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memoire d'un corsaire
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) ou.nds-augustin.:. LIBRAIRES-ÉDITEURS 3. IJUAI d:s gra. . NOTES ET ADDITIONS PA H CHARL€S BRÉARD PARIS LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER PERRIN ET (y.JOUUNAL DU CORSAIRE JEAN DOUBLET DE RONFLEUR LIEUTENANT DE FRÉGATE SOUS LOUIS XIV PUBLIÉ DAPRÎIS LE MANUSCRIT AUTOGRAPHE AVEC INTRODUCTION.

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JOURNAL DU CORSAIRE JEAN DOUBLET DE HONFLEUR .

TOUS DROITS RÉSERVÉS .

NOTES ET ADDITIONS PAR CHARLES BRÉARD PARIS LIBRAIRIE ACADÉMiaUE DIDIER PERRIN ET 35. C'% LIBRAIRES-ÉDITEURS 1887 QUAI DSS GRANDS-AUGUSTINS. 35 Tous droits réservés.JOUUNAL DU CORSAIRE JEAN DOUBLET DE HONFLEUR LIEUTENANT DE FRÉGATE SOUS LOUIS XIV PUBLIÉ d'après LE MANUSCRIT AUTOGRAPHE AVEC INTRODUCTION. .

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père et mère. les son baptistaire ne se retrouve point dans sa ville anciens registres des paroisses de à côté de ceux des autres ses enfants de François Doublet et de Madeleine Fontaine.INTRODUCTION Jean-François Doublet (i) naquit à Ronfleur au milieu du dix-septième siècle. 48 et 314. Les registres les minutes des anciens tabellionages d'Auge. et L'obscurité qui enveloppe la naissance de Doublet n'entoure heureusement pas sa parenté. . Il résulte de là cette date que l'on n'a point d'autre moyen pour déterminer inconnue que d'accepter l'indication lorsqu'il parle Il fournie par Doublet lui-même de son âge à l'époque trois de son premier embarquement. municipaux. p. faut reporter la naissance de notre marin au mois de novembre 1655. de Grestain de Roncheville et des papiers de famille nous ont mis à portée de (i) Voyez la Repue historique. D'après cette donnée. Nous n'avons natale. dit-il. tome XII. pas la date de sa naissance. il lorsque brûlant d'accompagner son père au Canada vers la se cacha dans l'entrepont du navire qui emportait la Nouvelle-France fortune et les espérances de sa il famille. avait sept ans et mois.

de Pont-rEvêque. Acte de notoriété du 24 mai 1679.. 12 avril 1722. (i) obtenir l'anoblissement. qui pratiqua pendant plus de trentecinq ans l'art de l'apothicaire (4). Mais notre intention n'est pas de reproduire tous les renseignements biographiques ou généalogiques qu'une recherche patiente nous a permis de rassembler . paraîtrait énonçait simplement la Il même que de les la emplois en possession de sa famille. mais ce détail de peu d'importance. ou la propriété la forêt moitié d'une sergenterie et gardelui avaient fait noble située en de Touques. Voy. soupçonné de piraterie le : d'un ton hautain par duc d'York. fo (4) fol- reg. pièce n° 5. 20 . enfants d'un bourgeois de Honfleur.6 JOURNAL DE JIIAN DOUBLET recueillir sur clic des informations nombreuses et précises. Doublet appartenait à une bonne famille de moyenne bourgeoisie qui comptait plusieurs de ses seils membres dans et interrogé les con- de la ville depuis le commencement du dix-septième siècle. Lorsque. ne se vantait aucunement. climat et un destin meilleurs. Arch. arr. « — il plus-tard Jacques H. blet répondit il Monseigneur. d'écuyer dans l'acte du décès de sa est est qualifié femme (3). du Calvados. Doublet est dit noble homme dans il l'acte de son mariage que nous donnons plus loin (2). Déiibér. je suis — Dou» la vérité. de bonne naissance. Madeleine (1) (2) (5) Dép. des navires. n» 57. C'était l'un des seize maître François Doublet. nous ferons un choix dans nos matériaux. arma et équipa rêva la fortune et chercha un Fontaine. les On his- en pourra juger par notes déjà publiées dans la Revue torique et par celles qui nous restent encore à donner. Reg. devint capitaine-marchand. Sa mère. aux additions. munie. de l'état civil de Hontleur.

On trouvera plus loin. vivant en 1650. tabellion royal en vicomte d'Auge.INTRODUCTION était fille 7 laissa d'un Jacques Fontaine décédé vers 1652 et qui fille. une autre Marie Fontaine. occupait l'office de procureur du roi au siège de l'amirauté. lieutenant du premier barbier du roi en 1664. fils d'Olivier de Valsemé. Parmi la tribu des nous citerons Louis Doublet. . bourgeois. sergent en sieur des Bords. ses pi- bossages et ses murs en damierdans le goût qui régnait au temps de Louis XIIL Son cousin germain. sait les remplis- fonctions de receveur du duc d'Orléans deux grands-oncles. conseiller de ville échevin de 1626 à 1639. Ses Jacques des Auber l'aîné et Jacques Auber le jeune. Voici fait quelques-uns de ses membres que nous ont connaître des documents des était XVP et XVIP siècles. — en 1622. premier échevin en 1666 et et 1668. et était ainsi entré dans l'alliance famille très-considérée parmi bourgeois de Honfleur. un autre cousin. Louis Auber. n" 2j. sel . — Son les aïeul paternel avait épousé d'une Marguerite Auber. Doublet. marié à Guillaume de Valla semé. dans un tableau généalogique. furent receveurs deniers municipaux de l'année 1621 à l'année 1674. vicomte de Blangy Guillaume Doublet. Pierre Doublet. pour le domaine de Roncheville. ses en pierre. Le bisaïeul il maternel de Doublet se nommait Richard Auber . chirurgien. le nom de plusieurs de ses frères et de (i) Rue des Capucins. président en 1680. Nicolas-Claude receveur du grenier à la Doublet du Rousseau. en 1656. était premier échevin en 1672 . Un Nicolas Auber procureur-sindic des bourgeois en l'année 1550. sieur des Rocquettes. tabellion en 1604. ^^^^ habitation se voit encore (i) avec sa porte basse lastres. Jean-Baptiste Auber.

qui vint au monde en la fin cette ville de l'année 1693. A l'âge de dix-neuf ans. Du mariage de Jeanne-Rose Doublet et de M^ Thomas Quillet sortirent cinq enfants. quelques notes à ce Nous pourrions nous en de suivre Mais de nouvelles recherches nous ayant permis de certaines indications déjà données et rectifier les ramifications les détails de la descendance de Doublet. naquit un premier enfant. Par l'alliance . et fut la élevée à Honfleur où sa mère famille s'était fixée au milieu de le de son mari. nous ajouterons qui suivent. une charge à laquelle d'importants privilèges étaient L'achat de cet office pour un modeste marchand de en partie dentelles ou de draperie a source de la été — soit dit en passant qui — la fortune de ces vaniteux Quillet détenaient l'é- encore les principales charges du bailliage de Honfleur à poque de la révolution. Un seul la nous intéresse particu- lièrement parce qu'il nous fournira descendance du corsaire Doublet jusqu'à nos jours. Elle entrait aisés qui n'avaient fils dans l'alliance d'une famille de marchands faire eu d'autre ambition roi. Le devoir de son à fond la filiation et bio- donc sinon de rechercher du normand. comme on le verra. n'a donné que très- peu de renseignements sur sa graphe corsaire était famille. 13 mars 1712. le Ce fut Françoise-Marguerite-Rose Quillet. Jeanne-Rose Doublet épousa conseiller M^ Thomas en la Qiiillet. De vers son union avec Françoise Fossard. que celle de de leur un officier du en lui achetant attachés. Jeanne-Rose Doublet. Jean-François Doublet se maria à Saint-Malo en 1692. JOURNAL DE JEAN DOUBLET ses sœurs. Doublet. lieutenant général vicomte de Roncheville. de présenter tenir là. du roi. du moins de rassembler sujet. 25 décembre 17 12.8i. née à Honfleur.

sieur de Saint-Georges. descendant famille qui mérite de d'une nous le arrêter un moment. Mais il est certain qu'en qu'il réalité exerçait la profession de ainsi marchand-armateur. La tige nous en est connue. « faisoit.INTRODUCTION de sa fille. les iÇ mai 1502. produisirent en 1540 l'anoblis(3). Le premier. février 1512. assez vigoureuse à la fin du siècle dernier. 112 et 118. Rose Quillet épousa un gentilhomme. siècle et non dans la noblesse qu'elle avait jeté ses Ainsi. écuyer.) . certaines pièces des archives municipales (i) font mention d'un Jacques Naguet qui prenait rang parmi les conseillers-élus de la cité en l'année 1499. En effet à vingt ans. 9 à la bourgoisie Doublet avait vu sa famille s'unir aristocratique. et » Il fut anobU par et lettres-patentes dits 1522. ses fils. Adrien Louis Naguet. Leur race semble. est aujourd'hui éteint faisaient était quelque figure. (Caen. le 23 juin. ce elle Les de Naguet dont jadis nom . « avocat de il communauté. for- mait quatre ou cinq rameaux qui s'étaient étendus aux environs de Honfleur. messire Alexandre de Naguet. p. un second mariage devait donner à celle-ci accès dans la noblesse. que s'exprime un ancien document (2). mais la bourgeoisie c'est dans marchande. marchandises par terre de février et » train et trafic de par mer. en 1733. Jacques Naguet. ancienne et elle était.) (. les A une époque antérieure à cette terre située Naguet avaient l'acquisition d'une (i) Actes de l'Hôtel-de-Ville des 17 novembre 1499. fait sement donné à leur père date. en effet. {2) Elus de Lisieitx. se fut avocat. i827. A ses côtés figurent et d'autres bourgeois du même nom la : Guillaume Naguet qualifiait » Jean il Naguet. parmi les armateurs honfleurais du quinzième racines. Recherche faite en iÇ40/'ar Id.

rcg. C'est dans cette blet le maison que la petite-fille du corsaire Doufils. servit nommé Robert-Jacquesla Alexandre de Naguet. a encore bon sinon grand air. la Le manoir de Saint-Georges se voit sur fleur à Trouville. représentait s'éteignit en lui quant au fille. Il qu'une Ses arrière-petits-enfants portent de nos jours des noblesse. » façade. mit au monde un 12 septembre 1739 (i). Notre époque connu Alexandre de Naguet de St-Georges menant h Honfleurune existence très retirée et tant soit peu étrange. devenue Madame de Saint-Georges. deux pas d'un mouHn La qui. gés de cailloux noirs posés en damier. Mais nous croyons que et si les de Naguet revenaient au monde. rien n'a été changé. puis il d'abord dans Il marine royale. (i) Arc.10 JOURNAL DL JEAN DOUBLET la en paroisse la de Pennedepie. . reçut eut un fils qui. ces deux noms représentent dans ligne féminine la descendance du corsaire normand Jean-François Doublet. qu'ils On connaît bien aujourd'hui sieurial encore maison habitaient. de l'étal-civil. si l'on excepte le mobilier qui a dis- paru. avec le grade de capitaine lieutenant de il et la croix les 5 de St-Louis il fut plus tard MM. que si leur prenait fantaisie de ils revenir habiter le berceau de la famille. « fait de bled farine. sortit entra au régiment d'Auvergne. De son mariage octobre 1767. A l'intérieur. de Pcnncdcpic. la Or. en . ne s'y trouveraient point logés suivant leur rang. droite en faisant route de à Hon- au milieu d'un vaste verger. qui appartiennent à la haute Ce sont noms Madame la marquise de Caulaincourt et Madame la comtesse d'Andigné. avec ses cordons de briques de couleur claire mélanair. Le rameau ne laissa qu'il nom.Ce dernier. le maréchaux de France. le comme son père a et comme son aïeul cet prénom d'Alexandre. depuis plus de trois cents ans.

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12 JOURNAL DU JEAN DOUBLET II Le détail des voyages de découvertes et des essais de colosiècles la nisation où la Normandie engagea durant deux et for- tune de ses marins ritime. On y voit les négociants de leurs Rouen et de Honfleur poursuivre librement projets de commerce pour extérieur et de colonisation. A ce point journal de Doublet s'ouvre par des renseignements d'un grand intérêt. sur le s'il banc et dans les baies de Terre-Neuve. comme dans tant d'autres entreprises de faiblir et cette époque. à la Floride. l'initiative privée s'user. La compagnie d'associés agit son propre compte et avec ses seules ressources. de ses armateurs manque à l'histoire sait maque Quelques noms ont cependant survécu et on les navires normands trafiquaient dans l'Inde. L'association eut une triste fin. sur les côtes des futurs Etats-Unis. Elle a donc une valeur . animé de avait su réunir des de son temps et sommes importantes et faire partager à ses amis l'espérance d'un succès certain. le lien le qui les rattache les uns aux autres. finalement se décourager. au Brésil. On y vit. on n'a pas encore montré de vue. de l'entreprise. l'esprit Le créateur de son pays. Elle montre marine marchande de Normandie continuer ses pratiques était de navigation comme au temps où Champlain et des venu lui demander des matelots historique. La relation de Doublet n'en établit pas moins la la chaîne non interrompue des traditions. colons. mais nous reste de ces voyages des témoignagnes non douteux. faute de protection.

enfin Heutenant de frégate. nous laisser dit-il. Il abonde en digressions. » Il » prié de leur un manuscrit de tenir la il tra- vailla sur ce qui lui restait de ses journaux de bord. mesuré du regard Ténéet échappé aux pirates de Salé combattu les frégates la d'An- gleterre et de Hollande. voulut « satisfaire sa famille intimes amis. expliquer ses entrevues avec le duc d'York. yeux s'embrouille attentifs et dans des périodes interminables. longé ban- quises de glace des mers riffe. Tourville. le corsaire se » et ses mit à l'œuvre. crédule. Doublet charmait à les écrire. avec bonhomie. lui cinquante années. Jean Bart. Doublet fit les premiers pas dans l'a- ventureuse carrière qu'il devait poursuivre pendant près de tard sonné. pour raconter ses croisières et ses stratagèmes. le il de Danemark et tant d'autres personnages dont s'honorait d'avoir conquis l'estime.INTRODUCTION 1-3 A sept ans et demi. l'auditoire l'exhortait Quoique peu clerc. ses observer les constellations « à régulièrement monter descendre . lieutenant puis commandant de barques il longues. Mais il faut quelque habitude Il pour le suivre dans ses longues expHcations. commença Tour à tour volontaire. il veillée par ses très récits. Quand l'heure du repos eut plus quand dans assis au foyer d'un voisin qui avait comme navigué les le golfe et les bouches du Saint-Laurent. énumérer ses prises. pilote sur du roi. partial et est sincère. Doublet raconte avec simpHcité. lesquels l'avoient souvent ses voyages. second capitaine au les vaisseaux commerce. sans prétention d'aucune sorte. n'eut qu'à évoquer du fond sa mémoire des souvenirs déjà lointains pour se remettre de nouveau en mouvement. et d'une main moins habile à ouïe sabre d'abordage plume qu'à manier l'esponton sa narration. matelot. Engil de Ruyter. du Nord. Il si im- bavard. Seigneroi lay.

satisfait Même à avant d'avoir aux examens exigés. Doublet s'était initié aux pratiques du pilotage. Les et d'autres capitaines Delattre et Panetié. Comment et parvint-il ? h.14 les JOURNAL Dl-: JEAN DOUBLET dégrés de la voûte céleste. D'ailleurs il dès les premières pages l'aveu de son inexpérience. Le secret de jalonner sa route sur flots lui était plus familier que l'art d'écrire. fournit en effet plus d'un détail expressif et parmi les faits qu'il renferme il en est de nouveaux. devint ainsi un modeste mais précieux auxiliaire des chefs d'escadre. un des premiers et des plus graves problêmes que Colbert eut à résoudre lorsqu'il prit en main les aff. multipliait observations et il composait pour son usage un de ces Il livres qu'on nomme routiers. doter la France d'un enseignement fécond durable C'est ce qu'a . Cette faveur est l'éloge de celui qui en était l'objet. on le citait Dunkerque comme un pilote des plus habiles. l'instruction pratique dans la classe des officiers fut. les il le rivage comme en mer. touil explorait les chenaux. Esprit méthodique et laborieux. à la connaissance des marées. On aurait donc mauvaise grâce h lui reprocher son ignorance des proIl cédés de composition les plus simples. Sur jours la sonde en main. des bancs. des écueils. mais au point de vue de ? l'histoire ne prouve-t- elle pas autre chose Ne voit-on pas dans cet empressement à s'assurer les services d'un jeune homme inconnu mais qui passe pour expérimenté.iires de la marine. combien les officiers de la marine royale étaient celle alors étrangers ? à la science du pilotage et h de l'hydrographie Répandre en effet. se disputaient à qui l'em- Jean Bart commandants barquerait à son bord. » sont impuissants à surveiller les fait l'arrangement des mots. y a plus d'intérêt à considérer le journal de Doublet Il comme un tableau d'histoire. des courants.

recommanda aux un chefs d'escadre dès le début de sa carrière. Colbert la prit sous sa protection et prodigua maints encourales gements au professeur dieppois. en étudiant les Etablissements scientifiques dans leur origine et leur développement. prographie il moyens d'action ordonna la fondation d'écoles d'hyles dans les ports militaires et dans ports mar- chands. Joignant aux recommendations. et ne passera point ina- perçu que son autant que professeur. tout cet héritage de connaissances que les « nobles et gentilz mariniers » de Honfleur avaient mis à le vrai titre profit depuis le XV^ siècle. l'abbé Guillaume Denys. où se trouvent rassemblés plus précis et les plus nouveaux (i). Didier Neuville a commencé à combler cette lacune. On verra Doublet pour se perfectionner dans l'astronomie il nautique. ce qui le En résumé. ne voulant plus demander de pilotes à l'étranger. Notre corsaire n'avait donc pas seulement et brave. . Dans une série d'articles parus dans la Repue maritime M. il les qualités brillantes d'un marin audacieux gardait et on retrouvait en lui les mérites plus solides qui distinguaient ses compatriotes. mais tout ce qui. au point de vue historique. On y peut apprécier la sollicitude secondant l'initiative du puissant secrétaire d'Etat privée et sa persévérance à exposer aux intendants dans des instructions nombreuses et étendues ses vues de réforme et de progrès.INTRODUCTION révélé 1 5 une suite d'études les faits les récemment publiées. surpris flatté des succès de son élève se l'adjoingnit pen- dant quelque temps en quaUté de répétiteur. c'est qu'il était (i) Les historiens n'ont pas manqué depuis un siècle à la marine française. Justement désireux de voir le prospérer la petite école créée à Dieppe par bon abbé Denys. choisir l'école de Dieppe. On y trouvera notamment exposé clairement tout ce qu'on connaît jusqu'ici sur la création des écoles d'hydrographie. concerne la transformation de ses institutions est resté généralement ignoré. d'honneur de Doublet.

il nom lut l'adversaire redoutable du commerce ennemi. C'est brillante l'époque on pourrait dire la plus de sa vie. .lé JOURNAL DE JEAN DOUBLET de ces vaisseaux bâtis à grand pilote. sa longue pratique des côtes de la Manche place. il trafiqua avec des chances diverses dans l'autre. est accueilli dans l'état-major du ministre. La guerre finie. celle où l'on le voit s'élancer sur les convois et les amariner. Doublet renonce à ce grade et le tirer s'a- . en 1692. La vie de Doublet se partagea en deux périodes distinctes officier : dans l'une. on le Ucenciait campagne terminée non sans songeant que le toutefois le récompenser. Mais brevet de Heutenant de frégate qu'il a obtenu i\ ne le mènerait à rien. Doublet il des premiers à offrir ses services et bientôt ici prenait la mer sur une fine frégate. Au temps où Doublet les plus liers à se préparaient les grands armements de guerre. c'est-à-dire le guide sûr frais et qui étaient l'objet des soins incessants de Colbert. avec cinquante hommes de son équipage village un de trente maisons. Un ordre du roi autorisait-il les particuétait armer en course. corsaire et commanle dant une de ces barques longues connues alors sous frégates. porter les l'épouvante sur havrais qui fit côtes d'Angleterre. — comme ce marin descente. Doublet recouvrait sa liberté d'action. marinier et capitaine marchand. entre le cap Lézard et Falet brûla mouth. et de l'Océan lui permet de s'y faire une toute petite et le cercle de ses relations s'en trouve étendu. est à Brest à l'heure Doublet de la flotte où Seignelay surveille l'arrivée de Tourville et presse les Il armements destinés à la restauration des Stuarts. On la louait ses services au moment du besoin. les entreprises rentrait au port où l'on pouvait tenter avantageuses. que ce brevet n'était pas de nature des rangs secondaires.

INTRODUCTION I7 donne au commerce. gnoles et portugaises Il apparaît alors dans les colonies espa- comme un marchand la plein d'honnêteté mais peu endurant. se termine prit le Le journal de Doublet faire en 1707. années et elle se Quant au commandant Doublet. que de le voir exiger le salut des vaisseaux portugais et des flûtes de Hollande. On sont cia ne Hra pas avec moins d'intérêt les autres épisodes qu'il a : pris plaisir à raconter le au milieu de détails sans nombre l'histoire tels bombardement de Saint-Malo. sincérité de dom Gar- d'une de sentiment singulière. Comme 500 175 le dit. canons et hommes d'équipage. et rien ne fait mieux la ressortir la dignité et l'élévation le de ses sentiments que conduite qu'il tint devant Grand Conseil de Danemark. à procès. accepta commandement d'un portant 36 à Marseille navire de tonneaux. L'expédition dura plus terminale 22 avril 17 11. la le portrait de ce juge la qui pesait les et sacs défense du consulat de Havane cent récits ingénieux ou bizarres. se retira à Honfleur. le pilote. et les armé pour un voyage de découvertes dans de trois mers du Sud. Par certains droit et sent. le de son caractère corsaire et le marchand s'unis- Doublet songer parfois à Robert Surcouf. la Il nous reste à connaître il comment il fin carrière de ce marin. le Saint-Jean-Baptiste. Rien n'est plus curieux. gagnant faisant confiance des consuls et se un devoir d'user de son ferme où fait crédit pour déjouer traits les fraudes des Juifs et des Marocains. il résolu à ne plus retourner sur la mer. par exemple. Afin officiers il de jouir des privilèges accordés la aux commensaux de fit maison du roi et des maisons royales. se pourvoir par lettres du 5 septembre 17 11 d'une charge de capitaine-exempt d'une compagnie de gardes-suisses .

4 septembre 1725. né dans un rang obscur. qualités qui ont attiré sur lui l'attention des premiers marins de son temps. l'église de Barneville-la-Bertran (i). fut intrépide. décéda le 20* de décembre 1728 et fui inhumé dans nous prions composition. a fait connaissance avec le Maintenant que l'on le personnage. la térmérité. 15 février et i"' octobre 1712. . la fécondité de ressources et l'habilité l'exécution. lecteur de parcourir les récits qui suivent. La nous l'avons déjà mais le caractère n'en vaut guère mieux que le style. Reg. à de bon sens et En outre et il savait porter les sentiments de l'honneur se laisser si un haut point ne point surprendre par aucun malheur. éclairé. la au milieu des événements qui ont transformé fortune l'aurait appelle dans de nouvelles routes. (i) Reg. du corsaire y est bien mis en les relief et l'on y saisit. des délib.l8 JOURNAL DE JEAN DOUBLET Il du duc d'Orléans. 21 déc. Aussi attaché à ses devoirs qu'attentif à faire obser- ver une exacte discipline. plein d'un courage poussé jusqu'à d'honnêteté. il se montrait sévère sans être rigide.9 décembre 172601 18 décembre 1728. Doublet. Il joignait à la prompde titude de la décision. On aime à penser que ce marin eût vécu un siècle plus tard. la société. on serait peut présumer avec quelque certitude que Doublet capitaines de vaisseau devenu l'un des meilleurs des armées navales de la République. La solide barrière qui séparait les officiers proprement dits des officiers mariniers s'étant abaissée. 1728. pour ainsi dire. avide d'entreprises hasardeuses. munie. dans l'action même. de l'état civil de Barneville. dit. 29 septembre 1711 21 janvier.

C'est et un registre grand in-folio. Le manuscrit nous de la se divise en deux parties. La première. à i dos et couverture de parchemin.INTRODUCTION I9 m Le manuscrit conservé à original du journal que nous publions les est Rouen dans archives départementales de la Seine-Inférieure. elle n'a texte point de titre. M. et Chaque page porte une marge de est 30 millimètres renferme 40 lignes environ. L'écriture fine. qu'il en fit l'acquisition et en fit don au dépôt départemental. Le nombre de le ratures et de changements que tient. petit à raconter le bruit qu'il avait fait monde. dont le avons principalement à nous occuper forme présente pubfication. Les I feuillets à 136 de à 65 sont sans réglure. nette. lui le plus simple et le moins ambitieux dans le hommes. a bien voulu nous dire que ce manuscrit a été rencontré par lui chez un bouquiniste. de Beaurepaire. L'éminent archiviste. très-lisible. ^*'— Doublet expose dans une note (n° 46) qu'il avait égaré l'original de ses voyages. d'un papier vergé paginés de fort. D'ailleurs 9é^iA^^^Ù-Â ^ -^^y . Elle con- tient seulement des notes marginales que l'auteur a placées de . On en pourra la juger par le spécimen que nous présentons. C'est signature de Doublet à l'époque même où des il se décida. manuscrit con- indique que l'on a sous par les' yeux la transcription faite l'au- teur lui-même d'une première rédaction.

passages principaux de son récit. que des deux points et du point et il les place Pour l'étabHssement du texte. l'auteur La narration de Doublet offre très peu d'alinéas la a écrit quatre ou cinq pages. le Nous avons cru à propos de distribuer faciliter la lecture. récit. une hésitation à distinguer le genre des substantifs. qui est des plus défectueuses. Doublet . enfin la un effort constant à conformer l'orthographe à prononciaverbes qui tion. sans coupures tranchées. Journal en morceaux afin d'en On y a également introduit une ponctual'original . nous avons dû nous préoccu- per de l'orthographe. absolument défaut dans se sert pour marquer Doublet ne au hasard.20 loin JOURNAL DE JEAN DOUBLET en loin pour indiquer soit les soit les dates de ses embarque- ments. dans les noms et dans tous les se terminent par un ^.(. c'est-à-dire valeur d'au moins cent cinquante Hgnes. mais on les trouvera en substance dans sommaire des chapitres. une incertitude à fixer l'accord des verbes. On remarquera chez Doublet l'accuet la mulation anormale des consonnes suppression fréquente des consonnes doubles. tion qui fait les pauses. Marine. les bizarreries qu'elle pré- sente et parce qu'au demeurant elle vaut celle des meilleurs écrivains du dix-septième siècle. Vé de la dernière syllabe se prononce é généralement comme un fermé : pre:^. sont fautives en plusieurs passages à l'aide nous de avons rétablies des documents du dépôt la . beauté:^. Elle offre du reste plusieurs particularités curieuses. Les dates. Par exemple. Nous le les avons supprimées en raison des erreurs chronologiques qu'elles contiennent. Nous l'avons maintenue malgré les irrégularités. Sur deux points manuscrit : nous nous sommes écartés du texte du la division la chronologie et du . les en effet. aime:{.

Coquimbo. Pisco. visita Lima. difficulUes . ties. nées. Arica. Callao. Callao Le voyage mois de dura quarante-deux mois. relevait lait à les côtes le du Brésil le 24 juillet l'île suivant. dont il donne une 23 description il dans son journal (fol. Doublet reprit mer et toucha successivement à Valparaiso. visita: telles que son navire. enfin le novembre 1710 Il quittait le Chili et faisait voile pour la France. la etc. Nous avons dit que le manuscrit se composait de deux parLa seconde que nous ne publierons point comprend 63 Elle contient le journal de bord les feuillets. que Montevideo. Nous citerons les mots : assàs. Quant à l'or- thographe des noms de personnes et de lieux. Cobica. Valparaiso. Parti de cette il 22 mars suivant entrait (0 Quelquefois mand. Chipana. . alle:{j ne:(^. il dit l'assoirant qui signifie emploie des expressions usitées dans le patois norl'approche du soir. Ayant mis à voile au novembre 1707. reconnaissait des États en déet cembre. 1 débouquait du détroit de Lemaire le 12 janvier 171 île le et arrivait à il Cayenne dans le 3 mars. du voyage de Doucartes coloriées le blet dans mers du Sud et une quinzaine de baies représentant les principales rades et Saint-Jean-Baptiste. tout en en con- sentant les incorrections dans le texte. mouil- Montevideo 8 août. passait à une cinquantaine de lieues du cap Horn jetait l'ancre dans la baie delà Conception (Chili) le 20 janvier la 1709. allées. nous en avons autant que possible rétabli la forme exacte dans les notes. 47). pour assex^. semble ainsi reproduire sons de la prononciation normande qui existent encore dans le parler provincial (i). Après un séjour d'un mois. Arica. Doublet touchait aux Canaries au mois de mai 1708. Coquimbo. difjîculte:^. s'ivrer pour s'enivrer.INTRODUCTION au contraire écrit ces le 21 finales 1'^ avec un Il ees auquel il donnait probablement les son de ouvert. de Lima.

dit-il. dont il l'état lui paraissait il meilleur que Hollande.000 piastres. Il s'agit des îles Sebaldincs. parSebald de Weerdt. retirer veu que l'on en pourroit de grandes utilitées. la en parle avec la même même résolution qu'il apporta dans les tentatives de colonisation par lesquels débutent les récits qui suivent.22 le JOURNAL DE JEAN DOUBLET Port-Louis le 22 avril 171 1. A lées elles : la suite fait de ce journal de bord. dans le détroit de Magellan. y fonderait un poste commercial. » Le retour du Saint-Jean-Baptiste au Port-Louis au ministre de la marine par fut annoncé M. eu . Il avait à son bord. et Il y déclare que la était moins en âge ces que le roi lui voulût accorder permission d'habiter celui de la îles. Mais vivacité. » Doublet dix années s'arrête sur ce rêve qu'il caressait alors il que depuis il avait renoncé aux voyages sur mer. ordonnateur à Lorient(i). service général. un seigneur espagnol nommé Don Manuel Feyro de Fossa. Arch. delà Marine. aux Additions les pièces no* 6 et 7. notre erreur en tout n'cstre que de 34 lieues 2/3 que j'étois plus de l'avant que le vaisseau. parmi plusieurs personnages de distinction. découvertes 1599. « s'y établirait. « et s'est trouvé. 22 avril et 4 mai 171 1. Ce navire apportait des matières d'or et d'argent montant à la somme de 635. Clairambault. il y aurait à glaner intitu- plus d'un Doublet a transcrit deux pages Cebaldes s'il Relation de la nouvelle découverte des îles et à quoy pourvoient estre utiles (3). navigateur hollandais. porteur de riches présents offerts au roi et à la reine d'Espagne par l'évêque de la Conception (2). où intéressant. (i) (2) (5) Voy.

JOURNAL .

.

me sont arrivés. qui du néant dont nous sommes formées il luy a pieu de fatigues et advantures qui la fin me donner des forces pour soutenir à autant me sont arrivées dès ma tendre jeude mes voyages: depuis l'anée 1663 jusqu'à ma famille et de mes intimes contenter je nesse jusqu'à 1 7 1 . Ce nest donc que pour satisfaire amis lesquels m'ont souvent prié de leurs laisser un manuscrit de mes voyages. mes chers enfants.1 AU LECTEUR Amy lecteur. Et n'ayant en vue que cecy paroisse au public. et je n'ay mis que simplement les plus essentielles les . comme lasuitte en fera men- Je suplie donc mes amis lecteurs de m'excuser à mes foibles mauvais défauts dans cette espesce de relation. Puisque pour vous contenter. desquels perdu la plus grande partie par les malheurs qui tion. mots mal apliquées je mal arangées ainssy qu'à l'ortografe lesquels vous suplie de coriger. fournir. et bons amys. j'obmets d'y les mettre quantité d'avantures et remarques que j'ay vues etquiferoit un trop long discours qui pouroit ennuyer amys. Etc. veu que eu aucunnes études que celles pour styles et je n'ay ma profession de navi- ger. ay travailler a avec autant d'exatitude et de sincérité que resté de ma mémoire pu y qu'une exacte recherche que j'ay faitte de ce qui m'est j'ay mes journaux. sur ce que vous m'avez témoigné de l'empressement que je vous . ainssy ayez la bonté de paret discours donner mesdeffauts tant sur Et vous obligerez. ainsy et pour les m'y suis apliqué. sy j'ay la témérité de travailler à ce petit ouvrage ce nest par aucune vanité mais plutost pour faire connoistre les Grandeurs d'un Dieu tout puissant.

je ne manquerois le ridiculle de tomber dans par mes sincéritées et raports simples les laisse.6 2 laisse AU LECTEUR un recueil de tous mes voyages. jeme tisfaction. et autant fidelles que je vous . Etc. advantures suis vollontiers et hazards que j'ay les encourus pendant l'espasce de quarante neuf anées sur éUéments du vaste Ocxéan. la critique résoultàvous donner cette sa- mais je vous réitère ma prière que de ne me pas exposer à de belles rela- de ces beaux la esprits qui ont leu quantité tions quoy que plus part sont flattées et amplifiez.

et en état avec son épouze d'augmenter. n'ayant enssemble que médiocrement des biens en fonds famille. aux additions la pièce n* 1. Brion et aux Oiseaux forment un groupe d'îlots situés au nord du cap Breton. de la Madeleine. munie. Laurent. La compagnie de la Nouvelle France concéda ces îles à François Doublet par lettres du 19 janvier i663- — Voy. se voyant un grand nombre d'enfants. . rue Brûlée à Honfleur. étoit employé pour le service du roy. dans le golfe du fleuve St. Jean. — Promenade à Londres. concessions et pattentes du Roy. mort avant l'année 1678 n aux pais estrangers où Reg. Voyage à Terre Doublet est pris par un cor Neuve naufrage. Québec. . tenant à fief etrelevance à isles Et il fut la permis à mon père de changer les se noms des Brion en celui de Madelaine comme nomoit ma mère. (i) François t)oublet. et sa profession pour pouvoir élever une aussy nombreuse mon père se détermina de s'intéresser dans une grande en- treprise d'une société avec des M""". » il (2) Les îles St. Je ne doute pas que vous n'ayez entendu souvent parler que feu mon père. — Voyage à — — Voyages au Canada. coste les on obtint du Consseil du Canadas (2).. — Destruction — — — de la co — Autres voyages. avec sauvages avec leurs massues et etc. Entrevue avecle duc d'Yorck. le des privilèges accordés et de porter dans l'écusson de leurs armes ayant pour suports deux dit écusson remply de textes de Griffon sa Majesté. 24 mai 1679. né dans les vingt premières années du dix-septième siècle. lonie. dans la baie de l'Acadie. Et pour y parvenir. M» apothicaire. restant encore saize bien vivants. de Paris et de Rouen. des délib. (i) que Dieu aye à sa gloire.CHAPITRE PREMIER Colonisation des îles Brion. dans et le dessain d'établir une colonie aux îlles de Brion de Sainct-Jean. saire d'Ostende. excursion chez les Iroquois. Voyage au Sénégal.

(l) A défaut de l'acte de baptême. du port de trois à quatre cents thonneaux.28 JOURNAL DE JEAN DOUBLET Et pour commencer. 1663 mon père fut député de passer en Holande pour y faire l'achapt d'un navire. et me couvrits pardessus la teste pour n'estre pas veu. puis les hommes leurs coupent chemin du bord de mer et les frapent sur le coup de la petite et massue de bois ec museau d'un tombent morts puis on leur . puits viennent abondamment à terre dans les bayes avec leurs la petits. le matin pour assembler les équipages. lorsque les navires ne la doivent pas arester à rade. seul lève peau on en hache les chairs pour les réduire en cretons dans des chaudières. mais nous n'eusmes pas cette paine Il 1 comme le verez cy-après. le Et ayant le dessein de faire (1). . qui fut nommée le sainct Michel. Suivant lui. Bérengier sur le Grenadin étant disposés à partir d'un beau vent d'amonts propre pour partir. je voyage. quoy que n'ayant que cacher entre ponts dans une sept ans et trois mois me fûts cabane. et en mesme tems il fit achapt de plusieurs outils de charpente et autres propres pour deffricher les terres et pour travailler à la pesche des morues et des loups marins pour en tirer des huiles. il était âgé de sept ans et trois mois en février l663 faut il donc reporter sa naissance au mois de novembre i655. l'on tira un coup de père fit canon dès marée.que mon père chef et commandant sur les navires le sainct Michel et le sainct Jean. outre les équipages une augmentation de vingt cinq hommes en desti- nées pour hiverner et tuer des loups marins au commencement du printemps qui est leurs saison. . février faut venir au principe de notre départ de Honfleur en 663 . L'on jugea à propos d'y cinquante tho- joindre à cette despence un autre navire de cent neaux nomé le Grenadin et l'armement de ces deux navires se et comenssa à Honfleuren 1662 avec beaucoup de précautions. Mon célébrer une grande messe à la jettée dans son navire atandant la Les parents et amis y assistèrent pour prendre congé les uns des autres. et quelqu'uns restèrent sur le navire pour acompagner mon il père jusque vis-à-vis la chapelle de Notre Dame de Grâse ce où se faut absolument se quiter. cette indication permet de fixer la date de naissance de Doublet. puis l'on entonne les huilles dans des banques.

l'ille du cap Breton. qui devoit leurs aporterdes vivres pen- pesche des morues et emporter leurs huilles qu'ils (l) Il était fils Nicolas Denis reçut provisions de lieutenant général en Canada le 3o janvier 1654. Les susdits capitaine Jean Sopite et faire Basques atendoient leur navire comandé par dant l'esté sa Jean-de-Luz.1663 LES ILES BRION : 29 J'entendois bien crier lors de « Embarque embarla séparation que tous ceux qui doivent retourner à terre. et puis il me fit coucher à ses costées contrainct de me laisser faire le voyage n'ayant pas rencontré d'ocasion pour faire me renvoyer. nous n'arrivasmes qu'à my-may à la grande les ille Brion que nous nomerons la Madelaine. et nous entrasmes deux navires dans son port qui forme un espesce de bassin. Il fut très-surpris en me voyant et me demanil da d'un ton de colère pourquoy autre. et noustrouvasmes une loge où estoient une vingtaine d'hommes Basques que le S"" Dantès de Bayosne y avoit faits hiverner. Pierre proche de Canceau. les dernières chaloupes vont partir. Il me prist entre me porta au bord du lict de mon père qui étoit couché fatigué. me fit ala je mengé d'apétit sans me et il sentir fut émeu de mer. Et je luy dits je n'étois pas aie à terre avec les que aille je m'étois endormy. qui il me : m'écrasez mis dans Et se releva en grondant « fit crier « Vous Qui est-ce qui sets : « ses bras et ayant esté ma cabane ? » Et je me fits conoistre. comme étant adjecentes et proche de luy. et envie de faire le si voyage avec luy. sieur de Fronsac. Et pour ne pas une longue narration. Il parut très fasché et dits que nous rencontrons et il quelques "navires qui porter à souper dont au pays qu'il m'y renvoira. » Et je ne remiié pas de mon giste quoyque la faim me pressats. Etant fort il fatigué « se jetta ». . S'. Je m'endormis à l'agitation du navire jusqu'à sept ou huit heures du soir qu'un nomé Jean L'espoir qui étoit contre maistre vint pour se coucher dans sa cabane où j'étois. de Mathurin Denis. lequel Denis se croyoit maistre absolu le de nos de S'. de son long sur moy. écuyer. capitaine des gardes de Henri III. et qui avoient bien réussy à la pesche des loups marins soubs (i) la recommandation de M^ à Denis illes qui habitoit le fort de S»". de nostre traversée la qui fut longue.

Voy. la bonne chère ne ménageant pas survenant Le dit s"" Gagnard et plusieurs syvroient . -.Thibault dont les navires le rle>iiy et le St. et l'autre partye la du monde disposoient les batteaux et échauffants pour faire Il pesche des morues au sec. beauLion de St.Reg. à deux lieux et pour y aler on pratiqua . bonne que le- partie de ce que je luy avois qu'il mais les gens le tournèrent de ce et il ne devoit s'arester aux raports d'un enfant de may ariva au port n'en vit trop les mauvais effects. puis on alluma un la grand feu en signe de prendre tie possession. et que luy déclara que pour cette fois il mon père luy permettoit de faire sa pesche fleur. Sur la fin le navire du capitaine Sopite. et les navires tirèrent chacun unze coups de canons. remarqué bien que le dit Gagnard s"" propre à chirurgie qu'à gouverner. l'on peut plus fut enssuitte quiestion d'examiner le lieu le plus à comodité proche de deux bayes ou marins afin d'y faire abondament prendre les loups faire des logements pour estoient destinés. Il Philippe Gaignard établi chirurj^ien à Rouen avait précédemment résidé à Honle neveu d'un capitaine de navire de ce port.Picrre effectuaient chaque année un voyage à Terre-Neuve. quel parut très surpris de nous voir ainssy établir. (i) hiverner ceux qui y bon maistre chi- rurgien.. un chemin de dix huipt pieds en largeur baye la mais l'on faisoit trans- porter ce qui étoit pesant par un bateau qui débarquoit dans la plus prochaine et tout jeune étoit plus que j'étois je la du cabanage nommé l'habitation. L'on découvrit l'endroit et demie éloigné du port où nous étions. et point de advertis subordination je revint au port et en mon père qui se transporta sur l'habitation et nota dit.30 avoientfaittes. \e plus JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1663 A l'abord mon père fit planter une grande croix sur le haut cap de l'entrée du port et l'on chanta Te Dcuni. et on travailla une par- de l'équipage à faire des logements seulement couverts avec des voiles. et famillier et trop doux envers en divertissoit plu" sieurs à faire lâchasse à tout gibier qui y ets abondant et et dont la pluspart des jours s'écouloientà leurs boissons. aux additions la pièce n» 2 du 23 avril i6()3. devoit avoir commandement portant qualité de lieutenant le de mon père. (l) Ce était frère de l'armateur Nicolas . en se rendant trop les travaillants. pluscomode. de l'amirauté. Thomas Frontin. des querelles. J'y fûts. dont M^ Philipe Gagnard.

et ayant tiré du canon nous fusmes surpris de n'y des basques. février 1664 avait été passé entre François Doublet. après quoy retiroit tiers hommes à moins marins qu'il ne voulust nous céder un des huilles des loups Sopite dé- qu'ils feroient pendant il l'hiver et le dit capitaine fils pescha une chaloupe où nis qui 4toit à mit son et le dit pour donner advis à M"" De- Canceau. grandes espérances pour l'avenir . du tabellionage de Roncheville. Les morues manquèrent à d'aoust et nos navires n'avoient qu'un peu plus qu'un tiers de leur charge. n'y aucun Mon père dépescha deux hommes portant de l'eaudevie à ceux de notre ha(1) Un acte d'associ-. et n'arivasmes que à la très mal traittés par des my-juin. marchands à Rouen.au port de l'illede Madelaine. mais mon père quoyque très prompt luy repréverbaux et s'il n'avoit esté senta qu'il falloit examiner les statuts d'un chacun et se rendre juset après le tout tice à qui auroit plus de fondement. c'est-à-dire le 1"' avril.aion du François Gon sieur de Quincé ploitation des îles de la dans l'opération. Claude de Landemare. 1664 et fit revenait pour le voyage de l663. Et sociétté ayant La saison nous pressa de partir sur la fin de sep" et l'autre la fin tembre. un navire à moitié chargé arrivasmes au port de Honfleur vers de décembre 1663. pas trouver de nos habitants. usa de et alla à son abord. sieur une plus grande chaloupe àluy pliment. la ligne suivante. était déjà intéressé l'^'' et les Il tabellions de Honfleur lui le 3o mars. Nous la partismes du port au commencement de mars 1664 nous fusmes vents contraires. la L'on commença à réquiper nos deux navires. faire les établissements et que les huilles dans l'anée suivante on trouveroit de grands avantages par l'hiver. 612 livres l5 sols 3 deniers. Doublet a écrit « nous partismes du port au commencement A : de Mars à la dans l'acte cité ci-dessus son père s'engage à partir pour un nouveau voyage marée du lendemain. -. L'on se fondoit que les principes sont toujours les moins advantageux et qu'on avoit bien perdu des tems à qu'on espéroit faire pendant tour les enclos.Reg. sans faire fit Denis se transporta dans com- menaces et puis plusieurs protestations et procès" beaucoup inférieur en force d'hommes on en seroitvenu aux mains. Ce dernier. car il parut devant ses comptes avec François Doublet.1663 LES ILES BRION il 3I tous ces aux morues seulement. et l'on dispoza bien l'habitation de bonnes cazes couvertes de planches et gazons par dessus et auavec un peu moins. examiné le Sr Denis aquiessa que le tiers les gens basques qui hiverneroient donneroient la fin des huilles. de (i). . . Claude de Landemare. pour l'exMadeleine.

ayant trouvé les neiges portes des maisons arières ouvertes et que les vents y avoient poussé de dans et dont il y en avoit 3 à quatre pieds de haut n'étant encore fondues. les fit ils furent piller toutes celles des Basques. et dont tous se disperlà cèrent sur chaque des navires qui étoient fit présents. et leur dire qu'on leur aportoit de tousvivres et rafraîchis- sements et ordre de venir quelqu'uns pour rendre compte de ce qu'ils avoient fait pendant l'hiver. et voyant qu'il nesetrouvoit l'ille. d'avoir mis à ruine une aussy bonne entreprise sy elle avoit esté bien secondée. il presque pas de morues pourpescher autour de tint conseil morues y restent plus de tems. fit Mon la père assembler en présence des capitaines il et dresser le raport de leurs déclarations. Enfin l'on pescha ce saison obligea de nous et les que l'on peut de morues jusqu'à ce que grande perte qu'il la retirer. fait qui auroit ces désordres peu après nos départs. et que. et outils et ce raporter plusieurs qu'on peut ramasser d'utile. Nous abandonnasmes cette entreprise qui avoit donné lieu à de bonnes espérances et nous arivasmes à l'ille Percée vers la où il fut résolu d'aller à l'ille Percée. et la y eut fit rompre cette société navires furent vendus à l'ancan. Voilà un beau commencement de voyage pour un enfant qui voyoit un aussy aimable père accablé de . ce qui les aussy abandonner. D'autres suposoient que ce pouroit être quelque forban. l'ille Percée. Mais nos deux hommes étant reles venus raportèrent n'y avoir touvé aucuns hommes. et dont n'y aloit pas moins que de potence pour nos malheureux coquins. jouant aux cartes et dez pour des verres de vin et d'eaudevie. où les Nous y trouvasmes avec plusieurs navires le capitaine Sopiste qui nous raconta avoir passé avant nous à l'ille Madelaine my-aousi.32 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1664 bitation. Et mon père demeura dans une grande consfit ternation offrant ses paines au Seigneur. n'y ayant trouvé il non plus que nous ses gens ny les nostres. où il avoit apris que nos gens avoient monté dans deux de nos barques à Québec peu après nos départs pour France ils s'ennyvroient tous les jours avoit pris le party de venir à . et lorsqu'ils n'en eurent du tout plus. enfin on ne sceut que présumer. et qu'ils croyoientque M"" Denis les auroit fait sacager par des sauvages dont il étoit aimé et auroit fait retirer les basques.

ce qu'il n'auroit la pas fait sans les pertes cy-devant. . intendant au Canada. tous aux gages de la dite compagnie.Arch. Toutefois la correspondance de Talon. Nous trou- mai 1664 sous compagnie de la Terre ferme d'Amérique réorganisée par un édit du 28 de compagnie des Indes Occidentales. le capitaine Poulet ou PouUet se trouvait à Québec. 27 avril et j octobre l665. les forgeurs et autres à proportion.l6é5 VOYAGES AU CANADA 33 pertes et chagrins. comme aussy un ingénieur mineur allemand de nation. nadas (i). » écrivait Talon. mon père fut demandé par s'il la compagnie du Ca- lesquels luy proposèrent que vouloit entreprendre pour eux d'aler à Québec sur un de nos vaisseaux qui armoit au Havre. 22 avril. -. et les soutenoit avec grande résignation que je luy entendois souvent dire soit faite ». une chaloupe je fits sy vint pour y porter mon père qui se tenoit tout prest bien en sorte que je le gagné et ma mère pour me laisser aler avec luy. » proposa de tenter la découverte de la communication de la mer du Sud et de celle du Nord par le détroit de Davis. et les dépêches de Colbert en font mention. les instruments et vi- Mon père avoit 3ooofr. par . an et 4 pour cent de ce qu'on retireroit de plomb l'ingénieur avoit 4000 fr. l'ingénieur-fondeur prétendait trouver de l'argent à la côte de Gaspée. de Diepe. Mon père accepta party. prit : « Seigneur que votre saincte volonté fait et Homme sans vices. et commandoit le nous fusmes conduits au bord de ce navire que fameux capitaine Poulet f]). est resté inconnu. et l'interprestre le 600 fr. mais au récit de tous nos citoyens qui Ton connu et toujours puny de malheurs dans toutes ses entreprises. En outre de plomb. Au mois de novembre 1670. ou par le détroit de Magellan pour après avoir (l) Il s'agit de la le nom ic doublé tout le revers de l'Amérique jusqu'au Califourny reprendre les vents de l'Ouest et à . « cette prétention paroist fondée. de la marine. Enl'anée 1665. essentiel aux affaires du roi. beau et bien beaucoup d'esregretté. (3) Ce marin originaire de Normandie. La compagnie les recruta en Normandie et elle en confia la conduite à François Doublet. qui fourniroit généralement tous vres ainsy que les barques nécessaires. en quallité de commissaire le long des costes de fleuve de S' Laurent. et qu'on leur fourniroit un interprestre pour s'entendre. Canada. pour y faire creuser un minne de plomb que l'on avoit les costes découverte depuis peu dans luy fourniroit soixsante et dix de Gasprée (2). Talon obtint l'envoi au Canada de quarante travailleurs. . Lorsque le navire fut à rade du Havre prest à partir. et qu'on hommes engagés à ce subjet. « Cet homme savant par une longue habitude et une expérience acquise de bas aage et devenu habile navigateur. {2) La découverte de cette mine coïncida avec le départ de l'intendant Talon pour le CaJugeant que la découverte des minéraux ou riches ou de basse estoffé était un point nada.

de la Marine. qui en faisant leur feu pour leurs chaudronnées mirent une de ces roches à net. . c'étaient les premiers qu'on y voyait. en outre. (2) Alexandre de Pourville. II. l'administrateur le plus éminent que Louis XIV ait envoyé au Canada. (i) et dont les foins pour les norir ocupoient toutes vingts filles les places dans l'entre pont étoient quatre- d'honneur pour estre mariées à nostre arrivée à Québec. croyant beaucoup l'on de ce métail comme en Angleterre. Lettre de Colbert. Lorsque mon père eut communiqué ses ordres. il servir de che- en découla du plomb qu'ils la trouvèrent après l'étainte de leur feu et en aportèrent à M'. -. sieur de la Chesnée ou Chesnaye. 3(5. de la Chesnée-Aubert (5). Décédé gouverneur de Dunkerque le 28 avril Uijo. dont fille le grand père paternel avait épousé Marguerite Auber. (1) Le débarquement des chevaux que le roi envoyait au Canada causa un grand enthousiasme parmi les habitants. reçut commission de lieutenant-général en Canada le 23 mars l66b. intendant. Histoire Ju Canada. (4) Jean Talon.Amérique. Canada). nous arivasmes et nous débarquasmes au Gaspée. p. sieur de Courcelles. quoyqu'elle dura trois mois dit Québec. 10 novembre 1670. reçut le ig novembre l66i la commission de lieutenant-général des armées du roi et les fonctions et pouvoirs de vice-roi en . receveur du duinaine de Ronchcville. t. M'. Mémoire de Talon. (5) Auber.34 JOURNAL DE JEAN DOUBLET et 1665 vasmes ce navire extrêmement embarrassé par 18 cavales étalons des harnois du deux Roy . (Colonies. qui l'envoya en France qu'il se troveroit occassionna l'entreprise. équipa une barque de 70 à 80 thonneaux de port ter. M". on pour arriver au vice-roy. reçut la commission d'intendant à la Nouvelle-France le 23 mars i665. Notre traversée et dix jours heureuse. le et nous travaillasmes à nos première découverte logemens cer dans et fourneaux. Talon (4).Ferland. de Tracy (2) étoit gouverneur. affin de nous por- avec tout le nécessaire pour les minnes. était de percer jusqu'à Chine par l'un ou l'autre de ces endroits. février 1671. » Son dessein. et qui De Chesnée. Le l'avoir six de septembre 3 mit le feu à la dite mine après creuzée de 2 pieds en profondeur leur faveur rentrer par la baie la d'Hudson. Arch. marquis de Tracy. de Richard Auber. commissaire général de la compagnie. A l'exception d'un cheval donné à M. et puis nos 70 travaillants avec équipage formoit une arche fut assez de Noé. de Montmagny près de vingt auparavant. ancien intendant du Hainaut. M^ M^ de Courselles (3). Nous croyons que des liens de parenté l'unissaient à la famille de Doublet. dit Le 13. le Dès 28% nous commencasmes de perla roc du costé du midy qui étoit qu'en firent les sauvages naturels du pais. (3) Daniel de Remy.

Et on nous donna un logement je fus pour passer notre hiver. Cependant après qu'on l'eut fait sauter et découverte en sa profondeur desdits 3 2 pieds. logemens pour aux grands froids nous fusmes contrainct d'abandonner. mais suittes I). qui eut les deux jambes amportées et trois autres légèrement blessés. de Rouen. fautes à iceux avoit indiqué. après le débordement des glaces. n'ayant pas retiré plus de huit à neuf milliers pesant de plomb. ce qui découragea le sieur Vreiznic notre ingénieur. et Martin embarqués sur le mesme la minne mina la bource des le 2" Nous arrivasmes à Québec décembre. M^ le Vice-roy et intendant ordonnèrent à mon père de se rembarquer (i) Le séminaire des du 2'' jésuites de '«ttres patentes Québec niars-6«. de Laval-Montmorency suivant . et après que au la 4'' minne fut ouverte il ne s'y la trouva que deux lignes. et en profondeur rien du tout. elle se trouva au néant.1665 et VOYAGE AU CANADA 35 nous eusmes deux homme tuez et un nomé Doguet. elles se trouvoient dans les profondeur de 20 pieds plus d'un pied de face sans compter vaines esparcées en divers endroits. Nous eusmes la quelques espérances de mieux réussir ayant touvé dans surface neuf pouces et trois lignes. Et pour octobre il n'avoir rien à reproche. Il se trouva à la surface. le jour de la S' bastiment qui nous avoit aportés. Mon père fit son raport à M'. mis en pension aux Pères Jé- Au printemps 1666. cinq pouces une ligne . Du 15* au 24" septembre l'on perça du costé du Septentrion. disant que toutes les minnes qu'il a percées seule- ment sur deux la à trois lignes de la surface. y ayant trouvé huit pouces et 4 lignes de face. le 28'' fut ouvert du costé du 2 couchant. partie Du 27*" octobre fut ouvert dans du levant sans pertes ny blessés de nos hommes. fut fondé par M. Nous partismes mineurs. A deux pieds de n'avoir voulu autant s'éloigner qu'on leur profonds cette minne promettoit beau- coup. le Vice-roy et autres M". ou dans et à la superficie marquoit seulement pouces 1/2 résister 20 pieds fonds rien. après avoir osté les terres de dessus le roc. dont il étoit grand temps puisque la rivière se glaçoit. La saison nous obligea de nous retirer à n'étant munis de vivres ny de bons et neiges Québec.

(2) Ces termes que Doublet emploiera souvent désignent nord de Terre-Neuve. Pierre-Joseph-Marie Chaumonot. bancs situés à l'ouest et au . Nous atirasmes dans notre party deux nations les Esqui- maux et les Papinachoïs. Nous partismes de Québec le le 8" de May 1667 le et poussasmes (2) nostre navigation jusque entre banc à vert et grand banc où nous fusmes environnées d'une quantité de montages de glaces flotantes sur l'eau et ger. et au printemps mon père désirant retourner en France sur un navire apartenant à M'". Nous continuasmes d'en mettre jus- qu'au dernier bout. tomba d'accord du prix de son passage et du mien. navire nous et la réverbération la des dites glaces nous causoit des le soir. qui peu de temps après deffirent vers Iroquois.et que le R. le et en faisant sa mission de convertir les sauvages in- dont mon père leur faisoit des présents pour les attirer dans la party de France contre ceux avec qui on avoit guerre sur les Iroquois.$6 JOURNAL DE JEAN DOUBLET l66j sur nostremesmebastiment en qualité de comissaire des Costes. de la Rochelle. Père Chaumonot (i). qui savoit les langues des sauvages. mais en moins de et la partie d'entre les deux jours les câbles se trouvoient glaces aloit au fond de l'eau. nous enfermèrent sans pouvoir nous en dégacâbles le long de notre navire pendants Nous suspendismes nos le entre bord et les glaces et prières pour empescher que coupés le navire ne fut crevé. II est l'auteur d'un dictionnaire et d'un catéchisme en langue huronne. Mais mon père avoit sur luy double rechange d'habits robe (i) d'une grammaire. la gramles maire seule a été publiée. froidures insuportables. serviroit d'aumosnicr et Missionnaire et pour interpréter aux besoins fidelles. et en trois jours elles furent aussy consommées. jésuite. falut encore hiverner. et neufviesme journée. et pour des pelletries dont il avoit esté payé pour ses gages. Grignon. et puis nous y mismes ensuite toutes nos voiles de rechange toutes freslées. qui avoit hiverné à Québec. mourut à Québec le 21 février 1693. le grand Saquenay plus de deux cents desdits à parcourir les Ce voyage trai- deux costés du fleuve duraplus decinqmoiset Il tèrent avec les susdits sauvages et j'étois resté en pension. Les vœux ne manquoient pas. sur notre manqua tout d'un coup sous nous et nous débarquasmes et sa sur les dites glaces sans avoir eu le temps de sauver aucunes bardes.

et j'aperceu un navire pas plus éloigné d'une lieue. et de jour à autre il nous mouroit quelque de nos hommes. et voilles de pains heureusement sur la glace quelques matelots avoient aussy la paillasse deux petites des peroquets et deux jambons. ce qui nous cauza de grandes frayeurs les cris et ne nous eust aperceu redoublèrent et ou nous vouloir abandoner. et la nuit les matelots tuoient fismes une petite tente de nos deux voiles des loups marins avec des morceaux de bois qu'on avoit trouves de notre débris . Nous étions reiglés sur chacun 4 onces du pain sauvé. Il en estât de père à joye s'étend parmy nous. ayant fait environ deux lieues sur les onze heures temps s'éclaircit. et et Les jours on se disperçoit de tous costés pour découvrir quelque de plus sy on avoit pas agi à coure le grand froid saisissoit on étoit gelé. ce qui nous servit de plancher soubs la tente pour mettre notre pain et nous retirer tour à tour dessous pour y reposer. pour nous . ton en pavillon.1667 NAUFRAGE A TERRE NEUVE le garantissoit 37 doublée de castors qui du froid. La quatorziesme journée que nous je fus à étions sur les glaces. envoya son batteau avec deux hommes l'on fit embarquer mon pauvre cher : demy mort. Le pilote du navire avoit eu la précaution d'emplir deux jours avant la jeta après en avoir vidé les feures. puis le capitaine et six autres avec moy. mes chers frères ». d'un temps très-brun Texercisse de marcher avec deux matelots. navire. qui aparament par la brume n'avoit pas veu le péril où iltomboit car il venoit dessus je crié « navire. Les deux matelots et moy s'aprochant de la mer vers le le : navire nous crions à gorge déployée : « sauvez-nous la vie ». Ton tuoit aussy des mauves et des commencements nous en sucions les sangs et puis les foix et sur la fin on s'acoutuma à manger leurs chairs crues. gros margaux qui dans les navires. Nous ne pusmes où alumer du feu. et on crioit de toute voix. . nos gens d'autour se joignirent à nous et crioyoient à force navire ayant aperceu les glaces revira du bord pour s'en écarqu'il ter. Le dit la navire aparement nous aperceu etserra quelque voille setenan fuir les glaces. et étant . l'air Nous tendions les bras en haut et jettions nos bonnets en faire voir le dit . la faisant les pleurs un de nos gens plusadvisé dépouilla sa chemise et la mita un bas- jouer en haut. Nous on sauva quelques écoutilles et paneaux qui avoient flotté. et voyant jette le navire couler au fond.

38 JOURNAL DK Jl-AN DOUBLET libérateurs. que mon père s'étoit rengagé dansla compagnie du Sénégal qui ne voulut plus me recevoir avec luy pour me laisser étudier. contre mon inclination ma mère m'obligeoit de prendre les études du latin j'appris (i). ces pauvres gens dirent que nous aurions tout et autant qu'eux. Et mon père se voyant dépouillé de tout ce qu'il avoit pu gagner emprunta à un de Après ses amis à Nantes de quoy nous reconduire au pays. et trois qui moururent après estre sauvés deux jours après avoir trop biscuit et trop tost. auroit esté en couroit au banc à vert et sans l'éclairciequ'il nous le découvrit. les laissé partir et puis je fus prier un de mes proches parents qui comen- doit un navire pour et la terre neufve de me prendre avec pust ce qu'il m'accorda. dans leur pesche nous les échangions jour et nuit à sept et huit cents Dieu Nous trouvasmes des morues jours il conssoma son sel et prit sa routte pour Nantes où il nous débarqua à Pain Bœuf. prit en ma place un de mes frères âgé d'un an plus que moy. et le firent. il soubsunnomé M'. et en douze — et quoy. et pour et les soulager les bénit. 1667 Ton renvoya le embarqués au navire nous embrassions nos la ch iloupe reprendre le reste. fut réunie à la compagnie des Indes en 1719. par jour. mengédu Ce cher navire qui nous sauva ainssy la vie étoit un olonois pour la pesche des morues et n'en trouvant il presque plus n'étant qu'à moitié de sa charge. manière ne pouvant le rien détourner luy pria de m'estre rigoureux pendant voyage afin qu'il me rebuter de la mer pour que je reprist les études. Nous perdismes sur les glaces huit hommes par misère. encore moins de demie heure. Ses districts s'étendaient depuis le cap Blanc jusqu'à la rivière Serra Leone. il grande risque d'estre surpris comme nous dans les glaces. L'augmentation de 26 leur faisait grande paine de s'en retournera my-charge. hommes que nous fusmes dans ce navire Nous leurs dismes de nous donner seulement troïs à quatre onces de pain cha- cun par jour et deux verres de leur boisson ordinaire. et mon dit capitaine ne manqua oas d'exécuter ces ordres et de m'exposer à tout ce qu'il y avoit de plus Cl) La compagnie du Sénégal établie en 1679. et puis l'on se retira sur grand banc. Je luy. Chabot prestre. . et après quelque temps en 1668. il fut à Paris pour rendre compte de ses gestions.

— Reg. qui abjurèrent en novembre l685 ainsi que dix-sept autres religionnaires. et que plus au fait que luy il me proposa d'aler avec luy et que je la 3" serois il perssonne de son navire. Diepe et Honfleur. L'un de nos proche voisins qui avoit longtemps comil mandé un navire à terre neufve où avoit augmenté sa fortune fils et se sentant apesantyr par âge et ses fatigues. du tabellionnage d'Auge. . nous fusmes près de sept mois sur et le grand banc. i685. à court de tous vivres et boissons. nov. le vent y étoit après avoir bien debatu nous gagnasmes en prit vue de l'ille de Wic. nous nous rassemblasmes jusqu'à vingt et un navires tous terreneuviers. qui s' étoit le capitaine (2) Duval. La date exacte est 1676. — ma- 1669 (i). in-S"). (2) Nommé lieutenant de frégate le 23 octobre 1689. I73l. et a laquelle le pilote-hydrographe cité par Doublet vivait à Honfleur au milieu du dix-septième siècle: Elle professait la religion réformée. ne peschasmes pas entièrement la moitié de notre charge les vivres nous manquant nous obligèrent de revenir. avocat. Tué sur le Bon en mars 1694. les vents de Nord-Est nous contrarièrent pendant plus d'un mois. de l'état civil. du Havre.1669 fatiguant. tous dans mesme disette sans se pouvoir assister aucuns. . et lorsque nous avions aproché de . qui avoit ce bon livre le Petit pour pilotte le Bougard qui a fait Flam- (1) Dans le ms. : octobre 1684. sa femme. capitaine de brijlot le l<^'' janvier l6q3. ayant son aisné à peu près de mon âge le il luy fit bastir un bon navire et luy en donna j'étois comandement. (Havre. et il n'y eut entre tous les capitaines qu'un qui dit bien l'entrée en connoistre du port. et ayant esté camarade d'écolle. . L'on tous résolution d'y relascher. Nous pouvons citer Marie Bougard mariée à Jacques Lelou.M" Bougard médecin et Judith Le Prévost. les faits citées permettent de l'établir. Il a publié le Petit Flambeau de la mer où le véritable guide des pilotes côtiers. et étant arrivés jusqu'à l'entrée de la Manche. voltigeants d'un bord sur l'autre pendant cet espasce. entièrement oposé et l'un ou de l'autre. et je ne PROMENADE A LONDRES 39 la me rebuté nullement et aprenois toujours neuvre et la navigation. 7 famille du Une nom appartenait peut-être. de Bougard. Reg. et nous faisions tous nos efforts pour relascher fut-ce aux costes d'Angleterre ou à nos costes de Bretagne. et qu'en outre de le tiers mon loyer m'a- cordoit sur le sien dont il me passa un écrit secret à cause de sa mère qui n'y auroit pas conssenty étant très avare. Et pour abréger discours. tant la du Havre. les pages qui suivent sont enregistrées sous la date de l6(5g.

ainsi que la galère réale et quatre autres galères. ce qui était arivé et nécessaire. mais c'étoit pour demander du secours. ce fut à la 22 avril 1676 qu'il reçut une blessure dont du Mont-Gibel livrée par Duqucsne mourut le 29 du même mois. et cette pauvre S"" regagna larade de Hélène. et M"" Angel de Ruiter son fils. Mais ils se trompèrent aux cours des marées. dans la dite vaisseaux. 12 vaisseaux hollandais et espagnols furent incendiés. ce qui fut exécuté. très beau cavalier. commandoit parlant bon l'un des et latin comme nos capitaines atendoient leurs réponsces à leurs fort à loisir . L'on entendoit de tous costés que cris et lamentations. Cette rade peut contenir tous les vaisseaux de la marine anglaise. où il n'en trois à que dont les équipages furent sauvés. Nous fusmes tous nos navires soubs la conduitte de ces deux conducteurs pour entrer par la pointe de S"-' H eleine de la dite isle et comme pilotes des c'étoit sur le soir et que la nuit s'aprochoit la ils dirent qu'ils alloient alumer un fanal et marcheroient à teste et sur lesquels nous les suivirions. où eschouèrent et tirèrent un coup de canon qu'un chacun croyoit estre à dessein de marquer que ce soit où il falloit jetter l'ancre. L'amiral espagnol Florès et l'amiral hollandais de Haën périrent dans les flammes. et par un bonheur les vents calmèrent et la mer. au nord du port Brading. nous estions nous allons souvent les après- (i) Sur la partie est de l'île de Wight.40 beau de la JOURNAL DE JKAN DOUBLET 1669 mer et qui depuis est parvenu à estre un des premiers armées navales de Sa Majesté et fait capitaine de brûlot. puis entra au havre de Porsel'Espagne et muths. au large de Portsmouth. et tous les navires eurent le mesme sort d'échouer comme ces mauvais guides. (2) Le combat de Palerme est du 2 juin 1676. où qui M"" l'admirai Ruiter fut tué (2). où l'on nous y aprist la guerre avec Holande. Chaque capitaine de nos navires écrivirent à leurs intéressées. ce qui empescha le perdition totale des corps et biens. et qu'à la cun se resta flotte marée suivante du lendemain au matin un charechapèrent de leur mieux de dessus les bancs. dont son cercueil en plomb étoit escadre. nomées les Ours. le . bataille il Quant à l'amiral Ruyter. qui nous transportoient sur ils les bancs. très-affable et françois. Et lettres. demandant des il lettres de crédit pour avoir Heleine (i) le Dans l'intervale arriva à la rade de S"^ une es- cadre holandoise venant du retour du combat de Palerne contre l'armée du Roy comandé par M' le duc de Vivonne.

et je m'en excusois. disant ferois deshonneur a luy mesme par mon trop comun habillement. » aler. duchesse de Portsmouth. quoyque M"" son père en avoit esté tué. Je luy dits: « connu de Madame la contesse de Keroal. et tour que j'étois à tour elle receut les compliments d'un chacun ainsyde M'' Ruiter qui eut la bonté de luy dire et qu'il se plaisoit connu de Madame ma avec moy. Après le disner le caflfé fut présenté et puis des gleterre. maîtresse de Charles II. Cette sa sa Mère dame me questionna sur fit Madame Mère la et connaissant justesse nous bien des gracieusetées en il quittant et nous dit un et peu bas : Or ça. pouvois tous assurer de sa paroUe que sy le vent nous et venoit favorable^ que nous pourions en toute seureté en profiter pour nous rendre chez nous. qu'ils étoient braves et tout ce qu'on peu d'obligeant pour une nation leurs adverses. et mon capitaine par timidité ny voulut retourner. Nous la trouvasmes entourée d'une grande d'officiers comme étant maîtresse du Roy d'Angleterre.il Et m'engagea d'y cour me répond :« Bon c'est comme l'on aime les marins. reroit sur que aucun de son escadre ne couà la santé la nous. . l'honneur d'estre sa mère. « ny manquez pas. duchesse d'Orléans. Comme Madame nous sortions pour aler à une promenade. Il médit: Alons la saluer. faut demain venir disner avec moy. en 1670. disner aux promenades et aux cabarets boire de ter fils M' Rui- entra dans nostre auberge avec un de ses officiers et sy j'étois me demanda et que je les Tun des capitaines de ces pauvres terneuviers. que je luy » Il me pressa fort d'y aler. on luy la dit que duchesse de Porsemuths (i) venoit d'ariver J'ai en ville. par Henriette d'Angleterre. Après quoy Tun de l'autre. avait Louise de Kerhouent. roi d'Anété amenée de France. et le trouvé qui me dits qu'ils m'attendoit.1669 PROMENADE A LONDRES la 4I bière . » Nous (l) y fusmes. Et me mesme auberge du Grand Ours sur les deux heures d'après midy. ce que je raporté à tous nos capitaines. Ce que nous ne pusmes refuser. quoy qu'en guerre. Et après avoir bu une canette de bière nous nous séparasmes pour le et busmes pria landemainde me trouver à il prenoit beaucoup de plaisir à parler François et qu'il les aimoit naturellement. mais de cette dame non. et je n'y manqué pas.

Je luy dits que l'odeur de M'" son père étoit forte en Holande et qu'il avoit beau se couvrir. bon. capi- . Enseigne en 1672. en cas pour moy d'un bon Hé. que les intéressés de (1) Le capitaine Giavenson le 1*'' de Nantes. » Enfin elle nous gagna par ses belles manières. soubs les comandements de M""* de Gravansson (1) et S' Mars Colbert était orij^inaire (2). Noyé au Havre en 1671). je n'en avois Il pas. capitaine de frégate en 1671 et capitaine de vaisseau mars (2) itSyJ. mais que pour moy que en faire. dit-elle. j'en avois honte. il que je ne l'abandonnerois pas. lieutenant de vaisseau en 1673. François Co'lbert de St-Mars. deuxen pouvoir nous écarter de nos navires. elle se mit au jeu qui nous donna ! — lieu de sortir sans sérémonie et sans estre aperceus. bon. Et vous. fallut Il penssertous les deux comment faire faire et comment nous dégager. la après neuf bienfai- jours et trice. ce n'est qu'un voyage de sept à huit jours. et Ce seigneur craignoit la dépence comme tous ceux de sa nation moy pour n'avoir en pareille occasion rien épargné. j'étois excusable. me dit-elle. il demanda « M' Ruitcr s'il Londres >> dit que non. Il fut promu lieutenant Je vaisle l<"' seau janvier ihh-j . que sy M^" les Etats Généraux le savent que se sera pour estre disgrascié. et S' Jemes et dont une mexquinerie horible en tout. demy nous remerciasmes il dame Duchesse notre Peu de jours ensuitte. nous arriva à S"Héleine deux frégattes du Roy de 24 et 18 canons. Je vous presteray ma chaiseà deux et mon cocher. n'ayant ny argent ny crédit ny de quoy s'il cependant que payoiî les trois quarts de nostre dépence. et entreprismes le voyage et estant arivées à Londre et L'Angel Ruiter fit toujours servir la chaise de Madame Winsorts et du- chesse à nos promenades du Withals. ji. me dits qu'il ne pouvoit ce voyage qu'incognito. Elle et la cour. Et la fin fut sy bas de me dire les que j'en payerois la moittié et à nous acordasmes pour luy livres sterlins à deux tiers. Sur quoy je fut emprunter dix un marchand nommé M'" la M"" Smits. Quoy des jeunes gens. » « Non madame il — y (' Ah vraiment puisque vous en êtes alliez. et prendrez logement dans mon hostel.t 1669 avoit vu tables pour les jeux. »Nous nous excusions très-fort (( ! sy proches tous les faut que vous disant ne vent. en disant qu'il aloit s'emboucher avec M'" leur Embassadeur qui étoit son oncle.a\ à i)oui5Lj.42 JOURNAL DI-.

. mais nous fusmes bien sur- pris qu'estant à équipages prest à aperceusmes leurs canons et leurs nous donner leur décharge sur la moindre de arborèrent les nos résistances. et nous aconduire deux caravelles de Quilbeuf où estoient des pilotes lamaneurs pour chacun de nous et aussy des vivres pour tous nos équipages. pour prendre congé de m'assurant que partir la rade de S'" Heleine du premier bon vent. excepté un qui le proche la rade comandé par Jean la Comte qui échapa. d'un assez beau tems. obtint le grade de capitaine de vaisseau le 7 février 1678. Je fut Madame la Duchesse et ensuitte de M"" Angel et de Ruiter qui en m'embrassant m'apela son frère son amy. de M'" et que sy veux 11 fera mon advancementdans service les Etats et sur toutes choses que J'eus à luy donner de mes nouvelles. ayant le vaisseau lePallculde 5 2 canons. en arivé le sy Je voulois l'aler trouver lorsqu'il sera je en Holande. et nous firent tous changer de route. et sur les huit heures du 17% au matin. quirevenoient de Cadix aporter Il le se retira. ayant leurs pavillons blancs qui nous donnoit lieu de croire que c'étoit des navires pour portée nous le Havre. chef d'escadre honoraire et mourut près de La Rochelle. et M""' de nos convois eurent confusion de nous voir ainssy enlever à leur vue. les voilles faisant route et la nous mismes tous soubs pour la rade du Havre. le i"' juillet 1721. taine de frégate en 1675. pour nous venir rade du Havre. le Castel- Rodrigue de 36 et \aJiisUicede 24. et pavillons d'Ostende et nous sommèrent d'ameiner nos amarinèrent et nous étoit voilles. 22 janvier 1722. Le 16 de janvier. et qu'il ne aucun de son escadre de coure pendant nuit après nous. et on nous fît sortir du port de Porsemuts pour nous joindre à proche de nos frégates. trois navires Mais sur les dix heures aperceusraes en qui faisoient nostre de nous mesme route et qui nous aprochoient prompte- ment. 5 nous eusmes connoissancedu cap delà Hève éloigné de à 6 lieux de nous et les deux convois forcèrent de voille et furent mouiller leurs ancres à la rade se persuadant que nous n'avions arrière rien à craindre.1669 DOUBLET PRISONNIER la 43 nostre petite flotte avoient obtenues de escorter jusqu'à la cour. ce qui fut bien totsobéy. Il est vray que les trois navires d'Ostende étoient beaucoup supérieurs. et que j'assurats M""' les captaines souffrira de nos convois de ses civilités. sur le midy.

et tempeste eut cessé nous nous réquipasmes du mieux possible avec les débris des mâts de ceux qui avoient péry et aussy des autres. des vieux bas de deux couleurs à la sans pieds.Arch. de douze canons. Il revint d'autres navires dans cette rade. et ficelle. — Etant arivé au pays. aux colonies françaises du Sénégal et de Cayenne (20 mars 1672. mais ayant coupé généralement tous nos mâts. fol. Nous étions sept bastiments à la rade de péris. Basse Terre. et Bel équipage dans un rigoureux réduit à la mandicité qui me des larmes avant de m'y résoudre. sonniers. 1672. un peu de l'indigot et du rocou et ensuite nous fusmes à l'isle de S« Cristofle où nous fusmes frapés d'une branche de houracan quoyque au quatreiesme d'octobre. 3i. tous furent échoués à la coste.44 la JOURNAL DE JHAN DO U 15 L HT et l6j2 nous conduisirent escalins paye des troupes d'Espaj^ne en Flandre. et de misérables souliers qui m'abandonnèrent première lieue. et en Ostende tous bien dépouillés. ce qui fut la tout extraordinaire. et fusmes à l'ille Cayenne débaret quer nos neigres y chargeasmes quelques caisses de sucre. et étions tous disposés à revevoir après que la des autres. cepandant j'euts quelques bonnes aubeines chez des gens de qualité et qui seroient trop longues à réciter. et flûte pandant l'été je me rétabli la santé. etsur lamy-novembre nous partismes de cette ille avec six autres navires tous marchands (1) Ordre du roi aux officiers de l'amirauté de Ronfleur pour leur dire de donner les congez nécessaires au capitaine du vaisseau le Chasseur qui est chargé d'armes et de victuailles destinées. pour bonnet causa bien le haut d'un vieux bas ataché avec une froid.) -. . puis ne fusmes que trois jours pri- on nous distribua à chacun deux valant quinze sols pour notre conduite. les fatigues il je fus ataqué d'une rude maladie causée par que fit j'avoie souffertes. de la Marine. année 1673. et bien des hommes noyez excepté nous le sort qui résistèrent sur nos câbles. par la coinpagnie des Indes occidentales. et se l'armement d'une noméele Chasseur. mon Nous fusmes au Sénégal charger 150 nègres et de la compagnie. Je n'avois sur moy et qu'un justau- corps sans manches raptassé de pièces de thoille godronnée et une pareille culote. commandée parle sieur Jacques Sansson proche parent autres effects (i). et nous achevasmes nostre chargement de sucre etindigot. Colonies.

retira. et n'avoient le loisir. et le navire coula au fond en très peu de temps. n'eurent et à peine eurent enlevé notre capitaine et les officiers qu'il s'éleva il peste qui les sépara d'avec nous et loisir que de nous officier mettre vingt hommes des leurs pour nous amariner et leur fait qui comandoit étoit très peu au de la navigation. détourna dans la Il aspiroit de relascher à l'ille de Wic. flûton ment un grand qu'il de la Tremblade. il nous ratrapèrent il nous une tem- nous prirent sans beaucoup de résistance. mais dans nostre Manche où cet officier se trouvoit fort comme il y aloit de la vie. disant avoir très peu de vivre espéroit étant seul de se rendre en France avant ) jours. l'Iroise. voilier prit i et et en moins de trois heures il il nous. j'avois caché six sabres et quatre pistolets et les espontons étoient et les libres. demandant d'estrepromptement paine nous n'eusmes loisir que de jours et un Nous continuasmes nostre route pendant flûte 1 5 coup de vent nous sépara. capitaine la Merot. mais tout à coup gagna plus de cinq lieues de l'avant de fut surpris d'une grande voye d'eau qui combla son navire. qui resta avec nous jusqu'à . je le radressois sur les sondes qu'il ne connoissoit pas. sonde de Œssant désirant capitaine mais nous fusmes rencontrés d'un corssaire de Flesle singue de 28 canons. secouru. aurions enlevés au Havre en . qui avait 36 canons. de Diepe. je l'en vue de nous soulever et de je les enlever eux mesmes de au Havre.1672 et DOUBLET PRISONNIER et étant au 45 débouqueétoit de peu de force pour un temps de guerre. Cette frégate ayant esté maltraitée par nous se fait mais ayant le lan- rencontre d'un de ses camarades. et nous n'ayant que douze canons nous eusmes un de nos passagers nommé M^" Leblanc. à l'entrée demain étant proche et de Brest. contre 21 holandois dont la moitié faisoit le cart. poudre et n'ayant aucun canon il fit plusieurs fusées de et serra toutes sesvoilles. à cet effect communiquay le dessain à plusieurs notre équipage dont nous étions restés encore vingt deux. où Merot fut tué et plusieurs de son équipage. lequel nous ataqua. et à un soir. qu'une aler à Brest de la Rochelle de 18 canons. qui congé de nous. nous nous trouvasmes proche de Por- tlanden Angleterre. le tout bien pré- médité la chose étoit facille. Nous y fusmes et à sauver l'équipage. presque rien pillé de nostre bord n'ayant eu Nousentrasmes embarassé. capitaine Chevalier.

il s'aprocha de nous à voye et n'oza nous ataquer et nous auroit enlevées sans coup férir et auroit gagné plus de trois cents mil livres. ne pouvant ou coucher que sur des câbles mouillées nous oster mais la de vaze pendant six jours pour connoissance des eflfects qu'ils enlevoient. ainsy trahit et cauze que mal que trois de mes gens leur étois auxquels on trouva utille les armes cachées. ils et soulagées. qui fut la parloit holandois et je fûts fort de notre équipage nous traitté. de Diepe. ils et sans que je pour dans la la navigation. et Dunes que les trois la 7" jour- née et dans un pauvre nous fismes trois lieux à pied pour gagner à Douvres. M. nous parleroit. m'ont juré depuis la qu'ils m'auroient jette mer. étant d'union avec la France. Maret étoit dit à fits notre chirurgien et François de "Ville canonier et un et nommé Fauché. avoient renvoyé les pris. de Pontlevesque. en passant au Pas de Calais. Dunkerque. retourner en France. Mais un coquin nomé Nicolas Laloet. et sans de nous procurer questionner. se doutant qu'il faudroit ils rendre notre prise par l'union entre les deux couronnes. et Holendois le lendemain que nous fusmes nous ils ne nous débarquèrent aux état. il passage pour me et il gens de nous conduire au palais et qu'à la sortie qu'on nous de la comédie. et sans m'informer qui et à de me faire charité et mes camarades de le nous donner de quoy souper. deux frégates d'Angleterre de chacque 24 canons ne nous marchandèrent pas. heures du Nous fusmes sur le port pour nous informer à trouver un pasIl sage pour Calais et aussy chercher où pouvoir gister. étant au travers de Le landemain au matin. un de ses manger et boire. où nous arrivasmes sur soir.46 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1672 moins de 18 heures. étoient de ma cabale. Enfin conduisant route pour Zélandc. nous trouvasmes un venoit de sortir du il moyen corssaire qui la mesme il port. et les ce fut tout le nous redépouillèrent mieux que et pleins Flessinguais et nous enfermèrent dans leur fond de câbles. survint un gros Seigneur se promener sur c'étoit je fûts le supplier le quay. j'avois ne se doutoient pas que dans les poches d'une Ils vieille culote une copie du contenu de tout notre chargement. contents de 1 . nous prirent et nous conduirent aux Dunes et nous creusmes en estre beaucoup mieux contraire.

Je ne pas. et Ton a débarqué Holandois deux « jours après notre prise. j'ay esté pris j'étois l'écrivain le du bord et M^ chirurgien et premier et segond can- nonier.cets à un seigneur anglois que vous en avez trop dit. qu'il n'y avoit que du sucre et du coton. « D'où estes-vous et d'où venezc'est qu'a: vous ? et pourquoy n'estes-vous pas retournés chez vous faites les parament vous a — Je luy . luy disant ment l'on ne m'a dit. roi d'Angleterre. Maret et « Ah : ! mon scay cher. voilà notre il je de bonne famille et proche parent du capitaine avec lequel 2^ pilotte . et vous en aurez d'autres x. L'on nous conduit en notre premier lieu et bien chaufées et bien traitées. qu'il . en 1689. Cela ne m'étonna comme un peroquet. nous nous tiendrons devant dit : On à et il Ce jeune homme raisonne bien. : Alées vous reposer. l685-l688. Il se tourna : Ho. Duc d'Yorc de la (i) que je m'étois il les 8 heures qu'il revint comédie. c'étoit à palais. qu'on leur donne à chacun une de vos chemises. de Charles il et i»'.et d'Henriette racontera. lit et soupez bien et vous aurez un » à deux et puis dites qu'on serve à souper. eu l'honneur de parler votre Royalle la L'on nous a détenus sept jours. dits sans m'intimider Non. Et de nous ». et on nous a dépouillées ce que les holandois nous avoient laissé sur n'ay pas seu cela. les deux autres étoient tristes et abattus et me disoient M. tantôt avec un page et tantôts le laquais. Monseigneur. Doublet reviendra bientôt sur le duc d'York aida ce prince à débarquer à Ambleteuse. je jasois comme nous passerons la nuit ou demain. avec Et quant ce que « vint pour nous coucher feu ».16^2 DOUBLET PRISONNIER Lorqu'on nous régala au le 47 nous y aprismes adressé. 2« de France. M. et sur « ma que hardiesse. plus loin. ho! je quoy étoit chargé votre navire? » Je tira de ma vieille poche l'état du chargement et il le donna à lire à un « Lisez haut et puis dites comofficier ou secrétaire. mes enfants. : dit : Qu'on me ? fasse venir ces4françois». et n'y avoit quatre heures j'ay que nous étions débarqués à aux Dunes quant Altesse. fils (l) Plus tardJacques II. feit Ce qui fut et mismes nos garnisons en paquet dans un coin. Et commença gueux suis ». couchant dans la fosse aux câbles pour nous oster a fait connoissance du grand pillage qu'on les dans notre bord. je dits: « Il n'y a pas d'aparance comme nous sommes que nous le gastions le dit de sy beaux son Altesse lits.

marquis puis duc de Charost. qu'il y avoit â notre et la de bon. et Ton osta mon régiment avec de bonne heures son altesse lorsqu'ils et sur les six je fus rabillé des bas. furent emle prisonnez et cassées. Je ne manquay pas taine et m'entrouvay très bien. d'une famille ancienne du Boulonnais. Et j'appris que les deux capitaines anglois. Pinard. Je Il le demanda permission de pouvoir remercier son . On lui accorda le grade de maréchal de camp par brevet du 2() mars I(i52 et par la suite une commission pour commander \ Hesdin et la lieutenance de roi au gouvernement de Flandre en 1993. marquis de Ccur'ebourne. il était lieutenant Charles de Galonné. dès leur monseigneur. depuis n'y est entré d'autres que vos gens ». (I) — . hist. VL p. Sansson. Je Dunes et le ramena à Honfleuravec une me suis pas informé comme l'on a traité pour ce qui (1673). portèrent à leur bord Je dits : « Pardonnez-moy. gouverneur à Calais. marse quis de Courtebon(i). capitaine des gardes du corps du roi. à quoy à monarivée. Le lendemain la et demain je vous feray passer en France sur un yac du Roy qui porte des chevaux pour M. d'aler ses compliments à M. — Aies. Notre capi- M.. qui fut conduit en Holande. mais voulus pousser la civilité à bout. de roi à Calais et non gouverneur. (octobre I(H)3). duc et pair de France.48 et je JOURNAL DE JEAN DOUBLET dormis très bien pendant que le 1672 pauvre M. 35l. Chron. pour enlever notre fait que deux voyages monde et enfournir à paine et tempeste survint. souliers et un chapeau. leurs chaloupes n'ont bord. mort en 1717. né en 1640. cets assés. eut ordre d'aler reprendre son navire aux partye du chargement. Le gouverneur particulier de Calais était Armand de Béthune. mil. bre un tailleur qui Dès prit le lendemain matin entre dans notre chamseul. qui nous sépara. vint advertir yac étant prêt à partir l'on je de nous embarquer. Le marquis de Courtebourne servit à Calais jusqu'à sa mort. on m'aporta une robe de heures du soir chambre. Maret faisoit des lamentations. fit et sur les 8 les me venir seul et me dits : « Mais Holandois et le vous prirent pillèrent tout ce ». t. altesse. le Dauphin nous ». et sur ma route il passa quelques particularités qui ennuyeroyent trop. frize. fut volé. ma mesure. permit et on l'habilloit faire il me fît donner six écus de le France et m'ordonna. le sieur Etant de retour à Honfleur que navire on luy fit Sansson eut la ra- mené son 30 canons offre du commandement d'un navire de la nomé \e Florissant pour compagnie de Mérique.

et les corssaires laschèrent pied. Rapports de mer. qui eut le commandement et nous fusmes une belle flote de 34 navires ayant pour convoy la frégatte du Roy. jusqu'à leurs moines et prestres. Nous étions tous prêts et rassemblés Bérenger. l'espace de deux mois et demy sans pouvoir les vents alizées. le 6 capitaine de vaisseau le novembre 1703. donné en commandement au capitaine BerenLe Florissant presque tout équipé. en Guinée. nous arivassmes aux la de Mérique. mais nous y trouvasme des corssaires de Flessingue. (2) Capitaine de briilot en 167^ et enseigne de vaisseau la même année. M. et devant la ville habitée par les portugois presque tous neigres et mûlâtes. il fut mis à la Bastille le l5 décembre 1679. nous chargeasmes à celle de Sainct-Cristofle. le Saint-Pierre en 1677]. le sieur il Sansson ne le monta pas. capitaine de frégate le l"' janvier lôgS et 1" janvier 1703. Il fut tué au fort de Gambie. et j'ay consservé cette maladie deux ans et demy après y illes avoir bien dépencé de et Et après quatre mois de navigation. se tint à terre. L'on pognardoit impunément nos pauvres matelots pour senteries dont les voiler . le Hardy de 36 canons. le Saint-Anloine en 1681. qui nous atale sieur Despestits-Patin. et ce fut le capitaine Acher du Havre. tout fut consservé jusque proche de et de Madère où nous voulions aler rafreschir quèrent où fut tué et prendre des eaux. écrivain du Roy sur le Hardy une vingtaine de matelots. de la Roque (2) tint conseil et l'on prits la résolution d'aleràl'ile de San- tiago. flotte plus de deux cens hommes. soit qu'il eut peur de la guerre qu'il n'ai- moit pas ou par sa femme. Y étant arrivés l'on achepta des rafreschisse- ments pendant qu'on faisoit les eaux à la praye. Arch. Elargi trois semaines après. il fut fait lieutenant de — vaisseau en 1682. du sucre et indigot et des cuirs. quoyque nous rencontrions l'ille souvent des corssaires. et craignant qu'il ne leur arivats quelque renfort. le Chasseur en 1673 et 1674.1673 NAUFRAGE AUX ANTILLES 49 commença à l'équiper et m'engagea pour retourner avec luy. ny aussy sans qu'aufut cun de nous divisé de la flotte. capitaine de navire du port de Honfleur. au Cap-Vert. de l'amirauté de Honfleur. Depuis notre départ de la rade du Havre nous fusmes batues des mauvais vents contraires. commandait le la (1) Jean Marie en 1669. . et tous de mauvaise vie et canaille. ils empoissonnèrent toutes nos eaux qui nous causa les diarées il et dis- nous mourut sur notre l'argent. et son navire le Chasseur fut gier dit Vert galant (i).

le nous fusmes donner sur les cayes ou navire coula à fonds puis sauve qui peut. enfin . mais les paisants de Bretagne qui vouloicnt faire révolte arborèrent au haut des clochers des pavillons holandois croyant que nous en étions l'armée . poix. De la Roque envoya son canot avec le blanc et advertit qui nous étions. eut la lâcheté de m'oster de sa chambre de la deux jours après nostre départ table soubs prétexte que ma fils. lorsque temps se prépara à une branche de houragan. valant 68 s. cy-devant capitaine et je creu bien faire que de m'embar- -quer sur le Chasseur. Enfin Dieu ne voulut disposer de moy nous à dessain d'atérer à Bellille et en étant à 20 lieux nous parlasmes à advertit que l'armée de Holande y prendre et sans quoy nous y allons nous livrer plus de 50 navires richement chargés. prêts à partir pour France. et tins n'étoit Le tourplusàtems » de jeter ce maître ancre rochers. Dieu luy pardonne ses fautes. conrompit pas et deux poupe qui ne la se après le vent cessa et chaloupe du Hardy nous la faute sauva. Je tre-mestre sur la me avec Michel Cécire. capitaine Berengier. Je dits faire au capitaine Acher qu'il seroit bon de il porter au loin notre maitre ancre. pavillon M. de notre brutal de Et pour revenir en France. nous voilà prêts à partir et le il un câble tout neuf pour et gaster ! billon survint peu après. en beuf salé et de l'eau.50 soubs nostre le JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1673 mesme convoy. Je luy dits que j'en : aurois moins que luy et je ferois mouiller dits « Bon. dissenterie se communiqueroit ou à son me traita à l'ordinaire des matelots. notre navire chassoit. mais on nous prit pour une caiche angloise qui nous étoit pour la l'armée d'Holande et de toutes les forteresses l'on sans que tiroit sur nous. sur un bon câble. Nous tournasmes le bord pour Brest ou en deux jours nous y entrions. et j'ay payé pour un rat . Nous heures il y pérismes 27 hommes. me rebuta disant que s'y j'avois peur qu'il me boucheroit il le derière d'un fétu. L'on Le pain et l'eau vint à man- quer. et n'y eut que notre navire seul de perdu par capitaine. quoy qu'au 2" octobre comme nous avions eu le 4'' l'année précédente. Cet ingrat. que mon père avoit fait mesme et nostre parent. et nous fusmes vingt et un jours sans en voir gros comme un une piastre allions mangeoit des cuirs.

. après trois malheureux voyages de suitte et resté infirme.1673 NAUFRAGE AUX ANTILLES je 5I nous entrasmes à Brest. où mettre en route pour le me rétablis un peu avant de me pays.

M. Je partis d'Honfleur avec une cinquantaine de jeunes gens accordées rendre à Dunkerque soubs et la comme moy pour nous notre capitaine conduite de qui nous défraya par terre. Son séjour à l'école d'hydroSon éloge par M.CHAPITRE DEUXIEME Il enseigne les prinDoublet embarque sur l'escadre de M. devint capitaine de vaisseau le 3i mars 1(365 et chef d'escadre le i"' novembre 1689 . brave hommeet bon manoeuvrier. nous trouvasmes l'escadre de M. décédé le 26 avril 1696. — Lettre de — Il commande M. — Les pirates de Cependant merre ny à j'avois l'ambition . Panetié. d'Hubert. corresp. — Il est reçu pilote. Pannetier. commandé part de blé. (2) . — Croisières. vint à Honfleur pour y engager sans contrainte des matelots et soldats et volontaires. Engilde Ruyter. Salé. la Diligente . Service général. Jal. Arch. Panetié. (3) Auberge u où pend pour enseigne le Soleil d'Or. quoique chirurgien de son métier. — Prise de 22 Doublet passe second lieutenant sur V Alcyon. de la Marine. Panetié. Arch. — Voyages en Portugal. « rue du Puits. de ne vouloir estre à charge à ma quoy qu'avec mon incommodité je cherchois à voyager. à Honfleur (1676). Je fûts le 3""" trouver au Soleil pilotte. Un nommé M. âgé de 38 ans. qui avoit commandement d'une frégatte du Roy pour estre de la famille l'escadre de M. De Lastre (i) de Dunquerque. avait appris l'art de la navigation dans ses voyages maritimes. — cipes de — — — gaphie de Dieppe. . navires chargés la navigation à son comirandant. je lui 11 (3) où il logeoit et m'ofîrits pour second ou le me dit qu'il en avoit assez et gens connus pour et il Nord demandé déstre patron de son canot me l'accorda.de la marine. le Pannetier (2). dit M. Jean Bart. équipée de 100 hommes. combats. composée de sept frégates prestes à (1) Ce capitaine. En 1673. intendant à Dunkerque. il commandait une frégate de 10 pièces de canon. prises et blessure.

ce fut très et notre capitaine me tint paroUe et me posa patron de son canot. » Il me demanda que je savois de navigation. et je me trouvois déconcerté que j'en je Tapétit. Prevosts me que je ne mangeois pas avec mes camarades. me demanda Je dits qui j'étois ce que j'a- à me la chagriner. Nostre frégate s'apeloit la Vipère. Je soupirois et je m'empressa de luy dire qui me tenoit dans cette tristesse. dont au retour de notre campagne j'en. je fut réduis à croyant estre avec les pilotes. me procura de bonnes nipes. et je m'équipay très-honnestement et modestement et . J'en perdois le chagrin. « Ah ! je Tay connu. panetié 53 du port. de 18 canons. que je plaignois mon Il sort de ce que et fortune m'avoit esté contraire trois années de suite. Et dans donnois des leçons dont prises et dont il moments de son très-bien. De lui Latre luy de m'ameiner et dans vois sa chambre.fits de bon argent. qu'un jour sur Theure du disner navire m'étois acoudé sur bord du que nostre maistre chirurgien sy j'étois malade de ce nommé M. ce L'on qui un peu plus respecter. si les principes. Il que la suivante en m'étoit pas meilleure.1673 sortir l'escadre de m. où la il y prit du goût. que je trouvai étrange. gamelle. Il puisque je luy avois m'engagea à boire un verre principes demandé un poste de pilde vin avec luy et me demanda Je luy dits les sont dificiles d'apprendre. fit luy profitoit plusieurs ma capitainerie du canot qui toujours des pre- miers au bord des dites prises dont je seut en profiter. et ay le- esté à son service. De dits Latre avec familier. les qu'à un homme six d'esprit comme le il luy. et M. sa me prit en affecfit tion et me fit faire une cabane dans les chambre. dits : « si ne faut pas qu'un jeune les principes homme la se rebute. Il le queset tionna s'informant qui j'estois et Crestey l'en ayant instruit nommé mon quel il M. la Mais lorsque nous fusmes en mer. aloit loisir. étoit fort Et en fut entretenir M. il me me je dit que j'avois sa table il pendant toute campagne. Un nommé Castor Crestey lui dits que je n'étois pas demanda acoutumé père. à pareille ordinaire ny compagnie. je je luyaprendrois en moins la de semaines. et je luy dits j'en savois plus que lote. champ fit luy en donna ouverture dès le première Et me souper à sa table et lendemain et nous commenssasmes à travailler. » Prévost dit. et sur reigle.

ils n'avoient qu'un enfant qui mourut. guerre. les forces étaient qui étoit agitée. n'ayant plus d'esIls pérance d'en avoir enssemble quoy qu'encore jeunes. étant sur le banq aux Dogres. le vent et la mer s'augmenta et ne pusmes les Nous perdismes 14B hommes surnotre escadre. et reconusmes estre avions aussi les convois de Hambourg avec 66 canons. qu'ils m'obligèrent de loger et manger chez eux en me disant qu'ils n'avoient d'autre enfant que moy. le Panetier se démontoit de les voir nous échaper. le Panetier receut ordre derarmer promptement son escadre sur desadvis que la cour eut En que les Holandois attendoient le retour de plusieurs de leurs vais- seaux venant des Indes Orientalles sur quoy soins possibles à bien remplir M. malgré leur décharge de leurs gros canons qui nous brisoient an pièces. L'un avait M. et particulièrement la que 36 canons sur la nous 18. qui me prit au travers du costé et me culbuta en bas aborder. notre commandant n'avoit Droite et nos autres frégates 30 et 24 et fort inégalles. c'est leur office. prit ré- M. écrivant ponctu- ellement les brasses d'eau et les fonds des sondes à connaîstre les courants des marées qu'il me dits plusieurs fois : 'Vous vous fati- guez trop et laissées faire cela à nos pilotes qui sont gagées pour cela. notre commandant M. ainssy j'avois toute la soubmission et complai- sance possible pour eux. nous avisasmes deux vais- seaux sur lesquels nous donnasmes chées nous les la chasse. nous ne mer pouvions les aborder sans nous briser comme le pot contre le rocher. l'entrée de Hambourg. .54 JOURNAL DE JEAN' petit DOUBLET butin à 1673 Delatre son donnois à garder tout mon Madame épouse . solution que nous les fussions attaquer et nous y fusmes à portée du mousquet. et je continua. sansplus de cent estropiés. cependant nous les suivions hors leurs portées de canons espérant avoir plus de calme. et route jusqu'à l'entrée de ils nous conduirent en fesant leur la rivière d'Elbe. me pri- rent tous deux sy fortement en affection. Delastre de son chef m'honora du poste de segond lieutenant. Je prenois tous les mon devoir et de plus sur la naviga- tion et en sondant quatre et cinq fois par quart. où j'euts pour ma part le bras droit rompu en deux par un éclat. octobre 167 3. Trois semaines après notre en étant apro- départ. l'au- lesquels nous tre 54.

Le soir et je je rentray chés mes bons hostes pour souper. Je n'étois encore bien guéri de mon bras ny de mon costé. Et M^ fait Bart n'eut la dit que c'étoit M. et que je ne ferois rien sans l'agrément de M. capitaine de vaisseau le 20 juin 1689. nous nen prismes que vingt et deux navires leurs convois se sauvèrent et la plus grande partye dans un havre de Norvègue et nous amenasmes à Dunquerque les 22 navires. Et je conssen- Le 9 janvier 1674. je luy consseillerois d'y aler pourveut qu'au retour j'ay tits. de Lâtre auquel je devois tout. lequel étoit prêt à sortir du Port. » dits. à bien guéri. de Latre prit parolle et dits :" moy Non c'est M. Bart. et il : . Bart en fit ma cour à M. Nous trouvasmes le fameux M. la dame me sy dissimulé vous voulez aller Je ne vous croyois pas avec Jean Bart et quitermon mary. du repas. revienne à moy et mesme donné mon consentement M. nous sortismes les cinq frégates trois autres frégates de particuliers et le 20* du Roy avec du mesme mois nous prismes une grande flûte holandoise venant de Moscovie. de Lastre et luy dits « J'aurey plutots finy ma campagne que vous ne serez prêts à sortir ments. chargée de froment qui étoit très-cher en France. . je m'excusay sur cela. avec quatre autres frégattes légères formant son escadre de cinq bâti- me fit l'honneur de me demander pour son segond lieutenant. et sur la fin ne leur dits rien « de la proposition. . qui me S'il étoit il augmenter l'estime que j'ay pour luy. Nousfusmes ensuite vers le cap Derneuf. Arch. de la Marine. fait Bart qui l'a demandé et a une honeste responsce. coste de Norvègue. du château d'avant où lut pour sauter à l'abordage il nous fa- abandonner la partie.1673 DOUBLET LIEUTENANT DE JEAN BART j'étois 55 . nous y trouvasmes une flotte de Holandois de mer Baltique. M. Jean Bartqui i) venoit de recevoir le son brevet de lieutenant de haut bord' auquel Roy luy don- na le comandement de la frégate VAlcion de 40 canons. je vous rendray Doublet au retour. Je paru estonné crainte que qui l'eut sollicité. bien de la joye et mesme jusque dans Paris. qui y causèrent la et . richement II) Jean Bart fut fait lieutenant de vaisseau le 5 janvier 1679 capitaine de frégate le 14 août 1686 . Il fut anobli le 3 aoiàt 1694 st !"'• avril nommé chef d'escadre le 1697.

-co p. ainsy les beufs et vaches qu'ils font ils peschent quils qu-. . et avoit on luy donna la Serpente de 36 canons. De Lastre monta la Sorcière de 30 canons formant cete escadre de M. o. pauvres maisons basses où leurs besleurs ifî-n^s .vec eux et ils puent comme des boucs t vix sont f^ . Panetier en état de reprendre la mer. et notre campagne ne lescadreet fut le que 37 jours. l'un de 40 et l'autre de 24 canons que nous prismes et toute la flote de 36 grosses flûtes que nous aconduismes au port de Dunquerque ce qui redoubla les joyes des peuples. Nous sortismes le de mars pour aler aux isles Orcades et celles de Féroe. et M. ils ont quelques métisse dont ils et d'avoine la . espérant d'y rencontrer les vaisseaux venant des Indes Orientales. Bart. bité par des Ecossais tous galeux Ce pays d'Hitlant est hacomme des chiens ne vivent . et M... laine ets ville font de gros bas et habillement . il que presque tout poisson et de mauvais pain d'orge troupeaux de moutons et chèvres.. De Lâtre me prits avec luy comme il et je fus son premier lieutenant. et là nous y aprismes que les Indiens que nous cherchions y avoient passé il y avoit dix jours et dévoient être rendues en Holande. ou il y a de très bons havres de toutes marées pour nous y espalmer. le commandant à Dunquerque obtenu de commander VAlcion dont il démonta M. à l'Angleterre.j.ntité de niorujs seicher sans sel.Lî d..56 JOURNAL DE JLAN DOUBLET le 1674 la flotte chargée. ils appellent de méchantes bourgades.uKU que des bourriques ayant unegrosse . Panetier et nous donnasme sur les deux convoys. . .. nous fusmes à la grande ille de Hitlant (i). Mais après avoir bien essuyé des tempestes sans rien trouver. nos bâtiments étant très-sales et ne marchoient plus.1 .e^- jC il la. Nous trouvasmes et à notre arrivée M.. tout au nord d'Ecosse. à . et après quoy nous rencontrasmes bleds que nous avions fait gros de le des relascher avec M. et les bleds diminuèrent bien de leur haut prix. Les cartes modernes les . . nomment Stocht ou poisson en baston les testes étant bien sei- (i) Iles nomment de l'Océan septentrional aopartenant Shetland. . .v .j i-is. la gelée. . Le Panmarquis Damblimonts chef d'escadre netier étoit 5 de 8 frégattes convenu. et M. Notre com- mandant s'arrachoit la barbe de dépit.

» a esté mon amy : . et d'un beau calme convia tous nos . etc. les bateaux Lastre pescheurs aux harancs. vers Jarmuth prendre tcut ce qu'il trouveroit des pesheurs de ha- renc holandois.1674 chées et les harestes ELOGE DE DOUBLET ils 57 les broyent et en donne à menger à leurs . Je croy qu'il a marché soubs les eaux tant il en conoit les fonds. Le conseil détermina que pour sauver les fraix de notre seroit divisée armement Baert iroit que lescadre en deux. De bonnement : J'ay mon lieutenant qui est de Honfleur. disent conoistre dit M. nous eusmes beau je nous deffendre. et cete dernière avec M. Son ? » Et envoyez-le chercher. bestiaux en guize d'avoine il n'y a aucun arbre de quoy les frégates furent la faire un menche àbaley. aucun autres peuples que de pauvres Norvégiens. et que celle de M. quoy premier capitaine. et que M. table. qui ne savent lire ny écrire « et seulement d'avoir esté sur les fonds. pauvre pays bien froid. Bart. les Baert et les deux autres moyennes frégates. Lorsque espalmées le M. Le Pannetier nous et le fit remettre à mer. » il : et toujours vous père « Comment l'apelezM. et sous domination du Roy de Danemarc. luy avec un : « vous ordonne de Il la part du Roy. et rend il mes pillotes toujours confus. et fusmes entre banc des Dogres Welles. Nous . Pannetier luy dits me noma et dits « Je say ce que c'est. qui en quatre ou cinq campagnes que je l'ay avec moy. je le veux entendre. que pour luy avec il les trois autres aloit aler à Gronland dans fatal les glaces chercher baleiniers. Je reviens à nostre voyage. De Latre seroit avec M. et sans et sans la aucuns aliments. et je fut bien mieux que juin me donna une chambrette ne m'étois attendu. je Ce que fut le le coup pour mon capitaine et moy quand paru et commandant m'ordonna d'aler sur le champ apporter à son bord mes hardes et qu'il auroit bien le soin de moy et au retour me lut feroit avoir un brevet. » il fal- obéir et sa quoy qu'à contre cœur. mais aussy fît a pris bien des peines à sonder souvent quelque froid qu'il écrit. C'étoit à je que regrettant toujours mon cher au et commencement de les que nous fusmes arrivées Spitbergue soubs 72 degrez latitude Nord. capitaines à disner et pour tenir consseil et dans le repas l'on parla de la grande ignorance de nos pillotes pour les bancs.

et en faisant notre retour nous prismes au Nord d'Ecosse un navire holandois de 24 canons venant de Portugal richement chargé. et Denis. le quartier de réduction et l'échelle angloise. etc. b janvier et 4 juillet 1671). Le Panetier. Je luy je dits n'étoit pas ma pensée. de Latre de luy dits que mon dessein étoit d'aller quelques mois chez M. un qu'on donna pour reporter équipages dans Maloûins y avoient esté qui avoient pis que nous. (1) Consulter sur l'école : l'instruction fublique. — t. je je fûts ainsy Lorsque nous fusmes désarmées de reprendre auberge chez grafe et bien et obligé M. que savois parfaitement. me demanque ce je les tenir l'école de Marine. et conssentirent à mon départ que ferois gardains de mon butin pour m'obliger à retourner avec eux. et m'acordé avec luy de me Il pension à sa table.. les hauje teurs.Marine. Denis. dant sy eut paine à y conssentir.W DOL'BLET 1674 nous pris- fusmes autour du Gronland parmy les glasses affreuses. etc. Marine (Revue maritime). je tangentes et lorgaritsmes. — . 4 janvier iGjb. Baert avec son escadre avoit et leurs emmené . me ainsy il eut la d'hydrographie de Dieppe De Beaurepaire. Recherches sur Didier Neuville. m'aprouvèrent très-fort. trente le deux bus ou flibots holandois Roy gagna à ces armements. ainsy que les sinus.. Je leur qu'il fit aconnoistre qu'il n'y avoit pas dautres moyens de me dégager d'avec M. qui leur pays des balaines et quelques fanons et nous les bruslamessept. Sur quoy il me demanda ce que venois faire chez luy ayant je autant de théorie et d'en savoir les pratiques. la me comença par les principes de Sphère. Etablissements scientifiques Je /. prestre et géo- du Roy à Diepe je voulois (1). 21 novembre 1671. les marées. Je luy dits que voulois perfectionuer avec un aussy habile maistre . les et on nous aprits que M. 3o septembre 1Ô73. couché et blanchir moyennant cinquante livres par mois me fourniroit les livres nécessaires.i 111. Je fus à Diepe trouver recevoir en M. mais que peuts devenir estropié et que cela me pouroit servir. série des Ordres du Roi. affin Il me perfectionner davantage avec un aussy habil homme. Le Dépôt de la . qui me dits et au désarmement ils me retenoit pour la prochaine campagne. deux convoys payées.58 JOURNAL I)H Jli. dont à peine en fismes les chargements étoit lard et de deux. . mes dix navires hoUandois.

1675 bonté de ne l'école d'hydrographie de DIEPPE 59 triangles me pas épargner ses soins. Et lors qu'au bout de mes six mois de penssion dont prendre. vous fortifiera à fonds. Denis et demander à compter. De Lastre un brevet de : lieutenant de frégate qu'il m'avoit obtenu et luy dits n'a voulu « Puisqu'il s'embarquer avec moy. et je ne veux rien de votre pension et je trouveray dits ce n'est point l'intherest qui d'éviter d'aler avec plaisir : me commande tier. Et dans ce tems qui juin 1675. Monsieur. ma petite fortune. » je le donneray à un autre qui en j'en avois il sera bien aise. Le Pannetier luy ordonnoit de me faira retourner pour aler avec luy. L'envie d'aler gagner de quoy et ne pas dépençer ce que j'avois me fit donner lecture de ma lettre à M. et fus terminé que trois jours enssuite feroit. m'obli- gerez infiniment en restant. et que je luy honneur et qu'il ferois plaisir et luy dits quil me l'avoit plus en payeroit la dépence. Panneje Je luy que sy la luy faisois Il que « resterois en continuant de payer avec penssion. Cependant je ne savois à quoy m'en tenir. De Lastre. et que M. répliqua Vous la . Et il me dits : « Qu'alez-vous . Il m'aprit les sphériques et les éllements d'Euclides et les calculations en moins de trois mois. car vous me soulagerez un casse teste teste ce nombre d'écoliers la pierre. Il semblée s'en convia pour moy quatre anciens capitaines . ny payé trois. Denis frir les qui examents que cela ne je me proposa qu'avant de la quiter que j'euts à souet me faire recevoir â l'admirauté pour pillote et me dérogeroit en rien ains au contraire. Sur quoy que payée et que je le satisferois en l'as- tout ce que je pourois. vous n'avez . cela . les faire me fûts de toute imposibilité de mesme par la sœur de M. que je voulus le quiter n'ayant pas dessain de m'é- tablir maitre géographe. » moyen je M. en quitant je vouluts payer les trois autres. vôts de sale à mes écoliers. faire ? vous alees quiter dans un tems où vous trois faites bien croyez-moy. me donnoit advis que l'on réarmoit l'escadre. demeurez encore deux à fait que dévorer ce que vous venez d'aprendre trop promptement pour bien retenir servez-moy comme un prémois . » dont la pluspart ont dure comme apris Enfin je restay encore trois mois ce qu'ayant mondit sieur le Pannetier montraà M. n'y voulant borner là. j^ receu une letre de M.

et que toute l'escadre y penssa périr par l'ignorance de leurs pilotes. cepandant que et il serois fort aise dits: « de continuer soubs son comandement. Denis. et après quoy je fus saluer M. l'intendant et M. le Pannetier vous en ostera. Je me rendis à Dunquerque pour la veille des Roys. me Je le voudrois bien. qui me demanda mon absence rien d'où je venois. et ne conssentit étoit prestre et que je payats avoit que ce qui étoit venu de chez fourny de chez luy. et qu'il fait que j'avois perdu à être lieutenant le brevet. Je creut le traiteur et rien de ce qu'il partir le landemain ayant disposé sa mon le porte manteau. et lorsque vous serez capitaine en chef hors de sa dépendance la il ne pourra plus vous nuire ».60 JOURNAL Dh JHAN DOUBLHT 1676 et 4 pillottes. de frégate du Roy. Le qu'il il Pannetier avoit bien avec luy et me conseilloit pas de paroistre sitions à sitots devant luy. que des venir de et que le j'étois engagé pour dits commander une qu'ils m'avoient frégatte fait particuliers m'avoient subjet. et à leurs aprobations je fus enregistré devant M""* de l'admirauté. il en avoit obtenu placer et que par n'y avoit il avoit et M. Domain. Je luy dits que j'étois tout à lui et ferois je tout ce qu'il jugeroit à pro- pos. après quoy il ses amys il me vouloit faire capi- taine d'une jolie frégate de 14 canons nommée la Diligente. et luy et Madame que sœur m'arestèrent pour manger ce landemain en disant qu'il faloit je leur aidats à qui étoit resté du repas. qui n'auroit voulu entrer en auberge. Ainssy il s'intéressa sur Diligente et me fit agréer par tous les autres intéressés. Le Pannetier. chez mon ancien capitaine où nous régalasmes avec les parents et amis. qu'ils me quiestionnèrent de tous costés. Après quoy nous fusmes tous disner chez M. et ne vous fera plus d'avance étant piqué contre vous. et que pesté de ce que je n'étois M. et à nostre séparation ce fut des amittiez et tendresses réciproques. et me conta qu'à sa dernière campagne une de leur frégate périt sur le banc des Ysselles. 1676. mais qu'il de perdu que faisant une ou deux campagnes avec luy récupéreroit ce poste. mais M. et que luy avoit quelques propo- me faire et me le tint me déclara que par moyen de deux jours en suspend. Je luy dits que j'étois fasché de ne pouvoir plus aller soubs son commandement. Il Diepe pour donnée et Cela : <( .

se trouva la une cor- vete de quatre canons sortye de Nieuport qui enleva plus petite de mes prises avant que au port où je les eût pu joindre et auroit enlevé l'en l'autre sy je m'étois trouvé à il tems de empescher. il en sortoit deux moyens bâtiments que je prits tous deux terre . faute à et je des précautions qu'elle devoit prendre. et l'autre 20 saumons d'étain en outre avoit 60 saumons et 100 de plomb et trois balots de bayette ou flanelles. mais j'en fus chassé guerre. et les amarinois pour Dunkerque. je la la conduit falut que j'entras avec ma frégate pour raccomo- der des coups de canons qu'elle avoit reçeus et pour guérir et me faire mes blessés.1676 est je CROISIÈRES le él beau de quitter service du Roy pour des particuliers». ei je fûts à l'ouvert et par des navires de baye de Hull au dite nord d'Angleterre dans le dessain d'entrer dans la mais baye quoyque très-dangereuse pour ses bancs de sables. Pendant mon absence dans ce petit voyage il y eut une lettre de . Je tins ferme et s'étant raccomodée charge et sa grande vergue luy tomba. et m'attaqua vivement et sans m'oser aborder. Et étant au travers de l'Ecluse une frégate qui sortoit de Flesingue de 18 canons voulut m'aracher ma proie. je fis dépasser mes prises en avant de moy et je l'atendis pour la combattre avant qu'elle elle les peut atraper pour leur donner loisir à s'échapper. elle revint à la désempaelle. dont de mes la hommes deux estropiez. à ce que reconnut mon chirurgien de ma blessure j'eus quatre et l'autre j'étois le par une esquille qu'il en retira. cuisse cassée et six moyennement il Je courois après mes prises qui avoient déjà dépassé je une lieue d'Ostende. rée de son petit mât d'hune. au costé gauche de la teste me trouvay blessé par un coup de fusil. le Je sortis du port 14 février (1676) avec page et la et fut croiser vers le Texel et le 92 hommes d'équiVlye qui est à l'entrée de la sortye des bastiments d'Amsterdam. chargés de charbon de d'étain et 150 l'un de plomb. et que j'étois remply de sang. et dont il n'y eut que les chairs emportées et l'os effleuré. où craignois le plus. et elle fut nous nous chamaillasmes près d'une heure. blessés. et je ne m'aperceut l'un d'un bras qu'après le combat tuez. de 7*^. Et me retiray avec profonde révérence.

et nous avions déjà rade de je repris la trois pieds d'eau ils dans nottre calle quand j'arivé à la donnèrent. heureusement.» trouver et qu'il étoit dans de m'avancer d'un vaisseau des Etats. et communiquer avant de l'envoyer. entrée de Londres. » Je la leut et luy donnai à : voir si je n'avois rien déguizé. je sorty du port 26 de mars et fut droit à l'enle trée de la Tamise. et deux jours après le Dunkerque où mer et fut avait m'aban- croiser. et comme il étant un peu rétably de ma playe le fus saluer. et de plusieurs caissons . Sur quoy : : il Je lui demanday seulement finie et la permission que je peuts répondre plus écrire que cette fois à ces honnestetez et le prier de ne la me guerre ne fûts que cela me feroit lui préjudice et que je donnerois ma lettre à qu'il son secrétaire pour trouva bon. » Je lui redonnai sans l'ouvrir. étant en guerre. et surlandemain je fus chassé par deux gardes costes d'Angleterre lesquels nous faire périr penssèrent neige et à force de porter les voilles d'un tens de très rude. Elle contenoit de ce que j'avois esté longtemps sans luy écrire et bien des honnestetés et ammittiez et m'ofroit de l'aller trouver. Tlntenje marine. Je luy que j'avois à savoir de quelle part elle lié me venoit. si il me procureroit ma fortune en me marquant entre autre que l'aller je n'étois l'état pas pourvu. elle fut portée à 1676 Holande à mon adresse dant de la M. ce Après estre bien guéry ma frégate bien redoublée et renforcé le mon bien équipage. Après quoy en me demanda et quelle habitude et rela- tion dits j'avois Hollande paine avec quy. 6 balles de laine lavée. un qui quarante-deux de morue blanche salée gens je l'envoyai au hazard par dix de mes je pris sel. sur barils banc des Dogres où et arivèrent j'en prits . l'Intenle commandement « Voudriez-vous prendre les armes contre le Roy et dant me dit me dits: et estre traître à l'Etat. que et j'eus à me donner M. de Ruiter avec lequel j'avois amiitié en Angleterre. » Je protestay que non « Je vous défends d'avoir plus de commerce de lettre avec ce M. et me dit « Ouvrez et la lisez haut. : « il la demanda à son secrétaire et me la rendit cachetée dizant Voyons ce que l'on vous écrit. excepté Il M. Six jours après un tlûton 28 pipes d'environ 90 thonneaux venant de Portugal avec du d'huille d'olive.62 JOURNAL DE JEAN DOUBLET à la poste.

Nostre biscuit se trouva gasté dans soute par la grande eau que nous eusmes lorsque les Anglois m'avoient chassé cydevant. je ressorty avec ma mesme frégatte. sans estre estropiés. et sans prise . mais le vent cessa après neuf jours de tourle soir et je fîts mente d'aler j'aperceu un moyen navire sur luy. ainsy que deux autres frégates de mes confrères. nous en eusmes connoissance. j'eus huit il hommes 1 5 16 blessés. sur 4 heures du matin. Bart n'eut acomply les équipages de son escadre. et nous falut rentrer au port bien batus. ayant penssé aussy périr par la sorty avec nous avoient péry corps et biens. et c'étoit une grande bar- que que de l'ille les Flessinguois avoient prises sur notre nation venant citrons confits et Madère. nous y aprismes qu'un de ceux qui avoit course. je luydonnay de la décharge de nos tuez et à canons soubz de mousqueteries . conduisois jusqu'au travers de la Meuze où je fûts rencontré par deux frégates de Zélande. et après quoy je fits en peu de temps la mienne. et nous décrocha ayant son mât de beaupré rompu et le à l'uny de son étrave. je fits plusieurs moyennes prises que j'envoyois par mes gens. 1677. et sortismes de compagnie et douze jours après nous fusnies très mal nous séparèrent. n'étant . et le jour venant nous fusmes après iceluy. Je ne pus réquiper ny sortir avec ma frégatte qu'au 10 octobre parcequ'il nous telots fut fait deflfense à tous les particuliers d'engager aucun ma- que M. chargée de grosse écorce de je la du vin. et CROISIÈRES je la 63 conduits heureusement à Dunkerla que. qui costes d'Ecosse en vue de trouver quelque abry au risque d'estre prisonnier de guerre plutots que de . En mars. l'une de 24 canons et l'autre dix-huit. et que l'autre étoit revenu sans rien faire à sa tempeste que nous eusmes. et celle 18 canons étoit trop vent pour nous ratraper. Je couru vers les traités des tempestes. celle qui coururent droit à ma prize et s'en empara et de 24 me batoit en ruine et m'aborda et ne sauta que 3 de ses hommes dans nous. et au clair de la lune. que nous prismes sur les neuf heures.1677 d'orange et de citrons. il me fallut rentrer et désarmer la frégatte. semblant une autre route que Et aussi tots qu'il fit bien nuit nous redonnasmes après luy à les petite voilure. périr. et ne l'aprochasmes pas plus près.

^4 de valeur. le nous courusmes après jusqu'à l'ouvert du Texcl sur aloient Bree Vertin sans rien trouver. et lors que je l'eus désarmée. Nous escor- . cela me dégousta de retourner avec un navire d'aussy peu de force. les inthéressés la par l'advis de mon ancien capitaine qui la me promit place de second capitaine avec luy sur frégate de 30 canons. nous les nous creusmes tems à portée de nos canons et ils furent bientots rendus. capitaine. fait nous fusmes cinq mois à croiser sans avoir encontre ny ble. cela nous unis tous en consternation. lesquels venoient de Suirinan et Cuindi- rassao chargés de bonnes marchandises comme sucre. dans l'escadre de M. nous donasmes plusieurs chasses sur ces galiotes sans en pouvoir tira atrader. avec un en peu de 36 canons et l'autre 30. Pan- netier quicomandoitr£'/roi7ic de 40 canons. et m'en revenant pour désarmer je rencontré plusieurs navires marchands holandois. me ressouvenant des hazards que j'y avois encourus. les go. C'étoit deux pinasses de 7 à Boo thonneaux. avoient lotes costiers envoyé audevant plusieurs galiotes bonnes voilières avec des pipour les bancs et des rafreschissements et vivres. cuirs. et que par maladies ils avoient bien perdu de leurs équipages. mais M" les Etats toujours bien advisés. retournay avec mon premier Nous fusmes aux iles Orcades entre Fulo y atendre les Indiens dont on avoit advis de leur retour pour Hollande. lesquels avoient trop de force pour que je les peus ataquer. rocou et bois du Brésil et Campesche. je remerciay MM. JOURNAL DE JEAN DOUBLET . cela nous du bon parage où nous étions. étant affoibly de mon équipage par les petites prises dont j'ay parlé. lorsque atrapasmes sur le banc Dogres. En juillet cour ordonna à M" Le Pannetier je Bart de r'armer et Faril et de se diviser en mer leur escadre. 1677 et elles furent toutes reprises je parcouru aux costes de Norvègues sans y rien trouver. Les vivres nous manquer et des prêts à nous en retourner. quelque Indiens. Et y ayant illes retourné nous aprismes par un bateau pescheur de ces la flotte que de dix de ces vaisseaux avoient passé les il y avoit trois jours. estre nous aperçusmes deux gros navires. sur la fin Nous sortismes six frégates de may. et après rien de remarquaet quoy 1678 l'on la nous désarma tous à notre retour.

je et t'estime d'avantage. où nous désarmas- mes de la tous. bien raison. M'' de Latre eut cette comission de les conduire et de les vendre. pour en épargner dépence. la nouvelle de la paix avec la Hollande et An- Les deux dernières prises que nous avions amenées étoient d'un trop grand port pour nos marchands de France. » Et je fut travaillé exactement et très-fidellement aux inventaires. vers la fin nous lest partismes de et Dunkerque de février n'ayant que du et un simple équipage seulement pour amariner. et l'on plus de trois semaines à nous acorder du prix que M"" Desgranges . que cela n'auroit en rien diminué m'offroit et à le « vente.t679 CROISIÈRES 6$ tasmes soigneusement jusqu'à Dunquerque. Hollande. ces et le de et 24. et Je : vits un peu dans ce penchant et plus luy dits famillièrement Qu'avons-nous de plus cher r précieux a il consserver. et à demander 1679. et à la fin du déchargement grande prise on trouva 26. et y avoit fait amené 20 buschs avec du haran Prince Pecrts et en avoit le brusler 32 et enleva aussy leurs convois qui étoit Mars de 40 canons. le 21 nous arrivas- mes devant Lisbonne mars et peu à peu nos capitaines conla gédioient nos équipages. étant très-propres pour les voyages du Brésil. M' Des- granges pour lors consul de notre nation et comissaire de marine pour le Roy eut ordre d'en procurer la vente. et sy consseils j'aurois j'avois creu les mauvais mis de mon costé à l'écart pour plus de cinq la cents pistoles. et un parent de M'' Bart les ordres nommé Corneille Bart comandoit l'autre soubs et du dit sieur de Latre qui méprit pour sonsegond. et il me pria de dresser les inventaires de ce que contenoit les agreits et ustencilles de chaque navire en son particulier. jours M"" Bart avoit rentré au port huit avant nous. L'on eut gleterre. et on parloit de la paix. t'ay estimé me dits « Mon enfant. Le Roy ne faisoit armements qu'en est vue de faire crier les peuples d'Hollande en détruisant leurs flotes d'un propar ces pertes les provoquer des marchands fit de lapeschede leurs poissons qui la considérable pour la paix. et qu'on mon capitaine de nous les transporter à couvert. le conseil ordonna de les envoyer à Lisbonne en Portugal pour les y vendre.000 piastres. que : l'honneur tu as Sur quoy ayant réfléchy.

Balem el Rc- lem. qui remet à bon port les marchandises chargées à fret. Et deux jours après comme nous étions soubs les voilles. Chapcjii Je iiwritc. C'est auprès de cette tour que les navires mouillaient en attendant leurs dépêches. chapeauy gratification accordée par convention au capitaine d'un bâtiment de commerce. Je « Il faut aler plus haut. nous les ancres et dits à s'il M' Delastre : a Alez trouver (2) et M' consul et luy demandés l'ayant fait la il a penssé à notre chapeau irons à Cadix. Les marchands portugois ne marquaient pas d'em- pressement à leurs leurs dits offres. et je Consul dcvoit honnestement me présentées. Nous ne poula marée que nous avions atendu baismouillasmes le ser pour nous dessendre. offroit et nous travaillasmes à nous réquiper. lequel n'en voulut le rien prendre et dits les délivrer seulement:» M'' pour que gages. fut les ex- péditions pour sortir du port. Doublet écrit indifféremment 7V/fm. secrètement taires et Consul me donna cent cruzades pour mes paines des invenpour l'advis que j'avois donné. et faire remettre les tirer mâts d'hunne en état d'apareiller. Je présentay mes cent cruzades à mon capitaine. bourg de Portugal. » Et ils que ne fasse savoir à et ces acheteurs que nous ne il conssentons à vente que nous conduit M"" de Lastre chez les marchands où six s'expliquèrent. sur ce qu'il avoit conclu le vions remonter à cause de marché des deux navires. La choze dits trouvée bonne. qu'il faioit faire sourdement coure qu'ils le bruit que les marplus chands de Cadix en ayant eu advis en faisoient et offrir de quinze mil livres qu'on ne et les voilles nous en offroit. : vous les euts » Puis l'on me paya mes M' Delastre médit « 11 nous faut chercher un passage (i) Belem. . zades de plus il on nous : déjà mil cru- et puis encore 500. Je m'étoit venue en que j'avois en penssée une ruze qui l'esprit. (Littré). cents cruzades de chatrois et peau valant douze cents nous remontasmes M"" le le que nous partageasmes en et lendemain à marée montante. ou simplement et plus ordinairement. sur le Tage. à deux lieues au-dessous de Lisbonne. il vint à nos bords une chaloupe avec un ordre de M"" Desgranges de remonter à nos places. la faut faire dessendre nos vaisseaux à Blem(i) qui est » sortye. où nous obtinsmes livres.66 JOURNAL DH JliAN DOUBLET 1679 en souhaitoit. Btetim. au devant duquel on voit une tour. (l) Terme de commerce maritime. et au pis aler nous concluerons. ce qui déconcertoit un peu nos M'.

et fit heureusement avoir fait le voyage de et retour à Lisbonne. car soubs pavillon de promit que n'aurois pas acxepté. car l'autre capitaine étoit une vraye cruche pour ne pas dire beste sur la fin du repas M»" Desgranges me demanda si je me proposois de retourner en France. Je reviray de bord et de 'Vianna (i) et où barre y est pour me sauver dans la rivière périlleuse. » M"" le Consul nous engagea nous deux à souper chez luy. de savoir bonté de sentiments de mon amy et capitaine qui eut m'acompagner à en faire la visite. ma décharge m'en proposa un segond aussy heureux. et « Qu'alez-vous faire au commencement de cette paix . ce seroit soubs Il me ceux de France.1679 VOYAGE EN PORTUGAL 67 pour retourner enssemble à Dunkerque où nous verons ce que nous ferons pour Tadvenir. : où « l'on : ne « Il sait encore que entreprendre sera ? M"" De Latre prit lapadits : rolle ne pas désœuvré. afin la Et les je luy demandai au lendemain pour luy répondre. elle est placée devant St-Paul. et par malheur la (Il Port de Portugal sur la Lima. : >> pour luy demandera quel voyage vouluts il destinoit. à fait car j'échapay : mais lequel ne fut pas tout belle d'estre esclave par deux frégates de Saley lorsque je faisois route pour Biscaye. j'aperceus les susdites frégates. Je la trouvois à mon gré excepté son peu de déflfence contre les Saletins où Ton est fort exposé mon capitame m'en représentoit les dangers pour m'en dégouster. » Et M»" Desgranges j'ay me Sy vous voulez elle est commander bonne icy une caravelle où et intérêt. Quatre lieues au-delà est situé . province de Minho. et il me reconnu y avoir du penchant. Il me dits « Vous Je fûts retrouver M' Desgranges en ferez ce qu'il vous plaira. lui disant que ouy. Il dits pour aler porter des sucres à Bilbaots et raporter du fer et autre choze. étant au travers de Tamina. et après et pareil. qui prits la fuitte la me donnoient la chasse. je ges. Je aussy savoir soubs quel pavillon et passeports. ainsy je me séparay de mon capitaine et fits en peu de jours mon équipage Biscaye l'on et chargement. nous luy avons depuis peu fait la poupe en frégate mais elle mastée aussy six de mesme et autant voilière. voyez là. Nous convînmes pour mes gaPortugal. . en vue des isles de Bayosne en Galisse. n'a que canons >> de périers.

des Ordres du Roi du dépôt de la Marine plusieurs Voyez notamment à la date du 20 juin i(>8y. mais par marée trop basse. connoissance avec M"" Mi- parisien et ingénieur en chef du roy de PorJ'y fis tugal. et j'entray entre deux rochers par-dessus barre. mais bien à faire calle pomper deux pieds d'eau qui avoit entré dedans ma dont le premir rang d'en bas des caisses de sucre fut endommala ville. Je resté seul sur mon pont à la gouverner. je me fis aporter des chandelles de suif qui étoient molasses par la chaleur et dont les je les couchois en long. et les coutures se resserèrent sy fort que toutes mes chandelles parurent sur l'eau et que je ne m'arestay pas à les represcher. la que creu perdre la et les sucres. et plus loin se trouve Port-à-Port dont Doublet suivantes. je mits tout pour la liberté. et le de fortifier cette Marquis Desminas fils ville. let- (2) Le marquis de La Mina ou de Las Minas. les pilotes du lieu n'osoient m'apro- cher avec leurs chaloupes à cause des boulets de leurs canons qui me je surpassoient. Je chel de Lescole (1). car j'étois fort empressé puisque leurs mous- queteries nous frapoient à nostre bort que j'euts tre blessé à la cuisse et mon un gros dogue que faire j'avois qui fut tué. aussy connois- (2). et à toutes les places bouillantes à triple rang et qui maintien fis de très belles fontaines une grande propreté des rues. lequel finisoit sance avec M"" tières.68 mer y la vie JOURNAL DE JEAN DOUBLET avoit baissé d'une heure et 1679 au hazard de contre-mais- demie. étant pavée par de grandes pierres de taille blanche et grisâtes. gouverneur des fron- dont le est aujourdhuy généralissime des armées du up autre havre cit«ra le (1) nommé Ville nom dans les pa^jes trouve dans del Coude. gées et nous entrasmes au port proche de quoyque petite qui est une des plus agréables que j'ay vues. On les registres tres adressées à cet ingénieur. car je fûts visite et je avec chaloupe tout autour en faire remarquay plusieurs coutures entre ouvertes dont l'étoupe en sortoit et point de secours des gens du pays. mais la forteresse de Viannatira plusieurs coups la sur ces pirates qui les écarta au large. . navire échoua je le ne peus entrer assées avant dans il le port et et mon presqu'à sec. et lorsque ma- rée fut au deux tiers montée mon navire se dressa et flotta. dont souffrit beaucoup. les écrasant avec mes pouces la dans coutures et les bouchoirs par ce moyen.

et trois jours après la rivière je reprits ma et route et arrivey à Portugaletto au bas de ensuite est de Bilbao. Je fus 15 jours avant de 6^ dit Roy de port. à un petit matin.1679 VOYAGES EN PORTJGAL Portugal. montay à St-Mames à demie lieux proche la dite ville qui encorre très-agréable. je poussayau hazard dans la barre des j'étois Ribadios dont proche. le travers qui me fit entrer à Vienne. je serayde bord et au jour il me chassa vivement. . pouvoir sortir du du Cap Pinas. j'aperceut un navire qui aparament ne me vit pas. C'étoit un de ceux et faisant route pour Bilbao.

Naufrage. je fûts à la Dans le segond.Barbarie. où pendant que montagne. seroit ce qui ennuyeux est à réciter. Les Maures attaquent ry. — — — — — — — 1681. tout vient de la l'ille du Pic. Les Pirates d'Alger. les illes Pendant cete année j'ay fait plusieurs voyages à toutes Assores pour y charger des bleds froments et les porter à Lisbonne. Voyages aux Acores. Voyages à Madère. tres. citadelle imprenable par sa situation qui forme ne pou- vant estre ataquée que du costé de la ville un amphi- A la sortie de ce port. mais c'est que rade où posent les navires est devant j'y étois et proche du Fayal. capitale de toutes les au- où un bon évesché presque et un colège de jésuites et plusieurs trois ordres. mais la ville il n'y en croit que très peu. Doublet résiste aux séductions de M™c ThierBarbarie. qui se conver- . tant Récolets que Religieuses de une bonne téastre. je fûts au Fayal pour y charger des sucres qui y étoient arrivés du Brésil et finir mon chargement d'excellents vins de l'ille Pico nommés vins passades qu'on apelle vins du Fayal. un cart de lieux de ville dans une ravine qui souffre la on étoit empoisonné des odeurs du le sieur etbithume. excursion dans l'Ile. Autres voyages à Ste-Croix-de.CHAPITRE — — m — — Explosion d'un volcan. . m beaux couvents. Tercère. Retour à Cadix puis en France. Notre consul étoit Gédéon Labat de Rochelle. Découverte d'un banc de rochers. et dans mon premier en vue de Tille de Saint-Michel j'échapay heureusement par adresse d'un piratte de Salé. Voyages à la côte de Voyage à l'Ile de Ténériffe. Mazagan. la un volcan creva dont au haut de la et les ruisseaux de feu en dessendoient à les recevoit. Supplice d'un Juif.

L'on et bien une douzaine de turcs armés furent à mon j'étois l'avoir bien me demanda mon me examiné. Aussitôt que je fus dans son bord.l68r tit VOYAGES AUX AÇORES le 7I consul pour épouser une demoiselle portuguaize. et nommé avec le la Rosier Dargel voix. me questionner par un renégat de fit Provence qui 4 hommes. ayant sauté des ruisseaux en furent fort épouvantés le reste et fatigués d'avoir raporté de leur mieux pauvre Abraham qui ne vécut plus que deux jours. . fort alerte à sauter. Je fus convié par tous les voir autant sus-nommés de d'aler avec eux que possible le dit volcan. et sans quelques affaires qui la partie. Le ms. Il étoit son lieutenant. je fus rencontré (i). ce mes voilles et d'aler ma chaloupe fallut faire. et il chez les Pères jésuites un cordelier françois qui n'avoit voulu se rembarquer sur un navire qui avoir relasché en cette ville. qu'ils avoient esté près d'une lieue daus montagne le et qu'il se creva un autre volsans le can autour d'eux apercevoir. et après dire part que la guerre entre Alger et que sy je savois avant mon déla France étoit déclarée et que Cl) Le Rosier d'Aller. porte Dargel en un seul mot. avec une partie de ses ornements et meubles et de ses domestiques. et dont le cordelier y fut englouty plus Abraham holandois. secrétaire d'un nouveau évesque. Etant environ cent cinquante lieux en d'une frégate de 36 canons mer. etceluydes Holandois Jean Abraham. quatre gros Maures un sabre assis les bras clair nus jusqu'aux épaules tenant d'une main chacun argent comme me conduisirent au tapis. il passeport dont fit porteur. en fut quite feu. M'ayant aproché à d'abaisser qu'il me fit comandement à son bord. plus loin encore il écrira Argérins pour Algériens. Il dit encore Europiers pour Européens. et me survindreà mon bord la j'aurois esté le lorsque le soir je retournay à terre j'en apris succès. et Et je retournay à Lisbonne. Doublet écrira correctement Alger. le en peu de jours je fûts réquipé porter à pour l'ile mesme voyage où de chemin la faisant je devois de Terciere Don Roberto de Saa. étoit resté pour les Anglois étoit Jacques Ston. Reys qui étoit comme un tailleur sur un beau faisoit fumant de bonne grasce aussy embarquer mes avec une longue pipe. pour et le les jambes un peu brûlées. il plus de 300 hommes. Plus loin. bord.

qu'on donne dits la bastonnade à ce jeune coco. il me fit rabiller. 11 me ment Faites examiner ses papiers et ses gens et sy je ments à la jettez-moy » mer. Après m'avoir bien tourné sur tous sens. il moindre de mes passaArgel lieutenant renégat faut aussy m'enlever. et me donna un verre d'eaudevie et me voulut engager à fumer. Cet homme qui m'a frapé le premier et sans vos ordres n'est pas un turc. » Et : le « me donna un souflet légèrement en disant Ets ainssy que tu l'os parles au Reys. Et pour me mieux intimider. et que j'entendois très bien. reste ne l'étoit pas moins. au Roy. et vous savez mieux que action que je serois au moins moy que et • sy je faisois pendu plus heureux d'estre son esclave. — Je luy enfonça du pied sur de la jambe Je croyant luy pousser au ventre. cets de ma nation . Je m'en excusay disant que je n'en avois pas l'usage. ne Vos gens ne Et sur Je dis pas. Je luy dis: crestien. car il c'est son secrétaire. » « — que 11 je m'estimerois bien me dit par deux ? fois « : Tu es malin.72 JOURNAL DH JEAN DOUBLET mes ^^ens. me fit dépouiller mon justau corps et veste. faut que tu conssente par écrit que — il j'enlève tous tes portugais et leurs bagages seront à toy. » — Je telle luy dits : « Vous avez la force en main. non. 1681 que j'étois j'étoisson esclave avec Je luy dits certain du contraire et que j'en étois bien informé chez notre ambassail deur. Et sy vous m'enlevez. Seigneur. je tegarderay mieux. » — répliqua : « Non. sinon jiray droit vous attendre à devant vostre Dey » qui me fera justice. je ne puis empescher vos volontées. j'entends. Et ses gens revindrent de nostre bord et lui dirent avoir trouvé dans qu'il ma chambre un avoit prestre portugais malade dans une cabane et cinq à six valets et fût neuf à dix chiens « de chasse. cela ne laissa pas de m'éfrayer. et je croy mon passager et tout jeu. ton équipage et ton navire. entends-tu le » — Oui seigneur. dits : Prends garde. écoutez. — le Tout cela m'embarassoit fort. Mais à mauvais bonne minne. chapeau et pjruque. et qu'il faloit que ce « un évesque. Ensuitte il me parla luy mesme en langue franque demy Espagnol et François corompu « Sy tu veux avoir ta liberté. » se trompent pas de beaucoup. Le Reys » se leva: « Alons. » cela. « L'on s'y préparoit. gers. prends bien garde à toy.

la con- âmes passagers excepté Mi'de Saa. l'on fit semblant n'en rembarquer mes 4 matelots petit et nous retournasmes jouyeux dans notre bâtiment et continuyons notre route. C'étoit sur les 6 heures du soir lorsqu'il nous relascha. » J'en fus pris d'une grande douleur de teste. Mon chirurgien fut le premier des nostres mort la deuxième journée.l68l renié. vénitien me pilla du vieil oingt. santo Deux Jours après ce malheureux encontre. nous fusmes ataqués des vents de oest et sud-oist tout opozès à nôtre route. Mon l'ail. : « Hisse. dont je rien voir. le et nous le en perdismes la vue en peu de temps. j'y fut les atacher à une corde et criois à ceux de haut roient au premier et . Je poussay dedans en tirant quelques canons et nous trouvasmes une (\) C'est un renégat de ma nation. mon vénitien me lava avec du vin presque bouillant je me soutint et je faisois pousser vent arière à . C'étoit beau de voir secrétaire se lever de sa cabane et me baiser les pieds et . qui fits Ses gens enlevèrent seulement six rôles étoient pour le bureau de la Terciere. je poussois au hazard et la en cinq jours par un matin nous aperceumes connuts estre entre terre que Port à port et Viana où j'avois esté. (i). de du sel. de la poudre à . nos vivres manquoient . contre maistre. nuit. canon j'en la et m'apliqua sur la douleur qui étoit enflée son emplastre ayant une fièvre terible. mon pillote ensuite en un jour plus personne ne voulut se hazarder d'aler tirer deux morts entre ponts. toute force pour atraper la première terre venue j'avois perdu je re- mon point de navigation dans mon mal . comme un de nation. LES PIRATES DE SALE 73 : — Il tend les bras vers Va à ton bord et te retire de moy. et grande tempeste pendant tagion se mit 16 jours. aussy ses libe- gens sans m'en pouvoir dégager m'apelant rator . je penssay perdre l'esprit m'atachay teste d'une fine serviette que et je faisois étraindre par deux . les autres mou- deuxième jour qu'ils estoient pris par un seignement de neez. et sentois feu soubs l'aisselle gauche. hom- mes de toute creva dès la leur force que mes yeux en étoient forcées l'abcès mesme . . » moy disant « Il a raison. Ce que j'aspirois entendre. de tabac de Brézil. Santo.

de l'Escolle. mais il fit une cabale pour nous venir brusler dans nonous fismes la tre navire. écrivismes une lettre respectueuse le Saa moy lui suppliant de nous honorer les de sa protection. et auxquels peur de tirer dessus.74 chaloupe de JOURNAL pillotes Dr. et il me manda de tirer sur fits ceux qui fit redoubler sa garde. et en donnai advis à M"" Desmines qui m'aprocheroient. le et nous l'enssablasmes bien au de nous sans donner à coest vray noistre à ceux du pays. et il que moy ny mes gens ne se communiquats avec ceux par quy m'envoiroit les secours que l'on débarqueroit sur la pointe et où je metrois M»" de mes et lettres trempées ou vinaigre au bout d'une gaule. ny à qui la fut je Tadressois. et que rien ne nous manquera Il fit et que Don Miguel de l'Escole se étoit retourné à Lisbonne. qui le communiquera M"" Marquis Desminnes. ainssy que M'" de Saa et moy .a\ doublht i68i et je de la barre qui nous y entrèrent. ji. entre une pénisule de sable déserte de toutes maisons plus d'une lieue autour de nous. à deux lieues éloignées delà ville. ne permis à aucun d'eux d'entrer dans mon bord crainte de leur com- muniquer notre contagion. je leur donnay une lettre ouverte et trempay au vinaigre pour M. lequel ordonna de nous mettre avec notre bâtiment dans unecrique. lequel me fit dire que lorsque j'aurois quelques besoin de mettre mon pavillon en berne. et il nous fit responsce de bien observer reigles requizes au pareil cas. Au bout de quinze jours M'" de Saa et écrivismes une advis que airer lettre civile moy nant et à M' le Marquis en luy donla depuis nous estre le débarqués sur avec l'eau de péninsule fait notre navire et laver la mer tous . l'une Il pour mes gens pour M>' de Saa loin moy joiirs et notre me mourut un matelot au bout de trois de notre arivée. où je luy donnois advis de nostre malheur et le suppliois de sa protection et ses pilotes la receurent ne sachant lire le françois. il que nous fusmes bien secourus de tous vivres les et rafreschissements et tures deux communautées de religieuses nous acabloient de confiet conssomées. Ils la portèrent au consul de notre nation. poser des sentinelles pour nous empescher communication avec ces habitants. Je et débarquer des veilles sur la pointe de sable et des petits mâts et et fits deux tentes mousse. le restant de mes gens se rétablissoient d'un jour à autre.

s'excusant qu'il s'acomoderoit bien avec le seigneur évesque son cousin. jours. qu'il le feroit tenir tout il pour ne crétaire me pas retarder d'un moment. M^" de Saa luy voulut aussy payer qu'il avoit comptant ce receu. Atten- ma quarantaine mon mémoire et le dant finie. que nous jouissions et d'une parfaite santé dre la que nous nous sentions en et état de repren- mer. à l'entrée de Caminie. et vousmesmes ne me conseillerez pas de le quitter ». Et luy conta en racourci l'histoire. mais M"" le Marquis n'en voulut rien recevoir. je vous consseille de vous débarquer quarantaine et d'aler à Lisbonne où vous aurez occasion ». nous fit réponsce de ne nous pas précipiter et qu'il me faloit rester jusqu'aux 40 toute satisfaction. où l'on nous . ayant repris des vivres Il quatre matelots qui me manquoit.léSl les jours et VOYAGES A MADÈRE 75 nos hardes et bruUé les paillasses. qui s'étoient receu fit trouvés échoués dans une tartane. et nous exorta à patienter dix à douze jours. ville capitale des Assores. et que je luy envoya un qu'il mémoire de tout ce près s'adressa au seest me faudroit pour mon voyage. comme me délivrer de la captivité vous seriez surpris. sortir le comme faisoit un tems très-favorable pour port et la barre. d'un plus gros bastiment M"" de Saa luy répliqua : » Monsieur. Et il la 39' journée de notre détention. et après quoy nous aurons Cependant au bout d'un mois il se fit aporter et dans une barque couverte avec des tapis nous aprocha de fort près. et qu'il fit de son mieux pour nous contenter et me engager par notre consul cinq matelots. et en sept jours nons arrivasmes à Angra. obtînmes notre congé étant tous en bonne santé. Je livray une lettre de change sur M"' Desgranges au secrétaire de M'" qu'il de ce avoit fourny en argent et vivres. à nous entre parler avec facilité. et puis : de l'évesque luy disant « Votre seigneur Evesque mon après parent et la mon amy. et le Marquis pour le montant remerciasmes très fort de toutes ses bontées. et dont M'' le Marquis me donna des sy vous saviez ce qui nous est arivé avec un navire turc et mon capitaine a agy à louanges et qu'il m'avoit cy-devant connu quant j'échapay les feroit deux il saletins. je les provisions du contenu en secrétaire faire le provision de volailles et et moutons sans j'en avois les présents de M'^ Marquis le des nonnes que ma chambre remplie.

Porto-Santo d'une prit. et aussy peine de les couper et l'entrainay possible de la pouvoir lie grande drisse. mais im- embarquer et je n'en eut il que la grosse pouet poursuivi et celle d'un dormant d'un bras. li- croyoient que c'étoit un de poissons. à 8 lieux et en dix jours j'eus fait mes expéditions. Cets de cette découverte que M"" Bougard : me cite dans son (1) livre intitulé Le petit Flambeau de mer (2). me dans Nord-Est de mer. j'eus de la peine à atirer cette vergue bout d'un de ses bras étoit acroché au fond ou au corps du vaisseau. qu'étant à trois liouës au Nord-Est . j'aperceus à une portée de mousquet de la {i). lit. et fus 17 jours à m'y rendre. « Le sieur Franijois Double: d'Honfleur. cela ne la me contenta je Je fis mettre la chaloupe à mer je et m'y embarquay avec une trouvay 1 gne et un plomb pour sonder. une des îles Madère. et me rendre à du Fayal y arriva au landemain n'y ayant que 30 lieux de distance. dans le Petit Flambeau de ta Mer. Et ayant trouvant 7 party en faisant ma le route pour me rendre à Cadix. le calme me mon bord un grand frémillement de comme lit forte marée . (2) On en effet. m'a dit que lorsqu'il commandoit une petite Frégate en course contre les Hollandois et Espagnols. et en étant proche 3 à 14 brasses d'eau. j'estois de présents de table sans trois ce qui m'en restoit du déjours je de Vienna. et au Fayal jetrouvay des ordres d'y recevoir seulement le reste 64 caisses du sucre et ensuitte aler à l'ille de Madère y recevoir démon chargement à 250 lieues éloigné. 371» : Remarque nouvellement découverte.7^ JOURNAL DK jHAN DOUBLKT 1681 M"" croyoit péris ou esclaves. et ce fut des joyes de nous y voir. Ile de l'Afrique portugaise. Je trouvay une grande vergue d'un gros vais- seau qui avoit plus de 60 pieds en longueur res excepté au bout. p. le Ayant en débarqué ce qui party pour étoit pour l'ille seigneur évesque et secrétaire. survint du vent ma route. après qu'il fut débarqué et et raconté nos advantures acablé part j'estois caressé estimé d'un chacun. mes gens pas. sa poulie taillée sur les 16 car- de grande drisse étoit à trois rouets la de gayac et la cheville ayant 7 le pouces en grosseur. j'eus le long de notre bort. et avançant ne trouvay plus que onze pieds d'eau et rochers. de Saa en sidérables étoit originaire et sa famille qui étoit des plus con- dans Tille.

Et je criay à force de voix à mon et le équipage que lorsla qu'ils seroient arrivés à terre de m'envoyer chaloupe s'il et quel- que bateau du pays pour faire. mais res il il n'en eut pas la patience. marchands génois. notre consul. retournés au plus vitte à votre bord part mettez soubs voille la peste est icy. Sur les deux heur- fit revirer de bord pour nous aprocher de l'entrée. crier heures les je fus réveillé en sursault. — «A : Gualanduchy. » Mais je trouvay de tout mon équipage qu'un garçon qui étoit me servoit dans ma chambre. qui me dirent « Hé mon et Dieu. et à minuit j'étois à l'ouvert de cette rivière. Bonfily et >> . à qui c'étoit à luy de veiller. pendant et sur les trois que je dormois d'un profond sommeil. où il que l3 pieds d'eau. fils du capitaine ceux de secourir Pelvey. où nous vous envoirons des ordres. Les deux barques arrivées attachèrent un câble sur le navire. lorsqu'il vint deux barques espagnolles. sentant notre navire sauter sur : roches et d'entendre « chambre tout effrayé. Mon coquin de pillotte qui s'estant jette dans ma chaloupe avec mes rent avec Anglois de nation matelots m'abandonnè- ce seul garçon. et qu'il y trouva encore quelque débris d'un Navire qui y avoit été perdu. de continuer d'aler au large jusqu'au point du jour. plein d'eau jusqu'à dix heures àdemy du matin. qui me demanda sy je savois que adressé qui estes-vous peste y estoit. Jeluy dits que non. et de bord alant vers la mer. Je dits à mon pilote. entrée de rivée la rivière de Siville. « Ameine les : » Et sortant de ma ne voilles. il se feroit trouvé fur un Banc de Roches.7682 (1682). ? Je luy dits il m'y fit conduire. VOYAGES A MADERE J'arivé dans la 77 le 8^ janvier. et autant en longueur. » ^ du milieu de l'Isle plus profond . me navire se le peut navire Je restay ainssy ne sachant mon dernier moment. Alez-vous en dans » la rivière de Siville. et que ce Banc est de la longueur d'un Cable en largeur. atandant que le jour pa- ruts. mon capitaine. baye de Cadix je fust à terre trouver la M. J'avois avant leur ar- coupé tous les mâts de crainte que sitôt le navire ne se fut ou- vert et dépiéssé. je fist revirer Et je sur-le-champ et mits à la voille. d'Honfleur. qui avoient party exprès de San-Lucar de Baraméda. je crie Nous sommes péris. J'étois extrêmement las et fatigué. C'étoit à M. et leurs équipages sautèrent dans «« « « mon bord n'avoit au « Il de Porto-Sancto. c'est à quoi ceux qui naviguent à cet endroit doivent avoir égard.

et aux marées basses et marines. dix périer grands risques hommes le d'équipage pour aller aux isles Canaries négossier. » (1) (2) Ce : : Il i< . le sieur Hiriarte me proposa et 14 d'aler pour marchand sur une sienne tartane. après quoy déployèrent leurs voilles navire de mer ayant le monté. sauva bien des sucres. trouver et promettre tout le secours qui dé- pendroit de luy. Je Il me trouvay dénué d'argent. En faisant notre route pour les le illes Canaries jusqu'au dix de janvier sur Midi nous fusmes d'un très grand calme et nous (nous) trou- Chipiona. qui avoit pris vint nom de Jean et de Hiriarte me hardes. les Je restay seul dans lorsqu'il fut s'enfonssa jusqu'à l'ung des bords.78 JOURNAL DE JEAN DOUBLET mes hardes dans ma chambre le 1682 et ce qu'ils pula et pillèrent toutes rent enlever. le Le dix janvier St-Anihoine tartanne j moyen canon de fonte de trois livres de balle et dix pieriers de fer. quatorze hommes d'équipage et un passager espagnol revenu depuis peu des Indes du Pérou. le patron Louis Gazen. mais à demy fondus Et me trouvant dénué et ne savoir de quel costé tourner. et seize moy. et les arachèrent dessus (i). de linge de m'avanssa dix pistoles pour l'on me réquiper simplement. » qui suit jusqu'au paragraphe commençant par ces mots n Et le 27* j'arivé forme un supplément dans le manuscrit. composions en tout y compris un jeune mousse. du Martigue en Provence. seulement armé d'un petit canon de de fonte. Et cependant rivière de Séville vis-à-vis la chapelle deux barques l'entraîsnèrent dans la de Bonance où résidoit un fit moine de l'ordre de St-Jérôme qui me bre éloignée d'une demie lieue conduire dans sa chamle de San-Lucar. J'acxeptai qu'il party sans beaucoup réfléchir aux qui feignent souvent vers ces y avoit d'estre pris et esclave des Salletins illes. sur ce qui m'arriva le iour d'après mon départ de St-Lucar. à l'embouchure du Guadalquivir. il le banc de rochers nomm4 navire et salmedives de Chipionne hors du banc. le patron intéressé à la dite tartanne nommé Louis Gazan. de Bayosne. dont le consul nommé Jean Boulard. Le feuillet placé entre les pages 28 et 29 porte la note suivante « Ayant égaré une feuille dans l'original de ce voyage. ce qui m'a fait y adiouter cette page pour renvoyé avant mon arrivée à Ténérif. Je party de San-Lucar le 9 (2) le lendemain de notre départ sur la du port de 70 thoneaux armées d'un de janvier.

Je fit tirer nos ma- de nos cabanes et les fits atacher en long avec des doux en afin dedans de notre bord autour de notre timonier ver. pour montées sur chandeliers de fer en pieriers. vu qu'un tel bâti- en paix excepté discourant de ment en marchandise ne peut avoir autant de rameurs. laquelle aler nous jugions de Portugal pour dans le détroit nous approchait vent. et ensuite entre de le le conser- chaque piérier où nous aurions fer plus affaire. elle et sans nous tirer aucun coup nous envoya sa chaloupe avec six hommes habillées à la pro- . je prits de Gibraltar. lequels on y metoit le bons gros fuzils. Et je rendit maistre absolu et commencey par bien charger notre unique canon avec les dix pieriers. Et en la sorte toute notre équipage vouloient assurer que jamais aucun Saletins ne se servoient de ces sortes de bâtiments. ayant remply de mitraille par huit dessu leur charge. ce qui me donna beaucoup à penser.l6S2 vions estre à la LES PIRATES DE SALÉ 79 le hauteur de Cadix environ trentre lieux dans ouest. Et je fits saisir avec une moyenne chaisne de notre grande la entefne ou vergue pour l'empescher de tomber au cas que drisse en fûts coupées. Et dits : leurs discours me « mon espagnol s'assurant sur Vous ressemblées à notre Dom Quiqu'il xotte qui se fait avanture de tout ce voyoit » . je ne savois que préjuger. mais bien les Argérins (Algériens) troit qui ne sortoient jamais le dé- avec telles embarcations. Nous avions aussy douze demie pi- ques. un bas- timent qui à ses voilles nous sorte le reconnusmes pour estre une ne fabrique qu'aux venir seitie. Nous avions aussy six me faire et mes deux pistolets crochées à ma ceinture mieux obéir. et qu'étant les Salletins. Je découvrits qu'elle ser- voit d'un grand nombre de rames que sa chaloupe la nageoit à son avant. et feu aussy avec des mesches. sur ce qu'il me me voyoit opiner fortement pour nous disposer au combat. d'embarcations qu'on costes de la Méditerranée. Nous avions en outre gros mousquets comme fauconneaux pour affûts étoient portant trois quarterons de balle. Et dans ces intervalles la seitie s'étoit ap- prochées à portée du mousquet. Mais nous apercevant qu'elle promptement quoyque sans aucun souffle de et des lunettes d'approche. et l'espagnol et telots moy chacun notre épée. et nous aperceusmes environ à trois lieux de nous.

deffense de tirer aucun coup sans mon moment « Il tous ! mes gens pleuroient en laman- « ? Adieu. sur quoy et nous tirasmes toujours. et que autour d'eux la mer en étoit rougie de sang. croyant nous les ce que je deflfendits entièrement.80 JOURNAL DE JEAN DOUBLET la 1682 voix ils venssale. Ayons recours à Dieu et à la Ste-Vierge. Et sy nous en échapons. venant de Portugal alant au détroit. nos libertées Et que deviendront nos femmes et enfants Je dits : faut bien nous deffendre. ce qui les désemparées de leur empesIl choit de gouverner leur bâtiment pour revenir sur nous. et répondire de Marseille. que nous n'eussions pas peur. et dont notre timonnier se prévaqu'il propos nous et fit revirer de bord en un instant que la l'ennemy nous abordoit qui est pointue et ne ne nous peut joindre que par lieu qu'à trois poupe donna Maures de sauter dans nous. Je lenr criay de n'aprocher davantage où que j'alois faire feu sur eux. Et par une espesce de miracle nous survint un petit vent qui nous mit en lut sy à état de gouverner. Il leur en tomba beaucoup à la mer qui étoient sur leur proue pour sauter dans firent sy à nous. Et étant à nous deréponsce mandèrent d'où nous étions je et où nous Il allions. dont je tuay un d'un (coup de) pistolet. des messes et y aler nuds pieds. et voyant disposées à nous aborder il me réservois. bouche si d'un pistolet. Et nos décharges se propos que nous leur tuasmes beaucoup des leurs. Je très abatus. Je et mit fis voyois mes gens deffonser un baril de poudre à la l'ouvert de ma chambrette une mesche alumée à . nous pointe de les voyons repescher avec leur chaloupe. Ayant fait demandey la mesme chose. et dits d'un ton décolère « Jour de Dieu. Autant mourir » que d'être esclave de ces cruels étant à portée de pistolet tira Et incontinent la seitie ces 8 canons et treize pieriers de son costé bâbord sans ne nous faire mal qu'au corps de notre bâtiment faire tirer notre voilée : et dans nos â quoy je voilles. prometons d'y faire dire y aura Eglise. ayant chacun un chapeau. Je ordre. la nous les avions le voille de misenne ou trinquet. au premier endroit où il » Et chantasmes un peu bas le salve regina. y eut . quelle qu'un manque à son devoir barbares. je le tueray et mettray aussy tots feu à la poudre. Ils retournèrent à leur bord fits où entre temps j'aperceu quelques turbans et Mores. Et dans le tant .

d'un demi-pique qu'il receut moy au costé gauche lorsqu'il voulut se sauver dans la calle. et fits l'ennemy. je et enlevées. ce qui fut bien exécuté. et le 3^ je le fits sauter dans rejoufond de cale. : quartier. — Et quant nous quitasmes soir. Et qu'ils fois et ayant connoistre que nous leurs donnions ce tems n'aloient pas manquer à nous aborder une seconde et nous de enleveroient. Et j'encourage notre équipage et revirasmes dessus nos ennemis qui nous tiroient du canon mais lentement. Notre contremestre nommé Anthoine Animou de se et trouva très blessé à l'épaule droite d'un coup de mousquet. crainte qu'il ne re- vienne après nous. les aurois » Et sy j'avois eu une trentaine d'hommes. Mais quelle aparence avec quinze hommes un mousse de s'y hasarder. qu'il n'y auroit ransson suffisant pour m'en propriétere des efîects que veu que j'aurois passé pour nous avions. il étoit autour de sept heures du continuasmes notre route jusque vers les 9 à 10 heures que je gouverner en la changeant d'un rumb nuit. mais je fits tirer dessus et il fut tué. ainsy que l'Espagnol la me présenta une joli boette d'or à condition que je donnerois 6 . La seitie racomodoit ner le point d'écoute de sa misenne pour nous revenir à la charge. Pierre Caillau. et que j'aimois autant hasarder la vie que tomber esclave tirer. ce que je fis remarquer. Je continué une seconde décharge. crétiens. matelot. Et ne dormismes que très nemis. Et nous les désolâmes. L'on si me fit un peu d'opposition.l682 un des LES PIRATES DE SALÉ 8l trois Maures qui avoit sauté dans nous qui se jetta à la mer croyant regagner à son bord. Je mitsen résolution de revirer sur eux pour ne leur donloisir fait à se racomoder. et nous les entendismes crier « Quartier. Encore trop heureux d'en avoir échapé comme nous fismes. et moy j'en fut quite par une grosse contusion à la cuisse droitte proche l'aine. et demy de la bussole. Et je ne voulu faire tirer que lorsque nous serions à portée d'un bon pistolet. ayant trouvé la poche de ma culote en fasson de gousset à l'espagnole toute rompue où étoit ma tabattière de vermeil doré toute brisée qu'on n'a pas pu racomoder et à at atribué m'avoir quoy on sauvé la cuisse. nos forces étant trop inégalles. qui peu pandant Et au matin nous fusmes très joyeux de ne plus voir nos en- Mon équipage me fit mile caresses.

à lieux le de chez le consul qui vous conduit chez Grand .8a la JOURNAL DE JEAN DOUBLET mienne à la Vierge 1682 je luy promis de plus que ma boette où nous ferions nos actions de grasces. ayant ren- contré une côte. je fit de fit plusieurs grandes une balle d'une ouvertures autour de la playe et en tira once qui avoitesté mordue. un riche habitant qui faire à Maroc. penssé mes blessés avec du charpy oint de d'olive et blanche neuve fondue en huille la un jaune d'œuf en bonne broyé. et je donnerois un devant d'hautel d'un beau tissu d'or. les religieux qui à trois lieux du port. et guents fis Il comme je n'avois point de chirurgien ny onmon mieux. en l'ayant m'en coûta 125 piastres. vit en espérant en échange pour son le laissey à la Et lorsqu'il se vendu il se déclara estre le lieutenant de la sietie. Maure nous piastres à deflfraya. mais notre vendu trois cents vingt-cinq avoit son frère esclave frère. et y fusmes bien traitées par je ne manquèrent Et pendant la route cire d'enregistrer nos déclarations atribuées au miracle. Et dès que je fus arrivé à Ténérif. Il nous resta bons sabres de ceux qui avoient le sauté à l'abordage. et il actions de trois notre conduite dans notre ren- contre. Ce qui fut exécuté le landemain de notre arrivée à l'ille de Ténérif. où nous fusmes pieds nuds faire chanter une grande messe. ce qui entretint playe de mon contremestre supuration. et le coup de pique fut en dix jours guéry. je débarquer mon blessé chez un chirurgien bayonois étably là. lieutenant général de ces et mon passager et un à M"" illes. Nous fusmes à un monastère de fondée à Dominicains où l'église est N otre-Dame de la Chandeleur. le 27^ j'arrive la ville heureusement à je l'ille de Ténérif à la rade et le ri- devant de Ste-Croix où débarqué. après quoi l'on loua des chevaux ou des bouriques pour monter en haut de chemin. où l'on va la ville de la Laguna. et que je releva beaucoup les gamelle des matelots. J'en donnay un à vice-roy. Je trouvé sur vage un vice-consul de notre nation pour servir de guide et tru- chement pour bien faire les déclarations tant à la Doane deux qu'au gouverneur. ce qui causa bien de la Il pouriture et long à guérir. ce qu'il m'avoit toujours caché. et j'en fut fort conssidéré de Et la noblesse et des principaux habitants qui n'aimoient pas notre nation.

je luy afîrétay ma Tartane et dans la vue de donner advis à mes marchands de fret l'état de nos affaires : le conclu par quatre cens cinquante piastres pour et restay l'aler et revenir. bon gentilhomme Anglois qui fit bon françois. et aussy sur de trois ou quatre navires qui arrivent d'ordinaire des portoient de Havana en l'Amérique. me sommet du Pic. avoit besoin d'un moyen navire pour en envoyer prendre à Caddix. nous sera compté huit de Lorotava négosse des Sur la fin de juillet. M" Jean Penderne. me trouvant le travers de l'ille de Lancerotte nous l'avons veu fixement .l682 EXCURSIONS DANS l'iLE DE TÉNÉRIFFE 83 Inquiziteur et puis à l'Evesque et au Général commandant toutes j'ay dé- ces illes. que mon navire il expédié en jours à Cadix. y est retardé plus. puis à de Palme ets un etc. Ténérif ets l'ille croits la meilleure malvoizie. excepté des petits réaux dont il en faut 34 pour pezer une piastre en lieu qu'aux réaux d'Espagne très il n'en faut que huit à faire la piastre. de dessus notre pont quoyque en un où il petit bâtiment. étant stipulé s'il àTénérif atandantle retour seroit et 15 des ordres. et de séjourner le navire qui auroit tout conssomé. les Doane pour estre vi- sitées et droits. je me trouvay embarassé. L'on l'ille fait les déclarations conformes à celles d'en bas. et piastres par jour. et la la proposition d'aler par curiosité sur ferait qu'il toute la dépense nécessaire Il pour noriture et conduite. la Je fits débarquer nos marchandizes a payer en espesce loué. cepandent qu'à douze lieux de distance. autre sorte de vin. J'acxepta le party. commanda à deux neigres ses deux domestiques de nous préparer des mulles. Et comme mes ordres ne vendre qu'en argent. qui y est fort rare. et ensuite mis en magasin que les j'avois mais je trouvois peu de débit à cause que M""* négossiants Anglois ont des grands magasins remplis de toutes sortes d'effects et lesquels vendent à crédit aux Espagnols à compte de les retours isles leurs récoltes des meilleures malvoizies. J'apris que le trésorier des Bulles pour les dispences de manger des viandes. je me trouvay au port et ville où M"" bons parloit le les Anglois résident ordinairement pour le voisins. C'est où est ce fameux pic ou prémontoire que couvert en y venant étant éloigné de soixante et six lieux. . et dépeschay iucontinent.

u- tour sans aucune herbe ny arbuste. et les petits pou- vions découvrir qu'avec de bonnes lunettes dont nous étions munis. et . que nous entortillons à une de nos mains qui nous atiroit et le suivions pas à pas. et les gros navires qui étoient à la rade nous paraissoient comme des corbeaux. pouvant contenir en son contour un demy quart de lieux sur cinquante six pieds de largeur. toujours pierre brusiée et Nous eusmes et la curiozité de sonder cette profondeur du ficelle. Nous suyons parle corps pées du froid aspre et le visage. contemplant de Lorotava ne les mer et les autres illes adjacentes qui nous paraissoient très petites. nous reconnusmes qu'il y avoit eu un volcan. Et lors que nous eusmes atrapés le la la région glaciale qui sont des neiges que nuit se gellent. soleil fonds et que forme un verglas fort dur et glissant. mais troisième à cause du trop rapide devant armé d'un nous fusmes à pied. et sur le haut de sa circonférence plat comme le bord du chapeau renverssé. et les oreilles étoient cou- et vif qui nous obligea de nous lier la teste avec notre mouchoir où j'aurois creu perdre mes oreilles. sur 5 4 à heures du soir. mais les nei- gres avec leur baston ferrés faisoient des trous pour placer leurs pieds où après nous plassions les nostres en les suivant tenant toujours leurs ceintures. mais un froid fin et très piquant.84 JOURNAL DE JEAN DOUBLET et 16^2 et parlismes avec de bonnes provisions le 7* aoust. Et après avoir surmonté ces glaces nous trouvasmes une terre aride avec beaucoup de moyennes pierres bruslées remplies de concavitées comme les ce qui sort des forges. dure. Nous nous mismes la à plat cul sur terre pour reposer. Nous montasmes pendant deux jours sur nos mulles la et quelquefois à pied à cause des précipices. Il creux avec une pierre attachée à une s'y trouva 62 pieds de profonds. à plat tout t. une tente de coitil. ce qui étoit fort ennuyeux et fatiguant. pointu d'antiquité ren- apointissant par en bas comme un chapeau verssé. nous gagnasmes sur le sommet d'un temps l'air et très serein et très clair. Nous trouvasmes le milieu de cette haute éminence creux. et à notre troisiesme journée. et autour de luy avoit une ceinture dont bout pendoit derrière luy. ayant chacun un nègre qu'il baston ferré piquoit pour s'assurer sa le marche.

et comme Et sur il avoit passé la nuit. commenssa à s'établir. nous le changeasmes de le linge. les les unze heures aprochant de midi. j'en ay assées de bonne heure car sans le clair de lune j'aurois resté en chemin. Penderne ne songeoit qu'à faire des observations. deux nei- gres tenant soubs les bras leur maistre. on lui et le chauffer du vin et du sucre et muscade. bien Il sua fortement. peur qu'il ne fut tombé et blessé. et qu'il en étoit tems pour n'estre pas pris de dits : me la Ho. ets arrivé depuis notre est au voyage que la petite ville de Guarachico qui d'une faim canine.ses. mon amy. Et sur les quatre heures du matin je renvoyai le neigre » les quitay à qui m'avoit conduit savoir sy mon maitre aloit descendre. Il nous dits de reconduire . n'étant curieux de remonter sy haut. » à luy aider fit Je fits de mon mieux couvrir. il pour le conduire à la tente. je » vais faire des observations très-curiei. ne me quite pas de ce beau temps.l682 EXCURSIONS DANS l'iLE DE TÉNÉRIFFE il 85 comme y en a encore bien audessoubs de la région froide. j'aperceu ses habits. . Nous fismes bon feu. lesIl quels continuent et font de grands ravages de temps en temps. Il ges. mais m'aprochay du neigre qui et langues avoit les provisions de pastées. mais fut pris d'une grande douleur de costé droit alant aux reins le long de l'échiné. Je n'ay jamais mengé d'un sy bon bu mon flacon de malvoisie un peu seiche. je courus audevant et de- manday quel malheur trine « luy étoit arrivé. Je luy dits que place n'étoit pas tenable. Mais comme étant arrivé je fits faire bon feu. Mais avant de songer à et dessendre ce promontoire. bord de la mer en a esté ravagée. jambons apétit et fumées et bon pain. je fus pris de froid dont M. étoit muny de granje des lunettes et autres instruments. et qu'il me laissats un de ces neigres seulement pour tracés. étant amaet il teur des sciences astronomiques. et à paine put-il Il me réponla poi- dre à faute de respiration. Il me : reconduire juqu'aux neiges où nos pas étoient me Et dit « Vous n'avez qu'à le garder. lequel avoit sa robe de chambre par dessus j'eus la teste envelopée de servietes . je mengeay et bu cinq à six verres de vin et m'endormis très bien. l'autre. Après quoy je s'il luy demanday « vouloit dessendre à la tente audessoubs des neila nuit. me dits tenant sa main sur C'est l'air trop subtile qui m'a ofusqué les polmonts.

pour retourner à la ville de Saincte-Croix y atendre le retour de mon navire. j'empressay le décharge des bulles de mon navire. M' . Je vis bien qu'il n'y avoit en ce pays aucune justice. homme. Vous avez raison de vous la son caractère de trésorier de Saincte-Cruzade m'empesche l'autorité sur luy.86 à la ville. Et sans mot dire. et lorsqu'il fut proche je pars et marche à sa rencontre pour me donner lieu de de tirer l'épée. Je frapé de Il Je luy sommé mon épée sur chez épaules et luy tailladé deux coupeures. je sortis à la rue estant presque midy qui d'ordinaire on ne rencontre perssonne. des dites bulles l'inquizition n'y a point prize de corps sur de ny de la Santa-Cruzada. et je me tins au coin d'une rue où il ne pouvoit se dispenser de passer. J'en fus vivement touché. Je portay ma plainte à Don Foelix Nieta de Silva. Je receu les lettres de mes marchands qui aprouYoient ma conduite et le me donnnoient les tirer carte blanche de faire comme la je trouverois mieux pour mais de perte . le Il me le salua. » Il : « Hé bien. qui coraanda quelque Je luy parlay et luy demanday doucement payer. vice-roy et général et protec- teur des nations étrangères. ayant son frère Je partis le lendemain de son deceds. ce JOURNAL DK JEAN DOUBLET que nous mismes à le l'effect. 1682 nous fusraes quatre et autres jours à nous rendre chez luy où tous les médecins furent appelés et ne purent il soulager. ses douleurs augmentoient. » Cela me mit en fureur de lascher mal à propos. me tourna dos. courut à toutes et je fus jambes mieux que moy criant à l'aide du Roy. mais c'est un fripon . et da la fus dans la dans l'instant entra boutique d'un orfèvre françois luy dire mes paines. prit luy-mesme et rendit la résolution de se faire faire l'opération de l'em- piesme l'âme quarante heures après. croyant en peu recevoir dont étions convenus. n'avez-vous pas d'envie de me ne répondit nullement. il fret falut en venir par justice qui Jugez malicieusement ordonna qu'aurois-je les officiers fait mon recours à ? il la saizie deseflfects. Bien un quart d'heure après je l'aperceut venir. lime dits: « plaindre. car c'étoit un très galand et habil aine Milord d'Angleterre. et aussy mon homme qui ne m'apercevois pas et ouvrage. les dire il que je l'atendois. monsieur. et trois jours après il arriva en rade. et sorty le palais très brusquement.

Après quoy je et par rembarquay mes effects dispozant d'avoir des vivres et payer ce quiétoit deub à l'équipage. de laines excepté quelque pièce de drap Je pris des thoilles amassées. gronda fort. qui ne conssiste qu'en deux couloirs. où j'arrive heureusement en 9 jours. où aussitots douze mousquetaires neigres ler me conduisirent au dit fort pour par- au gouverneur aussy neigre. et ce je venois faire. et pandant mon il venir ma il partyeet luy dits que j'étois un jeune foux qui tuera quant y penssera la moins. voilà une méchante affaire. (1) et l'autre pour M"" Holder. Je luy dits Et d'abord nostre consul qui étonné de je luy advoiiay le fait. et après ma réponsse. son. l'un pour ce fameux M' Thomas Le Gendre. qui perd son bien perd son sang et dit la rai- Vous m'avez et cy-devant que vous n'aviez l'avoir. et me dits « J'en suis bien fasché. ayant en place avec le oeu de piastres que j'avois aussy changé mes petits réauxpour des piastres en y perdant dixhuit par cent. Clairs la et Bretagne Le 5 de septembre. et : il seulement. qui j'étois. il me fit conduire à la ville qui est au haut d'une moyenne montagne presque toute ronde. et on nous accomodement il me entre embrasser. Cela l'intimida fit paya 300 piastres.750 piastres et je pris à grosse du Marquis de Fortavantura 250 piastres à 20 pour cent pour deux mois pour fournir mes 3. « Seigneur. Et au deux de septembre et je fit payé les gages de mon équipage rembarquay des et vivres. Je fus conduit dans la cour de la Doane où logent les marchands étrangers.000 piastres et pour environ la mile piastres de thoile Cambray. » Il d'autorité sur sus- luy. j'ay cherché parles armes à demeura un peu arets le fit pends me renvoya chez nostre Consul avec ordre d'arêts de n'en sortir de huipt jours. etdessendit à terre sous le fort de la Fontaine.1683 VOYAGE EN BARBARIE 87 me voir échauffé me quiestionna. qui par un interprète me quies- tionna d'où je venois. « Dans l'instant unadjudante major et deux soldats armés viennent me demander d'aler chez le vice-Roy. (i)de Rouen. de Londre. je me trouvay en fonds de 2. et une troque de mes marchandizes fin. je party de aller à rade de Saincte-Croix de Ténérif pour Saincte-Croix en Barbarie. me menassant de chachots. Je les Riche marchand-armateur intéressé dans compagnies de commerce fondées au din- .

Fc-{. des peaux de bouc et chèvres en poil et des amandes en coques.|0(. i68q. Les marchandises étaient échangées avec celles du pays cire. On estimait le négoce de la France avec cette région à . lequel s'étoit révolté contre son père et qui s'éemparé de SafFy et de la ville de Teroudan. mes avant dont le après souper de notre négosse. Onze maisons françaises y étaient : établies. cuivre en chaudron. du cuivre en rozette tangoult. "du mois. à la vie. et nous parlasmes de nostre négosse. Ils s'en rendirent les maistres sans coup férir et nous aprismes que c'étoit l'aisné des fils de Moley Ismael. . au quartier des Cres- Fes tiens. nous la montagne sur la plaine et le rivage. C'était un de» principaux négociants de cette époque avec lequel Colbert correspondait. Dajjs le passage qui suit il s'agit de Muley-Mohammed fils de Muley-Ismael. nous convinsmes des prix de toutes chozes et qu'en retour de mes effects. il y poza garnison et se tint campé avec son armée au bas de la montagne avec des tentes et pavillons. à l'ouverture delà porte. j'aurois de bonne cire en brut. et Maurisse. de la futaine. roi de Maroc. em(l) pereur de Maroc de 1672 à 1727. Et lorsqu'on luy eut délivré les portes de SaincteCroix. cuivre oeuf. de Rouen et de Nantes y portaient des toiles. montrai et Nous ma parlas- facture plus tentatif étoit mes 3.(Rouen. et que dans six jours je serois payé de tout(i). de la Marinç. les navires de St-Malo. La Provence y envoyait des papiers. Ordres du Roi et Commerce. Arch. de la marine.000 piastres. plumes d'autruche. D'après un mémoire du consul de France à Salé. Voy. 17 14). du souffre. une armée de Maures escadronner et beaucoup de cavalerye montant à la ville. de sorte qu'on et est emfermé de beau je jour. et le tout sans aucun bruit ny désordre. Dominique Busnot. Roy de Mais le lendemain. du brocart d'or et de soie. Cete cour n'a qu'une porte qui ferme tous les soirs à huit heures et n'ouvre qu'à six du matin. toit et Maroque. en 1699. les négociants français trouvaient de grands avantages au commerce avec la Barbarie. des toile de Lyon. religieux de la congrégation réformée de l'Ordre de la Tlinité. capitalle du royaume de Sut. Arch. a consacré un chapitre de son Histoire du règne de Moulty-hmael. des vieux chaudrons. Le restant des logements dans cette cour de la Doane ets occupé parles officiers qui ont juifs la régie des droits et enssuite par plusieurs négossiants.ooo écus. où étoit M"" de Bisson. etc.88 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1^83 m'adressay au comptoir françois. des bonnets rouges de laine. de Caen. des fils d'or. et je restai avec eux. étain. de Roiien. le Languedoc y expédiait des draps.). lôyi. Il demanda seule- septième siècle et qui possédait des relations commerciales très étendues. 15 fusmes étonnés de voir au bas de . Le P. amandes. Talifet et Sou. aux aventures et à la mort tragique de Muley-Mohammed. dattes. laine.

receut et en beut jusqu'à fit moitié du flacon et le trouva bon et m'en remerciement. j'en tirer sur une toile au bord du rivage avant fis ma il chaloupe. Cependant et me dirent : Ce n'est pas nous qui vous avons trompé. L'on commença par me délivrer frapant Je fis le tangoult en rozette et dont je ne peus en faire lessay. cets Abraham gosse le juif qui est une moitié de votre néque pour sa part ce seroit à luy à fournir la cire et à nous le surplus de ce que nous avons promis. » marabou luy « « Ce n'est pas du vin. Je fis pescher avec un fillet qu'on nomme le en Provence un bourgin et d'un seul coup nous jetasmes sur sable plus de dix charges de et chevaux de toutes sortes de beaux fit bons poissons. il me fit bon acueuil et jeluyfit demander s'il voudroit boire de bonne malvoizie. et parut très content en me doucement sur l'épaule.ié83 SUPPLICE d'un juif 89 ment que j'euts de l'aller trouver. mais Il j'étois au camp du Roy me il plaindre à luy. et dirent comme les choses étoient. Il envoya quérir le . nous fit venir devant luy et gronda fort messieurs Bisson et Morisse. » la Et son grand Malvoizie. ainsy je m'y trouvay en Espagne trompé. lorsqu'ils le seurent me chercher. dites à ce reys qu'il m'en envoy. Je le fus saluer sans épée n'ayant que ma canne en main. le » — J'envoyay à à bord en prendre unquartault. et <( Ces deux messieurs ne savoient étoient très chagrains de ma promptitude ils comme m'apro- cher. où je demanday sa protection. Ils trembloient à faire peur. cets de — Hé bien. casser s'y envelopc des gros cailloux et dans Buis- beaucoup de Je demeuré très aie droit surpris. et avec une hache j'en trouva sable. Il dit dit : : « Ma loy me défFend le vin. dont il et six flacons Il pour qu'il ne le pers- sats auroit trouvé brouillé. prit la peine de venir voir cette tromperie et me fit dire que je n'y perdrois rien. dès l'après midy débarquer mes marchandizes pour le lendemain recevoir celles du pays. dont il il en choix de près d'un demy cent. M" son et Morisse qui étoient en haut à venoient la ville. Le Roy les sachant avec moy devant ma chaloupe et la cire rompue. et d'autres vint à fis me livrer la cire en gros pafns enveloppés de sacs de spart. Mais quant ce l'embarquer dans par morceaux. Après m'avoir fait demander ce qui m'amenoit et receu ma réponsce.

26 après midy et le Roy avec son armée avoit dénuit et sans bruit. qui est une mousse seiche qui croist sur les rochers aprochant du bord de la mer et qui sert aux teintures. J'embarque le tout dans le navire où le cuivre étoit resté et je renvoyai cette carguaison à mes iiitéresés à San-Lucar de Barameda. et on plongea ses membres mutilés dans une chaudière pleine de poix et d'huile bouillante». Et mon navire partit de Ténérif le 1 3 octobre et je restay encore à cette ille. parlant au juif sans je fus interprète. Mais je n'y peus tenir. J'eus beau demander son pardon. Le juif se jeta la face contre terre et étonné de voir aporter un et grand trépied feu. et dont ne peut s'empescher de voyant que je faisois effort de m'assoir Il comme air luy en tailleur d'abits. il mourut douze jours après. de Rouen. moyennant qu'ils m'envoyassent quelques effets que je leur demandois. reprit son sérieux. qui furent bien récompencés. fol. qu'ils en sortirent et les mains toutes courbées (i).90 juif plus JOURNAL DE JEAN DOUBLET mort que il 1683 un ta- vif et m'ordonna de m'assoir rire. fol. I. nommé au consulat de la nation française (2) Raphaël aux îles Canaries par provision des 27 avril et 20 mai. de Muley-Mohammed. et on le jetta par terre et comme un chien le visage en bas. Doublet tombé par trahison entre . delà Marine. à plat cul sur pis. On lui coupa le pied et la main. négociant de Rouen. et j'acheptay des cuirs de la Havana et du bois de Campesche. et que la dite Tartane m'étoit plus nécessaire que le navire parce qn'elle étoit plus propre pour louvoyer et gagner au vent. des. Dans (1) cet intervale notre consul parlera encore les nommé Thiery (2). comme arriva Mais à cette première chaudronnée bouillante l'on prit à quatre le juif et on luy enfonssa les bras jusqu'au dessus des couaprès. il essuya cet effort très rigoureux. et campé demain la mesme en trente cinq jours de Ténérif. et une grande chaudière du bois et alumer bon il Je penssois: toute ma cire va estre purifiée. 1670. et toute cire fut refondue passée en serpillère et on me fournit ma mon poids ce qui Je partis le me retarda de 4 jours. cornm«rce. et leur écrivit de m'envoyer incessammeet une tartane que je savois leur appartenir. 184. 769. Arch. U. Thierry. subit le même supplice. Je fis j'étois le de retour de mon voyage la à Saincte-Croix len- vente de mes cires et des amendes très advantageuse- ment et comptant. mais il ne dira pas que ce prince mains de son père. et t. en lyoS. de l'orchilla. et que j'avois en main un coup seur pour bien gagner en peu de tems. t.

1683

SÉDUCTIONS DE

M"""

THIERRY

9I

étant fort âgé se disposoit à mourir, et

me

pria

de luy écrire ses
fille

dernières

volontés, puis

il

me propoza
il

d'épouzer sa

unique

âgée de treize ans et à laquelle de vignes et bonnes maisons à la

laissoit

de beaux biens en fonds

ville

de Laguna, ayant en horeur
qui ont toujours des maîtres-

que sa
ses.

fille

n'épousats un espagnol,

Et en mesme tems il me pria deluy écrire une lettre à M"" le Marquis de Seignelay, ministre d'Etat, où il luy rendoit compte
et qu'il prévoyoit qu'il

de ses dernières jestions dans sa charge,

ne

pouvoit revenir de cette maladie, et que Sa Grandeur ne pouvoit

au fait que moy beaucoup de jugement et signa, et sur la minuit rendit son âme à Dieu après avoir receu tous les sacrements, et le lendemain son corps fut inhumé avec pompe. Et comme j'étois logé chez luy, je fus un des chefs de la

nommer en

sa place,

un meilleur subjet
Il

et plus

pour remplir ce poste.

dicta le tout avec

cérémonie. Je consolois

la

veufve et

la

fille le

mesme

soir,

mais

la

mère n'en

avoit pas bezoin,

en me dizant

qu'il étoit

fort viel, et

me

dits

nettement qu'elle n'effectueroit pas son testament de
sa
fille,

donner
et

mais quesy je voulois penser pour

elle qu'elle

me me

feroit tous

les

advantages possibles,
qu'un enfant,
et

le

bien étant de son costé,
elle elle

que

sa

fille

n'étoit

que pour

n'avoit

pas plus de 42 ans et vouloit se remarier.
froidirent n'y ayant

Ces

déclarations

me

re-

aucun goût malgré

les caresses

dont

elle

me
moy

prévenoit et auxquelles je corespondois très mal. Et sept à huit
jours après que tous ceux de la maison étoient endormis et

j'estois

couché dans un salon,
et
:

je

fus surpris

de sentir à mon

costé

une personne,
et se

sans lumière je ne seu que penser. Je
«

tastonné en demandant

Qui

est-ce

?

»

On me
la

répond par des
le

embrassements,
aloit paroistre

déclara
fille.

m'aimer à

fureur et que je ne
jour

pensats nulement à sa
;

Après bien des converssations
un torent de pleurs, du pays où
et éclata

elle

fut

obligée de monter à son apartement, et

me

traita

de chien

et verssa

ne poufinir

vant disimuier sa rage. Je fus contraint de déloger pour

tout

commerce,
seureté.

afin

de me

retirer

je n'aurois plus

esté en

Le

ly*"

novembre ma tartane

ariva devant

Saincte-Croix et
fits

m'avoit aporté party de ce que j'avois demandé. Je

diligence

92

lOURNAL DK

Jl-AN

DOUBLKT

1683

à ramasser mes efTects que j'cmbarquois à fure et mesure et prenois congé de
et
fit

mes

amis, et le 28 du

mesme mois
en ce

je

mis à

la voille

la

route pour retourner à Saincte-Croix de Barbarie où

j'ar-

rivay le 8'

décembre qui

n'étoit pas festé

lieu là.
je traitay

Je
le 9*

fus trouver

M"

Bissonet Morisse avec lesquels
j'avois qui avoit esté sur

dès

de tout ce que

un mémoire

qu'ils

m'avoient donné au précédent voyage et les prix fixés de toute
choses, ainssy l'expédition en fut prompte, et j'appris que le
rebelle
fils

du Roy de Maroque avoit esté détruit
parce
qu'il

et

son armée, dont

j'euts regret

étoit

affable

aux négossiants étrangers.
M''

Je fus voir

les

commis anglois du comptoir de
état,

Holder que

je

trouvay dans un pitoyable

ayant reçeu 4 jours avant
enflé

mon

arivée cent coups de baston sur la plante des pieds et cent autres

coups sur
qu'il

le

ventre, qu'il

etoit

partout son pauvre corps
étoit plus gros

en estoit affreux, et son pauvre fondement
le poing,

que

pour avoir parlé indiscrètement de
ne pouvoit rechaper.

Mahomet;

ce

jeune

homme

Le 13" décembre je reparty de Barbarye toujours côtoyant la vue de ces terres, crainte d'estre pris des Salletins, etle 16 j'avois gagné en vue de Mazagan, place de guerre ou bonne citadelle
apartenant au

Roy de

Portugal depuis plusieurs siècles, et j'aperdit lieu, cela

çeus deux bastiments qui sortoient du

ne m'épouvanta
illes

nulement ains au contraire,
res chercher du bled

je

creut qu'ils aloient aux
C'étoit

Asso-

comme de coutume.

deux caravalles

du Roy qui avoient chaque 24 canons et bordées de périers, et plains d'hommes, lesquels me croyoient pour un Saletin venoient
foncer sur

moy

qui ne changeoit pas de route ayant

mon

pavillon
ils

blanc arboré. Et lorsqu'ils furent à portée sans

me

parler

m'en-

voyèrent leur bordée de canons, périers et mousqueterie, emportèrent

mon

pavillon et tuèrent un de

mes hommes,

et

viennent
trouvant

m'aborder. Jamais on ne peut estre plus surpris. Et
seul sur
à

me
et

mon

pont, je sautay sur une
étoit rempli

mèche allumée

mis

le

feu

un périer qui

de

mitraille jusque à la

bouche

et qui
il

donna sur ceux qui voulurent sauter dans mon bord, dont
la

y en

eut de tués et entr'autres un capitaine de chevaux et plusieurs de

place

estropiez;

enfin

ils

sautèrent plus d'un cent dans

mon

1684
bord

VOYAGE EN BARBARIE
et s'entrenuisoient à

93

qui

me

donneroit des coups de plat et

taillant

de leur longue épée, cependant sans étendu
vie.

me

percer.

Ils

me
je

laissèrent

comme mort
Et lorsque

sur le pont et j'étois sans

aucun

sentiment de

je revins

de

mon

évanouissement,

me

trouvay brisé de coups,

mon

pauvre corps et

mon

visage cou-

verts de

mon

sang.

teste depuis le

Cependant il ne se trouva qu'une playe à ma sommet jusques auprès du front, par une taillade
l'os,

de sabre qui ala jusques à
qui s'enfoncèrent dans

mais j'avois quantité de cheveux

ma

playe et qui
ils

me

sauva

le

coup de

n'a-

voir eu la teste ouverte. Enfin

tartane dans leur port, et

ma me débarquèrent et conduirent chez le gouverneur Dom Bernard de Tavora, homme pieux et bon qui avoit madame son épouse et deux fils de 14 à i6 ans jolys cavaliers. Et Ion prist un très grand soin de moy à me pansser et bien coucher on me presta une chemise car tout ce que j'avois fut pillé. J'eus une grosse fièvre et on me saigna, et je me rétablis en peu de jours, et lorsqu'il fut quiestion de me rendre ce qu'on avoit
pillèrent et m'amarinèrent
;

volé, le gouverneur fut fort en peine
le

;

il

en

fît

emprisonner

et tous

menacèrent d'une révolte.

Il

fut contraint

d'aquiescer et les

relascher, et dans cet intervalle la place fut investie par un

camp
et la

de dix huipt mille Maures qui n'avoient que deux canons,
place qui en est bien munie.
sur le

On

tira

plusieurs volées à cartouche
j'eus
les
:

camp des ennemis,
Maures
firent

et

quoyque

la teste

liée

de ser-

viettes je servy

de canonnier pendant
alphaqueca

deux jours que dura ce
étendar blanc au
le

siège, les

cest un
Ils

bout d'une pique pour parlementer.
d'enlever leurs
et

demandèrent

temps

morts
la

et estropiés,

et

jetèrent plusieurs chevaux

chameaux dans
fusil

fontaine qui est dans un roc enfoncé à portée

dedemy
Et
le

de

la

place et puis décampèrent.
je

lendemain

me rembarquay pour reprendre ma

route,
et

après que

MMe

gouverneur m'eut fourny des provisions

bons

rafreschissements; mais nos hardes et partie de nos marchandizes
et

200 piastres y restèrent.
J'arivé à

Cadix

la veille

de

la

Purification

février

1684 et
faire

fut

à

terre

trouver M"" Catalan,

nostre

consul,

pour

mon

rapport de ce qui m'étoit arivé et pour faire

mes

déclarations.

94
J'étois

JOURNAL DE JEAN DOUBLET
resté à

1684

car
Il

de

partit

terre, et le sieur d'Hiriarte, consul à San-LuBaraméda, eut advis par une barque de mon arrivée. sur-le-champ pour venir à bord où se fit porter croyant
il

m'y trouver,
de Canarie
voilà le
à

et sur la

minuit

il

fut à

notre bord une chaloupe d'ans'il

glois d'un navire

de guerre, qui demanda
L'équipage
» Il

n'y

avoit pas

du

vin

vendre.

marchand endormy.

y en a six pièces, mais s'éveilla et en vendit deux pièdits
:

Il

ces par l'avidité d'avoir de l'argent, et les embarqua dans cette

chaloupe; mais une

des barques

de

la

doane, qui sont toujours

aux aguets s'en aperceut
la

et laissa allerla

chaloupe de guerrequ'elle

n'oza attaquer, et peu après aborda la tartane et l'enleva devant

porte de

Séville

ils

l'échouèrent et mirent Hiriarte et

l'é-

quipage en prison,
adverty et

les fers

aux pieds et

m'emprisonner quoy qu'inocent.

me cherchèrent pour aussy De ce fait M' Catalan en fust
le

me cacha

chez luy, et fut porter sa plainte à M""

Duc

de Villahermoza pour lors gouverneur de Cadix, de ce qu'on

avoit uzé d'autant

de violence sur un bastiment de France, croyant
le

qu'on nous rendroit

tout.

Mais

les

Doanistes soustinrent

la

confiscation bonne, sur ce que le propriétaire sieur Hiriarte, consul

de San-Lucar de

Baraméda,
fait

savoit les loix et

y avoit préva-

riqué, ayant

luy-mesme

décharger avant que
le

les déclarations

fussent faites, et que sy

ç'avoit esté
loix,
il

capitaine ou patron qui

eustpeu ignorer
le tout

les dites

seroit plus tolérable.
la

Par ainssy
quatruple

but confisqué
la
;

avec condemnation de payer
là je

partye de

valeur par

me

trouvay frustré de tous mes trala

vaux
tant

et

desnué de toutes choses. Hiriarte sorty de
il

prison soubs

caution, et

me

rechercha, et

m'emmena chez
affaire

luy,

me

promet-

que nous ferions quelqu'autre

pour nous récupérer, et
je fus

au bout de trois jours que je fus chez luy, à un après disner,

repozer et dormir la sieste
faire venir

comme

il

se pratique.
et
fit

Il

s'imigina de

en son cabinet un nottaire,

faire

un acte tout prêt
il

à signer et
tre

me
:

fit

éveiller et aler au cabinet; et
bail

me
la

dits

en nosinocent.

Cest pour signer un acte de de Bomance où nous irons divertir Et
«
.

langue

de

petite ferme

>>

je

fus assez

sans

me

faire lire,

de donner ma signature,
firent

et ensuitte j'apprits

de

de deux de ces voisins qui

comme moy

et

ny pensay plus.

1684

RETOUR EN FRANCE
étant enssemble je luy
faire, et
il

95

Quelques jours s'écoulèrent;
quelle proposition
il

demanday

avoit à

me

me

dits: « Je suis sans

fonds et ne puis rien entreprendre.

» Surquoy nous nous séparasCadix pour chercher mon passage pour France, et trouver ou m'employer de nouveau. Je fits rencontre de M"" de Chalons, comandant un vaisseau de 40 canons nommé la Ville de Rouen, qui s'aprestoit à partir pour le Havre; il m'accorda mon passage et dont à peine me restoit de quoy pour luy payer. Etant en mer à la hauteur du cap de Saint-Vincent, lorsqu'on

mes, et m'en

fut à

il

guindoit le grand hunier
les

la

poulie d'en haut de l'itaque se cassa et

morceaux en tombant le plus gros fut sur la teste de nostre premier pillote, et tomba roide mort, ce qui affligea fort mon dit
sieur de Chalons, et qui dans la suite contre son ordinaire voulut
veiller la

nuit

pour prendre

le

soin de

la

route. Je luy offris

mes

services qu'il accepta, et je pris tous les soings le restant
ge,

du voya-

il

longs

à réciter, et pour
avril

y eut bien des fascheux contre temps qui seroient trop finir et abréger matière nous arrivasmes
1684, où estant débarqués

au Havre, 4

M" les

intéressés de

Rouen
et offrir

vindre voirs

M' de

Chalons. Nous étions tous logés chez

Madame de la Chapelle. Le matin suivant je fus prendre congé mon passage en présentant ma bource un peu plate, M"" de Chalons l'a prit sans l'ouvrir, et me dits « Vous disnerez encore avec moy et nos M". Je dits qu'il ne me seroit plus à tems
:

de pouvoir passer au passager pour Honfleur.
rien,
il


il

(i) «

Cela nets

vous passerez demain.

»

Enfin, sur le dessert du disner,
:

mit

ma

pauvre bourse sur

la table, disant
?

«

Voilà tout ce qui

luy reste,
voir

M", vous y contentées-vous

»

Puis

me

dits

:

«

Alez

vos amis, et ne manques de venir souper avec nous. »

Ces Messieurs en dirent autant. Aparamment dans mon abcence il conta mes désavantures, et ce que j'avois fait dans ce passage

il

m'atribua
:

d'avoir sauvé

le

vaisseau, et au souper

il

eut

la

bonté de dire

«

Messieurs, sy votre navire est bien arrivé, cets à
le

ce M"" que vous
(1)

devez.

»

Puis ces

M"

dirent

:

«

Rendez

entendait par passager les barques passagères appartenant aux hôpitaux du Havre et de Honfleur et qui recevaient à leur bord les personnes, les bestiaux et les denrées de toutes espèces pour les transporter d'un port dans l'autre. Ces deux établissements
hospitaliers jouirent pendant longtemps

On

du monopole des droits de passage.

$6
luy sa bource, et
et
il

JOURNAL DE JEAN DOUBLET

1684

me

la

mit en main où je
je

la

trouvay plus enflée
les

pesante qu'elle n'étoit lorsque

luy présentay, et après

avoir quittés, je fus dans

ma chambre où
si

couchoit M»" Chaussé,
la

lieutenant de M'"de Chalons; je n'osoisdevantluy visiter
et
Il
il

bource,
non.

me

prévint en

me demandant

je l'avois

vue. Je dits

Regardez, vous estes peu curieux. » J'y trouvé trente pistoles en or plus que je n'y avois, et en demeuray très surpris
dits: «

sur

quoy

il

dit

:

«

Vous

les avez bien mérités. »

Et d'aize
je

je n'en

penssé dormir toute

la nuit.

Le lendemain matin

fus remercier

mes
moy.

bienfaiteurs pour

m'embarquer au passager

et rentrer chez

1684,

Lorsque

je

débarquay du passager, beaucoup de gens
en m'approchant dirent
:

parurent surpris

et

«

Comment,

c'est

vous. L'on vous a creu mort. » Je fus chez une de

m'en

dit autant, et puis je

mes soeurs qui m'informay de ma chère mère et de la
(i)

famille

où j'appris

la

mort d'un oncle

et

de

mon

frère cadet.

Mon

frère aisné n'estoit trop content

de ma venue s'étant emparé

de ma part de succession de cet oncle, à laquelle n'éritions qu'aux meubles étant sortys du second mariage de notre grand-mère;

me donnast ma part, et dont j'avois qu'il ne me restoit que ce que j'euts de M"" de Chalons, Je quitois mon frère pour douze cents livres pour éviter le procès. Il me payoit de mauvaises raisons. Et je fus consseillé de plaider contre mon envie, et cependant je commenssay. Mais M' de Sainct-Martin(2) et M»" de BoisseretMalassis (3) me proposèrent acomodement. et je leur promis d'en
mais
il

falut

que mon

frère

besoin,

ayant esté dépouillé, et

Patin, (1) Constant Patin, avocat du roi en l'amirauté de Honfleur, fils de Constant procureur d'office en la vicomte de Roncheville, lequel avait épousé Marguerite Auber grand'mère de Doublet. (2) François Mallet de Graville, seigneur et comte de Saint-Martin, Blosseville, Drubec, Quatravaux, et autres terres, marié à Jacqueline ouGabrielle Langlois du Guesclin, résidant à Criquebeuf, près de Honfleur. ^linutes du tabell. de Roncheville. Sa fille avait épousé Charles de Boisseret, chevalier, seigneur d'Herbelay, marquis de Sainte-Marie, capitaine des gardes de Monsieur, seigneur, gouverneur et lieutenant pour le roi des îles de la Guadeloupe, la Désirade. Marie-Galande, les Saintes, la (irande et Petite Terre, etc. Fils aîné de Jean de Boisseret et de Madeleine Houel. (3) Jean de Boisseret, chevalier, marquis de Sainte-Marie, seigneur de Nlalassis, second fils de Jean de Boisseret et de Madeleine Houel sœur de Charles Houel, chevalier, seigneur du Petit-Pré, gouverneur des îles de la Guadeloupe. Ce Jean de Boisseret habitait, au temps dont parle Doublet, la ferme dite le Petit-Paris, à peu de distance de Villerville.

j'y aprits Il Dunkerque épousa. l'Espagne par à le La guerre fut déclarée contre Roy qui assiégea et prit Luxembourg. et qu'il m'avoit fort souhaité. et » Je fus voir et le ma mère à campagne pour en pris congé de la famille.1684 RETOUR EN FRANCE 97 passer à leur décision. fille de Michel Estièvre. orfèverie d'argent. la Droite. sieur de Montessart. Reg. montée de 36 canons. Etant — may — que mon ancien capitaine M''Delastre étoit party pour l'Amérique sur la frégatte du Roy. buvons enssemet et soyons bons frères et bons amys. et ni'ajugèrent huit cents livres. de l'état civil de la de Pennedepie. Je dis ble la : '( Je n'en veux pas davantage. une paire de botte et un portemanteau. en 1686. commune Demoiselle Marie-Anne Estièvre. mon frère m'en donna quatre avec une roquelaure de camelot de Bruxelle ayant boutons. écuyer. lendemain m'estant partis me rendre à Dunkerque où j'arrive le 26* arresté pour la feste à Calais. . Minutes du tabellionage de Roncheville.

CHAPITRE — riffe. qui est l'abord de tous les fait bastiments qui viennent à Ténérif où se le tout le commerce. coste d'Angleterre. Amours de Doublet. Je leur dis : « Quoy prendre les prises sur les Espail gnols qui ne sont nulle part qu'aux Indes de l'Amérique. faut Pas de Calais. Les vents mer étoient . Plusieurs amis me proposèrent d'armer une corvette de six ca- nons pour croizer au la course. Retour à Lisbonne. Retour à la RoCombat contre un Saletin. » Ayant apris que les Ostendois logeoient leurs prises dans les ports d'Angleterre. Voyage à Madère. et pour ne pas efrayer nous allons à petite voille comme sy nous voulions 23 juillet. Je dis à nos officiers : « Nous alons icy conssomer nos vivres sans la rien pren- dre. et le nous aperceusmes un navire qui y venoit. nous prismes résolution de pousser jusle qu'aux illes des Canaries. ou nous arrivasmes la 16 juillet et gar- dions leparage de pointe de Nagos. » Et le 3 juin je sortyde Dunkerque avec 40 hommes d'équipage et fut croizer depuis le Pas de Calais jusque à Blanquef. Crosières et prises. Retour en France. — — — teuse. Suédois et Danois pendant 20 jours. Razzia opérée à TénéCroisières. y attendre 1 que les Ostendois feront sur nostre nation. Aventures avec le gouverneur de Madère. IV — Doublet arme en course. la la donner dans gageât soubs rade de Saincte-Croix terre comme luy. — Débarquement de Jacques II à Amble- — — — — — — — . Retour au Havre. — Rencontre d'un monstre marin. — Pluie d'insectes. Autre voyage aux Açores naufrage. afin qu'il s'en- de la dite pointe qui est une montagne de et la rochers où l'on ne peut s'approcher. — Croisières. chelle. et visité plusieurs navires Hollandois.

marchands marseillois établis à la ville de Funchal. avoit nous nous mîsmes à recoure dessus. ce qui nous fit l'abandonner en faisant vent arrière pour nous vider de et puis la cette eau. une lieue et demie de n'y avoit plus d'éloignement pour atraper la rade soubs de deux bonnes forteresses. lesquelles nous saluoient de cart et bonnes grasses. acheptée à Cadix chargée de balottages alant d'avis audevant des galions à Cartagesne valoit plus pour trois les advertir de la guerre avec nous. estant encore à la pointe de Nagos. nous prismes deux barques . je de l'envoyer à l'îUe de Madère appartenant au Portugois. et mais le patron n'en rien voulut m'aprit que le navire cy-devant étoit la Perle. chargée de faveroUe et deux pipes de malvoisie je que nous prismes joyeusement dans notre bord la . et il de mon monde. n'ayant que 16 canons et 60 hommes. mais boulets nous surpassant qu'ils il gagné de portée des canons des forteresses. qu'il est à admirer ne nous atrapèrent pas nous auroient d'un seul coup coulés au fonds. et l'adressay à mes amis M"" Caires frères. au mesme parage. mais son pavillon étoit son pont embarrassé de balots alions : cela nous encourageoit et nous tira ses pour l'aborder. et qu'elle de cens mile piastres. les d'un lieue. ce qui nous fit résoudre bien préparés l'aler aborder d'emblée.1684 pour lors fort CROISIÈRES ET PRISES rudes. voulus ranssonner barque et les fèves pour ne pas dégarnir offrir. Ainssy nous échapa cette belle proie. Le lendemain. 99 ces monta- Nous espérions qu'étant soubs et gnes nous aurions plus d'abry. et sans le fatal coup de mer nous l'aurions immanqua- blement enlevées. Et en l'approchant nous la connusmes espagnol. qui ne nous rebutoit pas quoyque mon lieutenant receut un coup de luy qu'un fusil au pied droit. et frégatte fabrique de France. Ils nous canons et quelque mous- queterie. je fis prise d'une barque venant du port de Lorotave. Et voyant ne pouvoir ranssonner pris la résolution ma prise. Le 26. de Sainct-Malo. nous n'étions pas à dix brassses de malheureux coup de mer sauta dans nostre bord que nous en fusmes tous couverts et toutes nos armes trempées. jusqu'à la vallée de pointe. Et il nous les laissasmes s'engager la dite Sainct-André.

d'après nériffe. et enssuite à la pointe d'Adexa fis (i) où est une grande maitérie d'un marquis portant ce nom je une Nous nous emparasmes du château sans canons. n'en fits ils n'en voulurent point. et six cabrits et douze moutons quelques dousaines de dindes et poules. en attendant qu'on (i)Adassa. sachant roient débit de toutes ces chozes. M"" le je la redonnay à son patron nommé Pedro Garcia qui m'avoit rendu service lorsque j'avois résidé à Général Il fit étoit en fureur contre moy de ce que la je désolols son pays. .100 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1684 venant des costes de Barbarie chargées de poissons gas et tazards salées nommés par- comme l'on fait les morues. et j'arivé le me du parage pour deux ou si long de l'îlle voir je ne rencontrerois quelque bastiment en rade . Et je les voulus ranssonner. — J'appris je pris et luy cette délibération par une chaloupe de pescheurs que redonnay sa chaloupe. me tes anciennes cartes. Je laissay sur une table un écrit que. de Lorotava ou de Garachicos dessente avec 20 de mes gens. et pour les laisser rassutrois jours. on nous y lascha six coups d'arquebuzade de travers d'un bois et nous prismes dans la maison 4 moitiez de cochons salée et enfumée et 8 gros pains de sucre rafiné. et donnez vos ordres pour qu'on nous embarque. des deux demies charges je qu'ils au- qu'une que j'envoyay aussy à Madère. est un petit havre situé à l'ouest de l'île de Té- on y chargeait beaucoup de \in. que je restay avec douze de mes gens qui dévoient Puis nous chàssasmes devant nous deux jeunes bœufs. y ayant une sucrerie. dit : assembler son consseil et toute la noblesse et leur « N'est-ce pas une honte à ? nation de voir qu'une barque va a-t-il nous causer dizette de tout 4 canons et sur riers. et de l'autre barque plutôt que de labrusler ou couler à fond Ténérif. et des orenges et citrons et des gros oignons que l'on voitura à bord pendant revenir. la S>eitye N'y pas dans toute cete assemla blée d'asses braves gens pour s'embarquer sur Biscayinne qui a catalane qui en aussy six pièces et 14 péle etm'aler prendre et m'amener ce Doublet pour bouillante ? huille » : — « cuire en Il s'émeut des écoliers y voulons >> et jeunes gentils hommes qui dirent Nous aller. Cela rer je fit un peu de peur retiray à mon équipage.

je fuir semblant de pour les faire éloigner de la portée des canons des forts et trois lieux je lorsqu'ils en furent à une distance de se joindre je coupay chemin sur la Seitie qui étoit bien demie lieue écartée de la Biscayinne. et puis j'arrivay sur l'autre qui prit aussy la fuitte en courant soubs les forteresses. je la canonnois toujours jusqu'à ce qu'un boulet du fort passa au la travers de ma grande ceux de voille qu'il me fallut cesser ma chasse et peur voille prit à la dite barque qu'il la furent échouer à toute entre les deux forts. où j'aprist qu'il y eut 32 jeunes hommes noyés et deux matelots de la dite barque. j'en tirois toujours quelques coups pour les effrayer. mon capitaine.1684 bouille à l'huile. et la Seiiie doubla la pointe de et Nagos et s'en fut débarquer ces Sipions au port de Lorotava n'oza plus me venir rechercher. Je les empêchay de . canonnay la Seitye qui prit la fuite et marchoit mieux que moy au plus près du vent. tout le rivage étoit bordé de cavalerye. et prenois ces petites provisions et que si on deux de mes amis de Sainct-Malo nommés Diego Bouton. . Enfin quant lapansse joue. tirer 3 canons du mesme costé fis et on ne recompour l'on mença plus cette tirerie et je Il lever l'ancre et mis à la voille retourner au parage. Et quoyque mes canons ne portoient jusqu'à eux. Alons. bien content faut aler combatre cette ca» Ils dirent: » naille qui « nous a obligé à quiter nostre bon parage. nous yrons où vous souhaiterez. tira de terre 7 à 8 coups de fauconneau de Tabry des rochers dont on perça nostre bord à Tuny soir Le du 6 courant on nous je fis du pont . je leur dit « 11 : mon équipage. Biscayinne et la Seiiie de mettre soubs pour venir fis me com- battre. voyoit toujours. faut remarquer que de terre me la L'alarme reprend en me voille voyant retourner. ce qui mit toute l'ille en consternation et la barque fut brizée et perdue. Ils se débarquoient avec précipitation les uns sur les autres à Teau. je CROISIÈRES ET PRISES lOI me relaschoit pas et Arsson feu. je reviendrois sacager et mettre tout à et respect que à cette considération j'avois besoin pour M"" le Marquis trouver je n'avois fait enlever aucunes hardes ny ustencilles de son chasteau et que de ces rafreschissements pour aller ceux qui doivent me prendre.

des choux et plusieurs moutons de bons biscuits et bien des confitures de bray noir. . et des poules et beaucoup de gros oignons. mais il en perdit l'apétit plus de 24 heures. six et et plusieurs caissons suif et caissons de chandelles. pris il parut à la mesme de la pointe de il Nages une y avoit 22 barque que venant de Tille Palma où et espagnols tant moines de différents ordres un doctor médecin venant de passage pour Ténérif. excepté après l'autre et on les sou- les Francisquains. et j'empeschay leurs dépouilles. et leur délivray toutes les lettres adressées au seigneur évesque sans en décacheter aucunne non plus que celles de l'inquisiteur. qu'on luy tira sans faire d'ouverture avec le fer et sans inflamation. en premier lieu. et d'autres très galantes et jolies _. de fort et très à douze gros pains de suif et dont le tout nous convenoit propos dont nous servinsmes bien utilement du bon soin que l'on avoit de nous entretenir. et nous trouvasmes un conduite. du médecin que enfle qu'il avoit à sa ceinture de neuf mille réaux de Plata. et que renvoyois sans maltraitement tous la mesme chademandé cy-devant. auquel j'écrivis le respect que je gardois pour luy me souvenant de ses bontés par le passé. ainssy que je le supliois d'uzer de pour les Après avoir deux perssonnes que débarqué mes ostes lettres je luy avois norissiers. on les vizita l'un lagea de quelques pesanteurs mais point sy considérables qu'au médecin. Il y avoit en outre 18 botes ou pipes d'excellent vin et une centaine de beaux pains de sucre rafiné. ny celles du seigneur Dom-Félix-Nieta Dasilva. on l'on soulagea d'un eut le soin. Il des paquets de de moines leurs de nonnes adressées à leurs s'en pareils qui avoient en directions de moments de loisir je prenois plaisir à les trouva entr'autres de sacrilèges et abominables sur les expressions lasci- ves d'amour qui étoient outrées. vice-roy et général. et dans les lire.102 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 9' 1684 Le du dit je mois. cabrits. Quant aux passagers. et qu'étant général de guerre vaize part il ne devoit trouver à mau- que je la fis suivant les lois uzitées. et puis nous les débar- quasmes au Val Sainct-André sans opozition. et que je luy don- nois pas lieu de s'iriter envers je luy moy qui n'exerçoit que humanité et sans cruautez. mes rité prisonniers. Quant aux moines.

pris Je et route pour me Nord de l'ille de Lanssarote pour netoyer ille et espalmer notre bastiment entre la la dite une plus petite nomée Gracioze qui forme un joly havre basti- et sans danger d'estre incomodé des gens du pays. Nous partismes 28 la juillet. autrement de gros citrons confits à sec et 4 caissons de fleurs d'orenges confites seiches et une vingtaine de pipes de vin que je chargeay dans la plus grande et la . ce qui nous les fit vendre advantageusement. auquel voit payay son poisson plus cher rendre du costé du vendu au pays. la ville et toute l'ille dont j'aurois le fait plus de 150 mil livres de et ranssons. voilà de quoy nous . et j'envoyé je mes paquets par une barque ne l'a- d'un pescheur. et du peuple parce que la cherté étoit sur les grains. ny de Nous y trouvasmes des salinières. gouverneur. j'aurois pris ments. et comme l'argent n'est pas commun en cette ille je fis un échange pour des écorces de limons. Sy j'avois eu 100 hommes. et nous nous racomodasmes. nous aperceusmes au large deux bastiments qui venoient. J'en j'en fis une séparation. la saison d'hiver s'a- proche. tre il pointe de Nagos. ny des tempestes.1684 CROISIÈRES ET PRISES fis lOj et penssées de tendresses. et le i''''aoust nous étions frais encore à notre parage de pleins de santé.ochons salés et fumés. Elles venoient de Sainct-Michel aux Assores. du biscuit pour retourner chez nous ». Nous reconnusmes sans force d'aucun canon et les prismes et amarinasmes. de gros mahys ou bled du turquie et quelques c. Etans ne faut quiter ce pays sans leur faire à conois- que nous y sommes encore. et chargés de froment. Je dis faire : « Enfants. des criminelles et à l'inquisi- un gros paquet pour les envoyer à l'évesque teur où je leur marquois qu'ils dévoient estre contents de ce que ces lettres n'étoient tombées aux mains les supliois d'intercéder d'un hérétique et que je pour la liberté de mes deux amis prisonpetite qu'il niers de guerre. Il se passa 8 jours sans rien voir. nous courusmes à l'abry de la pointe qui est l'unique passage et et le 9° les atendismes près de trois heures pour les les laisser aprocher. alons à Maderre nous aprester nostre route et y arivasmes le 16" et Et nous y dressasmes fusmes bien receuspar Dom Pedro Dalmeida.

et cela dura neuf jours et ne sa- vions le sort de nostre prise où étoit tout notre butin. et dont ils furent très contents et cela m'atira l'applaudisseet ment du peuple de Madère. et nous nous trouvasmes en vue sauta au du four. et j'en redonnay deux de mes barques à mes prisoniers espagnols pour les reconduire à leurs pays. sant. et le nous étions à lieues au nord-oues de Oues- du temps de neige lorsque le et obscur. ce qui comme s'il nous rassura sy bien le que l'on fit la chaudière et nos gens partye dormoient sur pont et les autres jouoient aux cartes. le !•' fé- . et notre bâtiment s'y maintint esté à l'ancre et sans se tourmenter. où dans notre route étant par les 46 dégrez de latitude. Je le m'avizay d'amarer notre petit câble sur un affût de canon et jetter à la mer et le filler jusqu'au bout sur 140 brasses de long. le costé au travers. nous descendismes nos canons dans notre calle et apréhendions fort le moindre coup de mer. écorces qu'en vins il pour retirer mon payement tant en pour confire les 20'' me falut atendre la récolte écorces et ne pusmes les embarquer qu'au octobre et notre départ fut au 26*. M"" le que de ma barque où ron (i) Marquis de Lange- (i). voille défonssa nostre voille de misenne et sans le au hazard nous fuyons vent en poupe et travers des roches d'un costé et d'autre. embarqué comme enseige en pied sur Henn. je fus dans mon canot à Brest tant pour m'informcr des nouvelles étoit notre butin. Le 6 novembre du temps passable nous rembarquasmes notre câble et notre afut 10^ et faisons notre 5 route pour entrer dans la Manche. lieutenant général des armées navales. nous fusmes batus de cruelles tempestes et la mer très aflfreuze que nous ne pouvions présenter un morceau de voilles.104 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1684 meilleurs barque de mes prises. et nous a fosse de donnasmes dans Camaret où mesme il y périt plusieurs bâtiments qui se croyoient en toute seureté. comandoit pour le Le marquis de Langcron. il et lorsqu'il fut étendu de son long nous fit présenter la proue avoit debout au vent. Et lorsque la tempeste fut cessée. étant à sec. vent en foudre nord nord-ouest passasmes au avec de grosse grelle. exepté six caissons des dites écorces et une de fleur d'orange que j'avois em- barqués avec moy.

l'on 18 décembre j'entray dans Dunkerque où ne m'y atendoit plus me croyant péry. me dit-il. et j'espérois toujours ma prize qui étoit bien plus je vis de résistance que nostre bastiment.1684 lors et luer. ayant vrier 1671. Ainssy ce fut bien profits. n'y espéray plus. et le Et tins ferme. volontiers. et de n'avoir eu aucune la de mes nouvelles. « Bien vous en a pris. fait capitaine de vaisseau le 2 i^"' vembre 1089 de la lieutenant général le le avril 1697 novembre 1671. et on traisnera vostre. il lorsque je luy eut rendu compte diable avez-vous pu résister ? s'étonna et dit : « Comment Toutes nos costes sont remplies de navires naufragés et bordés de cadavres. je Mais quand aucuns écouler deux mois sans nouvelles. du tems falut et bien des périls encourus sans et il me pensser de quel costé donner. chef d'escadre le i"" nomort à Sceaux le 28 mai 171 1. Au commencement de février 1685. RETOUR A BREST dont j'avois IO5 l'honneur d'estre bien connu et que je fus saje M'ayant demandé d'où venois et sur quel navire j'étois. L'on m'aprits sur paix faite. je Un chacun » me demandoit six je : « Où ? voulez-vous aler « de ce temps qui ne va pas durer heures » Je réponds la : Quite pour relascher. Je luy dits — — : tre canot demain avec moy quand je je retourneray à mon bord. » Je luy dit la maneuvre Je « Et où avez-vous apris cela ? » de mon afùt de canon. deux marchands de mes amys qui avoient esté intéressés à ce dernier armement. » j'au- roy l'honneur de vous envoyer deux serins de Canaries. fut . Arch. Je gagnay à coste d'Angleterre. seureté les accepte. de quoy bien déjuner dont me remis dans ma barque longue et envoyay vin et les deux Il y avoit à Brest et Camaret quantité de navires relaschés de- puis il un long-temps qui attendoient un bon vent pour partir. Marine. — Très et il mon amy. » J'acceptay le party. mais m'ennuyoit jusqu'au unze décembre que le temps parut modéré mis à la voille. et eut bonté de je fis faire embarquer de bon et bon uzage serins. luy dits l'avoir mventé. Voyez Mercure de juin 1711. je n'avois « Sy vous voulez envoyer vojamais ouy telle choze. et vous aurez plus de covos la modité et de vous embarquer dans mon canot le gens. . . pour tascher de gagner pour m'entretenir.

trois et qu'il et pour déffences six périers et dix hommes page. valle. ils .I06 consid'^ré JOURNAL DE JEAN DOUBLET que si I685 fût arrivée la prize où estoit les effects profité à bien que nous aurions bien tenu le dans cette coursse où qu'il leur j'avois main- bastiment et l'équipage sans si en eut coûté pen- dant un longs-temps. le gages taire. tre Je ne peut trouver aupour résister d'équi- bastiment dans le port qu'une barque bretonne de 70 thon- neaux. ce qui ne puis le soleil dura plus d'un Miserere (2). Au temps de Doublet de pareils phénomènes jettaient l'épouvante parmi les paysans marins. Il s'agit d'insectes aquatiques qui multiplient en grande quantité pendant l'été dans les mers tropicales et que des tourbillons de vent transportent à de grandes distances. timent pour aler me proposèrent d'affretter un moyen basen commerce à Madère et aux Canaries. Doublet et son équipage partageaient sont bien persuadés que c'est un châtiment divin. et point à faire le détail de notre route. puisles Saletins qui la captivité. d'une seiziesme partye dont ils m'y inléressoient feroient les advances et encoure- roient les risques. avec un temps de nuages il de clarté du par inter- tomboit comme une petite pluye fasson de neige fondue dont nous soient des nous trouvasmes couverts de poux blancs et et plats fai- d'une petite grandeur et qui avoient vie faim qu'ils nous empoules ou ils mordoient sur nos peaux. cette crédulité des causes surnaturelles. et que nous avions une paix générale ecxepté avec sont les plus dangereux à cause du risque de je fis que un recherche d'un bastiment convenable. Comme encore en ce petit voyage où je me trouvois par notre estime éloigné et de l'ille de Madère de soleil 51 lieues. et de tout nécessaire. et j'acceptayle party. ayant un pont et demy et un gaillard devant aux tempestes. parut que nous obser- (l) et les etc. de jjrenoiiilles. non plus que de toutes les autres cy-devant lesquelles seroient ennuyeuses et qu'il faudroit plusieurs volumes. qu'on attribuait à . de laines. me contentant d'écrire ce que j'ay trouvé de remarquable. en payant d'avance entretiendroit le dit équipage et barque de vivres. ne m'areste j'ay fait et partismesdu port de Dunkerque avril 1685. de poissons. et passasmes un acte devant noet Mes marchandizes furent en peu acheptées le 5 embarquées. Je l'affretay par 450 livres par mois. de fer.. et que et qu'ils je leur fist mémoire des marchandizes nécessaires. On citait des pluies de sang.

et que lapidé . et jettasmes le fis dans la chaloupe qui et tout que l'on peu ramasser. et le entre dix et onze heures nous aperceusmes Madère qui se voir de très loin par la hauteur de ses montagnes. faut s'en tirer. non de dire les Il changements de voyage ariva en cette ille et ce que j'y ay trouvé de remarquable. en receusmes une ondée bien plus mizes au sec qui en furent toute soleil ce qui nous fit regreter d'avoir changé de toutes hardes que la nous avions lavées à couverte et mer et mesme il jusqu'aux maneuvres du bastiment. je fis rapport de ce qui nous estoit et autres furent curieux arivé. lesquel- trouvèrent remplies. il me disposois d'y bientôt aler né- eut la bonté d'y venir avec M"" la son consul m'advertir je serois de n'y pas pensser quoyque paix fust. et les conssuls et les marchands de voir débarquer nos hardes les se que nous voulions faire bouillir. et sur les fit nous en ariva encore autant. et au I07 bout d'un demy quart d'heure tous mais celles et ces insectes qui furent qui avoient entré frappés du soleil moururent. et nous n'y ar- rivasmes que le jour en suivant qui étoit le 29° d'avril. aparament qu'ils font leur revue et secouent leurs guenilles dans ce parage. » Mais sur les deux heures d'après midy. atachée d'une ceinture et sans chemize ny bas après qu'on eut et jeté à la mer toutes ces bestides que mais un remord me pris sur la raillerye il j'avois faite. le navire et baleyer et jeter de l'eau de mer partout étoit sur le pont. Le ayant survenu ariva comme j'ay dit cy-dessus.1685 vions pour la PLUIE d'insectes hauteur. un bastiment Anglois venant de Ténérif. dans nos hardes et linges vivoient Je fis nous pi- quoient vivement. mais tout le reste du soir il n'en tomba plus ny la nuit. ce qui nous 4 heures et demie avoir recours aux prières bien dévotement croyant que c'étoit un chastiment du lendemain fait Seigneur pour nos péchez. si- J'abrégeray encore les longs discours de mes négociations. Je débar- qué derière le fort de l'illeau . lequel ayant seu que je gossier. et m'étant et nos gens encore dépouillés de tout relavé je pris sur moy ma robe de chambre . et craignant que cela ne dureroit. nous forte. : croyant en estre quitte j'en a toujours une raillerye en dizant « Le Seigneur il aimé les pauvres et lesatire au ciel.

Et il le capitaine raporta que : Vice-Roy il disoit y avoit peu de jours je sy par malheur pour Doublet revenoit icy. et obligea M"^* Caire de payer pour luy. Je débarqué une bonne partye les plus de mes effects procurer convenables pour cette ille. toute la carguaison. et 27 j'arivé au Funchal et débarqué les froments en deux jours. ayant une belle fafaire avec beaucoup de diligence à prévaloir risquois mon il chargela ment. quoy qu'en paix ne le pourois sauver car je serois en ris- que d'estreaussy assasiné. îlle de Sainct-Michel et le 25 ayant esté adressé au sieur Jean Ston. et qu'ils me fourniroient des lettres de crédit pour écrit. se la immanquablement par sentant encore trop gentilshommes la triste et la res- vivement de mort de M'" le fleur de la jeunesse. prits en de France que j'avois réservés et en cinq jours la je fus ex- pédié. et les mit aux mains de M'' Louis et Joseph Caire. travailla et sans dame portugaise. Il me falut céder à la force en lui cédant d'un quart d'intérêts. gouverneur de Madère me demanda que je l'intéressats de moitié dans tout le chargement autrement qu'il ne me permettroit pas de négossier dans son gouvernement. me je du crédit de M" Caire pour et moitié d'intérêt effects que pour mes intérescés moy. et party le 12 juin à cause du jour de la ville feste du patron de le que les Portugais m'auroient creu hérétique.I08 JOURNAL DL JEAN DOUBLET les 1685 populace. conssul des Anglois. et me donnèrent avis d'aller charger du frole ment et du mahis à l'ille de Sainct-Michel aux Assores pour raporter. et tombas d'acord par et étant sur mon départ Dom Pedro Dalmada. bien converty et marié à une mille. qui furent noyés et dont les plus grandes familles de l'ille sont en deuil. bons négossiants pour en ils les ventes. voulois aler à Lisbonne me représentèrent sel et prendre une partye de des huilles d'olives en petits jarons et des sardinnes salées en canastes ou pa- . Je partis de la rade du Funchal pour me rendre à celle de Punta Delgada. ainssy il pensser d'aler d'un autre costé. Ces M"" que sy je Caire et M"" Biard. et me prioient de les intéressser d'un quart au chargement en m'en payant le fret. Et sur ce raport M'" nostre consul et fa- mes amis me lut déconsseillièrent de ne m'y pas risquer. et qu'il y auroit à y profiter. notre consul.

le capitaine Rochelle. le travers de Cas- . et nous mismes à l'effect de partir la mais étant au dehors de barre. et le consul il et je feray conoistre M" Caire en furent faschez contre moy. nostre consul. tant pour comprit bien et me dit : « : Je veux payer comp« ma part. et fut plus doux qu'un il agneau. travaillé âmes expéditions. nous fera enrager. et je vais remé: dier à ce mal sans que vous n'ayez rien à craindre ny ceux de la nation. qu'il y prise. Ne sauriez-vous il » Il il seut par les domestiques nos entretiens et voir. IO9 auroit Je topé à cette entre- mais ce diable de gouverneur ou tiran voulut y entrer d'une moitié sans jamais rien débourcer. Je luy demanday s'il vouloit que nous fussions de compagnie à cause Il des Saletinsqui sont souvent autour de Madère. sur cela jeluy disque j'alois où étois la cour où nous avions un ambassadeur et Il s'il ne désiroit rien m'ordonner. proposition. Je chez M"" Desgranges. pour m'aprit qu'il y avoit un petit navire de la lever mes expéditions. » Je luy déclara au net vos vexations. AVENTURES A MADERE un bon guain à faire. l'avoir salué comte d'Opède étoit notre ambassadeur. dizant ne vouloir me vint me faire aucune paine.1685 niers. . » Vous n'y aurez rien. aux ventes des marrecherche de ce capitaine et parut content ce qui m'étonna un peu. et que j'appréhendois d'y retourner sur ce que je lui avois menacé. après deux jours après l'honneur de manger avec luy. Enfin n'y eut aucun intérêt et m'envoya pour plus de vingt pistoles de différentes confitures seiches et liquides et un quartault de bon vin malvoizie. Et partyle 4' juillet j'atrapé heureusement Lisbonne M"" le j'eus le 26^ suivant. qui devoit aussy prendre ces expéet qui avoit un ditions pour Madère chargement pareil au mien. disant : « C'est un diable. et je prendre congé de M^ fus Il l'ambassadeur. » Je dis écrire ? : « Vous estes tous lasches. M^ D'Opède me dit « Vous m'avez fait plaisir. car c'est se faire tort fis chands lorsqu'on est plusieurs. etc. où je l'entretins des concussions que faisois le gouverneur de Madère. Brevet. comme moy de ma enssemble. lequel il me délivra un pa- quet du Roy de Portugal dont prit mon receu pour délivrer au sieur gouverneur. » Lorsque fus j'eus fait mes emplettes je me disposay à partir.

révoquation sur plusieurs plaintes contre luy. je forssois de voille au risque de quelqu'autre accident. et y fust avec M"" Il Dade notre Vice-Consul. ville à l'embouchure du Tage. ce qui petite disgrasce. La rade de place est dangereuse à cause des vents d'ouest qui y régnent. ce qu'il fist. me demanda dis sy je connoissois ce bastiment qui paroissoit. portugais qui m'impatientoient par leurs La fut nuit s'ap- prochoit et à force d'argent je les engageay de travailler avec deux flambeaux alumés jusqu'à unze heures que les priai mon mât achevé. et puis je luy dis que j'avois un gros paquet comte D'Opède m'avoit chargé pour le gouveret qu'il m'en fallait une décharge et eut à m'y accompagner. à 3 lieues de Lisbonne. dit : « N'est-il pas party le mesme jour que cette (i) Cascacs.et la 3" journée après mon arivé ainsy il parut un moyen ari- navire à trois lieues soubs le vent de l'ille. et de je le mettre à l'eau au bord de est fit la rivière. et heureusement tout fut bien. et sur les trois heures mon ma Je fus par terre à Lisbonne. et le 20" j'arive derrière l'illot du FunchaK Sitôt que s'il j'eus pied à terre. (i) JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1685 mon grand mât d'hune rompit à l'uny du chuquct du croy. Je Il luy que non. fort aise de grand mats. et la m'embarquay les trois qu'il et mon mât le long de mon mis à Sur heures 1/2 du matin je fis travailler à remas- quoy ne fut encore guindé je fis lever l'ancre et voille d'un assées bon vent. je prétendu camarade continua sa route mât. . Je loué une frégate qui une chaloupe avec deux grandes traisner rames où navire. j'acheptai un autre j'yfis travailler par quatre charpantiers lenteurs. je fus chez M' notre consul et luy demanday çois venant n'étoit pas arivé quelque navire fran- de Lisbonne. ter. Je reprends courage sans en dire davantage. C'étoit son ordre de de lettres que neur dont j'avois donné un receu. et et. Je le reconnu avec les lunettes. Le gouverneur étoit tout troublé et m'envoya son secrettaire me prier d'alez chez luy. M"^ le et me dit que non. m'obligea de rentrer jusqu'à Belem.IIO cays. Sitôt que mon mât fut bien placé. Je faisois débarquer mesmarchandizes. Et le sieur gouverneur ne fist aucune difficulté de m'en donner son receu. et je les payay bien. ainssy ce n'étoit au plus que 22 heures que ledit Brevet avoit d'avantage sur moy. il ne pouvait ver en rade que le lendemain.

» Pendant nos discours on vint luy donner advis qu'il paroissoit encore un autre navire qui avoit le pavillon blanc et qui faisoit sa route pour aler parler au premier qui avoit paru. mais lendemain après quelques promenades se vint prendre à une corde où la étoit la une chemize de matelot qui trempoit à peur qu'il mer. Et pendant que j'étois à terre. l'ille Le ruzé gouverneur et dire dans toute qu'il qu'il aten- que le le voyant disgrascié fit vendroit à bon mar- que pas un ne demandoit de mes marc'étoit à qui en auroit pour les vendanges qui étoient proches. ce qui véritablement bien du chagrainde voir un doitce navire tel spectacle de avoit fait la captivité. plain tirer Et en peu moins de deuxheures nous vismesà et canons mousqueterye. Je secouois les oreilles. Il me : presta sa lunette et fusmes hors du chasteau pour mirer. et que luy qui paroit et cela vous fera tort à vostre vente. et il fut pris en un quart fit d'heure et changement de routte. Et cet animal tenoit ferme comme avec deux mains. Je dis « sa Le plus petit des deux est fait » le navire que vous atendez et un l'autre à démarche me les bien paine que ce ne soit saletin. apelant d'autres à son secours. et le restant amenuissant sa comme un saumon ainsy que queue. et et relevèrent jusqu'à moitié de son la teste et le corps hors de remarquèrent que minois et les oreilles étoient d'une figure d'homme la et autour de son menton étoit longue barbe à geoires d'une seins capucine d'un tisssu de peaux comme une comme les nadeux la morue qui luy pendoient sur l'estomac. ce qui chandizes. mais que en prendre un autre mon mat ayant cassé je rentray pour il et qu'il avoit continué sa route. » VOUS de Lisbonne un moyen navire de Rochelle pour venir Je luydis que ouy. le 27 aoust. il parut autour de notre bastiment un monstre marin qui ché ces effects. ayant des peaux . Et sur quoy dit: J'en ai lettre d'advis par votre bastiment. C'est pour mon c'est compte qu'il est chargé de pareils effects que les vosjres je crois puisque vous ne m'avez voulu intéresser avec vous. mais d'un pied de largeur à peu près. Ce la matelot en ne lui enleva sa chemize fut tirer sur corde. l'eau.1685 AVENTURES A MADERE la III icy. toute l'aparence y est. et avoit comme les nostres et le corps en forme humaine jusqu'à ceinture.

dans la matinée à moy seul j'en embarqué vingt-huit. cette homme d'esprit. D'ailleurs.112 de poisson JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1685 comme nageoires tenantes aux esseiles. et fleur d'o- range. Jean Le Natro. dans son enfance. pillotte et Nicolas Thiberge. et plain de feu. Je m'apliqué à ille faire mon voyant le la saison de l'hiver peut partir autre que 20 novembre pour retourner à vin. n'ayant à ses bras de coudes. La croyance aux sirènes ou aux monstres marins à figure humaine se maintint longtemgs. et le front à découvert avec des gros yeux de toureau et un regard fier et les peaux comme pieds d'un oye. plus ne sachant qu'en faire. puisque Doublet mentionne très sérieusement la merveilleuse apparition qui. Je fis débarque. et n'en voulions 2° poussèrent jusqu'au degré et demi de latitude. mais remplis de le chef étoit garny de petites peaux pendantes sur son col d'un demy pied de long. il avait été familiarisé avec ces contes. car une ruelle de sa ville natale portait et porte encore le nom de rue de la Sirène (ruette et advenue de la Seraine ». dont les doits étoient bien distingués. Le jeune Caire Paris pour se faire traiter de nommé Joseph le la se trouvant fort attaqué d'un asme s'embarca avec nous dans dessein de se rendre à maladie. et signèrent le procès-verbal qui en fut dressé. et n'en de leurs cordeaux. et sur notre route nous fusmes très mal traités par vents contraires et 5 tempestes. u par son regard fier et plein de feu terrifia son équipag. comme on le voit. et point plus long que nous les avons du coude à la main. et une partie de cuivre en tangoul venant de Saincte-Croix de Barbarie. une figure fantastique était gravée sur la pierre à l'angle de cette rue il en subsiste des traces. er quelques pescheurs mesme figure. Et de Penerf et en Bretagne. n'étant bonnes lorsqu'elles sont sa- li) Cette description si peu séduisante qu'elle soit permet de croire qu'il s'agit d'une de ces divinités marines qui durent leur naissance à la fable. nos gens pour en originaire faire leurs raports devant M"" le Consul. qui nous où dans une bonnace nous nous trouvasmes entourés d'un nombre infiny de poissons dorades. Dunkerque avec un chargement de écorces de citrons confits ou sec. et dont nous en peschasmes à discrétion. i> . en i588.. de le tout Dunkerque. qui (i) du pays déclarèrent avoir veu plusieurs fois une fois leur aracha un poisson au bout négosse pour partir au plustôt de cette s'approcher. nostre de point en point. . qui étoit maître et propriétaire de notre bastiment confirma son frère en firent cette déclaration.

et ayant enManche le 12 janvier nous eusmes connoissance de le Portlant en Angleterre. Jusqu'au je débarquay M" Caire me il conseillèrent d'en garder partie qui étoient je propres pour Tisle de Sainct-Michel aux Assores.l686 VOYAGE AUX AÇORES II3 un goût puis- lées plus d'un jour par leur graisse qui se jaunit et rend huileux. et pour m'encourager il me et pro- mire d'assurer sur le ma personne neuf pris mile livres. le Nous vents de sud et sud-est. tré 3 payay suif. lesquels me mandèrent d'envoyer et les effects à Le Gendre. . savoureuse et très agréable au goût. ce qui nous obligea de relascher à la ville de Galloway je en Irlande. le de payer de il le fret de nostre bastiment pour congédier au plutots. pain et l'eau man- quaient. leur procure facilement une chaire fraîche. qui est pour les marins un véritable divertissement. et en donné aussitôt advis à nos M" de DunM"" kerque. que rois troque- pour du blé. L'on fit frère du plus fort intéressé au navire nomé une emplette de marchandises sur mes le 1 mémoires. ainssy que mille quintaux de (1686). Et comme ce que j'avois porté (l) Les dorades suivent les vaisseaux en troupes souvent nombreuses et nagent avec beaucoup de vitesse. Sainct-André. Ma surprize fuc de trouver ces poissons aussy les Nord que rarement on fusmes pris des trouve qu'aprochant des chaleurs (i). de Rouen. ce qui nous obligea d'aler au Havre de Grâce. où y avoit 70 pour cent à gagner l'aportant à d'efîects ne faisoit pas Madère. les vents forcés au nord-est nous empes- choient de chercher Pas de Calais. mais sans aucun canon n'y étant disposée à en placer. Je refuzey de ce que j'avois deux fois encouru le risque d'estre esclave à Salé. ce qui occasiona nos intéressés de me prier d'y retourner sur une flutte du port de deux cents cinquante thonneaux. dans la Au de janvier fut notre départ d'Irlande. où j'acheptay nos provisions nécessaires que en vin de Madère. Et partis du port de Dunkerque contre arivé à effects et 5 juillet et 5 sans renles Madère le 7 aoust. Après quoy efïects et là fus je fus à du contenu des les par terre à comptes dans lesquels s'y trouva Rouen arester compte Dunkerque ajuster que j'avois laissé à Madère quelques effects invendues restés chez M"" Caire. fut en cas que j'eus exécuté con- malheur d'estre de cette moraille. Leur pêche. ce qui clu devant notaire. et le le que j'aurois pour capitaine soubs mes ordres nommé Georges Roy.

et survint la sans y pounuit que je les perdis entièrement de je manœuvre vue. Mais remarquois les qu'ils faisoient fort mal leurs maneuvres ayant déployé la deux basses voilles. rempli de blé. aux conditions qu'en route faisant je débarnostre querois ce qui étoit de compte à Madère. que j'é- tois au désespoir de voir une sy méchante voir remédier. ce qui m'impatieiitoit. et j'avois ré- servé autour de 800 piastres. (l) ville forte dans l'Atlnnlique. ce qui faisoit aculer le navire proche de la terre. n'ayant plus à tirer faire à terre mes dépesches la et finir que pour 4 à cinq heures pour un petit compte. qu'on apelle en croupière afin de faire abattre le navire. et les faut savoir de ces sortes de vents tous cette rade doibvent navires qui se trouvent à et abandonner leurs cables ancres et se mettre à la voille pour éviter le péril de perdre corps et biens à cette coste. chargé agir y mis le le feu à boulet vers nostre navire. avant de lascher leurs cables. côte de Barbarie. près de l'ernbouclnue do la Morbéa. la pluye sur le corps. Alors que notre navire vin. et je voyois le nostre dans l'ile naction. j'envoyai des vivres coffre et bord et trois pipes mon hardes et rafreschisse- ments.114 moitié de ter à JOURNAL DH JEAN DOUBLET î6S6 ma charge en blé. ayant eu tion d'amasser précau- un cordage sur le dit cable. Au il 27 de septembre. . logeois et on m'o- du Maroc. port d'accès difficile à l'embouchure de la Morbéa petite ville ft)rte du royaume de Maroc. et ce qui je pour mettre soubs les voilles. pour faire entrer vent dans les voilles qui avoient le vent dessus qui les coloitsur les mats. à quoy il consentit. ayant donné les or- dres que chaloupe me viendroit sur les 4 heures du soir. assées violents les vents se . Mazaj^'iin. je pris à fret le surplus pour le porMazagan apartenant au Roy de Portugal. proche Azamor (i). tenant parla poupe du le navire. de ce que j'avois vendu en argent pour à faciliter mon négoce de qu'à payer ce qu'on ne peut se dispenfut ser. Je fus au château prier gouverlivres neur de Je les me et permettre que je tirats un de ces canons de 8 la de boulet le fit que luy payeroits bien et charge. L'on m'entraisna chez notre consul où Azamore. et il qui firent bien leurs y avoit deux moyens navires anglois proches du notre maneuvres. mirent de la bande du sud et sud-oist la chaloupe ne put exécuter mes ordres. l-!lle a appartenu aux Portuijais jusqu'en I7')J. Et j'étois à les observer. port sur l'Atlantique.

chef-lieu du district oriental des Açore». et j'empresse de partir avant le jour avec mon guide qui me conduit àpeu près vers le lieu du naufrage. et mais c'étoit che- ville du pied demize mon genouil et les mains dont j'avois creu le m'acrocher aux pointes. n'est pas voit ozé aprocher. les et la pointe du jour étoit y lorsque nous entrions dans les forces rochers. à cause des difficultés de passer sur le fis prier il les ro- chers remplis de précipices. où pointes de rochers qui y avoit près de deux eu pieds d'eau salée. et sans quoy je n'aurois aucune vie. dit : « Avant deux heures fera sans quoy on les raisons qui ne peut s'y hazarderw. mais en récompense des endroits de je je fus blessé et écorché en bien tirer mon la pauvre corps. voyant tout percé. il le ditestre à cinq quarts de lieues de Punta Delgada où nous étions et qu'il ne savoit s'il se seroit sauvé quelqu'un. dans port est mauvais. étant toujours en crainte j'avois vue. toujours : « Il faut quils soient saouls les flamands ne Les navires en flûte débon voilier à tenir le vent.Je ne disois pas ouvertement le m'empressoient de m'y transporter avant j'aurois jour. que luy n'ase peuvent contenir lorsqu'ils ont rivent plus qu'un autre et s'il du vin. j'eus (i) coude droit tout emporté ainssy Ponta-Delgada. et que j'avois faire fait rembarquer les miennes l'on me voulut souper et ne le pus ny me la coucher. creu avoir jambe gauche rompue. et il de m'y conduire inconjour. Et sur les deux heures d'après minuit un paisant Portugais m'anonça la perte totalle de mon navire échoué à la pointe des plus affreux rochers de ceste ille. dont onnecreut aucun de l'équipage échapés.l686 NAUFRAGE II5 bligea de changer de toutes hardes. de ce qui devoit ariver par et disois mauvaise maneuvre que . tumbé d'un des plus il hault dans un précipe de plus de 30 pieds profonds. » Ce fut toujours mes discours lorsque l'on me voulut donner quelque espérance de consolation. Son . qu'il me prit me . je crois qu'ils n'en échaperont nullement. M"" le consul quiestiona ce portugais de l'endroit du naufrage. et je Nous n'y fismes pas à pas que me manquoient. l'île de San-Miguel. me voyant dénué généralement de toutes choses. qui étois que pu sauver quelques hardes ou mon coffre où étoit mon argent. et dansmachuttejerencontrois souvent quelques me recevoient. Je voulus me de cet eau la . Je tinent.

et nostre consul luy. et luy. et bonheur dont il mon guide revmt avec trois hommes y avoit un nègre qui avoit une corde autour de descendit. et se servant de sa corde il il me l'ata- cha par dessoubs nègre les aisselles et les trois autres dessendirent de leur mieux où étoit atachée la dite corde et m'atirèrent à eux. Nous y trouvasmes des nostresqui avoient échapé qui nous déclarèrent que plu- sieurs navire à de nostre équipage consseillèrent au capitaine de mettre le la voille et que les Anglois s'y mettoient. Je faisois le des cris et plaintes comme on avoit erré. je de me porter dans ariva. et étant arivés l'on fit les venir un chirurgien qui trois me seigna et penssa. ce qui leur engagea à me porter ainssy chez donna beaucoup de paine. je vais chercher de l'assistance. fut plus d'une heure et demie à revenir. et sans peruque ny chapeau. dont le malheur s'ensuivit. et que ce coup de canon qui les engagea à travailler. qui couverte et que je les payerois bien.Il6 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1686 et les habits et que mes costéstout écorchéeset meurtris. s'étant disposé d'aller chercher une charge de bois pour son maître qui me l'envoya. et comme je devois partir efi"ects le lendemain j'avois fait la tout embarquer. le finir charpentier et contre-maistre dizant qu'ils vouloient leur disner avant de rien faire. et le ils me soutenoit pendant qu'ils me montèrent sur le haut où m'atirèrent encore. peut juger et ils ils trouvèrent un sentier. j'étois en Exce Homo du consul tout déchirées. on leur récidiva les qu'ils mesmes fut le raisons sans remuassent de leurs tables. que plain terain . mes hardes. mais il fut impossible de me monter pour m'aporter en les priay ville tant j'étois la acablé de douleurs. la que fut le grand mât s'estant rompu ils tomba sur chambre qui écrasée où furent engloutis des- . briser contre coffre et argent qui causa mort des susdits quatre le principaux de mes officiers et des autres qui voyant les navire se rochers se mirent à vouloir sauver et mon grand et de ma chambre. et qu'il ne les entendre se tenant dans le la voulus chambre avec son pillotte. j'avoismamontre qui par fut consservée. guide pleuroit en me disant : « Il m'est impossible » de vous Il prenez patience. mais qu'ils estoient sy saouls de vin qu'ils ne savoient ce qu'ils faisoient. mon guide et par là m'amenèrent en ils furent à deux cher- cher une bourrique et une couverture. mon pauvre retirer.

et le me de fit venir de- mes conditions d'engal'ille gement. (11 M.mais qui ne s'en font pas de scrupules tout fut pillé par les païsants de restituer puisque naturelleMinistres du ment ils sont adonnés au larcin. pair en 1608. Jean d'Estrées. de Richmond. abbé d'Evron. qui ordonna de déposséder le dit capitaine et de navire. Benjamin. archiviste de la Charente-Inférieure. suivant des renseignements plus siirs. les faire le Et pour comble de chagrain Roy de la Portugal me firent un procès pour me payer les bleds prétexte sur qu'ils avoient chargés pour Masagan prenant trois déclaration des hommes de la l'équipage qui s'estoient sauvés qui avoient dé- pozé que faute étoit arivée par notre capitaine et officiers. Alexandre et César Godefroy. sœur du pasteur d'Ar: vert. Un Jean Godefroy. à Elisabeth Duprat. des liens de parenté unissent de nos jours les derniers représentants des Godefroy à la famille du général Louis-Eugène Cavaignac. écuyer. maréchal et vice-amiral de France. Ce procès m'aresta neuf mois dans cette petit navire françois après quoy le chargé de bled pour y vint un porter à Lisbonne. la Peu de jours après mon arivée il ariva à Lisbonne un navire de le Rochelle armé de douze canons nommé Cé\ard apartenant à M""' Godefroy (2) et sur lequel étoit pour marchand un de jurié et maltraité leurs frères qui pendant leurs traversées fut in- de paroUes par son capitaine nomé Peron étant souvent yvre. et il dans lequel M"" l'abé m'embarquay pour passager avec mes deux hommes. capitaine de l'artillerie en 1617. Il était roi d'Amérique. l'aîné. elle tout fut entièrement péry. né en iSyq. veuf d'une dame Goislard et remarié à une dame Bussereau. et étant à Lisbonne récidiva ces brutalités dont Godefroy fut obliger d'en porter plainte à son Excellence M' M. vice- (2) Famille illustre dans les annales de la Rochelle. a bien voulu dresser pour nous. l'abé D'Estré. Godefroy trouva un fret pour la Terciere Cambrai. . de Préaux et de Saint-Claude. D'aprcs un très curieux tableau généalogique que M. puis la cousine de Jean. cepandant sy je n'avoisesté incommodé j'aurois esté sur les lieux où J'aurois pu sauver quelle ques hardes ou marchandizes. D'Estrée (i) étoit ambassadeur et il me dégagea de la je je poursuite de ce procès. Doublet citera dans les pages qui suivent les neveux de ce capitaine Jean Godefroj'. sieur du Richard. mais me trouvois dépourvu de toutes comodités et de la fortune. archevêque et duc de fils de Jean comte d'Estrées.léSy RETOUR A LISBONNE II7 soubs. et fit me donner vant luy commandement du dit pour me le faire acxepter. ille. était maire et capitaine de La Rochelle au début du siège de 1627. suivant Doublet. marins et armateurs.

l'on me proposa un segond voyage pour le mesme lieu. Godefroy le dit restoit son négosse pandant que je ferois voyage. je s'enhardit à venir pour m'aborder à tou- carguer les deux basses voilles et ordonnay que le lorsqu'il nous abordera de mettre vent dessus nos deux humiers pour il faire reculer nostre navire et que luy portant un grand erre ne pouroit se tenir acroché et que ces cordages manqueront. sitost que la décharge fut finie. que j'animois sur le malheureux état où . 1687. nous faut disposer à nous bien deffendre il n'ayant guerre avec d'autres qu'avec les Saletins où captivité. tes voilles. et nous déchargeasmes très à propos nos canons et périers chargés de mitraille abordoient. fit pavillon françois. douze canons et six périers et de bons que je délivray à mes passagers. nous tomberions sy nous tour de nous sans tirer sommes ayant le pris ce navire m'ayant aproché àdistance de son canon. Es- tant à portée du pistolet de nous. que nous les empeschasmes de comme ils nous sauter plus de trois et l'autre dans notre bord. six passagers portuguais étudians qui aloient pour faire leurs exercisses. » s'agit la J'avois 24 bons hommes fusils d'équipage. et puis fis il deux fois le un seul coup. et pris incontinent mon chargement la et partis le octobre. rompu Nous n'eusmes que deux chaisnes de hau- . et Il passa aussytôt bien de l'avant de nous amena toutes ses voilles voyant son mât de beaupré à l'uny de sa ligature. Je dis « Il nous est et il inutille puisqu'il marde che mieux que nous. dans l'ins- tant nous fusmes décrochés. Estant à la 60 lieux au Nord-Ouest de : Tercère un navire me donna de croire fuir chasse. j'arivé au port d'Angra soubs je m'apresté et party le 9' septembre et arivé à 3 Angra le 21. il nous tira sa bordée de cafut tué et nons et d'une grêle de mousqueterie dont un passager la un matelot blessé dans le pont pour n'estre quoyque tous sur un genouil sur découverts. et les grapins et cordages rompirent par la j'avois faite faire maneuvre que et de mètre le vant sur les huniers. Je party au may recevoir la ville de ce nom et ne pus mon chargement que le 25 juillet et partis le 2' aoust et arivé à Lisbonne le 26 du mesme mois.Il8 pour revenir à JOURNAL DK JEAN DOUBLET Lisbonne où 1687 pour faire 15 M. dont deux furent aussitôt tuez se jetta à la mer. cuisse.

âgé de 36 ans. Je voulois foncer dessus. estropiera quelqu'un de nous. je regardé ma chambre et j'aperceu un J homme qui se tenoit et on donnay une corde doublée en deux qu'il passa soubs ses aisselles. fis je fis cal- faster le navire et enssuite le échouer pour visiter ses fonds afin d'estre en estât de recevoir son chargement. 18 canons seize pé- riers. et : comme nous alions nous entendismes une voix crier « Sauve la la vie. deux et trois haubans cassés et lestay d'artimon et nos voilles offencées troux de canon et une bitte rompue par leurs canons. et au commencement de décembre ariva la flotte du Brézil au nombre de quanavires marchands richement chargés et escortés par vaisseaux de guerre dont deux d'iceux de soixsante et six canons avoient esté construits à Goa. Je conduire mon rené- gat chez M. » On regarde de tous costés sans rien apercevoir. étoit avoit déclara que et le navire 200 hommes. et nous ne luy fismes 23 octobre j'arivé aucun mauvais traitement. vault mieux nous en Je les creus et fit notre route. 'appelé du monde luy Cartier mizéricorde et artizain nous dis estre françois d'Avignon. Use mit à genoux demandant garde de nostre gonvernail. fils d'un en soye nomé Périn. où l'ambassadeur qui le retint chez luy jusqu'à ocasion Il de le renvoyer il en seureté à son pays d'Avignon. et M. et on letiradansma chambre. Godefis froy n'avoit encore achevé son négosse. Et le à Lisbonne où je fis la décharge. qui voulant aller à Gesnes aprendre à travailler en velours fut pris sur une tartane de Marseille dans son âge de dix-huipt ans et mené esclave à Tétuan et fut donné au Roy de Maroc. lesquels dès leur sortie enlerante gros six vèrent deux vaisseaux de 40 canons sur portoient grand nombre de pellerins le Grand Mogol qui Musulmans qui alloient à la . il et qu'après deux ans de peril sécutions renia et prits une femme Moresse dont avoit cinq enfants.1687 bans rompus par un grapiii COMBAT de fer qui s'y 119 trouva attaché. par un sabord de à la sauve voix redouble. dirent : mais mes passagers et officiers faire me « Il ne nous peut plus de mal » et nous pourrons recevoir quelque malheureux coup faire qui tuera ou tirer. En attendant que M'' Godefroy eutfiny son commerce. luy lascher deux au trois bordées de nos canons.

a Rochelle. On en fit des réjouissances et feux de joye à Lisbonne. après souper avec j'accompagnois ces demoiselles à la promenade. ter . le fond y est mol. aîsné de tous.120 JOURNAL DE JEAN DOUBLET lé88 Mecque porter leurs offrandes au tombeau de leur grand prophète Mahomet. la vents nous contrarièrent étans prêts de sortir barre et nous rentrasmes à rade de Saint-Joseph tismes le 2 la y restasmes jusque au 10^ mars que nous sordite barre avec plusieurs navires de diverses nations. nord du pertuis d'Antioche. comme elle a entendu dire à ses que pour elle sa fortune étoit Le nom de bornée ayant perdu de bonheu- cette rade ne figure point sur les cartes que nous avons consultées. et nous partismes 24 février. la M"" Godefroy s'étoit débarqué dès notre arivée à et rade et fis le récit de nos voyages comme je m'y étois comporté à l'ataque du Saletin. Elle ma fortune étoit trop méme répondit qu'un garsson qui a autant oncles. m'en chargea de n'aler prendre d'autre auberge que chez luy. mais que diocre pour luy présenter. d L'on ancre son chef de Bois sur 5 à (i brasses d'eau de profondeur. on débarqua les marchandizes. entre les rochers dits Lavardins et la terre vers l. Ce M' Jean Godefroy étoit remarié à une filles dame Bussereau âgées de 18 le aussy veufve. mais de qui la for- tune étoit bien moindre que de ses cousines. et se joignoit nous une cousine qu'on apeloit de sa beauté. ne doibt pas se rebutrès de cœur. Nous embarquasmes 82 grands coffres de sucre et 60 rolles de tabac du Brézil. de Lisbonne les le et 25 caisses de citrons. J'entray le navire dans la chaisne le 13 avril. Tous les soirs. et dont je ne peus m'en deffendre bureaux et et le lendemain je fis les et déclarations à tous les puis mon rapport à ladmirauté. et qui avoit deux aimabVts et 20 ans et de luy n'avoit pas d'enfants. Le 20 janvier 1688 nous commenssasmes notre chargement pour retourner à la Rochelle. elle la belle Goislard. Cependant et je fus épris en peu de jours je leluydéclarayen la ramenant chez que je l'aimois tendrement. M' Godela froy s'étant embarqué avec nous. » (i) (2) Au . dit le Flambeau de la mer. 20 bottes d'huile et 35 balles de laines lavées et 400 caisses d'orenges. et (i) et avril arivasmes à la rade chef de Bois (2) atandant la vive eau pour entrer dans le port de la Rochelle. où je fus très bien receu des trois M'' Godefroy et dont Jean.

et cette cadette correspondoit fort à mes honnestes tendresses. Godefroy qui me fit bien des offres pour que je restats avec eux. Et la me tournay cœur pour cadette Bussereau sachant très bien son Bordeaux nouveau converty. Je luy fits connoistre que nécessairement il me faloit aler à Dunkerque pour rendre compte de ce navire naufragé à lille aisnée estoit assurée d'un amant de de Sainct-Michel il et dont j'étois porteur des procès-verbaux comme Ro- ne s'étoit rien sauvé des effects. Et elle ne voulut se defîaire de je l'enlevasse. et il m'en dis ses raisons que c'étoit pour y débarquer en rade quelques pièces d'eau-de-vie en fraude à cause : des grands droits. et que la ne contraindrois en aucune choze. ainsy je fus dans la ville où je couchay qnatre . et le 11' du mesme mois étant à l'ouest du port de Pleimuth en Angleterre nostre me dit qu'il y alloit relascher seulement pour un ou deux jours. et que sy je restois à la chelle ou ailleurs sans me justifier. Sur et pris la fin de juin je les remerciay bien congé de ces messieurs et demoiselles trouvant un bastiment prêt à partir pour Dunkerque dont je m'étois assuré de mon la passage et partis de Rochelle le 3 juillet.e sa mère y donnoit fort les mains. que puisque l'on l'avoit contrainte d'abjurer ce ne seroit plus une grande paine de s'y marier. Madam. et que sy je n'étois pas content de son navire le Ce\ard.l688 re son père et AMOURS DE DOUBLET que sy elle avoit 121 bien du bien qu'elle se feroit un plaisir je de me le sacrifier. ils pouvoient suposer que j'eus ce qui tourneroit à sauvé bien des affaires et me faire poursnivre. Sur quoy je luy dits qu'il pas sortir de son pays pour cela. de retourner vers eux lors que je je me entièrement libéré. ce que promis faire. ainsy que M. Mais l'homme propose et Dieu dispose. son entestement que qu'elle ne le ce qui me la fit quiter crainte je me gagnats à faire ce mauvais coup. Sur quoy les frères m'aprouvèrent fort. qu'il m'en donneroit un de 24 canons qu'il attendoit du retour deSainct-Domingue. et je qu'on auroit plus rien à luy dire sy elle m'épousoit. et que moy ne faloit dans mienne. et n'y voyant aucune nécessité je luy demanday maistre de bastiment pourquoy ce relasche. pourvueu que la Tenlevats en Angletere ou en Holande pour y je vivrois aussy vivre dans la liberté de sa religion. ils mon deshonneur et et me prièrent tous serois désavantage.

I^lle mourut au château de Saint-Germain-enLayc le 7 mai 7IS. L'on arma plusieurs chaloupes de nos navires du auroit quelques Roy pour aller épier aux ports d'Angleterre y remuements ou pour aider à sauver la Reine et le prince de Galle.SS (2) Marie d'Esté. et il en consulta et ne peut ils me faire ny dire se remit d'amitié avec moy. fait où ils me receurent comme gens raisonnables qui ont de la perte. fils de Marie d'Esté et de Jacques II. Doublet écrit tantôt noms de lieu et des noms propres varie à chaque page. et les n JDUKNAI. (4) De Vaux-Mimars. M"" Desvaux-Mimard (4). Je leur présentay procès verbaux de tout ce qui s'estoit passé.F. Pleimutlis.'>. ce qui voille faisoit peine d'entendre. né le 20 iuini6S8 et mort à Rome le l«"' janvier l 76(ï après une existence extrêmement agitée. lieutenant de nos (1) Jacques-François-Edouard Stuart. et le 17 nous mismes au partant de Pleimuts (3) et 6 aoust j'arrive kerque dont entr'autre de mes intéressés au navire à l'abord un mauvais Dunperdu me fit je leurs rale compliment en me demandant sy a portois bien des effets qu'il avoit appris avoir esté sauvés après naufrage. à ce brutal de et les communiquèrent Batement. tantôt Pleimuts. fille du duc de Stuart qui n'était alors que duc d'York. Je luy répondis : Avant 24 heures je vous feray co- noistre au net toutes choses.122 nuitée. 1 l l 1 1 I7l«. » Quant aux autres. (Wl. je fus chez eux. Et sur de septembre 1688 on parloit fortement claration delà guerre.T uvelles furent publiées de la la 16K8 naissance du prince de ca- Gai! (i) dont par forme citadelle tira quelques coups de nons. f>73 à Jacques mariée en Modène. après d'une dé- quoy reconnurent la fin la vérité. Son orthographe des (3) Plymouth. . OF JHAN nOl'BI. mais le peuple et particulièrement nos Religionnaires réfu- giés disoient milles infamies de la pauvre Reine le (2) et mesme du à la dit Roy. fait enseigne en i()Sj. Mort le >< octobre lieutenant en 1 . mais me le receurent tous honnestement en me disant estre bien persuadés des vérités que je leur avoient marquées par lettres et mes que sieur Batement qui m'avoit le si fait ce mauvais com- pliment étoit un brutal et moindre intéressé et que je ne devois m'arrester à ces mauvais discours les attestations et les ils mal fondés. née en (î. où les préparatifs et d'une armée navale en lande et que les meilleurs amis aloient auprès gros milords du HoRoy Jacques s'il du prince Orange. ancien garde-marine le u) février (iSi) et capitaine de frégate le 1*' décembre i7o.

promu en 1706 à la dignité de maréchal de France. Détrôné en 1688 par son gendre Guillaume de Nassau. il se réfugia en France. et — . prince d'Orange. où n'arestaque le temps qu'on luy aprestats des chevaux de poste avec loupe dans et partit aussitots deux de ces messieurs. et lorsqu'elle luy seroit arrivée qu'il me le feroit savoir pour l'aler le trouver. donnant pouvoir aux particuliers de ses sub- (1) Point de la côte d'Angleterre. sieur nue. mais un des officiers de sa chale loupe s'étant mis à l'eau la teste receut à fourchet sur son épaule ayant soutenoit une main. où je dans un café pendant une heure. et Il luy Puis Roy luy dit qu'il se souviendroit de luy nous l'accompagnasmes à l'auberge. la Gaiettt du 10 janvier i()8q. la Tamise. et nous atterrasmes à Picardie. Jacques II arrivait à St-Germain le 7 du même mois. son nom. et dans Amchalieu. Il n'avoit qu'un bras. et nous ramenasmes nostre chale bassin à Dunkerque. il lui Et lorsqu'il fut dessendu pieds à et demanda au le Mimard il qui il étoit. que le bruit se répandit que la Roy Jacques le s'étant veu abandonné sur nouvelle que prince d'Orange avoit débarqué en Angleterre vers Torbays. me pria de m'embarquer avec luy dans la commandoit.l688 vaisseaux DÉBARQUEMENT DE JACQUES II 123 chaloupe qu'il du Roy. fus le Nous fusmes pendant avoit pris la fuite la nuit aux Dunes (i). né en i633.James. Voy. Jacques Fitz. Il était accompagné de son fils naturel. duc de Berwick. Lorsqu'il voulut se à l'eau jus- débarquer. Il porta jusqu'à son avènement au trône le titre de duc d'York. Je fus en faire le récit à M"" Mimard et aussy tots nous fit retourner vers nos costes. La date du débarquement»de Jacques II à Ambleteuse n'est point le mois de septembre 1688 ainsi que Doublet l'indique mais le 4 janvier 1689. où je receut une lettre de M"" Jean Godefroy qui me mandoit qu'il atendoit en peu sa frégate de 24 canons. fils du roi Charles l'' de la reine Henriette de France fille de Henri IV. de la famille des Stuarts. l'autre étant paralétique. M' Mimard terre. bleteuse en loupe angloise très et lors moment nous vismes une proche de nous qni abordoit au mesme le chaloupe toucha à terre. le Sur mois d'octobre Roy fist déclarer la guerre contre la Holande seulement. dit. où il v a un bon en- (2) On sait qu'il s'agit de Jacques II. M"" Mimard moy nous nous mismes qu'aux cuisses pour recevoir. nous y remarquasmes quatre seigneurs dont à l'un diceux les autres ainssy que les ma- que la dite riniers luy portoient un grand respect et le (2). entre Douvres et crage pour les vaisseaux.

124 jets JOURNAL DE JEAN DOUBLET de faire la 1688 dépourveu de course dessus. lequel nous assura estre finne de pensser d'aller à la me détournèrent de et Rochelle et qu'ils m'aloient faire bastir une frégatte de 24 canons toute preste pour mars en suivant avec le dont ils en firent en ma présence le marché constructeur. La charge d'amiral de France en sa faveur le 12 novembre i66q. et le 1 relachasme à Dunkerque 2^ et je ne comme ils après nous ozasme penser et nous rembarquer dans cette bicquoque. Cepenont échapé le dant les marins oublient facilement les périls dont nous fismes radouber nostre barque. et trois mes au trouvasmes à (l) fusmes à Torbay puis devant Pleimuths. amenée de et ils Jamayque. sorty du port au le de novembre pour croiser vers le Nord. avoit voilie. me proposèrent d'armer une petite corvette seulement de quatre caqu'un la nommé capitaine anglois de nation. J'enga- geay trente deux bons hommes tant bas le officiers que matelots et capitaine Laurens pour mon segond. fils naturel de Louis XIV. et nous tiras- passèrent entre nos mâts sans nous endomager qu'une seule ma- nommée un large. Cela m'encouragea. ou les vents et la plus agités. Les sieurs Geraldin nons. mais tous les deux braves et bons marins. ce fut un hazard comme nous à en échapasmes en fuyant au gré du vent. et Lee. Laurens. dont un coup de mer nous enfonça tout un costé et nous combla presque à demy sais d'eau. où nous lieux au large un bateau traversier venant de fut rétablie Le comte de Vermandois. et pour lieutenant un nommé Welkisson le aussy anglois. dont devant Chatam on nous neuvre tira d'une forteresse deux coups de canons à boulets qui bras de misenne qui fut coupé. la Mais le port étoit frégattes propres à faire course. car j'avois répugnance dans l'hyver de m'embarquer sur un sy foible bastiment. et un chascun en faisoit bastir. mer sont Nous la n'avions point pour lors de guerre déclarée avec l'Angleterre et nous fusmes tout le long de ceste coste et ayant passé entre grande terre et Tille de Wic. ou 20 du mes me mois nous eusmes un rude vent du Nord-Nord-oist. . et nous partismes 18. Irlandois établis à Dunkerque. Je receu commission de son altesse sénérissime M' comte de Vermandois et (i) sous le nom de six la corvette la Prinaller cesse de Conif. n'ozant plus retourner vers le Nord.

Pour empêcher les embarquements clandestins. de la Marine. fameux marchand. ayant déclaré comme je les enavois prié de dire que nous étions Ostendois qui les avoient visités sans leur faire aucuns domages. mais les bas officiers et matelots voulurent se mutiner pour que nous les em- menassions. et on les voyait la nuit allumer des feux sur les falaises de la Seine-Inférieure. et une cinquantaine de louis d'or que M' Briant leur jeta. Les arrestations étaient nombreuses. que fus je ne les enlevasse en France etfaisoient compassion J'en reconnus de plusieurs qui se jetoient à nos pieds et entr'au- tres un nommé M' Briant. d'espesces. Arch. les et le capitaine Roc. mais seulement sur A cela mes deux officiers anglois protestants m'aprouvèrent fort. du Havre à Dieppe. disant « Voilà tout ce que nous possédons ». correspondance de M. portoit pas de coure sur eux. échangeant ainsi des signaux avec des navires étrangers qui louvoyaient près des côtes. Les religionnaires s'embarquaient la nuit sur un point peu fréquenté. visite des navires. Et M"" Briant me dit proche l'oreille : « Ayez ». de Montmort. ayant bon crédit en Angleterre Et nous les laissas- mes échaper. I686. (l) Les mesures les plus diverses furent prises pour arrêter la fuite des religionnaires.i688 la CROISIÈRES la 125 religion qui se sauvoient Rochelle avec neuf à dix familles de dans Pleimuts. Ces pauvres gens étoient à demy morts de peur (i). en nous ayant promis sur serment qu'ils ne nous découvriroient aucunement lorsqu'ils seroient débarqués. Je leur dis pour les rassurer que ma commission ne Holandois. service général. « En Normandie on tinez établit trente corps-de-garde et autant de pelotons de cavaliers n des- Des chaloupes armées procédaient en mer à la pour battre l'estrade sur les costes. les intendants promettaient aux paysans de leur céder la moitié des meubles des religionnaires en cas de dénonciation. pitié de vostre belle Goislard que voilà déguizée en cavalier l'embrasser et luy dire que je périray plustot que de nostre équipage fust apaizé par : Je fus la perdre. . et ce que nous avons trouvé véritable dans la suite.

Manche. Ses entrevues avec Seignelay. Naufrage. — Doublet est présenté à M. je fus la d'un petit bourg situé au bord de mer éloigné d'une bonne lieue de Pleimuth. Autres prises. de Seignelay. Il prend le commandement de deux barques longues. venant d'Espagne richement chargé. Il découvre la flotte de Tourville. je trouvai le capitaine et son fils qui me disoient mille bénédictions. Prise d'un navire hollandais dans un port d'Angleterre. Et lorsque je mis pied à terre. Et sur les prit fantaisie d'aller heures nottre du soir. — — — — — — — — — — Et deux jours après cette rencontre. Nos échappés nous reconnurent bourg nomé Ramshed (i) et vivoient au dit où sont tous françois 3 réfugiés. et ils me dirent qu'au port du cap Ouastre. s'il voulant m'informer adroitement n'y auroit partir. Prise d'un navire anglais. y avoit un houcre Holandois de dix canons. Enlèvement d'un percepteur anglais. pointe à l'ouest de la baie de Plymoulh. mouiller l'ancre vis à et sans forteresse.CHAPITRE la V — Croisières dans Naufrage à Cherbourg. mais qu'ils ont appris qu'il n'en sortyroit sans avoir un con- (r) Ramchead. Son arrivée à Brest. et il ne nous décelèrent aucunement. me avec deux hommes dans petit bateau à terre. et que ce seroit bien mon fait s'il sortoit en mer. Croisières. et pas dans les ports quelques navires Holandois prêts à en dont je réussis à mon Roc je dessein. le vis ne trouvant rien. et moy déguisé en bon et simple matelot. et leur déclaray le subjet de il ma dessente. et me voulurent convier à boire de serois la bierre et les priay de m'en dispenser. et que fasché d'estre connu de d'autres. ayant pavillon d'Ostende déployé. .

mais mon me plus fort ets embarrassé. par . et que je cherchois passage pour retourner au pays. je racontay en peu ce que j'avois apris à terre et représentay notre bastiment. fist y en eut un qui passoit proche de nous. bourg d'Angleterre. me ne dits : Mon ca- marade convoy.i688 voy . je n'en — miles « Oui. et pendant qu'il venoit à notre bord. et voulus savoir d'avanavant qu'il fust Il retiray promptement la à mon bord les bateaux venant de pesche se retiroient au port. un vaisseau hollandais de G à 700 tonneaux et armé de 40 canons. florins. mais pas et il ne me reconnus Je luy dis me quiestionna d'où j'étois et ce que et je faisois. et que nous courions risque d'en essuyer d'autres dont peut estre nous n'en échaperons pas. sur le penchant d'une colline baignée la Tamer. lequel je reconnus à son nées extraordiet nairement long il avec lequel j'avois autrefois bu en Portugal. Ce fut dans ce port que Doublet captura. en Cornouailles. et que les canons de sa batterye de bas ne pouvoit jouer. ré- pondit que ouy. Je luy le demander par Il capitaine Laurens s'il vouloit nous vendre du poisson. l'embouchure de cette rivière lui forme un port situé à 2 milles marins audessus de Plymouth. Et le rencontray capitaine de ce navire. On (i) Saltash. Les sieurs la Laurens Welkisson trou- choze faisable et la firent gouster à nostre équipage. fait que j'étois de Bruges en Flandre chargée de vin sur la que j'avois naufrage sur une belandre et eau-de-vie et avions esté poussé par tempestes coste de Gandetur. et que notre fortune nuitée dont étoit dans le port de Saltache dans cette mesme les vents et et ce batteau nous vèrent étoient favorables. La nuit s'approchoit tage et je nuit. je ne say quand je partiray d'icy et le feray sans un car >- mon dits navire : vaux plus de quatre cents » Je luy « Vous avez bien du canon. Je quittay d'Espagne. et je n'ay que trente et . PRISE d'un navire hollandais et 127 que dans le port de Saltache (i) il y avoit une grande pinasse de six à sept cents thonneaux de port et ayant 40 canons et peu d'hommes à proportion. huyt hommes. sous le feu des forts. dit-il. et luy Il demanday « passage pour Holande qui en est proche. estant embarrassés par des ballots de laine attenter. où nous la faiblesse de avions échapé un grand péril. mais que nous avions trop peu de force pour y mes deux amis et fus au bourg de Saltache je dans un cabaret demander une pinte de bierre.

qui répondroit à ceux qui le S»" Laurens demanderont d'où est le batteau. . Et sur minuit nous nous embarquasmes en tout vingt-huit de l'élite de nos hommes et qu'il et partismes sourdement avec ordre d'un grand silence. ne devant qu'un prompt coup de main.128 acheta tout le JOURNAL DE JEAN DOUBLET poisson de ce basteau où ils 1688 que trois. Le disoit beaucoup de louanges du gouvernement de M"" range qui etc. et nous grimpasmes tous exepté un seul pour la garde de nostre bateau. . enten- (l) Dans l'île de Saint-Nicolas. ils teste échauffée de la jasoient avec mes deux vielard le Anglois qui se conservoient sur la boisson. et fusnies droit aborder le Holandois au tra- vers de ses grands haubans. où l'on se de trois officiers qui y avoit une écoutille dans le niquoit dans la grande chambre où reposoit y reposoient. Nous nous munismes de de sabres la dix- huit pistolets et autant six et de vingt quatre grenades faire et de bonnes haches de charpente. la citadelle et Il en ariva autant passant sous au fort de l'entrée de Saltache. le n'étoient maistre étoit âgé de plus de soixante années et son fils environ de 30 à 35 ans. Nous leur les conviasmes d'entrer dans notre cahute de chambre pour faire boire de l'eau-de-vie de France la : ils nous croyoient d'Ostende. ainsy que de toutes les écoutilles. un des sentinelles ne manqua pas de crier « D'où ets le bateau ? » Laurens répondit « A fischer Boat ». et nous nous emparasmes de toutes haches on enfonssa portes des dunettes et des gaillards de proue et de poupe. n'y auroit que : : qui veut dire basteau pescheur. et nous y entrasmes sans aucun contredit. qui d'un levier cassa un bras d'un de nos matelots qui étoit de Calais. Il se trouva un seul Holanles dois sur leur pont. et avec saisit les la dunette. et pour la finir morte dans mis au et on les saoula sy plains qu'ils tombèrent à beste chambre et degorgeoient leur estomac. Et ayant eu liqueur qu'ils aiment passionément. Nous avions état le troisiesme mesme et le plus jeune dans son bateau on l'embarqua dans notre bord. C'étoit entrant au 26 de novembre 1688 et en passant près du chasteau de l'ille de Rat (i). et il milieu de cette dunette qui commule capitaine qui. prince d'O- alloit exterminer tous les chiens de papistes françois.

Holandois. ce un le gros et long travail pour les reguinder pour pouvoir apareiller navire avec le peu de monde que nous à garder les étions dont quatre étoient occupés en sentinelle nos enfermés et les fis sorties. et pour nous éviter connaissoit parfaitement le la citadelle. en ruant de sa hache blessa au bras le pauvre capitaine. grande chambre sur il dos du capitaine Holandois par cette écoutille où et acabla y avoit six pieds de haut soubs luy dit un il homme la criant quartier. mon charpentier qui avoit foncé la dunette. dangereuse par rochers Il qu'il n'y le quelques moyens navires. et la laisser misenne pitaine la tenant toute preste à fut Laurans Le caun peu blessé au gras de jambe par un sabre aussy déployer. et garder par deux de nos gens armés et n'en peusmes trouver que vingtsix.i688 dant le bruit. la dite » Je fis aporter force et il sceaux d'eau qu'on jeta partout dans chambre. Je fis rassembler tout et autant que nous peusmes trouver gens de son enfermer dans le gaillard d'avant. tout est icy plain de poudre répandue soubs mes pieds. et qu'on aproche pas aucun feu. Je fus prendre dix de aider à guinder avec nos gens. n'ariva aucun acxident. et quand le taut fut bien préparé pour apareiller et mesme les deux huniers ils furent déployés qu'ils et guindés. de tomba dans le la la ville de Caen. il nous les sortir par la et passe du Ouest. 129 Mais par un bonheur tout extraordinaire. Ce fut na- deux vergues majeures amenées tout bas. les autres s'estoient vire avoit ses cachez parmy les balles de laine. port. ayant entré le dans dite dunette. la nomé Jacques Férand. et cria : « Qu'on aporte vite de l'eau. Et de cinq heures quand le il étoit à ma montre un peu fit plus la vent fut dans nos voilles. Le dict Ferrand cherchant à taston porte de la grande chambre. se PRISE d'un navire hollandais préparoit à faire un mauvais spectacle. il l'ouvre. je fis renfermer mes dix prisonniers et crainte ne tirassent quelque canon de gaillard où estoient je fus à tastons en oster les amorces. et Férand se sentant avec dougre quartier. hazarda tout pour cepen- 9 . et lequel de nos gens par mégarde. car le coquin de capitaine advoûa qu'il du feu pour faire périr son navire et généralement équipage et les fis aloit battre tout. le fort et le de passer entre fit château de très Rat. et fis couper déployer les deux câbles sur ses écubiers. quoyque passe presque que le tout.

je vous le donne. viroit qui je creus bien qu'elle me rama proye. et dans le bateau angloisje m'embarque avec le reste de mes gens. Et nous sortismestrès heureusement que le commençoit à pointer. Sitost dans le passage où j'avois sorty la prize. » frégattc Et après embarquer et quoy j'étois lais- tout le resoult. le un des courants sentinelles cria en anglois « Où va navire et ? Avez-vous vos les despesches » Laurans répondit que ouy. que soubs voille je la ratrapay en peu de temps et et puis j'alois à trois et quatre lieux devant elle. Je leur payay boire chacun un grassement leurs poissons : et les fit verre d'eau-de-vie et je leur dis je << Voilà » mon Car câble et mon et ancre que vais laisser. jour et que nous forssoient de passer au risque par cette passe. Et d'un comme nous passasmes dit moyen ? pistolet du costé du : chasteau de Rat. Mais depuis l'ancre jette je fus qu'il y eut trois sentinelles le de pendues le et le et vieux battelier et son bateau et câble brullé par boureau. le qui aprirent à nos yvrongnes que j'avois enlevé landois et que ses avoit gros navire Ho- tout étoit en rumeur dans la ville et les forteres- dont les sentinelles furent tous emprisonnés. et : sy vous nous voyez embarassés venez tous vous sez aller la corvette à l'abandon. disant qu'il y connivence avec moy j'apris nos prisonniers en disoient autant. Nous et et amarinasmes nostre belle prize laissé le capitaine Laurens Welkisson pour la conduire avec une copie de ma comission vingt de nos meilleurs hommes. Je reviré dessus et fut advertir le sieur Laurens me cria « Nous sommes en estât de nous bien deffendre. et estant le travers du cap Blancquef découvris une frégate Holandoise de 24 canons. étant foible de du temps. Mes trois anglois se trouvant trop foibles la pour lever mon ancre furent prier des bateliers qui aloient à pesche pour leur aider. sur les costés pour je faire la découverte. . le capitaine Holandoiset vingtquatre de ses gens et les conduis au bord de ma corvette quoy que plus en nombre que nous n'estions. mon monde je ne pouvois le lever ma prise étoit déjà de plus de 5 sans perdre bien lieux de l'avant.130 JOURNAL DK JHAN DOUBLET 1688 à portée dant sans nous rien ariver. Je trouvay mes trois anglois encore endormis et eusmes de la peine à les réveiller pour se rembarquer. et la vint reconoistre notre prize qui arbora .

enseigne au régiment des Gardes et commandant des villes et château de Cherbourg. mais c'est choze par mon la équipage. p. par contrat du 21 novembre 1G64. Nous avons la bien creu qu'elle ne creu pas que ce notre prize et plustot creurent un bâtifaire ment de ces grosses flûtes du Roy. p. 11 (2) Hervé le Berçeur. mais n'y en eut que haut d'endommagé et un chacun fut surpris de voir une soury avoir enlevé un dont elle fut éléfant.J i688 PRISE d'un navire hollandais 131 à pavillon de France et cargua ses et tira deux basses de boulet sur voilles tout la coup un canon de douze fût livres frégatte Holan- doise. seigneur et patron de Fontenay et d'Emondeville. où de Portland en Angleterre nous creusmesestre abimés par fis mer. Mais ayant apris l'endroit fort enlevée étonna bien plus. XII. et sur les six heures ils augmentèrent et la mer devint impétueuse. puis on me pria de sortir en mer pour achever d'y consommer fait le restant des vivres de l'armement. laquelle s'en tirer s'en écarta. dame de Brévant. Je fus caressé et des louanges entières. quoiqu'on dize réelle que dit j'ay de la présomption. de Seignelay. — . route vers Nous le sortons du port du 6 la que cela fut décembre et étant proche la poussons Je Ouest de Manche. et creurent qu'il y avoit eu connivence. Enfin je les voulus contenter et rassemblay qui disoient ne rien craindre soubs mon petit ma conduite. En effet. Et le 30 novembre nous entrasmes dans les nostre jettées de fort Dunkerque ayant cependant abordé en vert entrant la jettée il du que je le creus la prize preste à : couler au pied. ce qui connoistre que l'homme équipage avide n'est jamais content des biens du monde (i). mais y avoit encore (1) Doublet doit revenir plus loin sur cet épisode et expliquer qu'il eut l'honneur d'en raconter les péripéties à M. je me mon bord sur les trois heures du soir que les vents sau- tèrent au nord-ouest qui sont très dangereux dans cette rade. En outre. 632. la à petite voilure coure vers les costes de France et atrapé je fus à terre et rade de Cherbourg. retiray à (2) qui en étoit y saluay M'' le Marquis de gouverneur et seigneur de mérite et bien Après l'avoir satisfait sur la manière de ma prize. il y a lieu de croire que « l'aclion jolie mais d'une grande témérité racontée ici devint l'objet d'une assez vive curiosité. et nous laissa route. il J'aurois bien souhaité estre dans la crique. 325) par C. de Renneville. CLachesnaye-Desbois. II. où Fontenay grascieux. allié. on en trouve le récit dans V Inquisition française oit Histoire de la Bastille {t. avec Marie-Anne-Jacqueline de La Luzerne.

11 sucintement sur je seray la « L'on m'a écrit manière qu'il fit cette prize. par la en moins que jele pourray j'en vais faireledétail » et j'ay mon . de Fontenay. et il falut de toute nécessité couper nos câbles et donner au hazard pour entrer. et si de marinne. et nous entrasmes très heureusement et échouasmes tout au haut de la crique. On luy conta l'avanture de comme je venois de rechaper du naufrage. « m'envoya chercher par un aux jambes. » Je lui dis u Non. àVotre Grandeur. Mon équi» « Il faut abandonner les câbles et pousser en coste. où pendant beaucoup par les fréquents coups de mer page Et et qui nous couvroient depuis disoit : la proue à la poupe. et mer se devoit trouver en son plain à neuf heures et demie. belle-mère de le M. de Fontenay qui achevoit son souper avec grosse compagnie d'officiers suisses dont M. réfugiez et de celle Et je commençay rencontre de Stani du capitaine au grand neez nommé Jean . Tous ces messieurs me tesmoignèrent leur joye de ce que j'avois échapé du naufrage et particulièrement Madame de Brevent. jours enssuite arriva à Deux Cherbourg Monsieur Marquis Seignelay chez prize et : ma dit aussy M. remontray qu'aucun de nous ne pourroit sauver la vie. Monseigneur. de Fontenay et fit aborder les deux costés de la la crique de lanter- nes allumées.132 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1688 plus de trois heures pour attendre que cette attente nous souffrions la mer fus haute. et nous nous dépouillasmes tous en chemise pour mieux nous sauver. Du Buisson étoit du nombre. ce qui nous dénotoit voye que nous devions fit dans l'instant un coup de mer nous rompre une de nos bittes où nos câbles nous tenoient attachés. et me dites au net sy : quelques anglois ne vous et y ont pas facilité. de le Marquis. Et je repris mes habits et fus au gouvernement remercier M. et nous soufrismes jusques sur les 8 heures et la demyeque je fis tirer un de nos canons par distance. journal qui justifira letout. J'y il fus ayant des botines dit : tostqueje l'eus salué me Comptées moy un peu comme vous vous y pristes pour en- lever cette prize. que pour périr il vaudroit mieux périr où nous étions pour n'esje leur tre blasmés d'imprudence. De nuit très obscure et au bruit de nos petits canons M"" le Marquis tenir. mais puisqu'il est icy » Il bien aize de l'aprendre par officier luy mesme.

(i) ingénieur. après avoir t. (Arch. et trois jours après qui étoit Monsieur de au 9" janvier 1689. fut fait capitaine de brûlot en i6i)2 et mourut en mer vers 170. (2) Seignelay arriva à Brest dans s'y faisaient. (4) intendant de marinne. intendant à Dunkerque. né à Saint-Malo.) (. Geraldin. (3) — (Levot. et j'écris à l'intendant de marinne de vous employer pour le que je luy indiqueray. Geraldin faudroit me dit : « Notre » il frégatte neufve s'avance bien et donner vos atentions. service du Roy. fort le — . nommé capitaine de brîilot le le i"' janvier 1691 capitaine de frégate le Mort (41 II avril — le janvier l'Jo3. mais redevable seul Fontenay ce que j'apris au sertain. conseiller du roi. parce qu'il me le pourrait contrecarer dans cela la subordination à cause de sa naissance et que préjudicieroit ('•. p. le Je fus ensuite saluer dit : M' Patoulet. en ce je l'ay que veu en passant. fus congratulé de toute sa cour. Le Ministre partitau lendemainpourTorrigny et suivre sa routte pour Brest (2). de Com- me fit bien valoir que c'étoitpar ses bons récits j'en étois que à j'avois esté apelé du Ministre.) Jean-Baptiste Patoulet. Après quoy dit tout haut : « Il y la a eu de la témérité mais beaucoup de précautions et bien » de conduite. 1"' II.^. pas un jeune officier qui fût de me dit qu'il ne me faloit qualité./ Capitaine marchand du quartier du Havre.fe Brest. fut 173H.1689 et la suite jusqu'à CROISIÈRES 133 il Dunkerque. commissaire général à Rochel3 août 1676. Au mois de mars 16S4. Hist. et à vous de choisir un capitaine bien expérimenté pour en commander l'autre. J'inclinay la teste. je party de Cher- bourg pour me rendre aussitost à Dunkerque où il j'arrivayle 12 ensuivant et 13) que je fus débarqué. Puis il me dit : « Je vous ordonne et que du premier beau temps vous retourniez à Dunkerque vous désarmiez cet engin propre à périr du monde. chevalier. le courant du mois de mars l'y 1 mouvements qui îles Vauban. et de suivre vos ordres. » Et et je remerciay Sa Grandeur. février. Il jetoit en vue sur capitaine pil- Pierre Harel qu'on avoit envoyé du Havre pour servir de (1) Ingénieur du roi. M.de avait précédé et était arrivé le . de Marine. i°'' avril 1679. (Arch.) au service. il visitait le port de Honfleur par ordre de Seignelay. visité toutes les côtes et 689 pour accélérer les grands une partie des 18 depuis Ypres jusqu'à l'embouchure de la Loire. intendant aux îles d'Amérique. M. de la Marine.) André . Je be. et « J'ay des ordres du Ministre de vous donner ment des deux barques longues qui sont neuves commandeprestes de et lancer à l'eau. chargé pendant quelques années de l'inspection des travaux maritimes en Normandie. I"'' janvier l683. et il » Je le priay de m'en nommer un de son choix. capitaine de vaisseau la 23 avril 1708. . 28.

vers I705. l'hiver les Dunkerquois se servent vaisseaux sont fort ronds K de doggres pêcheurs qu'ils équipent en guerre. observé nous revenions rendre compte de nos gesfut le La cinquiesme journée d'après nostre départ. 16S4. Darthemuths. laissant plusieurs enfants. et M" l'Intendant luy confirma la chose qu'il acxepta. de la MalbS(|-l()i)o. 168K. et puis à et après avoir tions. en 169?. à la Rochelle. et comme ces « ils soutiennent parfaitement la mer dans les plus rudes tourmentes. et l'autre VUtillc. intendant général des galères. Président et lieutenant général du bailliage de lîlois en I677. aux Dunnes. n Arch. et les ayant ouvertes elles portoient d'aller devant la Tamise. né à Blois en décembre l638. (3) « . campagnes. (3) la mienne étoit nomée la Sans Peur. ce que je fis. (2) Michel Begon. il devint commissaire général de la marine à Rochefort en 1680. Je dans de plus de passer la nuitée soubs cape pour ne nous exposer les bancs. lÔQt. de Seignelay. étant le travers de la Rie éloi- gnée de noit 3 lieux. " qui vont parfaitement à la voile. sur le soir nous aperceusmes un bâtiment qui veet la nuit la pour nous reconnoistre fis survenant nous le perdismes de vue. rine. Etait frère du premier commis de M. intendant à Rochefort. et nous receusmes les ordres de cour cachetées pour que nous ne fussions hors des bancs de Flandre. Plemuths. pour observer combien de vaisseaux de guerre ne les pas ouvrir nous y pourions découvrir. Je fis tirer . qui la 6'' premier de février et dito. 10 et fi pièces de canon.134 lote sur JOURNAL DH JKAN DOUBLKT un des gros vaisseaux du port. et mourut pendant la campagne. un coup de canon pour et fis rappeler à et il n'en fit aucun cas tirer un segond coup les ne cessa pas quoy que ses ordres comme miennes portoient d'éviter toutes occa- (1) Nicolas-Jacques Durand commanda en course en lôy? et 1678 plusieurs frégates légères armées à Dunkerque. que je ferois plaisir à tous les deux. mais M'" l'intendant pouvois l68«) me dit m'acomoder de M»" Durand (i) que luy étoit recomandé par M'" Begon. intendant aux îles. de Pontchartrain et décéda à Rochefort le l3 mars I7I0. Il fut envoyé en croisière dans la mer du Nord. et au jour nous aperceusmes M'' qui donnoit la chasse le Durand nous. chevalier. L'on équipa les deux barques longues. l'ille et à peu près leurs forces et et enssuite de Wic. 11 fut révoqué. i685. (2) intendant à Rochefort. que si je j'avois huit canons et l'autre six et chacun quarante-cinq hommes la d'équipage. Petites frégates de G. par M. et qu'il faudroit que ce fût moy qui anonssàt cette nouvelle au dit S'' Durand comme de mon choix pour le tenir plus ataché à moy. rivière de Londres. mais qui ne sont bonnes pour la course que l'été. il éloigné trois lieux et sur un bastiment.

et nous les amenèrent dans Dunkerque. salué m'ordonna de rester avec VUtille jusqu'à ses ordres. et traité d'incapable et où le Durand dont il fut menacé du cachot que je l'avois fit de commander. le chassa luy mesme. et Roy étoit bien servy. . Durand pas. (I. de Louvigny Ci)pour lors intenqui après l'avoir esté dant m'ordonna d'en escorter jusqu'à Cherbourg où je trouverois mes ordres chez monsieur De Matignon (2). conseiller du roi. Mais l'avois M. sire de Matignon. prenez-le et vous disposez à partir dès demain sy le vent permet pour escorter plusieurs pour aler à Calais. » rameinerez d'autres qui sont pour revenir d'une entière Le S'' Harel avoit étoit reconnoissance de son élévation le et toutes fismes soubmissions possible. Je luy dits dit (( M. déposè- rent son entestement. Nous ce manège près de deux mois et puis nous escortasmes des basti_ timents jusqu'au Havre. !• septembre (21 de Louvigny. M'' l'intendant m'ordonna « de nommer un : autre capitaine pour ï Utille qui avoit esté rechas: pée. Granville et les îles Chaussey. lesquels prirent le flessinguois et VUtille de\ani Ostende.Jacques (joyon. lieute- Paul nant général en Normandie. gouverneur de Cherbourg. l'intendant qui fut le sieur envers Durand. . Mort à Brest le 24 décembre 1702. seigneur d'Orgemont. frégatte de février. baron de Saint-I. et le 9 la frégatte de Flesïngue et notre barque longue furent encontrées par deux de nos frégates. comte de 'l'horigny. creu par trop blasmé le sa conduite. Intendant au Havre. il fut pris par une douze canons de Flessingue qui l'ammarina. Vous m'avez cy-devant proposé Harel comme homme expérimenté petits bastimants posé. l'intendant luy bien conoistre contraire. Et le y*" rentra au port et rendis compte à M. à Brest le l5 mai I70I. je fort irité et qu'avant que je le peus secourir.o. et que je excusé. où M. » lime et Ne m'en parlez cour deffend de l'employer.1689 sions de prendre fut bien surpris CROISIÈRES 135 faire aucun bastiment ny de nous il prendre. llîSK. à qui atendent Bologne et St "Valery-en-Somme et puis en icy. Il de voir queceluy sur qui avoit chassé. luy reprochant de luy avoir remontré qu'il outrepassoitles ordres et n'avoir voulu cesser j'eus fait tirer les la chasse après que deux coups de canon. mais ses officiers propres. après estre de retour. la sera congé et fera mieux. escorter trois prises qu'ils avoient faites au qui revenoient Nord pauvre sur les HoUandois.

1689. se trouve pas inscrit Ne Le 23 de la (6. le jusqu'aux 47" degrez et sur tout de ne nous pas arrester à faire les aucunes prises.136 JOURNAL DE JEAN DOUBLET ariva à Cherbour>.) Baie et port d'Angleterre. (3) commandant une petite frégate de douze canons. Ces messieurs me dirent: «Vous êtes porteur de commission du Roy et eux de M"" l'admirai. juillet au répertoire Laffilard des Archives de la Marine. qui avoit un camp volant pour au cas que costes. lieutenant général des armées en 1693. originaire de la Saintonge. » Nos long ordres étoient d'aller croiser de dans notre Manche (5). (1) Charles Fortin. et ils acceptent avec plaisir. lesquels dévoient étant en mer suivre en tout mes ordres. -. par le maréchal de Catinat. d'Angleterre. et croisasmes de tous costes jusroutes étant qu'au r' aoust. le 4 octobre i6g3. lieutenant-général et gouverneur de Mézières en mars l 603. après avoir servi dans les gardes. Ordres du Koi. 1 le 17" juillet.J. Mort à Paris en 1723. Je représentay à M''' de Matignon et De la Hoguette que c'étoit faire affront à des M" d'une naissance bien au-dessus de la mienne et que Ton m'accuseroit d'ambition. et de Hollande y que ne rencontrant dans que nous irions en mer depuis les hauteurs de 50® degrez. sur la côte du Devonshire. d'aller soubs un habille homme. Il mourut d'une blessure reçue à la bataille donnée en Piémont. aans la Manche. fut promu en'ÎQ 1 lieutenant de vaisseau le i"' janvier 1692. pour y découvrir leurs armées et savoir étoit jointe. marquis de la Hoguette. Seignelay écrivait à M. chevalier des ordres en i6!^8. les ennemis voulut atenter une dessente vers ces Le conseil de ces seigneurs s'assembla à la Paintrerye (2) proche de la Hogue. (2) Les régiments n'y campèrent que quelques jours. comandoit une corvette de six canons qu'ils avoient armées à leurs frais. le des costes s'y celle le canal.' 1689 la Peu après monsieur De Hoguette. capiseigne de vaisseau le i ""' janvier taine de frégate le 12 novembre 1701). de la Hoguette: « Je n'ay pas besoin à vous pouvez leur permettre de faire la course présent des s'' de Meauinont et Doublet ainsy qu'ils en avoient dessein lorsqu'ils ont commencé d'armer leurs bâtimens. enseigne en i 5S3. 8 décembre (4) (5) 1 724. Leur commandant se rapprocha de Cherbourg et envoya une partie de ses troupes vers Granville que les frégates anglaises menaçaient. Mort le l . son frère. Marine. maréchal de camp en iô88. portant que M. était devenu corvette des mousquetaires gris en 1)72. qu'en rétrogradant nos premières (6) proche de Torbay.Vrch. capitaine de vaisseau le 24 juin 1 709. Et nous partismes avec de la deux M'' de Baumont. (1) lieutenant général des armées du Roy. et M"' de Rantot (4). le chevalier de Beaumonts. sous-lieutenant en i 684. Hongue. C'est le lieu . 1 (3) Henry-Joseph de Beaumont d'Eschilais. Je receu leurs ordres par écrit. nous aperceusmes une flotte qui y estoit à né à Thorignv en 1644.

où nous eusmes les ordres de les y escorter avec les dites deux frégates et fusmes avec cette flote de port en port le long delà Bretagne. et le 14 ils Et remis soubs voille et fusmes observer. et le 20" suivant messieurs le ordre de me garder quelque pour garder trée du lieux long de la coste depuis la et Hougue et jusqu'à l'en1 5 Ras de Blanchard de tems à autre d'aler faire vers l'Angleterre. Doublet point principal de ses croisières. gattes. et je jugeay à propos de n'aler plus loing. Nous montasmes à ces à cheval et fusles mes à Cherbourg rendre compte deux messieurs jointes raux qui creurent que c'étoit les deux armées . et composée d'une soixssantaine de vaisseaux tant de guerre et il nous fut donné chasse par deux frénous nous sauvasmes devant laHougue où je débarquay géné- avec le chevalier de Beaumonts. et je renvoyay M'' De Baumonts j'alois randre fidel compte et rassurer ces messieurs et que conti- nuer d'observer leur marche pour ensuite en donner les avis. autant que nous « Allées. joindre M""' deux du Havre commandée par De Failly et Sainct- Michel qui y avoient escorté une flotte de moyens bastiments chargés pour fournir aux magazins de Brest. où nous y joi- gnions plusieurs autres bastiments pour le mesme subjetdes maga- de réunion des forces maritimes anglaises. et de retournera Cherbourg pour ne tenir plus et longtemps nos deux généraux en suspends arivay à Chertemps à 20 la fin bourg ces le 8® de septembre où receurent je feu bien receu.1689 l'ancre LA FLOTTE DE TOURVILLE I37 que gros marchands. enssemble qui avoient dessain de faire quelque dessente leur dire que non. et j'accompagnay toujours de vue pendant qu'à la six jours cette flotte jus- hauteur du Cap de Finistère à 70 lieues dans le ouest faisant leur route vers le Portugal en Espagne. sur les de Novembre frégates j'eus ordre d'aller à la Hougue. la mirent soubs voilles et firent route pour sortir Manche. et leurs dits : « nous eusmes beau Donnez-nous quelqu'un au- quel vous ayez plus de confiance qu'à nous et nous allons retour- ner les : observer. pour découverte. l'a déjà cité plusieurs fois comme le . » Ces messieurs » di- soient toute la confiance est en vous. le pourons.

On voit en outre que son déboire ne passa pas inaperçu aux yeux de Dou(2) Le maréchal d'Estrées les durant blet. suivant l'expression de M"* de Sévigné. 1 5. étoit et commandant que il saluer et luy Il demanday ces ordres où : souhaiteroit de m'occuper. » 1 . Doublet donne ses dates assez négligemment. août l'iSg. dit M">' De I^a : Il I' u samment |3) à Brest. (^i) monsieur je fus mareschal d'Estrées. 1 1 aide-mnjor. p. « Le Ministre ne sait comment se déffaire de ma perIl me dit de haut : sonne que par ne sait me faire commander cette coque de noix. i"' juillet (>73 20 janvier 1676. 26. . le M'" le iVlarquis de Seignelay arivera deje pris main où congé. Ordres du roi. et le comte d'Estrées resta « sur le pavé des vaches à Brest >i. rencontre de M"" bord. enssemble quelques jours. le et nous n'arrivasmes ù Brestquc le le 5" février. 3o et 3 I juillet 16S9 Dans la lettre du 3o juillet on lit « les sieurs de Beaumont et Doublet ayant eu ordre de naviguer entre Pennemarc et Glenan pour descouvrir si les ennemis s'estoieat avancez jusqu'à ce parage. 26 janvier yoj. . M. de Seignelay prit en personne le commandement. qui chevalier de Lévy. Il ne s'en consola pas. de la marine. lors qu'il ne donnait pas le mot. IS. » i. . Ponant.\ me parut triste (2) en me disant « Ce n'est plus moy de vous ordonner. 24. 3' série. capitaine de brûlot. à Brest fut tout un événement. c'étoit un fracas terrible dans le port de Brest jour et nuit. père. Et aussitôt je fis remis en mer le 30 et 40 lieux au large. Enseigne de vaisseau. C'étoit et nous nous joignismes un officier d'un grand esprit mais bien débauché et satirique. » Et 1689. avait été investi du commandement de la flotte réunie à Brest premiers mois de 1689. capitaine de vaisseau. t. Il étoit général en tout. Fayette dans ses Mcmoirts. capitaine de frégate. 3 avril l'iSl). et mesme il en avoit les habits et la mine. (5) lieutenant comandoit une barque longue de 4 canons. le manuscrit les enregistre à la date de 1690.) (4) Arch. Et Sa Grandeur nous ordonna à tous les capitaines des barques longues et corvettes de différents endroits d'aler croiser. M"'' De La Fayette et M"» de Sévigné l'ont constaté. il (XL de Beaugeyl les cherchera et leur ordonnera de revenir inces(3) Le voyage de Seignelay i. je mais il pas que les ivrognes ont leurs Dieux. DI-: JHA\ IKUHI.Mort à la Hougue.Michaud et Poujoulal.138 zins JC1URNAI. 243.IT 1689 que du Roy. . Vers le milieu de l'année. 14.Juillet jour ensuivant qui disposera à sa volonté. 3 mars 1(173. M"" de Seignelay sitosts son arivéeà Brest(3)fit em- presser l'armement de tous les vaisseaux de haut bort et des frégates et brûlots et flûtes de transport. alors que le maréchal était embarqué et que tous ses ordres étaient donnés. et ainssy ne crains (1) 11 faut lire Jui/Ze/. ainsi les faits relatés ci-dessus et les suivants se rapportent à l'année 1689 . (4) Mon quartier fut devers Belille après lettres à que où j'aurois eu délivré un je paquet de M"" de Bercy qui y estoit.

et lors que fus certain je poussay à toute voile sur l'admirai. et Elle ne tint pas May j'aperceus une frégate qui avoit pavillon anglois. aux s'" delà Guiche et de Septèmes d'aller reconnaître la flotte ennemie (14 juillet) Mémoire instructif au s'' de Levy. commandant la Saiis-Pcur enlte Glenan et Penmark. huil briilots. Puis nous retournasmes à Brest pour reprendre des vivres à la Et en entrant et y recevoir nouvelles ordres. je Voilà une armée de gros vaisseaux qui viennent à nous. . de la marine. baye de Brest entre le Conquets et Bertheaume nous y trouvasmes partye de notre armée mouillée à l'ancre. sans nous rencontre et tascher de découvrir fixer les hauteurs. » LA FLOTTE DE TOURVILLE I39 Effectivement son bastiment n'étoit pas capable de résister au moindre coup de vent. vint Aussitôt un canot avec fus et M'' un aide-major m'ordonner d'aler au bord. J'y étoit De Tourville m'ayant demandé sy M'" de Seignelay étoit en santé et en quelle disposition l'armée à Brest et luy ayant rendu compte sur tout. de la marine. (Arch. pour aller à la rencontre de M. 11 montait le (Jonqucratil. le 9 juin Il faut lire : à la fin du mois de juillet i'58i). j'eus crainte d'en estre pris. -. » J'ame- nay mes voilles pour che les atendre et les reconnoistre. Et nous étions le Mai la (4). deux flûtes et deux tartanes. -.1689 pas Teau salée. avec vingt vaisseaux de guerre. Je fus seul à 80 lieux dans ouest. et compte de nous et je repris ma du une demie heure après mon : homme à la découverte haut du mât cria « Monsieur.) Ordre du roy (26 juillet 16^9) au s' Doublet de sortir des rades de Brest et d'aller naviguer pendant trois jours entre Glenan et Penmark pour découvrir si les ennemis naviguent dans ce parage. (i) L'ayant salué il nous ordonna de n'estre qu'un jour à recevoir nos vivres tôt et aussi- de retourner tous en mer (2). de Tourville (l5 juillet). une frégate. afin d'aler à la l'armée de M"" le chevalier de Tourville qu'on atendoit venir de Toulon pour au 2® faire l'adjonction des deux armées. Et M"" de Seignelay étoit sur le Soleil Royal.Ordres au s' de Beaugey d'aller croiser à la hauteur d'Ouessant (14 juillet 1689). routte. tres ordres (3 (i) 1689. chacun de nostre costé. (-1) l juillet 1689).) Tourville était parti des îles d'Hyères. commandant la Lutine.Ordre pour le s'' Doublet. je le priay de me donner un mot de sa main pour Les ordres expédiés par Seignelay pendant le mois de juillet 68q sont datés de à bord du Souverdin. puis je fus cherle cher hauteur du cap Finistère toujours à cette distance. de revenir au port de Brest pour y recevoir d'au(1) 1 Brest (2) ic . » (Arch. (3) dont le Midéjà 3' 1 nistre étoit impatient d'avoir des nouvelles. voilà ce que nous cherchons. et en étant proje le saluay de sept coups de canon.

» Et receut sa robe de chambre et m'atira au balaprès la lecture con où il me quiestionna où je l'avois laissé. je vais l'advertir. et que voulois retourner suivant écrit sur champ suis : « Les vaisseaux de Sa Majesté sont en bon chevalier : état. Sue IV. et qu'aussitôt que je l'aurois découvert que je repris le devant pour revenir luy dire où je les aurois rencontrés. le 4 août suivant M. comandant du pavillon. au- quel je respectueusement.AK DOUBLET mes ordres.140 le JOURNAL je Dl- J1. et à (3) L'escadre de la Méditerranée arriva à la hauteur la rade de Brest le . et je n'eus loisir que d'estre arivé à Bertheaume que sept heures avant tion {]]. 1689 et il Ministre. Euj. d'Ouessant le 20 juillet l()8(). 10 janvier lyoS. île chure du Blavet. : : <( : il ou deux jours dit : s'il n'arive du contre-temps ses ordres et qu'ils ariveroient. que j'aportois à Sa Grandeur les nouvelles de M''de C'est un bon réveil. Et la dite armée. 346). crétaire et Ministre d'Etat. il « Qu'on donne . Il me le redonne disant « Lisées. l'on me faisoit signe de ne faire aucun Mais quand j'eus dit à M"" de Perinet (1). et m'ordonna de retourner en mer audevant de M'" de Tourville. de la marine. Et l'ayant satisfait en luy disant que dans un étoit bruit. à déjeuner à cet officier. » sitost je l'entends crier Je fais mon compliment en luy donnant le billet ouvert.. Et le lendemain de mon départ de Bertheaume je trouvai l'armée à 18 lieux au ouest de Tille de Groys {2). décédé . tout se porte bien et suis ravi d'en avoir autant apris de vous. capitaine de vaisseau janvier 1682 (2) Groix. car j'ay encore les yeux fermés. « Je m'y arrestay fit très billet peu je fus luy demander il me donner un d'ordonnance de cent pistoles sur le trésor royal de Brest.U) du même mois d'après la Galette. » Et ausTourville. et voille à faire la vedete qui m'a- pendant toute 18 la nuitée je forçois de trembler le mon équipage le et j'arrivay à Berteaume au vaisseau où étoit Il Ministre may. en face de l'embou.. » Et je retournay sur mes pas à toute force et sur les 7 heures du soir j'eus ratrapé voit mis pavillon anglois. fortifiée à 9 kil. Et se fit l'adjoncil M' de Seignelay quitta le vaissau sur lequel fut fait le étoit et (1) Barthélémy-Alexandre de Perrinet le 5 lieutenant de vaisseau le 26 avril 1675. » Et se- sans fermer son ajouta au bas « à M"" de Seignelay. billet il le de Tourville. Groais ou Grouais. de Port-Louis. il dit Qu'on me fasse entrer cet officier. encore endormy. (Arch. et quand je croyois qu'il pouroit ariver.

Il ira jusqu'à Plimouth et tâchera de prendre quelques bâtiments (17 août 689) même ordre à M. et le comte de Tourville nommé le mesme soir il ordonna à M"" aide-major de l'armée. aide-major le lo janvier 1687 capitaine de vaisseau le l"'" janvier 1 703 major le i"'' novembre 1705 gouverneur de la Grenade le li^'aoùt 17 17. Forbin et Jean Bart étaient faits prisonniers et conduits à Plymouth.1689 se fit ENLÈVEMENT d'un ANGLAIS porter à ceUiy I4I de M' le Conquérant monté de 90 canons. de s'embarquer avec moy pour alcr croiser dans nostre Manche jusqu'au travers de Pleimuts pour y pouvoir découvrir les armées d'Angleterre et de Holande. de Seignelai est à son bord faisant grande chère. et que ne les trouvant pas nous reviendrions à l'ille de Ouessant donner des ordres au sieur gouverneur pour faire des signaux au cas que de son ille il aperceu les ennemis. ayant autant de ces frégates légères et barques longues bien qu'il n'y en aye pas une qui donne nouvelle des armées ennemies ny seulement qu'ils luy ayent amené quelque bateau anglois pour en aprendre quelques équipées et qui vont aux découvertes. (1) Le comte de Moyencourt. et quand il se fit connoitre. passionnaient que Doublet raconte. luy nouvelles. -. lequel dit hauteEn vérité. de Seigrielay avait en vain cherché à connaître la force de l'escadre anglaise qu'on équi- pait à Portsmouth. M. lieutenant de vais- — . Et puis nous retournasmes rendre compte de n'avoir rien découvert (2). delà Guadeloupe le i*-' novembre 17 17. . la flotte française sous le commandement de Château-Renault livrait la bataille de Bantry. mort à Paris le 2 septembre 1728. qu'on crut d'abord que c'étoit des ennemis. enseigne de vaisseau depuis le Arch. volontaire du 9 mars 1682. ainsi que Doublet : le mentionne. » Un chacun gardoit le le silence. de Revel a vu ce moment heureux on l'attendoit si peu ce Tourville. Le 22 du même mois. 28 décembre 1671. rine. Je m'aproché de M' le chevalier Venize (4) qui étoit M"»" de capitaine du pavillon du : Conqué- Sévigné a écrit (6 août 1689) « Tout brille de joie dans cette province de du chevalier de Tourville à Brest M. fut nommé enseigne de vaisseau le !'•'' janvier 1684. Depuis le commencement du mois. de la marine. d'assez graves événements maritimes Le 12 mai 1689. Peu de temps après ces derniers réussissaient à s'enfuir dans une petite barque et ils abordaient après une navigation de 48 heures à quelques lieues de St-Malo. commandant le Trident (17 août) Ordre au s'' de Lévy pour aller aux Sorlingues l . hollandais.Le 5 juillet 1689 une division française prenait à l'abordage cinq bâtiments anglais. Messieurs. De nombreux ordres avaient été expédiés dans ce but Ordre pour le s'' Dumené pour aller descouvrir l'armée ennemie. de la Mal'arrivée : : >i . et le 271e chevalier d'Amblimont anéantissait deux vaisseaux (2) Durant les le croisières public. . de Moyencourt (1). Nous étions déjà au 23 de may (3) et on n'avoit jusqu'alors pu apprendre je le nombre ny les forces des armées ennemies lorsque remis : ment <( M' de Moyencourt près du Ministre. avec (|) la frégate la Gratieitne. Desfrans. (3) Lire : août 1689. De Venize. je vois que le Roy est très mal servy. . Arch. découvrir l'armée ennemie (17 août). ce fut une joie et une surprise agréable M.

que qu'il vint en rade quelqu'un avec lequel vais j'en peu et traiter. lequel s'embarqua vint le le à huit et dit à la k Où seau sur 7 février 1678. apeler et dis à M' de me fit 'Venize me quiestionna il peu près au ministre. Je costoyois dite coste jusqu'à Portland. dont plusieurs s'entredisoient « Voilà une entreprise d'étourdi qui ne manquera pas d'estre pris et peut estre pendu » Ce qui ne m'ébranla aucunement. JOURNAL DK JKAN DOUBLET 1689 et je luy dis que si Monseigneur de Seignelay vouloit me donner une commission portant les ordres de faire des dessentes et d'y enlever sur les costes ennemies ce qui peut s'uziter par les loix delà guerre. et il signée Louis. Il homme vous pourez vous et acomoder enssemble après et il s'en ala. Je luy dis en avoir plusieurs pièces avec d'autres marchandises qui ont esté prises sur les françois. qui me fit fit ce récit comme je m'y prendrois. de la Marine. comme c'est contrebande en Angleterre. datée de Versailles. et luy ayant délivrer ma commission ample comme je la souhaitois. J'en fus chassé par un garde coste. voudrois je et. capitaine de vaisseau le l"' novembre l()Sç). et me demanda sy j'en avois encore à vendre. et au bas. -. mort Si4perbr^ le 11 mai 1702. et party sur le : champ et fut aterrer à Monsbay en la Angleterre.Arch. . J'attiray le maistre et luy boire un coup d'eau-de-vie qu'il reconnut bien estre de France.142 rant. Havane. et mon et surplus en bas de la calle avec le lieutenant. pour contenir dans un silence en estât de monter au premier coup de pied d'où j'étois et sy fis que je fraperois. le et fus au matin mouiller l'ancre devant et le port fis de Oûesmuths ayant un paroistre pavillon d'Ostende arboré. hommes de mon équipage. je suis me promit que sy pris qu'il officiers me feroit délivrer le plu: tôt possible. Colbert. Il me dit : « Je vous envoyer un brave ». Et bien une heure demie rames : une belle chaloupe bien peinte voguant un officier en manteau rouge. que je me hazarderois dans peu de temps de luy amener quelques prisonniers Anglois qui informeroient mieux Sa Grandeur que ne le pouroit un maître ou matelot de barque ou d'un pescheur. Il ne manqua pas de venir une chaloupe venant de je voulois terre avec six hommes me demander le entrer dans port. et ra'échapé au travers des rochers du cap Lézard. ne que dix à douze les faire chevalier Daumonville.

et trouvay M'" la débarquayavec mon Le Roy de de la Potterie (1). (2) Hubert de Champi. et fusmes descendre à l'intendance où M"" Descluzeaux (2). 11 me pria de luy dire qui pour et que luy donnast lieu d'écrire à son épouze. intendant a Brest en l683. commissaire de marinne.lé(S9 est le maistre ENLÈVEMENT d'uN ANGLAIS ?» Je luy et je I43 le fis dis que c'étoit moy sur le et entrer dans ma chambre. la dite et qu'il ne luy seroit et les 8 aucun mal ny et fis tort. Le chevalier luy. sautèrent dans glois. (1) . Et puis montasmes à cheval et arivasmes le mesme soir 29 may à Brest. rencontré par deux frégates de Flessingue. Décédé dans ce port le h mai 1701. sachant ma capture. trer et de Seigneiay. 3o^ au bord du Conquéranl. ce qui consterna j'étois et mon je hoste et ses gens. et fis mon hoste qui fut tout troublé et j'emet fis peschay rendre ce qu'on avoit pris lever nostre ancre et apareiller nos voilles et changeay de pavillon. me fit donner une chaloupe bien équipée et de bon vin pour nous rendre à Berteaume où j'arrive sur les 4 heures du matin. frappay du fit pied tillac. commissaire général à Dunkerquc de 1671 à l»)8o. seigneur Desclouseaux. mtendant. à Port-Louis en nommé contrôleur au Canada le l"' mai 169H. son em- 1696. le 20 juillet 16Q4. au moment. Je luy dis n'avoir ce loisir et je me nommay. où M'' de Tourville me receut et fus éveiller M'" très gracieusement. fait et que j'étois le Roy de France. Je me je sauvay entre les ro- chers et mouillay l'ancre devant Roscof où hoste. qui en robe de chambre me fit enmon anglois auquel il fit bien des honnestetez. puis luy demandes il le renvoiroit en demanda son nom. qui me donnèrent chasse et à grands coups de canon. la monter mon équipage piller les et chaloupe une partie pour matelots an- Je quité compagnie à la pillerie. ma route pour gagner nos je fus la coste. M^ de la Potterie nous servir à manger pendant la recherche de trois chevaux. auquel je dis me faire donner des chevaux de poste estoit enfit pour conduire plus seurement mon cavalier à Brest où core l'armée à Berteaume. Ils Daumonville. En arivant en vue de Tille de Bats en Bretagne. mais mon anglois ne peut que boire un verre de vin et moy je fis très bien le devoir de table. congédiay chaloupe hommes. Ecrivain principal de la marine à Roscoff. en le rassuil rant que sy luy dizoit vérité à ses il peu de temps à son pays.

et sy il je ne Tavois point maltraité et ni pillé. je les porté au l'ouverture nous trouvasmes deux pancartes. Je suis le colecteur ou receveur des deniers royaux de la ville et dépendance de Œsumths(i). et de quel temps et jetant dijonction s'en » Il resta il une poze sans répondre je serois un grand soupir et puis dit : « Seigneur. où plusieurs officiers : furent surpris de me voir faire en disant « Tenez-vous. se retira au balcon et ni fait faire à » Le fit ministre entendit à son discours et me « venir et : me dit : : votre prisonnier le « Je dis « « Vous Non. » et tous les papiers et me Je me mis à l'effect dans chambre du conseil. le dénombrement des vaisseaux des deux armées. et à cela étant dans votre bord . Pourquoy n'avez-vous ministre. les noms de chaque vaisseaux et des commandants. et a tout refusé. Et le ministre le vouIl lant rassurer luy promettoit le secret. en n'avez fouillé. me laissât retourner dans ma Je me nomme Thomas Fisjons. auroit trouvé ce que vous demandez. voilà fait le ministre qui vous voit. » Mais ces deux Seigneurs furent bien surpris que la deuxième pancarte que j'ouvris que c'étoit les véritables portraits et nombre et les forces et si: (1) Weymouth (?) . Sur quoy M' de Seignelay et fit venir M' de Tourville et « luy dit Je n'en désire pas davantage.> » Je pris son portefeuille n'ayant trouvé d'autres papiers. sur quoy tira une belle montre afin qu'il une bourse bien gar: nie de guinées et son diamant au doigt et dis « J'ai offert tout cecy à votre capitaine chaloupe. » Je say.144 ploy. vérité. et bien désignées. Monla seigneur. que souhaitez-vous de moy ? Alors le mi« Je vous demande en toute sincérité que vous me nistre luy dit déclariez le nombre et qualitez des vaisseaux de l'armée du Roy : de la Grande Bretagne la et aussy fit. où étoit en la plus grande. Fouillez-le et luy ostez son portefeuille les aportez. et JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1689 comme je Tavois enlevé. dit : « Si vostre capitaine il eut esté un pillard et qu'il m'eust ou fait fouiller. des vaisseaux Holandois. ainsy de ceux d'Holande avec les divisions et les ordres de la marche de bataille au cas de rencontre et aussy tous les signaux. le nombre des canons d'un chacun et des équipages. perdu en le dizant et passeroispour traistreà l'Etat.

et et qu'il ou Zélande pour repasser chez qu'il luy. des saulangues fumées. et reprendray ma route. Ces compliments de main.^ le chevalier Daumonville s'en voulut retenir la partager. cervelas. je dis: « C'est à quoy ne doibs m'y pour bonne expédition. plus grosse partye et je les (i) resses. ministre dit : « Nous le n'avons plus de secrets en France elle est trahie de tous cos- »Et me dit : « Alées à votre bord jusqu'à ordre et j'aurey soin de vous. CROISIÈRES fort 145 le étonné . » Mon expédient fut trouvé bon. Vostre Grandeur d'ordonner et l'on me délivre une petite chaloupe outre la mienne me donne quatre matelots anglois qui sont aux prisons que qu'on afin que lorsque per. d'offres et de serments Vous chargez la fureur de vos embrassements. été Ces embrassades reviennent souvent dans le récit de Doublet. et le Ministre me fit porter 48 bouteilles de vin de Champagne. des pâtées. De protestations. deux anglois. Et tés. et dont M. je je seray proche de la coste d'Angleterre où je pourayatrala mettray mes anglois dans dite chaloupe tout près de terre. quoyon me fit venir où M^" de Seignelay me dit « J'ay fait demandera M' Thomas Fisjons s'il vouloit que jele renvoyast par terre à Calais tigues.1689 gnaux de notre armée. répond » ne vous sera je supplie aucun je tort au cas de renet contre. il avec des bouteilles de Champagne dont brassa (i) et jetta sur fut très content et m'em- mon pont fis trente guinées d'orjpour mon équi- page. Ces affables donneurs d'embrassades frivole» : : 10 . Plus loin Molière dit de nouveau Et je ne hais tant que les contorsions De tous ces grands faiseurs de protestations. ces rudes embrassades par Molière dans les Précieuses. Elle a ridiculisée par Quinault dans la Mère Coquette : et Estimez-vous beaucoup l'air dont vous affectez D'estropier les gens par vos civilités. Il craint les fal'a me demande Sur quoy d'estre renvoyé par celuy qui fait emmené fier. moutons ne le et volailles pour régaler en route mon Mais je garday que deux jours. » Le après consseil s'assembla et dura toute l'après midy jusqu'au : soir. des liqueurs de Marseille. et douze flacons de malvoizie cissons. dans les Fâcheux et dans le Misanthrope Je vous vois accabler un homme de tendresses Et témoigner pour lui les dernières tendresses. jambons. l'ayant débarqué près de Torbay. La mode de ces cade ces saluts était générale parmi les gens de qualité au dix-septième siècle.

dans Allez et continuez à bien servir. à mon équipage et il me pria de présenter m'ordonau devant et d'aler cinq à six lieues ses respects au Ministre et à M"" de Tourville. jusqu'au soir que nous pouvions estre 60 lieux au large de Bellille où l'on garda ce pa- rage plusieurs jours d'une assées beau temps. Je setez. où difficulté. et que vous aviez esté un pillard anglois. Il s'embarqua dans les vaisseaux mon bord renvoya son canot. l'on m'envoya le canot blanc lequel destiné pour le grand major nommé et M*" de Remondy(2). fit et l'onziesme l'ad- jours après la sortye l'on le signal de m'apeler au bord de mirai où m'étant aproché à la voix. et l'on me donna par écrit tous me croyois hors d'espérance de quelque gracieucomme j'étois pour descendre à m'embarquer dans M"" de Tourville me fit rentrer et me mis dans la il y avoit des espèces. Je fus rendre et dis le présent qu'il fit compte du débarquement de mon hoste. L'armée courut toute au large et sur le jour on courut vers sud-ouest. Je trouvay fit soixante louis que je sortit et le misa remotis la nuit appareiller. et je reconus bien que l'on avoit pas envie de rencontrer nos ennemys. faire découverte. que vous auriez auriez profité davantage avec votre qu'il a mais vous perdu l'estime fus curieux conceu et moy pour vous. Je fis un peu C'est M"" de Seignelay qui vous fait main un papier bouchonné. le de yaisseau juin 1 6()2 fut élevé au grade de capitaine de major général le i" novembre 1689.146 JOURNAL DE JEAN DOUBLET retournant joindre notre armée. major en 16R3. s'informoit comil il bien y avoit de malades et les envoyoit sur les flûtes hospitaliè- (i) (2) Août 1689. et lorsque nous en étions demandoit qu'on l'envoyast chercher. ce qui fut 1689 le 8* juin (i) et En je la trouvay toute preste à mettre soubs les voilles pour sortir par Liroize. » Sitôt que je fus ma petite chambre. je comme les enfans de voir et mes bonbons. atandant vous mieux dit faire et la nerefuzées pas. mais mon de canot. puis tour à tour ses visites savoir s'il manquoit quelque chose. et il me dit : « ce présent. et si il m'a de luy faire souvenir de vous à promotion. m'indiqua proche il fit de l'i^rmée où il vouloit aler. lieutenant en 1677. lesquels nèrent de mettre soubs voile de l'armée pour les signaux. De Raymondis. Il mourut le S d'une bleiture reçue à la bataille de U Hougue. l" février 1682 et .

de Tourville luy offi- que ce seroit faire affront au chevalier de Lévy. l'écaillé dit « a ce que vous n'avez pas. et je m'en retournay très content à mon bord. » « Il les « qu'il vous aurées 200 livres tous M" de Moyencourt et le chevalier de Venize dirent : méritte bien. ancien . » me : dit « tout haut : Qui chapon mange. tint la L'armée Bellille et mer jusqu'au 20" aoust sans rien encontrer. Vous trouvez-vous mal fait } Et tit je croy que vous avez bien pauvre chère dans luy dit : un sy peIl bastiment ». que les agitations qui m'ont esmeu j'ay esté surpris il de sa bonne chère et » empescher de bien manger de son bon vin de Champagne. se prit à rire.1689 CROISIÈRES 147 il res et sur l'assoirant revenoit à mon bord où se trouvoit indisbâti- posé du mal de teste et de la mer par et la petitesse de mon il timent qui agitoit bien plus que les gros. vous en coûte. Et il dits « Ha. qui sont des petites huitres à toute fraiches. Cepandant généralle en trois jours et fit la revue nières dont j'avoy agy à son égard et Ministre. 6t Roy luy ordonna de se débarquer. rivière de Nantes. M"" de Seignelay lon- me dit fit l'honneur de me choisir pour le porter dans et M"" ma barque gue jusqu'à Paimboeuf. je demy : vous ay plaint et je vous trouve changé. quant vous m'envoyastes avec luy à Ouessant cela M"^ de Seignelay Je répondis fais : « me régala très bien et proprement. chapon luy » Il Je dis Plus Sa Gran- deur m'honorera des bienfaits de Sa Majesté je n'en mettray point en poche. à cent livres par mois. » Puis M'' de Venize vient. mais je me il honneur qu'il m'en coûte du mien. la poitrine. et de retourner à l'armée d'aller àlacouret ordre désarmer. Monseigneur. Le Ministre s'étonnant : Et vous n'avez pas les désemparé l'armée! Je le Comme : avez-vous il fait pour consserver » ? » luy dis. il Le Ministre se trouva indisposé à fist relascher il devant despescha un courier au le Roy et dont atendit la res- ponsce. Sur quoy M' De Remondy et « n'y a eu . et » Répliqua le Ministre : «Je ne veux pas lesmois. m'en faut un peu. lequel faisant me quitta fort content des mame mena avec luy auprès du bon acueil dizant « M' de Remondy. Et j'envoyay chercher mon reste : conssistant à plus « de deux cents. M' de Moyancour luy dits Monseigneur. » Sur me demanda à combien estoient mes gages.

mis dans porte hauban d'artimon pour n'estre à découvert (1) Le marquis de Seignelay. nons. Et ayant party de illes Brest au 16 de septembre. fit d'artifices et des flacons de double verre plains de poudre. sauté en l'air sur l'Oriflamme à Vigo. damblée.148 JOURNAL DE JEAN DOUBLET une barque longue. et aussy des meurtrières d'où ils tiroient et sans en seureté leurs mousqueteries et fauconneaux de bronze. séparé de nous. le 3 novembre. . M"" Venize demanda deux frégattes en brûlot dont on chevalier de tira les artifices il pour les équiper en course soubs son commandement. l'autre étoit monté par M. parce que M"" Nandy . mais le étoit haut. faites-moy souvenir de Doublet dans promotion. -. (2) Capitaine de brûlot le i""' janvier 1691 d'après les répei^oires de la Marine. Le Ministre le 1690 dit à M"" cier qui avoit aussy de la il Tourville : « Hé bien. le 2 1 octobre 1702. » Et peu après que grand Ministre fut à la cour mourut. » Ce faire. de la Marine. et me fit l'honneur de me choisir pour son capitaine. arriva de Brest à Versailles le 4 septembre 1689. secrétaire d'Etat. le Après que nous eusmes désarmé à Brest. en (2) segond . Leurs 4 canons de dessoubs leurs corps de garde ainssy que leurs fauconneaux étoient avec tiroient à mitraille qui tuoient et estropioient ceux qui moy. Notre frégatte avoit débordé tois et croyons qu'elle avoit receu quelque coup le fatal. et avoit à chaque gaillard deux pièces de canon qui batoient devant et arière. et je passay au gaillard d'avant pour sauter à l'abordage avec une vingtaine de nos cloué par hommes et ce que nous fismes. Ce navire anglois étoit fort par ses deux les gaillards d'avant et d'arière bien garnies de vieux câbles entre éclouezons. Je dis à M»" de Venize qu'avant que qu'il faudroit il luy envoyer notre bordée faut l'aborder de caqu'il Il dit : « Point du tout. Naudy capitaine de brûlot. et nous ne scavions par Je m'é- quels endroits pouvoir en découvrir aucuns. Un ordr: du roi.Arch. à Dunkerque. donna à Doublet le commandement de ta frégate la Gentille. il mourut l'année suivante. et sur les deux gaillards y avoit à chacun quatre coffres à feu remplis nous l'abordions. Je passay il arrière de ce navire et voulut en baisser son pavillon. que nous puissions les découvrir. (i) et je fus mis aux oubliettes. du 2 mai 1690. nous fusmes croiser vers les de Madère qui avoit s'étoit et Porto-Santo 14 canons et nous y encontrasmes un navire anglois nous étions seuls.

Et la mesme muit il s'enyil vra et son équipage. de Pont-Levêque. ils nous dél'ille clarèrent venir de de Sainct-Michel où et qu'ils bled pour apporter à tin. fut à toutes voilles le grande |i) (2) ille déserte et navire coula à fond où donner du nez contre la il s'y noya 14 homdu Bourg du Calvados. Voyez ci-de«sus. et sur lequel bien à point je luy déchargeai du taillant de mon sabre au travers je du nez et des yeux un rude coup qui l'aresta. et receut coup dans le sain et tomba mort à mes fut J'apellé la mes deux hommes qui avoient des haches pour enfoncer il porte de ce château d'avant et aux premiers coups ouvert par un anglois qui vouloit sortir avec un fauconneau.1690 PRISE d'un navire ANGLAIS I49 des anglois qui nous défaisoient d'autant de nos hommes qu'ils en découvraient. Madère les ils avoient chargé de nous crurent pour un Sale- ce qui les fit autant nous résister. Je criay à M"' de Venize de faire tirer quelques ca- nons dans et le bord de ce navire. . de Touque. et les Anglois n'y perdirent que trois trois blessés. Leurs deux canons furent tirés sur nous sans nous endo- mager. après quoy le reste deLorsque nous en fusmes les maîtres. Et deux jours après nous prismes une flûte holandoise sans résistance. tomba sur la place. par lesquelles je jettay dre nos ennemis et demandèrent quartier à ceux du chasteau de poupe. mais j'aperceu à une meurtrière un fauconneau ajusté sur moy toy et je pris par il un bras le le dit Bérurier en luy disant : « Retire pieds. à Madère avec son chargement de plusieurs marchanà commandement à Jean Bérengier (2). arr. sur la rivière même nom. Et nous eusmes dix hommes tuez et sept estropiez. j'y hommes dont un nommé Bérurier. secause qu'il m'étoit parent. et fut donnée gond pilote. (i) s'y porta vail- lament. la- quelle alloit à dizes. et il fit perdu plus de moitié de mes gens qui étoient avec tirer presque à bout portant sept à huit coups qui des grenades qui firent rencours avec quatre firent bresche. Et celuy d'avant tenoit encore fort. ». sans quoy je ne pouvois le réduire que j'avois moy. des leurs et un portugais de leurs passagers et il mais est surprenant comme j'ay échapé de ce rencontre. page 49. et puis et taille qu'il l'achevay de pointe manda quartier. Et comme nous étions pro- che de Porto-Santo noue y débarquasmes ainsy que quelques portugais qui y étoient pour passagers.

sauve la vie « Esper. et les mâts et son navire disparurent et au jour deux sans savoir par où se ils retirer de leur avec des trou fûts à dessendre ou monter. et puis revindre sur le haut du cap. la et ils furent à l'extrémité de Tille ou paroissoit : du haut en langue portugaize « Y a-t-il quelqu'un ? Aye. il n'y avoit ni herbes ny eau trois se substentèrent avec des soif.150 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 169O trouet se mes. et en font des huilles à brusler aux lampes la que dans la saizon avec glue ils font la chasse aux cerins canariens qu'ils vendent à Ma- dère et aux étrangers. qui estoit extrêmement haut et escarpé et filèrent deux cordes vis-à-vis le trou où paroissoit la fumée et attirèrent nos deux hommes avec eux. qui font rente au Roy de Portugal de 80 mille raies qui sont presque autant livres de nos deniers montant à 80 de rente. étant toujours les pigeons. » Et furent au débris des mâts que la mer avoit transportés à une petite plage d'où ils en tirèrent des cordes. et trouvèrent plusieurs nids œufs et ils et les oiseaux voltigeant autour. et qu'ils y recueillent un peu de bled. et luy et un matelot ayant monté au haut de leur mât èrent un tronc en forme de trou à cete ille toute escarpée se trouvèrent tous les jetèrent dedans. et ils nommés par nos terreneunomment pardelles. trouvèrent beaucoup d'oiseaux qui au jour prirent le vol. cela faisoit vrir fumée qui ille. les fit découen par les Portuguais habitants de la dite consistant tout en trois petites familles qui avoient aperceu quelques débris du navire naufragé. et les soulagèrent à leurs fumée. et crièrent : ! : besoins de la soif et noriture pendant six jours jusqu'à trouver le les temps favorable de la dite ille passer à l'ille de Madère. qui veut de leurs tripes et graisses deux à deux dans leurs nids comme et en sallent les corps. où nous étions : avec notre frégatte et notre prize Angloise déserte il Et on nous aprit qu'à n'y a que trois pauvres familles. et à tira et s'aviza qu'il avoit un batement à feu et en rompit devant de sa chemize et aluma du feu avec des bruttilles des nids d'oiseaux et de leur fiente. et le œufs cruds pendant jours la 4' mais ayant une grande journée le il matelot buvoit son urine. que les portugais dire par couples. de plus ces habitants font amas d'une . et font la chasse aux oizeaux viersdes fauchets. a qui algunos ? » Les deux emprisonnés répon» Et les portuguais crièrent dirent « Sy seignor.

ce qui nous la fit conduire à Brest où elle fut jugée bonne prize.1690 mousse seiche qui où l'eau RETOUR EN FRANCE croit sur les gros rochers au I5t bord delà mer et ne les frape pas ne provenant que par les salitres exalées et est nommée orchilla. Et au 10 décembre. et audessous des fromages il s'y trouva des ballots d'épisseries. servant aux teintures. . le d'Amsterdam. et un homme seul faisant rouler des pierres du haut il n'y a aucune accessibilité. et nous désarmasmes à Brest au 28 décembre 1690. et quoy que et la dite illeest sans aucune defFences d'armes que il les corssaires d'Alger. chargé de fromage de Hollande venant et nous découvrismes que le chargement étoit pour compte des marchands holandois. est comme impratica- ble d'y monter. muscade et cannelle qui méritoit des atentions plus qu'aux fromages. M'^ de Venize n'y ayant voulu vendre le bled de nostre prize et et estant me pria de la conduire en France soubs son escorte. nous partismes de Madère. Belille à 40 lieux de nous encontrasmes un navire portuguais soubs pavillon et commission de France. et de Saley y fréquente souvent au tour. doux.

cela vous fré" faut avant partir faire désarmer votre » gatte et faire décharger et désarmer vos prises. de Venize m'en témoignoit sa joye. Naufrage devant Dunkerque. Et lorsque désarmements furent faits. me fit entrer en son me compter cinq cents livres. je pistoles à vallet compte. l'in- tendant. Dunkerque. les advancement estre indubitable. Intendant de marinne. je fus mon avec M. Prise à l'abordage d'un à Dantzick. Je creus de Seignelay. Voyage à Versailles. mais il cour. navire anglais. Il reçoit le commandement de deux corsaires. il me la Ministre de et marinne. qui ne consistoient que de me rendre à la cour chez M J'a- de Pontchartrain et de recevoir cinquante cheptay deux chevaux pour moy et mon congé de mes amys. la intendant. fit me remit au lendemain à sept heures du mail M'y estant rendu. et me dit de ne pas retarder à . blet et de l'intendant de — — — — — — — — .. sur ce qu'il s'étoit passé M. lieutenant de frégate. de vous envoyer pour luy parler à doibt faire plaisir. et Je fisconnoistre avoir besoin d'argent ayant deux chevaux valet et un que je priois Il Sa Grandeur de m'acco. Lorsque j'eus salué dit: « J'ay des ordres de M' Des Cluseaux. de Pontchartrain. Patoulet. M. Arrivée à Copeniiague Sund.'^der deux jours de cabinet et résidence à Paris. — — — — Aventure avec le sieur Pletz. VI — — Entrevue de DouLes pommes de reinette. après avoir pris 9 janvier 1691 et le 17 j'arivay à Versailles et receus audience du Ministre le mesme soir. Mission à Elséneur. Il est nommé Amours de Doublet. lequel le party m'ordonna de trouverois partir le matin pour me rendre à Dunkerque. CHAPITRE Mission en Ecosse. Passage du Prises de trois navires. Combat. 1690. tin. où je mes ordres chez M. recevoir les ordres de M.

fils du général Félix Oneill et petit-fils d'Henriette de la famille de Balzac d'Entragues. — Secundo me fut il nous faut un moyen bastiment. et il faudroit prendre les mesures et » il faut quelqu'un en crédit ou quelque autorité. il passa en France avec son régiment. et je n'ay aucune personnes de connoissance en ces deux villes. et puis beaucoup de promesses et flatteries. et que rien ne me manqueroit. et que l'on port d'Ostende. la bon de Et voille. capifaire tenir ( i ) du Royaume d'Ecosse. je que pour y réussir ny causer de soubssons. comme aussy de la en seureté et un paquet de cour au dit seigneur Duc de Gordon.1691 Paris plus de deux MISSION EN ECOSSE Jours. et que M"" l'ingénieur pilote. courue conoistre personne autant capable que moy et Je répondis: «Cela mérite bien des attentions le des réflexions puisque M"" seur de prince d'Orange par ses troupes est déjà posses- la ville d'Edimbourg avec lesquels et de la ville de Leict qui en est le port de mer. » je fis choix d'un gros basteau pescheur de harens et que Ton Irlandois m'y donneroit quelqu'un pour bien m'interpréter gloises et écossaises. et qui ne paraisse pas estre disposé pour . chez luy. et Dunkerque «. remply de Le duc de Gordon-Oneill. l'intendant. Aiuès la bataille d'Aghrim et la prise de Limerick (1691). « Et cela promis et tenu. me mon nom sans le changer parce que Stuart. et il 153 : me répéta « Vous trouverez d'où je partis vos ordres à le 21°. afin de n'estre reconnu par mon équipage. qui seroit com- posé de dix matelots flamands. et les langues an- que l'on m'acorda un jeune nommé leS"" Welchs .'et qu'il m'abstiendrois d'aller le me faloit conférer sur les moyens avec chevalier Géraldin et duquel ses ordres pour vrir et moy étoient autant que celles de la cour. Il falut donc s'oume déclarer le secret conssistant à pouvoir conduire en Ecosse un ingénieur au duc de Gordon qui tenoit bon pour le Roy le d'Angletere Jacques second dans talle château d'Edimbourg. guerre. ce qui fera mon advancement. que pour y parvenir je cherchas dans mon idée les moyens. n'ayant belle seroit déguizé en gros marin et passât pour mon perruque ny habits gamuniroit d'un passej'é- lonnés. (1) . le 27* sur les 5 heures du soir chez M. disant avoir informé la etc. en particulier pour le me dire qu'il y avoit une d'importance pour et service du Roy. Et arivay à Dunkerque qui m'attira affaire je fus disner à Paris.

comman- dant les troupes du prince d'Orenge. d'Edimbourg. parce que soit l'on me ques- répondray. les sol- me conduire » Makay. que nous rem- plismes du mien. consul des anglois en Ostende. venir pour négocier . le Roy nostre maistre et le Roy Jacques. cependant en trois jours obtint le cette lettre de crédit en ma faveur. doit. Cependan chevalier Géraldin ayant écrit à ses amis en obtint un et l'emplacement du nom faire étoit en blanc. il fut « Il question de quel prétexte se servir pour faut Je dis : charger dans ce bateau pour fait 25 à 30 pistoles et il de pommes rainettes dont on lettre la cas en Ecosse. lequel tenoit encore pour Roy Jacques. et un paquet de lettres et Je leur délivrayle 22 février pour celuy qui y commanm'advertit que M'' le Duc de Gordon se défendoit faiblement contre M. tous trois habillés à à M"' de la matelote. me faut une de crédit de cinq à six mille livres sur quel- que banquier de tionnera. je terre et ville d'Edimbourg. me fit partir avec courage. toujours bien zélé pour son véritable Roy. à l'embouchure du fleuve Edembourg. embarrassé. et l'introduire. Enfin.154 tois fort JOURNAL DE JEAN DOUBLET connu en bien des endroits. qui m'ayant questionné d'où « j'étois et revenois et leu mon passeport s'il me dit Allez et faites vostre négosse. A : l'abord. . à 3 Uil. ainsy qu'il avoit obtenu passeport de M"" Hamilton. du plomb on me dira vos pommes ne suffirent » du charbon de pour le Et M"" Géil quart de votre chargement et seray pris sans raldin se trouvait verd. au 23'. desquels on me la flaioit d'avoir de grosses récompenses en advançant dans 6 février. Il dit « Allez partout exepté autour démon camp. Enfin m'étant déterminé à cette entreprise en viie de rendre mes services aux deux testes couronnées. j'arrivey en rade de Leict (i) et descendit avec mon dats pillote. le nieur sans autre lote. dans le golfe de Forih. de Makay. Ce étant en guerre le 169I difficulté fut une que ce passeport avec Ostende où j'étois entièrement connu. (i) Lcith. à Je luy demandey : nous seroit permis d'aller » Edembourg. le mon ingémon pildeux le dans bord deux caisses plaines de les délivrer fusils et ballots d'habits de soldats pour au fort de la Basse. avec passant pour marine. J'avois nom que Claes Dromer.

» et la servante. Je dis . qui n'est que demie lieux au-dessus de Leict où est le port et forteresse. et où nous y restasmes jusqu'au lendemain l'après midy sur une heure. nous fusmes concorps de garde où étoit déjà Welchs et moy dans un mon prétendu pilote. Welsch et moy. M"" de éclat. prétendois remporter. d'un faut prompt secours il nets pas jour d'ordinaire et tenir que cette premiers de fait quelque paquet. qui l'instruil'intro- de nostre voyage duire à M"" le crainte de sa et du paquet que nous avions pour duc de Gordon. et retournasmes à Leict pour retourner à notre bord. Apa- ramment que barque luy ay chaloupe avec cette Gordon a receu quelque il espérance. Et nous fusmes dans un cabaret. et nous séparasmes. Makay Il dit : et tous « ne seurent que penser sur cet M"' de . je n'avois — « Donnez- vostre passeport. et nous étions fort observés en toutes nos actions et nous n'osions nous entreparler. lequel avoit le déployés je pensois que ses officiers siège en fût levé de devant. et luy glissay une petite lettre de son Roy Jacques. ne manqua pas de demander sy et qui je pas d'autre char: gement que des pommes. et sur les neuf heures on nous mena au château devant d'un grand M' de Makay Puis : qui étoit environné : nombre d'officiers. les enfants et par femme. Sur a resté à terre. » puis On l'examina. qu'on m'amène les barque et qu'on visité le les dépose au corps de garde jusqu'à ce et que j'aye camp. ainsy que notre ingénieur. canon partir que nous entendismes plusieurs coups de les pavillons du château. ? il demanda « Qui est le maître de cette barque autres « ? Je dis « C'est moy. pilote et » « Quy sont les » Je répondis : « Voilà r D'où estes-vous il partis » — mon « mon contre maître. il dit : : « Allons « N'en avezbonne bierre. » D'Ostende. luy lais- boire un verre de ? vous pas icy sant le prétendu pilotte. enfin je fus interrogé sur tout. faisant semblant d'y marchander un je sit petit livre pour nousaprendre les marées et dangers du pays. » Sa femme dit Ouy. et luy délivray le paquet. Nous fusmes chez un libraire.169I LES POMMES DE REINETTE 155 Et nous fusmestous trois lentement à pied à Edembourg. » duits les cinq qu'on y mène aussy un des leurs qui heures du soir. que et l'on m'équipe une six grenadiers. où nous entretinmes sur les moyens. mais j'en connois de meilleur.

honneur quand vous un souhaiterez. » Et on me fit détacher. et on nous aloit renvoyer à notre bord qui étoit à la rade. « et que pour porteur d'une lettre de crédit sur un nommé Charter maire d'E? »> dembourg. vous en seriez incommodez. de Makay qui m'interrogea pour la deuxième fois. et puis feray Makay qui la me dit : C'ets sur moy qu'elle ets tirée. que j'avois connu en Espagne.156 « JOURNAL DE JEAN DOUBLET charbon de terre et 169I l'effect j'étois Du du plomb. nous avons beu souvent ensemble. on nous reconduit devant M. . prenant dans les plis des coudes et par derrière le dos avec de la mesche : à mousquet. « Au diable que trop. et nous passasmes une triste nuitée. » >> On dit : « Quoy. » Ce qui me lefitconnoistre. Il } — Jedis — Je : ? » dis je defferois jusqu'à sçavoir ce que je pourois vendre mes pommes pour me me demanda je la : « Avez-vous sur vous cette lettre de crédit » Et présentay à M"" de redonna à un M"" proche de « luy. Bien une heure après. je dit aux offi- ciers donné un ordre si rigoureux. Il nommé me il Rire- me « faisant bon acueil. Puis un autre il c'ets Doublet qui me prit y a un an devant le port d'Ostende et me mena mon navire à Dunkerque. et j'y qui la leus. » N'ozant en dire plus. Le lendemain dès six « M' de Makay n'a pas : heures. » Cela nous pensa perdre. et par malheur chard Kintson. « Il me demanda : Leconnoissées-vous Non que — « Pourquoi ne l'avez-vous esté trouvé hier régler. boisson anglaise. vient prendre la main en luy demanda aussy d'où nommé Smits me me demandant encore de ma santé. et particulièrement que j'étois reconnu i) Aie (ou aile). ne les laisse parler à et qu'on personne. et un officier eut nous y conduit soubs bonne malice de me faire attacher les deux » On bras. connut. On la connoissance. et on nous apporta de l'EUe (i) qui yvre plus que de l'eau-de-vie. qu'on remette ces : gens au corps de garde et bien gardées jusqu'à demain. Nous demandasmes un peu de pain et de la bierre. jolie frégatte comil mandoit une Françoise. marchand. et M' de Makay dit « Il est heure de manger. est françois et se dit d'Ostende. Je dis à mes deux confrères « Défiez-vous de cette boisson. On luy demanda où il m'avoit veu. la escorte. dit : A Cadix.

faut qu'un maitre ou patron et capitaine soit dans son bord alez. : Sur quoy mes. et il n'y auroit jamais réussy. et On dit : « Cela est vray.169I LES POMMES DE REINETTE : [57 pour françois. il Peut-estre avait- quelque dessain. pas de secret. » Il dits » : à prezent flamand Espagnol. il Je dis « Messieurs. vous savez en France pour en Ostende où le les duels. le plumet blanc au chapeau et me dit: « N 'estes-vous pas le marchand de ces pom- Madame ma chère mère en voudroit de belles avant que vous les vendiez. excepté quelques » prononciations. mon projet en teste. M' de le Makay me moy « Allez et faites entrer vostre bar- que dans port et vous négossierez. » vous. et luy dit » Il « Monsieur. venez avec moy et vous aufrançois '< rez à choisir. Je « « Permettez que je vous le dise en particulier. » dit : « Moy qui suis le pillote je vais faire entrer le bateau. et lorsque je fus sur le avoit quay pour m'embarquer dans mon petit canot où il y seulement deux rameurs qui étoient venu pour aprendre de nos nouvelles. mais que vous ou le pilote jusqu'à ce temps que le bateau soit entré. parloit très bien. Je luy dis « Je et ne Tay pas dénié ny changé mon nom. Et il y . voyez le passeport « Comment donc estes-vous répliqué cria : : ma lettre de crédit. » Et on ne quiestionna pas mes deux homdit . M'' Charter et plusieurs officiers dirent « Cela se peut et paroit vraisemblable. — il se présenta à moy un mes } joly cavalier à 16 ans. mais : il n'étoit nullement au les fait de la marine. et » reste chez — Claes Dromer penssa gaster tout sachant nous perdre entièrement ne Il mon dessain. — Welchs de 15 étoit avec moy. j'ay tout donné et me suis sauvé M' gouverneur me » soubs sa protection et M'' consul anglois. il qu'il entre ou sort d'un havre. bien équipé. » Je pensois quec'étoit l'ange que Dieu m'envoyoità : mon dessain. » Il s'éNon. » Et en soupirant je dis : « Il y a quatre mois que j'ay eu le malheur abanpris de me battre avec un officier de marine les rigueurs que le j'ay jette par terre. Je luy dis: Embarquez-vous avec moy. Je party assées guay ayant En effet. maistre. nous garderons ce gros homme. étoit puissant de corps. et m'ont envoyé icy ils pour gagner ma vie atendant où puissent m'employer. dans toutes ordres de marine. non. c'est icy un conseil assemblé.

Et lorsque la chaloupe fut partye. Enfin M"" la chaloupe part restoit avec les ordres de Willem d'aller dire qu'il la à mon et qu'il étoit trop tard pour m'entrer qu'à marée du matin brandevin. parut content. le Je luy dis : « Tout beau. je le con- viay dans ma cahute de chambrette pour boire le il n'eus sitôt beu que je sorty. » Je m'aproché de ce pilote et luy demendey son nom. et par un bonheur extresme les vents étoient très favorables. qui est très courte. Il tomba dans mon piège. luy disant que sy j'avois cette Texécuterois lorsque avoit ordre la bonne volonté. Puis par Welche dire qu'il étoit bien tard pour nous entrer dans son port tout bordé : de rochers. soit à jets. Je fis déployer voilles et couper le câble. et pommes à sa femme. Je leur laissay prendre des pommes tant qu'ils voulurent et Welchs me disoit « Faisons gens dire à envoyast de nos : mam-basse. Je fus déconcerté et en alant d'autres pro- A six : peine je fus arrivé à mon bord qu'il y vint une chaloupe port et faut avant avec matelots dont le chef étoit le pilote royale du port.158 étoit déjà JOURNAL DE JEAN DOUBLET dans 1691 mon canot quant un brutal de maistre des quais il luy dit en angiois où aloit. à : bonne heure Et Welchs en françois » mon me « Egorgeons tous ces bougres-là. nous saurions faire sans bruit . que trée au port. il me dit « Willem : Fischer. voilà une frégatte angloise proche de nous qui nous perdera. Il répondit « Ne craignez pas. lequel le il me dit «Je viens ici pour vous guider dans une heure lever disoit l'ancre. toujours par Welchs. que. ! contremaitre. avant que les autres en euts. la Je réponds. fait. et l'enfermay à les la clef. Je coupay la corde de ma petite chaloupe et la laissay en dérive. de Malcay qu'il étoit trop tard pour m'entrer. » Je luy demanday Il s'il ne boiroit pas bien un petit doibt je luy fis brandevin de France. je suis seur de j'avois » Je luy plaisir fis encore dire que peur et que s'il vouloit la mon me faire que d'atendre au matin et qu'il restasse nuitée à mon qu'il bord. et forçois à toute voille. le jeune homme luy dit le subjet et le maistre des quais le fit débarquer. et n'y manqueroit pas. je barque seroit en- et qu'il de ne laisser aller qui je fis que ce mon bord. et la frégatte . bord il » Je luy résistois fortement. Sy je ne puis nous en défaire par une autre voie. nous en viendrons là et ne dites mot. et qu'il renvoya sa chaloupe et ces M.

nord vers Baert. (l) La . et un moment après canons des forts de Leict tiroient à boule vue. qui si me donna deux me receut en abrégé à l'abord très gracieusement en me demandant homme. et sur rade avec deux prises le !•' décembre. : Norvesque ou Dannemark. et que cet que je donc. Je croyois le tout avoit bien esté. je le et en par six jours j'arivay à Sumneur proche de Derneus où chef descadre. ! Comment ? nostre ingénieur pendu Et vous l'avez abandonné encore. » Je luy dits : « Non vous plait votre et avait été date exacte est décembre 169 I Jean Bart était sorti de Dunkerque le 14 juillet retenu sur la rade pendant quelques jours. de la Marine. je fus Et aussitôt que un débarqué avec de premier corps de garde de mon écossois je me donner un requis à escorte pour conduire avec seureté la mon prisonnier chez M"" l'intendant de soldats avec leurs fusils et fus- marine. et l'on mes à l'intendant. J'entrouvé porte et luy présentay un grand couteau se teu et s'agenouilla. 1691. et fut droit au opozée. Après une campagne sur les côte» de Norwège il était de retour en vue de Dunkerque le 29 novembre. et la frégatte n'oza venir près 1er sans le capitaine qui étoit à terre. I59 fit entrer dans la il et mon Willem un grand cry. Je luy dis de se ce qu'il le fit. Je le priay de me laisser reconduire ma barque soubs son escorte et qu'il m* donna seulement un de ses passeports. et fut en seureté j'avois eu l'honneur d'avoir esté son lieutenant. la dite proche son estomac. Campagnes. sans que étoit le chevalier Jean là seut. — . estes pauvre sieur ingénieur à un gibet. me munit de bonnes provisions de table à et je party avec luy et nous arivasmes Dunkerque au officier seize avril 1691 (i). je le fûts trouver à Derneus et il me dit qu'il aloit retourner dans deux jours conduire ses prizes à Dunkerque et que j'euts pour seureté à m'embarquer avec luy et mon prisonnier. J'étois donc sans et je pris route la passeport ny pillotte. neutre. Arch. taire. nous pour n'a- Ainssy j'échappay avec mon hoste en la place de celuy que l'on m'avoit retint. et ce dis que « c'estoit luy ma relation cy-devant. crainte la frégatte. et que j'étois Il seur de ne m'écarter de luy qui avoit des prizes à conduire. t.169I croyois que j'allois LES POMMES DE REINETTE le port. Mais lorsque frégatte m'aperceut ayant bien dépassé port me lascha un coup de canon qui creva ma les grande voile. suspendez s'il Vous perdu. i3.

» par votre adresse d'avoir enle- elle m'ordonne « . pistoles. Vous savez que je n'ay point craint dans les occasions le bruit des canons et des mousquets. et prince l'on fait d'Orange. je vous y aurois aussy délaissé. cependant et la cour ayant esgard aux gratifier ris- ques que vous avez encourus vé ce pillote. » Quoy! moy. et « Quoy que vous n'ayez pas bien réussy aux me dit : dessains projetées. mais je n'ay jamais creu estre déshonoré par une potence où vous par vos et le chevalier Géraldin suis me venez d'exposer et belles promesses. avec quel la » mépris et audace vous parlées et refusées une grasce de cour. » Et aussytots nostre ostage écrivit plusieurs lettres remplies à faire compation. il dont il receut me fit venir chez luy.l60 jugement. Vous m'avez j'ay je nom de ailleurs cour mon advancement. Je m'en heureusement échapé mourir. Donnez mis au à vos laquais cette belle récompense. qui vous ameine cet sauver l'ingénieur homme que s'il par adresse j'ay enlevé et qui peut fait Il nets pas encore faut faire au plutots écrire par cet nir à homme servir à M' de Makay et l'a obligé de vequ'ils mon bord pour M"" le au nouveau conquérant. me la trop payer pour deux mois et quelques jours. mourir que je l'ay enlevé par surqu'il que sy mon pillote Claes Dromer la liberté subira pareil suplice. Et la les dites lettres furent envoyées. crainte qu'il n'aprit ce que c'étoit que notre on le garde par quatre prétendu ordre de et il pillote. famille Il et couru plus de cher- risques à désonorer ma qu'en mile combats. soubs bonne fusilliers. et aussy le faire écrire des lettres circulaires à sa femme pour et à toute sa qu'il puisse parenté pour demander obtenir la de notre pilote sienne. Je répondis: Je n'ay point agy par interest je je n'ay pas demandé de gages et cets me nory et l'ingénieur sur mes pro- frais. et se récria: « cheray mon party. et puis déposa dans une chambre d'un bon cabaret. et M"" l'Inet tendant envoya à cour toutes ces informations. » Je dits en me retirant : « Elle est trop belle pour lettre qu'il Et il luy fils souvint du commerce de me deffendit d'avec le . non plus que les périls de la mer. de vous suis de cinquante . avec ordre de ne le laisser parler à aucune personne. et sy JOURNAL DE JEAN DOUBLET vous aviez esté au 1691 mesme cas que M"' Dromer. ainssy apeloient prise. me donner une gratification.

ains ap» portées tous vos soins et ne soyez à l'advenir sy prompt ny sy fier. brave capitaine par nos lettres. fut fait enseigne de vaisseau le 10 janvier i 6H7 tenant de vaisseau le i»"' janvier 1691. le Je remerciay gracieusement et j'ay fis grande diligence pour les deux armements. et vous n'engagerez tous classes. Arch. et convia huipt de faire creut de mes meilleurs amis au souper pour me (i) D'après les listes générales des officiers de vaisseau (t. qui sera la frégatte la Serpente aussy montée de 30 ca- commandée par le capitaine Keizer (2) flamand. me dit : Aparaman vous yrez trouver M"" Ruiter pour vous faire je pendre sy jamais vous estes pris. de la marine. le les Roy en deux aucuns matelots françois couchés sur les ayant besoin pour ses gros vaisseaux. Mort le 3 janvier 1694.rendre à la ville cour. et entr'au- Desmarets-Fossard. et sy j'avois écrit vos fiertées vous seriez •< perdu. C'était un des amis les plus intimes de Jean Bart. et huipt jours après m'envoya cher- J'ay écris que vous n'avez voulu recevoir la cher et me dis gratification sur ce que l'on vous a fait espérer vostre advancement dans la marine. mesmes Il m'emporta pardessus luy. et mes intentions ont toujours esté bonnes pour vous. jusqu'à nous traiter de frères. sur ce autres pour me donner ceux qu'il souper chez je que j'avois déclaré que le matin suivant devois continuer ma route. . le marchand avec les le- quel j'avois une plus étroite liaison. montée de 30 canons que j'ay ordre de faire armer inces- samman. — . car tout autre Intendant vous auroit perdu. Aparaman il en cour. VI. lieu(2) Charles Keyser. ainsy que nons. né en i653. en route faisant je passay par tray plusieurs capitaines et de Sainct-Malo où et à je rencon- marchands avec lesquels j'avois fait et connoissance à Cadix en Espagne autres endroits. il fut « biffé et rayé " la même année. le brevet de lieutenant de frégate fut expédié à Doublet le l'"' janvier 1693 .1692 AMOURS DE DOUBLET 161 la de M"" l'admirai Ruiter. Voicy un brevet de lieutenant de frégatte (i) de sa Majesté que je vous ay obtenu avec le commandement de la frégatte la Sorcière. 1609 à 1770). et vous aurez commandement sur les deux frégattes. Et j'eus les ordres obrmis d'écrire cy-devant que lorsque la de partir de Brest pour me. « Me voyant sortir de salle. qui à tres M'' Lisbonne en Portugal et mon bord me vouloient régaler. » Et qu'il récrit sur cela : ne répondis rien.

l'on m'en faisoit fis la guerre. Il pour que nous puissions estre réellement frères. la mère fut pour ordonner. que je partir le matin. il conduit chezluy. je le priay m'embrassa me promit de m'y apuyer. et et je passay jusqu'à trois heures demie. me : Vous me faites icy un compliment d'un cavalier de passage. amis je fis me coucher je luy sur l'heure. disant sentiments de sa chère mère. : « Voilà mon meilleur amy : M"" Doublet dont je vous ay tant parlé et cets mon » frère et je l'ameine avec ses amis « J'en bonne dame dits je vais donner mes soins. miens à souper. et le de me à reconduire chez luy avant coucher. Et sur un changement de service de la table.lé2 compagnie. Et amour pour sa seur. excepté M' Desmarets auquel je dis avoir à le nous voyant seuls. la retournay entre mes deux belles. et le priay déclara mon et parfait communiquer. j'obtins parole de la mère et de la . où persuadois à mienne que madame sa mère m'avait promis son consentement. Je fus la joindre et l'atiray fille. baptesme de ses parents. La et suis ravie. et luy fis la demande de dit » « sa chère Elle ne et manqua devois pas de me marquer sa surprize du peu de temps. Elle. de m'y servir d'amy. le J'étois observé. où en entrant dit à Madame les sa mère . et à l'entrée de la table l'on me germaine Mademoiselle Lhostelier d'une charmante beauté. et peu de temps que de j'avois à rester je doucement ma les déclaration laquelle ne mon amour à Mademoiselle Fossard-Desmarets. où j'employai toute ma rétoriqne à confirmer zèle et mon amour. Et sur la minuit je quitay la table disant estre fatigué et qne à 4 heures je la remonterois à cheval. ne vouloir suivre que me rejetta pas éloigné. Je me sentis le cœur épris. et mon apétit estoit d'amour et non des mets délicieux dont on me voyant reforçoit. et il ne peut me mon le refuser et mes empressements. JOURNAL et l'un et l'autre Oï- JEAN DOUBLET Il 1692 nous sans pensser à autre chose. alées faire » une promenade Et nous fusmes à Sainct-Servant à un puis nous et rendismes à l'heure du plassa entre sa cousinne souper. et Et je soutins l'assurant de je ma constance. me quittère. et une seur de M"" Desmarets qui n'étoit pas moins agréable et que je n'avois encore vue ny entendue parler. en particulier. Afin de dissiper compagnie qui m'acom- pagna à mon auberge où semblant de étoit mon valet et et les mes chevaux.

les deux frégattes du Roy la Serpente et Sorcière. dont luy faisois un don en cas que Dieu disposats de moy. Nos deux frégattes se trouvèrent toutes équipées et prestes à faire voille le 8" may. et lorsque la taille. leur promettent que je quitterois dans peu le service du Roy pour me je marier et m'établira Sainct-Malo. et le Dromer après bien des remèdes n'a vescu que huipt mois après son retour. mer avait baissé fois se posoit sur une pierre de cuit et et pour pain c'étoit des de bœuf fut de le la petite bière. et et le on atendoit des réponsces d'Ostende pour convamcre pendre. etc. et de suivre s'en fera exactement ce qui y sera marqué.000 livr. je leur en donnay advis et en leur promettant que malgré le brevet je quitterois le service. et que l'ouverture ne . Pendant que je faisois diligence pour armer. et lés les M' l'Intendant nous ayant ape- ou Ecossois deux capitaines seuls nous présenta deux officiers anglois et nous dits que de la part du Roy nous embarquerions chacun un de ces officiers. nous ne atendions que le lo'-" les ordres et un bon vent pour sortir du port. et pendant ma route je n'ay manqué un jour d'écrire à ma maîtresse étant arrivé à Paris qu'à leur déguisay. Et les les quatre ayant quittés montay à cheval sur heures et demie sans avoir couché ny fermé les yeux. en lettre de change à ma prétendue et une je belle pendule à répéti- tion et mon portrait en petit. et que nous sieur avons relasché bien sain et gros et gras.1692 DOUBLET COMMANDE DEUX CORSAIRES et 163 sœur du frère. Mais son bonheur le par l'enlèvement que j'avois fait de Willem Ficher qui sauva. et leur donnerions à coucher dans nos chambres et la table. excepté le voyage des pommes en Ecosse que je Mais lorsque je fus pourveu du brevet et du commandement des deux frégattes cy-dessus. et pour mieux les en assurer je fis une remise de 15. n'étant biens de ma famille. et me remercia fort de mon adresse. Dunkerque. ariva à Dunkerque le sieur Dro- mer dans un pitoyable état. et que au moment de notre départ que nous il nous délivrera à chacun un paquet cacheté de la cour n'ouvriorns qu'en présence des dits deux officiers. enflé par toutes les parties de son à corps par hidropisie causée qu'on l'avoit dessendu dans un puis sec avec une grille de fer audessus et que à toutes les marées haultes il il avoit l'eau jusqu'au sein.

Nous arborées. Sur lieux au large le soir nous n'étions qu'à du cap Flamberghot que je fus parler à M' Keizer et luy recommander de se tenir proche de nous. l'ouverture ainssy que du mien. . et qu'au cas de rencontre supérieure de nos ennemis qui nous fit succomber. . ce qui nous mit en grandes inquiétudes mats. je faisois faire exacte découverte du haut de nos Et sur les huipt heures notre homme de la découverte nous fit advertit qu'il voyoit un à dix navire venir à nous. et fis serrer une partye de nos voilles. et les vint Nos ordres étoient de fuir toutes rencontres que nous pourions trouver qui nous peut engager en aucun combat ny prises quelque mesme de ne nous arester à faire aucunes aparente d'estre riche ou non. et qu'au petit jour nous ne voyons plus nostre camarade. et heures nous étions à portée de leur voix. ce qu'il me promit. où nous trouvasmes plus de pescheurs qui n'avoient cent bastiments holandois que deux avions moyens convoys de 20 les pavillons anglois à 24 canons pour les garder. et d'aporter fits le signal à M'' Keizer de venir à faire mon bord et son il paquet pour en avec l'officier. et nous trois creurent anglois leurs amis. et d'aler vers les costes de Flandres ou Aberdin officier. Mais je fus fort étonné que sur la minuit nous entendismes quelques coups de canons éloignés de nous. prêts à estre dres à la pris ou péris nous jetterons les dits or- mer dans un sachet avec un ou les faire précipiter plusieurs boulets à ca- nons pour au fond. et nous passions au travers parlant faire la aux uns et aux autres sans leur moindre peine. et et et un des pour lors officiers nous cria de envoyer ma chaloupe. nous aperceusmes que cette frégatte avoit combattu. Et nous continuasmes route jusqu'au 15^ que nous étions en viie des terres de Hulm. Les vents étant assez favorables.164 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1692 que lorsque nous serons au Nord de tous les bancs de Flandre. dont nous raporterions un leur pour y débarquer chacun notre certificat comme ils sont conet tents du lieu de le débarquement la bon traitement pendant voyage. et fismes les routes du nord jusqu'au ij*" à 8 heures que nous étions dépassées tous les bancs. nous sortismes du Port sur le midy. et route pour sa la rencontre.

comme je un désespéré. qui luy répond « De cria la : mer « » : « Et d'où est » vostre. Pendant que nos chirurgiens le travail- loient sur les blessés. Enfin 52 se trouva hommes fis morts. » Keizer sans « De Dunkerque.1692 la COMBAT et bien 165 mal . — déguisement Ameine. Enfin mer. voilà une . ilsreceurent une segonde et troisième et bordée. ayant comme enragé et que sitôt qu'il fit obscur mesme un peu changé nostre route pour et se mieux écarter de nous. et puis ce navire à nos gens inconnu se retira s'ils continua sa route. je ne puis plus rien sans mon camarade. et yvre. ils qu'un peu avant minuit avoit cette se trouvèrent proche d'un navire qui lumière. et officier pendant qu'on raccommodoit toute chose. et avoient voulu ils auroient enlevé il notre frégatte sans que j'en euts connoissance. reconnusmes désemparée traitée. n'ayant aucuns mousquets de préparées. 21 estropiées et 14 passablement blessées. Je me reporter à mon bord pour conférer avec mon officier pas- sager. ce pauvre étant tout déconcerté me dit M^ il nous faut retourner : et en France. ainsy que le la aux voiles et aux maneuvres. et fus à son bord et le je trouvay bien de consplan- ternation dit capitaine Keizer tout étendu sur le cher de sa chambre ayant une épaule toute fracassée jurant et reniant raisons . et me que depuis que nous eûmes passé au il travers de cette flotte sans en avoir pris. Je il second capipremière dé- taine m'aprit que l'officier passager fut tué de jette charge et a esté à la demanday pourquoy nous dits avoir quittés contre les ordres. les charpentiers de leur costé doient les mâts et les vergues et les matelots raccommocorps du vaisseau. Je n'en pu tirer de bonnes sortys sur le gaillard et interrogeay le second capi- taine qui étoit moins yvre. et sans estre aucunement préparés pour le combat le sieur Keizer : l'aprocha et cria : « D'où le est le navire ». que sur les onze heures et ils aperceu- rent une lumière et coururent dessus. chien !» l'officier — Et ce navire luy d'une lascha une bordée de canons chargées à mitraille suivie bonne mousqueterye qui tua Keizer et ensuite à l'épaule et anglois et blessa au costé et une trentaine de l'équipage tuez estropiez et nos gens à peine laschèrent leurs bordée de canons. Je m'embarquay la dans ma chaloupe. que le capitaine Keizer devint força de voille.

sur faire des prises. lesquels rent chasse. et pour me donnè- me faire engager entre les bancs de sable ou semblant de vou- de passer loir à leur portée les de leurs canons je fis le donner dans Doublet I bancs. les canons de fer et do bronze. de Honfleur. tende. je fus ren- contré par cinq vaisseaux de guerre anglois. les mâts.arnis. et de ma route pour me rendre au Zund. dès que la ma chaloupe et le 23" eut porté une vingtaine de fut Et mes matelots à route pour la Serpente et qu'elle revenue à mon bord je fis la Dunkerque. en diligence les 6 heures du soir étant entré à Ostendc et l'Ecluse. la et l'on jugea qu'il y avoit bien il travail à faire à et l'armerois Serpente. pendant plus de dix ans. commandée par le capitaine Postel. le» cordages. manquait à la fois. . et il m'ordonna de recevoir dont il dans ma chambre le et à la table un officier ne m'importoit en savoir contre de faire nom. faut sy l'on peut retourner au plustot en France. et puis nous je le et que nous et un procèss'il en retourner. dut-elle tirer du tout y dehors et notamment de la Suède et de la Hollande les bois de construction. et les trois plus légers de leurs vais- emplit plusieurs missions de ce genre. échape.\ l'époque où les arsenaux fort déj. le goudron. et après quoy j'irois dans la mer Baltique en rade de Danzik prendre soubs mon escorte (i) la flûte du Roy nomée la Diepoise. je may me trouvant proche de plomb rade d'Os- trouvay quatre navires anglois dont j'en pris trois cbarterre et de l'étain et du les géesde charbon de conduit à il Dunkerque moins de Baltique et ma frégate la Sorcière faisoit grande eau et dont luy falloit faire un grand radoub. le incessamment pour mer 10 de juin. à Elzeineur. fut ordonné que aller vers la je la commanderois et. Elles consistaient à convoyer les à l'étranger. il dit : « Non Mon>> sieur. Aussi la l'rance. il trouva navires de . les avoit lequel cy-devant me et donnés. dit étant tout prêts à sortir du port M' l'intendant me de recevoir mes ordres du chevalier Géraldin. défense d'attaquer ny chercher aucune ren- et moy d'éviter toutes rencontres. (i) commerce charj^és d'approvisionnements achetés Colbert prit en main les affaires do la marine (i()i)5). cependant que Il vouloit débarquerois à l'un des endroits destinés. où se débarqueroit mon passager. » mérite estre Et je priay mon officier de se transporter au bord de allions dresser Keizer avec notre écrivain verbal.l66 JOURNAL OH JLAN DOUBLET et il 1692 roué vif s'il grande imprudence du vostre. Au I2'' juin je party de Dunkerque et.

puis on leur donne un verre d'eau-de- payent ce qu'ils ont promis et on l'écrit pour le payer sur leurs apointements. me cannonèrent je fortement et tous les cinq couroient après moy.e cap Kol.1692 seaux n'y coupoient les faire MISSION A ELSENEUR le 167 chemin. reviray bord en résolution d'essuyer le bordée des deux plus gros qui marchoient voille je moins et forçant de passay bien à portée d'un moyen canon de ces deux vaisun peu dépassées et qu'ils seaux qui ne leur marche. et nous nous tirasmes heureusement. et cela revestit pour avoir de quoy les régaler tous. au dire du savant Rudbesk. Et le 29'^ juin étant proche du cap de Kol(i) où l'on fait cérémonie de baptizer ceux qui n'ont pas passé au Zund. qu'il n'y avoit rien à craindre avec vous. j'avois les pavillons anglois arborés et me prirent pour frégatte d'Angleterre. les gens du nord est de don- en guidant le vergue et de laisser quelque froid vie et ils qu'il les hommes au haut du bout de la grande tomber d'en haut dans la mer trois fois fasse. et ne receut qu'un seul coup de canon du costé de tribord en arrière de mon artimon qui brisa dans ma chambre quelques-uns de nos fusils. passant sur banc des Dogres. étaient tout simplement les vrais colonnes d'Hercule. sur la côte de Suède. ) . ce qui est d'ancienne I. Je fis présent de deux bariques devin ponr n'estre baptizé la que d'un verre d'eau de mer et empescher pour navire qu'il n'en coupasse la figure en place du lion. est le cap (i Kullen. il se un grand préparatif par mon équipage qui étoient tous flamands la fit et que leurs coutumes ainssy qu'à tous ner la calle. » Et je ma route. et vint mon passager bien m'embrasser me et disant : « En le vérité. et la plus légère étoit une frégate de 24 canons qui tinua la chasse jusqu'à 9 heures. Monsieur. je vois ce qu'on m'a repris dit. ce qui venoit à je les le mon dessein de séparer. Il est formé d'un groupe de montagnes qui. à l'entrée du Sund. Mon navire n'y avoit encore passé ny mon le passager ny moy. me tiroient pas leurs canons crainte d'interrompre Mais lorsque je les je les euts ils voyoient que éloignoient. aloit elle mieux que nous conn'oza m'aprocher de mais trop près. Et lorsque je creut assez distant de ne me la pouvoir rejoindre. je passay proche de plusieurs de ces bastiments pescheurs de morues sans leur rien dire. ainsi nommé sur les cartes marines du dix-septième siècle.

frère naturel de Christian i"'. roi de Danemark. mort le 17 — avril 17 14. intendant général des armées navales. le il avril suivant. l'un. et le lendemain je de Copenhaguen. le il mars 1693. lyS. p. l'autre. et le 5 je me fis porter dans mon canot à la ville de Dan- Il (1) Plusieurs voyageurs. Il pas un de tous les Il Il Il « (2) II 11 là. 1646. suédois. ambassadeur du roi en Danemark se trouvant mal en demandé son congé le roi y enverra bientôt un autre ambassadeur en sa . en ont parlé. (4I Ce nom est défiguré. de . 3o.Martangis. Le roi y envoya . car après avoir esté mouillé. pour le bombardement de Ratzebourg. 1664. vis-à-vis de Kolle.l68 pratique (i). Et JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1692 à terre pour donner lemesme soir nous entrasmes à Elseineur. dit l'un deux. l'un des plus célèbres marins danois. 179. (5) Plus loin Doublet écrit liielhs et commet une erreur. qui fut gouverneur de F^oméranie et ambastadeur en France. Notice sur le conimissarial Je la marine. mort en l(')99.es ^ie M. lequel me mit en bonne réputation avec M' l'ambassadeur. M' le marquis de Martangits et sur l'heure (3) qui nous receus très-gracieusement. de Bonrepaus. marié à Charlotte-. né en (3) Christian V. Après quoy je pris un pillote pour dépasser les bouez et entrer dans la mer Baltique le i" juillet. capitalle du royaume de Danneavec marc. » Journal Je Dangcau. n -. ce paysplace. il m'en cousta encore une pistole pour le vin des matelots. IV. qui conclut avec le roi de Danemark deux traités. ((4. concernant le duc de Wolfenbùttel. Nous l'avions à main gauche. chancelier.Les Voya<. fils de Frédéric III. t. lequel nous convia pour lendemain à disner le chez luy. et devant ensuite le il Roy de Dannemarc nous conduit chez enssuie le nous un bon prince de Guenldenlen (4) frère le naturel du Roy. Après quoy je fus pour me rendre devant Dansik où j'arrive en rade le 4" aoust ety trouvay la Dieppoise qui n'avoit encore commencé de prendre sa Bielcs (5) et chez M"" le charge. p.Vmélie de Hesse. et il étoit plus de deux heures quand nous retournasmes à disner chez M"" l'ambassadeur. Ils sont deux qui mettent un cordeau autour du cou et un autre qui jette un seau d'eau de mer sur la teste. il entend parler du grand-amiral-lieutenant Niels-Juel. qui est une haute roche. a M. qui il notre ambassadeur. roi de Danemark et de Norvège. Je fus mes déclarations que j'étois frégate du Roy. « Nous nous trouvasmes. je fus à terre mon passager et nous fusmes chez M"" (2). Deschard. en effet. et nous fusmes chez M"" premier admirai comte de Rancinclos.\I. et non du maréchal Bieik ou de Bicck. La cérémonie fut faite sans y rien oublier. n'ayant aucune marchandise dans fus à la rade mon bord. du midy fit nous mena acueil. p. comte Ulric de Gyldenloeve. Fn effet. né le 4 juin l63K. Ce fut là que la compagnie ne fut exemt de la cérémonie qu'ont accoustumé de faire observer matelots qui passent par cet endroit. et ordonnasmes de débarquer les hardes de mon passager. Des Hares en Dannemarc. Il s'agit du gouverneur de Norwège. .

toutes marchandizes combustibles sont en un quartier d'eaux. nous aperceusmes une moyenne y avoit à la rade du faut les aller recon- frégatte qui nous reconnut. fer blanc et une ville : d'un très grand commerce.1692 sik VOYAGE A COPENHAGUE 169 trouver M"" Souchey. . au fond d'une belle baie. auquel nous étions rele commandées. J'avois receu les ordres le de n'escorter la dite flutte l'y que jusqu'aux illes de Fer par seule nord d'Ecosse. et le chargement s'acheva au 25. agent du Roy. et 2 2 gros mâts et de plus moïens du godron et du bray. les magasins aux froments sont de les mesmes et séparées et mesme garde dehors de la ville sont en plaine remplie de jolis maisons de campagne où l'on va librement et avec les dames à très faire des colations avec des truites et écrevisses et c'est bon compte. et j'eus le ville temps d'examiner cette belle qui est magnifique et bien policée par un sénat. » répondit » : « Mais il y : a « une bonne forteresse forteresse ne sortira pour leurs défférences. et il priay de nous diligenter le chargement delà fit me conoistre que les mastures n'étoient encore dessendues la Vistule. les attaquer ». le plus important de la côte orientale de l'Angleterre est vaste. et c'étoit le capitaine Piter Baert ayant dit 54 canons. commode d'une profondeur suffisante pour recevoir les plus gros vaisseaux. et y ayant un bel arsenail toujours prêt à armer 30 mil de grands fossées plains hommes hors la . et en partismes le 2g septembre. ny les câbles encore faits. sur la mer du Nord. et Son port. et après avoir conduite de la laisser pour se rendre à Brest. lequel m'ayant parlé me dits Scarbourg cinq navires. Les câbles se trouvèrent et faits l'on embarqua des barils d'acier et d'autres de de cuivre en table et 18 gros câbles à proportion. Je Dieppoise. Je luy dits Il qu'il : » Il noistre. Je luy dits La il pas de sa place pour venir après nous. et ayant receu les tions je party avec la dite flûtte pour expédiElsei- nous rendre devant neur. et sy vous voulez me se- conder nous yrons Scarborough. et nous (1) ville d'Angleterre. et à le ville entourées chaque bout des magasins ce sont de grands dogues enchainées jour et qui la nuit rodent . Et me le promit. Je tiray un certificat du capitaine Postel du lieu où je le quitois pour suivre mes ordres qui étoient que je ferois la course jusqu'au bout de mes vivres. Et croisant aux costes d'Ecosse devant la ville de Scarbourg(i).

douze canons et et chargé de charbon de terre et plusieurs saumons d'étain de plomb. tous et mes faux braves dans la calle dans fis ma chaloupe honte et ils qui entre nos deux le navires. mon mats d'artimon hors d'estat de service et beaucoup de nos manneuvres endommagées. . Je fits couper le 4 autres navires qui avoient câble de celuy auquel j'étois ac- croché .000 liv. Je pris résode mer sont fréde ma prise par dix quents et sans forteresses. et dont j'eus et six estropiés n'enpouvoiséchaper. et savoit par mon équipage qu'ils ayant sauté au bord de les bordée ne et tuoient où entrer. d'emblée en aborder un qui me couvroit des coups de la la forteresse. mais et il combat que sy je étoit fini. Jeluyrelascha son navire chargement soubs la conduite de son pillote qui la étoit son oncle. dits lorsque nous portée des canons des navires et de tira la forte- resse. monnoye de France. quoy en valus plus de et 25. ma fregatte en vue de ne pas retourner sans bonne Je fus à l'embouchure du (i) Elbcneur. ayant gaillards bien fermées.ÏJO préparasmes un fusmes à la JOURNAL DE JEAN DOUBLET combat pour les 1692 et attaquer. et étant bien mer au lô'' octobre après avoir bien espalmé prize. et mes gens autant en découvroient. étant neutre. et j'avois étions hors de cannonades. les de de dessus mon pont nous étions battues en ruine par 20 et 24 canons. et que luy fis me resteroit >\) pour seureté de ransson. et ainsy que nos voiles. c'étoit et je fus une gresle continuelle. bon navire de 160 thonneaux. et le dit Bart se au large. ou avoit sauté deux ou trois anglois dans mon bord de morts 28 hommes blessés. je me trouvay abandonné tout seul sur d'officiers s'étoient jettes étoit mon pont. J'eus seize des bras et jambes et une cuisse offencées dans les chairs. et mon coquin de prétendu camarade n'osa plus s'approcher de lution de faire route pour Norvègue où et les ports moy. est certain esté tué s'il ou bien blessé qu'au lieu de prendre j'aurois esté pris. étant j'en convins qu'il avec luy mille livres. Je ma relasche à Suinneur pour y reprendre un mât d'artimon qui ne de-vie et le travail me coûta que deux pots d'eauréquipé je remis en de mes gens. Je leur remontèrent. le capitaine me proposa de luy ransonner.

» Elle avoit 24 canons et plus de ôoothonneaux de port et toute neuve se nomoit la Laitière d'Amsterdam. J'éprouvai ma marche. dix douze canons distant les comme sy j'en avois comet battu quelqu'un écarté. Je tiray. je mâchasse : à peu près. et sur le midy notre homme nous. étant fort attentif à la ren- contrer. fus Cependant Texel qui trois flotte croiser entre le dogre blanc. Je l'escortois avec grand plaisir. et je temps que ne savois ce que fis j'avois pris. que j'y avois pozé pour la comandar me cria : une belle prize venant de Moscovie. feste et je — . de St-Martin. et je la conduis jusque tout proche de la rade je repris la j'étois je ce que de Dunkermer malgré les murmures de mon équipage sur bien affaibli de monde par la première rencontre. nous étions au petit jour devant Ostende. mais lorsqu'ils furent à leur troupeau ils en trouvèrent la un de moins.1692 PRISE d'uX navire ANGLAIS les I7I Texel jusqu'à passer une grande que. je luy mets promptement des siens et vingt hommes de mon équipage et en retire partie la fait changer de route. les et bout de jours et nuitamment nous nous trouvasmes proche d'une lumières que nous reconnusmes par des fanaux des le convois. la Flye au et le sont les entrées pour Amsterdam. étant éloigné après deux lieux. et moy flutte je recours au-devant de la flotte en aborde une grosse fait et. et les trois convois y coururent où avoient paru nos hommes. sy j'avois eu quelque autre frégatte avec moy je leurs aurois je leur enfai- levé une partie de leur flote sur les contre sois. mon capitaine en segond. et au petit jour m'aperceurent seul et sans prize à ce qu'ils creurent. et voulus me mesler dans et je gros ils de à la dite flotte . » de la découverte cria « Navire devant et au-devant de Et à deux heures nous étions à la voix. sans bruit ny un seul coup tiré ny paroistre de lumière. et je la forçay prise de voille et pour suivre sur route que j'avois ordonné à de faire. et m'étant un peu écarté je refis tirer quelques canons et mettre fanal à ma première maneuvre de ma grande hune et les conils vois redonnèrent après moy. Le S"" Havard. un convoy voulu m'aprocher uns des autres Tévitay et étaignirent leurs feux. Le 11 novembre. et galliotte bien deux premières bouées ou tonnes. mais les « 'Voilà joyes de ce monde sont de peu de durée. Je pris richement chargée destinée pour Lon- dres.

» Notre pilote dit « Ai-je pas bien fut : : conseillé de ny pas risquer ? Et ne craignez pas. « vous ^vez quelque signal à Et aïant convenu avec prise M' l'Intendant avant mon je départ que sy j'amenois quelque livres. et les vents froid rigoureux et violent. et se crut échappé des dits bancs. L'épouvante prend un chacun Je . homme. nous sentismes nostre frégate toucher et s'arester tout cour malgré toutes les voiles déployées. et étant au travers du vieux port notre homme de la découverte cria « Il y a 4 gros navires à la passe du costé de Graveline. 1692 conseil — nous tinsmes sy nous yrions entre les bancs de Flandre et la terre ou sy nous en passerions au large. faites-moy donner un verre d'eau-de-vie. du Nord-est s'augmentèrent. lequel nous dit « Il ne faut pas hasarder de faire réputé habil prendre une la si belle prize. n'osant anglois avoient gardé pendant l'été le passage du se mettre entre les bancs. fais un couper tous les mâts et jeter les ancres à la mer afin que le . Mais ce ne le pas de veux pour demander sible secours à MM" Intendant qui fit tout le posofficiers. je suis sûr de mon de fait. ma grande chaloupe avec 16 hommes et un de mes nepsauvé. et pour m'envoyer des chaloupes du Roy avec des ils comme venoient à nostre secours les vaisseaux que nous avions creu estre des Anglois étoient quatre la vaisseaux du Roy sortys de Dunkerque qui par le étoient à rade. proche parent de M'iechevalier Baert. et sy faire. et j'étois : tout proche « luy. ex- cepté qu'après avoir perdu son gouvernail elle sauta par dessus les et elle fut fut s'échouer à la coste proche de Boulogne dont fut le monde j'envoyai mesme à nostre bord. faites-le. au-dessus de valeur de cent mil que j'arborerois au grand .172 n'écris JOURNAL DE JEAN DOUBLET cecy qu'avec frayeur. portant mesme nom. bâtiment ne se rompre sytots. notre prise n'eut pas meilleur Un cha- cun se lamente bancs et pleure sort. je suis pour cela et je réponds sur ma vie. desquels VEcueil cassa gros vent son câble et fut risque de se perdre sur le banc . Nous : avions un pillotte pour les bancs. en disant Monsieur ne craignez plus . mât un pavillon rouge l'envoyay arborer et dans l'instant. » il Et il sondoit à chaque moment. Il fut représenté que plusieurs vaisseaux de guerre dehors. la frégate et s'emplit d'eau. et il n'y a rien à craindre de passer entre terre et les bancs. Et il conclu que nous y passerions.

sauvez-nous « la vie.et nous tenions autour avec je criay « nos mains. J'avois travaillé à faire un ponton et vergues le que j'avois rassemblés et bien liées croyant m'y sauver avec reste de l'équipage. D'autres s'attachoient à des bouts de mats des ban- ques vides des mâts et périssoient tous. et flottions dessus des vents. lorsqu'un coup de au gré des dis flots et mer rompit notre machine. et l'on nous dans dans cette barque où aussitôt que hors de l'eau je fus saisy du froid et fut sans parolle. . » Et submergea tous à mes et à yeux. et nous résistâmes. et il étoit quèrent M'' de Harcourt une heure après minuit. Nous coupasmes nos habits pour estre moins chargés. plusieurs de mes gens mer les se jettèrent en mon canot et me criant : « Sauvez-vous. je me mis à fourchon sur et dernier couronnement etoit la de poupe. nous dirons la comme n'y a pas de votre faute. et l'on me reconnut quoyque nud en que les chemize. nous un bruit extraordinaire. et chaque vague nous couvroit par-dessus teste. L'on trois autres. et que sur les six à sept heures j'entenune grosse noirceur.1692 du Brack. jusqu'à 4 heures du soir qu'il començoit destre nuit. dans il NAUFRAGE et il 173 les tira du canon qui obligea chaloupes d'aler à foule luy plutôt qu'à nous. commandoit la et lorsqu'ils ville me débareut la pour lors et (I) OfRcier^-mariniers du quartier de Honfleur. que j'atrapay d'une main attira je fus ferme en receurent aussy. n'osant nous tenir dessus notre pièce par crainte de le faire couler soubsnous. M'' de Hous- saye et Guillemard (i)estoientà mes costés. » la Ameine les voilles et promptemeni des j'en Et nous jettèrent des cordes et la dont tint receu une sur et les autres teste. tenant la gaule du pavillon assys sur le fanal tenant aussy le mon Rançon anglois mât du pavillon. et ne respirions qu'entre deux. et apercevant cette noirceur : Mon : Dieu. mais leurs précipitations à fit se jetter dessus avant qu'il fut achevé encor périr tous ceux qui et couvroit le corps s'yétoient mis. Enfin comme la mer montoit le du bastiment. me couvrit de capots pour m'échaufer ainsy Cestoit une barque à pescheur dans laquelle s'étoient des plus braves capitaines de Dunkerque pour nous jette quatorze sauver. » Et nous entendismes des gens crier lanternes. et j'aperçeu étions le corps dans l'eau.

et Bart. Je suis celuy échapé du naufrage de la frégate la Serpente qui vient soubmis aux ordres de Votre Grandeur.174 bonté défaire tenir velles. ma chambre sans avoir connoissance me pris un vomissement d'eau salée et de sang. ne manquez à luy dire. c'est ça va estre un grand dégoût pour M'' chevalier Bart. Et le un de mes talons dont la peau étoit enlevée. il vous. cela me con- Et dans cet intervale nistère en place de à M"' l'Intendant de rois M^de Pontchartrain fils succéda au MiIl M' son père qui fut chancelier (i). — Ha ! Ha ! Je vay informer vous demain à mon lever les faites-vous énoncer pour six me parler. » le n'y manquay pas dès dit « heures du matin. . tenez voilà une ordonnance de cent ferez payer au trésorier que vous de la marine que le roy vous donne pour (1) Il se trouva SS hommes de mon équipaije novés et iti holanJais Je la prise. portant les le mesmes noms de Jean Roy. comte do Poiitchsr- train. » Et il me regarda fixe de son œil et me dit : « J'ay receu les verbaux estes lavé devant le choze vous est arivée. comme son la J'ay mandé que l'on fasse procès. qui a fait périr la frégate et autant d'hom- mes et en considération de M"" Bart. voir. Vous Roy. (2) Ce passage contient une erreur évidente. matin M"" l'Intendant se donna la paine avec M' les officiers j'avois de me venir formés très brave sola. Je paru les officiers matin dans et son antichambre où l'attendoient M'' de marinne. ne devint ministre delà marine que le ô septembre Ifioij. Et. JOURNAL DH JEAN DOUBLET les portes ouvertes. J'étois connu de M'' Potin. son » parent et son « filleul. et m'encourager sur ce nullement de qu'ils étoient bien j'avois agi in- qu'il n'y avoit ma faute et que en homme et qu'il l'avoit écrit à la cour. justifier sitôt ordonna j'en m'envoyer pour me que le se- en l'état. -- Note du manuscrit. m'aprochay de luy disant : « Monseigneur. et me : Le Ro^ fait grasce à ce malheureux. mais ce coquin de pillote sera pendu. prenez bien garde qu'une autre fois ne vous arive un pareil pistoles accident. » Je dis le : « Monseigneur. et six jours après je party en poste pour Versailles où je je n'imploray pas l'apuyd'un protecteur. jusqu'à savoir 1692 de mes nou- Je fus porté dans Il qui m'y avoit mis. qui m'y présenta en son cabinet. Jérôme Phelypeaux. son valet de chamil bre.

voilà ce qu'on m'a écrit de vous mais j'ay esté Et il me informédu contraire. Je reprends ma route courant mieux que en avant je fus luy. grand armateur. je passay proche et d'une chaize d'où l'on me souhaitoit le bon jour comme je portois. Je le fis soufler blessay un peu à la lèvre d'en haut et promit de ne s'en pas plaindre. M"" de Maisonneuve Ils et chevalier de Montant. je ne m'arestay pas à conter l'advanture rentrant à la de Plets it) et En barrière Nestor-Clemenceau de . Cependant continué. la Et entre Calais Graveline courant poste. en 1675 le la Faudière de Maisonneuve. qui écrivoit faux l'état mesme jusque contre intendants et je major. Je descendis la bride. où ne fus que deux jours.1692 AVENTURE AVEC LE SIEUR PLETZ le I75 et VOUS réquipersur les ordres Profond que vous commanderez. Mort à Rochefort 4 novembre 1700. envoira à l'Intendant. esté receu et sur s'arestèrent à me questionner les nouvelles. J'arestay à la portière et fus très surpris de voir Plets faire sy me me la bon et « accueil. et de suivre que l'on ne tardez pas sans m'a- vous rendre à Dunkerque. «Je remerciay humblement Sa Gran- deur rêta et luy promis de n'aresterque deux jours à Paris : et il en médisant « Tenez. de cheval chaise : donnay » à me demandant mon postillon me parler ? des nouvelles. Je dis en frappant de » mon fouet : « Comment de mettre coquin. garde-marine i6qi. et la chaise de Plets comme me j'avois passa devant et n'étions il plus que trois quarts de lieux de Gravelines où gagna un peu des pâlissa- avant moy. capitaine de vaisseau en 1689. fut interdit en i6g2 et en 1671. Jegarday les la dite lettre et partis pour Paris. » laissa la lettre. . gouvernez-vous toujours sagement. se jeta à genoux » di- Que vous ai-je fait je ne suis pas homme me d'épée. enseigne de vaisseau en 1678 et lieutenant en rayé des cadres en 1695. (i) qui aloient à Calais. Je et luy présente un pistolet et je le le laissa tomber. nommé lieutenant de vaisseau capitaine de galiote en 1684. Je ne sorty pas ds l'antichambre sans la surpris lire et j'en fus du contenu. et pris et ma route pour Calais. De Montaull. et dis à celuy de Arreste. Elle étoit du S' les Plets. et a demie-lieue la rencontré de deux officiers de marine. : de tirer } il son épée. avez-vous osé Et redoublois mes coups du je l'obligeay Il manche du sant « fouet et des bourades et luy dis du bout pied à terre.

et Major de fermer ne » laisser entrer. M' les deux Intendants et commandants et les prévins sur les plaintes qu'il avoit à leur faire. et je fus me tran- quiliser. » Il fit le pleureur disant n'estre pas en seureté de vie sy on ne m'areste jusqu'à ce qu'il puisse estre arrivé à Je luy dis valez plus : « Alées.176 des^ je JOURNAL DE JEAN DOUBLET trouvay un et officier fait 1692 un esponton chez il avec un hauscol et qui m'aresta me de la escorter par deux fusilliers M'" de Vercantière tendit au seuil commandant. ferme. » — Sitots — Voyons entré je trouvay mon plaintif dans un fauteuil tenant son mouchoir un peu ensanglanté contre sa bouche et Mapour dame de Vercantière voulant abréger matière. je ne luy aurois dit ny Il fait. Vous ne devez pas doubter que toutes je n'informats je « ma maîtresse de choses. faites-vous mestier d'assasin sur dis : les routes. » la Et il partit et M' faire. M*" le crioit de sa force pour qu'on l'entendit. Je mets pied salle. que ne me laissoit-il passer. et qui avoit apréhendé que : ne fus entièrement Il disgracié puisque son oncle m'avoit écrit tre est juste pour vo- honneur de vous justifier à la cour. Je croyais mon homme rendu mais trouvay encore entre les Mardye et Il et la basse ville. Il dit: >> Ho! Ho! basse c'est et ce coquin. Intendants. qui puis me faire arrester je vais à Dunkerque où ordre de m'y ren: dre incessament. je vous assure de paine. ferme. Et dis : « Il n'y a qu'un ordre j'ay du Roy. Il à terre et : m'at- me receut froid disant « ComJe enet ment. Monsieur. marault. j'eus loisir d'aller voir Et il fut coucher à la ville. je . mais ne vous inquiétez pas I . pris je le bien une heure en buvant une bouteille de vois la et je n'aet repris que pour une heure de course à Je congé poste. » « Aparamant vous êtes mal informé. » trées. et 1 il m'a fait serment les de ne s'en pas plaindre. que feroit tout autre que moy ? Il a eu l'effronde m'apeleret me demander corne je me portois. j'arrivay un peu plustôt que luy et portes se je priay fermoient. se mesler de me gronder. » Et puis je présentay sa lettre et dis sieur et terie « MonMadame. sa chaise s'étoit embarrassée dans et les dûmes. le Dunkerque ma part vous n'en commandant m'aresta Champagne. » écrit contre Etat-major et contre « Monsieur et Madame luy dirent: Alez vous plain- dre ailleurs.

et je manday qu'il m'étoit bien plus honorable d'estre remonté le comme et je l'étois et après quoy je quitteray service quant je et voudray qu'on ne retient pas les officiers par force je qu'estant destiné pour aller désarmer à Brest que ne manquerois pas d'aller pour accomplir ma parole et mes désirs.1692 CROISIÈRES ET VOYAGES et 177 aurons luy de n'y plus estre employé. . cets ce que nous souhaitons une bonne frégatte à vous donner en commandement.

Voyage aux Açores. II devint gouverneur général aux Iles et mourut à la Martinique le 7 août il . VII — la mer du Nord. M"" Marquis d'Ambliau port. Retour à Bjest. Doublet comparaît devant le Sénat de Copenhague. Aventure avec l'abbé Démêlés avec le« Anglais. Monsieur. Nouvelle Croisière. chef d'Escadre. l'Intendant me fit venir chez lui pour me communiquer mandement de ordres qu'il recevoit le de me donner (i) et d'y le com- la flutte du Roy Profond mettre qua- rante canons avec deux-cents les matelots afin hommes flamands le particulièrement que les matelots françois des classes fûts réser- vées pour les autres vaisseaux du Roy. » je ne l'ay pas de- mandé la l'a Ministre me : l'a ordonné. fut nommé capi1°'° janvier i(>93 et fait commandeur de Saintla I Louis I même 701). et pour lors commandant : commander le Profond me dit « Je suis surpris que vous ayez couru sur mes brisées j'ayme ce vaisseau et vous m'en venoit de . Il arme en course. Thomas-Claude-Renard de Fuschainberg. — Présents qu'il reçoit. et à vous. Il refuse d'embarquer avec Duguay-Trouin. — — — — — — — — 1692 Le 15 janvier les M. qu'il Et M'" l'Intendant print l'a parole en luy disant « Je say ne pas demandé et qu'on choisypour une expédition qui ne vous est pas le convenable. qui mont (2). année I()Q2. estes destiné pour comander la teste Grand Henry » de l'escadre que nous allons bientots armer. année. Combat. Prise du Scarboroug. voulez déposséder. et le » Je luy dis : « Monsieur. chef d'escadre le Voyez les Mémoires Je Duguay-Trouin. il est acquitté. marquis d'Ambliinont. Hollandais à saluer son pavillon. Mariage de Doublet.CHAPITRE Croisières et voyages dans d'Oliva. Sur quoy mon (1) (2) dit sieur D'Amblimont me dits : (c Je suis bien aise que se taine de vaisseau en i66g. Il force les — — — — Retour à Brest avec des fournitures pour l'arsenal.

mil. J'euts la précaution défaire sonder bien à propos. nail et fûts prêt service du Roy fit c'étoit le chevalier Géraldinqui fournissoit pour les advancer des gages aux et le gros de l'armement se à l'arcele au 26 février que affin je le fis sortir le du bassin pour la 20'' mettre le long des jettées de pouvoir fut mettre dans rade au premier beau temps qui ne tots fit propre qu'au mars. M»" le prince de Tingry (i) se amener à notre bord par curiosité de voir un vaisseau armé. brigadier d'infanterie en 1702. et après étoit d'aller le piré. p. et et mis nous levasmes l'ancre contentement de voir soubs les voiles pour luy donner se le comme gouverne un vaisseau. fils aîné du maLuxembourg.1692 soit CROISIÈRES ET VOYAGES et I79 » VOUS qui l'ayez vous avez un très bon vaisseau. et pour ne pas paraître l'armement pour matelots pour les vivres. et ne vouluts luy tirer du canon crainte de rompre la marche. J'en aprocha à portées d'un bon mousquet. à cause delà paye qui est moindre et aussy par la subordination le y faut observer. t. prises faites ou non. et nous étions proche des bancs de jarmuits et elle couroit il dessus. Et aussy que je l'eus conduit en rade. Après quoy le reste nous remismes en place pour recevoir de mon équipage. colonel au régiment de Provence en 1693. Jean de Jérusalem. car avec très grande peine et à force de voilles nous échapasmes d'aborder sants de la un banc dont les brile mer estoient à portées de pistolets de nous soubs réclial de Christian-Louis de Montmorency-Luxembourg. Je fis abandonner la chasse et retenir au vent dont il étoit grand temps.. Et il fut question deFarmer et défaire mon équipage de flamands qu'il qui n'aime pas à s'embarquer sur les vaisseaux du Roy. prince de Tingry. Chevalier de St. IV. hist. en droitture à Dantzick où le le 22'' y trouverois desordres. Il était né en fôyS. Et en croisant avec l'autre corsaire au matin d'un temps de brouillards nous aperceumes soubs vent de nous unefrégatte angloise sur laquelle nous donasmes chasse. Chron. Je la reconnus n'avoir que 24 canons et bien des officiers vêtus en rou- ge et gallonnées. et vouloit l'aborder. lieutenant-général des armées en 1708. Le 21 nous fismes voilles accompagné d'un corsaire de douze ca- nons faisant route pour aller croiser vers le Nord pendant un mois mois de course ex- comme le portoient mes ordres. il devint maréchal de P'rancc en 1734 et mourut le 23 décembre 17 (')• -Pinard. (i) . car ne se trouva que 17 pieds d'eau et notre vaisseau en tiroit un peu plus que les 15. ()38.

et au failles may j'arrivay à le Elseineur après avoir cérémonies accoustumées devant cap Kol. permis de nous retirer heureusement. sur ce que le pilote heureux d'avoir prétexte d'aler me rembarquer pour continuer ma me vint demandar je prit congé et à la sortye je me sentis un peu chancelant. tousjours en crainte que nostre câble nemanquats. des bancs et plus rien du costé le vent. Sortant de là nous fusmes disner chez son altesse sérénissisme M'" de Gueuldenleur frère naturel du Roy etvice-roy de la Norvègue et généralissime des armées. et ne trouvasmes et nostre navire par le costé si fort que nos canons du premier pont labouroient péry tous. beut hautement à ma ce qui me fit beaucoup d'honneur à la cour. il présent de cent bouteilles de la vin de Champa- en présenta une douzaine à Reine de Dannemark qui nous ce qui m'occasionna dès le dit n'avoir gousté d'aussy excellent vin. notre ambas- sadeur auquel gne. de dessoubs voilles et Je fis arriver vent arrière et lever toutes nos mettre un gros ancre sur un bon câble ajusté de trois sur et un bout de vase. l'après midy de luyen envoyer cent autres bouteilles. nous tinsmes fermes à il 1 5 brasses d'eau et un bon fonds et s'éleva une tempeste qui nous obligea d'amener tout bas nos vergues et mâts d'hune et résistances pendant trois fois 24 heures. française et on y parla notre lanegregie. que nous aurions touché et Nous aperceusmes devant au costé de nous d'autres brisants. Mon mois de course estant B" je pris la route pour me je rendre à Dantzic. large et Dieu nous fusmes croiser au charbon parlé à où nous rencontrasmes un flibot écossois avec du j'ay déterre apartenantà M' Chaters dont des pommes. je le mon voyage livres ster- ranssonnay que pour trois cens finy. et me trouvay route. princesse de Nassau. sy cela avoit arrivé dans Enfin tempeste l'on auroit jamais eu de nouvelles de nous. gue. Et lande- main M"" l'ambassadeur et la me conduit voir diner et la reine le Roy et la Reine santé. mer. et ling. et le unze fus en rade de Copenhague je fis et fus à terre saluer M"".l8o JOURNAL DH JEAN DOUBLET que 16 pieds d'eau et 1692 couché la vent. mais mon canot étoit tout proche et y étant ambarqué je m'endormis jusqu'à estre arrivé à . et après la tempeste cessée nous fismes de grands elle efforts pour lever notre la ancre et rompit par sa croisée. mais il Il nous régala à fit la nous boire à l'allemande.

et costé de (I) mon canot ayant esté du fait baye d'Olive (1) les y la trouva échoués. mil à 1200 barils d'acier et des hossières 6 pouces de grosseur et 200 barils de ferblanc. couvent de Prusse Polonaise. et mon canot. et ordinairement ces grosses mastures se conduise par des basteaux qui les entraî- nent proche du bord de celuy qui les doibt recevoir. et eus de reposer la la nuitée pour partir le matin ensuivant que nous appareillasmes route pour Dantzilc où j'arqu'il n'y à en la rade. et à notre re- tour chez luy me dit de renvoyer il sonnerions sur nos étoient de affaires. agent de France. et lorsqu'il calma j'envoyai mes chaloupes âleurs recherche la le long de coste où nous jugions â peu près estre transportés. fit coustume d'embarquer que deux ou Et la nuit il survint un coup de vent qui rompre la le câble qui en tenoit cinq mats attachés derrière nous. . Il est à remarquer petits navires qui peuvent entrer dans la rivière de que les Danzik et que la les navires tirant 9 à 10 pieds d'eau sont obligés de rester à rade à plus d'une lieue de l'entrée. où je fus trouver M"" Louchay. cequi surprist fortmes Holandois qui n'avoient trois par jour. et ensuite à 300 longues planches pour pro- mettre au-dessus avant de recevoir les mâts mais les fonds des payements n'étoient encore arrivés et j'eus le loisir de me mener vis et d'examiner le pays le jusuu'au 20" de juin que j'eus ad21' qu'il faloit charger et nous commençâmes parles meles câbles et le 2 juillet je nus et plus de poids. sur cote à un mil le de Dantzik. et m'en ayant la Cliva ou Olive.1692 CROISIÈRES ET VOYAGES loisir 181 mon rive bord. ainssy je me fis porter dans mon canot jusqu'à il la ville. et du premier j'en embarquayhuyt. le 27'may. et que nous me communiqua ses ordres rai- qui me charger mon vaisseau de plusieurs mâts de 80 à 85 pieds de long et de 32 à 33 palmes en circonférence et aussy 20 câbles de 120 brasses de long depuis 18 à 21 pouces de grosseur. 200 fil de cordages depuis 4 à paquets de de laiton des et 200 paquets de Je de menu fil de et petites mastures. luy dis de et le 2 lieu tout ce qui étoit lest du bray noir en barils m'envoyer en premier plus de poids pour servir de fer et dans les fonds. et me il conduit chez les anciens sénateurs. les le 25 et 26 par par planches pour recevoir les mâts quoyque long et gros trouvay les le secret de les embarquer plus facilement et promptement que Holandois qu'on m'avoit envoyés pour l'effect.

et qu'il n'auroit autres raisons de moy que de me reprendre mes mâts. je laissay passer jour je fis armer la grande chaloupe de 4 périers et des fusils et sabres et des grenades et 45 bons hommes. rez-vous d'icy. et ayant mis pied à terreje trouvay deuxpaïsanset nous di- rent qu'ils y gardoient par ordre de M' Tabé Dolives pour qu'on ne les enlevats. excepté luy que j'enleverois en France. Et j'enlevay tous mes mâts sans plus d'oposition. » me brusqua en me Je retournay à mon vaisseau me » Il disant : « Reti- trouvant trop faible et sur le soir. en rochet qui suivoit à pas graves. Je fus saluer M»" l'abbé j'envoye reprendre : et luy les de ne pas trouver mauvais que mâts du Roy mon maistrc. les mâts sont à moy et tout : ce qui vient en cette coste par droit de seigneur et de gravage et Je dits : « Mon les mon maistre n'a d'autre Seigneur que Dieu. Je partir me trouvay près ayant levé Il toutes pour France. r- Et il répondit « Qui » est-il votre Roy Roy Il n"a rien icy . je changcay d'équipage du canot et my embarqué et porter. et que s'il s'y oposoit le moindrement ou air ses gens que j'avois donné bien ordre de faire main basse sur tout.l82 JOURNAL DH JHAN DOUBLET 1692 myfits rapport. adverty à son lever. Je m'informay de sa demeure et ils me la montrèrent à bonne demie dis lieue en dedans les dunnes. Il répondit d'un doux » : « Monsieur. en fut fusmes descendre proche posté venoit de nos mâts déjeunasmes dessus pour avoir meilleur courage l'abé d'y travailler. ne peut me dispenser . et les fis Je m'aproché et luy dis laisser faire halte. un cric et de bons leviers je et des rouleaux et 25 et hommes armés dans mon canot où et y m'embarquey. Monsieur. qui me témoignèrent et je de voir un vaisseau du Roy de France. y eut plusieurs mes expéditions pour dames chez lesquelles avoir envie j'avois fréquenté à Dantzik. luy dits et vous me ferez plaisir. oposé 30 fusilliers. Je fus les examiné et je remarquay l'abé vêtu comme une camail et procession de païsants mal armés et M. M. ainsy je auray de grcy ou de force. — « Alez. i'avois qu'il des sentinelles en découverte et l'un d'iceux m'advisa des gens armés. cela » est violent et j'en écrirai au je Roy de France. la nuit Ma et dès le petit grande chaloupe y étoit. Lorsqu'il fut approché et son ar- mée de membrin demanda à me il je luy parler.

avait été conseiller au parlement de Rouen. lequel m'aprits que monsieur qui je l'avois veu lors de son vidame Denneval. était Anne-Marie-Catherine de Canouville. Je fits arborer les pavillons et tirer treize coups de canons avant de m'embarquer pour saluer la venue de M"" l'ambassadeur. son chez avec yac. qualité en Pologne en la place du marquis roi en Portugal. baron d'Esneval. que j'atendois à disner. vidame de Normandie. » me dits : Vous voudrées bien sur le soir » me prester vos cha: loupes pour aider à nous débarquer. t. Et un peu après que mes chaloupes furent parties rade un grand yac du vint à il arriva en cette Roy de Dannemarc le et duquel sa chaloupe j'avois mon bord où étoit M"" de Rancey que connu à (i) Lis- bonne. garde de la marinne.1 d'l:. le Roux. Et je lui dis N'y pens- sées pas. Lachesnaye-Desbois. Je marqué mon ressentiment à M"" de Rancey de ce que je n'avois mon canot ny ma chaloupe pour aller rendre mes respects à Son Excelence. . 447. » « Il me dit le la pourquoy donc pu apprendre. et il me marqua que je ferois plaisir à Son Excellence. mon enseigne. marquise de Grémonvillc et Monsieur le chevalier son fils se nommait Anne-Robert-Claude Le Roux Robert • . « Madame son épouse ». en 1766. dont parle le narrateur. p' le Vidame d'Enval. Voy. Il et me reconnut et j'en receus il beaucoup d'honnestetés « de Madame. mon capitaine en segond. » Journal Je Daiif^eau. cour de Pologne. Après quoy.1692 de les DÉMÊLÉS AVEC LES ANGLAIS convier d'y venir disner avec 183 M" leurs maris. et fus le saluer. dans ma grande chaloupe et le fils de M"" Alvarès. ambassade en Portugal. et je retour- mon bord pour faire préparer le repas et renvoyay M"" Durand. ce dernier mourut président à mortier au parlement de Rouen. s'en va en la de Béthune. qui était ambassadeur du même III. ny salut ny le Sénat à vous recevoir. et faut que vous envoyez votre secrétaire ou votre écuyer leur annoncer votre veniie pour (1) i< « M.sneval . mais que s'il le voulait bien j'y allois aler dans le canot du Danois. dans mon nay à canot pour amener cette compagnie. ? C'est qu'il n'en ont pas receu nouvelles de savent par voyes indirectes cour de France et et ils le comme il je l'ay sy vous débarquez vous ne trouverez vostre logement préparé. fils étoit le dit Madame son épouse et M"' le chevalier dedans et venoit se débarquer à Dantzick. vous recevriées un affront de n'estre pas salué des forteresses et de la ville. pour se rendre ambassadeur à Varsovie. Monsieur. d'une très-ancienne famille de cette province.

mordié.184 que JOURNAL OH l'on se dispose Jl-AN DOUBLET 1692 a vous recevoir dans les dispositions dues à votre rang et dignité et vos chaloupes reviendront et pourront de- main vous servir suivant vos réponses que vous recevrez. amenant la notre comavoit esté pagnie on apprit nouvelle que notre armée navale la battue et défaitte à Hougue (i) et que. » Je luy dits avant de faire servir « Choisissez tout ce qui peut estre du goût de Madame et je luy vay dit : « : envoyé. M"" assiettes et j'en envoyay de huipt sortes de différents Durand mon segond nous raconta que. car les miens sont en et recherche d'une com- de dames qui viendront disner à mon bord. >> Il fit un peu de difficultés disant qu'il ne falloit qu'une ou deux mets. nud à toutes ces Et cela nous diminna de beaucoup que nous étions proposées. quelle bonne chère avons paty n'ayant que des viandes salées et fumées au bord de ces mesquins Danois. Et nous nous fismes porter à notre bord et il envoya M' de Rancey et mes deux chaloupes sur le midy m'ameinèrent la compagnie que j'atendois et dont M"" l'ambassadeur fut fort aise de s'informer de ce que je l'avois prévenu. je suis heureux de vous avoir trouvé icy. et lorsqu'il il vit le préparatif de ! ma table Madame et moy Hé. et je luy dits Rancey au Sénat de Danzick « Monsieur. » Sur- quoy dans il m'embrassa et dits : « Parbleu. en Madame qui dits n'aimer à aller dans des chaloupes. et M' l'ambassadeur par une prudence achevée remis un peu la compagnie en disant « Il peut y avoir quelque disgrâce. il avait rencontré un moyen navire de : canons qui votre leurs dits mille insolences. . ne puis y manquer pour rester avec vous. événements de la guerre. criant « chiens de François armée dames est deffaite. » Et il Je m'en vais avec vous. au bas de six la rivière de Dantzik. » Sur quoy je répondits qu'il et me me dit : feroit Il beaucoup d'honneur parla à Madame sy elle le vouloit bien. » Et envoya M'' de le canot du yac. » et montrant leur derrière à qu'ils apeloient putains. je vais m'em: barquer avec luy pagnie d'hommes et je « pour qu'il me remette la à mon bord n'ayant d'autre batteaux. mais les dispositions : (i) 29 mai 1692.

naut. l'anglois tira un coup de canon qui taille. prit vivement à partie le comte d'Estrées qui voulait lui enlever un des siens. Le dit navire anglois échoua en coste. mer c'était un luxe d'une assez grande considération pour qu'un des hommes de plus graves. J'étois tout prêt à partir et me pria de luy prester qiier et mon canot et et je ma chaloupe pour lui aider à le débar- son meuble. ne peut éviter de passer proche le navire Anglois qui avoit insulté. et les conduire. l'illustre Abraham Du Quesne. m'embarque dans mon canot pour rece- voir leurs Exellences. mais prioit bassadeur pour se desennuyer vint à passèrent la mon bord avec Madame il et y journée jusqu'au soir. et sur les six heures il falut reporter à terre notre compagnie et M'' Durand avoit eu la prévoyance d'embarsans le quer plusieurs menues armes dans faire ma grande chaloupe il paroistre.1692 jamais si DÉMÊLÉS AVEC LES ANGLAIS grand que les 185 il ennemis les publient. lesquels de toc et de à coups de sabre. passi par dessus nos gens. et revenant pour se rendre à bord et passant proche le dit anglois qui récidiva en luy jettant des pierres dans sa chaloupe. à l'entrée de (l) Au dix-septième siècle. Gloss. ruoient sur ce récit à M'' qu'ils rencontroient. et M' l'amil Sénat assemblé où fut délibéré pour le recevoir. puis en ayant mis 8 firent le à dix sur le carreau se rembarquèrent et étant à bord nous dit l'ambassadeur. et ne faut pas pa- roistre déconcertés. étant bien content des advis que je luy avois donnés. L'on disna bien. et il pacifia tout autant qu'il fut occupé. Mais lorsqu'il eut tout débarqué. Et entrant dans la rivière. lequel ne manqua pas de recommencer. (i) mon trompette qui Et lorsque nous débordasmes du yac Davaisseau la nois il tira dix coups de canons. les officiers généraux et les capitaines entretenaient des trompettes. les — . M"" de Rancey revint le rendre compte à Son Excellence de sa négociation et fut comme l'on que Son Excellence de différer au lendemain pour se débarquer pour donner loisir de préparer son logement. qui y étoit encore sur les neuf heures et qu'on avoit bien fait de réprimer cette insolence et que nous n'eussions à nous pas embarrasser. il prit les armes et fit sauter nos hommes avec luy à l'abordage . et en dépassant nostre on tira treize coups et nous fusmes au Heels. ayant jouait des famfares. mais il échapa le lendemain.

me rendre a Copenhague. trouver notre ambassadeur. monta devant de l'affaire la ville où toutes je Et à cause après en amitiez. et dont le greffier du Sénat et Mademoiselle son épouze étoient M"" du nombre lui et avoient tous signé prit lecture. Il trouver M"" Bielks grand admirai pour fut content consseil de ma précaution et il nous dit qu'il aloit se rendre au qui s'assembloit pour ce subject où seroient les ambassadeurs défences. vis tous les seigneurs autour d'une grande table couverte d'un M'" l'admirai au à velours vert et haut bout soubs un dais et assis les deux ambassadeurs un chaque de ses costés. il d'Anglettere et d'Holande et que M"" de Martangit n'avoit besoin d'y paroistre puisque j'étois muni de si bonnes et M' dit l'ambassadeur me conduit à l'hôtel du conseil où me laissa avec M"" Bezé son secrétaire et qu'il fit retourna à son hostel.l86 rivière JOl'RNAI. content et Lorsque de Martangis en fut fort me fit mettre avec dans son carrosse et son secréttaire.W DOUBLI-T la 1692 tira de Dansik. ayant receu des fait que cela avoit bien du bruit et de Dannemark par les ambassadeurs d'Angleterre avec d'Hollande qui demandoient qne jusqu'à avoir une satisfaction. m'ayant me renvoirroit chercher pour aler dîner avec luy. L'on nous m'y Je entrer dans une antichambre du conseil et peu après l'on fit entrer seul et l'on ne voulut pas que M"" Bezé y entrats. il le contenu. Et je fus arresté mon vaisseau j'eus la me doutant de l'affaire précaution d'aporter mon journal où j'avois dressé le procès-ver- bal de tout ce qui s'étoit passé envers le dit Anglois et fait que j'avois attester véritable par tous les messieurs et dames qui avoient receu les insolences lorsqu'ils vindrent et se débarquèrent de mon vaisseau. qui à l'abord plaintes pour ce navire anglois. et que ma chaloupe le venue je mis soubs les voilles pour J'arrivay le lô** . où ets première forteresse d'où Ton neufs coups. et de l'Anglois fus à quittay leurs Excellences leurs fut avoir receu bien des honnestetés et sitost marques de que je mon je fus bord. où il y avoit deux députés du Excellences de s'embarquer. et puis on les forteresses tirèrent. et à la cour M' me marquis de Martangist receu froid. et nous y trouvasmes une demie galère couverte d'un damas rouge avec des franges sénat qui prièrent leurs d'or. et nous fusmes le prévenir. DH JU. tous en fau- .

et quant aux espèces . disant n'avoir pas insulté qui dans lequel soit et que mes gens n'ont eu d'autres intentions que de le dit ce qui étoit dans l'on navire et de le faire périr à la coste fait. pour que long ne s'aperceut d'un vol ayant enlevé plus de 25 mille florins d'espesses d'or et d'argent. Je ne aucune réponce. passés dans l'antichambre » vous rendra vostre journal. DOUBLET DEVANT LE SENAT DE COPENHAGUE Je les 187 saluay tous . et puis un de et l'as emblée me demanda je mon nom fis et celuy de Il mon vaisseau en langue françoise. il je n'ay autre chose à vous répondre. Je dis appartenir à un trop grand maistre pour que son avec autant de mépris d'estre comme un valet interrogé sur pied lorsque toute rassemblée étoient assis. Voici au net . Il comme j'ay abrégé matière et : comme en fut très content et dits » « Dans peu nous saurons ce qui vat estre jugé. et surquoy » vous plaise rendre vostre bonne justice.[692 teuils. etc. et celuy deux ambassadeurs sortirent par . Et je pris le discours: pas surprenant que l'auteur d'une querelle ne dise beau. et que le total avec son navire qui n'avoit que des mâts et des planches et quelques balles de chanvres sont propres d'en- lever. les Et un quart d'heure après notre antichambre. tout le procèsles plaintes verbal de ce qui s'est passé et bien vérifié examinées de mes partyes. officier fût traité recommença demanda pourquoy ne répondois pas. Et puis je dis trop ennuyeux à une si où avant de m'asseoir je saluay tous ces « Ce seroit trop vous fatiguer et par : honorable assemblée de faire un long in- terrogatoire et recevoir mes rçsponces. Et l'on m'aprocha un fauteuil. Après quoy et l'on l'on me dit « Monsieur. coup de faussetées pour se disculper et pour agraver sa partie que l'on examine sur les factures de son chargement sy l'on y a rien pris. il n'est nullement probable que l'on en remporte de ce pays allant auroit et qu'il produise sy son chargement en la dite pu produire en retour cargaison et remporter autant d'espèces quand mesme : elles seroient d'usage en Angleterre. son mémoire de plainte et Et l'ambassadeur an- glois présenta beaucoup que ce piller il y avoit d'exagérations outrées. et n'y eut d'autres répliques à qu'il nets me faire que sur le prétendu vol. Je rejoins le secrétaire de son Excellence et luy conte j'avois agi à l'entrée. messieurs. L'on leut tout il au mon procès-verbal et les témoignages.

» Et la Reine « suis bien aize et je vais boire à sa santé. et au nous trouvasmes carrose M"" nostre ambassadeur où étoit M' De Cormaillon qui nous et attendoit et pour me dire que M"" Bezé retourne étoit. vous devez estre j'ai vous avez trop bien défendu vostre cause. né en I423 mort en I481. roi de Danemarli. tiré de l'essence l'église de la Trinité. dite Tour RonJi:.t 1692 content. ayant cordon de l'ordre de l'Elephan le promit de ne jamais lever les armes contre Roy de ma- France et a esté fort estimé. (2) Je prits congé de Son Exellence qui fit embarquer dans ma chaloupe 24 grands jambons de Mayence dont douze m'estoient présentés par la Reine avec un flacon d'or pour l'eau de Hongrie (3) et dont le la famille de Damas-Cormaillon. à l'hostel que nous alions chez le Roy où Mi^de Martangits Nousatendismes que leurs Majestées euts commencé à disner. à l'occasion du mariage du prince royal Jean avec Christine. Il fut rétabli au dix-septième siècle par (1) (2) De Christian V. La ('il u tour pour l'observatoire dit bâtie en 1642. et l'après disner Son toutes les curiozetées de plaisances de cette cour où qui mérite récit que la il n'y a rien tour pour l'observatoire. originaire de la Bourgogne. où l'on peut Autrement : bre. et le Roy : fut informé du résultat du conseil dit tout hault à son Exellence « Monsieur. » est la tour de monter par une allée en spirale.i. l'on me dits: a Monsieur. eau de la reine de Hongrie.i88 d'Angleterre jouHNAi. Le Holandais que de me sans dits » : « Tous le les capitaines n'ont tant de précautions et vous.an i)()Uiu. Je fus étonné de voir venir disner fis avec nous M' l'admirai Bielks et qui mes élloges sur les nières du soutient d'honneur pour ma séance et comme je m'étois Exellence me promena à si bien défendu. homme de qui s'étoit batu en duel avec M'' le France comte de Chapelle et de qualité de il Montmorency Blanc et et se sauva en Dannemark où le a esté fait lieute- nant général des armées. i)H ji. L'ordre de IKléphant Blanc cité plus haut avait été institué par Christian !•'•. fille d'Ernest électeur de Saxe. Et Conseil se sépara. _J . sortir on me rendit le mon (i) journal me rien dire. et ne m'a pas accusé juste. avec J'en dits je suis bien aize que votre capitaine se soit sy bien justifié. : aplaudissement mesme de ses ennemis. et suis connu que » votre serviteur. » Je répondis par des grandes humiliations Excellence avec et puis on se retira. médicament uromaliiiue autrefois célèdu romarin. et fus disner chez Son M' de Cormaillon.

où je trouvay en rade une n'a- de navires anglois une de Holandois. qui n'atendoient qu'un moy. luy dis-je. pour mes expéditions. Hanssen fit changer la conversation. que vous ne devriez porter la flame devant plu- longue sieurs navires terre. qui sur les deux mes despesches et fus trover M"" Hanssen. Je six régalay avec de bon canot. celuy de 52 canons.1692 SALUT DU PAVILLON DK FRANCE 189 exelent beaume. dit-il. le tout pour le vin de Champagne que j'avois présenté. moy du il naufrage de lui la Serpente. et douze autres jambons étoient de M' l'ambassadeur. où vint pour me voir que j'avois rançoné le et qui s'échapa avec vin. et comme c'est l'ordinaire d'aler an tabaret nous y fusmes dans une belle propre à sortir je fus à terre vent Zund ainsy que heures pour retirer et capitaines salle où ets plusieurs tables comme au café. et je six en donnay bouteilles dans son Sur les heures qu'il s'en retournoit à son bord et comme il passoit proche d'un de ses convois. l'un de 50 et l'autre de 32 canons qui en atendoient deux autres avec d'autres navires. et si vous n'estes que vous de trois je faire me propose bien de vous faire abattre les vostres et » saluer celle du Roy mon Maistre. » Et il répondit ver sy nous nous trouvons hors le Zund. Les desconvoys Holandois y entrèrent et un me demanda sy j'étois le capitaine de cette flutte. » de guerre comme nous sommes : et ceux d'Angle: Je fus surpris d'un pareil discours et leurs dits « « « Venez arri- vous y attendray. et avoient une cinquantaine de navires marchands trois convois depuis Holandois à escorter avec 40 et 56 et 30 le canons. Sur quoy . je Cela pourra Je — le souhaite. Je réponds pourquoy } « Cets. les pied étoit tout à vice en boite remplie d'un J'arrivey à Elseineur flotte sur et le midy. Danshin luy que je l'avois bien traité cy-devant qu'encore après l'avoir régalé je lui avois il donné six bouteilles de bon vin desquelles en donna quatre à M'' Robinsson. Il me donna mes despesches et je re- tournay sur les quatre heures à ce pauvre capitaine Danshin mon bord. Les premiers les voient que deux convois. en apelé par qu'il étoit M' Robinsson commandant qui le gronda d'où venu à mon bord. » l'oster. Et Monsieur je voyant que prenois feu. H fut se grisa. et si c'étoit pour déclarer dits vient leurs et forces. agent de France.

J'étois bien disposé Ils sa flame et de saluer le pavillon de au combat n'ayant que d'un costé à combattre. ne pouvant passer que bien proche de nous je les atendits. lents à les furent un peu j'alois me répondre. six heures nous aperçeumes la flotte des Hollandois qui sortoit les faisoit Zund avec inter- un petit vent favorable qui approcher. les- me rendirent le salut. les (1). abaissèrent leurs huniers et saluèrent de sept (I) Helsinborj^. les le je fis une ancre à mer pour nous m'arrester. située également dans le détroit du Sund Sund. et donnay un chapeau de castor bordé d'or et luy envoyay à son comandant que je doute de nous rencontrer. » je dire Danshin qui estoit grix vient me faire le compliment. Le u/ au point du jour vent' se trouvant bon je tiray un coup de canon appareiller pour comme sij'avois eu quelqu'un à conduire. et que s'il qu'il eust à en vouloit boire seul sur l'ille se faire débarquer présentement et et le de Wein qui étoit proche de nous que sur champ le m'yferois débarquer seul et y porterois six flacons et que vainqueur les emporteroit. et dans cet vale nous aperceusmes du costé de Zund. et fit que les Holandois n'euts publié que je me sauvois d'eux à tin la sourdine. chasteaux de Crunet nebourg. sur l'île le tuée dans plus haut est de Seeland près d'Helsinjjor (Elseneur). forteresse siL'île de W'een ou Hiioen citée — et appartient à la Suède. et je sortys du Zund sur les 4 heures du ma- ayant salué de sept coups de canons. et d'Elsembourg quels de Dannemarclc portoient en et sur Suède.190 JOURNAL DE JEAN DOUBLET soit 1692 dits : M' Robinsson de ce luy vin. la mer une escadre de cinq vaisseaux Je guerre portant les pavillons de soient route pour entrer au et les Dannemarck qui le fai- Holandois ayant bon vent se trouvèrent proche de portée d'un bon pistolet. et par raillerie ou autrement luy « Retournés si au bord de Doublet et luy dire de ma part qu'il ne soit prodigue que je feray en sorte de luy en faire boire en Angle- terre. Jerecommençay Ils ma sommation vu que couler à fonds. Il avoit compagnie à son bord lors je de mon compliment où il qu'il n'accepta pas. Et estant un peu dépassé le cap Kol un calme jetter me prit et la les courants me arrière. ville de Siiède. vis-à-vis de Krunenbourg. Il . Je luy moy et dont l'avant garde étoit à somma d'abaisser ses huniers et France. et le lendemain cela fut dit à terre fut baffoué de tous les officiers Danois et de sa le nation.

et ensuite l'arrière-garde se joignit qui étoit au gros de la flotte et je creus qu'il y auroit résistance et action. puis dit : Je veux aller voir votre vaisseau. fis Et lorsque de ser l'officier déborda. la caisse battant et le trompette jouant. Le prince m'embrassa et et me dit : « Vous méritez une récompense vais« il eux sont des coquins qui ne méritent pas comander des » seaux. tirer treize coups de canon ma flame pour faire salut au prince qui trouva bon mon salut. mais sur la deuxième semonce ils me saluèrent comme fait l'autre. Et me convia à boire et salué sa santé. et vint incontinent. et luy dits l'officier et ses gens à canot abais- que j'alois en sa compagnie dans mon et canot en le fit rendre un fidel compte je à son Altesse Royale. allez et je vais il vous suivre dans mon canot. » Et lorsque je déborday me fit saluer de treize coups fis de canons. qu'il trouvera bon ce quej'ay fait. et puis entra dans je luy ma chambre et beut à la où présentay la colation dont il mangea un peu (I) Plus laiJ roi sous le nom de Frédéric IV. (1) commandoit cet escadre et qu'il vouloit savoir qu'en sa présence d'où procédoit cette violence dans leur mer qui étoit sa- crées et neutre pour les nations. me fit recevoir lorsque j'entray dans son vaisseau. Je mettre il mes fit soldats en hays. mis à la raison et sachant très bien que le mon Roy de Dannemark a esté informé de leur audace. . où je luy vers de il il fis un récit de ce que flame dès les Holandois dans l'auberge d'Elseineur se faire saluer et et je m'avoient insulté en abaisser les me menaçant de la sortie me faire ma du Zund. J'aperçus encore leur flame au mât et je les au comandant fis abaisser. l()gg-l73o. et son grand mât et me conduit dans sa chambre. et sa revue jusque entre ponts. ce qu'il ne devoit pas.1692 SALUT DU PAVILLON DE FRANCE I9I coups de canon. J'excitay boire. et entre temps l'escadre des cinq vaisseaux que nous voyons s'approchèrent de nous et m'envoya un canot avec un officier françois me dire que le fils aisné du roy de Danne- avoit marck. la caisse battant. et que Son Altesse Royalle m'approuveray aussy. et ne peux croire que gens d'une République eussent autant de droit pour entreaussy puissante qu'est et je les ay prendre sur une teste couronnée Roy. les soldats Et me receut au traen hays soubs les armes.

L'on incontinent la décharge de mon vaisseau. et fis mettre soubs les voilles pour continuer ma route pour passer par le Nord d'Ecosse et d'Irlande afin de me rendre à Brest.(. vice-amiral en pied le 19 mai 1707. le JOURNAL DE JEAN DOUBLET segond à la l6Ç}2 mienne et et se rembarqua après bien je le fis des marques de son amitié. où je suis heureusement arrivé au 25 aoust. maréchal et vice-amiral de France. (2) L'acte de mariage de Doublet est du l. pair.192 santé du Roy. Victor-Marie duc d'Estrées. Il fut nommé capitaine de vaisseau le 3 janvier lt)7Q . (2) et dix jours après le survint ordre de Profond sur ce que léquipage que j'avois amené étoient tous Flamands et qui ne vouloient servir soubs M' Dugué. Il était entré dans la marine comme volontaire en me (ï) prit le — 1678. Voyez aux addiiions la pièce n» 3. l'intendant pour lors je M"" Descluzeaux qui me receus encor très bien. lieutenant général et viceamiral en survivance le 12 décembre I684. Je lui dits : « Monseigneur. et je n'en voulus point et retournay à Saint-Malo et il me falut songer à m'occurendre à Brest pour recommander per. et le 24 du il mesme mois célébration en faite. diis : ne faut pas Et je prits congé de luy pour aler à M. octobre lôga. et lorsque je fus arrivé on me proposa de m'embarquer pour segond soubs luy. 11 mourut à Paris le 27 dé- cembre 1737. lorsqu'il et treize déborda saluer et puis d'une décharge de mousqueterie coups de canon deux autres décharges de la mousqueterye. et avec lequel fit tins les mesmes je discours. Je fus saluer M"" le maréchal de dant et luy rendis compte de j'amenois. puis mes comptes payé de mes gages.' » me faite espérer. rendis et j'en tiray et j'eus une décharge et fut simplement ordre de remettre mon vaisseau aux mains de M"" Dugué-Troiiin pour armer pour party de Brest au faire la course. nom de maréchal de Cœuvres. et je commencement d'octobre pour me rendre accomplir à Saint-Malo je l'avois afin d'aller ma parolle de me me marier comme la promis par toutes mes fut lettres. nos » l'a vaisseaux en ayant grand besoin et vous mérittez récompense. né en 1660. maréchal de France en 1703 . vice-roi d'Amérique le 19 mai 1707. Il Cœuvre (i) mon voyage et de qui la étoit coman- carguaison que le me dits : Voilà un beau bouquet pour Roy. . et je n'obtiens » Il à quitter le service. « Il il y a bien du temps que l'on rien et suis déterminé faire cela.

1693
Et Je
il

VOYAGE AUX AÇORES

I93

ne se trouvoit qu'une moyenne frégatte de 18 canons qui où
je pris intérest et la fust

étoit à Grandville

armer pour la course.
fis

fus croiser

dans

la

Manche de Bristol,
et puis je fus

et je

trois

moyennes

prises
je fus

de peu de valeur

aux costes d'Angleterre où

rudement poursuivi par plusieurs gardes costes qui m'obli-

gèrent de jeter
les voiles

ma chaloupe dans
je

la

mer

et qu'à force et

pour échapper
et fut

fus prest à périr,
les illes

de porter heureusement je

m'échappay
tort

pour croiser vers

des Assores, où j'étois

connu

et

me

flattant d'y trouver

des vivres à très bon compte

et sur

mon

crédit.

Au
de

dix

demay
et

1693 je dessendit à Punte Del-

gade,

ville capitale

l'ille

de Saint-Michel, appartenante à

MMe
de

comte de Ribeira-Grande

où tout

les

moinnes de l'ordre

Saint-François étoient en grand désordre pour faire élection d'un
Prouvincial, ayant deux factions l'une pour Nolet et l'autre pour

Sapator, et cherchoient à se battre courant les jours et les nuits

par troupes

comme

des bandits portant des ceintures rouges et les

autres blanches, allant
fusils criant

mesmes quelques-uns à cheval avec des
:

comme
Ils

des enragez

«

Vivat Nolet; Vivat Sapator.
j'étois, et je

y)

Et

me demandoient
fort.

de quel party

dis

bonnement:
fit

du plus
lui et

se prirent à rire.

Le gouverneur me
le

aller

chez

me

pria

de recevoir dans mon bord

R. P. Sapator avec
l'ille

dix ou douze de ces religieux pour les porter jusqu'à

Tercère

qui n'est éloignée que de 30 lieues, et je dis avoir besoin de vivres
dit Il envoya chercher son ami Sapotor qui me N'en acheptez pas, faites votre mémoire et tout vous sera promptement envoyé sans qu'il vous en couste. » Et je fis sur le champ le mémoire bien ample et sans rien oublier et fut bien exécuté dès le I6^ Les moinnes s'embarquèrent nuitamment et avoient deux barques caravales qui les suivoient soubs mon escorte

pour mes gens.
«

:

crainte des Salletins, et le

17"

may nous
que
les
Il

estions

à 6 lieues dé-

passés

la

pointe du ouest de

l'ille

deux caravalles étoient un grand
bruit

à plus d'une lieue de l'avant de nous.
la

s'éleva

de

mer quoyque

tout en calme et soudain un volcan en sortit avec

tant d'impétuosité
fin,

que nous crueusmes tous estre à notre dernière
les

sentant notre navire tout ébranlé et que
l'air

deux caravalles
épaisse

avoient sauté à perte de vue dans

et

entourés d'une

194

lOURNAL DE JEAN DOUBLET
;

1693

un chacun de nous demandant la bénédiction de nos séraphins qui en avoient autant besoin que nous, et les prières ne manquèrent pas. Mais ayant reviie à nos pompes et que le navire ne faisoit point
agenouillé
d'eau, je les rassuray tous et poursuivis la route espérant sauver

fumée qui nous offusquoit d odeur de soufre

quelqu'uns des deux caravelles, et nous n'aperceusmes pendant
près de deux lieues que des pierres de ponces flottantes sur Teau

avec quantité de différents poissons, dont en ayant pris on
peut gouster tant
ils

n'en

étoient

corrompus du

souffre. Et le 18

nous

entrasmes au port d'Angra où est

la ville capitale, et

débarquasmes

nostre marchandise, les restes des franciscains
toutes leurs provisions et le lendemain

qui

me

laissèrent

me

régalèrent
et

splendidevolailles,

ment au grand couvent
vin, jusqu'à

et

envoyèrent boeufs

moutons,

des biscuits sucrés pour toute mon équipage au nombre
et je

de 120 hommes,

ne m'arrestoy que

trois jours.

Je fus com-

blé de remerciements et de provisions jusqu'à des herbes pota-

gères. Et malgré les régalles je ne fus pas 8 jours en

mer que

je

voyois dépérir

mon

équipage, et mes chirurgiens, furent obligés de

me

déclarer qu'ils étoient tous gastées de

maux vénériens, mesme
prits

jusqu'à un mousse de 15 à 16 ans, et au bout de 20 jours jen'avois

pas 30

hommes en

état

de combattre. Je

une

flutte

Angloise
con-

sans canons et qui n'avoit pas de sable pour son
trainct d'aller

lest, et fut

désarmer à Saint-Malo vers
(i
)

le 15

juin.

Après quoy
frégatte

je

m'intéressay d'une

huitiesme partie

d'une

de 36 canons nomé le Comte de Repcl[2) pour la comander et faire la course. Je l'équipay avec beaucoup de diligence et engageay 220 bons hommes, et M'^de Villestreux delà Hays(3)et
de Beauchesnes-Guouin
(4)

armoient à

mesme

dessein les vais-

(i) La frégate portait le nom de Chailes-Amédée de Broglie, comte Je Revel, brigadier par brevet du 12 mars l6yb, maréchal de camp en 1(178, lieutenant général des armées en 1688 ; mort le 25 octobre I707.

nous l'avons déjà dit, le manuscrit contient des dates marginales placées en chaque passage principal. Un grand nombre de ces dates sont inexactes. Ici " août i()g3. en marge La croisière et la prise du garde-côte d'Irlande qu'il va raconter appartiennent au contraire à l'armée Hnj.y et devraient prendre place après le récit du premier bombardement de Saint-.Malo qu'on trouvera plus loin. Voyez aux additions les pièces n» 4 et b.
(2)

Comme

regard de

Doublet

a écrit

:

><

(3)
(|)

De La Haye de la Villestreux. Jacques (jouin de HeiiuchC-ne, marin né Sainl-Malo.

Il

fut

le

premier matouin,

dit

1693
seaux,
le

COMBAT
Saind-Anthoine de 52 canons
et
le

195 Prudent de 44,
le

premier avec 320

hommes

et l'autre 290.

Et sortismes du port de

Saint- Malo à quelques jours différents les uns des autres étant

prévenus de nos signaux et du
sur les environs

lieu
la

de nous rencontrer qui

étoit
joi-

des sondes

de
le

Manche, où nous nous
.

gnismes peu de jours après
nous aperceumes une
flotte

départ

Et

le

lendemain suivant
il

de 60 navires desquels
frégattes.

y avoit
et

dix

gros vaisseaux de guerre et quatre

Nous en approproche
les

chasmes à deux portées de canon

et

mesme

plus

reconnusmes Anglois qui tenoient un bon ordre dans leur marche sans se diviser pour nous chasser et continuèrent leur route vers l'Espagne ou le détroit. Nous les suivions pendant 3 jours et deux nuits, ce qui nous écarta de notre croisière, et nous chassasmes
chacun de nostre costé.
Et

me

trouvant seul au 21 aoust à environ 70 lieux au ouest du
flotte

cap de Finisterre, nous aperceumes une
quels

de 40 navires des-

nous aprochions pour

les

reconnoistre avec leurs forces.
qu'il

Notre

homme de

la

découverte cria

étoit fort écarté.

Nous

chassions dessus, et
et
il

y avoit un navire qui en il nous fit nos signaux

où nous luy répondismes,
ler.

s'approcha de nous pour nous par-

C'étoit

la

frégatte L'Amitié
(i),

de 24 canons commandée par
dits

le

$

La Janais Le Goûts
il

de Saiiit-Malo, lequel nous
luy

qu'il

y avoit trois jours qu'il
n'étant assez fort

suivoit et

observoit cette flotte,

et

que

n'avoit osé l'attaquer, et je
il

demanday de
Il

quelle force à peu près
dit

croyoit estre leurs convoys.
le

me réponque
36

que

le le

commandant

et

plus gros ne pouvoit avoir

canons,

segond de 50

et le 3"

de 24 à

26, mais qu'il

y avoit des

navires marchands depuis 30 à 36 canons.

Surquoy
la

je luy

demanet

day que
qu'il

s'il

me vouloit segonder que nous
étoit

les irions attaquer,

que sa frégate qui
vent du

plus légère que

mienne

qu'il

faudroit

poussât avec toutes ses voilles tout proche et par dessoubs le

commandant

et

de

lui

lascher toute sa bordée afin de

luy

M. Cunat (p. 480), Horn en i6g8.
(I)

qui ouvrit

le

commerce avec

les colonies

espagnoles.

Il

doubla

le

cap

Malo.

Legoux, sieur delà Jannaye ou Jeannais, d'une famille de marin originaire de Saint11 commanda plusieurs corsaires de ce port en 1692 et i(îq3.

196

JOURNAL DE JEAN DOUBLET

1693

faire partir la sienne, et
la

qu'incontinent je serais en état de lascher

sauter à son abordage et que luy Trouard reviendroit m'aborder, me metant son monde dans mon bord qui suivoient les miens de dedans le dit commandant.
et tout

mienne

d'un temps

sieur

Et

il

ne

le

jugea pas à propos

;

je lui dits

de me suivre très proche
combat,
je

pour

me

seconder, et que

j'alois livrer le

et

le

comman-

dant Anglois

me
il

voyant disposé pendant que
fit

discourois avec

mon camarade,
sa

un signal à sa

flotte et qui luy
fit

envoyèrent à

son bord dix chaloupes, remplies d'hommes et

amarer derrière
les navires

poupe

et

il

cargua ses basses

voilles, ainsy

que tous

de sa
rière
et

flotte

pour nous attendre dans un bon ordre ayant son

ar-

garde derrière luy à portée de pistolets qui avoit 40 canons

son avant garde 36 canons, et voyant tout
et bien disposé j'approchay et luy làschay

mon équipage

bien

animé
la

du commandant à demie portée
et la

de pistolet

ma bordée

mousqueterie. J'essuyay

sienne et de ces deux confrères, et notre mousquetterie étoit

bien servie et fusmes plus dune grosse heure à nous chamailler,

mais

mon camarade
garde dont

s'écarta dès la première volée qu'il receut
il

de

l'arrière

avoit receu quelque

dommage. Mes

offi-

ciers m'advertirent qu'il s'étoit retiré, je les encourageois à soustenir, et
ils

me

dirent

que

je

ne voyais pas notre domage où nous
y avait plus de trois pieds d'eau de-

étions par la quantité des morts et estropiez ainsi que plusieurs de

nos canons démontés et

qu'il

dans notre fonds de

calle, et par

un bonheur

le

commandant,
tirer
le

ses

camarades
et je

et toute sa flotte firent toutte voille

pour se

de nous

ne peus plus les poursuivre. Lorsque j'eus considéré

mauque

vais état
les

où nous étions, nous travaillasmes à étancher
et

l'eau
six

coups de canons nous avoient causés,
calle

quarante

de nos

hommes

tuez dont notre aumônier fut du nombre, ayant sorty de
la

son poste de

pour

me

prier

de cesser

le

combat, dont
la teste.

le

dernier coup de canon de notre ennemi luy emporta

Nous

eusmes
fûts

21

estropiez des cuisses,

bras et jambes et 32 de bien

blessés et huit de nos canons entièrement

qui

estoient brisés et

toutes voilles coupées à
il

démontés de leurs afmorceaux,
qu'un seul lanle

ainsy que nos

manœuvres dont
et les

ne nous restait
et

bau du grands màt

mâts

vergues hachés ainsy que

1693

RELACHE A BREST
fer,

I97
de pied
et

corps de notre vaisseau par des carreaux de

demy

à deux pieds de longueur sur 2 à trois pouces dépaisseur, qu'ils

nous avoient envoyés par leurs canons,

et

il

est surprenant

comme
le

nous en avons échappé. Et pendant que nous nous raccordions

sieur de la Jannais vint m'approcher et m'oflfrir quelques secours.

Jelegronday de ce qu'il mavoit abandonné sitôt et il me dit avoir reçu deux coups de canons à l'eau et que son segond capitaine le sieur Truchot avoit un bras emporté. Je luy redis: « Sy vous m'aviez aidé seulement une demie heure nous aurions eu la « Vous estes trop heureux d'avoir victoire. » Il me répondit échappé après estre si mal traité et nets-ce pas victoire de
:

les avoir fait lascher pied et

prendre

la fuitte. «

Je luy
le

dits

de se

retirer d'avec

moy,

et

il

s'en alla.
fis

Ma

chaloupe et

canot furent

brisés des canons,

et je

routte sur celles que

nos ennemis

abandonnèrent pour mieux
c'étoit

fuir et j'en choisis

une

très belle, puis

on apercent un moyen navire à une un
flutton d'environ

lieue des dites chaloupes et

150 thoneaux de port chargé de bons

balots de diverses étoffes et toilles de merceries, lequel estoit de
la

mesme

flotte

que nous venions de combattre,
je fis

et

nous déclara

leurs forces et qu'ils aloient en Pensilvanie et portaient neuf cens

hommes de
traité, je

troupes réglées. Et

route avec cette prise pour
et étant

relascher à Sainct-Malo

me

faire

racomoder

par trop mal
et je fus

ne peus résister aux vents un peu contraires,
Brest où

contraint d'entrer à la rade de

M. Herpin
navire et

le capitaine

du port
sortis

vint à

mon
;

bord, et fut très surpris de ce que je m'étois

retiré d'un pareil embarras,

voyant

mon

mon

équipage

mal

traités

et

il

eust la bonté de m'envoyer aussitotsunbatfaire

teauchalant pour avec des chirurgiens
et blessez

enlever mes estropiez
fit

au grand hospital du

Roy

et puis

entrer notre fréétait

gatte, et je fus saluer

M.

le

Marquis de Langeron qui

com-

mandant

et

M.

Descluseaux intendants, qui

me

promirent de

bien faire radouber et équiper

que j'eus à aller par terre à Sainct-Malo réfère un équipage et que je ne me mis en paine que mon radoub seroit sur le tault du Roy. Les eflfects
frégatte et

ma

de ma prize produire autour de trente
gagé 162 bons hommes
je les

six mil livres
le

et

ayant ren-

aconduits à Brest

19 septembre.

.

198
L'on
prix

JOURNAL DE JEAN DOUBLET

1693
sur
le

me
pour

fournit
la

mesmes un des magazins du Roy

mesme

naire.

bonne amitié qu'avoit pour moy M. Albust munissionJe partis seul de Brest le 26 septembre et fut croile

ser

entre

cap

Lézards
je

et
fis

les

Sollingues,
et

J'aperceu
il

un

vaisseaux de
dit juste
;

50 canons;

nos signaux

me

réponvais-

nous nous aprochasmes à nous parler,

c'était le

seau

du Roy:

Le François

comandé par M.

Dugué-Troiiin
rade de
la

armé par des
grande
disner,
ille

particuliers et nous fusmes à l'ancre en
Il

Sorlingue ayant nos pavillons anglois.
j'étois

vint à nostre

bord une chaloupe du pays,
et

au bord de

M. Dugué
me
fis

pour y

nous aperceusmes un vaisseau seul venant sur nous,

lequel nous croyoit anglois voyant nos pavillons. Je

prom-

ptement reporter à mon bord, où

il

me

resta un officier de

M
Il

Dugué. Nous levasmes nos ancres,
avoit

le

dernier vaisseau qui nous

approché à portée du canon se
nous
lui

deffia

ou

il

nous reconnut.
J'alois
fusil le

prit la fuitte et

donnions bonne chasse.

beaucoup
vaisseau

mieux que

le

François, et aproché à portée du

anglois qui avoit 60

canons

et

il

m'aurait enlevé avant que

M.
mer

Dugué
mats
et

m'euts peu secourir. Le

dit

anglois jetta des chaloupes,
et ses

vergues d'hune de rechange
aller et s'échapper, je le

éclouaisons à

la

pour mieux
gnit à

laissay s'échaper et
officier,

me
il

rejoi-

M. Dugué

et luy renvoyai

son

et la

nuit

survint

un coup de vent, qui nous sépara d'avec mondit sieur Dugué.
Et
je pris résolution

me

voyant seul d'aler croiser au

côtes d'Irlande jusqu'au travers et en vue de

Nord des Londonderyoù nous
fismes les
si-

aperçeumes une moyenne
gnaux
et elle

frégatte,

à

laquelle nous

y répondit, et nous nous approchasmes à nous entre-

parler. C'étoit VEtoillc

de iH canons, capitaine Pignon-Vert-Cre-

ton, de Sainct-Malo, et

tombasmes d'accord de
lieues soubs le vent

croiser quelques

jours ensemble. C'étoit au soir et que le lendemain au matin nous

aperceusmes
40 canons

à

deux ou

3

de nous un navire qui
denviron

vouloit nous approcher, le jugeant pour un garde coste
et qu'il falloit

tascher à l'éviter,

le

Sieur Creton en con-

vint et nous serrasmes le vent à toutes boulinnes, et le dit garde-

coste nous approchoit à vue d'œil, ce qui intimidoit grandement

nos équipages, qui se servoient de lunettes d'aproches

et raison-

quant à : estre batus en fuyant vous Testes à je suis d'avis demy il et la l'ennemy se « fortifie . d'Honfleur. » Et armer vent arrière sur luy. à l'eau depuis 3 Le étoit tout neuf. et alant fis nous mesme l'attaquer ils demy battus. dont nous n'étions éloignés que de trois . » : Et j'en dis autant au Creton qui me répondit nous ferons la ce qu'il vous plaira ».1693 noient d'autres PRISE DU « SCARBOROUG coste » 199 îo » ensemble : : « cets un garde fort de canons » . Je fis versant à tous. se rendit. hautement à santé du Roy et : qu'il vive Roy Je dis « Allons mes amis vous estes des braves et gens soutenons l'honneur du pavillon. se nommait le Scarboug. ainsy ce n'étoit pas celles des trois Mages. et Vhtoille ne me seconda nullement cependant a eu part à cette prise pour avoir assisté de tesmoing. Le garde coste nous aiendoit avec ses deux voilles majeures carguées et le vent sur le petit hunier ayant son costé de tribord au vent. « il est bien plus que nous. et nous disposons à vaincre nostre les ennemy il . le . et y avoit échangé trois de ces plus forts canons croyant quejel'ataquerois du mesme costé. je bus et la plus part crièrent. mais étant tout proche de luy je fits ari- ver par sa poupe et luy tirant ma fits volée coup après coup qui tenir au vent soubs le vent et le prenoient en enfilade. percé pour 44. et après qui restoient l'avoir pris les offi ciers et équipages me prièrent de les faire débar- quer à la terre d'Irlande. Et entendant ces jettay dans la « murmures j'arachey toutes les lunettes d'approches et les mer et d"un ton colérique je prits parrolle leur disant Vous voyez tous que nous ne pouvons éviter le combat. mon équipage mesme Vive le chose. nous redoublâmes nos décharges il en une heure de combat. ce nets pas canons qui batte se sont les braves gens et nen a pas dix sont plus qu'à plus que nous. je ne perdits qu'un homme navire qui eut la teste emportée nommé Mazelinne. la ». mis mois. mais du ton trop lent. la notre mousqueterie nous luy coupasmes drisse du grand hunier dont et la vergue et voile tomba. de fronder sur luy s»" et aura moittié de la peur. etVhloille nous suivoit lentement. et notre ennemy eut 24 tuez avec leur capitaine M"" Kilincword. avec 200 hommes. armé de 40 canons. qu'on leur verse encore à boire. et aporter du vin. et puis luy qu'il ne peut faire très bien servie de aucune manœuvre.

J'accorday leurs demandes et m'en débarrassay et les grandement loué par leurs nations. et 5.200 lieues. à Sainct-Malo désarmer où (l) Voyc^ aux additioas les pièces n" \. Je partis du Port-Louis seul le 8 j'arivay le novembre pour retourner 12 novembre (i). . ainsy JOURNAL DE JEAN DOUBLET que leurs blessés et 1693 ils estropiez dont périroient la plus grande partie sy je les enlevois en France. ainsy Tanglois en avoit 10 canons plus que moy de plus gros calibre et 24 et hommes plus. fit porter à terre dont je fus dite prise au et j'escortay la 2 Port-Louis frégatte le 6 de novembre et en ressortis jours après sur ma \eComte de Revcl ne l'ayant montée que de 30 canons à cause de l'hiver.

à la La pluspart de nos messieurs croyoient estre une flotte du party des gabelles qui venoient d'Honfleur. salut à — Séjour de Doublet à Salé et à Saffi. et Ton aperceu au large de la Conchée (i) une flotte qui s'en approchoit.CHAPITRE neuf. » Et il y eut presque un pary entre M. de la Motte-Gaillard etmoy. Croisières. Il se fondoit que la saison étoit par trop advancée et j'opinay tous- dions avec des lunettes d'aproches. — Voyage à Bourg Second bombardement de Saint-Malo. la fille — Il refuse le deux vaisseaux portugais. Et sur la les 4 heures ils mouillèrent leurs ancres en dedans de tay Conchée pour à la fosse aux Normands. — Voyages aux Açores. Je chez moy embarrassé pour advertir mon épouse et qui étoit sur son huitiesme la mois de sa première grossesse Le pour l'envoyer à campagne de (I) fort de la trionale de Saint-iMalo. C'est un des chefs- d'œuvre de Vauban. Lutte — — contre les Anglais. et que très changer d'habit pour m'y disposer. et nous les regar- une « Ce n'est nullement de navires marchands. situé au nord-quart-nord-ouest de la partie la plus septencommencé en 1689 et achevé en 1707. — Martyre de de Dom Garcia. VIII — Bombardement de Saint-Malo. Je dits: flotte jours que c'étoit des vaisseaux de guerre jusqu'à payer dix toles pis- pour gajeures. ce sont vaisseaux de guerre. — Visite de Vauban. . — Excursion en Irlande. Retour à Marseille. — Superstition de Doublet. je fus promenade sur les remparts proche de la porte de SainctThomas. fut Conchée. de fus je qui- ma compagnie en leur disant qu'ils feroient bien les deff"ences d'ordonner de préparer j'alois les forteresses la ville. avec plusieurs messieurs de la ville. — Le 26 sur les deux heures de l'après midy. 1695.

Monseigneur. capitaines. La nuit survint et l'on cessa de tirer de part et ser l'afluence d'autre. Et nous leur envoyâmes plusieurs coups de canons sans nous apercevoir leur avoir fait dommage. et que parles le éclats épars de tous cotez que nous pourrons par ce moyen plustot inco- moder les dites Galiotes. les faire jouer. « je me rendray demain avec M. m'y offris sachant la le fait. Doublet à la batterie des mortiers pour bombarder les ennemis et pour tacher de !es incommoder. et je proposay que si l'on ne me veut pas troubler que je feray crever toutes les bombes en l'air que j'envoirray. Le Camus écrivait au ministre. le Camus. serv. je Au lendemain nous mais les mismes en de mais il n'y avoit pas gens expérimentés pour cela. . M. crainte que l'on ne m'accusât de lascheté et qu'on ne que j'avois pris ce prétexte pour me sauver. ce qui faisoit françois. « M. Le Bigot des Gastines pour Paris. Et avec l'assemblée nous aperçeusmes que lorsque les galiotes avoient envoyé leurs bombes elles changeoient de leur pkce pour n'estre pas endomagés par les nostrcs. écrivain principal. le chevalier de Ste(2) M. général. Je commençay par mettre feu à la fusée de chaque bombe et puis. général. M. de la Marine. encore doubter que ce ne des Et lorsqu'ils eurent bien placé deux galiotes à bombes. et se voyant sans réussite et par il de plusieurs messieurs m'abandonna les mortiers. sa mère. Nous avions deux mortiers au pied du glacis sous la guérite du estât bastion du fort Royal. Arch. Et je fus au fort Royal où il n'y avoit rien de préparé se postèrent ayant des fut aux batteries des canons. et alors les portes se trouvoient trop petites pour pas- du monde qui se vouloit sauver. . heures. et elle consentit de partir avec son frère. serv. le 26 novembre 1693 " Maur et M. de ta Marine. le commissaire qui étoit à Paris (ly) m'osta cette pratique croyant mieux savoir que la sollicitation moy (2). Le Camus annonce le départ de M. se sont trouvé en passant pour aller à Paris qui se " mettent en estât de faire tous leurs efforts du costé de la marine.202 JOURNAL 1)K JEAX DOUBLET la 1693 quitter. et j'étois encore plus dis à embarrassé comment et Je son frère de l'aler conduire que je ne le pouvois dit faire. (i) Dans une lettre du 25 novembre i6o3. à une distance de deux Ave Maria. qui représentoit place de la M. : i< 1693. ils sur les 5 envoyèrent plusieurs grosses bombes qui par la ville et un bonheur outrepassoient de beaucoup sans faire aucun dommage. et les ennemis pavillons blancs. » Arch. et moy. de Sever.

remarquay de nos porter l'af- que c'étoit la guérite fis du bastion qui tombait par la dite l'effort mortiers. Sur les huict heures du soir. ou ils étoient mouillés et fit un bon et nos ennemis se tirèrent plus que très lentement. nous fusmes souper et changer. dont j'eus bien des applaudissements. résolus de combattre jusqu'à la fin. la Galiote éloignée fut emporté. et la place vidée de la guérite battoit directement effet.nous nous retirasmes tous du y laissâmes les officiers et soldats. Nous courusmes vers le fort Royal où avoit esté le grand effort et on apercent un navire échoué derrière les murs qui avoit sauté par une quantité de poudre et d'artifices dont les murs de du mesme costé étoient entr'ouverts. et y fis une pièce de canon de 36 fût à de boulet. Etlorsque j'eus cessé. les lanternes de tous costés. qui avoit démonté l'embrasure voisine qui ne pouvoit donner sur nos ennemis. 5 lorsque sur les à 6 heures du soir il survint une compagnie d'in- fanterie dont l'officier creut et nous comander comme à ses soldats fort et nous vivions à nos frais . et se retira au large. je des pierres de montay au fort Royal pour découvrir d'où provenoit taille que nous tomboient proche de nostre batterie et je des deux mortiers qui risquoient à nous blesser. Nous estions tous très échauffés par nos agitations. et se retira de sa place la et de ma seconde volée poupe de baril l'autre galiotte fut fort fit endom- magée et mis le feu à un de poudre qui bien du fracas. et le lende- main et les les ennemis voyant la ville encore debout se retira sans bruit gens de ce navire furent trouvés écrasés et brisés. C'étoit fait cette fameuse machine infernale dont Icsgasettes avoient men- . j'étois à souper en bonne compagnie ble lorsqu'il se répandit comme un terri- coup de tonnerre que Ton creut entièrement abismée. et au jour on ne remarqua que très peu de maisons peu endommagées. et qui se piquer agissoient du concert sans du commandement. que un chacun regardoit sy sa maison subsistait.1693 je fis BOMBARDEMENT DE ST-MALO mettre feu à Tamorce des mortiers et la plus le 203 mât d'hune de . tous enfants des meilleures familles. et presque la ville tous les vitrages et des églises entièrement fracassés. Je achever d'abattre livres guérite. Nous étions dans le château Royal avec tous les plus braves et signalés capitaines de frégate de Sainct-Malo. on se croyoit tranquille pour la nuit.

Sur du le bombardement de Saint-Malo. (i) 637. n'en at esté ruinée. épousa Antoine de Villeneuve.^ à 16S3. p. 285-33 1 et les correspondances du dépôt de la Marine. — . un hazard comme M"" elle (la ville). Charles d'Albert d'Ailly. La machine infernale dont Doublet parle consistait en un briilot de 160 tonneaux environ. » Et il me n'étoit le mien. L'eftet de son explosion fut à peu près nul. rempli d'artifices et de bombes. et il avoit une grande troupe sa les relations de la G'i^eile. le Je fus pris d'un grand rumatisme par tout corps des fatigues que j'avois euts. etc. demanda sy savoit esté par quelque d'officiers à boulet des ennemis. . Daniel a donné (/7ii/oire Je la Milice Fraiifoise) une description de cette machine. et il fut informé comme j'avois agy au bombardement et comme j'avois enlevé corps à corps un vaisseau de guerre plus fort que « Cela mérite une récompense. ambassadeur à Rome mort à Paais en HiyH. année 1693. les intéressés en la frégatte le comte de Revel me déclarèrent qu'ils aloient se rendre adjudicataires de la prise du garde côte que j'avois faite et que sy je voulais bien m'y intétéresser que jela commanderois de compagnie avec le Revel. et lorsqu'il passa il au fort Royal il vit la guérite en question abatue. il en resta environ deux cents sur la grève. service général et campagnes. d'un fer trop liant et contenant trop peu de poudre n'éclatèrent pas.\/tvi-i(re. Il était le neveu du connétable de Luynes dont la stvur. et le « Je veux prendre intérêts avec vous dans garde coste que vous avez pris le nommerez de mon nom. Louise d'Albert. 623 et décembre. et » Je remerciay humblement des qu'il me faisait.204 tion JOURNAL DE JEAN DOUBLET que l'on la 1694 composoit dans la tour de Londres. p. voyez . Elle lança i5o bombes dont 26 seulement tombèrent dans la ville. L'escadre anglaise comptait en tout 43 voiles. Royaume vint pour exami- bontés de Sa Grandeur de l'honneur M' de Vauban ner la ville premier ingénieur du de Sainct-Malo. et sy les sol- dats ne nous euts dépossédez du fort Royal nous aurions coulé à fonds cette dite machine avant qu'elle eut approché de la c'est ville . J'acceptay le party aux conditions que mon beau-frère le S' DemaretsFossard auroit le commandement du dit Revel. gouverneur de Honflcur de i(>). marquis de Monts premier maître d'hôtel de Gaston d'Orléans. . vint faire sa : fit venir devant luy et et me fit présent d'une espée à garde et poidits : gnée d'argent doré et le un beau ceinturon brodé. Le P. chevalier des ordres du roi en 1661 (2) lieutenant-général puis gouverneur de la province de Bretagne en 1670. Peu de jours ensuitte la Monsieur duc de Chaulne. Et il étoit connu pour un très brave homme et il n'y eut le aucune difficultés. Le* bombes trop épaisses. Il dits neur et admirai de Bretagne. (2J gouver- demeure a Sainct-Malo. (i). duc de Chaulnes.

homme » J'étois luy feray réditier à ses frais. je partis relaschay à Camaret (i) où le dj Bourgneuf au 4 février et par vents contraires. et que j'eusse à page.1694 suitte et entr'autres VOYAGE A BOURGNEUF 205 qui sourdement m'en c'étoit M'Carajeaningénienr en chef à Sainct-Malo vouloit. Etant arrivé au Port-Louis. et me disposer de armer avec seulement soixante hommes d'équique j'irois le conduire à Bourneuf pour y charger aux de sel deux d'un tiers pour aporter à Sainct-Malo. il faut que j'ayequelqu'ennemy caché qui vous amal informé. Il dit : « Hé bien. assés proche de luy pour entendre son discours. je fis simplement navire qui fut nommé faire le Duc de Chaulne. ville y sont obli- Et sur la fin garde coste que partir par l'aller de l'année 1694. ayez la bonté de m'enmonté pas. mes intéressés m'avertirent que le j'avois mené au Port-Louis nous étoit adjugé par trente quatre mil cinq cens livres. et je me raporterai à la pluralité des voix d'une aussy belle cour que vous avez. moi-mesme n'oserois faire abattre ma guéritte de bois sans le permis du Roy. que j'avois cédé à M'' armer tout Desmarets équiper le et je partis par terre. et quantités d'honnestes gens m'aprouil vèrent et luy dirent que j'acusois vérité. M"" de fasse venir cet je Vauban je s'échauffa et dits « Que Ton me Quoy. Je Nantes pour fis l'épreuve de 70 fusils boucaniers que je j'avois fait faire et les apporter par charrette. et nieur et luy dit il : se tourna vers l'ingé. avec le afin d'y mesme temps le Revel. Ayant chargé le sel. Je luy dits tendre. qn'avez-vous à dire ? » Je luy contay comme j'avois agy et fait. » la mérite plustot une Et je fus af- franchi de monter les gardes dont les M''' de gez. Je ne mérite pas un sy mauvais sort pour mes paines. . il y avoit une flotte de nos navires vent favorable pour passer par la marchands qui atendoient Manche (i) et tous les capitaines me prièrent de leur servir de convoy Camaret. et je ne : me dé- Monseigneur. (Finistère). « Vous avez grand tort d'accuser à faux cet homme récompense qu'une reprise. Il dit à mon dit S"" de Vauban que moy qui avoit démoly : la dite guérite et sans subjet. et 20 janvier 1695 je fus arrivé à fus par terre à Bourg neuf pour y charger le sel.

. Sitots qu'il fut en haut il cria qu'il voyoit plusieurs batteaux qu'il croyoit estre des pes- Nous fusmes cheurs. était le beau-frère de Doublet. De cinq à six cents bombes tombèrent dans Saint(1) Embouchure de Déjà cité la rivière qui forme (2) plus haut. Le passage qui suit contient le récit du bombardement de Saint-Malo. Je redessendis : Quelle diable de méprise de prendre ! des vaisseaux de les guerre pour des bateaux pescheurs et il fant que nous » remarils quions de plus près venoient de notre afin de ils il les bien connoistre. lequel me la cria aussy que e'étoit des batteaux. 4 lieux en mer que j'envoyay un homme au haut du mât pour faire la découverte. sortir (1) Je demanday et il à M"" Desmarets ne le (2). Fossard. Je montay aussitost sur hune qui du grand mâts. capitaine marchand et corsaire de Saint-Malo. forte de 70 voilesQuoique Doublet affirme que cette attaque ne causa aucun dommage à lu ville et aux forts. Et j'aperceus que et dis « de gros vaisseaux venoient vers nos rades. Et comme costé s'aprochèrent en très peu y en eut deux qui de temps. et j'envoyay en haut un de nos enseignes. me dit qu'il pouvoit que pour le marée du lendemain.\rch. sieur Desmaretz. cependant qu'il y en avoit quel- qu'uns qui paroissoient plus gros. par la flotte anglo-hollandaise aux ordres de lord Barckley. Je luy dits de se bien aprester et que j'alois sortir pour l'attendre à la rade du dehors qui est sur vieux banc. on sait qu'il en fut autrement. On la évaluait le dommage Marine. François Malo. et que et je me disposerois à mettre tout en estât et réglerois les portées mes bor- dées pounles quarts et pour régler au cas de combat. comme le temps étoit beau jefaisoisces règlements étant soubs la les voiles pour aussy éprouver (3) trois à marche du vaisseau. les 14 et l5 i'i) juillet 1693. . de Lettre du 24 juillet i()()S. huit personnes furent tuées et sept maisons incendii'es. allant dans un bon ordre. ('aiiipannos.206 et je les JOURNAL DE JEAN DOUBLET conduis jusqu'à Sainct-Malo après les avoir avril 1695 préservés de cinq corsaires de Garnesey. la dont nous ayant aperceus le me donnèrent chasse et j'aperceu que plus gros de ces vaisseaux portoit à son la rade de Saint-Malo. que la ville avait souffert à trois cent mille livres. Etant arrivé au 26 nous travail- lasmes fortement à armer nos deux frégattes et à engager plus de quatre cents matelots et sur le 20"" 120 volontaires pour la mousqueterie. et me servit de moyennes lunettes d'aproche pour e'étoit mieux examiner. s'il en état de la en mer. et mis en étoit la juin nos frégattes étoient armées et rade de Rance.

11 mourut le 28 Pinard. L'on m'envoya un bateau de pour s'informer ce qui me pouvoit estre tout arivé. Il fut créé maréchal du camp la même année. il fut envoyé sur les côtes de Bretagne et commanda à Saint-Malo jusqu a la Paix.1695 BOMBARDEMEXT DE ST-MALO je fis revirer il 207 de bord pour grand màt un grand pavillon rouge. p. il combattit à Fleurus en 1690 et servit au siège de Mons en i6()i. car on ne vaisseaux qui m'avoient obligé de rentrer. enseigne au régiment du roi en l()63. quej'aye s'il vous plaits l'honneur de vous en- tretenir un il moment en je particulier avec M"" mes intéressés. Devant la ville y avoit une grande quantité de monde sur la Holande (ij et sur les remparts à nous regarder. le » Et nous ne fit entrer dans une autre chambre et gardée par deux sen- tinelles. 11 commanda dans les évéchés de Dol. obtint le rang de capitaine en 1667. sous le maréchal d'Estrées par commission du 7 juillet 1701. IV'. mit. de major en 167G et devint lieutenant-colonel en 1678. et je dits aux gens du baca- teau que pitaine dessendre à terre et jordonnay à mon segond et je de ne laisser aprocher aucun bateau de nous. Brigadier par brevet du 28 février 1686. J'avois défendu à dit mon équipage de j'allois ne rien dire. Nommé lieutenant-général des armées en 1696. mon prej'aurois débar- et luy ordonnay qu'aussitots que qué à terre à qui qu'il eut à retourner à nostre bord et ne pas déclarer trouvèrent à fut ce que nous avions veu. comte de Holastron. T. de St-Malo et de StBrieuc. Et rentrer à la rade de rancée. 11 contribua à la défense de cette place en 1695. m'em- barquay dans mon canot avec M' mier lieutenant . Et lorsque j'entray Monsieur. — . C'est que la marée baissoit et le vent cessa qui les obligea de rela ville culer plutots que d'avancer. En 1693. Les uns croyoient qu'il se seroit ouvert quelque voye d'eau à nostre vaisseau et on ne voyoit pas de la ville les savoit que présumer. Mes intéressés et amis se mon débarquement. février 170G. je dits : et « que là ilssauroient toutes chozes. Je les priay de ne pas obliger à parler devant une sy grande quantité de monde que ce et que j'alois chez M'' le comte de Polastron (2) qui étoit le co- mandant. s'il Et déclaray ce que nous avions veu et prévint que le voyoit pas que c'étoit les marées qui les avoit empeschées d'avanceret que j'avois compté jusqu'àquarante vaisseaux de guerre et qu'infailliblement venoient pour attaquer la ville et qu'il donnât établie la batterie dite de Hollande. De la Motte Nepveu. Gouverneur de Mont-Dauphin en 1098. 407. Chronoloffie hist. (1) Partie des remparts de Saint-Malo où était (2) Denis. étant très inquiets m'empressoient de leur déclarer le subjet de ma relasche sy précipitée.

Arch. M' Desgastimes (1) commissaire. 20 et 20 septembre U>93. de la Marine. mais l'on froid et je feroit me servit une petite table avec du dindonneau fut résolu mangeoiset buvois d'un le grand appétit. capitaine de galère le 1»' mai 1690. teur général des Echelles du Levant et de Barbarie en 1705. et et falloit les que autant de matelots que l'on pouroit porter dans nos deux frégattes où je les que j'auroissoin d'envoyer 50 hommes et un chirurgien des poudres pour défendre le fort de la Conchée et autant au de l'isle fort Erbout. Deux autres galères. commissaire général à Brest de 1699 à l7o3.anglais. la Suhlimc et la Constante. T. aller chez Nous moy commissaire. !• décembre 1693. chef d'escadre le U . elles jetaient l'ancre devant ce port le 24 avril i6g3. Il fut fait intendant à Dunkerque le l5 juillet lyoS. commandées par le chevalier de Noailles. l6K9-it>oo. . 11 se retira le l"' décembre 1704 et fut nommé inspec. et furent amenées au Havre à la fin de septembre 1693. L'on m'aprouva et l'on me pria encore d'enje fits. nous y trouverons tous y fusmes et je le priay de me laisser pour un le M' les offi- moment aux affaires mon épouse et de ma maison. (3) Les galères du roi au nombre de quinze. me prit par la me dits : « Allons chez )» ciers. de Louvigny. étaiînt passées de Levant en Ponant. correspondance de — M. furent chargées de protéger Saint-Malo contre les attaques des . Cette Et nous fusmes chez affaire est de toute imporfus tance. servi sept ans dans un régiment de (2) Le chevalier puis bailly de la Pailletrie avait cavalerie avant d'entrer dans la marine. campagnes. Arch. la Palme et l'EmerauJe séjournèrent pendant deux ans environ dans le bassin de Honfleur. cédé le 5 Sur le octobre 1719. de la Marine. voyez page I04 et Jal. marquis de Langeron. Ordres du roi.208 les JOURNAL DE JEAN DOUBLET Il 1695 main et ordres pour les deffences. Je par la retenu pour estre du conseil et priay j'étois très faible faim. Deux d'entre elles. II. Le 14 juin lôqo elles partirent de Rochefort et après plusieurs escales elles mouillaient à la rade du Havre le 17 août. à Saint(\) Le Bigot des Gastinnes (Louisj. Abraham Duquesne. sous les ordres du chevalier d'Escrainville. mais elles ne rendirent aucun service. Galères. u qui est si petit que l'on n'avoit pu exercer à la rame les cents matelots de ces galères ». 392-403. 23 juillet. Je que l'on me donna du Il pain et du vin. 11 fut nommé lieutenant de la galère réale le l»' juillet 1702 déjanvier l685 . voyer six barils de poudre au (2) fort Royal. commissaire ordinaire à Nantes en l<i77 Malo de i6q3 à 1699. Elles quittèrent ce bassin. pour assembler du monde pour Je dits trouver qu'il norirois. p. et Vous allez estre accablé ne pourrez vous en débarrasser. ce que M" de la Palletrie et de Langeron comandant les gallères se préparèrent. fences de qu'on sonner tocsin dans toules del- tes les paroisses voisines la ville. service général. Et me dit advertir il famille « pour mettre ordre de questionneurs : Je vous prie de ne vous pas séparer de moy. 1690.

et ce qui les confirma me tenir pour me heures il d'autant plus est que sur les 6 à 7 entra une frégatte de dix huipt canons avec une prise ho- landoise et n'avoit pasveu l'armée. disant que j'étois apa- rament saoul pris des bateaux pescheurs pour des navires de guerre et mille imprécations. Gastinnes me promit de se charger de ce soin et qu'il dans son canot ce Maillyet Hautefort qu'il fit lesalloit faire porter faire. Le murmure du peuple me que j'avois calomniait. Et M" faire les comandants d'avoir bonté puisque ne pouvois agir de conduire des et M'' mon épouse et ma belle mère du costé de St-Servant. le feu dedent et une sy grosse fumée qu'il estoit impossible de se voir. Ils y mire le feu et lanvoyerent vent arrière au pied des baterie avec des ancre pendente pour acrocher la roche. capitaine de vaisseau en 1693. Ils me vinre canonner avec leurs gros navire. Il vint à la portée du fusil sans que je peux tirer dessus. nemis parurent fuitte. venent du costé que ie naues point de canon. et un chacun reprenoit la les dans tous applaudissements que c'étoitpour ville moy la 2" fois que je la sauvois la et la populace. Il mourut à Paris le 7 février 1727. lieutenant général des armées navales le 8 juin 1722. Mais au lendemain matin et les vaisseaux me paroissoient encore pas. et je fus Mais sur les huipt heures et demie. (2) J'y per- où ils feu sans beaucoup (i) Entré au service comme garde marine en i685. Je me tinta la mon bord tranquille me doutant de tout ce murmure et toute venir en populace rentroit avec leur rage dans la ville. Et les ennemis passèrent par et attachèrent à la dite et d'artifice Conchée et mouillèrent Conchée un gros mirent le à la fosse aux Normands navire remply de poudre d'effect. il fut fait enseigne de vaisseau en 1687. et manvoyère à la faveur de la fumée un brûlot. il vint au pied. chef d'escadre en 17 12. les enbon ordre. dit-il. le vent la poussant avec la flame dans nos 11 embrasures avec une grande violance. M'' les comtes de (i) et Kailus.e commandant du fort de la Conchée a exposé le rôle qu'avait joué la machine infernale destinée à ruiner l'œuvre de Vauban. (2) I. et les portes delà trouvoient étroites pour sortir les femmes et familles. lieutenant de vaisseau en 1691. désirant lapider. le De la placèrent leurs régi- long de plage et sur les remparts.1695 et il BOMBARDEMENT DE ST-MALO 209 y eut douze chaloupes armées avec chacun un canon et comme enje priay les gallères et étoient bien matelassés commandés par des je seignes des vaisseaux du Roy la et des gardes marinnes. et je fûts à mon bord pour Verus ments ville se il satisfaire à ce que j'avois promis. C'est une nouvcle machine inventée en '4 Holande . dont y en eut plusieurs étoufés.

de mestre le feu aux logements quy nestes couvert que de prélats goderonez et extrê- mement combustible. ir>i|. « Arch. 1j juillet Itkp. lequel revenant de la découverte aprit à la fosse d'. Il ne nous laissa pas de nous remplir d'artifice. eut fut par le sieur de Kergrée. (l) L'ile de Césambre ou Sezembre. Arch. Les et ville. de la Marine. Et après le ennemis couvrer écus je fis demander les il les poudres de et munitions et vivres que j'ay fournies la pour deflfences la ville et dont j'eus peine à remil moitié et nous en cousta à notre société plus de pour remplacer ce que travailler à réquiper 15" nous avions donné de bonne grasce. et étant presque bruslée elle alloit la en dérive nos chaloupes furent s'en saisir et la plage. et brûlèrent. " Lettre de M. en vue de Saint-Malo. 3 1695 mon galliottes à bombes se postèrent en moins d'une heure envoyèrent leurs bombes qui outrepassoient de beaucoup la Les deux gallères et les cha- loupes furent sur les ennemis qui estoient à l'ancre et leur enles attaquant voyèrent plusieurs décharges de leurs canons en en poupe. Ce navire mit le feu de mesme que le premier mes le courant le fit passer de lautre costé du fort où il sauta après avoir touché et ouver contre une roche ce quy empescha son ijrand effet. de La Maratierie. de la Marine. Dans ce tems-là.^. ils envoyèrent un autre bâtiment rembly d'artifice et de marchine à feu pour mestre le feu aux baterie qu'il saves que les platte forme estes de bois. intendant de Bretagne.Vmonville qu'on les avoit veus six lieues au large il fut envoie le mesme jour pour avoir des nouvelles plus certaines et en effet il aperceut les vaisseaux ennemis faisant voile vers Saint-Malo. Et sans il n'y a aucuns de ce temps qui puissent dénier que (2) moy on étoit surpris au dépourveu. che: venue des Anglais de frégate légère. y eut le soir une si de leurs galiotes à bombe qui nos bombes à et prit en feu et nous n'avons seu conduirent à feu. Campagnes. de Nointel. et on y trouva deux beaux mortiers de bronze montés sur dépari des des pivots. n'y avoit qu'un ils le Ils firent dessente sur l'illeSinzembre (i) où couvent de Récollets Il abandonné c'étoit par monde. Je fits nos frégattes et partismes de Sainct- Malo le May 1696 et fis une routte pour aller le long des cosdépart et tes d'Angleterre y croiser et la 3" journée après notre pour empescher des baterie de tirer et de voir. Tracy qui apporta l'on en la première nouvelle de la La première nouvelle que . vers le nord-nord-ouest D'après une dépèche de M. capitaine . (Campagnes. rent et immanquablement laville il bien de leurs incommodèrent fort et leur tuèrent hommes puisque les ennemis abandonnèrent et ne files aucun domage à et sans ny aux forteresses. le (1) valier de (^argrèes de (1 .210 dis JOURNAL DE JEAN DOUBLET contre-maitre et un matelot. ce fut M.

et au risque d'estre tous les jours les battus ou pris. dans grand chagrains. Nous assemblâmes nostre conseil et y fut resoult faire envelopper entre leurs costes et eux pris j'aurois de ne nous pas exposer avec deux vaissaux bien supérieurs en force que nous.1696 pendant et je CROISIÈRES SUR LES COTES d'iRLANDE la nuit 211 notre frégate le Repel se trouva écartée de nous le voir. et que nous ny ferions rien. cherchois au hazard ouïe pouvoir rejoindre et sur le midy dans éclaircie le une sur nous aperceumes trois navires bien à deux lieux desla soubs le vent de nous et dont deux d'iceux donnoient lequel étoit enfermé de la terre et des deux ils chasse y autres. Jy fûts et mis à isle l'ancre dans une petite baye de cette où il y a un beau cousur le haut de la rant d'eau douce. Je voulois m'en aprocher et tournoient leur chasses et pour aussy me quablement esté M' immanou désemparé avant de pouvoir rejoindre Desmarets. et le matin je les renvoyay pour navires. que d'ordinaire tous navires en esté qui veulent passer au Nord d'Ecosse vont reconnoistre. et ne pouvant nous joindre il valoit mieux en perdre un que les deux. Mes officiers me représentèrent que nous étions au parages des gardes costes. dont qu'ils n'avoient la nuit n'en purent attraper à course veu aucun arbre découverte pour ny bois autour. et j'envoyé quelques hommes montagne pour découvrir aux environs. prendre des eaux et faire la Mon . Je fits remplir mes gens dirent n'avoir rien découvert ils qu'un la petit et troupeau de moutons. nos futailles sy l'on verroit quelques navires en mer Elle n'a pas d'eaux. Cependant j'insistois d'aller dessus et tous : mes officiers et équipages sy opposèrent en disant et pris cets « Lorsque nous serons bien battns sidérables perdre deux armements con- pour un ne et peut-être ferons-nous quelque bonne ren» contre qui récupérera toutes choses. et nous trouvasmes à propos d'aller vers fismes une petite prise costes d'Irlandes. où nous 19 à vingt mille livres ne valant que que j'envoyay au hazard. et demie lieux de circuit. Il au jour je fus surprisde ne plus faisoit de la bruine. les Et la bruine nous sépara et j'étois de vue un très et vismes pas combattre ny prendre. et nous fusmes d'Irlande autour pour croiser tout au Nord dune petite isle la plus les la exposée en mer nommée St-Kilda. et nous passâmes en cette rade.

Je les croy sorciers. et qu'ils salope. m lures et neigres. et sans se décontenancer il nous dit qu'il étoit le gouverneur de l'Isle où il pouvoit y avoir trente deux familles dans des cavernes. car sans vent ny la mer agités mon ancre chassa quoyqu'en bon fonds de gravier.212 capitaine d'armes JOURNAL DK JEAN DOUBLET qui estoit Iriandois fusils. et il nous dit que leurs bestiaux estoient dans les cavernes pour profiter de leurs chaleurs lorsqu'il fait froid et y en avoit pour petits deux qu'ils les treuvent cachées lorsqu'ils voient des navires venir en que plusieurs s'en sont allés sans s'apercevoir qu'il y eut du monde sur l'ille. ny tout. couvert comme d'un chasuble sans manches ataché d'une couroye de cuir de bœuf à poil par la ceinture. Il aperceu une fumée au pied d'un gros rocher qui formoit une caverne et trois hommes et y furent et cria en sa langue. et souliers. je n'ay jamais veu de sy pauvres ny de sy misérables gens. Il étoit bien fait de corps et de visage. cheveux mal peignés ou point du fumée et le fumier et l'oiseau de marine. 1696 d'y il me demanda aller et fut à la permission de porter quelques Je luy permis et recherche des moutons. une assembla il de nos et sortit un homme qu'il tocque à bas ny la Béarnoise. Pour moy. petite il et il n'en peut découvrir. les le tout d'un gros lainage et sans culote. et de toutes sortes de sauvages. Il nous creut Anglois et nous vendit bœufs pas plus gros qun veau d'un an et demy pour cinq écus pièces. qu'ils pre- noient du poisson et qu'ils en faisoient sécher l'hiver par les gelées . qu'ils ramassoient quelquefois un peu d'orge qu'ils écrala soient entre des pierres et tribut qu'ils et payoient tous les ans vers et Pasques un les venoit de moutons bœufs et poisson à un seigneur et milord d'Ecosse qui leur envoyoit un batteau un Ministre qui donner la cesne pasquale marier et baptiser lorsqu'il le subject. mer à croiser de tous costés jusqu'au bout de nos raisins et figues qu'une moyenne prize chargée de l\ que je conduit Saint-Malo. mais la vie auroit esté sauve. j'ay bien parcouru et bien veu leur rade. — . m'emmena à bord. où je désarmé vers la fin de juin. nous penssasmes perdre notre vaisseau contre la dite ille et fut contraint d'y abandonner un câble et un ancre pour nous en Je repris vivres et ne la fît retirer. puoit la vivoient d'oiseaux marins qu'ils prenoient de nuit.

» Nous les voyions étions aussy et que estant chargés aussi richement que nous l'a- ne convenoit pas d'exposer le bien de ceux qui nous voient confié et qu'il faloit voir clair. et qu'il eut à ne pas s'éloi- gner de par précipitation Orijijinaire de tel moy que nous ne puissions découvrir autour de nous. j'en eus encore aproaban- ché j'aurois esté pris comme que les et comme nul ne peut se dire j'avois exempt d'ennemis donné laschement. Je continuay mon armement. Mais ayant dépassé la hauteur de Lisbonne. et raporta avoir esté pris par les l'autre deux vaisseaux que et pu voir. capitaine de au la petite frégatte. . Saint-Malo.3 1696 VOYAGES AUX AÇORES armateurs 21 Mes j'irois me proposèrent de réarmer promptement et que . il appartenait à une famille qui a fourni plusieurs marins que La Moinerie-Miniac qui fut promu capitaine de frégate en 17 il et mourut la commandant Fidèle le iX janvier 1712. guerre et marchandize qu'ils avoient des balots sufisament Al- tant à Saint-Malo qu'à Morlaix pour les porter à Faro aux garves apartenant au Roy de Portugal qui étoit en neutralité et qu'aussy je changerois pour 70 à 75 mil livres d'autres marchanles dizes que j'irois négoscier à Salé après que j'aurois débarqué balots à Faro. courons desil : (l) connus. 40 canons. l'un de 66 canons. et apartismes de Saint-Malo au 28^ juillet 1696 et fis la routte pour passer hors les caps à plus de 80 lieux au large pour éviter mauvaise rencontre. nous cria : Nous voyons deux il navires large de nous. on arma aussi une frégatte de 18 canons avec aussy des balots pour venir soubs mon escorte. il falloit revenir attérer au cap de St-Vincent. M"" il s'étoit répandu un faux bruit que et les deux anglois n'étoient que de 30 à le contraire. où nous trouvasmes la nuit du 12 aoust presque sans vent a demie lieue du dit cap. et fut comandement. et me cria autre fois « Monsieur. Et dans l'intervalle mon beau j'avois frère M' Desmarets de 60 et revint et son équipage des prisonsJd'Angleterre. sa- Mais gens d'esprit considéroient chant que j'avois intérest dans nos deux frégattes. et que j'aimois Desmarest auquel j'avois fait avoir le il jours après son retour. Peu de mourut en deux jours par une apoplexie sa et grandement regretté par bravoure et grande douceur. et au petit nous n'en n'étions qu'à portée d'un fusil du dit cap. que pour peu que luy . et le s"" Moinerie-Trochon « (i).

Et me renvoya mon canot avec deux des moins habiles. Je et dis : Doucement. Mes officiers par trop impatients et le sieur Moinerie me disoient de tirer ma : volée de canons sur celuy qui étoit à portée « de nous. Monsieur. 1696 Ce sont des Saltins qui » attendent à ce passage des navires marchands. Et peu après le jour augmentant nous aperceusmes qu'ils estoient desla soubs leurs deux basses voiles à tre et qu'ils cape pour ne pas tant paroisdéployèrent la ne nous avoient pas aperceus à cause que nous étions terre. et vertis le s' comme falloit il faisoit très peu de vent j'a- Moinnerie qu'il promptement mouiller chacun un ancre. Le gouverneur receut de grand cœur les présents et dits qu'il luy manquoit d'habiles canoniers et M' Fossard luy dit « J'envay servir avec de mes gens ». ce n'est pas à la nous à comencer sy nous atta- tenons seulement bien préparés à que. t\ Et dans cet inter- nos ennemis mouillèrent leurs ancres un quart de lieux au . veu qu'il étoit pour le neustre et que nous estions destinés pour Faro où son voit Roy qui Roy estoit rece- de grands droits de nous. quoyque ce n'étoit qu'entre deux rochers entre ces deux caps de St-Vincent et Sacra. et c'est val deflfense » Ton nous au gouverneur à faire son devoir. et mon segond beau avec nous. combat que nous ne pouvions Et je m'avizay d'envoyer frère mon canot avec M'' Fossard. qu'il fasse plus Je luy demanda de jour et que nous les connoistrons mieux. et plutots risquer et perdre nos deux frégattes le tout ou partie plutost que de nous livrer avec un sy bon butin à nos ennemis et de nous tenir toujours prêts sur la deffensive au cas d'un éviter. qui étoit pour lieutenant marchand Je luy donnay 24 pièces de thoile de Bretagne et deux castors blancs pour présenter au gouvernement du chas- teauen luy demandant soubs sa protection pour ne me laisser maltraiter ces dépendances. et heureusement nous qu'il falloit doublasmes dit cap de Sacra et à aussi dépasser le pour être en bonne rade couvert le d'insulte. JOURNAL DE JEAN DOUBLET ne voyez-vous pas qu'ils sont petits. Mais plus gros des deux navires m'y avoit coupé chemin et avoient arboré leurs pavillons aiiglois et nous les nôtres blancs sans déguisement. et sitôt qu'ils et toutes les proche de la nous aperceurent voiles ils leurs huniers menues pour nous donner le chasse.214 SUS .

comme . et véritablement nous atrapoit et creu en venir en action. mais M*" Fossard tira très à propos une pièce de canon du chasteau qui frapa dans l'avant du vaisseau ennemy férir. et sans coup Et un peu après le canot du gros navire sur lequel on avoit tiré vint avec un officier au pied du chasteau demander raison pourquoy on luy avoit tiré. Je luy dits que sy je débarque heureuseet ment nos effets que je le gratificrois encore mieux. fils lequel ne valoir sa protection et fait me remercia du présent que luy avoit et qu'il quelque chose de plus. J'avertis La Moinerie de se pré- parera me suivre et que j'alois faire couper mon câble péril le et apareiller tout d'un coup pour nous tirer du où nous étions cap de et tascher fit de primer nos ennemis à doubler Sacra. et aussy embosser et le câble et la mesme chose il du sieur Moinerie. nous devons garder « Tant pis pour Pourquoy venez-vous sy : .'' proche troubler ceux qui cherchent asile J'en ferois autant aux faire. et il s'aresta en mettant le vent sur ces voiles d'avant et nous entrasmes heureusement dans la bonne baye. et le plus gros qui avoit 66 canons coupa son câble et mis soubs voile pour nous chasser sans atendre ces chaloupes. lesfaire quels tirèrent chacun un coup de canon pour ramener leurs chaloupes. Le gouverneur respondit la neutralité. et mes gens avec son manqua pas de bien faire je Le gouverneur me âgé d'environ 24 à espéroit renvoya M"" Fossard 2^ ans.5 1696 LUTTE CONTRE LES ANGLAIS que je 21 les ro- large de nous par crainte ne mis nos navires sur chers. et manœuvre en un instant exécutée qui surpris fort nos ennemis. et le vent s'augmentoit. François pour vos navires et n'ay autre satisfaction à vous Retirés vous au plutôt. et qu'il comme nous pendant que qui avoient fut leurs chaloupes estoient absentes et et nostre une partye de leurs équipages. nous restasmes plus de deux heures à nous entre observer de part et d'autre. Après qui venoit du costé de Lisbonne . vous. et qu'on leur avoit tué deux hommes dont l'un étoit le premier lieutenant et avec deux estropiez. quoy paru une Seitie creurent être de et leurs nos ennemis la notre nation et ils envoyèrent audevant leurs chaloupes canots. » Et ce qu'il firent. et je fis sons leur faire a conoistre fresler nos voiles avec au bord des fils de caret pour dans l'ocasion les apareiller tout d'un mofit ment.

mais pendant vaissaux je fis retournés à leurs le porter deux canons de 4 livres de boulet sur la cap de l'Est opozé à celuy du chasteau qui forme dévoient passer nos barques. au bout desquels il se joignit trois autres vaisseaux avec les deux précédents qui après s'estre entretenus de ce qui s'estoit passé à notre subject le d'avant et deux officiers soubs prétexte comandant m'envoya son canot avec un pavillon au mât de demander qu'on leur le permis de prendre des eaux pour toute l'escadre.2l6 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1696 nous n'étions éloignés que de 7 lieux de Faro pour y faire notre décharge. et . Et gouver- neur leur dit qu'à deux lieux plus bas il leur étoit plus facile d'en prendre et sans troubler personne. J'envoyay M"" Fossard avec 6 bons disposer sur nos câbles nos frégattes la pour la deffense. Et le lendemain M"" Fossard revint avec deux des plus intéressés faire ayant les ordres des autres pour que j'eus à lieu sec débarquer en et qu'ils les fe- proche le rivage de Sacra tous les balots roient enlever par des barques qui estoient bonnes voilières et nous travaillasmes à tout débarquer pendant 2 jours. vertir je pris résolution d'envoyer par terre M'' Fossard ad- de toutes choses nos priois marchands auxquels nous estions adressés et les de me députer quelqu'uns portans ordres signés de tous pour pourvoir à ce que nous ferions pour Tadvenir. Je pozai 12 bons dite baye par où avec deux le fusilliers canonniers et de distance à autre 6 fusilliers. et que nos ennemis ne s'éloignoient de vue pour nous observer. dit Mais l'escadre n'oza aprocher sous chasteau et se tint à distance. pour recevoir les balots l'escadre s'en aperceut et se doubtant bien que nous ne les ferions partir que ils envoyoient leurs chaloupes armées proche de terre qu'ils étoient pour en surprendre. crainte d'alarme et aussy les maitre des barques. en ayant adverty gouverneur. cette démarche n'étoit que pour observer nos forces et ce que nous faisions. Et ils virent bien les balots que nous débarquions et lorsque le dit canot fut au bord du comandant et il fit tirer un coup de canon comme un la signal la déploya ses voiles faisant routte pour donner dans la baie où nous étions croyant peut-estre que par canoniers au chasteau et fis peur nous échou- rions nos frégattes en coste. envoyèrent des barques nuitament. portée des canons du M"" de Faro nous .

quant aux 4 hommes qui ont échapé. et le comandant ceurent la décharge de y en eut 2 queterie. et que tout au moins gens qui étoient à la on leur envoya leurs chaloupes qui avoient échoué à leurs gens. Après quoy il en- voya son canot avec pavillon au mats d'avant et un fit ces plaintes qu'on leur avoit bien massacré injustement de leurs officier. lequel la pesche proche de terre où il y avoit des première qualité d'Angleterre et qu'ils en porteofficiers de roient leurs plaintes en Cour de Portugal. et 4 furent pris par nos gens. Le gouverneur me pria d'aler chez luy et nous convînmes qu'il leur répondroit que. Les la terre envoyèrent cinq chaloupes armées et les après et les dites barques ne s'éloignoient pas de Anglois ne se doubtant pas de nos embuscades n'ayant rien découvert la nuit précédente fonssoient sur nos 2 barques et ils re2 canons chargés à mitraille et la mousdésemparées qui s'échouèrent à la coste avec dix hommes morts. et ne s'est meslé d'autre chose. qu'on leur aloit délivrer et que s'ils veulent les cadavres qu'on a découvert du sable qu'on leur délivrera et les débris du bateau. à joindre que leurs chaloupes échouées n'avoit aucun appareil pour prescher mais bien armée et qu'ayant eu le malheur de se trouver sous les coups elles étoient brisées par les rochers et pillées par les gens de la coste et les miens. ils couché. Et le gouverneur me contre dit que l'officier du canot pestoit comme un enragé moy disant que j'ay . et les 4 autres retournèrent à leur bord rendre compte de ce qu'ils avoient trouvé. ayant eu dentes que leurs chaloupes étoient armées et et qu'ils vouloient enlever les ses droits.7 1696 lorsque tout fut LUTTE CONTRE LES ANGLAIS disposé je fis 21 partir deux le barques soleil avec leur charge un peu plus d'une heure avant que Anglois les aperceurent. L'officier du canot reçeu ce les 4 hommes je et fut fis rendre compte de sa gestion. et après petit rencontre partir cinq autres barques chargées doub- tant bien que les Anglois les laisseroient passer contents de ce qui leur venoient d'arriver. bonne connoissance la nuit précénon pour pescher barques et effets par conséquent je frustré le Roy de que luy avois demandé la per- mission de précautionner aux inconvénients et qu'il me l'avoit per- mis. et quelques blessés qui furent noyés. Il fit signal à son escadre pour assembler conseil.

et ils Je ne faisois pas jetoient à la ils mer beau- leurs chaloupes et mâts d'hune de rechange.2l8 JOURNAL DE JEAN DOUBLET s'ils 1696 par joue plusieurs tours et que pièces les : m'attrapent ils : me hacheront « ce sont les propres termes. con- de Faro. mon navire qui avoit esté construit en . Mais au jour à paine on les voyoit du haut de nos mâts Et nous en senmettre à la et je faisois faire notre route pour aprocher à l'ouvert de labayede faire Cadix dans l'espérance d'y quelque prise. dont n'y eut qu'un qui nous aperceu et qui tira du canon pour appeler les autres. mettant toutes leurs tirer crainte d'interrompre notre mesmes marche. pour en recevoir deniers pour en tenir compte à mes intéressés ainsy que M"" de la Moinerie pour les siens. avoient bien du monde _. Je ma jour route pour Salé et Moinerie plus haut pour St-Malo lieu la dite . et fit retirer mes deux canons et mes gens sul de bons receus des députés de total et réglay pour du passay les mon ordre à ma livraison et M' AUaire. mais n'envoyèrent plus leurs chaloupes et nous envoyasmes le restant de nos balots à et je pris le fret Faro. du cap de Sacra au 22^ d'aoust. voiles. en découverte au le soir. Je luy dits » Laissez aboyer l'entrée chiens. Je et fis : il y en avoit une de 36 canons leur et l'autre la ouvrir notre batterie de bas pour donner décharge ils s'en aperceurent et prirent la fuite vent arrière. et s'aprochèrent à bonne distance de nous particulièrement pour que une frégatte galère de 20 canons qui je n'étoit qu'à portée d'un fusil et sur laquelle les ne voulu faire tirer deux autres s'aprochassent de 24. La dite escadre gardoit toujours de la baye. et puis nous espalmasmes nos deux frégates pour nous échaper à quelques moments d'une cadre de nuit un peu obscure malgré l'observance de devois suivre j'envoyois et le l'es- nos ennemis. fis tant assez proche sur les 9 heures du soir je cape jusqu'au jour que nous aperceumes trois navires qui avoient party de Cadix détroit et qui venoient à notre rencontre voulant chercher fis le de Gibraltar. . sur on la reconnut escadre divisée et plus de 8 lieux au large. et la terre même nuit nous fismes force voile avec un bon vent de cail chant bien nos lumières et nous passasmes heureusement. Je et arborer les pavillons anglois et ils eux aussy.Angleterre ils me crurent estre de leur nation. Ils et nous échapèet rent et entrèrent en Gibraltar.

Et de septembre. un pot de fer sur sa teste et je fis un officier. et il me fit renvoyer traiter dans mon navire et mesme la populace voulut mal- quelques uns de mes gens qui étoient à terre. (i) Maniguette on graine de Paradis. Mon navire la étoit trop grand pour entrer audedans de la barre et restions à rade toujours en état de se mettre soubs les voiles au cas de mauvais le 6* temps ou qu'il il y survint quelques navires de nos ennemis. » Arch. et M'' le consul n'eut pas la précaution d'en faire quelque présent au Mufty et il fit les Marabouts des mosquées que cette drogue étoit contraire à la génération et que les chiens de crestiens leur en le tout aportoient exprès.S'estant arestés. « A Sanguin. de la Marine. le faire halte. lesquels furent la demander et permission au gouverneur qu'il du château de droits et Barre de négossier. et comme s'estoit vaisseaux ils du Roy de Portugal saluer par neuf coups de canon. ce accorda en payant les un quintal de poudre 12 pièces de toile de Bretagne luy. 219 de leurs route lachetées d'avoir fuy étant trois contre nous seuls je repris la me rendre à 2^ rivasmes au rade de Saley pour y faire nostre négosse et y arseptembre 1696. conduis par des Maures a cause de la barre qui est très périlleuse pour entrer et sortir le port.1696 coup pour d'officiers SÉJOUR A SALÉ en habits rouges galonnés. J'envoyay M" Fossard avec mon la le canot pour s'emboucher avec s*" consul de notre nation la nommé le Gauttier. m'envoya sa grande chaloupe armée d'une trentaine de fusilliers et un sergeant ayant une pertuisane de et Deux avoient chacun 66 canons et 2 frégattes de chacun ^o. . et ce qu'ils vouloient. on commence à traiter de la maniguette qui est une espèce de poivre. Et l'on nous envoya deux batteaux du pays pour débarquernos marchandises. lesquels s'étant aprochés à la voix et leur criai de nous mettre mes gens en armes. Je mis reprendre place où j'avois aban- à la voile et lorsqu'ils eurent mouillé à la rade avec leurs pavillons de Portugal je fus rassuré et revint donné mon je les lut. côte de la Guinée. J'avois une partie pour de sacs de maniguette (i) qui est une graine noire prescher par et carrée plus violente que le poivre. et me rendirent le sa- Le comandant nommé Dom Antonio de Gamache. nous aparu quatre navires qui venoienten rade. dit un mémoire. Je fus surpris . fut j'eus peur que ce ne de l'escadre qui m'avoit bloqué à Sacra. fis câble.

Et que comandant prenne bien garde que cela ne rejaillississe sur sa teste et que je suis très seur que ces ordres ne portent pas à une le pareille offense et qu'il se souvienne de ce qui arriva en 1681 par deux de je leurs vaisseaux devant leur place de Cascaye (i) qui vouariva. et alez nul droit de visiter sur les vaisle dire au sieur comandant qu'il n'a seaux du frir. de chaloupe armée ny prendre d'autorités leurs rapports. « Je luy dis : La résolution en est prise plutots que de souffrir un affront pa- reil puisqu'on attente à l'honneur d'un aussy puissant Roy. avec le mesme offi- que Je le fus recevoir civilement au pied de Il l'é- chelle et le conduis dans ma chambre. je viens de part de Dom et cœtera vous demander qui estes-vous faire et d'où vous venez et navire. ildit remarqua que tout « étoit bien disposé et les mèches alumées et des pots à feu et des gre- nades. le Ils fit s'en furent faire comandant par des signaux Ils venir les autres capitaines à son bord. et j'ay ordre de visiter votre voir sy vous n'apportez pas des poudres et des armes à nos enne« Maures. Roy très chrestien et que périray plutôt que de j'iray souf- et que s'il m'y veut contraindre que l'aborder et met- tray le feu au mien pour nous chauflfer enssemble. . Il fît un signe decroixpuis : Quoy. que je avec honnesté que l'on rendra. tinrent un conseil et nous les exami- nions qui faisoient de grands remuement pour se préparer à me autant et assurois à combattre.220 dit officier cria : lOURNAL DK JEAN DOUBLET « 1696 la N'ayez pas de peur. Après avoir fait leurs préparatifs. J'en faisois mes gens et qu'ils n'en il viendroient jamais à l'excès. » Je luy dis : Retirez-vous au plutots. Lorsqu'il eut beut à la mienne visites il me dit : Du (1) moins puisque vous ne voulez souffrir de abaissées Voyez page 1 10. et lurent faire saluer une de nos frégattes et de ce qui •> en n'atends que la première attaque. sa- que venez-vous mis les icy. et quelqu'autre chose à me demander me qu'il que s'il y a m'envoye seulement son conteray les raisons canot avec un telle officier raisonnable. me cier fut envoyé un canot sans hommes armés j'avois parlé. Je luy présentai un verre de « vin et saluai sa santé. mais que l'on ne m'envoie pas ». vous voudriez en » venir à ce point de périr plutots que d'obéir à la force.

et il me » Et il examina par- tout mon vaisseau. à boire il et il me : remercia « et s'en re- tourna. les rendu compte de notre conversation nous mettre en estât. dont il y en avoit deux à six plusieurs dou- cornes et quatre à quatre. » Je luy offris une autre rigueur. de ne pas agir. Et sur l'après midy le M"" Fossard m'envoya deux batteaux du et port pour prendre reste des effets en mesme occasion : il m'envoya plusieurs rafraîchissements du pays savoir un bœuf coupé par quartiers et 6 moutons vifs. et que sy je voulois faire une vraye estime pour moy l'honneur au s"" ferais bien plaisir. Je comandant d'aller souper avec luy que je luy fis mes humbles remerciements disant que permis à un capitaine dans une rade bord. et étant dans son canot me dits : dits < Vous voulez donc » quon agisse en » Je luy Cets l'honneur de mon Lorsqu'il est rele maistre et imprudence à M' votre comandant. et quatre grands paniers raisins blancs et des noirs et j'envoyai une partie de toutes ces choses au comandant qui n'en pouvoit avoirà cause qu'il étoit pour leur faire la guerre. et cela apaisera nostre escadre et vivons en paix. fit 40 de montés. Je luy dis : « J'ay comencé fois le salut. et étant sur la mon pont où et et je le recevois il m'embrassa de qu'ils avoient part dn comandant des autres capitaines. et sy j'avois creu que pareille insulte n'eut esté proposée. et je ne luy aucuns honneurs puisqu'il ne vouloit estre reconneu. Et ayant débarqué mes effects destinés . et le aperceusmes se canot revenoit à nous avec premier officier et le premier major de l'escadre qui parloit bon françois. Et dans l'un des bateaux étoit incognito l'admirai de Salé. qui dit mon bâtiment qu'on luy avoit les que je en une heure sur Anglois. il n'est pas de quitter soi. j'aurois péry plutost que de le faire. dont j'en mis bon nombre en des cages pour de graisser. disant que nous vécussions en bons amis et qu'ils estoient venus en cette rade pour empescher les corsaires de Salé de sortir ny de rentrer dans leur port. deux sangliers frais tués. et bon nombre de tourteles en. zaines de perdrix vives et des cailles et un relles vives.1696 SÉJOUR A SALÉ 221 » votre flamme. par curiosité voulu voir l'avois pris nommé Benasche. et et luy que celuy avec lequel je l'avois pris n'avoit fit que 30 canons dire : « Vous pristes ces gens endormis.

et nous nous embrasdéployai les voi- sasmes. et peu après les et qu'il fut rendu à son bord saluayde neuf coups qui me furent rendus.2 222 JOURNAL DE JEAN DOUBLET la 1696 je pour Salé. J'aet avec impatience le retour de ma chaloupe. lequel s"" Lenoir me manda que je pouvois luy envoyer ma partie de maniguette et qu'il me la troqueroit pour des cires en brut et j'en fis aussitôt charger îo poches dans ma grande chaloupe avec 14 de mes hommes et mon écrivain. profond de 40 pieds et qui se ferme par une trape de fer et dont il faut descendre et monter par une échelle que Ton tendois retire après s'en estre servi. les me disposay soir de mettre à la voille croyant pouvoir aller vendre ou troquer à Saffy et d'un mesme temps faire la course environ un mois pour donner le temps à M' Fossard de faire la négociation et pendant que je mettois soubs voille le comandant Portugais [m'envoya son canot avec le major qui me fit présent de 1 jambons de la Mega et 24 fromages du Lenteja. et dans cet interval le capitaine du Suédois fut dire au gouverneur de Saffy qu'il ne se le croyoit pas en seureté que je ne l'enlevast avec son navire. Et maures qui traitèrent les il y avoit au bord du rivage plus de 200 atendoient et sitots qu'elle en fut aprochée partye de ce peuple se mit à rent tout haut la nage et les s'emparèrent de l'équipage les mal- rudement jusqu'à mordre à belles dents et i échouède- ma chaloupe et menèrent tous mes ^ hommes dans une matamore qui est un puits à sec. commis étably "au M' Thomas Legendre (i). je luy répondis que c'étoit bien mon dessain et que j'espérois bien que l'on et il me je rendroit coup pour coup. dit : « je vous^en assure ». voyant (i) Voyez page 87. m'estant resté dès le partie de maniquette. et autres formalités et ce gouverneur sans et donna ordre de s'emparer de ma chaloupe arriveroit équipage aussitots qu'elle qui fut exécuté avec cruauté et perfidie. de Rouen. je fis route pour Saffy où j'arrivay le 23^ à la rade où je trouun moyen navire soubs pavillon et commission de Suède quoyvay que Holandois. le major me demanda si je ne saluerois pas l'escadre. . j'envoyai mon canot avec mon écrivain à terre Et comptoir de avec une lettre que j'avois écrite à M"" Lenoir.

et y trouvay encore l'escadre portugoise qui devoit se retirer pour me . mettre sa chaloupe en mer et venir à mon bord m'aporter son passeport. esprit très qui la plupart leur aliéné et leurs vues égarées et tous contrefaits de leurs visages. notre consul. porter à Salé et le s"" Lenoir envoya un exprès les mes dépesches. ma route le long des costes de Barba- rendre à Saley y recueillir nos effets que M"" Fossard y pouvoit avoir négossier. et arivay en la rade au 26 novembre. où je n'ay fait d'autre encontre que six de deux navires d'Alger auxquels je j'en 'aprochay à la voix donnay chasse pendant avoit 36 fits heures que et plus du plus grand qui je luy canons de trois cents hommes. puis je repris rie. et celuy qui renégat anglois. et eusmes paines à les rétablir quoyque rien ne leur manquats. Je bien des me retiray de ce mauvais pays le 9 octobre pour aller croiser vers les illes Madère et Porto Santo. nous fusmes encore assés heureux qu'il nous rendit les services d'introduire les mes lettres pour gou- M"" Lenoir et de m'en apporter réponses qui m'informoient le de toutes choses verneur vouloit entr'autres et à M"" il et surtout faire de la prétendue captivité que et de mes gens de garder ma chaloupe. le nest pas croyable de un si peu de temps avoient changement de mes pauvres gens. qu'il survint au gouverneur un (contrordre portant de les arester et les il envoyer à Miquenez ou voir en étoit le dit empereur. Et lorsqu'il fut me l'aporta étoit lieutenant et retourné à son bord ils saluèrent notre pavillon de unze coups de canons et leur en rendis neuf.1696 SÉJOUR A SALÉ 223 qu'elle retardoit j'envoyay mon canot avec un enseigne au bord du s'étoit navire Suédois. et au bout de 10 jours portoient de je de l'Empereur furent arivés qui me rendre mes hommes la et ma chaloupe moyennant que la payats deux cents du- cas et que partye de maniguettes débarquées seroit jetée dans avoit mer étant contraires aux générations sur l'advis que je luy en donné le Mufti de la ville de Saley. et il nous appris ce qui et passé sans avoir déclaré qu'il en estoit l'agresseur. Et me donna advis d'écrire à M'' Gautier. qu'ils Fossard à Salé pour dépéchassent un courier avec l'injustice et remontrances à l'empereur de Maroc contre manque ordres de bonne foy de ce gouverneur. Et mes gens et chasitost loupe ne furent arivées dans mon mais bord.

le tout de très peu de valeur. l'empereur la demanda à Dom Garcia pour son Dom Garcia luy répondit . 1696 le Et avant que d'en partir la ils voulurent et ils lende- main de mon arrivée canonner ville de Saley n'y firent que brusler leurs poudres aux moineaux. M' Fossard m'envoya du cuivre tangoul. 1 ans. elle s'en retira et avoit 60 canons et plus plusieurs bateaux avec des cires. lesquels présents estoient de deux chevaux barbes. étoient posées concierge des bains et vivoient des fruits du jardin d'une vie assées paisible et puis est issu fille une fille puis un garçon et une autre 1 fille. Ce Dom tretint Garcia revint à mon bord souper et coucher et la et m'en- du comencement de son malheureux esclavage épouse.Claire s'estantaproché delà barre y pensa périr et toucha par plusieurs fois et par un bonheur tout extraordinaire. qui manqua au les rendit traité de la capitulation les ayant permis de mettre en liberté et de renvoyer tous il prisonniers et au contraire tous esclaves. un six béliers à six lion et un tigre et quatre autruches et cornes.224 à cause JOURNAL DE JEAN DOUBLET de l'hiver. et sieur comandant de diférer son départ de trois â quatre jours pour atendre les instructions de son ambassade. Le vaisseau le Saincte. à l'ordinaire des afîriquains pour recevoir au quadruple. et que son père étoit le lieutenant du Roy de Larache coste d'Afrique et qu'elle fut de son place de subjuguée par les armes de Maroc. et que son père en mourut de chagrain peu après et qu'après une rude servitude luy et sa femme le fut affec- tionnées de r Empereur qui les mit ensemble dans grand jardin de Fez ou estoient des bains de leur mariage et et un sérail. Portugal afin affin qu'il emmena Roy de de faire quelqu'échange de part le fis de plusieurs captifs des deux nations. que sa première ayant atteint l'âge de sérail. amendes Et dans l'un des bateaux il vint un Espagnol nommé Dom An- tonio de Garcia qui étoit avec toute sa famille esclave de l'Empe- reur du Maroc. de 300 hommes d'équipage. des laines grasses et des cuirs en poil et des cuirs de chèvres et des cassées. et le présent de l'Empereur pourle Roy de Portugal. lequel l'avoit député pour venir au bord du cosur son vaisseau au et autre mandant Portugais. Je le conduire par mon canot au bord il du portugois qui pria le receut bien quoyque pauvrement habillé.

» Et martyr et mourir en Dieu et se faire : mère qui estoit munie d'un gros canif coupa et tailla en divers ende sa fille. peut-estre ne serais-je maîtresse de résister aux menaces ou tourments. ma chère mère ». en luy disant « Souflre pour JésusChrist. elle dit elle fille en tomba en faiblesse sy elle n'aimeroit pas et lorsqu'elle en fut revenue à sa mieux souffrir le la foy de Jésus-Christ plutots que de renier son mahométante. et les Les temps devenoient fascheux de et faire bateaux nepouvoient plus sortir sans risquer cors et biens. Elle dits « Chère mère. et trois jours il retourna à terre recevoir ses dépèches après l'escadre partit avec luy et les présents. et il trouva les moyens de m'envoyer sa responce pour lequel il me marquoit n'avoir plus qu'une barque de marchandizesà m'envoyer et qu'il serait impossible de le faire avant huit jours quiseroit nouvelle lune. » Et la pauvre fille sans se plaindre ny crier disoit: « Encore. J'écrivis une lettre à M'' s'il Fossard le en sorte de m'envoyer le restant de nos efîects peut.etleRoyluydit: « Je t'ordonne de me l'envoyer dès ce soir àun tel bain.1696 MARTYRE DE LA FILLE DE DOM GARCIA 225 que Dieu l'avoit fait maistre de leurs personnes et non de leurs âmeset querenfantappartenoitàlamère. par plusieurs fois. et : par un bateau qui nous vint. temps où la barre est la plus agitée. que nous courions de grands risques de perdre la vie et biens sy pas tempestes nos câbles ou ancres nous manquent ou que ceux qui échaperoientà la coste seroient esclave. «Garcia tout affligé le fut dire à son épouse. dont elle expira soubs les office dans le jardin et luy permis d'élever son fils avec les mission- que c'étoit pour la troisiesme fois effectivement qu'il le députoit pour traiter des échanges d'esclave ce s"" Garcia étoit homme d'esprit et bien prudent. il fit donner cent coups de bâton sur la la droits le visage : plante des pieds à deux cents coups sur le ventre coups. Et le lendemain naires servant d'interprettes. tuez-moy plutots vous mesme avant que pareil malheur m'arrive. et que sa fille cadette fut ostée et mise au sérail et mourut de quiprenoit dix années leur chagrainpeu de jours après y estre enfermée. et que six mois après ces malheurs. le Roy le reprit en amitié et luy redonna sa première Antonio et Dom de la mère. et que luy le ni l'homme que je luy avois donné pour servir ne pouroient se hasarder de s'embarquer i5 . Ce qu'ayant seu l'Empereur. et elle fut toute défigurée.

et après les quarante jours on nous de- manda de de la chaisne à l'entrée du port et en présence de M'' Santé. Et par un une sédition dans mon équipage qui Ils fut suscitée nommé Le Désert. : contre-maître prit travailler à parole et dits Le Désert qui étoit Nous ne prétendons point est moins que vous ne nous payez ce qui deubs jusqu'à présent et que vous nous payez encore trois mois en advance de partir d'icy. intendant au Havre. on nous envoyoit un bateau et nous luy donnions lettre une trempée au vinaigre venir à la et nous raportoit sur la mesme pointe ce que nous avions demandé. à 8 kil. Décédé le (> décembre 1720 seille. Et il ordonné mutinerie que je payerois ce qui étoit deub des advances étant continuation dit du voyage. 1684. Le jetanten fit Désert sur le souper recommença la merune gamelle plaine. où nous eusmes ordre de M' de la santé de (i) nous placer dans la baye de l'ille de Pomégué quarantaine à cause des effets venant de pour y faire la Barbarie que nous enet lorsque voyasmes par bateaux au la lazaret pour y estre éventés.226 Et le JOURNAL DE JEAN DOUBLET 28 décembre maistre les voiles 1697 sud-ouest par se un rude coup de vent de rompit et notre câble nous la mismes afin promptement soubs pour nous échaper de coste. i()i)o.Vfrique et du Levant y font quarantaine. etarrivasmes en rade au 20' de janvier 1697. caresner notre navire et à le pour se fit course en faisant notre retour vers Ponnant. (2) Hubert de Fargis de Montmort (Jean-Louis). et le portay mes plaintes à M"" de (1) Petite île Montmaur (2) pour lors intendant de de France (Bouches-du-Rhône) dans la Méditerranée. nous avions quelques besoins nous mettions un pavillon au bout de pointe del'ile. intendant des armées navales. et puis nous pous- sasmes pour entrer au détroit de Gibraltar de nous rendre à Marseille pour y débarquer nos marchandizes. . » Je dits qu'il n'étoit pas besoin devenir à l'extrémité étoit de jetter les gamelles plaines et que l'admirauté « pour rendre fut justice sur l'engagement de la charte-partie. et faire on nous permis d'entrer dans le ravitailler i' le port. intendant fjénéral des galères. dans le port. et je le frappé d'une la cordeetluy matin je mettre les fers aux pieds dans proue du vaisseau. conseiller au Chàtelet de Paris. 1688. de MarLes navires qui arrivent d'. conseiller honoraire au parlement d'Aix. 1710. jetoient les plats et les gamelles plaines de vivres Je demanday d'où la cela provenoit. le médecin et chirurgien nous examinèrent tous et en- suite ou nous enfuma Je disposayà faire la et le navire.

Ils se creurent perdus entièrement et employèrent des personnes charitables pour me prier de commisération et m'écrivoient des lettres pitoya- bles. on donnait à la galère destinée à porter le Roi. je les feray rendre à votre bord. ce qui fut avec exactitude en porta le reffect à Monsieur l'intendant. lequel envoya deux sergents des galères pour y conduire Le Désert qui étoient de sa caballe. naul. députta M"" Lemonnier. et port.1697 RETOUR A MARSEILLE il 227 police et de gallères. Princes. et furent tous mis à la chaisne avec chacun un forçat dans la Réalle (i). Et me dits : « Lorsque vous serez prêts de mettre soubs » les voiles. Et ont esté plus de trois semaines en cet (l) les que dans l'escadre des galères. état. . l'Amiral de France ou en leur absence le général des galères. Gloss. Le musée du fort Nom Louvre possède un beau modèle de la Réale de France. ce qui m'engagea d'aler prier il M " l'intendant d'acorder leurs grasces. et on leur coupa ils les cheveux. lieutenant du faire les pour venir à mon bord la informations afin de rendre fait compte du subject de et mutinerie.

Et étant pour sortir le détroit. Je fus déla rade de Dôme par vents contraires et pris mer au 1 2 may j'ay croisé depuis aux costes d" Affrique et celles d'Es- pagne sans autre rencontre que des corssaires d'Alger avec lesquels nous étions en paix et qui nous évitoient de nous parler. est par les Anglais. l'on il me renvoya mes cinq mal mutins et Le Désert étoit attaqué de fièvre. étoit naturellement souffrant et en avoit souvent contre les uns et autres qui luy disoient ne vouloir pas faire comparaison avec un galérien. l'on m'envoya plusieurs bombes dont une surpasssa pardesfits sus nos mâts. sacs à procès. — Retour à Saint-Malo et à Honfleur. et vendits ma prise pour 2. et le neuf- . — Voyages à Terre-Neuve. et je prendre au large et il étoit leô*" juin sorty le détroit sans rien trouver. il s'en chagrina et mourut. — Voyage à Paris. et partis le 16 aoust. de Compagnie. Je prits mer 60 et 70 lieux au large des caps jusqu'à l'entrée de notre Manche sans rencontreet nous aprochâmes aux costes d'Angleterre le entre les Sorlingues et cap Lézard au 4° de septembre. pris IX — Doublet S"" — Relâche à Lisbonne. le — Retour à Saint-Nazaire.700 croisades dont la je payales à frais de ma relasche. — Tempête. — Historiette du Gotreau. 50 thonneaux de port n'ayant que du sale ble pour Je le conduits à Lisbonne pour y espalmer navire et y remettre des vivres. m'étant approché de Senta et du camp des quand je Maures. — — Doublet prend commandement de quatre vaisseaux Le 9^ avril je sorty du port de Marseille . qui pesait les — • Voyage à Saint-Domingue. un mois après estre rembarqué à tenu près d'un mois à la mon bord. Je fits les routes de m'aprocher de Cadix prits et les costes D'Algarves jusqu'au traversdeLisbonnequeje 1 un flùton angloisde l'est.CHAPITRE Croisières sur les côtes d'Afrique.

Le plus gros qui avoit vaut mieux se battre en braves. et nous convinsmes de croiser quel- ques jours par enssemble et n'ayant pas eu plus de bonheur dans rencontres que nous. et . mais il n'en étoit plus tems et Anglois marchoient mieux que nous. C'étoit aussy glois un Garde coste Anavoit pris et de 36 canons. fuir je le faisois 66 canons rûe. » Et jordonnay de serrer toutes nos virer sur luy. et ne se que trop tard. et l'engagera les » Cepandant pour moi-même. et M"" de la Rue en fuyant avec des Aucun homme n'osoit se présenter crainte d'estre écrasées. Nostre pont estoit couvert de nos voilles. et nous parlasmes. et poursuivit le je dits : De La- Voyant son camarade venir sur moy fort « M''% celuy qui nous poursuit n'est pas aussy ser le gros et puis que nous laissons encore dépaset le nous mesmes yrons d'emblée aborder celuy nous l'étourdirons qui nous chasse. il nous tirera l'honneur et le crédit. et comme nous allions reconnoistre nous prévindrent en donnant eux-mêmes vers nous. et dans ce tillac. et après sept jours de notre jonction nous ap- perceusmes pour les 2 navires proche de ils Lézard. m'atrapa à je portée de son canon il et il ne S"" m'entira qu'un seul dont ne fits aucun cas. que S"" le S*" Belière-le-Fer donné à les commander au De la Riie. et nos canons que nous avions désaisis passoientd'un bord à l'autre par les grands rouliede notre vaisseau nous fusmes pris sans pouvoir combattre contre une frégatte qui n'avoit que 52 canons nomée le Rie. bien. Mes officiers et équipage enmur: muroient. et prendrons à coup voilles seur avant qne l'autre puis revenir sur nous.1697 DOUBLET FAIT PRISONNIER 229 viesme nous aperceusmes un navire sur lequel nous chassions. Je criay à ennemis et ils dits : mit en peine de fuir M' De laRùe que c'étoit deux gardes costes «ce peut estre aussy des marchands ». et il nous fit nos signaux et auxquels uousfismes réponsce et nous nous joignismes. menues et pour re- moment mon grand mât rompit le à l'uny le du emporta et avec luy le mât d'artimon et le tomba sur à la le mat tra- de missenne cassa tout tomba mer. notre navire vint costéau vers saris pouvoir gouverner. et disposons-nous. Je leur dits il « Quoy faire ? si ce jeune il homme dira est pris c'étoit publiera que je l'ay abandonné. et forts navires s'il en échape que deux il marchands et quêtant luy seul n'osoit les il ataquer est allié des plus puissants de St-Malo.

je proposay à mon épouzede venir à mon pays natal y voir ma mère et mes parents.230 coups de retraite ils JOURNAL DE JEAN DOUBLET fut 1697 et aussy pris par les le Canlorbéry de 66 canons. J'ay eu mission d'alerà et une lieux en dehors soubs l'escorte de deux soldats qui tous les soirs me reconduiront à la cette satisfaction pendant un temps et avec grands frais de dépences. et à la fin de Tan 1697 Ton me permit de m'embarla querau dernier paquebot que paix fut déclarée. — la ne déteniez-vous plustots que moy officiers de marine ? » Et ils me dirent ils : « Ils n'ont pas esté sy bien . il me fut accordé perprison. présenter à ville la Et sur un que je fits la Reine. Etantde retour à Sainct-Malo. recommandées que ils vous Testes. où nous fusmes très étroitement logées à 3 et 4 officiers sur des méchants lits quant aux aliments nous les faisions achepter . Ferville et M" de Cochard avec leurs officiers de la marine furent ren- voyées avec leurs équipages en partie. L'on dépescha encore deux autres paquebots sans me permettre de m'y embarquer. en voilà une nez patience placet il vous » en partira encore d'autres avant vous. J'en fis mes plaintes à M'* commissaires de leur injustice que de renvoyer ceux depuis nous et ils me dirent : Nous renvoyons aloit la plus part de vos équipages et l'on nous avons ordre de vous garder jusqu'à ce que un ambassadeur qui je dits : nous renvoie en Suède et que les les « Cela n'a pas relation d'avec les Dunkerquois ont pris. et au mois de décembre l'on dépescha un paquebot avec 200 de nos prisonniers pour les porter à Sainct-Malo et faire un échange pour des Anglois. me trouvant démonté de navires et ne sachant quoy entreprendre. nous conduirent tous le 18 deux à Pleimuts où nous fusmes em- prisonnés septembre 1697 nous achevasmes de remplir la prison. et que j'avois un peu de bien dont je n'avois rien receu en considération domachère . ne nous ne sont pas sy connus et ils n'ont pas enlevé de navire dans ce port Ecosse et ils n'ont pas esté sy bons marchands en ne sont pas réclamés de M'"De Pontchartrain lettre. consolées comme et pre- vous Testes. » Pourquoy malouins. dans fort la ville et l'on nous les survendoit plus delà moittiée et estions observées par deux corps de garde. et deux jours ensuitte on dé- pescha un autre paquebot avec 200 autres prisonniers dont partie avoit esté les et les officiers pris depuis nous. Tenez.

1698 Mère. l'a Je l'acheptay et l'équipay simplement pour le conduire audit Honfleur nécessaire pour notre entreprise je fus comme et pour y faire des grandes barques et chaloupes. et nous appercumes une ouverture entre deux hautes montagnes de croire qu'elles estoient divisées et creusmes y trou1 ver nostre passage et donnasmes dedans jusqu'à 5 et 16 lieux. et après quoy pour a conduire aller mon épouse et nos deux enfants je et aflfrettay une barque pour m'apporternos meu- bles. et qu'il étoit VOYAGE A TERRE-NEUVE bon de vois à nos petites affaires. J'acceptay ces propositions affin et re- conduits mon épouze àSainct-Malo de disposer à nos affaires et pendant quej'yroisà Dunkerque ou Hollande achepter un navire. tous nos amis. car entré se fermoit. après que j'aurois pris du sel après cinq àSainct-Martinde Reyd'où je partis sur la fin d'avril. Marie-Magdeleine. née à Saint-Malo vers la (i) Nous connaissons trois enfants de Doublet de i6i)!<. baptisée à Honfleur le 27 août 1699 Françoise-LouiseMarguerite. lequel nous apprits quil n'y avoit pas de sortye nous retournasmesfort à propos sur nos pas. àlacoste il du Canada. la que et nousyrencontrasmesun petit navire de Grandvillequifaisoit le lieu route pouren sortir. et le semaines de traversée ayant dépassé grand banc à vert nous trou- vasmes devant nous un enchaînement de glaces qui m'empeschoient ma route. que lorsque je l'aurois a conduit à Honfleur j'yroisla prendre avec deux enfants que nous avions (i) affin de nous établir au dit Honfleur Je trouvay à Dunkerque un navire de 300 thonneaux et 16 canons qui me parut convenable pour notre entreprise. pour res les apporter à Honfleur où s'en étoit fait de grandsdébits au tempspassé. Je parcourus glace qui nous fit plus de cent lieux sans en trouver le bout. baptisée dans la même ville le 10 février 1704. 23 1 Et nous ensy je voulois treprismes avec une chaize ce voyage. . . et après que nous fusmes échapés nous fismes laroute la terre pour approcher du Cap Breton et dont nous eûmes lacon- fin Jeanne-Rose. et que nous ne serions que deux navi- du pays à faire ce commerce. . Et au commencement de mars 1698 et party pour le voyage du Canada. desquels une partie Nous fusmes bien reçns de me proposèrent que me tabler que nous ferions une petite société d'achepter un navire faire la pour entreprendre de pesche des morues au sec. et en arrière la où nous avions brume survint fort épaisse et l'avons crcu enfermé. letout arriva heureusement.

et je l'en assistele la mais que nous n'avons pas ce temps à perdre pour y attraper. l'arrivée sortir. je Ton prendroit possession d'une des meilleures places pour du navire et il y consentit. où nous aperceusmes à trois lieux au large un navire que nous croyons estre de Granville Ilétoit et nous luy parlasmes. et j'avancey près de quatre lieux dans cette . qui conjecturer y avoit morceaux de charbon aux environs une mine de et le ce charbon. la nommé le capitaine Tho- dit avoir party de il Rochelle le 3^ février et qu'ayant route jusqu'au 16 mars.232 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1698 mais nous y trouvasmes encore un grand banc déglace qui nousbaroit le chemin de notre route. arrivasmes courant au sud le long du dit banc. qu'il m'envoyroit sa rois. et en attrapasmes le bout. lieu de nos destinations.etil envoya aussitôt à terre deux chaloupes pour prendre du bois et je je me fis me porter àterre par curiosité de voir ce pays où à le ma dessente ramassey sur fit rivage plusieurs qu'il deterrre. undes siens L'ille qu'au cas de notre sé- paration premier arrivé à Percée. et que vouloit d'intelligence. mas. que je luy donnerois afin un homme et qu'il le m'en donnât. avoit rencontré les mesmes glaces que nous qui l'avoient empêché de passer plus outre pendant sept semaines etquepar les grandes froidures qu'ilsont ressentyils avoientcon- sométout leur bois à feu jusqu'à avoir décloué les planches du dedans et de leurs bords et mesme ont été contrainct de brusler des banques syavant la nuit tous leurs mâts et les vergues de leurs perroquets. et nous noissance au lendemain matin. et la reconnusmes pour la baye de Ste-Anne. et nous aprochasmes de ladite terre. coup de cari- non pour m'appeler. Et voyant que nous ne pouvions fis embarquer des provisions dans une de mes chaloupes conduire au haut de ladite bayeondonnoit une et me fis rivière afin d'y faire quelque découverte et avant de partir j'avois donné au casqu'il y eut apparence de pouvoir partir de tirer un mes ordres que. Je leurs dits que nous pouvions mouiller l'ancre dans chaloupe la baye quipa- roissoit devant nous. Sur voyai un de la nuit je me rendis à mon bord lendemain j'enles mes officiers représenter au capitaine Thomas que glaces étoient desendus par les courants vis à vis de l'ouverture de la baye et que nous ne pourrions s'il sortir qu'après qu'elles seroient dé- passées. qui nous fait la de la Rochelle. vent nous favorisa et nous donnasmes àl'ancre tous les deux dans dite baye sur les } heures du soir.

ny le advertir pourquoy. où j'appris que le capitaine Thonuit survenoit. et nous restasil fit beau clair et du haut de nos et mats onne voyoit plus de glaces. fait nous retrouvasmes d'autres glaces après avoir 8 lieux de je fits chemin. qui en les accomodant poula voient servir pour faire la pesche et l'obstacle des glaces.lé99 vière. et pendant 4 jours que nous restasmes je leur fits couper des bois pour de St-Paul et le les préparatifs la voille. il le pouvoir ti^ouver? et mettre mes gens au canons. et il yen avoit quantité. mais d'une aussy grande obscurité où péril. et les glaces ayant disparu nous mismes à Je passer notre navire entre l'isle cap St-Laurent. terre à portée d'un nous appareillasmes et rangions et moyen canon. je fus sur une petite où trouvay huipt chaloupes sur le terrain et. Je dessendis au dite baye nommée Niganich. et comme je et retournois à bord sur les un brouillard qui m'empescha de pénétrer plus 3 heures j'entendis un qu'il coup de canon nesavois que présumer voyant ne faisoit pas bon d'appareiller tant parles glaces et que la vay àmon bord sur les six heures. falloit mon équipage de nous Ils en ce lieu pour y faire nostre répondirent qu'ils le vou- laient bien. et sur une heure après après minuit nous entendions souvent des coups de ca- nons de ce navire que nous creusmes bien avoir esté transporté dans les glaces. de fis la pes- che. je voyant saison un peu avancée tenir proposay à pesche. où nous trouvasmes débris isle une autre petite baye où fond de la mouiller l'ancre. Le brouil- extrême et jugey très à propos de ne pas bouger. on trouva je le d'une carcasse d'un navire perdu. J'arri- mas avoit dans le brouillard appareillé sans « envoyer son homme. Je dits: Voilà un fourbe qui croit arriver « premier et lard fut il se trompe et se met dans un grand hazard. et je dits qu'il en dresser un procès-verbal que nous signerions tous l'ayant jugé pesche. VOYAGE A TERRE-NEUVE OÙ nous voyons de temps à autre plusieurs ours prodigieux dont un que le vent et je vits 233 une futaye d'ormes avoit avoit abattu 65 pieds de long portant à cette longueur 14 pouces de largeur et au pied trois pieds et 10 pouces de diamètre. utile pour le bien commun des intéla ressés et de l'équipage qui étoit engagé au tiers du provenu de et ils refusèrent de signer. et ensuitte . Il survint avant. et sur le Et à 3 heures nous n'entendismes plus les jour mesà la notre place. Le lendemain tomba une grande pluye.

et au 24 juin feste de St-Jean. de l'amirauté. Reg. qui ne meurt jamais fit Mais l'envie entreprendre à d'autres particuliers d'équi- per encore deux autres navires pour nostre rent mesme dessein et fuà avec nous à l'isle Percée et arrivèrent tous les quatre la bon port. causa bien des pertes. et mesme née 1700 ce fut encor nier voyage (i) quantité des morues il vente s'en fit à bien en resta bonne partie à vendre. entre les deux de bons gasons. et l'an- pis et qui Ace der- une de mes chaloupes m'advertit avoir veu une grosse baleine morte et échouée près du cap enragea deux lieux d'où nous étione établis. lieux peu fréquentés que tous mes officiers disoient que s'ils avoient cent navires il n'y en risqueroit pas un. et y reportasmes leurs vivres et toutes choses à servir à la pesche pour l'année ensuivant qu'il avoit fallu porter et rapporter et nous partîmes au 4 octobre. qu'il avait trouvédans cette ile abandonné sansvivres et sans asile. et en emplis loupes pour en rapporter. nos morues furent assés avantageusement vendues. (l) bre 1701 . 11 rapatria alors un sieur Pierre Remy. fait la Et arrivasmes avoit qu'un à Honfleur au 2ode novembre. navire qui avoit moyen et comme mesme pesche avec il n'y nous. et nous passâmes sans accident. ancien habitant de l'île Percée. et fut couverte de planche.234 passey entre JOURNAL DE JEAN DOUBLET les isles 1698 si Brion et la Madelaine. Je leur fit faire un bon logement par des doubles rangs de pieux. et vre. Voyant la deux banques d'huile. achevée ayant notre charge. j'en fits couper plusieurs grands mor- ceaux de lard et les portay à fondre dedans nos plus grandes chau- dières. car au mois de décemil entrait dans le port de HonHeur avec le navire le Repos Je la Patrie qu'il commandait. Je myfis porter et mesuray sa longueur qui portoit cent six pieds de long sans y comprendre la queue qui en avoit bien encore quinze. j'yrenvoyay deux chala mer avait enlevé le reste du cadaperte que nous faisions sur les deux derniers voya- Doublet veut dire son avant-dernier voyape à Terre-Neuve. et par la moindre prix. et au premier de juillet on commença notre pescherie. nous arrivasmes à l'isle Percée tout le premier et travaillasmes d'une grande diligence à nous cabaner et acomoder nos barques et chaloupes que nous avions portés par pièces numé- rotées. Il et sur la fin de septembre elle fut y eut quatre de nos gens qui voulurent bien rester à hiverner avec un pauvre habitant qui avoit sa femme.

1702 VOYAGE A SAINT-DOMINGUE il 235 n'y ges notre société ainsy qu'une des autres se rebutèrent. Un espagnol arrivé dans ce port sur le navire du capitaine Jacques Gaspard et ayant pris Doublet pour interprète exposa devant les officiers de l'amirauté qu'un capitaine Delaunay. et cet espagnol me raconta son désastre (i). sachant que nous étions en bonne paix le Duc d'Anjou qui y feut receu pour Roy. le navire sur lequel il était embarqué. le nôtre avec l'autre demeu- rèrent au fossé. de l'amirauté de Honlleur (2 et 3 décembre 1701). avoit esté que ayant appris le nom du capitaine forban et sachant qu'il désarmé et débarqué tout le butin au Petit-Goave. le Ramos étant trouva les muni de bonnes attestations du vol qui luy fut moyens de se faire aporterà Saint-Domingue pour des : réclamer ce qu'on luy avoit volé. un différent de mes intéressés qui vouloient fret envoyer notre navire charger à der. N'ayant pu obtenir justice auprès du gouverneur. que s'estant embarqué thagesme. gouverneur de Sainte-Croix et du Cap prit l'intérim et le titre de corn- . luy et plu- sieurs de sa nation ils partant de Portobello pour se rendre à Car- furent rencontrés d'un forban qui les pilla toutes leurs richesses et que luy dit Ramos y il perdit à sa part un les peu plus de quarante mil piastres dont et en avoit gardé connoissements. dcOaliffet. on adjusta les livres dix sols livres il du pour les gabelles. 1702. Et pendant leurs brouils il vint à notre ville un espagnol nommé Dom Bartolomé Ramos. et à la fin fut vendu par justice dont on a pas retiré cinq mil livres de ce qui en avoit cousté cinquante deux mil. avait capturé et pillé. Etla guerre survint au sujet de jou. les Anglois prirent M' le duc d'Anet Il ceux qui étoient à trois l'isle Percée brûlèsurvint rent toutes nos barques et ustensils et entre deux ou mon sel magasin. et eut que deux navires qui retournèrent. Ille et de Sainct-Domingue. forma si qui ne sachant notre langue s'inle quelqu'un savoit la sienne et maître de son auberge me l'amena. porta plaintes au com- mandant pour lors deux lieutenants du Roy Galifet (2) pour le (1) Le récit qui suit est confirmé par plusieurs actes des reg. sur un de leurs navires avec peu de force. (2) M. Les autres s'y opposèrent en voyant que je ne voulois plus le coman- comptes où ils dont le il y eut une contestation de trois eurent un procès qui a conté plus de mil en fraix et navire demeura au fossé à dépérir. l'espagnol venait en France s'adresser au Roi. avec l'Espagne par dit fait. à la côte de St-Domingue. commandant le navire l'Europe « dont il se servoit en qualité de forban ».

Du Paty. (iouverneur au lVtit-(îoave le 25 mars I7l3. qui le San-Lucar de Barameda pour affaire qui luy es- Ramos de sa toient de plus de conséquence. contrefirent faschées et aloient faire les firent au lieu de faire avertir les forbans le évader dans d'autres sant quartiers. Chevalier de Saint-Louis le 2} mars lyoC). Garde-marine. . Et le jouoit dit Ramos la la ayant appris et reconnois- que Ton faire ses prit résolution de passer en France qui pour remontrances à cour par l'ambassadeur d'Es- pagne qui luy obtint un son comettant l'entière ordre du faire Roy en joignoit aux dit deux susdits deux lieutenants de rendre au faire punir S"" Ramos ou à somme et de les forbants à peine de répondre à leur privé nom. Je luy trop sage pour le faire. et luy. capitaine et major à St-Domintjne de lÔQ. J'entrepris le voïage à mes la fraix. commandant la partie de l'ouest y rendait ) les ordonnances pendant cet intérim. ce qu'il me fit voir et me pria insle tiers tamment veu d'aller à cette poursuitte et qu'il m'en céderoit qu'il n'étoit pas en état de me rien advancer. je fus à je un navire prêt à et délivray le partir. me traita de mauvaises paroles et bien colère en me menaçant de me mettre dans un cachot dont on n'entendroit pas me regarda et de nouvelles. Et peu après que je fus arrivé il survint un religieux Augustin qui mandant en chef.) à ifHjy. me fit consentir d'aller avec le Et étant disposés d'aler à Nantes trouver des lettres au dit passage il sur- vint demandoient à femme et de sa famille. répondis : « Monsieur.236 département de ve. Le et Ramos vint me trouver et qu'il me prier de le passer avec luy à Sainct-Domingue me donneroit quart de ce qui luy seroit rendu croyant il la chose très seure avec de sy bonnes ordres. Mort en passant en France sur le Paon le 17 octobre 1723. attendu le départ de M. Ducasse pour la France. Fait lieute(1 nant de roi dans la même colonie le 3 février Unni. M. à St-Louis le H) novembre 1700 Lieutenant de roi au gouvernement général le 7 septembre 17-'!'. et pour toutes con- clusions je n'obtins rien en huit mois de poursuite au conseil de Sainct-Domingue lesquels s'entendoient comme larons en foire. et en 6 semaines Nantes où je trouvay débarqué au Leogane qui l'ayant leu paquet de cour à M"" de Galifet. et ils JOURNAL DR JEAN DOUBLET Leogane les 10J2 au Petit et M"" Du Paty qu'ils ils (i) Goiiajustice. lieutenant du roi. je n'ay ouy dire à personne qu'un porteur d'ordre du Roy » fut maltraité et vous estes Et il changea de ton.

cola mandoit une grande nons. et et provisions au bord. Et M*^ Morville et j'avois dépensé inutilement [i). mais envoyèrent au- deuxfrégattes légères de 24 à 30 canons qui ne tiroient pas tant d'eau que nous roient et qui ne venoient pour nous aborder vaisseau. et enlevé nostre ce qui nous engagea d'y met- (1) Bidè de Maurville. III. et fut joué comme moy. t. (2) Nous échouasmes proche des mangliers bres entrelassés qu'à peine les hommes qui sont des tissus d'ar- y peuvent passer. le je fis embarquer une partie de mes hardes même temps isle la parut cinq vaisseaux travers de la Gonave qui est une étoit inhabitée à 4 lieux de Leogane où notre navire nous reconnusmes grand cul devant petite rivière. et il flutte du Roy nomée partir et Gironde ayant 40 caet s'apprêtoit pour Et en me promis il au Religieux notre passage gratis. Nous les rebutasmes par ils plusieurs décharges de notre mousqueterie. et lorsque les pavillons anglois M"" De le Morville jugea à faire propos pour sauver son navire de tascher de le entrer dans l'en- de sac. Nous croyons qu'il existe de nouveau dans le passage qui suit une erreur de date. capitaine de brulôt en 703. lequel gagna le rivage et y échoua.1702 fit LE SIEUR GOTTREAU 237 jonction avec moy s'étant trouvé avec le S' Ramos pillé lors du dit forbant. fait capitaine de flûte le i»'' janvier 1696. mais à et trée le vent nous manqua voyant que nos ennemis s'appro- choient tirer nous mismes nos chaloupes en avant pour nous at- à terre et échouer pour ne pas nous laisser enlever. le dit Religieux prouvant avoir esté il de plus de et soixante mil livres piastres. et nous fismes nos diligences. Il mourut sur le Mai^nifique le l 8 octobre I 704. p. lieutenant de vaisseau. Je dis à M"" de Morville qu'il faire percer quelques trous dans notre calle pour y permettre à l'équipage de se débarquer faire entrer l'eau affin et de ne dage des brigandins et de defFendre l'abordes chaloupes. « Il (l'ami(2) \J Histoire navette d'Angleterre. I : . Les faits dont parle Doublet ainsi que son voyage aux Antilles se rapportent à l'année 1702. et nos ti- ennemis voyant notre manoeuvre nous cannonnèrent fortement. rant dans nos mastures pour favoriser et ne pas endommager deux falloit brigantins et leurs chaloupes qu'ils avoient envoyées armées pour nous enlever. fait mention de ce fait ral de Benlow) poursuivit un vaisseau de guerre du port de cinquante canons. nous cher- chons repasser ensemble en France bien de l'argent. 278. mais qui n'étoit monté que de quarante.

capitaine de frégate . ()8(j. mort le 4 novembre 1702. Lieutenant de vaisseau le i3 à Saint-Domingne le !"'• juin 1691 capitaine de vaisseau le l"' janvier lôqS. les deux escadres se cherchaient. treau de savoir ny belle voit la originaire de Dieppe. Dans le dernier.238 tre le JOURNAL DE JEAN DOUBLET feu à trois IJOl à terre différents endroits. Il Il n'y avoit ny procureur ny advocats pour se conssulter. où il faisait fonctionner une machine infernale. me vint chercher avec mon Religieux dans (i) John Benlow. mars 168(1. Il est surtout connu par le bombardement de Saint-Malo. en itii)?. et de dépit nos ennemis canpeu de domage. et le gendre de son épouse pro- cureur général du conseil. contre l'escadre française commandée par Ducasse. En effet. et nous nous sauvasmes simplement qu'avec ce que nous avions sur notre corps. Nous apris- mes seulement que une escadre et qu'ils c'étoit Benbou cherchoient M' Ducasse l'admirai (3) enfin (1) qui comandoit (2) qui comandoit une de nos escadres. Ducasse continua sa route et arriva à Carthagène le ? septembre. Ducasse qui n'avait que 4 vaisseaux livra aux Anglais cinq combats les plus longs et les plus terribles dont les annales maritimes aient gardé la mémoire (Ho août 7 septembre 702). gouverneur 25 juin 17 (3) I i. né vers i65o. D'Hamccourt. nomé M" Duquesnot. Presque tous les vaisseaux anglais furent mirent hors de combat. fut le et le tout conssomé par bourg de la le feu.. chef d'escadre le 20 juillet 1701 et lieutenant général des armées navales le 27 décembre 1707. il attaqua lui-même le vaisseau de Benlow qui fut j^ravement blessé. par ses croisières devant Dunkerque qu'il était chargé de bloquer et par son combat entre Ste-Marthe et Carthagène des Indes en 1702. né dans le l='' le novembre 1689. Et un nomé Gotsuccession avec une travaillants et vi- Rochelle n'étant qu'un tonnelier de profession sans A ny B. M" ses confrères gistré ses provisions luy defférèrent de rendre un raport sur un creut bien estre procèes qui étoit assées d'importance que l'on lui estre donné par dérizion. p. et l — i . Et par amys et obtint une charge de consl'ayant receu et enre- seiller qui l'anoblit. Elles se rencontrèrent entre Ste-Marthe Carthagène des Indes (côte de Venezuela). avoit hérité d'une belle et terre sucrerie et plus dcio neigres il honorablement. amiral anglais. Et plusieurs riches habitants s'efforçoient à qui nous auroit chez eux et de nous bien traiter entr'autres un M' Le Maire. Mort à Bourbon le (2) Jean-Baptiste Ducasse. nous nous trouvions presque déde repasser sitost pourvus de nos commodités et privés que nous l'espérions en France. Bénrn en i63o. et et nonnèrent Petite Rivière et ceux de l'Ester et très du Petit Goave sans nous faire que un seul homme fut tué et un qui eut une jambe emportée fait nous n'avons pu savoir ce que nous leur avons par nos canons.

perdant ne manqua pas d'en appeler. Et quelques jours après que j'eus veu les pièces du deffendeur. et dont le secret. Je trouvois que cette partye avoit grande raison dans ses demandes.monamy. il fut question de dresser dre rien non plus et raport. M"" Gottreau se prend à a rire et dire : Qui diable donc plus déraison? Parbleu. à changer quelques termes avec faire les noms des parties. je les ay bien puisque deux sacs et donne le gain de sa cause avec dépends. » me déIl barasser ce que j'ay à Je demande: u Hé quoy. M''' mes confrères me l'ont remise pour se moquer de moy et je me moqueray d'eux. Tout ce qui en peut arriver est que le ne vois goûte en cet le affaire. Je luy dits n'y enten- chercher un raport qui avoit esté rendu pour luy au subjet de sa succession. qui estes de Norj'ay mandie debvez estre au der. Le premier jour parla de rien . qu'il en fut sy aize divulgua comme il avoit fait. nous disant que nous luy fissions l'honneur de passer quelques jours avec luy. et on a pris à proverbe sur les . J'ay toujours ouy dire que avoit des balences en je la justice main et les yeux bandés. je say bien pour faire. je ne saurois mieux me tirer de cet affaire que par là.^)) m'est venu une bonne pensée. et nous emena. et fut m'en pria. et on apris depuis que et il son jugement futaprouvé au consseil de Paris. ma foy je vais peser les celuy qui pèsera plus je luy : perdant pourra en appeler au conseil de Paris. » Et pour contenter j'examine les écritures du premier sac. et luy dits fit de le copier pour que il mon écriture ne parut pas. avoit à à gages il me fit apporter par un jeune commis cès qu'il avoit deux sacs de papiers du pro: à rapporter et débuta fait « Vous . » Il me répartit : peut-estre le comprendez-vous le fort de cette affaire. Il dits « Riez sy vous voulez. il ne me et le qu'il landemain. » il se passera plus je vous prie de me garder il Ce que je luy le il promis et tenu. nous travaillâsmes dessus. navigation. ce qu'il et le porta par son comis. mer dès ma tendre jeunesse et ne me suis attaché qu'à la « Vous savez sy bien lire et écrire. je trouvois qu'il avoit « encore plus de raison. » Je luy esté en dits : des affaires je vous prie de m'ai- « Je n'y suis pas plus savant que vous.1702 TEMPETE 239 son carosse. au lever. et d'un an avant que l'on sache rien. Après avoir pesé. et et le demeura content dès la première audience. » Et je ne peus m'empescher de rire tout mon saoul.

en ouragan de mer nous renversa entièrement sur le et dont un rude coup costéde bâbord. et ce navire fut retardé demye par une voye d'eau qu'ils eurent paine à trouver et l'étan- cher. ainssy nous nous trouvasmes sans aucun mat ny vergues. L'on courut aux pompes et ne trou- vasmes que trois pieds d'eau dans notre calle qui y avoit entré le par nos mortes œuvres lorsque navire fut empenché sur le costé. coup de mer nous cassa nostre timon dans la mortoise du goulequel donnoit de si grandes secousses aux ferrures du . et faisant nos routes jusqu'à la hauteur de Bermudes que nous vismes étant à 7 lieux de nous. lequel tomba sur celuy de Misenne quy tomba aussy sur le . le capitaine Billoteau qui s'aprestoit à partir et que luy et son équipage dévoient passer et je fus par terre trouver le dit capitaine et arrestay et mon de 2 passage du religieux pour chacun ^oécus et que nous embarquerions des mois et volailles et rafraichissements. I703 à la il faut faire un jugement Got- treau. ce qui nous en dégagea. nous nous creumes tous péris et je sautay aVecun bon matelot sur le haut costé de nostre navire pour éviter un peu le dernier moment de vie. et nuitament sans pouvoir se servir de lanternes et à tastonsnous coupasmes tous les cordages qui les arestoient et heureusement un segond rude coup de mer nous frapa et nous nier fit passer pardessus. lesquels cassèrent tout. Je dits à ce matelot nomé André d'en faire autant et ce qu'il fit avec agilité cela fit rompre notre grand màt. Mais ce der- vernail. Je pris mon couteau et coupois les ris des grands haubans. quoyque voille nous n'eussions que notre seulle grande déployée et les mâts d'hune abaissés. Nous coupasmes le mât d'artimon. et ne peumes Rochelle partir qu'à la fin de juin avec un petit navire aussy de l'isle la nomé la Biche. mât de Bauprey. Et lorsque nous les eusmes dépassés d'environ 60 lieux nous fusdes isles mes frappés d'une rudetempeste. et le navire se redressa. Je ne peut trouver de passage que sur le mois de que M' de Morville ayant apris qu'au Petit Goave février il 1703 y avoit un moyen navire de 12 canons de la Rochelle. et nos mats qui étoient retenus le long de nous par leurs cordages qui les y arestoient.240 affaires JOURNAL DE JEAN DOUBLET embarrassantes . et nous débousquasmes pour de Sainct-Thomé.

toutes nos vonos moutons. notre timon de gouvernail fut ralongé et renférer par deux pinces de fer. et nous fusmes pendant ces espaces à la dérive au gré des temps. relasche. mais aucun de nous n'eurent un et de sec. Nous trou- vasmes une cage avec dix dindes noyées. mer dix de nos canons pour le soulager. et mit sur l'autre costé à travers au vent. de planches que ny avions reliez . et de quel costé nous pouvions (i) faire une Les uns étoient d'aler chercher Plaisance les en Terre Neuve et autres pour la Martinique. après quoy filet creus pouvoir changer d'une chemise et d'habit. em- Cependant je trouvay un expédient d'arester ce débat et de faire saisir d'un bord notre gouvernail et sans secousse. nous déclouâmes les ourlets et lisses de nos plats l'île bords d} Plaisansc. Je remontray que Plailes gros vents et les brouil- sance étoit plus éloigné de nous et que plus pacifiques et tous d'un lards y reignent souvent. sur la côte sud de Neuve. les vagues estoient en feu et plus hautes que des hautes montagnes. La pêche des morues y est abondante. de Terre- 16 . La tempeste dura trois fois 24 heures et la merétoit épouvantable. avec un beau port. Il se trouva dans notre entrepont un sapin de 18 pieds de long et gros de 9 à 10 pouces l'ayant renforcé par des quartiers dont nous fismes un grand mat. et il se tourmentoit Je je fits jeter à la extrêmement à rouler à faute du soutient des mâts. et notre pauvre navire arriva vent arrière sans mâtsny sentiment du se dit gouvernail. » On me Et je M' de Morville ainssy que tous en général dirent Dieu. Baie de l'Amérique anglaise du Nord. donna un verre d'eau-de-vie « Après fus caressé on ne le peut plus. Nous épluchasmes nostre biscuit qui nous mismes seicher au n'étoit point mouillé ou peu que soleil et puis nous le partageâmes égale- ment du petit au grand à chacun trois onces par jour pendant 20 jours. voilà notre sauveur. et lorsque cela fut apaisé nous tinsmes conseil pour nous réquiperde notre mieux. et que de l'autre costé les temps y sont commun accord adhérèrent à mes sen- timents. que nous salasmes par quartiers et une truye noyée arestée soubs notre chaloupe.1702 TEMPETE 241 gouvernail que nous étions dans les frayeurs qu'il n'évantat ou portais l'étambot. : Nous trouvasmes lailles six de nos hommes de moins et tout notre pain et biscuit mouillé et gasté ainssy emportées et que nos légumes. cochons et canards.

mais grillés sur les charbons nous en servions fort d'estre et apaisions notre grande faim. Je fus le saluer avec notre il debourg qui « avoit capitaine. Cela animales autres à en manque pas aux navires qui sont chargés de Ceux et qui s'étoient raillées de moy pour les rats la du goût. frégatte de 24 canons pour le Roy Voyez la note n" page l!<() . faire et nous attachasmes et trois avirons de chaloupe pour le mât menues pièces un mât de beaupré. lequel me dits de nous adresser au directeur du comptoir de Brande bons magasins. Plusieurs de nous disoient de nous y aler rendre. morceaux de cuir en poil à détrempe. ce torrent nous conduit en vue de de Sainct-Eustache habitée par Holandois. Et les 26" journée de route Fisle après. et sucre. où manqua sitots que j'eus salué le gouverneur Danois. la nous mettions des bouillir.242 JOURNAL DE JEAN DOUBLET et I702 en fismes un mât que nous reliasmes ensemble comme un fagot de misenne. qui est une prise sur les Anglois par de Beaumont (l ) (i) comandant une 'i. de la gaule d'enseigne en fismes d'artimon. nous en fimes cela venoit en colle et très puante. il sols. nous les firent enchérir jusqu'à un écu y prirent pièce étant devenus plus rares. et et du lard salé. voilles légères à proportion des mastures. et le lendemain après rien ne nous 27 jours de cette marche nous y entrasmes dans un bon port. Je mits opposay et fit connoistre à M' de Morville et au capitaine Biloteau qu'il n'y avoit pas de sens à nous mettre prisonniers. Et que avant attraperions l'isle la nuit nous de Saint-Thomé appartenant aux Danois avec lesquels nous étions en paix. Je dits à quelques matelots de nous atraper des n'en que je les payerois bien. Nous souhaitions encontrés de quelques navires ennemy qui nous peut la prendre. Et au bout de 21 jours. et après luy avoir raconté notre désastre nous dit : Voilà un navire proche du vostre qui est à peu près de faite mesme M"" grandeur. Ils firent des attrapes et j'en payé deux 30 prendre. ainsy nous fismes des vergues de toutes avec des barres de cabestan. mais échaufé et détrempé à l'eau de mer. Et nous faisions 16 à 18 lieux quelquefois 20 par 24 Il y avoit pour l'équipage un peu de bœuf rats. les médecins n'ont jamais ordonné pareil régime. et de nos menues voiles d'étay et des perroquets nous fismes des heures. J'en feu creut.

et pendant que Billoteau accrocha son navire contre la prise et de huit cade deux ancres fit nons et cables et ne laissa que . Je dits que c'en et que dans tout autre que nous n'aurions pas « Pour moy ny mes officiers ny équipage ne nous y embarquerons pas. prix de toutes choses. pays a bon compte. et le 1702 de ceport :nousdébouquasmes compte que dans le 9° septembre mesmejouret continuasmes partismes le (I) Le tnal de Sijtn des anciens historiens des Antilles. je vais affretterun bateau du pays pour nous porter à la Martinique. sy vous voulez venir. . lelyphus d'Amérique ou \a fièvre jaune.1702 de France pouvoir le RETOUR A SAINT-NAZAIRE et il 243 la m'a délaissé cette prize pour vendre s'il en trouve l'occasion. et me pria le lendemain d'aler arrester prouveroit. mâts d'hune le vergues et voiles. et on ville avec raison bien contents. la carcasse de la dite prise. Je luy demanda du temps pour répondre non et et voulut s'informer fis se trouveroit pas des mats du connoistre que tres où trouveroit-il des haubans. M'' de Mornavire me demanda raison sy je comptois encore me hasarder avec le du dit Billoteau après ce qui nous étoit arrivé. et trois jours après partit dans bateau. en vouloit cinq mille livres et nous tombasmes d'accord pour trois mil deux cents cinquante fut Je retournay à nostre bord en rendre compte. Il me dits : coûtera rien ny à votre moine. et étais et auil manœuvres. vous vendray Billoteau s'il le tout. qu'à die la » Je le remerciay et luy représentay la Martinique l'on couroit risque d'estre attaqués de (i) mala- de Siam et port que luy arrivé à il que nous serions aussy prêts à partir de ce la Martinique et étions au débarquement et je se fascha de ce il que le ne le voulut pas suivre. cordages. Je donnay les soins de faire faire le biscuit et se ramasta entièrement à des vergues. L'on des eaux et du bois nous fismes bonnes pro- visions de bestiaux et volailles étant à meilleur nos isles et deux bariques de vin. » Il faut que vous achetiez tout ou livres. il ne vous en estoit la échapé. voyez ce que vous men voulez donner. Le corps du navire a esté jugé incapable de retourner en la Europe et et les il en a pris dans sa frégate je » chargement. vomito negro des Espagnols. masture agrès vous seront propres. et qu'il m'a- fus au directeur lequel il me dit : « Je ne vendray rien. Je rien en particulier.

et je conseillayd'entrer dans la rivière de 3 Nantes d'où nous dit nousattrapasmes àcinq heures àl'anbord une chaloupe du chaloupe que cre devant St-Nazère. tomba à la mer et le navire en fut soulagé et nous étions sans aucune voile nous sentant proche de la terre. les négossiants s'estoient assemblés à la bourse s'informant il des navires qui avoient péry le jour précédent. nous mismes à cape jusqu'au jour que nous poussasmes à toute voile excepté le et y grand hunier dont nous avions moutier. car livres sur ce navire. et deux braves hommes montè- rent à la hune et coupèrent le mat d'hune qui . et la qu'il y avoit plus de 8 jours que nous n'ail vions pu observer hauteur. sitots débarqués de la tempeste recomença on ne pouvoit se tenir dans tomboient des maisons et de les rues par les ardoises. représentay que le temps étoit tout dis- posé à nous redonner une segonde tempeste au soleil couchant. Je leurs dits et donnay des lettres audit sieur de Montaudouin. lieu. Son pilote n'étions plus qu'à lieux et Il que et son équipage se mirent de mon costé. Nous affrétâmes une chaloupe pour nous porter à Nantes. et le lendemain il se trouva costeplusde 4 bâtiments. qui l'église. notre capitaine voulut faire couper le grand mat et m'y oposay. Il m'embrassa et me dit « Je suis intéressé de plus de 6 mil péry. où je débarquay sur les trois heu- perdu échoué à la res. et y en eut qui me reconneurent souper. et me firent de grands accueils me conviant à entr'autres M' René Montaudouin et M'' le Prieur me et : demandant d'où jevenois.244 JOURNAL DE JEAN DOUBLET i <j I702 nostre route pour France jusqu'au lieux octobre n'estant qu'à trente très de Belle isle nous fusmcs encore frapés d'une rude tem- peste où nous pensasmes encore périr. et et que n'ayant plus de grand hunier pour soutenir au vent nous péririons tous. vint à notre je m'y embarqué et le moine et quatre autres passagers et la nous ne fusmes pas . Billoteau y pensa et périr sy la tempeste avoit un peu duré. coupé la le mat. et sur les deux heures après midy nous reconnusmes le terre par la baie de Mar- capitaine Billoteau voulut reprendre au large pour reje luy gagner la Rochelle. j'ay receu des lettres dès le son départ de Sainct-Domingue et par s'il long temps je l'ay creu avoit esté pris j'en apris les nouvelles et hier je voulut . Sur les dix heures de nuit calma et nous sondasmes la trouvasmes 37 brasses d'eau.

et à la fin du repas me leut sa lettre et me dit « Vous ne il : m'aviez dit.1702 VOYAGE A l'on PARIS 245 donner 80 pour cent pour que qu'il le voulut.. il Et et me donna 25 louis d'or malgré mes refus. loin d'en prendre. Colonel d'infanterie en 675 i')!^3. maréchal de camp en (iSS. représenter dis je de M'"'' dres de sa Majesté tant pour luy que pour sieur Ramos. il me pria sy fortement et qu'il me mon épouse de nous et l'aler et du séjour à Paris et de notre besoin chez plus d'un mois nous nous laissasmes gagner. 1 . Je luy que je ne voulois plus faire de poursuites à mes dépends. m'assura et n'ay pas trouvé étant fatigué ei Je me deflfendis de souper à cause du ar- moine. après quoyilvint avec son frère Ber- tiereàmon auberge me prier d'aler disner et ne peut m'en dispenser. et il nous promit qu'en peu s'il nous présentoit pas il qu'il le feroit par quelqu'autre seigneur. J'avois aussy en vue quel- qu'entreprise. et nevoyoispas jour de pouvoir et que ces messieurs défrayeroit avec qui avoient eu le plus fort du butin des forbants nous joueroient toujours. II) i i . et que rien obtenir. lieutenant-général en l 6q3 maréchal de France en 7oJi il mourut en 71S.|. acceptées ce petit ^) présent. et au bout de huipt jours me fit advertir de brigadier en i Henri d'Harcourt. .e marquisat de IJeuvron fut érigé en duché d'Harcourt au mois de novembre 1700. Et ce religieux me vir prioit d'aler l'acompagner à Paris et luy serses lieutenants contre les orle de conducteur par mes amis pour se présenter aux pieds du l'injustice Roy. et le lendemain M'' de Montaudouin receu une lettre de son M"" capitaine Billoteau qui luy marquoit sy nous rivés au bon port nous faire le devons par deux fois sommes en vie et après Dieu à et Doublet que nous avons nomé notre debvez luy Rédempteur. et deux jours après je pris la route de venir chez moy avec mon religieux Espagnol 15 jours à nousrestasmes bien nous rétablir. [. . marquis de Beuvron. M"" de Montaudouin fit lecture la de la lettre devant Bourse. je say que vous n'avez pas gagné dans votre voyage. Nous y fusmes dans une auberge le faire sans pouvoir obtenir d'audience et pouvoir aprocher de sa (i) Majesté. né en if)5. J'eus recours à M' le mareschal duc de Harcourt dont j'avois eu l'honneur d'estre bien voulu étant à Dunkerque. et j'aurois pris votre passage mais je vous l'aurois en voyé sy vous aviez party et. vous ne payer son passage.

(3) Marc-René de Voyer. chevalier de SaintLouis en 1693. et ? nous dits : Que prétendez-vous que les lieutenants du Roy payent pour des forbans qui se sont échapés. M"" Roy fut à la messe et nous manquasmes de Duras nous présenta à Sa Majesté. capitaine des gardes du corps en 1671. conseiller au Parlement de Paris. en 1578. j'en ay des nouvelles. Le Père pas. Ce seigneur nous receut bien et de nous trouver le lende- main dans n'y la grande galerie avant que pas. né en i()52. luy dits en bon Espagnol : « Levez-vous. Il mourut à Paris le 12 octobre 1704. » Et vous retournez-vous aussi à Sainct-Dominj'y Je dits « Non. né en 1626. » Il ay perdu mon temps et n'espère pas en rien retirer. sur la rive gauche de la Seine. (tétait dans . Le marquisat de Duras fut érigé en duché par lettres de février 1689. mais cornent détint plus de « le dire quinze jours sans nous expédier. voilà « : les dernières ? Et puis il me demanda gue. expédier votre placet que vous redemanderez à M"" de Pont Chartrain Et nous nous retirasmes. Le religieux avoit son placet tout prêt. On sait que les Etats-Généraux se réunirent plusieurs fois aux Grands Augustins.246 JOURNAL DE JEAN DOUBLET le I702 dits d'aller nous rendre à Versailles part à M"" le mareschal trouver. M"" de Pontchartrain nous il créatures. né en l()74. ( |) Le couvent des grands Augustins était établi sur Vallée. Père. maréchal de P'rance en Kî/S chevalier des ordres en ()88. J'en tiray mauvaise augure et nous retournasmes à notre auberge à Paris de la part de M' D'Argenson (3). . et un jeune il moine adroit proclamoit habile de tous costés. 1 à Paris. conserva le département de la maison du Roi et de la marine du 6 septembre 1699 au !" septembre i 7 1 5. comte de Pontchartain. la première promolion des chevaliers du Saint-Esprit Philippe de Commines y était inhumé ainsi que le puète Rcniy Helleau. disant » : Nous » : y fusmes et il nous délivra un paquet bien cacheté ordres du Roy. se jetta à genoux je vais et le Roy (2). et l'enlevèrent une chambre à luy donner au grand couvent où le il se dit docteur en médecine. comte d'Argenson. sourit et ne dit rien. Et dès le lendemain vint (4) nous trou- ver deux religieux du grand couvent des Augustins nous dirent et que leur supérieur ne pouvoit qu'ils avoient souffrir un de Tordre en auberge. lieutenant-général de la police . revenez de- main. Monseigneur. » Tenez. où il nous de sa duc de Duras nous dits le (1) qui étoit de garde. {2) Jérôme de Phélipeaux. étoit bien content et je ne l'étois Car je savois que les deux lieutenants du Roy étoient ses au Roy. la l'emplacement actuel du marché de la chapelle de ce couvent qu'avait été faite. et eut beaucoup de gens de (1) Jacques-Henri de Durfort de Duras.

Sur cela il me dit : « Voulez-vous comander un vaisseau du . et à haut. compagnie de traite à laquelle le gouvernement espagnol avrit octroyé le droit d'importer des nègres dans ses colonies. en 1701. Je pensois à mes affaires. lesquels portoient de me rendre incessament à Rochefort pour faire le radoub du vaisseau du Roy nomé V Avenant et de ne l'armer que de 36 canons et 160 hommes dé- d'équipage et que toute chose ce qui concernait le me seroit fournie à l'arsenal touchant vituailles et radoub et l'armement quant aux la pences roit le . et M'" Pasquier et me donna congé pour affai- un mois pour reconduire mon épouse res domestiques. il me demanda ce que je faisois et que c'étoit domage que j'avois quitté le service du Roy.> Roy pour notre compagnie de la Siento (2) Je luy répondit qu'il m'en assura et me dits me fera bien de l'honneur et du plaisir. page 238.1703 SÉJOUR A PARIS 247 considération qui lomboient dans ce panneau et s'en faisoit traiter et en bonne foy il ne savoit pas son rudimen et atrapa bien des sots. pour les engagements des équipages comppgnie fournila nécessaire par M"" Du Casse. et Je voulois m'en revenir avec mon épouse. (i) (2) Il s'agit Voyez plus . directeur général de cette Compagnie Royale. Ce monopole fut accordé à la compagnie française des côtes de Guinée par Philippe V. vous ne pouvez mieux à qui donner com- mandement d'un des le vaisseaux. » Et je fus agréé. note 2. et l'on me dits que lendemain j'eus à me rendre chez M"" Pasquier. et il que dans quinzaine je fus le trouvera l'assemblée au grand bureau. : assemblée voilà un homme le dont je connois fort les capacités au fait de marine et qui a du service sur les vaisseaux du Roy. pour faire avec luy mes conditions d'en- gagement. de VAssicnlo. il nous pria sy fort nous défrayoit jusqu'aux carosses dont nous nous servions. où firent jenemanquay pasde m'y trouver. et un jour vers le mois de mars 1703 que j'étois en visite chez M"" Ducas (i) qui venoit d'estre fait Grand d'Espagne et lieutenant général des armées navales. etlorsque ces M^' on me fit entrer et M"" Ducas dits « Messieurs. je luy dits que je n'ay quitté que lorsque je n'avoisplus de patrons. et après ce pour disposer de mes terme expiré ordre de me rendre à Paris pour y recevoir mes derniers ordres. directeur à Rochefort. Celle-ci ne tarda pas à en être dépossédée par l'Angleterre qui fit de ce privilège l'une des clauses expresses du traite d'Utrecht (^maiiyi^i. et que je serois fort advancé. ce qui fut arresté. et après que je l'eus complimenté.

fait lieutenant de vaisseau en i 662 et capitaine de vaiseni66(>. Guérusseau Du Magnou. Rétabli dans seau grade en 11)72. capitaine de brûlot le l"' janvier 1703. fut condamné à mort pour avoir perdu le vaisseau \e Rouen. ce y avoit à faire au vaisseau. avril 1703. Et M"" Du Coudray Guymont (f) Voyez la note n» 2. Nos frégattes et vaisseaux ne furent aprestés qu'à sortismes la rivière la my de février la de Rochefort et fusmes à 1704 que nous rade de l'isle d'Aix huipt jours pour y recevoir nos rechanges et les poudres et munitions ensuite nous fusmes en la rade de chef de Bois pour recevoir les mar- chandises pour la traitte des neigres ainsy que les vituailles. page 134. l 708. l l 1 i . ayant fait un voyage dans une de leurs frégattes.248 Rochelle par JOURNAL DH JEAN DOUBLET I704 M' Hérault père et fils. M' Du Casse. police et finances de l'île de la 'i'ortue et côte de Saint-Domingue. iKil Capitaine de flûte le !"' janvier Mort à Brest le 2H mai 7 9. Le sieur de Fondât voulut prétendre commander disant qu'il étoit mon ancien dans le service de cette compasur l'escadre gnie. il fut nommé chef d'escadre le l"' janvier \6q'} et mourut à Rochefort le (2) I 706. 092 sous-lieuienant et (3) René Cuimont du Coudray. Faisant fonctions d'intendant de justice. luy demanda combien de campagnes il avoit fait au service de Sa Majesté. lieutenant général des armées du Roy. qui avoit toute direction. je fus chez M*" les officiers du port. . Commissaire ordonnateur le marine le 2 (4) Commissaire ordinaire de la 28 décembre 1703. et la Compagnie m'honora de me donner le commandement de nos quatre vaisseaux. écrivain do la marine ou 10 mai (3) l . ne sachant que répondre il luy dit de m'obéir oud'estre démonté (i) et le tout fut apaisé. L'on travailla au radoub des quatre à la fois. et aussy M"" Marin (3) capitaine de brûlot pour comander la frégatte VHer- mione de 30 canons pour porter aux isles de l'Amérique M"" Des- landes (4) intendant à Sainct-Domingue et directeur général dans toute l'Amérique pour cette royale compagnie. garde. J'arrive à Rochetort au comen- cement d'octobre. Après avoir salué M'' Begon (1) intendant et M'^ Du Magnou (2) et marquis de Villette pour lors comandant. que je fis avec beaucoup d'exactitude. dont j'étois fort connu et nous travaillasmes de concert au devis de ce après quoy qu'il me restoit les soins d'y faire travailler. La Compagnie nomma M"" de Fondât pour capitaine de la frégatte la Badinne et le s'' Barnaban pour capitaine du vaisseau le Faucon de chacun 30 canons et le sieur Desmonts capitaine de la frégatte le Marin montée de 26 canons et chaque de 1 30 hommes.

Mort à Rochefort le i3 novembre iyj. Chevalier de St-Louis le 28 juin lyiS. Fait capitaine de vaisseau le I"' novembre lyoS. Le chevalier Des Marchais y allusion au voyage avec Doublet. et nous nous séparasmes.5. . je repris le commandement lieutenant et capitaine d'artillerie de l6q2 à I 701. l) Sur un des vaisseaux que Doublet commandait se trouvait en qualité de major le che( valier Des Marchais. et fusmes tous ensemble à 120 lieux ouest des caps sans rencontre d'ennemis. On a de cet officier un Voyage en Guinée et attx îles voisines. fait impri- mé à Paris en 1/30 par les soins qu'il effectua du P Labat.1704 arriva aussi DEPART POUR LA GUINEE en rade du chef de Bois avec le 249 vaisseau du Roy VAlcion l'Ale de 5 2 canons et et plusieurs frégattes et navires flotte marchands pour mérique sieur nous composant d'une étoit de 46 bâtiments dont Du Coudray le commandant jusqu'à notre séparation et nous partismes 26 de mars de cette rade de chef de Bois. et sur nos quatre vaisseaux '.

— Il se prépare à un les Anglais. — Entrevue avec M. Ils coupèrent leurs câbles et échouèrent en costes plutôt que de se rendre à offi- nous. voyage dans Conclusion. La traite commençait au cap Blanc pour finira la rivière du Confjo. Il Il reçoit le commandement les d'un vaisseau de 40 canons. — Doublet Voyage aux côtes d'Afrique.CHAPITRE X à — Prise de dix navires. — Maladie de Douséjourne à la Havane. — blet. Whydah. — Retour en Europe. et nous descendismes à terre où nous trouvasmes une grande baraque faite avec facinnes dont Les navires en campaj. à Saint-Domingue. pour faire de l'eau et du bois. mers du Sud. (l) la cote . sur des Graines ((îuinée supérieure). Et l'ayant aproché nous le reconnusmes estre anglois et nous le canonasmes. — Il défend Toulon contre — Nous lieu fismes nos routes pour nous rendre aux costes de et la Guinée et de destination à Spada. de Pontchartrain. — Coutumes du pays. Nous envoyasmes des chaloupes bien équipées avec nos ciers qui le sauvèrent et mirent à flot. — Incendie de VApenant. — Traite des nègres — Conslruction dun fort. mais elle était particulièrement abondante en or et en noirs depuis le cap des Trois-Pointes jusqu'à la rivièrt de la Votta. — Arrivée à la Grenade. et en passant en vue du cap de Monte le sieur de Fondât sur la Badine s'en étant aproché plus que nous y apercent un navire à l'ancre et nous fit des signaux d'aller avec luyce que nous fismes.me de traite mouillaient ordinairement au oap Mesurado. ils venaient ensuite découvrir le cap des Palmes. — y défend le consulat de France. fut le première terre de ceste coste que (i) nous aprochasmes cap de Mesurade où nous prismes quelque peu d'eau et de bois et nous y trouvasmes quelques nègres qui nous vendirent un peu de ris.

et qu'ils avoient un des quartiers d'hommes pendus à des crocs autant. et ils députèrent deux des leurs et nous amenèrent deux hommes dont il y avoit un françoisnomé Pierre Roche. Nous rapatriasmes de ces naturels du pays étoient très farouraisins et ils ches et pour les amener on leur présentoit des canivettes et pots d'étain qu'ils n'avoient encore enlevés les re- cevoient à longueur des bras et nous les arachoient et fuyoient. excepté un jeune homme nepveu du très mangé en Ils présence la nuit précédente dont étoit fort afligé. de Bourdeaux. traitoient du bois en bûche jaune et busche de bois de il campesche et puis nous en alasmes avec ceste prise où n'y avait . de bassins d'étain et des petites canivettes avoient enlevé les Anglois qui composées d'eau-de-vie de grains et dans le haut du pays rempli de beaucoup qui marais et rivières inonde à nous de ce pays. ayant peur de nous se sauvoient dans pleines de liqueurs avec chacun leur charge. deux mesmes qui avoient amené le dit Roche et le le lendemain nous ramenèrent sa capitaine Anglois et reste de son dit capitaine qui fut il équipage.1704 les VOYAGE AUX COTES D AFRIQUE 25 I nègres du pays s'en étoient mis en possession et pilloient tout les bois ce qui étoit dedans. et qu'on le et qu'on leur fit en- tendre que lorsque les quartiers seroient mangés on leur enferoit fit boire dans un crâne où la chaire étoit en- core fraîche. mais que sy nous n'avons pas de compassion des seront tous man- autres qui ont esté enlevés qu'indubitablement gés par les Barbares qui sont antropophages. qui nous pris dits avoir esté affecté parce mesme navire à pour la Martinique la hauteur de Madère chargé de vins et et que luy dit Roche étoit le capitaine du la navire et que l'Anglois l'avoit envoyé son dit navire et les gens à Barbade. la fin leur A fla- chef nous présenta à nous capitaines chacun un petit bale signal teau de roseau qui est de paix et beurent en mesmes les cons etsumanisèrent avec nous par des signes d'amitié ny ayant au- cuns de nous qui entendissent leur langue ny eux tendre de nous amener qui sur le soir la nostre. trois et luy retenu sur ce navire anglois. et par signes montrant le navire anglois et la baraque nous leur fismes enles gens. Et sur cette déposition nous nous saisismes du chef et Il de dix autres leur députa les faisant entendre de nous renvoyer les autres. noméV Archiduc avec ils de ces gens.

promettant à tous nos officiers que lorsque nous arriverons tobello où à il un port de l'Amérique soit Cartagesne ou Pors'y doibt trouver un directeur de la compagnie que nous luy déclarerions tous les susdits effets provenant des prises. le ataquer. l'ayant reconnu navire Holandois fut etmesme du dit M"" Fondât luy. Je fis amariner par mes gens et officiers cette prise qui étoit une flutte de ^^o thon- naux et 24 canons. et étoit chargé de beaucoup de bons effets pour la traitte des neigres. à trente lieux au large et cinq jours après la étant éloignés viron de Sestre. et que ce qu'il nous adjugera estre pour nous que j'en feray faire les partages entre nous afin de n'avoir des reproches de la Com- pagnie.is JOURNAL DM JEAN DOUBLET rien 1 7O4 et dedans et nous laissasines les bois en buschcr. mais n'osoit l'aborder le croyant aussy fort que ce qui m'obligea d"y aller. 70 hommes d'équipage et nomée la Rachel d'Amsterdam destinée pour le fort de Mina où est le comptoir de Holande. la Badiane aperceut un navire sur lequel elle donna chasse. quel- ques soins que je peus aporter à les en empescher. et nous tira du canon pour nous appeler. poursuivismes nos routes. Et con- tinuasmes nos routes et fismes encore leur et dont nous en les quelques prises de trois brigandins anglois et de cinq brigandins portugois de peu de val- redonnasmes quatre à nos prisonniers pour reconduire ou bon leur sembleroit. ce fin bien défendu par nos engagements en vivions. dont il se guérit longtemps après. Et étant à portée Holandois je luy envoyay deux bordées de canons et il se rendit et nous l'amarinasmes.2)2 presque pi '. Le capitaine nomé Simon Roux fut blessé à la cuisse et au jaret. Mais cela m'attira autant d'ennemis qui vouloient posséles der chacun leur part pour qui nous étoit trafiques aux costes de Guinées. Holandois pour Roy de Dannemarc dont le lieutenant vint à mon bord savoir syje . l'un Nous fusmes devant et l'autre le fort le d'Acra où est deux comptoirs. et nos officiers et piller équipages de nostre petite escadre ne manquèrent pas de beaucoup de choses. et tout ce qui fut emporté dans mon bord de marchandises je fis prendre un état par notre écrivain du Roy et par nos commis préposés de la Com- pagnie et les fit enfermer dans une de nos sontes qui avoit esté vidée de biscuits. ce d'une bonne paix que nous me fut autant d'ennemis.

d'une largeur de d'une profondeur de 2 à () pieds anglais. débarquer que mier la très rarement sans estre mouillé des les flots. car on ne peut culièrement au ventre. les murs d'argille et couverte de roseaux. des nostres.1704 VOYAGE AUX CÔTES d' AFRIQUE 253 dits pil- voudrais traiter quelques effets de la prise Holandoise. Une lagune ou lac. I mille environ et Son aspect est très pittoresque. puis on vous présente un hamac attaché une bonne perche par chées de vostre long. et au cas qu'il soit comblé d'eau en passant la barre. faut mouiller l'ancre la dite de la chaloupe et se tenir au dehors des brisans de bare. et lorsqu'on a repris hardes du on change à sans estre à couvert. et il fait leurs n'y a d'eau que jusqu'à la ceinture d'un homme re- de bonne (2) taille. Etant arrivés. ils vous repeschent. Il fallut débarquer au rivage pour le trouver à deux lieux dans les terres où ets Roy en la ville de Xavier qui nets qu'un hameau de cabanes en forme du dessus d'un colombier. qui est toujours fort agitée et à l'abord presque impossible d'éviter d'estre mouillé. On l'aperçoit mer. . Enfin le 27 de septembre 1704 nous arivasmes à étoit nostre rade la de Juida (i). Whydah et Badagry étaient les deux grands ports de La la traite du golfe de Bénin. lieu de destination où comptoir sous direction du sieur l'aler Commets. Je luy ne le pouvoir faire et mes officiers demandoient leur part des la lages que je ne voulus leur acorder. puis deux ou quatre nègres et s'embarquent dans un canot et viennent vous recevoir avez repassent par dessus et qu'il est la dite ce que vous barre. les deux bouts du deux forts dit hamac. ce qui redoubla le pis haine et à contre moy. Et estant advertis qu'il est dangereux aux Europiers d'estre mouillés partil'on enfonce dans un baril ce qu'on a de bonnes hardes pour échanger sitots que l'on est débarqué et on at sur soy simplement que veste et culotte et bas. jusqu'à nostre aumônier qui étoit les de tous la animer. du rivage sont plusieurs neigres préparés à vous débarquer promptement et échouer le dit canot. dont elle est distante d'environ 3 milles. le et vous cou- et neigres chargent sur leurs épaules et vous portent jusqu'au comptoir parce qu'il y a plusieurs étangs pleins d'eaux à passer sur cette route. M' Gomat et autres comis nous de ville de Ouiddah ou Whydah fait partie du royaume de Dahomey. en pre- lieu partant Il d'abord dans chaloupes lorsqu'on aproche de barre. s'étend entre elle et la mer. ce qui en fortifications. mais les il en périt quelquefois baril.

et nous présentent bien à manger. et lorsqu'il nous conduit proche sans couler ses mains rideau et se mit à marcher par dessoubs sur ses genoûils passant par dessoub le dit pavillon comme une beste jusquà estre à portée de parler au Roy. en cette milieu de la salle nous suivit sur les qua- ainsy dire. et qu'il m'invitoit avec les autres capitai- nes de mon escadre au lendemain à disncr. et ladite basse cour sans pavés. le cul en arrière jusqu'à dépasser le dit pavillon. assise emplissoit une autre pipe pour fumer et vis-à-vis son estomac étoit une plus jeune fayence où le dit noire sur ces talons tenant un aflin vase de Roy crachoit qu'à nuit fermante. et après estrc reposés jusque sur les j^à 4 heures. et du costé de sa teste est une ouverture à cete alcôve. et luy annoncer notre ve- nue pour avoir son audience. au son du etc.254 JOURNAL DE JEAN DOUBLET 1704 çoivent civilement. tambour. L'on y entre par une basse cour quarrée. comme Le de le d'un ministre taille de la marine nomé le capitaine Asson. et aux pieds où étoit une sin négresse qui tenoit un baset luy de cuivre très salle pour luy servir de pot de comodité. et le figure s'aprocha le du cabinet Royal situé dans tit contre mur qui est un pe- enclos de cannes de roseaux où ce roy noir des plus noirs étoit couché sur une natte sur le costé apuyé sur son coude et fumant une pipe de tabac. capitaine A son audience il me fit Asson.ins avoir sorty du pays. on enteroit ces Reliques. A l'entrée est un corps de garde gardé par dix ou fusils douze noirs avec leurs de la salle est apuyées contre le mur. l'ayant apris dans notre comptoir. où à l'entrée est tendu du haut en bas une étamine pavillon de nos navires par careaux rouges et blancs. qui parloit françois 11 s. entourée de basses maisons. il me conduit avec un ministre d'Estat avec nos présents. et nous présenta . sa joye témoigna un de notre arrivée. et de nous seoir sur et les tabou- rets qui étoient C'étoit des sièges d'une masse il d'argille qui tres pattes ne peuvent estre remuez. et à l'entrée un sentinelle sans armes et la dite salle sans porte. Et se dressa en il revint sur ses pas en la mesme il posture. et puis nous disant d'entrer en la dite salle. les murs d'argile et couverte de rozeaux. homme très bien et d'esprit quoyque il noir laissa ses gardes à l'entrée de la cour de ce magnifique palais. dire par son ministre.

M"" Gommet m'en mes confrères. et je demanday au Roy 200 hommes et femmes pour bescher les fossés. ma santé et du Roy M' Gomet me de faire bastir prévint de fort demander l'on à sa Majesté la permission affin un au delà du passage des eaux d'y reporter les effects delà compagnie que débarqueroit venant de leurs jour estre transportées au vaisseaux qui ne pouvoient de mesme comptoir. aux deux lattes et boute de la salle qui nest planchée ny voûtée. puis du bœuf. voyant les roseaux et quelques lézards et couleuvres coure au travers. et des bassins de cuivre sur lesquels on changeoit différents faisoient cacafonie au lieu d'harmonie.1704 SEJOUR A WHYDAH 255 petit verre d'au-de-vie et puis nous retirasmes au comptoir où fus- mes souper et coucher. Et l'on nous servit du avec des poulies et force poisure. à demy bruslées. ce fut l'opéra fit j'aurois voulu en estre bien éloigné. veu que capitaine Asson étoit à riz table avec nous pour représenter sa place. Au lendemain. ce qui nous accordé. d'argille et une table fut dressée au milieu de douze tabourets placé à celuy plus proche de l'ou- immuable. et je fus verture de l'alcôve pour que le Roy me le fit entendre ces discours par un autre interprète. Après quoy nous visitasmes le lieu plus convenable murs tant de fortification et en dressay un plan en forme d'une citadelle à quatre bastions . les cuisses et les ailles sans brochettes. du cabrit et des poules en abondance. tirant des bottes de chaque costé. et que les neigres en voloient grande partie les nuits. et de la mesme terre qui est toute pria et argille la faire humecter la et pétrir par ces gens pour en dresser nos fut que des logements. Le Roy me l'honneur de notre Mais- boire deux fois de l'eau-de-vie à tre. vin ayant esté fourny et les serviettes par Le pain et et le M' Gomet. et il pendant nous accorda nostre demande. rôties. nous fusmes surlesunze heures introduits par le mesme ministre pour le disner. à ces et filles deux bouts étoient grand nombre de femmes de bouc parées bagues de tons et du sérail que chantoient à gorge déployées et d'autres jouent avec des cornes d'espèces de cilintres de fer où et calbasses il y avoit des laiton. d autres de courges ornées de cordont des. Ce fut la mesme sérémonie à notre entrée.

et travailla pour expédier notre î chargement celuy de la BLuiinnc. et il . pendant que deux gres et négresses au femmes chantoient une cadence au toient cette terre milieu. pour fondemens de 22 pieds réduit à 18 pieds. et des mesmes terres du fossé les nè- nombre de ^o la pilloient avec leurs pieds pendant que d'autres y jettoient de l'eau et formoient comme une dance ronde s'entretenant pardessoubs les bras. Nous fismes double porte et le pont levis des mesmes tillacs de ce navire et les herces du pont levis des plus forts barots avec je fits les chais- nes de fer destinées pour leurs vergues. les alignements du bord du fossey venant en dedans du et sur la en largeur. nous de plate forme canons des bastions et montasmes les 24 canons. lesquels creusèrent leurs sées sur les alignemens que j'avois marqués de 24 pieds de large sur douze de profondeur. formant un 5 rempart couvert en dehors d'un parapet de pieds à la base. Nous condannasmes la prise holandoise à coupasmes ses ponts par quartiers pour soubs les estre servir depiècée. et à l'entrée de la porte étoient soubs le terrain du rempart deux corps de garde celuy de la droite à costé de l'entrée. nous laissâmes à M'' nous délivra Commet 60 nègres logements à son et à loisir. et celuy de la gauche un peu plus en dedans de la place. et pour la première feis on célébra une grande messe et puis les canons du fort tirèrent et nos vaissauxy répondirent. savoir: une entre deux bastions levis. et y fismes un bon puits qui à douze pieds de profonds fournissoit de l'eau abondament. La saison nous de faire ses pressoit à partir. et à la se- première toise d'élévation et à la conde thoise sur 16 demie thoise sur 12 pieds. puis les autres apor- détrempée sur fort.256 et JOURNAL DE JEAN DOUBLET I704 et six demye lunes. Et puis arborer le grand mât d'hune avec un autre mâts ajusté par dessus pour y arborer un grand pavillon blanc sur le bastion du costé de la mer que l'on voyoitde plus de trois lieux. et sur 4 pieds de hauteur deux pieds d'épaisseur avec des créneaux de 4 pieds de distance. et puis les logemens Après quoy et Roy nous envoya plus de fos- 400 personnes hommes femmes. ainsy les bastions à proportion avec six embrasures à canons chaque et créneaux entre iceux. le deux et aux costez de l'entrée du pont magasins que je tracey.

pend avec un cordon de cuir du bout où étoit la queue pendue à leur col. autres des lézards. ennemis et ils et ceux qui sont convaincus de crimes sont les prisonniers vendus esclaves ainsy que leurs tretenir. les autres des arbres. ils sont six Ministres. et lorsqu'ils passent par les chemins les peuples se croupissent sur leurs talons et joignent leurs mains qu'ils frappent l'une contre l'autretrès doucement en baissant lateste et se relèvent lors- que ce ministre les a dépascées. se prit à rire et à le dire à son frère Marabout. Je m'en éloignay. qui pour distinction portent une peau de veau et dont les extrémitées en sont ostées. autres des chauves souris qui sont gros comme et des pigeons. le poil en dehors traînant de l'épaule gauche au genouil. Le grand marabout étoit le de ce capitaine Asson qui un jour qu'il fut me convia à disner.1704 et à la SÉJOUR A WHYDAH rafraîchissements la prise 257 du pays. Et luy donnèrent du Les uns adorent des cayemants. qu'il y alla et aporta sur ces bras ceste et il hideuse beste ca- ressoit. Et avant de quitter 1 ce pays j'en diray succinctement de leur Religion et police. me dit: « N'ayez pas peur cest ils notre fétisse » qui veut dire leur Dieu. des marmousets faits de terre plusieurs choses. Ils sont tous païens et idolâtres de différentes choses à leur fan- taisie quoiqu'ils aient un grand marabout frère et d'autres inférieurs. de guerre qu'ils qu'ils font sur ont autant de femmes en peuvent en- Quanta et la leur police. et laissasmesles valssaux le Faucon et le Marm à cause qu'il n'y avoit pas suffisamment de noirs pour leurs chargements. Badiane 450 et des vivres et Nous avions mis nos eaux et nos bois dans angloise V Ar- chiduc et aussy dans un gros brigandin portuguais pour venir avec nous. pain de mahis et le reportèrent. l'envie d'aller aux commoditez mis sur le me le prit et il m'enseigna un cabinet où m'étant siège j'aperçeu sur le mur vis-à-vis de moy un serpent vivant gros comme bas de ma jambe et qui la me regardoit fixement et dits J'eus frayeur et m'enfuitla culotte en main au capitaine Asson sy lequel c'étoit pour Il me jouer pièce qu'il m'avoit envoyé au ca- binet au serpent. cependant sont tous circoncis et ont et du judaïsme du mahométisme. Et attendant apresté. et partismes de Juida au 5 de novembre 1704. Le premier est pour la perception 17 .

le conseil ce guerre qui se réunit condamna à mort doux des principaux meneurs de la révolte l'un fut coupé en quatre morceaux. qu'il change et de lune en lune. L'autre ministre est ets pour la discipline des Guerres. i2lf) contient une longue note marginale relative à une révolte des noir? embarqués à bord de la li. gracieux. (^inq hommes de l'équipage furent tués.258 des droits du JOURNAL DE JEAN DOUBLET I7O4 Roy et pour Il le règlement delà justice et pourmettre à prix les denrées pour les subsistances. aux marchées. le second f. pour despescher et recevoir les couriers qui sont toujours de pied. point les lèvres grosses. grands yeux et un beau d'une taille de cinq pieds 8 pouces et et bien proportionné de corps et très poly reux. s'asiet sur l'herbe et on luy présente beaucoup du pays de plats de viande cuittes puis et des fruits mange assées suitte. Et lorsqu'ils sont arrivés au hameau ce Ministre étant monté tournoyé autour de tout ce qui est expose en vente et en dit le prix qu'on doibt les vendre. mais un des plus beaux noirs que l'on puisse voir ayant de beaux traits.tdiiic. fait. L'autre est nostre capitaine Asson pour la Marinne. Cette politique est pour ameilliorer et faire valoir chaque il hameau et puis il retourne comme l'autre ets venu (1). et bien du peuple qui les suive. : . et sortant du palais Royal il dit « Il ou tel village. qu'il » Puis il dessend à plat cul. et une femme porte sur sa teste une grande caisse de tambour ayant derière elle une autre femme qui avec ces deux mains frape toujours une cadence à leur mode. et selle il un tapis de thoille monte sur une bourique grise ayant pour de coton rayé et sans étriées et un mors : cabrit.iit pendu à la grande vergue. un nées bien front. parlant joliment françois et généfait Son frère n'est pas sy bien ny poly quoyque grand ma- (i) Le ms (p. sobrement. bleu ayant sur est habillé de thoile de coton rayées de blanc et la teste un chapeau de longue forme pointue garny nos sur les bords de petits rubans de diverses couleurs comme païsans aux nopces. et en donne à ses tambourineresses et gens delà il laisse ses restans à la populace. ne sachant écrire. on troque d'au- de bride d'un os de faut aler à un tel tres choses n'ayant autres espèces de monnoye que des petits coil quillages « nommées des bouges lune et lorsqu'il a fixé les prix tel dit : A l'autre ce marché se tiendra à un hameau.

notre route pour nous rendre au cap de Lopès. et nous envoyasmes nos chaloupes avec bien du monde pour nos expéditions de bois et eaux. Je luy présent de mon manteau France . ayant au fourchue. écarlate. eaux et du bois avant que d'entreprendre le trajet pour y prendre des de passer à l'Amérique et nous y arivasmes au i" de décembre 1704 avec la Badinne et nos deux prises. au nom du Roy Louis de nos gens qui s'étoient cabanées à terre pour diligenter notre travail m'aprirent que ce Roy et ces gens avoient pour couet chure un grabat sur 4 fourches eslevées de 2 à 3 pieds sans autre chose que des basions de cannes de rozeaux proche les uns des autres luy servant de paillasse et matelats. galonné d'or. et qu'il y avoit 5 ou 6 neigres pour le débiter et entr'autres un qui se disoit le Roy du pays. et qu'avant de se coucher ces gens luy amassoient des fagots de haziers où feu et lors petits il métoit le que tout estoit bien bruslé il poussoient les cendres et charbons tout chauds dessoubs lit et les étendoient de toute la grandeur de ce et puis il se couchoit à nud dessus pour consserla ver sa santé. ayant corps enveloppé d'une pagne ou coton rayé bleu et blanc. et nous n'avons pas de missionnaires dans tous ces vastes pays où il y a tant de royaumes divizées qui se font la guerre pour quoyqu'el- avoir des esclaves et ont différentes les tiennent toutes mœurs et religions de Mahomet. la Nous reprenons à 2 degrés au sud de ligne équinocxiale. On me raporta qu'il y avoit plusieurs buschers de bois coupé à vendre à très bon compte. Il avoit le menton une barbe longue de 4 à 5 doibs et à son col une médaille de plomb doré qui lui qu'il avoit tomboit sur qui luy fit creux de l'estomac. J'ordonne d'achepter tous les dits bois coupés. Et ce Roy se le fit aporter à mon bord. Et quelques des nostres furent à chasse des buffes. C'étoit un grand homme bien fait.1704 INCENDIE DE L AVENANT 259 rabou. et nous en aportèrent plusieurs quartiers que l'on ne trouvoit pas pas de mauvois goût excepté que la viande en étoit brune et un . eue d'un Holandois son cousin fits acroire que le prince d'Orange étoit et luy avoit envoyées et en faisoit beaucoup de cas. tant pour faire une prompte expédition que pour conserver nos équipages. sur ce que ce sein païs est très mal pour nos Européens. pouvoit estre âgé d'une soixan- taine d'anées.

Je Ils donner à chafa- cun un grand verre d'eau-de-vie. je gagné en avant du navire et courut sur le beaupré où je trouvé une petite chaloupe d'une de nos prises. comme un coup que la souterrain J'étois proche l'aumosnier qui feu et toute l'équipage n'avoit chasuble à mettre. Je courus pour m'informer cria au émues dessus se jettoient dans les chaloupes. qui obligèrent ceux de Biidinnc de couper les câbles pour se tirer des coups. coupour éteindre le feu. mais le feu gagna en plusieurs endroits les dans les cordages des mats. Nos étoient fort advancées le 7 décembre au que je dits à notre aumosnier que je le priois de se préparer à nous dire la messe de bon matin pour la faire entendre à nos équipages à cause de la feste de la Vierge avant qu'ils reprissent leur travail. à tirer le sieur le feu chambre la et ne peut se tenir debout l'embraza. posoient pour le et pendant ce temps les comis de faisois la calle dis- déjeuner des équipages. alors je me vis entièrement abandonné de Auber de sa Je m'exposay encore . et dont 3 il n'y avoit plus d'espoir de vie étant aténué travaux depuis plus de mois des fièvres et dyssenteries. Je ne pouvois les obliger de rentrer. la lumière se communile malheureux comis nomé Corbin. L'aumosnier dressa l'autel dès les cinq heures du mattin et entendit quel- qu'un de confesse. au lieu de boucher la s'assoir dessus. avec 6 de nos hommes. soir. furent à deux pour en tirer la d'une pièce qui étoit en perce et ostèrent chandelle de leur nal contre toutes nos déffences et aprochèrent cette lumière delà bonde de rut la dite pièce. et JOURNAL ceux qui furent D1-: JEAN DOUBLET chasse on I7O4 à cette me les raporta très malades ayant leurs esprits très égarées.26o peu dure. et en . Je n'avois pour lorsqu'un malade dans mon bord qui étoit le sieur Auber. nostre enseigne et mon parent. que tous nos canons chargées du feu tiroient des deux bords. et je les fis ramer droit en avant nous n'étions et échauffées la à portée d'un pistolet. je pris un sabre et la me jetay dans fis chaloupe et frappay et j'en blessay plusieurs et prenet et dre les sceaux d'eau. nous et l'on fusmes épouvantées. niqua dans l'eau-de-vie et pour avoir de l'eau que par atraction. et bonde de quelque nipes ou de défonssa et fit en peu la : pièce un bruit sourd. et avec bien de paine. dont vergues tombèrent à bas. Je d'une corde et ils me glissey le long et me receurent. tous.

1704 INCENDIE DE le l' AVENANT 26 1 qui étoient en mesme temps bonne feu prit à nos grandes poudres. ma frir sans mourir Lisle 1 Et en 50 jours je servir.. nos chaloupes couroient de tous costés et en sauvèrent environ une centaine. caissons de thoile et pitaine sans perruque la ny souliers. dans cette traversée nous atra- pasmes à et de Grenade. jettant sanc et du puts. nommé le Père . c'étoit en lieu de bouillon chaque jour peut-on plus soufration d'eau avec . et rique. et sans sa rencontre nous aurions esté coulées au fonds c'étoit une choze épouvantable de voir des noirs et neigresses nager sur l'eau épouvantable. des cin- my reposois sur un matelas très fois à la selle mince le et dur allant quante par jour. avec un bruit il tomba sur les reins d'un des nostres dans notre une pièce de bois qui écrasa ce pauvre homme. et petite chaloupe . le me donner la chambrette de son seje chagrain s'étant emparé de moy saisy d'une grosse fièvre et mal de teste. et des bas de Le ca- avec lequel Et j'avois il eu quelque froideur fit me fus receut sans compassion. il pesa tout biscuit et s'en trouva pour deux mois à chacun quatre onces par jour pour chaque homme. en morceaux. chemise. quoyque plusieurs avoient les fers aux pieds. qui étoit tourné à demy aigre et des viandes de bœufs et lards corrompues. fil n'ayant que des a étrier. qui ne donnoient aucun secours. lieutenant de Roy. M"" De Bouloc étoit gouverneur et M'' Gilbert. les et me survint une dissenterie lienté- comme mon il équipage partye sauvées dans ce navire et les vivres noirs falut retrancher faire le ayant un trajet de plus de quinze cents lieues à lorsqu'on avant de pouvoir recevoir aucun secours. cependant gond. Mais un PèreCapucin. J'acheptay de quelques matelots trois à huipt testes d'ail. et d'abondant pour les officiers de la chambre à chacun deux moyens verres de vin. et les requiens en grand grand nombre les dévoroient. où me fits débarquer avec un le petit mousse pour me Je loué une petite loge sur bord du port. et la quatre gousses dans un petit pot avec deux onces de mon biscuit que je faisois mitonner et y répandois une cuillerée de très méchante huile. et je me retiray au bord de la Badiane presque tout nud. dont la plupart estoient endomagées par le feu. ce qui dont j'en mettois moitié de étoit très contraire à ma dissenterie et fièvre continue. et le vaisseau sauta quantité.

Je présentay une requeste à tous les capitaines eî au gouverneur de m'octroyer le comandement de notre prise yArchic{uc avec un ou deux de mes officiers pour nous faire gagner des gages pour nous récupérer d'une paret nous fusmes refusées. faisant s'échouer à toutes voilles route pous Cartagesne. que nous la avions laissés à coste de Guinées. faisant mesme une voye d'eau. et il me presta cent cinquante pias- que depuis je luy ay rendues avec bien des remerciements. Un mois après arriva aussy nos deux autres navires. et Mais comme il ne devoit sitôt faire son retour en France et devoit aller à Cartagesme et ailleurs. je mon brile remerciay et le priay de m'assister de quoy réquiper gantin. et il m'envoya un matelas et tram'offrit le passage et sa table. et qui n'avoit d'expérience que de deux voyages sur mer. ce qu'il fit obligeamment. fut nuilammeht sur un banc de rochers où tous périrent . le brigandin portuguais qui étoit tout désagrée de maneuvres et voilles uzées. Enfin après deux mois de séjour à nos trois vaisseaux et s'estre \e Marin et V Arbien rafreschis et repris des vivresd'eux. affin de me conduire des- sus à Sainct-Domingue y trouver M"" Deslandes. mais comme le sieur Griel mon le lieutenant et moy protestasmes que nous nous obligions il de la conduire à Sainct-Domingue. avec un vaisseau du Roy de 52 canons quivenoit de prendre le fort de Sarelione en Guinée sur les Anglois. disant que ce seroit tie de nos malheurs : faire affront de destituer le lieutenant qu'ils y avoient pozé. savoir chiduc suivirent leur destination pour Laguaire coste Espagnole. nepveu de M' Saupin. et il eut compassion de mon pitoyable état. versain et une tres courte pointe. où seroit vendu au profit de compagnie on ne peut plus nous le refuser. La : Badiane qui avoit embarqué mes officiers la et équipages et les capitai- nes de nos prises.262 Jean-Marie qui d'œufs et JOURNAL DK JEAN DOUBLET servoit visites I705 et de curé m'asista de quelques poules dont je luy de ces ay eu obligation. Intendant et Di- recteur pour luy rendre compte du malheur arivé et me procurer le passage pour France. Et dans cet intervale ariva M'' Guérin. refus. je Après ce deniandey le commandement de nostre autre prise. et le ils aimoient mieux abandonner dit Brigantin dans le port dont le Gouverneur voulut en profiter et disoient incapable de pouvoir naviger.

j'achepté un me porter par terre et louay un il nègre pour me con- duire et porter des vivres. qui demeuroitau Leo- gane à 70 lieux par terre pour lu}.1705 excepté le capitaine SÉJOUR A SAINT-DOMINGUE S«" 263 qui s'échapèrent n'y trouvèrent Frondât. ille et 7 à8 liommes dans un canot sur une voisine inhabitée où ils que quelques lézards et tortues qu'ils faisoient cuire au soleil. présenté à fit M. et m'y a retenu renvoya chez 4 jours à me procurer tous les soulagements qu'il peut et mon nègre conducteur pour m'épargner et m'en donna un autre pour vril me conduire au Leogane où j'arrivey sur la find'apM. Intendant Directeur général. et un bateau de Cartagesne les sauva par hazard. et un habitant chaM"" Rossignol. sentay mon raport et luy demandey sa protection. Fon- taine Directeur. nommé y avoit près de 30 ans fort à son aise à L'ille de Sainct-Cristofe fut dépouillé de tous ses biens parles Anglois et s'est venu établir en ce lieu. bien me disant compatir à mes paines et misères que j'ay sou- fertes et à soufrir sur ce que j'avois bien et qu'une aussy grande compagnie. étanchèrent sa voye d'eau. car n'y a pas de maisons ny ou cou- cher que dans les bois jusqu'à Artibonnite. lequel me receut d'un air froid. Deslandes Intendant. Le Faucon fut très heureusement à Portobello. où j'arivey la <. Et ne se trouvant pas de navire pour aler au Leogane. à 20 lieux de Leogane.présenter mon raport et justifications. que j'avois connu il ritable. et qu'il . avoient bien fait des ennemis à combatre que des gens de mon équipage je luy pré- de mauvaises déclarations contre moy. et y avoit quelques de mes gens. et vendre neuf trouver M"" M^ Fontaine et me dits qu'il me faloit aler Deslandes." journée et n'en pouvant plus. où sentay vérifié pré- mon rapport que j'avois devant le juge de la Grenade. des écrivains du Roy de notre Escadre. Le Sieur Griel et Vattier mon nepveu avec et dix de nos matelots caresnèrent notre brigandin. quoyque toujours dans cheval pour l'infirmité de ma maladie. ainssy luy remit le Brigantin qu'il mil livres. Nous le réquipasmes de notre mieux et de mon argent nous (avril le ravitaillasmes nous partismes de la Grenade fait 1705) et en huipt jours je nous arrivasmes au Cap François de Saint-Domingue. je scrois Il me dits de le garder pour mes justifications lorsque en France.

l'Intendant. et en fut dire j'alat autant à M. et pour plus de seureté il le chirurgien m'ouvrit la veine au pied dont n'en sorty aucun sang.264 JOURNAL DE JEAN DOUBLET en voulant servir veu que la I705 me nuiroit plus compagnie a esté tou11 jours persuadé qu'il étoit de mes amis et que sans paroistre pour moy. une bonne lieux du logis où l'on avoit fait creuser ma L'on m'avoit jette en bas du dans place et l'on m'enssevelissoit que c'estoit presque finy. qui m'avoit promis mon passage. L'on demande porter et lit carosse de mon dit S. (]ourlH)n-l5loiiac. et me pria d'aller demeurer chez luy jusqu'à l'ocasion de pouvoir m'embarquer pour France. Fait le vaisseau en vaisseau le i" novembre i(iK(). je n'étois pas bien soigné et que Madame son épouse avoit tous les soins possible. et l'Intendant lequel consentit que fit chez M'' Duquesnot. disant que l'air étoit meilleur chez luy et que M'' l'Intendant n'ayant pas de femme. Et bien un mois après M. Et effectivement bonne dame Duquesnot eut de gran- des atentions pour vaisseau du M"" De ma je me soulager et plus d'un mois après ariva un Roy de ')0 canons nomé le François commandé par Corbon-Blenac (i). et puis lant sur demanda à me voir. ny pouls ny mouvement de vie. L'on me posa une glace sur la bouche sans y apercevoir d'atament. capitaine de enseigne en lôj!'. la disposer son carosse pour my porter. Duquesnot. Procureur général du consseil. me fit donner une chambre chez luy et un petit nègre pour me servir et or donna à son maître d'hostel d'avoir soin de moy et que rien ne me manquats. que lorsqu'il étoit prêt à partir pour France mon tes- tombay dans une létargie pendant plus de six heures et sans aucune connoissance. et puis leine. Et ayant je fait mais maladie redoubla. il me rendra des meilleurs services et par ses amis. receu mes derniers sacrements. Retire lieutenant . (1) Le chevalier François de 1671). à fosse.le K novembre 1712. . qui manda dans ces François qui M"" De Pontchartrain par le le vaisseau partoit pour France. Intendant pour mon corps la à l'église de l'Ester. mes malheurs et et il me fit bien des amittiez et me consso- m'off'rant de l'argent des services. Le chagrain s'empara de mon esprit et je retombay plus mal que cy-devant. étoit venu voir M. L'on le le me creut mort et l'on lettres à l'envoya direà M"" l'Intendant.

1705

MALADIE DE DOUBLET
du cerveau
et
:

265
par
le

lorsqu'un débordement

me débonda
mort.
»

nez par

un éternûement jetant
L'on
s'écria

par
Il

la

bouche un sang noir
L'on

et

pourry.
décousit

en disant

«

n'est pas

me

et délia aussytots, et l'on

me

remit sur un matelat, où l'on s'aper-

ceut que

mon pied saignoit et qu'on n'y avoitpas mis de ligature. Madame Duquesnot fît venir du vin qu'on verssa dans un bassin
le la

d'argent et trempa son mouchoir avec une dentelle et m'essuya

nez et

bouche m'arosant
et

les

tempes.

Mes yeux

s'ouvrirent, reet l'on

venant de

mon entousiasme

{i) je revins

en connoissance,

me me

fit

prendre un cordial
le récit

du bouillon qui me
et puis M^"

fortifièrent, et l'on

fit

de tout ce contenu,

l'Intendant eut

la

bonté de

me

venir voir et m'encouragerainsy que

beaucoup d'hon-

nestes gens, mais j'étois dans des grandes faiblesses. Et les Pères

de

la

Charité de Sainct-Jean de Dieu m'étant venus voir

me

solli-

citèrent d'aller chez

gnance
gea d'y
soins

ils

me

eux y demeurer. Et voyant que j'y avois répureprésentèrent que tous les officiers du Roy qui
Et effectivement
leurs bons

étoient malades n'en faisoient aucunes dificultées, ce qui m'engaaller.

traitements et

bons

me rétablirent mes forces, à la diarée prêt, dont ils ne peurent me garantir non plus que d'une fièvre lente. Mais cependant au bout de deux mois je me trouvois en un état de pouvoir m'exposer de repasser en

France à
et

la

première ocasion.
religieux de
la

Et

il

survint chez les

bons

Charité un

nomé

Rouleau, marchand

intéressé sur un navire de trente canons

nomé

le

Duc

de Bretagne, de Bourdeaux,
il

lequel sieur Rouleau

disna avec ces bons Pères et moy. Et
grain qu'il voyoit un voyage
la

nous comptoit son chaet

ruineux

pour luy

sa société,

que

plupart de ces vins s'estoient gastées et qu'il luy restoit encore
il

bien des effects en balots de thoile blanchies dont
avoir débit. Je pris la parolle
:

ne pouvoit

«

Vous voyez que ces marchandises
Je luy
1

ne sont que peu de débit. Je say ou vous pourriez vous en deffaire
avec advantage.
faudroit aler à la
j'ay
»

Et

il

ouvrit les yeux.
Isle

dits.

«

Il

vous

Havane
et

Espagnolle, à

50 lieux d'icy, où
la

un bon amy

parent

qui est directeur de

compagnie de

(i)

Le

texte est bien ciitcjusiasmc; le

mot propre

serait

syncope en léthargie.

266
Lassieiito et

JOURNAL DE JEAN DOUBLET
commissaire de marine
pour
le

I705
et
il

Roy,

nets pas

permis aux navires françois d'y négossier mais bien d'y relascher
au cas de nécessitées, et pour y parvenir il faudra faire une voye d'eau au navire lorsque que l'on sera prêts du port et faire bien

pomper lorsque
visiter

les officiers

du port viendront avec une chaloupe

ce qui vous engage de venir.

Vous demanderez

le

secours

de pouvoir entrer pour étancher votre navire et estant entrées vous ne manquerez de vous deffaire de tout ce qui vous reste. Il
trouva l'advis
capitaine
si

bon
dire

qu'il partit

sur

champ
je

et fut

l'annoncer à son

nomé

Javelot,

et

le

lendemain tous deux
devois

me

vindre

trouver et

me

que puisque

m'en

retourner en

me donneroient

France que j'acceptasse mon passage sur les vaisseaux et qu'ils leurs tables et un lit dans leur chambre et que

n'avois que faire de provisions et que j'avois
grastis et qu'ils partiroient aussitots

comme
huitaine

eux

le tout

que

je le

voudrois. Je leurs

dis

de s'aprester
des

et qu'il

me

faloit

bien une

pour aler
tous

remercier et
j'avois bien

prendre congé de plusieurs honnestes gens auxquels
obligations,
»

et

ils

dirent

:

«

Nous serons

prêts pour ce

mesme temps.
et le prier

Je fus

chez

M.

l'intendant luy

com:

muniquer
«

la

choze

Je viens de recevoir des lettres de

Martinique, lequel

me dits M, Miton, intendant de la me mande que sept à huit hommes de votre
de m'estre favorable, lequel
des plaintes criantes contre vous,
et particu-

équipage luy ont
lièrement

fait

votre aumônier et
les

un pilote
vous

de votre
que,

pays, lesquels
l'incendie

ont

suscité

autres

contre

dans
et

de
tes

votre

navire

vous

vous sauvastes

le

premier

emportas-

une malle

dre d'or.

où il y avoit plus de cinquante livres de pouEt qu'étant à l'isle Grenade vous n'avez daigné les serépondits à

courir d'aliments ny d'habits. Je

M^

l'intendant qu'il

pouvoit connoistre par
là,

le

raport la fausseté et malice de ces gens

mis aux arets

que l'aumosnier avoit ce venin contre moy depuis que je leurs pour ces mauvais déportemens en blasphèmes et
je

avec nos négresses; que ce pillote
prise dont
il

l'avois

fait

capitaine d'une

falut le
le

que m'étant sauvé
et calsons,
il

déposséder par ces friponneries avérées, et dernier et par dessus le beaupré en chemise
pas probable que
j'eus

n'étoit

rien sauvé

non plus

1705
que cette quantité

DÉPART POUR LA HAVANE
d'or,

267
il

puisque en toute

la

coste de Juida
:

n'y

« Je vois bien en a aucunement. Et sur ces articles il me dits des malices qui vous seront advantageuses, car M"" Miton me

marque que

les autres n'ont
les avoir

voulu signer disant n'avoir connoisla

sance que de ne
leurs ayant dit
dits
:

voulu norir à

Grenade au cabaret
la

;

d'aller à
je

bord des vaisseaux de

compagnie. Je
eu
le

«

Monsieur,

sorts

du tombeau,
fait

et j'ay

temps de
le

pensser à
greffier,

ma

dernière fin; j'ay

mon

testament qui ets chez

marquer mes volontés comme je les ay faites sy j'avois eu quelque mouvant à disposer; j'y ay marqué ceux de quy j'ay emprunté pour que mon épouze leurs rende. Obligez-moy en grâce d'en faire tirer un extrait et de l'envoyer à
je n'y

aurois obmis de

la

compagnie
Et
il

et

vous
le

me

soulagerez

mon innocence

et justifica-

tion. »
dits
:

me

promit en m'embrassant tendrement, et
fort à

me

«

Vous aurez
«Jeluydits

combattre envers tant de testes qui se
lorsqu'il s'agit d'in-

laisse

éprendre sur des raports faux ou vrais
:

térests.

Puis
bles.

il

me

dits

:

«

Dieu est juste et que sa volonté sois faite. » La compagnie a fait des pertes très considéra«

Voilà

mon

vaisseau péry

qui

étoit

d'importance puis

la

Badiane et V Archiduc qu'on
que
resté
les

avoit richement chargé

pour France
nets

Anglois ont repris. Le Marin est

condamné incapable de
Il

retourner.

V Hermionm
le

qui m'at
dits

apporté a aussy péri.

que

Faucon.

>>

Je luy

que

j'avois apris

que tous ceux que cest mon

qui font

comerce des nègres ne
je pris

profitent jamais, et

malheur d'y avoir entré,
Je
fut

congé.

adverty par M"" Rouleau de

me

rendre au Petit Goiiave
fut et

étoit le vaisseau à 14 lieux

de Leogane. J'y
(1),

futreçeu par

M"" de

Choupède-Salampart

lieutenant de vaisseau et lieute5

nant du

Roy au Petit Goûave où je fus Nantes nomé Le François, habitant en me
pria

jours.

Un
il

marchand de

ce quartier,

me proposa
je

de recevoir de luy deux balots de
deffaire et
la

thoile
la

dont

ne pouvoit se
seray à
et

de luy en procurer
metoit sur
le

vente lorsque

Havane

et qu'il les

prix

du premier achapt,

(1) Marie-Gobert Salampart de Chouppes. Nouveau garde-marine le !•' janvier 1699, enseigne le 20 octobre 1703. Investi des fonctions de major au Petit-Goave le 21 octobre Capitaine en pied à St-Domingue, le 20 avril 706. Mort le 2 août 1717. I 7o!3.
i

268

JOURNAL DE JEAN DOUBLET
il

I705
du
profit, et

qu'après avoir son principal

me

donnoit

la

moitié

que ce qui luy reviendra je le délivrerois à ces amis dont il m'avoit donné le mémoire. Je demandey la permission de les embarquer à
tis,

M' Rouleau

et

capitaine Javelot qui

mêle permirent gra-

et

l'isle

nous partismes du Petit Goiiave pour passer au sud de de Cuba, où deux jours après au grand matin étant éloignés

de plus de 4 lieux de terre nous nous trouvasmes engagés dans rochers qu'on nomme Cayes presque à fleur d'eau et d'une ou

deux brasses en dessoubs que nous creusmes ne pouvoir échapper de vies, mais notre capitaine en segond nomée Ozée Baudouin monta au haut du grand mât et commandoit avec dextérité
au timonier tantots tribord et puis bâbord et puis droit,
cela
qu'il
il

comme

nous

faisoit

passer quelquefois entre quelques de ces cayes
la

n'yavoit qu'un peut plus que

grosseur de notre navire, pen)

dant une heure etdemyeet plus de

lieux de ce mauvois passage
teste,
et

que
dont

les

cheveux en dressoient à
et les fièvres

la

heureusement nous

échapasmes,
exposés. Le

me

quittèrent pendant plus d'un mois,

cause à la frayeur du péril ou nous fusmes décembre 1705, nous arivasmes devant le port de la Havane, M"" Rouleau s'embarqua dans le canot pour aler demander la permission d'entrer pour étancher l'eau que faisoit son navire, et je luy donnay une lettre pour M' Jonchées où je luy donnois advis de notre manège, et que sy l'on refusoit l'entrée à nostre vaisseau qu'il couroit risque de couler au fonds, et que tout au moins il obtienne la permission de me débarquer pour
j'en atribué la
13''

pouvoir rétablir

ma

santé, et

il

mena

le sieur

Rouleau chez

le

gou-

verneur et les magistrats, lisant et interprétant
il

ma

lettre

comme
la

l'entendoit.

L'on

fit

quelques

difficultés

sur ce qu'il nets pas

permis de recevoir aucuns navires étrangers excepté ceux de

Royale compagnie de Lassiento, mais
du Roy
écriroit
il

comme

étant commissaire
qu'il

leur protesta

que

s'il

arivoit
et

du mal à ce navire
d'Espagne, ce qui

en

aux deux Roys de France

les inti-

mida

et

accordèrent l'entrée, et nous envoyèrent une chaloupe
visiter notre navire savoir
s'il

avec deux officiers pour

faisoit

de l'eau

comme

nous

le

disions,

et

dès lors que

nous aperceumes cette

chaloupe venir ayant un pavillon Espagnol nous fismes un trou et

lyO)

SEJOUR A LA HAVANE
les

269
deux pompes, et l'on nous dits
le capi-

laissasmes entrer l'eau, et Ton faisoit jouer

nos gens

contrefoisoient

estre

bien fatigués,

et

d'entrer. Et M""

Jonchée

vint au-devant

de nous dans son canot
navire entra

couvert d'une tente pour m'amener chez luy et advertit
taine

Javelot

comme

il

devoit se comporter,
et

et

le

toujours jouant les

pompes

avec empressement l'on demanda

un magasin à louer pour y débarquer ce qui étoit dans le navire afin de pouvoir trouver son eau, et l'on enfonssa dedans des futailles

vides toutes les

marchandises que l'on porta dans
des vivres.

le

dit

magasin parmi
faisoit plus

les futailles

Et après quoy
la

le

navire ne

deau dont on marqua
et elles furent

bien de
les

joye par les pavil-

lons, et

nuitamment on enleva toutes

marchandises
et

chez les

achepteurs

vendues advantageusement

dont M*"

Javelot et Rouleau se

contentoient de m'en remercier sur

mes
té:

bons conseils

et

furent dix à douze jours sans

me

voir ny

me

moigner
«

d'autres
je n'ai

reconnaissances dont
fait

M""

Jonchée me

dits

Monsieur,

ces choses qu'à votre seule considération
qui seroient

et

vous avez procuré un grand bonheur à ces gens

ruinées sans vous. Je vois que ce sont des ingrats et qui
fuye, mais je veux qu'il vous en revienne tout au

vous

moins plus de
le

deux cents pistoles

et
il

vous méritez bien plus.
répondit
:

»

Je

priay de ne

leur en pas parler, et

«

Ce
ils

sont des vilains,

sans vous

ils

Cest une bagatelle pour eux. auroient reporté ces marchanla

dises en France, et je leur

en

ai

procuré

décharge et

la

vente où

ont profite de plus de 120 pour cent de leur adveu, Laissées
faire,

moy
en

me

dit-il,

parbleu, vous estes ruiné de votre voyage et
I

de votre peu de santé, vous vous estes endepté, hé
a-t-il

combien vous
}

coûté pour vous rendre à Paris chez vous
les

Laissées les
partir

venir,

je

veray

»

Enfin

ils

se disposoient
la

pour

et

il

compagnie de la Siento, ayant chaque îo canons commadées par M*" de Vaulezard et Leroux, officiers de la marinne. puis une frégatte de 24 canons par
ariva
le sieur

deux vaisseaux du Roy pour

Cosny, tous

le

5

trois

capitaines bien

de mes amis qui
bourses. Et

compatissoient à
M""

mes malheurs,

et m'offroient leurs

Rouleau

vint trouver M""

travaillats à lever leurs

Jonchée le prier qu'un de ses commis expéditions pour partir pour France. M'"

270
Jonchée leurs
dits

JOURNAL DE JEAN DOUBLET
:

1705
ne vous laisseray

«

Rien ne vous presse,
pris

et je

partir qu'avec ces trois navires lorsque je

lesaurey espédiez, car sy

malheureusement vous estes
dire aux

au sortir d'icy où sont toujours

des navires de guerre anglois,

votre équipage ne manqueroit de

ennemis que ces

trois navires sont icy et les atendrois au

débarquement, cela
des deux cours. Et

est trop de conséquence et j'en serois blasmé
je trouverois

une bonne occasion à vous démais vous estes des mengeurs

dommager de
de lard puant

votre retardement par un bon fret que je vous don-

nerois en chargeant vostre navire,
et

des
la

vilains qui

ne méritez pas mes atentions.
si

Ne

me

devez-vous

commission d'avoir vendu

bien vos effects et

vous ne m'en parlez pas.
auroit-il

Ne

la

devriez-vous pas à tout autre et
votre valet. Et

peuy

réussir.^

Vous me prenez donc pour

vous estes sy vilains de ne pas reconnoistre

les advis salutaires

de

mon pauvre
capitaines

parent qui a tout perdu et qui est infirme, et qu'à sa

seule considération je vous ay rendu d'aussi bons services. « Les

du Roy y etoient présents lesquels dirent qu'effectiveque du moins ilsauroient deub me présenter mil piastres. Et M"" Jonchée dits « Il m'a prié de ne « mais je suis piqué. » Là rien demander », parlant de moy « Il est vray que nous avons mandessus Rouleau et Javelot dits

ment

ils

estoient des ingrats et

:

:

qué en luy et en nous, vostre commission vous est légitimement deub et à M"" Doublet nous luy donnons 500 piastres. »M^ de Vaulezard et Le Roux dirent « Cest trop peu. » Mais M. Jon:

chée

dits

:

«

Cest assées, car mesme
sur cela

il

ne vouloit pas que j'en
:

parlats, » Et

M. Jonchée

leur dits

«

Alées préparer

votre navire pour recevoir des poches de tabac en poudre et cela

vous produira un
1706. Et

fret

de plus de 40,000
je vais
le

livres et partirez

dans un
»

mois avec ces messieurs que
il

expédier en

mesme

temps.

fallut

caresner

vaisseau

La

Renomée comandé

par M"" Le Roux, et l'on avoit pozé des sentinelles Espagnols sur

quay près de ce vaisseau pour garder qu'on ne débarque pas des marchandizes, parmy les agréez du dit vaisseau, et un sentile

nelle s'aviza mal a

propos de repousser du bout de son
M""

fusil

un enmal
à

seigne de

la

Renomée nomé
tira

Langlois, qui se sentant
le

propos frapé

son épée et culbutta

sentinelle sur le careau,

iyo6

DÉFENSE DU CONSULAT FRANÇAIS
la ville

27 1
qui
les

ce qui causa une révolte entre nos gens et ceux de s'assembioient en grand

nombre en armes

criant

:

«

Tue, tue

gouverneur du chasteau très imprudent Attirer un coup de canon et soner le tocssain pour alarme et s'enferma avec sa garnison, que c'étoit un désordre dans la ville où autant
François.
»

Et

le

de nos matelots qu'ils rencontroient autant de tuées. Et M"" Jonchée fut manqué de deux coups de fusil alant pour apaizer le tumulte, et sa maison où j'étois fut incontinent investie. Je fit fermer et bancader la porte de la rue et fit faire un retranchement en

dedans de tous
dans
la

les bois

d'un buscher pour en empescher l'entrée
la

basse cour voyant qu'ils enfonssoient
fits

porte à coups de

haches. Je

dresser quatre périers en batterye et bien chargés
la
il

à mitraille bâtant à

porte au cas qu'il eusse ouverte pour en y avoit une grande galerie en dedans au-

tuer une partye. Et

tour du logis où

il

y avoit

deux escaliers que

j'avois

pourvus au
des

haut d'une quantité de grosses pierres pour jetter au besoin et
j'enfoncey
la

porte du cabinet de

M' Jonchées pour y prendre
Le
cuisinier s'étoit

menues armes, poudres

et munitions.

muni de

ses broches à rôtir et les Espagnols ayant aperceu nos préparatifs

par un trou qu'ils avoient

faits à la

grande porte se retapirent. Le
fut

contrôleur de
je

la

compagnie nomé M' Galeux, deux
pistolets

sy eflfrayé quand
qu'il

luy présentay

pour nous défendre,

ne

fut

par maistre de son ventre, qu'il gasta toutes ses

culottes et nous
je tairay

penssa empoisonner.
le

Un

enseigne de M"" Vaulezard dont

nom

à cauze qu'il est

gentilhomme
fit

et
le

fils

d'un brave capitaine

desvaissaux du
soubs
le
lit

Roy en

autant que
et

controlleur, et se cacha

de M^" Jonchée
la

économe de

maison, prits

une flandrine nomée dame Catherine les deux pistolets et me dits. « MonIl

sieur je ne vous Elle vint avec

abandonneray pas.
bien à temps sur

faut

deff"endre notre vie. »

moy
de
la

la

terasse dont j'aperceut qua-

tre échelles contre la muraille et des
piller le trésor

hommes

qui ymontoient pour

compagnie qui
avec

estoit à costé, elle et
les

moy

ren-

versasmes une des échelles

abandonnèrent
la

les

gens qui y estoient et ils deux autres que nous atirasmes avec agilité sur
des cailloux qui nous furent tirées. Je fûts

terasse et les jetasmes dans nostre basse cour malgré plus de

vingt

mousquetades

et

272

JOURNAL DE JEAN DOUBLET
la
:

1706
la

dans un balcon donnant sur
criay en langue Espagnolle

rue au-dessus de

grande porte

et

«

Messieurs, que voulez-vous Pet que

nous vous avons
percale bord de nous te le dirons.

fait. »

Un

mon chapeau,
»

coup de mousquet partit et la balle et on me cria « Ouvre la porte;
:

Je

fits

deffensse à Caterine de tirer sur aucuns
dits; «
»

pour ne

les

pas

iriter

davantage, mais je leurs

Ouvrez
de

la

porte et vous verrez

comme nous
gouverneur à

vous recevrons.
la

Et dans

le

moment
dats, et

j'aperceut

le

teste d'une trentaine

sol-

Don Leaureano
me

Dastorès qui venoit gouverneur de Chailqu'ils

lacola, et M""

Jonchée tout ensanglanté
dirent d'ouvrir
la

amenoient tous d'un

visage guay et

porte et

faisoient évader tous

les assiégeants.

Je fus

faire ouvrir la

porte et fus

embrassé de tous
!

et postèrent
«

corps de garde soubs notre

grande porte en disant

Vous

estes par votre

vigilance en vie et
j'avois prise

seureté. » Et admiré

rent les précautions

que

pour

résister.

Je demandé

à

M'fJonchée ou
et
il

ilétoit blessé

voyant autant de sang sur son habit,

me

dits. «

Cest
ils

qu'ils

ont asasiné un malheureux jeune
fois

homme

entre

mes bras et
Et
je

m'ont manqué par deux

de coups de mous-

quets.

ner, car je
et

on

a

vous prie que Catherinne nous fasse donner à dismeurs de faim. » « J'en suis comme vous, luy dis-je pas fait de feu à la cuisine mangeons du pain et buvons

,

du

nous souperons mieux. Mais votre controlleur et l'ensseigne de Vaulezard sont sy saouls que le premier a défonscé
vin et ce soir
sa culotte, et
est
dit

on crève auprès de luy de sa bonne odeur
lit.

;

l'autre

couché dessoubs votre
:

»

M""

Jonchée

prit le

sérieux et

Parbleu
»

!

cest bien mal se
fut

comporter dans une
mais
qui les
avoit

pareille ocails

sion.

Et les
la
:

trouver croyant les gronder,

luy firent
puis
ils

adveu de
vint

faiblesse de nature
«

maitrizées,

me
:

dire
ils

Pardié, vous me l'avez donnée belle;
fait pitié

j'alois les

gron»

der, mais

m'ont

et

mon
la

dit

que vous estes un intrépide.

Je dis

« Ils

n'en ont pas veu
la

moitié, songées à fermer votre ca»

binet que j'ay forcé

porte pour avoir des armes et munissions.

Et

il

m'embrassa

très
et

tendrement, et

nous eûmes trente deux

hommes massacrés
gens
core un quart

7 à 8 bien blessés, sans que nos pauvres
il

fissent résistance, et

est certain

que sy cela

avait

duré enles

d'heure que

M. de Vaulezard

avoit

disposé

1706

RETOUR EN FRANCE
la
ville

273
les auroient

quatre vaisseaux à canoner
bouleversées,

et

chasteaux et

ce qui auroit cauzé de fascheuses
jolie
ville

suites

et

un

grand domage, étant une très
plus

et

le

plus beau port et

comode qu'il y aye, je puis dire, au monde. Le six février ensuivaant entra en ce port cinq vaisseaux du Roy
le frère

partye de l'escadre de M"" d'Hiberville(i) dont cette partye étoit

comandée par
Sérigy
(2),

de mon
et

dit sieur d'Hiberville
fait

nomé

M'" de

lesquels revenoient d'avoir
isles

descente
le

et pillé sur les

Angloisles

de Nieve

Antigue et prirent

prétexte de re-

lascher à la
dirent à
la

Havane pour y racomoder
alèrent

leurs vaisseaux et

y ven-

sourdine pour plus d'un 1/2 million de piastres de leurs
ensuite en France avant nous. Les deux
le

pillages et s'en

balots

que m'avoit confiées M""

François au Petit-Goave

me

produirent, pour

ma

moitié du profit, 427 piastres et à luy autant
j'ay bien

avec son capital que

payé en France au sieur Pomenié
500 piastres des sieurs

suivant l'ordre que j'en avois, et avec les

Rouleau et Javelot cela me fit un grand plaisir, et nous partismes ensemble 4 navires soubs le commandement de M"" de Vaulezard (3) dans le vaisseau l'Indien et il me fit rembarquer avec luy où il m'a traité comme luy mesme. Nostre départ fut au 10* mars 1706 et avons esté trente huit
jours

à nous rendre à

Chef de Boys, rade de

la

Rochelle, sans

mauvaise rencontre que au dehors des pertuis nous rencontras-

mes

trois navires

de guerre anglois qui nous vouloient taster nos

Mais nous fismes figure d'aler à eux et ils se retirèrent. Je débarqué à la Rochelle le 19 may et y fut quatre jours pour obtenir une place au carosse de Paris. Je m'étois chargé du soin d'y
forces.
faire voiturer

une grande cage où

étoit 30 perdrix

de

la

Havanne

qui ont

la

teste

bleue et les yeux bordées d'un grand cercle

(1) Pierre Le Moine d'Iberville, promu capitaine de frégate au mois de février l (592, nommé capitaine de vaisseau le I"'' juillet 1702. Il mourut à la Havane le 9 juillet 1706 sur le vaisseau le Juste qu'il commandait. lieu, (2) Joseph Le Moine de Sérigny, fut fait enseigne de vaisseau le l"'' janvier 1692 tenant de vaisseau le i"^' janvier i6g6; capitaine de vaisseau le l""" février 1720. Mort le 12 septembre 73.4.. (3) Juchereau de Vaulezard, nouveau garde-marine le i 5 mars i6g3. Fait enseigne et capitaine à la Louisiane en 1703. Retiré et passé à St-Domingue en 1713. Mort dans

fut

;

l

«ette île en 1729.

Son fils a été avancé dans le service grand d Espagne.Journal Je Datipeau. où j'étois recomandé à 1 honneur de sa protection pour me présenter à M de Pontchartrain dont je craignois l'abord. p. » Mémoires Je St-Siino. t. né en 1641. XIV. Je présentay à son Altesse de M' Jonchées. chal de Bourgogne et gouverneur d'Anjou. Et au bout de deux jours m'y mena dans son descendre au l'anti- carosse quoyque j'étois très mal habillé. et lorsque ce prince eut leu ces lettres Reposées-vous ». je luy dits : « Mon prince. » d'Arco. Et me fit servir proprement à « il me dits : manger. décodé en 1666. dit Saint-Simon. fils aisné de M' d'Armagnac. chevalier des ordres du roi. grand (2) Louis de Lorraine.274 rouge et JOURNAL DE JEAN DOUBLET devant leur poitrail I706 une (i un émail noir et blanc. Et étant arrivé à Paris. ancienne maîtresse de l'électeur. grand écuyer. Elle s'appeloit étant fille M"» Popuel. comte d'Armagnac. Madame d'Arco est morte à créoles i( nomment — elle faisoit fait une grande dépense.. il luy dits le subjet et elle le pria de m'y servir. en Flandre. elle ne consiste que dans une petite malle que j'ay laissée au carosse ».. grand écuyer et en survivance (2). i?". de l'électeur de Bavière. mourut le écuyer de France. comte d'Armagnac. sénél3 juin 1718. vicomte de Marsan. mourut à Paris (1717) où elle donnoit à jouer |3) tant qu'elle pouvoit. gouverneur d'Anjou. pied de l'escalier du Il fut droit Ministre et m'ayant introduit dans chambre. meneray à Versailles vous présenteray au Ministre Madame d'Arcos luy demanda pourquoy. "VIII. t. où il me dit d'y rester pour aler à il Versailles avec luy. il entra au cabinet et parla bien une demie heure à et luy représenta M' de Pont Chartrain mon malheur c'est le et innocence (1) Le mariposa est \e un oiseau du genre bengali. 97 et 98. que chez lui on appeloit le maréchal d'Arco. de Brionne. et avoit été « Cette comtesse longtemps maîtresse déclarée. M' le comte Briosne. et à la fin a été p. étoit fort belle. Il me demanda où j'avois laissé mes hardes. je me fit porter avec les cages à l'hostel d'Armagnac. car il avoit disné et et me dits : « Dans deux jours je vous ». ajoute Dangeau. . pinson de la Louisiane que les pape. dont et qu'il maria au frère du général de ses trouil a eu le chevalier puis comte de Bavière. est une fille de Flandre. M"' d'Arco. Paris où pes. Et il l'envoya quérir et la fit porter dans une de ses chambres. sur ce qu'on l'avoit à faux informé contre moy. Il était fils de Louis de Lorraine. où qui étoit avec je fus bien receut de son Altesse (3) favorite Madame la comtesse d'Arcos les lettres de M' l'Electeur de Bavière qui eut sa part des petits oizeaux. et aussy autre cage remplie de petits oizeaux curieux nomées maryposa et azulettes de que M" Jonchée envoyoit à son Altesse.

à Paris. directeur général. et trou» Il vent les occasions de se venger par des faussetez. Subdélégué intendant. ciay Je le remer- humblement de ces grandes boutées. Mort en congé. Et il luy au pavillon de la grande écurye. seigneur de Senneville. et il me dits : Alées et ne manquez » de m'informer de tout ce qui pourra vous arriver. Il j'ay repris peu de forces que Votre Grandeur me « Elles se mit à rire et ne sont pas grandes . vous voilà M' Deslandes m'a écrit « Il l'a creu. qui me receut froidement et doucement Il car c'est un bon et honneste homme. Monseigneur. fait : Ce- pendant vous avez de grands ennemis qui m'ont écrire par « Mr Miton gneur. y a plus de six mois que vous étiez enterré à Lester ». et le me débarrassa du cercueil. faire changer de sentiments. puis esté lié. puisqu'il presta son carosse pour porter mon cadavre ? vous échapé noistre l'on — « « Et coment avezétant déjà enssevely ». pouvoient prévoyois avoir autant besoin de l'honneur et qu'ils le « de sa protection qu'en celle du Ministre. Je dits Monseiles vous avez tous les chefs jours des exemples que dans malheurs sont chargés et accablés par des mécontents et qu'on a reprimés dans leurs fautes que l'on a chastiées. et fut chez le revint faible ne que sur les deux heures pour disner. commissaire général et intendant à Saint-Domingue dei7i3 31718 Intendant à Toulon en 1720. originaire d'Orléans. Et le comença par il dire : « Quoy. le 3o juin 1737. Et je prits congé M"" de Briosne me ramena chez Roy. Commissaire à la Martinique de i 697 à i 708. « dits : Cela arive » fort souvent : tranquilisez-vous. chevalier. et le lendemain fus trouver M"" Pas- quier. . et fut louer je une chaise pour me porter à Paris. (i) bien des choses contre vous les ». taschez à vous rétablir. Il me dits d'aler et disner avec luy. je le remerciay et luy dits estre pourvu et qu'il me et permis d'aler à Paris voir auprès desquels je M""' les directeurs de la compagnie. Par un débordement du cerveau qui fit consix — que j'avois encore vie après heures d'une léthargie. sang paru à la veine de le mon dits : pied qui n'avoit pas et peu à peu voit ». j'avois comme j'étois mangé. me montra les dépositions (1) Jean-Jacques Mithon. ne pouvant atendre sy tard. Ecrivain de la marine de i6qo à 1692. et et pensées à vous restablir.1706 ENTREVUE AVEC PONTCHARTRAIN l'on 275 fit ! que M"" Jonchée luy avoit marquées et ministre me entrer.

Et elle vous mettra à l'abry de » Croyez-moy la ne me déguisez pas. Sy homme fut jamais puis surpris à ces discours ce fut moy. dirent que puisque le ministre m'avoit renvoyé de la tranquiliser et ne m'inquiéteroient pas. Quoyque vous ayez bien sauvé de l'or. et l'autre l'un pour Roy pour le les pouvoir parler et cela Roy d'Espagne. en la fut maître des Comptes en 1690 et président mémo Chambre en 1710. et il me faisant seoir proche de luy. J'y alois de cinq à me fatiguoit et causoit du eurent la six fois sans chagrain et les parler dépense. capitaine. et ne fut revenu au pays m'en moigner sa joie avec bien des. Et avoit esté toujours un nommé Paupin qui étoit intéressé dans cette compagnie qui de mes amis ayant creu comme mes ennemis l'or. mais autre bien que de la protection il faut que vous luy donniez vous est bien acquis. né en 1639. ouy. chose. et me prenant main. ayant sorte que j'euts à reconneu bien de passion et faussetez dans les dépositions.276 JOURNAL DE JEAN DOUBLET dits I706 que je venois que Ton luy avoit envoyées contre moy.|honnestetez. huiptà dix tout. : et demeuray tout étonné. M" et ils et Madame Du Casse me la bonté de de moy. mon mon (i) Charles d'Irumberry-de-Sallaberry. Je luy d'estre hier présenté au Ministre qui et m'avoit dit m'en dits à peu près autant de penser à restablir ma santé. et que sy j'en étois je revenu que j'aurois mal sitôt finy. m'envoyoit chez Ce que cest que le monde M"" ! Pasquier M^ de Salabery (i) et M^ le de Fontanieu qui présidoient dans cette compagnie. et plusieurs calomnies. disant « Ouy. il auroit aussy bien péry qu'autre Vous savez que j'ay épousé une demoiselle proche parente de Monseigneur de Pont Chartrain. et luy avoient raporté que j'avois sauvé bien de fus voir il quant je le il me receut d'un aizé : me disoit en riant « comme j'en suis bien informé. mais ce qui me son surpris le plus cets les fausses déclarations qu'avoit données un homme de mon advancement disoit et pays et auquel j'avois cherché à faire plaisir à mesme qui n'étoit présent lorsque le malheur de l'incendie arriva et m'ayant creu mort par le bruit qui en courut que j'étois heureux pas dans notre ville que d'avoir qu'il vint finy mes té- jours. . livres de poudre et d'or.

Et je fûts dans l'ille de St-Louis.1707 amy. beausen- m'écrivit une lettre que sy qu'il je me tois bien rétably roit le que j'eus à aller le trouver et mepropose- feroit oublier luy commandement d'un bon vaisseau pour un voyage qui me mes peines du précédent. médecin de M"" donner. ayant une garde sols par jour qui avoit les le plus de soing de prendre visité par M' et mes bouillons qu'à me Duhangar. et Morel du Mein Président M"" de Salaber. mais Paupin qui étoit un tonnelier de profession 'qui avoit une grosse dit tune dans l'arcenail de Brest. et que pour apaiser l'erreur de ces comptes épouza je sortois : la demoiselle parente du Seigneur. chez cin M"* et Madame Léger. à mon épouse de me pour Elle vint en poste dans une chaize en un jour et sola et avec ces bons soins elle m'aida à demy. Ma me radoubla et ensuite une fluxion sur la continue avec redoublement. pour mon intérêts. Je party trois jours après avoir fait une réponce. moy. Et nous partismes dans une chaize à deux et fûts à la^cour des Aides. chez vous craignez pas. ils me dirent|tous « Alées chez vous et ne vous inquiétez pas. et que j'alois le trouver. et dans une 3 5 une 4*" fièvre auberge. me con- me rétablir et mon méde- m'ordonna de changer de demeure pour estre à portée de prendre du lait d'anesse. sy surpris encore une qu'à peine je fut à mon auberge que dissenterye et poitrine. je il DOUBLET REÇOIT UN COMMANDEMENT faut 277 fait quevous donniez cela à Je fut Madame où fois cest de vous . à un étage. sommes a dit bien informées et ne vous demandons for- Le Ministre nous de vous en assurer fait ». le tiens il comme et ne « Je ne pas quitte. bon marchand de vin et bon amy ainsy que son épouze. alées » mon bon homme. chez M"" frère moy de jusqu'au mois de juin 1707. mais toujours l'esprit très préoccupé de ce M"" Paupin et d'estre dégagé des poursuites de la compagnie que et je fus trouver à un jour de leurs assemblées au : grand bureau. et me proil . » Et le l'on me dits: « Alées. et j'en la fièvre tombay rudement malade de chagrain. Je fus premier Présiet dent du Harlay. nous rien. say ce qui s'ets passé et qu'il n'y'aye qdue nous eux qui sache » cet affaire. Enfin je me rétablit. lequel me au fit saigner huipt fois me réduit à une tisanne l'écrits bouillons poulet venir pendant voir trois la semaines et dernière fois.

mestre de camp général des dragons en 1684. général des galères en 1712. Jeluy demandey 15 jours pour mettre chez moy mes affaires m'y feroit état. maître d'hôtel ordinaire du roi et conseiller (3) — . enseigne en l665. devint brigadier en 169*1. et la diligence partoit le 1 5 et heureusement j'y trouvay une place vacante et arivey à Marseille le 23^ juillet. où je fus bien receu et me fit mon Morel qui me commensle say à faire radouber le vaisseau le Lévrier depuis fut nomé St- Je an-Baptiste. t. seigneur de Vauvré. III. et toute la Provence n'étant en grande alarme étant presque sans deffence nos troupes y prévenue. p. (2| René. maréchal-de-camp et chevalier du Saint-Esprit en 1688. né en l65l. intendant à Toulon en 1680. gouverneur du Maine en 16S0. chron. 621 Louis Girardin. marquis de Saint-Pater. mil. hisf 1706. chevalier. commissaire (4) ordinaire delà marine en 1(170. l'armée navalle d'Angleterre vint prendre les illes d'Hières proche de Toulon. Et pendant quej'étois à cette occupation. . 278 posa que sy je JOURNAL DE JEAN DOUBLET pouvois partir dans huit à dix jours par à Marseille qu'il 1707 la diligence de Lion pour me rendre comander un bon vaisseau de quarante canons pour le voyage de la mer du Sud.. Pinard. commissaire général en l(>73. de Je St-Pair {}). Le 14 juillet je m'étois rendu chez M"" donna seulement une lettre pour la délivrer à M»" Jean-Baptiste Bruny et qui devoit armer le vaisseau en question. fut aide-de-camp du maréchal de Créqui en I669 et devint colonel de dragons en 1684. brigadier en 1678. Il fut nommé pour commander à Toulon le 19 juin 1707. 1! mourut en 172^. où ils atendirent d'avoir les nouvelles que M"" le duc de Savoie euts fait passer son armée la ville le passage du 'Var (i) pour assiéger par terre port par l'armée de Toulon estoit et le Angloise. cliron. t. et en sy je finissois plutots que je me rendrois chez luy pour recevoir ses ordres. I4i-i5i. page du roi en 1676. l'on coula à l'entrée fit du port vaisseau le St-Phitipe où l'on travail cessa. hist. sire de Fronlay et comte de Tessé. (2) et accoururent soubs M' de le Thessé M. \W. fus offrir une baterye de 90 canons. Mon mes services à M. maréchal de France en 1703. deVauvrey(4) Inten- (i) Les côtes de Provence fuient envahies par le duc de Savoie et le prince Eugène au mois d'août 1707 leurs troupes passèrent le Var le il août tandis que la flotte ennemie s'était avancée pour favoriser le passage.. maréchal de camp en 1704 et lieutenant général en PinarJ. Jacques Le Coutelier. lieutenant-général en 11)91. Et l'envie de faire un sy beau voyage cacher une fièvre lente que je couvois sans me plaindre à épouse. — p. ordonnateur au Havre en 1675. mi/. lieutenant au régiment Dauphin-Infanterie 1677 et colonel du régiment d'infanterie du Vivarais en 1685.

93). la marine ait eus. de Savoye envoya étoient à dire à l'admirai Anglois que portée et toute prestes à donner l'assaut. — . — Et je finis mes discours jusqu'à présent en me raportant au journal ensuivant de d'Etat en 1700. où étoit pour lors rye. Les les ennemis bombardaient par Et troupes de M. capitaine de galiote le 16 janvier 1684. On auroit bien peu par des embuscades dans de Savoye sy fuit il les bois harceler et tuer des suivre. Mort à Brest le 25 novembre 17 17. (il A passé pour un des plus grands intendants que . capitaine de vaisseau le vier l'îSg. et la ville fut délivrée. à celui de Saint-Louis et à la Grosse-Tour. j'ay de quoy vous occuper livres Et me donna deux la pièces de canon de douze de boulet à comander vers terre. 6. De Combes. de Savoye . Le fort Ste-Marguerite se rendit le 16 août 1707. 13. commissaire général d'artillerie le l"'' janvier 1703. (ut nommé enseigne de vaisseau le 7 août 1677 lieutenant de vaisseau janmarslôSo. Voyez la Ga{e//c 3o juillet. l'on avoit voulu les Mais à son ennemy qui luy faut faire pont d'or. Et je retournay à Marseille sui- vre l'armement. Quelques jours plus tard.ie-Marguerite. hommes de M. Bruny me dits que l'on ne m'avoit pas fait venir pour Toulon. Mais ville les Anglois en furent les dupes.1707 DEFENSE DE TOULON 279 l'artille- dant. p. le 2 f (2) Les assiégeants s'attachèrent principalement au fort Sair. Combe disant : (i). et la nuitée comme jour. porte de Ste-Catherine. il « Bon acteur. Je fus un peu blasmé par M. et l'on appris depuis que ces troupes M. 3 et 10 septembre 1707.27 août. ce qui se passa tranquille payé par les Anglois. sans Toulon comme on luy faire aucun qui mal à cette se sont retirées. (Deschard. avant tout recevoir fut le mais qu'elles vouloient la paye que l'Angles'étoit terre avoit promise. s'aprochèrent à portée d'un fit moyen canon de Ste-Catherine l'on plusieurs sorties qui repoussèrent les ennemis et la troisiesme journée fut presque sans actions de part et d'autres. et M. les Impériaux levèrent le siège de Toulon. le 22. L'armée angloise ils apro- Chée près du maistres (2' fort de Ste-Marguerite dont s'étoient rendus les et espéroient au petit jour bombarder lorsqu'ils verils roient les signaux de l'assaut prétendu. mais furent bien éton- nés que à 8 et 9 heures aprirent et sans ils n'apercevoient aucuns mouvements et fait que M. par le bras. Et Ton a creu que ce prince étoit d'intelligence avec le fit Roy pour luy laisser Turin. de Savoye avoit décamper la nuit son armée bruit. commissaire de me prits ».

mon retour en France au Port-Louis au 22 avril la où terminé de ne plus retourner sur (i). mer où veuille j'ay en février de l'anée 1663 vivre soit — Dieu comencé que ce que d'aler j'ay à pour sa gloire et pour mon salut. Le voyage de Doublet dans les mers du sud dura 42 mois. Voyez à ce sujet l'introduction § III. (i) journal. Finis.280 JOURNAL DE JEAN DOUBLET la I7II mon voyage de jusqu'à j'ay mer du Sud où j'y le ay insséré plus corectement toutes les particularitez et mesme plans des places où j'ay passé 171 1. il en avait conservé le FIN .

a audit isles Doublet donné. salut. sans pourtant que ledit sieur Doublet puisse lieux traitter aucunes peaux ni pelleteries dans fait l'estendue desdits ni ailleurs. Brion et aux Oisseaux. Du La compagnie de et 19 janvier 1665. concédé cordé lesdites de la Magdelaine. des isles de la Magdeleine. St-Jean. et chargée vers elle de cinquante livres par chacun les an pour toutte rede- vance qui sera payée pendant trois premières années. à tous présens travailler à la colonie venir. aux Oiseaux et de Brion dans le golfe de St-Laurens. desfricher et cultiver le Sur quoy délibération se seroit ensuivie suivant sieur pouvoir à et ac- donné par Sa Majesté. capitaine de navire. pour y faire colonie et y envoyer navire nécessaires. elle et sur les bastures desdites isles. En tesmoing de quoy nous avons . St-Jean. et pour y faire toutes sortes de pesches aux environs lesdites terres. aux Oiseaux. en toute propriété et redevance de vasselage de notre dite compagnie de Miscou. St-Jean. Brion. la Nouvelle France assemblée avec celle de Miscou et à de son consentement. au sieur Doublet. la Désirant aider ceux qui peuvent faitte du pays. sur demande à nous par le sieur Doublet.PIECES JUSTIFICATIVES Coppie de la concession des Iles de faitte la Magdelaine.

aux choses nécessaires pour accroissement de l'habitation Et pour faire en temps et . délbérations de la compagnie de la Nouvelle France pair moy A.-B. Mémoires des commissaires du Roi. establir la moy propriettairement aple concession qui m'en a esté octroyée par la Roy notre une colonye pour l'on demeurer et faire desfricher les terres en sorte que puisse rendre à l'advenir lesdites Illes commodément affin ha- bitables. 2) avril 1665. et pesche des morues ordinaires dudict partenant suivant sire. J21. avec paraphe. la Marine. de Cf. pour l'exploitation des François Doublet et Philippe Gaiîles de la Madeleine dans le golfe de Saint-Laurent. vol. i". de Brévedent. 1661-169J. le voyage de Canada aux Illes de la Magdelaine scituez dans ausdites Illes à le golfe de Saint-Laula rens et autres lieux de la coste que besoing sera pour faire lieu. maistre en proprietté et conducteur du navire nommé le Saint-Michel du port de deux cents thonneaux ou viron. Chetîaut secrétaire. confesse avoir pacte avec M. Arch. J"ay l'original.282 apposer la le scci JOURNAL DE JEAN DOUBLET de notre compagnie. le Fait au Bureau de notre compagnie de Nouvelle France. t. Amérique du Nord. Je François Doublet. Dieu aidant. p. Colonies. Extrait des 19e janvier i663. de pré- sent en ce port et havre prest à partir pour faire. Philippes Gaignard de demeu- rer aux dites illes pendant trois ans consécutifs à commencer du jour de notre arrivée au dict lieu en qualité de lieutenant auquel j'ay donné pouvoir décommander l'utilité et et faire travailler les habitantz . II. II Association formée entre gnard. J.

Faict à pril. Doublet. prestre. Minutes du tabellionnage de Roncheville à la Gaignard. certifions avoir administré ce présent . date du 9 may 1665. estre réduitz en huilies. ascavoir Que du nombre mon dict vaisseau desdites marchandises le tant huilies que morues ainsi aprestez à ladite terre ensemble celles qui soient la seront année présente dans partagez par tiers.JOURNAL DE JEAN DOUBLET saison la 283 pesche des loups marins aux lieux où il jugera à propos et iceux et icelles . mesme aussy je faire la et pesche des morues aprester soit en vert ou en sec comme autant que faire se pourra pour les gaiges duquel consent/ et accorde : que les choses cy-après soient entièrement gardez et observez. mil six Honfleur ce jourd'huy vingt-troisiesme jour d'a- cent-soixante et trois. à promis contribuer de s'est sa part à l'entière perfection de touttes quoy il comme moy obligé par corps et biens et à l'entretien de tout ce que dessus. chanoine de do St-Malo. hommes qui habiteront les dites lUes et matelots dudict vesseau le restant duquel tiers sera derechef partagé en- core par tiers l'un desquels tiers profict au bénéfice seul dudit Gaignard et les deux autres restant à mon frais et pour aucunnement me rescompenser des de ladicte colonye par ce advancs que il j'ay faictz à l'établissement que en cas où suffisamment y auroit quelques pertes ou moins de profict pour payer habitantz et les loyers desdicts matelotz ledict Gaignard a choses. III Acte de mariage de Jean.François Doublet. présence. (14 octobre 1692) l'église Nous soussigné Pierre de cathédrale et paroissiale la Cornillère. deux desquels vertiront au profit des armateurs de colonye et sur le dernier tiers seront levez les loyers qu'il conviendra payer aux .

Lhostelier. sieur des Naudierres. sieur Des Maretz et de Demoiselle Janne Laisné. du sieur Jan Fossard. paroisse de St-Catherine. Michel du Tertre. de Thomas Lhostelier. en attestation de M. frère dudit sieur des Naudierres. fille de deffunt Pierre Fossard. Louis Desnos aussi chanoine et vicaire perpétuel de ladite église cathédrale et paroissialle dudit St-Malo en datte du jour dite ville d'hyer.284 jour. et à Demoiselle Françoise Fossard. Signé. prestre curé de ladite paroisse de Ste-Catherine. JOURNAL DE JEAN DOUBLET dans ladite église. Jean Fossard. et ce ensuite du consentement de noble et discrepte personne M. ledit consentement faisant mention du premier banc et publication faite dimanche dernier douziesme jour du courant des promesses du futur mariage entre tion. et susdits dénommez audit Saint-Malo. de Nicolas Lhostelier. vicomte d'Auge. ladite lesdites bénédictions nuptiales administrées en présence de Demoiselle Janne Laisné. et son adioinct. Arch. le quatorziesme jour de plusieurs autres. les susdites parties sans comme aussi ensuite de la dispense que personne y ait formé opposidu second et troisiesme banc des promesses du futur mariage entre lesdites parties en datte aussi du jour d'hyer. aussi prestre. les bénédictions nuptiales à noble homme Jan- François Doublet. en datte du mercredy huitiesme jourdu courant. le sieur au diocèze de Lizieux. vicaire général de Monseigneur l'illustrissime et révérendissime Séoastien Du Quemandeuc. susdites évesque dudit St-Malo. Jeanne Lesnée. de cette de St-Malo. Perronne et Pierre de La Cornillère. Nicolas Lhostelier le jeune. et insinuée pareillement ledit jour d'hyer sur le re- gistre des insinuations ecclésiastiques et finalement ensuitte d'un certificat de ce diocèze. au feuillet seiziesme. Jean-François Doublet. de St-Malo. Lhostelier. leur accordée par Monseigneur Symon. Et ont signé les du mois d'octobre de l'an mil six cent nonante deux. reg. mère de ladite Demoiselle espousée. natif de la ville de Honfleur. passée devant le tabellion royal de ladite ville de Honfleur. Françoise Fossard. l'état civil. vicaire d'icelle paroisse et de plusieurs personnes dignes de foy. par laquelle il conste que ledit sieur Jean-François Doublet n'est promis ny enle gagé dans sacrement de mariage. de . de Robert Hounet. sieur des Landelles. ladite dispance et attestation à nous mondit sieur le vicaire apparue et rendiie à fin perpétuel de St-Malo qui s'en est resaisi. fils de deffunt François Doublet et de De- moiselle Magdeleine Fontaine. frère de ladite Demoiselle espousée.

vous la demande d'au- Mgr. Mgr. elle m'a fait bien du plaisir. garde de coste d'Irlande. comte de Pontchartrain. dont vous redoublerès le ie et l'émulation moindre petite récompense d'honeur. le sieur Doublet de ce-tte de 30 canons et de 142 ville. Mais vous demande en mesme temps. à Louis Phelypeaxu. Le Bigot des Gastines. cette iolie action (i). C'est a faict. service général. ioins icy sommaire de cette Arch.JOURNAL DE JEAN DOUBLET 385 IV Lettre de la M. capable d'entreprendre tout ce ie que vous courage ordonnerés pour par la service du Roy. Mgr. combien vous estes mal du peu de courage un petit récit a faict paroistre en cette occasion. honeurs aux capitaines qui enlèie vent aux ennemis de leurs vaisseaux de guerre. hommes d'équipage. (l) En marge rie la main du ministre : J'ay appris cette action par le Port Louis et par Brest. Je action. De Gastines.. commissaire ordinaire de marine. pour ledit sieur Doublet que c'est d'ailleurs un honneste homme lui et très bon navigateur. A Vous aurés appris par le Saint-Malo. de la marine. de marquer par quelque punition au sieur Creton satisfaict du Pignonvert. ce 15 aoust 1694.. .uerre anglois. capitaine de qu'il VEstoille. comandant le Comte de Revel qui Mgr. la prise et l'arrivée d'un na- vire de i. et Vous avès accous- tumé d'accorder quelque récompense tant plus volontiers. Port-Louis.

croyoit estre suivypar VEstoille qui en donnant seulement quelque bordée de canon luy donneroit le temps de revirer sur rcnnemi pour l'achever. mis le sieur Creton du Pignonvert. 28e juillet dernier. à quoy fist il pouppe et luy demanda en anrépondist de Londres et qu'il alloit au de mesme et destroit. capitaine du comte de Revel. à ij lieux de Londondery. mais la comte de Revel qui mieux que luy arriva tout court par glois d'où estoit le navire. mais voyant que ces deux navires approchaient hisser ses huniers tout hauts alloit fist servir ses basses voiles et le pour gaigner pays. firent société ensemble pour aller de compagnie croiser dans le Nord où Le ledit sieur Doublet est extrêmement pratitien et l'isle bon pilote.286 JOURNAL DE JEAN DOUBLET Relation de la prise d'un navire de guerre anglois garde coste d'Irlande de nouvelle fabrique parle sieur Doublet de Honfleur. Ce na- d'abord le fier se tenant soubz ses deux il huniers à mi-mâts. capitaine de VEstoille. il se trouva bientost on paral- de l'anglois et recomença ù luy faire tirer du canon et de la mousque- . le L'anglois en le couppa au dit sieur Doublet poing de sa misaine et bras et faux bras du vent du petit hunier la drisse Le sieur Doublet couppa à l'Anglois de son grand hunier qui faute . estans par le travers de fist de Forre en Irlande. Ledit sieur Doublet arborer son pavillon blanc et tirer son cafist non et la mousqueterie. vire fist signal à 4 heures du matin qu'il Ils arrivèrent tous deux dessus. ayant trouvé à la mer le sieur Creton du Pignonvert. capitaine dudit navire secontentoit de vent sur ses voiles d'avant pour ne pas aprocher trop près de il ce navire. Le sieur Doublet. Mais le il fust bien étoné de voir que V Estoille a.\o\\. Il tirer quelques volées de racomoda promptement sesbras le niast et faux bras et ayant mis ses voiles d'avant sur lèle pour culer. comandant le Comte de Revel. et que se tenant ainsy àla portéedu canon loin. d'avoir une fausse drisse vint à bas et embarrassa toute sa voilure comme Il il ventoit assez frais le sieur Doublet dépassa bien viste l'Anglois. tous deux corsaires de Saint-Malo. VEstoille voyoit un bastiment soubz le vent.

Clairambault. Croizat. vient d'arriver au Port Louis. à Pontchartrain. et il gent aportées dans ce vaisseau montant à somme de m'a dit avoir envoyé Il le surplus par un navire de St-Malo qui y est arrivé fait y a quelques mois. M. Fait à St-Malo. ce ij® aoust 1694. dont la le principal M.ooo piastres. le 22 avril 171 1. Le sieur Doublet a mis tout cet équipage coste d'Irlande à l'exception du lieutenant et de 8 à 9 autres qui sont restés dans le navire qui a esté mené au Port-Louis. ordonnateur de la marine. Monseigneur. ve- la mer du Sud.2 quarré. Campagnes VI Lettre de M.. obligea 2 d'amener le pavillon et de le Nous n'avons perdu que matelots en cette occasion quoyque Comte de ReveL y aye receu ) coups de canon à l'eau et une infinité dans ses œuvres mortes. 287 Le capitaine et maistre anglois furent tués dans cette décharge et le reste quelques autres ensuite ce qui se rendre. commandé par armateur est le sieur Doublet. de la Gastines Marine. a sa soumission de les porter aux hôtels de Mon- nayes. j'ay l'hon- neur de vous envoyer déclaration qu'il ma la faite des matières d'or et d'ar6j5. le st-Jeanbatiste. un vaisseau de Marseille. De Arch. JOURNAL DE JEAN DOUBLET terie. et en attendant qu'il vous plaise de ces vaisseaux particuliers qui arriveront désormais de m'honorer de vos ordres au sujet de cette mer du Sud . nommé nant de de }6 canons. qui estoient chargées de paquets de mitraille de 12 à ij pouces de long à la et d'un pouce 1. de A Il Lorient.

barres que piastres je suis quantité de cent-soixante-dix mil piastres ci pour le compte des armateurs du vaisseau. Je vous supplie de luy permettez de les me marquer le plutôt qu'il se pourra vous débarquer..000 piastres. A que l'égard des vaisseaux le St-Antoine et le Solide. Arch. etc. 288 j'ay JOURNAL DE JEAN DOUBLET qu'il soit ordonné au sieur Doublet d'empescher et d'argent débarqué de son vais- seau aucune matière d'or sous quelque prétexte que ce puisse estre il sans de nouveaux ordres de Sa Majesté. Clairambault. Monseigneur. Sur laquelle tions faites à somme obligé suivant les conven- Marseille de payer quarante-sept à quapiastres poui les salaires des équipages rante-huit mil en piastres effectives. . de Marine. l'honneur de vous envoyer cy-joint quatre pacquets Doublet. généraL la VII Déclaration du capitaine du St-Jean-Bapiiste de MarseiWe Je soussigné capitaine commandant seille le vaisseau le St-Jean-Batiste de Martant en venant de la mer du Sud. 170. ledit sieur ledit Doublet dit vaisseau le Solide après avoir fait sa traitte à la mer du Sud est allé à la Chine et que ledit vaisseau le St-Antoine pourra arriver ic> de cette mer du Sud dans deux mois avec les vaisseaux armés par le sieur de Benac son vaisseau malouin J'ay. à quoy a promis de se conformer si exactement. de lettres qui m'ont esté remis par ledit sieur Je suis avec un très profond respect. déclare avoir dans mon vaisseau la pignes. Serv. et commandée parle sieur Noël.

de la Marine. Clairambault. duc Scavoir d'Orléans. capitaine des Cent-Suisses duc d'Orléans mort en 1719. et mil piastres. capitaine colonel de la compagnie des Gardes-Suisses du corps de Son petit-fils Altesse Royale Monseigneur Philippe d'Orléans. cy Plus de divers français espagnols passagers quatre cents dix à quatre cens quinze mil piastres. salut. le 22e avril de mon arrivée. les faire je promets pour ce qui me concerne de porter dans les hôtels des Monnoyes du Royaume et d'en raporter les acquits. VIII Lettres portant nomination de Jean. Fait au Port Louis 171 1. Pour copie. Total Et 655.JOURNAL DE JEAN DOUBLET Et pour la pacotille ne qu'elle le 289 pouvant pas savoir je juge pourra monter de quarante-cinq à cinquante 50. marquis de Nancré (i). lettres. serv. : 19 . ou diverses espèces d'or et d'argent. Signé. Doublet. fait que sur le bon et ridelle rapport qui nous a esté des bonnes vie (l) Fils de Claude de Dreux et d'Aimée-Thérèse de Montgommery. 5 septembre 171 1. jour dans mondit vaisseau.000 piastres. Arch. général.François Doublet à la charge de capitaine-exempt des Cent -Suisses du duc d'Orléans. à tous ceux qui ces présentes faisons verront. de France.000 piastres. cy 41 j. Louis-jacques-Aimé-Théodore de Dreux. Nous.ooo piastres. ambassadeur en Espagne.

auquel nous avons scel apposer du cachet ordinaire de nos armes. revenus et ladite esmoluments atribuez à lieutenants. . Fait à Paris le cinquiesme septembre mil six cents onze. pour ces causes et autres à ce nous mourants avons donné et octroyé. Signé. reg. exemptions. de prester par luy en nos mains le serment de fait en tel cas requis et accoustumé. de qu'il la bonne affection qu'il a au service du Roy et que nous es- pérons continueraen celuy de Monseigneur leduc d'Orléans. ges.290 et JOURNAL DE JEAN DOUBLET sieur Jean-François Doublet. (i) de luy payer nous luy avons gages atribuez fidélité à la charge. prééminences. honneurs. En foy de quoy le expédier ces présentes signées de nostre main et contrefait signées par le secrétaire de la compagnie. n" 73). et mœurs du de la profession qu'il fait de la re- ligion catholique. proffits. charge. munie. droits. (Délib. nous. faire et laisser jouir Sy donnons en comandement aux exempts et autres officiers de nostre dite compagnie de ledit sieur Doublet de les ladite charge plainement et paisiblementet à toujours. donnons et octroyons par ces présentes audit sieur Jean-François Doublet capitaine sieur la charge de la exempt des suisses de nostre compagnie vacante par mort du privilè- Mathieu Bruslé pour jouir des gages. de sa capacité et expérience au des armées. et scellé d'uu scel de cire rouge. (i) Ces gages étaient de 612 livres. fruits. enseignes. de Honfleur. de Nancré. apostolique fait romaine.

— . Naufrage. Pa — Ilenseigneles principes de lanavigation à son commandant. — Rencontre dun monstre marin. — — Doublet passe est second lieutenant sur V Alcyon Son éloge par M. — Croisières. — — — combats prise et blessure. — Retour en France. Autres voyages 27 — — — — — — — — Chapitre netié. m — — — — — — — — — — Chapitre iv (1684-1688). Voyage à Ténériffe. Voyages au Canada. — Il commande la Diligente. blés. — Doubletarmeencourse. — Doublet embarque sur l'escadre de M. Voyages aux Açores. — Croisières - II . Destruction de la colonie. — Razzia opérée àlTénériffe. Madère. Chapitre (1681-1684). Colonisation des îles Brion. séductions de Madame Thierry. Voyages on Portugal . II (1675-1681).Croisières et prises. — Voyage à Pluie d'insectes. 52 Explosion d'un volcan. excursions dans l'île. reçu pilote. Voyage au Sénégal. —Autre voyage aux Açores. Découvertes d'un banc Voyages à Madère. —Prise l'école de 22 navires chargés de comandé par Jean Bart. Panetié. 70 Les maures attaquent Mazagan. — — Lettre de M. naufrage. — Combat contre un Saletin. Les pirates de Salé — Croisières. — Retour à Lisbonne. Doublet est pris par un corsaire d'Ostende. — Entrevue avec le duc d'Yorck. Promenade à Londres. Voyages à Terre-Neuve. — Amours de Doublet. — Retour à la Rochelle. de rochers. Les pirates d'Alger. Doublet résiste aux Supplice d'un juif. — Retour à Cadix puis en France. Son séjour à Il d'hydrographie de Dieppe. excursions chez les Iroquois. Engil de Ruyter. Voyage à Québec. Voyages à la côte de Barbarie. Autres voyages à Ste-Croix de Barbarie. — Débarquement de Jacques 98 à Ambleteuse.TABLE DES CHAPITRES Introduction 5 Au LECTEUR 25 Chapitre 1(1665-1672). — Aventures avec le gouvernement de Madère. ~ Retour au Havre. naufrage.

Superstition de Doublet. — Il refuse le salut à deux vaisseaux espagnols. Voyage à Bourgneuf. — Séjour de Doublet à Salé et à Martyre de la fille Saffi. — — — — — — quatre vaisseaux decompagnie 228 Chapitre x (i 704-1 707). Passage du Sund. ix (i 699-1 704). le consulat de Doublet reçoit le commandement d'un vaisseau de Pontchartrain. Doublet Aventure [avec l'abbé d'Oliva. blet est présenté à M. Doublet. Démêlés avec les Anglais. Chapitre vit (i 692-1693). — — — — — — — — Chapitre Lisbonne. — Il force les hollandais à saluer son tour à Brest avec des fournitures pour l'arsenal. Entrevue avec Retour en Europe. Prise d'un Enlèvement d'un percepteur anglais. Prise à l'abordage d'un navire anglais. — Maladie de Doublet. TABLE DES CHAPITRES v (1688-1690). — Il se prépare à un voyage dans la mer du Sud. 201 Retour à Marseille de Dom Garcia. à St-Nazaire. — Dou- Il prend le commandement de deux de Seignelay. mingue. de — nons.Prise de dix Construction d'un fort. — Il découvre la flotte de Tourbarques longues. — Entrevue de Doublet et de l'intendant de Dunkerque. Son arrivée à Brest. — — Arrivée à la Grenade: à Incendie de V Avenant. — Bombardement de St-Malo. Doublet prend le commandement de Voyage à Paris. Retour Tempête. Second bombardement de St-Malo. — Il reçoit le . Combat. Arrivée à Copenhagne. Il y Il séjourne à la Havane. — Nouvelles croisières. — — — — — — le — — j2 Voyage à Versailles. — Aventures avec sieur Pletz i Croisières et voyages dans la mer du Nord. . — Expédition en Ecosse. — Traite des nègres à Whydah. Prise du Scarborough — — Retour à Brest. — Conclusion 250 . Honfleur. tumes du pays. Naufrage devant Dunkerque. — Voyage aux côtes d" Afrique. — Autres prises 126 Chapitre vi 691-1692). — Counavires. riette du sieur Gottreau qui'pesait les sacs à procès. Croisières. à Terre-Neuve. — ban. ville. Précomparaît devant le sénat de Copenhague. Excursion en Irlande. aux Açores.Amours de commande- Prise de trois navires. Voyage Croisières. Croisières sur les côtes d'Afrique — Relâche à Retour à St-Malo et à HistoVoyage à St-Domingue. Elseneur. Mission à ment de deux corsaires. — — Prise d'un navire hoUandois dans un port d'Anla Croisières dans Manche — Naufrage à Cherbourg. — St-Dodéfend — — — — M. — (i Naufrage. — Il est nommé lieutenant de frégate. — — — — — navire anglais. — — — — — Combat. — Il 40 cadéfend Toulon contre les Anglais. — Les pommes de reinette. France. — — 178 Visite de VauChapitre viii (1695-1697). il est acquitté. à Dantzick. — Il ReMariage de Doublet. aux Açores. Lutte contre les Anglais. Voyage pavillon. Il refuse d'embarquer avec Duguay-Trouin.292 Chapitre gleterre. est — Doublet — Voyages — pris par les Anglais. — — — — sents qu'il reçoit. arme en course.

des Gastines la à M. de Pontchartrain le 289 200 Déclaration de Doublet commandant St-Jcan-Baptiste la Lettre portant nomination de Jean-François Doublet à charge de capi291 taine-exempt des Cent-Suisses du cités duc d'Orléans Table des noms 294 . Gaignard pour l'ex- Madeleine 282 Acte de mariage de Doublet Lettre de 284 M. de Pontchartrain 2B6 Relation de Lettre de prise d"un navire de guerre anglais 287 M. — Concession de îles de la Magdeleine. St-Jean.TABLE DES CHAPITRES Additions 29J etc. à M. au sieur 28i Doublet Association formée entre ploitation des îles de la François Doublet et Ph. Clairambault.

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76. (l'amiral). (1'). 170. 55. p. 55. 262. p. Badine (la). p. p. (John) amiral anglais. p. 209. 252. p. p. 261. p. 260. 274. marquis de Sainte-Marie. 208. 262. 11. intendant. AuBER (famille). 257. chef 178. d'escadre. p. de p. 195. 250. Bart (Cornil). 172. 96. p. Arco (la comtesse d'). BoissERET (Jean de). BouGARD. 247. 286. 274. (Jean) de Bayonne.65. 246. 241. Bigot des Gastines tendant. 149. 65. p. p. p. 56.TABLE DES NOMS CITÉS (Les noms de navires sont en caractères italiques. Archiduc (V). (Jean). 168. 58. Beaumont (le 157- 169. pilote. 28. Amblimont (d'). p. 94. HAvenant {V) p. in- Bart (Piter). (le capitaine) du Havre. 63. 256. 174. 260. 251. comte de).) AcHER Alcion p. 56. Amitié (1'). . 64. Béranger Brionne (Louis de Lorraine. p. 57. 159. AuBER (sieur de laChesnée). Biche (la). 186. 78. 50-49' 134. chevalier 1 de) 36. 257. 39. p. capitaine de vaisseau. p. 238. p. Benlow p. p. Begon (Michel). comte d'). Argenson (Marc René Voyer. 7. 288. BART(Jean). (le). 261. 249. 248. p. Bielck 188. 49. 248. BouLARD p.

48. lieutenant général au Canada. p. Doublet Doublet (famille). Cormaillon (de). 204. p.192. Delastre =. p. 205. p. 275. p. . Diel:'poise (la). 93. 38. (le capitaine). 59. consul à Cadix. 156. p. duc P. 281. 192. 43. (le). seillais. 143. p. hydrographe. 169. (François). 7. de Malo. 204. (le 53.67. 143. Chasseur (le). de Canforbéry (\e). 286. 108.5^. 152. 168. 66. p.Rodrigue (le). 45. Combes (de). 56. Desgranges. frères.p. p. Courtebourne (Charles de St- de). 279. çois). p. capitaine 133. 112. du). p. 21 1. 282. 32. p. 286. 109. Catalan. Diligente (la). Denis (Nicolas).). 75 109. Denis (l'abbé). 166. 249. p. Calonne. 248.296 TABL1-: DES NOMS CITÉS Caire.58. maire d'Edimbourg. ingénieur. Chalons prêtre. p. p. .60. p. p. 31. 230. Casiel. Conquérant 117. 264. p. (de). Comte deRevel{le). 157. chevalier). (Albert d'Ailly. 141. écrivain de marine. 284. 202. Chabot.p. 99. p. p. D Deslandes 263. p. 289. 29. 50. marchands mar- CLAIRAMBAULT. intendant. 113. p. p. 180. 5. intendant. p . 52. 198. de). p. 60. 48. 199. capitaine 248. 287. Courcelles (Daniel de Remy de). César (le). 15. 42. p. 200. 34. Courbon Blenac (François- Charter. marquis de). p. Desclouseaux (Hubert de 27. p. Des Marchais 67. CHAUMONOT(le Creton (Pignon-Vert). 54. Chaulnes 44. 96. 188. 197. ColbertdeSaint-Mars (Fran- Camus (\e). Chevalier. Combe (de). - vaisseau.59. 36. p. p. 22. 95. CouDRAY (René Guimont de p.66. p.287. pages 6. 290. Champi). p. 94- vaisseau.

le 206.Jacques). 225.222.TABLE DES NOMS CITES 297 1 DucASSE 276. Berçeur. 214. Fossard Français (Françoise). 17. 224. 198. p. 219. duc d'). in Fossard. p. EsNEVAL (Robert ron d') Roux. 123. 205. p. p. chef corsaire. capitaine 125. SIEUR 162. Fontaine (Madeleine). p. 172. p.282. 30. p. 6. GALIFFET(de). 238. Duc de Chaulnes{\é). Fossard-Desmarets. Géraldin (André GoMET (le sieur) directeur à la . 265. 138. 265. 48^ 49. 19. 153. 236. 1 33. Feyro de Fossa (don Manuel). 284. 120. Florissant (le). I I p. p. 131. (Pierre). Ecueil (F). 211. p. 235. 22. St-Domingue. pages. 2l3. gien. p. Garcia Mon Antonio de). 199. corsaire. (le). p. page. 246. 224. Fossard de Saint-Malo. 223. 215. 284. GoiSLARD de la Ro- chelle. 183. 120. 5. le Estrées (l'abbé d'). 8. Duguay-Trouin. (Jean-Baptiste). 192. p. Faucon 7. p. p. 132. p. 161. Desmarets. p. 286. 248. p. p. chirur- de vaisseau. 248. de). 264. Dupaty. procureur général à 192. 1 54. 221. p. Durand (Nicolas. bap. 20). (la belle) p. DuQUESNOT. Duras (Jacques Henri de Dur- fort de). 117. Fontenay (Hervé marquis de). d'escadre. p. ambassadeur. 284. 198. 162. 135. Etoile [V) p Estrées (Victor-Marie. 34. (le). 264.287. p. p. G0DEFROY DE LA ROCHELLE. 198. 2". Gaignard (Philippe). Duc de Bretagne (le). 247. p. 216.

p. 123 la Justice 43. 239. !98 TABLE DKS NOMS 254. 36. 31. consul à Havane. duchesse de Portsmouth. p. p. d'). K Kerhouent (Louise de). p. Graville (Malet de). 270. Grignon. p.p. h'5. Hernùone (V). p. Cil ES côte d'Afrique. Keyser (Charles). roi d'Angleterre. II. 209. GYLDENLOEVE(Ulric. Jonchée. 168. 272. 48. i6i. 253.. 154. vaisseau. p. p. p. H Harcourt ('Henri Hardi(\e). 41. 41. 28. p. 173. p.. 36. p. p. 180. marquis de Hautefort. armateur de la Rochelle. p. 245. 33. 164. 96. GoTTREAU (le sieur) Ro- p. capitaine de vais- Indien {V). p. p. 269. p. Grenadin (le). GoN. p. marquis de Beuvron. Grand Henry (le). 273. seau. SIEUR DE QuiNCÉ (François). 1 Fortin. (la). 271. p. 255- chelle. KEROAL(la comtesse i . de). 178. p. GouiN de Beauchêne (Jacques). Gravenson (le capitaine). Hoquette 1 248 (Charles la). comte de la de). 238. Harel (Pierre). lieutenantde 16!. 194. M3. J Jacques 47. 42. p. p.4(). 274. Gordon-Oneill (duc de^.

267. LeGOUXDE la jANNAYE. LESCOLE(Michelde). de). p. p. p. p. de). 87. d'escadre. Lévrier (le). 160. intendant. M Maisonneuve (de). dant. p. 197. 214. de Fargis Martangis p. p. 49. 175. p. 31 Landemare (Claude de). p. M0YENCOURT (de). p. LÉVY (le p. 266. Las Minas (marquis de). 47. intendant. 215. 45 Le Gendre (Thomas) de Rouen. p. 50. 262. Langeron (le marquis lieutenant-général. 171. 240. . p. capitaine de vaisseau. 68.p. 278. 141. 226. 138. . Moinerie-Trochon Malo. Le Moine D'lBERViLLE(Pierre). 213. 68. p. 74. 242. 104. TABLE DES NOMS CITÉS 299 Laitière d'Amsterdam (la) p. p. commissaire de marine. chef 248. 1 57. (Bidé de). ingénieur. Makay 1 (de). Laloet( Nicolas) de Dieppe. 143. 156. 74. Normandie. 155. Magnou (Guérusseau du). 175. 218. 46. 168. 222. p. 45 (Jean-Jacques). p. LAROQUE(de). de St- Marin (le). (la). chirurgien. p. 46. 257. Le Moine de Sérigny (Joseph). 248. 186. Montmort (Hubert ambassadeur. capitaine de vaisseau. sire vaisseau. LouviGNY (Paul P- de). p. (de). inten- Maret. Mars (le). 147. 273. 75- p. capitaine de brûlot. Merot. Le Roy de la Potterie. Maurville 135. p. chevalier de). capitainede Matignon (Jacques Goyon. lieutenant-général p. (de). 273. ne de vaisseau. MiTHON p. I95. capitainede dej. 237. capitai- Leblanc. en vaisseau. p. Marin. 248.. 48. 154. 135. 147. 208. Montault lieutenant de vaisseau. p. p. p. 136. 241. p. 58. 65.

p. 207. 99. p. p. O Oliva (l'abbé d'). de). (de). NANCRÉ(de Dreux. 168. p. p. capitaine de brûlot. PONTCHARTRAIN 230.8. 54. I74. Perle (la). 192. anglais. NoAiLLES 208.291. p. p. p. p. marquisde). P- capitaine) de Dieppe p. 33i^la). amiral. p. (le chevalier de). 57. i4o. 188. 175. p. 1)2. 178. vaisseau. Panetié. Profond Prudent (\e). de p. PoLASTRON (Denis. sieur). p. comte p. d'escadre. armateur. P. 43. p. i66. p. capitaine Princesse de Conti 24 Perrinet Plets (le (de).60. 11. Pailletrie (le bailli de la) chef 175. 148. PosTEL in- (le capitaine). Palleiil (le). 83. Poulet (le p. Patoulet (Jean-Baptiste). Patin (Constant). 96. 246. Prince Peerts {\e). 52. 133. Naudy. Niels-Juel. (le). 58. 56. 1 PENDERNE(Jean). 176. 9. p. 208. p. Q QuiLLET (famille). 182. 169.1 300 TABLE DES NOMS CITÉS N Naguet (fami le de). p. 1 . 65. capitaine de vaisseau. 186. tendant.

Tessé (René. p. 17. (le). 148. comte de). 71. p. p. 133. (le . p. 147.Pater (Jacques Le Coutelier marquis de). Soleil Royal (le). 134. 199. (le). 145- Serpente (la). p. 62. 161. Raymondis (de). 195. 90. 147. (ramiral de). p. capitaine de vaisseau. Sallaberry (Charles de P- n p. 183. 56. 146. 224. p. 144. 163. 278. (Jean). pilote. 7i. P 44. 138. 146. Tourville Thierry (Raphaël). 161. (le). 48. p. p. Seignelay (le marquis de). 232. p. 140 144. Saint-Jean-Baptiste p. p. p 139. 179. de). 28. Salampart de Chouppes (Ma- 166. sire de Fronlay. Thomas (le Tingry (le capitaine) de la Ro- chelle. 56. Sorcière (la). 276. p. 22. 290. p. Rosier d'Alger {\e].TABLE DES NOMS CITES 301 R Rachel d'Amsterdam (laj. 278. Sans-Peur (la). Saa (Don Roberto 73. (le). 33. p. 174. 185. Pourville. 270. p. 142. p. Saint. de Rouen. 132. 136. prince de). (le). Saint-Antoine Sainte-Claire 21. 43. Saint-Jean-Baptisté 289. 163. 34. intendant.André 289. Thiberge (Nicolas). p. RANTOT(d2). 91- chevalier de) p. 139. Renommée RuYTER RuYTER (la). 78. 254. p. p. 189. 1 Tracy (Alexandre de marquis de). Saint-Michel (le). p. 41.140. Rancey (de). 42. (Engil de). 12. Scarborough (le). 71. p. 282. 267. 3. 40. Samson (Jacques).p. p. p. 139. 76. rie-Gobert). Saint. Talon 34 -. 184. 40. p. p.74. 161. p. 278. 166.

273 Vauvré (Louis Girardin intendant. 40. 123. 125. 278. York (le duc d'). 204. 115. 149. Vauban (le maréchal de). 147. capitaine de vais- Vaulezard (Juchereau de). duc de). de). 95. 142. f02 TABLE DES NOMS CITÉS U Utile {V). Vaux-Mimars (de). Vivonne p.. 135. 48. Rouen (le (la). p. p. p. seau. .. 7. 53. p. Vipère {\a. Ville de 269. 148. V Valsemé (Guillaume de). 141. p. Venize (de). p. 47. p. p. 122. p.

MAYET ET C^ LONS-LE-SAUNIER .IMPRIMÉ ].

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. en'. sur la Comédie cl la Société grecque». 11« édit. ^ • . Cavaliers. Dtscnpiion des tableaux du Musée du Louvre. la depuis la chute dc l'Eni 30 » — HISTOIRE DE LA CIVILISATION EN EUROPE. in-8. 1 MORALES sur la Religion. in-S. par M. 2 vol. 1 6 HISTOIRE DE LA CIVILISATION pire romain. précédée d'une Etude historique sur \Vasliinglon. elc. vol. elc. 2 vol. Oddoul. IStveleurs. in-8. avcccarle. inédits. par M. in-8. in-8. 1 vol. suivie d'un Essai sur Chapelain. traduites en franc. 12' éJit. par Alfred Jacobs. b vol. elc 1 HISTOIRE DES ORIGINES DU COUA'ERNEMENT REPRÉSENTATIF \ol. édil. et » des InstiUUions politiques de l'Europe. etc.\ etc. cl dcvaiii diverses Sociétés relUjieuses.€TlO.LIBRAIRIE ACADCMIQUK DIDIER El C" ŒUVRES DE M.ièrtmenl revue. complétée et augmentée de la Géoyrapliie de Gré(joire de Tours. « » pimiRAlTS POLITIQUES IR 1 des homiiieà des divers partis vol. 8* édil. (Cours de 10 Ir. CuizoT. 2 vol. Parkmtntaires. 1 élude hislorifjue. Élude ftvec portrait. is pa.) Nouv. . par M.ikspeare. GUIZOT ]«'• Édition format in-8o HISTOIRE DELA K^:v»l. de 18i0. — liiip. 6 • suivis des Discours 1 DISCOURS ACADÉMIQUES. CORNELiS DE W. depuis 1 chute de l'Empire romain (j juK[ii> la Révolution française.NOLETEURU. »- iju'au rélablissenienl des Sluart ()G26-16U0). vol. l vol. 8 vol.HISTOIRE DE LA KEPITULIQUE D'ANGLETERRE ET DE CROMWELL Nouvelle édition. littéraire éilil. la ^ . avec une t* • rarte de la Guule. revue et corriséc. Roirou et Scar ron. in-8. Hépubli<> cdins. in-8. .MÉDITATIONS ET ÉTUDES Nouvelle édiliun. (le M. E. GuiZOT Nouvelle édilion. 6 vol. sur ISh. EUROPE ET EX FRANCE. (IGi9-l(i58).ccom 48 » HlST4»lRE LE WASHINGTON et de la jomialion de lu Uépublique des Liais-L'nis. in-8. 1 8' édition.M. édil. Élude litléraire. 1 • HÉNANDRE. Ouvrage couronné par l'Académie française en lUlti. ^ • ÉTUDES SUR LES BEAUX-ARTS — en général. • v(. » ROltERT PEEL. iraduclion de M. . in-8. [m M. depuis l'avénenient de Charles en trois parties. GuizoT. augmentée de documents vol. » HISTOIRE DU PROTIXTORAT DE RICHARD SiUAin (iGô"J-lC(iO).\ D'A. in-8. I vol. rue ilcs l'oiiivris 6.ADME GuizOT. d'histoire coniemporaine etc. depuis la chute de l'Empire romain jusqu'au xiV siècle. in-8. in-8. 6 12 w DICTIONNAIRE UNIVERSEL DES SVNONVMES DE LA LANGUE FRANÇAISE. Nouvelle édilion. De l'élat des beaux-nus en France ei du Salo. 2 vol. par Cornelis de Witt. 2 vol.*»• • THOMAS JEFFERSON. enlièrenient revur. in-8.. )u-8. la Philosophie. vol. prononcés au concours général de l'Universii: 6 • aBAILARI) et HÉLOISE. (JIIIU. VÉducuiion. in-ii. Uk. suivi ûti Lettres dC Abaid'Ilé/ohe. CHUTE DE LA RÉPUBLIQUE. GRÉGOiME DE TOURS ET FUÉDÉGAIRE Histoire des Fratics. édil. CORNEILLE ET SON TEMPS. [irécédéi- ilui» Discours sur ta Hévolution d'Aîigteltrre. pagnéi! d'une Etude trad.l. et M°" GcizOT. in-8.nadlt. CROMWELL et du RÉTABLISSEMENT DE^ l4 « i fio\K. in-8. Nouvelle édition. elc. 1820 à 1822. K. portrait. vol. lard 1 et E^sai historique. in-8. 12" édit. . Etude vol. suivie de la Chronique de Frede(ja"e.-«. in-8.. in-8. portrait. <> » » ESSAIS SUR L'HISTOIRE DE FRA>'CE. de notices et de noies. Nouv. . vol. Capiomom 4!l V.TT. historique el ** l'iris. grand in-8. jus 42 • HiSTOlItE DE CHARLES I" depuis son avènement jusqu'à su aiorl (1C25-1049). Nouv. iLUVRES COMPLÈTES DE SHAKSPEARE. études historiques. 1 Élude sur démocratie américaine. in-8. H '^ » . : vol.

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