Gottfried Wilhelm LEIBNIZ (1646-1716

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LA MONADOLOGIE
- 1714 -

Un document produit en version numérique par Daniel Banda, bénévole, Professeur de philosophie en Seine-Saint-Denis et chargé de cours d'esthétique à Paris-I Sorbonne et Paris-X Nanterre Courriel: mailto:banda@noos.fr Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales" dirigée et fondée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

Gottfried Wilhelm Leibniz, La Monadologie (1714)

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Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716) La Monadologie (1714)
Une édition électronique saisie à partir du livre de Gottfried Wilhelm Leibniz, La Monadologie, édition annotée par Émile Boutroux, initialement publiée chez C. Delagrave, Paris, 1881, 231 pages. Polices de caractères utilisée : Pour le texte: Times New Roman, 12 points. Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 10 points.

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Édition complétée le 15 octobre 2002 à Chicoutimi, Québec.

La Monadologie (1714) 3 Table des matières Avertissement sur l’édition (Daniel Banda) Notice sur la Monadologie d’Émile Boutroux La monadologie de Leibniz .Gottfried Wilhelm Leibniz.

est publiée après sa mort dans une traduction en allemand par Kœhler (1721). Boutroux). Nous reproduisons ici La Monadologie (pages 141 à 192 de l’édition d’E. et précédée d’une exposition du système de Leibnitz par Émile Boutroux. mais la ponctuation de Leibnitz dont les particularités. L’œuvre de Leibniz est accompagnée d’une « Vie de Leibnitz ». édition annotée. La Monadologie (1714) 4 La Monadologie Gottfried Wilhelm Leibniz (1714) Retour à la table des matières La Monadologie. En 1881. Boutroux pour les manuscrits qu’il a consultés : « Nous avons respecté. à l’image du respect d’E. L’original (en français) est publié par Erdmann en 1840. 231 pages). en 1978 : La Monadologie. Delagrave. non pas l’orthographe qui n’a évidemment aucune importance. Boutroux. écrite en français par Leibniz en 1714. Nous avons saisi et scanné ces pages à partir de l’édition encore publiée par la Librairie Delagrave. Paris. 1881. Émile Boutroux publie La Monadologie d’après les trois manuscrits (C. d’une « Philosophie de Leibnitz ». précédée de la « Notice sur la Monadologie » (pages 135 à 140).Gottfried Wilhelm Leibniz. Elle est suivie d’extraits d’œuvres de Leibniz ainsi que d’une « Note sur les principes de la mécanique dans Descartes et dans Leibnitz » par Henri Poincaré. à . d’une « Notice sur la Monadologie » et d' « éclaircissements » d’E. et sans les notes (« éclaircissements ») de Boutroux. Nous avons eu le souci de reproduire exactement le texte de l’édition Delagrave.

la marque d’un substantif : elles indiquent visiblement dans la pensée de l’auteur un mot important. La Monadologie (1714) 5 vrai dire. Et. Appétition. B. comme en font foi ses corrections sur les copies. Nous avons même maintenu le plus souvent les majuscules. du manuscrit. tiennent principalement aux habitudes allemandes. C’est ainsi qu’il écrit : Monade. comme dans l’écriture allemande ordinaire. à la suppression desquelles Leibnitz ne consentait pas volontiers. p. Perception. tandis qu’il ne met pas de majuscules aux substantifs de le langue commune » (Avant-propos.Gottfried Wilhelm Leibniz. III). de fait. D. . ces majuscules ne sont pas simplement.

. de Leipzig. GUHRAUER. Elle fut composée en français par Leibnitz. ami du prince. La Monadologie (1714) 6 NOTICE SUR LA MONADOLOGIE (HISTORIQUE ET ANALYSE) par Émile Boutroux Retour à la table des matières La Monadologie est un résumé de l’ensemble de la philosophie de Leibnitz. « Il garde votre ouvrage. Cette 1 V. et en accorda tout au plus la vue aux personnes désireuses de le connaître. G. 286. Celui-ci enferma l’ouvrage dans une cassette comme un trésor d’un prix inestimable. Fr. Kœhler la traduisit en allemand et Hansche. v Leibnitz. écrivait à Leibnitz le comte de Bonneval. W. t. la traduisit en latin. pendant son dernier séjour à Vienne.Gottfried Wilhelm Leibniz. II. puis il le renferme dans sa cassette 1. en 1714. » La Monadologie ne fut pas publiée du vivant de Leibnitz. p. comme les prêtres de Naples gardent le sang de saint Janvier. prince éminent par sa haute culture scientifique autant que par ses qualités de politique. pour le prince Eugène de Savoie. Il me le fait baiser.

Au point de vue externe la monade est simple. MONADES. 298. 2° Dieu (du § 37 au § 48). puis progressive. incapable de commencer ou de finir naturellement. comme l’indique le titre latin. sans figure. Il suppose au contraire un lecteur déjà versé dans cette philosophie . Ainsi la marche est d’abord ascendante. d’abord au oint de vue externe. KUNO FISCHER. n. On y peut distinguer trois parties : 1° les Monades ou éléments des choses (du § 1 au § 36). L’original français a été publié pour la première fois en 1840 par Erdmann. Pour obtenir cette double connaissance. puis au point de vue interne.Gottfried Wilhelm Leibniz. . Cet ouvrage. Elle figure dans l’édition Dutens. allant de Dieu aux créatures. Le monde est une diversité et une harmonie. La nature des monades peut être déterminée. 1. La Monadologie détermine ce point de vue. et nous donne une esquisse du monde tel qu’il apparaît à l’observateur qui s’y trouve placé. il faut réussir à se placer au point de vue suprême. incapable d’être modifiée dans son intérieur par quelque autre créature (§§ 1-7). allant des créatures à Dieu. Gesch. 2e édit. II. Donner un résumé de ce résumé est évidemment une entreprise illégitime : aussi nous bornerons-nous à indiquer le cadre et les grandes divisions de l’ouvrage.. 2 V. p. dans son édition des Œuvres philosophiques. à dégager la disposition systématique que dissimule plus ou moins la division de l’ouvrage en thèses numérotées. I. puis descendante. à un point de vue aussi voisin que possible du point de vue de Dieu lui-même. On peut encore dire que la philosophie de Leibnitz est d’abord régressive. Il ne peut servir d’introduction à I’étude de la philosophie de Leibnitz. indivisible. inétendue. Pour le voir tel qu’il est. vol. Leur nature. – Les monades peuvent être considérées : 1° quant à leur nature (§§ 1-17) 2° quant à leurs degrés de perfection (§§ 18-36). d. La Monadologie (1714) 7 traduction parut dans les Acta eruditorum de 1721 sous le titre Principia philosophiæ seu theses in gratiam principis Eugenii conscriptæ 2. 3° le monde conçu dans sa cause qui est Dieu (du § 49 au § 90). est une série de thèses résumant les principaux points de la philosophie de Leibnitz. Phil. il faut à la fois en discerner les détails et en saisir l’unité. et à un tel lecteur il enseigne le point où il faut se placer pour voir l’ensemble sous son vrai jour et dans son harmonie.

Sa nature. En tant que source des vérités contingentes. savoir les vérités de raisonnement et les vérités de fait (§§ 31-36). 3° La monade douée de raison ou connaissance des vérités éternelles. par suite. Nos raisonnements. II. douée d’aperception ou de conscience. Elle se démontre en partant de la théorie des deux principes de la raison et des deux sortes de vérités. possédant la perception et l’appétit dans le sens général. 2e sa nature §§ 46-48. 2. Elle est ainsi comme un automate incorporel (§§ 8-17). ou opérations de notre raison. A priori. Telle est la vie des plantes (§§ 18-24). Son existence. Les principaux sont les suivants : 1° La monade ou entéléchie pure et simple. 1° un Dieu est nécessaire comme source des essences ou possibilités. Leurs degrés de perfection. A posteriori. Dieu n’agit point par sa volonté ainsi que l’ont cru les Cartésiens. Ces êtres sont capables de consécutions empiriques qui imitent la raison. et. 1. 2° Dieu existe nécessairement. en tant qu’il y a en elles une réalité (§ 43-44) . La Monadologie (1714) 8 Au point de vue interne. déterminés par le caractère plus ou moins distinct de leurs perceptions. ou âme. 2. au contraire. DIEU. sans la mémoire. et nous est donnée dans l’homme (§§ 29-30). En tant que source des vérités éternelles. lesquels s’appliquent concurremment aux deux sortes de vérités auxquelles se ramènent toutes les vérités possibles. Cette démonstration est double : a posteriori et a priori. 2° La monade douée de mémoire. Une telle monade s’appelle esprit. telle qu’elle existe chez les animaux. ou bien des vérités éternelles. s’il est possible.Gottfried Wilhelm Leibniz. – La doctrine relative à Dieu peut se diviser en deux parties : 1e son existence §§ 37-45. et d’appétition ou tendance à passer de perceptions moins distinctes à des perceptions plus distinctes. lequel ne porte pas en soi son explication dernière (§§ 37-42). mais par son seul entendement. la monade est douée de perception ou représentation d’une multiplicité dans l’unité. mais ils ne peuvent s’élever jusqu’a la raison elle-même (§§ 25-28). Les monades comportent des degrés de perfection. c’est-à-dire si la définition de Dieu n’implique pas contradiction (§ 45). un Dieu est nécessaire comme raison suffisante du contingent. sont fondés sur les deux grands principes de la contradiction et de la raison suffisante. Dieu agit par .

Dieu a choisi infailliblement le meilleur monde possible. mais morale. des perceptions confuses. Il y a une infinité d’univers possibles. la connaissance et la volonté. une autre pâtir. de telle sorte que chaque monade soit représentative de tout l’univers. Or Dieu a. à son point de vue (§§ 49-52).Gottfried Wilhelm Leibniz. sur le principe de la convenance ou du choix du meilleur (§ 46). en toutes les autres. 1. laquelle se règle. 1° Les éléments nécessaires de tout être créé sont : un corps composé. Le choix de Dieu a été déterminé. c’est-à-dire en tant que l’une contient de quoi rendre raison a priori de ce qui se passe dans l’autre. et l’autre des perceptions confuses correspondantes. Les monades créées naissent par des fulgurations continuelles de la Divinité (§§ 46-47). La Monadologie (1714) 9 sa volonté. répondant aux trois éléments de la monade : le sujet ou la base. par la comparaison des perfections qu’enveloppaient de toute éternité. Et c’est en représentant plus distinc- . de telle sorte que tout changement survenu dans un corps est accompagné d’un changement contraire équivalent dans tous les autres corps. réglé toutes les monades sans exception de manière qu’à chaque perception distincte de l’une d’elles correspondent. Les composés sont analogues aux simples : ils imitent l’influence réciproque tout idéale des monades au moyen de l’influence mécanique. – La doctrine progressive du monde peut être divisée en deux parties : 1° la nature du monde en général. Une créature est dite agir. en tant que l’une a des perceptions distinctes. les divers possibles. selon le principe du meilleur. En Dieu sont la puissance. 2. dans les substances simples. c’est-à-dire l’harmonie universelle et l’optimisme (§§ 49-60). avec le plus grand ordre (§§ 56-60). et il n’en peut exister qu’un. la perception. L’harmonie universelle et l’optimisme. tout idéale. LE MONDE CONÇU DANS SA CAUSE. et l’appétition (§ 48). et une monade centrale ou entéléchie. avant le fiat divin lui-même. dès l’origine. On peut distinguer à cet égard : 1° les éléments des êtres créés en général . selon une nécessité. non géométrique. L’excellence de ce monde consiste dans le plus de variété possible. Tout corps se ressent ainsi de tout ce qui se fait dans l’univers. Cette influence des choses les unes sur les autres est. La hiérarchie des êtres. Elle consiste dans une préordination divine. 2° les degrés principaux de ces êtres. et réciproquement. III. 2° la constitution et la hiérarchie des êtres créés (§§ 61-90).

que l’entéléchie ou âme représente tout l’univers. Et ce monde moral ou règne de la grâce est en harmonie avec le monde naturel ou règne de la nature. et en ce qu’ils se rencontrent. Dans les animaux. le monde des animaux. Enfin au-dessus des animaux il y a les esprits. miroirs.Gottfried Wilhelm Leibniz. la naissance et la mort ne sont qu’un développement et un enveloppement. La Monadologie (1714) 10 tement le corps qui lui est affecté particulièrement. Ainsi point d’âme sans corps dans la nature (§§ 6162). et où les bons aiment Dieu de ce pur amour véritable qui consiste à jouir de la félicité de ce qu’on aime. c’est-à-dire des corps où. Dieu architecte contentant en tout Dieu législateur : de telle sorte que les choses conduisent à la grâce par les voies mêmes de la nature (§§ 8490). le corps celles des causes efficientes. il n’y a rien de mort dans la nature. . de l’univers. c’est-à-dire un monde moral où le bien et le mal reçoivent leur juste récompense et leur juste châtiment. non plus seulement. L’assemblage de tous les esprits forme la cité de Dieu. exactement déterminés (§§ 6381). l’âme la loi des causes finales. conséquence naturelle des principes mêmes de la mécanique. et le monde des esprits. Tout est plein de vivants. poussant la division à l’infini. et capables d’entrer dans une manière de société avec lui. savoir. L’union de l’âme et du corps consiste en ce que chacun d’eux suit les lois qui lui sont propres. en vertu de l’harmonie préétablie par Dieu entre le règne des causes efficientes et le règne des causes finales. 2° Considérés an point de vue de leur degré de perfection les êtres créés forment comme trois mondes superposés : le monde des vivants. on rencontrera toujours de la variété et de la convenance. Les simples vivants ont déjà des corps organiques. C’est le système de l’harmonie préétablie. mais de Dieu même.

La Monade. . Or là. dans la marge de la première copie de la Monadologie. 2. 3.Gottfried Wilhelm Leibniz. n’est autre chose qu’une substance simple. mais non sans quelques inexactitudes) les renvois à la Théodicée. § 10 3). Et il faut qu’il y ait des substances simples. c’est-à-dire sans parties (Théod. Boutroux :] Nous donnons (comme a déjà fait Erdmann. simple. écrits de la main de Leibnitz. 3 [Note d’E. puisqu’il y a des composés . ni divisibilité possible. qui entre dans les composés . La Monadologie (1714) 11 LEIBNITZ LA MONADOLOGIE (1714) PRINCIPIA PHILOSOPHIÆ SEU THESES IN GRATIAM PRINCIPIS EUGENII CONSCRIPTÆ Retour à la table des matières 1.. où il n’y a point de parties. car le composé n’est autre chose qu’un amas ou aggregatum des simples. Et ces Monades sont les véritables Atomes de la Nature et en un mot les Éléments des choses. ni figure. il n’y a ni étendue. que l’on lit. dont nous parlerons ici.

où il y a des changements entre les parties. c’est-à-dire. . Il n’y a aussi point de dissolution à craindre. que les changements naturels des Monades viennent d’un principe interne. Et si les substances simples ne différaient point par leurs qualités . Les Monades n’ont point de fenêtres. comme cela se peut dans les composés. 10. La Monadologie (1714) 12 4. il n’y aurait pas moyen de s’apercevoir d’aucun changement dans les choses . Par la même raison il n’y a en aucune par laquelle une substance simple puisse commencer naturellement. elles ne sauraient commencer que par création et finir que par annihilation . Je prends aussi pour accordé que tout être créé est sujet au changement. par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir. 8. et il n’y a aucune manière concevable par laquelle une substance simple puisse périr naturellement (§ 89). que les Monades ne sauraient commencer. ni finir. Il n’y a pas moyen aussi d’expliquer. puisqu’elle ne saurait être formée par composition. 11. seraient indistinguables l’une de l’autre. et même que ce changement est continuel dans chacune. puisque aussi bien elles ne diffèrent point en quantité : et par conséquent le plein étant supposé. comment une Monade puisse être altérée ou changée dans son intérieur par quelque autre créature . dans le mouvement. comme faisaient autrefois les espèces sensibles des Scolastiques. puisqu’une cause externe ne saurait influer dans son intérieur (§ 396. que ce qui est composé. § 900). Car il n’y a jamais dans la nature deux Êtres. qui soient parfaitement l’un comme l’autre et où il ne soit possible de trouver une différence interne. Ainsi ni substance. ou fondée sur une dénomination intrinsèque. puisque ce qui est dans le composé ne peut venir que des ingrédients simples . augmenté ou diminué là dedans .Gottfried Wilhelm Leibniz. au lieu. Cependant il faut que les Monades aient quelques qualités. ni concevoir en elle aucun mouvement interne. ni accident peut entrer de dehors dans une Monade. Il faut même. que l’Équivalent de ce qu’il avait eu. 9. ni se promener hors des substances. 5. et un état des choses serait indiscernable de l’autre. puisqu’on n’y saurait rien transposer. que chaque Monade soit différente de chaque autre. autrement ce ne seraient pas même des êtres. et les Monades étant sans qualités. dirigé. que tout d’un coup. et par conséquent la Monade créée aussi. qui puisse être excité. 7. Ainsi on peut dire. chaque lieu ne recevrait toujours. Il s’ensuit de ce que nous venons de dire. Les accidents ne sauraient se détacher. 6. commence ou finit par parties.

Et cela posé. Car tout changement naturel se faisant par degrés. Ainsi tous ceux qui reconnaissent que l’âme est une substance simple. comme il paraîtra dans la suite. et par conséquent il faut que dans la substance simple il y ait une pluralité d’affections et de rapports.Gottfried Wilhelm Leibniz. dont la structure fasse penser. où il tend. qui poussent les unes les autres. La Monadologie (1714) 13 12. qu’on doit distinguer de l’aperception ou de la conscience. et jamais de quoi expliquer une perception. lorsque nous trouvons que la moindre pensée dont nous nous apercevons. L’action du principe interne qui fait le changement ou le passage d’une perception à une autre. quoiqu’il n’y en ait point de parties. Et feignant qu’il y ait une Machine. 13. Mais il faut aussi qu’outre le principe du changement il y ait un détail de ce qui change. on pourra la concevoir agrandie en conservant les mêmes proportions. comme dans un moulin. comme il a fait dans son Dictionnaire article Rorarius. que des pièces. Ce détail doit envelopper une multitude dans l’unité ou dans le simple. peut être appelé Appétition : il est vrai que l’appétit ne saurait toujours parvenir entièrement à toute la perception. 14. qui enveloppe et représente une multitude dans l’unité ou dans la substance simple. et non dans le composé. Aussi n’y a-t-il que cela qu’on . enveloppe une variété dans l’objet. 15. qui fasse pour ainsi dire la spécification et la variété des substances simples. ou dans la machine qu’il la faut chercher. Nous expérimentons nous-mêmes une multitude dans la substance simple. 17. dont on ne s’aperçoit pas. ce qui les a fait encore donner dans le préjugé scolastique des âmes entièrement séparées. et qu’ils ont confondu avec le vulgaire un long étourdissement avec une mort à la rigueur. ayant compté pour rien les perceptions. On est obligé d’ailleurs de confesser que la Perception et ce qui en dépend. Ainsi c’est dans la substance simple. en sorte qu’on y puisse entrer. et parvient à des perceptions nouvelles. mais il en obtient toujours quelque chose. L’état passager. on ne trouvera en la visitant au dedans. et Monsieur Bayle ne devait point y trouver de la difficulté. Et c’est en quoi les Cartésiens ont fort manqué. avoir perception . C’est aussi ce qui les a fait croire que les seuls Esprits étaient des Monades et qu’il n’y avait point d’Ames des Bêtes ni d’autres Entéléchies . n’est autre chose que ce qu’on appelle la Perception. c’est-à-dire par les figures et par les mouvements. sentir. est inexplicable par des raisons mécaniques. quelque chose change et quelque chose reste . et a même confirmé les esprits mal tournés dans l’opinion de la mortalité des âmes. 16. doivent reconnaître cette multitude dans la Monade .

éd. p. car elle ne saurait périr. C’est en cela seul aussi que peuvent consister toutes les Actions internes des substances simples (Préf. 474 a. Dans cet état l’âme ne diffère point sensiblement d’une simple Monade . puisque réveillé de l’étourdissement on s’aperçoit de ses perceptions. quoiqu’on ne s’en soit point aperçu . où il n’y a rien de distingué. ou Monades créées. je consens que le nom général de Monades et d’Entéléchies suffise aux substances simples qui n’auront que cela . il y a une suffisance (autarkeia) qui les rend sources de leurs actions internes et pour ainsi dire des Automates incorporels (§ 87). 20. mais comme cet état n’est point durable. On pourrait donner le nom d’Entéléchies à toutes les substances simples. et qu’on appelle Ames seulement celles dont la perception est plus distincte et accompagnée de mémoire. car une perception ne saurait venir naturellement que d’une autre perception. il faut bien qu’on en ait eu immédiatement auparavant. où il vient un vertige qui peut nous faire évanouir et qui ne nous laisse rien distinguer. tellement que le présent y est gros de l’avenir (§ 360) . mais. elle est quelque chose de plus (§ 64). on est étourdi . Et la mort peut donner cet état pour un temps aux animaux. 2 b 4) 18. c’est-à-dire. Car nous expérimentons en nous-mêmes un état. comme quand on tourne continuellement d’un même sens plusieurs fois de suite. comme un mouvement ne peut venir naturellement que d’un mouvement (§ 401-403). que je viens d’expliquer . les perceptions et leurs changements. La Monadologie (1714) 14 puisse trouver dans la substance simple. et qu’elle s’en tire. . Et il ne s’ensuit point qu’alors la substance simple soit sans aucune perception. ou quand nous sommes accablés d’un profond sommeil sans aucun songe. Et comme tout présent état d’une substance simple est naturellement une suite de son état précédent. 22. 19.Gottfried Wilhelm Leibniz. 4 Voy. où nous ne nous souvenons de rien et n’avons aucune perception distinguée . comme le sentiment est quelque chose de plus qu’une simple perception. toutes les substances simples ou Monades créées pourraient être appelées Ames . Donc.***. 23. comme lorsque nous tombons en défaillance. car elles ont en elles une certaine perfection (échousi to entelés). elle ne saurait aussi subsister sans quelque affection qui n’est autre chose que sa perception : mais quand il y a une grande multitude de petites perceptions. Si nous voulons appeler Ame tout ce qui a perceptions et appétits dans le sens général. 21. Erdm. Cela ne se peut pas même par les raisons susdites .

Par exemple.Gottfried Wilhelm Leibniz. Il y a quelque chose d’approchant dans l’odeur. 29. Et c’est ce qu’on appelle en nous Âme raisonnable. L’on voit par là que si nous n’avions rien de distingué et pour ainsi dire de relevé. La mémoire fournit une espèce de consécution aux âmes. en nous élevant à la connaissance de nous-mêmes et de Dieu. Mais la connaissance des vérités nécessaires et éternelles est ce qui nous distingue des simples animaux et nous fait avoir la Raison et les sciences . jusqu’ici. et nous ne sommes qu’empiriques dans les trois quarts de nos actions. ressemblant aux médecins empiriques. en tant que les consécutions de leurs perceptions ne se font que par le principe de la mémoire . nous serions toujours dans l’étourdissement. ils se souviennent de la douleur qu’il leur a causée et crient et fuient (Prélim. vient ou de la grandeur ou de la multitude des perceptions précédentes. comment ce qui se passe dans l’âme représente ce qui se fait dans les organes. à la Substance. et d’un plus haut goût dans nos perceptions. Aussi voyons-nous que la Nature a donné des perceptions relevées aux animaux. Par exemple : quand on montre le bâton aux chiens. 5. mais qui en doit être distinguée. § 65) 27. s’attendent par la représentation de leur mémoire à ce qui y a été joint dans cette perception précédente et sont portés à des sentiments semblables à ceux qu’ils avaient pris alors. nous pensons à l’Être. C’est que nous voyons que les animaux. Il n’y a que l’astronome qui le juge par raison. Les hommes agissent comme les bêtes. pour les faire avoir plus d’efficace par leur union. et peut-être dans quantité d’autres sens. ou Esprit. on agit en empirique. au simple et 5 C’est-à-dire : « Discours de la conformité de la Foi avec la Raison. qui nous font penser à ce qui s’appelle moi et à considérer que ceci ou cela est en nous : et c’est ainsi qu’en pensant à nous. qui ont une simple pratique sans théorie . C’est aussi par la connaissance des vérités nécessaires et par leurs abstractions que nous sommes élevés aux actes réflexifs. » . parce que cela s’est toujours fait ainsi. 30. dans le goût et dans l’attouchement. qui ramassent plusieurs rayons de lumière ou plusieurs ondulations de l’air. La Monadologie (1714) 15 24. 26. par les soins qu’elle a pris de leur fournir des organes. Car souvent une impression forte fait tout d’un coup l’effet d’une longue habitude ou de beaucoup de perceptions médiocres réitérées. Et l’imagination forte qui les frappe et émeut. 25. qui nous sont inconnus. quand on s’attend qu’il y aura jour demain. Et c’est l’état des Monades toutes nues. Et j’expliquerai tantôt. qui imite la raison. 28. ayant la perception de quelque chose qui les frappe et dont ils ont eu perception semblable auparavant.

Axiomes et Demandes. 469 a. dont l’opposé contient une contradiction expresse (§ 36. 52. § 280-282. ou en un mot. Quand une vérité est nécessaire. celui de la contradiction en vertu duquel nous jugeons faux ce qui en enveloppe. on en peut trouver la raison par l’analyse. p. aucune énonciation véritable. il y a aussi des Axiomes et Demandes. 37. a 6) 31. 121-122. Mais la raison suffisante se doit trouver aussi dans les vérités contingentes ou de fait. 189. § 196). 49.Gottfried Wilhelm Leibniz. 44. 4. 174. 35. où la résolution en raisons particulières pourrait aller à un détail sans bornes. la résolvant en idées et en vérités plus simples. Et ces actes réflexifs fournissent les objets principaux de nos raisonnements (Théod. 340-344). Quoique ces raisons le plus souvent ne puissent point nous être connues (§ 44. Et celui de la raison suffisante. § 367. est en lui sans bornes. Et comme tout ce détail n’enveloppe que d’autres contingents antérieurs ou plus détaillés. en vertu duquel nous considérons qu’aucun fait ne saurait se trouver vrai. § 196). La Monadologie (1714) 16 au composé. jusqu’à ce qu’on vienne aux primitives ( § 170. et ce sont les Énonciations identiques. des principes primitifs. Préf. Abrége object. 33. 45. et vrai ce qui est opposé ou contradictoire au faux (§ 44. 32. en concevant que ce qui est borné en nous. 34. sans qu’il y ait une raison suffisante pourquoi il en soit ainsi et non pas autrement. 36.. qui entrent dans la cause finale. c’est-à-dire. à cause de la variété immense des choses de la Nature et de la division des corps à l’infini. ou existant. 3). Et il y a enfin des idées simples dont on ne saurait donner la définition . et il y a une infinité de petites inclinations et dispositions de mon âme. dans la suite des choses répandues par l’univers des créatures . C’est ainsi que chez les Mathématiciens. Il y a une infinité de figures et de mouvements présents et passés qui entrent dans la cause efficiente de mon écriture présente . Les vérités de Raisonnement sont nécessaires et leur opposé est impossible. à l’immatériel et à Dieu même . Erdm.. *. Nos raisonnements sont fondés sur deux grands principes. présentes et passées. on n’en est pas plus avancé : et il faut que la raison 6 Edit. 337. 37. Il y a aussi deux sortes de vérités. . et celles de Fait sont contingentes et leur opposé est possible. qui ne sauraient être prouvés et n’en ont point besoin aussi . les théorèmes de spéculation et les canons de pratique sont réduits par l’analyse aux Définitions. celles de Raisonnement et celle de Fait. dont chacun a encore besoin d’une analyse semblable pour en rendre raison.

c’est-à-dire. Car c’est en cela qu’elles sont distinguées de Dieu. doit être incapable de limites et contenir tout autant de réalité qu’il est possible.*. mais qu’elles ont leurs imperfections de leur nature propre. ou dans lequel il suffit d’être possible pour être actuel (§ 184-189. n’ayant rien hors d’elle qui en soit indépendant. en Dieu. 44. 167. Et comme rien ne peut empêcher la possibilité de ce qui n’enferme aucunes bornes. Préf.). Ainsi Dieu seul (ou l’Être nécessaire) a ce privilège qu’il faut qu’il existe s’il est possible. 43. la perfection n’étant autre chose que la grandeur de la réalité positive prise précisément. en mettant à part les limites ou bornes dans les choses qui en ont. en tant que réelles.. Or cette substance étant une raison suffisante de tout ce détail. Il s’ensuit aussi que les créatures ont leurs perfections de l’influence de Dieu. C’est parce que l’entendement de Dieu est la région des vérités éternelles. cette réalité soit fondée en quelque chose d’existant et d’actuel . dans laquelle le détail des changements ne soit qu’éminemment. universelle et nécessaire. et non seulement rien d’existant. D’où il s’ensuit que Dieu est absolument parfait . Et là. 377 et suiv. et par conséquent dans l’existence de l’Être nécessaire. aucune 7 Éd. Car il faut bien que s’il y a une réalité dans les essences ou possibilités. et par conséquent. 153. ou bien dans les vérités éternelles. 27-30. où il n’y a point de bornes. et que sans lui il n’y aurait rien de réel dans les possibilités. La Monadologie (1714) 17 suffisante ou dernière soit hors de la suite ou séries de ce détail des contingences. Erdm. mais encore celles des essences. et ce Dieu suffit. incapable d’être sans bornes. 4 a 7). p.Gottfried Wilhelm Leibniz. il n’y a qu’un Dieu. 41. 335). mais encore rien de possible (§ 20). On peut juger aussi que cette substance suprême qui est unique. comme dans la source : et c’est ce que nous appelons Dieu (§ 7). 39. Et c’est ainsi que la dernière raison des choses doit être dans une substance nécessaire. Il est vrai aussi qu’en Dieu est non seulement la source des existences. aucune négation. ou des idées dont elles dépendent. et étant une suite simple de l’être possible . quelqu’infini qu’il pourrait être. 469 a. . 40. 45. la perfection est absolument infinie (§ 22. Cette imperfection originale des créatures se remarque dans l’inertie naturelle des corps (§ 20. 42. lequel aussi est lié par tout . 38. dans lequel l’essence renferme l’existence. ou de ce qu’il y a de réel dans la possibilité.

pour ainsi dire. Mais dans les substances simples ce n’est qu’une influence idéale d’une monade sur l’autre. Abrégé object. Mais en Dieu ces attributs sont absolument infinis ou parfaits . étant dépendantes de Dieu. . La Monadologie (1714) 18 contradiction. que les vérités éternelles.Gottfried Wilhelm Leibniz. Et c’est ce qui répond à ce qui. qui fait les changements ou productions selon le principe du meilleur (§ 7. 54. Mais nous venons de la prouver aussi a posteriori puisque des êtres contingents existent. Ainsi l’on attribue l’action à la Monade. en tant qu’elle a des perceptions distinctes. par des Fulgurations continuelles de la Divinité de moment en moment. 49. 395). qui est la source de tout. 380). et dans les Monades créées ou dans les Entéléchies (ou perfectihabies. 3). 48. Nous l’avons prouvée aussi par la réalité des vérités éternelles. puis la Connaissance qui contient le détail des idées. bornées par la réceptivité de la créature. 51. Cependant il ne faut point s’imaginer avec quelques-uns. 66. Car puisqu’une Monade créée ne saurait avoir une influence physique sur l’intérieur de l’autre. en tant qu’elle est imparfaite. la faculté perceptive et la faculté appétitive. à mesure qu’il y a de la perfection (§ 87). sont arbitraires et dépendent de sa volonté. ce n’est que par ce moyen que l’une peut avoir de la dépendance de l’autre (§ 9. 149-150). dans les monades créées. et la passion en tant qu’elle en a de confuses (§ 32. au lieu que les vérités nécessaires dépendent uniquement de son entendement. Cela n’est véritable que des vérités contingentes. Poiret. comme Hermolaüs Barbarus traduisait ce mot) ce n’en sont que des imitations. cela seul suffit pour connaître l’existence de Dieu a priori. et pâtir d’une autre. Ainsi Dieu seul est l’unité primitive. qui a la raison de son existence en lui-même. 47. fait le sujet ou la base. La créature est dite agir au-dehors en tant qu’elle a de la perfection. et en sont l’objet interne (§ 180-184. 386). ou la substance simple originaire. et c’est par là qu’on dit qu’elle agit sur l’autre. 185. que Dieu en réglant les autres dès le commencement des choses. ait égard à elle. 50. à laquelle il est essentiel d’être limitée (§ 382-391. comme Descartes paraît l’avoir pris et puis M. lesquels ne sauraient avoir leur raison dernière ou suffisante que dans l’être nécessaire. 335. en ce qu’on trouve en elle ce qui sert à rendre raison a priori de ce qui se passe dans l’autre. 65-66. 398. dont le principe est la convenance ou le choix du meilleur . Et une créature est plus parfaite qu’une autre. 351. 201. dont toutes les Monades créées ou dérivatives sont des productions et naissent. et enfin la Volonté. en tant que dans les idées de Dieu une monade demande avec raison. Il y a en Dieu la Puissance. qui ne peut avoir son effet que par l’intervention de Dieu. 46.

59. 7. et par conséquent ce qui est actif à certains égards. Et. qui ne sont pourtant que les perspectives d’un seul selon les différents points de vue de chaque Monade. chaque possible ayant droit de prétendre à l’existence à mesure de la perfection qu’il enveloppe (§ 74. que je donnais trop à Dieu. 345 et s. Et c’est ce qui est la cause de l’existence du meilleur.. Et cette raison ne peut se trouver que dans la convenance. pourquoi cette harmonie universelle. et est comme multipliée perspectivement . Mais il ne put alléguer aucune raison. Aussi n’est-ce que cette hypothèse (que j’ose dire démontrée) qui relève comme il faut la grandeur de Dieu : c’est ce que Monsieur Bayle reconnut. et qu’elle est par conséquent un miroir vivant perpétuel de l’univers (§ 130. 54. 208. Et c’est le moyen d’obtenir autant de variété qu’il est possible. 206. et plus qu’il n’est possible. se trouve dans ce qui se connaît distinctement dans un autre (§ 66). c’est le moyen d’obtenir autant de perfection qu’il se peut (§ 120. 167. fût impossible. 10. 241 sqq. ou dans les degrés de perfection. que ce qu’on connaît distinctement en lui. 53.Gottfried Wilhelm Leibniz. et passif en tant que la raison de ce qui se passe en lui. 352.. La Monadologie (1714) 19 52. 44. il faut qu’il y ait une raison suffisante du choix de Dieu. Or. 173. 360). comme une même ville regardée de différents côtés paraît tout autre. il arrive de même. 84. que ces mondes contiennent . fait que chaque substance simple a des rapports qui expriment toutes les autres. 58. qui fait que toute substance exprime exactement toutes les autres par les rapports qu’elle y a. où même il fut tenté de croire. qui l’obligent à y accommoder l’autre . qui le détermine à l’un plutôt qu’à l’autre (§ 8. 119. est passif suivant un autre point de considération : actif en tant. 57. Or cette liaison ou cet accommodement de toutes les choses créées à chacune et de chacune à toutes les autres. c’est-à-dire. 196 et s. 1. 350. 80. 201. 225. il y a comme autant de différents univers. . 8). Car Dieu comparant deux substances simples. 214. que sa bonté le fait choisir. que la sagesse fait connaître à Dieu. 124. trouve en chacune des raisons. 56. mais avec le plus grand ordre. Abrégé object. qui se puisse.. lorsque dans son Dictionnaire (article Rorarius) il y fit des objections. 204. qu’entre les créatures les actions et passions sont mutuelles. 130. Et c’est par là. 55. comme il y a une infinité d’univers possibles dans les Idées de Dieu et qu’il n’en peut exister qu’un seul. 354). 243. que par la multitude infinie des substances simples. sert à rendre raison de ce qui se passe dans un autre . et que sa puissance le fait produire (§ 8. 275). 414-416). object.

suivant lequel l’univers y est représenté (§ 403). disait Hippocrate. . de sorte que chaque corps est affecté non seulement par ceux qui le touchent. Ce n’est pas dans l’objet. Elles vont toutes confusément à l’infini. c’est-à-dire dans celles qui sont ou les plus prochaines. car ils vont à l’infini. Et les composés symbolisent en cela avec les simples. l’âme représente aussi tout l’univers en représentant ce corps. rien ne la saurait borner à ne représenter qu’une partie des choses . p. dont il est touché immédiatement : il s’ensuit. dont la nature étant représentative. elle représente plus distinctement le corps qui lui est affecté particulièrement et dont elle fait l’Entéléchie : et comme ce corps exprime tout l’univers par la connexion de toute la matière dans le plein. que les monades sont bornées. constitue avec l’entéléchie ce qu’on peut appeler un vivant. qui en est l’Entéléchie ou l’Âme. 8 […] La même citation d’Hippocrate se retrouve dans l’Avant-propos des Nouveaux Essais. 61. quoiqu’il soit vrai que cette représentation n’est que confuse dans le détail de tout l’univers. 63. mais aussi par leur moyen se ressent encore de ceux qui touchent les premiers. que cette communication va à quelque distance que ce soit. La Monadologie (1714) 20 60. 197 b. Ainsi quoique chaque monade créée représente tout l’univers. et par conséquent dans le corps. tant selon les temps que selon les lieux : sumpnoia panta 8. mais elles sont limitées et distinguées par les degrés des perceptions distinctes. 62.Gottfried Wilhelm Leibniz. il faut qu’il y ait aussi un ordre dans le représentant. On voit d’ailleurs dans ce que je viens de rapporter. autrement chaque monade serait une Divinité. tellement que celui qui voit tout. éd. Mais une Ame ne peut lire en elle-même que ce qui y est représenté distinctement. ou les plus grandes par rapport à chacune des Monades . et comme dans le plein tout mouvement fait quelque effet sur les corps distants. Et par conséquent tout corps se ressent de tout ce qui se fait dans l’univers . Or ce corps d’un vivant ou d’un animal est toujours organique . qui lui appartient d’une manière particulière (§ 400). mais dans la modification de la connaissance de l’objet. elle ne saurait développer tout d’un coup tous ses replis. et l’univers étant réglé dans un ordre parfait. les raisons a priori pourquoi les choses ne sauraient aller autrement. au tout . pourrait lire dans chacun ce qui se fait partout et même ce qui s’est fait ou se fera . à mesure de la distance. Erdm. car toute Monade étant un miroir de l’univers à sa mode. en remarquant dans le présent ce qui est éloigné. et avec l’âme ce qu’on appelle un animal. Le corps appartenant à une Monade. et se ressent en quelque façon de tout ce qui leur arrive. ainsi traduite par Leibnitz : « tout est conspirant ». ce qui rend toute la matière liée. et particulièrement à chaque monade. et ne peut être distincte que dans une petite partie des choses. Car. Parce que Dieu en réglant le tout a eu égard à chaque partie. c’est-à-dire dans les perceptions de l’âme. comme tout est plein..

Par où l’on voit qu’il y a un monde de créatures. 5. 67. . 483). jusqu’à l’infini. sans discerner les poissons mêmes (Préf. d’âmes dans la moindre partie de la matière. ou un tel étang.Gottfried Wilhelm Leibniz. où la roue était destinée. La Monadologie (1714) 21 64. On voit par là. Et quoique la terre et l’air interceptés entre les plantes du jardin. chaque goutte de ses humeurs est encore un tel jardin. point de confusion qu’en apparence . Chaque portion de la matière peut être conçue. Mais les machines de la nature. plantes. 194. Ainsi chaque corps organique d’un vivant est une espèce de machine divine. de vivants. Parce qu’une machine faite par l’art de l’homme. [Disc. et comme un étang plein de poissons. comme un jardin plein de plantes. de poissons de l’étang. point de chaos. qui surpasse infiniment tous les automates artificiels. ou l’eau interceptée entre les poissons de l’étang. b ****. 69.. que chaque corps vivant a une entéléchie dominante qui est l’âme dans l’animal . 477 b. dont chacun a encore son entéléchie. parce que chaque portion de la matière n’est pas seulement divisible à l’infini comme les anciens ont reconnu. l. de mort dans l’univers. c’est-à-dire les corps vivants. dont chacune a quelque mouvement propre. que chaque portion de la matière pût exprimer tout l’univers (Prélim. 146. chaque partie en parties. p. 65. 9 Éd. à peu près comme il en paraîtrait dans un étang à une distance dans laquelle on verrait un mouvement confus et grouillement. mais le plus souvent d’une subtilité à nous imperceptible. § 70. ou d’un automate naturel. C’est ce qui fait la différence entre la Nature et l’Art. § 195). ou son âme dominante. 68. 475 b. Ainsi il n’y a rien d’inculte. Théod. c’est-à-dire entre l’art Divin et le nôtre (§ 134. d. mais les membres de ce corps vivant sont pleins d’autres vivants. animaux. Mais chaque rameau de la plante. mais encore sous-divisée actuellement sans fin. autrement il serait impossible. ne soit point plante. p. sont encore machines dans leurs moindres parties. Par exemple : la dent d’une roue de laiton a des parties ou fragments qui ne nous sont plus quelque chose d’artificiel et n’ont plus rien. ***. Erdm. n’est pas machine dans chacune de ses parties. de stérile. 66.]. chaque membre de l’animal. 70. 6 9). qui marque de la machine par rapport à l’usage. d’entéléchies. ni poisson . ils en contiennent pourtant encore. pour ainsi dire. Et l’auteur de la nature a pu pratiquer cet artifice divin et infiniment merveilleux. conform.. d’animaux.

peuvent être appelés spermatiques . mais jamais Métempsychose ni transmigration des Ames : il n’y a pas non plus des Ames tout à fait séparées. qui avaient mal pris ma pensée. 5. ***. destinés toujours à son service. comme ce que nous appelons Morts. Mais il ne faut point s’imaginer avec quelques-uns. naissent. Dieu seul en est détaché entièrement (§ 90. sont des enveloppements et des diminutions. Et ce que nous appelons Générations sont des développements et des accroissements . et des parties y entrent et en sortent continuellement.. mais aujourd’hui. mais encore une âme dans ce corps. 72. Mais ce n’était que la moitié de la vérité : j’ai donc jugé que si l’animal ne commence jamais naturellement. comme lorsque les vers deviennent mouches. et qu’elle possède par conséquent d’autres vivants inférieurs. mais toujours par les semences. ou Ames . que non seulement le corps organique y était déjà avant la conception. 86. dans lesquelles il y avait sans doute quelque préformation . On voit même quelque chose d’approchant hors de la génération. Ainsi l’âme ne change de corps que peu à peu et par degrés. dont quelques-uns sont élevés au degré des plus grands animaux par le moyen de la conception. que chaque âme a une masse ou portion de la matière propre ou affectée à elle pour toujours. et en un mot l’animal même . et il n’y a qu’un petit nombre d’Élus. Car tous les corps sont dans un flux perpétuel comme des rivières . 73. C’est ce qui fait aussi qu’il n’y a jamais ni génération entière. 397). La Monadologie (1714) 22 71. 89. Erdm. p. les insectes et les animaux. de sorte qu’elle n’est jamais dépouillée tout d’un coup de tous ses organes . mais encore point 10 Édit. on a jugé. il ne finit pas naturellement non plus . Préf. 75. que les corps organiques de la nature ne sont jamais produits d’un chaos ou d’une putréfaction . se multiplient et sont détruits comme les grands animaux.Gottfried Wilhelm Leibniz. par des recherches exactes faites sur les plantes. 76. . ni de Génies sans corps. Entéléchies. b et pages suivantes 10. 124). consistant dans la séparation de l’âme. et que non seulement il n’y aura point de génération. et que les chenilles deviennent papillons (§ 86. Les philosophes ont été fort embarrassés sur l’origine des formes. Les animaux. 187-188. 475 b. ni mort parfaite prise à la rigueur. 403. et il y a souvent métamorphose dans les animaux. 74. c’est-à-dire la plupart. lorsqu’on s’est aperçu. et que par le moyen de la conception cet animal a été seulement disposé à une grande transformation pour devenir un animal d’une autre espèce. mais ceux d’entre eux qui demeurent dans leur espèce. qui passe à un plus grand théâtre. § 90.

mais dès que ceux qui sont élus. parviennent par une actuelle conception à la nature humaine. il serait tombé dans mon Système de l’Harmonie préétablie (Préf. que leurs petits Animaux spermatiques. Erdm. § 22.. puisqu’elles sont toutes les représentations d’un même univers (Préf.dessus (§ 90). 82. Les corps agissent selon les lois des causes efficientes ou des mouvements. et ne finissent pas non plus que le monde). p. § 340.Gottfried Wilhelm Leibniz. La Monadologie (1714) 23 de destruction entière. et quitte ou prenne des dépouilles organiques. que les âmes ne peuvent point donner de la force aux corps. Et les deux règnes. Cependant il a cru que l’âme pouvait changer la direction des corps. 78. 353.. Erdm. Descartes a reconnu. 352. quoique sa Machine périsse souvent en partie. 11 12 Édit. comme nous venons de dire (savoir que l’animal et l’Âme ne commencent qu’avec le monde. celui des causes efficientes et celui des causes finales sont harmoniques entre eux. **** 12. Ce Système fait que les corps agissent comme si (par impossible) il n’y avait point d’Ames . Et ces raisonnements faits a posteriori et tirés des expériences s’accordent parfaitement avec mes principes déduits a priori comme ci. 59. Ainsi on peut dire que non seulement l’âme (miroir d’un univers indestructible) est indestructible. 61. parce qu’il y a toujours la même quantité de force dans la matière. pour ainsi dire. et que tous deux agissent comme si l’un influait sur l’autre. comme s’il n’y avait point de corps . Ces principes m’ont donné moyen d’expliquer naturellement l’union ou bien la conformité de l’âme et du corps organique. L’âme suit ses propres lois et le corps aussi les siennes . Les âmes agissent selon les lois des causes finales par appétitions. et ils se rencontrent en vertu de l’harmonie préétablie entre toutes les substances. 354-355). ***. 79. p. 66. ont seulement des âmes ordinaires ou sensitives. . mais encore l’animal même. et que les Ames agissent. 476 a. 60. Mais c’est parce qu’on n’a point su de son temps la loi de la nature. 6 11. 77. S’il l’avait remarquée. 477 a.. Édit. quoique je trouve qu’il y a dans le fond la même chose dans tous les vivants et animaux. ni mort prise à la rigueur. il y a pourtant cela de particulier dans les Animaux raisonnables. 345-346 sqq. 81. 62. 358). qui porte encore la conservation de la même direction totale dans la matière. Quant aux Esprits ou Ames raisonnables. fins et moyens. leurs âmes sensitives sont élevées au degré de la raison et à la prérogative des Esprits (§ 91. 80. tant qu’ils ne sont que cela. 397).

). et la récompense des autres (§ 18 sqq. ou de l’Auteur même de la nature : capables de connaître le système de l’univers et d’en imiter quelque chose par des échantillons architectoniques . c’est-à-dire. et que de même les belles actions s’attireront leurs récompenses par des voies machinales par rapport aux corps . que l’assemblage de tous les Esprits doit composer la Cité de Dieu. comme législateur . 110. Comme nous avons établi ci-dessus une Harmonie parfaite entre deux Règnes naturels. il y a encore celle-ci : que les âmes en général sont des miroirs vivants ou images de l’univers des créatures . C’est ce qui fait que les Esprits sont capables d’entrer dans une manière de Société avec Dieu. nous devons remarquer ici encore une autre harmonie entre le règne Physique de la Nature et le règne Moral de la Grâce. D’où il est aisé de conclure. Abrégé object. 130. Cette Cité de Dieu. 85. 248. 112. 89. l’autre des Finales. mais que les esprits sont encore des images de la Divinité même. 86. 84. chaque esprit étant comme une petite divinité dans son département (§ 147). Cette Harmonie fait que les choses conduisent à la Grâce par les voies mêmes de la Nature. 247). dans le monde Naturel. pour le châtiment des uns. La Monadologie (1714) 24 83. 340). 74. l’un des causes Efficientes. non seulement ce qu’un inventeur est à sa Machine (comme Dieu l’est par rapport aux autres créatures) mais encore ce qu’un Prince est à ses sujets. dont j’en ai déjà marqué une partie. 88. entre Dieu considéré comme Architecte de la Machine de l’univers. Entre autres différences qu’il y a entre les Ames ordinaires et les Esprits. et même un père à ses enfants. et Dieu considéré comme Monarque de la Cité divine des Esprits (§ 62. et ce qu’il y a de plus élevé et de plus divin dans les ouvrages de Dieu : et c’est en lui que consiste véritablement la gloire de Dieu. 87. cette Monarchie véritablement universelle est un Monde Moral. c’est-à-dire le plus parfait État qui soit possible sous le plus parfait des Monarques (§ 146. et qu’il est à leur égard. au lieu que sa sagesse et sa puissance se montrent partout. 244-245. c’est aussi par rapport à cette Cité divine qu’il a proprement de la Bonté.. . puisqu’il n’y en aurait point. que Dieu comme Architecte contente en tout Dieu. On peut dire encore. si sa grandeur et sa bonté n’étaient pas connues et admirées par les esprits. quoique cela ne puisse et ne doive pas arriver toujours sur-le-champ. 118. et en vertu même de la structure mécanique des choses . et que ce globe par exemple doit être détruit et réparé par les voies naturelles dans les moments que le demande le gouvernement des Esprits .Gottfried Wilhelm Leibniz. et qu’ainsi les péchés doivent porter leur peine avec eux par l’ordre de la nature .

et se contenter cependant de ce que Dieu fait arriver effectivement par sa volonté secrète. qui fait prendre plaisir à la félicité de ce qu’on aime. et qu’il est impossible de le rendre meilleur qu’il est . *. non seulement comme à l’Architecte et à la cause efficiente de notre être. mais encore pour nous-mêmes en particulier. 4 b 14). *. Erdm. et qui aiment et imitent. conséquente et décisive . Enfin sous ce gouvernement parfait il n’y aurait point de bonne Action sans récompense. FIN 13 14 Édit. ou antécédente . se plaisant dans la considération de ses perfections suivant la nature du pur amour véritable. c’est-à-dire de ceux qui ne sont point des mécontents dans ce grand État. comme il faut.Gottfried Wilhelm Leibniz. p. nous trouverions qu’il surpasse tous les souhaits des plus sages.. Erdm. Édit. § 278. que si nous pouvions entendre assez l’ordre de l’univers. 469 b. Préf. si nous sommes attachés. point de mauvaise sans châtiment : et tout doit réussir au bien des bons . 4 a b 13. l’Auteur de tout bien. . mais encore comme à notre Maître et à la cause finale qui doit faire tout le but de notre volonté. qui se fient à la Providence. et peut seul faire notre bonheur (Préf. p. non seulement pour le tout en général.. comme il faut à l’Auteur du tout. en reconnaissant. La Monadologie (1714) 25 90. 469. après avoir fait leur devoir. C’est ce qui fait travailler les personnes sages et vertueuses à tout ce qui paraît conforme à la volonté divine présomptive.

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