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Capitalisme, capitalismes… « Le capitalisme international, et cependant individualiste…. n’est pas une réussite.

Il est dénué d’intelligence, de beauté, de justice, de vertu, et il ne tient pas ses promesses. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes. » John Maynard Keynes (1933) 1) Définition Très difficile de donner une unique définition du capitalisme : pour certains, en lui-même, le capitalisme n’existe pas tant ses formes sont nombreuses et particulières à une époque, une technique, un état… Jean Baechler le définit comme « l’enrichissement pour l’enrichissement »

On peut trouver cependant des termes qui sont caractéristiques du capitalisme : capital (qui peut s’entendre comme argent, matériel (capital technique) ou rapport social (Marx)), banque, concurrence, entreprise, marché, profit…. La dynamique de l’accumulation reste également un des principes de base du capitalisme. On peut également évoquer le rôle majeur de l’innovation et de l’entrepreneur tels que mis en évidence par Schumpeter

2) Bref historique a) Avant la Révolution industrielle Le capitalisme est ancien, très ancien. L’Antiquité voit déjà fleurir bon nombre d’Empires qui pratiquent le commerce. La Méditerranée est un lieu de commerce pour les Grecs et les Romains avec utilisation du prêt maritime : le principe est de permettre à des particuliers de financer à taux très élevé le voyage de négociants. Il revêt déjà à cette époque son caractère international.

Au Moyen Age, les cités marchandes (Flandres, Italie du Nord, Venise, Gênes….) bénéficient de la protection des princes qui voient toute l’utilité des marchands et banquiers. Les grandes découvertes (Afrique puis Amérique) permettent à la bourgeoisie Européenne de développer ses affaires

la Hollande est le pays le plus capitaliste avec son commerce maritime Peinture de Quentin Matsys « Le prêteur et sa femme » 1514 .Au 17ième. des foires permanentes ( Amsterdam…) Au 18ème siècle. Londres… C’est aussi à cette époque que des Etats plus forts et plus autonomes se constituent et donnent les moyens de poursuivre l’expansion commerciale avec le fondement de certaines institutions comme des banques spécialisées (change ou crédit). Nantes. le commerce triangulaire fait basculer le commerce vers l’Atlantique avec création nouvelles cités marchandes comme Bordeaux. Liverpool.

Il reste que la RI a bien eu lieu. b) La révolution industrielle On fait souvent débuter la grande histoire du capitalisme au moment de la Révolution Industrielle : les nouvelles techniques développées auraient permis l’essor du capitalisme tel que nous le connaissons. Démarrée pour certains en Angleterre avec le mouvement des enclosures (1727) qui permet aux Lords de bénéficier seuls des produits de leurs terres en les enclosant. L’idée de départ reste la perspective de retirer un profit de la production agricole à une époque où la population augmente. Mais l’accumulation de capital se trouve réduite à néant avec l’orientation de la richesse financière des propriétaires fonciers vers une élévation sociale et donc des investissements improductifs. ce capitalisme préindustriel a une dimension marchande et financière avec la multiplication des papiers financiers (Lettre de change…). La terre reste souvent associée à une rente et surtout à un gage de respectabilité sociale. Néanmoins. Les hypothèses retenues seraient la récurrence des crises de subsistance qui oblige le consommateur à privilégier avant toute chose la nourriture plutôt que les autres produits. Le faible poids des coûts fixes car le travail est encore manuel et les difficultés des transports réduisent fortement la diffusion.Cependant. certains auteurs opposent à cette version le fait que certains activités manufacturières pré existaient à la Révolution Industrielle. . Il existe également un capitalisme agraire qui montre dès l’Antiquité une volonté de rechercher méthodiquement le profit.

Le développement des transports fait exploser la dimension des marchés. . le capitalisme se transforme pour voir apparaître la grande entreprise : le capitalisme industriel est incarné dans cette structure bien que l’entrepreneur ne disparaisse pas pour autant. les petits producteurs disparaissent. De plus. Un des changements majeurs induit est lié à l’apparition de l’entrepreneur qui se différencie du capitaliste car l’un et l’autre peuvent être différents : l’entrepreneur utilise les capitaux apportés par le capitaliste. des investissements de plus en plus lourds réduisent peu à peu la concurrence et font émerger des entités très importantes. les deux révolutions ayant eu des effets réciproques. Les bénéfices tirés de l’agriculture s’investissent dans l’industrie. Cette expansion se fait grâce à un marché du travail sans aucune législation ou protection salariale. Le capitalisme rentre dans une ère où l’économie est fondée sur les gains de productivité. favorise l’exode rural qui fournit les usines en main d’œuvre. Mais les éléments financiers ne sont pas complètement étrangers à ce développement puisque le capitalisme financier permet les ententes : exemple de Rockefeller qui va absorber petit à petit ses concurrents dans le domaine de la raffinerie du pétrole.Il est souvent considéré que la Révolution Agricole est une étape indispensable à la Révolution Industrielle car la RA engendre une demande considérable de techniques et d’outils. Les progrès de l’organisation du travail et certains appuis politiques favorisent l’émergence des grands groupes. L’entrepreneur était déjà confondu avec le marchand mais l’industrialisation lui donne l’opportunité de s’exprimer plus fortement. elle augmente les rendements. Dans la seconde moitié du 19ème.

. des politiques et de certains penseurs. syndicalisme.Par contre. socialisme. Marx… engendre la mise en place de politiques en faveur du monde ouvrier. anarchisme. L’arrivée de nouveaux courants de pensée. l’exploitation salariale et les ravages de la misère font peu à peu apparaître une opposition émanant des médecins.

. font apparaître des critiques vives sur les performances supposées du capitalisme. comme Marx y voient même la preuve que le capitalisme est voué à disparaître car incohérent avec sa propre logique (baisse tendancielle du taux de profit). les crises de surproduction (1929). Certains.D’un autre côté.

ancêtre de l’OMC. les choses bougent. les grandes firmes deviennent publiques comme en France ou en Angleterre. services. Alors qu’on le donnait pour mort. cependant. d’accès au logement et à l’éducation. à la volonté de créer des infrastructures (voies ferrées) pour que le commerce et l’industrie prospèrent sur les marchés intérieurs. Ce type de politique vient compléter la création de législations favorables à la libre entreprise. Or. L’immédiat après guerre voit alors se différencier deux types de capitalisme : le capitalisme pur outre Atlantique et celui où les états interviennent de plus en plus.). l’objectif pour l’état est d’orienter le développement économique en soutenant le développement de certains secteurs. Ajoutons à cela les expériences Keynésiennes qui confortent les politiques dans leur orientation. On peut considérer que le capitalisme va mettre en place des instruments destinés à le servir avec le GATT qui libéralise le monde. à la recherche avec la protection des brevets. le capitalisme devient régulé : le système monétaire international est fondé sur des changes fixes et le dollar et surtout le capitalisme se mondialise avec les accords du GATT. Cette conséquence est également liée à la crise de 1929 qui remet en cause la toute puissance du capitalisme et qui donne l’occasion aux gouvernements de croire qu’ils peuvent prendre en main le développement économique. sous cette domination Américaine. Globalement. une orientation dans le développement de certaines activités. mais surtout finances et capitaux. le capitalisme prouve qu’il fonctionne par cycles. Dans certains pays. la période troublée de l’entre deux guerres et la phase de décolonisation transfèrent le centre du capitalisme de l’Europe (surtout la Grande Bretagne) vers les USA. quelque soit le pays. commerce. comme en Europe. Géographiquement. d) Mondialisation et crise Les modèles Keynésiens trouvent un obstacle de taille au moment de la crise de 1973 limitant très fortement l’impact des politiques des gouvernements. réduit pratiquement à néant les volontés politiques. le capitalisme trouve dans cette seconde partie du 20ème siècle les mêmes caractères : un rôle accru des pouvoirs publics dans la circulation des richesses. De plus.Ces critiques induiront un rôle des états beaucoup plus marqué. Les deux guerres mondiales. la mondialisation globale. On peut également y ajouter le FMI ou la Banque Mondiale. le capitalisme renaît de ses cendres et redémarre de plus belle en trouvant un allié inattendu dans la puissance publique. On peut citer sur ce propos les New Deal (Roosevelt 1932 à 1939) qui marquent l’interventionnisme de l’état dans le domaine économique en relançant la demande pour permettre à l’offre de trouver des débouchés (politique de grands travaux. embauche de fonctionnaires…. . qui libéralisent le commerce mondial et permettent une expansion économique sans précédent. Le partenariat entre état et capitalisme engendre alors des résultats très encourageants… Le rôle financier est confié principalement aux intermédiaires bancaires. Suit alors la mise en place de systèmes élargis de sécurité sociale. c) Après 1945 Avec les Trente Glorieuses.

aussi. Mais c’est surtout dans les années 90 avec l’essor des nouvelles technologies de l’information que les marchés de capitaux ont pris leur envol : c’est le règne des actionnaires qui débute. Mais au-delà de ces changements d’envergure. les nouvelles technologies facilitent une communication planétaire instantanée. La notion de capitalisme planétaire se détache d’un système de frontières nationales bien définies car la montée en puissance des Firmes Multinationales génère un affranchissement des contraintes politiques nationales : le monde leur est ouvert.Dans un premier temps. le modèle même du capitalisme change : on passe du capitalisme de production à un capitalisme financier…. De même. l’Asie s’ouvre au capitalisme. le retour en force des systèmes financiers. . Les entreprises doivent à tout prix maximiser la rentabilité boursière de leur titre. La chute de l’URSS laisse libre voie au capitalisme Américain. bien difficile pour les Etats d’imposer quoi que se soit…. la baisse des taux d’intérêts généralisés a engendré une abondance de capitaux qui oblige à une recherche perpétuelle de nouvelles opportunités de placement. 3) Un changement de nature Depuis les années 80. la mondialisation et les difficultés liées aux systèmes de redistribution des richesses ou d’imposition. le capitalisme s’est renforcé avec un retrait progressif de l’Etat dans le domaine économique. la pratique de taux d’intérêts élevés a réduit considérablement les profits des entreprises et engendré une recherche d’une plus grande flexibilité de l’emploi. La finance est devenue mondiale sauf en Asie où une volonté de garder des bases politiques à la finance est évidente en Inde et en Chine. a) La finance toute puissante Dans les années 80. les politiques ne maîtrisent plus le capitalisme qui devient mondial.

La fin des accords de Bretton Woods qui garantissaient la convertibilité du dollar en or fragilise fortement les rapports commerciaux. qui s’appuie sur les marchés des actifs (richesse des ménages) et sur l’extension de l’actionnariat salarié.esprit.fr/archive/review/article. « Ce capitalisme est qualifié de patrimonial en raison du rôle joué par l’extension de l’actionnariat salarié et de l’importance des investisseurs institutionnels dans la gouvernance des entreprises.b) Un passage du capitalisme Fordiste au capitalisme patrimonial Le capitalisme Fordiste basé sur la protection d’un ordre salarial bien défini et des échanges économiques contrôlés par l’Etat. Le capitalisme patrimonial. » http://www. - Un nouveau capitalisme se met en place : le capitalisme patrimonial. la globalisation financière. l’individualisation et l’extension du salariat . La libéralisation des changes précède celle des capitaux qui mettra à mal l’entreprise Fordiste. est indissociable de la mondialisation économique caractérisée par ces trois facteurs : les mutations technologiques .php?code=10050 Les mutations technologiques renvoient notamment aux progrès en termes de communication . La crise du système Fordiste engendre la mise en place de nouveaux systèmes d’organisation du travail tel que le Toyotisme.presse. qui a fait les beaux jours de la planète durant les trente Glorieuses ? a connu un essoufflement à cause de plusieurs éléments.

Mais cet affaiblissement ne signifie pas que ces institutions craquent et se meurent puisqu’elles sont toutes en voie de recomposition.- - L’individualisation et l’extension du salariat renvoie à un mode de rémunération devenu ultra majoritaire et surtout à une réorganisation de l’entreprise qui fragilise et rend précaire la condition salariale. Car c'est elle qui attire de nouveaux actionnaires.et une marge de manœuvres différentes pour les dirigeants « Dans le capitalisme de type fordiste. loin d’avoir conservé les vertus intégratrices des Trente glorieuses. l’État. les dirigeants étaient donc relativement indépendants des actionnaires. l'essentiel des profits était conservé par les firmes. c) …. la famille. et l'objectif prioritaire des dirigeants est l'augmentation des cours. tend aujourd’hui à valoriser une « génération centrale » (30-55 ans) aux dépens de ceux qui sont plus jeunes (les 18-29 ans. la représentation politique et syndicale). L’entreprise ne joue plus son rôle intégrateur au niveau social. la crise de la cellule entrepreneuriale est ressentie d’autant plus intensément qu’elle s’accompagne simultanément de l’affaiblissement des vertus d’intégration des autres grandes institutions dites d’encadrement (l’école. « L’économiste Jérôme Gautié souligne que l’entreprise. Désormais. » La globalisation financière : un seul exemple : la crise de 2008. Dès lors que leur firme réalisait un profit suffisant. qui prennent leur place dans une file d’attente de plus en plus longue) et de ceux qui sont plus âgés. qui pouvaient ainsi autofinancer leurs investissements. L’entreprise étant moins intégratrice et respectant de moins en moins le contrat salarial intergénérationnel. la plupart des sociétés parvenues à une certaine taille ou visant des marchés en émergence sont cotées en Bourse. . dont ils n'avaient guère à se soucier.

sous forme de spécialistes pointus ou de cadres brillants. Ce qu’on en retire : . Le graphique ci-dessous reprend ces classifications. une réunification Allemande lourde de conséquences. Certaines études retiennent deux critères pour différencier les capitalismes : .notamment institutionnels. » Alteréco septembre 2000 4) Malgré tout l’état tente de sauver le social… L’histoire des états et surtout leur implication dans des modèles sociaux ont amené à la coexistence de plusieurs types de capitalismes. prêts à se vendre contre la perspective de fructueuses plus-values avec les options sur actions (stock options). La protection sociale a un coût : les plans de rigueur successifs tendent à démontrer la difficulté de concilier une liberté de marché et une protection sociale.Le degré de protection sociale : soit public (très important en Europe du Nord ou en Europe Continental soit privé avec assurance individuelle à souscrire sois même comme le Japon ou la Corée du Sud.Les résultats sont moins bons pour les modèles européens continentaux car plusieurs difficultés apparaissent : arriver à concilier un capitalisme très libéral et une intervention étatique. des contraintes en termes de croissance pour aboutir à la monnaie unique. et de nouveaux talents. biens et finances) : très réglementés comme l’Europe du Sud ou peu réglementés comme les USA ou la Grande Bretagne .Le degré de réglementation des marchés (travail.Les économies de marché ont obtenu de meilleurs résultats en terme de croissance et d’emploi . . fruit d’une histoire.

Les scandales Enron ou Parmalat (empilement de sociétés off shore qui opacifient les comptes. matières premières.5) Un échec du capitalisme financier ? Comme les banques centrales ont maintenu des taux d’intérêt très bas. des cabinets d’audit à la fois juge et partie… ) avaient déjà donné un signal d’alarme. Le Krach de 2008 en est le parfait exemple avec un système qui ne maîtrise plus rien et qui propage des faillites de par le monde. . L’argent va financer une spéculation qui va se déplacer d’un marché à l’autre (change. Ceci entraîne des excès de crédits et des sous évaluations des risques alors que l’internationalisation des marchés empêche un contrôle global du système et surtout empêche une contamination avec des dettes ‘pourries’. immobilier…). la liquidité très abondante se dirige sur les achats d’actifs plutôt que sur des investissements productifs.

qui ont suivi… La finance étant devenue beaucoup plus centrale à l’économie. Paul Jorion. de 1930 à 1933. . quand il annonce que le pire est encore à venir ? Télérama : Le capitalisme a toujours connu des crises. Même en comptant les quatre années de récession. a crié dans le désert. l’anthropologue et sociologue. plus complexe et plus mondialisée. ou marque-t-elle un véritable changement de cycle ? Paul Jorion : La crise d’aujourd’hui est plus grave que celle de 1929. Celle que nous visons actuellement est-elle une crise de plus (aussi spectaculaire soit-elle). Mais pendant des années. Nouriel Roubini…).Les performances boursières entre le 9 octobre 2008 et le 30 janvier 2009 Il a été l’un des rares à voir venir la crise des subprimes et à prévenir que le système allait se kracher. Alarmiste ou réaliste. avec une poignée d’autres (le prix Nobel Paul Krugman. quand elle va mal. Joseph Stiglitz.

qui a mis tant d’argent à disposition des banques. comment expliquez-vous l’origine de la crise ? Par la manière dont l’endettement s’est organisé aux Etats-Unis autour de l’immobilier. quand on verra que pomper de l’argent ne suffit pas. Celles-ci vont continuer à agir comme elles le faisaient avant . On est encore très loin de la solution. Ça risque d’être un puits sans fond. Mais c’est une erreur d’interpréter ces crises comme des cycles. Un véritable changement de civilisation. Les pertes vont encore se multiplier. peut-être. Ils peuvent faire tanguer les marchés comme un bateau qui aurait des passagers passant d’un bord à l’autre en permanence… La meilleure solution pour le faire chavirer. Non pas parce que la Chine se rapprochera des Etats-Unis. qu’il mette des gens de l’administration à la direction des banques . Avec le recul. On en est encore au niveau du sauvetage. Ou alors. aussi.c’est beaucoup plus grave qu’avant. Un tiers de ce patrimoine national appartient à 1 % de la population. Mais. Mais est-ce que ça va réussir ? Pas sûr non plus. Prenez le secrétaire américain au Trésor. C’est ce qui se passe en ce moment. il n’y a avait pas d’autres possibilités. Il n’y a pas d’alternative. Il va falloir qu’Henry Paulson modifie sa politique. on n’arrive pas à vendre quelque chose de très cher à quelqu’un qui n’a pas d’argent ! 50 % des Américains se partagent 2. Ça ne va pas marcher.8 % du patrimoine national. la solution a été différente. Henry Paulson. on se dirige vers un capitalisme d’Etat ? Tout à fait. ça se fera sans doute dans trois ou six mois. mais parce que les Américains seront obligés de mettre en place une politique financière et économique du même type que celle de la Chine… … donc. Certes. Donc. L’espèce humaine est inventive. elle parvient toujours à en sortir mais ça ne donne pas de plans pour la prochaine crise. vous allez voir que le système politicoéconomique de la Chine et des Etats-Unis sera identique. Les spéculateurs. on va aller de plus en plus dans une direction autoritaire. Je l’avais déjà écrit sur mon blog : dans cinq ans. Les Etats qui nationalisent les banques et injectent des milliards vont-ils jouer les pompiers et s’en retourner. Cette disparité ne permet plus qu’on puisse rêver d’avoir une maison par famille. de se refaire comme on se refait au casino. il . sont plus efficaces qu’ils ne l’étaient auparavant. le capitalisme est un système très complexe qui entre régulièrement en crise. une économie de type coopératif… mais qui mettrait très longtemps à s’installer Sommes-nous en train d’assister au début de la fin de la superpuissance du dollar ? A la fin de la suprématie des Etats-Unis ? Cette crise va entraîner des changements radicaux pour le monde entier. C’est une nécessité pour éviter que la casse ne se poursuive. Puis on a inventé les prêts à 40 ans et à 50 ans. ou bien leur poids pèsera-t-il dorénavant plus fort sur l’économie ? Les Etats ne pourront pas rentrer chez eux très vite. avec cette idée très sympathique qu’il faudrait que chaque famille ait une habitation qui lui appartienne. Mais la dégringolade des Etats-Unis ne profitera à personne . même de cette façon. On a accordé des prêts sur 30 ans. A chaque fois. elles vont essayer de spéculer. Y avait-il d’autres possibilités que cette injection massive de centaines de milliards dans les banques américaines et européennes ? Non.

Et puis il y a un nombre limité de grands acteurs économiques qui sont aux commandes. éliminant un certain nombre de principes entièrement destructeurs. D’autre part. après la crise. Alors qu’on peut arrêter les paradis fiscaux dès demain. Il disait « oui. par exemple – sont aujourd’hui au cœur du processus économique . C’est de la folie. à un nouveau « Bretton Woods » (1). Quand on s’est aperçu que les grands fonds de pension américains. il n’y aura pas de solution pérenne . alors que leur salaires ne leur permettent pas. les économies les plus fragiles ? Les pauvres sont toujours au premier rang pour payer les pots cassés. on a ouvert grand les portes du marché des matières premières aux spéculateurs. .n’y aura pas de grand vainqueur à cette crise. quelles sont les solutions ? Je propose notamment qu’on écrive une constitution pour l’économie. Qu’est-ce qui survivra à la crise ? Qu’est–ce qu’elle engloutira ? Vous prenez l’exemple des paradis fiscaux. un autre système économique. en imposant un blocus. il prenait toutes ses stock options. Vous dites « crise de civilisation ». accumulait les millions sur son compte en banque ! Ces gens-là sont évidemment de mauvaise foi. C’est tout notre système économico–financier qui est en train de s’écrouler. C’est une bonne chose que les banques prêtent de l’argent entre investisseurs et dirigeants d’entreprises. mais qui sont en position de pouvoir tirer les bénéfices à mesure qu’ils tombent. Quelles seront les conséquences de la crise pour les pays les plus pauvres. parce que ça produit de la richesse dans le monde . c’est une aberration. entouré de gens qui pensent comme eux. Ils en sont devenus les acteurs dominants. Ce système n’a pas encore compris qu’il est en train d’affronter cette crise de civilisation à laquelle je faisais allusion. vous êtes un peu pessimistes » et. il faudrait repenser complètement le problème des prêts à la consommation. Mais prêter de l’argent à des consommateurs pour qu’ils achètent des biens. ils sont à l’intérieur d’un système. il sera toujours possible de déverser l’argent de l’économie sur des comptes dans des îles ici ou là. qui savent exactement comment ça se passe. Alors. Mais. oui. Les paris sur l’évolution des prix – des matières premières. les émeutes de la faim n’ont pas eu lieu ni aux Etats-Unis ni en Europe. on fait travailler les gens et on produit des biens et des services. Mais qui va en décider ? Comment ? C’est bien le problème ! Les grands décideurs vivent dans un cénacle. Ils lisent les papiers qu’ils écrivent les uns les autres. tout à fait déconnectés de la réalité. Et la planète toute entière qui est obligée de se trouver d’autres règles. Je suis surpris de voir que mes livres se vendent bien mais qu’il n’y a pas un seul homme politique qui me consulte ! C’est comme les économistes. pendant ce temps là. elles ont eu lieu en Egypte ou en Indonésie… Nombreux sont les chefs d’Etat qui en appellent à de nouvelles règles. les paradis fiscaux… et mille autre choses vont continuer à faire tourner le même système économique. Je pense au patron d’une entreprise pour laquelle j’ai travaillé : on lui expliquait que ça n’allait pas pourvoir durer ainsi. les fonds de pensions. La solution est politique. Tant qu’ils existeront. pour des raisons évidentes.. les grandes fondations étaient en train de spéculer sur les céréales.

Il n'est pas non plus immoral. C'est justement parce que le capitalisme n'a pas de morale que nous avons besoin d'en avoir une. Il ne fonctionne pas à la vertu et au désintéressement. qui est la principale force motrice de l'être humain. mais à l'intérêt personnel. disons le mot : à l'égoïsme.Capitalisme et morale sont-ils deux mots qui vont ensemble? André Comte-Sponville.Il faut bien qu'ils aillent ensemble. car chercher son intérêt n'est pas une faute. Ne comptons pas sur le marché pour être moral à notre place ! . Il est donc amoral. Mais nous ne sommes pas le capitalisme : nous sommes des individus.6) L’avenir ? / Moraliser le capitalisme ? Le Figaro Magazine. puisque nous sommes confrontés aux deux ! Le capitalisme n'est pas moral.

S’il demeure un paradis fiscal sur la planète…. …. qui la dirigent. Il n'y a pas à choisir entre le marché. En Europe . nous avons besoin de la volonté politique pour inciter les marchés financier à ne pas prendre trop de risques". concrétisés par la suite dans des principes et des codes d'éthique impératifs.Rendre le capitalisme intrinsèquement moral. comme la transparence. et de la différence entre les trois ! La chancelière allemande a estimé que "pour réformer le système financier afin d'éviter une nouvelle crise. est évidemment un bobard.Savoir si le capitalisme est moral ou non n'a pas grand sens. qui voudrait nous faire croire que plus l'entreprise est morale. En ce sens. Nicolas Tenzer. sachant que ladite éthique peut être soluble dans le politique.La notion d'éthique d'entreprise. ce qui a conduit pour une bonne part à la crise que nous connaissons. Fermer la bourse reviendrait à craindre un frein à la croissance. Pourquoi ? Aussi longtemps que l’on restera dans une finance mondialisée. il y a bien un ethos du capitalisme. André Comte-Sponville. les lois sont restées timides. qui n'a rien à voir avec la morale individuelle. l'ex-Premier ministre britannique a expliqué que la crise financière était une "crise de confiance. …. à l’investissement ou… à l’emploi (ce dernier point étant à nuancer au regard des affaires multiples où bénéfices riment avec licenciements) . le principe de la fiabilité des informations et l'absence de conflits d'intérêts. il est important qu'il obéisse à des règles perçues comme légitimes. la morale et la politique : on a besoin des trois. par exemple l’encadrement des bonus versés par les banques ou une taxe bancaire. qui participe à ce colloque.Evacuons donc la question de la morale pour redécouvrir les règles fonctionnelles du capitalisme. La vraie question est de savoir s'il peut être soumis à des règles venant du politique.leparisien. Peu avant l'ouverture de cette réunion. en lui fixant des limites. Pour que le capitalisme soit accepté. Cela ne signifie pas que l'éthique n'ait pas sa place dans l'entreprise. est évidemment un vœu pieux. On ne peut agir que de l'extérieur. de long terme.fr/economie/sarkozy-veut-moraliser-le-capitalisme-08-012009-366324. qui montre qu'on ne peut pas avoir une mondialisation sans les valeurs de justice. La seule solution pour contrer l’instabilité financière serait de supprimer les marchés.php Une réglementation imparfaite a été mise en place aux USA pour tenter d’encadrer les marchés financiers. Elle y a au contraire toute sa place : celle des individus qui y travaillent et. une surveillance et une réglementation des marchés resteront sans impact car comment homogénéiser des législations d’états très différents et dont certains peuvent vivre grâce à l’attractivité de capitaux. Certaines mesures ont été abandonnées.. permettent à des entreprises de se financer…. D’où la question posée à l’époque de la crise : Faut il supprimer la bourse ? Réponse : non car les marchés boursiers ont leur utilité car ils assurent la circulation du capital. a déclaré qu'il fallait établir une "gouvernance mondiale afin de «réguler» le système financier face à la crise internationale". plus elle est rentable. qui ont été violées par certains acteurs. au sens où il serait soumis de l'intérieur à la vertu.http://www.Nicolas Tenzer. de confiance". lequel définit le juste et l'injuste. spécialement. Tony Blair.

nous augmentons le dividende de 14. "Compte tenu de ces revenus et profits record. qui refuse de financer le plan social de son usine française fermée en 2009. Molex est devenu un symbole de ces entreprises jugées rentables et viables. "Les revenus et le bénéfice par action ont atteint un record absolu en septembre". couplés à une organisation plus efficace qui résulte de la restructuration. là aussi. a fait état mercredi de bénéfices "record" au troisième trimestre. fermée en 2009 après 11 mois de lutte des salariés. et s'en remettre à la collectivité pour le faire. cité dans un communiqué. contre une perte de 15.8% le dividende versé à ses actionnaires. . Quand à un rôle accru du FMI dans une optique de réglementation mondiale. en hausse de 33% sur un an et un bénéfice net de 75.Molex affiche des résultats "record" et augmente son dividende (le parisien. mais sacrifiées sur décision étrangère au nom d'une logique financière globale échappant au personnel.7 millions de dollars. car les acquis sociaux sont bien implantés en Europe et les acteurs sociaux refusent une remise en cause de ces avantages (exemple : rejet d’une constitution Européenne jugée trop peu sociale.fr) L'équipementier automobile américain Molex. les recettes étant même supérieures à ce qu'elles étaient avant la récession. les enjeux et écarts entre pays et dominants restent trop importants.1 millions un an plus tôt. Molex a annoncé récemment. Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 897. il allait cesser de financer le plan social de son usine de Haute-Garonne. financières et économiques qui subsistent sur la planète laisse la voie libre aux FMN qui font jouer la concurrence entre états pour maximiser leurs profits. Dans un contexte de désindustrialisation. a commenté le PDG Martin Slark. ce qui l'a conduit à augmenter de 14. avec date d'effet au moment de son paiement en janvier".1 millions de dollars. / Vers un modèle Américain universel ? Pas sur. qu'en réponse aux plaintes déposées aux prud'hommes par des salariés.8%. manifestations régulières devant le Parlement Européen…) / Un retour en force de l’Etat : Improbable car les inégalités sociales.

Nous conservons une vision de la pêche réduite à son potentiel industriel. journaliste scientifique au Figaro. dressent un état des lieux alarmant sur la surexploitation et l’épuisement des ressources marines. On estime qu’il y a 2. ceci témoigne d’un déséquilibre de plus en plus poussé entre deux mondes : celui des marchés et des riches et le reste.php?article2661 « Philippe Cury. la demande en matière sociale ne faiblit bien au contraire ( cf la part des prélèvements obligatoires dans les états + cf la réforme Obama aux USA ….) Or. Au niveau de la biosphère./ Un dualisme dangereux Alors que le marché est roi et que la concentration des entreprises orientent beaucoup de secteurs vers des monopoles ou oligopoles. La question est presque toujours escamotée. et pourtant rien n’est fait. dans un ouvrage intitulé « Une mer sans poissons » En l’espace d’un siècle et demi. les ressources maritimes que l’on pensait inépuisables se sont en effet raréfiées et certaines ont même disparu à cause de la surpêche qui prélève plus de cent millions de tonnes de poissons par an dans le monde.. directeur du centre de recherche halieutique méditerranéenne et tropicale de l’Institut de recherche et développement (IRD). la majorité de la population qui subsiste.Aujourd’hui nous savons que certaines régions des océans sont en train de se vider de leurs poissons. » . Les hommes politiques se rangent irrémédiablement de leur côté.fr/spip. et Yves Miserey.developpementdurablelejournal. la surexploitation des milieux naturels (réchauffement climatique et épuisement des ressources) fait dire que le système scie la branche sur laquelle il est assis… Exemple : http://www. faisant passer la paix sociale avant la conservation des océans et des espèces marines…. C’est une folie.5 fois trop de bateaux dédiés à la pêche au niveau mondial. les capitaux se concentrent vers les pays riches + une dizaine de pays émergents : l’écart entre les plus riches et les plus pauvres se creuse. notamment en France où la plupart des pêcheurs contestent les alertes lancées par les scientifiques. / des conséquences humaines et environnementales Au lieu de s’orienter vers des régions où on en a besoin pour assurer un développement économique.

/ Des initiatives heureuses • Du côté du capitalisme Milliardaires et humanistes. Pour Philippe Bilger ca démontre une chose: on peut être riche et humaniste. . Mais avec sa femme ils préfèrent sauver la planète et investirent leur argent à cette fin. c'est possible Bill Gates est l'une des plus grosses fortunes de la planète. Il pourrait user et abuser de son argent comme bon lui semble.

qui concerne aujourd'hui plus de cent millions de familles dans le monde. Une entreprise qui ne rémunère pas ses actionnaires. http://www. à la production d'avantages sociaux. La nouvelle révolution à laquelle nous invite le professeur Yunus ouvre la voie à un capitalisme plus juste et plus humain. grâce au vaccin. Tout comme le microcrédit. dans l'agro-alimentaire en favorisant les innovations de nature à combattre le fléau de la malnutrition. Pas pour Muhammad Yunus. Une entreprise qui consacre ses bénéfices à la diminution des coûts.marianne2. Il cherche maintenant. complémentaire au modèle classique. Utopie? Les premiers social-business créés par le groupe Grameen témoignent du contraire.fr/Milliardaires-et-humanistes-c-est-possible_a199750. avec des avancées déjà considérables puisque la mortalité infantile a été réduite des deux tiers dans le monde. La santé représente l'obsession prioritaire du couple Gates.….html • Du côté des moins nantis La puissance du capitalisme peut-elle contribuer à l'éradication de la pauvreté et à la réduction des inégalités ? Pour beaucoup. Le prix Nobel de la Paix 2006 propose une nouvelle forme d'activité économique. cela paraît impossible. permettant de produire des avantages sociaux en ayant recours au libre marché.Melinda Gates participe aussi bien en Inde à une séance de sensibilisation à la santé des mères et des nouveau-nés qu'elle s'investit. On peut également citer les actions du mouvement alter mondialiste + les initiatives type commerce équitable / Un modèle qui fait l’unanimité ? Non mais quel autre modèle ? Renvoi à la question de Keynes ( début du cours) et également. . ce que le professeur Yunus appelle le social-business pourrait profondément renouveler le capitalisme. Qu'est-ce qu'un social-business? Une entreprise qui gagne de l'argent mais qui n'est pas tendue exclusivement vers la maximisation du profit. avec son mari. à éradiquer la poliomyélite en Afrique…. la fameuses ‘troisième voie’ souvent évoquée n’a pas encore vu le jour.