droopy accablé qui a tout essayé – la démagogie, les raffarinades et les lotions capillaires – pour relancer sa carrière politique, en berne après l’affaire du sang contaminé. Lui qui n’aime que les belles voitures, il s’est même acheté une 125 cm3 pour partir à la rencontre de la France d’en bas dans une sorte de road movie électoral, trouvant à la Star Ac’ des airs de « conte de fées moderne ». La déchéance, pour un homme qui a été premier partout, à Normale Sup’, à l’agrégation, à l’ENA, nommé à Matignon à 37 ans. Depuis, plus rien.Trop gauche, pas assez à gauche. N°2 un jour, n°2 toujours. C’est la tragédie des dauphins et des bons élèves, voués à être les cocus de l’histoire et le jouet des grands hommes. Et parfois de leur femme. Pour notre homme, elle s’appela Françoise Castro, longtemps Mme Fabius à la ville. Pétroleuse délurée, habillée comme une duchesse rouge, mais roulant en « deudeuche » (qui ne se souvient de son entrée fracassante à Matignon au volant de sa 2CV, le must du chic gauchiste ?), chapeaux extravagants, manteau de loutre, pasionaria de toutes les causes, de l’extrême gauche à Israël – qui a fini par les remplacer toutes, mari inclus. Ah, les passions dévorantes ! Depuis leur divorce, Laurent a quitté leur appartement place du Panthéon. Non, il ne sera pas un grand homme (d’autant qu’à 16 500 euros le m2, la patrie n’est généralement plus reconnaissante). Il vit aujourd’hui face à la Closerie des Lilas. Nouvelle géographie sociale. Le tout-Paris des arts est ainsi à ses pieds. C’est peut-être là qu’il a rencontré Jean Nouvel, lauréat du Pritzker, le « Nobel de l’architecture », à qui il a confié la restauration de sa maison secondaire dans un village de l’Ariège – vue imprenable sur les Pyrénées. Tant qu’à faire appel à un architecte, autant solliciter le plus cher. En bon socialiste, Fabius ne manque jamais d’attaquer « la droite de l’argent ». Ce qui ne l’empêche pas de faire de bonnes affaires. Depuis 2008, il possède – avec Christian Blanckaert, ancien directeur d’Hermès, Serge Weinberg, ex-responsable de PPR, et quelques autres grands noms du capitalisme d’affaires –, la société PIASA, rachetée à François Pinault. PIASA occupe la quatrième place sur le marché de l’art en France (45 millions d’euros de chiffre d’affaires). Il renoue ainsi brillamment avec la tradition familiale. Pas comme son bon à rien de fils aîné, condamné début juin pour abus de confiance à 15 000 euros d’amende (dont 10 000 avec sursis). Seul point commun avec le père : la vigueur capillaire. ■
François-Laurent Balssa

L’HEBDOMADAIRE SANS MUSELIÈRE
« Minute » prépare déjà sa rentrée des classes ! En prévision des diverses échéances électorales de 2012, nous avons décidé de lancer une grande offensive. Nous préparons actuellement un ambitieux plan de développement autour de deux grands axes : _conforter notre indépendance _développer notre visibilité en kiosques Mais tout cela a un coût… « Minute », l’hebdomadaire qui refuse le petit jeu des excommunications politiques, doit couvrir l’actualité et continuer d’en révéler les dessous comme nous avons su le faire tout au long de la Ve République. Nous savons que les sources d’information se multiplient, à travers les journaux gratuits et l’accès facile à Internet. Mais nous ne vous proposons pas l’information brute, telle qu’elle sort de la moulinette des Agences de presse, nous la décryptons pour lui donner sa véritable portée, au regard de ce que nous défendons : la France. Les médias font régulièrement état des difficultés que doit surmonter la presse. Vous savez qu’elles sont d’autant plus grandes que l’on s’éloigne du conformisme de rigueur. Nous avons pensé qu’il était nécessaire de vous associer, lecteurs, abonnés, adhérents, à ce projet : dans la course à la présidentielle qui a d’ores et déjà commencé, il ne faut pas que « Minute » soit limité ni dans ses moyens d’enquête ni dans sa capacité de diffusion. Vous seuls pouvez nous donner les moyens de nos ambitions. Aussi toute aide, même modeste, nous sera précieuse. Vous pouvez : – adhérer à l’ASM* (association de soutien à Minute) réadhérer ou encore faire un don ; – offrir un abonnement (voir ci-dessous) : vous contribuez ainsi à la promotion de votre hebdomadaire ; vous renforcez notre capital d’abonnés, ce qui, pour la presse, est la source de recettes la plus importante. Plus vite nous recevrons votre contribution, plus vite nous pourrons lancer les enquêtes qui dérangeront vraiment la petite coterie médiatico-politique ! Votre chèque, c’est un coup de pied aux fesses du Système. Petit ou gros, c’est à vous de choisir ! Jean-Marie Molitor * Tout nouvel adhérent aura en cadeau le HS Sexe et politique de « Minute ».

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N° 2524

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• Où les Etats-Unis en prennent pour leur dégrade

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os ministres sont à plaindre : non seulement il leur est conseillé, depuis l’affaire MAM, de prendre leurs vacances dans le Périgord, mais ces empérigourdés sont, depuis la canicule de 2003, susceptibles d’être rappelés à tout moment sur le pont du navire étatique en difficulté. François Baroin vient d’en faire la fâcheuse expérience. Bien que l’été 2011 n’ait rien de caniculaire (à l’inverse de ce que les journalistes avaient prédit), les bourses ont pris un coup de chaud qui a donné des sueurs froides à Nicolas Sarkozy – entre autres, car cette forte poussée de fièvre, accrue par la dégradation de la note américaine par l’agence Standard & Poor’s, menace le système économique mondial. La crise aura permis aux indécrottables démocrates, qui s’imaginent encore que leur bulletin de vote leur octroie un très minime moyen d’action sur le destin de leur pays, de revenir de cette douce illusion. Les peuples ont découvert à cette occasion qu’au-delà des Etats, dont le gouvernement est confisqué par les partis, et même des bureaucraties à la bruxelloise, qui leur imposent des réglementations, il existe des officines privées, principalement trois agences de notations financières, qui font la pluie et le vilain temps sur la planète – c’est-à-dire sur le marché. Qu’elles décident de dégrader la note d’un Etat, et les actionnaires s’affolent, les créanciers et les investisseurs se méfient, les taux d’intérêt grimpent, les spéculateurs aiguisent leurs incisives comme dans le Bal des vampires de Polanski… et les peuples se serrent la ceinture. Quelque 20 ans après l’écroulement de l’Union soviétique et du communisme sapé par ses propres vices, allons-nous assister à l’autodémolition du monde capitaliste, ruiné par ses propres excès ? Standard & Poor’s, qui vient de sanctionner la première puissance mondiale, a été créée en 1860 par un certain Henry Poor. Son nom fait un joli pied de nez à l’histoire, si l’on songe que les Etats et les banques les plus riches de la planète en sont aujourd’hui réduits à

aller se faire voir chez ce Pauvre (poor, en anglais), qui n’est certes pas un pauvre type, mais qui sera sûrement considéré comme un sale type s’il ne nous reste demain, les poches vides, qu’à croquer des cailloux.

• Où Bernard réinvente les mille et une nuits

• Où l’Afghanistan, pour quoi ?

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Où Minc est prêt au sacrifice…

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es beaux esprits qui nous conduisent depuis des années droit dans le mur – le fameux mur de l’Argent, si dur pour les peuples – ont trouvé la solution à la crise : il suffit d’aller vers davantage d’Europe. Qui le dit ? Par exemple Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas, banque à laquelle la crise grecque a déjà coûté un demimilliard d’euros et qui est beaucoup plus exposée encore à la dette italienne. Ou encore Alain Minc, cet enfant d’un couple diabolique, l’é-

ans la version moderne des contes des mille et une nuits, il est moins question de tapis volant que de Tapie voleur. Aladin, jadis, frottait des lampes pour faire apparaître un génie : Bernard est plus efficace, il a suffi qu’il se frotte à un arbitrage d’exception pour découvrir l’entrée de la caverne d’Ali Baba, en l’occurrence la poche du contribuable. Il n’a eu qu’à prononcer la formule magique : « Contribuable, ouvretoi », pour que tombent les millions d’euros – pas moins de 285, dont 45 au titre du « préjudice moral », ce qui a dû contraindre l’homme-orchestre à chercher dans le dictionnaire la définition du mot « moral ». Je parie qu’il en rit encore. La Cour de justice de la République s’est, hélas, montrée moins sensible à l’humour de la situation, en émettant un avis favorable à l’ouverture d’une enquête

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Le Charivari de la semaine, par
narchie et le mondialisme, qui est à l’économie ce que Bernard-Henri est à la philosophie. Aussi catégorique que B-H.L. (la tenaille, y a qu’ça de vrai !), il déclare dans le « Journal du dimanche » que les investisseurs sont irrationnels, les banquiers inconséquents et les agences de notation incultes... « Standard & Poor’s fait l’intéressant, comme un enfant », affirme-t-il avec une puissance d’analyse et de déduction qui laisse pantois. Et prophète, avec ça : « Il faut s’attendre à un ralentissement de la croissance », prévient-il. Qui l’eût cru ? Mais ce n’est pas très grave, au fond : « Ce risque qui fait sombrer les marchés a un immense mérite : pousser les pays de la zone euro à faire un pas de plus vers l’intégration économique. » Sacrifions les peuples, pourvu que l’euro soit sauf… pour complicité de faux et détournement de biens publics contre l’ancien ministre de l’Economie et des Finances Christine Lagarde, désormais à la tête du FMI (où, depuis les présumés exploits ancillaires de certain chimpanzé en rut, la France passait déjà pour une république bananière…). Bernard n’a pas raté cette occasion de faire preuve d’élégance : il a fait savoir, dans « Libération », qu’en « aucun cas la sentence arbitrale qui a été rendue ne peut être remise en cause, c’est absolument impossible ». Et ajouté que les investigations demandées par la Cour ne le « concernent pas » : « Ce n’est pas mon problème. » Il tient les picaillons, merci pour lui ; Lagarde peut bien mourir, il ne les rendra pas. Aladin rime avec radin.

quelques mois du cinquantième anniversaire des accords d’Evian, début du massacre des harkis, les survivants et leurs descendants organisent, à partir du 22 août, une grande marche de Montpellier à Paris afin de rappeler à l’oublieux Sarko qu’il avait promis, quand il était candidat, de reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans cette honteuse affaire – pour une fois, la repentance aurait été justifiée. Cette actualité en rencontre une autre : deux légionnaires du 2è REP viennent d’être tués en Afghanistan et plusieurs autres blessés. L’histoire se répète. En 1961, lors des obsèques d’autres légionnaires tués à l’ennemi en Algérie, le père Delarue, qui fut l’aumônier du 1er et du 2è REP, avait posé la question de l’utilité de ces morts alors qu’il était de plus en plus évident que le pouvoir gaulliste voulait abandonner ces départements français d’outre-mer. Le pouvoir sarkoziste envisage aussi le retrait d’Afghanistan, auquel le contraint d’ailleurs le retrait yankee : preuve s’il en fallait que les Français n’ont été là-bas que les supplétifs des Américains. Economiquement menacés, ceux-ci doivent penser aujourd’hui à réduire leurs dépenses – et la guerre afghane coûte cher. Les raisons officiellement avancées pour justifier l’intervention tenaient à la lutte contre le terrorisme. Rien n’est réglé à cet égard, et le départ des Occidentaux sera interprété à juste titre comme une défaite. Voilà 50 ans, les soldats français avaient assisté l’arme au pied et le rouge au front au supplice de leurs frères d’armes. Tout étant relatif – l’Afghanistan n’est évidemment pas l’Algérie – nos soldats devront abandonner une fois de plus ceux qui leur ont fait confiance et se sont compromis avec eux. Nos gouvernants portent la responsabilité de ce qui risque de se passer, mais ce n’est pas eux qui porteront cette blessure. Tant de dégâts et soixante-douze Français tués (pour l’instant) : pour quoi ? Et pour quels intérêts ? Si nous devons nous retirer (les populations locales le savent désormais), pour quelles raisons tardons-nous ? Je ne veux pas croire que l’on sacrifie encore des hommes pour sauver, politi■ quement, les apparences…

SOUS CES COUVERTURES

10 août 2011

La littérature française vue de droite
Bruno de Cessole est rédacteur en chef des pages « Culture » de l’hebdomadaire « Valeurs actuelles ». En cette qualité ou sous d’autres casquettes, il a écrit, au fil des années, une prodigieuse galerie de portraits littéraires. Aujourd’hui, avec son Défilé des réfractaires, il nous propose de nous attarder sur 55 profils d’écrivains français, de Stendhal à Houellebecq : de quoi s’offrir quelques cartons. A dessiner ou à tirer !
taxé de « Zarathoustra des classes moyennes »… alors que son grand rival littéraire du moment, le catholique déjanté Maurice G. Dantec, est, lui, curieusement porté aux nues : « Les trois quarts de la production romanesque parue dans la prestigieuse collection “blanche” de Gallimard sont abolis par l’effet de souffle de ce “métaroman” [il s’agit de Villa Vortex] », déclare par exemple Bruno de Cessole. J’avoue quant à moi que j’ai soupé des « méta-romans » du Dantec, sortes de patchworks dont la profondeur revendiquée est le plus souvent un effet d’optique… Mais après tout, chacun ses goûts ! Aussi bien, ce Défilé des réfractaires n’est pas à proprement parler un ouvrage de critique, mais plutôt, justement… un « défilé », où chacun se met sur son trente-et-un, « tel qu’en lui-même enfin l’éternité (littéraire) le change ». Il y a toujours un bon profil à montrer pour la postérité ; pour Cessole, c’est celui du « réfractaire », même lorsqu’il parle de d’Ormesson. Mais alors qu’est-ce qu’un « réfractaire » ? Pendant la Révolution française, les prêtres réfractaires, on le sait, étaient ceux qui n’avaient pas prêté serment à la constitution civile du clergé. Faut-il penser que les auteurs sélectionnés sont tous des réfractaires à l’ordre républicain ? Cela serait aller trop vite en besogne. Pourtant, le grand ordonnancier du défilé estime manifestement que les lettres penchent plus spontanément à droite. On n’écrit pencher à gauche que par une sorte d’artifice. Prenons Louis Aragon, le thuriféraire de Staline : « Derrière chaque phrase d’Aragon perce l’insolence, l’ironie et la désinvolture d’un patricien de race (…) Le drame d’Aragon fut l’impossible conciliation d’un style de droite et d’un idéal de gauche. Averti de la contradiction, il en rajouta dans la ferveur militante ». Merci à Cessole d’avoir inclus, dans ce Défilé…, Volkoff, Dutourd, Tillinac ou Raspail. Un petit regret tout de même, l’absence de Richard Millet, réfractaire anthologique et homme des lettres jusqu’au bout des ongles – dont le style justement, dédaignant toutes facilités sans s’enfermer jamais dans l’obscurité, me semble tenir du vrai patricien, celui qui ne tour■ ne jamais dandy.
Joël Prieur
Bruno de Cessole, Le défilé des réfractaires, éd. L’Editeur, 2011, 592 p., 29 euros. Commande chez l’éditeur.

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a gourmandise est un vilain défaut, paraît-il. Bruno de Cessole excelle pourtant à la susciter chez son lecteur. Une culture jamais prise en défaut lui permet de démontrer un appétit proprement gargantuesque pour la chose écrite. Sous sa plume à panache revivent les silhouettes – et, dans ce défilé des réfractaires, connus ou moins connus, chacun prend la pose qui convient à son personnage. D’Aragon à Volkoff, en passant par Céline, Cendrars ou Ségalen, peu de ressortissants de la

République des Lettres échappent au crayon du portraitiste. L’ensemble forme une excellente introduction à la littérature française, dont on ne peut qu’admirer la variété. Il manque des noms ? Sans doute. Mais peut-on traiter un tel sujet de manière exhaustive ? Cessole, dans tous les cas qu’il aborde, sait mobiliser la sympathie de son lecteur. Un regret ? C’est sans doute mon mauvais esprit qui parle, mais remarquons-le, il y a peu de « descentes » dans cette suite de textes introductifs : seul Houellebecq est

Carl Schmitt contre la politique américaine

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lain de Benoist vient de publier deux textes importants du penseur politique allemand Carl Schmitt, sous le titre Guerre discriminatoire et logique des grands espaces.Vaste programme ! La lecture de Schmitt n’est pas aisée, mais sa perspective est souvent prophétique. L’effort que l’on se donne est toujours payant. Cette fois, il s’attaque à la notion d’ordre international, en critiquant le faux universalisme de la Société des Nations (aujourd’hui on dirait l’ONU – ou peutêtre, mieux encore, l’OTAN).Toute association internationale animée par un esprit universaliste tend à traiter les Etats non-membres comme des non-Etats. « Nous n’avons pas de litige avec le peuple allemand », dit le président Wilson en 1917 – et en 1918, au Traité de Ver-

sailles, c’est l’empereur d’Allemagne qui est mis en « accusation publique », à l’instigation du même Wilson, pour « offense suprême à la morale internationale »… Dans cette perspective, l’ennemi est toujours un criminel ! Comment échapper à ce fanatisme mondial ? Il faut, dit Carl Schmitt, déterminer, au-delà des Etatsnations, des « grands espaces » (Grossraum), au sein desquels puisse se réaliser une véritable entente fondée sur une communauté d’intérêts, dans un monde qui devra devenir ainsi un univers multipolaire. Utopie ? Je le crains. Mais on a vraisemblablement rien de mieux à s’offrir aujourd’hui face à la Chine, l’Inde et… les EtatsUnis.
Joël Prieur

Carl Schmitt, Guerre discriminatoire et logique des grands espaces, éd. Krisis, 2011, 290 p., 25 euros (sur commande à : éditions Krisis, 5 rue Carrière-Mainguet, 75 011 Paris)

L’ÂGE D’OR DE LA POLEMIQUE

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Les révolutionnaires furent des polémistes au petit pied, pour la plupart auxiliaires de police. C’est à droite et dans les rangs de la contre-révolution que l’on trouve les plus grands noms de la polémique. Question de tempérament. Et de pointure de chaussures : quand on chausse large, c’est plus facile de botter les fesses.

L’hagiographie républicaine l’a canonisé, mais c’était un pourceau qu’excitait la vue du sang – comme Camille Desmoulins, le plus brillant de la bande, déchaînant sa verve macabre à la vue de la guillotine. Desmoulins a mis la Terreur dans le latin des cuistres, Marat dans la langue des corps de garde et Hébert dans celle de l’ordure, assortissant sa logorrhée de « foutre » et de « bougre ». Son journal, « Le Père Duchesne », était un gland. Il n’y en a pas un pour sauver l’autre. Seul, dans cette bande d’assassins, surnage Chénier, l’ange et la colombe de la Révolution. De prison, il éleva un chant déchirant. « Console-toi, gibet. Tu sauveras la France. » Des prémonitions stupéfiantes Mais le vrai polémiste de 1789, c’est Rivarol, le contre-révolutionnaire qui fut paradoxalement le meilleur élève de Voltaire. A deux siècles de distance, son Journal politique et national et son Petit dictionnaire des grands hommes de la révolution restent des bijoux. Il avait des prémonitions stupéfiantes, sur Napoléon entre autres, dont il annonça le destin à la virgule près. Sainte-Beuve disait de ses textes qu’ils laissaient échapper « le cri de la civilisation perdue ». Et la civilisation avait de beaux restes chez lui : « Mirabeau est capable de tout pour de l’argent, même d’une bonne action. » La Fayette ? « Quel est cet homme qu’une Révolution n’a pu grandir et que le malheur n’empêche point d’être méprisable ? » Les révolutionnaires espèrent. Ça fait des prêtres, pas des prophètes. Les réactionnaires désespèrent, ça fait des pamphlétaires. Mais alors que faites-vous des Hugo, Marx, Proudhon, Vallès ? Pas grand-chose à la vérité. Hugo est trop « hénaurme », trop « kilogrammatique », pour faire un pamphlétaire digne de ce nom. Dans Les Châtiments, il déclenche

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a bonne littérature est de droite. Le grand critique Albert Thibaudet l’a dit une fois pour toutes. Il en va de même de la bonne polémique. Quoique née dans sa forme moderne en 1789, elle s’est épanouie à droite. La Révolution fut trop sanguinaire pour élever les écrivaillons dont elle louait les services au rang de polémistes. A lui seul, Marat nous montre ce qu’il advient des plus mauvais d’entre eux lorsqu’ils épousent le pouvoir – des égorgeurs. Ses appels au meurtre dans « L’Ami du peuple » rythmèrent le sabbat infernal de la Terreur. Ami du peuple, ennemi du reste. C’était l’idole des tricoteuses et des sectionnaires jusqu’à ce que Charlotte Corday vienne venger ses victimes. Du roi, il disait : « Egorgeons le cochon ! Faisons-en autant de quartiers qu’il y a de départements pour en envoyer un morceau à chacun. » Son eczéma le démangeait, il s’en vengeait dans son bain en égrenant la liste des suspects.

un feu nucléaire sur Napoléon III, malheureux roitelet affligé de calculs urinaires, en qui il voit l’héritier de Tibère, Caligula et Néron. Il aurait dû s’en tenir à la bataille d’Hernani, dont l’esthétique tragicomique annonçait dans ses grandes lignes le règne de Badinguet. Il y a bien Vallès, « le candidat de la misère », aussi enragé que Céline, mais comme lui, bien meilleur dans le roman. Marx était le plus doué. Proudhon en fit les frais, qui vit l’auteur du Capital répliquer à sa Philosophie de la misère par un terrible et sans appel Misère de la philosophie. Marx, cependant, était trop occupé à ériger son monument à la gloire du prolétariat pour se disperser ainsi. Proudhon, d’ailleurs, n’en demandait pas tant. On trouve dans sa polémique autant d’éléments révolutionnaires que réactionnaires. Il rêvait d’un peuple vertueux se nourrissant de tubercules et de tisane. C’était une sorte de témoin de Jéhovah du socialisme, solide comme une vieille charrue, mais qui s’enivrait d’eau plate. Pour Zola, l’affaire est plus grave Paul-Louis Courier, pourtant auteur d’un Pamphlet des pamphlets, est lui aussi un peu mou du stylet. On a l’impression que ce brave démocrate disserte sur le pamphlet plus qu’il n’en écrit un. On le cite, mais on ne le lit pas (sans quoi, on ne le citerait pas). Pour Zola, l’affaire est plus grave. Quoique auréolé de son « J’accuse », il avait la semelle lourde et les pieds plats. Sa polémique suggère le piétinement d’un veau. Avec un pareil avocat, Dreyfus a eu beaucoup de chance de s’en tirer. Voilà pour la gauche. Sous ces latitudes, on rêve et on bêle ; éventuellement, on critique. Il n’y a qu’aux hautes latitudes droitières qu’on polémique. C’est ainsi de-

puis deux siècles. « Le polémiste d’envergure, affirmait Daudet, est généralement réactionnaire, pour la bonne raison que ce genre de combat est une “réaction”, au sens étymologique du mot. » L’épilation sadique Voyez Barbey, vigie flamboyante de la chouannerie, le meilleur tireur d’épée de son temps. Ses Quarante médaillons, un chef-d’œuvre où il rosse avec la superbe d’un aristocrate d’âme et de naissance les vieux barbons de l’Académie, cette « salpêtrière de ministres tombés et de parlementaires invalides », autrement appelée par lui « havre de vieux hérons moroses ». Si les antimodernes – et la liste est longue, de Joseph de Maistre à Bloy, de Chateaubriand à Baudelaire – ont fait basculer la polémique à droite, c’est l’Action française qui l’y a définitivement arrimée. Elle fut la grande école du combat de rue et du combat de plume. La plupart des polémistes y sont passés, même Rebatet, qui se plaisait à railler « l’inaction française ». Le plus grand des maîtres d’armes y a exercé ses talents, le roi des polémistes, Léon Daudet, dit le gros Léon, qui arrachait les poils un à un ou assommait sans façon. L’épilation sadique ou le massacre réjouissant. Parfois les deux. Action française, réaction gauloise. On n’a pas ■ fait mieux depuis.
François-Laurent Balssa

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Barbey d’Aurevilly, vigie flamboyante de la chouannerie et meilleur polémiste de son temps.

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Royauté de la droite, misère de la gauche

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POLAR POLITIQUE

N°2524 – 3,50 €

La mort à la tribune
– Empoisonné ? – C’est en tout cas ce qui résulte des premiers examens. On a retrouvé sur le corps la trace d’une piqûre toute fraîche. – C’est peut-être le médecin, suggère Maurice Borieux. – Non. La piqûre a été effectuée maladroitement. Il y a même eu plusieurs tentatives – bref, du travail d’amateur. Surtout, on a décelé dans le corps un produit suspect. – Mais qui a bien pu… ? – Je n’en sais encore rien, Monsieur le maire. Il faudra attendre des expertises plus fouillées. Là-dessus je vous quitte. Ma collaboratrice vous attend et je vous préviens que justement, elle n’aime pas attendre. Et Grimbert prend congé d’un signe de tête désinvolte. Une fois sorti de l’hôtel, il ressort son portable. – Malika ? Les festivités vont commencer. Je t’envoie cinq clients pour commencer. Parmi eux, il y a trois anciens, sans doute du genre coriace, et deux petits jeunes. Je compte sur toi pour en tirer le maximum, petites rancunes, cadavres dans le placard… tu as tout ton temps. Amuse-toi bien. On se retrouve en fin d’après-midi chez les pandores. On peut être commissaire divisionnaire en mission spéciale et adorer flâner. Grimbert profite de sa petite marche vers la porte médiévale pour, comme il aime dire, « laisser l’information se décanter », et surtout regarder le centre historique de Moussillon – dont la rénovation, un peu criarde, lui inspire une appréciation mitigée. – On se croirait à Disneyland, murmure-t-il, agacé. Arrivé à la porte médiévale, il cherche des yeux le bistrot de la vieille Philomène, avant d’arrêter son regard sur le seul immeuble qui semble avoir échappé à la rage des rénovateurs. – Ce doit être là. En effet, après avoir poussé la porte, le policier tombe dans un établissement propre, mais sans prétention et même un tantinet vieillot, avec son bar en bois peint. Dans un coin, au fond de la salle, trône une antique cabine téléphonique au bois noirci par les ans et la fumée. Aux tables, aussi vieilles que le décor, quelques habitués tapent le carton. Grimbert se dirige vers le bar où il commande un demi, puis demande à la patronne si elle connaît le père Fourlout. – Et qu’est-ce que tu lui veux, au père Fourlout ? lui demande une voix râpeuse. Celui qui vient de répondre a visiblement passé le cap des soixante-dix ans. Sa trogne rubiconde entourée d’une large barbe blanchie surmonte un corps maigre, vêtu sans recherche excessive. Avec son allure un peu avachie, et un curieux mélange d’odeurs de vin et de tabac brun, on le prendrait pour un simple pilier de bistrot, n’étaient des yeux étrangement brillants. – C’est moi, le père Fourlout. Et toi ? Qui t’es avec tes fringues de contrôleur des impôts (pouah !) ? Attends que je voie. Le bonhomme étend alors de longs doigts noueux vers le visage du commissaire divisionnaire, un peu interloqué. – Mouais… pas l’air assez con pour être policier… – Merci ! – J’ai pas fini, p’tit gars ! rugit le bonhomme avec de grands gestes. T’as de drôles d’ondes. T’es pas médecin, mais il y a de la mort autour de toi, et puis, d’un autre côté, tu cherches quelque chose comme la vérité. P’t être que t’es pas si mauvais après tout. Allons, bois ton verre, puis tu me dis ce que tu me veux. Philo, tu remettras un autre coup au petit. – Merci, mais je… – Bois ton coup d’abord, gamin. Avec la dignité d’un martyr, Grimbert avale son premier demi,

puis entame le deuxième… – Ça va mieux, hein ? Alors, qu’est-ce que tu lui veux, au vieux Fourlout ? – C’est à propos de Lormeteau… – Canaille ! Pourri ! Député à la manque ! Ah, il l’a bien cherché, l’ordure ! Le voilà dans l’abîme d’Annouin, là où l’orgueil et le mensonge l’ont précipité. Et c’est pas demain la veille qu’il remontera vers le cercle d’Abred, je te le dis. Ah, le salaud ! Apprends mon petit bonhomme que les druides savent ce qui est et ce qui vient. Qui a semé récolte, disent les triades celtiques. – Et en clair, cela veut dire ? – Et ton coup, tu le paies ? Résigné, notre enquêteur fait un signe à la patronne qui renouvelle aussitôt les consommations. – La transmigration, je te dis, l’éternel retour est une spirale… – J’entends bien, mais vous me dites que Lormeteau avait mérité ce qui lui était arrivé. Le père Fourlout parle un ton plus bas.

– Ça lui apprendra à vouloir se mêler de magie. Et ce faux jeton qui nous faisait des mines de pucelle effarouchée. « C’est pas que j’y croie », qu’il disait. Et de la magie noire, rien que ça, moi qui ne veux pas y toucher ! Faux jeton, va ! Et quand je pense qu’on avait été à l’école ensemble. – De la magie noire ? Et que voulaitil faire ? – Gagner les élections, pardi ! Tous les mêmes, ces politicards ! En tout cas, je l’ai proprement chassé de chez moi. Philo, remets-nous ça ! – Sans façon… Le père Fourlout devient grave, presque solennel. – Allons, pas de manières, mon petit flic, car je l’ai bien compris va, que t’es flic, un drôle de flic, mais un flic tout de même. L’ivresse sacrée des grands guerriers, c’est pour nous autres. Et puis tu te souviendras de ce que je t’ai dit. Ecoute le père Fourlout qui t’a donné un bon morceau de vérité. ■ (à suivre)
Jean-Michel Diard

Fondateurs : Jean-François Devay ✝ et Jean Boizeau ✝ Directeur de la publication : Jean-Marie Molitor ISSN : 1243-7751 N° de Commission paritaire : 0314 C 84384 Ce numéro a été tiré à 40 000 ex.

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« Minute » est édité par la Société SACEN, Sarl au capital de 7 622,45 euros – RCS Paris B 439 218 694. Siège social : 15, rue d’Estrées – 75007 Paris (courrier uniquement) Dépôt légal à parution. Imprimerie : Roto Presse Numéris, 93190 Livry-Gargan

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