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Chrhc 242 102 Penser Les Rapports Entre Sciences Et Politique Enjeux Historiographiques Recents 1

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Cahiers d'histoire.

Revue d'histoire critique
102  (2007) Sciences et politique
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Jérôme Lamy

Penser les rapports entre sciences et politique : enjeux historiographiques récents 
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Référence électronique Jérôme Lamy, « Penser les rapports entre sciences et politique : enjeux historiographiques récents  », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 102 | 2007, mis en ligne le 01 octobre 2010, consulté le 05 décembre 2012. URL : http://chrhc.revues.org/242 Éditeur : Association Paul Langevin http://chrhc.revues.org http://www.revues.org Document accessible en ligne sur : http://chrhc.revues.org/242 Document généré automatiquement le 05 décembre 2012. La pagination ne correspond pas à la pagination de l'édition papier. © Tous droits réservés

Penser les rapports entre sciences et politique : enjeux historiographiques récents 

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Jérôme Lamy

Penser les rapports entre sciences et politique : enjeux historiographiques récents 
Pagination de l’édition papier : p. 9-32
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Le champ des études relatives aux relations entre sciences et politique est particulièrement foisonnant. Il est possible d’y distinguer cinq grands ensembles de problématiques. Le premier concerne les réflexions autour des conditions et des cadres politiques (i.e. démocratie, totalitarisme) qui permettent, empêchent ou influencent l’activité scientifique. Le deuxième grand secteur de travaux sur les rapports entre sciences et politique s’organise autour des actions gouvernementales en faveur de l’activité scientifique ou d’un segment précis de cette activité. Le suivi des engagements, des adhésions et du militantisme politiques de certains chercheurs compose un troisième corpus de problématiques historiques et sociologiques. Une quatrième constellation de travaux récents et surtout sociologiques envisage le lien entre sciences et politique à travers les usages que les gouvernements ou les décideurs publics font des recherches scientifiques aux fins de contrôle ou d’expertise. Le cinquième ensemble de travaux dont nous proposons de faire un bilan historiographique dans cet article concerne les constructions théoriques générales qui ont, depuis une vingtaine d’années, tenté d’esquisser des modalités d’agencement et de structuration des relations entre sciences et société. Nous avons retenu trois grands cadres conceptuels : la nouvelle production du savoir, la triple hélice, la théorie de l’acteur-réseau. Nous décrirons pour chacune de ces théories leurs grandes lignes et leurs principales propositions, puis nous nous attarderons sur la manière dont ils envisagent les rapports entre sciences et politique. Enfin, nous détaillerons les limites qui ont été soulevées dans ces trois ensembles conceptuels. En conclusion, nous proposerons une réflexion autour d’une posture critique et réflexive dans l’examen des relations entre pratiques scientifiques et action politique.

La nouvelle production des savoirs : vade-mecum néolibéral pour les gouvernements
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En 1994, Michael Gibbons, Camille Limoges, Helga Nowotny, Simon Schwartzman, Peter Scott et Martin Trow publient un bref ouvrage intitulé The new production of knowledge  2. L’objectif affiché est de saisir les modalités des changements qui interviennent dans la production des connaissances au sein des sociétés contemporaines  3. Un second livre, Rethinking science. Knowledge and the public in an age of uncertainty, édité en 2001 par trois des premiers auteurs, reprend et étend les premières réflexions 4. L’idée force des deux ouvrages réside dans la succession de deux grands modes de production des savoirs. Le Mode 1 correspond à un complexe « of ideas, methods, values, norms […] that has grown up to control the diffusion of compliance with what is considered sound scientific practice »5. Le cadrage disciplinaire, l’évaluation par les pairs, la publication des résultats constituent les traits saillants du Mode 1. Les problèmes sont définis a priori par une communauté spécifique qui se dote de normes sociales et cognitives pour les résoudre 6. Pour définir le Mode 2, qui apparaît progressivement après la Seconde Guerre mondiale, les auteurs de The new production of knowledge ont dressé une liste d’attribution, qui s’opposent terme à terme à celles du Mode 1. Ce dernier est disciplinaire alors que le Mode 2 est transdisciplinaire. L’homogénéité caractérise le Mode 1, le Mode 2 est lui marqué par l’hétérogénéité. Le Mode 2 et plus réflexif que le Mode 1 7. Surtout, l’écart est plus significatif encore entre les deux modes de production du savoir en ce qui concerne les audiences auxquelles ils se réfèrent. Dans le Mode 1, les scientifiques s’adressent à la communauté académique (i.e. leurs pairs) ; ils mettent en œuvre à cette fin un ensemble de pratiques et
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de règles propres à une discipline particulière 8. Au contraire, le Mode 2 inclut un très grand nombre d’intervenants et d’interlocuteurs dans l’industrie, les cénacles politiques ou plus généralement la société 9. Les auteurs insistent fortement sur la question de l’application pour cerner les différences essentielles entre les deux modes. L’objectif, la finalité, la destination des connaissances produites font partie intégrante d’un processus de négociation qui ne cesse jamais dans le Mode 2. Les acteurs impliqués participent tous à l’élaboration des savoirs et incluent dans sa mise au point leurs propres demandes  10. Les auteurs assurent que dans le Mode 1 les critères d’évaluation sont ceux des pairs qui sélectionnent les travaux et les recherches en fonction de ce qu’ils apportent à la discipline. Le Mode 2 étend la liste des critères aux différents intervenants et intègre les intérêts intellectuels, sociaux, économiques et politiques  11. Dans cette perspective, l’organisation de la recherche est diffuse et se dilue dans toute la société ; aucun pôle de décision n’est central et il n’existe ni planification, ni coordination 12. La circulation des pratiques, des connaissances et des compétences est favorisée, dans le Mode 2, par la transdisciplinarité ; celle-ci permet le déploiement de théories et de méthodes inédites 13. Dans le même temps, de nouveaux sites de production émergent et témoignent d’un savoir qui serait désormais socialement distribué 14. Les alliances, les échanges et les négociations entre les différents groupes sont susceptibles d’être constamment remis en question, transformés, déplacés. De manière générale, les auteurs de The new production of knowledge décrivent un Mode 2 inscrit dans l’éphémère et le temporaire. Ainsi, « research groups are less firmly institutionalised ; people come together in temporary works teams and networks which dissolve when a problem is solved or redefined »15. Les consensus obtenus sur la définition des applications sont également provisoires et peuvent être renégociés à tout moment. Le Mode 2 exige une grande flexibilité et des réponses rapides pour satisfaire aux demandes variées et complexes des différents acteurs 16. Il convient d’examiner plus précisément le rôle du politique et son articulation au travail scientifique tels qu’ils sont envisagés dans The new production of knowledge et Re-thinking science. Les auteurs repèrent trois phases historiques récentes dans les rapports entre sciences et politique. La première phase, qui s’étend de la fin des années 1940 aux années 1960, correspondrait à une politique scientifique «  in which the key decisions were to be taken by scientists […] »17. L’objectif unique est alors d’accélérer la croissance « of the scientific enterprise per se  »18. Les années 1970 constituent la deuxième phase d’une relation entre pratiques scientifiques de gouvernement et ordre savant qui s’oriente vers un renversement des rôles. « The intention was that science and technology should play a key role achieving the diverse policy objectives of a modern industrial state […] »19. Les sciences entrent en politique et doivent permettre d’atteindre les objectifs fixés par les gouvernants. La troisième phase, qui commence au début des années 1980, se distingue par une demande plus forte du politique à l’endroit des innovations technologiques. Celles-ci doivent constituer une réponse adéquate au contexte concurrentiel de plus en plus prégnant 20. Les infrastructures technologiques font l’objet d’une attention particulière  21et l’action politique s’efforce d’articuler au mieux les exigences économiques et les compétences scientifiques. Les attributs caractéristiques du Mode 2 émergent plus clairement dans cette troisième étape des relations entre sciences et politique 22. Les auteurs de The new production of knowledge ont un regard critique sur l’attitude des gouvernements qui ont été confrontés, dans les années 1980, à la nouvelle donne économique. Prenant l’exemple de la France 23, ils assurent que la conduite par l’État de certains chantiers technologiques, comme la mise au point d’ordinateurs ou la fabrication de composants électroniques, n’a pas permis d’accroître la compétitivité internationale de ces secteurs. En revanche, d’autres segments de l’activité industrielle, comme l’élaboration du Train à Grande Vitesse (TGV) ont connu d’importants succès d’un point de vue économique. Au final, précisent les auteurs, « the performance of government in economic is ambiguous »24.

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The new production of knowledge et Re-thinking science ne limitent pas leurs propos à une analyse sociologique et historique des plus récentes liaisons entre mode de gouvernement et recherche scientifique. Les ouvrages renferment également une description détaillée de la place, du rôle et de l’action du politique, dans le cadre du Mode 2. Il ne s’agit plus de décrire des processus à l’œuvre mais de décrire le type d’impulsion et de médiation que la sphère politique doit déployer pour assurer un développement optimal d’une dynamique scientifique et technique transdisciplinaire, hétérogène et centrée sur les contextes d’application. Les auteurs voient là de nouveaux défis pour les gouvernements : « national institutions need to be de-centred – to be made more permeable – and governments through their policies can promote change in this direction »25. Les instances dirigeantes se doivent d’être sensibles au fait que la production des savoirs est désormais socialement distribuée. Ces injonctions, qui limitent l’action du politique à la médiation, dessinent ce que les auteurs appellent « a new management style »26. Les gouvernants doivent s’efforcer de faire l’interface entre compétition et collaboration  ; ils ont pour obligation de faciliter les échanges et de dégager des espaces d’interactions entre les partenaires impliqués dans la nouvelle production des savoirs 27. Ils visent à maintenir un équilibre entre volatilité et permanence des institutions dans un jeu constant d’ajustements et d’agencements 28. Le travail du politique est de créer les conditions d’une plus grande fluidité dans les relations nouées autour des projets scientifiques. Dans cette configuration, le gouvernement s’en tient à un rôle de «  honest brokers  »29. Les auteurs de The new production of knowledge estiment que ce retrait des instances gouvernementales dans l’accomplissement des programmes de recherche est la conséquence du remodelage radicale de l’arène politique : « during the last two decades not only politicians and civil servants, but economists, marketing experts and industrialts, have become involved in the genesis of science and technology »30. Parallèlement, Nowotny, Scott et Gibbons, dans Repenser la science, redéfinissent la politique qui, « dans les systèmes démocratiques, n’est plus une activité “productive” visant à construire des structures bureaucratiques centralisées pour encourager les réformes et les progrès. Elle devient une activité de “consommation” destinée à récompenser, exciter et calmer »31. Notons que cette assertion tient moins de l’étude politiste que de la sentence idéologique. Au-delà de ces nouvelles attributions du politique, les auteurs de Repenser la science perçoivent l’émergence d’un espace public transformé, qu’il nomme agora et dans lequel «  se mêlent la science et la société, le marché et la politique […] »32. Les différents acteurs présents semblent peu à peu devenir indifférenciés dans un jeu complexe de négociations renouvelées en permanence. Les thèses de la nouvelle production du savoir ont été discutées et contestées à de nombreuses reprises 33sous deux angles distincts. Tout d’abord, d’un point de vue méthodologique et épistémologique, les limites des deux ouvrages sont nombreuses. Terry Shinn remarque que les « assertions ne reposent presque jamais sur des informations concrètes […] »34. Les auteurs ne développent aucun programme de recherche, aucune piste empirique. D’autre part, poursuit Terry Shinn, « l’approche n’est reliée de façon spécifique à aucun cadre conceptuel […]. The new production of knowledge ne définit ses concepts clés pas plus qu’il ne le développe »35. L’absence de problématique claire et de cadre théorique précis interdit l’emploi des Modes 1 et 2 comme outils heuristiques pertinents. La nouvelle production du savoir repose sur une interpénétration des espaces politiques et scientifiques qui aboutit à une disparition des frontières. Or, comme le souligne Dominique Vinck, « la validation par les pairs via les publications scientifiques reste prépondérante tandis que l’essentiel des savoirs scientifiques reste le fait de logiques scientifiques intrinsèques aux spécialistes  »36. Le modèle proposé ne correspond donc pas aux situations concrètes observables dans les dynamiques scientifiques et techniques actuelles. Surtout, comme l’a montré Dominique Pestre, la séparation entre un Mode 1 qui aurait dominé jusqu’au second conflit mondial et un Mode 2 qui se déploierait depuis une cinquantaine d’années est invalidée par de nombreux exemples historiques. Ainsi aux XVIe et XVIIe siècles, les « mathématiques pratiques », qui recouvrent l’astronomie, la cartographie, la fabrication d’instruments, l’édition

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d’ouvrages spécialisés, constituent un ensemble cohérent d’activités capables de « répondre aux changements sociaux et économiques, politiques et militaires de la Renaissance […] »37. En retour, ces différentes pratiques travaillent le champ philosophique (en marginalisant l’aristotélisme) ainsi que le secteur économique de la production technique. La puissance des États s’appuie sur cette nouvelle dynamique des savoirs pour la conquête du Nouveau Monde ; de même les compagnies commerciales étendent leur influence grâce aux outils techniques et cognitifs disponibles 38. La succession d’un Mode 1 strictement académique et disciplinaire, et d’un Mode 2 synthétisant une chaîne d’acteurs variés, polarisés par les applications des savoirs, constitue une aberration historique majeure. Ainsi que le remarque Dominique Pestre, « les modes 1 et 2 ne sont que des formes analytiques extrêmes et hautement simplifiées […] »39. Les soubassements politiques et idéologiques de la nouvelle production du savoir ont fait l’objet d’une série de discussions très critiques. La volonté performative des ouvrages, présentés comme de véritables manuels pratiques à destination des décideurs économiques et des gouvernements, a notamment été relevée par Benoît Godin  40. L’objectif des auteurs est effectivement moins de fournir des concepts opératoires pour analyser les évolutions historiques des dynamiques scientifiques et techniques que de proposer une vision simpliste des forces en présence pour mieux les plier aux formes « d’un ordre social et politique nouveau, celui du néo-libéralisme  »41. Dominique Pestre souligne très justement que le vocabulaire associé au Mode 2 (e.g. hétérogénéité, flexibilité, multicentré) vise à disqualifier le Mode 1, jugé archaïque et rigide  42. La place réduite que les auteurs de The new production of knowledge et Re-thinking science attribue au politique (et plus généralement aux formes de décisions collectives) est conforme à un mode de dérégulation économique néo-libérale qui limite ou exclut les initiatives publiques pour laisser agir les forces du marché. Le Mode 2 n’est pas exempt de préoccupations politiques qui, comme le remarque Terry Shinn, défendent une « vision néo-corporatiste du monde »43(notamment dans Re-thinking science) et semblent pouvoir se passer de choix et de décisions démocratiques 44. En dépit d’une argumentation adossée aux axiomes néo-libéraux, les auteurs de The new production of knowledge assurent s’en tenir à une position de stricte neutralité en ce qui concerne les évolutions décrites dans l’ouvrage  45. Cette défense d’une analyse impartiale est d’autant moins convaincante que les auteurs assument pleinement, en conclusion de leur travail, les inégalités que le Mode 2 doit générer, dans l’accès aux innovations développées 46. La nouvelle production du savoir apparaît donc comme un vade-mecum peu encombré d’interrogations épistémologiques, davantage destiné à soutenir une politique scientifique dérégulée qu’à fournir un cadre théorique pertinent sur les transformations passées et présentes des activités savantes.

La triple hélice : l’horizon figé des analyses
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Loet Leydesdorff et Henry Etzokowitz proposent, depuis le milieu des années 1990, une réflexion sur les relations entre université, gouvernement et industrie47. Sous l’expression de «  triple hélice  », ils ont forgé un modèle théorique qui vise à saisir les processus récents d’émergence des innovations scientifiques et techniques. Leydesdorff et Etzokowitz prennent pour point de départ une rupture dans l’organisation de la recherche scientifique survenue après la Seconde Guerre mondiale. Le modèle à l’œuvre depuis le XIXe siècle est décrit comme linéaire ; il fonctionne dans « a one-way flow from fundamental to applied research and to product development  »48. Imprégnant encore très largement les acteurs de la recherche (qu’ils soient scientifiques, politiques ou industriels), ce schéma est décrit comme une idéologie visant un maintenir un équilibre ancien peu opérant face aux évolutions récentes 49. Selon Leydesdorff et Etzokowitz, depuis 1945, un modèle nonlinéaire remet en cause, supplante et remplace les processus précédemment à l’œuvre  50. Les interactions entre l’université, l’industrie et le gouvernement s’organisent à l’image d’une triple hélice dans laquelle les trois secteurs s’entrecroisent, s’influencent et se façonnent. L’objectif de ce mode
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de structuration est de «  créer, un environnement innovateur dans lequel on retrouve des entreprises dérivées de l’université, des initiatives trilatérales de développement économique fondé sur la connaissance ainsi que des alliances entre des entreprises (petites et grandes) œuvrant dans des secteurs distincts et à des niveaux technologiques différents, des laboratoires gouvernementaux et de groupes de recherche universitaires  »51. In fine, il s’agit de faire émerger des « niches of technological innovation and secure a place within the division of labour in the global economy »52. Leydesdorff et Etzokowitz décrivent en quatre grandes étapes-types l’association entre l’université, l’industrie et le gouvernement. Tout d’abord chacune des hélices subit des transformations structurelles importantes la préparant aux évolutions suivantes  : l’augmentation, pendant la guerre froide, de la compétitivité industrielle a ainsi modifié la place de la recherche académique, qui a été contrainte de privilégier des programmes à court terme 53. La deuxième phase repose sur un jeu d’alliances, d’influences et de négociations qu’exercent les spirales de la triple hélice les unes sur les autres 54. Les auteurs de la triple hélice font de cette double dynamique d’association et de mutations réciproques le cœur de leur démonstration. Cette co-évolution, ou processus de façonnement mutuel 55, n’est ni ordonnée, ni contrôlée, ni organisée par l’un ou l’autre des acteurs en présence. La troisième étape survient lorsque les interactions multiples ont favorisé l’émergence de nouvelles structures d’innovations scientifiques et techniques. Les influences croisées permettent «  the creation of integrating mechanisms among the spheres in the focus of networks for example, of academic, industrial and gouvernemental researchers, and hybrid organizations »56. Ces mécanismes intégrateurs remodèlent chacune des spirales de la triple hélice, en même temps qu’ils contraignent les acteurs à maîtriser – au moins partiellement – les éléments clefs du langage des autres participants. Leydesdorff et Etzokowitz suggèrent que la triple hélice « operates in terms of translations among specific (that is ‘high quality’) communication […] »57. L’effet structurant qu’offre l’apparition de nouvelles entités vouées à la recherche innovante est à rechercher dans le mécanisme de la destruction créatrice que les auteurs empruntent à Schumpeter  58. En effet, la dynamique de la triple hélice repose sur une sélection permanente et mutuelle des différentes co-évolutions possibles : « par exemple, les marchés et les réseaux font une sélection en fonction de la faisabilité technologique, tandis que les options d’avancées technologiques peuvent aussi être précisées en fonction des forces du marché. Les gouvernements peuvent intervenir en collaborant à la création d’un nouveau marché ou, autrement en changeant les règles du jeu »59. Comme la co-évolution, la sélection réciproque permettant l’émergence d’alliances, de négociations ou de structures inédites est censée n’être organisée ou coordonnée par aucune des spirales. Cette absence de programme initial ou de plan préétabli génère des « casse-tête que les participants, les analystes et les décideurs politiques doivent résoudre »60, et produit un « effet rétroactif sur les intentions, les stratégies et les projets »61. Les infrastructures et les agencements sont modifiés, en retour, pour s’adapter aux configurations institutionnelles émergentes 62. Les acteurs impliqués anticipent les demandes, les actions et les refus des autres intervenants  ; ils intègrent les contraintes structurelles avant de formuler leurs attentes. Cette capacité à imaginer et à devancer les opportunités ou les résistances à venir se double d’une forte réflexivité de toutes les parties en présence : elles ajustent en permanence leurs positions les unes aux autres 63. La quatrième et dernière phase de la triple hélice est un effet récursif du processus  64qui implique une recombinaison permanente des entités en jeu. Il n’existe aucune stabilité à long terme  : «  on peut s’attendre à ce qu’une triple hélice, dans laquelle chaque brin peut être relié aux deux autres, développe une couverture réflexive de communication, de réseaux et d’organisations entre les hélices »65. Dans leurs écrits les plus récents, Leydesdorff et Etzokowitz ont développé la notion de transition infinie 66pour suivre une multitude de co-évolutions impliquant des combinaisons institutionnelles de tous niveaux. La science produit des innovations qui innervent l’ensemble de la société, en retour, les agencements entre université, industrie et gouvernement sont

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travaillés par de nouvelles demandes et de nouvelles questions. Les auteurs de la triple hélice ont repéré une conséquence négative de cette recombinaison perpétuelle des entités institutionnelles  : «  le prix à payer pourrait être la perte des identités traditionnelles et l’aliénation ou l’incertitude au sujet de la viabilité de la reconstruction […]  »67. Toutefois, Leydesdorff et Etzokowitz considèrent que cette « destruction créative » permet « l’accroissement du développement »68. Dans la triple hélice, le rôle du gouvernement – et plus généralement du politique – n’est guère explicité. La description du modèle tend à ne pas différencier la position de chaque acteur, ainsi que leurs compétences et leurs actions. Plusieurs assertions permettent cependant de cerner les interventions souhaitables (selon les auteurs) du politique dans les différentes étapes de la triple hélice. Ainsi, dans certaines circonstances, comme l’état de guerre, « governments may be able to harmonize and lead the interactions »69. Les instances politiques sont priées d’agir conformément au déroulement de la triple hélice et doivent favoriser les interactions, les coévolutions et les rétroactions structurelles. Dans cette perspective, l’action gouvernementale n’a plus prise sur les orientations économiques et se contente de ne pas freiner l’émergence de niches d’innovations. Leydesdorff et Etzokowitz considèrent que la distinction entre le laissezfaire libéral et l’État-interventionniste est obsolète : « governance nowadays means codifying high-quality selections that set free new areas of activity as zones of recombination »70. Les autorités politiques doivent donc osciller entre activisme et abstinence en fonction des rapports de force à l’œuvre 71. Cette description du rôle souhaité et souhaitable du gouvernement permet de saisir une autre ambition de la triple hélice qui n’est pas seulement un modèle sociologique et historique d’analyse des relations entre université, industrie et gouvernement ; Leydesdorff et Etzokowitz présentent très explicitement leur travail comme un cadre performatif susceptible d’être mis en œuvre par les instances politiques  72. Ils forment un «  club de réflexion  »73susceptible de présenter aux acteurs politiques et économiques les potentialités de leur modèle pour s’adapter aux évolutions récentes des rapports sciences-politique-économie. Ce travail de persuasion porte principalement sur les pays en voie de développement  74. La triple hélice n’est donc pas seulement conçue comme un outil de recherche ; elle est également proposée aux instances dirigeantes et aux managers comme un mode d’action et de gouvernement. Leydesdorff et Etzokowitz n’explicitent jamais la manière dont ils envisagent la tension qui parcourt la triple hélice, à la fois instrument d’explication socio-historique et cadre performatif de transformation du monde. Terry Shinn a pointé les nombreuses limites de la triple hélice : son langage trop global interdit le déploiement d’analyses empiriques fines et précises. Il n’existe pas « d’exemple archétypal […] qui présenterait et […] comprendrait les différents traits saillants »75du modèle. La notion de co-évolution constitue un problème central de la thèse de Leydesdorff et Etzokowitz. Elle décrit en effet «  des structures et des transformations à un métaniveau et en termes macroscopiques »76. Énoncé dans un vocabulaire trop général, la co-évolution apparaît comme une opération abstraite dans laquelle les rôles de l’université, de l’industrie et du gouvernement ne sont pas concrètement détaillés ni même clairement différenciés. On peut en effet s’interroger sur les modes d’action de chacune des branches de la triple hélice en soulignant qu’ils ne sont pas identiques, qu’ils n’ont pas les mêmes effets et qu’ils ne s’inscrivent pas dans les mêmes temporalités. Le flou conceptuel de la co-évolution est à mettre en lien avec la place variable que le gouvernement doit tenir tout au long de la triple hélice : libéral ou interventionniste selon les cas de figures et les circonstances. La transition infinie est également un concept problématique. Il fige dans un mode définitif d’interactions l’université, l’industrie et le gouvernement. Une fois enclenché le processus de la triple hélice, les cycles de co-évolutions, de restructurations institutionnelles et de rétroactions, il n’est plus possible de discerner des ruptures, des arrêts, des modifications ou des déviations. La transition infinie est un opérateur heuristique a-historique qui mutile les possibilités d’analyse en encapsulant les configurations de la triple hélice dans un processus de déploiement unique et fermé sur lui-même.

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La théorie de l’acteur-réseau ou le monde social aplani
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La théorie de l’acteur-réseau  77, développée en France à partir des années 1980, autour des travaux de Michel Callon et Bruno Latour, s’est constituée dans le sillage des études de David Bloor et Barry Barnes. Ces derniers ont proposé, dans les années 1970, « une analyse critique de la production des savoirs scientifiques […]  »78. Sous le nom de programme fort  79,les analyses de Barry Barnes, Harry Collins, Steven Shapin, et, en France, de Bruno Latour et Michel Callon, ont permis de dégager deux principes généraux dans l’étude des recherches scientifiques : l’impartialité et la symétrie. Le premier suppose que l’on considère les notions de vérité, d’objectivité, de raison ou de précision, comme des catégories appartenant aux acteurs. Le second principe suggère d’appliquer aux théories ou aux expériences ayant été validées les mêmes causes qu’aux travaux conceptuels ou empiriques rejetés. Cette sociologie des sciences repose, à ces débuts, sur une critique de la science comme « institution in the service of the powers-that-be […], a socially authoritarian and elitist institution […] » 80. La position politique qui sous-tend le programme fort est proche du mouvement contestataire des années 1960 et 1970 dénonçant les mécanismes de domination à l’œuvre dans la société et, par extension, dans les sciences. D’abord inscrite dans le cadre du programme fort, la théorie de l’acteur-réseau rompt, à partir du milieu des années 1980, avec cette matrice conceptuelle. Ainsi, pour Latour, il convient de généraliser le principe de symétrie  81en l’appliquant aux ressources humaines et non humaines 82. Ces propositions s’inscrivent dans une course à la radicalité et à la surenchère épistémologique  83. Elles dessinent en même temps un corpus théorique que vont déployer Bruno Latour et Michel Callon en France 84. L’argument fondateur de la théorie de l’acteur-réseau est longuement exposé par Latour dans son ouvrage Nous n’avons jamais été modernes, paru en 1991. Le terme moderne renverrait, selon lui, « à deux ensembles de pratiques entièrement différentes qui, pour rester efficaces, doivent demeurer distinctes mais qui ont cessé récemment de l’être. Le premier ensemble de pratiques crée par “traduction” des mélanges entre genres d’êtres entièrement nouveaux, hybrides de nature et de culture. Le second crée, par “purification”, deux zones ontologiques entièrement distinctes, celles des humains d’une part, celle des non-humains de l’autre  »85. Latour prend pour point de départ la controverse, étudiée par Steven Shapin et Simon Schaffer 86, entre Hobbes et Boyle autour de la pompe à air. Dans cette querelle, « Boyle crée un discours politique d’où la politique doit être exclue, pendant que Hobbes imagine une politique scientifique d’où la science expérimentale doit être exclue  »87. Ce travail de séparation entre science et politique est à la racine de ce que Latour appelle la « constitution moderne »88. Dans cette perspective, notre représentation du monde se fonde donc sur un Grand Partage 89entre nature et culture. En fait, ce Grand Partage n’a jamais été mis en pratique, car, « plus on s’interdit de penser les hybrides, plus leur croisement devient possible […] »90. La théorie de l’acteur-réseau doit tenir compte de ce hiatus entre une représentation du monde qui se fonde sur une stricte démarcation entre nature et culture et une pratique effective qui, au contraire, agence en permanence humains et non-humains. L’analyse du parcours d’un énoncé scientifique permet de mieux saisir « la science telle qu’elle se fait » dans le cadre de la théorie de l’acteur-réseau. Nous nous appuierons sur l’itinéraire que décrit Bruno Latour dans La science en action pour comprendre comment il façonne et utilise la notion d’acteur-réseau. Pour qu’un énoncé scientifique soit décisif, il est nécessaire qu’il circule, c’est-à-dire qu’il soit cité, repris et utilisé par d’autres chercheurs, « comme un fait établi »91. Dès lors, le savant est confronté à un dilemme : il doit « recruter les autres pour les faire participer à la construction du fait  » et d’autre part «  contrôler leurs faits […]  »92pour que soit «  maintenue l’identité entre ce qu’ils empruntent et ce qu’ils diffusent  »93. Afin de dénouer cette contradiction, Latour propose «  le concept central de traduction  », c’est-à-dire «  l’interprétation donnée, par ceux qui construisent les faits, de leurs intérêts et de ceux des gens qu’ils recrutent »94. Les stratégies visant à recruter des alliés pour que circule un énoncé sont nombreuses. Il

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peut s’agir de montrer que les intérêts entre le savant et celui qu’il tente d’enrôler  95sont communs  96. Il est également possible de mettre au jour des intérêts peu visibles a priori ou de « redistribuer les intérêts et les buts »97,quitte à dissoudre « la notion d’intérêt explicite »98. Enfin, celui qui propose un énoncé peut, pour mobiliser d’autres acteurs, essayer de « se rendre indispensable  »99. Deux stratégies se dessinent  : celles qui permettent de «  recruter et [d’] intéresser des acteurs humains » et celles qui visent à « recruter et intéresser les acteurs non humains de façon à tenir les premiers »100. Ainsi, écrit Michel Callon, un article scientifique « exprime donc de façon autorisée ce que font, veulent les acteurs humains et non humains qu’il met en scène et dont il s’établit en porte-parole légitime  »101. Le réseau d’alliés qui s’organise ainsi peu à peu forme, lorsqu’il est cohérent et fonctionne dans le sens voulu par celui qui a produit l’énoncé, une boîte noire  102, c’est-à-dire « un fait bien établi ou un objet non problématique »103. La solidité d’un tel réseau (et donc celle de l’énoncé) se mesure au nombre de connections réalisées. Plus elles sont nombreuses, moins l’énoncé pourra être remis en cause. En effet, dans la théorie de l’acteur-réseau, lorsqu’un scientifique s’attaque à un fait, il lui faut dénouer les relations existantes, revenir sur chaque enrôlement et briser la cohérence d’une unité réticulaire. Dans cette perspective, il convient d’examiner comment peuvent être envisagées les relations entre sciences et politique. Nous suivrons l’exemple donné par Bruno Latour du travail de Frédéric Joliot pour développer la fission nucléaire comme mode de production d’énergie. En 1939, le savant français parvient « à accorder les intérêts du ministère de la Guerre, du CNRS et de l’Union minière [du Haut-Katanga] »104pour que lui soient livrées cinq tonnes d’oxyde d’uranium. Dans le même temps, au laboratoire du Collège de France, Joliot et ses collaborateurs tentaient de maîtriser la réaction de fission nucléaire. Ils «  publièrent sans relâche leurs résultats  », malgré les craintes du physicien hongrois émigré aux ÉtatsUnis Léo Szilard, de voir la bombe atomique aux mains des Allemands. L’eau lourde qui permet de ralentir les neutrons fut achetée à une compagnie norvégienne  105. Contrairement à une bipartition classique entre une histoire externaliste qui serait centrée sur «  les problèmes juridiques, du contrat avec l’Union minière, la “drôle de guerre”, le nationalisme de Dautry [ministre de l’Armement], les espions allemands  » et une histoire des sciences internaliste analysant le rôle des «  neutrons, [du] deutérium, [du] coefficient d’absorption de la paraffine »106, la théorie de l’acteur-réseau s’attache à décrire le travail, les stratégies et les efforts accomplis pour que les politiques et les scientifiques se lient «  entre eux de manière aussi inextricable  »107. Il ne s’agit pas de «  poser a priori qu’il existe un “certain lien” entre science et société  », mais plutôt de «  suivre les détours de ce lien lorsqu’il existe  »108. L’historien et le sociologue ont pour tâche de «  reproduire les gestes de ceux qui l’ont si étroitement noué »109. Ils ne doivent pas omettre, en retraçant la constitution du réseau, d’inclure à la fois les humains et les non-humains. Cette première étape permet ensuite de saisir le travail de traduction que Joliot doit accomplir pour mener à bien une « fission nucléaire artificielle contrôlée »110. Le physicien présente son projet au ministre de l’Armement comme «  le moyen le plus sûr et le plus rapide d’assurer l’indépendance nationale  »111. Il a donc déplacé son but initial pour enrôler le ministre dans son réseau. Parallèlement, assure Latour, Joliot doit « persuader un neutron de ralentir pour que son absorption par un atome d’uranium en produise trois nouveaux »112. La formulation se veut provocatrice, mais le sociologue perçoit dans cette double traduction l’élément clé de sa théorie. En effet, là où les historiens ne cernent qu’une « confusion » entre sciences et politique, Latour perçoit « une substitution continue et parfaitement explicable, d’un certain type de préoccupation et de pratiques par un autre »113. La traduction impose à Joliot de mener à bien ses expériences, de convaincre ses pairs, de s’allier les militaires, les politiques et les industriels, de déployer une représentation publique positive de son travail et enfin, de maintenir par des liens et des nœuds les quatre activités précédentes  114. Retracer ces constructions réticulaires qui mobilisent des humains et des non-humains permet in fine de repérer «  la circulation des faits scientifiques »115. Il convient, explique Latour pour finir, d’« abandonner la notion de

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société »116qui mutile la description en distinguant artificiellement humains et non-humains. On mesure donc la radicalité apparente 117de la théorie de l’acteur-réseau qui prétend dissoudre les catégories historiques et sociologiques (le politique, la société, la science) pour redéployer une description réticulaire et plane d’interactions entre objets et individus. Les critiques, argumentées et nombreuses, de la théorie de l’acteur-réseau concernent les appuis épistémologiques sur lesquels elle repose, ainsi que les effets politiques qu’elle peut induire. Simon Schaffer a mis en doute la radicalité novatrice que constitue une indistinction entre les humains et les non-humains en soulignant qu’il s’agissait d’un retour à l’hylozoïsme présocratique 118. La généralisation de ce parti pris anti-différentiationniste, selon l’expression de Terry Shinn et Pascal Ragouet  119, ne doit pas cacher une très forte ambiguïté quant à l’usage des catégories d’analyse classiques. Yves Gingras note très justement que dans la plupart des textes utilisant la théorie de l’acteur-réseau, les auteurs assurent en préambule que l’économique, le social, le politique, le technique et le scientifique sont inextricablement liés les uns aux autres et qu’il est impossible de distinguer ces éléments dans la constitution d’une dynamique scientifique  120. Pourtant, dans le corps du texte, les auteurs « établissent constamment des distinctions entre diverses catégories d’objets et d’acteurs afin de donner un sens au “monde” qu’ils analysent »121. Ainsi, dans l’exemple précédemment évoqué de la création, par Joliot, d’un laboratoire destiné à maîtriser la réaction de fission, Latour cherche effectivement à montrer comment se lient pratiques scientifiques et décisions politiques, ce qui suppose que ces deux catégories sont initialement distinctes. La traduction des intérêts que Joliot doit accomplir pour convaincre le ministre signale précisément la séparation relative des espaces scientifiques et politiques 122. Le paradoxe de la théorie de l’acteur-réseau réside dans ce nécessaire recours aux catégories usuelles d’analyse pour ensuite montrer leur nondifférentiation et leur confusion. Le concept de réseau a lui aussi fait l’objet d’un questionnement critique. En insistant sur le fait que la robustesse d’un réseau se mesure au nombre de relations, de connections et d’associations qu’il recèle, les théoriciens de l’acteur-réseau proposent une vision aplanie du monde social  123. Comme le souligne Michel Grossetti, le réseau n’a aucune «  dimension structurelle »124et les agents n’ont pas d’épaisseur 125. Cette configuration qui plane  ne permet plus de déceler dans les positions entre deux acteurs en négociation les asymétries éventuelles de leurs positions. Rien n’indique comment un scientifique parvient à enrôler un politique. Dispose-t-il de relations privilégiées (e.g. anciens condisciples, proximité idéologique) ? De quelle manière parvient-il à convaincre  ? Mobilise-t-il des intermédiaires  ? Dans la même perspective, la théorie de l’acteur-réseau n’explique pas comment et pourquoi les tentatives d’enrôlement peuvent échouer  126. Parallèlement à cet aplanissement du monde social, les théoriciens de l’acteur-réseau usent fréquemment de métaphores qui, si elles confèrent aux textes une couleur radicale ne permettent pas de mieux saisir la manière dont fonctionnent les associations entre actants. Ainsi, lorsque Latour explique que Joliot «  négocie  » avec le ministre et le neutron, il parvient à surprendre le lecteur mais pas à décrire comment le physicien « négocie », ni quelles ressources il mobilise. L’emploi du terme « négocier » semble mettre sur le même plan l’art de convaincre un politique de fournir des subsides et la manière de ralentir une particule. Francis Châteauraynaud a pointé une autre limite des travaux de cette nouvelle anthropologie des sciences  127: les auteurs ne décrivent que les périodes de création d’ouvertures pendant lesquelles les acteurs se lient et négocient «  dans un monde ouvert où s’entrecroisent des êtres hétérogènes, hybrides, indéterminés […]. Mais aucun acteur ne peut tenir très longtemps dans un régime d’indétermination et d’incertitudes maximales sur les connexions pertinentes pour agir dans le monde avec succès  »128. Tout se passe comme si les réseaux devaient se connecter les uns aux autres indéfiniment pour former un seul et unique réseau. Bruno Latour ne dément pas cette position et reconnaît qu’il pense la société comme un immense laboratoire en perpétuelle recomposition  129. Dès lors, si l’on considère que le monde n’est qu’une gigantesque association d’actants, la notion de rapport de force qui suppose à la fois de

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souligner l’asymétrie des positions 130et de repérer des espaces sociaux relativement autonomes devient obsolète. Ainsi les affrontements, les luttes et les rivalités entre réseaux n’intéressent pas la théorie de l’acteur-réseau : la perception aplanie des liens n’autorise pas l’examen des hiérarchies, des formes de domination ou des jeux de pouvoir. Il s’agit là de moyens d’action invisibles qui ne produisent pas de traces directes de leur effectivité et qui sont donc rejetés par les théoriciens de l’acteur-réseau 131. Un autre principe méthodologique de la nouvelle anthropologie des sciences constitue un biais sérieux dans la manière d’appréhender les relations entre sciences et politique : le sociologue lorsqu’il suit un énoncé se contente de suivre les gestes des différents intervenants, de noter leur capacité à créer des associations et à renforcer la cohérence de leur réseau. L’objectif est donc de « paraphraser le travail de mise en réseau des éléments […] »132. Cette neutralité du sociologue est toute théorique, car, comme le rappelle Dominique Pestre, «  any act of description, however minimalist and ethnomethodological it might aim to be always implies the adoption of a moral or political position »133. Bruno Latour refuse clairement l’emploi d’une sociologie critique 134: « l’analyste, perché en altitude, embrasserait de tout l’« ensemble » [du contexte] de son regard »135. S’en tenir aux points de vue des acteurs nécessiterait au minimum de s’interroger sur les conditions et les possibilités d’expression par les acteurs de ce point de vue   (i.e. le lieu d’où ils parlent, pour reprendre une expression foucaldienne, le mode d’expression de ce point de vue). Dominique Pestre a souligné une similitude troublante entre les valeurs du néo-libéralisme glorifiant «  the perpetually reconfiguring networks which were to ground any successfull organization »136et des études sociales sur les sciences. Les notions de connexions, de fluidité, d’hybridité, de convergence constituent le vocabulaire élémentaire du discours économique et politique dominant. Dans leur ouvrage sur le Nouvel esprit du capitalisme, Luc Boltanski et Eve Chiapello ont ainsi montré comment les travaux sur les réseaux (parmi lesquels ceux relatifs à la théorie de l’acteur-réseau) ont été captés, utilisés et recyclés par la rhétorique managériales des années 1980 et 1990 137. Les conséquences (même indirectes, même détournées) d’une théorie sociologique posent à nouveau frais la question du rapport entre sciences et politique. En tentant d’indifférencier la sphère savante et la sphère du pouvoir, la théorie de l’acteur-réseau se prive d’un moyen efficace d’analyser ses propres effets sur la « société » dont par ailleurs elle récuse l’existence.

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Les trois cadres théoriques des rapports entre sciences et société que nous avons examinés dans cet article ont en commun de questionner le politique sans percevoir les conséquences politiques qu’ils induisent ou entraînent. La nouvelle production du savoir comme la triple hélice se déploient dans le registre performatif et visent à guider, accompagner, voir inciter l’action politique. Elles se présentent comme des outils à l’usage des gouvernants et sont construites aux formes d’une doxa dominante célébrant les recompositions structurelles permanentes, les ajustements instantanés et les adaptations fortes au contexte économique. La nouvelle production du savoir et la triple hélice s’inscrivent dans un cadre politique sans proposer une réflexion sur leur adhésion à ce cadre. La théorie de l’acteur-réseau ne se présente pas comme un instrument du politique. Toutefois, sa matrice conceptuelle (le réseau) et son vocabulaire sont très proches des outils développés depuis une vingtaine d’années par les formes les plus agressives du capitalisme. Les théoriciens de l’acteur-réseau refusant a priori la posture critique, il leur est difficile d’évaluer les effets et les usages politiques de leurs travaux. La nouvelle production du savoir, la triple hélice et la théorie de l’acteur-réseau invitent à repenser le double exercice de la réflexivité et de la critique. Cerner les effets d’une théorie sociale sur la société n’est ni accessoire, ni anecdotique, cela fait partie intégrante du travail d’historien ou de sociologue

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La réflexivité constitue une exigence méthodologique autant qu’une «  vigilance méthodique »138permettant de repérer les effets, les illusions et les biais d’un cadre théorique. Elle interroge les conditions sociales (i.e. adhésion à certaines valeurs, proximité avec des schèmes politiques, langages communs avec d’autres espaces sociaux) de construction et de déploiement d’un ensemble conceptuel  139. Pierre Bourdieu a insisté sur la nécessaire « confrontation dialogique » qui doit présider à la réflexivité : elle « incombe à l’ensemble de ceux qui sont engagés dans le champ scientifique  ; et elle s’accomplit, par le jeu de la concurrence qui les unit et les oppose, lorsque les conditions sont remplies pour que cette concurrence obéisse aux impératifs de la polémique rationnelle […] »140. L’opération critique est un autre instrument, complémentaire et parallèle à celui de la réflexivité. Michel Foucault indiquait qu’une « critique ne consiste pas à dire que les choses ne sont pas bien comme elles sont. Elle consiste à voir sur quel type d’évidences, de familiarités, de modes de pensée acquis et non réfléchis reposent les pratiques que l’on accepte »141. La critique s’organise comme une mise à distance des schèmes intellectuels dominants et une discussion de leurs effets. Elle intègre une réflexion sur les mécanismes de pouvoir, ainsi que sur la généalogie des discours présentés comme des évidences. Ainsi que le suggère Dominique Pestre, il est essentiel pour les chercheurs en sciences sociales d’agir « as academic telling the “truth” and agnostically following actors in their moves », et d’agir, dans le même temps, « as intellectuel and social critic »142. Problématiser les relations entre sciences et politique invite donc à souligner les rapports de force, à dévoiler des enjeux sous-jacents, à mettre en question les conséquences des analyses ainsi produites. La difficulté majeure réside, comme l’a écrit Gérard Noiriel, dans la difficile construction « d’une véritable communauté de chercheurs engagés […] »143. Cette dimension collective est la seule qui puisse rendre pertinente un questionnement sur l’articulation sciences/politique, dans une perspective critique et réflexive. Notes
1  Je remercie Arnaud Saint-Martin pour ses remarques éclairées sur les versions précédentes de ce texte. J’ai fait le choix de conserver les citations dans leur langue d’origine. Pour en faciliter la lecture, la rédaction de la revue en a traduit une partie dans les notes qui suivent. 2  Michael Gibbons, Camille Limoges, Helga Nowotny, Simon Schwartzman, Peter Scott, Martin Trow, The new production of knowledge. The dynamics of science and research in contemporary societies, Londres, Sage Publications, 1994 (traduction de la rédaction : La nouvelle production du savoir. Les dynamiques de la science et de la recherche dans les sociétés contemporaines). 3  Ibidem, p. 1. 4  Helga Nowotny, Peter Scott, Michael Gibbons, Re-thinking science. Knowledge and the public in an age of uncertainty, Polity Press, Blackwell, 2001. Dans la suite de l’article, nous ferons référence à la traduction française de cet ouvrage : Repenser la science. Savoir et société à l’ère de l’incertitude, Paris, Belin, 2003. 5  Michael Gibbons, Camille Limoges, Helga Nowotny, Simon Schwartzman, Peter Scott, Martin Trow, The new production of knowledge. The dynamics of science and research in contemporary societies, Londres, Sage Publications, 1994, p. 2 (Le mode I correspond à un ensemble « d’idées, de méthodes, de valeurs, de normes […] qui se sont développées pour contrôler le déploiement de la complémentarité qui est censée sourdre de la pratique scientifique »). 6  Ibidem, p. 3. 7  Ibidem, p. 3. 8  Ibidem, p. 3. 9  Ibidem, p. 4. 10  Ibidem, p. 4. 11  Ibidem, p. 8. 12  Ibidem, p. 6. 13 . Ibidem, p. 5. 14  Ibidem, p. 14.

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15  Ibidem, p. 6 : « Les groupes de recherche sont moins solidement institutionalisés ; des individus se rassemblent dans des groupes de travail et des réseaux temporaires qui se défont quand le problème à traiter est résolu ou redéfini. » 16  Ibidem, p. 6. 17  Ibidem, p. 158 : […] « une politique scientifique « dans laquelle les décisions clé devaient être prises par les sientifiques ». 18  Ibidem, p. 158 : L’objectif unique est alors d’accélérer la croissance « de l’entreprise scientifique pour elle-même ». 19  Ibidem, p. 158 : « Le but était alors que la science et la technologie jouent un rôle clé dans la définition des objectifs politiques d’un état industriel moderne. » 20  Ibidem, p. 158. 21  Ibidem, p. 159. 22  Ibidem, p. 159. 23  Ibidem, p. 136 pour l’ensemble du développement qui suit. 24  Ibidem, p. 136 : « l’efficacité de l’action du gouvernement dans le domaine économique n’est pas nette ». 25  Ibidem, p. 15: « les institutions nationales ont besoin d’être décentrées – pour être plus perméables – et les gouvernements, à travers leurs politiques, peuvent promouvoir des changements dans ce sens ». 26  Ibidem, p. 161 : « un nouveau style de management ». 27  Ibidem, p. 164. 28  Ibidem, p. 164. 29  Ibidem, p. 162 : « un intermédiaire honnête ». 30  Ibidem, p. 162 : « au cours des deux dernières décennies, ce ne sont pas seulement les hommes politiques et les fonctionnaires mais aussi les économistes, les exprets en marketing et les industriels qui se sont trouvés impliqués dans le développement de la science et de la technologie ». 31 Helga Nowotny, Peter Scott, Michael Gibbons, Repenser la science. Savoir et société à l’ère de l’incertitude, Paris, Belin, 2003, p. 44. 32  Ibidem, p. 259. 33  Benoît Godin, « Writing Performative History : the New Atlantis ? », Social Studies of Science, vol. 28, n° 3, 1998, pp. 465-483, Benoît Godin, Yves Gingras, « The place of universities in the system of knowledge production  », Research Policy, vol. 29, 2000, pp. 273-278, Peter Weingart, «  From “finalization” to“ mode 2” : old wine in new bottles ? », Social Science Information/Information sur les sciences sociales, vol. XXXVI, 1997, pp. 591-613, Dominique Pestre, « La production des savoirs entre académies et marché. Une relecture historique du livre : The new production of knowledge édité par Michael Gibbons », Revue d’économie industrielle, vol. 79, n° 1, 1997, pp. 163-174, Dominique Pestre, « Régimes of knowledge production in society : towards a more political and social reading », Minerva, vol. 41, 2003, pp. 245-261, Terry Shinn, « Change or Mutation ? Reflections on the foundations of contemporary science  », Social Science Information/Information sur les sciences sociales, vol. XXXVIII, 1999, pp. 149-176, Terry Shinn, « Nouvelle production du savoir et triple hélice. Tendance du prêt-à-penser les sciences », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 141‑142, 2002, pp. 21-30. 34   Terry Shinn, «  Nouvelle production du savoir et triple hélice. Tendance du prêt-à-penser les sciences », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 141-142, 2002, p. 24. Notons que les rares exemples cités à l’appui de la démonstration sont parfois entachés d’erreurs. C’est le cas pour l’histoire des Annales. Les auteurs de The new production of knowledge assurent que Lucien Febvre «  is best known for his study of the dark-age and medieval belief that king could cure scrofula by touching sufferes  » (Michael Gibbons, Camille Limoges, Helga Nowotny, Simon Schwartzman, Peter Scott, Martin Trow, The new production of knowledge. The dynamics of science and research in contemporary societies, Londres, Sage Publications, 1994, p.  106). C’est Marc Bloch (et non Lucien Febvre) qui est l’auteur des Rois Thaumaturges. Etude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre (Strasbourg, Publication de la Faculté des Lettres de l’Université de Strasbourg, 1924). 35  Ibidem, p. 24. 36  Dominique Vinck, Sciences et société. Sociologie du travail scientifique, Paris, Armand Colin, 2007, p. 268. 37   Dominique Pestre, Science, argent et politique. Un essai d’interprétation, Paris, INRA Éditions, 2003, p. 24. 38  Ibidem, p. 24.

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39  Dominique Pestre, « La production des savoirs entre académies et marché. Une relecture historique du livre : The new production of knowledge édité par Michael Gibbons », Revue d’économie industrielle, vol. 79, n° 1, 1997, p. 169. 40  Benoît Godin, « Writing Performative History : the New Atlantis ? », Social Studies of Science, vol. 28, n° 3, 1998, pp. 465-483. 41  Dominique Pestre, « La production des savoirs entre académies et marché. Une relecture historique du livre : The new production of knowledge édité par Michael Gibbons », Revue d’économie industrielle, vol. 79, n° 1, 1997, p. 164. 42  Ibidem, p. 164. 43   Terry Shinn, «  Nouvelle production du savoir et triple hélice. Tendance du prêt-à-penser les sciences », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 141-142, 2002, p. 27. 44  Ibidem, p. 28. 45  Michael Gibbons, Camille Limoges, Helga Nowotny, Simon Schwartzman, Peter Scott, Martin Trow, The new production of knowledge. The dynamics of science and research in contemporary societies, Londres, Sage Publications, 1994, p. 1. 46  Ibidem, p. 165. 47  Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Emergence of a triple helix of university-industry-government relations », Science and Public Policy, vol. 23, 1996, pp. 279-286, Henry Etzkowitz, Loet Leydesdorff, « The future location of research : a triple helix of university-industry-government relations II », EASST Review, vol. XV-4, 1996, pp. 20-25, Henry Etzkowitz, Loet Leydesdorff (eds.), A Triple Helix of University-Industry-Government Relations : The Future Location of Research ?, New York, Science Policy Institute, State University, 1998, Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Technology innovation in a triple helix of university-industry-government relations, Asia Pacific tech  », Monitor, vol. 15-1, 1998, pp. 32-38, Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « The Triple Helix as a model for innovations studies », Science and Public Policy, vol. 25, 1998, pp. 195-203, Henry Etzkowitz, Loet Leydesdorff, « The endless transition : a « triple helix » of university-industry-government relations », Minerva, vol. 36, 1998, pp. 203-208, Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Triple Helix of innovation : introduction », Science and Public Policy, vol. 25, 1998, pp. 358-364, Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Emergence of a Triple Helix of university-industry-government relations  », Science and Public Policy, vol. 23, 1996, pp. 279-286, Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, “Le « Mode 2” et la globalisation des systèmes d’innovation “nationaux”. Le modèle de la triple hélice des relations entre université, industrie et gouvernement », Sociologie et Sociétés, vol. XXXII-1, 2000, pp. 135-156. 48  Henry Etzkowitz, Loet Leydesdorff, « The endless transition : a “triple helix” of university-industrygovernment relations », Minerva, vol. 36, 1998, p. 205. « Il fonctionne comme “un courant à sens unique de la recherche fondamentale à la recherche appliquée et au développement”. » 49  Ibidem, p. 205 et p. 207. 50  Ibidem, p. 205. 51  Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Le “Mode 2” et la globalisation des systèmes d’innovation “nationaux”. Le modèle de la triple hélice des relations entre université, industrie et gouvernement », Sociologie et Sociétés, vol. XXXII-1, 2000, p. 139. 52  Henry Etzkowitz, Loet Leydesdorff, « The endless transition : a “triple helix” of university-industrygovernment relations  », Minerva, vol. 36, 1998, p.  205  : «  il s’agit de faire émerger «  des niches d’innovation technologique et de s’assurer d’une place à l’intérieur de la division du travail dans l’économie mondialisée ». 53  Ibidem, p. 205 et p. 206. 54  Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Le “Mode 2” et la globalisation des systèmes d’innovation “nationaux”. Le modèle de la triple hélice des relations entre université, industrie et gouvernement », Sociologie et Sociétés, vol. XXXII-1, 2000, p. 135. 55   Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, «  Emergence of a Triple Helix of university-industrygovernment relations », Science and Public Policy, vol. 23, 1996, p. 281. 56  Ibidem, p. 280. « Les influences croisées permettent “la création de mécanismes d’intégration entre les sphères dans le but de susciter des réseaux, par exemple, de chercheurs tant académiques qu’industriels et gouvernementaux, ainsi que des organisations hybrides” ». 57  Ibidem, p. 282 : « la triple hélice “permet des passages (c’est sa grande qualité) entre des modes de communication spécifiques” ». 58  Ibidem, p. 281: Pour la notion de destruction créatrice, voir Joseph Schumpeter, Business Cycles : a Theoretical, Historical and Statistical Analysis of Capitalist Process, New York, Mc Graw Hill, 1939.

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59  Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Le « Mode 2 » et la globalisation des systèmes d’innovation « nationaux ». Le modèle de la triple hélice des relations entre université, industrie et gouvernement », Sociologie et Sociétés, vol. XXXII-1, 2000, p. 141. 60  Ibidem, pp. 139-140. 61  Ibidem, p. 140. 62  Ibidem, p. 140. 63   Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, «  Emergence of a Triple Helix of university-industrygovernment relations », Science and Public Policy, vol. 23, 1996, p. 282. 64  Henry Etzkowitz, Loet Leydesdorff, « The endless transition : a « triple helix » of university-industrygovernment relations », Minerva, vol. 36, 1998, p. 205. 65  Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Le « Mode 2 » et la globalisation des systèmes d’innovation “nationaux”. Le modèle de la triple hélice des relations entre université, industrie et gouvernement », Sociologie et Sociétés, vol. XXXII-1, 2000, p. 139. 66  Henry Etzkowitz, Loet Leydesdorff, « The endless transition : a “triple helix” of university-industrygovernment relations », Minerva, vol. 36, 1998, p. 208. 67  Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Le “Mode 2” et la globalisation des systèmes d’innovation « nationaux ». Le modèle de la triple hélice des relations entre université, industrie et gouvernement », Sociologie et Sociétés, vol. XXXII-1, 2000, p. 150. 68  Ibidem, p. 150. 69   Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, «  Emergence of a Triple Helix of university-industrygovernment relations », Science and Public Policy, vol. 23, 1996, p. 281 : « dans certaines circonstances […] les gouvernements peuvent avoir à harmoniser et guider les interactions ». 70  Ibidem, p. 285 : « gouverner aujourd’hui signifie codifier des systèmes de sélection de haute qualité qui établissent de nouvelles zones d’activité comme espaces de recombinaison ». 71  Ibidem, p. 281. 72  Loet Leydesdorff, Henry Etzkowitz, « Triple Helix of innovation : introduction », Science and Public Policy, vol. 25, 1998, p. 358 73   Terry Shinn, «  Nouvelle production du savoir et triple hélice. Tendance du prêt-à-penser les sciences », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 141-142, 2002, p. 25. 74  Ibidem, p. 20. 75  Terry Shinn, Pascal Ragouet, Controverses sur la science. Pour une sociologie transversaliste de l’activité scientifique, Paris, Raisons d’agir, 2005, p. 187. 76   Terry Shinn, «  Nouvelle production du savoir et triple hélice. Tendance du prêt-à-penser les sciences », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 141-142, 2002, p. 26. 77   La théorie de l’acteur-réseau est plus connue sous l’abréviation ANT (Acting-Network Theory), qui signifie « fourmi » en anglais et désigne ainsi, selon Bruno Latour « un voyageur myope qui ne peut suivre des traces qu’en les reniflant et qui marche à l’aveugle et en groupe […] » (Bruno Latour, Changer de société. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2006, pp. 18-19). Après avoir rejeté l’expression « théorie de l’acteur-réseau » (Bruno Latour, « On recalling ANT », in J. Law, J. Hussard (eds.), Actor Network and After, Oxford, Blackwell, 1999, pp. 15-25), Bruno Latour assure désormais assumer pleinement cette expression (Bruno Latour, Changer de société. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2006, p. 19). 78   Dominique Pestre, «  Pour une histoire sociale et culturelle des sciences. Nouvelles définitions, nouveaux objets, nouvelles pratiques  », Annales H.S.S., mai-juin  1995, n°  3, p.  490. L’article de Dominique Pestre offre un panorama d’envergure sur ces développements des études sociales de la science et les apports méthodologiques et épistémologiques de ces nouvelles approches 79  David Bloor, Sociologie de la logique : les limites de l’épistémologie, Paris, Pandore, 1982, Barry Barnes, David Bloor, John Henry, (eds.), Scientific Knowledge  : a sociological analysis, Londres, Athlone, 1996, Barry Barnes, About Science, Londres, Blackwell, 1985, Barry Barnes, Scientific Knowledge and Sociological Theory, Londres  : Routledge, Keagan Paul, 1974, Barry Barnes, David Edge, Science in context. Readings in the sociology of science, Milton Keynes, The Open University Press, 1982. Pour un apercu historique général du programme fort et de la théorie de l’acteur-réseau, voir : Michel Dubois, La nouvelle sociologie des sciences, Paris, Presses Universitaires de France, 2001. 80  Dominique Pestre, « Thirty Years of Science Studies : Knowledge, Society and the Political », History and Technology, vol. 20, n° 4, 2004, p. 352 : « une institution au service du pouvoir en place […] une institution socialement autoritaire et élitiste ». 81  Voir pour un exposé détaillé de cette rupture : Yves Gingras, « Pourquoi le “programme fort” estil incompris », Cahiers internationaux de sociologie, vol. CIX, 2000, p. 210. Les textes principaux du débats sont : David Bloor « Anti Latour », Studies In History and Philosophy of Science Part A, vol 30,

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1999, pp. 81-112, Bruno Latour, « For Bloor and Beyond — a reply to David Bloor’s ‘Anti-Latour’ », Studies in History and Philosophy of Science Part A, vol. 30, 1999, pp. 113-129. 82  Dominique Pestre, « Thirty Years of Science Studies : Knowledge, Society and the Political », History and Technology, vol. 20, n° 4, 2004, p. 358. 83  Ibidem,p. 358. 84  Bruno Latour, Steve Woolgar, La vie de laboratoire. La production des faits scientifiques, Paris, La Découverte, 1988, Michel Callon, (ed.), La science et ses réseaux. Genèse et circulation des faits scientifiques, Paris, La Découverte, Conseil de l’Europe, UNESCO, 1989, Michel Callon, « Éléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de Saint-Brieuc », L’Année sociologique, vol. 36, 1986, pp.169-208, Michel Callon, Bruno Latour, (eds.), La science telle qu’elle se fait. Anthologie de la sociologie des sciences en langue anglaise, Paris, La Découverte, 1991, Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique, Paris, La Découverte, 1991, Bruno Latour, L’espoir de Pandore. Pour une vision réaliste de l’activité scientifique, Paris, La Découverte, 2001, Bruno Latour, La science en action. Introduction à la sociologie des sciences, Paris, Gallimard, 1995, Bruno Latour, Pasteur : guerre et paix des microbes [suivi de] Irréductions, Paris, La Découverte, 2001, Bruno Latour, «  Les «  vues  » de l’esprit. Une introduction à l’anthropologie des sciences et des techniques », Culture technique, n° 4, 1985, pp. 5-29, Bruno Latour, Changer la société. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2006. 85   Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique, Paris, La Découverte, 1991, pp. 20-21. 86   Steven Shapin, Simon Schaffer, Léviathan et la pompe à air. Hobbes et Boyle entre science et politique, Paris, La Découverte, 1993. 87   Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique, Paris, La Découverte, 1991, p. 43. 88  Ibidem, p. 23. 89  Bruno Latour, « Comment redistribuer le Grand Partage », Revue de Synthèse, vol. 100, n° 4, 1982, pp. 203-236. 90   Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique, Paris, La Découverte, 1991, p. 22. 91  Bruno Latour, La science en action. Introduction à la sociologie des sciences, Paris, Gallimard, 1995, p. 249. 92  Ibidem, p. 260. 93  Ibidem, p. 293. 94  Ibidem, pp. 260-261. 95   Sur cette notion d’enrôlement, voir Michel Callon, John Law, «  On Interests and their Transformation : Enrolment and Counter-Enrolment », Social Studies of Science, vol. 12, n° 4, 1982, pp. 615-626. 96  Bruno Latour, La science en action. Introduction à la sociologie des sciences, Paris, Gallimard, 1995, pp. 268-272. 97  Ibidem, p. 272. 98  Ibidem, p. 285. 99  Ibidem, p. 290. 100  Ibidem, p. 322. 101   Michel Callon, «  Introduction  », in Michel Callon (éd.), La science et ses réseaux. Genèse et circulation des faits scientifiques, Paris, La Découverte, 1989, p. 19. 102  Bruno Latour, La science en action. Introduction à la sociologie des sciences, Paris, Gallimard, 1995, p. 319. 103  Ibidem, p. 319. 104  Bruno Latour, L’espoir de Pandore. Pour une version réaliste de l’activité scientifique, Paris, La Découverte, 2001, p. 84. 105  L’épisode est relatée par Latour dans L’espoir de Pandore, de la page 84 à 87. 106  Ibidem, p. 88. 107  Ibidem, p. 89. 108  Ibidem, p. 90. 109  Ibidem, p. 90. 110  Ibidem, p. 91. 111  Ibidem, p. 91.

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112  Ibidem, p. 93. 113  Ibidem, p. 94. 114  Ibidem, pp. 102-103. 115  Ibidem, p. 103. 116  Ibidem, p. 116. 117  L’effet de radicalité se fonde en partie sur la revendication par les théoriciens de l’acteur-réseau du caractère novateur de leur approche. Les quelques lignes suivantes extraites d’un ouvrage de JeanJacques Salomon, paru en 1970, permettent de relativiser l’originalité des travaux centrés sur l’acteurréseau : « D’entrée de jeu, la science se pose désormais comme acte et problème politique : l’aspect politique, stratégique ou diplomatique de certains travaux de recherche scientifiques n’est plus séparable de leurs aspects techniques. Dans la préparation des décisions, il n’y a plus de frontières distinctes entre le domaine politique et celui du scientifique » (Jean-Jacques Salomon, Science et politique, Paris, Le Seuil, 1970, p. 21). 118  Simon Schaffer, « The Eighteen Brumaire of Bruno Latour », Study in History and Philosophy of Sciences, vol. 22, n° 1, 1991, pp. 174-192. 119  Terry Shinn, Pascal Ragouet, Controverses sur la science. Pour une sociologie transversaliste de l’activité scientifique, Paris, Raisons d’agir, 2005, pp. 9-10. 120  Yves Gingras, « Un air de radicalisme. Sur quelques tendances récentes en sociologie de la science et de la technologie », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 108, juin 1995, p. 4. 121  Ibidem, p. 6. 122  Ibidem, p. 13. 123  Bruno Latour intitule un chapitre de son dernier ouvrage « Le monde social est plat ! » (Bruno Latour, Changer le monde. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2006, p. 241). 124  Michel Grossetti, « Les limites de la symétrie », SociologieS, 2006, p. 6. 125  Dominique Pestre, « Thirty Years of Science Studies : Knowledge, Society and the Political », History and Technology, vol. 20, 2004, p. 359. 126  Yves Gingras, « Un air de radicalisme. Sur quelques tendances récentes en sociologie de la science et de la technologie », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 108, juin 1995, p. 12. 127  Latour instaure parfois la théorie de l’acteur-réseau en discipline sous le titre d’anthropologie des sciences et des techniques. Voir notamment : Bruno Latour, « Les « vues » de l’esprit. Une introduction à l’anthropologie des sciences et des techniques », Culture technique, n° 4, 1985, pp. 5‑29 128  Francis Chateauraynaud, « Forces et faiblesses de la nouvelle anthropologie des sciences », Critique, n° 529-530, juin-juillet 1991, p. 471. 129  Bruno Latour, « Réponses aux objections… », Revue du MAUSS, n° 17, 2001, p. 146. 130  Voir Olga Amsterdamska, « Surely You Are Joking, Monsieur Latour ! », Science, Technology & Human Values, vol. 15, n° 4, automne 1990, p. 502. 131  Bruno Latour, Changer le monde. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2006, p. 123. 132  Terry Shinn, Pascal Ragouet, Controverses sur la science. Pour une sociologie transversaliste de l’activité scientifique, Paris, Raisons d’agir, 2005, p. 98. 133   Dominique Pestre, «  Thirty Years of Science Studies  : Knowledge, Society and the Political  », History and Technology, vol. 20, 2004, p.  355  : «  n’importe quelle description, aussi minimaliste et ethnométhodologique qu’elle puisse être, implique toujours l’adoption d’une position morale et politique ». Le refus d’assumer un point de vue normatif ne signifie nullement que ce point de vue n’existe pas. 134   Nathalie Heinich parle d’une «  posture a-critique  » (Nathalie Heinich, Ce que l’art fait à la sociologie, Paris, Les Éditions de Minuit, 1998, pp. 23-24, voir également Nathalie Heinich, «  Une sociologie très catholique ? A propos de Bruno Latour », Esprit, n° 334, mai 2007, pp. 20-21). 135  Bruno Latour, Changer le monde. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2006, p. 49. 136  Dominique Pestre, « Thirty Years of Science Studies : Knowledge, Society and the Political », History and Technology, vol. 20, 2004, p. 366. « la reconfiguration perpétuelle des réseaux qui est censée sous-tendre le succès de n’importe quelle organisation ». 137  Luc Boltanski, Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1998, pp. 208‑238 138  Pierre Bourdieu, Jean-Claude Chamboredon, Jean-Claude Passeron, Le métier de sociologue, Paris, La Haye, Mouton, EHESS, 1984, p. 117. 139  Pierre Bourdieu, Médiations pascaliennes, Paris, Le Seuil, 2003, p. 171. 140  Ibidem, p. 172. 141  Michel Foucault, « Est-il donc important de penser ? », in Dits et écrits, T. IV, 1980-1988, Paris, Gallimard, 1994, p. 180.

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142  Dominique Pestre, « Thirty Years of Science Studies : Knowledge, Society and the Political », History and Technology, vol. 20, 2004, p. 360 : « il est essentiel pour les chercheurs en sciences sociales d’agir à la fois “comme des savants visant à dire la « vérité » et suivant sans croyance propres les acteurs dans leurs mouvements, et d’agir, dans le même temps, comme des penseurs critiques du social” ». 143  Gérard Noiriel, Penser avec, penser contre. Itinéraire d’un historien, Paris, Belin, 2003, p. 248.

Pour citer cet article Référence électronique
Jérôme Lamy, « Penser les rapports entre sciences et politique : enjeux historiographiques récents  », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 102 | 2007, mis en ligne le 01 octobre 2010, consulté le 05 décembre 2012. URL : http://chrhc.revues.org/242

Référence papier Jérôme Lamy, « Penser les rapports entre sciences et politique : enjeux historiographiques récents  », Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique, 102 | 2007, 9-32.

À propos de l’auteur
Jérôme Lamy LISST-Université Toulouse II

Droits d’auteur © Tous droits réservés Résumé
 

La réflexion des spécialistes des sciences sociales sur la fonction sociale et politique des sciences exactes s’est considérablement développée au cours des dernières décennies. L’auteur de l’article revient ici sur quelques étapes de cette réflexion, montrant comment ces analyses sur la place des sciences dans les sociétés contemporaines ont donné lieu entre chercheurs à de vifs débats critiques. En effet, l’analyse sociale de sciences apparaît aujourd’hui comme une des voies efficaces des lectures globales des développements sociaux. Les sciences, leur maîtrise et leur déplacement apparaissent de plus en plus nettement comme des enjeux sociaux majeurs dont l’interprétation comporte de fortes dimensions idéologiques et politiques. Entrées d’index Mots-clés : capitalisme, idéologie, libéralisme, politique, sciences exactes Chronologie : XXe siècle

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