Mythe ou réalité?

LA R O S E - C R O I X
M y t h e ou réalité?

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Suisse: Editions du Rocher, case postale 3709.1002 L ausanne
France et autres pays: D iffusion Certitude. 15 rue Lafayette. 57000 Metz
ISBN 2-88211-000-6
© Editions du Rocher
Case postale 3709. 1002 Lausanne (Suisse) 1985
Im p rim e en Suisse

Paul R an c

LA ROSE-CROIX
M y th e ou réalité?

C o l l e c t i o n Apologici
N° 2

E d it io ns du R o c he r

D u m ê m e a u t e u r et d a n s la m ê m e c o l l e c t i o n :

E T SI C E N ’É T A I T P A S V R A I ?

Une évaluation de la doctrine de Jean-M iche! Cravanzola

D e s s i n c o u v e r t u r e : D . A. F e r r i n g t o n
D e ssin s h o rs -tex te: J.-C. J o t t e r a n d

Préface
C om b ie n de fois, au cours de mes tournées de conférences
sur les sectes, ne m'a-t-on posé la question suivante:
«Qu'est-ce que la Rose-Croix?»
De nos jours, on parle de plus en plus de cette secte qui
semble tellement anodine. Certains pensent même q u ’on
peut être chrétien et rosicrucien. Quelle confusion partout et
quel flou!
Je crois, a u j o u r d ’hui plus que jamai s, que le diable ne p r ê ­
che plus tellement l’erreur manifeste, mais des demi-verites,
des enseignements séduisants et subtils.
Le présent livre sur la Rose-Croix, écrit par un chrétien,
veut éclairer les membres de nos Eglises. Pour vaincre un e n ­
nemi, il faut bien le connaître. La Rose-Croix est l’ennemi,
un des no mbreux ennemis, du vrai Evangile de notre Sei­
g neur Jésus-Christ.
Les chrétiens ont la grâce, oui c’est une grâce, de connaître
l’Evangile dans sa simplicité, sa majesté et sa puissance. Ils
ne se laisseront j amai s seduire par l’enseignement complique
et pernicieux de la Rose-Croix.
L’Evangile nous suffit pleinement, nous n ’avons pas be ­
soin d ' u n enseignement compl ément ai re et secret. Notre Sei­
g neur Jésus-Christ nous suffit pleinement, nous n ’avons pas
besoin d 'u n nouveau prophète, d ’un nouveau Maître, d ’autre
Sauveur que lui.
Non, la croix du Fils de Dieu n ’a pas besoin de la rose. La
rose flétrit, mais la croix demeure!
Au cun mo uvement quel q u ’il soit ne peut changer le cœur
de l’h omme, seul Jesus-Christ peut, et veut, le faire.
Ce livre est écrit po ur la seule gloire de Dieu, de ce Dieu
fidele qui a permis a son a ut eur d ’arriver, après de longues
années de recherches, a devoiler les manigances de Satan.
Bonne lecture, chers amis. Que le Seigneur nous a ccom­
pagne durant cette lecture et nous accorde la grâce d'ètre, b a ­
sés sur la Parole de Dieu, la Bible, des disciples zeles et
r ayonnant s de Jesus-Christ, le chemin, la vérité et la vie.
Gérard Dagon
7

Avant-propos de l’auteur
Lorsqu'il y a près de sept ans deja, un ami, ex-membre
d ’une secte rosicrucienne devenu depui s lors chretien, me
suggéra d'ecrire un ouvrage sur la Rose-Croix, j'acceptai
d 'e mbl èe avec enthousiasme. Je trouvai, en effet, le sujet pas­
sionnant, car mystérieux. C o m m e b e a u co up d'autres, j ’avais
deja ent en du parler de la Rose-Croix, mais je n’avais pas
vraiment étudié le sujet. Je pensais qu'il s'agissait d'ordres
d'i nspi rat ion plus ou moins m a ço nn i qu e et que ses membres
prati quaient entre eux l'entraide fraternelle.
Apres quelques mois de recherches, je constatai que ma tâ­
che allait être plus difficile que prévue. Je pénétrai dans un
autre monde, celui de l'esotèrisme, m o n d e totalement in­
conn u et hermetique p our moi. Pendant près de trois ans,
bien que j'ac cumul as se doc um en ts sur documents, je piéti­
nai, ne parvenant pas a saisir le systeme de pensée très subtil
de l’èsotèrisme rosicrucien.
Ce livre n ’aurait j amai s vu le jour, du moins sous cette
forme, si je n ’avais pas rencontré un ancien rosicrucien qui
accepta de relire la premiere partie de mon manuscrit.
Quinze jours plus tard, il me le renvoya avec la r e c o m m a n d a ­
tion absol ue de recommencer à zéro! Mon correcteur était
très sévère, mais il avait raison: je n ’avais rien compris à la
Rose-Croix! R edoubl ant d ’efforts, je me suis remis au travail.
Ses conseils très precieux furent p o u r moi une source d ’e n­
co ur agement p our cont inuer et, peu a peu, une nouvelle
étude voyait le j o u r ...
Par la suite, je rencontrai d'autres anciens membres de la
Rose-Croix, dont certains avaient atteint des hauts grades.
Tous acceptèrent de m'aider, soit en me procurant des d o cu ­
ments, soit en corrigeant mon travail. Sans l'aide de toutes
ces personnes, mon travail, rendu très penible a la suite d ’une
maladie, n ’aurait pu être acheve.
Il me paraît i mportant de signaler que ce livre a ete com­
posé sur un mi cro-ordinateur Apple. Grâce à la générosité
de plusieurs chrétiens, j ’ai pu acquérir cette machine ainsi
que les p rogr amme s nécessaires, ce qui m ’a fait gagner un
temps considérable. A cette occasion je voudrais remercier
9

M. François Martin p o u r sa patience envers moi: il a eu le re­
do ut ab le privilege de m ’initier à la micro-informatique!
Ma gratitude va aussi a tous ceux qui, d ’une façon ou
d ’une autre, ont participe a l'élaboration de ce livre. En parti­
culier, je remercie tous les ex-rosicruciens - dont nous tai­
rons les noms p ou r des raisons que cha cun c om p r e n d r a p o u r leur précieuse collaboration. Je n ’oublierai pas non plus
MM. Maurice Seigne, Jean Thuillard, Michel Viredaz et Ray­
m o n d Zoller p o u r leur i mport ant et méticuleux travail de
correction des manuscrits, MM. And ré Visinand et Yves C o l­
let po u r leur soutien actif et, enfin, M. Gé r ar d Dagon qui a
bien voulu prefacer mon ouvrage. Ma reconnaissance toute
particulière va aussi a ma chère ép ou s e Jacqueline qui, d u ­
rant des annees, a sacrifie souvent ses vacances, ses weekends et ses soirees p o u r que ce livre puisse paraître. N o n s e u ­
lement elle a sup po rt é un mari sans cesse occupe da ns son
travail de recherches et de rédaction, mais elle a pris une part
i mport ant e dans l’élaboration définitive de l'ouvrage, en d é ­
chiffrant mon manuscrit p o u r ensuite le transcrire sur l’ord i­
nateur!
Que ce livre, écrit dans la souffrance et dans la peine, mais
aussi dans un esprit d ’obéissance et fruit d ' un e pro fon de
conviction, puisse servir à la défense de la Vérité et mani fes­
ter ainsi la gloire de Dieu sur la terre c omme au ciel.
Lausanne, le 31 juillet 1985.

10

Préambule
Les mouv emen ts de la Rose-Croix se propagent très rapi ­
dement d ans le m o n d e et leur évolution numeri que de ces
dernières années com me nc e à inquiéter sérieusement les res­
ponsabl es des diverses Eglises chrétiennes.
La Rose-Croix est un cour ant mystique et occulte qui a vu
le j o u r au X V I I e siècle. Le but, avoue ou non, n ’est autre que
la « R ef or me Universelle», c'est-à-dire le cha ng ement c o m ­
plet et radical de la religion c omme de la société. Cette t rans­
formation ne peut s'operer, selon les thèses rosicruciennes,
que par la redécouverte d ’un «christianisme esoterique». Il
s'agit d o n c de «découvri r des mystères». Pour cela, il faut
une longue préparati on initiatique. Précisons d ’emblée que
l'initiation est le pilier de t oute la pedagogie rosicrucienne.
Par cette façon de pens er et de faire, les ho mmes sont divises
ipso fa c to en deux catégories: les profanes et les inities. Ainsi
sous le couvert de l’initiation, qui est l'attrait de l’invisible, le
disciple rosicrucien est progressivement aspiré dans un e n ­
grenage d 'ou il lui sera très difficile de sortir.
La Rose-Croix (ou R + C) n ’est pas un système theologique, ni m êm e une ideologie, mais elle prétend être une philo­
sophie de la v i e 1. Celle-ci, c omme nous le verrons plus loin,
est occulte.
Mais les prétentions de la Rose-Croix ne se limitent pas à la
seule phi losophie: elles s'étendent à bien d ’autres domaines.
La Rose-Croix se définit elle-même c omme une «Ecole».
Selon les diverses branches, les définitions sont sensiblement
différentes. Si l'«Association Rosicrucienne» préféré l’a p pe l ­
lation de «Frat ernit é», l’A.M.O.R.C. n ’hesite pas à qualifier
son mou vement d ' « E c o l e de Sagesse», ou encore d'«Ecole
des M y s t è r e s » 2, tandis que le Lectorium Rosicrucianum a
choisi d ’étre une «Ecole Spir it ue ll e»3. Le but de ces
«Ecoles» est de diffuser un « Ens ei gnement Universel», c'est1 Cf. M. Heindel, La Philosophie Rosicrucienne, p. 7.
Cf. M aîtrise d e la Vie, bro c h u re A.M .O.R.C ., p. 6.
2 Maîtrise de la Vie, b ro c h u re A.M.O.R.C., pp. 1 0 -1 1.
3 L ’illusion du m onde ei de la vie, p. I, Lettre d'in fo rm a tio n du Lectorium
Rosicrucianum.

11

à-dire le développement des «forces créatrices» qui sont en
l’h omme, ceci en vue de parvenir a cette «Patrie l o i n t a in e »4.
En clair cela signifie que l 'homme, au moyen de la con n ai s­
s ance reçue, «peut diriger les lois naturelles et c o m m a n d e r à
ses propres fa c ul t és »5. Ainsi, par le jeu d ’une connaissance
initiatique, l'apprenti rosicrucien peut ou pourrait connaître
le mystère de l’etre et «découvri r» le sentier de la vie.
Max Heindel, le f ond at eur de l’«Association Rosicru­
cienne», a d onne a son m ouv em en t une ligne de force qu'il a
formulée dans son ouvrage fond ame nt al intitulé Cosmogonie
des Rose-Croix. Selon lui, le rosicrucianisme se caractérise­
rait comme étant une Cosmogonie, c'est-à-dire une explica­
tion de la formation de l'Univers. II a développé a cet effet
une curieuse theorie qui s’a p p a re nt e de très près aux a n ­
ciennes traditions alchimiques et occultes sinon plus encore
aux enseignements de la Thèosophie de Mme Blavatsky.
No us aurons l’occasion d ’a pp r o f o n d i r tout cela dans les c h a ­
pitres relatifs à la doctrine rosicrucienne.
La Rose-Croix pretend être une « Pansophie», c ’est-à-dire la
«Co nn ai s sa nc e Universelle». D' apres Serge Hutin, ce sont les
«disciples allemands de Paracelse qui furent les promot eurs du
vaste mouvement «Theos oph ico- al ch imi que» désigne sous le
nom de P A N S O P H I E . (...) Ces alchimistes etaient convaincus
q u ’ils allaient pouvoir d o n n e r une encyclopédie de toutes les
connaissances humaines, fondée non pas sur la raison, mais sur
l’i llumi nat ion» \ Plus tard, au XVI IIe siècle, la « Pansophi e» va
se systématiser et devenir une theosophi e qui reprendra
« l ’achevement final de l’a l c h i m i e » ’. «Le but de ces adeptes,
c ’est d ’acquerir l’omniscience, le savoir absolu, l’illumination
définitive qui app or te avec elle le salut final, connaissance sal­
vatrice qui est la recompense du contact intérieur de l’âme avec
D i e u 8.» Ainsi appa raî t d' e mb le e l’erreur fond ame nt al e de la
Rose-Croix qui n'est autre que le salut par la connaissance.
L' ho mm e serait sauve par son seul savoir et non pas en vertu du
sacrifice unique et parfait de Jèsus-Cbrist.
4 ibid.. p. 1.
5 M aîtrise de la Vie. p. 11. C e s ! nou s qui le soulignons.
"S . Hutin. Histoire des Rose-Croix, p. 31. Le C o u rrier du Livre, 1971.
C 'est nous qui le soulignons.
" S. Hulin, ibid., p. 43.
8 S. Hutin. ibid.. p. 44. C'est nous qui le soulignons.

12

Serge H u t i n , a n c i e n a t t a c h e de r e c h e r ch e s a u C e n t r e Na t i o n a l de
R e c h e r c h e s S c i ent i f i ques ( C . N. R. S . ) et d o c t e u r es lettres, est luim ê m e di s c i p l e d e la R o s e - C r o i x et a d h è r e n t de l ' A . M. O . R. C. La
p r e m i e r e é d i t io n d e s o n Histoire des Rose-Croix étai t c e p e n d a n t très
d é f a v o r a b l e a l ' Or dr e. Au c h a p i t r e VII, int it ule « L e s o r g a n i s a t i on s
p s e u d o - r o s i c r u c i e n n e s » , H u t i n écrit à ce p r o p o s : « The Ancient and
Mystical Order o f Rosae-C'rucis, f o n d e en 1916 à N e w - Y o r k : a cette
m ê m e d a t e , le G r a n d - M a î t r e fit d a n s le T e m p l e de la « S u p r ê m e
L o ge» u n e d é m o n s t r a t i o n p u b l i q u e de t r a n s m u t a t i o n en o r ( !), o b t e ­
n u e p a r d es m o y e n s p o u r le m o i n s b i z a r r e s ou e n t r a i e nt n o t a m m e n t
d es pet al es de rose... (...) L ' à m e d u m o u v e m e n t a ete d u r a n t de l o n ­
g u e s a n n e e s H. S p e n c e r Lewis, m o r t r e c e m m e n t , d o n t les o u v r a g e s ,
s'ils n ' o n t a b s o l u m e n t ri en d e r o s i c r u c i e n . d é v e l o p p e n t des idees
d i g n e s d ' e x a m e n , celle de la r e i n c a r n a t i o n n o t a m m e n t 1’.»
Mai s, d e p u i s lors, Serge Hu t i n a r a d i c a l e m e n t c h a n g e d' avis.
D ' a d v e r s a i r e qu' il était, il est d e v e n u un m e m b r e fer vent de l’O r d r e .
Il a écrit d a n s u ne m o n o g r a p h i e d u 2e d e g r e n é o p h y t e un t é m o i ­
g n a g e l'on é l o g i eu x en f av e u r d e l ' A . M. O . R . C . De plus, il e nt r e pri t
de c h a n g e r ses idees j u g e e s e r r o n e e s d a n s t o u t e s les r éé d i t i o n s de
ses ouvr a g e s . Le cas d e Serge H u t i n est f r é q u e m m e n t cite en e x e m ­
ple p a r les di r i ge a nt s d e l' A. M. O. R. C' .

Tous les mouvement s Rose-Croix, y compris TAnthroposophie et la Fraternité Blanche Uni ver sel le10, declarent en
ch oe ur que leurs enseignements ne sont pas en contradiction
avec la doctrine chrétienne traditionnelle! Ils admettent, en
effet, la Bible c omme un livre de mysteres et de symboles.
Les différentes confessions chrétiennes (catholique-romaine,
protestante, o r th odo xe et evangelique) se voient reprocher de
p ropa ger un christianisme exoterique, une sorte de religion
populaire destinée a tout le peuple. Par contre, les sectes rosicruciennes affirment, non sans fierte, que leur «christia­
nisme» est esoterique. Il s’agirait d o n c d ' u ne «religion» ini­
t i at i q u e " rèsevèe a une certaine « e l i t e » 12, ou, soi-disant, a
“ S. Hutin, Histoire des Rose-Croix, pp. 5X-59. G é rard Nizet Editeur, Pa­
ris. 1955.
10 A ne pas c o n fo n d re avec la « G r a n d e Fraternité Blanche» rosicrucienne
11 N ous em p lo y o n s a dessein ce mot «religion», bien que les rosicruciens
affirm ent avec vehem en ce le contraire. N ous a urons, par la suite, l'occasion
de prouver que le rosicrucianism e est bel et bien une nouvelle religion.
' L’initiation, a cc o m p a g n e e du secret, est le caractere distinctif de l'elitisme rosicrucien. C e p e n d a n t, on peut très bien faire partie de celle «elite» a
condition de payer regulieremenl ses cotisations. Tel est le cas de
l’A.M.O .R.C.

13

une petite classe privilégiée d'elus. Selon les propos des p ri n­
cipaux fondateurs ou dirigeants rosicruciens, les Eglises «t ra­
ditionnelles» ont failli à leur tâche en diffusant un enseigne­
ment purement exoterique. La grande erreur des Eglises
chrétiennes aurait ete, toujours selon la Rose-Croix, de p r o ­
clamer le salut a l'humani te tout entière! C ar les maîtres à
penser rosicruciens n'ont pas b e a u c o u p d'estime p our la Bi­
ble, encore moins p o u r la doctrine biblique. Pour eux, la p r o ­
clamation de l'Evangile tel q u ’il est prêche a uj ourd' hui, est
considérée par les rosicruciens c o m m e étant nulle et non ave­
nue: il aurait ete amp ut e de ses vérités fondamentales. Pire,
les disciples R + C n ’hésitent pas a affirmer que la Bible, qui
est la Parole de Dieu ne l'oublions pas!, renfermerait des vé­
rités cachees p o u r le simple profane, mais qui pourraient être
révélées par le moyen de l’initiation.
H.
Spencer Lewis, premier Imp er a to r de l’A.M.O.R.C.,
écrit n ot amment a ce sujet: « L ’Eglise chrétienne ne se préoc­
cupe pas d' expli quer ouvertement aux fidèles q u ’il est des se­
crets, des vérités et des faits, auxquels ils n ’ont pas pleine­
ment accès parce que ces secrets, ces vérités et ces faits sont
difficiles à com pr e nd re et ne peuvent être révélés et expli­
qués q u ’à ceux qui en sont dignes (sic), qui sont qualifiés et
qui ont été spécialement initiés. Ces faits revêtent le christia­
nisme, en tant que système religieux, philosophique et moral,
d ' u n e couleur différente. En fait, ils aident à c omp re ndr e que
les doctrines et les enseignements chrétiens véritables avaient
à l’origine un caractère divin et n ’etaient pas destines a tous.
Ils constituaient un ensemble de vérités transcendantales, de
révélations ésotèriques, et de lois divines d ’une application
illimitee et d ’un pouvoi r o m n i p o t e n t 13.» Le rosicrucianisme
est, c omme nous le constatons deja, d ’essence haut ement oc­
culte. A notre avis, seuls l’enseignement de Swedenborg (La
Nouvelle Eglise) et celui de la T he os op hi e atteignent le ni­
veau d ’occultisme de la Rose-Croix.
Ainsi, sous le couvert d ’un «christianisme esoterique», la
Rose-Croix pretend enseigner à ses adeptes la connaissance
surnaturelle de soi. Les rosicruciens parviendraient à cet état
d' illumination spirituelle qui produirait, dans un même
13
H. S. Lewis, Les doctrines sécrétés de Jésus, p. 18. C'est nous qui le sou­
lignons.

14

temps, un parfait équilibre physique et psychique. Cela se
trouve confirme par la devise de Max Heindel: « Un intellect
équilibré, un coeur sensible, un corps sain».
La Rose-Croix, mis a part le Lectorium Rosicrucianum, se
définit surtout c o mm e un vaste syncretisme religieux. Son
but n'est pas d ' un i r toutes les religions, mais de prouver que
toutes les religions ont un côte positif, qu oi que celui-ci soit
obscurci pa r les traditions des hommes, symboles de l’igno­
rance spirituelle. Cette façon de penser n ’est pas nouvelle,
mais la Rose-Croix a réussi un veritable tour de force: celui
de concilier les extrêmes! En effet, les diverses philosophies
ou religions, les mythes païens comme les plus pures t radi ­
tions chrétiennes, la pensée orientale et occidentale, le spiri­
tuel et l'occulte se côtoient et s’amal gament en un vaste as­
semblage de doctrines hèterogénes. Mais ces enseignements,
pourtant contradictoires les uns par r apport aux autres, sont
si habilement harmonisés que le faux devient vrai et vice
versa! Ainsi la vérité devient mensonge. Jésus est mis sur un
pied d'égalite avec Bou d dh a ou avec Confucius! Par ailleurs,
le sens des mots est carrement t ordu: ainsi po u r le Lectorium
Rosicrucianum, Eglise, corps de Christ, et «Ecole Spiri­
tuelle» sont des expressions équivalentes! Il en est de même
pour l'« Association Rosicrucienne» qui admet que les termes
de création et d ’évolution sont synonymes. Qua nt a la foi,
elle est tout si mplement con fo n du e avec la connaissance,
tandis que la vérité n ’est autre que la conscience humaine.
Enfin la Rose-Croix se considère elle-meme comme une
«Fraternité». «Les rosicruciens ne constituent pas un culte,
religieux ou autre, ils forment une fraternité d ’ho mmes et de
femmes semblable a toute fraternité ou confrerie. Les m em ­
bres de l'organisation ap pa rt ien nent a toutes les confessions
religieuses et il ne leur est en a uc un e façon d e m a nd é de
changer leurs croyances religieuses. L’organisation n ’est
donc pas un culte l4.» Par ailleurs, nous lisons: « L ’ordre rosi­
crucien A.M.O. R.C. est une fraternité mondi al e possédant
des loges, des chapitres et des pronaoi et un système d ’ensei­
gnements et d ’exercices gradués, systeme qui s’est développe
au cours des âges par la contribution d ’esprits supérieurs de
M H. S. Lewis, H istoire com plété de /'O rdre de la Rose-Croix, p. 175. C ’est
nous qui le soulignons.

15

tous les pays, de toutes les e po qu es et de toutes les c o nd i ­
tions. L'ordre rosicrucien A.M.O.R.C. est essentiellement
une fraternité, un college do n t la met hod e d'ensei gnement
vise a d o n ne r aux membres de l'organisation la maîtrise des
lois et des principes qui leur per met tr ont au cours de leur vie,
de s'aider eux-mémes et d ' a id e r a u t r u i IJ.» Propos confirmés
par la brochure de p r o p a ga nd e: «Cette fraternité s'est t o u ­
jours consacree au dével op pe ment personnel de l 'homme,
p ar l'utilisation naturelle et rationnelle de certaines facultés
de la pensee et des lois de l'univers, simples mais ce pendant
peu c o n n u e s 16.» A la lumiere de ces textes rosicruciens, nous
voyons que l’A.M.O.R.C. est bien plus q u ’une simple as so­
ciation fraternelle ou phi lant hropi que. Il s ’agit, en fait, d ’une
organisation très bien structurée, centralisée et dont les rami ­
fications s’étendent dans le m o n d e entier.
Ainsi, des le début, le lecteur s'apercevra que la doctrine
rosicrucienne est étendue, compl exe et confuse à la fois. Afin
d e mieux saisir les difficiles mécanismes de la philosophie
rosicrucienne theol ogi co-humani st e de la Rose-Croix, il nous
est a p p a r u utile d ’axer notre et ude dans trois directions, a s a ­
voir: les origines et l'histoire de la Rose-Croix, sa doctrine et
sa symbolique et, enfin, son organisation actuelle. Notre o b ­
jectif est de rendre clair - ou à peu près! - un fatras d'idees et
de doctrines contradictoires. Tout au long de notre expose, et
afin de démon tr er les herèsies rosicruciennes, nous ferons de
fréquents appels à l'Ecriture Sainte, seule norme de foi et de
vie p ou r tous les hommes. Et mai nt enant , ét udions ce m o u v e ­
ment en détail.

15 H. S. Lewis et R. Bernard, M anuel Rosicrucien, pp. 280-281
16 M aîtrise de la vie, p. 32.

16

C H A P IT R E

I

Les lointaines «origines»
du rosicrucianisme
Les origines du rosicrucianisme sont obscures. La diffi­
culté vient du fait que les différentes «écoles» s' appropri ent
ipso fa d o l'histoire. En effet, il semblerait au premier abor d
que l’histoire de l'humanité, des origines à nos jours, soit
celle du rosicrucianisme et, plus particulièrement, celle de
l'A.M.O.R.C. Ces prétentions, disons-le d'emblee, sont
enormes, démesurées, inacceptables. Pourtant les rosicru­
ciens déclarent avec bea u co up de serieux et d ’apl omb que
leurs ordres initiatiques sont de loin bien plus anciens que
toutes les religions traditionnelles actuelles, en particulier le
judaïsme et le christianisme.
L'A.M.O.R.C., le plus import ant et le plus influent des or­
dres rosicruciens, fait re mont er les origines du rosicrucia­
nisme à l'ancienne Egypte. Le pays des phar aons et sa civili­
sation, encore meconnue, sinon mal connue, exerce une puis­
sante attraction chez les Oc ci dent aux - ceci a cause des
«mystères» - comme chez les Africains, l'Egypte étant, ne
l'oublions pas, un pays d ’Afrique. C ’est la raison pour la­
quelle l'A.M.O.R.C. connaît ces dernières années un rapide
déve loppe ment dans le monde. Il nous a paru nécessaire de
d émo nt re r que le mou vemen t de la Rose-Croix est une survi­
vance des sociétés occultes du Moyen Age manifestee seule­
ment au XVI I e siècle, et non le prol ongement d 'u ne hy p ot h é­
tique «Frat ernit é égyptienne».
L'A.M.O.R.C. revendique d ’autres origines. Le roi Sal o­
mon, lors d ' u n séjour à Tell-el-Amarna, aurait ete influencé
par les enseignements phi losophiques et initiatiques égyp­
tiens. A son retour en Palestine, il se serait inspiré des
conceptions architecturales des temples egyptiens p ou r bâtir
celui de Jérusalem! En outre, il aurait ete le fondateur d ’une
société secrete, la «Fraternité de Salomon».

17

A côté de ces deux prétendues origines, les plus i m p o r ­
tantes faut-il le souligner, l’A.M.O.R.C. en rajoute deux
autres. Il se réclame de la philosophie grecque et, n o t a m ­
ment, de celles de Pythagore et de Plotin. D' aut re part, les
Esséniens font partie de l’i mpos ant e panopl ie des soi-disant
origines de l’A.M.O.R.C. Not ons encore que le Lectorium
Rosicrucianum soutient son affiliation au gnosticisme
pseudo-chrétien, n ot am me nt le mani chéisme et le c a th a­
risme. Soulignons aussi que Reuben Swi nburne Clymer, rosi­
crucien dissident, affirmait dans son livre The Secret Schools
que «l’origine de la confrérie de la Rose-Croix remont e aux
C h al dee ns» ‘.
L ’ A . M . O . R . C . r e m o n t e - t - i l à l ’a n c ie n n e E g y p t e ?

I. L 'A .M .O .R .C . est-il un Ordre ancien?
L’A.M.O.R.C. est-il un Ordr e ancien? Peut-il se reclamer
objectivem ent d ’origines égyptiennes? Pour Pau! Arnold,
a ut eur d ’une magistrale et ude sur V Histoire des Rose-Croix, il
n ’y a pas de dout e possible: le rosicrucianisme est né au
X V I I e siècle et son f on da te ur n ’est autre que J. V. Andreae.
Par contre, Serge Hutin affirme sans sourciller q u ’«il est p o s­
sible de r emont er aux mystères antiques, tout spécialement a
ceux de la Grece, mais aussi, plus loin encore, à ceux de
l’Egypte ancienne. Dans ses archives d e San José en Cal ifor­
nie, son présent quartier général, l’Ordr e rosicrucien
A.M.O.R.C. (qui constitue l’un des ordres traditionnels m ai n ­
t enant la presence de l'ésoterisme rosicrucien dans le mon de
d ’a u j o u r d ’hui) possédé des do cu men ts qui font remont er le
rosicrucianisme au p har aon réformat eur Amenophi s IV. Il
prit le nom d ’Akhe nat on p our concrétiser sa vénération p a r ­
ticulière p ou r Aton, le di sque solaire, vivant symbole de la
lumière d i v i n e » 2.
Ainsi S. Hutin se met au di apas on de H. Spencer Lewis, le
f onda te ur et le premi er I mp er at or de l’A.M.O.R.C. Celui-ci
1 R. S. Clymer, The Secret Schools, cite par R. Wolff, H istoire de la RoseCroix, p. 5.
2 S. Hutin, Histoire des Rose-Croix, pp. 12-13. R a pp elon s que S. Hutin est
m em bre de l'O rdre rosicrucien A.M.O .R.C. et l'un d e ses orate urs les plus
appréciés.

18

a, en effet, a b o n d a m m e n t developpe dans ses nombreux
ouvrages ou articles la thèse de la filiation directe du rosicru­
cianisme (l'A.M.O.R.C., bien e nt endu) et de la religion égyp­
tienne. « D ’après la tradition, écrit Spencer Lewis, la c on cep ­
tion et la naissance de l'Ordre Rosicrucien eurent p our ori­
gine l'Egypte, au sein des activités de la Gr a nd e Fraternité
B l a n c h e 3.»
2. L ’histoire de l'Egypte, version A .M .O .R .C .
L’histoire de l'Egypte ancienne s'etend sur environ 28 siè­
cles (3000 a 332 av. Jèsus-Christ), si l'on se référé au tableau
chr onologi que de Dr io to n- Vand ier 4. Cette longue histoire se
divise en trois grandes périodes: l’Egypte primitive ( l re et 2e
dynasties), l’Egypte classique (de la 3e au début de la 19e dy­
nastie) et enfin la periode de d éc adenc e (de la fin de la 19e a
la 30e dynastie, auxquelles il faut ajouter les périodes de d o ­
mination perse et grecque.
Selon Spencer Lewis, les Egyptiens eprouverent très tôt le
désir de connaître les mysteres de la Nature. Cette connais ­
sance aurait culmine au d ébu t de la XV I I I e dynastie
(1580-1314 av. Jèsus-Christ). Les caractères hiéroglyphiques
des pyramides, des obélisques ou des temples seraient des
preuves externes d ' u n e connaissance esoterique. «Les secrets
les plus p rof onds de la nature, de la science et de l'art, af­
firme H. Spencer Lewis, n'étaient pas destines à être confiés
aux masses, ni susceptibles d ’être conservés par l’écriture sur
papyrus. C ’est pourquoi les plus instruits organisèrent en
classe des cours, auxquels assistaient des individus choisis et
ou etaient enseignes les doctrines et les principes de la
science. Ces classes ou ecoles, ainsi que les ment ionne l'his­
toire, se tenaient parfois dans des grottes très isolées, mais
aussi dans la qui et ude de certains temples érigés en l’h o n ­
neur des no mbreux dieux eg y pt i en s 5.»
Les premières «écoles de m y st èr es » 6 auraient etè consa­
crées au culte d ’Osiris. Peu a peu les rites et les hommages
1 H. S. Lewis, H istoire complète de l'O rdre de
Cf. M onographie du M aitre. section neophyte ,
4 D rioton-Vandier, l'Egypte, pp. 627-632.
5 H. S. Lewis, ibid., pp. 29-30.
H. Spe nc er Lewis avoue tout de m em e qu'i l
ner la d ate de la création de ces « ecoles», ibid..

la Rose-Croix, p. 29.
iVfandamus secret no I , p. 3

est très difficile de déte rm i­
p. 30.

19

rendus a la nature, a sa fertilité et a sa fécondité furent rem­
placés par une «vaste philosophie de l'i mmortal it é». Cela se
serait bien explique pa r le fait que le dieu Osiris symbolise la
vie eternelle, étant à la fois le dieu des morts et de la végéta­
tion qui «meurt » lors de la saison seche, puis qui «ressus­
cite» lors de la germination des plantes. Parce que le régne
d'Osiris est cosmi que et mét aphysi que et qu'il s'etend sur
l’eau, la terre, le ciel et l'air, son culte était très r épand u chez
les Egyptiens. C'etait le salut et, en même temps, une religion
à mysteres. Les rites symboliques, ext rêmement complexes,
etaient. du moins p our la plupart, d ’essence initiatique. Bien
que la religion égyptienne fût «nat ional e», seule une certaine
frange de sa popul at ion pouvait assister aux ceremonies ri­
tuelles du t e m p l e ’. Ainsi donc, le culte osirien, par les divers
aspects qu e nous venons de mentionner, est la clef de voûte
de la doctrine ègypto-rosicrucienne de l’A.M.O.R.C.
C om me n t, et surtout par qui. cette connaissance initiatique
se serait-elle propagee dans l’Egypte ant i qu e? «Si la sagesse
secrete a ete c o mm u ni q ué e sous quel que forme tangible, d é ­
claré H. Spencer Lewis, c'est dans le symbolisme des Egyp­
tiens q u' on pourr a la trouver, c’est-a-dire dans les emblemes
qui ne faisaient pas partie intégrante de leur langage ou de
leur ecriture ordinaire. C'est ainsi q u' un symbole pouvait re­
vêtir un certain sens exoterique p our q u el q u' un et, p ou r un
autre, avoir une signification bien d i ffé ren te1*.» Il écrit e n ­
core que «ceux qui possédaient une telle connaissance
avaient fait le serment solennel de ne pas la reveler illégale­
ment et risquaient de terribles conséquences s'ils faisaient
mauvais usage de la sagesse s e c r e t e » Q. Quelques lignes plus
loin, il n'hesite pas a dire que, dans certains cas, «des classes
dont les participants etaient particulièrement choisis se te­
naient dans les salles privees du p har ao n régnant. La sélec­
tion des membres qui se reunissaient devint de plus en plus
sévère, les enseignements plus profonds et les discussions si
dialectiques (.s/c), qu'ainsi naquit une société très secrète et
autocratique, rassemblant les plus eminentes intelligences de
' La religion égyptienne, du m oins a ses débuts, était de caractere semiesoterique. Peu a peu. le culte s’est «dém ocratisé», n o tam m en t celui qui
c oncerne le «culte des morts».
8 H. S. S p encer Lewis, ibid., pp. 34-35.
“ H. S. Lewis, ibid., p. 35.

20

l 'epoque, la fondation de la G r a n d e Fraternité Blanche ve­
nait d'être posée» lü.
Touj ours selon l 'i mp er a to r de l’A.M.O.R.C., ce fut le pre­
mier phar aon de la X VI I I e dynastie, Ahmosis I (1580-1558)
qui, tout en gouvernant le peuple, dirigea chez lui une «école
de mystères». Son fils Amen op hi s 1 aurait continue l’oeuvre
de son père en devenant «instructeur de l’ecole secrete» p e n ­
d an t trois ans.
Ce fut le fils i 1legitime d ’A me nop hi s I qui exerça le p o u ­
voir sous le nom de Thout môs is I (1530-1520). Afin de
consolider son autorité, il épou sa sa demi-soeur Ahmosis,
fille de la reine légitimé. Ce sont do nc des raisons purement
politiques qui ont contraint le roi Thout môsis au mariage.
N ’e mpêc he que H. Spencer Lewis a une curieuse façon de
voir les choses: «Thout môsis dut sa position à sa femme Ahmôsis, qui fut la premiere femme à devenir membre de la
classe, a égalité avec les hommes. La discussion concernant
son admission (conservee d an s les archives rosicruciennes)
forme un récit intéressant et révélé l’origine de quelques-unes
des doctrines sur l'egalite des s e x e s " . » N ’importe quel histo­
rien sérieux contredira sans peine ces affirmations p our le
moins fantaisistes, n ot am me nt en ce qui concerne l’«égalite
des sexes». Qua nt aux fameuses archives rosicruciennes,
nous serions très heureux, et surtout très curieux, de les voir.
Nous a tt endons la reponse de l ' im p e r a t o r en exercice!
Ce fut de nouveau un fils bât ard qui mont a sur le trône.
Thout môsis II (1520-1505) gouver na le pays conjointement
avec sa demi -soeur Hatshepsout, fille légitimé de Thoutmôsis
I. Le ph ar a on régna, selon l’expression savoureuse de H.
Spencer Lewis, de «façon i nd ép en da nt e»!
Par contre, son successeur, Thout môsis III (1504-1450),
sans do ut e le plus grand p h ar a o n du Nouvel Empire, aurait
fondé, si l’on en croit les déclarations de H. Spencer Lewis,
les bases de l’«Ancienne F r a t e r n i t é » 12. Il aurait etè choisi a
10 H. S. Lewis, ihid., pp. 35-36.
11 H. S. Lewis, ihid.. p. 36.
11
Une note très explicite situee en bas de page adm et que l'ancienne Fra­
ternité n'éta it pas rosicrucienne! (Cf. H. S. Lewis, op. cil., p. 39). Cela n'empèche pas, maigre tout, que l'O rdre A.M.O.R.C . m aintient ses prétentions
d'avoir ses origines avec l'« A nc ie nne Fraternité» qui. precisons-le. n'a ja ­
m ais existe.

la place de son frere de façon «surnaturelle» p o u r être le
p ha r ao n régnant. «Ce choix divin» n'aurait été autre q u ' un e
«expérience mystique», experience qui aurait eu des p ro l on ­
gements p ar la suite. En effet, Thout môsis III aurait proposé
que sa «classe» d ’initiés qui, paraît-il, se réunissait dans sa
demeure, devienne un «Ordr e ferme et s e c r e t » 13. Pour cela
une « gra nde Réunion du Conseil» fut convoquee. Selon les
«archives» officielles de l'A.M.O.R.C., cette réunion eut lieu
au cours de la semaine du 28 mars au 4 avril 1489 av. JèsusChrist et, p o u r être encore plus précis, pr oba bl ement le jeudi
1er av r i l ! 14 No us avons une franche envie de rire! Toujours
selon les mêmes sources de l'Ordre, douze personnes, neu f
fra tres et trois sorores, étaient présentes lors de ce «premi er
Conseil Suprême». Une décision aurait été prise: le maintien
du secret de la Fraternité qui, elle, ne porterait pas de nom,
du moins po u r le moment.
A la mort de Thout môs is 111, son fils Ameno ph is II
(1450-1425?) lui succéda: puis après cela vinrent Thoutmôsis
IV (1425-1408) et Amen op hi s 111 ( 1408-1372). Ces trois p h a ­
raons n'offrent pas grand intérêt p o u r l'A.M.O.R.C. bien que
leurs régnes fussent riches en peripeties. Not ons cependant ,
au passage, que Ameno ph is III a rebâti le Templ e de Louxor
« q u ’il dédia, écrit H. Spencer Lewis, à la F r a t e r n i t é » 15.
Par contre, Amen op hi s IV (1372-1354), fils du precedent,
universellement conn u sous le nom de «roi heretique», a été
l’a ut eur d ’une veritable révolution religieuse. Le culte officiel
du dieu Amon fut aboli, la capitale Thebes a b a n d o n n é e et le
gouver nement s'installa a Tell-el-Amarna. Mais ce ne fut pas
tout! Le p ha r ao n changea de no m: d ' A m e n o p h i s qu'il était
(et qui est un c ompos e d 'Amon) , il devint A kh n a t o n ; enfin le
nouveau roi i mposa de force un nouveau culte, celui d'At on
qui est «le dieu par excellence, le disque solaire, mais, n o u ­
veauté en Egypte, p o u r ado rer le dieu point n ’est besoin de
statues, le culte se fera en plein air et s'adressera directement
au dieu qui brille dans le c i e l » 16.
Il semblerait que ce soit des raisons pu re me nt politiques et
religieuses (difficultés militaires à l'exterieur, toute-puissance
13 H. S. Lewis, ibid., p. 39.
14 Poisson d'avril?
'* H. S. Lewis, ibid., p. 43.
10 J. Vercoutter. l'E gypte ancienne, p. 84, Que sais-je ?, 1979.

22

du cierge d 'Am on ) qui ont poussé le p har ao n à tous ces b o u ­
leversements.
L'A.M.O.R.C., naturellement, par la voix de son illustre
Imperator, don ne une autre version des événements. Amenophi s-Akhnaton aurait été initié très jeu ne j u s q u ’au j o u r ou «il
lui vint l’inspiration de mettre fin â l’ador at ion des idoles
p ou r lui substituer la religion et l’ador at ion d ’un seul dieu,
d ’une divinité s uprê me dont l’esprit était dans les cieux et qui
se manifestait dans le mon d e physique par le soleil, le s ym­
bole de la vie. Ceci était en accord avec les doctrines sé­
crétés; aussi changea-t-il l 'adoration du soleil c omme dieu en
a dor at ion de dieu symbolisé par le soleil» 17. Le temple que le
ph ar ao n fit construire a Tell-el-Amarna aurait été, selon H.
S. Lewis, le «temple de la Fraternité». A la mort du roi «r é­
for mateur», le cénacle de Tell-el-Amarna comptait quelque
410 fra tre s et sorures.
Q ua n t au lieu de culte, en forme de croix selon les explica­
tions officielles de l'A.M.O.R.C., il était réserve, paraît-il, aux
seuls membres de la société s e c r è t e 18. Au symbole de la
croix, qui serait devenue par la suite la Croix ansèe, se serait
ajoutee la R o s e 19. Ainsi donc, H. S. Lewis, par un habile tour
de passe-passe, force le cours de l'histoire, prend les savants
et les égyptologues p ou r des naïfs sinon p ou r des imbeciles
et, enfin, s ’attribue i ndûment l'héritage spirituel d 'Akhnat on.
L'A.M.O.R.C. est très fiére de ses origines égy pt ienn es 20.
H. Spencer Lewis le confirme implicitement: «Que l'on a c ­
cepte ou non tous les points de l ’histoire traditionnelle, on
peut être certain que l’origine de ce qui est mai nt enant l'Or­
dre Rosicrucien A.M.O.R.C. se trouve dans les premieres
ecoles de mystères de la G r a n d e Fraternité Blanche. L’etude
des ecoles de philosophie et de l 'arcane sagesse des pays
orientaux avant l’ère chrétienne révèle qu'il n'y a qu 'un seul
pays où l'organisation rosicrucienne a pu prendre naissance:
17 H. S. Lewis, ibid., p. 44.
18 A part H. Spencer Lewis, nous ne voyons personne qui nous ait décrit
q u e le T em ple de Tell-el-Amarna était en forme de croix.
“ La Croix ansee n'est pas une dérivation de la Croix, elle lui est a n té ­
rieure. Elle se pro non ç ait A N K H , ce qui signifie: laniere de sandale, qui fait
vivre ou Vie. C'e tait un symbole, une c o n so n n e trilitere.
30
Ses p rétend ues origines égyptiennes font que l'A.M .O .R.C. c o nnaît ac ­
tuellem ent un succès grandissa nt.

23

l'Egypte. Même l'etudiant occasionnel de l'histoire d'Egypt e
est frappe par la probabilité de la naissance de l’organisation
dans ce p a y s 21.»
3. Une tradition de 34 siècles
Toujours, et selon le même auteur, «l'histoire de la Frater­
nité distingue nécessairement deux grandes parties. Premiè­
rement, la tradition, tout ce qui s’est transmis j u s q u ’à notre
e p o qu e de bouche a oreille et qui se voit confirmé par des references plus 011 moins précisés d ’anciens textes ou de p as ­
sages symboliques des rituels ou des enseignements. De uxi è­
mement, ce qui est vraiment historique et qui se vérifie dans
les archives des diverses branches de l’Ordr e a travers le
m o n d e » 22. Ainsi l’A.M.O.R.C. tente de prouver ses lointaines
origines égyptiennes. La tradition orale constitue-t-elle un
critere d ’authenticite? N' oub li ons pas, en effet, que les diffé­
rents Ordres rosicruciens, et surtout l’A.M.O.R.C., attachent
une très grande i mport ance à la tradition orale. Tout leur e n ­
seignement de base découle de cette pré te ndue tradition. Estil serieux de pretendre que. d ur a nt plus de 34 siecles. des se­
crets, à la fois no mbreu x et importants, se seraient transmis
de bouche à oreille et génération après génération, pour nous
parveni r pratiquement intacts a uj o ur d ' h u i ? N'est-ce pas là
une affirmation temeraire? C a r nous ne croyons pas que
cette «t radi ti on» ait pu survivre aux outrages des siècles, aux
multiples crises politiques ou religieuses q u 'a traversé
l’Egypte (nous pensons particulièrement a l'invasion arabe
de 640-642 qui a littéralement bouleverse le pays).
Encore une question: par quel miracle un Occidental, en
l’occurrence H. S. Lewis, aurait-il retrouve la «courroie de
transmission» des antiques mysteres egyptiens? D' aut ant
plus é to nn an t qu'il aurait ete initie en E u r o p e ! 23 Autrement
dit, et p our être encore plus précis, p a r quel hasard les secrets
des ph ar aon s et des pyramides auraient-ils abouti dans la ré­
gion de Toul ouse? Nous aimerions bien avoir a ce sujet des
précisions de la part de l’A.M.O.R.C.!
A cote de la tradition orale, l'A.M.O.R.C., tout comme
l'Eglise de Jesus-Christ des Saints des Derniers Jours - ou
!1 H. S. Lewis, ihid., p. 19.
H. S. Lewis, ihid.. p. 17. C'est nous qui le soulignons.
3* Supra, p. 9(v

24

M or mo n s - base ses enseignements sur des document s re p û­
tes d'origine égyptienne. L'A.M.O.R.C. justifie sa doctrine
ésoterique d' apres des «milliers d'objets a u t h e n t i q u e s » 24 qui
sont exposés au Musee Rosicrucien Oriental et Egyptien de
San José, en C alifornie.
4. La religion égyptienne est-elle une religion ésoterique?
La religion égyptienne etait-elle une religion esoterique
c om me le prétendent H. S. Lewis, mais aussi S. H u t i n 25? Un
éminent spécialiste de la question, le professeur Siegfried
Morenz, les prend carrement a contre-pied lorsqu'il écrit que
la religion des Egyptiens n'est pas une religion universelle. Met ­
tons cepend an t aussitôt cette proposition au positif en disant
qu'elle est une religion nationale. Mais il nous faut prouver le
fonde de cette affirmation dans ce qui suit; p our ce faire,
par tons de la conclusion du précèdent c h a p i t r e 26. I) y était
question de la divinité du trône et plus particulièrement du
fait que la divinité s'incarne et se mont re au peuple dans la
per sonne du roi. Cela seul d o n n e à penser que le groupe des
ad or at eu rs des dieux egyptiens se limite aux sujets du roi
d'Egypte. Cette supposition est confirmée sur deux plans, ce
qui determine l'orientation de ce qui va suivre. Elle est
confirmée par deux faits: le pays d' Egypt e est le centre de la
terre, d ont les frontières se perdent dans le vague, et les
Egyptiens sont les seuls hommes dignes de ce nom, a qui rien
ne peut être compare. Telles quelles, ces deux formules sont
sans d out e l’expression d ’une pensée primitive que le temps
a quel que peu corrige; mais elles ont fait une fois p our toutes
de la religion égyptienne une religion foncièrement nat io­
nale» 2T.
Avant d ’etre une religion spécifiquement esoterique, la re­
ligion égyptienne est avant tout une religion nationale, reservee aux seuls Egyptiens. Les étrangers n ’etaient admis aux
24 H. S. Lewis, ibid.. p. 15. Mais la vérité est tout autre. Selon un tém oi­
gnage digne de foi é m a n a n t d ’un e x-m em bre de l’A.M.O.R.C., il s’agirait
plutôt d ’un petit m usee intelligemment agence, a l’americaine, avec des
pieces declare es authen tiqu es, des copies et des m ini-reconstitutions (pyra ­
mides. etc.).
25 S. Hutin, L e s sociétés sécrétés, p. 17.
26 Cf. S. Morenz, La religion égyptienne, ch. Il, pp. 37 a 67.
27 S. Morenz, ibid., p. 69.

25

ceremonies initiatiques du temple sous auc un prétexte. La re­
ligion de l’Egypte, i ncarnée par le ph ar a on régnant, était
celle du peupl e égyptien tout entier: c’était une religion fermee, nationale, mais non pas sectaire ou elitiste. C ’était, il est
vrai, une religion teintée d ’esoterisme, une religion a mys­
tères, et non une religion à secrets.
Enfin, et surtout, nous ne voyons nulle part dans l'histoire
de l’Egypte l’existence d' «ecol es parallèles». La religion
égyptienne était loin d ’être facile; bien des énigmes subsis­
tent encore de nos jours. Vouloir récupérer l'héritage perdu
de la religion égyptienne, et ceci p a r le biais de la «tradition»
rosicrucienne, n'est-ce pas la une a ffirm ation d émago gi qu e?
C ar l’histoire de l’Egypte ancienne est une histoire unique:
elle n 'a ppart ient q u ’à l’Egypte.
5. Problèmes de chronologie
Notre exposé ne serait pas complet si nous ne m en ti on­
nions pas les probl èmes posés par H. Spencer Lewis au sujet
de la chronologie et de l'interprétation des hiéroglyphes. C ar
nous avons été frappes, abasourdi s par la précision maximale
des dates do nn ée s par l'A.M.O.R.C. Tous les historiens s’ac­
cordent a dire q u ’il est ext rêmement difficile d'établir avec
précision une chronologie des faits historiques. A plus forte
raison lorsqu'il s’agit de l'Egypte! En effet, il est très i mp o r­
tant de savoir que c'est le seul pays de toute l'Antiquité à
avoir adopt é n o t am m en t I'annee s o l a i r e 28 (et non lunaire
c o mm e cela était en vigueur chez les autres peuples). Il est
d on c très malaise, au départ, d'établi r une c on cor danc e entre
les deux types de c a le n d r i e r 211. D' aut ant plus que les Egyp­
tiens faisaient coïncider leurs chronologies avec le pharaon.
«En effet sur leurs mon ument s, les Egyptiens ne se servent
pas, c o mm e nous, d ' u n système chr onologi que unifie, d' un e
ère continue. Ils ne disent pas: «l ’an 1620, p en d an t le règne
28 L'historien Pierre C h a u n u . qui est un passionn e d 'a stro n o m ie , note très
justem e n t q u e «d es l'origine, le Nil avait d o n n e le rythme de I'annee s o ­
laire». (P. C h a u n u , Ce que je crois, p. 120. Grasset.)
29 II existe en fait trois types de calendrier. Les Egyptiens utilisaient le c a ­
lendrier « tro p iq u e » ou «solaire vrai» sur lequel etaient réglés tous les tra ­
vaux agricoles; le calendrier «fixe» ou «Siriaque» (co rre sp o n d a n t au lever
de l'etoile Sirius); le c alend rier «vague», ou c onventionnel, servant aux actes
civils.

26

du roi X...» par exemple, mais: «l'an 4 du roi X...», et a c h a ­
que nouveau regne on revient à l’an 1. Ainsi, simplement
p o u r fixer la date d ’avènement du premier roi connu en nous
servant des comput s égyptiens, il nous faudrait connaître la
durée des régnes de tous les rois égyptiens. Or, non seule­
ment nous ne connaissons pas avec certitude la durée de c h a ­
cun des régnes, mais encore aux époques troublees plusieurs
rois ont regne simultanément. Par conséquent la simple a d d i ­
tion des durees des régnés c onnu s ne peut d o n n er que de
fausses i n di cat i ons 30.» De deux choses l'une: ou bien H. S.
Lewis et ses condisciples seraient les égyptologues qui, les
premiers, auraient établi une chronologi e aussi précise que
rigoureuse, ou bien il ne s’agit que d ’une gigantesque i mpos­
ture. Car, dans l’etat actuel de nos connaissances scientifi­
ques, il est très difficile d'établi r une chronologie exacte.
Du m êm e coup, la theorie rosicrucienne s’effondre d ’elleméme.
6. La com plexité de l'écriture égyptienne
Enfin, en ce qui concerne l'écriture égyptienne, l’une des
plus vieilles du monde, elle se caractérise par son extrême
complexité. Elle se d éc omp os e en trois formes différentes:
- L'écriture hiéroglyphique, la plus connue, celle que l’on
retrouve sur les monuments.
- Celle dite hiératique, surtout empl oyée p ou r les textes lit­
téraires, administratifs ou juridiques.
- Enfin, l’ecriture demot ique, simplification de la precedente.
Ces trois systèmes d'ecriture sont très compliqués, diffi­
ciles à saisir et, surtout, a interpreter, d ’autant plus que
«l ’écriture égyptienne n ’a j amai s évolué; elle est toujours restee fidele a son principe originel et, qu oi que possédant des
signes simples, elle n ’est j amai s devenue alphabétique
c omme le phenicien, le grec et nos langues m o d e r n e s 31.» On
traduit une langue étrangère, le grec par exemple, mais on
déchiffre les hiéroglyphes! Cette anecdot e exprime bien l’extrème embarras des egyptologues. L’ecriture égyptienne est
essentiellement une ecriture pictographique, donc par es­
30 J. Vercoutter. L 'E gypte ancienne, p. 35.
31 J. Vercoutter, ihid., p. 26. C'est nous qui le soulignons.

27

sence «conc ret e»; les mots abstraits sont difficilement repré­
sentés par des signes. Il faut être ext rêmement prudent dans
le déchiffrement des caractères afin de ne pas t o mb er dans
des interprétations erronees. N' e m pè ch e que H. S. Lewis et
d'autres avec lui ont «vu» au hasard de leurs «t raduct ions»
des «écoles de mystères». C o m me n t peut-on expliquer de fa­
çon objective l’existence de telles «ecoles»? C a r en forçant le
sens de l’histoire, on t ombe à c ou p sur dans le subjectivisme,
d on c dans l’erreur. Si les adeptes de l'A.M.O.R.C. tournent
la difficulté en interprétant les signes égyptiens s ymbol ique­
ment, c’est-à-dire ésoteriquement, ne s’exposent-ils pas a une
tragique méprisé? N' oubl ions pas, en effet, que la pensée, la
culture et la théologie égyptiennes font partie d ' u n passe que
nul ne peut - et ne pourra - recuperer ou utiliser32.
U n r o s ic r u c ie n n o m m e S a l o m o n !

I. Salom on a-t-il ete en Egypte?
Le f ond at eur de l'A.M.O.R.C. n'y va pas de main morte!
Selon lui, le roi Salomon aurait ete rosicrucien! Voila ce
qu'écrit H. Spencer Lewis: « E n l'an 1000 environ avant Jesus-Christ, vint en Egypte un per sonnage dont le nom est
r apport e c omme celui de S a l o m o n 33.» Bien que l'Ancien
Test ament soit muet sur ce sujet, H. Spencer Lewis va b e a u ­
cou p plus loin lorsqu'il affirme que «les ar c hi ve s34 montrent
q u ’il est venu de l'Ouest, aurait voyage a travers de n o m ­
breux pays et franchi la mer. Tout ceci est i ndique dans le
rapport qu'il fit a la fraternité qui le quest ionna à Thebes
po u r savoir ou il s'etait rendu i mmédiat ement après son arri­
vée en Egypte en compagni e de ses esclaves (!) et de son «naj a h » (mot inconnu des traducteurs!)». Il desirait s'instruire
dans les plus hautes sciences et philosophies égyptiennes et
fut dirige sur El -Amarna avec une lettre d'i nt roduct ion de la
part de l 'i ntendant de Thebes. Il atteignit El -Amarna le q u a ­
trième j o u r de juin 999, et se présenta sous le nom de Salo­
mon, le j eun e chercheur (sic). Salomon n'acheva pas ses
32 Rene G u e n o n , lui-même, n'hesite pas a qualifier les pseudo-references
égyptiennes de la Rose-Croix com m e un «plagiai»'.
33 H. S. Lewis, ibid.. p. 53.
34 de l'A.M.O .R .C., na turellement!

28

etudes, car l'on rapporte q u ’il quitta El-Amarna «avant le
quat ri ème examen». Il laissa à ses fratres et sorores une nette
impression d'a mo ur , de sagesse et de vertu et tous furent cha­
grines de l’annonce soudai ne de son d é p a r t 35.»
Plus loin, le premier Imper at or de l'A.M.O.R.C. écrit: « Sa­
l omon semble avoir été e nor me ment influencé, a Thèbes et a
Bubastis, par la religion d ’Am on et il conclut une forme de
religion philosophique qui était un mélange de monotheisme
et d'idolâtrie égyptienne. Le soleil ne devint plus p ou r lui
qu e le simple symbole de Dieu: c ’etait l'esprit vital vivant de
Dieu, et, bien que n ’étant pas Dieu, il était le corps etherique
de Dieu. Ceci semble indiquer que Salomon concevait Dieu
premi èrement c omme un être personnel, au lieu d'impersonnei, c o mm e l’enseignaient les rosicruciens, et deuxièmement
dou bl e: corps et esprit, Pere et Sai nt -Es pr it 36.»
Enfin, H. Spencer Lewis conclut: « Ci nq ans après que Sa­
lomon eut commenc é son regne en Palestine, il y acheva de
bâtir un Temple, destine a abriter une «société» ou fraternité
telle que celle q u ’il avait découverte à El-Amarna. Un exa­
men des plans et des vues en co up e de ce qui est cite sous le
nom de temple de Sal omom mont re non seulement qu'il est
typi quement egyptien, par son architecture et sa décoration,
mais aussi q u ’il fut copié sur le temple mystique d ’EIAmar na, même p o u r l'empl acement de l’autel, a l’exception
près que les structures latérales, qui donnai ent au bâtiment
d'origine la forme d ' un e croix, furent eliminees sur les plans
de Salomon. Il reçut l'assistance de deux hommes qui avaient
voyage en Egypte, comme architecte et artiste: Hu-ram-abi
de Tyr et un n o m me Hiram A b b i f 3'.» Nou s sommes là en
presence d ' u n e falsification de l'histoire. S'il est vrai que Sa­
l omon a épousé la fille d' un p ha r ao n (I Rois 3: 1), par contre,
il n'a j amai s séjourné en Egypte. L'Ancien Testament est for­
mel a ce sujet: le roi Sal omon n ’a j amai s été membre d'une
société secrete ou de quelque «Fraternité». H. Spencer Lewis
ent reprend ici une perilleuse d émar ché: faire parler les si­
lences de la Bible! Autant dire tout de suite que son entre­
prise ne peut être q u ’un tissu d'erreurs et de mensonges.
Nous constatons, avec regrets, que l'autorite et la pleine suf35 H. S. Lewis, ibid., pp. 53-54.
36 H. S. Lewis, ibid., p. 54.
37 H. S. Lewis, ibid., p. 55.

29

fisance de la Parole de Dieu sont bafouées par les rosicru­
ciens.
2. Le Temple de Salom on
Le Templ e de Sal omon etait-il destiné à abriter la « F r a t e r ­
nité de S a l om o n» ? Fut-il copie sur celui de Tell-el-Amarna?
Pour nous, chretiens, ces questions ne se posent même pas!
C ar la Bible ne nous laisse a uc un e zone d ' o mb re au sujet de
l’édification du premier t emple de Jérusalem. En effet, n ’i m­
porte quel lecteur c o m pr e nd ra sans peine que le Templ e de
Sal omon était destine à rempl acer définitivement le «Temple
portatif», c’est-à-dire le Tabernacle.
Le Templ e de Sal omon, com me nc é la quat ri ème annee de
son régne, fut acheve sept ans et six mois plus tard. Par r a p ­
port au Tabernacle, ses di mensi ons etaient doubles. Il est i m ­
portant de se rappeler que le Tabernacle, véritable sanctuaire
mobile, fut construit par Moïse d ’après le modèl e que Dieu
lui c om m u n i q u a ( Exode 25: 9, 40: 26: 30; 27: 8). Son exécu­
tion, réalisée par Moïse lui-méme, fut conf orme â tout point
de vue a la volonté de Dieu: la fantaisie hu ma in e n'avait pas
cours dans la réalisation de cet ouvrage qui était, précision
intéressante, l'image et l’o m br e du s anctuaire celeste. En
gros, le plan du Tabernacle se divisait en 3 parties:
- Le parvis, ouvert à tous, qui comprenai t l’autel des ho l o­
caustes et la cuve d ’airain. C ’était le lieu des sacrifices et des
purifications.
- Le lieu saint avec la table des pains de proposition, le
chandelier, l’autel des parfums.
- Le lieu très saint dans lequel se trouvait l’arche de l'al­
liance avec les deux tables de la loi. Le souverain sacrifica­
teur, une fois l’an, y déposait le sang expiatoire, offert p our
tous les pèches du peupl e (Exode 25: 17; Levitique 16:
14-16).
3. La spécificité du culte levitique
Le culte lèvitique se distinguait f ond ame nt al em en t des
cultes païens en ce sens q u ’il était totalement nouveau dans
sa forme c omme dans son esprit. Tout c o mm e le christia­
nisme a uj ourd' hui, il s'agissait d ’un culte révélé, d ’essence
strictement monothéiste. En effet, Moïse reçoit directement
de Dieu toutes les instructions qu'il met aussitôt en pratique.
30

Ainsi il n'y a au cu n intermédiaire humain, mis a part Moïse
bien sur, dans l’élaboration du culte levitique. Le Tabernacle,
et plus tard le Temple de Jérusalem, seront construits en
fonction de ce culte. Mais là se situe une différence f o n d a ­
mentale entre le culte mosaï que et la religion égyptienne:
d ’une part, il est question d ' u n monothéisme, c’est-a-dire du
Dieu unique createur et r e de mpt eur et, d ’autre part, d ’une re­
ligion polytheiste et occulte. Du fait même de la nature di a­
métralement o pp os ée de ces deux religions, il est difficile­
ment concevable que les temples puissent être de conception
identique. Tandis que le Temp le de Jérusalem, lui, est a b s o ­
l ument semblable au Tabernacle, H. Spencer Lewis, et
d ’autres après lui, semblent ignorer le rapport de similitude
qui existe entre le Tabernacle de Moïse et le Temple de Salo­
m o n ; de même l’A.M.O.R.C. ne semble pas attacher trop
d ’i mport ance aux contradictions d ’ordre cultuel qui sont, ce­
pen da nt, reelles entre Israël et l’Egypte. Lorsque les rosicru­
ciens identifient et mettent sur le même pied les temples de
Tell-el-Amarna et de Salomon, c ’est p o u r essayer de justifier
la filiation de la religion égyptienne a celle de Salomon. La
faiblesse de l’ar gument at ion rosicrucienne réside dans une
dialectique plus que douteuse, dans l’absence de document s
ar chéologiques ou historiques s uffisamment objectifs et s ur­
tout dans l’interprétation radicale des silences de l’histoire
c omme de la Bible. C herc her à modifier les textes bibliques,
« c ’est d o nc en fait substituer au seul véritable d ocument que
nous avons le résultat d 'u n travail de devinette, q u ’aucune
autorité ne peut justifier» -18.
4. A propos d ’architecture...
Q ua nt à la pretendue analogie architecturale des temples
de Tell-el-Amarna et de Jérusalem, il semblerait que H. S.
Lewis, sans doute aveugle par sa passion, ait fait passer ses
désirs avant la realite! C a r n ’importe quel archéologue serieux d ém on t re r a sans peine la différence de conception des
temples en question. De même, c o mm e nous l'avons déjà
souligne plus haut, les egyptologues et les theologiens recon­
naîtront, eux aussi, sans difficulté, que les cultes egyptiens et
Ievitiques étaient, par nature, totalement opposés. Cette dif3* K. A. Kitchen, Traces d'un m ande, p. 87. C'est nous qui le soulignons.
31

ference s’explique aisement: d 'u n côte une religion païenne,
polytheiste, ritualiste, symbolique, mystérieuse, un clergé très
puissant et reservè uniquem ent au peupl e égyptien. Le temple
egyptien tout c o mm e les temples païens se subdivisait en 3
parties: la première était publique, la seconde était accessible
m o yen nant certaines conditions tandis que la dernière, la
plus importante, était un endroit secret, c om po s é de multi­
ples salles et au milieu desquelles se trouvait la statue du
dieu. Toutes les ceremonies rituelles avaient lieu uni quement
dans ce sanctuaire secret.
D' u n autre côte, avec le t emple de Salomon, nous nous
t rouvons dans une perspective tout a fait différente. Bien que
celui-ci soit subdivise aussi en trois parties, il faut cepend an t
noter que le lieu public, c'est-a-dire le parvis, est grand par
rapport au lieu saint et au lieu très saint; re ma rqu on s aussi
que le peupl e pouvait participer pl einement a la vie cultuelle,
no ta mm en t en ap po rt ant l’offrande â l'Eternel (holocaustes,
offrandes, sacrifices d ’action de grâce, etc.). L’essentiel de la
vie cultuelle, p our ainsi dire, se déroulait devant le peuple
tout entier reuni. Qu ant au rôle des sacrificateurs, il est suffi­
s amment explicite dans les livres de l'Exode et surtout du Lévitique.
5. Une prom esse offerte à tous: le salut
Néanmoins , il nous est a p pa r u utile d ’a pp or te r quelques
précisions au sujet des levites et des sacrificateurs. Leur mi ­
nistère n ’avait rien de secret en lui-meme. Le service religieux
n ’etait pas ritualiste, encore moins symbolique ou esoterique,
mais il se caractérisait surtout par sa sainteté. En effet, on ne
se présentait pas i ndignement devant l'Eternel sous peine
d ’une grave punition. Cette mise en garde s'adressait naturel­
lement au cierge levitique, mais aussi au peupl e d'Israël dans
son ensemble et même a l’etranger! Le Templ e n ’etait pas, en
effet, reserve aux seuls Juifs. L’aut eur du livre des C h r o n i ­
ques n ’hesite pas a ecrire: « Q u a n d l’etranger viendra d' un
pays lointain, à cause de ton grand nom, de ta main forte et
de ton bras etendu. q u a nd il viendra prier dans cette maison,
exauce-le des cieux, du lieu de ta demeure, et accorde a cet
étranger tout ce q u ’il te de ma nd er a, afin que tous les peuples
de la terre connaissent ton nom p ou r te craindre, c omme le
peupl e d'Israël, et sachent que ton nom est invoque sur cette
32

maison que j ’ai bâtie» (Il C hr on iqu es 6: 32-33). Qui a p r o ­
noncé ces extraordinaires paroles prophéti ques? Ce n'est
autre que Sal omon lui-mème! Il s ’agit en effet de sa prière de
dédicacé du Temple de Jerusalem. N ’en deplaise a la RoseCroix. les paroles de Sal omon sont d ’une portée cons idér a­
ble, universelle et cosmique: la construction du Templ e coï n­
cide avec une formidable promesse, celle de l'accès des
étrangers, d on c des païens, à la vraie foi. Le culte du vrai
Dieu ne sera d o n c pas réserve aux seuls Israélites, mais
ét endu aux étrangers. Désormais, le salut sera offert à qu i­
co n qu e ; personne n ’en sera exclu. La proclamation du mes­
sage du salut sera d o nc universelle, c’est-à-dire que tous les
ho mmes de quelque condition ou race q u ’ils soient pourront
ent endre en des termes clairs et compréhensibles l’essentiel
de l'oeuvre du salut.
Ainsi donc. Salomon avait prophétisé l’universalité de
l'enseignement relatif au salut. Quelle contradiction flagrante
avec la doctrine rosicrucienne èlitiste et sectaire. Et comment
expl iquer que si Salomon avait été effectivement membre
d 'u n e société secrète, il aurait pu p r on on cer ces paroles qui,
il faut le dire, n ’ont rien qui puisse rappeler, de près ou de
loin, l'èlitisme esoterique. D'ailleurs, l’architecture même du
Templ e laissait presager une extension du peupl e de Dieu et
même le sacerdoce universel de tous les croyants. Une premiere etape sera franchie avec la synagogue. En effet, le p e u ­
ple des fidèles se trouvait rassemble a u to ur du pupitre d u ­
quel n'i mport e quel membre de la c om mu n a u t é de sexe mas­
culin, âge au moins de 12 ans, pouvait prendre la parole et
expliquer la loi et les prophètes.
Avec l’avènement du christianisme, la synthese des formes
architecturales du Templ e et de la synagogue va, en quelque
sorte, se réaliser avec celle de l’église. Les croyants de la n o u ­
velle alliance sont ainsi invités a aller au-delà du parvis (ceci
par r apport au Temple), et m êm e plus loin que la synagogue
(vie religieuse uni quement réservée aux hommes). La c o m ­
mu na ut é tout entiere, c’est-à-dire l’ensemble des croyants, est
rassemblee par le Christ a u to ur de sa parole. Dans l’attente
du retour du Ressuscité et d an s la c o mm u ni o n fraternelle, le
bapt ême et la cène, signes de la nouvelle alliance et du
Royaume a venir, donnes par le Christ a son Eglise, sont cé­
lébrés afin de manifester au m o n d e la présence et la gra ndeur
33

de l'oeuvre de Dieu. Ainsi donc, le baptistère, de même que
la table de c ommu ni on , sont des lieux parfaitement accessi­
bles à tous les membres de l'Eglise. Désormais, les chrétiens
ont par la foi en Jesus-Christ accès au lieu saint et même au
lieu très saint ( Hebreux 10: 19).
Ainsi du ra nt l'histoire, nous discernons toute une évol u­
tion de la piete et de la foi au vrai Dieu a travers des c o nc e p­
tions architecturales et des édifices religieux. Du temple a
l'eglise chrétienne et en passant par la synagogue, il y a en ef­
fet une constante ouverture de la prise en charge de la c o m ­
m un au té par l'ensemble des croyants. Aut rement dit. il n'y a
pas de cierge privilégié par rapport au la'icat: il en est de
même entre les juifs et les païens, et aussi entre les hommes
et les femmes! L'Eglise est d o nc le nouveau peuple de Dieu
et ses membres, véritables pierres vivantes, sont déjà citoyens
du Royaume de Dieu, c'est-a-dire qu'ils sont au bénéfice
d ' u n e relation personnelle el aut hent i que avec Dieu, leur
Pere celeste.
La tentative de récupération de Sal omon par l'A.M.O.R.C.
se solde ainsi par un fiasco. Nulle part, en effet, la Bible, p a ­
role de Dieu, n'affirme que Sal omon aurait ete membre
d ’une société secrete. Mieux, sa priere de dédi cacé du T e m ­
ple de Jerusalem ne laisse aucun dout e: celle de l’entree d ’un
plus grand nombre d ’hommes et de femmes dans le
R oyaume de Dieu. Nous sommes loin du sectarisme rosicru­
cien! Nous aur on s l'occasion d ’a p p r o fo n di r cette question au
chapitre neuvieme lorsque nous parlerons de l’organisation
des ordres rosicruciens.
P y t h a g o r e et P lo t i n r é c u p é r é s

I. Pythagore el le pythagorism e
Rien n'arréte H. Spence r Lewis et l’A.M.O.R.C.! Apres
l'Egvpte et Salomon, voila le philosophe et mathématicien
grec epingle au tableau de chasse de la secte rosicrucienne
qui affirme, toujours avec serieux. que Pythagore aurait ete
en son temps rosicrucien! H. S. Lewis nous d o n n e ici sa pro­
pre version de la \ i e de ce personnage: «Pythagore naquit a
Samos. le 26 novembre 582 avant J es us -C hr is t 3<). Il entra
1,1 Adm irons une fois de plus la légendaire précision de la chronolo gie de
H. S. Lewis!

34

dans l'Ordre a T h e b e s 40, le 2 avril 531 et. après avoir passe
par toutes les initiations et subi tous les examens, entra dans
les llluminati. le 16 octobre 5 29 41, puis s'en alla aussitôt à
Crot one. en Italie, porteur de j oyaux et de documents, pour y
fonder une G r a n d e Loge. A cette é poque , il existait en Italie
un petit no mbre de ce qu 'o n appelle les cultes secrets et lors­
que Pythagore co mm en ça a p ro mul guer ses plans et admit
que les femmes pouvaient non seulement devenir membres
mais aussi remplir une fonction, il attira l'attention des p e n ­
seurs les plus avances de l'epoque. Thea non , femme de Py­
thagore. fut p en da n t trois ans l’un des principaux officiers.
La G r a n d e Loge finit par c ompo rt er 300 freres et soeurs et
établit de nombreuses chartes po u r les loges locales de l’Ordre dans toute l 'It al i e42.» Tout naturellement, les prétendues
archives de l'A.M.O.R.C. cont iendraient les document s qui
prouveraient la filiation de Pythagore a l'Ordre. Et comme
par un p ur hasard, ces «archives» n'ont j amai s ete presentees
au grand public, et encore moins aux savants et autres cher­
cheurs.
La vie de Pythagore demeure, en effet, p our tous les histo­
riens ou philosophes un sujet de recherche constante. La
principale difficulté a laquelle se heurtent les savants est de
distinguer ce qui appartient en propr e a Pythagore de ce qui
provient du pythagorisme qui était, ne l'oublions pas, une
secte politico-religieuse. Pythagore, phi los ophe mystique,
s’intéressait aussi aux mathémat iques, a la musique et à bien
d'autres choses encore. C'etait vraiment, ce qu'il convient
d'appeler, un esprit universel.
H.
S. Lewis, lui, ne retient de la vie de Pythagore que son
côte mystique. Jean Brun, professeur de philosophie a l'Universite de Dijon et a ut eur de no mbreux ouvrages, a très bien
analyse les caractéristiques de l'ordre pythagoricien: «Le re­
crutement des adeptes était fait avec soin selon le visage, la
démarche, les habitudes et les penchant s des candidats. Une
premiere initiation durait de deux à cinq ans et comprenait
des epreuves. Le novice était soumis à l’epreuve du silence, il
* O rd re de lu Rose-C roix, bien entendu.
11
Pythagore devait etre un eleve fort d o u e : a pe ine deux ans et demi p o u r
parvenir au grade d '« lllu m in a ti» , alors que de nos jours, il faut en m oyenne
quinze a vingt ans!
H. S. Lewis. Histoire complété île l'ordre de Iti Rose-Croix, p. 57.

35

se bornait à ecouter les leçons du maître sans d e m a n d e r une
explication. (...) Puis les neophytes passaient au rang desmathemat ici ens et, affranchis du silence, ils devaient e n­
seigner. Enfin venaient les physiciens qui étudiaient les p h é ­
nomènes de la nature. Les femmes etaient admises dans
l'ordre. (...) La secte présente tous les caractères d' un ordre
monas ti que: p ro m e n a d e et priere le matin, jeûnes fréquents,
interdiction de toute nourrit ure animale, interdiction de
tout sacrifice religieux, enfin interdiction de manger des
fèves p our un mot if qui n ’a j amai s pu être véritablement
é lu c i d é 43.»
2. Y a-t-il des points com m uns?
Une question se pose: peut-on parler de similitude entre
l'ordre pythagoricien et celui de l'A. M.O. R.C.? En dépit de
quel ques points c o m m u n s 44 (degrés, admission des femmes),
il y a de très notables différences, n ot am me nt dans l'organi­
sation. Par ailleurs, il est i mport ant de souligner que les buts
ne sont pas identiques, en particulier dans le d o m ai n e politi­
que. L'A.M.O.R.C. poursuit-il des objectifs politiques? Alors
pourquoi H. S. Lewis recupere-t-il Pythagore, l’ordre p y t h a­
goricien et le pythagorisme? La, il ne faut pas chercher trop
loin. Le fon da te ur de l’A.M.O.R.C., toujours c omme a son
habitude, spéculé sur l’histoire a son profit. En effet, a l' ép o­
que de Pythagore, le mot «R os e-Croi x» n ’existait pas, ni ce­
lui de « G r a n d e Loge», ni encore moins celui d ’«Illuminati»,
etc. H. S. Lewis veut, par ses idees, rendre plausibles ses
theories et creer ainsi par tous les moyens le «climat», l’«ambiance»...
Ainsi, et s a n s p o u r a u t a n t e n t r e r d a n s les d étai ls, n o u s c o n s t at o n s ,
u ne fois d e plus, q u e l’histoire, et p l u s p a r t i c u l i è r e m e n t l’histoire
a n t i q u e , a p p a r t i e n t a l ' A . M. O . R . C . C a r il s e m b le r a i t q u e H. S p e n c e r
Lewis i gnor e q u e la vie et la p h i l o s o p h i e de P y t h a g o r e sont , q u ' o n le
veuil le o u n on , d ' u n e a p p r o c h e très difficile, d ' a u t a n t plus difficile
q u e les dis ci pl es d u p h i l o s o p h e n ' o n t pas, semble-t -i l, suivi en t ous
p oi n t s la voie de l eur maî t r e et q u ' e n o u t r e , il est très ma l a i s é d e de45 J. Brun, Les Présocratiques, p. 27, Que sais-je?, 1973.
44 L'A.M.O.R.C’. avait en son tem ps institué le «silence im pose» a ses
mem bres. Mais après un essai difficile de 18 mois environ, R aym ond Ber­
nard, alors G ra n d -M a ître , décida de le supprim er.

36

finir ce q u ' e s t le p y t h a g o r i s m e 45. M e m e Aristote, ne e nv i r on 200 a ns
a p r è s lui. hesite a p r o n o n c e r s o n n o m et, a plus forte rai son, a d i f f é ­
re nc i er ce qui est d e P y t h a g o r e l u i - m è m e d u p y th a g o r i s m e . Alors, et
a u n o m de quel s critères, l ' A . M . O . R . C . pa r v i en t a c o m p r e n d r e l ' i m ­
br ogl i o p y t h a g or i c i e n ? C o m m e n t se fait-il q u e H. S. Lewis, qui était
moni st e, pui s se se r e c l a m e r de P y t h a g o r e qui, lui, était f on c i è r e m e n t
d ua l i s t e ? A v ouons - l e, n o u s a i m e r i o n s bi en a v o i r des écl a i rci sse­
me n t s d e la part des h a u t s d i g n i t a i r e s de l' A. M. O. R. C. . .

3. A propos de Plolin
Le phil osophe grec et al exandri n Plotin ne fait pas partie
de la liste des philosophes étudiés da ns le 5e degré. N é a n ­
moins, sa pensée est présente tout au long des enseignements
initiatiques de l’A.M.O.R.C. C'est la raison pour laquelle
nous nous permettons de l'inclure ici, bien q u ’il soit un phi ­
l osophe de l’ère chrétienne.
Plotin, ne pr obablement en Egypte en 205 après JèsusChrist et mort en 270 en C a m p an i e, sans doute citoyen ro­
main, a etè l'un des plus brillants phi losophes neo-platoniciens. La pensée de Plotin est un modele du genre. S’inspi­
rant de Platon il parvient à integrer dans son systeme phi lo­
s ophi que l’esoterisme de Pythagore, l’idealisme de Platon, la
pensée d'Aristote, celle des stoïciens de même que celles des
autres courants postérieurs ainsi que les religions à «mys­
tères»! Bref, il s’agit la d ' un e vaste synthèse philosophique
qui aura plus tard une éno rme influence sur le christianisme
c omme sur l’èsotèrisme.
Le maître à penser de Plotin fut Amoni os Saccas, le « fon ­
dat eur» de l'ecole neo-platonicienne. Il passa onze années
avec lui. puis s'établit en 247 a Rome. La, sous la protection
de l 'emper eur Gallien, il enseigna sa doctrine philosophique.
C ’est da ns la ville impériale q u ’il rencontra Porphyre qui d e ­
viendra son disciple. C ’est celui-ci qui publia son oeuvre
sous le nom de Enneades. Cette oeuvre repose principale­
ment sur trois points:
Tout procédé de l’Un. Reprenant les Idees de Platon.
Plotin y rajoute celle de l’Un qui serait même supérieur au
Bien. L’Un serait d on c le principe premier en même temps
4! Le pythagorism e est pa r essence très ambigu. Les traditions anciennes
placent, en effet, cote a cote un Pythagore vegetarien et un Pythagore aim ant
la nourritu re carnee! Ou est la vérité?

37

que le principe de l'étre. il serait do nc placé infiniment plus
haut que l'intelligence ou l’Ame. L’Un étant l'unite absolue,
alors toutes choses procèdent de l’unite. Du fait que l’Un est
l'Absolu, il n ’a d on c besoin de rien et il se suffit à lui-mème.
Toutes choses, y compris l’intelligence, l’Ame et le mo nd e
sensible procèdent de l'Un. Ainsi l 'Un serait une sorte de d i ­
vinité, à la fois ineffable et i nconnue. Personne en effet ne
peut lui d o n n e r un nom.
- Da ns la réalité de l'Un, l'intelligence procédé de l'Un et
l'Ame de l'intelligence. L' Un est divin et tout ce qui procède
de lui, c'est-a-dire l'intelligence et l'Ame, le sont tout autant.
Pour en arriver là. Plotin a hiérarchisé tout son systeme phi ­
losophique. Tout en haut de l’echelle, il y a l’Un; de là p r o ­
cédé l'intelligence qui, elle, est supérieure a l'Ame univer­
selle. En d es cendant plus bas, nous y t rouvons l’âme, c'est-adire l 'homme, qui ne serait q u ' u n segment de l’Ame univer­
selle. Ainsi, l’àme individuelle n ’est q u ' u ne partie de l'àme
universelle. En conséquence, l'Ame universelle tirerait son
origine d 'u n principe qui lui serait supérieur: l'intelligence.
Si l'âme est intelligente, c ’est parce qu'elle procédé de l’i ntel­
ligence.
- L'Ame h um ai ne peut s’evader du corps par l'extase.
C hez Platon, la connais sance de l’abstrait par la seule met h ode dialectique ne suffit pas. Connaî tre l’Un serait, selon
Plotin, une chose possible. Seule r ex/ave religieuse pourrait
permettre a l’àme, qui est d'origine divine ne l'oublions pas,
d 'a ccé der a cette connaissance suprême. C ar l’âme s’est eloignee de Dieu et elle a perdu le contact avec l’Un. Par l’ex­
tase, l'àme peut faire un «séjour» dans une région où la
connaissance et le b o n h e u r sont parfaits.
Ainsi, la philosophie de Plotin, qui est d ’essence m ét ap hy ­
sique, se caractérisé par le postulat de l’Absolu. L'Absolu se­
rait donc le but ultime à atteindre et pourrait être touche par
le moyen de l'extase. L'aspect mystique de sa phi losophie est
évident et c'est la raison p ou r laquelle l'A.M.O.R.C. s'est e m­
presse de recuperer totalem ent s a pensee. No u s aurons l'oc­
casion de mettre en parallele certains des enseignements du
p hi los ophe avec ceux de l'A.M.O.R.C., mais aussi de nous
rendre compt e q u ’il y a de sensibles différences, not amment
au niveau des expériences «mystiques». Plotin était un mysti­
que qui cherchait sincèrement la vérité: les membres de
38

l'A.M.O.R.C., eux, se disent mystiques, en fait ils pratiquent
la magie et l'occultisme. Déplorons, une fois de plus, le m a n ­
que de scrupule et d'originalité de l'A.M.O.R.C. qui n'hesite
pas a reprendre a son compt e toutes les philosophies d ' a ut re ­
fois et surtout a t ro mper ses adeptes. C a r le candidat des p re ­
miers degrés croit a pp re ndr e dans les monographi es une phi­
losophie nouvelle; en realite l'A.M.O.R.C. ne leur sert que
du «réchauffé» avec des « co n di me nt s » rosicruciens!
L es E sséniens

L'A.M.O.R.C. ajoute encore à ses prétendues origines
égyptienne et pythagoricienne celle des esséniens. Dans son
Histoire complète de l ’Ordre de la Rose-Croix, H. Spencer Le­
wis n ’hésite pas à dire que les esséniens etaient une extension
de la G r a n d e Fraternité Blanche. «Les Esséniens, écrit Fl. S.
Lewis, constituaient la branche de ceux qui s’étaient rendus
en Palestine et y avaient ad op t é un n om distinct afin de voi­
ler le travail préliminaire de la Fraternité.. .»46! Nous nous
t rouvons la devant une autre falsification de l’histoire. Et
cette fois-ci la ficelle nous paraît un peu grosse: les Esséniens
étaient-ils des «mystiques», des «illuminati» au sens rosicru­
cien A.M.O.R.C., bien ent endu, ou tout simplement des dissi­
mul at eurs? C ar nous ne croyons pas que la secte des esséniens en cachait une autre. La découverte des manuscrits de
la mer Morte prouve que les esseniens était une secte j u d a ï ­
que et non mystico-rosicrucienne.
Les quelque 600 manuscrits de Qu mr a n, découverts en
1947, nous revelent l’organisation et la piete des esseniens.
C ’était une secte ascétique et mystique, issue du judaïsme,
qui fut au début de l'ére chrétienne très active, no tamment
sur le plan religieux.
Ce qui nous interesse ici en priorité, c'est non seulement la
doctrine, mais aussi l’organisation interne de la com mu na ut é
de Qu mr an , et qui sont fort bien explicitées dans les écrits de
la secte. Les Hymnes, la Réglé, le Règlem ent de la Guerre et
Y Ecrit de D am as nous font co mp re n dr e quels etaient sa
structure organique, sa doctrine et ses rites.

J" H. S. Lewis, ibid.. p. 63. C'est n ous qui le soulignons.

M

1. Q uelques poin ts d e doctrine

Les esséniens, tout c omme l’A.M.O.R.C. aujourd' hui,
croyaient faire partie d ' un e elite spirituelle. Ils croyaient
qu'ils avaient reçu la vérité et q u ’elle avait été révélée à un
personnage, mystérieux du reste, ap pelé « Maî tre de Justice».
Doué de la « C onn ai s san ce », c’est-à-dire de la c o m pr é h en ­
sion du sens caché des Ecritures, celui-ci aurait transmis son
savoir aux membres de la secte. En d'autres termes, seuls les
élus qui sont à la fois des initiés pouvaient recevoir l’ensei­
g nement du «Maî tre de Justice». La doctrine essenienne était
fortement impregnee de gnosticisme. La C o m m u n a u t é avait
reçu en dépôt la révélation des «Mystères», appelée «Mys ­
tères de Di eu» ou encore les «Mysteres de la Connaissance».
Seuls les membres fidèles de la c om mu n a u t é avaient le droit
d ’accéder à cette « Co nn ai s sa nc e véridique». Qu ant à la na­
ture de l’enseignement pr opr e me nt dit qui était dispensé par
les supérieurs de la C o m m u n a u t é , elle est, à vrai dire, très
complexe. Né anmo in s, nous savons que l'eschat ol ogie4' oc­
cupait une gra nde place dans leur enseignement. Les esseniens, en effet, at tendaient avec i mpatience l’avenement du
règne de Dieu. Un Messie, que certains manuscrits esséniens
identifient au «Maî tre de J u s t i c e » 48, devait rétablir la justice
dans le Monde.
Si le m e s s i a n i s m e est le trait d o m i n a n t de la d o c t r i n e essenienne,
il ne faut p a s p o u r a u t a n t négl i ger le reste. Les e s s e n i e n s c r o y a i en t a
l ' exi st enc e de d e u x « E s p r i t s » , celui d u « B i e n » a p p e l é « P r i n c e des
l u m i e r e s » et celui d u mal « P r i n c e des t é n è b r e s » . C e s d e u x « E s ­
pri t s» a n t a g o ni s t e s t r a n s f o r m e n t le M o n d e e n u n i m m e n s e c h a m p
de bataille. Ma i s il s e m b l e r a i t q u e ces d e u x « E s p r i t s » n ' é t a i e n t pas
des d i e u x du Bien et d u Mal . C e p e n d a n t , l' ex i st en c e d e ces deux
« E s p r i t s » m o n t r e bi en q u e la d o c t r i n e e s s e n i e n n e était d u a l i st e et
n o n m o n i s t e c o m m e c' est le cas p o u r l ' A . M. O . R . C . U n a u t r e point
de do c t r i n e , celui d e la p r é d e s t i n a t i o n , était e n s e i gn e a v e c b e a u c o u p
de for ce p a r les p r ê t r e s d e la secte. La e n c or e , c o m m e n t se fait-il que
l ' A . M . O . R . C . pui s se se r é c l a m e r des e s s e n i e n s a l o r s q u e l ' or ga n i s a ­
t i on r o s i c r u c i e n n e est v i o l e m m e n t o p p o s e e a la d o c t r i n e d e la pré­
d e s t i n a t i o n ? Enfi n, u n e a u t r e d o c t r i n e i m p o r t a n t e p o u r les esse­
niens , m a i s rej etée p a r l ' A. M. O . R. C . , est celle d u j u g e m e n t d e Dieu:
les élus a u r o n t la vie e t er n e l l e t a n d i s q u e les «fils de Belial» ser ont a
Ou doctrine de la fin des temps.
48 D o nt I' Ecrit de Damas.

40

t out j a m a i s ext er mi nes . Ce t t e d o c t r i n e dit e « d e la r é t r i b u t i o n » ne
c o r r e s p o n d d o n c a b s o l u m e n t p a s a v e c celle d u Karma. N o u s a v o n s
la u n e p r e u ve q u e l ' A. M. O . R. C . , qui se r e c l ame d ' o r i gi n e s a n ­
ciennes, est en fait un t out a u t r e m o u v e m e n t ave c ses d oc t r i n e s p r o ­
pres. C a r l ' A. M. O . R. C . , di s o n s- l e f r a n c h e m e n t , est un des p r o d u i t s
de la t h e o s o p h i e et d e la t r ad i t i o n o ccul t e, et n o n de l ' essenisme.

2. L'organisation interne
Les c o mm un au t és esséniennes étaient principalement ré­
parties dans le désert de J ud a et dans les environs d ’EnGuédi. C ’etaient des c o m mu n au t és «fermees», séparees du
mo nd e exterieur. La vie austère, la moralité exemplaire,
l’abstention du mariage, le rigorisme par ra pport a la Loi ca­
ractérisaient l'esprit c o m mu n au t ai re qui régnait dans ces dif­
férentes colonies m o na s t i q u e s 49. La vie de ces communaut és,
son organisation en particulier, ne ressemblait pas de près ou
de loin aux cout umes ou traditions de l'ordre rosicrucien
A.M.O.R.C. de nos jours. Il y a certes quelques similitudes,
mais a uc u ne n ’est le reflet exact de ce qui se passait aut re­
fois. L’entree dans la c o m m u n a u t é de Qu mr an n ’était pas
chose facile: il fallait passer p ar une periode de p o s t u l a t 50
d' une année suivie par une autre période de noviciat de deux
ans. S’ils étaient admis, les membres devaient alors mener
une «vie sainte et droite» et aussi devoir obéissance a leurs
supérieurs hiérarchiques. Les membres de la co mm un au t é
etaient classés en «justes», «saints», «pauvres», «convertis»
et «penitents». Ces classes n'etaient pas à propr ement parler
des grades: seules l'intelligence et la perfection de sa
conduite, et non les progrès initiatiques, permettaient â c h a ­
que m emb re d'être mieux classé. Dans le cas contraire, une
faute avait p our conséquence de le faire ré tr o gr ad e r51. Un
Conseil de douze membres auquel s'ajoutaient trois prêtres
déterminait chaque annee un reclassement ou le déclasse­
ment de chacune des personnes a pp a rt en an t a la c o m m u ­
nauté. Ainsi, le f oncti onnement de l’organisation etait-il lar40 D ans ce cas précis, nous som m es très loin des principes et des pratiques
professés pa r l'A.M .O.R.C.
50 L'A.M .O .R .C. a lui aussi les degres de « n e oph yte » et de «postulant».
Mais la s'a rrête la c o m p a raiso n : les esseniens. eux, ne payaient pas de coti­
sations et ne s'a d o n n a ie n t pas a l'occultisme.
51 Est-ce que l'A.M .O .R.C. pratique la rétrogradation de ses m em bres infideles?
41

gement tributaire d ' u n e hiérarchie sacerdotale très puissante.
Le cierge était en effet la classe p ré do mi n an te dans l’organi ­
sation essénienne.
La doctrine, la spiritualité et l'organisation des esséniens
étaient, pourrait-on dire, uniques en leur genre. Il ne semble
pas q u ’ils pouvaient s'identifier avec d'autres groupes ou
co mmun au tés . D'ailleurs, et l'histoire le prouve, les esséniens
di sparurent c ompl èt ement de la scène après la prise de J é r u­
salem par Titus en 70.
3. L A .M .O .R .C . descend-il des esséniens?
Les esséniens, nul ne le conteste, etaient des mystiques.
Leur piete, revélee par les rouleaux de Qu mr a n, était celle
que le «Maître de Justice» leur avait donnée. L’A.M.O.R.C.,
de son côté, pretend être un ordre mystique qui, de plus, re­
vendi que une affiliation essenienne. H. Spencer Lewis, dans
son livre La vie m ystique de Jésus, soutient cette thèse.
Selon des «archives» rosicruciennes, les e ss eni ens 52 se­
raient des descendant s de la G r a n d e Fraternité Blanche qui
auraient pris ce n om a Alexandrie avant de partir dans les
pays limitrophes de l'Egypte. L’A.M.O.R.C. soutient aussi
que Jésus et Marie faisaient partie de la secte, ce qui a été t o ­
t alement infirmé grâce aux dernieres recherches bibliques.
La bra nch e «pal est ini enne» se d éveloppa petit â petit.
C ho se curieuse: tous les esséniens étaient de « pur e des cen ­
danc e aryenne»! C ’etait, si l’on en croit H. S. Lewis, des gens
parfaits, ou presque. Naturel lement tout candidat, aryen precisons-le, qui désirait entrer chez les esseniens devait subir
toutes les epreuves de l'initiation. Mais ce qu'il y a de mieux,
c’est que le premier Imper at or de l'A.M.O.R.C. «reprodui t»
des «articles de foi» qui auraient été adop tés lors de la f on­
dat ion de l'organisation essénienne. L’article 3 semble être
cousu de fil blanc: «L' ego hu ma in vient de Dieu et ne fait
q u ' u n avec Dieu : il est, par conséquent, immortel et eternel 5\ »
D'autres «articles» (5, 6 et 9) vont dans le même sens, c'est-àdire de la pensee rosicrucienne de l’A.M.O.R.C'., pensée qui
est, c omme nous le savons, moniste et panthéiste.
53 Ce mot signifierait, selon l'A.M.O .R .C., «m ed e cin » et dériverait du mot
syrien «asaya».
55 H. S. Lewis, La vie m ystique de Jésus, p. 22.

42

Si H. Spencer Lewis fait fi de toutes ces considérations his­
toriques ou theologiques, c’est parce qu'il veut s ' appropri er
l'essenisme en ne retenant q u ’un seul critère: la m ystique>J.
Aut rement dit, il met sur le même plan la mystique esse­
nienne et celle de l'A.M.O.R.C. La mystique rosicrucienne
n ’est pas, au vrai sens du terme, la mystique, au sens de
l'union spirituelle du croyant avec Dieu qui, lui, est un être
personnel et transcendant et non pas immanent. (No us
au ro ns l’occasion de le préciser au chapitre 5.) L'A.M.O.R.C.
n'est pas un ordre mystique, mais une association occulte. La
différence - elle est de taille - se situe là. Ce n ’est pas en pre­
nant un aspect de la pieté essenienne, au demeur ant très im­
portant, que l’A.M.O.R.C. peut se croire oblige d'affirmer
que son ordre est une é man at ion des communaut és essèniennes. Rien de plus faux que de recuperer - ou de piller un passe p our le moins révolu. Mais, et nous l'avons deja demont re plus haut, l’A.M.O.R.C. n'en est pas à son coup d' es­
sai...
Le t e r m e « m y s t i q u e » pour l’A . M . O . R . C . dé s i gn é en fait un ros i ­
c r u c i e n qui p r a t i q u e les e n s e i g n e m e n t s o c c u l t e s de l ' Or d r e . Etre
my s t i q u e, c ’est a c q u é r i r un m a x i m u m de p o uv o i r s p a r a p s y c h o l o g i ­
que s , et la p u i s s a nc e d e d é v e l o p p e m e n t de ces p o u v o i r s défi nit le
d e g r e plus ou mo i n s h a u t d e my s t i ci s m e d u m e m b r e . Un my s t i qu e
p o u r l ' A . M. O . R . C . n' est ni plus ni m o i n s q u ' u n m e m b r e qui p r e t e n d
a t t ei n d r e la maî t r i se d e s ch o s e s p a r l' ut i l i sat i on des p o u v o i r s mis a
s o n service p a r l’o r g a n i s a t i on !

Le G n o s t i c i s m e

Si l’A.M.O.R.C. revendique en priorité un «héritage»
egyptien et grec, par contre, le Lectorium Rosicrucianum se
référé uni quement aux enseignements gnostiques et neognostiques. Car, nous le verrons plus loin, au chapitre 6,
cette secte pernicieuse s’est littéralement appropri e la d o c ­
trine gnostique en y mettant par-dessus l’étiquette «RoseCroix». Le Lectorium Rosicrucianum clame fierement son
affiliation au gnosticisme, tous ses écrits laissent en effet refleter cette tendance. Mais encore faut-il se poser la question:
w C o m m e n t se fait-il que H. S. Lewis, pourtant si bien informe pa r ses
«archives», ne parle a b solu m e n t pas du « M a ître de Justice»?

43

le Lectorium Rosicrucianum est-il une resurgence d ' u n loin­
tain passe ou bien n ’est-il q u ' u ne simple imitation d ’un m o u ­
vement mai nt enant bel et bien révolu?
1. Herm ès Trismegiste
Il ne s'agit pas la d ’un h omme, f on da te ur d ' un e nouvelle
religion, mais d ’un personnage légendaire ou mythique
n o m m e Hermes Trismègiste (Trois fois très grand). Sous le
couvert de ce nom fabuleux s’est développé ultérieurement
t oute la doctrine de l 'Hermètisme, révèlee principalement
dans le Corpus hermeiicum et VAsclepius. Le Lectorium Rosi­
cr uci anum se reclame de la doctrine d' He rmes . N ’a-t-il pas
publie sous la plume féconde de J. van Rijckenborgh un gros
livre intitule La Gnose originelle Egyptienne qui est une tra­
duction et une explication rosicrucienne des oeuvres d' Hermés Trismègiste?
Il y a en fait d e u x c o u r a n t s se r e c l a m a n t de l ' H e r m e t i s m e . Le p r e ­
mier. q u e n o u s a p p e l l e r o n s « H e r m e t i s m e or i g i n el » , est celui qui se
référé a u x seul s e n s e i g n e m e n t s d ' H e r m e s Tri s me gi st e. L' au t r e H e r ­
m e t i s m e est celui qui s' est p r i n c i p a l e m e n t d e v e l o p p e a u c o u r s d e
l ' e p o q u e me d i ev a l e . O u t r e la d o c tr i n e ori gi nel l e d ' H e r m e s , l ' A l c h i ­
mi e, la K a b b a l e et la M a g i e ( b l a n c h e et noi r e) v e n a i e n t c o m p l é t e r le
Corpus Hermeiicum. C ’était d o n c u ne c o m p i l a t i o n d e d i f férent es
gn o s e s . L ' H e r m e t i s m e , n o u s le ve r r o n s , a ete u n d e s c o u r a n t s o c ­
cult es les plus actifs a u c o u r s d u M o y e n Age.

L'Hermet isme (originel) prend ses sources en Egypte. Le
dieu egyptien Toth, qui était le dieu de la lune, devint par la
suite le dieu de la Sagesse. Il possédé la plénitude de la
connaissance et surtout son souffle est créateur. A ce titre, le
mo n d e est organisé par son verbe. Il est aussi l'inventeur de
l’Ecriture. Bref, sa place da ns le pant h éo n des dieux égyp­
tiens est grande. Toth. dieu égyptien, fut a ppe lé Hermes par
les Grecs, c'est-à-dire le dieu de la r é vél at i on 55.
La doctrine hermetique originelle est difficile a c o m p r e n ­
dre. Il s’agit plutôt de them es dont certains, et en particulier
celui qui touche a l’âme, ont été repris par le Lectorium Rosi­
crucianum. L’ame a p ou r origine divine Dieu, mais celle-ci
5S L 'apôtre Paul lut pris p o u r H erm es (M ercure) «p a rce que c'etait lui qui
portait la parole» (Actes 14: 12).
44

est liee a la Matiere. C epe nd an t, elle éprouve un ardent désir
de retrouver la Patrie celeste. Ce retour, cette remontee, exi­
gent l'obéissance parfaite aux lois cosmiques afin que l’âme
puisse passer p ar la «mort mystique». Cette obeissance s’ex­
prime no tamment par l’initiation qui se subdivise en deux
parties, l’absorpti on d' un breuvage et le bain de purification.
Alors, et seulement après cela, l 'âme rejoindra la veritable
«Pat ri e» qu'elle n ’aurait j amai s d u quitter. Qua nt a Dieu, il
se trouve réduit à n'étre q u ’un Dieu inconnu, qui se cache et
qu'il faut chercher.
Nous avons résumé la l'essentiel de la doctrine hermetique. En mettant en parallele les enseignements de l'Hermétisme et du Lectorium Rosicrucianum, il est evident qu'il
existe des similitudes d ’idees. La doctrine dite «de la réinté­
gration des âmes» en est son trait domi nant , tout c omme ce
fut le cas p our les Manicheens. Cette doctrine est antibibli­
que et nous aur ons l’occasion plus loin de la refuter.
2. Le Gnosticisme
L’Eglise chrétienne a con n u vers le second tiers du IIe siè­
cle une crise très grave dont elle sortit à grand-peine. L ' a p p a ­
rition du gnosticisme chretien (de gnose = connaissance) a
ete le résultat de tous les autres courant s gnostiques anterieurs. Le christianisme n ’a fait q u ’heriter toutes les t radi­
tions gnostiques ou occultes d ’autrefois. Les religions b aby ­
loniennes, assyriennes ou égyptiennes de même que les diffé­
rents systèmes de la philosophie grecque ont ete des sources
d'inspiration du gnosticisme chretien et neo-chretien.
Le gnosticisme désigné un cour ant de pensee, païen ou
chrétien, qui met à la premiere place la connaissance et ceci
aux d épe ns de la foi. Ainsi la foi s’oppose-t-elle à la connais ­
sance et ce simple fait divise les hommes en deux camps:
ceux qui n ’ont que la foi, les «simples» croyants, les «exoteriques», et ceux qui ont la connaissance, les inities, les èsotèriques. Le gnosticisme repose sur le d u a l i s m e 56 plus ou
moins radical: Esprit ou Matiere, Bien ou Mal, Dieu bon ou
Demiurge, etc. Un autre theme f ondament al du Gnosticisme
est la séparation des mondes, des m ond es celeste et terrestre.
^ Il existe cep e n d an t un dualism e moniste. Nou s le retrouvons chez des
philosophes com m e Hasilide (gnostique egyptien du Ilf siecle) ou son c o m ­
patriote et c o n te m p o ra in Valentin.

45

L' homme, dans ces conditions, se retrouve toujours pri son­
nier du m o n d e inférieur, celui de la Matière. C o m me n t
l 'homme, miserable et ignorant, peut-il sortir de ce triste état
et recouvrer sa liberte? Tout si mplement en faisant une
breche dans la Matière! Pour cela, un seul moyen: la gnose
qui seule peut eclairer l'âme et la délivrer. La connaissance,
et non la foi, est d onc salvatrice. Telle est en résume la d o c ­
trine gnostique qui est, c omme on peut le constater, terrible­
ment dangereuse.
Si l’anthropologie, et dans une certaine mesure la c os mo ­
gonie, ne subit relativement que peu de cha ng ement dans les
différentes tendances gnostiques, la connaissance de Dieu en
tant que per sonne et être se réduit à presque rien ou même a
rien du tout. Basilide le n o m me «rien»! En réglé générale, il
n'est pas matière, ni essence, ni non-essence, ni simple, ni
composé, ni h omme, ni dieu, etc. Il est impersonnel, voire in­
conn u car il ne porte pas de nom. Ainsi, la connaissance de
Dieu, personnel et t ranscendant , est-elle chez les gnostiques
et neo-gnostiques un concept t otalement étranger à leurs
idées.
L’un des plus célébrés gnostiques «chretiens» fut Marcion,
nè en 85 à Sinope (Asie Mineure), mais il n ’a pas exerce dans
les milieux rosicruciens bea u co u p d'influence. Par contre,
d ’autres gnoses tels que le Mani chéi sme et surtout le C a t h a ­
risme ont suscite un tel attrait chez Jan van Ri jckenborgh que
le Lectorium Rosicrucianum a p ou r ainsi dire ado pt e ces e n ­
seignements.
3. Le M anichéism e
Le Lectorium Rosicruci anum est un mouv ement néo-manicheen, mais sans a uc un e affinité historique ou spirituelle
avec le Mani chéi sme primitif. Tout si mplement, et comme
p our l'A.M.O.R.C. avec l 'Egypte ou les esséniens, la RoseCroix d ' H a a r l e m revendique, elle aussi, des racines historicospirituel 1es. Le Mani chei sme, sur différents points du moins,
a quel que ressemblance avec la secte rosicrucienne n éerl an­
daise. C'est, en effet, une religion qui se veut gnostique et qui
se distingue pa r son dualisme particulièrement rigide.
Le f onda te ur du Manicheisme, le Perse Mani est ne en 216
en Babylonie, d ’une famille princiere liee a la dynastie ré­
g nant e des Arsacides. Il fut elevè dans la foi baptiste elcha46

s a ï t e 57 et. a deux reprises, en 228 et en 240, Mani avait reçu de
la part d' un ange l'ordre de quitter la c om m un au t é elchasaïte.
C ’est après la deuxieme visitation de l’ange que Mani c o m ­
mence a prêcher sa doctrine. D ’emblee il connaît le s u cc è s58,
le roi d ’Iran lui est favorable et la permission lui est accordee
p o u r repandre ses idées dans tout le Royaume. Durant des
annees et des annees, Mani proclamera sa doctrine et un
grand no mb re de nouvelles c o m mu n au t és verront le jour.
L'Iran, mais aussi l’Inde et l’Egypte furent les premiers pays
touches par ce nouveau courant. Toutefois la situation c h a n ­
gea avec la mort du roi qui avait toujours soutenu ces theses
religieuses; son successeur veut renverser la t endance et ce
sont les mazdeens qui auront la faveur du monarque. Peu de
temps après, Mani est arrête, puis aussitôt jete en prison. Il
succombera, suite aux mauvais traitements, en 276. Son m a r ­
tyre, loin de freiner l’elan des disciples, va au contraire p ro­
voq uer un regain d ’activité de la nouvelle secte qui va s 'é te n­
dre à tout l'empire romain. Augustin, après avoir ete manicheen lui-même, sera l’un des o pp os ant s les plus en verve a
cette herèsie pour le moins dangereuse. Le Manicheisme,
maigre de très violentes persécutions aux IVe et Ve siècles,
parvint à se maintenir j us q u ' a u X I I I e siecle, date a laquelle
les Mongols anéantirent tout ce qui pouvait encore subsister
de cette religion.
La doctrine mani che enne était une tentative de syncré­
tisme entre le christianisme et le z o r o a s t r i s m e L e M a n i ­
cheisme admettait l’existence de deux principes: le Bien, la
Lumière, l’Esprit d ’un côte et le Mal, les Tenebres et la M a ­
tière de l’autre. Ces deux Natur es antagonistes sont inengendrees, d o n c éternelles et équivalentes. C h ac un e d'elles a son
pr opr e territoire: le R oyaume de Dieu au nord, celui du Mal
au sud.
’ F.lchasai aurait ete un juif de naissance et de religion et il serait devenu,
vers l'an 100. le p ro phe te d 'u n e nouvelle religion. Stricts observateurs de la
Loi. les elchasaïtes pratiquaient le b a p te m e p o u r la remission des peches.
'■ Il préte ndait que l'Esprit Saint et la Science totale s’ctaient incarnes en
lui !
5" Le zoroastrism e, a p pele encore m azdeism e, était une religion originaire
d 'Ir a n . Son fon dateur, ou plutôt le reform a te ur de la religion iranienne, s e m ­
ble avoir ete Z ara tho ustra qui vécut vers 700-630 av. Jesus-Christ. La princi­
pale caractéristique du zoroastrism e est son dualism e absolu: le Bien et le
Mal sont o pposes de façon irréductible.

47

L'histoire du salut n ’est q u ' u n e longue suite d ’elucubrations. D' u n e maniéré gènerale, il s'agit d ’une succession de
guerres entre la Lumiere et les Ténebres. Un personnage cle
n om m e l ' « H o m m e pri mordi al » j ouera un rôle important
d an s l’histoire. Parti avec ses cinq fils p our combattre les
puissances du Mal, il est vaincu et ses fils dévorés par les d é ­
mons. Mais, le «Pére de la G r a n d e u r » (la Lumière) riposte
sans t arder et l ' H o m m e primordial est délivré après des a ve n­
tures épiques. Mais la lutte continue. En fait, elle n'est pas
encore finie, car des «particules de Lumiere» sont encore
empri sonnées da ns la Matiere.
Si la cosmogoni e ma ni ch e en ne est ef froyabl ement c o m p l i ­
quée, l'anthropologie l'est tout au tant : Ad am et Eve auraient
été le résultat de l’accou pl ement de deux d ém on s mâle et fe­
melle! Toutefois Ad a m est délivré de son inconscience «bes ­
tiale». Mais toute sa descendance, marq ue e du sceau de la
sensualité, sera celle de la Matiere. Ainsi toute l'humani té is­
sue d ' A d a m est-elle celle du plan de la Matiere, d onc des tenébres. Seuls ceux qui auront compris que la Gno se peut les
délivrer des méfaits de la Matiere seront sauves. Une ascese
et un m ode de vie rigoureux seront nécessaires p our y parve­
nir. Ainsi les «élus» p ourr ont remont er au «Paradis originel
de Lumière» tandis que les autres seront c o n da mn e s à «r e­
naître» et a subir une nouvelle naissance physique.
11 y a, c'est vrai, des convergences entre le Manichéisme et
la doctrine du Lectorium Rosicrucianum. Ressemblance
d ans le fond: le dualisme entre l’Esprit et la Matiere, une
cosmogoni e et une anthropol ogi e c o mm un es sur bien des
points, une ethique de vie severe; ressemblance dans la
forme: le vocabulaire surtout nous frappe. Des expressions
c om me l ' « H o m m e primordial», Esprit, Matiere, etc., ont la
même connot at ion de part et d ’autre. Le Lectorium est donc,
dans une certaine mesure, une résurgence du Manichéisme.
En realité, tout en copiant servilement la doctrine de Mani,
Jan van Rijckenborgh et C at haro se de Pétri, les fondateurs
du Lectorium Rosicrucianum, l'ont c e pend an t transformée.
Ils ont pris soin, en effet, d'y mettre en plus le mythe de la
Rose-Croix (qui n ’a abs ol ument rien a voir avec le M a n i ­
chéisme) et le Catharisme. Si bien que, si le Mani chei sme est
présent, il est en définitive voilé p a r l'adjonction d'autres
courant s de pensee gnostique.
48

4. Le C atharism e

Le Lectorium Rosicrucianum est très fier de son affiliation
au C a t h a r i s m e 60. C a r tout son enseignement est fortement
imprègne de la doctrine et de la symbolique cathares. C h a ­
que annee, des affiches sur la voie publ ique annoncent le
t heme des conférences rosicruciennes du Lectorium et bien
souvent le thème, ou l'appât, des Cat hares est proposé. Nous
avons assisté à l'une de leurs conférences à Lausanne. Notre
i mpression fut très mitigée: si quelques points forts du C a ­
t harisme furent mis en évidence, n o t am m en t le dualisme, par
contre le reste ne fut q u ’un m agma et un fatras d ’idées in­
compréhensi bl es p our le premi er venu. De plus l'histoire des
Cat hares, tout comme celle de l'Egypte p ou r l'A.M.O.R.C.,
est le m o no po l e du Lectorium Rosicrucianum. Cette n ou­
velle version «revue et corrigée» par la Rose-Croix d 'Or
avait de quoi scandaliser plus d 'un auditeur, mais les rosicru­
ciens n'en sont pas à un tour près, surtout en ce qui concerne
l'histoire...
L’origine des Cat hares se perd dans la nuit des temps. Ce
fut, en tout cas, une résurgence des gnosticismes mazdeen et
manicheen. Certains pensent m em e q u ’il y aurait une vérita­
ble liaison entre le Manichéisme et le Catharisme. Il faut, en
effet, admettre que le Mani chéi sme était loin d ’ètre anéanti
maigre les rudes coups qui lui furent portés. Il est probable
que la lointaine origine des Cat hare s remonte au X e siècle
aux Balkans avec les Pauliciens et les Bogomiles.
Les Paul i ci ens et ai ent un e sect e p l u s c h r é t i e n n e q u e g n o s t i q u e
qui a vu le jour au V I I e siecle en Asie M i n e u r e . Le n o m d e l e ur p r é ­
s u m é f o n d a t e u r est Paul d e S a m o s a t e , e v è q u e d ’A n t i o c h e en 260 et
qui fut d é p o s é p a r Au r e l i en en 272 a c a u se de ses idees h er e t i q u e s
qui p o rt a i e n t s ur la d o c t r i n e d e la Trini té. S e l o n d ’autres, un cert ain
C o n s t a n t i n de S a m o s a t e fut le ve r i t a bl e ini t i a t e ur d u m o u v e m e n t .
La d o c t r i n e des P aul i ci e n s n' e t a i t p a s m a n i c h e e n n e ; c e p e n d a n t , ils
r e p r i r e n t p o u r e u x - m è m e s le t h e m e d ' u n esprit b o n et de la ma t i er e
m a u v a i s e 61, ce qui est e f f ec t i ve me n t le c o n c e p t d ' u n e d o c t r i n e t y p i ­
q u e m e n t dual i st e. Les Pauli ciens, qui et ai ent en g u e r r e c o n t r e By­
60 Du grec cutharos, ce qui signifie «p ur».
“ Les Pauliciens rejetaient l'Ancien T esta m ent et une partie du Nouveau,
ils n'a ttribuaient a u cu n e valeur aux sacrem ents, etaient anti-pedobaptiste s
el, de plus, violemment anticléricaux.
49

z anc e . fur ent d é f i ni t i v e m e n t v ai n c u s e n 872 et d é p o r t é s d a n s les
p a y s b a l k a n i q u e s . C ’est ainsi q u e d e s « f e r m e n t s d u a l i s t es » a p p a r u ­
rent d a n s cette région.
La, les Paul i c i e ns ne res t èrent p a s inact if s: u n e assez g r a n d e p a r ­
tie d e la p o p u l a t i o n d e la Bosni e, d e la D a l m a t i e et de la Serbi e fut
g a g n é e a u x no u v e l l es idees. Ils p r i r e n t a lor s le n o m de Bogomiles
( A mi s de Di eu ) et cette d o c t r i n e se r e p a n d i t é g a l e m e n t a u n o r d de
l’Italie.

C o m m e n t les n èo -Mani chee ns ont-ils abouti dans le Tarn
et l’Ariege? Les historiens sont sur ce point divisés. Q u ’im­
porte! Ce qui nous intéresse ici, c'est la doctrine des C a ­
thares. Mais, auparavant, il est nécessaire de ment io nn er un
bref historique. Les Cathares, appelés aussi Albigeois (ils
étaient très n om br eux dans la région d ’AIbi), étaient solide­
ment implantés dans le Midi de la France au X I e siecle. Les
catholiques furent inquiets du rapide dével op pe ment de cette
heresie. Mal heur eus ement , ils employèrent la maniéré forte:
en 1209 Innocent III o r d o n n a une Croisade. C o m m a n d e s par
Simon de Monfort, les Croises réprimèrent l'hèrèsie avec une
brutalité inouïe. Les villes de Beziers et de Carc as so nn e fu­
rent saccagees de fond en comble et les p opul at ions entière­
ment massacrees, y compris les catholiques. Finalement le
dernier bastion cathare s'effondra lors de la prise de Montségur en 1244. La secte disparut alors progressivement.
La doctrine des Cat hares est d'essence dualiste. Le prin­
cipe doctrinal, a quelques nuances près, est identique à tous
les autres enseignements gnostiques de par l'existence de
deux principes opposés. Le Bien et le Mal ont été a l'origine
de tous les courants dualistes qui n'ont eu q u ’un seul but: ce­
lui d ’expliciter le c om menc emen t du Mal, tentative désespé­
rée, illusoire et utopique. Au lieu de se cont ent er des sobres
mais claires explications bibliques, l’h o m me a voulu com­
pre ndre (' incompréhensible: il s’est, une fois de plus, égaré.
C a r ce n'est pas le dual is me qui pourra a p p o r t e r une reponse
h uma in em en t satisfaisante à ce doul ou reux problème.
Au début, l 'homme, selon les enseignements cathares, était
bon, mais il fut entraîné dans la chute par Satan. Le Dieu
bon est unique: il est Am our et ne peut avoir cree le mal; il
est la manifestation de la Lumière et de l’Esprit. Par contre le
Mal, qui aurait été un principe préexistant a Satan, se serait

50

pleinement developpe avec la chute de Satan lequel entraina
l' homme. Le mal, puissance temporelle, s'enracine peu à peu
dans la Matière. L’homme, qui est corps, âme et esprit, doit
se det acher de la Matière p o u r que son esprit puisse s’unir à
Dieu. Plus exactement, l’h o m m e doit se decrèer, soit passer
du Temps a l'Eternite. Puisque le corps est considéré comme
une prison, l 'h omme p our être délivré doit passer par une as­
cèse rigoureuse, par une discipline stricte s’il veut éc ha pp er à
l’emprise du Mal et de la M a t i è r e 62.
En plus de l’ascèse qui était reservèe aux «Parfaits» (autre
nom des Cathares), le bap t êm e avait une très grande i mp or ­
tance, non pas le bap tême d' eau juge insuffisant, mais celui
du feu. Pour recevoir l'Esprit, le candidat , après une attente
de trois ans au mi nimum, devait subir un rite d'initiation a p ­
pelé consolam entum . Les «Parfaits» devaient s'abstenir de
toute nourriture animale, de tous rapport s sexuels et de p o r ­
ter les armes. Ils devaient également s’a d o nn e r à des exer­
cices spirituels très sèveres tels que le j eûne prolonge, appele
endoura. Il n ’etait pas rare que ces j eunes severes se pr ol on ­
gent j u s q u ’a la mort! Le ren on cemen t extrême, la haine et le
mépris du m o n d e matériel ont ètè la cause du sectarisme ex­
cessif des Cathares.
Les Cat hares ont disparu depui s longtemps. Ils ont e m ­
porte avec eux une doctrine et une éthique. Le Lectorium
Rosicrucianum pretend reprendre le flambeau du C a t h a ­
risme. Il cultive en effet une dévotion quasi idolâtre â ce
mouvement nèo-manicheen. Que faut-il en penser? Là e n ­
core, et tout c omme pour les Manicheens, il ne faut pas
conclure hâtivement que la Rose-Croix d' Ha a rl em soit la resurgence du Catharisme. Certes, le dualisme, et aussi le voca­
b ul ai re63 de même que l'éthique se rap pro ch ent quelque peu
du mo uvement rosicrucien néerlandais. Malgré cela, nous
croyons que le Lectorium Rosicrucianum est plutôt un m o u ­
vement occulte que cathare. Il ne semblerait pas, en effet, que
les rites d ’initiation cathares soient aut ant empreints d ’occul­
62 Le m o n d e sensible était considère com m e un « enfer»: la vie ici-bas
était d o n c une epreuve. Ceux qui a u ro n t vécu dans la chair seront c o n d a m ­
nes a passer pa r le cycle des renaissances. N o us y voyons la une reprise de la
doctrine de Mani.
65 Le Lectorium R osicrucianum a ffe ctionne b e a u c o u p ces mots tels que
endoura, transfiguration, etc.
51

tisme que ceux du Lectorium Rosicrucianum. Le neo-gnosticisme rosicrucien n ’est en définitive que de l’occuitisme qui
n ’ose pas porter son nom. Tel est le cas du Lectorium Rosi­
crucianum.

52

C H A P I T R E II

Les Sociétés Secrètes Médiévales
Le rosicrucianisme tel que nous le connaissons
a uj our d' hu i a vu le j o u r au début du X V I I e siècle. La nais­
sance de ce nouveau m ou vem ent ne fut pas un événement
isolé dans l'histoire, mais bien le fruit d ' u n e lente évolution
philosophico-occulte qui du ra quatre siecles au moins. Il
nous faut, en effet, remont er au Moyen Age p ou r discerner
des traces de société de type initiatique.
Notre civilisation actuelle est en train de redécouvrir la s o ­
ciété medièvale. Ce fut une é po qu e fascinante a bien des
é g a r d s 1; ce pendant , il ne faut pas oublier que cette époque
fut surtout ma rq ue e pa r l’obscurant isme religieux. Ce n'est
nullement par hasard que les sociétés sécrétés proliférèrent
dang ereus eme nt au point même d ’ebranler les fondement s de
l’Eglise catholique. La pa pa ut é engagea contre tous les heretiques une lutte impitoyable et sans merci. De nombreuses
personnes soup ço nn ées de sorcellerie, d ’occultisme, d'illuminisme, etc., furent brûlées vives. La pression de l'Eglise ro­
maine fut ext rêmement sèvere et l’influence des sociétés sé­
crétés cessa peu a peu. Néanmoins, les traditions occultes, al­
chimiques, kabbalistiques, etc., se perpétuèrent a travers les
âges p our réapparaî tre au XVI Ie siècle, sous une forme légè­
rement différente, il est vrai.
Pourquoi ce foi sonnement de sociétés secrètes au Moyen
Age? Le Moyen Age désigne une periode qui s’étend du Ve
au XVe siècles (1453, prise de Constantinople). Il est très net­
tement délimité, d ' un e part, p ar l’ef fondrement de l'Empire
romain, d o n c de la culture antique, et, d 'autr e part, par le debut de la Renaissance et l 'avènement de la culture classique.
L' èpo que médiévale est, en quel que sorte, la charniere qui re­
lie le m o n d e an ti que au mo nd e moderne.
Ainsi le Moyen Age a vu le j o u r sur les decombres de la
Rome imperiale, ecrasée p ar les Barbares. L'Eglise chre1 Cf. Regine Pernoud, La fe m m e au tem ps des cathedntles, Stock, 1980.

53

tienne réussira, elle, contre vents et marées, à se maintenir
tant bien que mal. L'Eglise de Rome exercera tout au long de
cette longue periode une puissance toujours croissante: elle
atteindra le faîte de sa gr a nd eu r au X I I I e siècle avec T ho ma s
d' Aqui n.
Parallèlement au d éve lo pp emen t de l’Eglise romaine, les
sociétés esoteriques tenterent elles aussi d'e te ndre leurs
zones et sphères d ’influence dans le mo n de occidental. Le
caractere initiatique de ces mouvement s et, surtout, leurs
doctrines hétérodoxes constituèrent une menace mortelle
p o u r l’Eglise chrétienne. En effet, le but de ces sociétés se­
crètes était de t ransformer p r o f on dé me nt la théologie et les
structures de l'Eglise en lui «greffant» une autre «religion»,
c'est-à-dire l'esoterisme «chretien». En d ’autres termes, cette
«greffe» n ’était en realite q u ’une veritable manoeuvr e de
destruction de l’Eglise. Cette entreprise subversive éc houa à
cause de la reaction violente de la papauté. Malgré les at ta­
ques q u ’ils ont subi, les mouv ement s rosicruciens modernes
sont tous demeures fideles a l’objectif de leurs lointains p ré ­
curseurs. Max Heindel n ’ècrit-il pas a ce propos que le but de
la Rose-Croix est de creer un «véritable christianisme esote­
rique qui deviendra la religion m o n d i a l e » 2.
Les sociétés medievales n ’étaient pas toutes entourées de
mystères. Prenons le cas des cor porat ions professionnelles
(ou ghildes) qui etaient des associations d ’ouvriers, de m a r ­
cha nds ou d'artistes: elles avaient p our objet la défense et le
rayo nn ement de leurs propres activités. «La corporation,
écrit Barret. assure a toute une classe de citoyens une réelle
sécurité. Elle créée une police extérieure, prend soin des
veuves, des orphelins, des vieillards, exerce une censure m o ­
rale sur les apprentis, les c om p a g n o n s et même sur leurs p r o ­
pres membres q u ’elle oblige a une probité p ro fes si onn el le1.»
Les corporations mediévales poursuivaient aussi des buts
ph il ant hropi ques , fraternels, moraux et même spirituels.
L’esprit d ’a m o u r et d ’entraide était la réglé absolue chez tous
les membres de la corporation. C ’est la raison po u r laquelle
le Moyen Age a duré plusieurs siècles!
A côté de cela, il existait quantité d ’autres sociétés: celles
2 M. Heindel. C osm ogonie de la Rose-Croix, p. 29.
1 F. Barret. H istoire du travail, p. 26, R U .F .

54

de type èsotèrique, c'est-à-dire «fermees» aux simples pro­
fanes. Plusieurs courant s de pensee contribuèrent a l’eclosion
des multiples sociétés médiévales. Bornons-nous à citer les
pri nci paux: le gnosticisme, l'occultisme et l’hermétisme. Di­
sons encore que la prolifération des sociétés ésotériques s’ex­
plique assez bien si l’on tient compt e de la situation histori­
que et religieuse medievale. A une e poque de decadence m o ­
rale et politique succéda une autre etape: celle d 'u ne re­
cherche d ’un autre type de société, mais aussi d ’un nouveau
type de piété.
L es corporations

Pour en revenir aux corporations, il est i mport ant de savoir
que les Ghildes pratiquaient en leur sein des rites d ’initia­
tion. et ceci j u s q u ' a une date avancée. Si nous insistons quel ­
que peu sur les corporations, c'est precisement parce que
l’une d'elles, les maçons, bâtisseurs d ’eglises, de cathédrales
et de châteaux forts, forma très vite une classe à part. Proté­
gés par l ' Eglise et par les seigneurs, les maçons constituèrent
une corporat ion solidement unifiée et puissante. Ils ne t ardè­
rent pas, et ceci dés le X I I I e siecle, a declarer leur metier
«franc», c’est-à-dire libre de toutes les servitudes seigneu­
riales ou feodales.
Mais, peu à peu, la corporat ion des «francs-maçons»
t o mba en decadence. L’architecture changea de style, il y eut
des troubles politiques, des nouvelles lois sur les co rp o ra ­
tions, etc. Bref, une veritable crise du bâtiment! La franc-maçonnerie dite «opérative» allait faire place à une autre m a ­
çonnerie dite «spéculative» ou «phi los ophique». Le proces­
sus de t ransformation de cette corporat ion fut lent, mais per­
ceptible. Des non-maçons, membres de la noblesse et du
clergé, en fait des gens qui n ’avaient auc un rapport avec le
métier, furent enrôles dans l'ordre c or porat if sous le titre de
« ma ço ns acceptés». C ’est ainsi q u ’est née en 17)7 la francmaçonne ri e telle que nous la connaissons a u j o u r d ’hui.
La Rose-Croix est antérieure a la maçonneri e et elle l’a
fortement influencée, du moins à ses début s'4. Il faut r econ­
naître c e pen dant que l’inverse est vrai aussi: la Rose-Croix a
4
Le 18“ grade du R ite Ecossais Ancien et Accepte est celui de Chevalier
Rose-Croix.

55

ete, dans une certaine mesure, tributaire de la corporation m a ­
ço nni que de l 'époque médiévale. Les rites initiatiques et s ym­
boliques de la maçonneri e marquè rent d ’une emprei nte i ndé­
lébile le rituel rosicrucien, même si celui-ci fut par la suite
«spiritualisé». Ainsi, la maçonneri e «occultiste» ne sera que
la juste continuation de la maçon ne ri e «opérative», puis
«spéculative» ou, aut rement dit, une corporat ion de métier,
celle des maçons, aura d onn e naissance à toutes sortes de s o ­
ciétés maçonni que s ou rosicruciennes.
Si nous avons effleuré le très difficile probl ème de la
franc-maçonnerie, c’est parce que le Lectorium Rosicrucia­
n um pretend être une «fr anc-ma çonner ie personnelle» et
l'A.M.O.R.C. soutient la m ê m e these, surtout au niveau des
rituels d'initiation. N ’oublions pas encore que le Martinisme,
autre branche de la Rose-Croix, se réclame, lui aussi, des
lointaines traditions maçonni ques. Mais, précisons-le d ’e m ­
blée, si autrefois il y avait des contacts entre les obédiences
m açon ni qu es et les ordres rosicruciens, rien de tel n'existe
a u j o u r d ’hui, les maçons refusant tout contact avec les « spi ri tualistes Rose-Croix».
L’Alchimie
Ce mot est effectivement lourd de sens! L’Alchimie serait
la «synthese du savoir esotèrique» ou, plus spécifiquement,
l’«art de la transmut at ion des mét aux». Ce serait une science
physico-chimique d ont la t rans mu tat io n serait le symbole de
l’Absolu.
L'Alchimie, de l'arabe el-kim yâ, est d o nc cette science o c ­
culte qui con nu t son apogée au Moyen Age. Il semblerait que
l 'Alchimie soit d'origine o r i e n t a l e 3 et q u ’elle ait été i ntro­
duite en Europe au cours du X I I e siècle. L'influence des
Arabes en Espagne, mais surtout les contacts des Croisés
avec la civilisation orientale, permi rent à l'Alchimie de p r e n ­
dre pied en Europe. Dés la paruti on de quel ques ouvrages al­
chimiques traduits de l ' a r a b e 6, la grande vogue p our l’Alchimie commença. Elle atteignit une telle am pl eu r que l’Eglise
catholique reagit avec vivacité, mais cela n ' e mpê cha pas sa
propagat ion.
5 L'Alchimie existait autre fois en C h in e et aux Indes.
‘ Dont Turbo philosophorum (La T o u rb e des philosophes).

56

Il serait fastidieux de resumer toute la doctrine alchimi­
que, d'a ut an t plus que nous risquerions de nous rèpeter.
Néanmoins , il nous semble bon d'en degager quelques traits
caractéristiques. L'Alchimie reposait, si l'on en croit Serge
Hutin, s ur une théorie et une p r a t i q u e 7. Sur le plan théori­
que, l'Alchimie part du principe de l'unite de toute la m a­
tière. Cette matière est «vivante» puisqu'elle naît et meurt
sans cesse. Cette théorie étant admise, sa mise en pratique
d éb o uc h é vers un processus de recherche mystique qu'est la
quêt e de l’Absolu. Ce «pèlerinage» a p o u r but de découvrir
la très mystérieuse «Pierre phi losophal e», mais aussi l'art de
t rans mu er des métaux «ordi nai res» en argent ou en or; cette
t rans mut at ion s ’appelait en termes alchimiques «Petit
Oeuvre» et « G r a n d Oeuvre».
Le «Peti t O e u v r e » , d é s i gn é aussi p a r Petit Magistère, était l ’o p é ­
ra t i on qui a u r a i t consi st e a o b t e n i r la Pierre Blanche, c' est -a-di re le
m o y e n de c h a n g e r les m é t a u x «vil s» en argent . Le « G r a n d O e u v re » ,
le Grand Magistère, p e r m e t t a i t d ' o b t e n i r u n e Pierre de c o u l e u r
r o u g e qui t r a n sf o r m a i t les m é t a u x dits « i m p a r f a i t s » en or.

L'élaboration de la «Pierre philosophal e» aurait dù per­
mettre la transmut at ion des métaux, la pratique de la « M é d e ­
cine Universelle» et VArs M agna ( « G r a n d Art»), soit Je c h a n­
gement du pl omb en argent ou en or, opération qui aurait
permis de co mp re n dr e l'Univers et ses lois. C'était surtout un
symbole de renouvellement, de transfiguration et surtout de
perfection absolue: une chose consideree c omme vile et im­
pure devenait après coup estimable et pure. Une autre utili­
sation de la «Pierre phi los ophal e» était Y Elixir de longue vie.
Cet Elixir devait procurer une vie quasi perpetuelle à celui
qui avait le privilege d ’en posséder. La Panacée, autre aspect
de la «M ed e ci n e Universelle», aurait été un remède mi racu­
leux capable de restaurer l’ètre tout entier. Enfin, le troisième
et dernier emploi de la «Pierre» était le « G r a n d Art» (ou
«Art Royal»). Nou s citons de nouveau Serge Hutin qui
d o n n e ici une excellente définition de VArs M agna: «Le but
de l'Alchimie reposait sur la constatation d 'u ne chute, d'une
dechèance, d ’une d ég radat ion des êtres de la nature. Le s u ­
prême G r a nd Oeuvre (...) était la réintégration de l’homme
’ S. H u t i n , L'Alchim ie, p. 9.

57

dans sa dignité primordiale. La Pierre philosophale donnait
â l 'adepte l'excellence illuminative, physique et morale, le
b o n h eu r parfait, l'influence sans limites sur l'univers, la c o m ­
muni on avec la cause première. Trouver la Pierre phi los o­
phale, c'était découvrir l’A b s o l u 8...» Plus loin, le même
aut eur écrit ces lignes d ' u n e prodigieuse véracité: « Pa r I"Al­
chimie supérieure, l'adepte devient un véritable s urhomme,
un être divin; mais, c'est aussi la libération physique, la déli­
vrance des forces aveugles d u destin, la t rans mut at ion de
l’être de l'illusoire au réel, et l’accès à l’i mmor ta li té9.» Ainsi,
nous constatons que l'Alchimie est bien plus q u ’une chimie
ordinaire, c'est plutôt une chim ie métaphysique, une chimie
occulte et dont les objectifs ne sont autres que le b o n h e u r a b ­
solu de l 'h omme sur cette terre. La vie éternelle, tel était le
but de l'Alchimie. Son constat d'é chec est patent: elle a
é choué c omme toutes les autres tentatives humai nes de tous
les âges. Si seulement ces h o m me s qui, au lieu de chercher
desesperement la solution en eux-mêmes, s’ètaient tournés
vers le Christ, ils auraient alors découvert le véritable chemin
qui mene à la Vie.
Avec le recul du temps, on c om p re n d mieux l'attrait
qu'exerce l'Alchimie. Et l’on ne s’ét onne pas que le Moyen
Age fut en ébullition à cause du fol espoir qui pouvait naître
de ces recherches. Les sociétés alchimiques moyenâgeuses
ont eu une action très forte sur tous les autres courants esoteriques. La Rose-Croix, qui verra le j o u r quatre siecles plus
tard, sera une de ses émanat ions.
L ’H erm étism e

No us avons, p ou r notre part, dissocié l’Alchimie de l 'He r­
metisme quoiqu'il y ait b e a u c o u p de similitude entre les
deux. L'Hermét isme a, en effet, sa doctrine propre, sa littéra­
ture particulière et ses maîtres distincts de ceux de l’AIchimie. Il est vrai, cependant , q u 'a u Moyen Age les sociétés al­
chimiques englobaient tous les courants hermetiques. L’Her­
metisme a toujours formé une co mp o sa nt e des diverses socié­
tés esotériques ou occultes.
L’Hermétisme médiéval se dév el opp a considérablement
“ S. Hutin.
* S. H u t i n ,

58

ibid..
ibid.,

p. I I .
p. 101.

dès les premières t raductions des ouvrages de Hermès Trismegiste, dont le plus con nu fut Tabula Sm aragdina (La Table
d' Em er a ud e) . Parallèlement à la pensée alchimique, la d o c­
trine hermet ique se constitua et s'affirma.
La doctrine her mét ique a p o u r origine un certain Hermès
Trismègiste, un per sonnage mythique. Sa pensée originelle,
nous l’avons déjà vu, a c e pe nd an t été fortement diluée par
d' autr es courants de pensée èsotèriques, tels que le p aga ­
nisme, les religions à mystères, les gnoses orientales, etc. Il
s'agit d on c d ’une doctrine nouvelle qui n'a rien a voir avec
l'Hermet isme primitif.
L' Hermet is me «médi éval» est d ' a bo rd une cosmogonie.
Dieu est considéré c omme un principe, et non pas comme
une personne. Dieu, ou plutôt le Principe, s'engage dans le
processus de la création qui est marquée par le Chaos, c'esta-dire l'univers confus et « d és or do nn é» . A partir du Chaos,
l'univers s'organise et devient le Cosmos. Une «vibration ori­
ginelle» nom me e en cette occasion Fiat L ux rend possible la
création du Monde. Ainsi, la création débuté avec le Chaos;
en d 'autr es termes, la création ex nihilo est rejetee, car, pour
les Hermètistes, il n'y a pas d ’espace vide.
Qua nt à l 'anthropologie hermetiste, toujours différente de
celle d 'H e r m e s Trismegiste, elle se résumé a une etroite rela­
tion entre l’univers-macrocosme et l'homme-microcosme.
L’h o m m e serait d on c la projection et le reflet de l’univers. En
vertu de cette unité cosmique, la matiere serait vivante. Par
conséquent, et p ou r en venir à la chute et au salut, l'homme
pourrait se sauver, d ’une part, en se dégageant de la matiere
et, d ’autre part, en croyant que l’âme, segment de l'âme uni­
verselle, peut à tout j amai s retrouver sa position d'autrefois,
aut rement dit l’union entre l’âme h umai ne et l’âme univer­
selle.
Ces idees se sont largement ré pan du es au Moyen Age, et
elles ont ète plus tard récupérées par les premiers rosicru­
ciens et, plus encore, pa r les nèo-rosicruciens, en particulier
l'A.M.O.R.C. Constat ons, une fois de plus, l’importance de
l’é p o q u e médiévale...
La K a b b a l e

La Kabbale, de K abbala qui signifie littéralement «t radi ­
tion», est la mystique juive ou plus exactement la gnose he59

bra'ique. La Kabbale a toujours été ent ouree d ' u n voile de
mystère, mystère d ’autant plus épais que les groupes kabbalistiques se sont toujours tenus a l'écart de la société, même
des autres groupes esotèriques. Notre objectif est de montrer
que la philosophie de la Kabbal e a exerce une autorité et un
ascendant sur les sociétés initiatiques medièvales et qu'elle a
marque, par ricochet, la plupart des ordres rosicruciens a c ­
tuels.
La Kabbale a vu le j o u r au IId siècle, soit presque en même
temps que le gnosticisme chrétien. C o m m e tous les autres
courant s esoteriques, la Kabbale n'a pas éc ha pp é à une lente
évolution de sa doctrine.
A la K a b b a l e pr i mi ti ve di t e « t a l m u d i q u e » d e s p r e m i e r s siecles
s u c c é d a , des le Ve siècle, la K a b b a l e Merkaba, p u i s celle d e s luissiJim qui se p r o p a g e a s u r t o u t en A l l e m a g n e a u x X I I e, X I I I e et X I V e
siecles. D u r a n t cette m ê m e p e r i o d e , u n e a u t r e ecole k a b b a l i st i q u e
prit f o r me en E s p a g n e (du X 1 F au X V e siècles). E n f i n la K a b b a l e
prit son visage d éf i ni t i f a v e c Mo ï s e C o r d o v e r o ( 1 5 2 2 - 1 5 7 0 ) de
l’ecol e de Sa f e d (pet it e ville d e Ga l i l ee ) et ave c Is a a c Luria
( 1 5 3 4 - 1572) qui r e m o d e l e r e n t t o u t e la d o c t r i n e . U n e a u t r e ecole
k a b b a l i s t iq u e , d ' o r i g i n e p o l o n a i s e , c o n t r i b u a a la fin d u X V I I l e s i è­
cle a af f i n e r t o u t le s y s t e me d e la p e n s é e e s o t e r i q u e juive. Enfi n, il
serait b o n d e m e n t i o n n e r aussi la K a b b a l e dit e « c h r é t i e n n e » qui
d a t e aussi d u X V e siecle et d o n t le p r e m i e r c h e f de file et p e re s p i ri ­
tuel fut un cert a i n Pic d e la M a r e n d o l e (1463-1494).

Les sociétés sécrétés kabbalistiques c onn ur e nt au Moyen
Age un rapide développement . Da ns le Midi de la France,
lors de la crise cathare, la Kabbal e prit un essor except ion­
nel: de nombreux foyers juifs etaient, en effet, établis dans le
périmètre de Na rbonne, Beziers, Lunel et Montpellier. N a t u ­
rellement les idees se p ropagèrent un peu partout, mais le
plus souvent par la voie souterraine. Des lors, la plupart des
groupes èsotèriques, n o t am m en t alchimistes, furent inities a
cette nouvelle «t radi ti on» juive.
La Kabbale serait la tradition orale que Moïse aurait reçu
en même temps que la Loi. C o m m e p ou r la maçonnerie, il y a
deux sortes de Kabbales: la « pra ti que », c’est-a-dire la
connaissance par la magie, et la «spéculative» qui n'est autre
que l'interpretation allegorique des textes sacres. La Kabbal e
a p o u r base les lettres et les chiffres de la langue hebraTque.
60

C h a q u e assemblage de lettres ou chiffres aurait un sens ca­
ché d ont il faudrait découvrir la signification. De même, la
Kabbal e utilise tout un systeme de symboles qui serait base
sur le nom divin de Dieu. Les lettres qui compos ent la Tara
«cont iendr ai ent » la création, c’est-a-dire les mysteres de
l'univers. Ainsi, le but de la Kabbale serait la connaissance
du m o n d e divin.
La Kabbal e est aussi une cosmogonie, doubl ee d ' un e a n ­
thropologie. La création serait nee à partir d ’un point pri­
mordial. Dieu, qui est l’inconnaissable et l’insaisissable, se
serait manifesté aux h om me s par un point-lettre primordial,
la lettre iota. De cette lettre, la plus petite de la langue hé­
braïque, sont dérivées les 22 lettres de l’al phabet hébreu ainsi
que les 10 sephiroth (palais) qui seraient les attributs du nom
divin. Les textes de la Genese, certains passages pro ph ét i­
ques d'Ezechiel ainsi que le Cant ique des Cant iques sont, à
l’aide des lettres et des sephiroth. interprétés en seconde lec­
ture. Le Kabbaliste procède en fonction de la valeur numéri ­
que des lettres a des permutations, ceci en vue de creer de
nouveaux mots. Ne devient pas Kabbaliste qui veut: une lon­
gue periode d ’etudes et d'initiation est nécessaire. Après
avoir traversé les «sept cieux», l'initie peut alors s'identifier
avec Y A dam K adm on, ou l’h om me initial. Ainsi, par le biais
de cette technique, l 'adepte de la Kabbale pense trouver la
vérité.
La Kabbale a non seulement j oue un très grand rôle dans
les sociétés ésoteriques medievales, mais elle a aussi forte­
ment influencé la plupart des précurseurs du rosicrucia­
nisme. Paracelse, par exemple, était un Kabbaliste
convaincu. De nos jours, la plupart des rosicruciens, en parti­
culier les membres de l’A.M.O.R.C., s’a d on n en t à la «mysti­
que des nombres», aut rement dit la Kabbale.
L es T em p liers

Le lecteur sera sans d out e etonne de voir figurer les T e m ­
pliers dans la liste (non exhaustive!) des sociétés initiatiques
médiévales. Mais leur rôle a ete a plus d ’un titre consi déra­
ble. Les Ordres Templiers furent, en effet, source d ’inspira­
tion p o u r tous les autres Ordres ésotèriques, not amment p our
ceux de la Franc-maçonneri e et de la Rose-Croix.
61

Les Templiers, ordre monastico-militaire, ont été créés vers
la fin de l’annee I I 19. Au début, et sous l'impulsion de ses
fondateurs Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer, les
Templiers s’appelaient «Pauvres Chevaliers du Christ».
Mais, par la suite, ils eurent l’occasion de s’enrichir... Sous la
protection de Baudouin II, sacre roi de Jérusalem, l’Ordr e
s'organisa très rapidement. Bientôt, il sera reconnu officielle­
ment en 1128 par ('Eglise cathol ique lors du Concile de
Troyes. Cette reconnaissance fut le début de la carrière ful­
g urante des Templiers. En peu de temps, ils accumulèrent
des richesses inouïes, mais aussi la jalousie et la rancoeur de
b ea u co up d ’autres. Cela n ’e m p è c ha pas les Chevaliers de
participer aux Croi sades et de se battre co ur ageus ement
contre les musulmans. Après bien des péripeties, le roi de
France, Philippe le Bel, s u p pr im a l’Ordr e en 1312 et leurs
biens furent confisques. La même annee, Cl ément V entreprit
lui aussi la dissolution de l’Ordre. Le Gra nd -Maî tre , Jacques
de Molay, et b e a u c o u p d ’autres Templiers furent con da mn e s
à être brûlés vifs. L'Ordre des Templiers n'existe plus
a u j o u r d ' h u i lu.
C'etait un Ordr e chevaleresque, monastique, mais aussi
initiatique. C ’est j us tement ce dernier point qui attire notre
attention. Il semblerait que les Templiers pratiquaient cer­
tains rites initiatiques dont les historiens ignorent encore
auj ou rd' hui les motivations exactes. Etaient-ils des gnosti­
ques? des Hermètistes? Le débat reste ouvert... Par contre, ce
que nous savons, c'est que le cérémonial d'entree des p os t u­
lants était a la fois très beau et e mprei nt de symbolisme. C ’est
surtout ce dernier aspect qui a séduit plus tard les francs-maçons et les rosicruciens de l’A.M.O.R.C. en quête de s y m b o ­
l i s m e " . L'impact des Templiers a d o n c été dans une certaine
mesure faible, du moins au niveau de la doctrine.
Ainsi donc, ce bref historique de quelques sociétés secrètes
mediévales était, a notre avis, nécessaire. Nous co mpr eno ns
mieux que la «ferment at ion» des ordres occultes due au croi­
sement des deux civilisations occidentale et orientale a ète le
10 Les neo-templiers d'aujourd'hui n'ont aucune filia tio n , directe ou in d i­
recte, avec ceux d'autrefois.
11 Le 27e grade maçonnique est celui de «G rand Commandeur du Tem ­
ple».

62

point de départ de la nouvelle vague êsoterique des siecles a
venir. Le Moyen Age a do nc été la période decisive qui a vu
l'éclosion de toutes les formes d ’occultisme que nous
connaissons présentement.

63

C H A P I T R E I II

Les précurseurs du rosicrucianisme
La Rose-Croix n'a pas ete un mouvement spont ané, mais a
été le fruit d ’une lente évolution a travers les siècles. Les s o­
ciétés secrètes de l’e poq ue médiévale avaient depui s l ong­
t emp s prépare le terrain au «mysticisme» rosicrucien. Certes
des hommes c omme J oachim de Flore, Jan van Ruysbroeck
ou Maître Eckhart appa rt en ai en t encore à cette é poq ue du
Moyen Age, mais ils ont, en quel que sorte, anticipé les futurs
courant s de pensée; ils ont été en avance dans le temps et,
pourrait-on dire, ils ont été considérés c o mm e des prophètes.
Leur héritage a été recueilli après bien des siècles et l’on peut
ecrire, sans l 'ombre d 'u n doute, que la Rose-Croix est nee de
tous ces boui llonnement s d ’idees nouvelles.
J o a c h i m d e F lo r e

Fils de parents aises (son pere était notaire), ne en I 132 à
Celico en Calabre, J oachim de Flore est général ement consi ­
déré pa r les historiens c o mm e étant l’un des premiers, sinon
le premier, précurseurs de la Rose-Croix. Paul Arnold,
l’a ut eur de l’ouvrage de reference Histoire des Rose-Croix af­
firme en effet que Joachim de Flore fut avec T ho m a s a Kempis «le prototype de Christian R os en k re u tz » '.
Très jeune, il en tre prend ra un voyage en Terre Sainte. Ac­
com pa gn e de serviteurs et d ’amis, il n ’a q u ’un seul but: joui r
de la vie. Mais, pr oba bl ement à la suite d ’une grave maladie
epidemi que, il est miraculeusement guéri et, dés lors, prend
la décision de renoncer au mo nd e p ou r se d o n n e r tout entier
a Dieu. A partir de la, on se per d en conjectures: a-t-il rega­
gne son pays aussitôt après sa guérison ou bien a-t-il conti­
nue son voyage? Paul Arnold, lui, pense q u ’il a poursuivi
tout seul son pèlerinage. On raconte q u ’un matin, dans une
grotte du Mont Tabor. il eut la grâce de recevoir l'illumina­
tion. Puis, il regagna sa Cal abre natale p o u r se retirer dans la
1 P. A rnold, H istoire des R o se -C ro ix , p. 118, Mercure de France, 1955.

64

solitude la plus complété et y c omp os er ses principales
oeuvres.
La doctrine de Joachim de Flore dite de «l'Evangile Un i ­
versel» n'a en soi rien d'extraordinaire. Seuls quelques points
c o mm u ns avec la Fama, l’un des premiers manifestes rosicru­
ciens. Son anticléricalisme, son désir de voir les «choses spi­
rituelles» révêlees aux «petits» et la forme apocal ypt ique de
ses oeuvres font penser effectivement a la Fama.
La Fama Fraternitatis p a r u e en 1614 est le d e u x i e m e o uv r a g e r o ­
s i cr u ci e n. le p r e m i e r é ta n t la Reformation Universelle. La Fama est
u n e «l et t r e o u v e r t e » a d r e s s e e a ux « s a g e s » et au x « c o e u r s fi deles».
L ’o u v r a g e se divi se en d e u x p a r t i e s : la b i o g r a p h i e d e C h r i s t i an R o ­
s e n k r e u t z 2, « f o n d a t e u r » d e la Ro s e - C r o i x, et sa d o c t r i n e . Le t h e m e
de ce petit o p u s c u l e (15 p ag e s s e u l e m e n t ! ) est la C o n n a i s s a n c e d e
D i e u et d e la N a t u r e . L ’h o m m e d o i t a v a n c e r vers un seul et m ê m e
bu t qui est d e b i en c o n n a î t r e s on st at ut d ’« h o m m e - m i c r o c o s m e » et
d e r e d é c o uv r i r le « G r a n d Ar t » , c ’est -a-di re l’A l ch i m i e divine.
A u t r e m e n t dit, l ' h o m m e d o i t a s p i r e r a r e t r o u v e r l ' h a r m o n i e p e r d u e .
Sa n s e n t r e r d a n s les détai ls, r e c o n n a i s s o n s q u e l' i n f l u e n c e de la
K a b b a l e et d e Par a ce l se est évi de nt e . Les idees, le v o c a b u l a i r e et les
t h e m e s t h e o g o n i q u e s et c o s m o g o n i q u e s s' y refletent d un e ma n i é r é
écl a t a nt e . S a ns e xa g e r e r p o u r a u t a n t , la Fama n ' a ete q u ' u n plagi at
k a bb al i st i q ue et p a r a c e l s i en a u q u e l o n a a j o u t e q u e l q u e s t o u c h e s
h i s t o r i qu e s o u p er s o n n e l l e s . En s o m m e , u n p a q u e t mal ficele mais
qui p r é s e n t e bien!

J oachim de Flore pratiquait avec un art co ns omme l'allegorie et l’exegese arithmologique! Entre autres, il avait a n ­
no ncé p ou r 1260 le début du «sixieme âge», c'est-a-dire le
«gra nd repos» ou la «venue du Saint-Esprit». Ses idees, il
faut le reconnaître, ne sont pas tombees dans l’oubli,
p u i s qu ’elles seront recupèrees par la suite. Ainsi, par sa vie et
par sa pensée, et sans le vouloir vraiment, J oachim de Flore a
suscité, bien des siecles plus tard, des disciples, mais aussi un
mouv emen t appele «Rose-Croix»...
T o m m a s o C a m p a n ella
U n des dis ci pl es les p l u s fideles d e J o a c h i m d e Flor e fut T o m ­
m a s o C a m p a n e l l a . Il n a q u i t en 1568 d a n s le petit village c a l a b r ai s
2 N ous la relaterons au début du chapitre suivant.

65

d e Stilo. A I'àge d e q u in z e ans, il fut a d m i s a u coll ège d u c o u v e n t de
C o s e n z a . Bientôt, grâce à s o n i nt el l i gence s u p é r i e u r e a la m o y e n n e ,
il a c q u i t de b o n n e s c o n n a i s s a n c e s littéraires et p h i l o s o p h i q u e s . Puis,
il qui t ta le c o u ve n t et se mit a p a r c o u r i r l' Italie. Il faut dire q u ’entr et e m p s , il avait d é c o u v e r t un e a u t r e p h i l o s o p h i e f o n d é e s u r l ' « e x p e r i ence s ens i bl e». Ses idees j u g e e s « e n t h o u s i a s t e s » lui v a l u r en t de
tr ès sér i eux e n n u i s d e la p a r t d e s t r i b u n a u x d e l ' i n q ui s i t i on . Arr e t e
p l u s i e u r s fois, il passa vi ngt -sept a n s d e sa vie en p r i so n et fut à p l u ­
si eurs repr ises t or ture. C ’est a u c o u r s d e ces d o u l o u r e u s e s capt i vi t és
qu' il écrivit la Cite du Soleil. En f i n , il fut libéré en 1629 et se retira a
A i x - e n - P r o v en ce o ù il m o u r u t en 1639.
Si la Ciie du Soleil est un r o m a n u t o p i q u e qui e x p r i m e sa c o n c e p ­
t i on d e l ' Et at i déal , C a m p a n e l l a d ' u n a u t r e c ô t e s ’est e v e r t ue a
c o n c i l ie r les sci e n c e s e x a ct e s et les d o g m e s de l’Egli se r o m a i n e ave c
l ' oc c u l ti sme ! C ' e t a i t en q u e l q u e s o r t e u n vaste sy n c r é t i s me d a n s le­
q uel les o p p o s e s e x t r ê m e s a v a i e n t l e ur place. Sa p h i l o s o p h i e universaliste, ses idees d é m a g o g i q u e s o n t c e r t a i n e m e n t ete un filon p o u r
les f ut ur s discipl es de la R o s e - C r o i x qui , n o u s le ve r r ons, rê va i e nt
t o u t s i m p l e m e n t d ' u n e R e f o r m e Uni ve r s e l l e , s i n o n m e m e d ' u n Etat
i dyl li que.

M a ître Eckhart

J o h an n Eckhart, dit Maître Eckhart, est né aux environs de
1260 à Hochhei m (Thuringe) dans une famille de petite n o ­
blesse. A l’âge de dix-huit ans, il entra c omme novice dans le
couvent domi nicai n d' Er furt d ' o u il fut envoyé a Cologne
p o u r etudier les sciences et la theologie. En 1293, il est rec­
t eur au couvent Saint-Jacques à Paris, puis, en 1298, il re­
t ourne a Erfurt et exerce la fonction de prieur. Il fait un n o u ­
veau séjour en France où il croise le fer avec les idees de
Du n s Scot, mais pas pour l ongt emps car il est expulsé du
pays. Apres diverses péripeties (un troisième séjour en
France, un ministère de prédication à Strasbourg), il revient à
Col ogne pour d o n ne r un enseignement t heologique et s ur­
tout mystique dans des c om m u n a u t é s de religieuses. Sa t h eo ­
logie, à vrai dire très particulière, lui vaut des ennuis de la
part de I’archevèque. Une longue periode de controverses as­
sombrit les dernieres années de sa vie. At taqué par la hi érar­
chie religieuse, il se defendra pied a pied. Maître Eckhart
meurt en 1327, vraisemblablement à Avignon ou le p ape Jean
X X I I l’avait invite à s'expliquer.
66

L'oeuvre de Maître Eckhart est difficile à cerner. Ses écrits
en latin et surtout en al lemand sont relativement peu n o m ­
breux; tous, cependant , expriment une pensée tantôt mysti­
que tantôt panthéiste. Le Hou thèologique est évident à plus
d ' u n titre. Maître Eckhart est-il ou non un mystique qui s ’est
égaré dans les meandr es de la haut e spiritualité? Peut-être,
les occultistes et les rosicruciens considèrent Maître Eckhart
c omme l’un des leurs. Nous retrouvons, en effet, dans
l’oeuvre du mystique all emand quelques themes chers aux
partisans de l'occultisme, entre autres le fait de considérer
Dieu c omme le «Di eu créateur et trinitaire» (Gott) et aussi
c o mm e une essence prim ordiale, c omme une «Deité» (Gottheit): Maître Eckhart estimait aussi que le fond de l’âme était
«increé et increable». Il croyait également à la doctrine dite
«d e l’archetype». 11 admettait que la creature était un être
double, un être virtuel en Dieu et un autre qui est reel et
concret sur la terre. L’h o m m e (terrestre) pouvait etre rattaché
a Dieu pa r son archétype! La doctrine eckhartienne, on le
constate, déviait sur quelques points fondament aux. Le m o ­
nisme, ce terrible danger qui guette tous les mystiques, était
d on c bel et bien present dans le systeme de pensée de Maître
Eckhart. Nous c om pr e no ns mieux mai nt enant pourquoi les
rosicruciens tentent de recupérer a leur profit l’héritage de
celui qui fut l’un des plus grands mystiques de son temps.
J a n van R u y s b r o e c k

J an van Ruysbroeck vit le j o u r en 1293 dans un petit vil­
lage auj ou rd' hu i englouti par les faubourgs de Bruxelles.
C'etait un garçon qui préférait la solitude dans la nature aux
etudes savantes, bien que son oncle qui était chanoine le for­
çat quel que peu a a p pr e nd re la grammaire! Cep en da nt , il e n­
treprit des études de theologie et de latin et en 1317 devint
pretre. Pendant vingt-cinq ans, il exercera son ministere a
Bruxelles.
Ruysbroeck s’est rendu célébré par la publication de ses
ouvrages dont certains ont acquis une très grande notoriété
parmi lesquels Les Noces spirituelles et La Pierre brillante.
Mais en 1343, il se retire avec son oncle et un autre c o m p a ­
gnon dans l'ermitage de Gr oenendael . La, dans les solitudes
des forêts, il écrit de nouvelles oeuvres littéraires. Sa r en om­
mée s’établit très rapidement el des milliers et des milliers de
67

personnes feront des pelerinages p our voir ce personnage e x­
traordinaire. Il mourut a un âge avance en 1381.
La personnalité et la spiritualité de Jan van Ruysbroeck
appellent quelques réflexions, d ' a u t a n t que la Rose-Croix a
b e a u c ou p de s ympathie p our lui. C a r Ruysbroeck était un
mystique hors du c o mm u n et no mb re de ses écrits traduisent
cette sensibilité mystique et spirituelle. Son vocabulaire, reconnaissons-le, prêtait a c o n f u s i o n 3, mais il a tout fait pour
dissiper les malentendus. C ’est precisement cette imprécision
d'ecriture qui amen era les premiers rosicruciens à e mpr unt er
sa terminologie. C'est en tout cas l'avis de Paul Arnol d: «11
( Ruysbroeck) s’y a d o n n e a la méditation, y connaît les joies
de l'extase et y écrit ses meilleurs livres, no tamment VOrne­
m ent des Noces Spirituelles dont le titre et le theme, le mythe
mis a part, rappellent ét rangement les Noces Chymiques (s pi ­
rituelles) d ' A n d r e a e 4.» 11 est bien évident que Jean-Valentin
An dr e ae connaissait bien les oeuvres de Jan van Ruysbroeck
et q u ’il n ’a eu auc un scrupule à les re prendre pour son
compte. Une fois de plus, l’histoire montre bien que la RoseCroix est nee sur un vaste assemblage de faits ou d ’oeuvres
isoles et pris au hasard des circonstances.
N i c o l a s F la m e l

Ne en 1330 près de Pontoise, Nicolas Flamel est certaine­
ment l'un des personnages les plus mystérieux que le mo nd e
ait connu. La legende s'etant emp ar e e de lui, des dizaines et
des dizaines de personnes ont raconté à son sujet des propos
fabuleux. Et ce n'est pas p our rien que les disciples de la
Rose-Croix ont b e a u co u p d 'a dmi ra t ion p o u r lui.
Nous ne savons rien de son enfance, ni de sa jeunesse.
Très tôt, cependant , il est venu a Paris travailler comme écri­
vain public, tout près de l'eglise de Saint-Jacques-la-Boucherie. Il avait fait a up ar av ant un rêve très étrange au cours d u ­
quel un ange lui avait montre un livre extraordinaire. Avec
l'aide de sa j eun e epouse n o m m e e Pernelle, Nicolas Flamel
«découvrit» en 1357 un manuscr it sur ecorces d'arbres avec
t oute une serie de dessins et de caractères symboliques signe
par un certain « A br a ha m le Juif»!
' Une expression comme «etincelle de Came» pouvait bien avoir deux
sens, un sens chretien el un sens alchimique.
J P. Arnold, ibid.. p. 124.

68

Ne parvenant pas a déchiffrer ces mystérieux signes, le
coupl e décidé de faire un pèlerinage à Saint-Jacques-deC o m p o s t e l l e 5. Là, ils rencontrent un certain Maître Canches,
un juif, qui leur fournit les secrets de l’interprétation. De re­
tour en France, ils obtinrent, dit-on, la premiere t rans mut a­
tion le 17 j anvier 1382. Grâ ce a cette «découvert e», le couple
Flamel devient fortuné et fait de très nombreuses donations:
hospices, hôpitaux, églises (Saint-Jacques-de-la-Boucherie),
etc. La legende affirme qu'ils avaient découvert l'elixir
de longue vie. En at tendant, l'histoire prouve que Dame
Pernelle est decedèe en 1397 et son illustre mari le 22 mars
14186.
La vie de ce couple d'alchimistes, mais surtout toute la le­
gende qui s 'e mpa ra d'eux, captiva des générations et des gé­
nérations d ' h o m m e s et d ’apprentis inities. Leur influence a
été dét er minante a bien des égards. Tous les alchimistes se
reclameront d'eux et de leur oeuvre. Tous les occultistes et
les rosicruciens pensent sincerement que les Flamel, surtout
lui, ont ete les véritables précurseurs de 1' « A rt Royal» et les
premiers a avoir réalisé le « G r a n d Oeuvre». Mais, comme
leurs secrets n'ont pas ete divulgues, toute une a r ma d a de
«chercheurs» se sont naturellement lances sur leurs traces et
c ’est ce qui, explique l'engouement alchimiste de la RoseCroix a travers les âges.
T h o m a s a K e m p is

Thomas a Kempis, de son vrai nom Thomas Hemerken, est
ne en 1380 a Kempen en Rhenanie. Il s'engagea très tôt, a la
suite de son frère, dans la vie monastique. En 1414, il est or­
d on n é prêtre, puis devient sous-prieur et maître des novices
au monast ère du Mont Sainte-Agnes de Zwolle. Il meurt en
1471, a un âge très avance. Th o ma s a Kempis est sans doute
l' auteur de L Im itation de Jèsus-Christ. un ouvrage de piete
qui a con nu un immense succès littéraire.

5
Beaucoup d 'histo rie ns pensent q u 'ils n'ont pas tait le voyage. Saint-Jacques-de-Compostelle serait l'une des «etapes sym boliques» pour la réalisa­
tion de la «P ie rre philosophale».
" Ce qui n'a pas empeche de croire que Nicolas et Pernelle Hamel etaient
des im m ortels. I ls auraient ete vus aux Indes en 1761!

D' ou son su r no m «a Kempis».

69

Th o ma s a Kempis était un moi ne qui n ’a j amai s pratique,
de près ou de loin, l'occultisme. Pourtant son nom est fré­
q ue mm en t cite par les rosicruciens. C o m m e n t expliquer cette
anomal i e? Paul Arnold nous d o n n e la réponse â ce dilemme:
« T ho m as vécut a ppr oxima ti veme nt aux dates assignées a
Christian Rosenkreutz: né en 1380 (Rosenkreutz «naî t» en
1378), il entre au couvent de Sainte-Agnés en l'an 1400 (I’annee même ou Rosenkreutz est cense revenir d'Orient et se re­
tirer dans une solitude de cinq ans en Allemagne), et il meurt
à l'àge de 91 ans en 1471 (Rosenkr eut z meurt à 106 ans en
1484)".
Ainsi, les biographies de Joac hi m de Flore et de T ho ma s a
Kempis ont certainement inspire Jean-Valentin Andreae, le
«créat eur» du per sonnage myt hique Christian Rosenkreutz.
Nous nous apercevons mai nt en an t et de plus en plus que la
Rose-Croix est en fait une pure invention, nee dans l'imagi­
nation de certains illuminés en quêt e d'Absolu.
P a ra celse

Theophr as tus von Ho he nh ei m, alias Paracelse, est ne en
1493 a Einsiedeln (canton de Schwyz, Suisse). Ce fut un célé­
bré d oct eur - ne fut-il pas s u r n o m m é le « Lu th er de la m é d e ­
c ine»? - mais surtout un redoutabl e occultiste. Il était un ex­
pert en Kabbal e et en Alchimie, mais aussi, dans une m o i n ­
dre mesure il est vrai, en Astrologie.
Né dans une famille noble d'origine souabe, Para cel se’ e n ­
treprit très tôt, avec l’aide de son pére. qui était lui-méme m é­
decin, des etudes medicales. Par la suite, en 1510, il a p p r o ­
fondira ses connaissances a l’Université de Bâle. Parallèle­
ment a ses études, il fait connais sance avec un personnage
p o u r le moins dout eux, l’abbe Trithème, qui était à la fois bé ­
nédictin et occultiste! Paracelse est alors initie a toutes les
sciences occultes: Alchimie, Kabbale, Hermetisme, etc., ainsi
q u' au grec et a l’hebreu.
Après cela, il ent reprend un voyage qui durera n e u f ans. Il
devient le « me dec in -v ag ab on d» de l 'Europe. Il s'arrête un
m oment en Italie et il décroché son d ipl ôme de d oct eur en
medeci ne â Ferrare. Puis, il retourne à Bâle ou il sera n o mm e
8 P. Arnold, ihid., p. 130.
* De Para-Celse, medecin d'Auguste.

70

en 1527 professeur à la chaire de médecine et de chirurgie de
l’Université. Mais son enseignement, plutôt non orthodoxe,
lui vaut des ennuis et il se trouve dans l’obligation de quitter
sa charge. De nouveau, il mène une vie errante, soignant ici
et là les malades qui se présentent à lui, cherchant à repandre
ses enseignements. Finalement, Paracelse, épuise par cette
vie aventureuse, mourra pré ma turémen t en 1541 à l’âge de 48
ans â Salzbourg.
Si sa vie a ete courte, son oeuvre et son r ayonnement ont
été considérables. La Rose-Croix, en particulier, est large­
ment tributaire de la pensee de P a ra c el s e10. C'était un p a n ­
théiste convaincu. Gabriel Müt zenberg rapport e les obj ec­
tions que lui adressaient ses adversaires: «Ses idées sont
folles. Il conf ond l’h om me avec l’Univers. Tout ce qui existe,
p o u r lui, possède une àme: les ani maux, les plantes, les
pierres, les métaux, les aut re s" . .. »
Paracelse a ete le pere spirituel de Samuel H a h ne ma nn
(1755-1843), le f onda te ur de l’homeopat hi e. Reprenant les
theories d ’Hippocrate, Paracelse a développé en vertu de ses
pré supposés monistes la «loi de la similitude» qui est, ne
l’oublions pas, le concept de base de l’homeopat hi e. Mais sa
médecine n'etait pas seulement h oméo pat hi qu e, elle était
aussi occulte. Il pratiquait le magnétisme, la telepathie et il
prétendait guérir à distance. Les nombreus es guérisons qu'il
a obt enues etaient-elles seulement d 'o r dr e t hérapeut ique? Le
d out e subsiste a ce sujet. D ’aut ant plus qu'il était un fervent
alchimiste. Il croyait entre autres à la doctrine de Vhomunculus, c'est-à-dire qu'il pensait creer artificiellem ent un être h u ­
main! Dans son livre intitule De Naturel Rerum , il explicite
c om m en t il faut faire: on putréfié du sperme dans un a lam­
bic, puis au bout de q u ar an te j ours apparaî tra une forme
d ’ètre humain... C ar le f ondement de sa medecine était celle
de l'Hermèt isme et de l'Alchimie; de même sa cosmogonie et
sa philosophie s'inspiraient nettement de ces sources.
Paracelse a été incontestablement l’un des précurseurs du
rosicrucianisme les plus en vue. Gabriel Mützenberg a fort
bien résumé ce que fut ce personnage hors du c ommu n et
10 Les idees exprimees par la Fam a sont très proches de celles de Paracelse.
11 G. Mützenberg, Oeatm enism e. A lchim ie et Poesie. p. 101. Labor et
Fides, 1966.

71

surtout son attirance vers l'Ahsolu: «Il a cherché la sagesse.
Il s'est plonge dans la cont empl at ion de la nature, oeuvre de
Dieu, et de sa loi. Il a dessine, c o mm e dans ses fameux « P r o ­
nostics», la rose de la perfection au milieu d ' un e c ou ro nn e
que s urmont e l'embléme de la c r o i x 12.» La rose et la croix,
symboles de la perfection et de la souffrance, se retrouvent
deja chez Paracelse. N ’est-ce pas la une préfiguration du r o ­
sicrucianisme?
Jacob Bohme

Né en 1575 à Alt-Seidenburg, près de Gôrlitz, dans une f a ­
mille assez aisée et de confession lutherienne, Jacob Bôhme
après des etudes primaires fit un apprent issage chez un fabri­
cant de chaussures. Aussitôt après, il ent reprend un long
voyage dont l'itineraire n'est pas conn u avec certitude (Silesie? Bohême?). En 1594, il se fixe à Gôrlitz, prend un c o m ­
merce de cordonnerie, devient citoyen de la ville et se marie
avec la fille d 'u n b ouche r: de cette union naquirent quatre
fils.
J ac ob Bôhme i n dé p e n d a m me n t de son metier se passionne
p o u r la métaphysique. C ’était un grand lecteur de la Bible,
mais aussi un connaisseur du gnosticisme neo-platonicien. A
l 'ombre de son magasin, il a dev el op pe tout un système ph i­
l osophi que et theosophi que. Le point de départ de sa carrière
«myst ique» remonterait a l'an 1600, date qui correspondrait
a une experience p e r s o n n e l l e 1’. Sa «conversion», ou plutôt
son «illumination», aurait d o nc ete décisive p our la suite de
sa vie et de son oeuvre l4. Sa pensée est très compliquée. Pour
lui, tout vient de Dieu et tout doit retour ner à Dieu. L’action
de Dieu qui est celle du Bien ne peut se realiser que par son
contraire, le Mal. Les forces d u Bien et du Mal qui se c o m ­
battent hors de sa présence seraient de ce fait «har moni sées »
par Dieu qui, lui, serait le principe de tout. Ainsi, la notion
du Dieu trinitaire et trois fois saint se trouve reduite à celle
d ' u n arbitre! Sa mort survenue en 1624 n ’arrêtera pas la p r o ­
gression de ses idees. Ses disciples recrutes dés l'annee 1610
12 G. Mützenherg, ibid., p. 112. C’est nous qui le soulignons.
' 1Au cours de sa visio n, il aurait contemple le «centre de la N ature» et la
«lum ie re de l'essence d ivine».
14
Son premier livre D e signature! rerum aurait ete écrit par «in sp ira tio n
d ivine ».

72

vont p ropa ger en Allemagne et en Angleterre ses doctrines.
La Rose-Croix, bien qu'elle ait vu le j o u r en 1614, a sans
d ou te utilisé des écrits de J acob Bôhme. N ’oublions pas que
sa r e nomme e était très gra nd e en Allemagne et que ses idees
se répandi rent très vite.
Et e n c o r e ...

No us pourrions encore men ti onn er b ea u c ou p d'autres pr é­
curseurs tels que Roger Bacon (1214-1294), Dante Alighieri
(1265-1321), Jean Bourre du Plessis (1425-1500), Cornélius
Agrippa (1486-1535), Bruno G i o r d a n o (1548-1600), et bien
d'autres encore. Quoi qu'il en soit, le rosicrucianisme qui va
naître au X V I I e siècle est le fruit du travail de la plupart de
ces hommes. Durant tout leur pèlerinage terrestre, ils ont
consacré toutes leurs forces a un idéal certes louable, mais
utopique. Le probl ème du Bien et du Mal, l’existence du
pèche, de la maladie et de la mort ont ete p our eux des p ro­
blèmes insurmontables. Maigre tout, et c om me leurs succes­
seurs, ils ont tout essaye p o u r parvenir a l'Absolu, a la Vie, à
Dieu. Mais le résultat est a u j o u r d ’hui evident et bien déc e­
vant, et tout aussi tragique q u ’autrefois: non seulement la si­
t uation est la même, mais il semble bien que l’obscurantisme
religieux et occulte soit pire q u ’a upa rava nt et que la
« C o n na is s an ce » esoterique n ’ait pas fait b e a u co up de p r o ­
grès. D ’ou vient l’h o m m e ? Où va l ' ho mm e? Telles sont les
perpetuelles questions que l ' humani te se pose. Tant que les
h om me s s ’obstineront a chercher en eux-memes et par euxmèmes, la Vérité leur sera toujours voilee et cachee. Mais, si
le voile est leve et si l’h o m me reconnaît la vanité de ses pro ­
pres efforts, alors une Lumière, une tout autre Lumiere, celle
de Christ, pourra t ranspercer les tenèbres du coeur humain et
la Vérité, c'est-à-dire la veritable connaissance de Dieu, du
Dieu rèvele par la Bible, pourra enfin se manifester en
l’h o m me et dans le monde. Alors Dieu sera vraiment glorifié.

73

C H A P I T R E IV

Histoire des Rose-Croix des
origines à nos jours
La R o se -C ro ix au X V I I e siècle
1. Christian R osenkreutz
Les origines de la Rose-Croix sont obscures et mysté­
rieuses. Il y a, en effet, plusieurs hypotheses sur la per sonne
du f on da te ur présumé de l'Ordre. ou plutôt des Ordres a c­
tuels, Christian R o s e n k r e u t z 1. Cert ai ns affirment, c omme
Max Heindel, que ce mystérieux per sonnage aurait réelle­
ment vécu de 1378 à 1484, soit 106 ans! Si l'on en croit la m y­
thologie R + C, Rosenkreutz aurait ete un savant allemand,
d'origine catholique - mais il aurait a b a n d o n n e la foi -, un
grand voyageur et un passionné de sciences occultes (magie).
Après un séjour à Damas, il aurait ete initie aux «grands se­
crets de l'Univers». De retour en Allemagne, il aurait fonde
un cloître et, avec l’aide de quel ques comp ag no ns , il aurait
entrepris, sans succès semble-t-il, un projet de «Refo rma tion
Universelle». A partir de ce moment-la, nous ne savons plus
rien du personnage, encore moi ns de son p r o j e t 2.
Par contre, la pré te ndue découvert e du t o m be au de Chr is ­
tian Rosenkreutz cent vingt ans après sa «mort », soit en
1604, si l’on en croit les «hi storiens» rosicruciens, d o n n e le
signal de la «nai ssance» de l’Ordr e de la Rose-Croix. En ef­
fet, outre la découverte du corps du «Maî tre», les «disciples»
y trouvent le Livre Symbol ique écrit sur un parchemin, d ' i n ­
nombrabl es objets rituels - des miroirs, des lampes allumees,
des «chants artificiels» (une machi ne parlante?), et aussi une

’ Rosen-KLreuz sig nifie «C ro ix de Ro se » ou «R o se -C ro ix ».
- L 'h isto ire de C hristia n Rosenkreutz est a rapprocher, nous l'avons deja
vu. avec la vie de Joachim de Flo re : naissance en Europe, voyage et illu m i­
nation en Orient, retour en Europe et création d'une nouvelle communauté
religieuse.

74

quantité de livres d'occultisme, n o t am m en t le Vocabularium
m agique de Paracelse.
No us sommes là, a p p a re mm en t , en plein mystere. C ar il
est a bs ol ument impossible que Rosenkreutz ait con nu Para­
celse. En effet, com me nt expl iquer la présence d' un livre de
Paracelse près du corps de Rosenkreutz, mort neuf ans avant
la naissance du médecin suisse? La réponse a ce dil emme est
très simple: Christian Rosenkreutz est un per sonnage myt hi ­
que, nè dans l'imagination du cr eateur de l 'Ordre de la RoseCroix, Jean-Valentin A n d r e a e 3 (1586-1654). Celui-ci est gé­
nér alement considéré par la pl upart des historiens sérieux
c om me le f ond at eur des Sociétés rosicruciennes c o n t e m p o ­
raines.
2. Jean-V alentin A ndreae et les Noces Chymiques
Fils et petit-fils de p a s t e u r 4, il connaît une enfance diffi­
cile, et surtout le d é n ue me n t matériel, ses parents n'etant pas
riches. Il étudié la theologie de 1601 a 1607 à l'Universite de
Tubingen, tout en s'initiant a la philosophie, à l'astronomie,
aux mat hémat iques et aux... sciences occultes! Peu a peu, il
devient un passionné d'alchimie, d ’astrologie et d'èsotérisme
p s e u d o- c hr et i e n 3.
Après avoir obtenu son di pl ôme de m agister, il est impli­
qu e dans une affaire de moeurs et perd aussitôt sa charge
d'officiant. De 1607 a 1612, il voyage a travers l’Europe. Fati­
gue et malade, il revient à Tubingen. En 1614, il est enfin
no mm e diacre.
C'est d ura nt cette meme année, a Casse! puis a Strasbourg,
qu e la Rose-Croix se rèvele p o u r la première fois au grand
public par la publication d 'u n manifeste a n on y me intitule La
R eform ation Universelle (Allgem eine und General Reform a­
tion), suivi de la Fcima Fraternitatis Roseae Crucis. En 1616
3 Jean-Valentin A ndreae devait bien connaître l'h isto ire de la vie de Joachim de Flore. S 'e st-il inspire de lu i pour ecrire les N oces Chym iques ? C ’est
très probable, vu le nombre eleve de la its concordants.
4 Son grand-pere, Jacob Andreae, surnomme le «L u th e r du Wurtem­
berg», collabora a la rédaction de la «Fo rm u le de Concorde» parue en 1580.
5 Le pere sp iritu e l d'Andreae semble avoir ete .lohannes Arndt
(1555-1621), célébré alchimiste. D'autres mystiques tels que Maître Eckhart
ou Ta u le r exercerent une influence néfaste su r Andreae. C itons aussi Tom maso Campanella. l'auteur de L a C ite du S o le il qui a sans doute insp ire A n­
dreae.

75

paraît a Francfort la Confessio Fraternitatis et a Strasbourg
un livre de 146 pages, Les Noces C hym iques de Christian Rosenkreuti. Le succès de ces écrits fut considérable, «les réédi­
tions, commentaires, pa mphl et s se d én om br a ie nt à 400 titres
environ p our les seules annees 1614-1620»6.
Les Noces Chymiques, t r o i s i ème écrit p r o t o r o s i c r u c i e n et s a n s
d o u t e le p l u s i m p o r t a n t , est un r o m a n « a l c h i m i q u e » , d e style feeriq ue , ma i s t r uffe d e s y m b o l i s m e o ccul t e. L ’hi s t oi r e s ’e t e n d s u r sept
j o u r n é e s et n ou s r a c o n t e les p e r i pe t i es d u v o ya g e de C h r i s t i a n Rose n k r eu t z . Le s a m e d i , veille d e P â q u e s , R o s e n k r e u t z reçoi t la visite
d ' u n a n g e qui l' invite à p a r t i c i p e r a d e s « n o c e s roya l es». A v a n t de
r e p o n d r e a f f i r m a ti v e me n t , il veut s a v o i r s'il est d i g n e de p a r t i c i p e r a
u n tel v oy a g e : la r e p o n s e . f a v o r ab l e , lui vient s o u s la f o r m e d ’un
rêve. Ainsi ras sure, C h r i s t i a n R o s e n k r e u t z , qui est â ge d e 81 a ns, e n ­
t r e p r e n d ce l ong voyage. C e p e l e r i n a g e est p a r s e m e d e gr o s s es di f fi ­
cult és. C h a q u e j o u r , en effet, le viei ll ard se s o u m e t a t ou t e s sortes
d ’e p r e u ve s qui ont , d u m o i n s p o u r celui qui a écrit cett e histoi re, v a ­
l e ur s y m b o l i q u e et i ni ti ati que. Les e s c a l ad e s , les m o n t e e s d ’escal i er
ou a l’echel le, etc., se s u c c e d e n t à u n r y t h m e s o u t e n u . F i n a l e m e n t , et
a p r è s d e s e p i s o d e s p o u r le m o i n s bi z a r r e s, il p a r v i en t a p a r t i c i p e r
e nf i n au r e p a s royal , ma i g r e u n e fa u t e q u' il avait c o m m i s e e n t r e ­
t e m p s . En d é pi t d e cette e rr eur, C h r i s t i a n R o s e n k r e u t z p e u t q u i t t e r
le P ar a d i s p o u r r e t o u r n e r d a n s sa « P a t r i e » , a u t r e m e n t dit la terre.
Le s c h é m a de ce « r o m a n » et d e s a u t r e s écrits r o s i c r u c i en s est,
c o m m e le s o u l ig n e j u s t e m e n t B e r n a r d G o r c e i x , c l a s s i q u e : « L a visite
d ’un c h a t e a u my s t é r i eu x o u se d é r o u l e n t des e v e n e m e n t s f a b u ­
l e u x » ' . L' enj e u d e ce récit i m a g i n a i r e est c o n s i d é r a b l e , c a r o u t r e sa
p o r t é e n e t t e m e n t o ccul t e, s o n s y m b o l i s m e est r e v e l a t e u r d e l' etat
d'esprit de Jean-Valentin Andreae, son auteur: Christian Rosenk re ul z a d e s o n « v i v a n t » g o û t e les fruits d e l ' et erni te m a i gr e s on état
d ' h o m m e p ê c h e u r en p a r t a g e a n t le r e p a s d u Roi. C' es t ce q u e J e a n Pierre Ba y a r d me t e x c e l l e m m e n t en e v i d e n c e : «... R o s e n k r e u t z ,
l' élu, a p u c o n t e m p l e r ce q u e les a u t r e s h u m a i n s ne p e u v e n t r e g a r ­
der. Il ne p eut être p u n i : a p r è s a v o i r g o û t e a l' eternite, a vo i r p é n é t r é
l ' i n c o m m u n i c a b l e , il r e t o u r n e d a n s le m o n d e p h y s i q u e c a r m a i n t e ­
n a n t il do i t t r a n s m e t t r e 8.» Le m e m e a u t e u r a j o u t e : « C e récit, est
l ' al legor ie d ' u n e e p r e u v e i ni t i at i qu e a v e c les d e g r e s successif s d e la
" J.-P. Bayard. L a Sym bolique de ta R o se -C ro ix , p. 23. F.d. Pavot, Paris.
1975.
B. Gorceix, L a Bible des R o se-C ro ix, p. X X X IV , I l est fort probable que
H. Spencer Le w is s ’est référé aux premiers écrits rosicruciens pour ju s tifie r
sa propre initia tio n dans le Fra ie r D onjon de Toulouse.
8 J.-P. Bayard. ibid.. p. 54.

76

r e c h er c h e d e la p a r o l e p e r d u e , l ' a p p r o c h e d e l ' i l l umi na t i o n totale
a p r è s u n difficile c h e m i n d u s a l u t 1'.» N o u s c r o y o n s , p o u r n o t r e part,
q u e l ' hi stoi re m y t h i q u e d e C h r i s t i a n R o s e n k r e u t z laisse croi re q u e
l' on p e u t êt r e s a u v e s a ns p a s s e r p a r la r e p e n t a n c e , ma i s aussi q ue
l' on p e u t voir D i e u t o u t e n é t a n t « d a n s s on c o r p s » . De telles
c o n c e p t i o n s s o n t c a t é g o r i q u e m e n t r e po u s s e e s p a r les Sai nt es Ec r i ­
tures. Paul, à p r o p o s d u sal ut, p o u v a i t dire a A g r i p p a : «J' ai p r ê c h é
la r e p e n t a n c e et la c o n v e r s i o n a D i e u » (Act es 26: 20) t a n d i s q u e le
p a t r i a r c h e J o b , au sujet d u c o n t a c t d e l ' h o m m e ave c Di eu, s ' e x c l a ­
mai t : « Q u a n d j e n ' a u r a i plus d e chair , je verrai D i e u » ( J o b 19: 26) .
C e s i l lustrat ions, v o l o n t a i r e m e n t li mi tées a d e u x , p r o u v e n t c l ai re­
m e n t q u e l ' i de a l i sme r o s i c r u c i en d e J e a n - Va l e n t i n A n d r e a e n' est en
défi ni t i ve q u e de l ' ut opie.

Dans une autobiographie, J.-V. Andreae reconnaît être
l 'auteur des Noces Chvmiques. Cet ouvrage avait ete écrit en
1604 alors q u ’And re ae était étudiant en theologie. Par contre
on ignore quels sont les auteurs des trois premiers écrits: la
R eform ât ion, Fama et Confessio; on s upp os e qu'ils ont ète ré­
digés par Andreae, du moins a-t-il etè leur inspirateur direct.
3. Une contre-réformation
Les prises de positions rosicruciennes sont très mal a c­
cueillies dans cette Allemagne encore impregnee de l'esprit
de la Reforme. En effet, l'enseignement p rof on demen t oc ­
culte et surtout irrationnel de la Rose-Croix heurte de plein
fouet la doctrine lutherienne. Le but des premiers disciples
Rose-Croix était de reformer l’Eglise, en d'autres termes de
lui d o n n e r une spiritualité plus mystique et plus «vivante».
Leurs objectifs etaient de p ro mo u vo i r une contre-reforme ou,
plutôt, d'instituer une sorte de «contre-Eglise» au sein meme
de l’Eglise en essayant d 'i nt rodui re un courant de pensee
esoterique et occulte. En fait, ils ne font que reprendre le
principe des sociétés sécrétés medièvales qui esperaient p o u ­
voir «greffer sur le catholicisme une religion initiatique rèservee a certains élus: c om me les gnostiques des premiers siecles, ils ne voulaient pas se s éparer de l ' Eglise...» 10. Ainsi
donc, la vieille herésie gnostique réapparaît avec le mou v e­
ment de la Rose-Croix.
9 J.-P. Bavard, ibid., pp. 54-55.
10 S. H u tin , H istoire des R o se-C ro ix, p. 15, Le C o u rrie r du Livre . Paris.
1971.

77

La contre-reformation rosicrucienne qui se voulait univer­
selle echouera. L'opposition conj uguee des lutheriens et des
catholiques, d ' u n e part, et les maladresses des illumines et
charlatans rosicruciens. d ’autre part, cont ri bueront à affaiblir
et à discréditer le mouv emen t de la Rose-Croix. En 1617
déjà, le déclin s 'amorça, et en 1619 ce fut la pleine debâcle.
Aux yeux du grand public, la Rose-Croix n'etait plus cr édi ­
ble. Désormais, le M ouv ement se mettra au «sommei l»;
néa nmo in s l'enseignement ésoterico-rosicrucien continuera a
se p ropa ger par le cour ant souterrain.
Si la Rose-Croix a perdu, semble-t-il, ses prétentions d ' u n i ­
versaliser ses idees au sein de l'Eglise instituée, elle sera ce­
p en d a n t très active dans les milieux philosophico-occultes
qui formeront plus tard l'essence de la Franc-maçonnerie.
4. La propagation du Rosicrucianisme en Europe
Ainsi donc, le Rosicrucianisme, bien que violemment
contré au départ, se répandit très r a pide ment à travers toute
l'Allemagne. La prop ag at io n de ces nouvelles idées sera
gr a nd em en t facilitee par les dés or dres politiques et religieux
dûs a la guerre de Trente Ans. Si Jean-Valentin An dre ae fut
le plus célèbre Rose-Croix de l 'epoque, il ne faut pas mettre
de côté des occultistes ou des alchimistes réputés c omme M i ­
chel M a ï e r " , Fladrien von M y n s c h i c h t 12 et J o h a n n Faulhaber '
La Rose-Croix poursuit son ex pans ion vers les pays limi­
t rop hes à l'Allemagne. Un evéque tcheque, d'origine morave,
Amos Komensky dit Com enius (1591-1671) aut eur de pl u­
sieurs livres t heosophi ques se rendit en Hol lande p o u r y fon­
d er des loges rosicruciennes. Selon des sources historiques
bien informées, il existait déjà en 1622 un g ro up eme nt RoseCroix a La Haye et aussi a Amsterdam.
" Ne a H indsburg en 1568, d o c te u r en p h iloso phie et en m ed ecine en
1597, m ed ecin et conseiller de R o d o lp h e II, il passe en 1612 a u service du
prince de Nassau. Il meurt la m em e annee, laissant qu antité d 'o euv res iné­
dites. Probable initiateur de Robert Flud d a la doctrine rosicrucienne.
12 Originaire de Brunswick, m edecin et chirurgien. Célébré d ans les m i­
lieux occultes et m açonniques, a u te u r d 'u n ouvrage th eo s o p h iq u e intitule
Henricux M adathanus: L'A ureum Secidum R edevivivum ( 1625).
13 1580-1635, m athématicien, il enseig na à Ulm. C e t a i t un passionne de la
K a bb ale et de la Mystique des nombres. C e rta ins «historiens» rosicruciens
le considère n t com m e l'initiateur de Kene Descartes.

78

Si le mou vemen t Rose-Croix parvint à s’implanter en H o l ­
lande ( n ’oublions pas en effet q u ’il existait dans ce pays une
gra nde liberté de c o n s c i e n c e M), ce ne fut pas le cas de la
France. En contrepartie, il faut dire que la Rose-Croix c o m ­
mença â faire parler d'elle en août 1623 de la façon la plus
grotesque que l’on puisse imaginer, en p lacardant dans cer­
tains carrefours de Paris des affiches a n n o n ç a n t la présence
d'ètres invisibles. Nous reprodui sons ici le d ébut de cette d é ­
claration: « No us , déput és du College principal des Freres de
la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette ville,
p ar la grâce du Très-Haut , vers lequel se t ourne le coeur des
Justes. Nous mo nt ro ns et enseignons sans livres ni marques a
parler toutes sortes de langues des pays ou voulons être, pour
tirer les h o mm es nos semblables d' erreur de m o r t 15.»
La publication de ce billet déclencha un i mmense fou rire
chez les Parisiens! Du moins chez certains car, raconte Paul
Arnold, si la plupart des « b a d a u d s et des doctes s’esclafferent, quelques-uns pourt ant s ’interrogerent avec serieux sur
cette pre te ndu e invisibilité et sur cet art de parler les langues
sans avoir pris la peine de les a p pr e nd re »
Néanmoins,
même si cette affaire des placards fut interprêtee comme une
farce, cela n ’empéc hera pas le cierge français de reagir vio­
lemment contre ces «pre te nd us invisibles qui ont fait d ’ef­
froyables pactions avec le D i a b l e » 17. Les premiers adeptes
de cette nouvelle secte se recruterent, bien avant le manifeste
de 1623, parmi les intellectuels. Nous pouvons n om me r avec
certitude le phil osophe français Michel Pottier, auteur de
plusieurs livres d'i nspi rat ion franchement rosicrucienne et
n ot am me nt du Com pendium philosophique paru en 1610 déjà.
Un autre ouvrage de sa plume, L e N ouveau Traite de la Pierre
Philosophale, édite en 1617, conn ut un certain succès. Un
autre rosicrucien, le chirurgien David de Planiscampy, fit
partie vraisemblablement de ce nouveau mouvement.

14 C e p e n d a n t, un certain T orrem ius. alias Van d e r Beek, pe intre renomm e
et, sans doute, alchimiste, fut c o n d a m n e a être brûle vif le 25 jan vier 1628.
15 G. N a ud e, Instruction à la France sur la Vérité de /'H istoire des Freres de
la R o se-C ro ix. Paris, 1623. (Cite p a r P. Arnold. H istoire des Ro se-C roix.)
16 P. Arnold, H isto ire des R o se-C ro ix, p. 8. M ercure de France. 1955.
Paris.
17 P. A r n o l d , ibid., p. 8.

79

L’Italie fut aussi touchee par les idees nouvelles. L'alchi­
miste Joseph-François Borri (1617-1685) fut le f onda te ur
dans son pays d ’une société secrete affîliée a la Rose-Croix.
Mais c'est surtout l'Angleterre qui fut la terre de refuge du
rosicrucianisme naissant. C'est a Robert Fludd (1574-1637)
que l'on doit l’expansion des Ordres de la Rose-Croix outreManche. Il voyagea d ura nt six années (1598-1603) et c'est au
cours d ’un séjour en Allemagne qu'il fut initie aux rites et
aux doctrines rosicruciens. Devenu docteur, il s'installa à
Londres et, en 1616, il publia un i mport ant ouvrage, le Traite
apologétique défendant l'intègrite des Rose-Croix. Excellent
polemiste, il defendit les idees rosicruciennes tout en a t t a­
q uant ses détracteurs. Il est très p rob abl e q u ’il était aussi al ­
chimiste et kabbaliste. Grâce à son inlassable activité, Fludd
fonda de nomb reux groupes et il est presque sur qu'il fut le
G r a nd - Ma î t r e de l’Ordre de la bra nch e britannique. Vers
1650, la Rose-Croix était sol idement i mplantee en Angleterre
et c’est elle qui introduisit da ns la Franc-maçonneri e les
Hauts Gra des initiatiques dits « E c o s s a i s » 18.
La p h i l o s o p h i e d e F l u d d a p p e l l e q u e l q u e s c o m m e n t a i r e s . C ’est
lui le p r e m i e r , semble-t -i l. qui ait d o n n e u n e p h i l o s o p h i e c o m p l é t é
d e F A l ch i m i e et d e l’H e r me t i sm e . N o u s ne p o u v o n s p a s d a n s le c a ­
d r e rédui t d e not r e r é t r o s p ec t i v e h i s t o r i q u e me t t r e en e v i d e n c e tout e
sa d oc t r i n e . N o u s n o u s a r r ê t e r o n s s u r q u e l q u e s a s p e c t s f o n d a m e n ­
t aux. P o u r lui. la C o n n a i s s a n c e h e r m e l i q u e était i n d i s p e n s a b l e p o u r
le sal ut et elle ne p e u t s ' o b t e n i r q u e p a r l ' illumination. L ' h o m m e
n ' a u r a i t q u ' u n e seul e t a c h e a a c c o m p l i r s u r cett e terre, celle d e r e ­
t r o u v e r la « T r a d i t i o n pr i mi t i ve » , c' e s t - à - d i r e r é t ab l i r le c o n t a c t av e c
le Divin.
D i e u ne serait q u ' u n etre i nd é f i n i ; il ne serait a la fois ni Pere. ni
Et erni t e, ni Di eu, etc., ma i s il ser ai t l ' i n c o n n u , le N o n - ê t r e , le Ri en,
etc. Sel on Serge Hut i n, R o b e r t F l u d d d i s t i ng u a i t d e u x c r é a t i o n s :
«. . .u n e cr é a t io n m é t a p h y s i q u e , s u p r a t e m p o r e l l e , et un e c r é a t i o n
t e m p o r e l l e, qui est la « c r é a t i o n » p r o p r e m e n t d i t e 1'*.» C e n' est q u e
p eu a p e u q u e l’uni ver s att ei gni t u n « d é v e l o p p e m e n t c o m p l e t » .
Mai s, un grai n d e sa bl e allait d e r e g l e r t out ce p r o c e s s u s évol ut i f : la
c h u t e . P o u r lui, c ’est Lucifer, d e v e n u p a r la sui te S a t a n , qui, a c a u s e
d e s o n orguei l, a ete la c a u s e p r e m i e r e d e la mor t. A d a m et Eve t o m18 D 'a près S. Hutin, Les Sociétés Sécrétés. Que sais je?, P.U.F.. Paris,
1973.
S. H u t i n , Robert Fludd. A lchim iste et Philosophe rosicrucien. p. 106.

80

b er e n t d a n s la t e n t a t i on et ce fut, s e l on F l u d d . u n e « c a t a s t r o p h e
c o s m i q u e » . Mai s Di eu avai t p ré v u la r é d e m p t i o n . Voila ce q u ' éc r i t
H u t i n a ce p r o p o s : « L e Verbe divi n, qui s ’était dej a « i n c a r n é » d a n s
le Soleil, d e s c e n d i t s u r la Te r r e , et s ' e n g e n d r a L u i - m e m e a part i r de
la N a tu re . La T e r r e s ' ou v r i t p o u r p r o d u i r e le S a u v e u r , qui fut ainsi
s o n p r o p r e Pere, et d o n t la m è r e ne fut p a s u n e f e m m e , ma i s la N a ­
t u r e t o u j o u r s f é c o n d e ma i s t o u j o u r s V i e r g e 20.» La p h i l o s o p h i e de
F l u d d , o n le voit, est f o r t e me n t t ei nt ee d e c h r i st i an i s me , s u r t o u t au
n i v e a u des f o r mu l a t i o n s . Ma i s cela ne doi t p a s n o u s faire o u b l i er
q u e R o be r t F l u d d était u n r e d o u t a b l e occult iste. S o n r a y o n n e m e n t
est d e nos j o u r s e n c o r e très vivace.

Touj ours en Angleterre, la Rose-Croix con nu t vers le mi ­
lieu du XVI I e siècle un bref regain d'activité. Thomas Vaughan, ne en Ecosse en 1622, traduisit en anglais la Fama et la
Confessio sous le p s eud on yme d ’Eugenius Philalethes. Ces
t raduct ions publiées en 1652 ainsi que d'autres ouvrages de
sa pr op re main ( L'E uphrate ou les eaux de l'Est) ne connurent
pas le succès escompte. Le Cont inent, de nouveau, vécut une
vague de l'illuminisme initiatique. To ur a tour, l'Allemagne,
la Hol lande et la France seront touchées p ar le mouvement.
Mais la encore la reaction particulièrement violente des a u t o ­
rités ecclésiastiques ainsi que des Pouvoirs feront avorter
cette renaissance. Désormais, et j u s q u ’à la fin de ce siecle, on
n ’ent endr a plus parler de la Rose-Croix.
5. Descartes et Leibniz ont-ils été rosicruciens?
Les Ordres cont empor ai ns rosicruciens, en particulier
l’A.M.O.R.C., considèrent Francis Bacon, chancelier du Roi
d ’Angleterre Jacques Ier, célébré philosophe, l’un des créa­
teurs de la « M e t h o d e experi ment al e», comme étant le
premier Imper at or de l’Ordre. De meme, des philosophes et
des mathématiciens c omme Gottfried Leibniz (1646-1716)
et Rene Descartes ( 1596-1650) sont revendiques par
l ' A. M. O. R. C. 21 II s'agit la d' affirmations purement gratuites
car les d ocument s pr ouvant leur affiliation a l'Ordre rosicru­
cien A.M.O.R.C. font défaut j u s q u ’à present. Ils auraient pu,
à la rigueur, faire partie d' autr es organisations rosicruciennes, mais cette hypothese n ’a j amai s ete prouvée de fa­
1" S. Hutin. ihid., p. 124.
La M aîtrise de ta vie, p. 2, 1976.

81

çon serieuse par les historiens faute de document s histori­
q u e s 22. Mais cette a pp a rt en an ce rosicrucienne est mise en
doute par les historiens sérieux, et n ot ammen t par Paul Ar ­
nold.
Celui-ci, a p r o p o s d e Des c a r t es , cite A d r i e n Bailet l ' a u t e u r d e sa
seul e b i o g r a p h i e d i g n e d e ce n o m . S el o n lui, et d ' a p r e s des s o u r ce s
bi en i n f o r mé e s , le c él é b r é p h i l o s o p h e p a r c o u r u t t ou t e l’A l l e m a g n e
d u Su d , en p a r t i c u l i e r la Baviere et le W u r t e m b e r g , d e 1617 a 1621,
ceci d a n s le but bi en préci s d e c o n n a î t r e ces « n o u v e a u x s a v a n t s » ;
mai s, n o u s r a p p o r t e Bailet, il fit d ’i nut il es r e c h e r c h e s 2\
Q u a n t a Leibniz, lui, il ne m â c h e p a s ses mo t s a l ' e g a r d des
« F r e r e s R o se - C r o i x » q u ’il c o n s i d é r é c o m m e u n e Jktiiici. A u t r e m e n t
dit , cett e « F r a t e r n i t é » n ’a j a m a i s existé, s i n o n d a n s l ' i m a g i n a t i o n de
q u e l q u e s i l l u m i n é s 24.

Il est probable, ce pendant , que tous ces personnages cités
plus haut étaient au courant de l’existence - ou de la nonexistence? - de ces «Frat ernit és» rosicruciennes. C o n n a i s ­
saient-ils leurs «en se ig ne ment s»? Là, nous sommes b e a u ­
c o up moins affirmatifs que les maîtres de la Rose-Croix.
Pour notre part, nous ne le pens ons pas. Il est en effet très
difficile p ou r le c o mm u n des mortels que nous sommes d ’e n­
trer en contact avec des «êtres invisibles», n'est-ce pas? E n ­
fin, et c'est la notre argu me nt at ion principale, aucun de ces
h om me s n ’a prétendu appart eni r, de prés ou de loin, à un tel
m o u v em en t qui, ne l’oublions pas, se caractérisait surtout par
ses aspects f a n t a s ma g or i q ue s 25. Alors pourquoi , et surtout au
nom de quoi, l’A.M.O.R.C. recupére-t-elle ces personnages
p ou r le moins illustres? Sans dout e, p o u r se d o n n e r le brin de
sérieux qui lui manque...

” A cet effet, q u ’on n ous perm ette en co re cette petite question indiscrète:
pou rq u o i l'A.M .O .R .C. ne met-elle pas ses «archives» a la disposition du
g ra n d public et des historiens?
2) P. Arnold, op. cil., p. 275.
24 P, Arnold, ibiil.. p. 308.
25 A ce propos, M. M., e x-m em bre de l'A.M.O .R .C., nous écrivait:
« M ê m e en ad m e tta n t que ce soit vrai, rien ne prouve d 'u n e façon formelle,
et surtout pas les archives de l'A .M.O .R .C.. q u ’ils n 'ont jamais pu p ro d u ire a
l'a ppu i de leurs theses, que ces p e rson nag e s aient ete plus ou moins ro sicru­
ciens, ils n 'o n t en fait jamais ete m em bres de l'A.M.O .R .C...» Correspon­
dance du 28 ju illet 1983. '

82

La R ose-Croix du Siècle des Lumieres
1. L'influence néfaste de Swedenborg
Le Siecle des Lumières ( X V I II e siecle) se définit surtout
c o mm e une réaction contre le christianisme. Cela s'est m an i ­
festé par deux courants, di amét ralement opposes l'un l'autre
au niveau de leurs idees, mais c e pend an t complémentaires,
sinon solidaires p ar rapport au but, c'est-a-dire le discrédit
de la Parole de Dieu. D' u n e part, l’esprit rationaliste ( D id e­
rot, J.-J. Rousseau, Voltaire) et, d' autr e part, l’illuminisme
qui connaît un renouveau d ’activité, n ot amment en Alle­
magne (Ratisbonne et Muni ch) et aussi en Angleterre avec
Swedenborg. Le rationalisme et l'illuminisme ont p r o f on de ­
ment mar qu e ce siècle par l'influence idéologique détermi­
nant e qui prov oq ua la Révolution française de 1789.
Deux h om me s ont marq ue de leur empreinte le «Siecle des
Lumieres»: le phi losophe Em ma nu el Kant (1724-1804) et le
mystique Emmanu el S wede nborg (1688-1772). Si le premier
fut plus tard «récupér é» p ar Engels, puis par Marx, le se­
cond. par contre, exerça dés 1743 une influence désastreuse
s ur la société, surtout dans la haut e noblesse, mais aussi dans
l'Eglise. C ’était un phi losophe et un t hèos ophe doue d ’une
intelligence r ema rquabl e; mais c’etait aussi un redoutable oc ­
cultiste et vi si onnai re26. Il «voyagea» très souvent dans le
m o n d e des esprits, conversa avec les anges et les âmes des
trépassés. Il prévoit le j ugement der nier pour 1757. Il esperait
une révolution religieuse p o u r q u ' u n e «Nouvelle Eglise»,
dite de Saint-Jean, remplace l'Eglise fondee par Pierre. Les
idées de Swedenborg se distinguent par leur caractere h au te ­
ment occulte: il écrivit, en effet, pas moins de 17 ouvrages
«sous h y p n o s e » 27. Sa pensee se répandit très rapidement a
travers l 'Europe. Le résultat de la propagat ion de ces d o c­
trines occultes fut doubl e: la vulgarisation et la po pul ari sa­
tion de l'occultisme et du spiritisme et la déculpabilisation de
l'individu face au pèche d 'a bomi nat i on. Désormais, n ’im'* En avril 1745. lors d ’un séjour a Londres, il reçoit deux visions du
Christ de mem e que la charge de « R evelateur». c ’est-a-dire la responsabilité
d ’ouvrir l’esprit des h o m m e s a cette nouvelle doctrine. Le caractère occulte
de ces «visions» nous paraît evident.
Citons, entre autres. Le s mystères cetesles. L e ciel et l'enter. L a Nouvelle
Jérusalem el surtout L a vraie religion chrétienne.

83

porte qui pouvait pratiquer l'occultisme sans p ou r aut ant e n­
courir les foudres du cierge. Swed enb org avait d onc fait s a u ­
ter le verrou et, des lors, les forces du mal déferlerent au
g ra nd jour. Les sociétés sécrétés qui j u s q u ' a present se te­
naient dans une pru de nt e reserve, sinon mê me dans le silence
le plus absolu, purent enfin me ne r une existence a «visage
découvert». Naturellement, les fraternités Rose-Croix suivi­
rent le même exemple.
2. Les cercles allem ands du X V I I I ' siècle
C'est principalement en Al lemagne que se groupent les so­
ciétés rosicruciennes. Ce sont, il faut le dire, des resurgences
lointaines du passé: il n'y a, en effet, auc un lien ni a uc un e fi­
liation entre les groupuscules de 1614 et ceux du «Siecle des
Lumieres». Selon Rene Le Forestier, la plupart des alchi­
mistes se reclamaient de la R o s e - C r o i x 28. Seule l'alchimie,
cette pseudo-chimie, a été en quel qu e sorte le fil cond uc te ur
des différents groupes ou conventicules rosicruciens.
Ces nouvelles sociétés rosicruciennes prirent le nom de
«Rose-Croi x d ' Or » - Gold und R osen-K reu: 2I). Samuel Richter, alias Sincerus Renatus, pas teur et t hèos op he d'origine silèsienne, écrivit en 1709 un livre intitule Vraie et totale d iffu ­
sion de la Pierre Philosopliale de la Fraternité de /'O rdre de la
Rose-Croix et de la Rose, da ns lequel il developpa un projet
de société qui. d'ailleurs, porte son p se ud on y me : l'Ordre de
Renatus. Le cont enu de cet ouvrage se r apport e essentielle­
ment a la Rose-Croix d ' O r ( dont il semblerait qu'il fut le f o n ­
dateur. sinon l'initiateur) et surtout a cette fameuse pierre
philosophale. A u t ou r de S. Richter et de son oeuvre, un cer­
tain nombre de personnes se g roupè rent et creerent une n o u ­
velle société esoterique. Celle-ci se révéla bientôt très hermetique et, a vrai dire, nous ne savons pas grand-chose d'elle.
C'est seulement en 1755 que l'on découvrit quelques traces
de sociétés portant le titre de «Rose-Croi x d ' O r » 30.
Par contre, en 1777, l'un de ces cercles sort brut al ement de
28 R. Le Forestier, La Franc-maçonnerie Templiere et Occultiste aux
X V I I I ' et XI X' siecle.s, A ubier-M o ntaigne. 1970.
^ Cette expression était deja c o n n u e au XVIe siecle de Petrus Mormius.
lu Le «L ectorium Ro sicrucian um » re p re n d ra p o u r son propre com pte
cette expression. Précisons, au passage, qu'il n'y a aucune filiation histori­
qu e entre la « G o ld und R osen-K reuz» et la « R ose n-K ruis Pers».

84

son silence. Cette nouvelle société alchimique et rosicru­
cienne se n o m me «La Rose-Croix d ' O r d ’Ancien Systeme» et
c om pr e nd , entre autres, neu f hauts grades. Tout naturelle­
ment, et d ura nt les deux annees suivantes, de nombreux
francs-maçons, attirés par la symbolique et l'èsoterisme rosi­
cruciens, quittèrent leurs loges p ou r se rattacher a la «RoseCroix d ' O r d' Anci en Système». En 1779, l 'Ordre comptait 26
cercles et environ 2'000 adeptes, dont le futur Frèdèric-Guillaume II de Prusse qui, lorsqu'il sera c ou ro nn e empereur,
n o mm er a en 1786 ses deux initiateurs, l'ancien pasteur J. C.
Wollner, ministre d ’Etat et des cultes (!) et J. R. Bischoffswerder, ministre de la guerre. Les deux grands maîtres deve­
nus ainsi ministres, l 'Ordre disparaîtra de lui-meme et assez
rapidement. Les causes de cette désintégration sont assez
obscures, mais on s upp os e que le g ouver nement qui ne
voyait pas d ' u n bon oeil la multiplication des loges rosicruciennes mit le frein a toute nouvelle expansion.
Soulignons aussi l’oeuvre du «ré format eur » rosicrucien
He r ma nn Fictuld qui modifia totalement le vocabulaire al­
chimique qui, il faut le dire, prêtait a rire, en le rendant plus
«serieux». Il dota aussi l'Ordre d 'u n rituel, d'inspiration net­
tement plus maçonni que. Cela n ’empee hera pas la RoseCroix, version Fictuld, de s ombrer dans le ridicule à cause de
ses «recherches» sur l'elixir de longue vie...
Cette même e p o q u e est aussi marq ue e pa r le rayonnement
occulte des «Illumines de Baviere» dont le f on da te ur est
Ada m Weishaupt, professeur de droit c a non iqu e a l'Universitè d'Ingolstadt. Cet Ordr e qui comptait en 1783 quelque
600 membres avait des racines franc-maçonni ques et rosicruciennes. Le but de cette société secrete était l'egalite entre
tous les ho mm es ; po u r y parvenir, il fallait, si l'on en croit
Weishaupt, détruire la religion et abolir la propriété. Karl
Marx, lui-meme, reprendra toutes ces idees avec le résultat
que l'on connaît.
3. Les cercles français
Tout c omme en Angleterre ou en Allemagne, un climat
d 'a nar ch ie règne en France. Les différentes sociétés rosicruciennes ont de la peine semble-t-il à retrouver leurs origines,
celles de la Fama et de la Confessio. Du moins l'esprit n'y est
plus. C a r les nouveaux Ordres rosicruciens offrent la particu-

larite d'etre a la fois fr anc-maçonni ques et rosicruciens. En
effet, l'histoire de la Rose-Croix du XVI I e siècle se co nf on d
avec celle de la Franc-maçonneri e et il faudra attendre le d é ­
but du X X e siecle p ou r que la situation se clarifie. De nos
jours, cependant , l'A.M.O.R.C. perpet ue a sa manière et a
son profit cette t ra d i t i o n 31.
Trois hommes ont mar qu e de leur emprei nte le m o u v e­
ment de la Rose-Croix. Le premier qui co mmen ce a faire
parler de lui est un personnage très mystérieux, n o m me Martines de Pasqually. On ne sait abs ol umen t rien de ses ori­
gines. Est-il Français? Esp agn ol ? juif? ou chretien? Par
contre, ce qui est sûr, c'est q u ’il essaya de fonder des loges
maçonni ques, sans grand succès semble-t-il, dans le sudouest de la France, pri nci palement dans les régions de T o u ­
louse, Foix et Bordeaux. Sa doctrine est grosso m odo celle du
rosicrucianisme en général. Par sa chute, Adam est devenu
une «forme périssable»; l’h o m m e doit re mo nt er le «cycle»,
c ’est-à-dire sa condition edenique. Pour cela, il doit «réint é­
grer» son «état primitif», l’« h o m m e - A d a m » , ceci par les
moyens «exterieur» (grades initiatiques) et «intérieur» (rites
symbolico-occultes). En d' autr es termes, cela signifie que
« l ' h o m m e est appelé a redevenir D i e u 32...»
Suite a la mort de Martines de Pasqually, le mouvement se
scinde en deux. Son plus proche ami, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), lui-mème initie a la franc-maçonnerie en
1753, en reprend l’organisation tandis que son secretaire,
Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), est surtout p ré oc­
cupe de l'héritage doctrinal qui, d'ailleurs, prendra le nom de
«Mar ti ni sme». Ces deux ho mmes , très différents l'un de
l'autre, cont inuer ont chacun de leur cote la tradition rosicrucienne. Cep en da nt , il faut noter que, des 1770, l 'introduction
et la généralisation des hauts grades initiatiques dans les so­
ciétés Rose-Croix prennent une très grande importance.
Ainsi donc, et au fil des années, le rosicrucianisme s’«etoffe»
et acquiert un bagage esoterique de plus en plus sophistiqué.

Jl Le vocabulaire et la sym bolique de l'A.M .O .R .C. sont p ro lo n d e m e n t
im prègnes de la m ystique fran c -m aç o n n iq u e dite «égyp tien ne» (ou o c cul­
tiste). c'est-a-dire du «R ite Egyptien de M em p his-M izraïm ».
32 J. Duchaussoy, M ysiere et M ission des Rose-Croix, p. 191, Editions du
Rocher. M onaco, 1981.

86

4. Le com te de Saint-G ermain

Nous devons aussi inclure dans le cadre de notre expose
historique le mystérieux comt e de Saint-Germain, célébré a l ­
chimiste, maçon et Rose-Croix. Une legende s ’est dèveloppee
au cours des siècles au to ur de ce per sonnage insolite. Il serait
né le 28 mai 1696, mais sa date de naissance est très discutee.
De son vrai n om François-Joseph Rackosky, originaire p r o ­
babl ement de Transylvanie, son père l'envoie chez son oncle
en Italie. C ’est là q u ’on lui d o n n e le nom de San Ge rman o.
Co ns idéré c o mm e le successeur de Francis Bacon, le comte
de Sai nt -Germai n était, si l’on en croit J acques Duchaussoy,
un mystique aux redoutables pouvoirs et dont le but était
« l ’accompl issement de la mission Rose-Croix, c'est-à-dire
aider à l 'avancement des sciences, diriger l 'humani te vers
une religion non dogmat ique, liberer l'âme individuelle et sti­
muler l’évolution g é n é r a l e » 33.
Le comte de Saint-Germain était-il rosicrucien, comme le
prétendent b e a u c ou p d ’autres? C ’est fort possible, n é a n ­
moins le doute subsiste; par contre, une chose est sure, c ’est
que ce mystérieux personnage fut bel et bien un célébré aven­
turier et un habile di pl omate du roi Louis XV. A ce titre, il
ent reprend de no mbreux voyages, il frequente les plus illus­
tres familles d ' Eu r op e, il séjourne d an s de n om br eu x pays,
n ot ammen t en Russie, en Italie et en Allemagne.
Toute une légende naît a u to ur de ce personnage. On ne
connaît pas son âge. ni son origine, ni rien de sa personne;
on le croit riche et, surtout, on le considère au meme titre
q u ' E no c h, Melchisèdec et Elie c omme « Immort el ». Il aurait
possédé, si l’on en croit toujours les mythes Rose-Croix, le
véritable elixir de longue vie. Mais ce n ’est pas tout! Le
comte de Saint-Germain, que b e a u c ou p considèrent comme
le che f de file de l'occultisme du XVI I Ie siecle, aurait ète e n­
core « C h e f des Illumines, che f de la Franc-Maçonneri e, al­
chimiste» 34.
L'histoire du comte de Sai nt -Ger mai n n ’est en définitive
q u ' u n e vaste supercherie, un én or me canular qui ne cesse
d'ali ment er régulièrement les colonnes des j o u r na u x occul­
tistes. Pour l’histoire retenons seulement la date officielle de
J) J. D u chaussoy, ibid.. p. 178.
-u Cf. J.-P. Bayard, La Sym bolique de la Rose-Croix, p. [98.

87

son deces: le 27 fevrier 1784, suite a une attaque. Cela n'empéehe pas pour autant les rosicruciens d ' a u jo u rd ' hu i de le
considérer comme étant «Ros e-Croi x», c ’est-à-dire véritable­
ment «Immort el » ou « Supéri eur Inc onnu».
La r e s ur ge nc e d u m y t h e d u c o m t e d e S t - G e r m a i n n' est p a s le p r i ­
vilège d e cert ai ns r os i c r uc i e ns, m a i s il est repris, o u pl u t ô t r é c u p é r é ,
p a r des i ndi vi d us s a n s s c r u p u l e s c o m m e , p a r e x e mp l e , Ri c h a r d L o ui s D a vi d C h a n f r a y , alias « C o m t e d e S a i n t - G e r m a i n » , n e le
4 avril 1940 à L y o n et d o n t le si gne p a rt i c u l i e r est d ’être i mmo r t e l ! Il
est s u r t o u t c o n n u p o u r ses t al e n t s d e s e d u c t e u r , et u n e cé l é b r é c h a n ­
t e us e figure s u r s o n t a b l ea u d e c h a s s e ! Le n e o - c o m t e p r é t e n d en
o u t r e a voi r 271 a n s et avoi r réussi a r e n f l o u e r p a r trois fois les fi­
n a n c e s d e Loui s XV! Ma i s la réal it e se si tue s u r u n a u t r e p l a n : Ri ­
c h a r d C h a n f r a y s ’est d o n n e la m o r t p o u r d e s « r a i s o n s d ’o r d r e p e r ­
s o n n e l » av e c s on a mi e , M me P a u l e t t e Gui l l i , le 22 jui ll et 1983 p r è s
d e S a i nt -T r ope z . D o n c , affaire classee! d u mo i n s n o u s l’e sper ons. . .

5. Cagliostro
Le non moins con nu Cagliostro a exerce durant un certain
n om br e d ’années une ext raordi nai re influence dans les mi ­
lieux rosicruciens et occultes. C ’était un personnage très mys­
térieux, plus aventurier qu'occultiste et d ont on ignore e n­
core a u j o u r d ’hui l’identité exacte. Cagliostro, de son vrai
nom Gi u s e p p e B a l s a m o 35, naquit en 1743 dans une famille
pauvre de Palerme. C'était un enfant difficile qui posa b e a u ­
c o up de problèmes, surtout après la mort de son pere. Il fut
envoyé dans un séminaire, puis il fut place comme novice à
la Benfratelli de Cartegirone. Son co mpo rt eme nt tout e m ­
preint d'anticlericalisme et d' antichristianisme fit qu' on l'ex­
pulsa du couvent.
Libéré de toute contrainte, le j eu ne Balsamo com me nç a à
s'intéresser à l'occultisme, à l’astrologie et a l'alchimie. Il vé­
cut d ura nt des annees c omme un «play-boy» distingue et ses
aventures amoureuses sont célébrés. Passons là-dessus et
e xami nons quelle a été sa carriere «rosicrucienne». En 1776.
Balsamo prend le nom de Cagliostro et, une ann ée plus tard,
il est initié dans une Loge maçon ni qu e. A partir de ce m o ­
ment, il consacre toute sa vie a la cause de la franc-maçonnerie.
Revenu en France, Cagliostro fonde la «Loge Mère du
's La plupart des historiens pensent que c ’est son vrai nom .

88

Rite-Egyptien» dont il pr e nd ra le titre de « G r a n d C opt » et y
rédige le R ituel de la M açonnerie Egyptienne, ouvrage de base
de la maçonneri e dite «égyptienne». Cagliostro voyagea
b e a u co u p en Europe et f onda - ou essaya de fonder - des
loges maçonni ques. Bien qu'il connut un certain succès, n o ­
t amment à Strasbourg, Cagliostro s' empê tr a dans des intri­
gues qui n'avaient rien de rosicrucien. Ses succès féminins,
ses relations avec le cardinal de Rohan (1734-1803) et sa p a r ­
ticipation a l’«affaire des colliers» (1779) entraînerent la j a ­
lousie de la reine Marie-Antoinette et, par la, sa chute. Mis
en prison une première fois, il fut ensuite expulse de France
et alla en Angleterre, puis il gagna Rome. Mais sitôt arrivé, il
fut j ugé et c o n d a m n é par le tribunal de l'inquisition. Apres
une captivité très penible, il mourut, étrangle dans sa prison,
le 28 août 1795.
Son influence fut enor me aussi bien dans les milieux m a ­
çonni ques que rosicruciens de l'epoque. C'est lui qui créa
une nouvelle «mystique» maçonni que, d'inspiration nette­
ment occulte. En fait, le véritable f ond at eur du rite de «Misraïm» fut un certain Marc Bèdarride, né en 1776 a Cavaillon.
Celui-ci avait rencontre Cagliostro qui l’initia aux «mystères
égyptiens». L'Ordre de «Mi s raï m» ne comport ait pas moins
de 90 degres! C'était une société très puissante, mais le g o u ­
vernement d ’alors fit di ssoudre l'Ordre en 1823, le jugeant
dangereux p ou r l’Etat !
Q ua nt à l’origine du rite de « M em p hi s », elle remonte à
1839, et son fondateur, qui fut expulsé deux fois de l'Ordre
de «Mi sraï m» , est un n om me Jacques-Et ienne Marconis de
Negre. Ce rite comprenai t 95 degres! Mais, la encore, l'Ordre
fut dissout par la police en 1848. La plupart de ses membres
s’integrerent au « G r a n d Orient».
F inalement les deux rites fusionnèrent en 1880 et le nouvel
Ordr e prit le nom de « M em ph i s- Mi s ra ïm » lequel fut réorga­
nisé n o t am m en t pa r Papus. Si le «Rite de Memphis-Misraïm» ne paraît pas très puissant a l'heure actuelle, par
contre son influence dans les cérémonies initiatiques de cer­
tains ordres rosicruciens, en particulier l'A.M.O.R.C., est évi­
dente. Ainsi, nous const at ons que Cagliostro, qui sans être
spécifiquement rosicrucien, a exercé sur les différents m o u ­
vements Rose-Croix une autorité et un ascendant non négli­
geables.
89

L ' O r d r e subs i st e e n c o r e d e n o s j o u r s , q u o i q u e d i s cret d a n s ses a c ­
tivités, et il se r e c l a me de la T r a d i t i o n m a ç o n n i q u e . « L o r s d u
C o n v e n t d u 21 j u i n 1969 d u Rite A n c i e n et Pr i mi t i f d e M e m p h i s Mi s r a ï m, lit-on d a n s u n e p l a q u e t t e r o n e o t y p e e , il fut r a p p e l é q u e le
Rite est deiste, ce qui i m p l i q u e l’é v o c a t i o n d u G r a n d A r ch i t e c t e d e
l’U n i v e rs - ou S u p r ê m e A r c h i t e c t e d e s M o n d e s •. et spi rit uali st e, ce
q u i i m p l i q u e la c r o y a n c e e n l’i m m o r t a l i t é d e l’â m e , o u d u m o i n s
u n e ce r t ai n e p é r e n n i t é p o s t h u m e p o u r celle-ci J\ » Les t r av a u x d e la
Loge ne visent q u ' u n seul but , celui d e « c o n d u i r e vers le p r i n c i p e
c r e a t e u r le fl uide in d i v i d u e l d e s Frer es, a eveil ler les for ces e n d o r ­
mi es de l e u r c o r p s ast ral et a p la c e r celui-ci s u r l ' or b i t e c o s m i q u e
p a r l’i n v oc a t i o n d u S u p r e m e A r c h i t ec t e d e s M o n d e s 17...», la « M a ­
gie n a t ur el l e d e s v i b r a t i o n s» , les f u m i g a t i o n s (sic), etc. Les « t r a v a u x
in i t i at i qu e s » , c o r r e c t e m e n t e x é cu t és , a u r a i e n t p o u r b u t la d é l i ­
vr a n c e , o u e n c o r e la « c i r c u la t i o n d u p r a n a d y n a m i q u e d a n s le c o r p s
subtil...» Ainsi, ce Rite p s e u d o - m a ç o n n i q u e a p o u r o b j e c t i f le « c h e ­
m i n e m e n t vers la L u mi er e » .

La Rose -Cr oi x co n t e m p o r a in e ( X I X - X X Csiècles)
A la periode de flottement du «Siecle des Lumieres» suc­
cédé une autre periode qui, elle, sera caracterisee p ar la créa­
tion de sociétés rosicruciennes d ont la plupart existent e n ­
core auj ourd' hui. Afin de d o n n e r plus de crédit à ce que nous
appellerions le «nèo-rosicrucianisme», les fondateurs des
différents ordres Rose-Croix font r emont er aussi loin que
possible les origines de leurs mouvements. C ep en d an t , et
q uoi que l’on en dise, il ne peut s'agir que d ' u n e «survivance
de l'esprit r os i cr u ci en »38 ou, po u r être plus précis, la cons er­
vation d' un mythe.
Faire l’inventaire de toutes les sociétés rosicruciennes est
une tâche prati quement impossible, car il existe une infinité
de groupuscules rosicruciens dissidents. En effet, la plupart
des sociétés rosicruciennes se sont vol ont ai rement occultées
et ont garde, de ce fait, les principales caractéristiques des
premiers conventicules Rose-Croix. Né anmo in s, un nombre
relativement i mportant d ’associations, celles-ci régulièrement
declarèes p our la plupart, se sont rèvelees au grand public,
n o ta mm en t par le moyen de la littérature. Pour notre part,
36 J. H erm an, Aspects du degre d 'a p p ren ti, p. 2. 19X5.
37 J. H erm an, ibid.. p. 4.
38 J.-P. Bavard, Lu sym bolique de la Rose-Croix, p. 201.

90

nous nous limiterons aux sociétés les plus connues qui sont,
c o mm e nous le verrons, les plus virulentes et les plus d a n g e ­
reuses, no tammen t l'A.M.O.R.C. et le Lectorium Rosicrucianum.
La G o l d e n D a w n

La Gol den Dawn (L' Aube Doree) est une société secrète
rosicrucienne meconnue, mais qui a eu en son temps un e x­
t raordinaire rayonnement . C ’est en 1865 q u' un certain Ro­
bert Wentworth Little (1840-1878) fonda la «Societas Rosicruciano m A nglia» (S.R.I.A.) dont les membres doivent être
obligatoirement des francs-maçons. Par la suite, plusieurs de
ses membres, dont le beau-frère du p hi los ophe Henri Berg­
son, Samuel L. Mathers, feront sécession et se constitueront
en société dissidente qui pre ndra le nom de « Go l de n Dawn
in the Outer». Mathers fut n o m m é premi er Imper at or de
l 'Ordre; mais ce fut sous la condui te de son successeur.
Aleister Crowley ( 1875-1947) ■
’, 7 l'un des plus grands occul­
tistes du X X e siecle, que la Gol den Dawn connut des m o ­
ments difficiles. Son compo rt eme nt t yranni que de même que
sa vie d es or d on n ee avaient irrite plusieurs de ses amis. Cet
ordre auj ourd 'hu i n ’existe plus, mais il avait au début de ce
siècle une très grande r eno mme e dans les milieux o ccult es 40.
L ’O r d r e K a b b a l is t iq u e d e la R o s e - C r o i x

Cet Ordr e fut fonde en 1888 par un homme très connu à
l’é po qu e p our ses connaissances occultes, Stanislas de
Gu a ït a (1861-1897). D'origine lombarde, il fut a la fois un
poete et un voyant! Il avait c o m m e ami l’ecrivain Maurice
Barres (1862-1923). Peu a peu. il se passi onna pour l’èsoterisme et il se constitua une immense bi bliothèque occulte.
Apres avoir étudie la magie, il fonda cet ordre dans lequel la
magie et la Kabbale seront enseignees. Se joignent a lui une
3I/ Selon certains historiens, il sem blerait que Crowley fut l’un des maîtres
a p enser de H. S. Lewis (Cf. J.-P. Bayard. La Sym bolique de la Rose-Croix.
p. 216).
40
Parmi les m em bres de cette secte, citons Bram Stoker (l'auteur de Dra­
cula'.) et Moira Bergson (la soeur du philosophe). N otons encore l'esprit
p ro fo n d e m e n t anti-chre tien (et mem e anti-rosicrucien!| de la G o lde n Dawn:
leur croix était une Rose-Croix (sic) a la fois noire et inrersee.

91

douzaine de membres, dont Josephi n P e l a d a n 4' (1859-1918).
D'autres personnages non moins illustres en firent partie; e n ­
tre autres Papus et Paul Adam. Stanislas de Guaït a, outre ses
talents de brillant causeur, fut un écrivain et il se mit en évi­
dence dans un ouvrage en trois tomes intitulé curieusement
Essais de sciences maudites.
L'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix se voulait être un
ordre de haut niveau. A cet effet, trois grades étaient décer­
nés: bachelier, licencié et do ct eu r en Kabbale. Parmi les m a ­
tières enseignees notons, l'histoire de la Rose-Croix, la K a b ­
bale et la langue hebraïque. Les candidat s à l'initiation d e ­
vaient obligatoirement passer une these, tout c omme à l'Université! Maigre toute cette plethore de personnalités (Papus
pr e nd ra la succession de Stanislas de Guaït a) et d ' i m ag i n a­
tion, l'Ordre ne survivra pas très longtemps. Mais un autre
Ordre, celui-ci aut rement plus puissant, va se lever au N o u ­
veau Monde...
L’A .M .O .R .C .

L 'A nticus M ysticusque Ordo R osae Crucis (Ordre Ancien et
Mystique Rosae Crucis) est l 'Ordre rosicrucien le plus conn u
dans le monde. Fondee par un Américain n omme Harvey
Spencer Lewis, cette secte a vu le jour en 19 0 9 aux EtatsUnis et a connu sous son i mpulsion un dével opp emen t consi­
dérable. Se reclamant des plus hautes traditions initiatiques,
l'A.M.O.R.C. essaie pa r tous les moyens de se faire re con naî ­
tre c omme étant l'Ordre mondial par excellence. Da ns le
mê me ordre d'idees, nous lisons dans le M anuel Rosicrucien
ces lignes p our le moins édifiantes: «L' or dr e rosicrucien
A.M.O.R.C. est l 'unique mou vement rosicrucien ayant le pri­
vilège du symbole de la croix ayant, en son centre, une seule
rose et c'est la le véritable symbole ant ique de l'ordre, dans
Jl II p re nd ra peu après le nom de Sar Peladan et sera le f o n d a te u r d une
nouvelle secte rosicrucienne, l'O rdre Rose-Croix du T em ple et d u G raal,
d o n t il sera le premier Imperator.
j: La da te de 1909 avancee par H. S. Lewis est sujette a caution. Selon
d 'a u tre s sources, il semblerait que ta d a te de la f on da tio n de l’A.M.O.R.C . se
situe entre 1915 et 1919, ce que confirm era it implicitem ent le « G r a n d M a n i­
feste» de l’O rdre qui parle de 1915. Avant cette da te, il ne s'agissait que
d 'u n e société d 'e tu d e s psychiques.

92

tous les pays, et depuis t o u j o u r s 43.» Et le Lectorium Rosicruc ia nu m ? Et l'Association rosicrucienne Max Heindel? N ’ontils pas, eux aussi, une rose au milieu de la croix?
L'A.M.O.R.C. prétend être un ordre initiatique, une frater­
nité p hi los ophique et une ecole de la vie. Il essaie de réconci­
lier, sous le couvert de l’experience et de la connaissance, la
science, la phi losophie et le mysticisme. Son enseignement
serait « no n dogmat ique, libre de toute superstition et hors de
traditions desuetes». Ses prétentions, on le constate, sont
enormes: l’Ord re n ’est ni une religion, ni une ecole d ’oc­
cultisme, ni encore une secte, etc. Ces propos tires du M a­
nuel montrent que l’A.M.O.R.C. tient a sa réputation:
«L' A.M.O.R.C. est une organisation rigoureusement non re­
ligieuse, non commerci al e et il n'est affilié a a uc une société,
fraternité, c om mu n a u t é ou mo uvement d if fé rent 4,4.»
L' Ordre serait régi par une loi cyclique de 108 ans. A une
periode dite «de repos» succédé une autre période dite
«d'activité». Selon le M anuel Rosicrucien, l'Ordre aurait
quitté l ' Eur op e en 1693 po u r aller s'établir aux Etats-Unis,
d ' a b o r d a Philadelphie puis a Ep hra ta en Pennsylvanie. Des
l 'année suivante, soit en 1694 et ceci j u s q u ’en 1801, l'Ordre
aurait été très actif aux Et at s -Un is 45. A ce «cycle de renais­
s ance» succedera une autre période «de repos et d'attente»,
ceci j u sq u' e n 1908. Durant ce laps de temps, les secrets initia­
tiques de même que les «rares archives officielles» se se­
raient transmis de génération en génération. Ce fut en 1909
que l'Ordre, sous la direction de H. S. Lewis, sortit enfin de
son «sommei l» et reprit son cycle d'activité tel que nous le
connaissons.
N o u s n o us p e r m e t t o n s d e f o r m u l e r q u e l q u e s reserves a p r o p o s
d e s a f f i r m a t i on s h i s t o r i qu e s d e l ' A . M. O . R . C . car, u ne fois de plus, il
s e m b l e r a i t q u e l ' hi stoi re n' ai t ete eerite q u e p o u r cet Or d r e . La
R o s e - C r o i x, et n o n p a s l’A . M. O. R . C . , a t o u j o u r s ete d e p u i s ses d é ­
b ut s un courant souterrain d u my s t i ci s me n e o - g n o s t i q u e . C o m m e tel,
il ne s ‘est g ue r e m a n i f e s t e a u g r a n d j o u r , p r é f é r a n t un e act i on cachee, restrei nte c a r r eservee a c er t a i n s « él u s » se u l eme n t . En fait, les
43 H. S. Lewis et R. Bernard. M anuel Rosicrucien. p. 15. (."est nous qui le
soulignons.
44 H. S. Lewis et R. Bernard, ibid., pp. 15-16.
45 Nous aim erions bien savoir d ans quelle région des Etats-Unis l'O rdre a
ete actif?

93

« v r a i s » r osicruci ens, t out c o m m e les f r a n c s - m a ç o n s . ne s' af f i c h e n t
p a s d ev a n l le g r a n d p u b l i c ; p o u r le m o n d e p r o f a n e , ils s o n t «e n
s o m m e i l » t a n d i s q u ' a l ' int er i e ur d e leurs cercles, ils s o n t très actifs.
Q u a n t aux p é r i od e s dites « d ' a c ti v i t é et d e r ep o s », c' est -a-di re les
108 a n s 4" de travail, puis les 108 a n s de « s o m m e i l » , elles ne so n t
q u e le fruit de l ' i ma g i na t i on fertile d e H. S. L e w i s 4’. P o u r q u o i cette
t h e o r i e ? T o u t s i m p l e m e n t p o u r p r o u v e r q u e l ' A . M. O . R . C . existait
b i e n a v a nt 1909! O r l' hi stoi re m ê m e d e s R o se - C r o i x m o n t r e q u e ce
m o u v e m e n t est d ’or i g i n e e u r o p e e n n e et qu' il s’est c on c e n t r e , d u
m o i n s a ses d é b u t s - X V I I e et X V I I I e siècles - d a n s les pays
d ' E u r o p e o c c i d e n t a l e , n o t a m m e n t l’An g l e t e r r e et la F r a n c e . Il est
d o n c i mp o s s i bl e q u ' u n e « c o l o n i e r o s i c r u c i e n n e » ait é mi g r é en 1694
d ej a. Il est e n c o r e m o i n s p r o b a b l e q u e l ' O r d r e d e vi nt « e x t r ê m e m e n t
p u i s s a n t » et q u ’il prit « u n e p a r t c o n s i d é r a b l e d a n s la g e n è s e d e la
n a t i o n a m é r i c a i n e » 48. Ce t t e a f f i r m a t i o n est t out s i m p l e m e n t s c a n d a ­
l euse: ce ne s o n t pas les r o s i c r u c i en s qui f u r e n t a la ba s e d e la n a i s ­
s a n c e d u n ouvel Etat, ma i s les f r a n c s - m a ç o n s 41’. Ce s 108 a n s d ’a c ti ­
vité a u x E t a t s- Un i s ne so n t en dé fi ni t i ve q u ' u n e fiction creee p o u r
l ' o c c a s i o n p a r H. S. Lewis.
N o u s v e n on s d ' a p p r e n d r e a u m o m e n t o u n o u s m e t t o n s s o u s
p r es s e q u e la «loi d e 108 a n s » a été a n n u l é e ! Voilà ce q u e dit R a y ­
m o n d Be r n a r d i nt e r vi e wé a ce p r o p o s p a r Serge C'aillet: « M a i s , de
no s j o u r s , cett e loi d e 108 ans, p a r c e q u e les t e m p s so n t d i f f é r e n t s et
q u e la t o l er a n c e s e m b l e p l u s g r a n d e , a ète s u p p r i m é e . C ’est u n e d é ­
ci s i on d u B ur e a u S u p r e m e d e l ' O r d r e d e la R o s e -C r o i x A . M . O . R . C .
Je ne s o u h a i t e pa s, a j o u t e le L ég a t s u p r ê m e , q u' il faille, u n j o u r r é t a ­
blir cette loi c ar cela mo n t r e r a it , d e la p a r t d e n o t r e m o n d e , u n e ré­
g r e s s i on au lieu d ’u n e e x t e ns i o n d e la liberté d o n t n o u s j o u i s s o n s
d a n s ce r t ai n s p a y s » 50.

L'A.M.O.R.C. revendique, en plus de ses origines égyp­
tiennes, toute une serie de personnages, de haut niveau, etqui
auraient ete membres de l’Ordre. La liste est longue, très

46 La Fuma Fraterniiaiis parle de 120 ans.
4 Selon une note de J.-M. Leduc et de D. Le Plaige. la theorie des cycles
de 1US ans (9 x 12) serait bien c o n n u e d a n s les traditio ns kabbalistiques et
orientales ( Les N ouveaux Prophètes, p. 52). N o tons encore que la « som m e
ih eo s o p h iq u e » de 108 est 9 ( I + 0 + 8). c ’est-a-dire le chiffre parfait répété
3 fois (3 + 3 + 3).
48 H. S. Lewis et R. Bernard, ihid., p. 14.
Le prem ier président des Etats-Unis, G e o rge Washington, était francm açon.
50 S. Caillet, L'ordre de la Rose-Croix, pp. 27-28.

94

longue. Co nt en to ns -no us de n o m m e r les principaux: Francis
Bacon, Gottfried Leibniz, René Descartes, Benjamin F ra n­
klin, Th om as Jefferson, Isaac Newt on, Eugene Sue, Honore
de Balzac, C l au de D e b u s s y 51, et bien d ’autres et sans oublier
Edith P i a f52, Théo Sarapo, Patrice Lu m u m b a et le sinistre
Lee Harvey O s w a l d 53, l'assassin du président J oh n F. Ke n­
nedy! Mais tout cela ne nous impressionne nullement. Qu'ils
aient été rosicruciens ou non n ’est pas p ou r nous la preuve
que ce mou vemen t soit aut hen ti qu e et, à plus forte raison,
qu'il soit port eur de la vérité, ent en do ns -n ou s par la, la vérité
chrétienne que Jésus, le Fils de Dieu, nous a revèlee.
/. Harvey Spencer Lewis
Le f on da te ur de l'A.M.O.R.C., le Dr Harvey Spencer Le­
wis, naquit le 25 novembre 1883 à m i d i 54 dans l’Etat du New
Jersey a Frenchtown. Ses parents, d'origine galloise, etaient
de bons protestants. Elevé au sein des ecoles methodistes, il
fut, selon la biographie officielle de l’A.M.O.R.C., l'un des
premiers membres du Templ e méthodiste de New York.
Très tôt, il se consacra aux études scientifiques; il s’intéres­
sait c e pend ant aux b e a u x -a r ts 55. Vers 1904, il fut élu prési­
dent de l’«Institut des recherches psychiques de New York».
Cette nomi nat ion fut le point de départ de toute sa carriere
occulte qui suivra. Auparavant , il s’était marie, à 19 ans, avec
une des cendant e du général napol eoni en Morfier. De cette
union naquirent quatre enfants, dont l’un. Ralph Maxwell,
succedera à son pere c omme Imper at or de l'Ordre.
« C ’est en 1909, lit-on dans la revue Rose-Croix, que le d o c ­
teur Spencer Lewis reçut la mission de diriger un grand reveil
sl T ou s ces ho m m es elaient-ils rosicruciens? Le d o ute subsiste a ce sujet.
Par contre, ce qui est a b so lu m e n t su r c’est q u ’ils n 'o nt jam a is ete membres
de l’A.M .O.R.C.
52 Edith Piaf était effectivement rosicrucienne A.M.O .R.C.
SJ Lee Oswald était, selon les dires de l'A.M.O .R .C., m em bre de l’Ordre
de pu is six mois. Suite aux evenem ents de Dallas. l'A.M.O .R .C. fit paraître
des c o m m u n iq u es d e presse, n o tam m en t en France, afin de prendre ses dis­
tances!
L 'h eu re d e la da te d e naissance est im p orta nte p o u r la Rose-Croix, ceci
a cause de l'astrologie.
55 H. S. Lewis fut en son temps un peintre assez remarquable. Des di­
zaines de toiles (huiles, pastels, aquarelles, etc.) tém oignent de son sens artis­
tique, rosicrucien bien entend u!

95

de l'ordre rosicrucien A.M.O.R.C’., entrant dans son nouveau
cycle d ’activité après une occultation de cent huit a n s 5h.»
Cette renaissance de l'Ordre aurait ète le fruit de ses re­
cherches patientes dans les d omai nes psychiques. En effet, si
l'on en croit la biographie officielle, H. S. Lewis aurait reçu
les «manuscrits secrets» des premiers rosicruciens a mé r i­
cains de 1694ST. Ainsi, par le biais de cette «t ransmission», le
Dr Lewis s'attribua les «titres» nécessaires p ou r cont inuer la
tradition Rose-Croix outre-atlantique. Mais ce n ’est pas tout,
H. Spencer Lewis aurait reçu un « m a n d a t s uppl ément ai re»
p ou r le reste du monde. Il fit, a cet effet, un voyage en
Eu rop e p o u r recevoir une initiation secrete. Le M anuel R osi­
crucien nous r apport e les faits: «Il (H. S. Lewis) fut invite à
se présenter devant certains hauts officiers de l'ordre de
France. II visita Toulouse, ancien centre du Conseil rosicru­
cien i n te rna ti on al 58 et il revint en Amérique, investi d 'u n
m an d a t s u p p l é m e n t a i r e 59.» A partir de ce moment-là, ce fut
la gloire p ou r le tout nouveau «souverai n grand maître». Le
M anuel est à ce sujet insatiable: «... de grands honneur s lui
furent conférés par des sociétés savantes, des academies, des
institutions scientifiques et des g ro upe me nt s d'erudits, aussi
bien américains q u ’et ra ng er s60.»
« E n 1919, lit-on dans la revue Rose-Croix, le d oct eur
Spencer Lewis reçut une i mpos ant e initiation rituelle dans un
t emple à L o u x o r 61.» Voyageur infatigable, grand organisa­
teur mais aussi « h o m m e d ’affaires a v i s e » 62, Harvey Spencer
5,1 ln M em oriam Dr H. Spencer in R o se -C ro ix . N° 94. p. I.
s‘ Les «m anu scrits» auraient ete transmis pa r une certaine Mrs. May
Banks-Stacey. «heritiere d 'u n e traditio n he rm e tiq ue » a m enee pa r des é m i­
grés anglais et rosicruciens. Une petite questio n c e p e n d a n t: ces « m a n u s ­
crits» sont-ils a la disposition des historiens et des chercheurs?
S8 Pourquoi T ou lou se? On peut préciser, en effet, que vers 1850, le vi­
com te de Lapasse, m edecin, avait f on de a T oulouse un Cercle rosicrucien se
reclam ant de Cagliostro. A ndré Feladan. frere de Josephin. entra en contact
avec ce Cercle. C'est la une des origines de l'O rdre K abbalistique de la
Rose-Croix. Puis celui-ci d o n n a naissance a l'O rdre Rose-Croix du Tem ple
et du G raal d o n t un des g roupes (H ie ro nym us) d o n n e ra vie a l'A.M.O .R .C.
de H. S p en cer Lewis.
51 H. S. Lewis et R. Bernard. M anuel Rosicrucien. p. 180.
H. S. Lewis et R. Bernard, ibid., p. 180.
ln m em oriam O r Spencer Lewis in R o se-C ro ix. N° 94. p. 2.
' R. Façon, L e g rand secret des « R o s e -C ro ix ». p. 242, Editions Alain Lefeuvre.

96

Lewis récolta tous les succès: il devint Imperat or de
l'A.M.O.R.C., puis légat de l'Ordre Martiniste Traditionnel:
il occupa de grandes fonctions au congres international de la
Fédération Universelle des Ordres et Sociétés Initiatiques
(F.U.D.O.S.I.) qui s ’ètait tenu a Bruxelles en 1934.
La F . U. D. O. S. I. (Fecleratio Universatis Dirigens Ordines Societatesque Initiationi) étai t u n e F é d é r a t i o n q u i r e g r o u p a i t pas mo i n s d e
14 o r d r e s i ni t i at i que s d o n t l’A . M . O . R . C . et l’O r d r e Ma r t i n i st e T r a ­
d i t io n n e l (O. M. T. ). C e f u r e n t Victor B l a n c h a r d et S à r H i e r o n y m u s
qu i f o n d è r e n t p e u a p r è s la g ue r r e d e 1914-18 cette F é d é r a t i o n d o n t
les b u t s é t ai ent de d é f i n i r l’ini ti ati on e so t e r i q u e p a r r a p p o r t a la
« c o n s c i e n c e c o s m i q u e » , ma i s aussi la r e f o r me et l’u n i t e des ordres.
C e t t e F é d ér a t i o n , p r o m i s e à u n bel a venir , c o n n u t c e p e n d a n t u n e
e x i s t e n c e e p h e m e r e . S e l o n la version d e l’A . M. O. R. C . , la
F . U. D. O. S . I . « ju g e a sa mi ss i on t e r mi ne e , les m o y e n s m o d e r n e s de
c o m m u n i c a t i o n et d ’i n f o r m a t i o n p e r m e t t a n t , si b e s o i n était, a c h a ­
q u e o r g a ni s a t i o n a y a n t a p p a r t e n u a la f é d é r at i on , d e me t t r e ellem ê m e en g a r d e ses p r o p r e s a d h e r e n t s et si p o s s i b l e le p u b l i c » 61. C e
s ont , en vérité, d e bell es p a r o l es ma i s qui ne c o r r e s p o n d e n t a b s o l u ­
m e n t p a s a la realite. Les a n c ie n s m e m b r e s des sectes R o s e - C r o i x de
m ê m e q u e J e a n Pierre B ay a r d s o n t f o r me l s : la F . U. D. O. S. I. a etè
vict ime de ses p r o p r e s d i s s e n s i on s et s u r t o u t d e l’a m b i t i o n d é m e s u ­
rée de cer t ai ns « G r a n d s - M a î t r e s » , et n o t a m m e n t d e H. S. Lewis et
d e R. M. Lewis. « Le s d i f f é r e n c e s do c t r i n a l es , écrit J.-P. Bayard, les
t ent at i ves d ' a c c a p a r e r le c o m m a n d e m e n t , les p u b l i c i t é s fi nirent p a r
r ui ne r la F . U. D. O. S . I. qui se s a b o r d a le 14 a o û t 1951 ”4.»

Le siege s uprême de l'Ordre de l'A.M.O.R.C. fut établi a
New York. A partir de 1918, il fut transféré a l’ouest des
Etats-Unis, à San Francisco. Quelques années plus tard, en
1925, les «services exécutifs» firent le voyage inverse p ou r al­
ler s’établir en Floride. Enfin, en 1927, l'A.M.O.R.C., avec
tout son personnel exécutif, s'établit définitivement a San
José, en Californie.
C ’est la que le premier Imper at or de l'A.M.O.R.C., Harvey
Spencer Lewis, «franchit le portail de la plus haute initiation
le 2 août 1939, a 15 heures 15, à San José, en C a l if or ni e» 65.
Ses cendres reposent dans le parc rosicrucien, au-dessous
61 H. S. Lewis et R. Bernard, ibid., p. 279.
M J.-P. Bayard, La Sym bolique de la Rose-Croix, p. 237, Pavot-Paris.
1,5 H. S. Lewis et R. Bernard, ibid., p. 180.

97

d ' u n triangle symbolique ou plutôt d ' u n e petite pyramide de
60 cm environ de hauteur, sorte de reproduct ion de temple
égyptien
2. Ralph M axwell Lewis
Fils et successeur du précèdent. Ralph M. Lewis est ne le
d i m an ch e 14 février 1904 a New York, à 10 heures 30 du m a ­
tin. Il avait herite de son pere une oeuvre relativement pros ­
père. Bien que limitées principalement aux Etats-Unis, les
bases de l'organisation étaient suffi samment solides p our que
celle-ci connaisse une extension très rapide dés la fin de la
derniere guerre.
Apres avoir suivi ses classes d an s les collèges de New York
puis à l'Academie militaire du New Jersey, R. M. Lewis re­
joignit en 1919 sa famille a San Francisco ou il fit des etudes
de droit. En meme temps, il collabora avec son pere a divers
travaux de recherches, n ot am me nt dans la fabrication de ré­
cepteurs radio. De plus, tout c o mm e son illustre pere, il s’i n­
téressa aux questions d ’ordre métaphysique, ontologique et
mystique.
La précocité du j eune Ralph d ans les domai nes parapsychologiques fut excellemment mise en évidence: a l'àge de
vingt ans, le «Conseil s uprê me de l’ordre rosicrucien
A. M.O.R.C.» le n o m m a secrétaire suprême! C ’est lui qui
d o n n a a l'A.M.O.R.C. ses structures actuelles (centralisation,
mét hodes d ’admission, etc.). Il representa l'A.M.O.R.C. aux
conférences de la F.U.D.O.S.I. et reçut tout c omme son père
«tous les honneur s dus â son rang». Le 12 août 1939, après
qu e son pére lui eut «transmis certains de ses pouvoirs parti­
culiers», Ralph Maxwell Lewis fut élu Imper at or de l'Ordre
rosicrucien A.M.O.R.C. par la gra nde loge suprême. Au debut 1940, il reçut en outre le titre de « G r a nd - Ma î t r e » de l'Ordre Martiniste Traditionnel. Pour clore avec toutes ces n o m i ­
nations, la propre epouse de R. M. Lewis, Gladys, fut nommee membre du Conseil s uprê me de l'A.M.O.R.C.! Sans être
méchant , il faut reconnaître, ce pendant , que l'ordre rosicru­
cien A.M.O.R.C., aux Etats-Unis c o mm e en France, est une
affaire de famille... Mais, cette tradition «familiale» devrait
06 Le 2 août, c h aq u e annee. les m em b res de l'A.M.O .R .C. sont invites a
c on sacrer une «pensee reconnaissante » a H. S. Lewis!

98

bientôt finir: très affecté par la perte de son épouse, âge et
mal ade, il laisse sa succession ouverte: il est sans descendant.
Un e «guerre de succession» est â craindre tant le poste d' imper at or est convoité! Et maintenant, quittons les Etats-Unis
et revenons en France!
3. Jeanne Guesdon
Elle est nee le 10 février 1884 a Dossainville (Loiret).
Apres des études complètes (professorat), elle choisit une
carriere administrative. Elle séjourna l onguement à Londres
ou elle perfectionna son anglais. Puis elle s ’installa a Cub a
ou elle apprit l’espagnol.
J ea n ne G u e s d o n était une passionnée d'esotèrisme et de
mysticisme. Elle était membre de plusieurs «ordres tradi ti on­
nels». Elle s’affilia â l’A.M.O.R.C. et, très rapidement, elle
progressa dans la voie initiatique. Elle occ upa d ’importantes
fonctions, servant n o t am m en t d ’interprete au premier Imperator, H. Spencer Lewis.
Apres la Seconde Gu erre mondiale, Jea nn e Gu e sd on e n­
treprit, avec l’aide de Ralph M. Lewis, l’i mplantation de l'Ordre rosicrucien A.M.O.R.C. en F r a n c e 6 . C ’est du Ie' janvier
1949 que date la «constitution légale de la juridiction fran­
çaise de l'Ordre rosicrucien A.M.O.R.C’.». Sous son impul ­
sion, l'Ordre construisit ses premiers bâtiments sur sa p r o ­
priété personnelle, sise â Villeneuve-Saint-Georges. Elle e n ­
treprit, par ailleurs, t oute la traduction des monographi es de
même que la publication de la revue «Rose-Croix».
Son travail, il faut le reconnaître, a ete considérable. Grâce
a elle l’A.M.O.R.C. pourra s ’établir solidement en France.
Elle s'eteignit le 29 mars 1955 après une courte maladie, non
sans avoir assure sa succession en la per sonne de Raymond
Bernard.
4. R a ym o n d Bernard
R aymond Bernard naquit le 19 mai 1923 a Bourg-d’Oisans
(Isère) à 20 heures. Apres des études secondaires a Grenoble,
L 'Im p e ra io r de l'A.M .O .R.C. choisit Jean ne G u e s d o n plutôt que le Dr
E d o u a rd Bertholet p o u r o c cupe r ce poste a responsabilités. A la suite de
cela, le D r Bertholet, pionnier de l’A.M.O .R.C. en Suisse et en France avant
la derniere guerre, d é m ission na et fo nda avec son neveu a Lausanne un ordre
rosicrucien dissident ainsi q u 'u n e maison d'é ditions qui existent toujours.

99

il obtint son baccalauréat en juin 1940. Très tôt dans son e n ­
fance, il était attire par les «mysteres», par toutes les choses
cachees. C'est durant ses vacances à Bourg-d’O i s a n s 68 q u ’il
fit la rencontre décisive avec le mysticisme rosicrucien.
Il rencontra, en effet, une d a me d'origine anglaise, Mrs.
Edith Lynn, qui avait l 'habi tude de passer son temps de re­
traite dans les Alpes dauphi noi ses. Mais elle était aussi rosicrucienne et, bien ent endu, le j eu n e R aymond , tout en cont i­
n uant ses études de droit à Gr enobl e, reçut en l’espace de
quat re ans une solide formation initiatique.
La guerre finie, Mrs. Lynn rentra au pays et le mit en
contact avec Jea nne Gu e sd on . Sur proposition de cette d e r ­
nière, Ra ym on d Bernard s’affilia à l’A.M.O.R.C. en d é c e m ­
bre 1949, et devint ainsi le premi er membre régulier français.
R aymo nd Bernard était paraît-il, a ce moment-là, à la tète
d ’une entreprise familiale florissante et les affaires l’a c c a p a ­
raient beaucoup. Néanmoins , il con ti nua à gravir très vite les
marches de l'initiation.
En novembre 1955, l ' i m p e r a t o r R. M. Lewis lui d e m a n d a
d ' a b a n d o n n e r son affaire p ou r prendre la tête de la Juri di c­
tion française de l'A.M.O.R.C. Après quelques hésitations, il
accepta. C ’est ainsi que le 1er mars 1956 R aymond Bernard
devint à l’âge de 32 ans le responsabl e de la G r a n d e Loge
française. Grâce à son dyn am is me et au sens des affaires,
l'A.M.O.R.C., qui était dans les chiffres rouges, redressa la
situation. En quelques mois, les dettes furent remboursées et
ci nquant e loges, chapitres et pronaoi furent crées; en deux
ans le nombre de membres aurait double.
Le 8 juillet 1959, avec son épouse Yvonne, il fut initié au
cours d ' un e convention mondi al e qui eut lieu â San José et
installé comme G r a nd -M aî t re des pays de langue française
par l 'i mp er a to r lui-meme assiste p ar «les plus anciens m e m ­
bres» de l’Ordre.
La Juridiction française se dév el op pa nt considérablement,
les locaux de Villeneuve-Saint-Georges devinrent exigus.
C ’est alors que R ay mo nd Bernard eut, en 1969, cette idee de
genie; acheter un château! L'affaire fut ron de me nt menée et
quelques mois plus tard l'ordre rosicrucien A.M.O.R.C.
' ( haque aiinee, il avait pris l’h a b itud e de pa sser ses vacances a Bourgd'O isans.
100

achetait le Ch ât ea u d'Omonville, classé m onu me nt histori­
que, po u r la «mod es te» s o mm e à l' epoque de 600.000 francs.
Le bulletin mensuel de l’Ordr e - qui est strictement c onf ide n­
tiel - ne tarit pas d'eloges p o u r cette nouvelle acquisition:
«Le château est un m onum ent classé d ' un e rare elegance et
l'ensemble est magnifique. Not re ordre p our les pays de lan­
gue française a donc m aintenant un siège digne de lui et tous
nos membres en ressentiront la plus grande fiertéc,1).» La fa­
mille Bernard aussi!
Naturellement, R aymo nd Bernard, a l'instar des autres
hauts dignitaires de l’A.M.O.R.C., collectionne les titres et
les décorations, du moins le M anuel l'affirme-t-il: docteur
honoris causa, mérite civique, cravate de c o m m a n d e u r du
mérite national français, médaillé d ' o r des arts, sciences et
lettres, etc. Sur le plan initiatique, il est depuis le 4 août 1966
m emb re de la G r a n d e Loge Suprême succédant à Mrs. Martha Lewis, veuve de H. S. Lewis, et il a aussi pris la charge de
Légat s up rê me p our l'Europe.
R ay mo nd Bernard au faîte de sa puissance est, cependant,
un h o mm e conteste. On lui reproche son m ode de vie, son
a m o u r p our les hôtels de luxe (4 etoiles minimum!) et pour
les belles v oi t ur es 70. Mais ce q u ’il y a de plus grave, c'est que
quelques membres bien placés dans l'Ordre ont dénoncé, cer­
tains publ iquement , des déviations d 'o rd re éthique qui, elles,
sont a la base du grave probl ème interne que traverse actuel­
lement l’A.M.O.R.C. en France. Bon no mbre de membres
fidèles de l'A.M.O.R.C., déçus ou tout simplement « d é ­
goûtés», ont
purement
et simplement
démissionné.
L'A.M.O.R.C., c’est certain, risque de vivre des moments dif­
ficiles, mais il s urmont era sa crise.
5. Christian Bernard
Christian Bernard, fils de Raymond, est l’actuel GrandMaître de l'A.M.O.R.C. po u r les pays de langue française.
Son ascension a ete aussi très rapide. Ayant vécu dans une
a tmos phère rosicrucienne, il n'a pas ètè très difficile p o u r lui
69 Bulletin mensuel N" 251, novem bre 1969, p. 1.
Cf. R aym ond Bernard. Les m aisons sécrétés de la Rose-Croix. Editions
rosicruciennes.
Cf. R. Façon et J.-M. Parent. Les m eurtres de l'occulte, p. 125 passim.
10 1

de d e m a n d e r a l'âge de 15 ans deja son affiliation â l'Ordre!
Trois ans plus tard, il com me nc e son «appr ent issage» à la
G r a n d e Loge.
Apres avoir occupé divers postes â responsabilités dans la
G r a n d e Loge (services administratifs, éditions), il fut finale­
ment choisi - et élu - par le Conseil Suprême de l'Ordre po ur
une nouvelle charge, celle-ci très import ant e: G r a nd Secré­
taire p ou r les pays de l angue française. Détail intéressant:
Christian Bernard fut installé d ans ses nouvelles fonctions le
18 mai 1972 a l'âge de vingt ans! Cette progression é t o n n a m ­
ment rapide a de quoi surprendre, vu que, pour les membres
«ordinaires», il ne faut pas moins de 10 a 15 ans p our d eve­
nir «illuminati». Mais cette ascension s’explique assez aisé­
ment: n'est-il pas le fils de R a y m o n d ? N ’est-il pas « c h o u ­
chou te» par l’actuel I mper at or? Bref, il faut se rendre a l'évi­
dence : l’A.M.O.R.C. est bel et bien une organisation m o n ­
diale a caractère privé et familial. Du moins jusqu'a ce jour.
Enfin, Christian Bernard devait gravir une nouvelle
marche en devenant, le 7 août 1977, « G r a nd - Ma î t r e po u r les
pays de langue française», lors de la Convent ion Mondiale
de Paris. Il remplaçait ainsi son père qui, lui. se consacrera
entièrement à la tâche de Légat suprême.
L'A.M.O.R.C. developpe ces dernieres annees le culte de
la personnalité. La preuve nous est d on nee par Christian
Bernard qui. lui, tient le haut du pavé dans les domai nes de
l'elegance. Son interview dans le M onde Inconnu 1 est un
model e du genre: pas moins de six photos, dont l’une pleine
page! L'un de nos cor res pon dant s écrivait ces lignes se réfé­
rant sans doute a l’article: «C e j eu n e G r a nd -M aî t re (ou
P.D.G., c’est c o mm e vous voulez...) affectionne les énormes
b ur eaux directoriaux de haut style, les costumes-cravates
bleu clair, les coups de peigne a la dernière mode. Il ado re se
faire photographier, dans toutes les positions, les plus a v a n ­
tageuses. le combi ne du t él éphoné multiple a l'oreille, bref:
dans la pose de l’archetype achevé du «très haut j eu ne cadre
d y n a m i q u e 72!» Ces propos séveres sont dans un autre ordre
d'i dees partagés par R. Façon et J.-M. Parent qui, eux, re p ro ­
duisent ces quelques eloges: « A tous ceux qui le connaissent
N° 27. Mars 19S2.
^ C o r r e s p o n d a n c e privee du 10 mai 1983.

102

et l'aiment... Il va venir et notre coeur est emu (sic)... Il est la.
Sa j eunesse et sa purete nous su rpre nnent mais toujours nous
plaisent. Spo n ta n ém en t le contact s’établit, mais son beau
sourire et sa poignée de main chaleureuse nous aident a
mieux co mp re n dr e le mot «fraternité». Son air p rof ond et ré­
fléchi, nullement severe, inspire le respect. De tout son etre
émane nt de sereines vibrations. Il nous écoute et nous parle.
II est là, et nous sommes bien... 11 nous quitte mais notre âme
est rejouie, notre comp ré hens ion de la Rose-Croix améliorée
(sic) et nos forces à la servir decuplèes 3.» Sans commentaire!
6. L 'A .M .O .R .C . est-il un ordre p u issa n t?
Présent dans presque tous les pays du m o n d e (sauf les
pays de régime communi ste) et a p pa r e m me n t très puissant.
l'A.M.O.R.C. ne revendique pas moins de 6 millions de
membres, d ont 160.000 p our les pays de langue française.
Mais selon l'un de nos cor res pondant s particulièrement bien
informe, les statistiques fournies par l'A.M.O.R.C. ne parais­
sent pas cor res pondre à la réalité. Il écrit à ce sujet ces lignes
p ou r le moins fort intéressantes: «L' A.M.O.R.C. n'a pas
6 millions de membres, c omme il le prétend. Lorsqu’il m'a
ète d e m a n d é de parler, soit à la Radi o regionale, soit en
conférence, j ’avais moi -méme affirmé, en toute bon ne foi, ce
chiffre énorme... ainsi que celui de 160.000 membres dans les
pays de langue française... c'etait il y a 13 ans. Or je me suis
aperçu que ces chiffres sont faux, artificiellement gonflés
( même en ajoutant le nomb re des membres qui ont démi s­
sionné ou qui sont partis mecontents, ceci depui s la création
de l'A.M.O.R.C. en France). En effet, je me suis aperçu que
la carte d ' u n membre entre en 1970 porte le nu méro 41.500 et
dix ans après (1980), le numéro 94.000, etc. Il faut préciser
que si b e a u co up de personnes après avoir assiste a des confé­
rences ou avoir reçu par voie postale la brochure publicitaire
La M aîtrise de la Vie adherent à l’A.M.O.R.C., beaucoup
quittent l’Ordr e également dans la même proportion...» Ce
même c or res pondant nous faisait encore re ma rq uer que « de ­
puis quel que temps, il est d ’usage de dire a l’A.M.O.R.C.
«6 millions de personnes en contact avec l’Ordre», au lieu de
n R. Façon et J.-M. Parent, ihid.. p. 132 (lire de la revue Rose-Croix,
N° 106, ete 1978).

103

«6 millions de membres». La nuance, c’est le moins q u ’on
puisse dire, est de t aille!74
Cela n ’empèche pas l’A.M.O.R.C. de se comport er c omme
un Ordr e puissant. Le train de vie des dirigeants de l'Ordre,
n ot ammen t en France, a de quoi laisser rêveur! R ay mon d
Bernard aurait depui s 1949 amassé, avec son épouse, une im­
mense fortune (appartements, etc.). De son côté, son fils
Christian n'en reste pas là et son train de vie nous surprend
aussi: selon des sources très sûres et dont Ralph M. Lewis a
eu connaissance, il percevrait un salaire A.M.O.R.C., un sa­
laire Editions Rosicruciennes, une substantielle prime de fin
d ' a n n é e sans compt er que son j ardi ni er et sa femme de m é ­
nage sont payes p a r l'A.M.O.R.C., etc. C ’est vraiment la belle
vie au Ch ât eau d'Omonville... La mystique occulte, ça r a p ­
porte gros!
7. Du rifi fi chez les Rose-Croix
Recemment, l'A.M.O.R.C. a défrayé la chr onique p o u r une
rocambol es que histoire de tentative d'enlèvement ! Samedi 9
janvi er 1982, peu avant 9 heures, c ’est la rentree des classes à
Neubourg. Le petit Ray mo nd Sessou voit deux voitures bl o­
qu er celle de son pere - une Peugeot 504 bleue - qui était
venu l’ac c om pa gn er à l’ecole. Des ho mmes sortent de leur
voiture et se dirigent vers le c o n du c te u r de la 504. Après une
breve discussion, celui-ci court vers la cabine tel ep ho ni qu e la
plus proche. A peine a-t-il déc roché le combi ne que les a s­
saillants essaient de faire sortir le gosse qui se met à crier. Le
quartier est en emoi, l'instituteur se précipité vers les agres­
seurs, mais ceux-ci prennent la fuite.
Un banal fait divers dira-t-on? Peut-être, mais il faut savoir
que le pere du petit Ra ym on d n'est autre que le G r a nd Tr és o­
rier de l'A.M.O.R.C., Henri Sessou! C ’est-a-dire le troisième
personnage en i mport ance de l’Ord re après les intouchables
Ra ym on d et Christian B e r n a r d 75. Un journaliste particulière­
ment bien informe, Frank Martin de la Dépêche d ’Evreux,
n ’a pas hesite à ra ppo rt er les faits dans les colonnes de ce
journal sous le titre « D u rifîfi chez les Rose-Croix». Ce qui a
évi demment déclenche la colere de l’A.M.O.R.C.
'4 M. M., corre spo ndance.
’5 H. Sessou. originaire de C o io n o u . Bénin (ex-D ahom ey), était en outre
conseiller municipal des finances de Neubourg.

104

Si Frank Martin a per du son procès en premiere instance
contre l’A.M.O.R.C., par contre Roger Façon, ancien m e m ­
bre de l’Ordre, lui, avait gagné le sien, mais l’a mal heur eu se­
ment perdu en a p p e l 76. Son ouvrage écrit avec la col labora­
tion de J ean-Mari e Parent et intitulé Les meurtres de l ’occulte
a fait sensation. Il faut dire, au passage, que l’A.M.O.R.C. se
voit gratifié de deux chapitres qui nous révelent les m a ­
gouilles de cet ordre a p p a r e m m e n t au-dessus de tout s o u p ­
çon.
Les auteurs de ce livre se sont livrés à une enquête très mi­
nutieuse au sujet de la mort p o u r le moins très mystérieuse
dans un accident d ’avion, survenu le 27 octobre 1972, de Marie-Rose Baleron de Brauwer, commissaire de police aux
Renseignements Gé n ér au x et, de surcroît, G r a n d Officier de
l’A.M.O.R.C.! Ses responsabilités dans l’Ordre etaient très
i mportantes: elle était responsable d ’un territoire qui c o u ­
vrait n e u f départ ement s, chargee aussi du service de p r o p a ­
gan de et, a ce titre, en coor don nai t toute l’information
(conférences, presse, etc.). Autant dire que c ’était un p er s on ­
nage très important...
Caprices du hasard: l’accident d'avion survient au bon
moment... p o u r R a ym o nd Bernard. C ’est du moins ce q u ’af­
firment Façon et Parent. En effet, Marie-Rose Baleron de
Brauwer devait p r on on cer le 28 octobre un discours très i m­
portant devant un auditoire c ompos e u ni quement de rosicru­
ciens A.M.O.R.C. (plus de mille participants!). Ce jour-la,
elle aurait dénoncé certaines choses qui, à vrai dire,
n ’auraient pas été au goût de tout le monde, en particulier du
Légat suprême! Les accusations que portent les auteurs
contre les hauts dirigeants de l'Ordre sont très précises: in­
fractions au règlement intérieur, «magouilles» d ’officiers,
parrai nage de groupes occultes, etc. Bref, des accusations a c ­
cablantes p o u r un ordre qui se veut pur.
Selon Façon et Parent, Marie-Rose de Baleron de Brauwer
se serait fait le devoir de d en o n c e r les errements de
l’A.M.O.R.C. et, en particulier, de certains de ses dirigeants
qui se seraient rendus coupables d ’entretenir des liens avec
T" Les juges de la C o u r d'A p p e l de Paris ont reproche a R. Façon - et à
J.-M. Parent - d'a v o ir suggère que R. Bernard avait organise un accident
p o u r se d e b arra sse r d 'u n témoin gê n an t (M m e Baleron). A noter en co re que
Les M eurtres de l'occulle n'a pas ete saisi com m e le d e m a n d a it l'A .M .O .R.C.

105

des ordres «initiatiques» plutôt louches. Son dossier était,
paraït-it. suffisamment étoffé et convaincant. Il ne faut pas
oublier, en effet, qu'elle avait des sources de renseignements
auxquelles aucun des membres de l’A.M.O.R.C. ne pouvait
pretendre. ses hautes fonctions aux Renseignem ents Géné­
raux le lui permettant. Elle aurait établi que l'A.M.O.R.C.
avait ete a l'origine de la création d'autres ordres occultes,
n o t am m en t l’Ordr e Rénové du Temple. L’un des fondateurs
de cet ordre était un certain Julien Origas, membre de
l’A.M.O.R.C. ayant atteint le cercle des illum inait, et égale­
ment membre de l’Ordre Martiniste Traditionnel. C ’était
d o nc un per sonnage i mport ant au sein de l’Ordr e et de plus
un ami du Légat supreme, Ray mo nd Bernard.
L’Ordr e Rénové du Templ e (O.R.T.), qui se veut être un
ordre templier, a vu le j o u r en 1968 d ’une scission - en 1964 d'avec l'Ordre Souverain du Templ e Solaire (O.S.T.S.), luimeme crée en 1952! Par la volonté de R ay mo nd et de Chri s­
tian Bernard, l'O.R.T., officialise en 1971 seulement, était d e ­
venu une véritable succursale de l 'A. M . O. R . C . 77 Mais, préci­
sion fort intéressante: le G ra n d - M a î t r e de l'O.R.T. n ’etait
autre que R ay mon d Bernard en p e r s o n n e 78. Cette a p p a r t e ­
nance a la tête de deux organismes parallèles va être la cause
d ' u n e grave crise qui va s ecouer l'A.M.O.R.C. tout entier!
Mais ce qu'il y a de plus grave, c’est que son collègue fo n­
dateur, Julien Origas (1920-1981), était un personnage peu
r e c o m m a n d a b l e 79, un extremiste de d r o i t e 80. Ainsi donc,
consciemment ou non, R a ym o nd Bernard aurait fait cause
co m m u n e avec un extremiste p o u r se lancer dans une n o u ­
velle entreprise de l’occulte. Ce sont, sans doute, a cause de
ces mauvaises fréquentations que Marie-Rose Baleron de
Brauwer désirait se rendre a C l e rm on t -F er r an d afin de metD a ns une reunio n de l'O.R.T. tenu e a Lille en mai 1972, sur 70 p e r­
sonn es convoquées, il n'y avait pas m oins de 69 p ersonnes a p p a r te n a n t a
l'A.M.O .R .C.!
" La constitution et les statuts de l'A.M .O .R .C. interdisent a tout officier
l'a p p a r te n a n c e a d 'a u tre s sociétés initiatiques, excepte l'O rdre Martiniste
T raditionnel.
' g C ’etail un e x-m em bre de la G e sta p o a Brest. Il aurait, dit-on. p rocédé a
l arrestation de nom breu x résistants: a ce titre, il a purge une peine de quatre
ans de prison p o u r «collaboration».
" R. Façon et J.-M. Parent, Les m eurtres de l ’occulte, p. 129. Editions
Alain Lefeuvre. 1981.

106

tre en lumiere cette situation anormale. Mais, son avion d e ­
vait s'écraser entraînant dans la mort un témoin gênant...
Ray mon d Bernard revenait de loin!
La suite, on l'imagine: R aymon d Bernard va reprendre les
choses en mains. Tout d ’abord, il affirmera mordicus q u ’il
n'était pas membre de l’O.R.T., pas plus que son auguste fils
Christian. Puis il prendra des mesures énergiques: tous les
officiers et autres membres de l'A.M.O.R.C. impliqués dans
la «magouille» de l’O.R.T. sont pure me nt et simplement
chassés. Ainsi, pour la famille Bernard et p o u r l'A.M.O.R.C.,
l’h o n n e u r est sauf!
Enfin, p ou r conclure ce tableau peu reluisant pour
l’A.M.O.R.C., il faut savoir que l'Ordre traverse une grave
crise depui s quelques annees. Des grands dignitaires, c’est-adire ceux qui ont contribue à la prospérité de l'A.M.O.R.C.,
scandalises par les met hodes de gouver nement autocratique
de la famille Bernard, ont quitté le giron rosicrucien, quel­
quefois en «cl aquant la porte». Des membres fideles et sinceres ont été p ou r ainsi dire éliminés, écartés des hautes
fonctions q u ’ils assumaient depuis de longues années. Pour
b e a u co up de ceux qui ont quitte l'Ordre, après avoir tout in­
vesti de leurs forces et energie, c ’est, du moins p our certains,
une veritable catastrophe, en tout cas la fin des illusions.
Cela n ’empèc he pas, helas, l’A.M.O.R.C. de cont inuer sa
marche en avant. Les moyens enormes, n ot ammen t fi nan­
ciers, d ont dispose l’Ordr e lui assurent encore un avenir sans
trop de problèmes. Maigre les défections de passablement de
ses membres, le recrutement ne pose pas de difficultés: le
mysticisme, en realite l'occultisme, que l'A.M.O.R.C’. pro­
pose est un a p pâ t de choix p o u r tous ceux qui sont en quête
de certitude et d ' a b s o l u R1. La mystique, l’o r d r e 82 et la puis­
s a n c e 83 ne sont en fait que des pieges pour attirer de n o u ­
veaux adeptes.

81 Une a n n o n ce de ce type et qui paraît regulierement d a n s Le M onde In­
connu: «Esprit, Ordre, Energie. Q u'est-ce qui régit l’Univcrs et Vous?» est
un m oyen a la fois subtil et alléchant p o u r attirer les gens.
K! C e s t - a - d i r e le principe de causalité ou de finalité du m onde.
85 Autrement dit, la force qui d e term ine les lois de l'univers.

107

L ’Association Rosicrucienne M a x H eindel

/. Du lutlieranisme au «m ysticisme»
Le fondateur de l'Association Rosicrucienne (The Rosicrucian Fellowship) de son vrai nom Carl-Louis von Grasshof,
d'origine danoise, est né le 23 juillet 1865 près de C o p e n h a ­
g u e 84.
A l'âge de seize ans, le j eu n e Carl-Louis part en Ecosse
p o u r travailler dans les chantiers navals de Glasgow. Puis il
passera un dipl ôme d ’ingénieur po ur finalement travailler
dans son metier à la C u n a r d Line. En 1885, il épouse une
j eun e fille du n om de Cat heri ne Wallace et de cette union n a ­
quirent trois filles et un fils. Malgré cela, le ménage se sépare,
et Carl-Louis von G r a s s h o f s’en va aux Etats-Unis p o u r re­
faire sa vie.
Là, de 1896 a 1902, il travaille a New York comme ingénieur-conseil. Ce fut, pour lui, u ne période très éprouvant e:
la faim et la privation, mais surtout le décès de sa seconde
femme en 1905 (qui lui avait d o n n e un fils et deux filles).
De tradition lutherienne, Carl-Louis von G r a s sh of fré­
qu en ta un moment les Quakers. Puis, en 1903 a Los Angeles,
il s'intéresse à la mét aphysi que et ne tarde pas à s’inscrire à
la Société T h e o s o p h i q u e 85, d on t il sera le vice-président de
1904 à 1905. C ’est d on c en Californie que se situe le t ournant
de sa vie: un peu plus tard, il rencont ra Augusta Foss, une
astrologue rèputee, et qui deviendra, le 10 août 1910, sa troi­
sième femme.
«A cette époque, lit-on dans sa biographie, se développait
en lui un désir de plus en plus intense de connaître la cause
des souffrances physiques et morales de l’humani té et de
cont ri buer à leur allégement. A sa grande joie, il t rouva que
l'astrologie pouvait lui d o n n e r la d e de la nature intérieure
de l ' h o m m e 86.» Il co mm en ça alors des tournées de conf é­
rences parlant surtout de mysticisme et d ’astrologie.
8,1
Son pere était d'o rigine a llem ande, mais émigra très tôt au D a nem a rk
ou il ép o u sa plus tard une je u n e fille a p p a r t e n a n t a la noblesse du pays.
85 Selon C hristo pher M c lntosh. M ax Heindel aurait ete m em bre de la
Fraternité Universelle, une secte t h e o s o p h iq u e schism atique. dirigee alors par
Kathleen Tingtley.
86 M. Heindel, Lettres aux étudiants, p. 10.

108

2. Des rencontres décisives

Plus tard, en 1907, il eut l’occasion de rencontrer à Berlin
le fondateur de l’a nt hropos ophi e, R udo lf Steiner. A u p a r a ­
vant, il exa mi na les enseignements de Steiner qu'il appr ouva
tout d ’abor d sans a uc un e réserve p ou r se brouiller ensuite
avec son maître. Ce fut lors de son séjour en Europe que von
Gras shof-Hei ndel reçut dans sa c ha mb re d ’hôtel une étrange
«visite». Ce visiteur déclina son identité et se présenta
c omme étant un «Frère Aîné de l’Ordr e des Rose-Croix».
Celui-ci, «revêtu d ' u n corps etherique», le mit à l'épreuve
du ra nt plusieurs mois. Puis, Max Heindel fut invité à se ren­
dre prés de la frontière entre l'Allemagne et la Bohême dans
un d o mai ne ou se trouverait le « Templ e de la Rose-Croix».
Là, il resta un peu plus d ' u n mois et il reçut «en c o mm u ni c a ­
tion directe» de la part de ces mystérieux «Frères Aînés» tous
leurs enseignements èsotèriques. Il acquit, p o u r ainsi dire, une
«initiation cosmique». Ce fut, selon la biographie de Max Hein­
del, le point de départ de la rédaction de la Cosmogonie.
De retour aux Etats-Unis, il écrivit cette «oeuvre m o n u ­
mentale» q u ’est la Cosmogonie, qui fut achevée en septembre
1908. La diffusion de ce livre connut quelques succès, surtout
dans l’ouest des Etats-Unis. Mais surtout, la propagat ion du
nouveau message par les conférences ainsi que par corres­
p o n d an c e permit le dével opp emen t de l'oeuvre. Il créa des
centres, d ' a b o r d à Seattle (Etat de Washington) ou il établit
la Fraternité de Col ombus , puis a Portland (Oregon). Finale­
ment, la Rosicrucian FeUowship s'établit définitivement à
Oceanside, en Californie, et s’organisa administrativement.
Les travaux commences en octobre 1910 furent pratiquement
terminés â la fin 1918. Outre les bâtiments administratifs et
d' habitation, un sanator ium et une cafétéria, il se trouve un
magnifique temple blanc de douze c ô t e s 8’ qui s’elève sur le
s ommet d ' un e colline baptisée en l'occasion M ount Ecclesia.
Max Heindel avait atteint le but q u ’il s’était fixe. Il avait
fondé sa propre organisation. Mais usé premat urement par le
travail gigantesque q u ’il avait accompli, il s’eteignit brus que­
ment le 6 j anvier 1919 et ce fut sa femme qui continua son
oeuvre.

*' C'esi-a-dire les dou ze signes du Z o diaque.

109

3. L'aspect religieux d e I Association Rosicrucienne

Depuis lors, le mouvement de Max Heindel s'est r é pan du
à travers le monde, mais sans g ra nd succès semble-t-il, du
moins sur le plan n u m e r i q u e ss. A sa déchargé, il faut dire
que l'Ordre ne fait auc une publicité tapageuse. L'Association
Rosicrucienne se fait connaître par les écrits de son f o n d a ­
teur, d ont tous les ouvrages sont en vente dans la totalité des
librairies, même pr ot es t ant e sM. Car, il faut le dire, l'Associa­
tion Rosicrucienne a toujours revêtu un caractère religieux.
Robert S. Ellwood, cite par Ch ri s to ph er Me Intosh, décrit
fort bien l’ambi ance de ces réunions: «Les quelques rares
églises de la Confrérie Rosicrucienne ont une a tmos phère
protestante un peu vieux jeu. Le dessus de l’autel est cache
par des rideaux qui ne sont ouverts q u ’au début du service
religieux, dévoilant une croix couverte d ’une rose. Le service
c om p re n d des hymnes habituels et une lecture des Ecritures,
mais la priere est plus dans le style de la Nouvelle Pensée
avec son émission de «b on nes vibrations» q u ' u ne interces­
sion. En règle générale, il n'y a pas de pretre; ce sont les
membres eux-memes qui c ondui sent le service. Il y a parfois
des conférenciers envoyés par Oceanside. Il semble que ce
g rou pe attire moins de j eunes a l'heure ac tue lle90.»
L e L e c t o r i u m R o s ic r u c i a n u m

Le Lectorium Rosicrucianum est le seul mo uvement rosi­
crucien qui soit spécifiquement e u r o p e e n ' ” . C ’est une Frater­
nité très mystérieuse, fermée et sectaire. C ’est un ordre très
cloisonne, même d ’un pays a l’autre, et les contacts entre
«frères» sont très vagues. Sa doctrine, d'inspiration dualiste
et «j ohanni te», est très rigide et der oute bien des neophytes
en la matière.

** C e p e n d a n t l'Association Rosicrucienne possédé de nom breu x centres,
n o ta m m e n t a Paris. Nice, Toulouse, Bruxelles et Anvers.
8,1
Les reunions de l'Association Rosicrucienne ont lieu très souvent d ans
des bâtim ents publics, et mêm e religieux!
‘ra R.-S. Ellwood. Religions a m i Spiritual in M odem America, p. 112.
01 Le cas de l'an th ro p o so p h ie , nou s le verrons, releve bien plus de la (heosop hie que du rosicrucianisme.
I 10

1. N aissance et développement du Lectorium
Le Lectorium Rosicrucianum, encore appele «Ecole Spiri­
tuelle de la Rose-Croix d 'Or » (en néerlandais: Rozen-Kruis
Pers), vit le j o u r en Hol lande en 1924, à Haarlem. Le f o nd a­
teur de cette secte est Jan van Rijckenborgh. Nou s savons
peu de choses sur lui. Par contre, il fut très efficacement aidé
par une femme dont nous ne connaissons que son p s e u d o ­
nyme plutôt évocateur de C at haros e de Pétri. Ensemble, ils
d o n nè r e n t a la «Rose-Croi x d ' O r » une impulsion dét er mi ­
nante et surtout ils écrivirent b e a u co u p de livres, dont cer­
tains font référence dans les milieux èsotèriques, no tammen t
Dei Gloria Intacta. Jan van Rijckenborgh, alors G r a n d - M a î ­
tre, lança les 3 et 4 s eptembre 1952 a Wi esbaden (Hollande)
un appel solennel a tous les hommes, les exhortant a suivre le
chemin de la Transfiguration.
Grâ ce au labeur incessant de J. van Rijckenborgh et de
C. de Pétri, le Lectorium Rosicrucianum etendit son c ha mp
d'activité en Europe, mais aussi aux Etats-Unis, au Brésil, en
Australie et en Nouvelle-Zélande. Par contre, il ne semblerait
pas que le continent africain soit touche. Out re son centre
d ’Haarlem, le Lectorium possédé un autre centre, baptise
« G a l a a d » , de meme que des grottes, qui etaient autrefois le
refuge des Cathares, a Ussat-les-Bains (Ariege). Les rosicru­
ciens de l'«Ecole Spirituelle» sont très fiers de leur centre
d' Us sa t qui est un endroit de pelerinage. Il faut dire, en effet,
que c’est un lieu de rassemblement p ou r toute l'Europe, et
même du m o n d e entier, et q u' a l'interieur de ces grottes ont
lieu des cérémonies initiatiques et sécrétés, d'inspiration ca­
thare. Par ailleurs, le Lectorium Rosicrucianum a fait étalagé
de sa puissance en achetant, il y a quelques annees, l'ancien
hôtel Regina - qui ne c om p re n d pas moins de 100 chambres!
- sis a Caux, au-dessus de Mont reux (Suisse). C ’est un lieu de
rencontres p ou r tous les adeptes de la secte qui veulent p r o ­
gresser. On y pratique surtout les experiences parapsychologiques et occultes.
Ainsi, on peut constater que le d éveloppement du Lecto­
rium suit une courbe qui paraît ascendante. En tous cas, il est
certain que ses membres ne perdent pas le sens des affaires et
savent investir dans la pierre a bon escient!

11 I

2. Les m éthodes de «recrutement»

Le Lectorium Rosicrucianum, bien qu'il soit une « F r a t e r ­
nité» très fermée, fait c e pen dant une intense ca mpa gne de re­
crutement. Il se fait connaître n o t am m en t par des conf é­
rences publiques sur des thèmes èsotériques (Ka r ma ou réin­
carnation, etc.) ou même «historiques» (cathares). Ces conf é­
rences, qui ont lieu soit dans des endroits publics (sauf les
eglises ou salles de paroisse, ceci à cause de mauvaises «vi­
brations»!), soit dans leurs locaux, sont très bien annoncées
p ar les médias locales, j o u r n a u x et affiches. Les affiches de
p r o p a g an d e sont absol ument identiques, du moins dans les
pays f r ancophone s: de coul eur violette sur fond blanc, elles
se distinguent surtout par leur embl ème qui se présente sous
la forme d' un triangle et d ' u n carré circonscrits pa r un cercle.
Une fois par année, le Lectorium Rosicrucianum propose
da ns cha que ville de grande ou m oy enn e import ance une ou
plusieurs conférences. Un t hème bien choisi et une publicité
bien faite attirent b ea u co up de personnes, de toutes c o nd i ­
tions, d ont passablement de j eu nes de moins de 25 ans.
A la fin de c ha que conférence, il est propose à tous ceux
qui «cherchent» d'entr er en contact avec l’«Ecole». Pour
cela, on leur prop os e un «cours d'or ientat ion a la philoso­
phie rosicrucienne», co mp re n an t au moins cinq «lettres»,
quelquefois douze. Si le « che rche ur» veut progresser, il doit
faire la d e m a n d e p ou r être accepté dans le mouvement. Dans
le cas positif, il devi endra alors «eleve préparatoire de
l'Ecole Spirituelle». Cette periode de probati on est appelee
« at tendr e sur le parvis de l'eglise»! Enfin, si tout va bien
p o u r le candidat, il sera admi s par cooptation c omme é tu­
diant régulier. L’enseignement est basé essentiellement sur la
symbol ique des nombres, l’attente de l’« H o m m e no uv ea u» et
s ur les capacités «el ectro-magnétiques», aut rement dit oc ­
cultes, de cha que individu. Précisons encore que ces «cour s»
ne sont pas gratuits p our autant, c ha que membre étant invité
à regler ponctuellement ses c ot i sat i on s92.
No to ns également que le Lectorium Rosicruci anum édité
une revue mensuelle, réservée en principe a ses membres, i n­
titulée Pentagram m e (la revue de langue anglaise se no mm e
n Selon une information digne de foi, les cotisalions seraienl très elevees:
10% du salaire!
I 12

The Topslone). Elle informe ses lecteurs sur «l'ere nouvelle
qui co mm en ce p ou r l'humani té». Nous ignorons le tirage de
cette revue, tout c omme le n ombre de membres du Lectorium
Rosicrucianum. Tout au plus quelques milliers de personnes.
Signalons aussi que leurs «Cent res » sont souvent jumeles
avec des magasins d' ali ment at ion «sai ne» ou avec des res­
taurant s végétariens. Un moyen c om me un autre de t rans­
mettre de «bonnes vibrations». En conclusion, on peut dire
que c’est un ordre qui paraît très petit numéri quement, mais
qui est très puissant par ses moyens financiers et surtout par
ses pouvoirs occultes.
L e s F rère s A în é s R o s e - C r o i x

Les «Freres Aines de la Rose-Croix» (F.A.R.C.) serait un
Ordr e issu des Templiers. Ils font remont er l’origine de leur
Ordr e en 1314. Leur f ond at eur fut un chevalier de l’Ordre
des moines-chevaliers, un certain Ga st on de la Pierre Phoebus qui réussit a éc ha pp er aux griffes de Philippe le Bel pour
se refugier en Angleterre en 1307, puis en Ecosse en avril
1314. C'est là q u ’il crée, avec l'aide de 18 c ompagnons , la
première «Eglise Templiere».
S'ils ont une qualité, c'est bien leur discrétion: ils ne se
font pas connaître au grand public et leurs activités se deroulent loin de toute publicité. C ep en d an t , les F.A.R.C. se sont
révélés à un certain public grâce à un ouvrage intitule Legenda des Frères Aînés de la Rose-Croix dû a la plume de R o­
ger Caro, patriarche de l'Eglise de la Nouvelle Alliance mais
aussi Médaillé d ’argent des Arts, Sciences et Lettres! Par cet
ouvrage peu c o n n u 93, l’a ut eur veut faire connaître l'existence
de ce petit gro u pe d'alchimistes. Se basant sur des document s
juges authentiques, Caro d on n e une liste de tous les lmperators: parmi eux, citons Robert Fludd, déjà revendiqué par
l'A.M.O.R.C.!, et l’abbe Constant, plus connu sous le nom
d ' Eliphas Levi.
L’Anthroposophie
D ’aucuns s’étonner ont de voir R u d ol f Steiner figurer
c o mm e ro si cr uci en 94. Car, il ne faut pas oublier que le Tonda' Le tirage de cet ouvrage n'etait que de 250 exemplaires!
'* Mis a part J.-P. Bayard (L a Sym bolique de la Rose-Croix. Payot-Paris)
et R. E d ig h o lïer ( Les Rose-Croix, Que sais-je? N ü 1982).

113

teur de I' ant hroposophi e était un theosophe, mais aussi un
rosicrucien. Il fut l 'auteur d ' u n ouvrage, méconnu, qui a p our
titre: Théosophie du Rose-Croix. C o m m e son nom l’indique,
Steiner essaie d' el ab orer une synthèse entre la theosophi e et
le rosicrucianisme.
Il naquit en 1861 en Autriche a Kraljevic, près de la fron­
tière austro-hongroise. Ses parents etaient d'origine paysanne
et c a th o l i q u e 95. Son pere. lui, travaillait dans les chemins de
fer i mpériaux et c'est ainsi que le j eu ne R ud ol f connu t pl u­
sieurs domiciles et, surtout, qu'il apprit a connaître et a ai mer
la nature.
A l'âge de sept ans, il fit une expérience «decisive»: il
« \ i t » derriere des arbres des «etres spirituels» qui se m a n i ­
festaient a lui dans son «espace intérieur». Après ses études,
il entreprit l’et ude de Go et he et, plus tard, il devint bibliotheai ire-adj oi nt a Weimar p o u r pré p ar e r l’édition des oeuvres
complétés de Goethe. Ainsi, et peu a peu, l'influence de la
pensée de l'écrivain et poète al lemand fut dét er minante p our
le futur chemi ne me nt de Steiner. Une fois l’édition achevée
(en 1896), il quitte Weimar p o u r aller s'installer a Berlin.
C'est au cours de la même ann ee que Steiner fit une autre experience et prit ainsi conscience qu'il était «citoyen des deux
mondes, le physique et le spirituel».
La période qui va de 1897 à 1902 fut celle qui l’a me na â
a dhe rer a la Société Th eos op hi que. Mais, progressivement, il
se sépa ra de la Société â cause de la conception t h eo sop hi ­
que du christianisme qui considérait le Christ c omme un
«Maî tre de sagesse» seulement, et surtout a cause de l’aspect
t rop orientaliste de la Theosophie. L' Anthr opos ophie, ou
plutôt la naissance des idees personnelles de R ud ol f Steiner,
co mmen cère nt à germer des 1904 pour finalement a bout ir à
une division. De la scission d'avec la Theos ophi e naquit, en
1913, l’Ant hropos ophi e. Désormais, et j u s q u' a la fin de sa
vie, R udo lf Steiner d on n er a a son mouvement son caractere
d ' in d ep e nd an ce . Son o e u \r e , d'inspiration occulte, sera a la
mesure de ses talents. Il reformera la doctrine theosophi que,
construira son célébré temple, appele G oetheaiw m , a Dornach, dont l’architecture est en forme de crâne; il s'intéres­
sera a l'éducation des enfants handicapes, a la pedagogie cu,s Le p e r e d e R u d o l f S t e i n e r elait libre p e n s e u r .

114

rative96, aux arts, a la medeci ne et a la p har ma ci e' 1*, a l’agri­
culture bio-dynamique, etc. De no mbreux d oc t e u r s 1’* et
autres chercheurs accordèrent leur appui et ont rendu ainsi
cette secte théosophico-rosicrucienne crédible auprès du
grand public.
La Société ant hr op o so ph i qu e. maigre des crises et la mort
de son f ond at eur survenue en 1925, a connu un certain suc­
cès dans le monde. Pourtant la doctrine de l'Ant hroposophi e
n ’a en soi rien d ’extraordinaire: c'est une sorte de «christia­
nisme ésoterique» auquel on a s a u p ou dr e du Goethe. N a t u ­
rellement, l'occultisme et la magie, tout comme pour les
autres ordres rosicruciens, sont la base pratique de tout l’e n­
seignement a nt h rop os oph iq ue. En d ’autres termes, Rud ol f
Steiner proposait une nouvelle application de l’occultisme
po u r tous les domai nes de la vie. Il semblerait, hélas, que son
entreprise ait réussi et que, désormais, l’Ant hrop os oph ie est
en passe de devenir une science et une philosophie très a la
mode, no ta mm en t p ou r les mét hodes d ’é d u c a t i o n m a i s
dont le fond p r of ond ém en t occulte reste ignore.
Le M a rtin ism e

Le Martinisme n'est pas le nom d ' un e société secrete, mais
il désigné un courant de pensée esoterique très puissant qu o i­
que très discret. Le Martinisme a p our fo nd at eur Martines de
Pasqually (1727-1774), a ut eur d ’un ouvrage recemment ré­
édité, intitule Traite de la réintégration des êtres. Nous avons
deja évoqué brièvement la doctrine de Martines de Pasqually
qui peut se résumer grosso m o do en trois points:

" L 'eurvrhm ie est u n e t h e r a p i e qui sera it effic a c e d a n s le t r a i te m e n t des
t r o u b le s d u m e t a b o l i s m e et d e la m o t ri c i t é et qui est b a s e e su r les e l e m e n t s
d u l a n g a g e , d e s v o y e lle s et d e s c o n s o n n e s .
Les p r o d u i t s p h a r m a c e u t i q u e s W e l e d a s o n t f a b r i q u e s p a r les L a b o r a ­
t o i re s a n t h r o p o s o p h i q u e s .
',s D o n t le c é l é b r é d o c t e u r A lb ert S ch w e itz e r .
m Les e c o l e s R u d o l f S t e i n e r c o m m e n c e n t a c o n n a î t r e , d u m o in s en S uisse
r o m a n d e , u n e certaine réputation. B e au co u p de parents, m êm e chretiens.
n 'h e s i t e n t p a s à r e c o m m a n d e r ces e co les ! S an s d o u t e i g n o r e n t-ils q u e l 'o c ­
c u l t i s m e est le f o n d e m e n t m e m e d e t o u t e leu r p h i l o s o p h i e e d u c a tiv e '! S a ­
v en t-ils q u e leu rs e n f a n t s , et p e u t - e t r e e u x - m c m e s , s o n t l’o b jet d e m a n i p u l a ­
tions occultes?

- I) L ' H o mm e primordial - l’h o m m e Ada m - était en rela­
tion avec son createur.
- 2) La faute ad a mi q ue lui fit perdre tous ses privilèges.
- 3) L’h o mm e actuel peut retrouver cette relation et reinté­
grer le « mo nd e divin», ceci au moyen de pratiques occultes
(cëremonies magiques). 11 est i mp or tant de souligner que ces
cérémonies avaient lieu a un j o u r et une heure précis et que
l’on faisait appel à des «pui ssances intermédiaires», des
«anges » paraît-il, des d émon s plus probablement .
La doctrine martiniste se perpét ua, nous l’avons deja vu,
p ar Louis-Claude de Saint-Martin. Mais ce fut le doct eur G é ­
rard Encausse (1865-1916), dit P apus'00, qui fonda en 1890 le
premier « Ordr e Martiniste».
Gé r ar d Encausse, né à La C or og ne en Espagne d 'u n pére
français et d ’une mère espagnole, fut le plus célébré o ccul ­
tiste de la s econde moitié du X I X e siècle. Apres avoir ter­
mine ses études en medecine, au lieu de se préparer a l'inter­
nat, il se mit a devorer tous les livres d'occultisme et d ’alchi­
mie de la bibliothèque nationale, et devint par la suite le chef
incontesté du mouv ement occultiste.
Initie au martinisme en 1883 p a r Henri Delage, le doct eur
Encausse gravit r a pide ment tous les echelons et il est c o ns a­
cré «Supéri eur i nco nn u» et prend le nom en mysticum de Pa­
pus. Désormais sa vie sera entièrement devouée a la cause de
l’occultisme et de l'hermetisme. Avec l’aide de son ami
Auguste Ch ab os ea u, lui-meme initie au martinisme, ils fon­
dent l’Ordre Martiniste qui connaît ra un essor extraordi ­
naire; les loges martinistes se multiplièrent tandis que l'orga­
nisation se dota de puissantes structures, entre autres par la
création d' un « su pr ême conseil» fort de 21 membres. Les
membres de l'Ordre Martiniste étaient surtout recrutés dans
les milieux fr anc-maçonni ques et ils etaient obliges de suivre
une voie initiatique c om por ta nt 3 degrés: associe, initié et
initiateur, et cela pouvait d e b o u c h e r vers le grade suprême,
celui de « Supéri eur Inc onnu».

100 Papus d é s i g n é le n o m d ' u n d é m o n m e d e c i n !

116

A la mort de Papus, survenue le 25 octobre 1916 101, l'Ordre
Martiniste se disloque, suite à de graves dissensions internes
entre les membres du « sup rê me conseil»; d'autres Ordres
Martinistes se créèrent tout en restant de près ou de loin en
contact les uns avec les autres. Pour notre part, nous nous
bornerons a ne citer que les Ordres ayant une certaine i mp or ­
tance, car les ordres dissidents sont légion!
1. L'O rdre M artiniste dit de Papus
Il a son siège dans le neuvieme ar rondi ssement de Paris et,
c omme son nom l'indique, il perpetue l’oeuvre du docteur
Gé r ar d Encausse. Il est dirige par un « S upr ême Conseil» de
12 membres dont le fils de Papus, Philippe Encausse, lui
aussi docteur, est le grand maître. « L ’Ordr e se définit comme
chretien, essentiellement et intégralement chretien, et l'on ne
saurait concevoir un martiniste qui ne fût pas un fidele du
Christ, du Christ Jésus, seul Sauveur et réconciliateur, Incar­
nation du v e r b e 102.» Le pseudo-langage chretien ne nous i m­
pressionne pas, loin de là, car nous savons fort bien que le
langage occulte emploie le même vocabulaire que celui de la
Bible. Nous nous t rouvons la en présence d ’une veritable
contrefaçon sat ani que ou, en d ’autres termes, de magie
bl anche ou thëurgie, ce que les occultistes appellent I n a p p l i ­
cation des lois naturelles»! C ar l’Ordr e Martiniste de Papus,
tout c omme celui de son fon da te ur originel Martinés de Pasqually, n ’est q u ' u ne secte initiatique fortement impregnee de
magie blanche. Le rituel de l'Ordre Martiniste est tout entier
basé sur la theorie que seules des opérat ions magiques pour
le moins compl iquées peuvent reconcilier l’h om me avec son
créateur et que la présence des anges est a bs ol ument néces­
saire p our que le but soit atteint. Pour notre part, nous consi­
dérons cet ordre, petit par le nombre de ses adherents, mais
puissant par son haut degre d'occultisme, c omme l’un des
101 S e lo n C h r i s t i a n P l u m e et X a v i e r P a s q u i n i , Papus m o u r u t a la su ite d e
b l e s s u r e s s u b ie s lors d e la G r a n d e G u e r r e alo rs q u 'i l s e rv ait c o m m e m e d e c i n - m a j o r (E ncyclopédie des sectes dans le m onde, p. 350): m ais, s e lo n so n
fils, il a u r a i t ete v ictim e d ’u n e n v o û t e m e n t c o n t r e l eq u el il n e se serait p a s
d e f e n d u a c a u s e d e la Loi d 'A m o u r ! S i g n a l o n s au ssi q u e la t o m b e d e Papus.
t o u t c o m m e celle d u c é l é b r é sp ir ite AUan K a r d e c , s itu e e a u c im e t i e r e d u Pere
L a c h a i s e a Paris, est u n lieu d e p e l e r i n a g e occultiste.
,o: R. F a ç o n et J .-M . P a r e n t, Sectes et Sociétés sécrétés aujourd'hui: le
Complot des ombres, p. 266, Ed. A la in L efeu vre. 1980.

117

plus dangereux qui puisse exister. L'Ordre Martiniste existe
t oujours, principalement en France; il édité une revue intitu­
lée l’«Initiation» et, surtout, se p ro pa ge maigre le mur de si­
lence d ont il s'est entoure j u s q u ' a ce jour. C ar nous a p p r e ­
nons que l'Ordre est sorti de sa reserve et q u ’il a ete déclaré
c o m m e association sans but lucratif, regie par la loi de 1901,
a la Préfecture de police de Paris le 2 août 1963 l0J. L’actuel
président de l'Ordre Martiniste, élu le 27 octobre 1979 en
rempl acement de Philippe Encausse, est un n om mé Emilio
Lorenzo.
2. L'O rdre M artiniste Traditionnel lO .M . T.)
L'Ordre Martiniste Traditionnel, veritable filiale de
l'A.M.O.R.C. qui, lui, cherche dans une certaine mesure à se
faire connaître; car l'O.M.T. est un ordre lie a l'A.M.O.R.C.
q uoi que indépendant . Le f ond at eur de l'O.M.T., Augustin
C h ab os ea u. c of ond at eur avec Papus de l'Ordre Martiniste en
1890, s'etait détaché de cet Ordr e en 1931, suite a de p r o ­
fonds désaccords, et il avait crée avec son fils Jean C h a b o ­
seau et quelques amis ce nouvel Ordre. Par la suite H. S. Le­
wis. puis R. M. Lewis furent n o m m e s légats de l'Ordre Marti­
niste Traditionnel p ou r les U.S.A. Il n'est pas difficile d ' i m a ­
giner la suite: l'A.M.O.R.C. « a b s or b a» l'O.M.T.! C ’est ainsi
qu e l'O.M.T. devint un ordre compl ément ai re a celui de
l'A.M.O.R.C. En effet, les membres de l'A.M.O.R.C. ayant
atteint un certain niveau d'initiation sont invités a faire partie
de l'O.M.T. Mais depuis quelques annees, il n'est plus néces­
saire d'etre membre de l'A.M.O.R.C. p ou r etre admi s a
l'O.M.T. La raison de ce revirement, si cela en est un. a sans
d out e un but bien précis: celui de recruter de nouveaux
membres p ou r l'A.M.O.R.C.
Tout comme l'Ordre de Papus, l'O.M.T. est structure en 3
degrés: associe, mystique, s upér ieur inconnu. Et il s'est i m­
planté dans tous les continents, aux U.S.A., bien sur, mais
aussi en E urope et en Afrique. Son enseignement est diffuse
par corres po nd an ce sous forme de manuscrits et oralement
da ns les loges et dans les Heptades. Le contenu et la nature

loi Jo u rn a l Officiel, 13 a o û t 1963.

1 18

de l’enseignement de l'O.M.T. sont, bien entendu, occultes
et, à peu de chose près, semblables a ceux de l'A.M.O.R.C’. 104
Alors p ourquoi deux Ordres et deux enseignements presque
similaires? Tout si mplement p our permettre de mieux tenir
les membres dans une seule et même voie, celle du mysti­
cisme et de l'occultisme. Aut rement dit, cela signifie que les
adeptes sont littéralement pris en tenaille par les deux orga­
nisations identiques, qu'ils n' ont plus la possibilité d'aller ail­
leurs (leurs soirées ou jours de congé sont consacres aux di­
verses reunions) et q u ’ils sont, au propr e c omme au figure,
doub lement enchaines. No us c om pr e no ns mieux pourquoi il
est toujours très difficile de sortir d ' un e société initiatique.
C ar le secret attire le secret et celui qui est membre d' une
telle société est toujours membre d ’une autre. C ’est ce qui ex­
plique q u 'u n rosicrucien puisse être un martiniste ou vice
versa. Qu a n d le diable tient a sa proie, il a toujours plusieurs
cordes a son arc...
3. L'O rdre m arliniste-m artineziste
Il est aussi appele «Ordr e martiniste de Lyon». C ’est un
ordre initiatique et spiritualiste qui pretend faire la synthese
des deux courants martinistes, ceux de Louis-Claude de
Saint-Martin et de Martines de Pasqually. C'est un ordre qui,
selon les renseignements dont nous disposons, est peu i mpor­
tant car surtout localisé dans la région lyonnaise.
4. L 'Ordre martiniste des Elus Cohen
Cet Ordre, cree en 1942 par Robert Ambelain, est une dis­
sidence de l'Ordre Martiniste (de Papus). La principale ca­
ractéristique de cet ordre est q u ’il s’inspire u ni quement des
enseignements originels de Martines de Pasqually, et non de
ceux de Louis-Claude de Saint-Martin. C ’est en quelque
sorte un ordre plus «traditionnel» que ceux qui existent
auj ourd' hui.

I"'1 L 'O . M . T . utilise d e s ritu els s e n s i b l e m e n t i d e n t i q u e s a ceu x d e la francm a ç o n n e r i e o c c u l t i s t e : d e ce fait l ' e n s e i g n e m e n t est d e c a r a c t e r e f r a n c h e ­
m e n t o c c u l t e , issu p r i n c i p a l e m e n t d e s écrits d e Papus.

i 19

Les doctrines rosicruciennes
La doctrine Rose-Croix, ou plutôt les doctrines rosicruciennes, sont d ' u n e extrême complexité. Ses multiples ori­
gines philosophiques ou occultes font du rosicrucianisme un
mou vement très difficile a etudier. Notre approche, et s ur­
tout notre c ompréhens ion n' ont pas etè faciles. Notre diffi­
culté s’est situee tout d ' a bo rd au niveau des caractéristiques
des Ordres rosicruciens qui professent, en effet, des enseigne­
ments ext rêmement différents. L’Association rosicrucienne
de Max Heindel est une é mana ti on directe de la Theosophi e
de même que l’A nt hr op os oph ie de Rudol f Steiner:
l’A.M.O.R.C. se réclam e plutôt d e l’esoterisme egyptien et
grec, tandis que le Lectorium Rosicrucianum a recueilli
l"«heritage» des Cathares (ou du moins ce qu'il en reste!).
Mais toutes ces sociétés ont - ou auraient - des caractères
co mm un s : celui d ’app art eni r de près ou de loin au Marti­
nisme et aussi a la Franc-maçonnerie*.
Notre seconde difficulté a ete de systématiser, de rendre
accessible au profane l'essentiel d ' u n enseignement a la fois
épars, contradictoire, mais aussi séduisant et dangereux. Car
son aspect esoterique, ses théories p ou r le moins bizarres et
son syncretisme religieux derouteront , du moins au début,
plus d 'un lecteur. Néan moin s, il est possible d'expliciter, si­
non même de com pr e nd re le raisonnement de la pensee rosi­
crucienne. Dé marche difficile certes, mais non i ns urmont a­
ble.
C o m m e le lecteur pourra le constater par la suite, et
c om me nous l'avons déjà signale plus haut, il est absolument
impossible, bien qu'il y ait quelquefois des points communs,
de faire la synthèse des enseignements de ces quatre mo uv e­
ments Rose-Croix. C ’est la raison p o u r laquelle nous avons
ad o p t é le plan ci-dessous. Nous avons divise notre expose
doctrinal, qui est en fait la seconde grande partie de notre
ouvrage, en quatre chapitres.

‘ C ’e s t -a - d i re la m a ç o n n e r i e o c c u l t i s t e et s p i r i t u a l i s t e d u Rite e g y p t i e n de
M e m p h is-M israim .

1:1

- Chapi tre
- Chapi tre
num.
- Chapi tre
- Chapi tre

V : La «phi los ophi e» de l’A.M.O.R.C.
VI : Le gnosticisme du Lectorium Rosicrucia­
VII : La C os mo go ni e de Max Heindel.
VIII: L ' A nt hr op os oph ie de R ud ol f Steiner.

Not re exposé doctrinal sera a c c o m p ag ne d ' u n aut re ex­
pose, celui-ci apologétique. C ar les prétentions enor mes de la
Rose-Croix exigent de notre part une reaction, dictee non
pas po u r des raisons pu re me nt philosophiques, mais par
souci de la vérité. L'h o nn e ur de Dieu et la défense de la foi
chrétienne ne nous permettent pas de rester passif devant les
erreurs rosicruciennes. Tout e erreur doit être d en on cee et
plus encore refutée, non pas a l'aide d ' ar gumen ts humains, si
puissants soient-ils, mais par la seule Parole de Dieu qui, en
effet, nous dit que nous devons «t ouj ours être prêt p our
l’apologie devant q ui con qu e vous d e m a n d e une parole (une
raison) q uant a l’esperance qui est en v o u s » 2 (I Pierre 3: 15).
Ce passage «avec son « touj ours » et son « q u ic on qu e» s o u ­
ligne le caractere urgent et p er manent , p o u r tout chretien fidele, du devoir d'apologie, de défense de la Vérité r e v e le e» 1.
Notre but n'est pas la critique facile, mais une utile mise en
garde contre la Rose-Croix.

J P. C o u r l h i a l , Reflexions sur «A pologie ei E van gélisation » in l c h t h u s .
N o 71, p. I l , 1977.
’ ihid.

122

CHAPITRE V

La «philosophie» de l’A.M.O.R.C.
Q u e l l e e st la f i n a l i t é d e l’e n s e i g n e m e n t A . M . O . R . C . ?

I. Un enseignem ent non systém atique
L’enseignement de l'A.M.O.R.C. est p o u r le profane diffi­
cile a comp re nd re dans son ensemble. Il ne s’agit pas, en ef­
fet, d ' un e doctrine systématique (comme c’est le cas de l'As­
sociation Rosicrucienne ou du Lectorium Rosicrucianum),
mais d ’enseignements hétéroclites et epars tires de diffé­
rentes philosophies occultes, alchimiques ou religieuses.
C'est un vaste syncretisme de doctrines plus ou moins
contradictoires que le f ond at eur de l'A.M.O.R.C., H. Spencer
Lewis, a recueillies, rassemblées p o u r ensuite diffuser dans le
m o n d e entier. Les no mbreux ouvrages que l'Ordre a publie,
de même que les centaines de monographi es, traduisent bien
la t echnique employée qui consiste a ne d o n n er qu' un infime
aspect de la doctrine. Ainsi, des themes c omme ceux de la
transmission de pensee ou de la projection psychique se t rou­
vent places pèle-mèle da ns toute la littérature de
l'A.M.O.R.C. C'est la raison p o u r laquelle, et contrairement
a ce que nous avons fait p ou r les autres courants rosicru­
ciens, nous ne systématiserons pas l'enseignement de
l'A.M.O.R.C., mais nous p roc éder ons par une analyse thém a­
tique de sa «phi losophie».
Avant d ' a b o r d e r l'etude detaillee des grands themes de la
pensée de l'A.M.O.R.C., il nous est a p pa r u utile de signaler
au lecteur quel est le fil co nd u ct eu r de ce mouvement pour le
moins influent et puissant. Toute sa philosophie est c onc en­
trée dans sa devise: « L a plus large tolerance clans la plus
stricte indépendance.» Cette formule, veritable fer de lance de
cette redoutable organisation, laisse entendre que la tole­
rance a l’egard des idees et l'i ndepen da nce vis-a-vis des
autres organisations seraient les vertus essentielles du rosicrucianisme. Si l’on en croit l’A.M.O.R.C., celui-ci ne profes­
serait aucun dogme, n'imposerait a uc une doctrine, mais p ro­
123

poserait seulement un enseignement qui ne serait q u' un e
base à la reflexion et a la méditation. C e pe nd a nt , nous lisons
dans une mon og rap hi e ces lignes qui traduisent bien l’ambiguite des enseignements de l’A. M.O.R.C.: «Cert ai ns de nos
membres ont ete satisfaits de nos enseignements jusqu'au
septième degré. Mai nt enant ils se révoltent contre les ensei­
g nement s d on nés dans la premiere partie du huitième degre
parce que ceux-ci bouleversent certaines de leurs idees ou de
leurs croyances antérieures. (...) Mais certains de nos m e m ­
bres prefereraient voir leurs croyances personnelles verifiees
plutôt que d ’a p p r e n d r e la v é r it é1.» La «révolte» des m e m ­
bres de l'A.M.O.R.C., n'est-elle pas le signe que cet enseigne­
ment est dogmat ique, doctrinaire et surtout dange reux?
2. Une subtile pedagogie
Dogmat iques ou pas. il est evident que les belles paroles
des hauts dignitaires de l'Ordre ne sont en fait que des t h éo ­
ries. L'enseignement soi-disant propose produi t un tel impact
chez le candidat Rose-Croix A.M.O.R.C. que celui-ci se
trouve prati quement dans l'obligation de continuer! Les m a ­
tières, en général alléchantes et fort bien presentees, de même
q u ' un e pedagogie a la fois très progressive et non systémati­
que. font que l'adepte rosicrucien croit a p p r e n d r e du neu f
sans pour aut ant savoir ou il va. Les mono graph ie s sont
ecrites de façon qu'elles tiennent en haleine le candidat a l'il­
lumination. Des expressions c omme celles-ci sont courantes:
« Lo rs que vous atteindrez le troisième degre... Cette question,
d ont nous parlons s ommai rement ici, sera etudiee de façon
plus a p pr of on di e dans les degres plus avances... Une etude
complète de ce sujet sera faite dans les degres plus avances...
Il vous sera explique au sixième degre, etc.» Avec une telle
pedagogie. il est evident que le candidat ne peut que mordre
a l'hameçon.
Si la pedagogie de l'A.M.O.R.C. est subtile, l'enseigne­
ment, par contre, est pernicieux, m êm e si celui-ci peut etre
conn u du grand p u b l i c 2. Il est evident que de telles doctrines
’ 10' m ono grap hie, 8 e degre, p. 3. Précisons que la vérité dont il est q u e s ­
tion ici n'est autre que celle de l'A .M .O .R.C.
T o u s les e n s e i g n e m e n t s et t e c h n i q u e s q u e l 'A . M . O . R . C . p r o p o s e a ses
a d h e r e n i s s o n t c o n n u s d e s a u t r e s s o c i é t é s i n i t i a t i q u e s o u o c c u lte s , e s o l c n q ues ou exoteriques.
124

ne peuvent que pro vo que r des degats chez le neophyte:
croyant trouver un enseignement propr e a satisfaire ses b e­
soins spirituels, il va se trouver r a pide ment pris dans un tra­
quenard. Malgré cela il continue, espérant trouver la vérité et
la réponse a ses questions. Au bout du chemin, de deux
choses l'une: ou bien il est définitivement pi égé ' ou bien il
en ressortira aigri et déçu. Dans le dernier cas, l'ex-disciple
Rose-Croix aura l'impression d' avo ir perdu b ea u co up de
t emps et d'argent pour un enseignement s omme toute mediocre. inutile et dangereux.
Si, par hasard, le discîp 1e-initie devait renoncer a poursui ­
vre ses « e t u d e s » 4, l'A.M.O.R.C. lui enverrait dans les se­
maines qui suivent une jolie petite plaquette intitulee M es­
sage spécial! De nouveau, la «ped ago gi e» rosicrucienne fait
des merveilles. La technique empl oyee p ou r ramener le c a n ­
didat récalcitrant au «bercail» est terriblement efficace. 11
faut dire que tout y passe ou presque: l'appel a la conscience,
au devoir, aux engagements pris, aux responsabilités per son ­
nelles, etc. Surtout, l'A.M.O.R.C. enuniere toute une serie
d'obstacles et de circonstances défavorables qui auraient pu
être les causes de cette interruption. La reponse aux éven­
tuelles objections et l'ar gument at ion d o nn ee sont un modele
du genre. Nous connaissons, p o u r notre part, plusieurs rosicruciens A.M.O.R.C. qui, a la suite de la lecture de cette b r o ­
chure, ont réintégré le giron de l'Ordre!
J. Un enseignem ent «universel» et «traditionnel»
No u s extrayons ces lignes d ' u n e b roc hure de p ropa gande:
«Les enseignements de l'ordre de la Rose-C roix A.M.O.R.C.,
de même que ses activités, sont identiques dans le mo n de e n ­
tier et en toutes langues. Ils perpetuent les grandes vérités
traditionnelles et appr ofondi ssent les lois naturelles et cosmi ­
ques depuis le temps des anciennes ecoles de mysteres
jusqu'à notre e p o q u e 5...» L'A.M.O.R.C. affirme do nc que
son enseignement est universel et surtout traditionnel. Autre­
1
U n c e r t a i n n o m h r e d ' a d h e r e n t s - o u d e x - a d h e r e m s - d e l'A .M .O .R .C
p o u r s u i v e n t leurs r e c h e r c h e s d a n s d ' a u t r e s s e ctes o u g r o u p u s c u l e s rosicru c i e n s o u o c c u lte s . 11 n 'e s t p a s ra re d e v o ir u n e se u le et m ê m e p e r s o n n e fa ire
p a r t i e d e trois o u q u a t r e a s s o c i a t i o n s d i f fé r e n t e s .
4 O 'e s t - a - d i r e . e n t r e a u t r e s , n e p a s p a y e r sa c o t i s a ti o n !

s A nonym e. R + C. Un Message..., p. 15.

ment dit. H. Spencer Lewis aurait reçu personnellement, par
voie d'initiation, la tradition esoterique et occulte et l’aurait
ensuite transmise a d ’autres.
S’il est vrai que l'A.M.O.R.C. enseigne quelques «vérités»
traditionnelles, c'est-a-dire issues de la Tradition esoterique,
il n'en demeur e pas moins que cet enseignement est loin
d ’etre universel. Aucun enseignement humai n, a notre
connaissance, ne peut pretendre a l’universalite. En tout cas
pas celui de l’A.M.O.R.C.! Tous les ex-rosicruciens sont for­
mels sur ce point: l’enseignement «t radi ti onnel » et «uni ver­
sel» de l'Ordre n ’est q u ’un ramassis hèterogene et hybride de
divers enseignements phi losophiques, religieux et occultes. Il
n ’y a absol ument rien de nouveau dans leurs enseignements.
Alors, et avec tous les ex-membres de l’A.M.O.R.C., nous
croyons qu'il y a dans cette formulation un véritable abus de
langage.
4. De drôles de professeurs: les «M aîtres invisibles»
Toutes les mon og rap hi es de l'Ordre rosicrucien portent
cette signature: «Le Maître de votre classe». S'agit-il de m aî ­
tres, d'ensei gnant s qui. par corres pond anc e, seraient charges
de condui re le candidat vers le chemin de la vérité? Dans un
certain sens oui. car l'apprenti Rose-Croix doit envoyer régu­
lièrement des rapports sur ses activités parapsychiques. Mais,
en fait, la réalité se situe a un autre niveau, à un niveau m ét a ­
physique et occulte.
C ar l'expression «Le Maître de votre classe» ne désigné
pas une personne, de chair et d'os, mais un « Maî tre invisi­
ble»! Ces lignes, extraites d ' un e mo no gr ap hi e du 9e degre
sont particulièrement explicites: «... votre prochain pas en
avant consistera a devenir l'eleve. le c o m p a g n o n de l'un des
Maitres invisibles. Ce Maitre vous prendra spécialement en
charge: il vous aidera, vous dirigera, vous instruira, et. tôt ou
tard, il vous initiera individuellement aux degres les plus eleves. (...) Vous pourrez le voir, parler avec lui librement et d e ­
venir intimement lie avec lui'1.»
Not ons c e pend an t les propos de Ra ym on d Bernard ex­
traits de la revue Rose-Croix: «Les maîtres cosmi ques ne sont
pas des divinités. Ils ne forment pas un ordre hiérarchique de
" 37e m o n o g r a p h i e . 9 1' d e g r e . p. I.

126

saims et d'anges. Les maîtres cosmiques sont des intelli­
gences qui lurent autrefois mortelles. C o mm e nos enseigne­
ments rosicruciens le declarent nettement, ils furent des
h ommes et des femmes qui parvinrent un j o u r sur terre, a la
maîtrise de la vie .»
Maigre cela, la vérité n ' ap par aî t q u' au 9e degré. Ce n'est
qu' a ce degre que le membre de l'A.M.O.R.C. ap pr e nd qu'il
est - et ceci depuis le début de son affiliation - sous la d é p e n ­
dance d' un «Maître invisible»! Autrement dit. et p our etre
clair, d' un dé mo n a la solde de Satan! La plupart des m e m ­
bres de ce degre ne se rendent vraiment pas c ompt e de ce qui
leur arrive, mais le «Maître invisible», via l'A.M.O.R.C., ac­
centue la pression. «C'est lui qui vous amenera psychique­
ment en quel que point éloigné et qui dans un Templ e secret
vous condui ra a l'initiation... (...) Tout cela, vous le c om p r e ­
nez, est le but s upre me de tous ceux qui entrent dans la voie
de l'illumination et du mysticisme: etre le c om pa gn o n et
l'eleve d 'u n grand M aî t r e 8.» Des lors, le désir de l'eleve est
d' entr er en contact avec l'un de ces «Maîtres». Il fera tous
ses efforts p o u r y parvenir: at ti tude mentale appropriée,
concentration, projection psychique, etc., de meme qu'il se
soumettra a toutes les expériences que l'Ordre lui proposera.
L'une d'elles serait destinée a c o m pr e nd re la Trinité, ou pl u­
tôt la «Trinité des lumieres», et permettrait d'établir un p re­
mier contact oral avec le «Mai tre». « Q u a n d l'etudiant est
prêt, le Maitre apparaî t.» L'experience intim e et intérieure
peut commencer: le t ri angl e9 sur lequel sont posees des b o u ­
gies se déplace d' un point a l'autre. Durant cette translation,
l'eleve ent end en son for intérieur une voix qui s'adresse a
son Moi. Le contact entre le «Mai tre invisible» et l'eleve est
devenu realite. Désormais, l’enseignement de la Rose-Croix
se fera psychiquement.
Il faut se rendre à l'évidence: l’enseignement rosicrucien
de l'A.M.O.R.C. est occulte. Certes, le cote «mystique» laisse
presager cette possibilité, mais de la attendre le neuvieme d e ­
gre p our a p p r en dr e clairement que les «professeurs» de
('A.M.O.R.C. sont invisibles, il \ a de quoi être trouble, sinon
R. B e r n a r d , l.'a w isla iw v des maîtres cosm iques in Rose-Croix, p. 3. n° 87.
s e p t e m b r e 1973.
‘ ibid.. p. 1. C 'e s t n o u s qu i le s o u l i g n o n s .
* S e lo n l 'A . M . O .R X .. le t r ia n g le es t le s y m b o l e d e la Trinité.

scandalise. Certains des ex-membres de l’Ordr e ont meme es­
time qu'ils avaient été «roul és» par cette façon de procéder.
Il est vrai que l'A.M.O.R.C. n'en est pas a son coup d ’essai.
La suite de notre exposé le demontrera.
La Cosmologie
La Cosmologie, ou science des lois physiques de l’univers,
ne doit pas etre c o nf on du e avec la cosmogoni e qui, elle, est
la théorie expliquant la formation de l'univers. Les enseigne­
ments de l'A.M.O.R.C. sont de l’ordre de la cosmologie.
Tous les efforts de la philosophie rosicrucienne tendent, en
effet, a une mise en application de toutes les lois de l’univers.
Les mono graph ie s des degrés préliminaires de meme que les
premiers de la section «du Templ e» exposent avec pas sable­
ment de détails toute la cosmologie rosicrucienne de
l'A.M.O.R.C. Elle est, avouons-le, fort bien presentee, le l an ­
gage est dans l’ensemble assez facile et, surtout, les thèmes
sont de prime abor d très attrayants, sinon alléchants.
I. L'eiernite de la m atière
L'A.M.O.R.C. enseigne, en effet, que la matière est esprit.
La matiere dépe ndrai t de l'esprit et, par conséquent , serait
eternelle. C'est ce que nous mont re le texte suivant: «...La
matiere existe et a existe de tout temps. Son existence et ses
manifestations d ép end en t de la force ou energie qui est en
elle, c’est-à-dire de l'esprit dont d épe nd toute matiere. L'es­
prit est d on c la partie reelle de la matiere...10.» Ainsi donc, la
doctrine ofllcielle de l'A.M.O.R.C. se met au d iapas on de la
phi losophie grecque, en particulier celle de Platon.
La doctrine de l’A.M.O.R.C., cont rai rement à celle du
Lectorium Rosicrucianum, est d'essence moniste. Le m o ­
nisme pantheiste s 'op po se d iamét ralement au gnosticisme
dualiste. Le maître à penser du moni sme fut incontestable­
ment le p hi los ophe hollandais Baruch Spinoza 11 ( 1632-1677).
La pensée phi los ophique de Spinoza est franchement p a n ­
theiste: «L'esprit et la matiere ne sont que des attributs d 'u ne
seule et même substance qui, elle, est eternelle, infinie, et qui
10 10e m o n o g r a p h i e , 2e d e g r e . p. 2.
" l 'A .M .O .R .C '. p r e t e n d q u e S p i n o z a fut r o s i c r u c i e n ( H . S. Lew is, H is­
toire complété de l'O rdre de la R o se-C roix, p. 70).

128

existe par elle-meme, et qui est D i e u 12.» Il faut encore re­
mon ter a Parmenide (515-450 avant J.-C'.), philosophe grec,
fo nda te ur de l'ecole eleate qui le premier a formule le p r o ­
blème de l'être et du non-ètre. La formule à la fois célébré et
meconnue. « l’être est. l'être n'est pas», est d ' u ne portee
considérable. Da ns son poème s'ur la nature, il abor de le p r o ­
blème de l'existence de l'Etre : p o u r lui l’ètre est. La theorie
étant posee, la conclusion est logique: l'etre est increé, donc
indestructible. Le raisonnement phi los ophique de Parmenide
est simple: si l'être est, il ne peut être ne, do nc il existe! De ce
fait, l’être n'est pas nè: inversement, il ne peut pas mourir. Le
corollaire de la these est n or mal : la matiere, l’univers sont
d o n c eternels.
Un autre phi losophe grec, Democrite (460-370), chef de
file des «atomistes», é ba ucha da ns un petit ouvrage intitule
Petit systèm e du m onde toute sa philosophie. Pour lui, les
atomes sont des elements de matiere a bs ol ument indivisibles,
invisibles a l'oeil, mais qui sont aussi invincibles, homogenes
et surtout e te r n e l s 1'. Democrite croyait aussi que les atomes
se mouvai ent en tout sens c o mm e dans une sorte de vibration.
2. La m atiere est esprit, énergie et vibration
Le monisme, la doctrine de l’unitè, part du postulat q u ’un
seul et même principe existe d an s l'univers: la matière est d o ­
tée de vie ou plus exactement elle possédé en elle-même une
énergie. Ainsi la ligne de démar cat ion entre la matiere orga­
nique et inorganique n ’existe pas! Mais ce qui est plus grave,
c ’est que l’energie dont il est question ici n ’est pas une energie quantitative (l'energie nucléaire, par exemple), mais une
energie métaphysique 11 occulte. Selon les enseignements of­
ficiels de l'A.M.O.R.C., la matiere est esprit et vibration.
Mais lisons a cet effet ces lignes p o u r le moins explicites:
« N o u s croyons que si le roc, les métaux, l'eau, la terre et
b e a u c o u p d'autres choses matérielles n ’ont pas d ’âme, l’es­
prit ce pendant les pénétré, l’esprit est dans la nature entière
et dans chaque chose que Dieu a faite... L'esprit dans les
B asilid e, g n o s t i q u e é g y p t i e n d u I I e siecle a p r è s J.-C .. lut s a n s d o u t e le
p r é c u r s e u r d e la « g n o s e m o n i s t e » . Plus t a r d . M a î t r e E c k h a r t et J a c o b B o h m e
p e r p e t u e r o n t so n effo rt.
13
P l a t o n r e p r e n d r a cette t h e o r i e : il d o n n e r a é g a l e m e n t le n o m d ‘« I d e e s »
a d e s e s s e n c e s étern elles.

129

choses matérielles telles que le roc, les minéraux et les végé­
taux. permet a ces derniers de se manifester c o mm e entite l4.»
Par ailleurs, nous lisons: « N o u s disons que l'esprit, cette
grande force dont tout l'espace est pénétré, est une force vi­
bratoire, une energie qui. venant de sa source, traverse l'es­
pace sous forme de v i b r a t i o n 15.»
Ainsi la matiere est-elle s imult anément energie et vibra­
tion. Les vibrations déterminent, selon les théories de
l'A.M.O.R.C., son energie et surtout sa nature. Le postulat de
l'A.M.O.R.C. - un de plus! - précise bien, en effet, que toute
matiere d ep e nd de la fr équence des vibrations. «Le plus i m ­
portant, lit-on dans la même monographi e, est de c o m p r e n ­
dre que la différence entre une sorte de matiere et une autre
vient de la différence d ans la fréquence des v i b ra t i o n s ' 6.»
C'est d onc par les vibrations que l'on peut connaître la matiere.
Selon la Rose-Croix A. M.O.R.C., il y aurait deux sortes de
vibrations:
- La Force ou Energie Universelle
- Les impulsions psychiques ou mentales
Le premier point retient notre attention. En effet,
l 'A.M.O.R.C. tient p our ext rêmement import ant e cette loi, en
fait la sienne, qui stipule que « l ’ènergie appelée esprit est le
principe premier a la base de toute c r é a t i o n » 17. Cette «loi»
étant posee. l'A.M.O.R.C. d eveloppe son point de vue au s u­
jet de l'esprit: «L' es pace tout entier est pénétré par cette
énergie dont les radiations se pr opagent sous forme de vibra­
tions. (...) Toute particule de matiere - q u ’il s’agisse de pierre,
de bois, de verre, de métal, de chair ou de plante - contient
cette energie q u ’est l'esprit parce que tout est forme par ses
vibrations. Toutes les choses matérielles étant formees par les
vibrations de l'esprit, c ha que chose, à son tour emet des vi­
b r a t i o n s 18.» C o m m e cette citation le prouve l 'adepte RoseCroix A.M.O.R.C. est, des le début de son initiation, presque
obligé d' acce pte r que la matière est à la fois esprit, énergie et
vibration. Cette façon de voir les choses est f o n d a me n t al e ­
ment non chrétienne, mais elle est en parfaite h a r mo n ie avec
14 2' m o n o g r a p h i e , Ier d e g r e n e o p h y t e . p. 4.
15 3e m o n o g r a p h i e . Ier d e g r e n e o p h y t e . p. 3.
16 ibid., p. 4.
4 e m o n o g r a p h i e . 1er d e g r e n e o p h y t e . p. 4.
18 ibid., p. 4.

130

la philosophie hindoue. C a r la Bible ne met jamais sur le
même pied l'Esprit et la matiere, de même q u ’elle ne parle
absol ument pas d ’energie au sens mat ér iali st e19, et encore
moins de «vibrations».
Toute la cosmologie de l’A.M.O.R.C. t ourne a ut our des vi­
brations. Ce texte, extrait de la même monographi e, le prouve
a mp lement : « Nous pouvons dire en toute vérité que. sans les vi­
brations, nous ne connaîtrions pas l’existence des choses
a u to ur de n o u s 20.» Ainsi I ne xi st en ce de la matière» et la
«connaissance que nous avons de la matiere» dépe nd rai ent des
vibrations. Autant dire que le disciple Rose-Croix A.M.O.R.C.
ne dispose que de moyens pu re me nt empiriques p our connaître
la vérité. Si la vérité ne résulterait que des vibrations, alors elle
n ’existe pas. C ar pour la connaître, le rosicrucien doit «capter»
les vibrations; en d ’autres termes, «t out e la connaissance (...) de
l'existence des choses d ep e nd des vibrations qui sont senties
par l'i ntermediaire de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du
t o u c h e r » 2I. Toutes ces idees ne sont en fait que de pures s p éc u ­
lations qui ont p ou r origine la phi losophie grecque. L'existence
de vibrations est certes prouvee p ar les découvertes scientifi­
ques, mais ce qui est moins sûr, c'est que la matiere inorganique,
d o n c inerte, de meme qu' un corps mort projettent des vibra­
tions. Et ce qui est a bs ol ument faux, c'est de penser que les vi­
brations sont des moyens de connais sance de la matiere, mais
aussi de l'Esprit.
3. Le Nous, Force creatrice universelle
La cosmologie rosicrucienne de l'A.M.O.R.C. s'amplifie et
se compl ique nettement a partir du quat ri ème degre. Les
mono graph ie s de ce degré, d'acces très difficile au non-p hi ­
l osophe (et au non-initie), sont une analyse, ou plutôt une
tentative d'explication, de l'origine de la matiere. Le terme
phi los ophique Nous est ici c ons t amment employe, non pas
dans son sens originel, mais selon la définition de
l 'A.M.O.R.C. qui est, a n'en pas douter, très différente.
Nous, terme grec signifiant intelligence, entendement, rai­
son, pensee, est employé p our la premiere fois dans le sens
U n e v i b r a t io n , si s u b t i l e soit-elle, ne p e u t etre. s e lo n n o u s , q u e m a t é ­
rielle.
;o ihid.. p. 5.
:l ihid.. p. 9.

131

cosmologique par Anaxagore (500-428 avant J.-C.), phi lo­
s oph e grec. Sa theorie est que le m o n d e a été créé â partir de
substances par une force organisatrice appelee Nous. Selon
Anaxagore, le mo nd e tel que nous le connaissons
a uj ou rd 'hu i a ete o r d o n n é et produi t par le Nous, par l’intel­
ligence Creative22.
Cette définition philosophique, juste au demeu rant , n'est
pas cepend an t partagee par l’A.M.O.R.C. qui pretend qu'il
s'agit la d ' u ne signification exoterique. Les membres reguliers
de l'A.M.O.R.C’. ont la prétention de connaître la version
èsotérique: «Selon les enseignements de l'ordre rosicrucien
A.M.O.R.C., le Nous, en realite, c’est la substance a partir de la­
quelle le mo nd e fut cree, avec tout ce qu'il contient, c'est I’element primaire de toute matière et de toute v i e 23.» Le Nous
serait d o nc la «substance, l'element primaire de toute la créa­
t ion» ou, en d 'autr es termes, «la force creatrice uni versell e»2J.
Dans une autre m on og ra ph ie de ce même degre, le Nous
est appele la «source de tout ce qui existe». Aut rement dit, il
s'agirait d ' u n e energie doubl e, a la fois positive et negative.
«Les émana ti ons du Nous, lit-on dans cette monographi e,
partent de sa source avec une grande force et en une unité de
po uvoi r complété et parfaite, bien q u ’elle consiste en deux
séries de vibrations, l'une positive, l'autre negative - ou.
aut rement dit, en une fréquence paire ou impaire de vibra­
tions à la seconde.
Le Nous, tout c omme la matiere, se caractériserait par ses
vibrations qui, elles, seraient positives et negatives. Selon la
terminologie de l'A.M.O.R.C., les vibrations negatives du
N ous sont appelées «Esprit». Nous extrayons d ' un e m o n o ­
graphie ces lignes qui confirment ce que nous écrivons plus
haut a prop os de la matière: « N o u s a ppe lons E S PR I T les vi­
brations negatives du Nous. Elles passent en la terre et for­
ment la base matérielle de toute matiere at tendant d'ètre t o u ­
chées par les vibrations positives, car nous constatons que les
vibrations de l'esprit, essentiellement negatives l ors qu’elles
vont vers la terre, sont de nouveau modifiées et divisees, et
l'esprit lui-meme devient une energie a doubl e qualité, nega” C e r t a i n s p r e f e r e n t t r a d u i r e le m o t N ous n o n p a r I n t e l li g e n c e m a i s p a r
« Intellect».
2e m o n o g r a p h i e , 4 e d e g r e , p. 3.
2J ibid., p. 4.

132

tive et positive, mais toujours de P O LA R IT E NEGATIVE.
Par contre, les vibrations positives venant du Nous restent
dans l'at mosphère et chargent celle-ci d ’une force vibratoire
que nous a ppe lons le Noïts, car elle est essentiellement posi­
t i v e 25.» Pour reprendre une formule chère à l'A.M.O.R.C.,
«la matiere est le langage de l’e s p r i t » 2<>. Ce «langage de l'es­
prit» se manifesterait, selon l’A.M.O.R.C., par des principes
et par des divinités.
Qu'est-ce que le Noïts et ses «dérivés» (ou «principes» et
«divinités») selon l 'A.M.O.R.C.? Pour cela, l'Ordre fait a p ­
pel au philosophe grec Empedocle (484-424) ainsi q u 'à un
certain Nodin, personnage a notre avis i ma gi n ai re 2 . Du phi ­
l osophe Empedocle, l'A.M.O.R.C. reprend à son compte, du
moins partiellement, la theorie des «corps élémentaires» (le
feu, l'air, l'eau et la t erre)28. Mais, comme à l’accoutumee,
l'A.M.O.R.C. «t rans forme» les enseignements du célébré
phil osophe et cree pour l’occasion son propre vocabulaire.
Nous savons que, p ou r l’A.M.O.R.C., le Nous est la force
creatrice universelle ou, en d' autr es termes, «l'énergie double
et binaire».
Du Nous dériveraient les elèments. Mais la. il ne s'agit pas
des èlements tels q u' E mp e d o c l e les concevait, mais de «trois
formes ou arrangements du N ous dans la composition de la
matiere» qui ne sont autres que les électrons, les atomes et
12e m o n o g r a p h i e , 4 e d e g r e . p. 3.
26 ibid., p. 3.
27 « L e s m o n o g r a p h i e s , d é c l a r é un d e n o s c o r r e s p o n d a n t s , ne s o m p a s p r é ­
cisés a so n sujet. Il n 'e s t m e n t i o n n e q u e d a n s le 4 e d e g r e . J ai r e t ro u v e ceci
d a n s m e s n o t e s p e r s o n n e l l e s : « L e s d e u x p o l a r i té s d o n t Z a h r i e t y , R ain ew .
F ussel et P ro lz fo nt m e n t i o n d a n s l e u r r a p p o r t en A l l e m a g n e et en Italie se­
ra i e n t d e n a t u r e et d e q u a l i t é o p p o s e e s . C o m m e n t alo rs, d é c l a r e N o d i n , ne
p a s etre d ’a c c o r d a v e c l'u n d e n o s F r e r e s a i n e s des l l l u m im u i s R.C . du
C o n c i l e d e Lyo n d e 12% ...». A v e c le re c u l, cela p a r a î t relev er d e l 'h a b itu e lle
f a b u l a t i o n h i s t o r i q u e et je n 'a i j a m a i s p u m e t t r e u n e d a t e s u r ces n o m s de
p e r s o n n a g e s a n t é r i e u r s o u c o n t e m p o r a i n s d e N o d i n . ce p s e u d o n y m e a ete
utilise p a r je n e sais qui... m a i s ce n 'e s t p a s très a n c i e n . » Les p r o p o s d e n o tr e
c o r r e s p o n d a n t , « e x - l l l u m i n a t i » . m o n t r e n t u n e fois d e plus q u e l 'A .M .O .R .C .
n 'h e s i t e p a s a utiliser to u s les s i r a l a g e m e s p o s s i b l e s p o u r faire p a s se r son
m es sag e.
28 S e lo n E m p e d o c l e , le m o n d e m a t é r i e l se c o m p o s e r a i t d e q u a t r e elem e n t s . a p p e l é s aussi « r a c i n e s d e t o u t e s c h o s e s » . C e s e l e m e n t s se ra i e n t i n d é ­
p e n d a n t s et ete r n e ls. L 'A . M . O .R . C . p r e t e n d q u e ces e l e m e n t s so n t d e s d i v i n i ­
tés.

133

les m o le cu l es 29. Les initiés du 4e degre, après avoir appris
que les elements ne sont que des atomes et autres molecules,
doivent accepter l'idée que les elements ne sont pas quatre
mais t r o i s 30; de plus, les elements ne sont pas a p ropr ement
parler des elements c o mm e l’entendait Empedocle, mais des
divinités, soit les trois premieres formes manifestes des ele­
ments (solides, liquides, gaz). Ainsi la matiere est-elle reduite
a trois «elements primaires», et lorsque ces trois «elements»
s'unissent, il y aurait ainsi la manifestation des «formes p re ­
mieres de toute matiere, selon leur c a t é g or ie »31.
A partir de ces trois elements (electrons, atomes et mo le­
cules) s’ajoutent les «divinités» qui ne sont autres que les s o ­
lides, les liquides et les gaz! C o m m e le lecteur peut le cons ta­
ter sans peine, ce terme de «divinité» n'a a u c un e connot at ion
spirituelle; il ne désigné que les éléments primaires de la m a ­
tiere. Enfin, nous t rouvons tout en bas de l'échelle l’air, la
terre, le feu et l’eau que l’A.M.O.R.C. appelle tout si mple­
ment «principes». En d'autres termes, la matiere - ou plus
simplement l'«esprit» - serait, selon les enseignements des
monographi es, reduite à trois elements primaires et se m an i ­
festerait par quat re principes distincts.
A cote du « yV«i/.ï-Esprit», se trouverait en parallele la
«force vitale», c'est-a-dire «cette forme d'energie qui vitalise
le corps humai n au mo men t de sa naissance, et l’a b a n d o n n e
au moment du d e c e s » 32. La force qui se localiserait au ni ­
veau de l’âme et de la conscience, si l’on en croit
l’A.M.O.R.C., serait c e pen dant différente de la «force spiri­
tuelle».
Ainsi, et selon la même monographi e, «il existerait deux
energies de nature universelle: l'Esprit et la Force vitale.
Bien qu'elles se manifestent s eparement, ces deux energies ne
sont pas i n dép en da nt es l'une de l’autre. Ce serait les deux
phases d ' u n e seule énergie universelle qui est le N ous et c'est
du Nous que viennent la matière et la vie. Il y a ainsi, en orD a n s la m ê m e m o n o g r a p h i e , l’A .M . O . R . C . p r é c i s é q u e « le m o t e l e m e n t
n ’es t p a s e m p l o y e ici e n so n se n s c h i m i q u e h a b i t u e l q u i d é s i g n é les c o r p s
s i m p l e s » . 2e m o n o g r a p h i e . 4 e d e g r e . p. 6.
10 L 'A . M . O . R . C . es t o b s é d é p a r le c h i f fr e trois, c h iffre qui r e p r é s e n t e r a i t
s y m b o l i q u e m e n t le tria n g le .
11 ibid., p. 9.
32 H. S. Lew is et R. B e rn a r d . M an uel K osim icien. p. 262.

134

dre successif: le Nous, puis ses deux phases: l'esprit et la
force vitale»
La cosmologie rosicrucienne de l'A.M.O.R.C. repose donc
en grande partie sur la philosophie grecque. Mais ici s’arrête
la compar ai son: le f onda te ur de l'A.M.O.R.C., H. Spencer
Lewis, y a developpe ses propres théories auxquelles se sont
ajoutés divers elements innés a l'occultisme. Bref, la doctrine
cosmologique de l'A.M.O.R.C. n ’est q u ’une association
d ’idees et de doctrines sans lien aucun, mais présentee de
telle façon que le profane - ou le nouvel initie - croit que tout
cela est sérieux!
4. L'évolution de la matière
L'A.M.O.R.C., comme l’Association Rosicrucienne de
Max Heindel, accepte la théorie de l’évolution de la matiere.
Cette doctrine m atérialiste est la conséquence logique du
point précèdent, c'est-â-dire de l'eternite de la matière. La
doctrine de l'évolution, à ne pas co nf ond re avec l'èvolutionnisme ou le transformisme, est une doctrine phi losophique et
occulte qui admet que toutes choses manifestées peuvent se
développer et se perfectionner. Il s’agit d on c d 'un e doctrine
perfectionniste: elle présuppose, en effet, la perfection de la
matière et l'existence d ’«Intelligences» créatrices.
En vertu de son eternite la matiere est indestructible. Mai ­
gre cela, elle évolue! Mais, précisons-le d'emblee, il ne s’agit
pas d ' un e évolution au sens ou les t hèosophes l’entendent,
c'est-à-dire la lente transf ormat ion de la matiere vers l'esprit,
mais d ' « u n e marche en avant», d ’un progrès vers la perfec­
tion. Si la fréquence des vibrations de la matiere s’eleve, il y a
évolution! La matiere peut se desintegrer, peu importe, elle
est censée évoluer...
[ . ' « o n t o l o g i e » r o s ic r u c ie n n e d e l ’A . M . O . R . C .

L’ontologie est la theorie mét aphys ique de l'être dans son
essence. Elle a joué un grand rôle dans la theologie, n o t a m ­
ment au Moyen Age avec Anselme (Argument ontologique).
Auj ourd' hui, l'ontologie est considerèe comme l’une des
branches de la philosophie.
L'A.M.O.R.C'., de son côte, prétend avoir une ontologie ro2 e m o n o g r a p h i e . 4 e d e g r e , p. 10.

sicrucienne. Des les premiers degrés - du 1er au 4e l'A.M.O.R.C. epate la galerie en enseignant l ' on t ol o gi e34. Le
nouveau membre de l'Ordre, surtout s’il est au départ cultivé,
sera tout de suite pris par le côte «sérieux» des textes a etudier et il va poursuivre sa «recherche», d ’autant qu'elle est
très « pas si onn an te» ! En fait. l '«ontologie» rosicrucienne se
résumé a une an thropol ogi e avec c o mm e corollaire l'occul­
tisme appliqué. L’« èt ude de l’h o m m e » que propose
l'A.M.O.R.C. n ’est pas, a pro pr ement parler, une ontologie
digne de ce nom.
L ’h o m m e s e l o n l ’A . M . O . R . C .

Les articles 2 et 4 de la profession de f o i du rosicrucien ex­
priment admi ra bl eme nt bien et en peu de mots l’a n t h r o p o l o ­
gie de l'A.M.O.R.C. No u s nous permettons de les reproduire
in extenso: «Je sais que l’unite de la création cosmi que s'ex­
prime sous trois manifestations: dans le macr oco sme c omme
lumiere, vie et a mo u r: dans le microcosme c omme àme, ego
et corps: dans les sciences et les arts matériels c omme these,
synthèse et antithèse, tout cela étant symbolisé par le t rian­
gle. (...) Je sais que lorsque, dans le corps entre le souffle de
vie, l’h o m me devient une personnalité vivante, un segment
i nséparable de l’ame cosmi que résidant en un corps mortel,
p o u r des fins di vers es 35.»
Ces deux articles sont particulièrement import ant s p o u r les
rosicruciens. Toute la doctrine de l'A.M.O.R.C. concernant
l ' homme, sa création et son existence, est ici excellemment
resumee. En effet, nous retrouvons da ns les deux articles ci­
tes la plupart des mots d e s de la doctrine rosicrucienne de
l 'A.M.O.R.C.: âme, personnalité, segment, ego, cosmique. Ce
sont là les expressions de base de toute l'anthropologie rosi­
crucienne de l'A.M.O.R.C. qui est, precisons-le d'emblee.
loin d'etre facile.
I. Composition de l'hom m e
Il
est i mport ant de souligner des le d ébut de notre expose
que l 'ant hropol ogi e rosicrucienne de l'A.M.O.R.C. est essenSA « L a p r e m i e r e o n t o l o g i e , lit-o n d a n s u n e m o n o g r a p h i e , a ete e t a b l i e p a r
u n r o s i c r u c i e n et q u e l q u e s e x e m p l a i r e s d e l 'o u v r a g e o r ig in a l e x is te n t e n c o r e
d e n o s j o u r s . » (4e m o n o g r a p h i e , Ier d e g r e , p. 2.) Q u e l l e p r é t e n t i o n !
35 H. S. Lew is et R. B e r n a r d , ibid., p. 234.

13 6

tiellement dualiste. L'homme, dans sa composition actuelle,
serait un assemblage de deux elements: la m atière anim ée par
l'esprit et l'âme. Attention! Co nt rai re me nt aux enseignements
bibliques, l'esprit et l 'ame selon l’A.M.O.R.C. ne sont pas de
même nature: l'esprit est u n iq uemen t rattache au mo nd e
physique, matériel, tandis que l’â me l'est sur le plan mét a­
physique. Il y a d o nc une très nette séparation entre l’esprit
et l’a m e 36.
Parlons clair: l'Ordre rosicrucien A.M.O.R.C. enseigne of­
ficiellement dans ses mon og rap hi es que l 'h omme est un c o m ­
pose de matiere (electrons, at omes et molecules) et que ladite
matière serait animee par l'esprit. Il ne s'agit pas, bien e n ­
tendu, de la troisième per sonne de la Trinité, mais de l'esprit
qui penetrerait toute matiere. Les vibrations prouveraient
que la matière est animee, «vivante». Ce point de vue a ete
developpè exuteriquem ent p ar H. Spencer Lewis: «L'esprit
est la vitalité animatrice ou l'energie dont est impregnee
toute matiere vivante dans l'univers. Il nous faut rappeler ici
au lecteur qu'il n'est pas nécessaire d ’empl oyer le terme m a ­
tiere vivante puisque toute matiere est vivante. (...) Toute m a ­
tiere vibre sous l'influence de cette energie ou essence uni ­
verselle qui est partout et est c on nu e sous le nom d'esprit.
Cette essence est dans c ha que cellule de chaque element
c om po s an t le corps de l 'homme, c o mm e aussi dans chaque
cellule de c ha qu e element c o mp o sa nt les plantes, les végé­
taux... 37»
Ainsi donc, « l ’h o m me est forme de matiere penetree d' es ­
prit et cette composition matérielle est le revêtement de
l’âme, le véhiculé dans lequel est placee l’âme sur ce plan ter­
r e s t r e » 38. L'esprit, q uoi que i n d é p en d an t de la matière, j o u e ­
rait d on c le rôle d ' « a n i m a t e u r » au sein du mon de matériel.
En d ’autres termes, la vitalité de notre mo n de physique d é­
pendrait uni quement de l’action de l’esprit et, en particulier,
de ses «vibrations».
L 'h om me est d o nc en premier lieu un compose de matiereesprit. A cela, il faut y ajouter l’« àme». L’A.M.O.R.C., repre­
nant les idées de Platon, des stoïciens et des neo-platoniciens, enseigne qu'«il n ’y a q u ’une seule âme dans l’uni^ N o u s é c r i v o n s b i e n « e s p r i t » et n o n p a s « E s p r i t » .
r H. S. Lewis. Les dem eures île la m e . p. 39. E d . r o s i m i c i e n n e s . 1981.
J8 10e m o n o g r a p h i e . Ier d e g r é n e o p h y l e , p. 3.

137

v e r s » 39. Les enseignements des m ono gr ap hi es confirment
ceux du M anuel. «P ou r cha que rosicrucien, lit-on, l’âme est
c ons t am ment en relation - toujours unie - a la grande âme
universelle, à l’âme divine, et elle n'est j amai s individualisée.
C ’est à Dieu qu'elle appart ient et non pas a nous, car elle
n ’est j amai s separèe de sa source. Elle n ’est pas i n d é p e n ­
dant e, ce qui signifie que tous les êtres humai ns , ho mmes et
femmes, forment une unité, par le lien qui existe entre tous
les ê t r e s40.» L’âme individuelle n ’existe d o nc pas, l’h om me
n’est q u' un segm ent de la gra nde â m e (ou Ame Universelle).
« L ’h o m m e est une âme, toute l ' humani te étant une seule âme
et non pas un certain n o m br e d ’âmes. (...) Il n'v a qu'z/»?
seule â m e dans tous ces corps: l’âme cosmique. Par cons é­
quent, q u an d nous utilisons le mot homme, nous voulons d é ­
signer l’expression de Pâme cosmi que qui est s ur le plan ter­
restre. Et ainsi, cette Ame - l ' H o m m e - est entièrement infi­
nie. (...) Tout ce que l’h o m me est, est i nf ini 41.» Ainsi, le Dieu
i mpersonnel, la grande ame, et l 'homme, le segment, forment
un tout, une masse conf ond ue.
La philosophie de Platon est, en quelque sorte, une «philosophie
de l'âme». Il a enseigne, en particulier, la préexistence de l'âme, la
«vraie nature de l’âme» et aussi son immortalité. Pour lui, l'âme est
divine, donc immortelle42. Sa doctrine s’est repandue dans tout le
monde grec et romain et son influence a ete grande chez beaucoup
de philosophes.
Les stoïciens prolongèrent ce courant de pensee. Zenon, en parti­
culier, croyait que l’Univers était intelligent, que la matiere était vi­
vante et que Dieu était de meme substance. Mais ce fut le neo-platonicien Plotin (204-270) qui élabora la doctrine de l'«Ame Univer­
selle». Selon lui, l'âme pourtant divine s'est eloignee de Dieu: elle
n’a plus la connaissance de Dieu. L’ame individuelle n'est qu'une
partie de l’ame universelle et elle tire son origine d'un principe ap­
pelé Nutis. L'ame. de même que le Nous, était donc immortelle car
rattachee a Dieu.

H. S. L ew is el R. B e r n a r d , M an uel Rosicrucien. p. 239.
40 l re m o n o g r a p h i e . 2 e d e g r e n e o p h y t e , p. 3.
41 3 3 e m o n o g r a p h i e . 9 e d e g r e . p. 4.
42 S eul le N oiis est la p a r t i e i m m o r t e l l e d e l’a m e .

138

L'A.M.O.R.C. n'a pas innove: il a tout simplement repris
p o u r son compte les idees de Plotin. Si les enseignements of­
ficiels de l'Ordre n ’admet tent pas l'individualité de l'âme, la
personnalité est ce pen dant reconnue. Autrement dit, l’expr es ­
sion de l’àme, c’est la personnalité, mais elle ne confère en
a uc u n cas son individualité. Cette manière de penser deb o uche sur un curieux processus: l'élimination de YEgo\ En
effet, si Pâme n'est pas individuelle, bien qu'elle soit p er s on ­
nelle, le rosicrucien doit par lui-mème changer sa façon de
parler: il ne doit pas dire «je», mais « n o u s » 43. Inutile d'epil oguer longtemps sur une telle maniéré d'agir: le rosicrucien
est invite a changer son langage, non pas son coeur. L’élimi­
nation du Moi, de la nature charnelle de l 'homme exige bien
plus q u ’un changement de vocabulaire! Seule une véritable
re pent ance et une conversion a Jèsus-Chrisl peuvent nous
délivrer a tout j amai s de notre «vieille nature». A partir de la
seulement, notre vie et notre parole seront transformées.
2. L'Iiom m e: un être double
L' ho mm e serait, par définition, un etre double ayant une
double conscience. Cela signifierait que cha que corps, physi­
que et spirituel, a sa propre conscience. Nous retrouvons
d o n c ce dualisme au niveau du corps et de la conscience de
l 'homme.
Si l’on en croit l’A.M.O.R.C., l’h o m me serait pourvu d' une
«conscience physique et objective». Celle-ci serait naturelle­
ment limitee dans le temps et l’espace. Il posséderait égale­
ment une «conscience divine et spirituelle», d'essence divine
et d on t les pouvoirs seraient illimités. C ’est ce que soutient
l 'A.M.O.R.C.: « L ’h o m m e n ’est pas une créature simple ayant
seul ement une dualité de conscience, mais il est un etre d o u ­
ble dans toute l'acception du mot. (...) La conscience divine
et spirituelle de l’h om me différé de sa partie physique, non
seul ement da ns ses fonctions mais aussi dans son essence44.»
La conscience «objective» (terrestre) n'appelle pas de
comment ai res particuliers. Par contre, la place de la
«conscience spirituelle» - ou « Mo i intérieur» - est très i m­
port ant e dans l 'ant hropol ogi e rosicrucienne. La conscience
4J Au lieu de dire «j'ai fait ceci ou cela», le disciple de la Rose-C roix
A.M.O.R.C . doil dire «ceci ou cela sera fait».

,J 4e m ono grap hie, M undanuis secret, section neophyte, p. 1.

I.W

du « Moi intérieur» fait partie intégrante de l'«Esprit divin
Universel», de la «Consci ence divine». Sa portée s'etend â
l’univers tout entier, mais aussi a toutes les choses matérielles
de l’existence: affaires, santé, travail, etc.
3. L 'hom m e a-t-il ete créé?
Ainsi, selon les enseignements officiels de l'Ordre rosicru­
cien A.M.O.R.C., l’h o m me serait un être do ub l e - esprit et
àme, et conscience «objective» et «spirituelle» -, segment
d ’une « àm e divine»; ce «segment » serait c ompo sé de m a ­
tière animée par l’esprit et celle-ci serait do uee d ’une per son ­
nalité, ou plutôt d ' un e «â me personnalité». Naturellement, et
selon les enseignements de l’A.M.O.R.C., la matiere, l’a m e et
l'esprit sont eternels. Le Dieu i mpersonnel ou le «C os mi q ue »
donnerai t l'energie et le mou vement à l’âme-personnali te et a
la matiere. Cette action se manifesterait par des «vibrations».
Si l’âme et la matiere existent de tout temps, alors peut-on
vraiment parler de création? Si le mot «cr éat ion» est absent
du Lexique rosicrucien, il est sous-jacent dans une brochure
que l’Ord re envoie a ses nouveaux membres. « L ’h o m me est,
lit-on dans ce petit fascicule, le produit des forces et énergies
universelles (...) un produit des forces c o s m i q u e s 45.» Il nous
faudra attendre le 8e degre p o u r que le theme de la création
apparai ss e enfin clairement. Mais, dans ce cas précis, le ré­
d ac te u r de cette m ono gr ap hi e a réalisé un veritable exploit:
les termes de «cr éat ion» ou «creer» sont, à quelques exc ep­
tions près, a b s e n t s 46.
D' apres les directives officielles de l'A.M.O.R.C., Dieu est
considéré, non c omme le Createur, mais c o mm e «po uv oi r et
intelligence qui a ni ment tout l’U n i v e r s » 4’. Bien que YIm peratur, en l'occurrence H. Spencer Lewis, affirme q u ’il faut a c­
cepter littéralem ent l'axiome «Di eu créa l ' h om m e du limon
de la terre, qu'il repandit sur son visage le souffle de vie et
que l 'h omme devint une àme v i v a n t e » 48, il n'y a pas d'elements positifs qui nous permettent de croire que
l'A.M.O.R.C. croit a la doctrine de la Création.
JS C'. I). D ean. L e San ctu m Celesie. Liber 777, p. 4.
Sauf, no tam m en t, une citation biblique (!) et une expression equiv oque
«p lan createur universel» qui. d'ailleurs, n 'a a u cu n ra p port avec la Création!
J' 2e m on ograp hie, 8e degre, p. 3.
J8 //>/(/., p. I.

140

L' homme serait d on c un c ompos e de limon: e'est-a-dire
d' «elèment s négatifs» et d ' u n autre «elèment». celui-ci divin,
l'àme. L'axiome de H. Spencer Lewis n'a ce pendant aucun
r apport avec le récit biblique et surtout pas avec le verset
sept du deuxi eme chapitre de la Genese. Un dieu i mp er son ­
nel peut-il creer un etre aussi personnel que l 'ho mme? Ou,
com me nt concilier un dieu i mpersonnel avec la création exîuhilo"! Sur ces points précis, l 'I mpe r at or n'a pas de réponse.
Les Ecritures Saintes nous enseignent que l'homme et la
femme, Ada m et Eve, ont ete les premiers humai ns sur cette
terre.
4. Le peche et lu chute
Si la création n'existe pas, alors pourquoi l'A.M.O.R.C.
parle-t-elle du peche et de la chut e? Si l'Ordre se définit
c omme « une fraternité p hi los ophique et non religieuse»41',
les anciens rosicruciens que nous connaissons affirment en
ch oe ur que l'A.M.O.R.C. n'est ni une philosophie, ni une
psychologie, encore moins une science ou une theologie,
mais un cours d'occultisme ap pl iqu e par correspondance.
Maigre cela, l'Ordre rosicrucien A.M.O.R.C. don ne sa p r o ­
pre interprétation sur ces delicates questions. Leur façon de
penser, nous allons le voir, est radicalement différente de
celle du Lectorium Rosicrucianium ou de l'Association Rosicruci enne; seul
point c o m m u n :
l' her meneut ique de
l'A.M.O.R.C'., bien qu'elle se veuille «mystique», n'est ni
celle de la Bible, ni celle de l'Eglise, mais un tissu d'erreurs et
de mensonges.
D'emblee, dissipons tout m al en ten du : p ou r l'Ordre Rosi­
crucien A.M.O.R.C., le peche n'existe pas! Selon des « d o c u ­
ment s» de la G r a n d e Fraternité Blanche - qui auraient ete,
parait-il, d ' u n e grande utilité p o u r les eglises catholiques,
protestantes et même p ou r les c o m mu n au t és juives! -, le pe­
che ne serait que l'absence de «l umiere positive», et non un
acte volontaire, dèliberement dirige contre le Dieu createur.
La citation que nous reprodui sons ne laisse aucun doute a ce
sujet: «...l'amour, la vérité et les manifestations créatrices,
constructrices de l'univers, sont les manifestations créatrices.
Pourquoi d o n c les m on ographies etudient-elles ces sujets po u r le moins
theologiques?

141

positives de la conscience de Dieu. Toute absence de choses
n'est que le côté négatif de la conscience de Dieu, et ce côte
négatif ne possédé aucun pouvoir, ne possède rien de t angi ­
ble, rien qui exi st e50.» Un peu plus loin, nous lisons cette as­
sertion p our le moins effarante: «Si la bont é est une chose
positive et réelle, le mal doit être son contraire, l'absence de
bonté. La chose reelle et son contraire ne peuvent être l’un et
l’autre positives. (...) Qu el qu e chose qui existe vraiment peut
être seul positif, et quelque chose qui n'existe pas ne peut
être positif et re e l51.» Le peche, ce serait d o nc l’absence de
q uel que chose de positif, le m a n q u e de qualités morales.
« Q u a n d la bonté et l 'amour, lit-on d an s la même m o n o g r a ­
phie, sont absents de la conscience physique, objective, celle-ci ne peut m a n q u e r de commet tre des fautes, de tomber
d an s l’erreur et de commet tre ce q u ’on appelle le p é c h é 52.»
Une autre m on og ra ph i e est très claire a ce sujet: «... l 'inten­
tion mauvaise ou l'agent du mal n ’existe pas d an s l 'un ivers 53.»
La realite du peche est propr ement escamotee, le mal
n'existant pas! L'intention mauvaise ou l’agent du mal sont
ainsi éliminés de l'univers. Naturellement, la doctrine du
peche originel est aussi mise de cote ou, plutôt, elle est telle­
ment deformee qu'elle est devenue méconnaissable. «Le
pèche originel, de la part de l 'homme, a ete le refus de r eco n­
naître la divine conscience de son à m e 5J.» Ce refus aurait
ète, selon le passage cité, de ne pas accorder suffisamment
d 'i mp o rt an c e a l'intuition, de ne pas se fier aux perceptions
et impressions psychiques et finalement de ne prêter son a t ­
tention q u' aux cinq facultés dites objectives. « C ’est ainsi, af­
firme le texte cite, que nous avons commis le premier peche
contre nous-memes, en refusant de reconnaître l’une des
deux formes de conscience qui nous avaient ete accordees au
m om en t de notre naissance, et non la m o i n d r e 55!» Le peche
originel est ainsi c on fo nd u avec le peche tout court. Le p e­
che, «originel» ou non, ne serait que son égoïsme qui po us s e­
rait l 'ho mme à ne pas ecouter la voix de la conscience, cette
511 43e m on ographie, I0Ü degre. n. 2.
51 ibid.. p. 3.
5- ibid, p. 5.
55 8e m ono grap hie. 10e degre. p. 3.
54 I I 1' m o nog raph ie, Ier degre neophyte, p. 7.
55 ibid, p. 7.

142

«petite voix» appelee « i n t u i t i o n » 56 et a n'avoir confiance
q u' en sa conscience objective. Nous sommes loin de la d o c ­
trine biblique du peche qui, elle, déclaré sans ambiguïté que
la puissance du pèchè frappe tous les hommes, que la m an i ­
festation du peche est une réalite mal heur eusement trop bien
etablie et que le résultat final du peche n'est autre que la
mort.

A côte de la doctrine biblique du pèche, il existe une theorie mystique du peche. L' I mp er at or pousse sa démonst rat ion
un peu loin lorsqu'il affirme que «le pechè contre Dieu de la
theologie trouve son équivalent en mysticisme dans le peche
contre le karma i n d iv id u el »57. Ainsi, «aux yeux du mystique,
l 'h omme ne peut d onc commet tre de plus grand peche contre
le kar ma i n d i vi du e l» 58. Le même raisonnement est valable
po u r la famille, la nation, le groupe, etc. Ce ne sont plus la
des karma individuels, mais des kar ma collectifs! Les ensei­
g nement s officiels de l'A.M.O.R.C. en ce qui concerne le
peche se situent a l’extrème o p p os e de ceux de l'Ecriture
Sainte. Remarquons aussi le processus de la met hode
d ’etude: il faut attendre les degres du Temple p our se rendre
co mpt e que les enseignements de l'A.M.O.R.C. sont particu­
lièrement antibibliques. Les mas ques tombent, la t rappe est
alors grande ouverte et le c a ndi da t rosicrucien ne peut que
croire ce que dit le «Très illustre Imperator».
Le peche étant vide de sa subst ance et de son venin, la
chute subit également le meme sort. La création d 'Ad a m et
d 'Eve de même que le récit de la chute ne sont plus que de
fumeuses allegories. Selon cette monographi e, l'homme,
autrefois primitif, était semblable à un animal: il était dé ­
pourvu de conscience! Mais il évolua mentalement et physi­
q u em en t et, un jour, il atteignit l'etat supérieur: sa
conscience et son intellect co nnu rent le «divin». L'homme
animal devint une «âme-vivante», une «âme consciente»,
«creee â l’image de Dieu» (sic). Tel est le récit de la création
selon l’ordre rosicrucien A.M.O.R.C.
^ L'intuition ne doit pas etre assimilee au discernem ent spirituel: l'in tui­
tion est faillible et. da n s b e au c oup de cas. elle manifeste le peche et l'erreur.
57 8 ' m on ograp hie, 8e degre. p. 3. La phrase de cette citation semble etre
mal orthographiée. Il conviendrait de lire plutôt: «le peche contre le Dieu de
la theologie...»
58 ibid.. p. 4.

143

En ce qui concerne la création du premi er homme, Adam,
l'A.M.O.R.C. propose cette interprétation: il était de nature
double, non pas mâle et femelle, mais positif et négatif.
L ' h om m e- A da m aurait été bisexué et de polarité double.
Ada m fut d on c sépare (par qui?), il gar da sa polarité positive
tandis q u' Ev e fut créée «négative» d ' u n e partie de l 'homme,
non pas d ' u n e côte c omme le texte biblique l'indique, mais
de son ame! Nous sommes, une fois de plus, fort éloignés de
l'enseignement vetero-testamentaire. C a r Adam, puis Eve ont
ete créés; ils ont été tirés du néant. F. A. Schaeffer est de cet
avis lorsqu'il écrit que « l ' h om m e est venu de quel que part; il
n'est pas l'about issement de divers prototypes. L'humani té a
eu un co mm en c em en t effectif a partir d ' u n individu distinct
du reste de la création et différencié en terme de «mâle et fe­
melle». Cette image de l 'humai n constitue l’origine et la
force du concept chretien d'uni te de l'espèce, alors que le
m o n d e actuel cherche en vain une autre assise a l'unité du
genre h u m a i n » 59. C'est ce que fait exactement l’ordre rosi­
crucien A.M.O.R.C. qui com bine les différentes traditions
mystiques pour, finalement, s'égarer dans les meandr es du
subjectivisme et de l'erreur.
Si le peche n'existe pas, si la création des cieux et de la
terre, c omme de l 'homme, n ’existe pas, alors la chute, elle
aussi, n'existe pas. L'A.M.O.R.C. le dit en des termes clairs:
«Eve fut tentee par les choses agreables, par la force et le
pouvoir que l'habile représentant du mo nd e mat ér ie l60 lui
désignait et elle trouva le plaisir physique dans le fruit de
l'Arbre de la connaissance terrestre (sic)*'.» Le fruit était
bon, Ada m en goûta aussi. Quel fut le résultat de la chute?
«La toute premiere comp ré hens ion terrestre qui pénétra ces
deux etres fut celle de leur condition matérielle, de leur moi.
Ils virent qu'ils etaient nus... dans leur conscience... Le fait
que leur moi était mis a nu par la connaissance des choses de
ce m o n d e fit sur eux une impression si pro fo n de qu'ils en
éprouvèrent de la honte, de la timidité et de la peur. Telle est
la veritable chute de l ' h o m m e 63.»
5" F. A. Schaeffer, La Genese berceau de l ’histoire, p. 42. C ’est nous qui le
soulignons.
C'est-à-dire Satan! qui. lui. serait une personnification du m o n d e de la
matiere.
61 ihid., p. 7.
ibiit.. p. 7.

144

Une autre conséquence de cet acte volontaire, celle-ci très
importante, c'est que «l'àme-personnali te commen ça son
évolution» et que l 'homme «établit la première loi du karma
contre l u i - m ém e» 6-’. L' ho mm e se trouvait ainsi pris dans un
engrenage sans fin, celui de son kar ma et de la réincarnation.
5. K arm a et reincarnation
Par reincarnation M, nous e nt end on s generalement la theorie selon laquelle la personnalité de l 'ho mme (ou son âme)
accomplirait tout au long de son existence un interminable
par cours parseme d' incarnat ions successives. Apres son deces, l’ètre humai n (ou, selon l'A.M.O.R.C., l’«àme-personnalite») résiderait quel que temps dans le mo n de invisible pour
ensuite se reincarner dans un autre corps. Cette doctrine, très
contestable, gagne c e pen dant du terrain. Les rosicruciens, les
theosophes, les anthrop os oph es , les antoinistes, de même les
scientologues, ont ad op t é ce principe.
C"est une doctrine très dangereus e car elle semble, a premiere vue, séduisante. De plus, les récits de plus en plus
n om br eu x de prétendues reincarnations antérieures troublent
pr of o nd ém en t passablement de personnes en quête de vérité.
C a r la reincarnation est, avec le karma, en totale cont radi c­
tion avec la résurrection et la grâce. La littérature rosicrucienne de l'A.M.O.R.C. a d eveloppe a b o n d a m m e n t cette
d o c t r i n e 65, et, po u r la rendre plus credible, H. S. Lewis, dans
son livre Les dem eures de l'âm e. n'hesite pas a ecrire que la
réincarnation n ’est pas incompat ibl e avec la theologie o rt h o­
doxe! La réincarnation «present ee sous sa vraie lumière,
n ’est nullement incompatible avec les principes d 'un e t héol o­
gie saine et je sais que certains chretiens seront étonnés si je
leur affirme q u ’il n ’y a rien, dans la veritable doctrine de la
réincarnation, qui ne soit contraire aux principes chretiens
f o nda me nt aux tels q u ’ils furent révélés et enseignés par Jé­
s u s » 66. Quel apl omb! Oui, assurément H. Spencer Lewis ne
63 ibicl., p. 7.
M On peut parler, a la rigueur, de transm igration. N otons au passage que
l'A .M .O .R .C. rejette catégoriquem ent cette derniere expression.
”s Rapp elo ns que cette doctrine n'est que proposée. N 'e m pec h e qu'il est
extrêm em ent difficile d'e tre rosicrucien et de ne pas croire a la r e in c arn a ­
tion, pilier central de toute la philoso phie de l'A.M .O.R.C.
H. S. Lewis, Les dem eures J e l'âm e, pp. 19, 20.

145

Cep en da nt , nous lisons ces lignes dans une mon og rap hi e
qui prouvent que la doctrine de la réincarnation ne peut pas
être app uy ee par la Parole de Dieu, à moins de la déformer:
«Je reconnais que la doctrine de la réincarnation ne s’a c ­
corde pas avec certains passages de la Bible... Même s’il n ’y
avait rien dans la Bible qui ap p ui e la doctrine de la réincar­
nation, cela ne voudrait pas dire que cette doctrine soit
fausse ou q u ’elle ne soit pas con forme à ce que Jésus a e n ­
seigné. Il y a b e a u co u p de choses qu'il a enseignees et prati­
quées et do nn ée s à ses disciples qui ne sont pas cont enues
d an s la Bible chrétienne*’7.» Si les chretiens èvangeliques ne
croient pas à la reincarnation ce serait, selon l’A.M.O.R.C., la
faute aux conciles! L'Eglise chrétienne aurait «modifie, cor­
rige ou altère» la Bible...
Ainsi les rosicruciens, qui sont endoctrines par les
« G r a n d s Maîtres» ou autres « Im p e r a t o r » de l'Ordre, croient
sincèrement que la Bible renferme d ’autres doctrines telle la
reincarnation, qu'elle contient des erreurs et que, pa r c ons é­
quent, elle doit être lue avec des «lunettes» esoteriques! La
suite est logique: leurs p ré suppose s theologiques (eternite de
la matiere, unicité de l’âme et reincarnation) ainsi que les experiences psychiques « c on c or da nt es » pre nnent la premiere
place et releguent ainsi la Parole de Dieu au même rang que
les autres écrits religieux. Maigre cela, l'A.M.O.R.C. passe
par-dessus toute autorité, spirituelle ou religieuse. Seul entre
en ligne de compt e le m agistère de l’Imperator, une espece de
sup er -pape infaillible. Les enseignements de l'A.M.O.R.C.
sont sans cesse illustrés pa r des lois (psychiques et rosicruciennes bien entendu), des axi omes et des postulats; les hy­
pothèses, elles, n'existent pas! La preuve nous est donnée,
p ar exemple, p o u r le karma: «Le kar ma est une loi cosmique
- il est i mpersonnel ... 68.» Rap p el o ns encore que l’ordre de la
Rose-Croix se définit c om me un « mo uv em ent phi los ophique
et traditionnel mondial non religieux et non sectaire!»
Prenons mai nt enant la définition rosicrucienne du mot
K a rm a 69. Selon l'A.M.O.R.C., «il désigné la loi cosmi que de
m an qu e pas d ' a u d a c e p o u r affirmer de telles choses.
67 5 3e m on ograp hie, 10e degre, pp. 2 et 3. C'e st nous qui le soulignons.
C ’est une citation f o nda m e nta le, car elle résum é parfa ite m ent la theorie de
l'esoterisme et de la gnose.
1,8 31e m o nog raphie, 9e degre, p. 3.
^ On peut ecrire égalem ent karm an.

146

justice universelle par laquelle nous recevons, en juste c o m ­
pensati on de nos actions et c omme conséquence de ces ac­
tions, des réactions de même nature, soit bonnes soit m a u ­
vaises, selon les actions el le s- mê me s »70. Le karma est tou­
jo u rs associé à la reincarnation. Il déterminerait en effet toute
réincarnation ultérieure. C'est une loi cosmique de cause a
effet, ou plus exactement, cha que acte, bon ou mauvais, est
aut om at i qu em en t rétribue. L’h o m me est prisonnier de ses
actes, il est le seul maître de son destin, il est en quel que sorte
son propr e créateur; le salut - «la fusion à jamai s consciente
dans le tout cosmi que» - est l’oeuvre de l’homme, de ses p r o ­
pres efforts et de ses propres mérités. Le karma, c ’est avant
tout une justice immanent e, l’aspect i mplacable de ce pri n­
cipe qui exclut naturellement l’a m o u r et le pardon. Selon
l’A.M.O.R.C., la reincarnation - ou renaissance - serait «l’in­
carnation d ' u n e àme divine dans un corps p h y s i q u e » 71.
Il est temps de disséquer la theorie de la reincarnation,
version A.M.O.R.C. C'est avant tout un moyen de perfection­
nement de la personnalité de l’âme. Si l’âme est parfaite, sa
personnalité, par contre, est sujette à toutes sortes de fai­
blesses dues pri nci palement a l’ignorance spirituelle. Cela est
affirme dans une m ono gr ap hi e du 8e degre: «Ainsi dans cha­
que incarnation, nous n'essayons pas de faire évoluer la lu­
mière - l'âme - qui est déjà parfaite, mais nous reconnaissons
ses appels et ses directives et par là nous activons l’évolution
de la personnalité (...) En réalité ce n ’est do nc pas notre âme
qui évolué, mais notre àrne-personnalite j u s q u ' a ce q u ’elle
soit en har mon ie avec notre â m e " 2...» Cette perfection abs o­
lue, l’unité h ar mo ni qu e de l’âme avec sa personnalité, est en
réalité une gigantesque utopie. C ar selon les theses «reincarnationnistes» de l’A.M.O.R.C., le nombre d ’i ncarnations suc­
cessives est prati quement illi mi té'3. H. S. Lewis justifie cette
doctrine: «J u sq u 'a ce que cette perfection soit atteinte par
c ha que créature humai ne, de nouvelles incarnations lui se­
ront nécessaires et d'autres encore, j u s q u ' à ce que, par les

711 2e m o nog raph ie, 1er degre néophyte, p. 2.
71 H. S. Lewis, ibiti.. p. 22.
5e m ono grap hie, 8e degre. p. 7.
73 Le M anuel Rosicrucien lui aussi (p. 268) confirme la chose: « C h a q u e
personnalité peut s'incarner de nom breuses fois, la limite étant inconnue.

147

epreuves de la vie, par l'effort personnel, la connaissance ac­
quise, par le dévouement et les sacrifices, le moi ait été pu ri ­
fie de tout mal, en pensée et en création, et qu'il ait finale­
ment atteint la pureté complété et soit prêt p ou r le j ugement
dernier p ou r être admis de nou vea u dans le sein de Dieu et
faire partie de la d i vi ni té 74.» Pour l'auteur, le seul cas co nn u
« d ’une évolution du moi» qui atteignît les plus hauts s o m ­
mets de la perfection divine aurait été celui de Jèsus-Christ.
Il aurait «eu pré céde mme nt un grand no mbre de ré in carn a­
tions... il naquit finalement pur, n'ayant plus besoin que
d ' u n e seule serie d' épreuves terrestres»'’5. Ainsi, Jésus serait
devenu le Christ, il mont a aux cieux et fut «abs or be par la
conscience divine et le moi de Jésus devint un des éléments
de la divinité, le fils de D i e u » 76.
No us constatons que la reincarnati on est l’élément central
de t oute la doctrine perfectionniste rosicrucienne de
l’A.M.O.R.C. Naturellement, l'explication q u ’on en d o n ne
est très précisé, be a uc ou p trop même, car n ’oublions pas que
le principe des reincarnations successives n'est q u ’une theorie mét aphysi que de l’àme et q u ’il est extrêmement difficile,
sinon impossible d' en verifier objectivement la realite. Les ré­
cits de reincarnations antérieures relevent de l’imagination
fertile de ceux qui y croient "7. Ce qui est encore plus epoustoufiant, c’est que le premier l m p e r a t o r est une fois de plus
d ' u n e précision prodigieuse en ce qui concerne les dates des
i ncarnations passees ou a venir. A la suite d'observations
(scientifiques?), H. S. Lewis aurait établi que «cha qu e h u ­
main se reincarnerait tous les cent q uar ant e-qua tr e a n s » 711.
Le chiffre 144 n ’est p a s ici s p é c i f i q u e m e n t s y m b o l i q u e , m a i s il
d é s i g n é le cycle d ’e l e v a t i o n de l’à m e - p e r s o n n a l i t e : t o u s les 144 ans,
l’à m e - p e r s o n n a l i t e se r e i n c a r n e ra i t d a n s un n o u v e a u corps . « C e q u e

H. S. Lewis, ibid., p. 133.
;s H. S. Lewis, ibicl., p. 133.
H. S. Lewis, ibid., p. 133.
H. S. Lewis affirme confidentiellem ent da n s une m o n o g rap h ie du 10e
degre qu'il était aulrefois un... Chinois. La description est detaillee :«J'étais
un h o m m e grand, bien bâti, a l’air raffine et cultivé...» (48e m onographie, 10“
degre. p. 5). Ln re m o n tan t encore d a n s le tem ps, il aurait ete un... prêtre!
Plus exactem ent un «cure d 'u n e très im po rta nte paroisse...» (49': m o n o g ra ­
phie. 10e degre, p. 2), etc.
" H . S. Lewis, ibid., p. 134,

148

les r os i cr uci ens t e n t en t d e faire, lit-on d a n s un e m o n o g r a p h i e , c' est
d e vivre le cycle e n t i e r d e 144 a n n e e s , puis de rejeter ce c o r p s et
d ' e n p r e n d r e u n aut r e, p l u s p a r f a i t , p o u r c o n t i n u e r leur i m p o r t a n t e
mi ssi on. L o r s q ue l’a m e q u i t t e le c o rp s a v a n t les 144 a n s écoulés,
s o uv en t p a rc e q u e n o u s a v o n s m a n q u e a u x lois q u e n o u s a u r i o n s du
obser ver , elle d o i t c o n t i n u e r u n e e xi s t e nc e d e s i n c a r n e e p e n d a n t le
reste du cycl e. . . 79» Ce t t e p e r i o d e « e n t r e les r e i n c a r n a t i o n s» a ete
a p p e l e e , d a n s les m a n u s c r i t s ros i cr uci e ns, « l e g r a n d i nt erval le de
l ' év o l ut i on de l ' â m e » B0. Le chiffre 144 est a b s o l u o u p r e s q u e . Selon
la m e m e s our c e , l ' I m p e r a t o r a ur a i t fait d e n o m b r e u s e s r e c h e r ch e s
p o u r s a v o i r s'il était p o ss i bl e de vivre plus d e 144 ans. Bien é v i d e m ­
m e n t , ces p r é t e n d u e s r e c h e r ch e s n ’o n t p a s a b o u t i : p e u t - e t r e aurait-il
o u b l i e de lire la Bibl e? La q u e l l e dit e xp l i c i t e me n t q u e des h o m m e s ,
il y a fort l o n g t e m p s il est vrai, o n t vécu bi en a u - d e l a d e s 144 f at idi­
q u es a n n é es . P o u r m é m o i r e , c i t o n s les plus c o n n u s : A d a m 930 a ns
( G e n e s e 5: 5), A b r a h a m 175 a n s ( G e n e s e 25: 7), I s a a c 180 a n s (Genese 35: 28), etc. Mai s, la e n c o r e , le t é m o i g n a g e b i b l i q u e est carrem e n t mis de c ôt e: p o u r l ' A. M. O . R. C . , il n ' a q u ’u ne v a l e u r relative,
seul es e nt r e en ligne d e c o m p t e les f a m e u s e s « a r c h i v e s » qui ser aient
e n t r e p o s e e s q u e l q u e part a S a n José...

Ainsi l’àme-personnalite accomplit-elle un incessant aller
et retour tant sur le plan terrestre que cosmique. La perfec­
tion h u ma in e a laquelle les rosicruciens sinceres tendent de
toutes leurs forces apparaît de plus en plus ut opi que et vaine.
C ar la progression spirituelle et psychique de tout homme se­
rait liee a une seule loi: la loi de l ’évolution. C h a q u e entité sur
cette terre est censee évoluer, parvenir â un état meilleur, soit
acquérir plus de sagesse et de connaissance. Mais, et ce
«mais» est de taille, il y a une autre loi i mmuable: la loi de
compens at ion ou karma. L’h o m me «choisit et seine, il récolté
ou paie», telles sont les conséquences de ses actes. Une
b on n e action = une ré compens e; une mauvaise action =
une punition. Si l’h om me « péc heu r» accomplit plus de m a u ­
vaises actions que de bonnes, il accumul e des «dettes karmiq ue s» ; celles-ci doivent être payees. C h a q u e peine ou souf­
france que nous pourrions causer â autrui exige en retour et
dans tous les cas une même peine ou une même souffrance.
L'enseignement de l'A.M.O.R.C. est explicite: «Selon le
7(1 12e m o nog raphie, 2 ' degre du n eophyte , p. 7. C'est nous qui le souli­
gnons. R appelon s que H. S. Lewis, premier lm p e r a to r de l'ordre rosicrucien
A.M.O.R.C., n ’a vécu que 56 ans...
80 15e m o nog raphie, 8e degre, p. I.

149

karma, nous s ommes punis p ou r les choses que nous faisons
vraiment (...) Lorsque nous manifestons le mal, ou que nous
semblons faire ce qui est mal, la loi karmi que ou cosmique
n'ecrit pas dans ses registres que nous avons commis un acte
mauvais, mais elle écrit que nous avons m a n q u e à notre d e ­
voir de faire un acte positif et b o n 81.»
De ce fait, la loi du Karma déterminerait notre vie tout entiere et, plus encore, celle à venir. Le but du Karma, doctrine
i nhu mai ne et absurde, serait d o u b l e : , d ’abord, sur le plan t er­
restre, nous faire réfléchir sur les conséquences de nos actes
et, ensuite dans un second temps, obt eni r au niveau cosmi ­
q u e la purification. H. S. Lewis ne laisse pas le lecteur dans
l’o mbre: « D e l’enfance a la vieillesse, l’h om me ap pr en d que
ses mauvaises actions sont essentiellement un péché contre
son évolution, p ou r lequel il devra souffrir et payer... Ces in­
tervalles entre les i ncarnations ont p o u r but de d o n n er au
moi, à l’être spirituel, la possibilité de se purifier et de s’ins­
truire à la lumière de l'intelligence divine et de la sagesse cos­
m i q u e 82.»
L'A.M.O.R.C. s’appuie, ou pretend s'appuyer, sur la Bible
po u r justifier la véracité de ses enseignements. Un des p a s ­
sages bibliques sur lequel H. S. Lewis argument e le plus en
faveur de la reincarnation se t rouve en Job 33 v. 27 à 29.
Nous le reprodui sons in exten so : «Il chante devant les
h o m me s et dit: j ’ai peche, j'ai viole la justice, et je n ’ai pas
ete puni comme je le méritais; Dieu a délivré mon àme p ou r
q u ’elle n'entrât pas dans la fosse, et ma vie s ’épanouit a la lu­
mière! Voilà tout ce que Dieu fait, deux fois, trois fois, avec
l’h omme, p ou r ra me ner son à me de la fosse, p our l’eclairer
de la lumiere des vivants.» Ce passage ne peut, selon nous,
en a uc une manière faire allusion à la réincarnation. Le
contexte est explicite: il s'agit d ’un mal ade qui a été en péril
mortel et qui se rétablit par la grâce de Dieu. Le verset 18
nous mont re clairement que l’interesse éc h ap pé au g o u f f r e 83,
et non qu'il en revient. La t raduction que H. S. Lewis do nn e
au verset 30 « p o u r rappeler leurs âmes de la t ombe» est fau­
tive. Le verbe se traduit normal eme nt par «det ourn er», mais
il est vrai que l’on peut rendre ce verbe par «faire revenir».
81 43e m ono graph ie, 10e degre, p. 4.
83 H. S. Lewis, ibid., pp. 83 et 142.
81 Le m ol employe ici n'est pas le m ot habituel p o u r « tom be».

150

Dans ce cas, les partisans de la réincarnation auraient raison.
C e pe nd a nt , nous croyons que l’a ut eur du livre de Job a
choisi cette expression plutôt vive p ou r designer une conva­
lescence miraculeuse. Pour conclure, on pourrait évoquer les
passages parallèles où nous t rouvons des expressions s em­
blables qui montrent clairement que l’idée même de la réin­
carnation est exclue (Ps aume I 16: 8; Esaïe 38: 17; Jonas 2:
7).
Un autre passage biblique généralement invoqué en faveur
de la doctrine de la réincarnation est l'épisode bien connu de
l’aveugle-né (Jean 9: 1-34). Les versets 2 à 4 retiennent l’at­
tention des partisans de la réincarnation: «Rabbi, qui a pé ­
ché, cet ho mme ou ses parents, p ou r q u ’il soit ne aveugle?»
H. S. Lewis est catégorique dans l’interpretation q u ’il donne:
la cécité congénitale de cet h o m m e s’expliquerait par le fait
q u ’il avait péché dans une vie antérieure et q u ’ainsi il aurait
accumul e une «dette karmique». Le texte de J ean 9 v. 2 m o n ­
tre bien que l'idee d ' u n e réincarnation possible a effleure
p robablement la pensee des disciples. Ils étaient Galileens,
en contact avec des popul at ions grecques. Celles-ci p o u ­
vaient avoir subi l'influence de certains philosophes comme
Pythagore ou Platon qui, eux, admet tai ent la reincarnation.
C epe nda nt , nous devons reconnaître que les thèses «rèincarnationnistes» ne sont pas évidentes: Jésus, dans sa réponse,
ne fait auc une allusion à une éventuelle incarnation ant é­
rieure, à une responsabilité de l’aveugle ou de ses parents.
Absol ument aucune trace de la doctrine du K arm a dans les
paroles de Jésus. Une chose est certaine: c’est que le Christ,
le Seigneur, ne r e po nd pas directement a la question posée,
mais il app or te un élement a la fois nouveau et rassurant:
«...afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées en lui»
(verset 3). Ce qui fut le cas effectivement: Jésus guérit l'aveu­
gle et la gloire de Dieu fut une nouvelle fois mise en valeur.
La suite du récit nous mont re l’aveugle guéri et ses parents
aux prises avec les pharisiens. Ce q u ’il faut relever ici, c’est
que l'échangé verbal plutôt violent porte sur I’authenticite de
la guérison, et non sur la réincarnation. La conclusion de
cette s équence est que Jésus, le fils de Dieu, affirme une fois
de plus sa divinité. Ainsi donc, il est impossible d'echafa ud er
la doctrine de la réincarnation dans ce récit de la guérison de
l’aveugle-ne; ce qui est sous-jacent, par contre, c’est la gloire
151

et la souverainete de Dieu, c'est aussi une interpellation en
face du do ul oureux probl ème de la souffrance et, enfin, c’est
la reconnaissance de la libre acceptation de la volonté de
Dieu devant les mystères de l'existence.
H.
S. Lewis ne se prive pas de citer a b o n d a m m e n t la Bible.
A tort et a travers, mal heureusement . Afin de défendre ses
theses. il n'hesite pas à tordre le sens des textes, avec une
telle facilite qu'il y a de quoi en rester pantois! Tel est le cas
du célébré chapitre 3 de l’évangile de Jean qui nous parle de
la nouvelle naissance spirituelle, de la conversion à JèsusChrist. L'A.M.O.R.C’., ce pendant , au mépris de l’he rmé neut i­
que la plus élémentaire prétend que Jésus faisait allusion à la
re-naissance, aut rement dit a la reincarnation! Mais la e n ­
core, le passage référé c o n d a m n e explicitement l’enseigne­
ment rosicrucien: «C e qui est né de la chair est chair, et ce
qui est ne de l'Esprit est esprit» (Jean 3: 6). L'emploi du pré­
sent est c la ir 84 et surtout il prouve que l’action de Dieu, celle
du Saint-Esprit, est toujours actuelle et vivante. La chair est
et reste chair tandis que l’Esprit vivifie, renouvelle et trans­
forme...
Enfin, l’A.M.O.R.C., c omme tous les partisans de la rein­
c a r n a t i o n 85, soutient que le p r oph et e Elie devait se réincar­
ne r au temps de Jésus (Ma r c 9:2-13). Nous connaissons l’a r ­
gument at ion. elle est classique: selon une prophetie de Malachie (4: 5-6), Elie le prophete se serait reincarne dans la p er ­
s onn e de Jean-Baptiste. Les passages de Matthieu 16: 13-16.
Ma r c 8: 27-30, Luc 9; 18-21, ainsi que celui de Matthieu 1 I :
1 1-15, prouveraient que Jean-Baptiste serait F Elie qui devait
venir. La renaissance d'Elie aurait d o n c été prevue et se se­
rait effectivement rèalisee peu de temps avant la naissance
du Christ, l’illumine parfait.
L’argument at ion rosicrucienne qui tente de prouver ce fait
est d ' u n e affligeante pauvrete. Une et ude meticuleuse des
textes bibliques va à r e n c o n t r e des idees «reincarnation84 Soulignons encore que N icod em e ne dit p as: «U n h o m m e peut-il r e n ­
trer d a n s le sein d 'u n e autre mere et renaître», mais: «Peut-il rentrer da n s le
sein de sa mere et naître» (verset 4). Nuance...
85 Parmi lesquels E d o u a rd Bertholet, autrefois do c te ur en m edecine de
PulJy (Suisse), rendu célébré par ses ouvrages d e vulgarisation d e lu m e d e ­
cine naturiste, et surtout d ’occultisme. C ’était un m em bre de l’A.M .O.R.C .:
mais ses livres ont ete retires du catalogue... et repris pa r un autre editeur!

152

nistes». En effet, Jean-Baptiste lui-méme a dit q u ’il n'etait
pas Elie (Jean 1: 2 1 ) 86. Pourtant, comme le dit D. Clabaine,
«Jésus dit que Jean-Baptiste est Elie (Matthieu 17: 12-13 et
11: 14). Conclusion des rèincarnationnistes: donc, Elie est re­
i ncarne en Jean-Baptiste. Or, ajoute j ust ement Clabaine, il
est impossible que cette conclusion soit vraie. Pourquoi?
Parce q u ’Elie n ’est pas m o rt!C 'est meme p ou r cela qu'il doit
revenir, et non se réincarner. Il reviendra avec le même corps
avec lequel il a ete emport e sur un char de feu. Il lui est donc
bien impossible de se «réincarner», po u r la bonn e raison
qu'il n ’est toujours pas « d é s i n c a r n é 87.»
Car, selon les Ecritures, Jean-Baptiste était venu avec l'es­
prit et la puissance d ’Elie (Luc 1: 17). Son ministere, an nonce
p ar Malachie le prophète (Malachi e 4: 5), était l’accomplisse­
ment d ’une prophetie. Les Juifs at tendaient une réapparition
d'Elie (Luc 9: 8), non sa réincarnation. L'idée d ' un e reincar­
nation d'Elie est d on c theol ogi quement irrecevable.
Maigre cela, les rosicruciens restent sur leurs positions: ils
ne disent pas qu' El ie était mont e directement au ciel dans un
tourbillon de feu ( 11 Rois 2: 11 ) et q u ’il pouvait de ce fait re­
venir sur terre dans la forme qu'il avait eue au moment de
son enlevement. Elie est effectivement reapparu lors de la
Transfiguration88. Il est curieux de constater, à ce propos,
qu e les rosicruciens restent muets... et nous les comprenons!
C a r il leur serait ext rêmement difficile d' e xpli quer la ré a pp a­
rition de la per sonne d'Elie alors que Jean-Baptiste, sa pré­
t end ue réincarnation, était mort décapité quelque temps
auparavant. Ainsi, p ou r ceux qui croient à la reincarnation, il
y a une impasse chronologique, un veritable noeud gordien
qui bloque toute échappatoire.

E d o u ard Berlholet ose affirm er que la scène rapportee par Jean parle
en faveur de la re in carnatio n! Son affirm ation su ppo se q ue «Jean-Baptiste
n’etait pas encore un illumine com p let» et q u ’« iI n'etait pas conscient de ses
vies anté rie ure s» (E. Bertholet, L a R éincarnation, p. 270).
8‘ D. Clab aine, ibid., pp. 105-106.
88 Alors que Jean-B aptiste était encore vivant m oins de 144 ans avam!

153

6. Et le Salut?

Eh bien, il n'existe pas! Il semble en effet que le salut s’a r ­
rête à la ré in c ar na ti o nR,\ L ’enseignement de l’A.M.O.R.C.,
qui s’étend sur une durée de quinze ans, brille par l’absence
d ' u n e sotèriologie1'0. Pour en avoir le coeur net, nous avons
posé la question à un ex-rosicrucien de haut niveau. Sa ré­
ponse ne nous a pas surpris: « L ’A.M.O.R.C. prétend p r é p a ­
rer ses membres à être reçus par initiation cosmique dans la
G r a n d e Fraternité Blanche (sic) où un Maître apparaî tra au
disciple p our lui dire q u ’il est prêt afin de l’instruire p er s on ­
nellement (re-„w)...'n » Ainsi, notre cor res pondant , pourt ant
très bien informé, admet que le salut Rose-Croix ne se limite
q u ' à une rencontre avec l’un de ces fameux «professeurs i n­
visibles»!
U n a ut r e a s pe ct d u « s a l u t » r o s i c r u c i en est la r e c h e r c h e d e la « P a ­
r ol e p e r d u e » . La « P a r o l e » , à n e p a s c o n f o n d r e av e c la Pa r o l e d e
D i e u , p o s s é d er a i t u n p o u v o i r m a g i q u e et p sy c h i qu e . C e r t a i n s o c c u l ­
tistes c o n s i d è r e n t q u e les sept p a r o l es d e J é s u s a la C r o i x s o n t des
« P a r o l e s » és ot er i q u e s !
La « P a r o l e p e r d u e » - M A T H R E M 52 sel on l ' A . M. O . R . C . - est un
s y m b o l e es ot er i q ue . D e p u i s la c h u te , l ' h u m a n i t è serait a la r e ­
c h e r c h e de cette « P a r o l e » , a la r e c h e r c h e d e la Vérité o u d e la
C o n n a i s s a n c e . D ' a u t r e s p e n s e n t q u e la « P a r o l e p e r d u e » est le
G r a a l ‘>\ ou e n c o r e la « G r a n d e T r a d i t i o n » di t e « h y p e r b o r è e n n e » .
L ’h o m m e , en r e c h e r c h a n t la « P a r o l e p e r d u e » , p o u rr a i t d é c o u v r i r le
my s t è r e de ses o r i gi nes et. p a r là, a c c é d e r a la C o n n a i s s a n c e

7. La perfection et la divinité de l'hom m e
Si le salut n'est pas explicitement enseigné par
l’A.M.O.R.C., une autre doctrine, celle de la perfection et de
la divinisation de l’homme, y figure en b onne place. Si la per811 Certes, l'O rdre rosicrucien A.M.O.R.C . croit au Nirvana (2e m o n o g r a ­
phie, 2e degre, p. 4), mais qu'est-ce que le N irv a n a ? La fin du n on-devenir?
La cessation de la so uffran ce? La non-existe nce? Un état de b eatitud e? Nul
ne le sait, et l'A .M .O .R.C. encore moins!
g0 O u « doctrine du salut».
” M. M., Correspondance privee. 14 avril 1983.
Cette « Parole» signifierait Mere, Pere, Ame, Espril, H o m m e. C e mot
co ntiendrait «l'esse nce et la conscience de D ie u» (3e m o n o g rap h ie prélim i­
naire. 9e degre. p. 8).
,J Le Graal est au sens «m ystique» le sym bole de l'ideal spirituel chretien.
N ’oublio ns pas que. po u r les «m ystiq ues», la C o n n a is sa n ce «sauve».

154

sonnalite de l’âme évolue et se perfectionne de reincarnation
en réincarnation, l'âme, c ’est-â-dire l’h omme ou le « Mo i in­
térieur», par contre est absolum ent parfaite. Quelques extraits
de monographi es le confirment: «Si nos âmes sont cosmi­
ques, elles sont parfaites et complètes a tous points de v u e ’5
.» Dans une autre monographi e, nous extrayons ces lignes:
« Q u a n d nous utilisons le mot hom m e, nous voulons désigner
l’expression de l’âme cosmique qui est sur le plan terrestre.
Et ainsi cette àm e - l'hom m e - est entièrem ent infinie. Cet
h o m m e est infini, et tout ce qui est a lui est infini. Tout ce que
l’h o m m e est, est infini. Tout ce l’h om me a est fm t'>b.» La dif­
férence entre ce que l’h o m me est et ce qu'il a est subtile, mais
ne change en rien au fond du probl ème: l 'ho mme est, selon
l'A.M.O.R.C., parfait! Mieux, il est Dieu! « L ' â me humai ne
d ans son ensemble, forme le seul Dieu et l'univers. Tout
h o m m e possède ainsi le pouvoir et l’essence de Dieu et il est
Dieu p e r s o nn if ie 97.» Quelle funeste erreur, quelle aberration!
Quel contraste avec la Bible! Les exemples d ’hommes et de
femmes pécheurs sauvés par grâce fourmillent dans la Bible.
De même, les témoignages, les affirmations ou les profes­
sions de foi sont n ombreux et confirment la véracité du mes­
sage biblique, qui est un message de salut. Dieu n ’a-t-il pas
dit: «Je suis l’Eternel... je vous sauverai» (Exode 6: 6)? D a ­
vid s’est écrié: «Dieu... est la force qui me sauve» (Il Samuel
22: 3); Pierre a écrit ces paroles: «Vous êtes gardés par la foi
p o u r le salut... vous obtiendrez ainsi le salut de vos âmes» (I
Pierre 1: 5 et 9); enfin, l’a ut eur de l'épître aux Hébreux
conclut: « C o m m e n t e chapp er on s-no us en négligeant un si
grand salut?» (Hebreux 2: 3). Et nous pourrions encore mul ­
tiplier les citations bibliques qui vont dans le même sens! Le
salut, tel que la Bible l’enseigne, est d on c bien une réalité at­
testée. Tout le souci des auteurs des livres bibliques était
oriente vers le salut des hommes. Parallèlement, une autre
préoccupati on apparaissait progressivement au fil des siecles: celle de la venue d 'un Sauveur, d' un Messie. Si le salut
était dans l’Ancienne Alliance une réalité cachee, ce n ’est
plus le cas mai nt enant : Jésus, le Sauveur, est venu pour a p ­
porter la Bonne Nouvelle du salut a l’humani t é tout entiere.
,5 5e m ono grap hie, 8e degre. p. 6.
33e m ono graph ie, 9e degre, p. 4.
l re m ono graph ie, 9e degre, p. 10. C'est nous qui le soulignons.

155

Le salut que nous offre Jesus-Christ est ampl emen t suffisant!
Alors, pourquoi le chercher ailleurs?
La « t h e o l o g i e » d e l ’A . M . O . R . C .

La «theologie» et. par extension, la «christologie» de
l'A.M.O.R.C. a p ou r seule et uni que source les écrits du f o n ­
d a t e u r de la secte rosicrucienne, Harvey Spencer Lewis. Sa
pensee s’est exprimée par une littérature a b o n da n te - que
l'on trouve facilement dans le c ommer ce mais aussi, et sur­
tout, par les mo nog raph ie s dont il est l'auteur, ou du moins
le principal inspirateur. La «théologie» de l'A.M.O.R.C.
n'est q u 'u ne phi losophie pro f on d ém en t ant hrop oc ent ri que et
occulte: la theologie, ou et ude de Dieu fondee sur la Bible,
est totalement inexistante bien que le n om de Dieu y a p p a ­
raisse assez souvent, n ot am me nt a partir du 7e degré. Mais ne
nous y t rompons pas: le Dieu d ’Abra ham, d 'I sa ac et de J a ­
cob est remplacé de fa c to par une autre conception de Dieu,
d' essence mystico-pantheiste. Ne p er dons pas de vue, en ef­
fet, que toute la phi losophie rosicrucienne de l'A.M.O.R.C.
n ’est q u' un s uccédané de l'antique philosophie grecque et en
particulier du Platonisme, du Pythagorisme et de la phi los o­
phie de Plotin.
D i e u p e u t-il ê tr e a p p e l é « C o s m i q u e » ?

/. «Le Dieu de leur coeur»
S'il existe chez Max Heindel une sorte de pant hei sme p o ­
lythéiste, cette idée n'est pas tout à fait partagee par
l'A.M.O.R.C. et par le Lectorium Rosicrucianum. La d o c ­
trine de Dieu est, en effet, très variable et affreusement c o m ­
pliquée.
La philosophie de l'A.M.O.R.C. est franchement p a n ­
théiste. Ralph M. Lewis, l’actuel Imper at or de l'Ordre, le dit
en des termes qui ne prêtent pas à confusion: «Le vrai mysti­
que (rosicrucien A.M.O.R.C., Ndr) est cat égoriquement un
panth éiste; c’est-à-dire que, p o u r lui, Dieu est dans tout, est
partout. Pour le mystique, la pierre, l'arbre, I’eclair aussi bien
que l 'h omme lui-mème sont de Dieu. Ces choses ne sont pas
des créations de Dieu, elles sont de la nature de Dieu, l’Esprit D i vi n 98.» Plus haut, il écrit encore a ce propos: «Si la
''8 R. M. Lewis, Le Sanctuaire intérieur, p. 32. C'est nous qui le soulignons.

156

matiere vient de Dieu, elle n'a j amai s ete réellement creee;
elle a toujours existe. (...) Puisque l'Esprit Divin est eternel,
alors ce qui est partie de Sa nature, ou les substances qui decoulent de lui, les réalités physiques par exemple, sont, de
même, éternel les99.»
Bien que le pant hei sme soit de règle à l'A.M.O.R.C., Dieu
est cependant , et non moins officiellement. appeJe le «Dieu
de leur coeur» lun. Cette expression, contrairement à ce que
l’on pourrait penser, n ’a rien d'èvangelique. H. Spencer Le­
wis d o n n e a ce sujet son explication personnelle: «Le seul
c hemi n qui nous permette de pressentir et de comprendre
Dieu, est celui qui passe par la comp ré hens ion intérieure de
notre moi psychique, et de notre moi émotif. Le Dieu de mon
coeur est, a n'en pas douter, différent du Dieu de votre coeur,
et du Dieu de coeur de cha que individu. Le Dieu qui se ré­
créé et se revele a moi, dans mon moi intérieur, est le seul
Dieu que je connaisse. Il est le Dieu de mon coeur, aussi bien
que le Dieu de l’U n i v e r s 101.»
2. Dieu ou C osmique?
Si la définition de Dieu que do nn e l'A.M.O.R.C. n'est pas
claire, la suite l’est encore moins. Il nous semble vital de bien
saisir au départ la différence qui existe p our l'A.M.O.R.C.
entre « Di eu » et le « Co smi qu e» . C ar bien des chercheurs et
meme des «mystiques» ont c onf ondus les deux et leur ont at­
tribue la meme nature et la même fonction. Or. et nous allons
le voir, c'est loin d'être le cas!
Si Dieu, ou plutôt la comp ré hens ion de Dieu, se trouve en
l'homme, il n ’en est pas de même p ou r le «Cosmi que». Le
premi er I mper at or établit une subtile distinction: «Le Cos mi ­
que, d 'u n autre côte, est une conscience divine ou une
conscience s uprême compos ée de lois, de réglés et d ' o r d o n ­
nances. Ce n'est pas un législateur, mais il est l'ensemble des
décrets écrits et établis par le législateur de l'univers. Ce n'est
pas le créateur, mais le processus par lequel les lois et les
principes du créateur sont accomplis. Ce n'est pas Dieu, mais
” R. M. Lewis, ibid.. p. 32. C e s ! nous qui le soulignons.
1110 Parmi les autres expressions similaires, relevons: « C re ateu r suprem e»,
« D ie u de to us les d ieux», « C re a te u r de l'incree», etc.
,0' H. S. Lewis, Essais d'un m ystique moderne, p. 15. C'est nous qui le so u ­
lignons.

157

la conscience de Dieu qui s'etend dans tout l'univers, comme
un pouvoir de l'esprit op ér an t et réalisant les désirs de Dieu l02.
Si le Cos mi qu e n ’est pas Dieu, qui est-il? La encore, H. S.
Lewis nous d on ne sa propre définition: «Au c ommenc ement ,
qu an d Dieu créa tout ce qui existe, il établit certaines réglés,
certaines lois et certains principes qui constituent le proces­
sus et les met hodes mis en action p o u r le f oncti onnement sys­
témat ique et impersonnel de l'univers. Ces principes, ces ré­
glés, et ces processus constituent le Cosmi que, et s’ils sont
lies a Dieu, ils ne sont pas D i e u 103.» Une autre explication
du nom 104 « Co s m i q u e » nous est d on n ée par le M anuel Rosi­
crucien: le « C o sm iq ue » serait une «intelligence infinie, p é né ­
trant toutes choses; force créatrice de l'univers. C ’est une
source intangible et illimitée d 'o ù s’irradient les pouvoirs
constructifs de l’univers. Le C os mi qu e n ’est d on c pas un lieu,
mais un état ou condition d ’ordre et de p er ma nence » l05.
R ay mo nd Bernard précise en des termes clairs la définition
du mot « Co s mi q u e » : « C ’est t oute cette création visible et in­
visible incluant l'homme... et ce sont, par conséquent aussi,
les lois universelles et naturelles, que l'ordre rosicrucien
A.M.O.R.C. désigne sous le nom uni que de c o s m i q u e 106.»
Le C os mi que serait l’ensembl e de toutes les lois qui régis­
sent l’univers, ou. plus exactement, la loi cosmi que (résul­
tante de toutes les lois con nu es ou non) qui aurait p o u r c o­
rollaire l’unite de l'univers de son équilibré. Le C os mi que est
d on c une loi, intelligente en elle-même. «Elle est la premiere
manifestation de Dieu, la création originelle et elle conserve
l’emprei nte de la pensée de son createur. (...) On pourrait
dire q u ’ém ana nt de Dieu, cette loi est a Son i m a g e 107.» Ainsi
le Cosmi que, a l’inverse d u créateur, serait le cree, ou plutôt
l’ensemble des lois établies par Dieu. Le C o sm iq u e serait
d o nc l'application prati que des lois divines. C ’est ce q u ’af­
firme en tout cas H. S. Lewis: « N o u s avons d onc (...) deux
pouvoirs de décision et de gouvernement. L’un serait le
,üî H. S. Lewis, ihid., pp. 15-16. C'est no us qui le soulignons.
In'' H. S. Lewis, ihid., p. 16.
' “■'«Cosm ique» est un a d je ctif et non pas un n o m ;
l’A.M.O .R.C. utilise ce terme c om m e un substantif.
105 H. S. Lewis et R. Bernard, M anuel Rosicrucien. p. 244.
,0* R. Bernard. N ouveaux m essages du s a n a u m te l este, p. 35.
I0’ R. Bernard, ibid.. p. 36.

158

cep e n d an t

Seigneur lui-même, souverain absolu au-dessus de tout,
l’autre serait les lois établies et le processus oeuvrant sans
auc une modification ni partialité, et appliquant les idéaux de
Dieu l08...» Cela devient de plus en plus clair: d ’un côté il y a
Dieu, l’« l n co nn ai ss ab le » et, de l'autre, il y a le Cosmique.
Aut rement dit. Dieu le tout-puissant a délégué ses pouvoirs à
un genre de subalterne, responsable de l'application des lois
et... des p e i n e s ! 109 Il y a donc, q u ' o n le veuille ou non, une
dichot omie évidente entre le Dieu « ai ma nt » et le Cosmique.
Le rôle du Co smi que est bien défini p ar rapport à celui de
Dieu. Il n'y a pas d' interférence entre les fonctions de l'un et
de l’autre. Tandis que l’action de Dieu se limite â la c o m m u ­
nion et a la priere, le Cos mi que, lui, a une tâche â la fois
vaste et précisé qui est celle de «toutes les affaires ordi ­
naires» (sic) de la vie. En d'autres termes, à Dieu le secteur
spirituel et au C os mi que le secteur pratique! Si donc le rosi­
crucien recevait une «bénédict ion exceptionnelle», elle p o u r ­
rait provenir, soit de Dieu, ceci en vertu d ’une reponse à ses
prieres, soit du Cos mi que c omme une co mpens at ion a u t o m a ­
tique liée au m é r i t é 110! Des lors, le rosicrucien A.M.O.R.C.
ne desire plus q u ' u ne seule chose: être agréable au C o smi ­
que. Tous les efforts et toutes les pensées de l’h om me tendent
vers un seul et meme but, celui de son évolution personnelle.
Ainsi, le rôle du Cosmi que, véritable médi at eur entre Dieu et
l’h omme, apparaî t d ’une i mport ance capitale p our le candi ­
dat rosicrucien A.M.O.R.C.
108 H. S. Lewis, Essais d un m ystique moderne, p. 18. C'est nous qui le so u ­
lignons.
H,,> Dieu est considéré com m e le «Pere a im a n t» qui « p a r d o n n e sans
cesse» et on peut trouver aup rès de lui paix et réconfort: le C osm ique, par
contre, est charge de la « d ispe n sa tio n» des bénédictions de Dieu et plus e n ­
core de la réprim andé. H. S. Lewis n'ecrit-il pas: «S'ils (les hom mes) dés­
obéisse nt aux réglés du C o sm ique, ils s'infligent a u to m a tiq uem e nt une répri­
m andé, ou recevront un avis sous la forme d 'u n e souffrance, ou tout a utre­
ment, afin que leur attention soit atliree sur les erreurs commises.
(H. S. Lewis, ibid., p. 18.)
11(1 La doctrine de la c o m pe n sa tio n est celle du Karma. C h a q u e action,
bo n n e ou mauvaise, est enregistree dans les «archives du C osm iq u e» qui, au
m o m e n t voulu, peut a cc ord er ses «bénéd ictio ns» compensatrices ou, da n s le
cas contraire, ses retribulions. Les «archives du C osm iqu e» sont l'equivalent
rosicrucien des «archives akashiq ues» qui contiendraient le savoir universel.
Elles ne doivent etre en aucun cas c o nfon dues avec le «Livre de Vie» dont
nous parle l’a u te u r de l’Apocalypse.

159

3. Dieu est impersonnel
Le disciple rosicrucien de l'A.M.O.R.C., ou tout s imple­
ment le «chercheur», se trouve placé dés le début de son affi­
liation devant une affirmation p o u r le moins claire et précise:
Dieu est impersonnel. Ralph M. Lewis le dit en des termes
qui ne prêtent pas a ambiguïté: «Le mystique ne peut a c ce p­
ter un Dieu personnel ' " . » Les pro po s abrupts de l’Imper at or
sont confirmés implicitement p a r l'enseignement des m o n o ­
graphies. Nou s lisons en effet ces lignes qui prouvent que la
phi losophie de l’A.M.O.R.C. est bel et bien anti-chrétienne:
«Di eu est absol ument impersonnel en tout ce qu'il fait et en
tout ce qu'il a fait. Rien n ’est p o u r lui-même, mais tout est
p o u r t o u s " 2.» Si Dieu était un être personnel, il serait, t o u ­
j ours si l’on en croit la même pensee, un être égoïste! « P e n ­
sez a ce que serait le M on de si le Dieu de l’univers était pe r­
sonnel, egoïste et se rapportait tout à l u i 113.» Da ns la m o n o ­
graphie suivante, il est écrit que «le Cos mi qu e est d'origine
divine, q u ’il représente l'essence divine qui existe dans tout
l’u n i v e r s 114.» L’aspect i mpersonnel de Dieu apparaî t nette­
ment en ce sens que « C o sm iq u e» n'est q u ’une «essence d i ­
vine». et non pas une per sonne à part entiere.
Le caractere impersonnel de Dieu, t imidement an non cé
d an s les premières monographi es, apparaî t s oudai neme nt
d an s toute sa force au 8e degre s e u l e m e n t 115. Les candidats
de ce degre, eux, savent a quoi s'en tenir: « L ’un des points
peut-être sur lequel tous les rosicruciens sont universellement
d' accord, c'est q u ’il est i mp er so n ne l. (...) Dieu étant la cause
première, la premiere expression, le commen cement , ne
pourrait être en auc une façon un être p e r s o n n e l " 6...» Plus
loin, l’aut eur de cette m ono gr ap hi e explicite l'impersonnalite
de Dieu: «Di eu doit nécessairement être un pouvoir, une i n­
111 R. M. Lewis, Le sanctuaire intérieur, p. 30.
2e m ono grap hie, 2 ' degre neophyte . p. 5.
ibid.. p. 5.
IM 3e m ono grap hie, 2' degre neophyte . p. 8.
" s La pedagogie de l'A .M .O .R.C. est subtile a plus d 'u n titre: sous le c o u ­
vert (ou le pretexte) de la «M aîtrise de soi», on étudié d 'a b o rd la p hilo so­
phie (rosicrucienne, bien entendu), ensuite la m étap hysique occulte et l 'o n ­
tologie p o u r abou tir finalement a la «theologie». Difficile de croire, après
cela, que l'A.M .O .R.C. n'a « a u cu n e portee sectaire ou religieuse».
l rc m onographie. 8' degre, p. 5. C ’est n o u s qui le soulignons.

160

telligence infinie et immatérielle, de la nature vibratoire la
plus subtile et la plus pure, puisqu'il est la force premiere qui
a créé toutes les autres forces et toutes les autres énergies.
Nou s devons, p a r conséquent, percevoir et apprécier ce p o u ­
voir infini par un moyen sy mp at hi qu e et h ar mon iq ue p our la
reception et la perception de vibrations si d i f f é r e n t e s " 7.»
Ainsi, le Dieu des rosicruciens se réduit en une force, une
energie ou, plus exactement, à des vibrations; Dieu n'est pas
une personne, il n'est plus q u ' u ne «intelligence» et un « p o u ­
voir» impersonnel ; Dieu n ’agit pas directement dans le coeur
de l 'h o mm e par son esprit, mais son action consiste seule­
ment en des «éman at ion s originales de Dieu».
4. Dieu peut-il être connu ?
Le rosicrucien peut-il connaître Dieu? La réponse pourrait
être d on n ee très r apidement : elle serait franchement néga­
tive. C e p e n d a n t il ne faut pas mesestimer l’è pi s temo lo gi e118
rosicrucienne de l’A.M.O.R.C. Car les enseignements offi­
ciels de l'Ordre affirment mordicus qu'il est possible de
connaître Dieu, même si celui-ci est impersonnel! Nous li­
sons dans le même texte ces lignes pour le moins significa­
tives: « N o u s connaissons notre Dieu, notre Dieu rosicrucien,
p ar ce qu'il crée, p ar ce qu'i l fait, par Ses manifestations.
No u s pouvons percevoir Dieu par les moyens occultes, se­
crets, immatériels qu'i l nous r é v è l e " 9.» On ne peut être plus
concis: l'occultisme est bel et bien le moyen de la pretendue
connaissance de Dieu des r os icr uci ens 120.
L’e p i s t e mo l o gi e c hr é t i e n n e est l ' u n e des b r a n c h e s les plus m é c o n ­
n u e s d e la t he o l og i e : elle a u r a i t t e n d a n c e a être r a t t a c h e e a la p h i l o ­
s o ph i e , plus e x a c t e m e n t à la « p h i l o s o p h i e de la c o n n a i s s a n c e » ( p a r
c o m p l é m e n t a r i t é a la p h i l o s o p h i e d e l’a c t i on o u de la mor ale) .
Ra r e s sont les t he o l og i e n s o u les p h i l o s o p h e s ch r et i e n s qui ont
a b o r d é ce vast e d o m a i n e q u ’est l’e p i s t e m o l o g i e l;l. C e p e n d a n t , elle
1,7 ibid., p. 6.

" “ Theorie de la connaissance.
ibid., pp. 5-6. C'est nous qui le soulignons.
110 P o urquoi l'aut-il a tten dre le 8e degre p o u r savoir de telles choses? Peutetre parce que le c an d id at est alors assez imprégné de la philo sophie rosicru­
cien ne po u r accepler l'inacceptable!
121 Parmi ceux qui ont étudié la question, citons F. A. Schaeffer, Dieu ni
silencieux ni lointain. Editions Telos; C. Van Til, Theorv o f Knowledge: R. J.
Rushdo ony , etc.

161

est. sel on no us, a b s o l u m e n t i n d i s p e n s a b l e . C a r n o t r e foi est b a s e e
s u r la c o n n a i s s a n c e q u e n o u s a v o n s de D i e u et d e J es u s - Ch r i st . Elle
n' est pas u ne c o n n a i s s a n c e int el l ect uel l e - c o m m e c' est le cas d a n s
la p h i l o s o p h i e g r e c q u e o u d a n s la t e c h n i q u e s c i e n t i f i q u e m o d e r n e ,
ni m e m e u n e c o n n a i s s a n c e exi s t ent i el l e et e mp i r i q u e . En fait, si l’o n
réfléchit bien, il y a les d e u x a la fois! A la c o n n a i s s a n c e « g r e c q u e »
- o b s e r v a t i o n et s a v o i r - s ' a j o u t e la c o n n a i s s a n c e d e t y p e « h é b r a ï ­
q u e » , c ’es t -à-di re la r e n c o n t r e p e r s o n n e l l e , la p a r t i c i p at i o n . Ainsi, la
c o n n a i s s a n c e se l on la Bible, est-elle simultanément u ne m a n i f e s t a ­
ti on d e l' i ntel li gence, r e g e nè r e e p a r le S a i n t - Es p r i t , et u ne m a n i f e s ­
t a t i on existentielle. C a r n o t r e vie ter rest re, li mitee p a r le t e m p s , est
c o n s t a m m e n t p o n c t u e e p a r t o u t e s s o r t e s d ' e v e n e m e n t s c o m m e la
s o u f f r a n c e et la m a l ad i e .
F i n a l e m e n t , n o u s p o u v o n s d i r e q u e la c o n n a i s s a n c e est le r é sultat
d e la r évél ati on. Di e u , p a r le m o y e n d e l ' i n c a r n a t i o n d e Jes usChr i s t , s' est fait c o n n a î t r e a u x h o m m e s . Ainsi, celui qui c o n n a î t J é ­
sus, le S ei gne ur , c o n n a î t aussi Di eu ! Or, c’est p a r la Parol e seul e et
p a r s o n Espri t q u e l ' on p e u t c o n n a î t r e Di eu. En d e h o r s de cela, la
vrai e c o n n a i s s a n c e , celle qui sa uve , n ' ex i s t e p o u r ainsi di r e pas. En
effet, n ' o u b l i o n s p a s q u e la c o n n a i s s a n c e est p a r d é f i ni t i o n objective,
p u i s q u e b a s e e s u r u n e realite et u n e véri té si tuees e x t é r i e u r e m e n t à
n o u s - m ê m e s ; ce n' est pas u n e c o n n a i s s a n c e i ni ti ati que, c' est -a-di re
la p o s s e s s i on d e facul tés p s y c h i q u e s s u p é r i e u r e s a la rai son. L' il l u­
m i n a t i o n « m y s t i q u e » , p l u s e x a c t e m e n t occult iste, n' est p a s la
c o n n a i s s a n c e et e n c o r e m o i n s la foi (la n o t i o n d e Di e u se t r o u v e red u i t e a celle d e l ' h o m m e ) . N o u s sa i s i s s o n s d o n c la d i f f é r e n c e : la
c o n n a i s s a n c e revelee, celle de C h r i s t , s ' o p p o s e c a t é g o r i q u e m e n t a la
c o n n a i s s a n c e in i t i at i q u e qui est celle de l ' h o m m e , ou, en d ' a u t r e s
t e r me s , la foi s ' o p p o s e a l ' init iat ion. En e n c h a î n a n t , n o u s p o u v o n s
a f f i r m e r qu' il est p os s i b l e d e c o n n a î t r e Dieu d u l'ait qu’il s ’est révélé
a u x h o m m e s en J e s u s - C h r i st . L ' a p ô t r e J e a n , le di s ci pl e i nt i me de J é ­
s us, n'a-t-il pas écrit ces p a ro l e s a d m i r a b l e s : « P e r s o n n e n ’a j a m a i s
vu D i e u ; le Fils u n i q u e , qui est d a n s le sein d u Pere, est celui qui l’a
fait c o n n a î t r e » ( J e a n 1: 18).

Dieu s’est fait connaître â l’human it e dans la personne de
Jesus-Christ. Tout chretien digne de ce nom peut t emoigner
de la réalité i mmua ble que Dieu est vivant et que sa présence
en nous comme a u to ur de nous n ’est pas une utopie. Il n ’en
est pas de même p ou r les rosicruciens A.M.O.R.C. qui, d ' un e
part, prétendent connaître Dieu et, d ’autre part, soutiennent
q u ’il n ’est pas encore connu! Cette contradiction, une de
plus, est la conséquence logique d ' u n enseignement i nco hé­
rent. Pour se faire tout a tous, l'A.M.O.R.C. n'affirme, en
162

principe, rien! Ses enseignements ne sont que des proposi­
tions, et cha cun des membres est libre, du moins est-il censé
l ’étre, de les accepter ou de les refuser. Tel est le cas de la n o ­
tion du nom de Dieu. Le Dieu de la Rose-Croix A.M.O.R.C.
est-il celui de Jesus-Christ, des chretiens? Notre reponse, ou
plutôt celle de l'Ordre, sera celle d'un... Nor ma nd ! En effet,
force est de constater que l’ambiguïté est le caractere propre
de toute la «doct ri ne» rosicrucienne de l’A.M.O.R.C.: le
« Di eu » , version A.M.O.R.C., peut être conçu à toutes les
sauces! Le M anuel Rosicrucien est sur ce point très explicite:
«... l’expression «Di eu de nos coeurs» (...) désigne, p ou r c h a ­
cun, le Dieu qu'il peut concevoir, com pr e nd re ou admettre,
et, a l’extrême, p our certains membres, le «Di eu de leur
coeur» est la part d ’inconnu dans le mo nd e ou l ' u n i v er s' ” ...»
Le «Di eu de nos coeurs», pieuse mais t r ompeus e expression,
ne signifie absol ument rien de spirituel. C'est une très belle
expression passe-partout qui permet toutes les interpréta­
tions, serieuses ou fantaisistes, au grè de chacun!
Mais, et ce «mais» est de taille, le «Di eu de nos coeurs»
n ’est-il pas en réalité situé en l’h o m m e ? Le M anuel Rosicru­
cien est d ’une discrétion exemplaire sur cette brûlante ques ­
t ion; par contre, une mo no gr aph ie du 8e degre est, de loin,
parfaitement claire a propos de l’expression «Di eu de nos
coeurs»: « C ’est le seul Dieu que nous connaissons. On peut
le trouver dans les églises c o mm e dans les champs, les t em­
ples, les automobiles et les wagons, les mont agnes et les vallees, mais, pour nous, Dieu est le Dieu que nous co mpr e­
nons, le Dieu de notre amour, le Dieu que nous percevons in­
t imement, une partie de nous-memes, le Dieu qui est en
n o u s 123.» Ainsi, le seul « Di e u » que les rosicruciens connais ­
sent est celui «de leur c ompréhens ion intérieure, de leur e n­
t endement, de leur moi intérieur». Il ne s'agit pas, dans ce
cas précis, d ' u n e connaissance objective, mais d 'u ne c om pr é­
hension subjective de Dieu. Le rosicrucien ne connaît pas
Dieu, il cherche a le c omprendre, a le rendre accessible a
l 'homme.
Bien que le «Di eu de nos coeurs» se niche en chaque rosi­
crucien, il n'en demeur e pas moins que le mystere de Dieu
H. S. Lew is et R. B e r n a r d , M an u el Rosicrucien. p. 245.

123 12e m ono grap hie, 8e degre, p. 2. C'est nous qui le soulignons.

163

n'est pas pour aut ant résolu ! Nou s extrayons d ' u ne m o n o g r a ­
phie ces savoureux passages: « N o u s sommes informes (sic)
par maints passages de la Bible, que Dieu n ’est pas encore
venu, que Dieu n'est pas encore connu, et cela est vrai. Le
Dieu que nous comprenons , et dont nous avons conscience
auj ourd 'hu i, ne sera pas le Dieu de l’année prochaine, car
Dieu évolue a mesure qu'évolue la conscience de l 'h om me l24.
Notez bien: «Di eu n'est pas venu, n'est pas connu. » Deux
vérités bibliques, fondament al es, volontairement rejetées.
N o u s écrivons bien «vol ont ai rement », car il nous paraît bien
difficile de ne pas admettre que la Bible tout entiere est ce n­
trée sur la venue de Jesus-Christ, le Fils de Dieu, et sur la
connaissance de Dieu revélee a tous les hommes. Paul écri­
vait: «...Jesus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, (...)
s ’est dépouillé lui-même, en pre nan t une forme de serviteur»
(Philippiens 2: 6-7) et, par ailleurs, il ajoute: «C'est par révé­
lation que j'ai eu connaissance du mystere... Ce mystere, c'est
que les païens sont cohéritiers, forment un meme corps, et
participent â la même promesse...» (Ephésiens 3: 3 et 6).
Dieu, en Jesus-Christ, est venu sur cette terre et s ’est fait
connaît re a tous les hommes, juifs et paiens. Alors, pretendre
le contraire comme le font les rosicruciens, c'est tout si mple­
ment faux! Faux également q u a n d ils soutiennent que «Di eu
évolue». N'est-il pas écrit dans la Parole de Dieu que «Di eu
ne change pas» (Malachie 3: 6) et q u ’«il n'y a chez lui ni
c hangement ni ombre de variation» (Jacques 1: 17)?
Ainsi donc, la trans cendanc e et l’immuabilitè de Dieu
sont, p o u r la Rose-Croix, désintégrées. Selon la 2e m o n o g r a ­
phie du 10e degré, p. 5, le «véritable» nom de Dieu qui fut ré­
vélé à Moïse n ’était pas YHVH, mais « N U K - P A - N U K » ! (en
égyptien, cela signifierait: «Je suis celui qui est»...). Par ail­
leurs, il est écrit: « S ’il n'y avait q u ' u n Dieu unique p o u r tout
l'univers, et s’il était responsable des bonnes choses aussi
bien que des mauvaises, alors il devait être un Dieu facile à
cont ent er et tout aussi facile à mecontenter. Si ce Dieu eternel pouvait provoquer la destruction, la tristesse, le chagrin
et la dou leu r aussi bien que creer de belles choses et d o n n er
la vie, le soleil et le bonheur, il devait etre un Dieu qui est
parfois heureux et parfois m al heur eu x; il devait avoir ses rai­
l2J 3 e m o n o g r a p h i e . 9 e d e g r e , p. 6. C ’es l n o u s qu i le so u l i g n o n s .

164

sons p ou r etre tantôt d ’une certaine humeur, tantôt d'une
autre et des raisons p o u r ses différentes expressions de b o n ­
heur et de malheur. C ’est là certainement un raisonnement
primitif, acceptable à des pr imi ti fs 125...»
L ' A . M . O . R . C . en s e i gn e e n c o r e q u e [' Etre s u p r ê m e port erai t un
a u t r e n o m di vi n: Di e u , e n p l u s de N U K - P A - N U K , s ' ap p e l l e r a i t
R A - M A . « L ' é t r e s u p r e m e , lit-on d a n s la m ê m e m o n o g r a p h i e , avait
et a t o u j o u r s u ne v o l o n t é s u p r ê m e , un e v o l o n t é q u e n o u s a p p e l o n s
Rà. (...) Ma i s l ' Et r e s u p r ê m e p o s s é d é aussi la c o n n a i s s a n c e , la c o m ­
p r é h e n s i o n . l ' e n t e n d e m e n t et la r é cept ivi té d e la p e n s é e (...). Cett e
c o ns c i e n c e recept i ve n o u s l’a v o n s n o m m e e M A et M A dé s i gn é la
c o n c e p t i o n , la r e c e p t i o n et le d é v e l o p p e m e n t d e la force, l' el è me n t
n ou rr i c i e r et m a t e rn e l d e t o u t ce q u e p r o d u i t R à 126.» R A - M A , qui
serait un mot très a n ci e n , est c o n s i d é r é p a r les h a u t s initiés de
l ' A . M. O . R . C . c o m m e le « m o t c a c h e » ' 27. C e mot , d ' o r i gi n e é g y p ­
t i enne, e x p li q u e r a i t les d e u x n a t u r e s de Dieu. T o u j o u r s d a n s le
m ê m e texte, n o us cit ons ce p a s s a g e : « S e l o n n o t r e c o m p r é h e n s i o n
( r o s i c r u c i e nn e N. d. R. ) , l’Etre s u p r ê m e est d o n c d e u x sexes, a la fois
Pere et Mer e, Rà est l’e l e m e n t pere, M a l ' e l eme n t mer e. Par leur
u n i o n , l or squ' il s s o n t a m e n e s a un e r e l a t i on c o n s ci e n t e , la cr é a t i on
c o m m e n c e 128. Ainsi d o n c , s e l on l ' A. M. O . R. C . , D i e u serait a la fois
p er e et mere... La, a u c u n d o u t e possible, d u mo i n s p o u r n o u s : la
« c o m p r é h e n s i o n » r o s i c r u c i e n n e est d ' o r d r e subjectif. N u l l e part , en
effet, la Par ol e de D i e u a f f i r me q u e Di e u p os s éd e r a i t les d e u x sexes.
C o m m e t ous les a ut r e s c o u r a n t s my s t i q u es , la Ro s e - Cr o i x, et plus
p a r t i c u l i è r e m e n t l’A . M. O. R . C . , est i nf l u e n c e e p a r les religions
p a ï e n n e s , n o t a m m e n t l’Egy p t e, et aussi p a r la p h i l o s o p h i e gre c que .
Au D i eu - m â l e c o r r e s p o n d u n e de e s s e femell e. La Bible c o n d a m n e
e x p l i c i t e me n t u n e telle p e n s e e, Dieu n ' e t a n t ni m â l e ni femelle, mais
le D i e u c r e at e u r qui est a u - d e s s u s d e t o u t es les creat ures.

5. Dieu, un être limité?
Finalement, le Dieu de l'A.M.O.R.C. n'est plus q u 'u n etre
limite, soumis aux contraintes des lois qu'il aurait lui-meme
creèes! Le Dieu infini, omnipresent, omn ip ot ent et o mni s­
cient se trouve réduit à une espece de «di eu» au rabais. En
effet, si l'on en croit toujours l'enseignement des monograU! 4 6' m o nog raphie, 10e degre. p. 2.
I2<’ 7e m ono graph ie, 9e degre, p. 2.
I!" Ce mot serait a la hase de tous les autres mots et il devrait etre « e n ­
ferm e» d a n s le c oeur et dans l'ame!
128 ibid., p. 3.

165

phi es, Dieu, le «createur» de l'univers et des lois, serait luimême soumis aux lois! Autrement dit. Dieu, le législateur, et
les lois sont placés sur le même pied. «Les lois que Dieu a
creees ne peuvent pas être changées - elles sont i mmuables et Dieu, la Conscience divine, la Consci ence cosmique est
soumis à ces mêmes l o i s 129.» Le passage cité nous prouve
une fois de plus combien la doctrine rosicrucienne de
l'A.M.O.R.C. est erronée. C a r Dieu, le tout-puissant, le maî ­
tre des cieux et de l’univers, le cr éateur de toutes choses,
peut-il être prisonnier de ses propres lois? N'aurait-il pas la
force et les moyens de les changer, de les abroger? N ’est-il
pas le maître absolu de toutes les lois? L’A.M.O.R.C. semble
ignorer que Dieu, et Jesus-Christ, disposent librement de
t oute la création de même de toutes les creatures ainsi que de
toutes les lois. L’apôtre Paul a bo nd ai t dans le même sens
lorsqu'il écrivait ces lignes admi rables de lucidité: « C ar en
Christ ont été créées toutes choses qui sont dans les cieux et
s ur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, d o ­
minations, autorités. Tout a été cree par lui et p our lui» (Colossiens 1: 16). Christ est d o n c l’agent de la création et la
création fut le but de Christ.
Si donc, Jésus est l' aut eur de tout, il peut aussi à son gre
modifier ou même s us pendre une loi. Le sabbat, p ar e x e m­
ple, illustre parfaitement le pou voi r que Jésus a sur la créa­
tion et, par conséquent, sur les l o i s 130. Les déclarations de
Christ sont sur ce point fort explicites: «Le sabbat a été fait
p o u r l 'homme, et non l’h o m m e p ou r le sabbat, de sorte que
le Fils de l 'homme est maître m êm e du sabbat» (Ma rc 2:
27-28). Le sabbat est une loi de Dieu (c’est le quat ri ème c o m ­
m a n d e m e n t du decalogue), il était fixe au dernier j o u r de la
s emai ne; cependant , les premiers chretiens opteront p o u r le
premi er j o u r de la semaine, j o u r de la résurrection du Sei­
gneur, c omme j o u r du repos. Les Ecritures nous montrent le
1:0 36 “ m o n o g r a p h i e . 9 e d e g r e . p. 6. Les m o t s « D i e u » , « C o n s c i e n c e d i ­
v i n e » et « C o n s c i e n c e c o s m i q u e » s o n t , d u p o i n t d e v ue d e l 'A .M .O . R .C . , sy ­
n o n y m e s . C e s t ern ies d é s i g n e n t la « c o n s c i e n c e qu i p é n é t r é to u t l 'e s p a c e et,
p a r c o n s é q u e n t , t o u t e s c h o s e s et qu i p o s s é d é la v italité, le p o u v o i r c o n s t r u c ­
tif et l'i n t e l l i g e n c e u n i v e r s e l l e » ( M anuel Rosicrucien. p. 243).
uo N o u s é c r i v o n s b ien «les lois» et n o n p a s « l a loi». C a r n o u s c r o y o n s
q u e la loi d e D i e u - la loi m o r a l e - q u i est u n e loi d ' a m o u r , est e t e r n e l l e t a n ­
d is q u e les lois te r re s tre s s e r o n t a b o l i e s l o r s q u e le C h r i s t é t a b l i r a le R o y a u m e
e t e r n e l d e Dieu.

166

chemi nement suivi par les disciples durant cette periode de
transition: du samedi (Actes 13: 14; 16: 13; 17: 2; 18: 4) au
d imanche (Actes 20: 7; 1 Corinthiens 16: 2; Apocalypse 1:
10). Nous pourrions citer bien d'autres exemples ou Dieu a
s us pendu p ou r un temps, et même p ou r toujours, une loi. Les
miracles ne sont-ils pas des preuves que Dieu est bien le maî­
tre des elements de la nat ure? C o m me n t expliquer logique­
ment la traversée de la mer Rouge ou du J ou rd a in ? la t em ­
pête apaisee? la multiplication des pains? Un autre cas, plus
frappant, nous est rapport e par Josuè: le soleil - et la lune arrêtèrent leur course p our que le j o u r se prolongeât et que
les ennemis de Josue fussent battus. Quelle que soit l’interpretation que l'on d o n n e a ce passage (Josue 10: 12-15), il
semble evident qu'il se soit passé ce jour-la un p heno men e
surnaturel, inexplicable, qui eut p our conséquence premiere
la prolongation d ' u n e j ournee. Mais tout compt e fait,
n'avons-nous pas là une illustration du pouvoir illimité de
Dieu?
Bien que l'A.M.O.R.C. affirme que, si les lois ne changent
pas, les manifestations de ces lois, elles, changent selon les
c irc o ns ta n ce s131, le fond du probl ème reste le même, a savoir
que Dieu est, p our le disciple rosicrucien A.M.O.R.C., un
être limite. Une autre preuve nous est appor tée par une autre
mo nographi e qui affirme ni plus ni moins que « l 'h o mm e ré­
créé Dieu dans sa c o n s c i e n c e » 132! Le Dieu infini se trouve
ainsi réduit a l'échelle de la conscience humaine. Pour être
plus précis, le même texte d ém ont ré implicitement que Dieu
n ’est pas une personne inhérente a l 'homme, mais qu'il est a
la fois empirique et impersonnel. N ’est-il pas écrit que «Dieu
est une exp éri ence»? Aut rement dit, l 'ho mme par le moyen
d ’une expérience psychique ou occulte, aurait la prétention
de recreer Dieu en lui! L'A.M.O.R.C., c'est le moins qu'on
puisse dire, renverse les rôles. Dieu en l 'homme ou l'hommedieu. Cette proposition, si aberrante soit-elle, se trouvera
confirmée lorsque nous traiterons la psychologie rosicrucienne de l'A.M.O.R.C. En attendant, constatons que la
«theologie» rosicrucienne ne vise q u ' u n seul but: celui de ra­
baisser la gr an deur de Dieu, mais aussi glorifier celle de
1,1 ibid.. p p. 1-2.
i3- 2 4 ' m o n o g r a p h i e , 9e ilegre, p. 6.

167

l 'homme. Il nous apparaî t très difficile, après cela, de croire
q ue l'on peut être à la fois rosicrucien et chrétien...
Un Christ défiguré
H.
Spencer Lewis est l' aut eur d ’un livre scandaleux sur la
vie du Christ intitule La Vie m ystique de Jésus. Cet ouvrage,
paru en 1929, avait declenché en son t emps un tollé, bien
c ompréhensi bl e d ’ailleurs, da ns les milieux chretiens, c a t ho ­
liques en particulier. Le f ond at eur de l’A.M.O.R.C. avait, en
effet, proposé une autre version de la vie de Jésus, tellement
déf ormee et absurde, que celui-ci s’etait attire de violents re­
proches, même de la part des membres pourt ant fidèles a
l’Ordre.
Pour H. Spencer Lewis, la vie de Jésus telle que les Ev an ­
giles la relatent, est sujette a caution. Il croit, en effet, que la
Bible n ’est pas la vérité car celle-ci est voilee ou erronee.
Seules les «archives» rosicruciennes entreposées à San José
ou ailleurs seraient dignes de foi. Il écrit à ce sujet: «Apres
des années d' etudes et de recherches appr ofondi es, allant
j u s q u ’à visiter moi -même les sanctuaires et les lieux mysti­
ques d ' Eu r op e, de Palestine et d ’Egypte, je ne suis pas encore
en mesure de dire si les Pères de l'Eglise ont eu tort ou raison
d ’autoriser la publication d ’une vie de Jésus incomplète, en
partie erronée et cons idér abl ement voilee, telle qu'elle nous
est d on n ée dans la Bible c h r é t i e n n e 133.»
L'autorite de la Bible mise de côté, une autre source d ' in s ­
piration va s’imposer. C ’est ce q u ’affirme H. S. Lewis en des
termes qui ne peuvent être plus clairs: «Les archives rosicru­
ciennes, réparties en divers pays, possèdent les document s
des Esséniens, des Nazareens et des Nazarites aussi bien que
les document s, au grand complet, de la G r a n d e Fraternité
Blanche au Tibet, aux Indes et en Egypte, et elles ont t o u ­
jours été des sources de savoir p o u r le chercheur sincere qui
veut penétrer l'histoire de tous les Avatars et tout particuliè­
rement l'histoire de Jésus. C ’est à cette source digne de foi
que l 'auteur a puisé les faits c ont enus dans ce l i vr e134...»
Ainsi donc, des «d oc um en t s» a poc ryphes ont plus de va­
leur que la Bible, parole inspiree de Dieu. N'est-ce pas le
133 H. S. Lewis, La Vie m ystique de Jésus, p. I 1. C 'e s t n o u s qu i le s o u l i ­
gnons.
IM H. S. Lew is, ibid., p. 14. C e s l n o u s qu i le so u l i g n o n s .

168

signe caractéristique des mouvement s religieux sectaires ?
Kurt Hutten, dans un re ma rquabl e petit ouvrage, écrivait
non sans raison : «Il faut en conclure q u ’à chaque fois
q u ' u n e secte élève de sa pr op re autorité un livre a la dignité
scripturaire, elle fait violence à la parole de Dieu. (...) Dieu
n'a plus le droit de parler désormais c omme il a parle dans
l'Ecriture, mais il doit parler de la manière que la secte juge
correcte. La parole de Dieu est assujettie dans sa majeste,
elle est mise au pas et domestiquee. Encore une fois nous
constatons co mmen t la Gloria sectae t ri omphe de la Gloria
D e i'li.»
I. Jésus: un A vatar!
L' auteur de La Vie m ystique de Jésus affirme se baser sur
des «d oc um en t s esseniens, tibétains, egyptiens et hindous,
mais aussi des Peres de l'Eglise, des juifs et des païens! Le
but de la d émar ch é du fo n da te u r de l'A.M.O.R.C. est de
mon trer que Jésus était un «Rose-Croi x», le plus grand des
initiés et que son origine n'etait pas divine, ni même juive,
mais aryenne! Nous lisons ces lignes p o u r le moins a be r ­
rantes: «Jésus est nè de parents gentils; le sang aryen coulait
dans leurs veines tandis que leur coeur et leur esprit etaient
pénétrés par l'enseignement de la Fraternité Essènienne; de
plus, ils avaient reçu le privilège des enseignements secrets
de la G ra n d e Fraternité Blanche. Telle est la vérité simple et
précisé (sic) qui découlé de toutes les archives rosicruc i e n n e s l36.»
H. Spencer Lewis poursuit son oeuvre de démolition et, au
chapitre suivant, il écrit que «Jésus ne fut pas le premier
G r a n d Maître, Avatar ou Fils de Dieu a «naître d' une
vierge» u \ Jésus, à l'instar de Krishna, de Bouddha, d ’Horus,
de Zoroastre, de Platon, etc., serait un «Avatar».

1)5 K. H u t t e n , Le m onde spirituel des sectaires, p p . 85-86. D e l a c h a u x et
N ie s tle , 1965.
IJ* H. S. Lew is, La Vie m ystique de Jésus, p. 41. U n e fois d e plus, le p r e ­
m i e r I m p e r a t o r d e l 'A . M .O . R .C . fait é ta t d ’« a r c h i v e s r o s i c r u c i e n n e s » et. d e
n o u v e a u , n o u s n o u s p o s o n s la q u e s t i o n d e s a v o i r si ces « a r c h i v e s » so n t a la
d i s p o s i t i o n d e s c h e r c h e u r s et d u g r a n d pub lic.
IJ; H. S. Lew is, ibid., p. 56.

169

Le m o t « A v a t a r » . Avataru en sa n s k r i t , si gnifi e l i t t é r a l eme n t « d e s ­
ce nt e ». C ' e s t u n t e r m e s p é c i f i q u e a l ' H i n d o u i s m e et il s ’a p p l i q u e e s ­
s e n t ie l l e m e nt a u x n e u f i n c a r n a t i o n s d u D i e u Vi sh n u telles q ue n o u s
les r e t r o uv on s d a n s les livres b r a h m a n i q u e s d e s Purana. A u t r e m e n t
dit, le mo t « A v a t a r » p e u t s ' e m p l o y e r à p r o p o s d ’un e i n c a r n a t i o n ou r e i n c ar n a t i o n - d ’un Di e u , d ’u n « M a î t r e » né d ’u n e f e m m e s e u l e ­
m e n t ou e n c o r e ne « s a n s p a r e n t s » !

H. Spencer Lewis accepte et croit â la conception virginale
de Jésus parce q u ’il admet également que tous les Avatars
précédents l’auraient été aussi. H. Spencer Lewis le dit en des
termes qui ne prêtent pas à équi voque: «Aussi les Rosicru­
ciens et les mystiques ayant atteint un haut degré d ’évolution
spirituelle acceptent volontiers et en toute connaissance de
cause l 'immaculée conception de Jésus; ils n ’y voient auc une
violation des lois naturelles ou spirituelles... (...) Il n ’y a
q u ’un seul point sur lequel les Rosicruciens et les mystiques
ori ent aux ne peuvent accepter les idées professées par les fideles classiques (sic) de l’église chrétienne et c’est le caractere
uni que de la conception et de la naissance du maître Jésus.
Les doctrines chrétiennes enseignent que Jésus a été le seul
Fils engendre de Dieu et le seul exempl e où le verbe s’est fait
chair et où Dieu a envoyé sur terre un Fils divin po u r ra che­
ter le monde. Les Rosicruciens c om pr e nne nt que Jésus ne fut
pas le premier ni le seul, mais le dernier et le plus grand de
tous les Messagers Divins conçus de cette manière et nés sur
terre l38.»

Les affirmations de H. S. Lewis sont en totale co nt ra di c­
tion avec les enseignements de la Bible. Nulle part, en effet,
Jésus, le Fils de Dieu, n'est décrit c omme étant le dernier
Avatar. Par contre, les récits néo-testamentaires qui montrent
que Jésus est bien le Fils unique de Dieu sont a la fois n o m ­
breux et explicites. Les paroles mêmes du Christ en sont la
meilleure preuve; a la question du sanhédri n «Tu es d o nc le
Fils de Dieu», Jésus leur r é pon d sans l 'ombre d' un dout e:
«Vous dites bien. Je le suis» (Luc 22: 70). Pierre lui-même
confesse la divinité de Christ: «Tu es le Christ, le Fils du
Dieu vivant» (Matthieu 16: 16). Après la mort de Jésus, le
centurion, lui aussi, reconnaît son caractere unique: «Vrai­
ment, cet ho mme était le Fils de Dieu» (Ma rc 15: 39). L’a p ô ­
IJ8 H. S. Lew is, ihid., p p . 68-69.
170

tre Jean écrit a ce propos: « C a r Dieu a tant aime le monde
qu'il a d o n n e son Fils unique...» (Jean 3: 16). Les démons, les
adversaires de Dieu, sont eux-mémes obligés d 'admett re que
Christ n'est pas un simple «envoyé divin»: «Je sais qui tu es:
le Saint de Di eu» (Ma rc 1: 24) et par ailleurs: «Jésus, Fils du
T rè s-Haut » (Ma rc 5: 7). Ainsi, c omme nous pouvons le
constater, la Parole de Dieu nous présente Jesus-Christ
c om me le Fils unique de Dieu, et non c omme un avatar.
2. Une m aternité essenienne
H.
Spencer Lewis va encore plus loin dans ses extrava­
gances. Joseph aurait ete «un membre fidele et pur» de la
«Frat ernit é essenienne». D'apres H. S. Lewis, Joseph était
veuf et il était, au m om en t ou il rencontra Marie, le pere de
deux fils! Marie de son côté était aussi, si l'on en croit le fon­
d at eur de l'A.M.O.R.C., membre de cette fameuse «Frat er­
nité» et, en plus, la «vierge consacree à Hèlios», plus exacte­
ment la « C o l o mb e d' He lios » ou « C o l o mb e du temple».
C"est vers l'âge de treize ans qu'elle aurait rencontre ce
«veuf» qui était, parait-il, b e a u co up plus âgé qu'elle.
Les récits de la Nativité sont d ' u n e grande sobriété quant
au lieu de naissance de Jésus: une crèche a Bethlehem (Luc
2: 4-7). Les chrétiens de tous les siecles, en parfait accord
avec les Saintes Ecritures, ont accepte ce fait. C ependa nt , H.
Spencer Lewis en do nn e une autre version. Pour lui, Jésus ne
serait pas ne dans une creche, mais dans une grotte essènienne transformée en maternité! « De s h ommes comme
Eusebe, Tertullien ou Jerome, écrit H. S. Lewis, auraient dit
que le Christ serait ne dans une grotte.» Nous lisons dans La
Vie mystique: «C'est dans une grotte essenienne proche de
Bethlehem que Joseph et Marie s'arrêtèrent p ou r la nais­
s ance de l'enfant (...). Certaines de ces grottes etaient a m é n a ­
gées en hospices ou l'on prenait soin des malades, des blesses
et des indigents, c o mm e dans les hôpi taux d' auj ou rd' hui , et
les Essèniens d'alors, c omme les Juifs d ’auj ourd' hui, avaient
le plus grand souci d'alléger les souffrances de leurs femmes
au mo ment de l'accouchement. On pourrait presque dire que
certains de ces hospices primitifs etaient les prototypes de
nos maternités a c t ue l l e s139...»
H. S. Lewis, ihid., p. 84.

171

3. Un grand voyageur nom m e Joseph
Les Evangiles n 'accordent pas b e a u co u p d ’import ance à
l’enfance de Jésus. L’illustre I mper at or de l’A.M.O.R.C. se­
rait en mesure, lui, de nous d o n n e r des précisions s u p p l é­
mentaires! Selon cette nouvelle version qui nous est p r o p o ­
sée, Jésus fut dès l'âge de 6 ans confié à l’école du Carmel
«où il reçut son instruction et sa préparati on en tant que Fils
de Dieu et Avatar» M0! Jésus aurait été un «elève d o u é» et
sans d out e «except ionnel lement brillant»! Mais ce n'est pas
tout: selon H. Spencer Lewis, il semblerait que «Jésus ne fut
pas inscrit à l’ecole sous le nom de Jésus, mais sous celui de
J os ep h» 141 ! Plus loin, nous lisons ces propo s absurdes: «Le
registre d ’inscription t émoi gnant de son entree à l'école du
Carmel montre q u ’il fut inscrit sous le nom de Joseph, fils de
Marie et de Joseph, et reincarnation de Zoroastre, «Fils de
Di eu» M2! Nous nous t rouvons là devant une prodigieuse fal­
sification de l'histoire: ces fa me ux «d ocumen ts », «archives»,
«registres», n ’ont j amai s existé, sinon dans l’imagination de
H. Spencer Lewis. Cons tat ons tout si mplement, avec une tris­
tesse infinie, que le Christ de l’A.M.O.R.C. n ’est plus q u ’un
Christ défiguré.
Jésus alias «J os ep h» fut reçu à la prêtrise à l’âge de 13 ans.
A partir de là, et toujours selon les fabulations de H. S. Le­
wis, Jésus-Joseph entreprit des études sur les religions
païennes. A cet effet, il entreprit un long voyage aux... Indes
p o u r s'initier au Bouddhisme! Puis, après un séjour de p l u ­
sieurs années à Benares et au « M o n as t er e de Jaga nnat hi », il
se rendit a Lhassa au Tibet, en Perse, en Chaldèe, a Babylone, en Grèce, à Alexandrie et enfin à Heliopolis! Le jeune
« J o se ph » était vraiment un grand voyageur...
4. Jésus, G rand-M aître!
La suite de l'histoire de ce pseudo-Jesus est tout aussi effa­
rante que le début! Lors de son s éj our egyptien à Héliopolis,
«J o se ph » se livra d ’abor d a la méditation et a la prière. Puis,
il passa les «trois initiations mi neures» qui avaient pour but
de déceler en lui les qualités de sincérité, de justice et de foi.
1411 H. S. Lew is, ihid.. p. 109.
Ul H. S. Lew is, ibid.. p. I 10.
142 H. S. Lewis, ihid.. p. 112.

172

«Ayant passe ces épreuves et subi d ’autres examens devant le
conclave des grands-prêtres, Joseph fut finalement honore
du titre de^Maître et admis au cercle s upreme en qualité de
Maître de la G r a n d e Fraternité B l a n c h e 143.»
En vertu de ces initiations, « J os ep h» était parmi les plus
instruits des grands-prêtres et, naturellement, tous les privi­
lèges dus à son rang lui ont ete accordes. C ep en da nt , et t o u ­
j ours selon H. Spencer Lewis, le degre d ’initiation de « J o­
s eph» n ’avait pas encore atteint sa plenitude. C'est la raison
p o u r laquelle il subit une ultime initiation dans la grande py­
ra mi de de Cheops. Cette cèremonie, qui se serait deroulèe
dans une grande salle secrete, devait permettre à «Joseph-Jesus» de devenir le Christ! La première cèremonie se déroula
à mi nuit devant la cour intérieure du Sphinx. Apres cela,
«J os ep h» , revêtu de pourpre, fut conduit dans les couloirs
souterrains de la grande pyramide. Une autre ceremonie eut
lieu. Enfin, la « gra nde cèremonie» p rop re me nt dite d'elèvation au plus haut sommet de l’initiation débuta. La, nous
laissons la parole a H. Spencer Lewis: « D u r a n t ces ceremonies, J oseph gravit les divers plans inclinés condui sant aux
différents niveaux a l'interieur de la pyrami de; a chaque ni­
veau se trouvait une petite chambre. Après qu'il eut atteint la
cha mb re d'initiation la plus haute (...), la cérémonie finale se
déroula, durant laquelle le di ad eme royal fut pose sur son
front (...). Puis une cèremonie pontificale (sic) se déroula
p en d an t une heure (...) au cours de laquelle Joseph s’age­
nouilla devant l'autel. Une grande lumiere i no nd a la chambre.(...) Une col ombe bl anche descendit dans la lumière et se
posa sur la tete de Joseph tandis que le Hi er ophant e se levait.
(...) Une mince silhouette apparaî t derriere le Hi er ophant e tel
un etre angélique, et o r d o n n a a Joseph de se lever en disant:
«Voici Jésus, le Christ d e b o u t ! 144.» A l’issue de cette «cere­
moni e», dans une salle inférieure de la pyramide eut lieu un
«festin symbolique», c’est-à-dire la sainte cene!
5. La mission m ystique du Christ
Apres cela, «J oseph-Jésus» retourna (enfin) en Israël.
Auparavant , «un certain Jean, membre de la fraternité essèl4J H. S. Lewis, ibid., p. 142.
144 H. S. Lewis, ibid., pp. 147-148.

173

nienne de Palestine» l'avait précédé. Le «grand oeuvre de
Christ» commença. Il reçut à cet effet le bap tême de J ean et,
p a r là, l'«esprit de Dieu». Son «ministere public» aurait ete
jalonne par «quat re phases traditionnelles de l 'i n it ia ti o n» 145:
«La première, écrit H. Spencer Lewis, fut celle de la p ré p a r a ­
tion, do mi nee par le s ermon sur la mo nt agne; la seconde,
celle de la purification, representèe par les guérisons mi ra c u­
leuses et les manifestations de la théra peut iq ue mystique
chrét ienne; la troisième, l'illumination qui se manifesta par
la résurrection de Lazare: et la quat ri ème phase fut celle de
la vision spirituelle, qui se réalisa par la t r a n sf ig u ra ti o n146.»
6. La mort et la résurrection de Jésus escam otées
Le f onda te ur de l’A.M.O.R.C. poursuit sa narration sur
son «Joseph-Jesus». Pour lui, la mort de Christ sur la Croix
est un subterfuge. Les Romains l’auraient c on d a mn e a la cru­
cifixion, non p our des motifs religieux, mais pour des raisons
politiques. Selon H. Spencer Lewis, «Jésus prêchait un socia­
lisme sacré (sic) et l’impérialisme t yranni que exerce par
Rome ne pouvait absol ument pas s' accorder avec de tels e n ­
seignements. La seule faute que l'on puisse attribuer a Jésus
p e nd a nt toute sa carrière était une faute d 'or dre politique, se­
lon l'optique des R o m a i n s » 147.
Jésus fut d onc crucifié, mais, selon H. Spencer Lewis, il ne
m our ut pas sur la croix! Bien que les évangiles affirment clai­
rement que Jésus s ucc omba sur la croix, qu'il y rendit le de r­
nier soupir et que son esprit fut remis à son Père, le f o n d a ­
t eur de l’A.M.O.R.C. pretend, à l’aide de ses «archives», que
la vie habitait encore en lui lorsque son corps fut dét aché du
poteau. Lorsqu'il p r ono nç a ces fameuses paroles: « M o n
Dieu, mon Dieu, po urquoi m ’as-tu a b a n d o n n e ? » , il aurait
voulu dire: « M o n temple d'Helios, mes freres d'Hèlios, p o u r ­
quoi m'avez-vous a ba n d o n n e ?» . Et ce fut a ce moment précis
que l’esprit de Jésus retourna au pr ès du Pere. Autrement dit,
et selon H. S. Lewis, «Jésus pénétra dans le stade de la t r a n ­
sition du Maître Divin, il devenait Maître H u m a i n » 148.
«Tous les mystiques, écrit H. S. Lewis, com pr e nd ro n t que
,4S Les « p h a s e s
14'' H. S. Lewis,
’4’ H. S. Lewis,
148 H. S. Lewis,

174

d 'i n i t i a t i o n » a u r a i e n t e t e d e l m i e s p a r P y th a g o r e !
ibid., p. 170.
ibid., p. 179.
ibid., p. 187.

les allusions a la restitution de l’Esprit Saint ne peuvent si­
gnifier l’a b a n d o n de la vie, de la vitalité ou de la conscience
vitale (...). Pouvons-nous, alors, prétendre que, lorsque Jésus
fut baptisé et que le Saint-Esprit descendit sur Lui, c'était la
vie, la vitalité et la conscience et le c om men cement de Son
existence en tant qu'être vivant? (...) Sur la croix, point cul­
mi nant de sa brève mission, et fin de Son existence officielle
de Christ, c'est le processus inverse qui eut lieu: l’Esprit
Saint et la qualité de Christ se retiraient et retournaient dans
l'esprit et la conscience de D i e u l4\ » Il s ’agit là, et nous pe ­
sons nos mots, d ' u n e hérésie m onu men tal e: la Croix ne signi­
fierait pas que Christ est mort p our les péchés de tous les
hommes , mais le retour de l'esprit de Jésus vers la conscience
cosmique!
Ainsi, selon H. S. Lewis, Jésus en «r endant l’esprit» confir­
mait implicitement que sa mission terrestre était terminee.
Mais, c oup de théâtre, l 'Em pe re u r Tibère or do n ne à Pilate
que Jésus soit décroché de la croix! Selon H. S. Lewis, le
« do cu me nt de Tibere» or donna it a Pilate d ' a n n u l e r le m a n ­
dat d'arrêt et de suspendre la proc édure (sic) j us qu' a ce
q u ' u n e enquête minutieuse ait ete condui te par Cyrenius.
Dans l'intervalle, Jésus devait être mis en liberte provisoire
en at tendant le résultat de l ' e n q u ê t e 150.» Un orage providen­
tiel, parait-il très violent, éclata sur Jerusalem! Une fois
l’orage passé, les disciples descendirent Jésus de la croix et
constatèrent q u ’il n'était pas mort. Il aurait ete soigne par des
médecins essèniens et, peu à peu, reprit complètement
conscience! La mort de Jésus sur la croix est d on c niee par le
f on da te ur de l'A.M.O.R.C. Naturel lement la résurrection
l’est tout autant. C o m me n t peut-on arriver a un tel résultat?
A l’instar de toutes les sectes, H. S. Lewis démolit purement
et simplement l’autorite de l'Ecriture Sainte de même q u ’il
s ’at taque vigoureusement aux Confessions de foi chré­
tiennes, en l 'occurrence ici au Sym bole des Apôtres; en
contrepartie, les «archives» rosicruciennes - qui repetons-le
n'ont j amai s existe - sont les seuls document s sérieux qui me­
n ten t d'être cites...
La Bible contredit de façon absolue les propos aberrants
145 H. S. Lew is, ibid.. p. 186.
I5n H. S. Lew is, ibid., p. 187.

175

de H. Spencer Lewis. Mais, p o u r une fois, nous laissons la
reponse à un h om me qui l or squ ’il écrivit ces lignes était un
a de pt e de la Rose-Croix A.M.O.R.C.: «Cette version de
l’existence christique 151 est, bien évi demment , contraire aux
Evangiles. Elle nie la mort du Christ et. par voie de c on sé­
q uence, sa résurrection. Si le Christ meurt c omme tout le
mo n de , sans ressusciter, l'espoir du mo n de s'ecroule. La foi
devient vaine. C'est ce que nous confirme saint Paul. Sans la
résurrection de Jésus, le Chri st ianisme cesse d ’étre une reli­
gion divine, p ou r devenir une gigantesque escroquerie!^2»
7. Un vieillard nom m e Jésus!
Les paroles de Roger Façon - auj ourd 'hu i retiré de
l'A.M.O.R.C. - confirment, si le besoin est, que l’interpréta­
tion de Fi. Spencer Lewis n'est q u ' u n outrage a la foi chr é­
tienne. Cette «interprétation marginale» fait de Jésus un
h o m m e c omme un autre. En effet, prenons le cas de l'épisode
de l'Ascension qui serait, si l’on en croit H. Spencer Lewis,
un «evenement de nature pu re me nt mystique et psychi­
q u e» IS3. Jésus ne serait pas m ont e au ciel, mais il aurait mene
par la suite une vie tranquille et paisible! «Les document s
anciens de la G r a n d e Fraternité Blanche, lit-on dans La Vie
M ystique, établissent avec certitude que Jésus vécut de l on­
gues annees après s’étre retire au monast ère du Carmel. Il eut
des reunions intimes avec les apôt res et se consacra, dans la
prière et la méditation, a l’él aborat ion de la doctrine et des
enseignements que les apôtres allaient d o n ne r au mo nd e l5‘).»
Un peu plus loin, il écrit ces lignes assez curieuses: « N o u s
d éc ouvrons q u ’une dizaine de jours après que Jésus se fut re­
tire de la vie publique, ses apôt res se reunirent à Jerusalem
afin d'établir la première reunion du mouvement qui devait
être organisé et conn u sous le nom d ’Eglise du C h r i s t 155.»
Cette «Eglise du Christ» ne conn ut q u ’une existence éphemere, du moins sous ce nom. « U n an plus tard, lit-on encore,
151 N o u s r e s p e c t o n s la t e r m i n o l o g i e d e l ' a u t e u r b ien q u 'e l l e ne so it p a s b i ­
blique.
R. F a ç o n . Le grand secret des «R ose-C roix», p. 243.
153 En d 'a u t r e s t e r m e s , J é s u s ne se ra i t p a s m o n t e a u ciel d a n s so n c o r p s
sp iritu el.
154 H. S. Lew is, ibid.. p. 205.
155 H. S. Lewis, ibid.. p. 206.

176

le mou vement de l’Eglise Christique avait pris une telle exten­
sion qu'il fallut l’organiser sur des bases elargies de façon
qu'elle c ompr en ne un cercle intérieur, destiné exclusivement a
préserver les enseignements du Christ.(...) C ’est a cette epoque q u ’on ad o pt a la croix c omme symbole du christianisme,
mais aussi etrange que cela puisse paraître, elle ne portait pas
le corps d 'u n crucifie mais une r a s f 156.»
8. Excursus: la rose et la croix
Ainsi, selon H. Spencer Lewis, la rose au milieu de la croix
remonterait a l'ere du Christ! Ce «symbole alchimique», l'as­
sociation de la rose et de la croix, est une création nettement
post-apostolique. Pour notre part nous la situons au Moyen
Age. Jean-Pierre Bayard admet, en effet, que l 'epoque rnédievale, et n ot amment le X I I e siecle, est le point de départ de la
Rose-Croix. Le Rom an de la Rose de Jean de Meung et de
Gu il l au me de Lovis, de même que l’oeuvre de Dante évo­
quent cette «rose mystique». Mais, jusque-la, rien ne laisse
presager le futur mouvement Rose-Croix. Certes, la rose,
cette jolie fleur, est l'objet d ’une vive admi rati on de la part
des alchimistes qui voyaient en elle le symbole de la vie a
l’état pur. Mais, faut-il le souligner, seule la rose était prise
en considération et non pas l'assemblage de la rose et de la
croix.
L’association de la rose et de la croix (fig. I ) a do nn e lieu a
de multiples interprétations. Robert Fludd, le rénovateur du
rosicrucianisme, a été le premier, semble-t-il, à d o n n er une
interprétation symbolique de la rose-croix. C'est ce que nous
rappelle l’erudit rosicrucien A.M.O.R.C. Serge Hutin:
« F l u d d d on n e de ce symbole al chimique une explication en
termes chretiens: La croix est le symbole de Jesus-Christ, et
représente la Fraternité R + C en tant que dépositaire de la
pure sagesse mystique du sauveur. Elle est de coul eur rouge,
car elle a été eclaboussee par le sang mystique et divin du
Christ, qui lave de tous les péchés. Une rose de la couleur du
sang est placee au centre de la croix p ou r indiquer l'accom­
plissement du G r a n d Oeuvre alchimique: la purification de t ou­
te souillure, l’achevement et la perfection du magistere l5r.»
IS" H. S. Lew is, ibid.. p. 207.
,5T S. H u t i n , Robert Fludd, A lchim iste et philosophe rosicrucien, p. 95. O m ­
n i u m L ittéraire, Paris, 1971.

177

I

'

Qui

donc

Roses
Les

a

a m arie
la

M y s te r e s

J

Croiæ

les
1

GOETHE

fig.I

Cette explication est confirmée pa r P. Riffard, l’a ut eur du
Dictionnaire de ïesoterism e. Cette façon de voir n'est pas ce­
p en d a n t pl einement partagée p ar l'A.M.O.R.C. Nous lisons,
en effet, dans le M anuel Rosicrucien ces prop os p ou r le moins
clairs: «Apres avoir rappelé que l'enseignement du premier
degré précisait que la croix et la mort sont représentees par
les ténèbres, tandis qu e la vie l'est p ar la lumiere, c’est-à-dire
l'«aspiration par la rose» (...). No u s voyons ainsi que l'aspi­
ration - le désir de servir, d' accomp li r et de parvenir, finale­
ment, à la maîtrise, est possible grâce au kar ma (la croix) que
nous devons su pp ort er et à l'évolution (la rose) qu'il nous
permet
d ’a t t e i n d r e 158.»
Ainsi,
selon
la
Rose-Croix
A.M.O.R.C., «la rose represente le secret de l'évolution, t a n ­
dis que la croix symbolise les difficultés, les peines de la vie
et le kar ma que nous devons subir au cours de notre exis­
tence terrestre» ,5g.
Si le Lectorium Rosicrucianum est particulièrement discret
sur son interprétation, Max Heindel, par contre, ne s'est pas
privé de d o n n e r son avis: «Pris dans son intégralité, écrit-il,
le merveilleux symbole de la Rose-Croix contient la clef de
l'évolution passée de l 'homme, de sa présente constitution,
de son futur d éveloppement et aussi la met hode pour at tein­
dre ce b u t l60.» L'esprit inventif de Max Heindel l'a condui t à
une exposition dêtailiée de l’évolution de la croix, puis de la
158 H. S. Lew is et R. B e r n a r d , M anuel Rosicrucien. p. 72.
H. S. Lew is et R. B e r n a r d , ibid., p. 72.
l0° M. H e i n d e l , Cosm ogonie des Rose-Croix, p. 524.

178

rose. Selon lui, dans les t emps recules de I'humanite, la croix
se dressait seule sans la rose; puis peu a peu, la rose se plaça
au centre de la croix. Actuellement, la rose qui serait le
«symbole de l'organe generat eur» se positionnerait, si l'on en
croit Heindel, au l a r y n x 161. Ainsi l’interpretation heindelienne se différencie nettement des autres courants esoteriques: p o u r lui, la rose est par excellence l'élément r epr odu c­
teur de l 'h omme qui, lui, est identifié a la croix! Nous
sommes bien loin de la croix de Christ!
Tandi s que le «cercle intérieur», aut rement dit 1"«eglise
christique» des inities, se constitua en une «organisation mi­
litante», Jésus - ou plutôt le grand maître Jésus - se serait
eteint paisiblement au monastère du Carmel! «Son corps, ose
ecrire H. Spencer Lewis, serait demeur é dans une t ombe du
mont Carmel, mais il fut finalement transfère dans une sépul ­
ture secrète, gardee et protègee par les membres de la frater­
n i t é " 12.» Ainsi se termina la vie de Jésus, version H. Spencer
Lewis...
9. Les doctrines secrètes de Jésus
C ’est le titre d 'u n second livre consacré a «Jesus-Joseph»
de H. Spencer Lewis et dont la t raduction française a paru
p o u r la première fois en 1960. Da ns cet ouvrage, de même
veine que le précèdent, l’a ut eur tente de fournir la preuve
que Jésus aurait enseigné des doctrines sécrétés.
En fait de «doctrines sécrétés», H. Spencer Lewis n ’e n ­
seigne â vrai dire rien de nouveau! Seuls les deux points sur
lesquels il s’attarde quelque peu, l'immortalité de l’àme et le
péché originel, font l'objet d ' un e analyse un peu plus détail­
lée. Encore s’attache-t-il plus à critiquer les doctrines chré­
tiennes q u ’a expliciter son point de vue. Les deux aspects
doctrinaux, surtout celui de la reincarnation et du karma, ont
été suffisamment développes plus haut pour que nous n ’y re­
venions pas.
Pour etre juste, il semblerait que H. Spencer Lewis ait écrit
ce livre p our des raisons plus commerciales que phi losophi ­
ques. C ar ce livre de 159 pages, vendu assez cher - comme
tous les autres d'ailleurs -, est d' un niveau particulièrement
161 M. H e i n d e l p e n s e q u e c 'e s t le l aryn x qui, d i r ig e p a r le c e r v e a u , p r o ­
n o n c e le v e r b e c r e a t e u r !

11,2 H. S. Lewis. La Vie m ystique de Jésus, p. 212.

179

faible. Ce sont toujours les mêmes themes qui sont rabâchés:
à la longue, ça devient lassant!
Le Christ, le Fils de Dieu, est d é f i g u r é 16-1. Le récit de H.
Spencer Lewis est t endancieux et meme bl asphématoire! Son
«J esus-Joseph» ne nous paraît etre q u ' un e pure invention de
son imagination. La Bible, elle, tient un autre langage: elle
affirme que Jésus est le Fils de Dieu (Jean 3: 16-18) et q u ’il
est mort sur la croix pour nos peches (Jean 1: 29, Jean 19: 17
p a ssim ; Ephesiens 1: 7; Colossiens I: 14: etc.). La Parole de
Dieu proclame aussi avec force que Christ fut réellement res­
suscite des morts. Les textes neo-testamentaires sont sur ce
point n o mb reu x et clairs: Actes 2: 24-28, 31, 32: 3: 15: R o­
mains 4: 24: Galates 1: I : Ephesiens 1: 20; etc. Face aux af­
firmations dénuees de tout f ond eme nt historique ou biblique
de H. Spencer Lewis, les Ecritures Saintes, et avec elles nous
tous les témoins du Christ d 'h i er et d ' a uj ou rd 'h ui , nous p r o ­
cl amons sans crainte que Christ est bien le Sauveur et le Sei­
g neur du mo nd e à la gloire du Pere.
La «psychologie» de PA. M. O. R. C.
L'A.M.O.R.C. pretend être une philosophie de la vie, mais
aussi une psychologie de l'âme. En fait, les enseignements de
cet Ordr e rosicrucien ne sont ni phi losophiques ni ps ychol o­
giques! Il s’agit plutôt d ’un cours d'occultism e applique a c­
co mp ag n e de quelques notions de psychologie. Tous les a n ­
ciens membres de l’Ordre rosicrucien A.M.O.R.C. que nous
connaissons personnellement sont u nani mes p o u r admet tre
le bien-fonde de notre assertion. C a r nous croyons que les
responsables de cette secte empl oi ent abusivement le terme
de «psychologie» et qu'ils oublient d'y aj outer celui d ’«occultisme» 164.
I. Une pseudo-psychologie
C a r la psychologie de l’A.M.O.R.C. est une psychologie rèinterpretèe. Les termes employés n'ont pas le même sens ni la
même valeur que ceux de la psychologie dite «classique».
Ainsi le subconscient n'est pas un aspect de la conscience h u ­
maine, mais désigné le côte divin de l’h o m me ; de même le
lsj H. S. Lew is n 'a p p e ll e - l - il p a s J é s u s - n o n cru c ifie ! - la « R o s e » , la
« R o s e d e S h a r o n » (.wc), la « S a i n t e R o s e » !...
' “J Le te r n ie d '« o c c u l t i s m e » n ' a p p a r a î t c l a i r e m e n t q u ' a u d i x i e m e d eg re.

180

subjectif serait la partie consciente de la personnalité h u ­
maine, n ot ammen t la volonté et l'imagination. Les variations
des niveaux de conscience (qui seraient au no mbre de trois:
objectif, subjectif et subconscient) détermineraient un p r o ­
cessus psychologique a la fois différent et graduel.
La principale caractéristique de cette pseudo-psychologie
est déterminée, nous le verrons un peu plus loin, par un seul
critère qui est celui des vibrations. Nous savons déjà que
l'univers est dirigé p ar les concepts vibratoires. La psycholo­
gie rosicrucienne de l'A.M.O.R.C., qui se veut antimaterialiste, ne repose que sur une theorie plus ou moins contesta­
ble, celle des vibrations. Or celles-ci ne sont pas une qualité
psychologique, encore moins spirituelle, mais elles sont d ' o r ­
dre matériel. C ar une vibration, petite ou grande, reste dans
le d o mai ne du mesurable, d on c du terrestre. Mais nous s a­
vons et nous ne sommes pas les seuls dans le cas pour dire
qu'il est ext rêmement difficile, sinon impossible d ’apprehender objectivement la psychologie d' une-personne. Un test de
la personnalité, un examen de quotient intellectuel ne sont en
définitive que des examens relatifs, toujours sujets a révision.
La veritable psychologie ne se mesure pas; la pseudo-psychologie vibratoire de l'A.M.O.R.C., elle, se mesure...
L’Ordr e rosicrucien A.M.O.R.C. ne propose pas une expli­
cation des p he no me ne s psychiques, mais la mise en appl ica­
tion de p h en om en es parapsychiques et parapsychologiques.
Il n'y a rien réellement d ’esotèrique dans l’enseignement de
l’A. M.O.R.C.; par contre, et c’est la le plus intéressant, nous
y t rouvons de très nombreuses experiences psychiques et s ur­
tout parapsychol ogi ques dont certaines sont à vrai dire iné­
dites. Le contenu des monographi es qui contiennent presque
toutes des «applications pratiques» n ’ont q u' un seul but: ce­
lui de découvrir notre subconscient et, par là, le cosmique
(ou Dieu). Mais la encore, il nous semble nécessaire de re­
mettre les choses au point.
La «psychologie» de l’A.M.O.R.C. est un vaste agglomérat
de diverses philosophies anciennes ou contemporaines, le
tout a c co m m o d e à la «sauce» occulte. Il est possible, ce p en ­
dant, de discerner plusieurs courants et en particulier la psy­
chologie de Coue. La suggestion et l’autosuggestion sont, en
effet, monnai e courant e dans les applications pratiques. De
même, la relaxation, la passivité, la concentration de pensee.
181

etc., sont des techniques fr éq uemmen t utilisées. C ar la «p sy ­
chologie» de l'A.M.O.R.C. est avant tout une technique: le
candidat rosicrucien est un cobaye qui se soumet docilement
a toutes sortes d'experiences. Son initiation est un ent raî ne­
ment psychologique faisant d ' a b o r d appel à ses facultés du
« moi » p o u r être ensuite en contact avec les puissances o c ­
cultes. Le but de ces «exercices psychiques» serait d 'obt eni r
la «maîtrise de la vie» (et non la maîtrise du moi), c’est-à-dire
d 'a c qu er ir la connaissance. No u s lisons dans une des m o n o ­
graphies: « N o u s insistons p o u r que nos membres en tirent
des démonst rat ions individuelles en faisant des expériences
personnelles et se fient plus à la connaissance vraie qui vient
du de da ns que celle qui vient du d e h o r s 165.» Le dé ve lo pp e­
ment psychique, ou plutôt parapsychi que, de l'individu p r o ­
duirait en lui la connaissance vraie dont le f onde me nt réside­
rait au plus p rof ond de son être, c'est-à-dire le subconscient.
« D a n s les exercices mystiques présentés pa r les enseigne­
ments de l'Ordre rosicrucien A. M.O.R.C., nos membres sont
obligés de penetrer dans le subconscient. Ils trouvent néces­
saire de co mm un i er avec les véritables fondement s du moi,
avec l'intelligence c o s m i q u e 166.»
Nou s savons deja que, selon les enseignements de
l'A.M.O.R.C., l 'h omme est divise en trois parties: objectif,
subjectif et subconscient. Cette triade justifie en effet trois
aspects psychologiques tout à fait i n dép en da nt s les uns par
ra pp or t aux autres et qui, d ’aut re part, permet d ’insister sur
le côte psychique et surtout sur le subconscient.
2. Une psychologie « vibratoire»
Les vibrations, ou forces vibratoires, caractérisent toute la
psychologie rosicrucienne de l'A.M.O.R.C. Le systeme ner ­
veux, le cerveau, etc., seraient animés par une «énergie cos­
mi que» vibratoire. «Le cerveau apparaît, nous rappelle une
monographi e, c omme une centrale electrique ou certaines
energies sont emmagasinées et liberees par divers c o m m u t a ­
teurs qui peuvent etre assimiles aux interrupteurs d 'un im­
mense tableau de d i st r i b u t i o n 167.»
165 5e m o n o g r a p h i e . I er d e g r e n e o p h y t e , p. 9. C ' e s t n o u s q u i le so u l i g n o n s .
IMI 3e m o n o g r a p h i e , 2e d e g r e . p. 5.
11,7 7e m o n o g r a p h i e , 2 e de g r e , pp. 1-2.

182

Le rosicrucien est un h o m me d ont le psychisme est en per­
pétuelle recherche de sensations nouvelles. La finalité de
tous ces efforts n'est autre que la recherche de l'absolu et des
pouvoirs p sychiques'6*. La réception des vibrations cosmiques
opererait en l 'ho mme tout un processus de t ransformation et
de renouvellement de la personnalité. La haine, l'envie ou
l’orgueil disparaîtraient de même que la santé prospérerait
sous l'impulsion des vibrations... Le dé veloppement des bons
sentiments serait d on c la résultante de «b on nes vibrations».
Car, il faut a p p r en d re à recevoir les vibrations! «Vous a p ­
p re ndrez a diriger les vibrations de nat ure constructive vers
les parties du corps sur lesquelles vous vous c o n c e n t r e z 169...»
3. Une psychologie occulte
La psychologie rosicrucienne qui se veut antimateria1i s t e 170 se situe t otalement en dehor s du reel et du percepti­
ble. Le mot «réalité» a po u r l’A.M.O.R.C. deux sens à vrai
dire contradictoires. Tout d 'a bord, il signifierait: «phenomene», «mani fest ati on» et «vérité des vibrations de l’es­
p r i t » 171. Mais ce n ’est pas tout! Une autre acception de ce
même mot donner ai t un tout autre sens: ce serait «notre de ­
gré d ’appréciation individuelle de la vibration actuelle et manifestee. Autrement dit, la réalité est le produi t de la p er cep­
tion et de l’assimilation individuelle des vibrations de l'es­
prit. Sans cette perception et cette assimilation, rien ne serait
réel p o u r nous en tant q u ' i n d i v i d u » 172. Le caractere subjectif
de la psychologie apparai t ici nettement: le «réel» fait place
a un «aut re réel». Quel est d o n c le signe distinctif de cette
«p er cep ti on » individuelle? Il faut se rendre a l’evidence: le
principe directeur de cette soi-disant psychologie n'est autre
que l’occultisme. Le texte qui suit est explicite: «No t re tra­
vail consistera a d évelopper le pouvoir mystique des sens,
avec p our objectif de percevoir davantage que ne te peut le cer­
v e a u l71.» Plus haut, nous lisons: «Le d o mai ne du mystique
est une terre de rêve (sic) inexplorée, un mon d e exceptionnel
168 Cf. 7e m o n o g r a p h i e , 3e d e g r e , p. 4.
I6S 8e m o n o g r a p h i e , 3e d e g r e , p. 3.
170 Cf. 9 ' m o n o g r a p h i e , 3 ' d e g r e , p p . 1-2.
171 5e m o n o g r a p h i e , 3 e d e g r e , p. I.
172 ibid.. p. i.
I7J 3e m o n o g r a p h i e , 3 e d e g r e . p. 5.

183

et illimité, une synthese de la beauté et de la vérité (...). Les
membres de l'ordre rosicrucien A.M.O.R.C. ne sont pas les
seuls a avoir accès, par leur zèle et leur travail, a des pouvoirs
soi-disant étrangers. N ’importe quelle personne en bo nn e
santé et bien équilibrée peut déve lop pe r certaines aptitudes
latentes si elle ap p re nd les lois qui s’y rapport ent et si elle les
m et en pra tiq u e114.»
Les exercices respiratoires, l'utilisation correcte des sons
vocaux et l’application des «lois rosicruciennes» doivent - ou
devraient - produi re des résultats. «Au moyen de cette
connaissance et de ces exercices, lit-on dans cette même
monographi e,
tout
membre
de
l'Ordre
rosicrucien
A.M.O.R.C., a condition q u ’il travaille et persévere, est a
m êm e de disposer d 'u n c h a mp illimité de vision, d ’audition,
de sensation, e t c . I75»
L’A.M.O.R.C. prétend professer une p s yc hol og ie 176, mais
qui n ’est en fait que de l’occultisme. Nous voulons d o n n e r à
ce mot une définition qui ne soit ni restrictive ni exageree.
Par occultisme, nous e nt end on s cette pre te ndue science qui
ferait intervenir des forces supranat urel les (ou suprasensibles) dans le cadre d ’experiences de type empirique et dont
la reconnaissance objective des faits se revele impossible.
Nous ne sommes pas de ceux qui voient les d émo ns partout,
le diable n ’est pas tout-puissant car son pouvoir est stricte­
ment limite par Dieu, mais il faut reconnaître que, dans le
cas de la Rose-Croix, les p h é no m èn e s occultes sont évidents.
La psychologie occulte de l'A.M.O.R.C. est, osons-nous
l'écrire, classique; seule sa t echni que est différente par r a p ­
port aux autres mouvement s occultes traditionnels.
L'A.M.O.R.C. n ’a rien invente, ses met hodes seraient élé­
mentaires si l'on en croit les déclarations d ’anciens membres
de l'Ordre! Nous avons per sonnel lement étudié les met hodes
parapsychol ogi ques de l'A.M.O.R.C. et nous les avons e n ­
suite comparées avec celles de personnages illustres de l’oc­
cultisme, en particulier Papus; notre conclusion est claire: le
but recherche pa r les rosicruciens et les occultistes est identi­
que, a savoir la recherche des m o n de s - ou états supérieurs 114 3e m o n o g r a p h i e , 3e d egre, p. 4.
175 ibid., p. 4.
p ‘ Il en est d e m e m e p o u r la S c i e n t o l o g i e et, a un d e g r e m o i n d r e , p o u r la
Science C hrétienne.

184

ou, en d ’autres termes, la recherche de pouvoirs s upranorrnaux.
La pseudo-psychologie de l'A.M.O.R.C. est experimentale.
Les membres actifs de l'Ordre sont censes accomplir chez
eux des experiences psychiques: en fait, ils se soumettent,
sans le savoir peut-être, à des expériences occultes.
4. L'expérience, source de la connaissance
La psychologie rosicrucienne de l’A.M.O.R.C., comme
celle des autres mouvement s rosicruciens, est d on c empiri­
q u e 1” . Le can di da t Rose-Croix ent reprend sur le plan psy­
chologique un très long chemi ne me nt qui doit le conduire a
une perfection quasi divine. L’experience est, selon les ensei­
g nement s des monographi es, source de connaissance: elle
contribuerait a faire des ho mmes des êtres pensants, des vrais
mystiques et d ’aut hent iques créateurs. En d ’autres termes, il
s’agit d ’un déve loppe ment du psychisme humai n qui p ro d ui ­
rait a son t our la connaissance. « L ’expérience personnelle,
lit-on dans une monographi e, par la pratique des exercices
qu e nous d o n n o n s à faire, sert davantage au développement
de la conscience psychique de l 'h omme que les connais­
sances intellectuelles acquises par la lecture ou par l'etude
p u r e 178.» La «vraie» connaissance que desire ar demmen t le
candidat Rose-Croix est d on c le produit de l’expérience. Les
experiences proposées par l'A.M.O.R.C. ne sont que des
exercices psychiques ou, plus exactement, un long appr ent is ­
sage des p heno mene s psychiques et parapsychologiques. En
définitive, nous pouvons l’écrire sans l’o mbr e d ’un doute: la
psychologie experimentale de l'A.M.O.R.C. n'est autre qu 'u n
moyen de connaissance. Le Rosicrucien a la «connaissance»
- ou pense l’avoir - car il est convaincu en lui-meme que ses
propres expéri ment at ions psychiques correspondent aux lois
de l'univers et du «Cosmi que».
5. Les «techniques» psychologiques de l'A .M .O .R .C .
La psychologie de l’A.M.O.R.C. utilise a b o nd a mm e n t
toutes sortes de t echniques et de moyens psychiques et pa1?' P a r m i les t y p e s d 'e x p e r i e n c e . ci t o n s ce lle q u i c o n s i s t e a d i s t i n g u e r la
n a t u r e d e s c o u l e u r s ou d e v o ir u n e ro se a u m ilieu d ' u n e cro ix to u t en fixant
la f l a m m e d ' u n e b o u g i e , etc.
178 17e m o n o g r a p h i e . 7e d e g r e . p. 8.
185

rapsychologiques. L’eventail de toutes ces experiences est a b ­
solument extraordinaire, du moins en theorie. En effet, nous
t rouvons dans les mon og rap hi es un vaste recueil d'experiences, étalonnées tout au long des degres et dont l’intensité
et le «raffi nement » s ’étoffent et se diversifient. Des les pr e­
miers degrés, le candidat Rose-Croix accomplit quelques
exercices, a p pa r e m me n t anodi ns, mais qui se revèlent par la
suite fr anchement occultes, sinon même spirites.
La quatorzième experience, celle qui consisterait a recevoir
l’« A m o u r D i v i n » 179 (sic), est a tout point de vue un modèl e
du genre, une véritable reference. No us la reprodui sons in
extenso-. « N o u s avons une experience à faire ce soir. Vous
devez placer une bougie devant le centre du miroir, c on cen ­
trer votre regard sur la fl amme pe nd a nt environ dix minutes,
et penser que vous êtes sur le point de recevoir l’a m ou r divin.
Q u a n d votre concentration sera t erminée, fermez les yeux, ef­
forcez-vous de vous placer en état de parfaite relaxation et
dites: l ' amour divin est sur moi. Si vous vous sentez envahis
p ar une legere somnolence, restez dans la position ou vous
êtes, n'essayez pas d'anal yser ni de vous d e m a n d e r ce qui ar­
rive, ou ce qui peut se produi re: demeur ez passif, essayez
d e ressentir le sentiment de protection qui est si a pp ar ent
chez l’enfant dans les bras de sa mere, et reposez-vous en
la protection divine. Lorsque l’experience sera terminée,
ecrivez-nous aussitôt votre reaction et ce que vous avez
éprouvé.»
Nous avons la un schéma type de toutes les experiences
que l’A.M.O.R.C. propose à ses membres. Une lecture at t en­
tive et une breve analyse suffisent ampl ement a saisir le m é­
canisme psychologique qui permet a l'initie de gravir les
echelons des degrés ou, en d' autr es termes, de s 'enfoncer de
plus en plus dans l’occultisme. La technique de cette e x p é ­
rience est ce qu'il y a de plus classique. La concentration sur
un point lumineux est, avec les exercices respiratoires, le
point de départ du co nd it i on nemen t psychologique que va
subi r le neophyte Rose-Croix. La durée excessive de la
concent rat ion va provoquer une tension oculaire, d onc ner­
veuse, et mettre le candidat Rose-Croix dans un état second,
d 'a u ta n t plus qu'il est convaincu q u ’il est sur le point de rece­
5e m o n o g r a p h i e . 2e d e g r e n e o p h y t e , p. 6.

186

voir r «A mo u r - D i v i n » . A la periode de tension succède la detente: la relaxation et surtout l’etat de passivité. Le sens criti­
qu e de l'individu est a ce moment -l à annihilé. L’apprenti ro­
sicrucien ne se pose plus de questions, il est la prise de toutes
sortes de sensations psychiques ou occultes. Q u ’importe! il
est per suade q u ’il est en train de recevoir l’a m o u r divin!... Se­
lon les ex-adherents de l'A.M.O.R.C., les résultats de ces experiences ne sont pas tous concluants: le pourcentage
d'échecs reste assez èleve. Cela est surtout vrai par la suite:
au fur et à mesure que les expériences p re nnent un caractère
vraiment occulte, le dechet se révèle i m p o r t a n t l!i0.
Si le miroir et les bougies sont dans presque tous les cas in­
di spensables po u r la bonn e réalisation d ’une experience,
d'autres accessoires, «gadgets» ou techniques sont d 'un e uti­
lité évidente. L'encens, de «qualité spèciale», donnerait un
bon résultat psychique et mental! Un certain m o d e de respi­
ration produirait un résultat propice à un bon développe­
ment psychique, même l'emploi de certaines syllabes ou sons
vocaux serait très utile. Les disques et les cassettes enregis­
tres par R aymo nd Bernard sur des textes de H. Spencer Le­
wis sont ch au de me nt r ecomman des p our a ppr e nd re la «note
juste des voyelles» ainsi que les «applications pratiques p ar ­
ticulières». Parmi les titres, citons: Invocation pour Sanctum ,
Contacts avec la cathedrale, Respiration avec sons de vovelles,
Exercices avec les sons de voyelles, etc. Le d éveloppement psy­
chique et mental de l'individu ne repose pas - et nous aurons
l'occasion de le constater - sur une et ude de la personne,
mais sur un développement des facultés parapsychologiques.
Les expériences que propose l’A.M.O.R.C., nous allons le
voir, ne reposent sur auc un f ondement scientifique. Elles
n'ont q u' un seul but: celui d'o bt eni r une «maîtrise» de vie,
c ’est-a-dire l’obtention de pouvoirs sup ra no rmaux . «Les
groupes métapsychiques et ceux de recherches psychospiri­
tuelles expriment un besoin reel d ’oxygene intérieur contre la
pollution matérialiste ambiante, et un effort des nouvelles gé­
nérations lassées du positivisme historiciste et reductionniste
p o u r se reconcilier avec la transcendance. Mais dans cette
IK" Le d é couragem ent, la prise de conscience d'a v oir ete trop loin dans
l'occultisme, le caractère d é ro u ta n t des enseig nements (qui a p p ara ît nette­
ment des le 7' degre) et l'im pression de se faire exploiter financièrement sont
les principales causes des a b a n d o n s de nom hreux m em bres de l’A.M .O.R.C.

187

«ruee vers l'àme», il y a aussi b e a u co u p de confusion... La
recherche des «pouvoi rs» exceptionnels par exempl e.. .181.»
Pour compl ét er ce que nous avons dit plus haut à propos
de la psychologie occulte de l’A.M.O.R.C., les mêmes
auteurs n ’hesitent pas à écrire j us tement que «la recherche
directe des «pouvoi rs» releve finalement de la m agie, qui
est une deformat ion de toute Voie et religion au t he nt i ­
ques» l82.
6. Les «centres psychiques»
Nous ne voulons pas decrire ici les experiences psychiques
de l'A.M.O.R.C. p o u r des raisons évidentes. Par contre, en
énonç ant ces experiences, si possible dans un ordre logique,
nous saisirons l'occasion de mettre en garde nos lecteurs des
graves dangers que représente le «mysticisme» rosicrucien.
Nous savons deja que le but de ces experiences n ’est autre
que le «réveil des centres psychiques» qui, eux, seraient au
n om br e de sept. Les trois premiers centres psychiques, les
plus import ant s selon les m ono gr ap hi es de l’A.M.O.R.C., se­
raient: la glande pituitaire, la gl ande pineale, et le plexus so­
laire. Un d éveloppement psychique de ces glandes et du
plexus - qui sont considérés c o mm e des «t ransf ormat eurs» contribuerait a renforcer les relations entre la «conscience
exterieure» et la «conscience intérieure». « U n e grande partie
de nos exercices de respiration et de concentration, lit-on
dans les enseignements de l’A.M.O.R.C., et la plupart des
sons de voyelles étudiés dans nos leçons ont pour but de ré­
veiller et de stimuler l'activité de ces deux petits t rans f or ma­
teurs du centre p s y c h i q u e 18'. H. S. Lewis confirme implicite­
ment l’enseignement des m ono gr ap hi es lorsqu'il dit que «Les
glandes se trouvent être des instruments d'echange, ces t rans­
formateurs ou transmut at eur s entre le moi cosmique, spiri­
tuel et divin, et le moi terrestre, physique et plus grossier.
Elles accomplissent a l’interieur de l’ho mm e une divine al­
ch i mi e» 184.
La psychologie rosicrucienne de l'A.M.O.R.C. est basee

181 R. Girault et J. Vernette, Croire en dialogue, p. 352.
183 R. G irault et J. Vernette, ibid., p. 353.
183 4e m ono graph ie, 2e degre neophyte , p. 6.
18,1
H. S. Lewis, A lchim ie Divine in W. K ap p, Les glandes, nos invisibl
gardiennes, p. 17. C'est nous qui le soulignons.

principalement sur l’ét ude des glandes endocrines. Les ser­
vices de recherche de l’Universite Rose-Croix a San José
orientent leurs efforts scientifiques vers la connaissance des
gl andes endocrines. Selon l'A.M.O.R.C., cette «science», a p ­
pelée aussi «alchimie divine» par H. Spencer Lewis, per me t­
trait de mieux evaluer la personnalité de l 'homme de même
que son évolution psychique. Les glandes seraient, si l'on re­
prend les propos du premier Imper at or de l'Ordre, les «gar­
di ennes» de la vie humaine, aut rement dit des «éléments de
contrôle» physique et psychique.
Selon le Dr Kapp, c ont empor ai n de H. Spencer Lewis, les
glandes pineale, pituitaire (ou hypophyse), thyroïde, thymus,
de même que les glandes surrénales, sexuelles, parathyroïdes
et, sans oublier, le pancréas, le foie et les reins, nous feraient
c o m pr e nd re «la grande force évolutive des endocrines» et
nous «po ur r ion s» acquérir la vraie liberte et la veritable
croissance de l’â m e » 185.
La, nous nous posons de serieuses questions: au nom de
quel critère scientifique les glandes endocri nes pourraientelles agir au niveau de l ' â m e ,8f’? Certes, le foncti onnement de
ces glandes est très complexe, du moins p our certaines, et
sont encore mal definies, mais de là affirmer qu'elles agissent
au niveau de l'àme, au trement dit du divin, il faut franchir le
pas! Selon nous, c’est une théorie spéculative et p our le
moins hasardeuse. Il est vrai, cependant , que les sécrétions
h ormonal es dans le sang j o uent un rôle extrêmement i mpor­
tant dans la digestion, le système nerveux, la croissance, etc.
11 semblerait, a l’heure actuelle, que l 'hypot hal amus et l'hy­
pophys e soient le siege central du bon fonctionnement de
toutes les autres glandes. Notre état de santé, physique ou
mental, d ep en d p ou r une b onn e part du bon fonctionnement
des glandes endocrines. Leur di sfonct ionnement peut pro­
duire une altération de l'organisme tout entier. L' endocri no­
logie est encore une science j eu ne et en pleine mutation. Bien
des efforts et des recherches seront rendus nécessaires pour
expliquer le rôle de cha que gl ande et leurs domai nes d ' a c ­
tion.
"» W. Kapp, ihid., p. 61.
De quoi s ’agit-il'.’ De l’am e au sens rosicrucien, c'esl-a-dire le «divin»,
ou bien l’ame au sens chretien?

189

7. La projection psychique
Le 7e degré est un degré important. Le candidat rosicru­
cien, en effet, entre de plain-pied dans l’occultisme de haut
niveau. La cinquante-sixieme expérience nous décrit le d é ­
roulement d ’un exercice psycho-occulte p our le moins bi­
zarre: il s’agit tout simplement d ’une projection du corps
psychique hors de son corps physique dans l’espace. Le d é ­
do u bl em en t psychique, p ui s qu ’il s’agit de cela, est une prati­
que très courante chez les occultistes.
« Ce qui quitte le corps physique, lit-on dans la m o n o g r a ­
phie, c'est notre conscience ou. en quelque sorte, des ra di a­
tions mentales que nous a ppe lons corps p s y c h i q u e 187.» Selon
l’A.M.O.R.C., il se produirait d ’étranges ph en oméne s physi­
ques lors de cette experience: une sorte de brume lègere, de
la vap eur et quelquefois une grosse boule de lumière bl anche
flottant dans l'espace...
Qua nt au dér oulement p ro pr e me nt dit de l’experience, elle
est semblable à toutes les autres: relaxation, concentration
sur les membres (à com me nc e r par les pieds et t erminer par
le cuir chevelu!), exercices respiratoires avec prononciation
de la syllabe «RA». Il parait qu' après cela le corps psychique
peut faire une p r omen ade, puis revenir tranquillement re­
prendre sa place dans le corps p h y s i q u e ! 11** ...
8. La vision de l'aura
L'aura serait, selon la définition rosicrucienne de
l’A.M.O.R.C., le « c h a m p magnét ique ou electrique qui e n ­
t oure en particulier le corps animal et qui contient des
courbes dues à la fréquence vibratoire de l’energie dans ce
champ. (...) Toute cellule vivante a son aura et il en est de
même des groupes de cellules» l8<). Cette définition plutôt va­
gue est heur eusement complétée par les enseignements des
monographies. Nous lisons, en effet, que «l ’aura humai ne est
le résultat des radiations, qui em ane nt du corps humain. Ces
radiations proviennent à la fois de l'âme et du corps physi-

,s' 6 ' m onographie. 7e degre. p. 1.
11,8
Selon une statistique de l'A.M.O .R .C., sur 37 m em bres d 'u n e mêm e
classe, 5 totalem ent et 19 partiellem ent réussissaient cette experience des les
premiers essais! Les jo urs suivants: 10 reussites totales et 10 partielles. Seuls
3 après la quatrièm e periode d'essais n'a vaient pas réussi.
I*g H. S. Lewis et R. Bernard, op. cil., p. 241.

190

que. (...) Le corps humai n est charge de magnetisme, ce que
l’on appelle parfois magnétisme personnel; les anciens mys­
tiques et certaines écoles philosophiques lui donnaient
d'autres noms. Par suite de cette charge magnetique. le corps
emet des radiations dans l'espace qui l’entoure et c'est ce que
nous appelons aura» l90.
L'aura serait donc l’espace magnetique qui entourerait
c ha que corps physique, animal ou humain. Elle pourrait se
déve lo pp er ou, aut rement dit, rayonner avec une plus ou
moins grande intensité. C e p e n d a n t «les malades, les arriérés,
les déséquilibrés n' auro nt pas une aura parfaite, pas plus
d an s ses manifestations que dans ses couleurs m .» Ce sont la
des pro po s scandaleux. Est-il normal, en effet, de mettre sur
le même pied les malades et les arriérés (ou handi capes m e n ­
taux) et les déséquilibrés, puis de les exclure de façon quasi
a ut o mat i que? Un mal ade ne pourrait-il pas avoir un rayon­
nement spirituel? Un han di ca pé n'est-il pas très souvent pour
ses proches une source de bénédiction ? Et les déséquilibrés
ne sont-ils pas aussi appelés par Dieu p ou r le salut? Une
chose est certaine, c'est que l'A.M.O.R.C., en jugeant ceux
qui sont défavorisés, ne manifeste pas l’a m o u r du prochain.
Son enseignement, de toute evidence, se situe à r e nc on t re du
message biblique qui, lui, nous parle de l’a m o u r et de la j us ­
tice de Dieu. C a r Dieu aime tous les hommes, y compris les
malades, les arriérés et les déséquilibrés! L ’A.M.O.R.C.
parle-t-il le même langage?
Un des buts des expériences de l'A.M.O.R.C., c'est préci­
sément de voir son aura. Mais ce n ’est pas a la portee de
n' import e qui. La 12e mo no gr ap hi e du 7e degré propose en
effet un cérémonial du reste assez compl ique et dont la fina­
lité serait de «voir» son aura. A l'aide de matériel très divers
(planches, cartons, colle, vis, punaises, ampo ul es de diffé­
rentes couleurs, d ra p de lit, miroir, etc.), le candidat fabrique
un dispositif semblable a celui des «ombres chinoises». Le
rosicrucien se place le dos t ourne a l’écran de façon a ce que
le c on to ur se c on fo nd e avec son propre corps. A l’aide du
miroir, il peut «voir» son aura, c'est-a-dire cette «lumière irradiee» qui se trouverait le long de son corps et dont la lon1.0 8e m on ographie, 7e degre. p. 2.

1.1 ibid., p. 3.

m

gu eu r ne dépasserait pas deux centimetres... Mais ce n'est
pas tout! Il nous faut mai nt enant parler de la vibroturgie, ceci
en relation avec l'aura qui serait, ne l'oublions pas, le c h a m p
magnét ique vibratoire.
9. Qu'est-ce que lu vibroturgie?
La vibroturgie est consideree p ar les membres du 8e degre
de l’A.M.O.R.C. c omme «la plus gra nd e clef» m y s t i q u e 1'*2
que l 'ho mme initie peut connaître a ce stade. «La faculté de
v ib ro t ur gi e11)3 consisterait à ressentir les vibrations et, par
conséquent , a connaître la nature et la condition d ' u n objet,
d ' u n e chose ou d ' u n lieu m . C a r tout c omme l 'homme, «toute
plante et tout animal ont une aura psychique, de même que
tout objet inanimé a, lui aussi, son aura résultant de la c o nd i ­
tion magnétique des atomes qui le c o m p o s e n t 195...»
Revenons mai nt enant à l'aura et essayons d'établir le lien
qui l'unit a la vibroturgie. Au dire des grands responsables de
l’Ordre, l'aura serait présente partout sur cette terre. Cette
universalité est déf end ue avec b e a u c o u p d 'a c ha rn e me nt p ar
l'A.M.O.R.C., mais aussi pa r tous les autres mouvement s si­
milaires, rosicruciens ou occultes. D ’aut ant plus que, selon
l'A.M.O.R.C'., «ce n ’est pas la une théorie ni du mysticisme,
mais un fa it scientifique qui a été étudie et p r o u v é » 196. A cet
effet, l'illustre I mp er at or H. Spence r Lewis aurait construit
en son temps un génial «petit instrument experimental» qui
aurait ete capabl e de discerner l’energie vibratoire dans un
objet, mais aussi dans une goutte de sang. Cet appareil
«scientifique» aurait dû app o rt er la preuve indiscutable de la
véracité des theories de l’A.M.O.R.C. Mais, et ce «mais» est
de taille, «cet instrument n'est plus mai nt enant disponible et
ses plans ne le sont pas davantage. Ils étaient la propriété
personnelle du Dr H. S. Lewis, premi er Imper at or de l'Ordre
rosicrucien A.M.O.R.C., dans son présent cycle d'activité et
ils n'ont pu être r e t r o u v é » 19'. Il est très probable que cet a p ­
pareil n ’ait j amai s existé, sinon dans l'imagination de H. S.
1,2 29e m o nog raphie, 8e degre, p. I.
|0J A ppelee aussi Vihrometrie, selon une autre définition de l'A.M.O .R .C.
m 25e m o nographie, 8e degre, p. 2.
1,5 ibid.. p. 4.
ibid., p. 4.
Iv' 29e m onographie, 8e degre, p. 3.

192

Lewis. C a r si une telle machi ne il y avait, les hauts dignitaires
de l’Ordre, avec leur légendaire humilité, ne se seraient pas
fait faute d'en parler. Mais nous c om pr e non s fort bien la rai­
son de leur discrétion: les plans sont perdus...
La vibroturgie est d ’une extrême import ance p ou r le m e m ­
bre initie du 8e degré. C ar «la faculté de vibrologie est la fa­
culté psychique de sentir l’aura des choses ou des lieux et de
se mettre i mmédiat ement a leur u n i s s o n 198. Ainsi donc, la vi­
brologie serait cette qualification psychique qui serait utile
p o u r le discernement de l'aura.
10. La perfection du moi
Le rosicrucien A.M.O.R.C. ne cherchera, des le début de
son initiation, q u ' un e seule chose: son développement psy­
chique, avec, si possible a la fin de son parcours, l’illumina­
tion psychique ou perfection du moi. En effet, toute la «psy­
chologie» de l’A.M.O.R.C. est basée sur une theorie occulte
du d éveloppement du psychisme humai n et d ont le but ul­
time serait la rencontre avec le cosmique.
La philosophie experi ment al e de l’A.M.O.R.C. est un très
long che mi ne me nt parseme d ’experiences apprises, puis repétees et ceci au niveau du psychisme de l'individu. Les
adeptes rosicruciens peuvent ainsi se mettre en «har moni e»
avec les «lois et les principes cosmiques». Lorsqu' une e xp e­
rience se revele. p our eux, concluante, d ’autres experiences,
encore plus mystérieuses, sont proposées par l'Ordre et ainsi
de suite... Les propos que nous extrayons d 'un e monographi e
sont explicites: « Pa r les experiences exoteriques et èsoteriques des degres précédents, nous nous sommes d on c incons­
ci emment préparés a un travail plus important. (...) Le mysti­
que sincère, le chercheur impartial et particulièrement ceux
qui ap pa rt i ennen t a notre Ordre, j ugeront de leurs progrès
pa r une appréciation exacte de l’évolution psychique qui
s ’est faite lentement, silencieusement et i nconsci emment , en
leur àme et conscience ' "...» C ’est une possession psychique,
s ubliminale de l’individu!
Le point de départ du dével opp ement psychique serait
« l ’éveil psychique» tandis que l’arrivée serait l’illumination.
1M 25e m ono graph ie. 8e degre, p. 5.
I‘,<l 17e m on ograp hie, 7e degre, p. 3. C ’est nous qui le soulignons.

193

C'est ce que nous dit le texte qui suit: «Cellule p ar cellule,
centre nerveux par centre nerveux, l’ètre psychique se déve­
loppe et évolue j usqu'a ce que, finalement, il atteigne sa
pleine conscience. Lorsque cela arrive, il est alors parvenu à
cet influx de lumière que nous a ppe lons l'illumination 200. En
d'autres termes, l'illumination, c'est-à-dire la perfection du
moi, serait le but ultime, du moins sur cette terre, du d év el op­
pement psychique des cinq sens (ouïe, vue, toucher, goût,
odorat).
Une autre définition « ps ychi que» de l’illumination nous
est d onnee par ailleurs dans une mono graph ie du 9e degre:
«L'illumination... est c o mm e un influx de lumière, c omme le
contact d ' u n e conscience extérieure qui pénétré l'être, le
baigne d ' u ne gloire resplendissante et le rend sensible aux
impressions qui d es cendent en l u i 201.»
L'illumination est d o n c le co mm en c em en t de l’etat de per­
fection. Cette idée est d ’ailleurs clairement exprimée dans
une mon og raph ie du 7e degré: «La perfection du moi h u ­
m a i n 202 consiste en son absor pti on en l’infini c omme la va­
gue qui finit en mo u ra nt à la surface des eaux du Nil 203.» Re­
prenant les theses t heos oph iq ues de Max Heindel,
l’A.M.O.R.C. developpe a son t our le schéma classique de
l'évolution - minerai, végétal, animal, humain, divin - en es­
sayant de prouver que l ' h o mm e serait «le plus haut point
d'évolution du m o n d e ani mal ». Nous lisons, en effet, dans la
même mo no gr ap hi e que «l'élément divin en l’h o m me ou
dans la vie animale trouverait d o n c son plus haut point, la
perfection de son évolution, en la plus haute expression que
nous connaissons et qui est D i e u 21’4.» Un peu plus loin,
l’a ut eur de cette mo no g ra ph i e précisé sa pensee: «Cette a b ­
sorption ne peut rien signifier d' autr e que la c om m u n i o n fi­
nale, l'harmoni e et la fusion complété et absolue de la per­
sonnalité de l’àme, du corps psychique dans l’âme pure de
Dieu dont il e mane et dont l'essence le c ompos e 205.»
Une autre caractéristique de l'état de perfection serait
100 ibid.. p. 8.
201 22' m o nog raphie, 9e degre, p. 2.
C'est-a-dire le «moi psychique».
!<u 18e m o nographie. 7 ' degre, p. 3.
2"J ibid., p. 4.
20S ibid., p. 4.

194

l 'har mo ni e entre le subconscient et la conscience objective.
Le subconscient, appele le «maî tre exécutif» (sic), prendrait
peu à peu la direction du «moi objectif»; en d'autres termes,
l ' h om m e serait condui t p ar le subconscient qui serait, ne
l'oublions pas, directement relié au cosmique. Soulignons e n­
core que le perfectionnisme rosicrucien A.M.O.R.C. se déter­
mine aussi par la notion de pouvoir. Il ne faut pas se m ép r e n ­
dre sur la finalité de la perfection Rose-Croix: elle est tout
entiere centree sur le «po uv oi r psychique». C ar nous croyons
que des termes c omme «maîtrise de soi», «perfection du
moi » ou «p ou voi r psychique» ont une connot at ion équi va­
lente. Ceci dit, nous pouvons affirmer q u 'u n rosicrucien
A.M.O.R.C. di spose - ou peut disposer - de pouvoirs psychi­
ques; en réalité, sa volonté, de meme que son psychisme,
sont la proie de puissances occultes 206.
En définitive, l’état de perfection est avant tout un condi­
tionnem ent psychique et mental. Pour arriver a ce but ultime,
le candidat à la perfection doit se separer et s’isoler du
m o n d e matériel, puis demeur er dans l’«essence du cosmi­
q ue»! Ainsi donc, la perfection du moi - ou absorption du
moi dans l’infini - serait obt enue par un entraînement psychi­
que qui permettrait d ’arriver, puis de rester dans l'«essence
du cosmique».
11. L'art de devenir invisible
Nous nous permettons ici de mettre en evidence une autre
experience, sans d out e la plus raffinée et la plus sophisti­
quée: l'art de se rendre invisible! C ar la Rose-Croix
A.M.O.R.C., a l'instar de tous les autres mouvement s oc­
cultes, croit qu'il est possible, m oyenn an t une certaine tech­
nique, de se rendre invisible 207.
Le procédé que l’A.M.O.R.C. enseigne est, chose t rou­
blante, le même que celui de Doreen lrvine, a savoir l'appari­
tion d ’un nuage! Certes il y a quelques divergences 208, mais
20,1
L’A.M.O.R.C . pense que le non -de velopp em e n t de la glande pituitaire
serait la cause de la faiblesse psychique des hom mes! Il serait possible, en
effet, si l’on en croit l’A.M.O.R.C., d'utiliser cette glande afin d 'o b te n ir un
pou voir psychique! (17e m o nog raph ie. 9e degre, p. 4.)
20 Le seul lem oignage que nous possédons, et qui nous est rapporte dans
son livre « Arrachee a u x dém ons», est celui de Doreen lrvine (p. 108 passim).
208 Le nuage est blanc ou noir p o u r l’A.M.O.R.C. et vert po u r lrvine!

195

le fond reste absol ument identique: l'appel aux forces invisi­
bles! En effet, dans le cas précis de l'A.M.O.R.C., l’emploi de
l'expression RA- MA crée, paraît-il, un état de passivité, de
d é p e n d an ce et de receptivite. Cette technique n ’a, en fait,
q u ’un seul but, celui de rendre invisible. Si l’on en croit les
m onographi es du 9e degre, il suffirait de s’envelopper dans le
« nu age alchimique», «rempli et charge d ’une energie vibra­
t o i r e » 204 et de passer ainsi inaperçu aux autres, à ceux qui
nous entourent. Il serait également possible de projeter son
corps psychique dans le nuage et de se degager, p our un
temps, du moi mat ér ie l!210
12. Magie, astrologie, clairvoyance et lévitation
Les n eu f premiers degres sont, nous l’avons vu, d ' u n ni­
veau occulte très élevé. Les trois derniers, soit ceux du « C e r ­
cle des Illuminati» le sont encore plus. Ce que les candidats
a l’initiation ignorent tot al ement lors de leur inscription a
l’Ordre, c’est que l’A.M.O.R.C. n'est q u ' u n e ecole d 'o cc ul ­
tisme la plus dangereuse qui soit.
L’A.M.O.R.C. c o n d a m n e dans ses premieres m o n o g r a ­
phies toute magie, bl anche ou noire, et surtout le spiritisme.
Mais, voici q u ’à partir du 10e degre, tout change, le v oc a bu ­
laire aussi, et, p o u r ainsi dire, les mas ques tombent. Nous
trembl ons en écrivant ces lignes, mais il importe que la vérité,
celle de l’Evangile, d én on c e les mensonges de Satan et de
l'A.M.O.R.C.
L'auteur des monographi es du 10e degre est très explicite:
p o u r lui la magie bl anche - celle de l’A.M.O.R.C. - ne doit
pas être c o nf ond ue avec la magie «ordi nai re» ou dite noire.
Nous lisons en effet ces lignes: «Il y a une grande différence
entre la magie blanche, la magie ordinaire, et la magie dite
noire. La magie ordinaire, à notre époque, n'est que t ru­
quage... (...) La magie bl anche n'est jamais une supercherie.
Elle est simplement l’application des lois naturelles ou spiri­
tuelles, que tout h o m me peut utiliser... (...) D'un autre cote, la
magie noire n ’est pas du tout de la magie. C ’est seulement un
terme p our designer une serie de démonst rat ions imaginaires
de quel que nature, que per sonne n'a jamais vu faire, mais
-0!’ 9e m o n o g r a p h i e , 9 e d e g r e . p. I.
11e m o n o g r a p h i e . 9 e d e g r e , p. 1.

196

que b e a u co u p c r a ig n en t 211.» Ainsi, la magie «ordinaire» ne
serait que supercherie et la magie noire des démonstrations
imaginaires!
L'Ordre rosicrucien A.M.O.R.C., sous le couvert des «lois
naturelles ou spirituelles», soutient d onc que la magie
bl an che peut être pratiquée «conv en abl emen t» pour le bien
des hommes. Par «magi e bl anche», l’A.M.O.R.C. entend
toutes manifestations mét aphysi ques ou parapsychologiques
propres a d évelopper favorabl ement tout être humain. L’e m ­
ploi du nom divin n ’est pas, a priori, une condition absolue.
Parmi les nombreuses techniques magiques, l’astrologie
occupe une certaine place. C ar il s’avere que l’A.M.O.R.C.
croit, malgré tout, a l’astrologie! Une «astrologie» un peu
particulière certes, mais tout aussi dangereuse que la
«vraie»! «Il y a, lit-on, dans toute la Bible chrétienne, de si
nombreus es references aux etoiles, aux planetes et à leur ef­
fet sur certains individus ou sur certains événements, que
l’on ne peut m an qu er de voir que la science de l’astrologie
était presque universellement acceptée et comprise, même au
cours de la periode c hr é t i e n n e 212.»
Dans la même monographi e, nous t rouvons l’explication
de l’astrologie telle que l’A.M.O.R.C. la conçoit: «Au m o ­
ment de sa naissance, cha que individu est associe d' une m a ­
niéré al chi mi qu e, a l'une des grandes planetes de l'univers,
au moyen de l'essence vibratoire et chimique qui est insufflée
dans le corps au momen t de la naissance et qui établit une af­
finité chimique avec la nature et les caractéristiques de cette
p l a n e t e 213.» Si l'on en croit ces lignes, au mo me nt de la nais­
s ance d ' u n enfant, des «combi nai sons chimiques d ’energie
vibratoire» penetrent dans son corps et ceci en parfaite
c on co rdanc e avec les planetes. Il y aurait d onc un lien entre
notre date de naissance et les planetes. Mais, sur ce point-là,
l’A.M.O.R.C. est relativement prudent et hesite a se p ron on­
c e r 21'’. N'e mp éc he que l’astrologie est l'objet de la part de
l'A.M.O.R.C. de recherches et d ’etudes.
La clairvoyance, c’est-à-dire la « do ub le vue», l’extra-luci211 34e m ono graph ie. 10e degre. p. 4.
3.2 18e m on ograp hie. 10e degre. p. 6.
2.3 ibid., p. 3. C'e st nous qui le soulignons.
21,1
L 'O rdre rosicrucien A.M.O .R.C. n'e n co u ra g e pas ses mem bres a prati­
qu e r l'astrologie telle qu'elle se présente actuellement.

197

dite, figure au « m en u » mystico-occulte de l’A.M.O.R.C. Ce
mot, paraît-il mal interprété, désignerait la «faculté latente
de voir» qui serait localisée dans un «centre psychique à l'in­
térieur du crâne au milieu du front». Il s’agirait d on c d ’un
troisième oeil ou, plus exactement. d ' « u n foyer de la
conscience psychique de toute la zone cerebrale de la tète» 215.
L'A.M.O.R.C. enseigne que la faculté de clairvoyance peut
être développee par des exercices de concentration. 11 se p r o ­
duit alors une «sensation très particulière de sensibilité en ce
point du front» et l 'adepte rosicrucien peut être en mesure de
voir a distance ou d'observer une chose cachee. Certains ini­
ties auraient cette possibilité de «voir» à l'aide d ’images une
situation, présente ou passee, tout en restant confortablement
assis dans un fauteuil les yeux clos...
Dans le même ordre d ’idees, citons une autre t echnique
parapsychol ogi que: la «faculté analytique», elle-même as so­
ciée a la faculté dite d ’«inspiration». Selon la définition de
l’A.M.O.R.C., la faculté analytique - ou sixièm e sens - serait
la «source de connaissance de notre r ais onnement » tandis
que la «petite voix intérieure, c'est-a-dire une partie de la
«Consci ence uni versell e»216, résiderait en l’homme. En
d ’autres termes, le «ra is on ne me nt analytique» serait le p r o ­
duit des facultés cerebrales de l ' h om m e alors que la «petite
voix» viendrait de l’extérieur. Il existerait d on c deux sources
de connaissance, chacune d'elles essayant de prendre le des­
sus sur l’autre. Mais, seule la «voie externe», c’est-à-dire la
« co nnais sance psychique» peut a me n e r le candidat RoseCroix à la «Vie intérieure»! Les experiences cherchant a d é ­
mont rer le bien-fonde de ces theses, c’est-à-dire le dév elop ­
pement du «sixieme sens», ne sont en fait que des exercices
de relaxation p ou r le moins dan ge reu x: celui qui s’y a d o n n e
devient un être a bs ol ument passif, au trement dit la proie de
l’Ennemi.
La lévitation ferait partie, selon l’A.M.O.R.C., des d o c ­
trines que Jésus a enseignees à ses disciples! « Qu a n d Jésus
marchait à la surface de l’eau, c'était en fait un cas de lévita­
tion, et son poids ne reposait nullement sur l ' e a u 217.» C o m ­
215 5 7 ' m o nog raphie, lO' degre. p. 2.
La Conscience universelle peut être aussi a p pelee «C on science cosm i­
que », «C onscience psychique», «inspiration» , etc.
2r 33' m onographie, 10e degre. p. 5.

198

ment Jésus aurait-il marché sur l'eau? La encore,
l’A.M.O.R.C. a une reponse toute faite: «Tout m y s t iq ue 218
a p pr e n d avec le temps, que le poids est une loi naturelle qui
affecte un iquement la partie physique, objective du corps h u ­
main, ou de la matière en général, et que la partie spirituelle
de l 'h o mm e peut d o m i ne r cette c o n d i t i o n 219.»
Assimiler la marche de Jésus sur les eaux a la lévitation,
c’est vite dit. Tr op vite même. La lévitation est avant tout le
fruit d ’un très long ent raî nement mental et psychique. Jésus
n ’avait pas besoin de subterfuges psychiques p our marcher
sur les eaux. Il est le Créa te ur (Colossiens 1: 16), il est le maî­
tre de la nat ure et de ses lois, il exerce sa pleine autorité sur
les forces de la nature. Jésus est le Seigneur, tout lui a p p a r ­
tient, tout lui est permis, même d ’apaiser une tempête ou de
mar cher - ou de faire marc her q u e l qu ’un, en l’occurrence
Pierre - sur les eaux. La marche sur les eaux est un miracle
naturel dans l’ordre divin, et non l’application de procédés
psychiques .
13. Le spiritisme rosicrucien de l'A .M .O .R .C .
L’Ordr e rosicrucien A.M.O.R.C. c on d a mn e haut et fort le
spiritisme. Dans les monographi es des premiers degrés, nous
t rouvons en effet de nombreuses mises en garde contre le spi­
ri t is me220. Cep en da nt , la doctrine du spiritisme est reprise
dans le huitième degré et cette fois-ci sous un autre angle.
No u s lisons ces lignes: «Les âmes ne quittent jamai s le plan
cosmique s a uf pour se reincarner. Mais ces âmes peuvent
très bien projeter leur personnalité vers ceux qui sont sur n o ­
tre p l a n 221.» Le mot «spiritisme» est sous-jacent. Il apparaît
très nettement que l’àme peut projeter son influence psychi­
que, voire d e m on i a qu e sur notre terre. Il s'établit donc un
contact, dont l'origine ne peut être que douteuse. Pour nous,
il ne peut s'agir que d ’un spiritisme déguise.
Nos s oupçons sont d ’ailleurs confirmés dans la mo n og ra ­
phie suivante: « N o u s devons admet tre que les àmes-person218 N ’oublio ns pas que Jésus est considéré pa r l’A.M.O .R.C. com m e un
mystique!
sl* ibid.. p. 6.
220 Par spiritisme, nous en te n d o n s la faculté de c o m m u n iq u e r avec l’âme
d ’un «m ort», plus exactem ent le contact occulte avec un démon.
221 I Ie m onographie, 8e degre. p. 5. C ’est nous qui le soulignons.

199

nalitès ayant quitte le plan terrestre et habitant t em por ai re­
ment le plan cosmi que entre deux incarnations, passent une
partie de leur temps à projeter des pensees et des leçons, des
avis et de l'aide à ceux avec qui, sur la terre, elles peuvent ra­
pi dement entrer en contact. (...) Peut-être le travail le plus in­
téressant accompli par ces personnalités est-il celui d'inspirer
et d ’illuminer la conscience de ceux qui s’efforcent d ’at tein­
dre une telle perfection 222.» L’elêve Rose-Croix, candidat a
['«illumination divine», entre d onc en contact avec les âmes
des morts! Loin d'être effrayés, les rosicruciens sont c onv ai n­
cus que «les projections des personnalités cosmiques sont
inspiratrices et aident l'artiste, le musicien, l'ecrivain et q u i ­
c o nq ue fait un travail créatif utile» 223. Il n ’y a pas que les a r ­
tistes qui profitent de cette «i nspi rat ion». L' Impe rat or et ses
adjoints en font de même: « L ’I mp er at or et les Dignitaires
Suprêmes sont fr équemment en c om m u n i o n inspiratrice avec
la Conscience C os mi que et, p en d a n t ces périodes, ils sont
guidés spirituellement et aides dans la direction des affaires
importantes de l ' O r d r e 2;M.»
La Bible c o n d a m n e sans ambage s le spiritisme. Dans le li­
vre du Levitique, on trouve ces avertissements: « N e vous
adressez point à ceux qui évoquent les esprits ni aux devins.
Ne les consultez pas, afin de ne pas vous souiller avec eux. Je
suis l'Eternel, votre Dieu» (Lévitique 19: 31); «Si q u el qu' un
s’adresse a ceux qui évoquent les esprits et aux devins p ou r
se livrer a leurs pratiques, je retournerai ma face contre cette
p er sonne et je la retrancherai du milieu de son peupl e» (Le­
vitique 20: 6). L’apôtre Paul, lui-aussi, écrit: «L'Espr it dit ex­
pressément que dans les derniers t emps quelques-uns a b a n ­
d o n ne r o nt la foi p our s’at tacher à des esprits séducteurs et a
des doctrines de d é m on s » (I Ti mo the e 4: 1-3). Pour se rendre
vraiment compt e du dan ge r du spiritisme rosicrucien de
l'A.M.O.R.C., il faut rempl acer le mot «âme- personnali té»
p a r «esprit» ou « d ém o n» . Tout devient clair!
14. L ’«expèrience mensuelle spèciale du G rand-M aître»
Tous les initiés, quel que soit leur degre, sont invites a p a r ­
ticiper avec le Gra n d- Ma ît re a une experience «mystique» le
221 12e m on ograp hie, 8e degre, p. 4. C ’est nous qui le soulignons.
’23 I Ie m o nographie, 8e degre. p. 8.
10e m onographie. 81-' degre. p. 8.

200

premier vendredi de cha qu e mois. Au mo men t fixé, soit entre
vingt heures et minuit, le rosicrucien A.M.O.R.C. se retire ou devrait se retirer - dans son sanctum p ou r se mettre en état
de d é p e n d a n c e psychique: relaxation, detente, respiration
prof onde, etc. «Cela fait, lit-on dans le M anuel Permanent de
Référence et d'inform ation, visualisez quel ques instants frater
Christian Bernard dans sa tenue rituelle de Gr and-Maî tre, et
irradiez vers lui toutes vos pensees et vibrations de santé, de
force, de courage et de paix. Puis, attendez deux ou trois se­
conde s et voyez, du niveau de son coeur, s’irradier vers vous
des vibrations identiques de santé, de force, de courage et de
paix. Soyez, à ce moment-là aussi réceptifs et passifs que
possible p en da nt une minute ou deux 225.»
Un autre point, celui de la passivité, nous prouve, une fois
de plus, que le disciple Rose-Croix A.M.O.R.C. est le jouet
du diable. C ar la d é p e n d a n c e et la passivité psychiques qui
caractérisent cette nouvelle experience «myst ique» sont pour
le moins dangereuses. Elles cont ri buent a faire de l'homme
une mari onnett e de Satan. La Bible, Parole de Dieu, nous e n ­
seigne qu'il nous faut avoir une tout autre attitude. L' homme
pecheur, mais régénéré par le Saint-Esprit, doit s 'a b an d o n n e r
a Dieu, non s'annihiler. L’a ba n d o n , loin d'ètre de la passi­
vité, est au contraire un acte conscient, réfléchi. En d'autres
termes, le chrétien est un être responsable et conséquent : il
ne c on fo nd ra j amai s a b a n d o n et passivité!
Qua nt au fait d'émett re des vibrations à distance, et parfois
a des milliers de kilomètres, cela souleve aussi bien des ques ­
tions. Est-ce un iquement une activité du psychisme humai n?
S'agit-il de p h eno men es par apsychol ogi ques? Pour notre
part nous penc ho ns pour la deuxi eme interrogation. Car
nous croyons, en effet, que seules des puissances d'origine
d e m on i a qu e sont capables de realiser une telle relation oc­
culte. Cela est rendu possible pa r le moyen de l'égregore rosi­
crucien... Toutes les pensees psychiques et parapsychiques
du disciple rosicrucien A.M.O.R.C. sont orientees vers un
point focal - le G r a nd -M aî t re - qui, aussitôt après, les ren­
verra a l'expéditeur! Cet échangé psychique ne peut p r o ­
duire, a notre avis, que des résultats néfastes po u r ceux qui
prati quent cet «exercice».
225 M an uel Perm anent de Reference et d'inform ation , p. 73.

201

15. Expériences d em on iaqu es ou supercheries?

Que penser de tout cela? Q uo i qu e l'A.M.O.R.C. affirme
que la «fabrication» des nuages soit biblique 226, il n'en d e ­
meure pas moins que l'on peut se poser à juste titre de sé­
rieuses questions, non pas pa r le fait que les nuages, ou
nuees, aient existe, mais q u an t à leur emploi. C h a q u e fois
que Dieu utilise un nuage, c ’est p o u r lui, et non pour
l’homme. C'est Dieu qui se cache et non l'inverse. En effet,
Dieu lui-même a dit: «Tu ne pourr as pas voir ma face, car
l ' h o m me ne peut me voir et vivre» ( Exode 33: 20). Un autre
exemple, celui de la Transfiguration, prouve que Dieu,
l or squ ’il parle, ne desire pas être vu: « C o m m e il (Pierre) p a r ­
lait encore, une nuee lumineuse les (Pierre, J acques et Jean)
couvrit. Et voici, une voix fit en tend re de la nuée ces p a ­
roles...» (Matt hi eu 17: 5). Ainsi, Dieu utilise, de t emps en
t emps, des nuages p o u r se révéler tout en gardant secret son
visage et sa sainteté. Qua nt à la techni que occulte de
l 'A.M.O.R.C., elle n ’est q u ' u n e grossière falsification q u ’il
faut à tout prix rejeter.
Il en est de même po u r la projection psychique, la lévita­
tion, l’aura, etc. C ar tous les p h é n om èn e s p a r a no r ma ux ont
une origine et une explication qui ne sont pas forcément
d ’ordre rationnel, mais qu'il faut situer sur le plan m é t a p h y ­
sique. Là, il est évident que, sur le plan purement scientifi­
que, nous n' avons auc une illusion à nous faire car ces e x p é ­
riences é c happ en t à la logique et à la rigueur scientifiques de
même que, dans la pl upart des cas, aux appareils de mesure,
même les plus perfectionnés 227. C ’est d o n c u ni quement dans
le d om ai n e spirituel, et plus exact ement dans la Bible, que
nous pouvons trouver la clef du problème. L’A.M.O.R.C., in­
vol ont ai rement d'ailleurs, nous d o n n e implicitement la ré­
ponse. Lorsque l’a ut eur d ’une mon ogr ap hi e écrit que
« l ’énergie, les matériaux empl oyés et le processus par lequel
est forme le nuage ne sont pas c onnus par l 'homme. Ces élé­
ments procèdent nécessairement du divin; en d'autres
termes, ils sont de nature divine. Par conséquent, la cause pri226
Des passages com m e Exode 24: 16. 16: 10 el 19: 9: I Rois 8: 11 sont ci­
tes pa r l’A.M .O.R.C.
-î7 L'A.M .O .R.C., c epe nd ant, disposerait de tels appareils po u r ses p r o ­
pres experiences eflectuees dans son « L ab o ra to ire de pa rapsychologie» de
l’«Universite Rose + Croix» de San José.

202

m aire des résultats alchimiques et mystiques auxquels nous
désirons parveni r se trouve d ans le divin» 228.
L' auteur de cette m on og ra ph i e a vendu la meche: ces m a ­
nifestations «al chi mi ques et mystiques» seraient d ’inspira­
tion «divine». L’A.M.O.R.C. reconnaît implicitement l’ori­
gine mét aphysi que de ces expériences. Mais à partir de là,
nous s ommes en droit de nous poser cette question: quel d i ­
vin? S’agit-il de Dieu? Cert ai nement pas! C ar Dieu ne nous a
pas créés pour être des «fabricants» de nuages! Le chretien,
lui, ne cherche pas à s 'a mu se r à se cacher derriere des nuages
ou a projeter son corps psychique dans l'espace; il cherchera
plutôt à glorifier son Seigneur et son Dieu p ar une vie livrée.
Alors, puisqu'il ne s’agit pas de Dieu, il ne reste plus qu' un e
seule explication: le «divin» dont il est question ici n ’est
autre que Satan en personne, le prince des dé mo ns et de ce
monde. C ar le diable, l’ennemi ac harn e de Dieu, cherche par
tous les moyens à s upp lan ter Dieu, à lui ravir sa suprématie
et son autorité. C o m m e le dit j us tement le pasteur Maurice
Ray, «le seul véritable adversaire, c’est Satan le dieu de ce
s iècl e22Q.»
Le diable existe! Il est bien réel et son action est clairement
manifestee dans le monde. Il est men teur dès le c om m en c e­
ment et le sera j u s q u ’à la fin. Son action perfide et malfai­
sante est suffisamment attestée par la Bible tout entiere. Sa
puissance, q uoi que limitée, n'est pas à négliger. Satan, en ef­
fet, n'est q u' un etre limite: il n'est pas tout-puissant, n ’est pas
omniscient, ou omni potent. En vertu de ces limitations, le
diable ne peut pas tout faire, car il ne faut pas oublier q u ’il
n'est q u ' un e creature. C e pe n da n t , il dispose, avec la permis­
sion de Dieu naturellement, d ’un pouvoi r non négligeable. Il
peut, en particulier, contrefaire les oeuvres de Dieu. Dans un
passage biblique bien con nu du livre de l’Exode, celui qui re­
late les dix plaies, nous voyons que les magiciens d ’Egypte
accomplirent, du moins au début, les mêmes miracles que
Moïse (Exode 7: Il et 22; 8: 3). Par la suite les magiciens d u ­
rent s’incliner devant la puissance que Dieu avait accordée a
son serviteur Moïse ( Exode 8: 14). Ainsi, dès la troisième
«plaie», les suppôt s de Satan ne furent plus en mesure de
9 e m ono grap hie. 9e degre, p. 5.
229 M. Ray, Echec a l'oppresseur, p. 44.

203

s 'o pp o se r a Dieu. Ne pouvant l'egaler, il cherchera a t rom per
et à abuser son mo n de : il tentera de faire croire que... mais
en définitive cela appart ient au m o n d e psychique et illusoire.
Le diable, il faut le dire, excelle a ce travail a dmi ra ble me nt
bien. Il promet a l’h o m me des choses extraordinaires, et il ne
se t rouve pas toujours en mesure de tenir ses promesses. Un
de nos cor respondant s, e x- me mbre de l’Ordr e Rosicrucien
A.M.O.R.C., ayant atteint le 12e degré, nous écrivait: « E n ce
qui concerne le d é do ub l em en t ou l'invisibilité, l’A.M.O.R.C.
n ’a rien invente, ces mét ho des existent dans diverses parties
du monde. Ex. tel article de presse relatant la fuite du DalaïLama et de sa suite, et des nuages sont venus, paraît-il, les
dissimuler, alors q u ’ils étaient poursuivis par des troupes
communi stes chinoises... Les met hodes A.M.O.R.C. me p a ­
raissent élémentaires (...). Je ne me suis j amai s rendu invisi­
ble, je ne connais per sonne qui l'ait fait, et ne considéré pas
cela c o mm e serieux. Qua nt au d éd ou bl eme nt , il existe de très
n om br eu x livres a ce sujet (et la encore le processus
A.M.O.R.C. est elementaire), c'est un p h en o m e n e assez c o u ­
rant (émotions très fortes, dangers, anesthésies, drogues, al ­
cool, etc.) mais très difficilement contrôlable 230.» Notre cor ­
r es pondant , qui fut un m embr e fidele de l'A.M.O.R.C. p e n ­
d a nt 30 ans, reconnaît fr anche me nt ne pas s’ètre rendu invisi­
ble. Ce témoignage qui l' hon ore est corrobore par un autre,
celui-ci ém an ant d ’un ex- membre de l'A.M.O.R.C., du 10e
degre, qui, lors d ’un entretien, admi t la même chose. Par
contre, et selon d ’autres témoignages, ces enseignements, ces
experiences ont pu réussir avec d ’autres membres.
Da ns toute experience psychique ou parapsychol ogi que, le
réel côtoie l’imaginaire. Le diable est expert dans ces deux
domaines. Tant ôt il cherchera a seduire par des miracles
réels, «visibles», tantôt il recourra à d'habiles subterfuges.
Quoi qu'il en soit, le diable saura tirer son epingle du jeu.
Pour nous, il ne nous importe pas de savoir si le diable a le
pouvoi r de rendre invisible l’homme, mais d ’affirmer que
«Le Fils de Dieu a paru p ou r detruire les oeuvres du diable»
(I Jean 3: 8). Ainsi, nous avons à faire avec un ennemi déjà
vaincu... Allons d on c vers celui qui est la source de toute vie
véritable, Jesus-Christ, lequel s'est d on ne lui-mème p our
!Jtl M. M.. corre sp ond a nc e, 7 no vem bre 1983.

204

nous racheter du pèche et de la mort. «Seigneur a qui irionsnous, toi qui as les paroles de la vie eternelle» (Jean 6: 68).
L 'é t h i q u e de l ’A . M . O . R . C .

1. Le Code de Vie du Rose-Croix
Tout e l’ethique de l'Ordre Rose-Croix A.M.O.R.C. est en
particulier résumée dans les trente articles du Code de Vie du
Rose-Croix. Ecrits dans un style très académi que, ces articles
définissent avec précision la condui te que doit avoir tout ro­
sicrucien. Ce sont, p ou r la plupart, des c om ma n d e m e n t s m o ­
raux ou l ' humani sme est loin d'être absent, et qui traitent des
relations que tout disciple de la Rose-Croix est censé avoir
avec autrui; de même les engagement s politiques ou religieux
entrent dans le cadre de l'éthique rosicrucienne tel que
l'A.M.O.R.C. le professe.
2. Une éthique impersonnelle
L’ethique de l'Ordre rosicrucien A.M.O.R.C. est, paraît-il,
i mpersonnelle. Toutes nos actions, toutes nos pensees do i­
vent être empreintes du caractère d'impersonnalite. Le mot
« i mpers onnel » est très ambigu. De quoi s’agit-il? Il est très
difficile de d o n n e r une explication sur le plan pratique de ce
qu'est une action impersonnelle. Une mo no gr ap hi e tente
d' expliquer, ou plutôt de justifier, ce q u ’est la «vie i mperson­
nelle»: «Selon la conception mystique, la vie impersonnelle
consiste a inclure autrui d ’une mani èr e directe - et parfois i n ­
directe - dans les bienfaits qui nous echoient. Q ue lq u' un peut
réellement devenir très riche et même multimillionnaire, et
d e me ur e r aussi un bienfaiteur de l’humani t é dans la conduite
de
ses
af fa ir e s2’1.»
L’éthique
impersonnelle,
selon
l'A.M.O.R.C., serait d onc le fait que tout bienfait ne devrait
j amai s profiter à un seul, mais a tous. Si q ue lq u' un découvre
une chose qui puisse etre utile p our l'humanite, qu'il la par ­
tage avec autrui, il est cense realiser un acte ethique i mper­
sonnel, même s'il vend son brevet très cher et qu'il s’enrichit
demus ure me nt !

2)1 I6S m o n o g r a p h i e , 9e d e g r e . p. 6.

205

3. Les relations avec autrui
Bien que l'éthique de l'A.M.O.R.C'. soit «i mpersonnel le»
et qu'elle soit sujette à caution, il n ’en demeu re pas moins
que les articles du Code de Vie c on cer na nt les relations avec
autrui sont très... personnels! Les articles IV, VIII, IX, X,
XVIII. XX, XXIV, XXV, XXVI, XXVIII forment un e n s e m ­
ble d'exhortations, de r e c om m an da ti o ns et de conseils. La
plupart de ces articles rendent témoignage d ' un e haut eur
d'esprit elevee, sinon même d ' u n e inspiration chrétienne: le
p ar do n des offenses, la tolérance, le respect des autres, le re­
fus des honneur s (l'humilite), le désir d 'a ide r les autres, etc.,
sont, on le voit, des vertus loin d ’être c onda mna bl es . La m o ­
ralité telle que l’A.M.O.R.C. la conçoit, du moins sur le p a ­
pier, est, il faut le reconnaître, exemplaire. Certes, et c’est la
le point faible de toute l'ethique rosicrucienne, l’origine et la
finalité de toute la morale Rose-Croix sont ant h ro po c en t ri ­
ques. C ’est l’h o m m e - et l’h o m me seul - qui est la cause et le
but de tout son c om po rt e me nt ét hi que dans la société. Mais,
dira-t-on, les comment ai res de ces articles sont truffes d 'a ll u ­
sions au «Co s mi q ue » ou aux «Maî tres invisibles». C ’est vrai,
mais il faut se souvenir que le seul « Maî t re» que connaît le
rosicrucien n ’est autre que son «moi intérieur».
Un mot revient souvent, celui de «serviteur». L'esprit de
service a r e n c o n t r e de son prochai n - c omme vis-à-vis de
l'Ordre - est un critère très i mport ant po u r le rosicrucien. Ses
devoirs et ses obligations sont n o mb re ux et, a vrai dire, il est
prati quement impossible de les accomplir.
4. A ider la religion de son choix?
L'article XXII que nous reprodui sons in extenso: « Ac­
corde ion soutien a une religion de ton choix p ou r qu'elle
poursuive sa mission de lumiere» est certainement l’un des
plus controversés qui soient. La probl éma ti qu e est de taille,
car n'oubl ions pas que l'A.M.O.R.C. pretend ne pas être une
religion, mais son enseignement est religieux; de plus, il af­
firme être tolérant et respectueux, mais ses membres subis­
sent un veritable en doctr inement psychique et occulte. Mais
la où résidé le problème, c'est que les enseignements rosicru­
ciens de l'A.M.O.R.C. sont fo nd a me n ta le me nt antibibliques
et antichretiens. Alors, comment un rosicrucien qui nie la
206

doctrine de la Trinité, qui croit que Jésus est un avatar ou qui
adm et le pant hei sme peut-il ai der une religion de son choix,
a fortiori chrétienne? C a r l'A.M.O.R.C. prône q u' un bon rosicrucien se doit d 'e xpli quer quelle est la «mission de lu­
mière» de la religion et qu'il faut m êm e la soutenir financiè­
rement!
5. A propos de l ’argent
L’argent occupe une grande place dans l'ethique de
l'A.M.O.R.C. D ’ailleurs H. Spencer Lewis ne se cache pas
p o u r l’affirmer. N'ecrit-il pas que «l 'un des deux bienfaits
que l'on d e m a n d e le plus souvent au Co smi que l'un, c'est
peut être l'argent, et l’autre, c ’est la s a n t é 232». Bien que H. S.
Lewis affirme que le « C o sm iq ue n' eprouve pas de sy mbo ­
lisme p o u r l'emploi de l’argent» 253, il n ’hésite pas à pr odi ­
guer des conseils p ou r s'en procurer. Pour lui, on peut utili­
ser les «lois mentales ou mystiques» p ou r parvenir a ce but.
Le f onda te ur de l'A.M.O.R.C. croit q u e l’action du C os mi ­
que est utile pour obtenir la s omme d ’argent que l'on desire.
« D e façon generale, écrit H. S. Lewis, l'acquisition d'argent
grâce a l'aide Co smi que se ramene a une forme de c on cen tr a­
tion qui est simple et efficace. (...) Si l’on desire 1000 trancs,
c ’est sur ce chiffre qu'il convient de se concentrer. (...) ht tous
les jours, le matin, a midi et le soir, juste avant les repas, la
per sonne qui désire cet argent doit se mettre en harmonie,
p a r la relaxation et la concentration, avec l'esprit cosmique et
u ni vers el 231...» Cet exercice peut être répété p enda nt quatre
ou cinq j ours: le résultat, positif bien sur. ne fait aucun doute
paraît-il.
Cette mê me technique est aussi valable po u r un emprunt
bancaire. « Q u a n d vous recherchez l'aide du Co smi que pour
e m p ru n t er de l'argent, ajoute H. S. Lewis, il faut supposer
qu e vous avez dans l’esprit quelque per sonne ou quelque or­
gani sme qui pourr a vous prêter de l'argent. (...) Les choses
étant ainsi, vous pouvez alors visualiser la somme, ainsi que
la per sonne et l'organisme dont vous desirez obt eni r le prêt.
En vous concent rant sur cette visualisation trois fois par jour,
!)2 H. S. L ew is, Principes rosicruciens pour le foyer ei les affaires, p, 57.

23:1 II. S. Lewis, ibid., p. 59.
1,4 H. S. Lewis, ibid., p. 62.
207

vous pouv ez compt er sur l'aide du C os mi que a condition, n a ­
turellement, que vous ayez fait les démar chés terrestres, p h y ­
siques et matérielles normales 235...»
Constat ons, avec regret, que l e t h i q u e de l'A.M.O.R.C. se
préoccupé bien plus de prospérité é c ono mi qu e ou financière
q ue de morale p ropr ement dite. Un e m pr un t bancai re ou, à
plus forte raison, un pl acement l ucratif ne sont pas a priori
des pratiques chrétiennes convenables. La Parole de Dieu
est, a cet égard, explicite. La par abol e de l 'ho mme riche ex­
prime bien le reflet de notre mentalite actuelle et qui est aussi
celle de l’A.M.O.R.C.: «J'ai amasse de grands biens - mai nt e­
nant je vais me reposer et me rejouir» (Luc 12: 17-21): par
ailleurs, nous lisons: « R e c o m m a n d e aux riches du present
siecle de ne pas etre orgueilleux, et de ne pas mettre leur es­
pér ance dans des richesses incertaines, mais de la mettre en
Dieu, qui nous d o n ne avec a b o n d a n c e toutes choses pour
que nous en jouissions. R ec om ma nd e -l eu r de faire du bien,
d'etre riches en b onnes oeuvres, d' avoir de la libéralité, de la
générosité, et de s 'amasser ainsi p ou r l'avenir un trésor place
sur un f ondement solide, afin de saisir la vie véritable» (I Timot hee 6: 17-19). Il semblerait que l'A.M.O.R.C., tout
c omme la plupart des Ordres rosicruciens, passe par-dessus
ces versets pourt ant si clairs. C a r tous ces Ordres, et certains
ne se cachent pas, sont riches et font étalagé de leur soi-di­
sant puissance. La prospérité financière des Ordres, tout
c o mm e celle de quelques-uns de ses membres haut places, a
de quoi faire frémir. Car, toutes les sectes rosicruciennes
(sauf peut-être l'Association de Max Heindel, du moins en
Europe) savent bien utiliser toutes les ressources des t echni ­
ques modernes, des médias en particulier. Ainsi s’est déve­
l oppe le «Mar ket ing de l'occulte», c'est-a-dire que les as so­
ciations Rose-Croix, surtout l'A.M.O.R.C., ont mis au point
grâce à l'argent un système d ’action psychologique sur le p u ­
blic à des fins purement commerciales. L'argent, en défini­
tive. ne sert qu' à financer une publicité tapageuse en vue
d ’un seul objectif: la rentabilité. Ce qui explique que les O r ­
dres occulto-initiatiques ont ces dernieres années sensible­

II.
S. Lewis, ihicl., p. 6f>. C'e st n ous qui le soulignons. Parmi les ho
motifs p o u r e m p run ter, citons: «Le placem ent d'a rgent d a n s une entreprise
pro sp é ré» , «l'a chat d 'u n e m aison bien situee et repré sentant un bo n p lace­
m ent immobilier», etc.

208

ment progressé en puissance: il est vrai q u ’avec l’argent on
peut tout vendre, même le mensonge!
6. C om m ent fa ire clés affaires?
L'ethique rosicrucienne de l’A.M.O.R.C. est une ethique
basée s ur la loi theorique de la « co mp en sa ti on », autrement
dit du Karma. Nou s connaissons le principe: si nous d o n ­
nons, nous recevons et si nous prenons, on nous prendra. De
plus, l’ethique est fortement axee sur la puissance de
l’h omme, ou, plus exactement, sur ses pouvoirs psychologi­
ques ou psychiques. Ainsi l’homme, grâce a ses pouvoirs,
peut prétendre a une brillante carriere et forcer le succès.
La preuve nous est d on nee p ar le f onda te ur de l’Ordre. Il
écrit a ce propos: «Lors que vous cherchez a attirer les clients,
souvenez-vous que vous devez utiliser des principes psycho­
logiques subtils et les mettre en pratique de telle sorte que la
per sonne qui doit en être affectée se rende compt e pleine­
ment de ce que vous faites et en prenne note m e n t a l e m e n t 236.»
C o m m e n t vendre un p rodui t? Cela revient a dire: c o m ­
ment convaincre le client? (ou l ' «embobi ner »?) H. S. Lewis,
de nouveau, se permet de d o n n e r des conseils p ou r le moins
d out eux : « Que vous cherchiez à vendre une marchandi se a
une personne (...), il est abs ol umen t nécessaire de creer dans
l’esprit de l'acheteur eventuel une répliqué de l’image que
vous avez dans l'esprit. C ’est vraiment l'art de la t ransmis­
sion de pen se e. mais au lieu de l'accomplir exclusivement au
moyen de la telepathie ment al e, vous avez l’avantage s u p ­
plémentaire d ’utiliser des mots et d'autres lois psychologi­
q u e s 23'...» Pour H. S. Lewis, le succès en affaires ne tient
q u ' a cette met hode qui consiste a regarder le «client» droit
d an s les yeux au niveau de la partie supérieure du nez!-3li
L'attitude mentale, soit le «regard solide et conscient», doit
a m e n e r le client a la «vérité»!
7. Peut-on encore parler d'ethic/ue?
C'est, en effet, la question q u 'o n peut se poser a juste titre.
C ar il semblerait que toute la préoccupati on ethique de
l'A.M.O.R.C. t ourne principalement a u to u r de la puissance
2)4 H. S. Lewis, ihul.. p. 139.
:l" H. S. Lewis, ihul.. p. 95. ( " e s t nous qui le soulignons
-18 Hypnose!

209

et des pouvoirs de l’homme. Sous le couvert du mot « i m p e r ­
sonnel», l’ethique rosicrucienne est en fait très matérialiste.
L'argent, la richesse, le désir de domi nat ion, le succès, etc.,
sont les points forts de l'éthique de l'A.M.O.R.C. Certes, il y
a des belles paroles, pleines d ' a m o u r et de compréhensi on,
mais elles sont noyees parmi des considérations qui n'ont
rien a voir avec l'ethique. Utiliser ses pouvoirs psychiques
(transmission de pensee et même hypnose) afin de c onva in­
cre l'autre, est-ce la une éthique accept abl e? Non! Nous nous
trouvons ici en présence de pratiques scandaleuses, indignes!
Le désir de convaincre à tout prix n'est pas, selon nous, le
signe d ' u ne bonn e ethique. N ’y a-t-il pas le risque de t omb er
sous la d ép e nd an ce de l’h o m m e ? Réfléchissons un peu: n o ­
tre liberté, et celle des autres, n'est-elle pas menacee par de
tels agissements? C ar nous croyons q u ' u n e telle façon de
p roc éder peut atteindre le bien le plus précieux que l 'ho mme
possède: la liberte. L ' ho m me est appe le à vivre dans la li­
berté, non dans l'esclavage. Un e veritable ethique est celle de
la liberte. Mais s ouvenons -nous que la vraie liberte est un
do n et une grâce de Dieu.

210

C H A P I T R E VI

Le Gnosticisme du Lectorium
Rosicrucianum
La p h il o s o p h i e « g n o s t i q u e » d e la R o s e - C r o i x d ' O r

No us a bo rdon s ici la doctrine phi los ophique du Lectorium
Rosicrucianum, appelé aussi «Rose-Croi x d ' O r » (RozekruisPers en néerlandais), c omme nous l'avons ment ionne dans
notre expose historique. Ce mou vemen t est très sectaire et
cela se traduit par des prétentions demesurees. Il se pretend
être la seule voie de salut dans le monde! «Le Christianisme
pur, immaculé, l’Enseignement universel, la Religion origi­
nelle sont gardes p our nous de façon exclusive et irrevocable
da ns les Mystères. Les Hi érophant es des Mystères n'ont j a ­
mais rien fonde qui puisse ressembler a des eglises ou a des
institutions magico-mystiques. Tout ce qui a pu être raconte
la-dessus est au plus haut degre une e r r e u r 1.»
La doctrine du Lectorium Rosicruci anum est sans conteste
l'une des plus ardues et compl iquées que nous avons etudiee.
Le vocabulaire très recherche et sophistique, la symbolique
extrême, et la complexité de l'enseignement de la Rose-Croix
d ' O r font que le lecteur aura sans doute quelques difficultés
a c o m pr e nd re le ch emi nement de cette «phi losophie». Notre
tache a ete rendue encore plus difficile par le fait que cette
secte rosicrucienne, la plus petite et la plus fermee, emploie a
peu de choses près la meme terminologie que celle de nos
milieux chretiens. D'emblee la confusion est totale, et peu a
peu, on s’aperçoit qu'il y a un decalage enor me entre le sens
biblique d' un mot et celui d o n ne par le Lectorium Rosicru­
cianum.
Il ne faut pas perdre de \ u e que cette philosophie «gnosti­
que» est résolument dualiste. Ses maîtres a penser, Jan van
Rijckenborgh et Cat harose de Pétri, ont bâti tout un systeme
philosophico-occulte a partir du gnosticisme «chretien» des
1 .1. v a n R i j c k e n b o r g h et C. d e Pétri, l.u Gnose Universelle, p. 208.

premiers siecles, du mani chéisme et du catharisme. A côté de
cela, ont ete ajoutes la « G n os e originelle égyptienne», les e n ­
seignements de Hermes Trismegiste et, enfin, dans une m o i n ­
dre mesure, ceux de la Theosophie.
1. Une philosophie «gnostique»
Le Lectorium Rosicrucianum se définit c omme une «Ecole
Spirituelle gnostique de la Rose-Croix» et pretend dispenser
un « Ens ei gnement Universel». Ce mouvement , l’un des plus
dangereux que nous connaissons, sectaire et dogmatique,
propose, en effet, une doctrine a la fois séduisante et
confuse. Ce qui impressionne le plus le «chercheur» qui e n ­
tre en contact avec ce « C h a m p de Force», c’est-à-dire le
c h a m p m agnétique du Lectorium Rosicrucianum, c'est son
ap pa r en c e de serieux mais aussi ses idees bien arrètees.
Pour la Rose-Croix d'Or, la « G n o s e est l'essence r a yo n­
nante de l'Autre Royaume qui ne peut, en auc une façon, être
expl iqué à partir des deux sphères de notre ordre de n a t u r e » 2.
La G n os e n'est do nc pas un enseignement écrit, ni même une
tradition orale, mais une «essence r ayonnant e», c'est-à-dire
une vibration de type magnét ique venant du Royaume dit
«originel». Etre gnostique, selon le Lectorium Rosicrucia­
num, c’est intercepter puis assimiler ces vibrations. Aut re­
ment dit, être en contact avec des forces supranaturelles. La
«phi lo sop hi e» du Lectorium Rosicrucianum, loin d'être
gnostique, se définit surtout pa r son niveau d ’occultisme.
Enfin, précisons encore que le «gnosticisme» du Lecto­
rium Rosicrucianum est une voie et un chemin dont l'objectif
ultime est la «transfiguration», c'est-a-dire faire «revivre
l’H o mm e- Di eu du c o m m e n c e m e n t » 3. Nous retrouvons la,
sous un angle différent il est vrai, le perfectionnisme des C a ­
thares d ’autrefois.
2. Une philosophie «trans/iguristique» et <<serpentine»!
Ce qui caractérisé la phi losophie du Lectorium Rosicrucia­
num, c’est qu'elle se dit gnostique. mais aussi transfiguristique. «La philosophie «transfiguristique» est l'enseignement
« m od e r n e » de la Sagesse4.» Tout l'enseignement de la Rose’ J. van Rijckenborgh et C. de Pétri. La Gnose Universelle, p. 34.
3 C. de Pétri, Le Sceau du renouvellem ent, p. 31.
1 J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ibid.. p. 47.

212

Croix d ' O r se place dans la perspective d ’une transformation
totale de l’étre humain. Cette «phi losophie», qui se veut uni­
verselle, a p our objectif de mettre l’h umani te en marche vers
un autre «roya ume », vers une autre «patrie». Seule la «t rans­
figuration», finalité ultime d ’un long chemi nement, pourrait
transf ormer le mo nd e et «transfigurer» les individus. La
« phi los ophie transfiguristique» - tout entiere orientee vers
l’« H o m m e pri mordi al » - est d o nc une philosophie perfec­
tionniste et surtout salvatrice.
La philosophie «transfiguristique» du Lectorium Rosicruci anum serait aussi une «Sagesse des serpents»! Se basant
sur ce verset bien con nu : «Soyez prudents c omme les ser­
pents» (Matthieu 10: 16)3, J. van Rijckenborgh et C. de Pétri
ont élaboré tout un schéma de doctrine p o u r le moins bizarre
et serpentin! Le serpent représenterait, dans la doctrine dite
«transfiguristique», l'objet représentant deux symboles: le
symbole du Très-Saint, du divin et celui de la bète la plus
meprisable! J. van Rijckenborgh et C. de Pétri font une dis­
tinction entre le «Serpent d 'Or » , symbole de l'Esprit Saint, et
le reptile, désigné c omme le diable!
3. Une «franc-maçonnerie» rosicrucienne
Le Lectorium Rosicrucianum est a p pa r e m me n t la seule
secte rosicrucienne a insister fortement sur l’aspect m aç onn i­
que de son organisation et de ses enseignements. Les expres­
sions «franc-maçonner ie personnelle» ou « au to-f ranc-ma­
çonnerie» sont assez fr équemment citees lors des confé­
rences publiques que la secte organise annuell ement; elles
apparai ssent aussi dans un certain no mbre de leurs ouvrages.
«La notion «franc-maçonner ie», lit-on dans La Gnose Uni­
verselle, dans son acception originelle, et plus spécialement le
mot «franc», c’est-a-dire libre, ne désigné pas l'individua­
lisme aigu, l'egocentricite cour ant e de notre monde. Etre li­
bre signifie être en mesure de travailler dans une force vérita­
blement libératrice, avec une force qui rend libre*.» La n o ­
tion de liberté est d on c alliee a celle de force. En d'autres
termes, la «maço nn eri e» du Lectorium Rosicrucianum est sy­
n on yme de «force», de «vibration» ou encore de «Lumiere
’ La «Sagesse des serpents» serait la «radiation de la Sagesse de l'Esprit
universelle», a utrem ent dit la sagesse du dieu impersonnel.
” J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, La Gnose Universelle, p. 128.

213

pranique originelle». Ainsi, le fait d'étre relie a la «Lumi ere
pranique» donnerai t a l'èleve de l’Ecole Spirituelle le statut
de maçon!...
I.a doctrine de Dieu
1. Dieu, un e/re impersonnel
La doctrine de Dieu et la christologie du Lectorium Rosi­
cr uci anum sont d' une grande faiblesse: elles n'existent p our
ainsi dire pas. Certes les écrits de la secte font souvent état de
« Di eu », de «Christ», etc., mais d an s un sens gnostique. Les
formul at ions doctrinales ext rêmement compliquées et
confuses font qu'il est impossible de distinguer, au premier
abor d, la theologie de l'occultisme. Not re d émar ch é thèologique a ete rendue de ce fait très difficile.
Néanmoi ns , nous pouvons dire que tous les mouvement s
rosicruciens sont unani mes sur ce point: Dieu est un être i m­
personnel. Dieu n'est pas un cr éat eur - au veritable sens du
terme - bien qu'il soit éternel. Maigre les belles paroles de ses
f ondateurs, la doctrine de Dieu, la theologie, ne présente
a uc u n intérêt spirituel. Elle est, en effet, tout axée sur
l ' h o m m e et sur ses pretendus pouvoirs d'autoliberation. Par
la même occasion, la doctrine de la Trinité est balayée: le
Dieu trois fois saint n'existe pas, il est remplace par «trois
cour ant s de la Divinité» qui se manifesteraient par «trois a c­
tivités de la Radiation divine». Dieu est Lumiere, mais il
n'est que lumiere; Dieu est un feu dévorant, mais seulement
«feu spirituel». Bref, Dieu n'est ni personnel, ni, encore
moins, une per sonne: il est «r adi at ion », «fluide», «vi bra­
tion», c'est-a-dire impersonnel.
Reprenant les idees de tous les gnostiques d'autrefois, le
Lectorium Rosicrucianum professe la dichot omie de Dieu
(quel Dieu?). «Le Dieu de l 'Ancien Testament, écrivent Jan
van Rijckenborgh et Cat haros e de Pétri, est un dieu abs ol u­
ment naturel, un demiurge, di amét ralement oppos e à Celui
du Nouveau T es t ame nt '. » Ainsi, les Juifs et les C'hretiens se­
raient coupables d ' a d or er le demiurge, le dieu de la N a ­
ture!...

J. v an R i j c k e n b o r g h et C. d e Pétri. La Gnose Universelle, p. 84.

214

2. Dieu, un serpent?
Il est import ant de signaler ici que le Lectorium Rosicru­
ci anum considéré que Dieu est... un serpent! Il existerait, en
effet, en plus des serpents d'airain et igne, un troisième «ser­
pent» appelé le «Serpent d' Or ». Celui-ci serait identifie a
Dieu! Le but de la philosophie occulte du Lectorium Rosi­
cr uci anum est d'entr er en contact avec le «Serpent d'Or »,
aut rement dit le principe divin! « D a n s la doctrine transfiguristique, font re ma rqu er les mêmes auteurs, le serpent est
l'objet représentatif de deux grands symboles, le symbole du
Très-Haut, du divin au sens le plus absolu du mot; en second
lieu, il symbolise ce qui est le plus méprisable, le plus impie.
No u s voyons d ' u n coté le serpent c omme le reptile sifflant,
crachant et bavant son venin, et nous le voyons d' un autre
côté comme le symbole de l'Esprit S a i n t 8.» Dieu serait donc
un symbole - la notion d' un dieu impersonnel réapparaît - et
lin serpent! Autant dire le m o n d e à l'envers... Jamais, au
grand jamais, la Bible identifie Dieu au serpent. Ce qui est
vrai, par contre, c'est qu'il y a une inimitié mortelle entre
Dieu et le serpent, le diable. Il est écrit da ns la Bible a propos
du serpent: «Tu seras maudi t entre tout le bétail et entre tous
les ani maux des champs, tu marcheras sur ton ventre et tu
mangeras de la poussiere tous les jours de ta vie» (Genese 3:
14).
3. Jesus-Christ
Le Lectorium Rosicrucianum professe à l’égard du Christ
une doctrine que l’on peut qualifier d'antichrètienne. Les
noms de Jésus ou de C h r i s t 9 sont souvent cités, mais jamais
selon les normes bibliques.
No us lisons dans une lettre d' infor mati on ces propos très
explicites: «... il faut se defaire d ' un e certaine image de
Christ. Général ement , le Christ est etroitement associe à la fi­
gure historique de Jésus de Nazareth. On le conçoit comme
une personne à l’autorite de laquelle le croyant se soumet .. . I0»
L'erreur apparaî t d ’emblee: le Christ est dissocie de Jésus:
* J. van Rijckenborgh et ( de Pétri, i b i d p. 48.
" L'express ion « H iérarch ie de C hrist» revient très souvent d a n s les écrits
de la secte. Elle signifie toui sim plem ent l’«E cole Spirituelle», soit le Lecto­
rium Rosicrucianum !
IU Lettre d 'i nfo rm a tion N" 9. p. 5.

nous retrouverons cette herèsie lorsque nous étudierons la
d octrine christologique de Max Heindel au chapitre suivant.
De plus, Jesus-Christ est considère, selon la Rose-Croix
d'Or, comme un symbole ou, plus exactement, c omme une
force, une radiation cliristiquel Les membres de la RoseCroix d ’Or sont invites - ou forcés - a croire que le Christ est
« une force existant de toute éternité, comme un être illimité
et impersonnel, c omme un elément de force partout et t o u ­
j ours present auquel personne ne peut se soustraire (...).
Nous a ppe lons Christ l'être a n im at eu r de cette terre sainte.
Ce c h a mp de rayo nn ement christocentrique embrasse et p é­
nétre le c ha mp de vie dialectique “ ...» Le Christ, un animateur!
Le célébré passage de Jean 1: 1 : «Au c om men cement était
la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu»
est interprété èsotèriquement. «Le Verbe, lit-on, est une
Force. Au c om menc emen t était la Force divine. Cette Force
divine était et est Dieu. (...) Le Verbe, donc, est une Force, un
Son, une intense et puissante vibration électromagnétique 12.»
Le Christ se trouve ainsi réduit à une force de type i m p er so n ­
nelle.
La liaison entre la «Lu mi èr e pr anique originelle» et
l 'h o mm e est symbolisée par la naissance de Jésus, tandis que
les «pérégri nat ions» de Jésus sur la terre le sont par l’interac­
tion de l'Esprit Saint et de la personnalité. Ainsi le Christ se
t rouve réduit en un symbole. La personnalité divine, spiri­
tuelle et historique de Jesus-Christ est totalement inexistante!
Dans ces conditions, le sacrifice de Jésus sur la Croix
n ’existe donc absol ument pas! Jan van Rijckenborgh et Cat harose de Pétri le disent en des termes qui ne peuvent être
plus clairs: «L'i dée que Jésus, le Seigneur, aurait il y a deux
mille ans expie par un sacrifice unique, sur le bois de la
croix, là-bas, quelque part en Palestine, la faute de l’humanite entière, tète po u r téte et coeur p o u r coeur, l’idee que J é ­
sus nous aurait dans le passe délivrés de nos peches et,
c o mm e l’enseigne le catéchisme de Heidelberg, les aurait
payés, cette idee-là est une é pouva nta bl e, une effroyable er­
reur. Du point de vue ort hodoxe, c’est une énormité, une fal­
sification de l’enseignement, introduite par la vieille Eglise.
" Un chemin pour notre tem ps: la R ose-C roix d'Or, p. 18.
12 C. de Pétri. Le Sceau du renouvellem ent, p. 24.

216

Par cet enseignement, l’Eglise a glissé j u s q u ’a son impuis­
sance caricaturale a c t u e l l e 13.» Ces paroles, et nous pesons
nos mots, sont monstrueuses, bl asphématoi res et blessantes
p o u r le Christ et son Eglise.
Qui do nc est mort sur la Croi x? L' ho mm e tout simple­
ment! Les mêmes auteurs l’affirment nettement: «Le sacrifice
unique, c'est en vous qu'il doit avoir lieu, et le bois d ’infamie
est votre corporéité dialectique. Gol got ha est la place du
crâne ou le processus de crucifiement, la sixieme phase du
mystere d'initiation, célébré son c om menc emen t et sa fin,
afin que la septième phase, le mystère de la résurrection,
puisse s’a c c o m p l i r 14.» Qu 'e n est-il de la mise au t ombeau et
surtout de la résurrection? La encore Jan van Rijckenborgh
et C at haro se de Pétri vont j u s q u ’a écrire que «le tomb eau du
Christ se trouve partout ou un eleve suit le chemin de la
G n o s e » 15. Le « t o m b ea u» du Christ se situerait d onc en
l’homme! «Le t ombeau, lit-on dans le meme ouvrage, est la
partie impie du mi crocosme; (...) Le Saint-Sepulcre est la ou
une nouvelle personnalité transfigurée se leve dans un micro­
cosme reconcilie avec Dieu, dans un jour n o u v e a u 14.»
4. Esprit ou Sa in t-E sprit?
Le Saint-Esprit est lui aussi l'objet de spéculation occultothèologique. Citant le texte de l’evangile de Jean, chap. 1,
versets 32 a 34. Cat haros e de Pétri affirme q u ’il y a une dis­
tinction entre l’Esprit et le Saint-Esprit! «L'Esprit, ecrit-elle,
devient Saint-Esprit q u a n d il peut descendre sur un homme
et peut rester sur l u i 17.» Tout c omme p our Dieu et Christ,
l'Esprit serait une « For ce »: « L ’Esprit est la quintessence de
la Gnose, l’essence du R oyaume Immuable, l'Energie de la
Vie n o u v e l l e 18.»
Le travail de l'« Esprit » serait de c om m u n i q u e r a l'homme
l’«essence de la Vie originelle». L'«Esprit » en touchant le
microcosme rendrait le « M o i » de l 'ho mme en état de «reddi11 J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid., pp. 194-195.
M J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid., p. 195. C'est nous qui le souli­
gnons.
15 ihid., p. 214.
'" J . van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid., p. 214.
’’ C. de Pétri. L e Sceau du renouvellement, p. 19.
18 C. de Pétri, ihid., p. 20.

217

t ion» et deviendrait ainsi «Saint-Esprit» r a r l’homme. Le tra­
vail de l'«Esprit», q uoi que important, serait impersonnel.
« Ce service impersonnel à l 'hu mani t é est axe sur les lois 19 de
la Vie libératrice, et généré p ar elles: service si impersonnel
qu'il exclut la joie aussi bien que la tristesse, la satisfaction
aussi bien que la s o u f f r a n c e 20.» Ainsi, le Saint-Esprit, troi­
sième personne de la Trinité, mais selon le Lectorium Rosi­
cr uci anum «radiation consol ant e», serait un être i m pe rs o n­
nel et ses «services» seraient eux aussi i mpersonnels! ‘
Nulle part nous voyons da ns la Bible la subtile différence
de l’Esprit. Selon les écrits vetèro et néo-testamentaires, le
Saint-Esprit (Luc 1 1: 13) est aussi appele l’Esprit, l ' Esprit de
l’Eternel (Esaïe 40: 13), I’Esprit du Pere (Matthieu 10: 20),
('Esprit de Christ ( Romai ns 8: 9), l’Esprit d ' a d o p t i o n ( R o ­
mains 8: 15), etc., mais aussi l’Esprit de vérité (Jean 14: 17),
l’Esprit de saintete (Romai ns 1: 4), l'Esprit de gloire (I Pierre
4: 14), etc. Toutes ces expressions désignent sans exception
une seule et même personne, le Saint-Esprit.
La Cosmogonie du Lectorium Rosicrucianum
Pour le Lectorium Rosicrucianum, il n ’y a pas, p our ainsi
dire, de Cosmogonie. Certes, elle n'est pas absente, mais elle
ne prend pas a ut ant de place que dans la pensée de Max
Heindel, p ar exemple. Il est intéressant de noter, par contre,
que, sur ce point seulement, la doctrine du Lectorium Rosi­
cruci anum, p ourt ant dualiste a l'extrême, semble s’infléchir
vers un certain pantheisme.
La terre ne serait pas un système indép en da nt , mais un élé­
ment d ’une septuple planète. Ces m ond es - ou états de vibra­
tions différents - tourneraient a u t o u r d' u n même axe. Le septieme «aspect cosmi que» (ou mo nd e) serait celui des
« ronde s perpetuelles», c'est-a-dire celui de la t ransformation
i ni nterrompue de la matiere. Q u a nt aux six autres « mo ndes »,
ils seraient en étroite relation avec le notre.
/. L'espace vide n 'existe pas
Le f onda te ur du Lectorium Rosicrucianum, dans son
ouvrage fondamental Philosophie elem entaire de la Roselï Lesquelles?
2(1 C. de Pelri, ihicl.. p. 22.

218

Croix moderne, reprend a son compt e l'heritage des mo uv e­
ments ésoterico-occultes: « D ' a p r e s l 'Enseignement Univer­
sel, l’infini, est rempli de substance originelle (ou nommee
aussi: substance-racine cosmique). La Fa ma Fratem itatis
constate ce fait dans l’axiome: «11 n ’y a pas d ’espace vide.»
Cette matière originelle est constituée, dans l’espace visible,
p ar les atomes de divers elements a l’etat indi ffér enci é21.»
Le m o n d e aurait do nc été cree avec de la «matiere origi­
nelle». Jan van Rijckenborgh affirme que N e p t u n e e n p r o ­
n onça nt son Fiat créateur, l’eau, ou plutôt les «eaux origi­
nelles», se serait formé. De plus, la terre, planete de notre
systeme solaire, serait une sphere magnét ique avec une
«source» au pôle nord et un systeme d ’évacuation au pôle sud !
« N o t r e « Me r e la Terre», en tant que cosmos, écrit J. van
Rijckenborgh, est un enfant du Soleil: l’homme, en tant que
microcosme, l’est également. Les habitants de toutes les planetes de notre systeme solaire sont nos frères et soeurs (...)
Un h om me vraiment gnostique n ’est plus uni quement un h a­
bitant de cette terre, mais un habitant du soleil, c’est-à-dire
q u ’il se trouve en unité avec le systeme solaire, la Terre
Sainte; q u ’il est en union magnetique avec Dieu et son plan,
en tant que m i c r o c o s m e 23.»
2. Les O .V .N .l.
Jan van Rijckenborgh et, avec lui, tous les eléves du Lecto­
rium Rosicrucianum croient a l’existence des... soucoupes
volantes! Et p ar la même occasion à l’existence d ’autres h a ­
bitants dans les planetes de notre systeme solaire! Le G r a nd
Maître de l'Ordre d ’Haarlem pretend que notre terre serait
soumise a de fréquents «courant s magnetiques étrangers» ve­
nant d ’autres planetes ou satellites de notre galaxie. Pour lui,
il ne se fait aucun dout e que ce sont des extra-terrestres qui,
après une et ude a p pr of ond ie des «cour ant s magnetiques pl a­
nétaires» et des «taux de vibration» de cha que planete, ont
réussi a construire un vaisseau interplanetaire.
21 J. van Rijckenborgh. Philosophie elem entaire de la Rose-Croix moderne,
p. 105.
- S e l o n la m ythologie grecque, N e p tu n e était le dieu de la Mer. Mis de
S aturne et frere de Jupiter et de Pluton.
2J J. van Rijckenborgh, Il n'y a pas d ’e space vide, p. 14. C'est nous qui le
soulignons.

219

Les O.V.N.I. parmi nous? «Ces visites interplanetaires, af­
firme J. van Rijckenborgh, sont à l'ordre du j o u r et nous
sommes persuades q u' à l'heure actuelle, pas une seconde ne
se passe sans que soient présents dans l 'at mos phère terrestre
un grand nombre de tels e n g i n s 24.» Que viennent faire ces
«sou co up es volantes»? Là encore, la reponse nous est d o n ­
née par le même auteur: la presence continuelle d'O.V.N.I.
dans notre espace aerien ne vise q u ' u n seul but, celui «de ré­
tablir le c ha mp magnét ique» perturbé pa r les agissements
des hommes. Les «engins» intersidéraux, sans cesse, pu ri ­
fient, reglent et coo rd o nn en t la vibration des courants m a ­
gnétiques de notre planete. Ainsi les extra-terrestres a c co m ­
pliraient a notre insu un travail «des plus salutaires»!
3. Les deux «ordres de nature»
Le dualisme du Lectorium Rosicrucianum s ’exprime très
nettement q uant à la doctrine des « C i t e s » 25. Nous savons
que, po u r nous chretiens, il existe deux «cites», celle de Dieu
que la Bible appelle le « R o y a u m e de Di eu» et celle da ns la­
quelle nous vivons, la terre. Une cite spirituelle et une cite
terrestre. Q u ' o n le veuille ou non, ces deux cites existent et
l 'homme, citoyen de la terre, est invite à devenir membre du
C or ps de Christ, c'est-à-dire citoyen du Royaume de Dieu. 11
n'y a d onc pas de dualisme entre les deux cités.
Tel n'est pas le cas p ou r le Lectorium Rosicrucianum qui
professe «deux ordres de nature abs ol ument séparés»: notre
m o n d e actuel et la «Terre promise». Il y aurait en effet deux
« c h a mp s de vie», terrestre et céleste. Le premier c o m p r e n ­
drait trois «spheres reflectrices», a savoir l'enfer, le p ur ga­
toire et le mo n de «soi-disant celeste»!
La Terre serait d on c le premier ordre de la nature et c o m ­
prendrait deux aspects, la «sphèr e des vivants» et la «sphère
des morts». Le Lectorium Rosicrucianum a d on n e a ce
« m o n d e » le nom à '«ordre dialectique». «Cet ordre est divise
en deux spheres d ’existence, l'une de ce côté, la s econde de
l'autre côte du voile. (...) Ces deux moitiés d'existence s'i nt er­
pénétrent de plus en plus au fur et à mesure du developpeJ. van Rijckenborgh. ibid., p. 26.
:s Cf. l'ouvrage d 'A ugu stin La Cite de Dieu, écrit après le pillage de Rome
pa r Alaric en 410, qui developpe l'idee q u e la société civile soit soum ise a
l'Eglise.

220

ment de la Révolution a t m o s p h é r i q u e 2\ » L'ordre dialectique
serait subdivisé en trois «sections» - ou «spheres reflectrices» - qui constitueraient le séjour des morts. «La sphere
reflectrice, lit-on dans cette brochure, n'est donc pas le
R o yaume des Cieux dont parle la Langue Sacree, mais
forme, avec le d omai ne d ’existence matériel, l'ordre de n a ­
ture dialectique où tout est assujetti au tourbillon du temps,
d o nc à la finalité, au brisement et à la m o r t 27.»
Le mo n de dit «des vivants» serait celui de la science, de
l’église et de l’occultisme! « C ’est aussi le mon d e des nais­
sances et des morts perpétuelles, de la maladie et de la s ouf­
france, de l’opposi tion et de la f a t ig u e28...» L'autre sphere,
celle des «morts», serait pele-mèle le ciel, le purgatoire et
l'enfer! «C'est le m o n d e de decadence, de brisement, de fina­
lité de toutes choses; le m o n d e du cycle ininterrompu de vie.
de mort, de réincarnation ad in fm itu m lq...»
La Terre p r o m i s e 30, deuxi ème «ordre de nature», serait
le «domaine-de-vie originel de la vague de vie humai ne». Ce
m on d e ne pourrait être con nu par l 'h o mm e «dialectique».
Ce serait, selon la Rose-Croix d ’Or, le « R oy au me des
Cieux», un « d o ma i ne d ' in co mmens ur abl e s pl endeur » et un
«s éj our idéal de l’h o m me originel avant sa chut e par le p é­
ché». C ’est le mo nde sans naissance et sans trépas (...) La p a ­
trie céleste est situee dans un stratum de notre cosmos pl an é­
taire ou n'ont accès ni les soi-disant vivants, ni les m o r t s 31...»
Qui sont les « habi tant s» de cette «Terre promi se»? La même
broc hure repond: « C ’est le d o mai ne de vie des humains
ayant conserve ou reconquis la magnificence et la puissance
primitives, ap a na ge de la création a la ressemblance de
D i e u 32.»
Le dualisme absolu entre la «spher e terrestre» et la
«sphere celeste» est le premier point fondament al de la d oc ­
trine du Lectorium Rosicrucianum. Tous les autres enseigne­
2* Ce qu'est, veut et accomplit la R ose-C roix moderne, p. 56.
2~ ibid.. p. 57.
28 ibid., pp. 10-11.
2q ibid., p. II.
50
Parmi les autres appellatio ns, citons: «Patrie perdue», « R o y a u m e stati­
q ue » , « R o y a u m e im m u able», etc.
Jl ibid., p. 12.
ibid.. p. S). C'est nou s qui le soulignons.

ments (anthropologie, salut, ethique) iront dans la même
ligne: toute la doctrine est basee sur le dualisme matière-es­
prit.
L ’a n t h r o p o l o g i e d e la R o s e - C r o i x d ' O r

L' anthropologi e du Lectorium Rosicruci anum se distingue
particulièrement des autres sectes rosicruciennes par son ex­
t rême complexité. Il semblerait, en effet, que les fondateurs
de «l ’Ecole Spirituelle» aient puisé leurs sources de rensei­
gnement s un peu partout, et n ot a m m e n t dans les écoles oc ­
cultistes. C a r nous sommes convaincus que la pensee de cette
secte Rose-Croix n'est q u ’une philosophie a n thr opo -o cc ul ­
tiste. De ce fait, une ét ude de l ' ant hropol ogi e du Lectorium
Rosicrucianum ne peut être compl èt e que si nous aj out ons à
notre expose toutes les allusions aux caractéristiques oc­
cultes.
]. L 'hom m e triple et nonuple
L'anthropologie rosicrucienne du Lectorium Rosicrucia­
num est des plus compliquée. Tan tô t elle est résolument trichotomiste, tantôt elle est «nonupl iste»!
L ' h o mm e serait d 'a b o r d un être triple. Selon Jan van
Rijckenborgh, l’exemple d ’A d a m 3-' confirmerait la division
de l 'h omme en trois parties: L ' ho m me serait un A D M . soi!
un esprit (A leph), une âme ( D aleth) et un corps (M em ). Ainsi,
en prenant comme base la s o mm e des valeurs numériques
des lettres hebraïques ( 1 + 4 + 40), J an van Rijckenborgh
arrive au chiffre n eu f (le zéro du q uar ant e compt ant pour...
zéro!). L'interprétation que d o n ne le G r a nd -M aî t re d ' H a ar lem est sujette à caution: les trois lettres de l’al phabet hébreu
ne sont pas la preuve, même sous-jacente, de la division tric hot omi que de l ' h o mm e; de plus, l 'addition kabbalistique
n ' a p po rt e pas la certitude que l 'h om me serait tri-trichotomique.
Ainsi, et selon la doctrine officielle du Lectorium Rosicru­
cianum, l 'h omme est constitue en trois parties, elles-mêmes
subdivisées en trois autres parties.
31 A propo s d 'A d a m , le fo n d a te u r de la Rose-Croix d 'O r écrit: « A d a m ne
d é n o m m é pas un individu, mais il represente l'h um anite. prise d a n s son e n ­
semble. dans sa m anifestatio n selon l'esprit, l'a m e et le corps.» ( Philosophie
elem entaire de la R ose-C roix m oderne, p. 130.)

222

- L ' ho m me serait d ’ab or d une «forme spirituelle». De
cette «for me» emanerait 1' « esprit divin», ['«esprit vital» et
l'«esprit humai n» . Ces trois esprits sont censés travailler
dans l’âme.
- La s econde partie de l 'h omme serait la «forme psychi­
que». Elle c ompre ndrai t !’« à m e intellectuelle» (ou «forme de
feu»), l '« àm e émot ionnel le» (ou «forme de force») et l’«àme
consciente» (ou «forme vitale»).
- Enfin, la «forme matérielle» constitue la troisième et
derniere partie de l’h o m m e nonuple. Elle se déc omp os é en
«intellect», en «corps du désir» (appelé encore «corps as­
tral» ou « c h a m p respiratoire»!) et en «corps matériel».
2. L'«Esprit central» ou l'hom m e dodecuple
L’etre no nu pl e ne serait rien, ab sol ument rien, si la «force
divine», appelee aussi «Esprit central», n'etait pas partie
prenant e de l’homme. En effet, un principe spirituel triple
s’intégrerait à l’« h o m m e n o nup le» p our le conduire et le diri­
ger. L’«Esprit central» représenterait la volonté divine (ou
«principe directeur»!), la sagesse et l’a m o u r divins (ou « pr in­
cipe constructeur et conservateur») et l'activité divine (ou
«pri nci pe formateur»). Ces trois aspects de la «force divine»
se manifesteraient dans la triple «forme spirituelle». Ainsi
l 'h o mm e serait constitue de douze parties (les neuf parties ou «formes» - de l ' h om m e n on u pl e avec en plus les trois p a r ­
ties de la «forme divine»).
3. Les trois «sanctuaires»
L' ho mm e dodec up le serait, si l’on en croit Jan van
Rijckenborgh. le siege de trois «sanctuaires»: le «sanctuaire
de la tète», le «sanctuaire du coeur» et le «sanctuaire du bas­
sin»! L’intellect siegerait dans le sanctuaire de la tète, le
corps du désir dans celui du coeur et le corps physique dans
celui du bassin.
Le corps de l 'ho mme est un temple humai n ou, plutôt, il
represente l'image du Tabernacle. L'homme, selon cet ordre
de nature, possédé bien les trois sanctuaires, mais son «t aber­
nacle h umai n» est dialectique! Le sanctuaire de la téte est
régi par une conscience biologique! Celui du coeur est le
jouet des «forces psychiques de l’h o mm e inférieur» et il en
est de même p our le sanctuaire du bassin («forces etheri223

ques»). Ainsi, le temple de l ' h o mm e «dialectique» serait s é ­
rieusement abime, il serait une «realite brisée».
Par contre, il en est aut rement p o u r l ' ho mme initié: le
sanctuaire du bassin est, selon la doctrine du Lectorium Ro­
sicrucianum. le parvis du t empl e et un centre de forces étheriques, tandis que la tète est le «Sai nt » et le coeur le «Saint
des Saints»! La table des pai ns de proposi ti on et le c h a n d e ­
lier se localisent dans le sanctuaire de la tète. Qua nt a l'arche
et a l'encensoir, ce dernier étant identifié au sternum, ils sont
placés dans le sanctuaire du coeur; on y trouve aussi le «vase
d' or de l'encens, symbole de l 'h o mm e glorieux dodecuple,
ra yo nn an t de qualités p s y c h i q u e s » 34. L' ho mm e serait d on c
un T e m p l e 35. Et pas n' import e quel temple: le temple de
Dieu! C ar il est i mport ant de noter ici que les 10e, 1 Ie et 12e
parties de l 'homme, au trement dit 1' « Esprit central», ne sont
autre que le «Seigneur du Tabernacle», c'est-a-dire le maître
des lieux.
A côte de cela, il est ext rêmement i mport ant de souligner
que, selon le Lectorium Rosicrucianum, le corps humai n a
des /onctions esoteriques. Le corps hu ma in serait régi par des
«forces cosmiques», appelees aussi « p r à n a » (mot qui signi­
fierait «substance de vie», « pai n de vie» ou encore
«ethers»). Ces «forces» seraient des fluides qui feraient p a r ­
tie intégrante de l'ètre humain. Le corps humai n serait ainsi
une «station réceptrice» des forces-fluides cosmiques. Ces
«fluides de l’a m e » 36 circuleraient pri nci palement dans les
systèmes sanguin, hormonal et nerveux.
- Le systeme sanguin c ompr en dr ai t un aspect liquide et un
aspect spirituel! Le sang de l ' h om m e non-initie (dialectique)
serait charge de vibrations de convoitises et de... karma!
- Le système hormonal , c'est-à-dire les glandes, j ouerait un
g ra nd rôle dans notre vie: tous nos désirs et émotions se­
raient provoqués par le f oncti onnement des glandes. Le t hy­
mus, par exemple, qui est régénéré par la «force de Lu­
mière», agirait efficacement a u niveau du sanctuaire de la tète.
IJ J. van Rijckenborgh, Philosophie elem enlaire de la R ose-C roix m oderne,
p. 144.
JS Le Lectorium Rosicrucianum l'ait sans d ou te allusion aux paroles de
l a p olre Paul: «Votre corps est le tem p le du Saint-Esprit» (I Corinthien s 6:
19) ou encore : «Vous etes le temple d e Dieu...» (I Corinth iens }: 16).
C es «forces» so nt aussi ap pelees « â m e-san g»!

224

Le systeme nerveux, d é p e n d a n t du «sanctuaire de la
tête», serait au service exclusif du moi, c ’est-a-dire de la
«conscience centrale» - appelée aussi «feu du serpent»! - et
de la personnalité. Le plexus sacre serait le siege de tout n o ­
tre passé et de tout notre karma! Si les forces gnostiques par­
viennent à conquéri r le plexus sacre, le passe et le karma
sont, paraît-il, anéantis et l 'h o mm e peut entrevoir le chemin
de la libération...
Ainsi, le corps hu mai n serait le lieu où se deroulerait tout
le processus de reconstruction de l’homme. Les glandes, les
systèmes nerveux et sanguin jouerai ent un rôle déterminant
dans l'oeuvre du salut. Ils déterminent, entre autres, les diffé­
rents états de l’homme.
L es d i f f é r e n t s é t a t s d e l ’h o m m e

A côte de l’anthropol ogi e que nous venons de développer,
le Lectorium Rosicrucianum enseigne que l 'h omme «dodecupl e» passe - ou devrait passer - par une succession d'etats.
De «terrestre» qu'il était, l’h o m me deviendra «celeste» ou
«parfait». Le Lectorium Rosicrucianum oppose, en effet, et
de façon irréductible, l’« H o m m e dialectique» (selon la « n a ­
ture») a l ' « H o m m e No uve au » (spirituel). L’h o m me matériel
n'aurai t q u ' u n e existence limitee, dont l’avenir paraît singu­
lièrement pâle par rapport a l 'homme nouveau qui, lui, po s­
sède une existence quasi divine. Ce dualisme n ’est pas n o u ­
veau, il existait du temps des Cat hares qui, eux, distinguaient
les apôtres (parfaits, bo ns hommes ) et les c r oy an t s' . Cette
notion dualiste appa raî t d ’ailleurs avec b e a u co u p plus de
clarté dans la doctrine du «salut rosicrucien».
I. L'Iw m m e microcosme
La Rose-Croix d ’Or, tout c omme l'A.M.O.R.C., a repris
p our son compt e la theorie phi los ophique du macrocosme et
du microcosme. Le macr ocosme est le grand mo nd e ou uni­
vers tandis que le microcosme est le petit mon d e ou
l 'h o mm e; la ressemblance entre les deux indiquerait une cor­
rélation intime qui existerait entre le Cosmos et l'homme. En
vertu de ce lien réciproque, l 'homme en se connaissant lui37 N 'oub lions pas que le Lectorium Rosicrucianum pretend etre une resu rgence du catharisme.

225

meme peut aussi connaître l'univers et ses mysteres. Cette
pensee fut enseignee par Pythagore et ensuite plus explicite­
ment par Platon et les neo-platoniciens, en particulier par
Philon.
Ce t t e d o c t r i n e p h i l o s o p h i q u e ne fut p a s l’a p a n a g e des seul s p h i ­
l o s o p h e s grecs. Elle est aussi celle d e s a l c h i mi st es , et nous la retrou­
vons, n o t a m m e n t , s o u s u ne f o r m e r e s u m e e d a n s La Table d'Emeraude. La devise d ' H e r m e s Tr i s me g i st e est c é l é b r é : « C e qui est en
h a u t est c o m m e ( s e mb l a b l e) ce qui est e n bas, et ce qui est e n b a s est
c o m m e ce qui est en h a u t . »

Le Lectorium Rosicrucianum attache une grande i m p o r ­
tance a ce point de doctrine. Au début, c'est-à-dire au c o m ­
men ce men t de l’humanite, l ' h om m e était un parfait mi cro­
cosme et son état était divin. Mais, à cause de la «chut e»,
l ' homme-mi croc os me devint «semi-divin» et, de ce fait, il
posséderait deux natures: divine et terrestre. «On peut dire
donc, écrit Jan van Rijckenborgh, on doit même dire, que
c h aqu e mi crocosme connaît deux personnalités, l'une terres­
tre et l'autre aurale ’8.»
«La structure du microcosme est, lit-on encore, semblable
à celle de l'atome (...). Cet at ome possédé trois noyaux. Dans
le centre de l'atome, deux de ces noyaux t ournent l'un a ut ou r
de l'autre à une grande vitesse. Le troisième noyau t ourne en
décrivant un large cercle a u t o u r des deux autres. Ces trois
noyaux, nous pouvons les ap pe le r les trois ames et conclure
ainsi que le microcosme a trois â m e s 39.» Les trois âmes du
mi crocosme seraient l'âme masculine (positive), l'âme fémi­
nine (negative), et la troisième est sans sexe! Elle est neutre.
Ainsi, l ' homme-mi crocosme possède en lui le «systeme h u ­
main originel»: il est de nat ure divine, aut rement dit i m m o r ­
tel; il peut d o n c connaître à nouveau ce qu'est le macrocosme. Le mi crocosme «dégé néré » peut, en vertu d ' un e illu­
mination cosmique, retrouver le Royaume originel, c’est-adire rétablir la c or res po nd an ce avec le macrocosme. La simi­
litude, ou sa redécouverte, qui existerait entre le microcosme
et le macr ocosme serait le point de départ du salut de
l 'h omme perdu, de l ' ho mme dit «dialectique».
'8 J. van Rijckenborgh, Un H om m e nouveau vient, p. 142.
"■ J. van Rijckenborgh. Le m vstere de la vie et de la mort, p. 10.

226

2. L'homme dialectique
Le premi er grand-maître du Rozekruis-Pers nous définit en
des termes nets ce q u ’est l ' ho mm e dialectique: «Sous l'appel ­
lation d ' h o m m e dialectique, nous c om pr e non s l'homme ne et
élaboré dans cet ordre de nature, lie a la roue de la naissance
et de la mort, lié au cercle perpétuel de toute chose ici-bas:
monter, briller... descendre, lie a la loi, qui toujours attire et
fait surgir le con t ra i re 40.» L' ho mm e «terrestre» serait donc
soumis aux lois de la nature et de la réincarnation. La survie
de notre humani té dépe ndrai t en effet du processus de re­
naissance des âmes.
Dans un autre ouvrage, J. van Rijckenborgh et Cat harose
de Pétri écrivent que «la philosophie de la Rose-Croix a c ­
tuelle enseigne que l 'ho mme dialectique ne possédé, a aucun
titre, un esprit (...). II est un ét re-àme issu de ce systeme pl a­
nétaire, ce qui implique que la force s p i n a l e 41 - qui porte en
elle la conscience - est dét achée de l’intelligence originelle,
de I'Esprit ori gi nel »42. L' ho mm e de ce monde, qu'il soit
chrétien ou athee, non eleve de l'Ecole Spirituelle, serait
d o n c dépo ur vu de l'esprit! Ou plus exactement, il ne serait
q u ’âme et corps. Cette façon de voir les choses n ’est ab so lu­
ment pas biblique. C a r la Bible, Ancien et Nouveau Testa­
ments, affirme que l’h om me est a la fois corps, âme et esprit.
L'anthropologie biblique nous parlera de l’h omme comme
d 'u n e creature de Dieu, creee a son image et ceci dans la
perspective de l 'ho mme nouveau, sauvé en Jesus-Christ.
L ' An c i e n T e s t a m e n t , q u e le L e c t o r i u m R o s i c r u c i a n u m rejette,
n ou s d o n n e d ’excel l ent es d éf i ni t i o n s a n t h r o p o l o g i q u e s . Les ter me s
les pl us c o u r a m m e n t e m p l o y é s d é s i g n e n t les di f f é r en t e s « p a r t i e s »
de l ' h o m m e , mai s ces n o t i on s sont , d a n s bien des cas, i n t e r c h a n g e a ­
bles:
- NeJ'esh, c' est l ' h o m m e d a n s sa totalité, c ' est -a-di re d a n s ses n é ­
cessites é l é me n ta i r e s d e la vie: mo t t r a d u i t assez s o u v e n t p a r
«àme».
- Bascrn, l ' h o m m e p é r i s s a b l e: ce t er me s ou v e n t t r a d u i t pa r
40 J. van Rijckenborgh. Philosophie elem enlaire de la Rose-Croix m oderne,
p. 57.
41 La «force spinale» serait le reseau des points magnetiques de I etre
aurai.
J. v an R i j c k e n b o r g h et C . d e Pétri, La grande révolution, p. 75.

227

« c h a i r » qual i f i e l ' h o m m e d a n s s o n a s p e c t h u m a i n ; il signifie aussi
« v i a n d e » (sacrifices levitiques).
- Roitah. l ' h o m m e d o t é d e p o u v o i r s spi r i t uel s : ainsi revêt u de
Rouah, c' est -a-di re d e l' esprit, l’h o m m e est en rel at i on a ve c Di e u , il
reçoi t d e lui la c o n n a i s s a n c e et la c o m p r é h e n s i o n spirituelles.
- Lev. C e t e r m e qui signifie « c o e u r » , se r a p p o r t e a l’h o m m e d o u e
de r a i s o n; c ’est la sensihilite, l' èmot i vi t e , les s en t i m e n t s , ma i s c’est
auss i le lieu ou s ' e x p r i m e n t la rai son, la r ef l exi on et la m é d i t a t i o n .
Le N o u v e a u T e s t a m e n t c o n f i r m e e x p l i c i t e m e n t l ' e n s e i g n e m e n t
a n t h r o p o l o g i q u e d e l’An c i e n . L ' h o m m e f o r m e u n t out d a n s sa d i ­
versité. C e s di f f é r e n t s t e r me s en s o n t la p r e u v e :
- psuche (àme). C ' e s t l ' eq u i va l e n t de nefesh; ce t e r m e d é s i gn e en
g é n é r a l un être vivant , u n e p e r s o n n e d a n s ses m a n i f e s t a t i o n s d ' i n t é ­
riorité.
- sarx (chair). S y n o n y m e d e bâsàn. ce mo t . très s ou v e n t e m p l o y e
d a n s le N o u v e a u T e s t a m e n t , q u a l i f i e l ' h o m m e d a n s sa c o n d i t i o n
ter r est r e p ar o p p o s i t i o n a la s t a t u r e celeste de Dieu.
- pneuma (esprit). M e m e s e n s q u e le m o t h e h re u rouah. c' est -adi r e souffle, ve n t ; p a r e x t e n s i o n , il signifie le souf fle d e vie de
l ' h o m m e , mai s aussi la p e r s o n n a l i t é i nt i me d e l’h o m m e .
- kardia ( coeur). Le mo t grec a la m ê m e si gni fi ca t i on q u e Lev.
- sont a (corps). En réglé g en e r a l e, le c o r p s ph y si q u e.
- nous (intelligence). C e m o t est très s o u v e n t r e n d u p a r int ell i­
gence, ma i s aussi p a r p e n s e e , q u e l q u e f o i s p a r esprit.
- suneidèsis (c ons c i e nc e ) . C ' e s t le p o u v o i r d e j u g e m e n t p r a t i q u e.
C e b r e f e x a m e n t h e o l o g i q u e d é m o n t r é c l a i r e me n t q u e l ' h o m m e
est un être c o m p l e x e , d o u e d e f acul t és très d i ve r se s et q u ’il f o r m e un
tout . L ' h o m m e s e l on la Bible est d o n c t o u t a fait d i f f é r e n t d e
l ' h o m m e sel on la R o s e -C r o i x d ’Or.

Parce que l 'h omme a ete cree à l’image de Dieu, il est l’o b ­
jet de toute la sollicitude divine et cela dans tous les d o ­
maines (spirituel, affectif, psychologique, physiologique,
etc.). C'est en raison de la grâce redemptrice (la grâce qui
sauve) et de la grâce c o m m u n e ( pou r tous les hommes ) que
Dieu use de providence en toutes choses envers toutes ses
creatures. Cela, le Lectorium Rosicrucianum le nie f o n d a ­
ment al ement : pour lui l 'h om me dialectique, bien qu'il ne
possède qu 'u n « a t o m e - d ’etincelle d'esprit», ne serait plus
q u ’un corps avec seulement une àme. Bref, cet homme-la ne
vaudrait pas plus q u' un animal, c'est le moins qu 'o n puisse
dire.
Ainsi donc, l 'h omme dialectique se composerait d ’une
228

« per sonnal it é» ou «forme matérielle» et d ' u ne « ame» a p p e ­
lée curieusement « â m e - s a n g » 43. Le corps matériel se subdivi­
serait en quatre parties: le corps matériel, le corps étherique,
le corps du désir et le corps du penser; l'âme, de son côte, est
a ppelée «forme psychique» ou «forme consciente»; et ni
l’un ni l’autre ne peuvent être acceptes c omme tels dans le
Royaume dit «statique».
L' ho mme-â me mènerait d on c une existence miserable, dé ­
pourvue de toute relation personnelle avec l’«i de e origi­
nelle»; la mort et les tenèbres a c compagn en t const amment
l 'h o mm e dialectique. Pas d' autr e avenir p ou r lui sinon la re­
i ncarnation et ainsi de suite. C o mm en t, dans ces conditions,
un tel h om me peut-il se maintenir? « L' hom me -â me , l’homme
dialectique de cette nature, se maintient au moyen de douze
forces. Dans notre Ecole, il est question de douze forces as­
trales planétaires, à savoir: huit forces ethèriques, deux
forces astrales et deux forces sp iral es 44.»
L’h om me dialectique, au moyen de ces douze forces, vivo­
terait tant bien que mal. Cela viendrait du fait d 'un e diffé­
rence de vibration, mais aussi d ' u n e différence anatomique,
organique et structurelle. De par sa nature même, l'homme
dialectique est comme pris dans un étau, prisonnier de la n a ­
ture terrestre et incapable d ’ec h ap p er a la «roue de la nais­
sance et de la mort», c ’est-a-dire de la réincarnation.
3. Les deux serpents de l'Iwnime
Il nous appa raî t i mport ant de signaler aussi que, selon la
doctrine du Lectorium Rosicrucianum, l ' ho mm e dialectique
porterait en son etre deux serpents, le serpent igne et le ser­
pent d'airain! «Vous portez tous un serpent dans votre etre.
Ce serpent s’enroule en voire arbre de vie, a u to u r de votre ar­
bre de vie, et sa tète est très nettement revelee â notre vue m a­
térielle ordinaire. (...) Ce serpent, c'est votre être psychique,
votre radiation de conscience, votre potentiel psychique qui
remplit tout votre systeme du feu du serpent, le systeme cereb ro - sp i na l 45.» Mais ce n'est pas tout! Les deux serpents re­
présenteraient les deux principes masculin et féminin, créa­
teurs et reproducteurs. «Ces deux principes psychiques en
41 J. van Rijckenborgh, ihid., p. 59.
J. van Rijckenborgh el C. de Pétri, ihid.. p. 75.
15 J. van Rijckenborgh et C. de Pétri. La Gnose Universelle, p. 49.

229

nous, que vous pouvez aussi app el er Ad a m et Eve (Ada m le
serpent igne et Eve, le serpent d'airain), sont en lutte p e r p é ­
tuelle (...). Le serpent ardent veut réaliser; le serpent d'airain
veut p o s s é d e r 46.»
Les deux «serpents psychiques» vont se loger dans les
sanctuaires du coeur et de la tête: l’h o m m e deviendrait ainsi
ruse, astucieux, egoïste. Le « p oi s o n » de ces serpents serait
ensuite crache au- debors par le larynx! L’activité des «ser­
pents psychiques» se manifesterait particulièrement dans
l'occultisme...
Les «serpents psychiques», ces «poi sons » de l’âme, sont
évi demment rejetés. C e pe nd a nt , le Lectorium Rosicrucianum
cite souvent ce verset de l’evangeliste Matthieu: «Soyez p r u ­
dent s c omme les serpents» (Matt hi eu 10: 16). Quels sont ces
«s er pen ts »? Selon Jan van Rijckenborgh et Cat harose de Pé­
tri, il s’agirait des « ra yo nn ement s de la Gn os e», plus précisé­
ment du «Serpent d ' O r du veritable Esprit divin»! L’«attouche me nt » de ces radiations - qui apparai ssent sous deux
formes - aurait p o u r but d ’eveiller les deux aspects de l'Ame
nouvelle! En d'autres termes, les r ayonnement s du «Serpent
d 'O r » devraient creer le «nouvel A d a m a s » (Adam) et la
«nouvelle Hevah» (Eve)!
4. H om m e dialectique ou hom m e charnel?
L' homme-dialectique, tel que le Lectorium Rosicrucianum
le définit, est-il semblable a l ' h o mm e charnel tel que la Bible
l'enseigne? A premiere vue. il semblerait que oui: l'un autant
que l’autre s'attachent aux choses de la terre, aux convoitises
de ce monde, et surtout ils ne manifestent, du moins a p p a ­
remment. aucun désir pour les choses spirituelles. Mais,
après analyse ap pr ofondi e, les deux types d ' « h o m m e s » sont
radicalement différents. D' u n côté, il y a l’h o mm e- â me et son
«atome-etincelle d'esprit», un etre vraiment descendu bien
bas dans la «nature», et de l’autre l’homme-corps, â m e et es­
prit, cree a l'image de Dieu. Le Lectorium Rosicrucianum e n ­
seigne, en effet, que r«a tome -ét i ncel l e d ’esprit es! l’ultime
reste de l 'homme originel d ’avant sa chute, actuellement pr é­
sent dans la personnalité naturelle, mais a l’etat latent, en un
point situe à la pointe du ventricule droit du coeur (...), les
J. v an R i j c k e n b o r g h et C. d e Pétri, ibid.. p. 50.

230

entites d épour vues de cet at ome possèdent seulement un
atome-etincelle de vie, pure me nt n a t u r e 4'». Un seul «atome
de vie» perdu au milieu des milliards et des milliards
d'atomes-cellules de notre corps, telle est la caractéristique
principale de l'homme-dialectique! Autant dire tout de suite
qu e la probl émati que du «salut» se révélé particulièrement
difficile...
La Bible, elle, ne tient pas ce langage: elle affirme claire­
ment que Dieu a créé l’ho mm e à son image et que celui-ci,
maigre son pèche, est l'objet de tout son amour, c'est-a-dire
d ' u n e relation privilegiee. Francis Schaeffer a b on de dans ce
sens: «La spécificité de l’ètre hu mai n resuite d o nc de sa retation exclusive avec Dieu (...). Des que je prends conscience
de ma ressemblance avec Dieu et du fait qu'il est une per­
sonne, la relation avec lui et la relation avec autrui sont aus­
sitôt revalorisées. Et voici que l ' amou r véritable cesse d'ètre
un idéal inaccessible (...). Ma ressemblance avec Dieu ex­
prime mon identite sur les plans affectif, intellectuel et psy­
chologique. et m ’inscrit dans la realite de l'histoire. Puis-je
mesurer toute l'etendue de ce privilège révélé dans la Gen e s e 4i!?»
L' amour de Dieu p ou r sa creature et celui de l’h o m me e n­
vers son C r ea te ur expriment au plus haut degré l’origine d i ­
vine de la création de l'humanite. L Im ago Dei, cette vérita­
ble « empre inte » de Dieu sur l 'homme, n'est-elle pas la
preuve de notre filiation spirituelle qui s' ép an ou ira totale­
ment lors de notre résurrection en Christ? Tel est, par exem­
ple, l'avis du grand réformateur Jean Calvin: «Or puisque
l’image de Dieu est l’entiere excellence de la nature humaine,
laquelle reluisait en Adam avant sa chute, et depuis a ete si
fort defiguree et quasi effacée, que ce qui est demeur é de la
ruine est confus, dissipe, brisé et infecté: mai ntenant cette
image apparaî t aux élus en quelque partie et portion, en tant
q u ’ils sont régénérés pa r l'Esprit. mais elle n'obtiendra sa
pleine clarté q u ’au ci el 49.»
C o m m e il a ete dit, il y a d o n c une très nette différence e n ­
tre les deux types d ’hommes, dialectique d 'un e part et charJ7 Selon le glossaire de l'Ecole Internationale de la Rose-Croix d'Or.
“ F. A. SchaelTcr, L a Cenese. berceau de l'histoire, pp. 44-45.
-*■' J. Calvin, L 'Institution Chrétienne. Iom e I, chapitre XV, p a rag ra p h e 4.
p. 139.

231

nel d ’autre part. Cette di ssemblance résidé essentiellement au
niveau des relations spirituelles que l 'h om me peut avoir avec
le Dieu personnel et souverain. Le contact spirituel avec
Dieu n'est pas un contact impersonnel tel que le Lectorium
Rosicrucianum l'enseigne (radiations christiques), mais une
véritable rencontre avec notre Sauveur et Seigneur JésusChrist, vrai h o mm e et vrai Dieu. L' ho mm e pecheur, celui de
la Bible, est mieux loti que le soi-disant ho mm e dialectique.
La différence existe essentiellement en ce sens que l ' amo ur
de Dieu est une realite suivie d'effets durables tandis que les
«radiations christiques», elles, ne peuvent engendrer l’a m o u r
pui sque impersonnelles. Ainsi, l’image de Dieu chez le chré­
tien est-elle pl einement retablie?
5. L 'hom m e Johannique
«C'est l 'homme, écrivent J. van Rijckenborgh et C. de Pé­
tri, qui va le chemin de Retour vers la patrie perdue. Ce
deuxi ème type commenc e a se manifester dans ce mo nd e
q u a n d l'âme, aspirant ar d em me nt a la vie originelle, est prete
à se de tourne r de toute vie d i al e c ti q u e50.» Cet h om me égale­
ment appele le «précurseur » se caractériserait pri nci pale­
ment par un «prodigieux c ha ng emen t d ' à m e » ; maigre cela,
les « douze forces planétaires» lui sont nécessaires p ou r p o u ­
voir vivre. Un «medi at eur », appele «Christ», «aiderait
l 'h o mm e J o ha n n i q u e à se libérer du mo nd e de la dialecti­
que... L' ho mm e J o ha nn i qu e serait d o n c encore un h o m me de
nature dialectique, mais qui aurait ete éclaire par les r a d ia ­
tions du « Ro y a u m e originel».
P ar a l lè l e me nt a l ' h o m m e « J o h a n n i q u e » se p l a ce r a i t l ' h o m m e
« E p h e s i e n » ! C' es t un h o m m e qui c h e r c h e , qui tent e d e s ' el ev e r \ e r s
les h a u t e u r s spi rit uell es, qui p r a t i q u e le bi en, ma i s qui, a u n m o m e n t
o u l ' aut re, c o n st a t e l' inutilité d e ses efforts. D e v a n t lui se d r e s s e u n e
l i mi te qu' il ne p e ut f r anchir. U n « g r a n d c h o i x » se présente a l o r s :
celui d ' a b a n d o n n e r la vie « d i a l e c t i q u e » o u b i e n d e c o n t i n u e r le c h e ­
mi n de la vie et de la mor t.

6. L 'H o m m e nouveau
L'homme-disciple. Le troisième «at to uc he me n t» de la F ra­
ternité Universelle coïnciderait avec l'état de r « l ’h omme- di s­
J. v a n R i j c k e n b o r g h et

d e P étri. Lu G rande Révolution, p. 76.

ciple». De nouveau les mêmes auteurs affirment que
/ 'homme-di sci pi e « p r e nd congé des d o u ze Forces ptenetuires
et que, désormais, il ne travaille qu'avec les «douze forces cé­
lestes» qui seraient des «forces salvatrices». Touj ours selon
eux, un disciple est celui qui r e n é 51 en tant q u ' h o m m e divin,
en tant que fils de Dieu. Un eleve devenu réellement disciple
reçoit une àme issue des douze forces de l'ordre divin.
Le nouvel «homme-di sci pl e» se distinguerait par un autre
état vibratoire. «Lors que les forces des douze sauveurs sont
actives dans l’eleve. les sept cavités cerebrales sont pourvues
d' un nouveau fluide et animees d ' u n e vibration toute n o u ­
velle, et d o n c aussi un autre son. Ces sept sons sont aussi designes c omme les «sept voyelles pures». Ce sont ces sept
voyelles pures qui, ensemble, forment le son i neff abl e“ .»
Cette parole mystérieuse serait «créatrice», seuls les disciples
ayant effectue un «re tou rn ement compl et » seraient en me­
sure de p r on on cer ces «voyelles ineffables». Il s'agirait donc
d' un état de quasi-perfection divine.
Les p r o p o s t e n u s p a r les d e u x ma î t r e s a p e n s e r d e la R o s e - Cr o i x
d ' O r a p p el l en t q u e l q u e s r e m a r q u e s , n o t a m m e n t a u sujet d u « n o m
inef f abl e». L ' a f f i r ma t i o n c o m m e q u o i ce n o m c o m p r e n d r a i t « se pt
voyell es p u r e s » est p u r e m e n t sp é c u l a t i v e . Le chif fre « s e p t » n' est
pas, s el on no u s , le seul chif fre « p a r f a i t » ; le chif fre « t r oi s » e x p r i me ,
lui aussi, la p e r f e c t i on : le c o n c e p t d e la Trini té di vi ne d u Pere, Fils
et S a i n t - E s p r i t ne rellete-t-il pas la p er f ec t i on a b s o l u e d e D i e u ? En
realite, il n ' y a pas d e ch i f f r e « p a r f a i t » , d u m o i n s n o u s n' en
c o n n a i s s o n s pas. Seul D i e u d a n s sa tri -uni t e est parf ai t et, p a r
c o n s é q u e n t , t o u t e c h o s e é m a n a n t d e lui l’est aussi.
Ceci dit, n o u s a d m e t t o n s q u e le t e t r a g r a m m e d e Di e u , g é n é r a l e ­
m e n t p r o n o n c e « Y a h w e » 53, est le n o m sa cr e et i nef f abl e de Dieu.
Sa p r o n o n c i a t i o n ne p e ut etre et abl i e ave c e xa c t i t u d e . En effet, ni
l ' e u p h o n i e , ni la t r a d i t i o n , ni la t h e o l og i e b i b l i q u e , ni m e m e la p h i ­
lologie ne p e u v e n t - et ne p o u r r o n t - e x p l i q u e r l' or i gi ne d u tetra51
Le verbe «renaître» n ’a pas de participe passe, ni de temps com po se:
«re n e», mauvaise traduction, a le sens de «renaître», h n a u cu n cas il ne
s’agit de la doctrine nco-teslam em airc de la «nouvelle naissance» ou
«conversion».
J. van Rijckenborgh et C. d e Pétri, ibid., p. 78. C'e st nous qui le souli­
gnons.
ss Cette p rono nc ia tion est celle qui est generalem ent adm ise dans nos mi­
lieux chretiens oc cid en ta u x : les juifs, pa r contre, s'abstiennent de pro n o n c er
ce m ot: ils em ploient volontiers le mot « A do na i» qui signifie Seigneur.

g r a m m e divin qui, s ou l i g n o n s - l e a u p ass ag e , c o m p r e n d q u a t r e
c o n s o n n e s . L o rs q u e le L e c t o r i u m R o s i c r u c i a n u m dit q ue le « n o m
ine f f a b l e» a se pt voyelles, n o u s c o n s t a t o n s , u n e fois de plus,
l ' e n o r m e de c al a g e qui existe e n t r e u n e t r a d i t i o n e so t er i c o - o c c u l t e et
la foi a u Di eu d e Je s u s - Ch r i s t .

Ainsi donc, l '«homme-di sci pl e» peut s'élever j u s q u ’à
r « é t a t humai n originel» et être p ra ti que me nt l’égal de Jésus!
«Le disciple rené ho mme-Jésus est l’h om me «retourne»,
l 'h o mm e ayant subi la renaissance totale. L'homme-Jesus e n ­
tre en liaison directe avec les principes divins originels5,4...»
Le rêve ut opi que de l ' ho mme serait devenu une réalité:
l'homme-initie serait l'égal de Dieu...
Le s a l u t

La doctrine du salut - ou soteriologie, de sôter = salut - est
l'un des éléments essentiels de la foi chrétienne. Toute la vie
de Christ - sa naissance, sa mort et sa résurrection - est diri­
gée vers une seule et unique perspective: le salut des hommes
perdus. Le Lectorium Rosicrucianum, par contre, ne professe
a bs ol ument pas cette doctrine p o u r le moins fondamentale.
Le salut par grâce tel que la Bible l'enseigne n'existe pas
p ou r le rosicrucien: il est remplace purement et simplement
par l'idee que l 'homme dialectique doit devenir un « ho m me
no uv ea u » et, de ce fait, reintegrer la lointaine «Patrie p e r ­
due».
/. L ’hom m e originel
La Rose-Croix d' Or , on c o mm en c e a le voir, n ’est pas une
secte rosicrucienne comme les autres. La base de ses ensei­
g nement s sont, nous le savons, de nature gnostique, ce qui
explique que la Bible est co n st am me nt citée et que, par
conséquent , le vocabulaire empl oye paraît presque identique
a celui qui est utilisé dans nos milieux chrétiens.
Au c ommenc ement , c’est-à-dire a « l ’an no n ce de la m a n i ­
festation h umai ne», l'humani té était sous la protection du
«souffle de Dieu» et la «Créa ti on exprimait intégralement la
volonté d i v i n e » 55. Le message biblique, celui de la création,
est une fois de plus déformé. Car, avant le «commence" J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid., p. 79.
55 J. van Rijckenborgh et C. de Pétri. La Fraternité de Sham halla. p. 48.

234

ment», il n ’y avait ni matière ni, bien ent endu, auc une h u m a ­
nité. La création de l’univers, le « co mm en c em en t » du
monde, des ani maux et d ' A d a m et Eve fut un acte personnel
de Dieu. Le langage pseudo-bibl ique du Lectorium Rosicru­
cianum met en evidence l'aspect impersonnel du « c o m m e n ­
cement». Il est tout simplement question d '« h u m an i t e » et
non pas de la création. Le mut isme du Lectorium s'explique
aisement: com me nt un «di eu» impersonnel pourrait-il creer?
Tous les scientifiques sérieux sont d'a ccord po u r dire que n o ­
tre mon d e est une création «intelligente», structurée et fonc­
tionnelle. Pour nous, la création ne peut être que l'oeuvre
d ’un Dieu personnel d ou e d ' un e s uprême intelligence et de
puissance. Cela, le Lectorium Rosicruci anum l'ignore a bs o­
lument.
Ainsi la création de l’h o m me et de la femme, d ' A da m et
d ’Eve, n ’existe pas. Et c e pen dant la Rose-Croix d ’Or prétend
qu'il y a eu un co mmenc emen t! Mais, là encore, l’apparence
est sauve. Le Lectorium Rosicrucianum le dit de façon a
peine voilée : « N e du mon d e spirituel, du septuple cosmos,
l 'h o mm e divin originel en était l’image, le résumé et pouvait
d o nc être désigné comme un mi cr o- co smo s56.»
L' ho mme n'etait donc pas une creature au sens biblicotheologique, mais «divin». Une lettre d' infor mati on du Lectorium Rosicrucianum, destinee aux «chercheurs», va dans
le même sens: « L ' H o m m e ainsi originel était un temple de
Dieu, un temple de l'Esprit. Il était porteur de Lumiere, et
c'est de la lumiere q u ’il reçut vie. Creatur e de Dieu, il vivait
dans un état de béatitude absolue, de sublimite, non pas dans
un état incorporel, (...) mais en possession d ’un corps physi­
que sublime, glorieux. (...) L’H om me divin originel était un
Templ e ou la Volonté, la Sagesse et la Force formaient une
trinite. Dans ce sanctuaire, il oeuvrait en harmoni e avec l’Es­
prit 5T. »
Nous sommes loin de la sobriété du récit de la création tel
que Moïse dans la Genes e nous l’a transmis et qui affirme
q u ’Ada m et Eve n'etaient que des créatures et non pas des
createurs. Qu'ils étaient humai ns et non pas divins. La pré­
t endue divinité de l 'ho mme a ses racines dans le gnosticisme
50 Un chemin pour noire temps. La Rose-Croix d'Or. p. 12.
s: Lettre d'inform ation, n° I, p. 5. Ecole Internationale de la Rose-Croix.

235

du IIe siecle; la Bible, elle, ne parle pas ce langage: l 'homme
a ete et restera toujours une créature, c’est-a-dire un être e n­
tièrement soumis a la volonté divine du Créateur.
3. La chute
La chute est sans conteste l’un des points fo nd ame n ta ux
de toute la doctrine chrétienne. Les réformateurs, eux,
l’avaient bien compris lorsqu'ils disaient que notre vie «en
Christ» pouvait se résumer en trois mots: création, chute, ré­
dempt ion (ou salut). Si p our le Lectorium Rosicrucianum la
doctrine biblique de la création est nulle p our ainsi dire, il
faut reconnaître, pa r contre, une insistance en ce qui
concerne la chute. Mais, la encore, attention! Quelle chute?
S'agit-il du peche d ' A d a m et d ’Eve? C es t - a - d i r e la transgres­
sion consciente et delibèree de la loi de Dieu. Le premier
coupl e de notre human it é a voulu être c o mm e des dieux qui
connaissent le bien et le mal et, ainsi, se substituer au C r é a ­
t eur p o u r decider du bien et du mal. Aut rement dit, l 'homme
prétend être son propr e maître et ainsi se diriger lui-même
sans l'aide de Dieu. La chute, l'origine du péché, a c or rompu
la création et surtout a d éf ormé les relations d ' a m o u r qui
existaient entre Dieu et l 'homme. L'acte i n dé pe nd ant et pe r­
sonnel de l 'homme est la cause de tous les maux dont notre
humani té souffre.
La doctrine biblique du peche et de la chute est catégori­
q u emen t niee par le Lectorium Rosicrucianum: selon la
secte, la chute n'est pas un acte de désobéissance et de rébel­
lion envers le createur, une faute d' or dre éthique, mais une
descente dans la matière consécutive a un abus de pouvoi r de
l’h omme, plus précisément de sa passion de creer! J. van
Rijckenborgh le dit en des termes clairs: « L ' h o m m e empl oya
ses pouvoirs divins créateurs de façon forcée, volontaire et
experimentale. La volonté h u m ai n e devint ainsi une volonté
effrenee; la volonté libre une volonté abusive, les forces deliées éc happèr ent au contrôle h u m a i n 38.» Par ailleurs, il écrit
que «l 'hu mani te est malade, mort ellement malade, elle est
victime de sa passion de creer; nul mortel n ’y é c h a p p e » 59.
Remarqu on s d ’emblée l'absence de faute morale; seule entre
511 J. van Rijckenborgh, Philosophie elem entaire de la Rose-Croix moderne,
p. 73.
s<>J. v an R i j c k e n b o r g h , Un H om m e nouveau vient, p. 30.

236

en ligne de compt e la «passion de creer». Cette façon de
penser n'est pas biblique et surtout elle met de côte l’aspect
fo ndament al de la chute qui est le p é c h é 60. L’Ecriture Sainte
tout entiere d én on c é avec insistance le peche et ses consé­
quences désastreuses qui t ouchent l’h om me dans tout son
être et son intégrité spirituelle. Le pechè est bien plus que la
«passion de créer», c’est avant tout une révolté ouverte
contre Dieu.
Mais ce n ’est pas tout! Non seulement les fondateurs du
Lectorium Rosicrucianum ne peuvent admet tre l'évidence
même, c’est-à-dire le pèche c omme acte de rebellion spiri­
tuelle et éthique contre Dieu, mais ils minimisent les consé­
quences universelles du peche. Pour eux, seule une partie de
l'humani te est tombee, l'autre partie, une minorité, n'aurait
pas suivi le même chemin et serait restee a l'etat originel.
Autrement dit, cela signifierait que quelques «entites»
n ’auraient j amai s conn u la chute et ses funestes effets, mais
q u ’elles seraient restees divines. Le grand maître du Lecto­
rium Rosicrucianum écrivait: «Il y eut, en effet, beaucoup
d ’entites qui parvinrent a se maintenir dans le do ma ine origi­
nel de la vie, par leur obeissance a la libre liaison d ’amour.
Elles formèrent ainsi le noyau de la Hiérarchie h u m a i n e 61.»
En termes clairs: l'universalite du peche est rejetee ipso facto.
Le plus ahurissant, c’est que le lieu ou se trouverait l’h u m a ­
nité originelle se situerait quelque part dans... le désert de
Go b i ! ' ’2 Après avoir souligne que, suite à la chute, des mil­
lions d'entites humai nes se developperent dans la dégénéres­
cence, J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, dans une brochure
fondament al e, précisent leur pensee: « Un e partie des m o ­
nades ne t ombèrent pas et continuèrent a suivre «le droit
chemi n», en relation avec la source eternelle de lumiere.
Cette partie des m on ad es fut appelee «le Dernier Vestige63.»
Q u ’est-ce que le « De r ni er Vestige»? Ce serait l ' «appell a­
60 Le peche est une rupture. Les termes hebreux {chattar, am on, m a a l el
pencha) et grec (h am artia ) exprim ent l’idee d ’une fausse relation, du but
m an q u e aussi bien dans l'action que da n s la pensee.
J. van Rijckenborgh, Philosophie élém entaire de ta R ose-C roix moderne.
pp. 73-74.

62 Le desert de G obi se trouve en Asie centrale, entre la Mongolie et la
Chine.
*■' J. v an R i j c k e n b o r g h et C. d e Pétri, La Fraternité de Sham halla, p. 49.

237

tion mystique d onnee aux entites elevees au-delà du chemin
c o m m u n a toute l'humani te dialectique j u s q u ’au chemin qui
condui t à la vie originelle. Ceux qui arrivent a faire partie du
« D e r n i e r Vestige» sont admis- dans un nouveau cercle d ’exis­
t e n c e 64...»
Ou se trouve ce «De rni er Vestige»? La encore, la réponse
est très rapidement d onnée : «Le Derni er Vestige se trouve
actuellement dans l’île d'Isis, ce qui veut dire, q u' un certain
no mb re d'entites se gr ou pa nt et créant l'ordre de Melchisédec, la Fraternité de Shamballa, ont ainsi conservé une partie
du merveilleux cosmos terrestre originel dans sa magnifi­
cence d'antan. Cette partie de la terre peut don c être appelee
de plein droit la Terre Sainte (sic). La Terre Sainte est un bien
petit pays (re-sic), une oasis dans le désert, une île au milieu
d ’un océan d'instances d e m o n i a q u e s 65.» Cette mystérieuse
Ile d ’Isis se trouverait quel qu e part dans le desert mongolochinois. De nouveau, les mêmes auteurs n ’hesitent pas à
ecrire que c'est «au coeur du desert de Gobi, dans l'Asie c e n ­
trale, que se trouve le centre de l’activité de la Fraternité Uni ­
verselle, p our a ut ant que cette activité s'occupe de ce mo n de
et de son humani té dec hue; c'est de la que partent toutes les
i m p u ls i o ns 66.
De ce coeur spirituel du m o n d e partent «toutes les i mp ul ­
sions regeneratrices mét aphysi ques qui, sous la forme de
r ayonnement , t ouchent le m o n d e laissant par tout des
t r a c e s » 67. Pourquoi le desert de Gobi et pas celui du Sinaï?
« P o u r le gnostique, écrivent-ils, ce p h en o me ne est cepen dant
très simple: les ethers planétaires sont, dans le Gobi, si
ray on nant s et si concentres que la sphere chimique et la
s phere etherique du mo nd e chi mi que et la sphere etherique
du mo nd e physique passent l’un dans l’autre de façon a peu
prés imperceptible, ce qui rend possible, aux gens ordinaires,
la perception de l'agitation et des mouvement s de la sphere
refiectrice68.» Ce veritable petit paradis existerait toujours et
seuls les membres inities pourrai ent y parvenir. «Cette agglo­
mération d ’îles existe encore (...). Tous ceux qui connaissent
"4 J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid.,
65 J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid.,
66 Im pulsio ns = radiations «christiques».
J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid..
‘"J . van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid.,

238

p. 17.
p. 49.
p. 13.
p. 12.

la Parole secrete savent cela et tous ceux qui connaissent
cette parole y ont accès. Il n'existe a uc un e liaison ordinaire
avec cette oasis du Gobi. Cet endroit est soigneusement p r o ­
tégé contre les intrus, aussi bien par la voie terrestre que la
voie aérienne (sic)69.» C'est du délire!
Selon la secte de Haarlem, la «Terre Sainte» se localiserait
quel que part dans le desert de Gobi dans un endroit abs ol u­
ment inaccessible aux profanes. Pas de chance pour les t ou­
ristes, les explorateurs ou autres chercheurs: il faut être m e m ­
bre de l'Ecole Spirituelle, aut rement dit du Lectorium Rosi­
crucianum, p ou r connaître ce «pays» fabuleux et être d û ­
ment initie par ses soins. Pour ceux-la, nulle obligation d 'e f­
fectuer un long et coûteux voyage en «Terre Sainte-Gobi», ni
même de feuilleter un catalogue de voyages! Le «voyage»
peut se faire très facilement chez soi, ou plutôt en soi. Ce
«Sanctuaire, écrivent les mêmes auteurs, se trouve en effet
dans le coeur du Gobi, au milieu d' un aride domai ne de
steppes, ce pendant il n'est nullement nécessaire que vous ac­
complissiez ce long voyage p ou r faire partie de cette Terre
Sainte. Cette Terre Sainte de la Shidda peut se projeter par­
tout, d o n c également dans votre propre exi st en ce711.»
L' as p e c t s ub j ec t i f de ce v o y a g e a p p a r a î t n e t t e m e n t o c c u l t e; p o u r
no u s , il ne p e u t s’agir q u e d ' u n e p r o j e ct i o n m e n t a l e d ' o r i gi n e s a t a n i ­
q u e vers un i n o n d e illusoire. Les a f f i r m a t i o n s d u L e c t o r i u m R o s i ­
c r u c i a n u m r e p o s e n t s u r le g n o s t i c i s me p s e u d o - c h r e t i e n R e p r e ­
n a n t la vieille heres i e dual i st e, le L e c t o r i u m R o s i c r u c i a n u m s p é cu l é
s u r u n e o p p o s i t i o n f a r o u c h e e n t r e l' esprit et la ma t i e r e; de mer ae, il
existerait, d a n s u n e m o i n d r e m e s u r e il est vrai, u n e d i vi ni s at i on de
la ma t ie r e dit e «or i gi n e l l e » . En effet, si le L e c t o r i u m R o s i c r u c i a n u m
a b h o r r e la ma t i è r e « d i a l e c t i q u e » , p a r c o n t r e il a d o r e la mat ier e
« p r i m o r d i a l e » . A u t r e m e n t dit cela si gnifi e q u e n o t r e m o n d e est haï
et c o n d a m n e i n e x o r a b l e m e n t , t a n d i s q u e le m o n d e originel, la « P a ­
trie l oi nt a i ne », est l' obj et d e t ou t e la v é n é r a t i o n des m e m b r e s de la
sect e r os i cr uci enne.
N o t r e h u m a n i t é est, et restera, m é p r i s a b l e a c a u s e d e sa c h u t e
d a n s la ma t i er e t a n d i s q u e l’h u m a n i t e celeste (les inities d e l ' Ecol e
J. van Rijckenborgh et C. de Peiri. ihid., pp. 13-14.
10
J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid., p. 23. C'est nous qui le souli­
gnons.
’ ’ Cf. M. Lods, Précis d'histoire de la théologie chrétienne du IIe au début
du IVe siecle, pp. 53-55.

239

Spi r it uell e) serait ainsi p a r v e n u e a r e j o i n d r e les enti tes restees p a r ­
faites gui, elles, s e r ai en t t o u j o u r s é t a b l i es e n Gobi. . . Ce t t e f aç o n de
voir les chos es justifie le rejet d e l ' u n i v e r s a l i t é d u p ec he . C a r , sel on
les e n s e i g n e m e n t s b i b l i q u e s , nul h u m a i n , m e m e le plus sanct ifi e,
n'est j u s t e d e v a n t Di eu. L ' a p ô l r e Paul, d a n s s o n a d m i r a b l e epiI re
a ux R o m a i n s , ne laisse a u c u n d o u t e a ce sujet. Po u r lui, n o u s
s o m m e s t o u s s ou s l ' e mp i r e d u p è c h è . il n ’y a p a s un seul jus t e, et
t ous les h o m m e s so n t c o u p a b l e s d e v a n t Di e u ( R o m a i n s 3: 9-20). Les
p a r o l e s de l ' a p ot r e s o n t expli cit es. La c h u t e et ses c o n s é q u e n c e s l o ­
g ique s s o n t des realites univer sell es, et n o n li mi tées c o m m e le pret e n d le L e c t o r i u m R o s i c r u c i a n u m . P o u r p a r l e r c o n c r è t e m e n t , la
mor t , p a r s on c a r a c t er e uni ver sel , est l’e x e m p l e le p l u s clair d e ce
q u' est le p o u v o i r d u peche.

4. Les conséquences du peche
La encore, l'interpretation gnostique de la Rose-Croix
d ' O r se situe a l'extreme o p p os e des doctrines bibliques f o n ­
damentales. La Bible, seule vérité, nous transmet un ensei­
g nemen t particulièrement clair sur les conséquences i n n o m ­
brables et d ra ma tique s de l’action du peche chez tous les
hommes. Dresser une liste exhaustive des conséquences du
peche serait une chose prati quement impossible tant l'humanite est c o r ro mp ue p ar le mal. Néanmoi ns , la Parole d e Dieu
nous en d onn e quel ques descriptions po u r le moins significa­
tives. L'apôtre Paul le dit sans ambages: la mort n'est que la
suite implacable, mais juste du peche. N'ecrit-il pas aux R o­
mains: «Le salaire du péché, c’est la mort» (Romains 6: 23)
ou encore le prop he te Ezechiel : « L ' â m e qui peche est celle qui
m o u rr a » (Ezechiel 18: 4); Jacques, de son côte, a b o n d e dans
le même sens: «Le peche, étant c ons ommé, produit la mort»
(Jacques 1: 15). La cause de la mort n ’est pas d' or dre biologi­
que, mais spirituelle, car elle découlé de la solidarité qui unit
tous les hommes dans la desobeissance, le péché et la mort.
Les conséquences nefastes du peche s'étendent aussi a la
nature meme de l 'homme. Not re être tout entier est c on t a ­
mine par le mal. Notre volonté, nos pensees, nos actions, nos
paroles, etc., sont touchees par ce fléau. Nul espoir de se s or­
tir soi-méme de son état miserabie, de sa condition d ' h o m m e
pecheur. L’h o m m e «nat urel », selon la liible. est un h om me
mort dans ses fautes et dans son peche. Seule la grâce immeritee de Dieu peut le sauver et le restaurer. Nous y revien­
d rons plus loin.
240

Que dit le Lectorium Rosicruci anum a propos des effets
du peche? Une fois de plus, tout c omme p o u r la chute, ses
idees depassent l’ent endement . Selon J. van Rijckenborgh, la
conséquence premiere de la «chut e» fut la «descente dans la
matiere». Il écrit à ce sujet que «l 'hu man it é fut econduite du
m o n d e celeste, non pas c o mm e punition du peche, par suite
de la rebellion perpetree, mais p o u r la protection de tout ce
qui avait ete crée (...). L'involution, la descente dans la m a ­
tiere. c om men cee des ce mo ment (...); c’était une involution
par suite de la perte de l’etat d ’enfant de Dieu, une involu­
tion par suite d'infidelite voulue : .» Nou s retrouvons la le
langage de Max Heindel, mais pas le m êm e processus. En ef­
fet, la descente dans la matiere n ’est pas présentée comme le
moyen d ’acquisition de nouvelles experi ences"3, mai> comme
le résultat d ' u n e «révolution cosmi que», c'est-à-dire de la
chute.
Cette involution, cons équence directe de la chute, amena,
si l'on en croit J. van Rijckenborgh, un p ro fo nd changement
dans la nature et la constitution de l 'homme. «Le premier ré­
sultat fut que l'esprit h umai n, en tant qu'eternelle divine dy ­
namisation de tout fut isole. L' ho mme révolté eut ainsi les
ailes forisees t*< t omba d u Ciel ’4. L 'hum anité, a p u n ir de
ce m om en t en involution fut transportée dans un domaine,
dans lequel elle vit son état divin ramene a un état semidivin 5.»
L' homme divin, a ses origines, aurait ete rabaisse a l'etat
semi-divin. Jamais la Bible ne fait allusion de près ou de loin
a une telle idee: au contraire, elle nous présente l'homme
c omme une creature d ép e n d a n t e de Dieu et qui, p ar un acte
d'orgueil, a enfreint la loi de Dieu p our ensuite sombrer b r u ­
t alement dans la désobéissance. D'un seul coup, l'homme
perdit tous ses privilèges. La chut e ne fut pas progressive,
c omme le pense l'Ecole Spirituelle, mais quasi instantanée et
ses effets immédiats.
L' homme semi-divin est en chute libre, ou plutôt il «involue». Naturellement, il ne s'ameliore pas! « L ' h o m m e touJ. van Rijckenborgh. Philosophie élém entaire de la Rose-Croix moderne.
p. 73.
supra, p. 235.
' S’agit-il de Lucifer?
' s J. van Rijckenborgh. ihid.. p. 74.

241

jours en involution perdit dans ce nouveau et définitif pèleri­
nage involutionnaire, sa forme originelle. La personnalité a b ­
sente lut retirée à l 'h om me : l'esprit, par conséquent, perdit
ses facultés et forces vitales selon l'etat d i v i n 76.»
Le processus de l’involution est le même, à quelques
nuances près, que celui propose par Heindel:
- Période de Saturne = No y au du nouveau corps physi­
que.
- Periode du Soleil = Noy au du nouveau corps etherique.
- Periode de la Lune = No ya u du nouveau corps du désir.
- Periode de la Terre = Noy au du nouveau corps du p e n ­
ser.
Ce processus serait actuellement achevé. L' homme possé­
derait donc une personnalité et une forme matérielle très dif­
férente ce pendant du plan originel de Dieu. L' homme de n o ­
tre présente humani té est «di al ecti que», c’est-à-dire qu'il est
soumis à des lois contradictoires, a des paires d 'op po sé s
c o m m e le j ou r et la nuit, la vie et la mort, le pôle nord et le
pôle sud, etc. Toutes ces opposi tions seraient reliees les unes
aux autres et elles engendrerai ent tous les malheurs que notre
human it é actuelle connaît.
L' ho mme «dialectique» serait un h om me partage. Pour
être clair, il serait prisonnier de la nature, autrement dit des
«Forces naturelles» électromagnétiques! Ainsi le peche se
manifesterait présentement pa r une pression contraire ou n é­
gative des forces électromagnétiques. Ce seraient d o nc des
vibrations magnétiques qui dét erminerai ent l’état de
l 'h omme, ses convoitises, ses penchant s, bref, sa vie tout entiere. C o mm en t une telle chose serait-elle possible? Ecoutons
a cet effet J. van Rijckenborgh: « E n vertu de notre nature
dialectique et des activités el ectromagnetiques de notre p r o ­
pre microcosme, nous sommes tous les prisonniers du c ha mp
elect romagnet ique de notre terre et en fait nos propres geô­
liers (...). En raison de la loi naturelle de ce cosmos, p ri son ­
niers du c ha mp el ectromagnetique de notre ordre du monde,
nous sommes l'objet de lutte, de haine, de passion naturelle.
Telle est la malédiction de notre c h a m p d ’existence. Vous
l'éprouvez, c o mm e le c oup de massue du d e s t i n 77.»
7,1 J. van Rijckenborgh. ibid, pp. 74-75.
J. van Rijckenborgh. Un H om m e N ouveau vient, pp. 50-51.

242

La chute aurait provoque une modification des organes,
un changement total de l’ètre et de... l'atmosphere! Au « c o m ­
m ence men t» seule existait l '« at mo s ph er e de vie», l'«Eauvive pri mordi al e»; helas, «la chute, écrit J. van Rijcken­
borgh, pollua cette at mos phère qui devint dialectique. Des
lors, l ' ho mme vit ses facultés physiques, biologiques, physio­
logiques totalement changées. Dans l’impossibilité de vivre
dans l’at mos pher e primordiale, l’ho mm e s 'a da pt a dans ce
nouvel environnement. He ureus eme nt p o u r lui, il ne manque
plus d' aide bien que celle-ci ne fut pas de même qualité
q u ’autrefois. Quatre «nourritures dialectiques» (sic) permi­
rent à l 'h om me déchu de vivre tant bien que mal dans ce
mo nd e: «de l’hydrogene p our la radiation de son âme, de
l'oxygene pour le processus de combustion, de l’azote pour
regler et entretenir ce processus de combust ion et du carbone
p o u r d o n n e r forme a l’idèe vitale qui regne dans ce ch amp ’8.»
Mais ce n ’est pas fini! Le cha ng ement d'atmosphere, les
forces at mosphéri ques seraient la cause de toutes nos mal a­
dies, des accidents d ’a vi o n s ! 79 et de tous les maux dont souf­
frirait notre pauvre humanité. Nous savons certes que notre
a tmos phère est polluee, mais que celle-ci puisse provoquer
des catastrophes aeriennes a cause du ramollissement céré­
bral des pilotes, là nous sommes dans le do mai ne de la
science-fiction...
5. La réincarnation
Nous ouvrons ici une breve parenthese. Il est important de
souligner que, p o u r le Lectorium Rosicrucianum, la reincar­
nation n ’est pas une doctrine de salut comme c’est le cas
p ou r les autres mouvement s rosicruciens. La réincarnation,
et son corollaire le karma, ne sont applicables qu' à l’homme
dialectique. L’homme-initie fait d o n c l 'économie de la réin­
carnation: il a le privilège d ’entrer directement dans le
« R o y au m e i mmuable»!

’a J. van Rijckenborgh, ihid., p. 91.
La tragique serie d'a cc ide n ts aeriens de 1946-47 serait due, selon le Lec­
torium Rosicrucianum , a une très forte concentration de gaz nobles qui
aurait ramolli la conscience des pilotes! C ’est une « e nqu ete esoterique» (.v/c)
qui aurait permis d ’établir la cause de toutes ces catastrophes. (J. van
Rijckenborgh et C. de Pétri, La Grande Révolution, p. 12.)

243

«La réincarnation est une loi provisoire, une conséquence
de notre C h u t e 80.» Le mi crocosme est d on c lié par cette loi
impitoyable de la reincarnation et du karma, c'est-a-dire lie a
la «roue de la naissance et de la mort». La réincarnation, loin
d'elre Je salut, est au contraire un perpetuel r e c ommen ce­
ment. Il constitue, ce pendant , une nouvelle chance de libéra­
tion po u r l 'homme.
Tous ceux qui sont «libères» (c'est-a-dire «transfigures»)
passent par l'etape dite «de la premiere résurrection»! Il sont
ainsi a l'abri de la « seconde mort». Par contre, «tous ceux
qui ne peuvent encore avoir part au processus de la premiere
résurrection restent lies a la loi de la reincarnation. Ils revien­
nent, conduits par une autre loi provisoire: la loi du
Ka rma. . .8'»
La Rose-Croix d ' O r prend ainsi le contre-pied des autres
mouvement s rosicruciens. Mais le but de la reincarnation
«di alectique» est prati quement le même: il s'agit, en effet, de
d o n n e r une autre chance à celui qui n ’a pas pu la saisir dans
sa présente vie. C o m m e si la vie n'etait pas assez longue
c o mm e ça p ou r se decider. une fois po u r toutes, soit d ' a c c e p ­
ter soit de refuser le Christ, le Sauveur.
6. Le présouvenir
Selon la doctrine de la Rose-Croix d'Or. la perte de la
connaissance originelle serait l 'une des conséquences les plus
graves du pechè. «L'histoire du genre humain, écrit J. van
Rijckenborgh, nous prouve que pareille dégradat ion eut lieu
et fui ac co mp ag n ee d'eflets défavorables. L' ho mm e perdit Je
souvenir et rendit impie différentes forces et différents c o u ­
rants naturels de ce d o mai ne de v i e 82.» L’ho mm e pecheur.
ou plutôt dialectique, aurait d o n c perdu ses facultés origi­
nelles et n'aurait plus connais sance de son état antérieur.
Ayant perdu totalement tous ses pouvoirs, cet homme-l a s e ­
rait c on d a mn e au cycle perpetuel de la vie et de la mort,
c'est-a-dire tributaire de la «loi de la réincarnation».
Mais, selon les enseignements du Lectorium Rosicrucia­
num, l 'h omme pourrait e c h ap pe r à celte «loi». Voila ce
*" J. \ a n Rijckenborgh. Philosophie élém entaire de la Rose-C roix m oderne.
p. 9X.

81 J. van Rijckenborgh, ihid., p. 100.
J. van Rijckenborgh. ihid.. pp. 1(5-116.

244

qu'écrit a ce propos J. van Rijckenborgh: «Il y a (...) la possi­
bilité d ’entrer en relation directe avec la Fraternité Hi érarchi ­
que. q u a n d l'eleve possède ce que nous appelons le presouvenir, une réminiscence de la gloire humai ne d ' a u t a n 8’...» La
p re souvenanc e serait nécessaire p o u r que le candidat puisse
réagir convenabl ement aux «forces christiques». Selon le
même auteur, «elle nous don ne, en premier lieu, la notion de
notre chute, de notre dégradation, de notre aveuglement et
de notre ignorance e f f raya nt e84.»
L ' ho m me dialectique serait touche pa r une vibration p o u r
le moins impersonnelle. N' oub li on s pas, en effet, que selon
la Rose-C roix d'Or, «Christ n'est pas un Hi er ophant e de na ­
ture majestueuse, séjournant quelque part, hors du mon de
grossier, mais qu'il est avant tout un être impersonnel, illi­
mité, qui se fait connaître c om me lumiere. Force et puissant
C’harnp de Rayonnement. Ce C h a m p de R ayonneme nt Christique a p p a ru au milieu de nous (...) a, de toute evidence. une
grande influence, oui, toute une serie d' influences» ®-\ Le sa­
lut n'est d o nc pas le c ha ng ement total de notre etre. mais l'at­
t oucheme nt electromagnetique venant d ' un e force i mperson­
nelle n om me e «C hrist», qui est celle de la Fraternité ou.
p o u r être plus précis, du Lectorium Rosicrucianum.
L ' ho m me qui serait sur la voie du salut serait ainsi touche
par le «bon rayon», celui qui permettrait enfin de se resouve­
nir de son état originel. Quels sont ces merveilleux rayons qui
permettraient a l ' ho mm e de se souvenir a nouveau de son
origine? Eh bien, tout si mplement Y infrarouge'., et pas n’im­
porte lequel: non pas notre bon infrarouge terrestre qui nous
procure une douce chaleur l'ete c omme l'hiver, mais «l'infra­
rouge du soleil divin»*'’! «Cette impulsion infrarouge, cette
lumiere attirante est, en effet, un appel. Q u a n d Dieu vous a p ­
pelle, il vous touche par cette l u m ie r e8 .» Si l'infrarouge est
une lumiere attirante, l'ultraviolet par contre est une « l u ­
miere brisante». Ainsi l’activité du «Vrai Soleil de l'Esprit»
(un autre nom de Dieu) serait une doubl e d yn ami qu e vibra"J J.
p. 27.
‘ J.
*s J.
** .1.
* J.

van Rijckenborgh. Philosophie elem enluire île lu Rose-Croix moderne.
van
van
\an
van

Rijckenborgh,
Rijckenborgh.
Rijc kenborgh.
Rijc kenborgh.

ibid., p. 156.
Vu H om m e nouveau vient. p. 12.
Un H om m e nouveau vient, p. 13.
ibid., pp. 13-14.

245

toire, une double lumiere D i \ i n e qui serait compos ée d 'i nf r a­
rouges et d'ultraviolets.
Quel est le rôle de ces rayons? Ils serviraient d 'u ne part à
manifester l'appel chez le ca nd ida t el, d' autr e part, lui a i d e­
raient a prendre le chemin (du retour) de la Patrie originelle.
Nous lisons ces lignes pour le moins intéressantes: « Do n c,
l'appel au Chemi n signifie en meme temps la possibilité d ' a l ­
ler le Chemin. C'est p ourquoi le prologue de l'Evangile de
Jean, peut dire, avec tant d ' as sur an ce : « Mai s a tous ceux qui
l'ont reçu. Il a d o n n e le pouvoi r de redevenir enfants de
D i e u 88». La force de l'appel est en même temps la force qui
aplanit le C h e m i n 89.»
L'erreur rosicrucienne appa raî t ici dans toute son ampl eur:
le salut tel que la Bible l’enseigne est désintégré: il ne s'agit
plus d' un veritable salut, oeuvre de Christ, mais plutôt d 'u n
deuxi ème salut oeuvre de l ' homme. Cette notion, qui est
d'ailleurs celle du gnosticisme cathare, est rigoureusement
abs ente de toute la Bible. Ce qui est sûr, par contre, c'est que
J. van Rijckenborgh, n'hesitant pas a falsifier outrageusement
la parole de Dieu, d o n ne ici une interprétation absol ument
scandal euse du salut. Il ne faut pas moins q u ' un e fausse
t raduction pour justifier une doctrine. La façon de procéder
du Lectorium Rosicrucianum est une veritable escroquerie
spirituelle a laquelle nous devons reagir energiquement.
Le «Soleil Divin», et en particulier les infrarouges et les
ultraviolets, aurait d o nc p ou r but d'eveiller le presouvenir la­
tent d ' un e existence originelle passee. L'oeuvre de ces r ad ia­
tions «christiques» serait d'attirer dans le « c h a m p de Force
de l'Ecole» toute personne qui accepterait de prendre de
plein gre le difficile Chemi n du retour. L' homme dialectique
serait dans l'impossibilité absolue d' avoir une telle initiative,
car toutes ses facultés, la volonté, la sagesse et l'activité, sont
endormies. Ces trois facultés, appelees aussi «trinite», d e ­
vraient être entièrement renouvelees et ceci par le moyen de
l'initiation enseignee par le Lectorium Rosicrucianum.
« L' Ec ol e Spirituelle est un ch anti er de travail d' ou naissent
88 La traduction de Je an I: 12 est a b so lu m e n t fausse. Le verbe ginom ai
traduit pa r «redevenir» signifie en réalité «devenir». La mauvaise foi des rosicruciens du Lectorium R osicrucianum n'est pas a d é m o n tre r d a n s ce cas
précis.
* “ J . van R i j c k e n b o r g h . ihid., p. 15. C ' e s t n o u s qu i le s o u l i g n o n s .
246

des actes, en conséquence desquels les trois Forces émanant
de l'Ecole eveillent en l'eleve les trois facultés l at ent esg°.»
L ' h om m e sans presouvenir, qu'il soit religieux ou occulte,
est considéré c o mm e per du à moins qu'il ne se trouve dans le
« c h a m p de Force de l'Ecole». Autrement dit. et selon les
doctrines du Lectorium Rosicrucianum. n' importe qui,
pourvu qu'il entre en contact avec un membre de la secte,
peut devenir un initie. Meme les «religieux» ou les occultes!
C epe nda nt , il est toujours preferable d'avoir le presouvenir,
gage de toute progression initiatique. C o m m en t l’obtient-on'.’
Premièrement: avoir la chance, ou plutôt la malchance, de
rencontrer un disciple de la secte; deuxi ème me nt: se laisser
convaincre et... se faire irradier! C a r le Lectorium Rosicru­
ci anum n'est autre q u ' un e ecole de magie et d'occultisme et
ma lh eu r a qui se laisse entraîner: il entrerait en contact avec
les puissances de l'ennemi. Troisièmement: l'atome-etincelle
d ’esprit se «réveille». C ’est le premier pas vers la «re-naissance»! En effet, l 'homme qui serait touche par cette force de
ray on nemen t donnerait des «signes de reaction» et son
coeur, le sanctuaire, com me nc e de nouveau a s'activer.
C o m m e le dit si bien J. van Rijckenborgh en des termes qui
lui sont propres: «... a la suite d 'u n choc violent quelconque
de la vie ordinaire, l'atome-ètincelle d ’esprit se met a vibrer
fortement dans le coeur (...) une des sept cavités du coeur
(sic) s’ouvre. le feu qui s’y trouve enferme s'allume, et une lu­
miere eclatante se projette sur le t h y m u s 1” ...»
Qu'est-ce que «l'atome-etincelle d' es pri t»? Ecoutons cette
définition: «Le principe merveilleux que nous appelons
atome-etincelle divine était au c om men cement le foyer cen­
tral du type primordial au to ur duquel se forme le micro­
cosme'’2...» Ce serait d o n c une parcelle de la trinite rosicru­
cienne: Dieu, type primordial. H omme, ou p our être plus
clair, l 'ho mme originel! En p rovoqua nt une reaction au ni­
veau de l'atome-etincelle, le type primordial se reveille. Mais
attention, seule la Fraternité, autrement dit le Lectorium Ro­
sicrucianum. est mediatrice entre l 'homme déchu et la Patrie
perdue. En d'autres termes, l'illumination ne serait accordee
"" J. van Rijckenborgh, Philosophie elem enlaire île la Rose-Croix moderne,
p. 18.
” J. van Rijckenborgh. Un H om m e nouveau rieni. p. 23.
u; J. van Rijc kenborgh. ihid.. p. 68.

247

q u ' a ux seuls membres de la secte. Eux seuls auraient d on c le
pouvoi r de transmettre cette experience.
Pourquoi cette experience psychi que? Le fondateur de la
secte le dit en des termes explicites: «... afin que vous arriviez
a porter avec vous l'image mentale de l'immortel. L’image de
l 'h o mm e celeste immortel doit naître ment al ement auprès de
v o u s 1'3.» Le «presouveni r» ne serait d on c q u ' u ne projection
mentale de l 'h omme idéal, et rien de plus! Il est evident que
les membres du Lectorium Rosicruci anum se bercent d'illu­
sions en rêvant a cet homme, mystique et idéalisé. Par contre
une chose est certaine, c’est qu'ils passent compl èt ement à
coté du seul vrai Ho m me qui fut et qui est toujours le seul
vrai Dieu: Jesus-Christ. Parce qu'ils sont dualistes, les rosi­
cruciens de Haarlem divinisent la creature en la per sonne
d ' u n « H o m m e » qui en fait n'a j amai s existe. Il est vraiment
très difficile de mieux se tromper.
7. Le revirement fo n d a m en ta l
Jamais, au grand jamais, il ne faut con fo nd re le revirement
f onda me nt al tel que le Lectorium Rosicrucianum l'enseigne
avec l'enseignement biblique de la repentance. Les deux
termes pretent a confusion et ils sont c e pen dant c ont ra di c­
toires!
La doctrine du «revirement f on da me n ta l» - appelee aussi
«auto-revolte» - est d ' u n e extreme import ance p o u r les
adeptes de ce mouvement. Elle est a la base de toute initia­
tion et, p a r conséquent, de t oute progression dans la hiérar­
chie. Le revirement fondament al «représente, selon J. van
Rijckenborgh. l'adieu de principe a la nature terrestre, et une
tout autre disposition mentale envers cette nature et le jeu si­
nistre [sic) de ces trois pouvoirs: vouloir, convoiter, agir, au
sens aut ocons ervat eur et spéculatif qui lui est propre à un
état de solitude librement choisie (Patmos), qui est un état
d' attente neutre et intelligente (sic) de son «j our du Sei­
g n e u r » 94. L’eleve rosicrucien doit d o n c mouri r a la nature
dialectique, ou plutôt s 'anéant ir avec sa personnalité terres­
tre. Il s'agit de ra me ner le «moi dialectique» de l 'h omme à
une fonction biologique mi nimum! Le revirement fondamen"i J. van Rijckenborgh. ibid., pp. 25-26.
, 4 J. van Rijckenborgh. Dei Gloria Intacta, p. 12.

248

tal n'est d o nc q u ' un e «neut ral isati on» de la personne comme
de la personnalité.
La doctrine de l’aneant issement de la personnalité n'est
pas biblique. Au contraire, la Bible proclame que l’h omme
pec heu r est l’objet de toute la tendresse et la sollicitude de
Dieu. L’h om me est invité par Dieu a se repentir, c’est-a-dire
a changer de m entalité, et non pas à «neutraliser» sa p er son ­
nalité. La repentance, condition nécessaire du salut, est le
point de départ d' un e t ransformation de l’étre tout entier et,
no tammen t, d 'u n renouvellement de I intelligence. L'oeuvre de
Dieu est une oeuvre de salut, bien sûr, mais aussi une oeuvre
de restauration. Les facultés spirituelles, psychologiques, psy­
chiques, etc., sont, par la grâce de Dieu, restaurees. Le chré­
tien est ainsi, dans le plein sens du mot, une nouvelle créa­
ture.
8. L'E ndoura et la Transfiguration
( " e s t le s ommet de la «spiritualité» rosicrucienne de
l’Ecole Spirituelle. Le but auquel tout eleve aspire n'est autre
que cette experience mystico-occulte appelee «Transfi gura­
tion». Toute la littérature du Lectorium Rosicrucianum est
orientee vers ce moment sublime.
La Transfiguration est, selon la doctrine du Lectorium R o ­
sicrucianum. la «renaissance spirituelle»! Elle est «l ’a b a n ­
don de la personnalité p ou r une tout autre personnalité
consciente, elle est destruction et reconstruction (...): c'est le
sacrifice entier de l'homme-moi p o u r la renaissance d' une
àme immortelle et le rétablissement de la personnalité celeste',s.»
Par ailleurs, Cat haros e de Pétri d o n ne dans un de ses écrits
une définition de ce que sont l ' E n d o u r a ,<> et la Transfigura­
tion: «Le Transfigurisme est une Met hode Gnost ique qui
permet de realiser l'Endoura. L’E n do ur a consiste dans la
substitution totale de l 'Ho mme-Es pr it primordial au produit
de la nature qu'est l’h o m me mortel individualise, selon le
plan de la création d i v in e1'’.»
,5 Un chemin pour noire tem p s: ta R ose-Croix d'Or. pp. I(i-I7.
,0 L 'K n dou ra serait, selon le Lectorium Rosicrucianum . la «m o rt» selon
la nature. R appelons que p o u r les ( athares. I L n dou ra etail un j e û n e p r o ­
longe.
’’ C. de Pétri. Transfiguration, p.

249

L ' En d ou r a et la Transfiguration sont ainsi intimement lies.
«Le chemin de l ' En do u ra par t ransfiguration est le seul che­
min naturel, logique, le seul digne et capabl e d' effacer la m a ­
lédiction qui pese sur notre existence et d'offrir une solution
juste au problème de l'humanité"*.»
La Transfiguration est un état d ’illumination intérieure,
mais aussi «le rétablissement de l 'humai n celeste i mpérissa­
ble du comm en c em en t qui a perdu par la C hute la possibilité
de se manifester*''». Il est aussi la construction d' un nouveau
« Co rp s- Ame » lü0. Cette âme est immortelle et elle existe déjà
en l 'h o mm e: il est possible de la faire réapparaître, avec l’ac­
tion de nouvelles vibrations magnetiques, sous la forme de
l’« H o m m e originel».
Pour être transfigure, il n ’y a q u ' u n seul moyen: celui qui
consiste a «liquider» l 'ho mme dialectique! «S'il doit etre
question d ' un e nouvelle terre, il faut q u ’il y ait d ’abor d un
nouveau ciel! Et ceci représenté la liquidation de la totalité
du microcosme, au sens le plus complet, le plus prof ond - et
l'apparition d 'u n tout autre. Cela signifie la fin de notre sys­
teme entier. Vous voulez transfigurer (...) Impossible! Vous
devez disparaître, cesser d ' é t r e 101.»
Ainsi, l’h o m me qui est t ouche pa r les «radiations christiques» - et qui a passe par l'etape du «revirement f o n d a m e n ­
tal» - prend le chemin de l 'En do ura . Dans un premier temps,
l’Ecole Spirituelle invite d o nc ses «élèves» a un processus de
«deperi ssement du moi». Pour cela, l'eleve doit faire le vide
en soi! C'est-a-dire s'annihiler complètement.
La transfiguration est d o n c la voie du salut rosicrucien l02.
Celui qui est «transfigure» est arrive au sommet du chemin
de l'initiation puisqu'il a «v u» la «Patrie originelle»; il a
d o n c réintègre la « Mai son du Pere». Autrement dit, le «disci­
ple», celui qui a atteint le 33e degre, serait «ne de n ouvea u»!
C ’est du moins ce q u ’affirme le Gr and -maî t re de Haarlem:
«Si nous réagissons positivement, si nous nous rendons totaC. de l’etri. ihid.. p. I I.
" C e qu'est, veut et accomplit la Rose -C roix m oderne, p. 20.
100 L 'am e nouvelle se com po serait d 'e th e rs « h a u te m e n t raffines».
101 J. van Rijckenborgh, Un H om m e nouveau vient, p. 156.
m: |_e chem in de la T ransfiguration serait aussi, selon Jan van Rijckenborgh et C a tha rose de Pétri, identifie et mis en parallele avec la Sainte Cène!
On aurait ainsi l'eq uation suivante: T ransfigura tion = Sainte-Cene!

250

lement à ces forces, une nouvelle naissance a lieu dans notre
microcosme, une transfiguration. C'est alors notre etre-àme qui
se developpe dans notre microcosme, l 'h o mm e eternel ...»
Finalement, le «salut» rosicrucien du Lectorium Rosicru­
cianum se réduit à une experience métaphysique. Ce texte, tiré
d ' u n autre ouvrage de Jan van Rijckenborgh et Cat harose de
Pétri, le prouve: «On desire de nous une disposition mét a­
physique totalement nouvelle. Aller par la connaissance à
l'experience, et par l'experience a la mani fest ati on. Ce qui si­
gnifie que nous devons, par des actes auto-liherateurs, ouvrir
notre sang a la mystérieuse impulsion at mos phéri que de
C h r i s t 104.» Ce sont, paraît-il. les «entités» qui pousseraient
l’h o mm e a prendre le chemin de l'experience! «C'est p o u r ­
quoi les entites qui veulent nous aider nous redisent sans ré­
pit qu'il nous faut aller le chemi n de l'experience. Nous d e ­
vons découvrir la vérité par l 'experience. Il n'y a pas d'autre
possibilité pour n o u s'05.»
Les effets de ces experiences metaphysico-transfiguristiques seraient des plus spectaculaires: «Tous les atomes,
toutes les cellules de la personnalité sont changes par la
transfiguration et chargés d ’energie Mercurienne: la Force du
Devenir Humai n immortel (...). L'Energie Mercurienne, qui
se concentre surtout dans le sanctuaire de la tete, transforme
a peu près tous les organes du cerveau et leur d o n n e un n o u ­
veau pouvoir de la c o n s c i e n c e 106.» Ce serait la, paraît-il, la
manifestation de l ' H om m e nouveau...
A p r o p o s d e la B ib l e , de la priere et de l’ E g li s e

I. La Bible, un livre dangereux.'
La Bible - appelee aussi « Lang ue sacree» - est fréquem­
ment utilisee et citee par le Lectorium Rosicrucianum. Elle
est, en effet, considérée c omme le « com pendium l0" de la vie».
'0, J. van Rijckenborgh, Dém asqué, p. 73.
104 J. van Rijckenborgh et C. de Pelri, Le Nouveau Signe, p. 131. C'est
nous qui le soulignons.
105 J. van Rijckenborgh ei C. de Pelri, ibid.. p. 109. C'esi nous qui le souli­
gnons.
106 C. de Pelri. Transfiguration, p. 13.
I(l' Du latin com pendium qui signifie prem ièrem ent « économ ie»,
« é p a rg n é » : le sens second, celui que le Lectorium Rosicrucianum emploie,
est « chem in de traverse», «raccourci», ou plus exactem ent le «résum é suc ­
cinct».

251

Cont rai rement a ce que l'on pourrait penser, le Lectorium
Rosicrucianum ne considéré pas la Bible comme l ' «En se i­
gnement Universel»; elle ne serait q u ' un e manifestation,
q u ’un t émoignage de cet «En sei gn eme nt ». En d'autres
termes, la Bible est un livre parmi les autres ouvrages èsoteriques que seuls les inities peuvent lire et comprendre. Inverse­
ment, les chretiens et. a plus forte raison, les professeurs de
theologie et les pasteurs, ne peuvent saisir la portee occulte
du message biblique. Sur ce point Jan van Rijckenborgh est
formel: « C ’est pourquoi nous s ommes absol ument a d ve r ­
saires de l’emploi familier de la Bible et spécialement de son
emploi populaire dans les cercles è s o t e r i q u e s 10B...» Par ail­
leurs, il écrit: « N o u s dénions a n ’i mport e quel theologien. en
raison de sa formation universitaire, le pouvoi r de penètrer
Vessence de la B i b le 10'’.» Plus loin, il ajoute: « No us , dans la
Rose-Croix, nous rejetons ab sol umen t toute theologie, ainsi
que toute critique, que les theologiens avancent quant a la
B ibl e110.» Si nous d ép loro ns en effet l’attitude critique de
certains theologiens q uant a la Bible, par contre nous réfu­
tons l’assertion de Jan van Rijckenborgh concernant le «rejet
de toute theologie». La theologie, l’et ude de la Parole de
Dieu, est nécessaire et utile p o u r les croyants et. par la, p our
toute l ' Eglise et le monde. Face aux développement s des phil osophies pernicieuses et des sectes, l’etude de la Bible, la
theologie, se revele absol ument indispensable.
Alors, qui peut lire et etudier la Bible? La encore. Jan van
Rijckenborgh est catégorique: «La Bible ne peut etre a p p r o ­
chée que par l'Ecole Spirituelle 111 et par ceux qui ont reçu un
enseignement s p i r i t u e l " 2 (...) Cet enseignement n'est obtenu
- a l'exclusion de toute per sonne intermédiaire entre Dieu et
l’ho mme, d onc sans l'intervention d ' un e hiérarchie clericale,
d ' u n e Eglise ou d 'u n cierge - que pa r suite d 'u n changement
total de la vie, suivant les normes de l’Ecole Spir ituell e113.»
J . v a n Riickenborgh. Philosophie elem entaire de ta Rose-Croix moderne.
p. 303.
J. van Rijckenborgh, ihitl., pp. 299-300. A noter que Karl Harth est ici
e xpressém ent nom m e!
" u J. van Rijckenborgh, ihid.. p. 301. C 'e st no us qui le soulignons.
111 Autrement dit. le Lectorium Rosicrucianum .
C'esi-a-dire occulte.
J. van Rijckenborgh, ih id , pp. 303-304.

Ainsi la Bible serait la propriété exclusive du Lectorium Ro­
sicrucianum! Eux seuls auraient le pouvoir de la lire sans
danger, car ils posséderaient les «clefs» esoteriques pour la
c omprendre.
La Bible serait do nc un livre utile p our l'initie, pour celui
qui a la prèsouvenance. Par contre, elle est dangereuse pour
ceux dont la conscience est basee uni quement sur l'ordre de
nature dialectique, aut rement dit ceux qui sont hors de J'in­
fluence christique de l'Ecole Spirituelle. «L'histoire montre
i ncontestablement le dang er de mettre ainsi la Bible entre les
mains de l 'homme naturel. A la suite de ces spéculations sur
des valeurs spirituelles incomprises, se sont déchaînés
guerres, meurtres, disputes sans fin"-1.»
C'est vrai, helas, que des h om me s et des femmes se sont
battus ou disputes p our def endre la Bible, sa vérité et son
message. Mais la Bible, la parole inspire? de Dieu, est - et
sera toujours - au centre de luttes et de controverses.
Auj ou rd' hui encore, un même combat ne se livre-t-il pas
dans les pays de l'Est? Est-ce par hasard que les autorités
athees de ces pays cherchent a detruire la Bible? Inverse­
ment. com me nt expliquer la faim extraordinaire de la Parole
de Dieu chez les chretiens de l'Est? Cela le Lectorium Rosicr uci anum l'ignore, ou feint de l’ignorer. La Bible, un livre
dan ge reux ? Loin de la! ( 'est plutôt le contraire qui est vrai:
si notre mo nd e actuel est malade, cela vient du fait que la Bi­
ble est rejetee et méprisée par l'immense majorité des
hom mes.
2. La prière, un acte m agique!
La Rose-Croix d ' O r est très critique a l'egard des Eglises
chrétiennes et, not amment , q uant a la manière de prier. Selon
celte secte, la prière a dégénéré parce que nous serions p o u s­
ses pa r des convoitises egoïstes: ce serait, paraît-il, de la m a ­
gie noire! Cette prière, tout c omme la lecture de la Bible, se­
rait dangereus e: tout le « pa nt h éo n des forces maléfiques»
(sic) encouragerait cette forme de priere.
Le Lectorium Rosicruci anum pratique la priere! Il prie
p ou r que l 'Amo ur soit en tout et en tous, p ou r la richesse
d ’une plénitude intérieure, p our le pouvoir de délivrer l'hu114 Ce qu est, veut et accomplit la R ose-Croix moderne, p. 70.

2S1

inanité, pour la gloire de Dieu! Mais, faut-il le remarquer, les
membres de la secte ne prient j amai s pour eux-mèmes. La
priere est avant tout un acte i mpers onnel : le candidat a la
Transfiguration doit renoncer a tous désirs personnels pour
se concentrer un iquement sur la «Hi ér archie de Christ», sur
le Lectorium Rosicrucianum.
La priere, selon les enseignements du Lectorium Rosicru­
cianum, n'a absol ument rien de c om m u n avec la priere telle
qu'elle est presentee ou prati quée dans nos milieux chretiens
d 'h i er et d ’auj ourd' hui. Jan van Rijckenborgh croit en effet
qu e la priere est un appel magique. Elle reposerait sur la
« connaissance à 'u n processus conscient» mettant en oeuvre la
magie et l’occultisme.
La prière rosicrucienne serait « m a gi q ue »; elle se mani fes­
terait c o mm e une force, une vibration dont la destination - le
« d o m a i n e » - est «vibrat oi rement» concordant e. «La prière,
souligne J. van Rijckenborgh, attire des forces de ce domai ne
et le résultat est a bs ol ument c o n c o r d a n t " 5.» Ainsi, si
q u el q u' un veut i nvoquer « D i e u » égoïstement, il va s'attirer
des forces égoïstes! C'est la raison p o u r laquelle le Lectorium
Rosicrucianum considéré que la priere est dangereuse ,,f. La
vraie priere, la veritable «i nvocat ion magi que» serait le fait
de ne ja m a is rien d em a n d e r p o u r soi-mème. Si l’èleve de la
Rose-Croix d ' O r «prie», c'est p o u r que le mo nd e puisse « d é ­
couvrir» le chemin de la libération tel que le Lectorium Rosi­
cr uci anum le conçoit.
3. L'Eglise
L’Eglise - Evclesia - est un point de doctrine relativement
import ant p ou r le Lectorium Rosicrucianum. Il est bon de re­
tenir que la secte rosicrucienne pretend être la seule et verita­
ble ecclesia: toutes les autres Eglises, de même que la plupart
des sociétés occultes, ont failli à leur tache.
La secte rosicrucienne est ext rêmement critique a l’egard
des Eglises et com mun aut és chrétiennes. Les religions «selon
la nat ure» (sic) se seraient devoyees et auraient s ombre dans
la magie! C'est du moins ce q u ’affirme Jan van RijckenJ. van Rijckenborgh. Philosophie elem em aire de la Rose-C roix m oderne,
p. 290.
Il
ne faut pas perdre de vue que la priere, selon le Lectorium Rosicru­
cian um . est un acte de magie.

254

borgh: «Cette religion " 7 app li que une certaine magie, magie
qui n'est pas chrétienne dans le sens attribue a Jesus-Christ,
mais qui est reprise des cultes pre-chretiens, spécialement du
Brahmani sme
L’Eglise serait un péril po u r tous les hommes, car elle pr a­
tiquerait une «magi e» denatur ee et falsifiee; de plus elle se­
rait prisonniere de la «religiosite selon la nature», ce qui re­
vient a dire qu'elle serait d'essence terrestre. L'Eglise est accusee de propager des illusions destructrices a tous les
hommes : c’est pourquoi le Lectorium Rosicrucianum consi­
déré que l'Eglise est dangereuse! C'est la raison p our laquelle
elle conseille a ses membres - et a ses futurs adeptes - de r o m ­
pre tout contact avec l’Eglise. Il faut dire, au demeurant , que
le Lectorium Rosicrucianum. plus q u ' a u cu ne autre secte reli­
gieuse et tout c omme les libres penseurs et les athees, voue
une haine tenace à l'Eglise.
Naturellement une autre ecclesia s'impose, c'est l'« Ecole
Spirituelle», c'est la «Hi érarchie de ( hrist», autrement dit le
Lectorium Rosicrucianum! Cette «Hi ér archie» se manifeste­
rait sur deux plans: un plan «divin» et un plan «terrestre».
Le premier, le plus important, se composerait d'entites qui,
malgré la chute, sont restées fidèles a l'Idee originelle: le se­
cond niveau n'est autre que les inities du Lectorium Rosicru­
cianum qui, en veriu de la «transfiguration», prennent le
chemin du retour a la «Patrie perdue».
Cette «Eglise», appelee encore «Eglise invisible», Corpus
Chrisii, serait «dans son essence absol ument a nony me»! Les
membres de l'Ecole Spirituelle se « f ond ent » dans l 'organisa­
tion a tel point q u ’ils pensent etre un avec la «Force christique». La notion de «Corp s» , vivant et fraternel, n'existe pour
ainsi dire pas. Les membres du Lectorium Rosicrucianum,
tout en prétendant faire partie d ' u n Corps, sont en fait des
isoles, des membres esseules d 'u n Ordr e qui se veut univer­
sel.
I / è t h i q u e du L e c to r iu m R o s ic r u c ia n u m

L'ethique rosicrucienne de la Rose-C roix d ' O r se différen­
cie très nettement de celle des autres mouvement s similaires.
117 C "est-a-dire n importe quelle confession ou d é n o m in a tio n chrétienne.
118 J. van Rijckenborgh. ihid., pp. 170-171.

255

n ot am me nt de l'A.M.O.R.C. Par ethique, le Lectorium Rosi­
cr uci anum entend un cha ngemen t radical du co mport eme nt
de la vie à l'égard des choses terrestres. Mais il ne s’agit pas
seulement d 'u n changement d ’attitude de la pensee, ni des
sentiments ou encore des actes, mais d ' u n véritable b oul ev er ­
s ement de la vie tout entiere. Le Lectorium Rosicrucianum
professe une ethique rigoureuse parce que dualiste - seul
c omp te i'«esprit» - et qui n' a q u ’un uni que but : la «renai s­
sance spirituelle». Nous connaissons déjà le processus de la
voie du salut: démolition et reconstruction. «Ces deux p r o ­
cessus, lit-on, s’interpenetrent. Ils d é p e nd en t l’un de l’autre.
Nous s ommes conscients dans la «n at ure du pèche», c'est-adire dans la dialectique, et nous devons, p ar l’aneantissement
de cette nature, rendre possible la rencontre dans la nature
de Dieu
L’ethique de l'Ecole Spirituelle se veut résolument ant ibi ­
blique, p our notre m o n d e d ’ici-bas du moins. « L ’interpretation selon laquelle la Bible doit d o n n e r des leçons de vie et
de compor t eme nt moral p o u r l’existence dans cet ordre de
nature, est un mal ent endu pitoyable d ont l’humani te est re­
devable à la théologie et à l’église religieuse n a t u r e l l e 110.» La
Bible ecrite p our un autre m o n d e (ou «ordr e de la nature»)'.’
Stupéfiant! En s ondant les Ecritures, nous constatons que,
nulle part, da ns la Bible tout entière, il n'est écrit que la d o c ­
trine ethique ne serait pas valable p our notre humanité.
Malgré le rejet du concept biblique de l’ethique chr é­
tienne, le c ompo rt eme nt de vie de c ha que membre est régle­
mente, voire codifie par toute une série de prescriptions et de
conseils. A cet effet, il existe tout un processus a la fois très
long et très difficile: il c om po rt e trois périodes et a l’interieur
de cha que periode sept aspects d i f f é r e n t s 121. Ces trois jours
ne sont pas des «jours», mais ils représentent sym bolique­
m ent la démolition et la reconstruction du temple, le «déclin
et l’ascension» de l 'homme. Il s’agirait, selon les prop os du
Lectorium Rosicrucianum. d ' u n e «revivification de la forme
corporelle originelle», soit la «renai ssance d ’eau et d ’esprit»!
110 J. van Rijckenborgh, ihid., p. 225.
120 Ce qu est. veuf et accomplit la R ose-C roix moderne, p. 70.
121 C'e st pourquo i le Lectorium R osicrucianum parle de «trois cercles
septup les». Le chiffre 3 ferait allusion a u T em p le - l’hom m e , selon le Lecto­
rium Rosicrucianum - qui sera démoli et reconstruit en trois jours.

256

De ces principes decoulerait toute l'èthique de la Rose-Croix
d'Or.
/. La «double unité cosmique»
C ’est un point très i mport ant de l'éthique rosicrucienne.
Elle a trait aux relations de l 'h om me et de la femme. La d oc ­
trine du Lectorium Rosicrucianum est, c omme nous pouvons
l’imaginer, très rigide. La place et le rôle de l ' h o mm e et de la
femme sont très exactement définis.
Ainsi, selon l’«exègèse esoterique, la femme n ’est, q u ’au
second degre, reliee a C h r i s t » 122. Ces prop os sont a la fois
scandal eux et misogynes: l'apôtre Paul n'a-t-il pas écrit aux
Galates qu'il n ’y avait «ni J ui f ni Grec, (...) ni homme ni
femme; car tous vous etes un en Jesus-Christ» (Galates 3:
28). La relation que cha que h o m m e ou femme a avec Dieu
est a bs ol ument identique: la femme n'est donc pas une créa­
ture de second degre.
Bien que Jan van Rijckenborgh affirme qu'il y a une p ar ­
faite égalité spirituelle, morale et matérielle entre les sexes, il
n'en demeur e pas moins qu'il existe de profondes diffé­
rences. Celles-ci apparaî trai ent n ot amment aux centres du
bassin, du coeur et de la tête ,23. Le f onda te ur de la RoseCroix d ' O r justifie ces différences par l'existence des arché­
types, c'est-à-dire 1*«Homme primordial». Les archetypes,
appeles aussi «matrices spirituelles», sont différents pour
l 'h o mm e et p o u r la femme. « O r ce qui est present dans l'es­
prit doit se manifester dans la m a t i è r e 12'1.» Citons encore:
«La memoire de la nature enseigne que l'atome originel de la
vague de vie humai ne possédait deux noyaux, deux realites
d'étre qui, sous de nombreux rapports, étaient le reflet l'un
de l'autre, mais différaient organiquement , du fait que la
pensee spirituelle, a la base de ces deux noyaux, était, elle
aussi, d i ff é r e n t e 125.»
Ainsi, selon la «Phil os ophi e Universelle», l 'h omme et la
femme sont dés les lointaines origines très différents. Un état
122 J. van Rijckenborgh, Philosophie elem entaire de lu Rose-Croix m oderne,
p. 246.
121
Parmi les autres différences, citons: le fon ctio nnem ent des glandes e n ­
docrines, la natu re - et la tem p érature - du sang. etc.
1:4 J. van Rijckenborgh, ibid.. p. 246.
125 J. van Rijckenborgh, ibid.. p. 247.

de polarisation, ou de vibration, caractériserait cette diffé­
rence. L' homme aurait un corps physique et un corps du
désir positivement polarisés; de même il aurait un corps
etherique et un intellect «négatif». Qua nt a la femme, ce se­
rait exact ement l'inverse: un corps physique et du désir de
polarisation negative et un corps etherique et un intellect
«positif». Cette polarisation inverse, loin de pr ovoque r des
tensions ou des frictions, serait la base de toute «col l ab or a­
tion harmoni euse»!
La «doubl e unité cosmi que» se manifesterait aussi dans...
les cheveux! Reprenant les enseignement s pauliniens de la
première épître aux Cori nt hiens concernant la tenue de la
f emme dans l'eglise, Jan van Rijckenborgh soutient que la
chevelure de la femme est un « c h a m p de r a yo nn ement » l26.
La composi tion différente des cheveux de l 'h omme et de la
f emme ne serait pas, selon J. van Rijckenborgh, le fruit du
hasard. C ar derriere les cheveux se cacherait... «un secret du
Salut»! Ce «secret», à vrai dire, n'en est pas un: il s'agit tout
si mplement de la « fonc ti on» qu'exerceraient les cheveux.
Ceux-ci ap pa rt iendrai ent au «cor ps etherique» et auraient en
vertu de leur r ayo nnement aurai des effets benefiques pour
ouvrir a l 'homme ou a la f emme le chemi n du salut. Na tu re l­
lement il faut q u e les cheveux soient très soignes p ou r que le
«secret» puisse être révélé au « ch er ch eur » ou à l '«èt udi ant »!
L'ethique conjugale du Lectorium Rosicrucianum est,
c o mm e 011 peut le constater, aberrante et, en tant que ch ré­
tien, nous 11e pou vo ns que la rejeter.
2. Le Bien et le M al
La morale du Lectorium Rosicruci anum s'inspire ici très
nettement des enseignements cathares. La notion du Bien et
du Mal sont très confuses et surtout très compliquées. II n'est
pas facile, en effet, de d en o u e r l’echeveau. Essayons q u a nd
même!
Selon l'ethique de la Rose-Croix d'Or. «notre ordre n a t u ­
rel naquit de la perturbation de la grande Harmonie Univer­
selle, de l'Equilibre cosmique, qui est un Etat constant dans
la Lumiere, une existence eternelle dans le Cou ran t universel
- sans c om men cement ni fin - que la Langue sacrée désigné
Les cheveux de l'h om m e, pa r conire. so nt un « c h a m p d'assim ilatio n»!

258

c omme le Royaume Imm uable. La perturbation de cette H a r ­
monie. de cet Equilibre, fait naître, dans la stabilité du C o u ­
rant universel, une instabilité, une vague de mouvement, de
va et vient de toutes choses: il en resuite une existence dans
l'opposition, dans les contraires inséparablement lies entre
e u x 12'...» Ainsi, une perturbation d 'o rdr e cosmi que entraîna
une série d' oppos it ions: j o u r et nuit, j eunesse et vieillesse,
naissance et mort et, bien ent endu, bien et mal. Ainsi, selon
la doctrine du Lectorium Rosicrucianum, seul le bien est
e t e r n e l 128.
Le bien et le mal ne sont pas. p ou r le Lectorium Rosicru­
cianum, des définitions ethiques au sens ou la Bible l'entend.
Il ne s'agit pas de deux principes agissants, d ' u n coté le Bien
personnifie par Dieu et Jesus-Christ, de l'autre le Mal avec le
peche et Satan.
L ' ho m me des l'origine a choisi le mal. Il a cru trouver le
bien en désobéissant a Dieu. Le mal, c’est do nc le refus de
l 'h o mm e d 'a cce pt er la bonté et la souverainete de Dieu: c'est
aussi une force positive qui asservit l’h o m me et qui corrompt
l'univers. Le mal, qui ne signifie pas absence du bien, est bel
et bien un aspect étranger de la Création. C ar Dieu est bon et
c'est lui qui. dans la personne de son Fils, tri omphe du mal.
A la lumiere des enseignements bibliques, il faut considérer
le mal c omme une anomalie, c omme quel que chose qui était
f o nd ame nt al emen t étranger a la nature humaine. Il nous faut
aussi repousser l’idée que le mal est une opposition au bien
au meme titre que le j o u r a la nuit. Il ne faut pas confondre
l’ordre de la Création - l'alternance du j o u r et de la nuit - et
le pèche de l 'h omme symbolise par le mal.
L' ho mme «dialectique» pourrait, si l'on en croit les ensei­
gnement s de la Rose-Croix d'Or, accomplir le bien; mais
c'est p ou r aussitôt retomber dans le mal! «Des que la force
propulsive du bien {sic) atteint, sous un certain rapport son
point culminant, son sommet, des que ce mouvement ascen­
dant, donc, va se changer en mouvement d e s c e n d a n t 129...»
Faire le bien ou faire le mal. ce serait donc un «eternel. un
IJ' Ce qu'est. veut et accomplit lu Rose-Croix moderne, pp. 73-74. C'esl
nous qui le soulignons.
128 Sur ce point, le Lectorium R osicrucianum s'e carte du Manicheisme.
Mani. en effet, ad m ettait deux principes eternels. le Bien et le Mal.
ihid.. p. 75.

inexorable cercle vicieux». La con sé qu en ce de ces « m om ee s
el descentes» est que «le mal devient le bien, engendre le
bien, tandis q u ’avec la même régularité, le bien dégénéré en
mal, engendre le mal et d é mo nt ré q u ’il ne peut j amai s etre
l’essence du bien, le bien exclusif, effectif, mais seulement
une apparence» I3Ü. Le bien de l’h o m m e «di alectique» ne se­
rait d o n c q u ’une apparence. La encore, nous nous port ons en
faux contre les assertions du Lectorium Rosicruci anum: la
Bible affirme que l’homme, cree a l’image de Dieu, peut faire
le « b i e n » 131. Mais ce qui est vrai - ou devrait l’étre - c'est que
le chretien doit etre un inst rument de la bonté de Dieu. Ces
exhortations de l’apôt re Paul le prouvent a mp l em en t : «Ayez
le mal en horreur: attachez-vous fortement au bien» ( R o ­
mains 12: 9); « N e te laisse pas vaincre par le mal, mais
t ri omphe du mal par le bien» ( Ro mai ns 12: 21), etc.
Le Bien, expression de la volonté de Dieu, est d o n c un
point de doctrine ethique p o u r le moins très important. Le
Bien, seul, est eternel; le Mal, par contre, disparaîtra pour
toujours lors de l’avenement de Christ. Mais il est possible
aujourd'hui d' acco mp li r et de discerner le Bien el de vaincre
le Mal. Tout si mplement en écoutant et en pratiquant les p a ­
roles de Christ. C'est dans ce même ordre d'idees que Paul, a
nouveau, écrivait ces lignes: «Je souhaite que vous soyez
sages pour le bien» (Romai ns 16: 19). Puisse Dieu nous aider
a pratiquer le Bien.
3. A tien lion a I alcool, a la nicotine et aux narcotiques
Pour les mêmes raisons citees plus haut, les adherent s de la
secte neo-cathare ne doivent pas boire d'alcool, ne pas fumer
et s'abstenir de pre ndre des somniferes. Il est evident que
l'abus de boissons alcoolisees. l 'habi tude du tabac ou l'usage
im mod ér é des narcotiques favorisent un état de d é p e n da nc e
et ne peuvent que contribuer a affaiblir la résistance de l'or­
ganisme humain. La mise en garde du Lectorium Rosicrucia­
num. meme si elle est trop absolue, nous paraît ici justifîee.
Mais la ou nous ne s ommes plus d'accord, c'est le fait
d ’admet tre que de boire un verre, fumer une cigarette ou
,J° ihid., p. 75.
1,1
L’h o m m e « naturel», irregenere, peul avoir une m orale el une qualité
de vie toul a tait correctes: il peut ainsi pa r le m oyen des oeuvres cariialives
etre utile a son en tou rag e et soulager bien des misères humaines.

260

prendre un c ompr imé puisse per tur ber notre vie spirituelle; il
y a là un pas qu' on ne saurait franchir. C a r J. van Rijcken­
borgh affirme que celui qui se libéré des medicaments «li­
qui de» d' un seul coup trois effets de la «chute», a savoir:
l'obscurcissement de la pensée, l'anesthesie de la vie ner­
veuse et les perturbations du corps etherique. De plus l 'ab­
sorption d'alcool provoquerait une action négative sur les
glandes pineale et pituitaire: enfin, la nicotine l3: eng end re­
rait une degenerescence des «sanctuaires» du coeur, de la
tête, des organes sexuels et nerveux.
Ainsi l 'h omme qui s ' a d on ne consciemment ou non a ces
vices s'enfonce dans le minerai, dans la matiere. Par contre,
s'il a b a n d o n n e ces pratiques, s’il veut sortir du «bourbier» de
la matière, il doit aussi renoncer a mang er de la viande ou du
poisson!
4. Le vegetaristne ou le chemin de la Transfiguration
Les membres actifs du Lectorium Rosicrucianum sont, en
principe, des végétariens stricts. Le vegetarisme, tel qu'il est
enseigne et pratique, ne vise pas en premier lieu le hien-étre
du corps, mais il serait nécessaire pour pouvoir entrer dans le
chemin de la régénération, c'est-a-dire de la Transfiguration.
Propos confirmés par une Lettre d'inform ation: «Il est ab s o­
lument exclu que le C hemi n de la «renaissance evangelique
d ' E a u et d ’Esprit» puisse etre par couru sans satisfaire a un
certain n omb re d ’exigences fondament al es, dont le vegeta­
risme ,,J.»
C ar manger de la viande
même moderement, serait un
« e m p ê c he me nt » p ou r acceder à la «Consci ence Divine».
«La composition chi mi que et l'echelle vibratoire du sang a n i ­
mal sont deux elenients ext rêmement nocifs et neutraiisateurs du sang h u m a i n » 135. «Il faut savoir que les aliments ne
contiennent pas seulement des substances nutritives, des vita1,2 Le tabac serait une plaine influences pa r la planeie Mars, d o n c néga­
tive.
lA’itre d'inform ation. No 7, p. 4. C'est nous qui le soulignons.
"* Selon J. van Rijc kenborgh. « M a n g e r du poisson, favorise la pe n e rsite .
la viande de cheval la colere. la viande de b o e u f la stupidité et un fo rm ida­
ble esprit de chicane et de querelle, la viande de porc, la cruauté, la b ru sq u e ­
rie et... l'ap lom b»! (Philosophie elem entaire de la Rose-Croix m oderne, p.
233).
Iîs Ce c / i i est. veut et accomplit la Rose-Croix moderne, p. 26.

261

mines, des sels minéraux, etc., mais aussi des substances de
nature subtiles appelées ethers. La viande et le poisson
contiennent, eux, des substances etheriques présentant un ni ­
veau vibratoire particulier, néfaste po u r l'eléve qui cherche a
se liberer des liens de la matière l36.»
Le s a n g o c c u p e u n e p l a c e très i m p o r t a n t e d a n s la d o c t r i n e d u
L e c t o r i u m R o s i c r u c i a n u m . Le s a n g serait, en effet, la « c l e f de notr e
et r e » et il n ’y a u r a i t pas de t r a n s f i g u r a t i o n s a ns u n e t r a n s f o r m a t i o n
spirituelle d u sang! Le s a n g c o n t i e n t u n secret c api t al , celui de not r e
n a t u r e a ct ue l l e et celui d e n o t r e n a t u r e a venir. «... le s a n g r e n f e r m e
la f o r m u l e de l’e m p r i s o n n e m e n t c o m m e celle de la li b é r a t i o n (...).
N o u s y t r o u v o n s la s yn t he s e d e la c o n s c i e nc e , d u fl uide n e r v e u x et
d e la q u al i t é t ot ale d u p r i n c i p e m i c r o c o s m i q u e l3?.« T o u t c a n d i d a t à
la p l e n i t ud e doit a c c e p t e r q ue s o n s y s t e me s a n g u i n soit d ’u n n o u ­
veau type. « La t r a n s f o r m a t i o n d u s a n g t r a n s f o r m e r a la vie, p o u r r a à
la l o ng ue v ai n cr e la m o r t et m o d i f i e r a la p e r s o n n a l i t é 138.» Ainsi,
l’é l a b o r a t i o n d ' u n n o u v e a u t y p e s a n g u i n p r o d u i r a i t un c h a n g e m e n t
d a n s le c o m p o r t e m e n t d e l' individu!. . .
Le s a ng en se c h a r g e a n t d e s u b s t a n c e s vitales, telles q u e la L u ­
mi er e et la Force, fait q u e le m i c r o c o s m e d i a l e c t i qu e se puri fie, se
d é b a r r a s s e de t o u s ses liens ter rest res, et e n p a r t i c u l i e r d u k a r m a .
I n v e r s e me n t , l’h o m m e « r é g é n é r é » , d o n t le s a n g est « p u ri f i e » , p e u t
e n t r e p r e n d r e le « c h e m i n d u r et ou r » .

Selon les doctrines de Jan van Rijckenborgh, l’homme, à
cause de son alimentation, se serait graduel lement «enf oncé»
dans la matière. D ’abor d frugivore, le regime de l’h o m me d e ­
vint vegetalien. puis végétarien; puis, il passa a la nourriture
carnee p ou r enfin s’a d o n n e r à l’alcool, au tabac et aux m éd i ­
cament s synthétiques.
Ainsi, le futur elève de la Rose-Croix d ’Or est place devant
un choix: s’il veut prendre le « C h em i n de la Régénération»,
il devra changer radicalement sa façon de s’alimenter: le prix
de la «transfiguration» n ’est q u ’à ce prix-Ià!
5. La politique
En vertu de sa doctrine dualiste, le Lectorium Rosicrucia­
num se dèsinteresse de toute participation ou ingérence dans
' ,t' Lettre d'inform ation. No 7, p. 4.
l r J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, Le N ouveau Signe, p. 126.
138 J. van Rijckenborgh et C. de Pétri, ihid., p. 126.

262

les affaires de l’Etat. «Les élèves de l'Ecole spirituelle de la
Rose-Croix d ' O r s’abstiennent de toute participation active a
la politique, l’economi e et l’humani sme. Ils n'essaient jamais
d'avoir, d ' a u cu n e maniéré, une influence qu el conque sur la
politique de leur pays, pas plus que sur le système éco no mi ­
que en vigueur, et jugent l’hu ma ni s me incapable de délivrer
l’h umani te de la vie terrestre
L’ethique politique du Lec­
torium Rosicrucianum se réduit d on c à sa plus simple ex­
pression: tout en reconnaissant à l’Etat son rôle spécifique,
les membres de la secte rosicrucienne sont exhortés à «ne
remplir auc une tâche sur le terrain», mais a explorer uni que­
ment le chemi n qui mene à la Transfiguration.
6. Un défi à relever!
Le Lectorium Rosicrucianum est un Ordr e très, très sec­
taire. Ses membres, a p p a r e m m e n t peu nombreux, sont totale­
ment dévoues à la cause de la secte. Les activités terrestres la famille, le travail, les loisirs, etc. - doivent laisser la place
aux activités de l’Ordre. Beaucoup de soirées ou de weekends sont consacrés aux reunions ou à l’etude. Ce que Jan
van Rijckenborgh dit à propos des partis politiques vaut
aussi p our tout le reste: « N e choisissez aucun parti dans ce
formidable tourbillon d'activités dialectiques; ne vous jetez
pas dans ce feu du brisement, mais conservez vos talents, vo­
tre force et votre vitalité p ou r le travail qui vous sera d e ­
m an d e par l’Ecole S pi ri tue ll e140.»
Malgré une doctrine très compliquée, une éthique austere,
le Lectorium Rosicrucianum connaît un regain d ’intérêt et
progresse n uméri quement. Cela tient du fait que son langage
pseudo-èvangèlique accroche bien auprès des gens en quête
de certitudes. La fermeté de leurs positions, le rejet absolu de
la «dialectique» terrestre, une condui te de vie irréprochable
font que le Lectorium Rosicrucianum connaît actuellement
une phase ascendante. Il y a de quoi réfléchir face à un tel
phenomène... Les chrétiens sauront-ils relever le défi?

I,‘l ibid., p. 65.
1411 J. van Rijckenborgh. Philosophie elem entaire de la Rose-Croix moderne,
p. 267.

263

C H A P I T R E VII

La Cosmogonie de Max Heindel
Nous a bor do ns l'etude de la doctrine de Max Heindel telle
qu'elle est exposee dans son ouvrage fondament al La Cos­
mogonie des Rose-Croix. Co nt rai re me nt aux autres sociétés
rosicruciennes, et en particulier l'A.M.O.R.C., le fondateur
de l'Association Rosicrucienne a essayé de rendre coherent
sa philosophie qu'il a emp run te e p o u r une bonn e part au ro­
sicrucianisme et â la t heos ophi e bien sûr, mais aussi à l'hi n­
douisme, sans oublier le catholicisme!
Aut ou r du theme principal de la Cosmogonie s'articule un
autre theme qui est celui de Y évolution. La doctrine rosicru­
cienne est, avant tout, une cos mogoni e evolutionniste. La
matiere, d ' a bo rd inerte, doit passer par différents stades évo­
lutifs p ou r arriver finalement a un état de perfection divine.
En s'expri mant autrement, il s'agirait d' un e succession
d ’etats de la m atiere (minerai, végétal, anima), humain...)
p o u r que celle-ci devienne Dieu!
Les périodes successives, selon les theories rosicruciennes
d'He ind el . ne sont pas des périodes ast ronomi ques, mais des
périodes as tr ol o gi q ue s1. Les astres, d ont il sera question plus
loin, sont tirés des cartes du ciel astrologiques, plus ex act e­
ment babyloniennes. La cos mog ra phie a laquelle les rosicru­
ciens et les astrologues se réferent est totalement différente
du ciel as tronomique. A ce propos. Paul Couderc, ast ronome
a l'Observatoire de Paris, fait r e ma rqu er justement que «l 'as ­
trologie porte la mar que des siecles ou la Terre passait p a r le
centre de l'Univers. où l ' h om m e croyait les astres créés a son
intention et disposés p ou r son usage, ou il les tenait p our les
dieux, présidant à sa naissance et préposés a son d e s t i n » 2.
Dés lors, on se rend compt e facilement que les théories rosi­
cruciennes reposent sur des bases fragiles, voire inexistantes
parce qu'erronées. Peut-on. à partir d'erreurs, parvenir a la
1 N ou s serions actuellem ent d ans l'ere du Verseau.
! P. C o u d e rc, / . 'A urologie pp. 55-56. Q u e sais-je?
264

vérité? Telle est la question que nous nous posons a l'egard
des périodes dites «astrologiques».
Souvent, nous ent en do ns dire que la Rose-Croix enseigne
qu'il y a deux créations. Cela n'est pas tout a fait exact. Il fau­
drait plutôt parler de deux évolutions, plus precisement d'une
involution et d'une évolution. Le systeme rosicrucien s'appuie
s ur le principe intangible de l’évolution per ma nent e et éter­
nelle de la matiere. En vertu de leur conception panthéiste, les
adeptes du rosicrucianisme sont invites à rejeter ipso facto la
doctrine de la création exnihilo. Selon eux, la matiere est identifiee à Dieu. La matière serait d on c «vivante» et. de ce fait, elle
serait en mesure de suivre tout un processus d'évolution ca rac­
térisé par des phases involutives et évolutives.
La premiere phase cor res pond a l'involution. Celle-ci
gro up e 3 1/2 périodes, c'est-a-dire les périodes astrologiques
de Saturne, du Soleil, de la Lune et la moitié de celle de la
Terre! Durant ce laps de temps, les Esprits Vierges se déci ­
dent a en treprendr e sous la direction à" Etres supremes un
long pelerinage dans la matiere. Ce passage a travers la m a­
tiere (appelee aussi « m o n de s denses») est, selon les theories
rosicruciennes d ’Heindel. une «ecole de l’expérience» qui
doit condui re les Esprits Vierges au dével op pe ment des p o u ­
voirs latents en pouvoirs dynami ques. Les progrès consistent
a la construction du «corps-triple», a l’acquisition de la
«conscience de soi et de l’intellect». C'est aussi durant cette
phase que se situe la «construction des véhicules» qui seront
nécessaires p ou r pouvoi r passer dans la periode d'évolution
p rop remen t dite.
Mais la se trouve placee une parenthese importante: l'epi#£,nésé, qui est, selon Heindel, le f onde me nt même de l’évolu­
tion. En effet, la fin de l’évolution correspond a l’achevement
de l’h o mm e en tant que principe vivant. Celui-ci est doue
d ’un corps matériel qui va, avec l’aide de l’intellect el des dif­
férents véhiculés, passer dans la phase dite «évolution». Ce
serait une periode très import ant e car elle correspondrait a
une intense «activité creatrice originelle de l’Esprit» en
l 'homme. Celui-ci pourrait, des lors, et seulement en vertu de
ses propres forces, devenir a son tour Créateur!
L'évolution se caractérisé a la fois p ar l’elevation de l'es­
prit hors de la m atiere et par le développement conscient du
triple corps en une triple ànie. La «croissance de l'ame» se
265

fait par le biais des «b on ne s actions, des bons sentiments et
des b onnes pensees». C'est ainsi que la conscience de
l 'h omme se transformerait lentement en une omni consci ence
divine. Cette mé ta mor pho sé serait possible par le moyen de
multiples réincarnations: l ' h o m m e deviendrait d ’abor d un
s ur ho mme, puis un demi-dieu, et enfin Homme-Di eu , c'est-àdire Rose-Croix.
Ainsi donc, la Cosmogonie des Rose-Croix n ’est autre
q u ’un système evolutionniste qui prend son origine dans la
matiere et qui aboutit tout droit a la divinisation de ladite
matiere. C ’est ce que nous allons voir mai nt enant dans les li­
gnes qui suivent.
L ’in v o lu tio n o u le s o r ig i n e s du m o n d e et d e l ' h o m m e

Avant d ’a p p r o fo nd i r la Cosm ogonie des Rose-Croix, il est
i mport ant de rappel er que la doctrine rosicrucienne est f o n ­
d am en t al eme n t pantheiste. Le mo nd e, c’est-à-dire la matière,
est con fo n du e avec Dieu et vice versa. L'idee d ' u n Dieu cr éa­
teur, i nd ép en da n t de la création c o m m e de la creature, est ri­
go ure us ement absente dans la systématique rosicrucienne.
Aut rement dit, la t ran sc end an ce d 'u n Dieu personnel, créa­
teur et rédempt eur, n'existe ab sol ument pas. Ainsi la per s on ­
nalité de Dieu se reduit-elle au niveau des idées et, plus e n ­
core. a un plan matérialiste. La pensee rosicrucienne, qui est
au départ franchement pantheiste et matérialiste, tend p r o ­
gressivement, mais i néluctablement, à un spiritualisme o c­
culte et même spirite. Le c he mi ne me nt de la Rose-Croix a
p o u r about issement le mo nd e des esprits, ou, p our etre plus
précis, le mo nd e des démons.
La Cosmogonie des Rose-C roix est un ouvrage essentiel si
nous voulons c o m pr e nd re les enseignement s rosicruciens de
Max Heindel. L’auteur, d ont nous ne mesestimons pas le
courage, a mis p ar écrit l’essence de ses enseignements. Il a
developpe une très curieuse theorie de la création de l 'uni ­
vers qui, co m m e nous le verrons, se trouve a l’o p p os é ex­
trême de la doctrine biblique traditionnelle. La Cosmogonie,
ou théorie expliquant les origines de l'Univers, n'est pas le
d o m ai n e exclusif de Max Heindel et de ses adeptes. D'autres
mouvement s c omme la T heo sop hi e de M me Blavatsky,
l'A.M.O.R.C., le Lectorium Rosicruci anum ou l 'Ant hroposophie de Ru do lf Steiner ont aussi leurs propres idées d an s ce
266

domai ne. Si leurs points de vue divergent dans le détail, n o ­
t am me nt dans le vocabulaire employe, le fond reste pratique­
ment le même, a savoir Y evolutionnism e qui est, en quelque
sorte, le fil c ond uc te ur de toute la doctrine Rose-Croix. S ou ­
lignons également que l'èvolutionnisme rosicrucien ne peut
être c ompar e au t ransformisme darwinien. Par ailleurs, il se­
rait judicieux, sinon de la plus haut e importance, de m e n ­
t ionner la r e ma rqu e ci-apres si nous ne voulons pas être in­
duits en erreur par la terminologie des mots: selon les RoseCroix, du moins p o u r Heindel, les termes d ’évolution et de
création sont synonymes. L o rs q u’un rosicrucien parle de
création, il pense tout autrement. Ne nous laissons pas a b u ­
ser pa r ces formulations passe-partout, mais soyons sur nos
gardes. Un mot peut en cacher un autre!
La G e n è s e , livre o c c u l t e !

Ent rons mai nt enant dans le vif du sujet et essayons d ’a n a ­
lyser la theorie de l’évolution de Max H e i n d e l J. Cette theorie
p ou r le moins farfelue porte un titre qui ne l'est pas moins:
«Analyse occulte de la G e n es e» ; car les rosicruciens «heindeliens». c omme la plupart des sectaires, se reclament de la
Bible. Pour eux, la Bible est un livre «ferme» que seul un ini­
tie peut c omprendre. Dans le même ordre d'idees, Daniel
Vernet écrit a prop os des Kabbalistes: «Les KabbaJistes,
ad ep te s de l’ecole juive de la Kabbale qui, parallèlement a
une lecture ouverte de l’Ancien Testament, en font une lec­
ture « he r me t iq u e» ; p our eux la Bible est un livre code rempli
d ’informations qui n ’apparai ssent q u ’a cette seconde «lec­
t u r e » 4. La premiere «lecture» serait d onc profane, la seconde
serait esoterique, d o n c reservee aux inities. Tous ces pré sup ­
posés esotèriques dét erminent une exegese mystique de la Bi­
ble et de ce fait la Bible est mise sur un pied d'egalite par
rapport aux autres livres religieux. Max Heindel, lui, l'af­
firme sans détours l orsqu’il écrit que «la Bible n ’est pas la
seule veritable Parole de Dieu et la seule inspiree; mais il
n'en est pas moins vrai qu'elle contient b ea u co up d ’enseigne­
ments occultes et p r é c i e u x 5.» Par ailleurs, il commente:
3 N oire principale source d 'in fo rm a tio n est la C osm ogonie de Heindel.
* I). Vernel, L'Iiom m e fa c e a ses origines, pp. 42-43. C roisa de du Livre
C hrctien, La Begude-de-Mazeric.
5 M. Heindel, Cosm ogonie îles Rose-Croix, p. .112.

267

« N o u s ne sout enons pas que la Bible soit d'origine entière­
ment divine, ni qu'elle soit, d ' u n bout à l'autre, la Parole de
D i e u 6.» Un peu plus loin, il aj out e : «La Bible ne peut être
considérée que c o mm e l'un des livres de Dieu, car il y a
b e a u c o u p d'autres écrits qui ont le droit d'être reconnus
c o mm e tels, et qui ne peuvent être élimines par quelques
ignorants (sic) tels que ceux qui ont mis les soi-disant livres
a poc ryphes au rebut .» Ainsi ap pa r aî t dans toute sa vigueur
le processus, helas classique, d'affaiblissement de l 'inspira­
tion, d on c de l’autorite, de la Parole de Dieu. La négation de
l'inspiration divine entraîne de fâcheuses conséquences dont
la plus nefaste est, sans conteste, les fausses interprétations.
C a r on peut faire dire a la Bible n' import e quoi. Les rosicruciens n 'é c ha pp e nt pas à la régie: ils n'hésitent pas à tordre au
m ax imum les Saintes Ecritures afin de justifier le bien-fondé
de leurs enseignements. Il faut constater, avec regret, que
t oute doctrine fausse a c o mm e point de départ une déviation
d'i nt erprét at ion sur un point capital. En ce qui concerne la
Rose-Croix, la pierre d ’a c h o p p e m e n t sur laquelle elle tré­
b u c h e est la doctrine de la Création. Cette doctrine, au d e ­
meurant fort i mport ant e est, a part quel ques exceptions près,
assez négligée8.
La Création est, avec la Ch ut e et la Redempt ion. le noyau
central de toute la doctrine chrétienne. Si nous voulons
connaît re ce qu'est la vie chrétienne, il est nécessaire que
nous sachions le pourquoi et le com me nt de la Création.
Après cela, même si nous ne c om p r e n d r o n s j amai s le p o u r ­
quoi de la chute, nous serons en mesure de saisir et d ' a c c e p ­
ter l'oeuvre de la redemption. Si l'un des points de cette
triade est enlevé, il ne reste p ou r ainsi dire prati quement rien.
A propos de la Bible, Max Heindel affirme pé r em pt oi re ­
ment: « Ce livre a uni qu emen t été écrit p our les initiés et eux
seuls peuvent le lire et le c o m p r e n d r e 1'.» Le magistère de
ceux qui sont rendus capables d'initier les autres est d o nc nè6 M. Heindel, Philosophie rosicrucienne, p. 159, Tom e I.
' M. Heindel. ibid.. p. 165.
8 II serait injuste de ne pas citer les nom s de ceux qui ont milite p o u r un
renouveau de la doctrine biblique de la C ré atio n : Henri Devaux, Daniel
Vernei. Robert M em pio t. Henri Blocher et bien d 'a utres encore.
“ M. Heindel, Cosm ogonie des Rose-C roix, p. 317. C'est nous qui le souli­
gnons.

268

cessaire p ou r lire la Bible. Mais ou est le Saint-Esprit dans ce
contexte? Nous y voyons, dans ce cas précis, l'entiere d é p e n ­
d an ce du disciple-initie pris dans les griffes de l'initiateur.
Cet assujettissement ne peut que produi re des fruits amers.
Le pro ph et e Jèremie n'a-t-il pas écrit: « M au d it soit l'homme
qui se confie dans l’h omme, qui prend la chair p our appui et
qui dé tourné son coeur de l’Eternel ! Il est c omme un miserable dans le desert et il ne voit point arriver le b onh eu r» ( Jeremie 17: 5-6).
Un autre livre, le sien naturellement, va prendre la place
de la Bible. Il écrit a ce sujet : « N o u s exposons ici un plan
prodigieux dont la complexité devient presque inconcevable
a mesure que nous ajoutons de nouveaux détails. Toute per­
s onne capable de le c omp re nd re sera pleinement re compen­
sée si elle ap pl iqu e tous ses efforts à cette etude. Aussi, l’ét u­
diant devrait-il lire lentement, repeter souvent, réfléchir
b e a u co u p et profondement . Ce livre - (et plus particulière­
ment ce chapitre, le travail de l’évolution, NdR ) - ne devrait
pas être lu d ’une manière superficielle. C h a q u e phrase a sa
valeur propr e et prépare la phrase qui suit, a laquelle elle est
intimement liee, tout en s u ppo san t la connaissance de ce qui
précédé. Si le livre n ’est pas étudié à fond et avec methode, il
devi endra de plus en plus i ncompréhensi ble et déconcertant.
Au contraire, si l’eleve l’etudie et le médité à mesure q u ’il
avancera, il trouvera que c ha que page est rendue plus claire
par les connaissances tirées de l’etude des pages précé­
dentes l0.»
Il est difficile d ’en dire plus, n ’est-ce-pas?
P e u t - o n p a r le r d 'u n p o ly t h e is m e r o s ic r u c ie n ?

Pour la Rose-Croix, la Création achevée n'existe pas. Se­
lon ses theories, les epoques de la création, que Max Heindel
appelle gl obalement Jour de M anifestation, se succedent les
unes après les autres et cela éternellement. Sept périodes as­
trologiques forment un « J o ur de Manifestation». Au co m­
mence ment de celui-ci, «un certain Gr a nd Etre (désigné dans
le i nonde occidental sous le nom de Dieu, mais sous d'autres
noms dans d'autres parties du globe) se limite a une certaine
portion de l'espace dans laquelle il choisit de creer un Sys10 M. H e i n d e l , ibid.. p p. 205-206. C ' e s t n o u s qu i le s o u l i g n o n s .

269

téme Solaire pour l’évolution et l’expansion de sa propre
conscience»
/. La Trinité: une doctrine im portante
Ce qui frappe d'emblee, c’est que les rosicruciens recusent
l'idée que Dieu soit une personne, bien que dans les n o m ­
breux ouvrages rosicruciens le nom même de Dieu est a b o n ­
d am m e n t employé. Mais à c ha q ue fois, nous en épr ouvons
un malaise. Il nous vient aussitôt cette question a l'esprit: de
quel Dieu s'agit-il? Du Dieu éternel, personnel, omniscient et
tout -pui ssant ? Ou bien d 'u n «certain» Dieu, dépersonnalise,
lointain? Les rosicruciens a do pt en t la seconde solution.
C o n s éq u en c e normal e: le do g me de la Trinité est refusé.
Cette négation entraîne des suites p ou r le moins dés as ­
treuses. La personnalité de Dieu, un et pluriel, se trouve ré­
duite a de simples manifestations.
Le d o g m e d e la Tri ni t é di vi ne c o n n a î t d e n o s j o u r s u n re g a i n d' in terét. S a n s d o u t e le d i a l o g u e a v e c les rel igi ons m o n o t h é i s t e s n o n
c h r é t i en ne s est-il a l ' or i gi ne d e ce r e n o u v e a u t h e o l o g i q u e . Ma i s
cett e d oc t r i n e , v i o l e m m e n t c o m b a t t u e p a r la Ro s e - C r o i x, est aussi
rej etée p a r di ver ses sectes c o m m e les T é m o i n s d e J e h o v a h o u les
B r a n h a m i s t e s I:. A vrai dire, le p r o b l è m e n' est pas n o u v e a u . De j a
a u x t r oi s i ème et q u a t r i è m e siecles, u n e serie de c o n tr o v e r s e s t o u ­
c h a n t a la n a t u r e d e C h r i s t e b r a n l a i e n t l’Eglise. L ’un des a d v e r s ai r e s
les p l u s c o n n u s d u d o g m e d e la T r i n i t é était u n p r e s b y t r e de l' Eglise
d ' A l e x a n d r i e n o m m é Ari us (280-336). Cel ui -ci e ns e i gn a i t q u e le Fils
n' ava i t p a s existe d e t ou t e eternit e. Ch r i s t n' et a i t d o n c q u ' u n e c r é a ­
t u r e et il serait d e v e n u p a r la sui te Di e u . C e t t e herèsie fut s é v è r e­
m e n t c o n d a m n e e lors d e s C o n c i l e s d e N i c e e (325) et de C o n s t a n t i n o p l e ( 3 8 1). Bien q u e le n o m d ' A r i u s ne soit j a m a i s m e n t i o n n e d a n s
les écrits ros i c r uc i e ns, il s e m b le ra i t q u e les f o n d a t e u r s d e s diver s
m o u v e m e n t s , n o t a m m e n t M a x H e i n d e l et H. S p e n c e r Lewis, ai ent
r epr i s les idées e r r o n e e s d ’Arius.

La doctrine de la Trinité divine est d ’une extrême i m p o r ­
tance. En effet, l'Ancien c omme le Nou ve au Testament nous
" M . H e i n d e l , Cosm ogonie des R o se-C roix, p. 185. C 'e s i n o u s q u i le s o u l i ­
gnons.

12
Disciples de William Branh am (1909-1965), célébré evangeliste a m é ri­
cain. A ne pas c o n fo n d re avec les Brahm anistes (ou Brahm anes), a dep tes du
b rah m anism e, religion de l'Inde.

270

présentent les trois personnes de la Trinité à l’oeuvre dans la
Créati on c omme dans le Salut. Nous y voyons a la fois l’uni­
cité et la pluralité de Dieu. Dieu est un être personnel et uni­
que, mais il est aussi pluriel. Le Pére, le Fils et le Saint-Esprit
sont parfaitement unis. Entre eux, il n'y a a uc un e différence
de nature entre les trois personnes: elles accomplissent la
même oeuvre et sont dignes de recevoir la même adoration.
La préexistence eternelle de Christ c omme la divinité du
Saint-Esprit constituent un excellent tir de barrage contre le
polytheisme inform el des rosicruciens. En effet, les Rosicru­
ciens «hei ndel iens» affirment que le Christ, tout comme le
Saint-Esprit et, ô absurdité, le Pere ne seraient que des ini­
ties. Cela signifierait que les trois personnes de la Trinité se­
raient devenues divines en vertu d ’une initiation particulière.
Seule une doctrine correcte de la Trinité est en mesure de
combat tre avec efficacité l’herésie mon u me nt al e de la RoseCroix.
2. Dieu «un et pluriel»
La Bible fourmille d ’exemples de la véracité de la doctrine
de la Trinité. Dés le premier verset de la Genese, la pluralité
de Dieu appa raî t nettement. Le mot Elohim, qui est dérive
d ’une racine signifiant «puissant, être fort», est employe pas
moins de 2312 fois dans l'Ancien Testament. Il désigné vrai­
sembl abl ement , au sens large, le Dieu de la création et de la
providence. La collectivité des personnes apparaî t très nette­
ment par le fait que le mot Elohim est un masculin p l ur ie l13.
L' uni c i t e de Di eu , elle, n o u s est su g g e r e e p a r la t o u r n u r e g r a m ­
m a t i c a l e d e la p r e m i e r e p h r a s e d e la Bible. E n effet, Elohim, n o m
pluriel , est le suj et d u v er b e bara (creer) qui, lui, est au si ngulier. Si
n o u s r a i s o n n o n s d u p oi nt de v u e d e la g r a m m a i r e , il y a i n c on t e s t a ­
b l e m e n t faut e. Ma i s cette « e r r e u r » est v o u l u e p a r l ' a u t e u r d e la G e ­
n e s e : en Elohim bara, n o u s a v o n s la p r e u v e q u e Di eu est un et p l u ­
riel. Plus loin, et t o u j o u r s d a n s le m e m e o r d r e d ' i d e e s . Mo ï s e n'ecritil p as : « F a i s o n s l ' h o m m e a notre i m a g e » ( G e n e s e 1: 26).

13
Elohim n'est pas, selon nous, un pluriel de majeste. La langue hebraïque ignore en effet cette tourn ure d'e x pressio n (Cf. E. Nicole. La Trinité
d ans ta Bible in lchthus, p. 22, No 79. oct.-nov. 1979).

271

3. Jésus est Dieu!
A propos de la divinité de Christ, il nous a semble utile
d'insister longuement. En effet, les rosicruciens sont des fa­
rouches adversaires de l'incarnation de Jésus, Fils de Dieu.
Pour eux, le Christ n ’aurait été q u ' u n initié formé aux écoles
occultes esseniennes ou tibétaines. Aut rement dit, le Christ
n'est pas la seconde per sonne de la trinite divine, mais tout
si mplement un h om me c omme un autre. L’enormite de l’herésie rosicrucienne appelle une reponse biblique. C ar nous
croyons que ('Ancien et le No uveau Testaments sont expli­
cites au sujet de la divinité de Christ.
Les psaumes messianiques ne laissent pl aner auc un doute
q uant a la veri table nature du Messie : « L ’Eternel m ’a dit : Tu es
mon Fils!» ( Psaume 2: 7); «Ton trône, ô Dieu, est a toujours: le
sceptre de ton regne est un sceptre d ’equite. (...) C ’est pourquoi ,
o Dieu, ton Dieu l'a oint d ' un e huile de joie, par pri\ilege sur
tes collègues» ( Psaume 45: 7-8). Le p rophè te Esaïe. lui, n'hesite
pas a ecrire ces paroles extraordinaires: « C a r un enfant nous
est né. un fils nous est donne, et la domi nat io n reposera sur son
ép aul e: on l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant.
Père éternel. Prince de la paix» (Esaïe 9: 5). Ces titres r ema r­
quabl es suscitent quelques réflexions. Voilà ce que dit. par
exemple, Emile Nicole: «Ceci est d ’autant plus surprenant que
la royauté en Israël est consideree avec une certaine mefiance
(cf. Deut. 17: 14-20, I Sam. 8): le seul vrai roi, c’est l'Eternel.
C om m e n t d onc un m o n ar qu e hu mai n pourrait-il se voir attri­
b u er des titres qui en font l’égal de Di eu? Cela ne suggere-t-il
pas une convergence, dans la perspective prophetique, entre la
per sonne du Messie et celle m êm e de Di eu? Le Messie attendu
ne serait-il pas Dieu lui-méme selon les mots d ’Esaie: «Il vien­
dra lui-méme (votre Dieu) et vous sauvera» (35:4), ou de Malachie: «Sou dai n entrera dans son temple le Seigneur que vous
cherchez et le messager de l'alliance que vous desirez» (3 : I ) M?»
Le Nouveau Testament justifie, lui aussi, en des termes
sans equivoque la doctrine de la Trinite et de la nature divine
de Christ. L’apôtre Jean en d o n n e le ton des le premier verset
de son Evangile: «Au c om m en c em en t était la Parole, et la

14

272

F.. N ic o le ,

ih id ..

p. 23.

Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu» (Jean 1: 1). J é ­
sus ne dit-il pas a ses disciples ces paroles pour le moins
significatives: «Je monte vers mon Pere, et votre Pere, vers
mo n Dieu, et votre Dieu» (Jean 20: 17J.
De son côté, l'apotre Paul a bo nd e dans le même sens: «En
lui (Jésus) habite corporellement toute la plenitude de la di ­
vinité» (C'olossiens 2: 9), et encore, toujours a propos de
Christ: «Il est l'image du Dieu invisible» (C'olossiens 1:15).
Ainsi donc, la Bible tout entière atteste fortement que
C hrist, s econde personne de la Trinité, est pl einement Dieu.
Paul-Andre Dubois le dit sans ambages : «Christ est, avec le
Pere. Dieu, au plein sens du terme. Cette di mensi on biblique
de Jèsus-Christ doit être fortement rappelee et mise en valeur
a u j o u rd ' h ui : car, sous l'influence de théories occultes, on
cherche à la réduire a une simple «émana ti on du divin», ou
encore, dans les theologies récentes, a un h o m m e en qui le
divin a effleure, a fait surface, si je puis dire. (Adepte de la
Rose-Croix: «la realite christique»). Ces conceptions, très ré­
pandue s, dépouillent tout simplement Jesus-Christ de son
égalité avec Dieu. Il n'est plus, dans cette représentation,
consubstantiel au P é r e ls.»
4. La divinité du Saint-Esprit
F.t le Saint-F.sprit? Hst-il. lui aussi. Dieu? Le reduit-on a
une «pu is sance »? A une «energi e»? A un «l luide»? C omme
le font les antitrinitaires. les Témoi ns de Jehovah ou les disci­
ples de la Science Chrétienne. Tout c o mm e pour le Christ,
nous ne pouvons refuter les erreurs rosicruciennes qu'avec
l’aide de la Parole de Dieu. Celle-ci affirme sans crainte que
F Esprit est identifie a Dieu, au Seigneur (Actes 5: 3-4). L'F.sprit est do nc Dieu! Point de vue partagé par l’apôtre Paul qui
écrit sans l’o mbr e d ’un d out e: «Le Seigneur, c'est l'Esprit»
(II Corinthiens 3: 17). L'Esprit se caractérisé aussi par sa
saintete. N ’oublions pas. en effet, que le peche contre le
Saint-Esprit est considère c o mm e un acte irrémissible. Car la
sainteté est un attribut de Dieu, n'appart ient qu' a Dieu et ne
peut d o n c s ’a pp l iq u er aux choses matérielles, «energies» ou
autres «fluides».
1
l’.-A. Dubois. Un Chrisi selon lu dim ension hihliquc in Le Témoin, p.
120. No 2. Juillet-A oùl 19X1.

Le Sainl-Esprit est une personne, la troisième de la Trinité,
et il possédé intrinsèquement toutes les qualités divines: èternite, omniscience, omniprésence, omni potence, etc... C'est la
raison pour laquelle l'Esprit est très souvent associe et place
sur un pied d ’ègalitè avec le Pere et le Fils (Matt hi eu 3:
16-17: 28: 19; H Cori nt hiens 13: 13; etc.). Par ailleurs, le
Saint-Esprit est, au même titre qu e Dieu et le Christ, appelé
l’Esprit de Gloire (1 Pierre 4: 14).
L'apôtre Jean n'ècrit-il pas que « Di e u est Esprit» (Jean 4:
24); par ailleurs, il ajoute: «Il est avantageux que je (Christ)
m ’en aille, car si je ne m ’en vais pas, le consol at eur (le «p araclei» = l’Esprit) ne viendra pas vers vous; mais, si je m ’en
vais, je vous l’enverrai» (Jean 16: 7); et encore ces lignes:
«Le Père vous enverra un autre consol at eur (parailet), afin
q u ’il demeu re éternellement avec vous, l'Esprit de vérité, que
le m o n d e ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le
confiait point; mais vous, vous le connaissez, car il demeur e
avec vous, et il sera en vous» (Jean 14: 16-17).
D a n s u n e r e m a r q u e fort i nt ér e s s a n t e . J.-R. C' ouleru n o t e à ce s u ­
j e t : « J é s u s e m p l o i e , e n p a r l a n t d e lui, n o n p a s le p r o n o m ne ut r e ,
m a i s le p r o n o m mas c u l i n. D a n s le text e o r i g i n al grec, le mo t n e u t r e
« E s p r i t » d ev r a i t être suivi d u p r o n o m ne ut r e . Or, c o n t r e les régies
d e la g r a m m a i r e , le p r o n o m est m a s c u l i n, p o u r b i en m a r q u e r q u e le
S a i n t - E s p r i t est u n e p e r s o n n e et n o n p a s u ne c h o s e 1'’.»

Lorsque les rosicruciens sout iennent la these du «Dieuenergie», il est facile de se rendre co mpt e que leurs enseigne­
ments sont inconciliables avec la foi chrétienne. C ar nous
pro cl amon s que Dieu n ’est pas une energie, ni même une
puissance, mais que Dieu est Dieu! Dieu est unique, il est le
Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, il est le createur des
cieux et de la terre et de tout ce qu'elle contient. Dieu est
a mour, et, dans sa grâce infinie, il nous a d o n n e son Fils
bien-aimè comme s auveur et redempt eur. Mais l'oeuvre du
Dieu tout-puissant, compatissant et miséricordieux, se m a n i ­
feste a u j o u r d ’hui encore pur le Saint-Espril. C ar l'Esprit
nous revele et le Christ et le Pere: il est aussi notre « paraclet« , notre defenseur, notre consolateur, notre avocat, il
nous protège et il nous console. Dieu, un et trine, est le Dieu
16 J.-R. C'ouleru. Le Saint-E sprit, p. 6, édité par l'auteur, 1974.

274

vivant, personnel et infini, celui des patriarches, d'Israël, de
Jesus-Christ et de l'Eglise. C'est aussi le Dieu qui est le maî ­
tre de l'histoire, du cosm os com m e de l’univers. Ainsi,
connaître Dieu, c'est l'aimer et t’adorer. Et souvenons-nous
que nous r endons un culte a un Dieu eternel et non pas a une
chose! La différence qui existe entre un chretien et un rosi­
crucien se situe à ce niveau-là. Il y a donc un abime infran­
chissable entre l’enseignement biblique et les theories rosi­
cruciennes. Ce fossé déjà béant va tout au long de notre
el ude s’élargir davantage...
5. Un certain polytlieisnie rosicrucien
C o m m e nous venons de le voir plus haut, la notion de
Dieu est très confuse chez les adeptes de la Rose-Croix. Le
vocabulaire rosicrucien est a la fois compl exe et technique.
C a r la doctrine Rose-Croix, version Heindel. n'est pas m o n o ­
théiste, mais plutôt «polythciste» et. surtout, pantheiste. Le
Dieu un et pluriel est rejete catégori quement par Max Hein­
del qui affirme dans sa C osmogonie l'existence de plusieurs
dieux. Selon le f onda te ur de l’Association rosicrucienne,
l’Etre s uprême - qui est aussi appele le « G r a n d Architecte de
l’Univers» - est totalement diffèrent de Dieu et des autres
Hiérarchies d ’Etres celestes. Il écrit no tamment : « Qu a nd le
mot « Di e u » est employé, on ne sait j amai s s’il désigne l’Absolu, l’Existence Unique, r Etre s uprê me qui est le G r a nd
Architecte de l’Univers, ou bien Dieu, l'Architecte de notre
Systeme solaire ” .»
T o u t c o m m e p o u r l ' A. M. O. R. C' . , la d o c t r i n e de M a x H e in d e l est
r é s o l u m e n t pantheiste. A u n e q u e st i o n p o s e e a u suj et des « i n t el l i ­
g e n c e s » qui h a b i t en t des c o r p s m a l a d e s et d e l ' eve nt uel l e r e s p o n s a ­
bilité d e la n a t u r e, M a x He i n d e l r e p o n d : « N o u s d e m a n d e r o n s :
« Q u ' e n t e n d e z - v o u s p a r la nature' .’» Ba c o n d é c l a r e q ue la n a t u r e ne
di f f ér é p a s plus d e Di eu q u e l ' e m p r e i n t e ne dif féré d u s c e a u qui l’a
faite. La n a t u r e est le s y m b o l e vivant et visible de Dieu. Or. de nos
jours, n o u s a v o ns t r o p t e n d a n c e a ne c o n s i d é r e r la n a t u r e q u e sous
s o n a sp e c t mat éri el. De r r i e r e t o u t e s ces m a n i f e s t a t i o n s d e la natur e,
c e p e n d a n t , il existe de s forces, non pas des forces aveugles, mais des
intelligences (...). C e q u e n o u s a p p e l o n s electricite, m a g n e t i s m e , e x ­
p a n s i o n de la v a p e u r so n t des int ell igences qui t r av a i l l e n t , invisibles
a n o s yeux, d a n s des c o n d i t i o n s d e t e r mi ne e s . Les esprits de la n a ­
17 M. H e i n d e l , ihid., pp . 174 ei 181. C ' e s t n o u s qu i le so u l i g n o n s .

275

t ur e c o n s t r u i s en t les p l a n t e s, f o r m e n t les c r i s t a u x d e s r ocher s. T o u t
a u t o u r de n o us, s a n s q u e n o u s les v o y o n s , ils s' af f a i r en t , ave c
d ' a u t r e s h i é r ar c h i es d u m o n d e invisible, a f a b r i q u e r ce q u e n o u s a p ­
p el l er o n s les o eu v r e s de la n a t u r e 18.»

Pour être plus précis, l'Etre s up rê me se subdivise en trois
aspects. Le premier serait d imagi ner ('Univers tout entier: il
s'agirait du «Pere» dont sa principale fonction est le « P o u ­
voi r»; le second, la manifestation dans la matière comme
force d'attraction, c'est-a-dire la possibilité de d o n ne r des
formes a la matiere. C'est, écrit Max Heindel, le «Verbe», le
« Fiat Createur», qui façonne la Substance cosmique p r i m or ­
diale» |(>: le «Verbe» dont il est question ici n'est autre que le
Christ!; le troisième, le Saint-Esprit - appelé curieusement
J è ho va h - est spécialisé dans le « Mo uv em en t ». C ’est lui qui
d o n n e la force de faire t ourner sur leurs axes les différents
atomes! Autrement dit, tirer la Substance cosmique p ri mo r­
diale de son état d ’inertie.
L'Etre suprême, dans ses trois aspects, aurait ce pouvoi r de
dét er mine r la «diversite des angles d'inclinaison des axes»
de même que le «taux de vibration» de c ha que atome. De
cette diversite de positions et de forces vibratoires depe nd la
formation des différents «Plans C os mi que s» qui seraient au
n omb re de sept.
C e t t e d o c t r i n e n' est p a s a vrai di r e nouve l l e , lille s' in s p i r e f o r t e ­
m e n t d e s c o u r a n t s t h e o s o p h i q u e d e M m e H e l e n e Blavat sky
( 1831-1891 ) et a n t h r o p o s o p h i q u e d e R u d o l f S te i ne r (1861-1925). l ! n
a u t r e c o u r a n t d e p e n s e e , celui-ci f r a n c h e m e n t o c c u l t e, o c c u p e u n e
g r a n d e p l a c e ch e z He i n d e l , n o t a m m e n t d a n s sa c o n c e p t i o n d e l’é v o ­
lut ion de la mat i er e. Ln effet, il est très p r o b a b l e qu' il fut i n f l u e n c e
p a r les idées d u D r G é r a r d E n c a u s s e , alias Papus ( 1865-1916), c h e f
d e file d u m o u v e m e n t o c c u l t i s t e a la fin d u si ecle de r n i e r . Il a p u b l i e
d e très n o m b r e u x o u v r a g e s ( e n v i ro n 200!) et d o n t ce r t a i n s f ont a u t o ­
rité, m e m e a u j o u r d ' h u i . C e s d i v e r s s y s t è me s o u t h e o r i e s se r e t r o u ­
vent a i e c p l u s o u m o i n s d e n e l i e t e che z l ' A. M. O . R. C . , d u m o i n s s u r
c e r t a i n s poi n t s (la divi nit é d e la ma t i è r e, p a r e x emp l e) .

Pour Max Heindel. l'Etre s upr ê me se différencie du Dieu
«solaire» par son ecrasante supériorité. En effet, «le Premier
111 M. Heindel. L u Philosophie rosicrucienne, pp. 95-%, T om e I. ( est nous
qui le soulignons.
M. Heindel, C osm ogonie des Rose-C roix, p. 370.

276

Aspect de l'Etre s uprême est caractérisé par les mots « P o u ­
voir, Verbe, Mouvement ». De ce premier Aspect, procédé le
Deuxieme. le Verbe; et de ces deux Aspects procédé le Troi­
sième, le M o u v e m e n t » 20. Faisant allusion au discours de
l'apôtre Paul a l'areopage d' At henes (Actes 17: 28). Heindel
ne pense pas au Dieu créateur, encore moins au Dieu un et
trine, mais a un « Di eu » qui semble lointain, et même inac­
cessible, i nconnu, voire i mpersonnel et dont la principale ca­
ractéristique est d' or dre cosmi que et «ènergetique»! L'Etre
s up rê me dont il est question ici n ’est pas une personne (du
moins dans ses premier et troisième aspects), m ais une energie impersonnelle et matérielle. Dieu pour ainsi dire n’existe
pas, celui-ci étant dilue dans la substance matérielle des
corps etheriques et chimiques.
Apres cette première définition de Dieu, a vrai dire très va­
gue. Max Heindel précisé sa pensée: « D e cet Etre Suprême
triple p ro c ed em sept Grands Logoi'. Ils contiennent en eux
toutes les grandes Hiérarchies qui se différencient de plus en
plus a mesure q u ’Elles occupent les divers Plans Cosmiques.
Il y a 49 Hiérarchies sur le second Plan Cosmi que, 343 Hié­
rarchies sur le troisième. C h a qu e Plan comport e des divi­
sions et des subdivisions septenaires, en sorte que sur le Plan
C os mi qu e le moins eleve dans lequel se manifestent les Sys­
tèmes Solaires, le m o n d e des divisions et des subdivisions est
presque i nfi ni 2I.»
No us s ommes là. a c ou p sur, en plein mystere: Qui sont
ces «grands logoï»? Sont-ils des «di eux» de seconde zone?
Heindel se mont re sur ce point très discret. Tout au plus, il
affirme que ceux-ci « co nt i en ne nt » les G r a n de s Hiérarchies
créatrices qui sont, c omme nous le verrons plus loin, c ha r ­
gées du processus de l’évolution. De même, l’a ut eur de la
Cosmogonie avoue franchement son ignorance en ce qui
concerne les autres plans cosmiques. N'ecrit-il pas au sujet
des six premiers «p lans »: « N o u s ne savons rien des six Plan*
cosmiques supérieurs au nôtre, si ce n'est qu'ils sont le
c h a m p d ’activité des grandes Hiérarchies d ’Etres d ’une
s pl end eu r indescr ipt ibl e22.»
20 M. Heindel. ibid.. p. 18.1.
31 M. Heindel, ibid.. p. 18.1.
-- M. Heindel. ibid.. p. 182.

277

C om me nous pouvons le constater (fîg. 2), l'Etre suprême
se trouverait d o nc dans le premi er plan cosmique, les 7
grands «logoi» dans le second tandis que les «di eux» des
autres systèmes solaires se partageraient les troisième, q u a ­
trième, cinquième et sixieme plans. No us ne nous at t ar de ­
rons pas sur les six premiers plans cosmiques puisque Max
Heindel lui-méme ne sait pas grand-chose. Par contre, et t o u ­
j o u rs avec lui, nous allons essayer de co mp re n dr e et d ' a n a l y ­
ser ses theories cosmogoniques. Not re t ableau nous servira
de point de repere p our noire expose.
Not re univers serait d onc compri s dans le septieme plan
cosmique, c ’est-a-dire le dernier. A sa tête se trouverait Dieu,
plus exactement le «Dieu-solaire», appele aussi «l ’Architecte
de notre systeme s o l a i r e » 23. Ce «Di eu-solaire» ne doit pas
être c on fo nd u avec l’«Etre s up re me » si l’on en croit les dires
de Max Heindel. En effet, il établit une subtile différence e n ­
tre l’Etre suprême, un super-dieu en quel que sorte, et Dieu,
un «dieu-solaire», une espèce de sous-dieu! En tout cas, il
n'est pas seul! Touj ours selon Heindel, il y aurait sept sys­
tèmes solaires, do nc sept «dieux-solaires». Voilà ce qu'écrit
Heindel: « D a n s le mo nd e le plus eleve du septieme Plan
Cos mi que, se trouve le Dieu de notre Systeme Solaire et les
Dieux de tous les autres Systèmes Solaires de l'Univers. Ces
G r a n d s Etres sont également triples dans leur manifestation,
c omme l'Etre suprême. Leurs trois aspects sont: la Volonté,
la Sagesse et l’Activité2"'.»
6. L'hindouism e, toile de fo n d de la Rose-Croix
Quelles conclusions faul-il tirer des theories de Max Heindel? Une chose est certaine, c’est que ses idees sont tout a fait
personnelles, q uo iq ue dérivant de la Theosophie, de l'Occultisme et, plus encore, de l' Hi nd ou is me. On ne peut pas p a r ­
ler. à priori, d ' u n polytheisme egyptien ou grec, voire afri­
cain, mais il s’agit surtout d ' u n e sorte de polytheism e p a n ­
théiste. Ce ne sont pas des idoles q u ’il faut ado rer : les rosi­
cruciens ne savent pas ce q u ’est l’ador at ion car ils rejettent
ipso fa cto l’idee d ' u ne divinité exterieure a eux-memes ou, en

-J M. Heindel, ibid., p. 182.
24 M. Heindel, ibid.. p. 183. C'est nou s qui le soulignons.

278

cosmiques
| 4 plans
I plan
2
3
4
3
6
7

U

LE
LE
LE
LE
LE

MONO E
MONDE
MONDE
MONDE
MONDE
MONDE

DES E S P R I T S V IER G ES
DE L 'E S P R IT DIVIN
DE L 'E S P R IT V ITA L
DE LA P EN SEE
DU D E SIR
P H YSIQ U E

279

d'autres termes, ils nient que Dieu puisse etre une personne,
objective et i nd ép en d an t e de la création c omme des cr éa­
tures. Pour les rosicruciens, en particulier p o u r Heindel, le
polytheisme «classique» et le monot hei sme sont tolérés, mais
non pas officiellement reconnus. En effet, les cours par cor­
r e s pon dance de l'Association Rosicrucienne, sans compt er
leurs multiples ouvrages d'initiation vendus da ns le c o m ­
merce, sont d ’inspiration nettement pantheiste, d o n c antitrinitaire. Ainsi donc, un chrétien ne peut en auc un cas et sous
aucun prétexte accepter une telle doctrine, contraire aux e n ­
seignements de l'Ecriture Sainte.
E n vérité, la d o c t r i n e d ' u n d i eu i m p e r s o n n e l n ’est a u t r e q u e celle
de l ' H i n d o u i s m e qui est, r é p e t on s - l e e n c o r e , r é s o l u m e n t p a n t h e i st e.
D e n i s C l a b a i n e , a u t e u r d ’u n r e m a r q u a b l e o u v r a g e s u r le yoga, la
m é d i t a t i o n t r a n s c e n d a n t a l e et la r e i n c a r n a t i o n , a fort bi en c o m p r i s
q u e « l ' H i n d o u i s m e ne fait p a s d e d i f f é r e n c e e ssentiel le e n t r e la m a ­
tiere et l’e s p r i t » 25. Plus e x a c t e m e n t , l’espr i t et la ma t i e r e s o n t m é ­
l angés et même confondus, l' esprit é ta n t ma t i è r e et vice versa. C l a ­
b a i n e . de n o u v e a u , d i s s è q u e l u c i d e m e n t ce q u ' e s t v r a i me n t l ' Hi nd o u i s m e : « L e d o m a i n e d e « l ’e s p r i t » est a n a l y s e p a r l’h i n d o u i s m e
en t e r me s d e m a t i e r e et n o n d ' espr i t . J a m a i s la n o t i on p r o p r e d e
l’espr i t n' est d e g a g e e , j a m a i s o n ne voit s o n i n t r i n sè q u e i m m a t é r i a ­
lité, ni sa spéci ficité, ni la n a t u r e d e la vérité, ni celle d u b i en et d u
mal . La n o t i on m e m e d e D i e u est r a d i c a l e m e n t faus se e . c o m m e n t
celle de « l ’e s p r i t » y e c h a p p e r a i t - e l l e ? Le m o n d e d u mé l a n g é , c’est
celui d e la m a t i e r e : celui de l’espr it est t o u t en qua l i t é, t o u t en d i s ­
t i nct i on. Q u a n d o n me t « t o u t d a n s le m ê m e sa c » , et q u ' o n é v a l u é a u
p o i d s , o u au d e g r é d e c h a l e u r , o u de c o mp r e s s i o n , o u de « v i b r a ­
t i on » , fût-elle subt il e, o n ne r e c o n n a î t , en fait, q u e la mat iere.
C o n c e v o i r u n s ys t è me , o ù loin se défi ni t , en fait, p a r le degre de
c o n d e n s a t i o n o u d e d i s p e r s i o n , c’est c o n c e v o i r loin de f aç o n maté­

rielle...2<'»
C l a b a i n e , e nfi n, c o n c l u t l o g i q u e m e n t : « C e « D i e u » h i n d o u i s t e
n ’est é v i d e m m e n t p a s c r e a t eu r , p u i s q u ' il est l’étre q u ’o n ne p e u t a p ­
pel er ni c r e a t e u r ni c r e a t ur e ma i s « u n i q u e » a d e u x p ô l e s : un pôl e
« A b s o l u » , celui q u ' o n a p p e l l e, si o n veut. « D i e u » : et u n pôl e « R e ­
latif», celui q u ' o n a p p e l l e « m o n d e » , et m e m e p a r f oi s aussi « c r é a ­
t i o n » , ma i s p l u s j u s t e me n t « M a n i f e s t a t i o n » . Le M o n d e , c' est
25
I). C l a b a i n e , Radiographie chrétienne du yoga, de la m éditation transcendantale et de la réincarnation, p. 56. L ig ue p o u r la L e c t u r e d e la Bible,
1982.
16 D. C l a b a i n e . ihid., p. 57. C ’es t n o u s qu i le s o u l i g n o n s .

280

« D i e u - M a n i f e s t e » . « D i e u » , c' est « L e M o n d e - n o n Ma n i f e s t e » . La
« M a n i f e s t a t i o n » est « M a y a » , « i l l u s i o n » , p a r c e q u ’o n a l’i mp r e s s i o n
q u ’elle «est », al or s q u ’a u f o n d elle n ’est pas, elle « m a n i f e s t e » s e u l e ­
m e n t ce qui « e s t » . . . 2’» Ainsi d o n c , Di eu, s el on l ' h i n d o u i s m e , est u n
et r e i m p e r s o n n e l , a la fois « a b s o l u » et «re l a t i f», e spr i t et matiere.

Lorsque Max Heindel parle d ’un «certain grand Etre», il
se place exactement dans l’opt ique de l’hi ndoui sme qui, lui,
parlera d ’«Ab s ol u »; q uan t au «polytheisme rosicrucien»,
c ’est-à-dire aux «dieux des autres systèmes de ['Univers», il
s ’agit la d ' u n e invention d' Hei ndel , certes originale, mais a b ­
sol ument fausse et, bien sûr, t otalement oppos ée aux ensei­
gnement s de l’Ecriture Sainte, mais qui se situe également
dans le raisonnement de la pensée hindouiste. Les «dieux so­
laires» ne sont q u ’une éman at io n impersonnelle de l'Etre Su­
prême, lui-méme aussi impersonnel!
Ainsi donc, nous c om pr e non s mieux mai nt enant que les
rosicruciens, quelles que soient leurs tendances, soient de fa­
rouches adversaires de la doctrine de la Trinite. C ar s’ils a d ­
mettaient que Dieu est un Etre personnel, un et trine, ils se­
raient obliges de croire qu'il y a une différence fondamentale
entre le Crea te ur et les créatures, l’existence du bien et du
mal, et aussi de reconnaître que l’ho mm e est foncièrement
méchant , incapable de se sauver par lui-même et qu'il a be­
soin d ' u n Seigneur et d ’un Sauveur.
Le «com m en cem en t»

1. Dieu est-il le createur de {'Univers?
La Genèse est le livre du c ommenc ement , de l'univers
c o mm e de l’humanite. En peu de lignes, mais avec une force
et une pénétration sans égale, les deux premiers chapitres
nous présentent un saisissant tableau de la Création. L'exposè biblique des sept jours de la création nous semble a la
fois logique et difficile. Logique, car le processus creationnel
f r ap pe p ar son h ar mon ie dans ses étapes successives: diffi­
cile, car l' aut eur de la Genèse n'a pas voulu nous faire un
compt e rendu scientifique des périodes de la création. La so­
briété du récit biblique contraste fortement avec toutes les
spéculations echafaudees pa r les hommes tout au long de
27 D. C l a b a i n e , ibid., p. 57.

281

l'histoire. Les rosicruciens, en particulier, sont des orfèvres
en la matière. Leur schéma de la création est l'un des plus
antibibliques que nous connaissons à ce jour.
C o m m e nous l'avons écrit plus haut, le c om menc emen t est
selon la terminologie de M. Heindel appelé «J ou r de m an i ­
festation». Mais «avant le c o m m e nc e me nt de la mani fest a­
tion active, le premier aspect de l'Etre s up rê me «conçoit » ou
imagine l'Univers entier, y compris les millions de systèmes
solaires et les Gra n de s Hiérarchies créatrices qui peupl ent les
plans d ’existence, supérieurs au septième plan c o s m i q u e » 28.
Une fois l’Univers «imaginé», la p has e dite «active» de la
création peut commencer. Un «certain grand Etre», au tr e­
ment dit Dieu, entre à son t our s ur scène et se «reserve une
certaine portion de l’espace» {sic), afin de creer son propre
systeme solaire. Le «di eu» des Rose-Croix renfermerait en
son être toute une série d' Hi èrarchi es créatrices, fruit des m a ­
nifestations précédentes, à l’intelligence plus ou moins d év e­
loppée. Heindel n ’ecrit-il pas q u ’« E n Dieu - ce grand Etre
collectif - sont contenus des Etres moins avancés, de tous les
degrés d'intelligence et de conscience, de l'inconscience à un
degre de conscience inférieur à celui de la léthargie la plus
p r o f o n d e 29.» Après cette affirmation implicite du p a n ­
théisme rosicrucien, il enchaî ne: « Do n c, au co mmencement ,
les Etres les plus élevés - ceux qui ont le plus évolué - exer­
cent une action sur ceux d o n t l’état de conscience est le
moins d é v e l o p p é 30.» L’action des Etres les plus évolués sur
ceux qui le sont moins est d o n c une initiation dont le but est
d ’acquérir un état supérieur de conscience. Ainsi le caractère
initiatique de la Rose-Croix est t ransposé aux plus lointaines
origines de notre monde.
Da ns son «analyse occulte de la Genès e», Heindel écrit a
propos du verset premier: « Il y a deux maniérés reconnues
de lire cette p h r a s e . La première est: «Au commencement ,
Dieu créa le ciel et la terre», la deux ieme : «Au moy en de
l’essence éternelle (de l'espace), l’energie dou bl e forma le
dou bl e ci el 31.» A première vue, et cela saute aux yeux, ces
deux phrases sont contradictoires. Elles le sont en effet, sauf
28 M.
2" M.
J0 M.
M.

282

Heindel,
Heindel,
Heindel,
Heindel,

ihid., p. 370.

ihid., pp. 185-186.
ihid.. p. 186.
ihid., p. 316. C ’est n ous qui le soulignons.

p ou r M. Heindel qui, lui, affirme le plus sérieusement du
m o n d e que ces deux interprétations sont complémentaires!
C o m m e n t est-ce possible? Tout si mplement en prenant
c om me support la théorie n è bu l ai r e ! 32 Ecoutons ses explica­
tions : « La première (phrase) dit que notre évolution a eu un
co mm enc emen t au cours duquel les Cieux ont été créés. La
s econde vient compl ét er la premiere, en ajoutant que les
Cieux et la Terre ont été extraits de «l’essence éternelle» et
non créés «à partir de r i e n 33.» L'hèresie rosicrucienne a p p a ­
raît ainsi au grand j ou r: à l’interpretation classique et tradi­
tionnelle de la création, Heindel ajoute la sienne, c'est-à-dire
que la «créat ion» de notre système solaire ne serait simple­
ment q u ’une «extraction» de I’Univers qui, lui, existait déjà.
De ce fait la création ex nihilo est compl èt ement rejetée.
Nous ne desirons pas j o u e r sur les mots, mais nous affirmons
avec vigueur que les termes de «création» et d'«extraction»
ne sont pas complémentaires. Peut-on creer et extraire en
même temps? Question très difficile, mais Heindel se revele,
da ns ce cas précis, un habile dialecticien, et lui-méme nous
d o n n e sa version: «La substance primordiale c o s m i q u e 34 est
c ond en see et mise en mouvement. Les anneaux formés par
l'inertie de la masse t ournant sur elle-meme se separent de la
partie centrale p ou r former les p l a n e t e s 35.»
Une troisième constatation s’impose: Dieu n ’est pas consi­
dère c omme une per sonne t ranscendant e, mais comme une
energie, plus exactement comme une double energie, positive
et négative. Cette interprétation erronee a p our origine pre­
miere la philosophie grecque qui met la matiere au même
rang que l'Esprit et qui considéré que si la matière est vi­
vante, elle produirait une énergie. L'occultisme c o nt e mp o ­
rain, en particulier Mme Blavatsky (la theosophie) et Pupus
(le martinisme), ont repris à leur compt e respectif les idees
pantheistes de la philosophie antique. Cette façon de penser
12 La theorie nèbulaire, qui est une theorie moniste, part du principe que
le soleil, la terre et les autres planètes ont ete formes a partir d 'u n e nebuleuse
unique. La c ontraction de cette n ebuleuse aurait p rovoque une condensatio n
de la matiere. du soleil au centre et des autres planetes a u to u r de lui. Cette
theorie, qui sup posait que le soleil ait une rotation rapid e sur lui-meme, est
a u jo u r d 'h u i a b an d o n n é e.
55 M. Heindel, ibid., p. 317. C ’est nous qui le soulignons.
34 C'est-a-dire la matiere «extraite» de l'Univers.

’5 M. Heindel, ibid., pp. 317-318.

283

n'est pus la nôtre! C ar. p ou r nous et p our tous les véritables
chretiens, Dieu est le Tout-Puissant, il est puissant et non pas
une puissance. Reduire Dieu a une puissance, n'est-ce pas la
la gra nde tentation qui guette les chretiens en quête d ' e x p e ­
riences merveilleuses'.’ Ne faisons pas c omme les occultistes
qui sont tombes dans ce redoutabl e piège. Car nous proc la­
mons har diment que Dieu est une Personne absol ument i n­
d é pe n d a n t e de la création c o mm e des creatures, q u ’il est Es­
prit (Jean 4: 24), qu'il est vivant (Juges 8: 19: Jeremie 10: 10;
Actes 14: 15: etc.), qu'il est a m o u r (I Jean 4: 8), qu'il est saint
(Josue 24: 19), miséricordieux, compatissant, juste, fidele,
bon, etc. Ces qualités spirituelles et morales ne peuvent
q u ’être objectivement le fait reel de la veritable personnalité
d e Dieu; une chose ne peut etre esprit, elle ne peut pas aimer
ou être sainte. Tous ces attributs, et ils sont nombreux, p r o u ­
vent que Dieu est une personne, et non une energie.
2. Les «Hiérarchies créatrices»
Enfin, revenons encore sur ces mystérieuses «Hiérarchies
créatrices» dans leurs relations avec «Di eu» . Car, selon
Heindel. il existerait une gra nd e différence entre les «Etres
célestes», entre « Di eu » et les «Hi érarchies créatrices».
Les «Hiérarchies créatrices» seraient des êtres spirituels,
dotés d ’un grand pouvoi r et dont le c h a m p d'activité se situe
au-del à des six plans cosmiques supérieurs. Elles seraient au
no mb re de douze:
- Les deux premieres Hiérarchies ne portent pas de nom.
Elles seraient mai nt enant hors de portee de notre terre.
- Les trois Hiérarchies suivantes - les Séraphins, les C h é r u ­
bins et les Seigneurs de la F la mme ont travaillé de leur p r o ­
pre gre p our ai der l 'h omme p en d a n t les trois premieres p é ­
riodes qui ont précédé la nôtre.
- Les sept dernieres Hiérarchies ont été particulièrement
actives d urant notre periode actuelle. Ce sont successive­
ment : les Seigneurs de la Sagesse, Seigneurs de l’i n di vi du a­
lité, Seigneurs de la Forme, Seigneurs du mental, Archanges,
Anges et enfin les Esprits Vierges qui seraient notre humani té
de la présente periode de la terre \
C h a q u e Hiérarchie serait en quel qu e sorte des ouvriers
36 D 'a p r è s le t a b l e a u 11 île la Cosm ogonie, p. 221.

284

spécialement qualifies qui «travailleraient de leur propre
gre» en vue d' ame li or er les «autres», en fait la matiere in­
consciente à devenir, à son tour, creatrice. Grâce au travail
passe de ces «experts», notre humani té présente peut d'elleméme travailler à son propre développement , c'est-a-dire a
son salut!
Max Heindel, c omme tous les occultistes d'ailleurs, a
l 'imagination fertile, d ’aut ant plus fertile qu'il pretend t ro u­
ver d ans la Bible la véracité de sa theorie co ncernant les pré­
t endues Hiérarchies créatrices! Ecoutons sans broncher ses
propo s: « D a n s le premier chapitre de la Genese, ces Hiérar­
chies sont appelees Elohim. Ce terme signifie une Légion
d' Lt res doubl es ou qui possèdent les deux sexes. La premiere
partie du mot Eloh est un nom féminin: la lette «h» en indi­
que le genre. Si on avait voulu designer un seul être féminin,
011 se serait servi du mol E/oh. Le fém inin pluriel est oth. Si
on avait eu l'intention d' in di qu er un certain nombre de
Dieux du genre féminin, le mot correct aurait ete Elooth. C e ­
p end an t. au lieu d ' un e des deux formes, nous t rouvons la ter­
minaison du masculin pluriel im ajoutee au nom féminin
Eloh qui indique ainsi une légion d'tilres mascuiins-feminins,
bissexuels, et qui sont l'expression de la doubl e energie créa­
trice, a la fois positive et n e g a t j v e ’".» On reste confondu et
sidere devant de telles affirmations.
A p r o p o s de cette i n t e r p r é t a t i on , u n e peti te pr é c i si on exe g e t i q u e
s ' i m p o s e ! La t he o r i e q u e M a x H e i n d e l d e v e l o p p e parai t, a p r e mi e r e
vue, très s e d u i s a nt e . C e p e n d a n t , elle n e tient a b s o l u m e n t pas
c o m p t e d e la phi l ol ogi e. L ' h e b r e u est u n e l a n g u e s é m i t i q u e qui
é c h a p p é s o u v e n t a not r e l o g i qu e o c c i d e n t a l e . N o r m a l e m e n t , c h a q u e
m o t n ' a q u ' u n e seul e r a c i ne ; en gé né ra l , il n ’y a p a s d e m o t c o m ­
pose. C e qui c a r a ct ér i s é u n mo t h é b r e u , c' est sa racine. Les préfixés
o u s uf fi xes d é t e r m i n e n t e n s u i t e le sens, l' es pèce, le g e n r e ( ma scul i n
o u f é m i n i n, le n eu t r e é t a n t g e n e r a l e m e n t r e n d u p u r le fémini n), le
n o m b r e , le r a p p o r t d e p o s s es s i on (ét at co n s t ru i t o u a bsol u). T o u t e s
ces c o n s i d é r a t i o n s nous m o n t r e n t q u e l ' h e b r e u est u ne l a n g u e semit ique p r o c h e- o r i e n t a l e , et n o n o c c i d e nt a l e .
D a n s le cas pa r t i c ul i e r d e Elohim. le « h » a p p a r t i e n t a la r a c i n e ' 8.
A cette r a c i ne va s ' a j o u t e r le suffixe. Le plus c o u r a n t est im qui est
un ma s c u li n pluriel. Par cont r e , il est très i n t é r e ss a n t d e n o t e r q u ' u n
r \1. Heindel, ibid., p. 320.
111 La questio n de l’origine de l'etymologie de la racine est discute.

285

fé mi ni n si ngul i er qui serait s a n s d o u t e « e l a h » o u « e l o h a h » et un fé­
m i n i n pluriel qui serai! « e l o t h » o u « e l o h o t h » n ' e x i s t e n t absolument
p a s d a n s la Bible h e b r a ï q u e . Par c o n t r e , il existe le m o t - a u s i n g u ­
lier - Elolui qui c o n t r a i r e m e n t a ce q u e l’o n croit est d u g e n r e m a s ­
c u l i n ^ . La lettre « h e » - qui est t o u j o u r s a c c o m p a g n e e d ' u n nuippiq fait part i e d e la raci ne. C e t t e f o r m e s i n g u l i e r Eloha est t o u j o u rs a c ­
c o r d é e au ma s cu l i n . N u l l e p a r t d a n s la Bible h e b r a ï q u e la r a ci n e El
et ses v a r i an t e s ne s o n t a c c o r d e e s a u f é m i n i n ave c u n v e r b e o u un
adjectif . N o s e x pl i ca t i on s q u o i q u e s o m m a i r e s m o n t r e n t b i e n q u e la
t h e o r i e d e M a x H e i n d e l ne r e p o s e s u r a u c u n f o n d e m e n t serieux.

C on cl uon s mai nt enant avec la définition rosicrucienne de
Dieu. Nous savons deja qu'il s ’agit d ' u n e espece de dieu au
rabais, d ’un «dieu-solaire», ou encore d ’un Etre collectif et
p o u r le moins compl exe (en effet, Dieu serait c ompos e de
sept esprits planétaires). Nous s ommes là en plein brouillard,
c ’est le moins q u' on puisse dire, d 'a ut ant plus que Max He in ­
del écrit ces propos assez nébul eux: selon lui, il y a deux fa­
çons de considérer Dieu, soit collectivement, soit i ndividuel­
l ement!? «Pris collectivement, ajoute-t-il, les sept Esprits
sont Dieu et ils forment la Deitè Trinitaire dans l'Unite Qui
se manifeste d ' u n e manière différente par l'intermediaire de
cha cun d ’E u x 40.» Par ailleurs, il écrit encore ces lignes p o u r
le moi ns decousues, et surtout incompréhensibles: «Les
grandes Intelligences spirituelles q u ’on n o m me les Esprits
P lanét ai res 41 dirigent ces évolutions et sont appelees «les
sept Esprits devant le Trône». Ils sont les Ministres de Dieu
et chacun d ’eux gouverne une certaine province de Son
Royaume qui est notre Système Solaire. Le Soleil est aussi le
c h a m p d ’évolution des Etres les plus exaltés de notre C o s ­
m o s 42. Eux seuls peuvent s u pp o rt er les vibrations solaires
d ' u n e puissance formidable, grâce auxquelles ils progressent.
Le Soleil est la meilleure a p pr ox im at ion que nous ayons d ’un
symbole visible de Dieu; cepend an t, il n'est q u' un voile d e ­
vant ce q u ’il cache. Ce que cela est ne saurait être révélé p u ­
b l i q u e m e n t 43.»
w Le mot Eloha est surtout em plo ye da n s le livre de Job.
40 M. Heindel. ibid.. p. 251.
41 C'est-a-dire Urarius, Saturne, Jupiter, Mars, la Terre, V enu s, M ercure et
leurs satellites.
4! Rien d 'e to n n a n l avec cette chaleur!
43 M. Heindel, ibid., p. 182.

286

Tout s’embrouille, tout se complique! La doctrine cosmogoni que de M. Heindel, vaste assemblage d'idees p hi los ophi ­
ques et occultes, est d ' u n e effroyable complexité. Nous re­
grettons vivement cet expose vraiment indigeste de ces d o c ­
trines. Nou s pouvons dire, néanmoins, que l'image de Dieu
est totalement déformee par Heindel. De plus, Dieu n'est pas
le Crea te ur des cieux et de la terre, ni le Créa te ur des ani ­
maux ni, bien ent endu, de l’h o m me et de la femme. Ce rôle
est dévolu, selon Heindel, aux seules «Hiérarchies créa­
trices» et celles-ci remplacent ipso fa c to le Dieu trois fois
saint. Est-il sérieux, également, d ’admettre que «Di eu» serait
c omp os e de sept Esprits? Et que ceux-ci soient les «Regents
des planet es»? La Bible, Parole de Dieu, ne dit rien de cela.
Mieux, elle c o n d a m n e explicitement ces erreurs et ces m en ­
songes. L'apotre Paul, lui-méme, allait dans le meme sens:
«Prenez garde que per sonne ne fasse de vous sa proie par la
phi losophie et par une vaine tromperie, s’a pp uy a nt sur la tra­
dition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur
Chri st » (Colossiens 2: 8).
L e s s e p t p é r io d e s e t le s se p t m o n d e s

Ouvrons mai nt enant une parenthese, celle-ci rendue néces­
saire par les difficultés de systématiser la doctrine incohé­
rente de Max Heindel.
Les «esprits vierges» (douzième et derniere Hiérarchie
creatrice) vont ent reprendr e un très long voyage dans la m a ­
tiere afin d' acquéri r plus d'experience. Ce voyage est très,
très long et se prolongera d ur ant les sept périodes prevues.
Le lieu de cette interminable ra nd o nn ee n ’est autre que la
substance matérielle, s u rn o mm ee p o u r la circonstance
« m o n d e s » qui, eux, sont au nomb re de sept.
Selon la nomencl atur e rosicrucienne de Max Heindel, les
sept périodes se d éc o mp o se n t c om me suit (fig. 3):
- I ) La periode de Saturne
- 2) La periode du Soleil
- 3) La periode de la Lune
- 4) La periode de la Terre
- 5) La periode de J upiter
- 6) La periode de Vénus
- 7) La periode de Vulcain
D' aprés Heindel, il ne faudrait pas s'imaginer que les pe287

oc

«

riodes en question aient quel qu e rapport avec les planetes de
notre systeme solaire. 11 n'y a en effet au cun lien entre les
«périodes» planétaires et les globes de notre système galaxique. N ’ecrit-il pas. en effet, que «ces périodes ne désignent
que des m ét amo rph os és de la Terre et n ’ont rien de co mmu n
avec les plantes de la T e r r e 44.» C a r «les périodes, écrit Hein­
del, ne sont que des réincarnations, passees, présentes et fu­
tures de la T e r r e 45.» Pour lui. «n ou s sommes deja passes par
les trois premieres périodes (Saturne, Soleil et Lune). Nous
s ommes mai nt enant dans la quat ri ème periode ou Periode de
la Terre. Q u a n d elle pre nd ra fin, notre Gl obe passera avec
nous par les «condi ti ons» des' périodes de Jupiter, de Venus
et de Vulcain, avant la fin du grand J our septenaire de Ma ni ­
festation. Alors, tout ce qui est, sera resorbe dans l'Absolu
p our un temps de repos et d ’assimilation des fruits de l'évo­
lution, après lequel toutes choses e mane ront à nouveau, en
vue d ' u n dé veloppement ulterieur plus èleve, à l'aube d ’un
autre G r a n d J ou r de M an i fe s ta t io n46.»
Ainsi donc, la theorie de l’évolution per ma nent e est j usti­
fiée par le moyen des périodes. Elles constituent l’un des
sup po rt s du raisonnement de M. Heindel; l’autre lui étant
nécessaire au d éve loppe ment de ses idées est la subdivision
de la matiere en «mon des ».
Selon les enseignements des Rose-Croix, l’Univers est di­
visé en sept mondes, ou sept différents états de matiere:
- 1) Le M o n d e de Dieu
- 2) Le M o n de des Esprits Vierges
- 3) Le M o n de de l'Esprit Divin
- 4) Le M o n de de l'Esprit Vital
- 5) Le M on de de la Pensee
- 6) Le M o n de du Désir
- 7) Le M o n de Physique
«Les Mondes, écrit Heindel, ont chacun une différente
«mes ure » et un différent taux de vibration. Dans le Monde
plus dense (le M o nd e Physique), la mesure de vibration, bien
q u ’atteignant dans le cas de la lumiere un taux de centaines
de millions par seconde, n'en est pas moins infinitesimale
q u a n d on la c omp ar e a la rapidité de vibration du M on de du
" M. Heindel, C hristianism e de la Rose-Croix, p. 300.
J1 M. Heindel, C osm ogonie des Rose-Croix, pp. 191-192.
M. Heindel. ibid.. p. 192.

289

Désir qui est le plus proche du M o n d e Physique (...). Il ne
faut surtout pas oublier que ces mo nd es ne sont pas séparés
par l'espace ou par la distance, c o mm e la terre est separee
des autres planetes. Ce sont des états de la matiere, de densite et de vibrations différentes, c o mm e le sont les solides, les
liquides et les gaz de notre M o n d e P h y s iq ue 47.»
C h a c u n des mo nd es est a son t o u r subdivise en régions qui
sont également au nombre de sept. En voici la liste, selon M.
Heindel :
- 1) Le M o n d e de Dieu c om p re n d sept régions. On ignore
totalement quels sont les attributs de ces régions.
- 2) Le M o n de des Esprits Vierges est la demeu re des Es­
prits Vierges q u a n d ils ont ete différenciés en Dieu avant leur
pelerinage dans la matiere.
- 3) Le M ond e de l'Esprit Divin, la demeur e de la plus
haut e influence spirituelle d an s l 'homme.
- 4) Le M o n de de l’Esprit Vital est la demeur e du
deuxi ème aspect du triple esprit dans l’h om me (?).
- 5) Le M o n de de la Pensee est partage en deux sous-ré­
gions. Ce sont respectivement la région de la pensee abstraite
et la région de la pensee concrete.
- 6) Le M ond e du Désir, c o m m e celui de la pensée, est
également divise, mais en trois parties: l'attraction, l'intérêt
et l'indifférence, et enfin la repulsion!
- 7) Le M o n d e Physique aussi est fractionné en deux sousrégions. Il c om pr e nd la région étherique et la région chi mi ­
que (gaz, liquides, sol ides)411.
La théorie des mon des est d'origine occulte. Nous retr ou­
vons ce même schéma, avec des nuanc es il est vrai, chez les
occultistes et chez les t h é o s o p h e s 49. Max Heindel n ’a pas in­
nove dans ce d o ma i n e ; il n ’a fait que reprendre, en les a d a p ­
tant, les idées-forces des astrologues ou alchimistes et kabbalistes. La theorie des « m o n de s » est très dangereuse car elle
justifie l’évolution et, par ailleurs, elle rabaisse l 'h omme au
niveau le plus bas de la matière, c’est-a-dire aux mon des p h y ­
sique, ethèrique. du désir et de la pensée concrete. Les «es­
prits vierges» en se cristallisant dans la matière auraient en
J" M. Heindel, ibid., pp. 188-189. C ’est nous qui le soulignons.
48 Cf. M. Heindel, ibid., p. 61.
J,‘ F.n particulier chez Papus (cf. Traite elem entaire de science occulte) ei
chez Mm e Blavatsky.

290

quelque sorte perdu leur divinité. Nous ne pouvons que reje­
ter toutes ces theories antibibliques, car jamais la Bible n'a
avance de telles affirmations. Par contre, elle enseigne que
l'homme, contrairement à la matiere minérale, vegetale ou
animale, a ete cree â l’image de Dieu (Genèse 1: 27). Telle est
la pensee d' He nri Blocher, qui n ’hèsite pas à ecrire que «si la
proclamat ion «Di eu créa l’h om me a son image» ne dissimule
pas, mais souligne, sa d é p e n d a n c e de creature, son intention
principale est, sans contredit, d ’exalter l 'homme. Ou plutôt
elle veut magnifier la générosité du createur, qui lui a fait
frôler la condition divine (Psaume 8: 6). Etre cree en image
de Dieu, c'est le privilège de l'humanitè, q u ’auc une des créa­
tures mentionnées par la Genèse ne partage: le reste de
l'Ecriture ne semble même pas l’attribuer aux anges, p o u r ­
tant «supérieurs en force et en puissance» (2 Pierre 2: 11).
L' h o m m e est image de Dieu, lui seul, et cette singularité le
désigné c omme la creature d ' e l e c t i o n sn.»
L a p é r io d e d e S a t u r n e

La periode de Saturne correspondrait, selon Heindel, au
premier j o u r de la création du livre de la Genèse! Ce serait
une longue periode d ’évolution qui se caractériserait par
toute une série de révolutions vers les mondes inférieurs,
c'est-à-dire les plus «denses».
« N o t r e évolution, écrit Heindel, commenç a sur la terre
alors que celle-ci était, dans la periode de Saturne, sombre,
cha ude, et formee de substance gazeuse prise aux matériaux
de la région de la pensee concrète. Là V Esprit Divin (qui est
l'aspect le plus èleve de l'Esprit Vierge triple, fait a l'image
de Dieu) fut éveille par les «Seigneurs de la Flamme», que
l'Esoterisme Chretien appelle Trônes. Ceux-ci en même
temps émanè rent d ’eux-mèmes le germe d 'un e «forme-pensèe», contrepartie matérielle de l’Esprit Divin. Cette formepensee s'est ensuite développée et consolidée p ou r constituer
le Corps physique de l’h om me : l'Esprit le plus eleve et le
corps le plus bas de l 'h o mm e sont donc les produits de la
Première Periode dite de S a t u r n e 51.» Un vrai casse-téte chi­
nois l'explication de Max Heindel!
50 H. Blocher, Révélation îles origines, p. 76.
51 M. Heindel. Christianism e de la Rose-Croix, pp. 300-301.
291

A l'aide de ce tableau (fig. 4) essayons de «decrypt er» tout
ce langage ésoterique! Tout d ' a b or d, il est très import ant de
savoir que les épo qu es de l’évolution sont des etapes succes­
sives du d éve loppe ment de la terre et, par conséquent, de
l 'homme. Par mesure de simplicité, nous insisterons par ti cu­
lièrement sur celui de l 'ho mme qui est cense représenter n o ­
tre présente humani té et nous ment i on neron s au passage le
d éve lo pp emen t des «autres hu man it és », passees ou futures.
A cha que « Peri ode» nous retrouverons toujours:
- Une Hiérarchie creatrice qui doit aider l 'h om me à
construire les d é m e n t s nouveaux nécessaires a sa croissance,
ceci j us q u' à la période de la Terre. C ar au cours des trois d e r ­
nières périodes, Jupiter, Vénus et Vulcain, l’h o m me est cense
évoluer de maniéré aut onome.
- L'etat de conscience de l ' h om m e dans cha que période.
L'évolution cor respond selon les Rose-Croix a celle de la
conscience. Elle a comme point de départ la lethargie p r o ­
fonde et comme point d'arrivee l’omniscience divine.
- L'état de construction de l 'homme. 11 s'agit essentielle­
ment de son dével op pe ment orga nique (involution), puis spi­
292

rituel (évolution). C ’est ainsi que l’ho mme fut d 'a bor d un...
minéral et qu'il deviendra à son apogee un être ayant la « p e r ­
fection de l’intellect»!
Les différents états de matière traverses, c'est-à-dire les
Mondes, qui sont, ne l’oublions pas, des réincarnations de la
terre.
1. Les sept «globes» de Saturne
La période dite «de Sat urne» c om p re n d sept globes, soit
les globes A, B, C, D, E, F et G. Ceux-ci représentent les
mon des dans lesquels les «Esprits Vierges» vont accomplir
sept révolutions consécutives. La vague de vie pénétre dans
le m o n d e de l’Esprit Divin, et, après y avoir terminé son cir­
cuit, fait un pas de plus dans la moitié dense et recommence
les sept rondes dans le mo n de de l’Esprit Vital. La «chute li­
bre» continue j u s q u ’au mo nd e de la pensee concrète, via le
m o n d e de la pensée abstraite. Mais à partir de la, la vague de
vie s'élève à nouveau vers les mo ndes plus «subtils» pour fi­
nalement about ir au point de départ, c’est-à-dire le mo nd e de
l'Esprit Divin.
Tout e cette theorie occulte est de caractère grotesque,
d ' a ut a nt plus que M. Heindel prétend trouver dans la Bible
des appui s a ses argument s : «Le deuxi ème verset poursuit:
« La terre était déserte et l'obscurité était sur la face de la
terre; et les Esprits des Elohim planaient au-dessus de
l’abîme.» Au c om menc emen t de la manifestation, le globe
qui est mai nt enant notre terre passait pa r la periode de Sa­
t u r n e 52.» Ces affirmations, et elles ne sont pas les seules hé­
las, sont scandaleuses et démagogiques. En effet, Heindel,
c o mm e quantité d ’autres sectaires, se façonne un semblant
de doctrine et, après cela, il s ’efforce par tous les moyens
possibles de faire conc order ses idees s augrenues avec la vé­
rité biblique. Pour illustrer ce concordi sme de mauvais goût,
on n'hésite pas une seconde a dire que le premier j o u r de la
création correspond a la periode de Saturne. Ainsi, par le
moyen de procédés douteux, on fait parler la Bible comme
bon nous semble.
C on t in u on s à «dissequer» cette periode saturnienne.
Celle-ci aurait été formee de globes, «de substance beauco up
52 M. H e i n d e l , Cosm ogonie des Rose-Croix , p. 322.

293

plus rarefiee et plus subtile que l’est notre t e r r e » 5-1. La défini­
tion est peu claire, la suite l'est moins encore! «Ces globes
etaient obscurs, et si q u e l q u ’un avait pu penètrer dans l'es­
pace qu'ils occupaient, il n ’aurait rien pu voir. Tout aurait ete
obscur a ut our de lui, mais il aurait reçu une impression de
c h a l e u r 5,1.»
2. Les «Esprits vierges»
C ’est dans cette periode plutôt « c h a u de » que les «Esprits
vierges» qui devaient dév elop pe r la conscience et la forme
etaient enrobes dans ce Gl obe ou. mieux encore, «que tout le
Gl o be était c ompos é des esprits vierges, de même q u ' un e
framboise est faite d 'u n grand nomb re de petits fruits agglo­
mérés. Ils etaient incorpores au Globe, c omme la vie qui ré­
side dans les minéraux est i ncorporée à notre terre. C'est
p ourquoi les occultistes disent que, p en da nt la periode de S a­
turne. l ' ho mme a passé pa r l'état m i n é r a l » 55. L' homme, un
minerai!? Heindel, i mperturbable, cont inue: « P en da nt la pe ­
riode de Saturne, l 'homme en germe était passe par une p e­
riode d ’existence quasi minerale. C'est-à-dire que, c omme les
minéraux, il ne possédait q u ' u n corps physique. Son état de
conscience était également sembl abl e à celui des mi néraux
a c tu e ls 5”.» De même, il ajoute que «la conscience de la vie
en évolution était semblable à celle des minéraux actuels c'était un état d'i nconscience s emblable à celui du medi um
lorsqu'il se trouve dans la lethargie la plus p r o f o n d e 57.»
Parlons mai nt enant du maillon i ndispensable qui est l'élé­
ment dét erminant du processus d'évolution rosicrucien: les
Hiérarchies créatrices. Selon le principe i mmua ble des RoseCroix, l’évolution n ’est possible que par l’activité d'Etres C é ­
lestes qui, eux, ont atteint un degré d'initiation et de con na is ­
sance infiniment supérieur aux autres hiérarchies moins per­
fectionnées.
Les hiérarchies les plus actives dans la periode de Saturne
sont, selon Heindel, les «Seigneurs de la Fla mme »; on les
appelle ainsi «a cause de la luminosité brillante de leur corps
5J M.
54 M.
55 M.
5" M.
57 M.

294

Heindel,
Heindel,
Heindel,
Heindel,
Heindel,

ibid..
ibid.,
ihid..
ibid..
ibid.,

p. 206.
pp. 206-207.
p. 207.
pp. 213-214.
p. 208.

et de l'etendue de leurs pouvoirs spirituels. On les appelle
«Trônes » dans la Bi ble»58. Ainsi donc, en s’inspirant de Colossiens 1:16, l'auteur de la Cosmogonie n ’a pas de scrupules
a tirer hors de son contexte un verset de la Bible p our ensuite
l 'appl iquer ipso fa c to dans son systeme. Une exégèse, même
superficielle, du verset su smen ti onn é contredit absolument
les thèses rosicruciennes.
3. C om m ent la Bible doit-elle être interprètee?
T o u t d ' a b o r d , n o u s n o u s p o s o n s cette q u e s t i o n : q ue l s so n t les
m o y e n s q u e les discipl es d e la R o s e - C r o i x e m p l o i e n t p o u r voir,
d a n s les « T r ô n e s » , les « S e i g n e u r s d e la F l a m m e » ? Les textes b i bl i ­
q u e s ne p e u ve nt être i nt e r pr è t e s a la légere, si n o n n o u s c o u r r o n s le
r i s que de leur faire di r e n ' i m p o r t e quoi .
Un pa s s a ge b i b l i q u e doit êtr e lu a t t e n t i v e me n t , si poss i bl e en
c o m p a r a n t pl us i e u r s t r a d u c t i o n s, o u mi eu x , e n se r é f ér a n t a ux l a n ­
g u e s ori ginal es. E n s u i t e, il fa ut o b s e r v e r la f o r m e d u t e x t e 5’. S ’agit-il
d ' u n récit, d ' u n d i s c o u r s , d ' u n e p a r a b o l e , etc. A p r e s cela, il est très
i m p o r t a n t de situer le texte dans son contexte. N o u s en di s t i n g u o n s,
d ' u n e pa r t le p r o c h e c o n t e x t e , c ' e s t - à - d i r e les versets qui f o r me n t
l ' e n s e m b l e d u pa s s a g e , o u m e m e d ’u n c h a p i t r e ; d ’a u t r e part, le
c o n t e x t e génér al , c' est -à-di re la Bible t o u t enti ere. U n verset quel
q u' il soit ne p eu t être e x p l i q u e et i n t er p r e t è u n i q u e m e n t d a n s un
c o n t e x t e rédui t ( p a r e x e m p l e : t r a d i t i o n s m a t t h e e n n e , l u c a n i en n e , joh a n n i q u e , p a ul i ni e n n e ) . mai s a la l u m i e r e d e t o u t e la révél ati on. A n ­
cien et N o u v e a u T e st a m e n t s !
U n e fois le c o n t e x t e situé, e s q u i s s e r un p l a n d u p a s s ag e p o u r e n ­
s ui t e e s s a y e r de donner un sens aux mots et aux expressions difficiles.
L ' ut i l i s at i on d ’un d i c t i o n n a i r e b i b l i q u e , d e c o m m e n t a i r e s o u de
c o n c o r d a n c e s est très utile, voire i n d i s p e n s a b l e , mai s e mp r es s o n s n o u s de dire q u e la m é d i t a t i o n et la pri ere s o n t de la plus h a u t e i m ­
p o r t a n c e p o u r q u e n o u s p u i s s i o n s c o m p r e n d r e t o u t e la richesse et la
p r o f o n d e u r des text es bibl iques.
T o u t e s ces r e c h e r c h e s d o i v e n t n o u s a m e n e r à d i s c e r n e r la
« pointe », c' est -a-di re le t h e m e c e n t r a l d u pa s s a g e étudi é. Il s'agit
d o n c d e d is ce r n e r l' e s se nc e d u p a ss a g e , qui n o u s c o n d u i r a a d é g a ­
g e r les idees les plus i m p o r t a n t e s et les p l u s utiles p o u r notr e vie sp i ­
ri tuel le et aussi p o u r n o t r e société.
T o u t cela n o u s e m m e n e , enfi n, a l ’actualisation de la Bible. N o u s
e n t e n d o n s p a r la. la « f o n c t i o n r e p r o d u c t i v e » d u me s s a g e biblique.
58 M. Heindel, ibid., p. 207.
II ne s'agit pas de la «critique des formes».

L ' h o m m e p e c h e u r d'il y a 2000 a n s est le m ê m e a u j o u r d ' h u i , et Di eu
d e s o n côt e est te m e m e a u j o u r d ' h u i , d e m a i n el é t e r n e ll e me n t . F o n ­
d a m e n t a l e m e n t , la n a t u r e h u m a i n e n ' a p a s c h a n g é . C e p e n d a n t , les
c o n d i t i o n s d ' e x is t e n c e d e l ' h o m m e o n t su bi d e p r o f o n d e s m u t a ­
ti ons, qui o n t eu c o m m e c o n s é q u e n c e s p r e m i è r e s la m u l t i t u d e d e
p ro b l è m e s . ( P a r e x e m p l e , la c r o i s s a n c e d é m e s u r é e de s cités u r ­
ba i ne s , l ' i n d i v i du a l i s a t i on d e s m o y e n s de p r o d u c t i o n , les p o u v o i r s
des syn d i ca t s , etc.). La Bible a-t-elle u ne r é p o n s e p o u r l ' h o m m e
d ' a u j o u r d ’h u i ? La d o g m a t i q u e et l’è t h i q u e o n t p o u r t â c h e d e r é p o n ­
dr e a u x i n t e r p e l l a t i o n s de l ' h o m m e m o d e r n e .
Ainsi d o n c , cett e f a ço n d e p r o c é d e r n o u s évité t o u t es s p é c u l a ­
t i ons b i bl i q u e s o u t he o l og i q u e s .

4. Le travail des «Hiérarchies créatrices»
Les «Seigneurs de la F la mme » jouerai ent un rôle essentiel
dans le processus de l'involution si l’on se référé à la C osm o­
gonie. Selon M. Heindel, c’étaient des «êtres» extrêmement
lumineux et doués d ’un très grand pouvoi r spirituel. «Les
Seigneurs de la Flamme, lit-on, se trouvaient à l’extérieur du
«gl obe» de Saturne (...). Les Seigneurs de la Flamme ont
réussi a implanter dans la vie en évolution le germe qui, en se
développant , a produi t notre corps physique actuel. Ce
germe a été quel que peu déve lo pp e dans la suite des six pre­
mières Révolutions et a reçu le pouvoi r de for mer les organes
des sens, et particulièrement l'oreille. Aussi l'oreille est-elle
l 'organe le plus d eveloppè que nous possédions. C ’est l’ins­
trument qui transmet a la conscience avec la plus grande fi­
délité les impressions qui nous viennent de l’exterieur. II est
moins soumis aux illusions du M o nd e Physique que les
autres organes des sens'10.» Le «germe» dont il est question
ici est le «germe de la c o n s c i e n c e » 61 et il était semblable à ce­
lui des minéraux. Ce germe se développera, «involuera» en
un corps physique lors des prochai nes révolutions pl ané ­
taires. Soulignons au passage que l’ouïe serait l’organe des
sens le plus développé.
Une autre Hiérarchie Créatrice, Les «Seigneurs du M e n ­
tal», qui auraient été l'humani té de la periode de Saturne, se­
raient devenus, c o mm e leur nom l’indique, des «experts dans
1,0 M. Heindel, ihid., p. 208.
01 M. Heindel, ihid., p. 209.

296

la construction de corps faits de substance men tal e» '’2, c'esta-dire tout ce qui concerne l’intellect.
5. Le Pere. initie de Saturne
Les «Hiérarchies Créatrices», ces êtres évolués, sont mis
prati quement sur le même pied que le Dieu trinitaire, Père
Fils et Saint-Esprit! Mieux, ils ne sont considérés que comme
des initiés. Voilà ce q u ’écrit Heindel à ce sujet: «Le Père est
l’initié le plus éleve de l'humani te de la Période de Saturne.
L' humani te ordinaire de cette Période est devenue la classe
des Seigneurs d u M e n t a l 63.» On reste c on fo nd u par une telle
affirmation: Dieu, le Pere, un initié!
Par ailleurs, il considère le «Père » c omme étant le premier
aspect, et non la première personne, de l’Etre suprême. Le
Verbe, autrement dit le Christ, aurait été engendré du Père. Il
y a là, à notre avis, quel que chose d ’absur de dans le raison­
n ement d'He in del : comment le premier aspect de l'Etre su­
prême, le Dieu des dieux (solaires), pourrait-il être une « H i é ­
rarchie créatrice» et à plus forte raison «l 'humani té de Sa­
t ur ne »?
Ainsi, le «Père» aurait été l 'humani te de la Periode de Sa­
turne ou, plus exactement, le plus grand initié. Dieu, le Père,
réduit à l’humai n! Mais, Heindel va encore plus loin: il n ’hesite pas à dire que l'humani tè de Saturne - dont faisait partie
le « su pr ême initié, le Pere» - était des « No n - D i e u x » ou
«Puissances des Ténèbres»! «Les Seigneurs du Mental
avaient atteint le stade humai n dès la Première Période. Ils
n'étaient pas des « Di eux » issus d ' un e évolution antérieure
c o m m e les Ch éru bi ns et les Séraphins; c’est pourquoi la tra­
dition orientale les appelle des «A-Suras», des « NonDieux». La Bible les appelle les «Puissances des Tenèbres»,
en partie parce qu'ils provenaient de la sombre Période de
Saturne, en partie parce q u ’elle les considère comme m a u ­
vais: Paul parle de notre devoir de lutter contre e u x 1’4.» Le
combl e de l'absurde est atteint! En tout cas, il est difficile de
faire mieux...
*2 M. Heindel, ihid., p. 222.
63 M. Heindel, ihid.. p. 371.
64 M. Heindel, Christianism e de la Rose-Croix, p. 312.

297

Max Heindel n'en dit pas plus sur ce qu'il appelle «Le
Pere». Par contre, il développera de façon plus conséquent e
la personne de Christ, l'initie s u p rê me de la Periode suivante,
celle du Soleil.
N u its c osm iq u es et réca p itu la tio n s

Le schéma de l’évolution selon Heindel est un éternel
mou vemen t de va-et-vient entre les différents « M o n d e s » (ou
états de matiere), des plus subtils aux plus denses. Ces aller
et retour dans la matiere sont ent recoupés par des périodes
appelées «nuits cosmi ques» et «récapitulations». «Ce
voyage de la vague de vie, écrit Heindel. s 'appelle une Révo­
lution, et une Periode c om pr e nd sept révolutions. Pendant
une Periode, la vague de vie descend et remont e sept fois a
travers les quatre Mondes. Q u a n d la vague de vie a termine
la série complète et septenaire de ses Révolutions a u to u r des
sept Globes, le premi er j o ur de la Créati on est termine et il
est suivi d ’une Nuit Cos mi qu e de Repos et d'Assimilation, à
laquelle succédé la Periode du S ole il 63.» La nuit cosmique
que M. Heindel c ompar e a une nuit de sommeil ne serait pas
une période d'inactivité, mais « une saison de préparati on à
l'activité qui sera dèployee p en da nt la Periode s u i v a n t e » 66.
Touj ours selon l 'auteur de la Cosmogonie, il existerait
aussi des «Nu it s cosmiques de repos» entre c ha qu e «révolu­
tion». « Q u a n d une Nuit C os mi qu e commence, toutes les
Choses manifestées sont de nouveau resorbees en une masse
ho mo g en e: le C os mo s retourne au C h a o s 67.» De quoi s ’agitil? Selon Heindel, «c'est le retour périodi que de la matiere a
l'etat de substance primordiale qui rend possible l'évolution
de l ' e s pr it » 68. Les «esprits vierges» sont ainsi régénérés et ils
peuvent ent reprendr e un nouveau départ dans le processus
de l’évolution. Les «expéri ences» acquises, les progrès réali­
sés au cours des Périodes ou révolutions precedentes p er me t­
tent aux «esprits vierges» de reconstruire les véhiculés, c’esta-dire leurs corps spirituels ou physiques actuels.

M M.
M M.
*' M.
08 M.

298

Heindel.
Heindel.
Heindel,
Heindel,

ibid.,
ibid..
ibid.,
ibid.,

pp. 196 et 198.
p. 198.
p. 243.
p. 243.

Le C h a o s est l' un des m y t h e s d e la C r éa t i on . Il est p r es e n t d a n s
n o m b r e de m y t ho l o g i e s tant m e s o p o t a m i e n n e s ( Bab y l o n i e , Assyrie)
q u e g r ecques . P o u r la c o s m o g o n i e d e la M e s o p o t a m i e . le C h a o s
était la m e r s a n s limite q u e les M e s o p o t a m i e n s a p p e l a i e n t Tiamat.
C ' e s t de ce C h a o s p r i mi t i f q u e s o n t sortis les d i eu x , ceux-ci é t a n t les
e n f a n t s d u C h a o s . D e l eur côt e, les G r e c s o n t e m p r u n t e avec q u e l ­
q ue s m o di f i c a t i o n s la c o s m o g o n i e m e s o p o t a m i e n n e . Le C h a o s c o r ­
r e s p o n d a i t grosso modo a la Tiamat b a b y l o n i e n n e , c' est -a-di re une
m e r infinie. D e ce C h a o s s o n t nés le Ciel, la T e r r e et la Mer. Le Ciel
et la T e r r e se s o n t unis p o u r d o n n e r n a i s s a n c e a u x Ti t ans, des
géant s . Ainsi, la n a i s s a n c e d e l' un i v e r s est le r é sultat des c o m b a t s
e n t r e les forces du Bien et d u Ma l , des a m o u r s et des e n g e n d r e me n t s d e s di eux.
H e s i o d e , p oè t e grec d u V I I I e siecle av. Je s u s - C h r i st , d e v e l o p p a
u ne t h eor i e assez p e r s o n n e l l e d u C h a o s d a n s sa Theogonie. Le
C h a o s q u ’il e m p l o i e - « c h a s m a » - fait a u ss i t ô t p e n s e r a un vide, un
a b î m e p r i mo r d i a l e n t i è r e m e n t e n v e l o p p e p a r les te ne br e s.
Le livre de la G e n e s e n o u s p arl e a ussi d u C h a o s . La terre était in­
f o r m e et vide, l i t t ér a l e me nt tohu-bohu. N o u s n o u s t r o u v o n s la d e ­
v ant un p r o b l è m e t h e o l o g i q u e d e p r e m i è r e g r a n d e u r . Q u e signifie
ces mot s « i n f o r m e el v i d e » ? L ' i n t e r p r e t a t i o n la p l u s c l a s s i q u e a ete
celle qui c onsi st e a dire q u e le toltu et le bohu fu r en t le p r e m i e r acte
c r e a t e u r de Di eu. Ainsi D i e u a u r a i t cree d ' a b o r d u n e ma s s e in­
f or me , « v i d e » et pri vee d e l umi er e. Ce t t e f aç o n d e vo i r est p a r t ag e e
p a r A u g us t i n , sai nt T h o m a s et les R é f o r m a t e u r s .
B e a u c o u p de chr e t i e n s è v a n g e l i q u e s o n t a d o p t e cette posi ti on.
L ' u n d ' e u x , Henri D e v a u x d e f e n d ce p o in t d e vu e qui se veut sc i en ­
t i fi que: «Il a du en etre ainsi, à d e u x m o m e n t s di f f é r en t s des ph a s e s
de la Terre. T o u t d ' a b o r d celle-ci a d u être u n e n e b u l e u s e obscure,
un n u a g e n ' e m e t t a n t a u c u n e l u mi e r e visible, ma i s p o u v a n t a r r e t e r la
l u mi e r e s'il y en avait eu. (...) B e a u c o u p plus t ar d, l o r s q u e le Terre
se fut c o n d e n s e e en un g l o b e li qui de, e n c o r e b r û l an t , e n t o u r e d e la
m a s s e d e s e a u x d e s me r s à l' etat d e v a p e u r s , les t e n e b r e s existai ent
aussi a sa s u r f ace, a c a u s e d e s on a t m o s p h è r e t r op epaisse, c o m m e
elles exi s t ent e n c o r e m a i n t e n a n t a u f o n d d e nos o c é a n s .»
D ' u n a u t r e côte, He n r i Bl o c h e r t e n t e d e c e r n e r le p r o b l è m e sous
un a n g l e plus t h e o l o g i q u e : « L e text e s' int é r es se d ir e c t e me n t au d o n
de la forme, pl u s q u ' a u d o n de Y être. ( P o u r q u o i ? L ' o n d e v i n e une
de s r a i sons : c' est c o m m e d o n d e la f o r me q u e la c r éa t i o n n o u s est
intelligible, et q u e n ou s p o u v o n s d a n s l ' o eu v r e d e o av s i x jours. Yimiter.) Ma i s son i nt eret n ’est pas exclusif. L' au t e u r , en c hoi s i ss a nt des

6‘' H. Devaux. Les trois premiers chapitres de la Bible. Edition de l’Union
des chretiens evangeliques, p. 16. Nerac. 1952.

299

t e r me s é v o c a t e u r s d u n é a n t , s u g g é r é aussi la p e n se e d e l' ètre (...)
D i e u seul d o n n e la f o r me et d o n n e l' etre. sa n s ri en d e v o i r a rien. Tel
est l ' en s e i g n e me n t m a j e u r 70.»

C o m m e nous l’avons vu plus haut, Max Heindel affirme
q u ' u n e fois la «nuit cos mi que» accomplie, la matiere se fond
en une masse homo gene qu'il appelle le chaos. Quel est ce
chaos? Là, une nouvelle interprétation p o u r le moins fantai­
siste nous est p ropos ée par le fo nd a te u r de l'Association R o­
sicrucienne: « P o u r les Rose-Croix, comme p o u r toute autre
Ecole d'occultisme, le vide de l'espace n'existe pas. Pour eux,
l’Espace est l’Esprit dans sa forme att enuèe; tandis que la
matiere est la cristallisation de l'Espace ou de l'Esprit. L 'Es ­
prit en manifestation a deux aspects: ce que nous percevons
en tant que Forme est la manifestation negative de l'Espritmanifestation cristallisée et inerte. Le pôle positif de l'Esprit
se manifeste par la vie qui incite la Forme negative a l’action,
mais tous deux procèdent de l’Esprit, de l'Espace et du
C h a os .►
> En vertu de sa doctrine pantheiste, Heindel él u­
cidé sa pensee en posant cette question: «N'est-il pas possi­
ble de soutenir que l'Univers est la cristallisation de l’Espace
ou de l'Esprit? (...) L'occultiste (...) affirme que la Vie peut
exister i n dé p e n d a m me n t de la Forme Concrète: qu'elle peut
revetir des Formes que nous ne pouvons percevoir avec nos
sens limites et qui ne sont pas soumises aux lois régissant
l'état actuel de la matiere concrete 2.» L'auteur conclut sa
pensee: « N o u s devons nous penetr er de l'idee que le chaos
n'est pas autre chose que l'Esprit de Dieu ré p an d u dans l'in­
fini. C ’est sa véritable nature. Ainsi que l’enonce la maxime
occulte: «Le chaos est le sol nourricier du C o s m o s 73.»
L'erreur rosicrucienne apparaî t ici nettement: le chaos,
c'est-a-dire la matiere en mouvement , est identifiée a l'Esprit!
Il est ainsi aisé d ’établir le corollaire: la Vie et la Forme sont
placees sur un pied d'egalite. «Il n'y a q u ' u n seul Esprit ré­
p and u dans l'espace, écrit Heindel, la Vie et la Forme, ses rô­
les positif et négatif sont u n ' 4.» Mais en reprenant les p re ­
70 H.
71 M.
M.
7J M.
" M.

W(*

Blocher. R évélation des origine.*, pp. 5X-.59, P.B.U.. Lausanne, 1979.
Heindel. ibid.. pp. 246-247.
Heindel. ibid.. p. 247.
Heindel, ibid., p. 250.
Heindel, ibid.. p. 246.

miers chapitres de la Genese, et contrairement aux enseigne­
ments de Max Heindel, il est facile de voir que les formes ont
précédé la vie, c'est-a-dire les êtres. Enfin, bornons -nous a
const at er que la vie, et plus particulièrement la création de
l 'homme, marque le sommet de l’oeuvre créatrice de Dieu.
Aut rement dit. la vie surclasse la forme!
La p é r io d e du S o l e i l

C'est, selon Heindel. le deux ième j o u r de la Création qui
cor res pon d a la seconde phase dite «d'i nvol ut ion». Les
«globes» du Soleil, tout c om me p ou r Saturne, sont au n o m ­
bre de sep!, mais ils sont places a un niveau inférieur, c ’est-adire qu'ils sont plus ancres dans la matiere. N' oubl ions pas
en effet que la phase d' involution coïncide avec l'entree des
«esprits vierges» dans les m ond es les plus «denses».
Si la periode précédente se caractérisait par la «chaleur»,
celle-ci se définit comme étant celle «des gaz et de la lumiere». Cette periode serait, selon Max Heindel, fort bien
decrite dans le troisième verset du premi er chapitre de la G e ­
nese. Mais la encore, l’a ut eur de la Cosmogonie spéculé le
texte biblique lorsqu'il pretend que le soleil n'etait pas le p re­
mier «luminaire», mais qu'il fut précédé pa r une autre source
de lumiere, a savoir une nebul euse appelee pour la circons­
tance « N u e e ardente»!
I. Le travail des Hiérarchies créatrices
Tout comme p ou r Saturne, les «Hiérarchies créatrices» ac­
complissent une serie de révolutions a u to u r des différents
« M o n d e s » qui sont toujours au no mb re de quatre. Les
« M o n d e s » traverses sont successivement: le Mo nd e de l'Esprit Vital, de la Pensee abstraite, de la Pensee concrete et du
Désir. Les «Esprits Vierges» qui ont termine leur parcours
«s at urni en», et après une periode plus ou moins longue de
«récapi tul at ion» et de «Nui t cosmi que d'assimilation», ent a­
ment leur long périple depuis le « M o n d e de l’Esprit Vital»
p o u r descendre j u sq u 'a u « M o n d e de la Pensee concrète»
p o u r enfin remont er vers le « M o n d e de l’Esprit Vital». Le
processus de ces révolutions est classique p our toutes les pé ­
riodes: sept révolutions successives aut our des quatre
« Mondes».
301

Si la Terre passe par cette phase d'évolution, il en est de
même p our l 'homme. Celui-ci cont inue à se t ranformer: de
l'état minerai qu'il était, il devient végétal! Ainsi, l'évolution
de l 'homme serait le passage d ' u n regne a l’autre. C'est ce
que nous affirme Heindel: « P e n d a n t la Periode de Saturne,
l 'h omme en germe était passé par une periode d'existence
quasi minerale. C'est-à-dire que, c o mm e les minéraux, il ne
possédait q u' un corps physique. Son état de conscience était
également semblable a celui des minéraux actuels. Pour des
raisons analogues, on peut dire que, p en d an t la Période du
Soleil, l 'ho mme est passé par une phas e d ’existence végétale.
Il avait un corps physique et un corps vital c omme les
plantes, et sa conscience, c omme la leur, était celle d' un s o m ­
meil sans rê ves 75.»
No u s savons déjà que l’h o m me au cours de cette phase
d'i nvol ut ion ne peut pas par ses propres forces progresser
d an s la maturité physique. Il a besoin po u r cela d ’aide. En
l’occasion, les «Seigneurs de la Sagesse» sont chargés d' aider
les «Esprits Vierges», en l’occurrence l 'h o mm e qui involueevolue, a acquéri r le «germe du Co rp s Vital c omme formepensée». Cette «construction du corps physi que», plus exac­
tement le dével opp emen t des glandes et du tube digestif,
n'est pas l 'apanage des seuls «Seigneurs de la Sagesse», mais
ils sont aides dans cette tâche par les «Seigneurs de la
Flamme», mais aussi par les «Ché ru b in s» qui, eux, au cours
de la sixieme révolution, auraient la responsabilité d'éveiller
le «germe de l'Esprit Vital».
2. Le Fils, initie du Soleil et Regent de Ici Terre!
Tout c om me po u r le «Pere», le «Fils» est un initie! Max
Heindel écrit a ce sujet: «Le Fils (le Christ) est l’initié le plus
eleve de la Periode du Soleil. L'humani te ordinaire de cette
Periode est devenue la classe des Archanges ~b.»
Nou s lisons dans la Cosmogonie ces lignes p our le moins
très i mportantes: « D a n s le Cr ed o Chretien, se trouvent ces
mots: «Jesus-Christ, le Fils Uni que de Dieu». On admet gé­
nér alement que ces mots signifient q u ' un e certaine personne

’5 M. Heindel, C osm ogonie des Rose-Croix, pp. 213-214.
’6 M. Heindel, ibid., p. 371.

qui parut en Palestine, il y a environ deux mille ans. et qu'on
appelle Jesus-Christ, représente, comme Etre Unique, le seul
Fils «engendré par Dieu». C'est la une grave erreur, car trois
Etres distincts et très différents sont impliques dans ce pas­
sage. Il est de la plus grande i mport ance que l’etudiant c om ­
pre nne clairement la nature exacte de ces trois Etres exaltes,
qui différent b e a u co up en gloire, tout en ayant le même droit
a notre adorat ion la plus p rof onde et la plus fervente. (...) Ce
«Verbe», et lui seulement, est engendré par son Pere (le p re­
mier aspect) avant tous les Mondes. (...) Par conséquent, le
«Fils Uni qu e» est l’Etre exalte qui prend rang avant tout
autre dans l'Univers, a l'exception de l'Aspect-Pouvoir qui
l’a c r é é ” .» N' oubl ions pas, en effet, que le Christ est le
«Verbe», le second aspect de l’Etre suprême.
Différence au niveau de l’Etre, différence aussi entre
Christ et Jésus! C a r Max Heindel, tout comme H. Spencer
Lewis, fait une subtile différence entre le Christ, le suprême
initie de la Periode du Soleil, et Jésus, un ho mm e qui a p p a r ­
tiendrait a notre humanité. «Selon l’enseignement rosicrucien,
il est nécessaire de faire une distinction très nette entre le Christ
et Jésus. Qu a n d nous cherchons dans la Memoire de la Nature,
nous trouvons que l’Esprit né dans le corps de Jésus était un
Ego très avance qui avait atteint une spiritualité sublime par
de nombreuses vies de saintete, de service et de sacrifice. (...)
C e p e nd a n t , nous chercherons en vain une incarnation passee
du Christ, étant d o n n e qu'il n ’appart ient pas a notre évolu­
t i o n 78.» Ainsi, pour les rosicruciens en gênerai, Jésus n ’est
q u ' u n h o m me et Christ le divin; l 'union de l'humain et du di­
vin ferait que Jésus soit c ompl èt ement absorbe par le Christ.
Malgré cela, l'homme-Jésus n'etait pas un personnage o r ­
dinaire. «Son mental, écrit Heindel, était d 'u n type spéciale­
ment pur (sic), très supérieur a celui de la grande majorité
des ho mmes modernes. Pendant de nombreuses vies, il avait
suivi le Sentier de la Sainteté et s'etait ainsi préparé pour le
plus grand h o n n e u r qui put échoir a un etre humain. Sa
mere, la Vierge Marie, était un des exemples les plus s u­
blimes de purete h umai ne» tandis que son pere était «un ini-

M. Heindel. ihid.. pp. 369-370. C'est nous qui le soulignons.
“ M. Heindel, La Philosophie rosicrucienne. p. 21 I, Tom e 11.

303

tiê supérieur, vierge et capabl e d 'a cco mp li r l'acte de f é co n da ­
tion comme un sacrement, sans passion ni désirs per s on ­
n e l s 79.» Jésus de Nazareth, «ne dans un corps p ur et exempt
de passi on» aurait été «instruit pa r les Esseniens» et il aurait
atteint un haut degre de dé ve lo ppe me nt spirituel durant les
trente premieres années de sa vie. Max Heindel précise e n ­
core que «le corps vital de Jésus se trouvait déjà au di apas on
des vibrations élevees de l'esprit v i t a l » 80, ce qui expliquerait
pourquoi il fut choisi par le Christ.
En effet, Jésus serait resté tout si mplement un h o m me si le
Christ n ’etait pas venu à sa rencontre. Max Heindel affirme,
en effet, que «le Christ ne pouvait pas naître dans un corps
p h y s i q u e » 81. La raison est que le Christ - qui n ’était q u ’un
«esprit» - avait déjà atteint les « M o n d e s » supérieurs et. de ce
fait, il ne pouvait «des cen dre » plus bas que le « M o n d e du
Désir». 11 lui man quai t d onc un « C o rp s vital et un véhicule
physique dense». C ’est la raison p o u r laquelle le Christ n ’a
fait q u '« e m p r u n t e r » le corps vital et le corps physique de J é­
sus! «A la trentieme ann ee de la vie de Jésus, écrit Heindel a
pro po s de son ministere et de sa « par ous ie», le Christ a p é ­
nétré dans ces corps et s'en est servi j u s q u ' a u moment s u­
prê me de Sa Mission sur le Calvaire. Apres la destruction de
son corps physique, le Christ est a p p a r u au milieu de ses di s­
ciples, revêtu du corps vital qu'il a utilisé p end an t un certain
temps. C'est aussi de ce corps vital qu'il se servira q u a n d II
viendra de nouveau parmi nous, car il n'entrera plus jamais
dans un corps p h y s i q u e 82.» Par ailleurs, nous lisons: «Jésus
est un esprit ap pa r te na nt à notre vague de vie. Il en est de
meme du G a u t a m a Bouddha. (...) L’esprit du Christ qui pé­
nétra dans le corps de Jésus, lorsque celui-ci le lui eut a b a n ­
d o n n é au baptême, était un rayon du Christ c os mi qu e. En
suivant Jésus à partir de ses precedentes incarnations, nous
retrouvons la trace de son déve lopp ement j u s q u ’à nos jours.
L'esprit de Christ, au contraire, ne se peut retrouver parmi
les esprits h u m a i n s 83.» « Ce c ha ngement de corps, souligne

M.
80 M.
81 M.
83 M.
83 M.

304

Heindel,
Heindel,
Heindel,
Heindel,
Heindel,

ibid., p. 373.
ibid., p. 376.
ibid.. p. 375.
ibid.. pp. 375-376.
La Philosophie rosicrucienne, p. 191. T o m e I.

Heindel, s'est accompli avec le libre consentement de Jésus
qui avait toujours su qu'il préparait un véhicule p ou r le
Christ. (...) Le Christ, ajoute-il, est un Etre unique parmi ceux
qui peuplent les sept mondes. Lui seul possédé les douze vé­
hiculés. (...) Telle est do nc la nature de Christ. Il est l'initie le
plus èleve de la Période du Soleil, il a pris le corps physique
et le corps vital de Jésus afin de pouvoir agir directement
da ns le M ond e physique et d ’apparaî tre comme un h om me
parmi les h o m m e s 84.» Ainsi, l'homme-Jèsus, ou plutôt l'initiè-Jesus, serait devenu le Christ, car ses propres vibrations
etaient. paraît-il, en harmoni e avec celles du Christ.
La vie du Christ, son ministère et sa mort, sont interprétés
c om me d ' ha bi tud e esoteriquement. La doctrine de la r e d e mp ­
tion. c'est-a-dire le salut par grâce, est rejetée ipso facto par
Max Heindel, ceci au nom des lois de la réincarnation et de
la causalité. En particulier, la mort de Christ pour tous les
h ommes et la remission des peches par son sang verse a la
croix est niee par les rosicruciens h ei ndel i ens 85. Aux ques ­
tions pourtant capitales: « C o m m e n t la mort d' un seul indi ­
vidu pourrait-elle être profitable a tous les autres? Ne seraitil pas plus noble de s up por ter les conséquences de ses p ro­
pres actes que de s ’abriter derriere la vertu d' un a u t r e ? » 86,
Max Heindel ne repond pas directement. Il se contente de
dire: «Tous les ho mmes n'ont pas besoin d'ètre sauves. Le
Christ savait qu'il y a une très n om br eu se classe d ’ètres qui
n ’en ont pas besoin; mais, de même q u ’il y en a bien quatrevingt-dix-neuf sur cent p our qui les lois de la Reincarnation
et de cause a effet suffisent à assurer l’évolution et qui arrive­
ront de cette maniéré a la perfection...87» Ainsi, le salut pour
la Rose-Croix n ’existe pas: tous les hommes, en vertu des
«lois» de la reincarnation et de la causalité, parviendront un
j o u r a l'état de perfection.
Ces propos sont en totale contradiction avec l’enseigne­
ment de l'Ecriture Sainte, mais aussi avec sa propre docBJ M. Heindel, Cosm ogonie des R o se-C ro ix, p. 377.
85 Selon la Cosm ogonie, Chrisl serait venu po u r effacer les peches du
m o nde, et non pus des individus, ceci en purifiant le corps du désir de notre
planete! Le m onism e et le panth eism e sont a la base de cette interprétation:
elle considéré en effet que la terre est vivante, de même nature que la subs­
tance divine (M. Heindel, ibid., p. 474).
8’’ M. Heindel, ibid., p. 395.
8" M. Heindel, ibid., p. 396.

305

tri n e B(S. Car Y offre àu salut p our tous les ho mmes est univer­
selle. L'apotre Paul, lui-même, est formel quant a l’universalite de l'offre du salut et a sa gratuite: à Timothee, il dit
« Dieu veut que tous les hom m es soient sauves, et parviennent
a la connaissance de la vérité» (I Ti mothee 2: 4): aux Ephesiens, il déclaré: «C'est par grâce que vous êtes sauves, par le
moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de
Dieu. Ce n'est pas par les oeuvres, afin que personne ne se
glorifie» (Ephesiens 2: 8-9). Ces paroles - extraordinaires de Paul ne sont pas invalidées par le fait que le nombre des
élus est s o mme toute restreint ou que la responsabilité de
l ' h o m me soit engagee, mais il n'en reste pas moins que tous
les hom me s doivent entendre le message du salut par grâce.
Pour nous, une chose est claire: l'effort humai n, quel qu'il
soit, est exclu dans l'oeuvre du salut. L'initiation, les
« bon n es oeuvres», etc., ne peuvent pas nous sauver, seule la
miséricorde de Dieu peut nous arracher a notre état de perdi ­
t i o n 111'.
Naturellement, conséquence logique de ce qui précédé, le
récit de la mort du Christ est défigure. Le corps de Jésus fut,
parait-il. perce en cinq endroits, plus exactement «aux cinq
centres ou passent les courants du corps v i t a l » 1’0. Lorsque
son sang coula, Jesus-Christ, s ur n o m m é le « G r a n d Esprit So­
laire», fut délivré... du véhicule de Jésus! et pénétra â l'inté­
rieur de la Terre avec ses propres véhicules! Depuis, il exerce
son activité sur la Terre et sur son human it é a partir de l'inté­
rieur de la Terre...! Ce qui ne l'empêche pas de faire de fré­
quent s voyages sur le S o l e i l La mort de Christ declencha une «vague i mmense de lu­
miere spirituelle solaire qui i nond a la T e r r e » ‘,l, et les vibra­
tions «rapides et élevées» aveuglerent les hommes. Qua nt au
«sang purificateur» de Jésus, Max Heindel avance encore
une idee saugrenue: «Lo rs qu e le sang coula sur le Calvaire, il
entraîna avec lui le G r a n d Esprit Solaire, Christ, qui. p ar ce
Ne deciare-t-il pas un peu plus loin que la mission du Christ aurait
«consiste a sauver ceux qui étaient perdus, mais aussi a rendre l'initiation
accessible a tous» (M. Heindel. ibid., p. 348).
8Q N oions au passage une autre définition du peche selon Max Heindel:
« s'e m b o u r b e r da n s la matiere»!
go M. Heindel. ibid.. p. 399.
g| M. Heindel. ibid.. p. 400.

306

moyen, put penetrer la Terre elle-même et qui est, depuis
lors, son R e ge nt M’.» Christ, regent de la Terre! (et du Soleil
aussi!!) Devant de tels égarements, notre tristesse - et notre
colere! - sont grandes. Disons-le franchement: le nom de Jesus-Christ est b lasphémé et bafoue. Affirmer que Christ g o u ­
verne depuis l’interieur de la Terre, alors que tout le N o u ­
veau Testament certifie qu'il est mont e au Ciel, est pr op r e­
ment ridicule; pretendre qu'il n'est que «Règent » sur cette
Terre seulement, n ’est-ce pas la une flagrante contradiction
avec les écrits canoniques qui affirment nettement que Christ
regne sur tout l'univers, sur la Créati on comme sur ses créa­
tures.
Encore un mot sur le retour de Christ. Nous savons deja
que. selon les enseignements de Max Heindel, il doit revenir
d an s un corps vital, c'est-a-dire un corps plus «leger», plus
«subtil». Dans un autre ouvrage, il précisé sa pensee: «Le se­
c ond avenement du Christ d ép e nd du temps ou un nombre
suffisant de personnes seront devenues semblables au Christ,
en accord avec le principe christique, de sorte que, comme
deux di apasons de même ha ut eu r de ton resonnent a l'unis­
son lorsque l'un d ’eux est mis en vibration, elles soient c a p a ­
bles de r epondre aux vibrations christiques mises en jeu par
le retour du Sauveur. L’arrivee de cet evenement ne peut être
calculée, mais chaque fois que nous nous efforçons d'imiter
le Christ et de suivre ses enseignements, nous hâtons sa ve­
n u e 113.» Max Heindel emploie, cette fois-ci, une terminologie
semi-biblique. Cepend an t, la Bible tient un tout autre langage.
Selon nous, le retour de Christ n'est pas lie uni quement a
l’attitude q u ’ont - ou devraient avoir - les chretiens. Certes, il
nous est re co mm an d é d ’etre fermes et vigilants de peur que
nous soyons confus (cf. I Jean 2: 28) et de marcher dans la
voie de la sanctification. Mais cela ne suffit pas pour hâter ou retarder - la seconde venue de Christ. Ce moment n ’a p ­
partient q u ’a Dieu seul. Paul le dit en termes clairs: «Car le
Seigneur lui-meme, à un signal donne, a la voix d ’un a r ­
c h a n g e 1'4, et au son de la trompette de Dieu, descendra du
ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement» (I
M. Heindel, ihid.. p. 400.
M. Heindel, La Philosophie rosicrucienne, p. 216, Tom e I.
“,1 Précisons que les archanges sont, selon la Bible, des creatures de Dieu,
et non des «H iérarchies créatrices» c om m e le pretend Max Heindel.

307

Thessaloniciens 4: 16). Dieu esl souverain, per sonne ne peut,
et ne pourra, l'influencer. Q u a n d l'heure sera venue. Christ,
son I ils eternel, reviendra en gloire p ou r nous prendre et, a
partir de ce moment , tous les chrétiens aut hent iques seront
p o u r toujours avec lui.

L a p e r io d e de la l.u n e

Max Heindel. c om me toujours, se référé con st amment a la
Bible. Pour lui, la periode dite «d e la Lune» correspondrait
au deuxi eme j o u r de la Créati on et, naturellement, a la troi­
sième phase d'involution. Le sixième verset est bizarrement
traduit: «Et les Elohim dirent: «Qu'il y ait une expansion
(d' autres versions disent «e te nd ue » ou « fi rmament») dans
les eaux p o u r s éparer l'eau d'avec l’e a u g5.» D' aut ant plus bi ­
zarre que les «globes» lunaires se caractériseraient par leur
h um idité (sic).
Le s chéma des révolutions est absol ument identique aux
deux précédentes périodes (7 révolutions au to ur des 4
« Mo nd es » ). Par contre, les « M o n d e s » traversés sont sensi­
blement différents du fait que l'humani tè s’enfonce encore
plus dans la matière: ce seraient les « M o n d e s de la Pensée
abstraite», de la «Pensée concrete». du «Dési r» et la «région
èthérique du M o n d e physique». La periode de la Lune est, à
plus d ’un titre, une periode importante. En effet, les progrès
réalisés sont not abl ement import ant s tant sur le plan physi­
que que mental. Il nous parait bon de nous y at tar der q u el ­
que peu.
/. Le Saint-Esprit: initie et régisseur!
C ’est dans ce « M o n d e » plutôt « hu m i d e » que le Saint-Es­
prit. s u rn o mm é Jehovah, entre en scene. «Le Saint-Esprit,
écrit Heindel, est l'initié le plus èleve de la Periode de la
Lune. L'humani té ordinaire de cette Période est devenue la
classe des Anges'"’.» Selon Max Heindel, le Saint-Esprit se­
rait Jehovah! Ou plutôt l’un des Elohim'. Il aurait ete chargé
du travail de la Création. Il serait le chef de l'humani té de la
Lune et le «Reg ent » de notre Lune actuelle!
" M. Heindel, C osm ogonie des Rose-Croix, p. 323.
M. Heindel, ihid.. p. 371.

308

Mais ce n'est pas tout. Le Saint-Esprit, dont la tâche p r i n­
cipale était le « M o u ve me nt » , a accompli bien d'autres tra­
vaux. En particulier, il a insuffle le souffle, le nephesh. et les
hom me s sont devenus des nephesh chavim, c'est-a-dire des
creatures douees de respiration! 1) aurait aussi séparé les
sexes et il aurait, avec l’aide des Archanges, divise l'humanite
en nations et en races!
De nos jours, le Saint-Esprit, toujours avec les Archanges,
travaillerait dans le corps du désir par le moyen... de la Loi!
Ainsi, p our Heindel. l'Esprit n'est pas la liberte, mais la Loi.
C ons ta tons une fois de plus avec regret que les enseigne­
ments rosicruciens vont a r e n c on t r e des vérités bibliques les
plus élémentaires.
2. L «involuiion» de l'hom m e
Que devient l 'h omme dans cette « h um id it é» ? Eh bien, il
«involue»! De végétal qu'il était lors de la periode du Soleil,
il devient pratiquement un animal. « C o m m e nos ani maux ac­
tuels, écrit Heindel, il possédait un corps physique, un corps
vital et un corps du désir, et sa conscience était une
conscience de vision intérieure telle qu'est, de nos jours, celle
des a ni ma ux i nférieursl>7.»
Naturellement, l 'ho mme n'est pas seul pour progresser.
D'aut res «aides» viennent lui preter main-forte. Parmi les
principales «Hi érarchies» qui se mettent en action, citons les
«Seigneurs de l 'individualité» qui, eux, ont le devoir de tra­
vailler dans les «régions inférieures de l’h o mme», c’est-à-dire
q u ’avec l'aide des «Seigneurs de la Sagesse», du moins au
début , ils ont ete spécialement charges de l’évolution (ou
construction) matérielle de l’homme. Ainsi, ils reconstruisent
le «germe du corps physique» (dével oppement du systeme
nerveux, des muscles et du squelette, de meme que les o r­
ganes sensoriels - ceux-ci à l'etat embryonnai re -, les organes
d e la digestion et les glandes). Par la suite, les «Seigneurs de
l’individualité» ont travaillé seul: ils ont é mane d ’eux-mémes
le «ger me du corps du désir», puis l'ont aide a s 'incorporer
au corps vital et au corps physique.
Une autre «Hiérarchie», les «Chérubi ns», tout en aidant
les «Seigneurs de l'individualité» dans la construction du
’ ■ SI. H e i n d e l . ib id . p. 218.

309

corps physique, se sont charges surtout d'établir un lien entre
r«e*prii h um ai n » et l'«esprit vital» tandis que les «S ér a­
phins» complétèrent ce travail en «eveillant l'esprit h u ­
mai n», plus exactement le «germe du troisième aspect de
I' Ego», dans l’ho mm e en formation. Enfin, les «Seigneurs de
la Flamme» sont revenus a [a charge et. tout en prêtant assis­
tance aux «Seigneurs de l’individualité», ils ont parachevé
l ' o e m r e de cette periode en reliant l’«esprit h um ai n » à I «es ­
prit divin». C ’est ainsi qu'est ne ce que les rosicruciens
«heindeliens» appellent Y « E g o distinct» ou encore l"«esprii
triple». Soulignons encore que trois grandes «Hiérarchies
Créatrices», les «Seigneurs de la F lamme», les «Ché ru b in s »
et les «Séraphins », quittent le systeme car ils auraient atteint
le degre s upreme d'initiation et de progression.
Pour conclure ce par ag ra phe plutôt aride, il est i mportant
de savoir q u' a la fin de cette periode, l ' ho mm e possédait, a
des degres divers, un corps t ri pl e; de même, il avait en germe
de l'esprit triple. C'est d o n c a ce degre d' «i nvol ut ion» assez
avance q u e l ' h o mm e va e nt am er cette nouvelle période, au
dem eu r an t fort importante, qui est celle qui correspondrai t a
notre epoque. c'est-a-dire la Terre.

I.a p e r io d e de la T erre

C'est, ou plutôt ce serait selon Max Heindel, une etape ca­
pitale. C'est une periode charniere. En effet, la phase dite
«de la Terre» cor res pond au terme d"«involution» et au debut de celle de ('«évolution». Autrement dit, c'est la fin de
l'involution inconsciente et le co mm en c em en t de l’évolution
consciente.
Cette periode serait en rapport avec les 4e, 5e, 6e et 7e jours
de la Création.
Les «globes» de la « Peri ode de la Terre» sont situes dans
les quatre « M o n d e s » ou «Régi ons » les plus denses, les plus
solides de la matiere, c'est-a-dire la «Régi on de la Pensée
concrete» qui d epe nd du « M o n d e de la Pensee», le « M o n d e
du Désir», les Régions «Et heri qu e» et « C hi mi que », ellesmêmes faisant partie du « M o n d e physique». La «Région
Chi mi que», le globe le plus dense, serait notre Terre actuelle.
Cette periode marque un tournant , tout au moins pour
M a \ Heindel. I Ile i m . en effet, marquée par l'achevemenl du

«corps triple, de l'intellect et de la conscience de soi», mais
aussi la réunification du corps a l'Esprit. (."est. on le verra,
une periode très import ant e et c'est la raison pour laquelle
Max Heindel y consacre tout un chapitre.
Selon lui. nous aurions a ce j o u r accompli 3 1/2 révolu­
tions, soit la moitié des révolutions totales. Nous serions ar­
rivés dans la quat ri ème periode. En d'autres termes, cela si­
gnifie qu'«il y a quat re régnés tout à fait d is t in c ts » 1,8 (mine­
rai, végétal, animal et humain). Désormais, la matiere p é n é ­
trée p rof on demen t par l'Esprit peut enfin s'elever. Cette élé­
vation n'a qu' un seul but: la divinisation de la matiere'. D u ­
rant cette periode. l 'homme a encore besoin d'aide: ce sont,
cette fois-ci. les «Seigneurs de la Forme» qui vont participer
au travail de l'évolution.
I. I.'epoque polaire
L’e po qu e dite «polaire» serait, si l'on en croit M. Heindel, le
4e jour de la Création. Les ep oq ue s sont, toujours selon sa ter­
minologie, des subdivisions de la «per iode de la Terre». T o u ­
jours selon lui, «les phases de d éve lo pp emen t de l 'humanite sur
la Terre sont divisées en périodes nommées « E p o q u e s » 91’.
Nous lisons dans la C osm ogonie: « D a n s la premiere E p o ­
q ue ou Ep oq ue Polaire, les entites qui composent
auj ou rd 'h ui l'humani te n'avaient qu 'u n corps physique,
c om me c'est le cas mai nt enant p ou r les minéraux: aussi
l 'h o mm e etait-il quasiment un m i n e r a i 100.» L'homme, un mi­
nerai? Est-ce une contradiction de Max Heindel, car si l'on
suit bien le schéma de l’évolution décrit dans la Cosmogonie.
l ' h om m e devrait être un animal, et non un minerai. Op po s i­
t ion? Oui, du moins pour nous, non pour Heindel! En une
phrase, il do nn e sa version: «Les substances qui forment
mai nt enant la Terre etaient toutes en fusion et l'atmosphere
était gazeuse; malgré cela, l’h o m me a de nouveau récapitulé
sa phase minerale d ' e xi st en ce" ". » Mais, il faut souligner ici
une petite différence qui, a notre avis, est fort importante:
l ' h o m me peut mai ntenant de lui-meme s'aider dans le travail
M.
M.
M.
"" M.

Heindel.
Heindel.
Heindel,
Heindel.

ibid..
ibid..
ibid..
ibid..

p. 23-J.
p. 168.
pp. I6X-I69.
p. 261.

311

de l’évolution, c’est-a-dire la «construction des v é h i c u l e s » 102.
C'est ce que montre le texte qui suit: « D e cette substance chi ­
mique attenuee du Soleil, l’h o m me a lui-méme construit son
premi er corps minerai avec l'aide des Seigneurs de la
F o r m e 10’.» Ainsi, des ce moment , l 'h omme acquiert peu a
peu son aut onomi e, no ta mm en t vis-a-vis des «Seigneurs»!
Le développement de ce corps aurait exigé des «myriades
d ’anné es»! Au début l 'h omme était, selon les propres termes
d'He in del . «un objet de grande di mensi on en forme de sac»
(sic). D' un e ouverture placee au s ommet de ce «sac» sortait
une sorte d' or gan e d'orientat ion et de direction! Puis, ce
corps s'est lentement contracte et condensé. Un «orga ne» se
serait developpé, puis aurait au cours des âges dégénéré. Ce
mystérieux organe n'est autre que la glande pineale. Max
Heindel (comme tous les occultistes d'ailleurs) l'appelle le
«troisième oeil». C ’etait, parait-il, un «organe de sensation».
Qua nt à la reproduct ion de ces «hommes -s acs », Heindel
nous d on n e ici son explication p our le moins insolite: «Ces
immenses créatures en forme de sac se divisaient p ar moitié
d ' u n e maniéré analogue a la division des cellules par scissi­
parité... I04.» Où a-t-il t rouvé cette idee farfelue que nous ne
retrouvons pas dans la littérature ésoterique traditionnelle?
2. L ’époque hyperborèenne
Ce serait le 4e j o u r de la Création. D'aprés l'auteur de la
Cosmogonie, la Bible nous montrerait com me nt les Elohim
creerent le regne végétal, le Soleil, la Lune et les etoiles.
L’évolution de l 'h omme cont inue à vrai dire très lente­
ment. Les «Seigneurs de la Forme» de même que les
«Anges» ont contribué a d o n n e r au corps physique de
l ' ho mme le «corps vital». Autre aspect de cette «évolution»:
le volume de ces «hommes -s ac s» augment e tout simplement
par le fait qu'ils attirent vers eux (par osmose!) toutes sortes
de matériaux exterieurs... Max Heindel ne m a n q u e pas de si­
gnaler que la « r e pr odu ct i on » de ces « h o m m e s » se faisait
cette fois-ci en deux parties égalés et q ue peu a peu, ils
auraient atteint la taille normale ou «originelle».
' Sup port ou m oyen qui permet au « c o rps subtil» d 'e c h a p p c r a l'attrac ­
tion de la matiere.
I0’ M. Heindel. ihid.. p. 261.
,M M. Heindel, ihid.. p. 262.

312

3. L'epoque lemurienne

L'epoque lemurienne, du nom du continent légendaire,
correspondrait, selon Heindel. au 5e j o u r de la Création et
aux versets 20 et 21 du chapitre premier de la Genese.
L' auteur de la Cosmogonie attache a cette e poq ue une très
grande importance. Deux «Seigneurs» sont à l'oeuvre: ceux
de la « F o r me » qui aident l’h o m me a construire le corps du
désir et ceux du « Me nt al » qui, eux, se chargent de la partie
supérieure du corps du désir et du «germe de l’intellect». Ce
«germe» aurait ete d on n e a tous ceux qui etaient assez a va n­
ces dans leur évolution.
Le «germe de l'intellect», ajoute Heindel, a été implante
da ns la partie supérieure du « C o rp s du Désir». L’apparition
de l'intellect marquerait la «nai ssance de l’individu», c'est-adire de l'Ego. Au cours de cette periode, VEgo, qui était bisexue, connut la «séparation des sexes». Cette séparation ne
fut pas une séparation organique, mais se caractérisa pa r une
autre disposition de deux «qualités distinctes», à savoir la
Volonté pour les hommes et l ' imagi nat ion pour les femmes!
C o m m e n t Heindel expliquerait a u j o u r d ’hui que b ea uco up de
femmes ont de la volonté et que passablement d ' ho m me s ont
en or me me nt d' imagi nat ion? Une mauvaise évolution, sans
doute...
La p l a n e t e Ma r s, a ur a i t ete. t o u j o u r s sel on He i n d e l , d ' u n e très
g r a n d e utilité p o u r la n a i s s a n c e d e V Ego, a p p e l e aussi « E s p r i t tri­
pl e». L'Ego était au d é b u t un « E s p r i t Vierge» qui était vétu d ' u n tri­
ple voile d e ma t ie r e qui n e u t r a l i s a i t sa c o n s c i e nc e divi ne originelle.
Il étai t s ép a r é de s f or mes, et p a r c o n s é q u e n t des véhicul és. Vers
l ' e p o q u e l e m u r i e n n e . le « C o r p s d u D é s i r » s’est divise et le « C o r p s
p h y s i q u e » a pris u n e p o s i t i o n verticale. Le sq u e l et t e s’est solidifie
s o u s l’a ct i on des for ces l unai res t a n d i s q ue l' in f l u e n c e d e Ma r s s'est
e x e r c e e s ur les g l o b u l es r o u g e s 105 qui , eux, se so n t mu l t i pl i es parce
q u e le fer. u n mét al « m a r t i e n » a u p o u v o i r d y n a m i q u e , avait cesse
d ’exister! C'ar Ma r s avait, parait-il, « p o l a r i s e » le fer j u s q u ’à l’epoq u e a tl a n t e e n n e , ce qui e x p l i qu e r a i t la n o n - p r o d u c t i o n de sa ng
c h a u d ! Q u a n t au c er v e au , siege d e l'Kgo, et le larynx, qui aurai t ete
a l ' or i gi ne un o rg a n e d e r e p r o d u c t i o n (sic), ils so n t passes, c o m m e
t o u s les a u t r e s o r g a n e s , p a r u n l ong et c o m p l e x e p r o c e s s u s d ' é v o l u ­
tion.
1115 Le sang serai! la terre d'eleelion de YEgo\

4. Les races

Max Heindel, dans son exposé à la fois dense et confus,
ouvre une parenthèse. Il abo r de le probl ème des races et,
bien ent endu, il d o n n e son avis personnel. Selon le fondateur
de l’Association Rosicrucienne, les races ne sont que des m a ­
nifestations de l'évolution. Il y aurait, en tout et p ou r tout, 16
races. Nous sommes dans l'obligation de reduire la l ongueur
de notre expose tant les enseignements de Max Heindel sont
longs et indigestes.
La premiere race, les Lemuriens, fera l’objet d ' u ne etude
plus ap pr of ond ie ci-apres.
Les races suivantes, de la d eu xi eme a la huitième, auraient
vécu lors de l' epoque dite «at l an tec nne»: les Rmoahals, p e u ­
ple i nconnu a notre connaissance, aurait d eveloppe surtout
les sensations (plaisir, douleur, etc.) et leur parole avait, p a ­
raît-il, un «p ou vo ir mag i qu e» ; les Tlavatlis; les T o l t è q u e s 106
etaient selon Heindel une «race» très ambitieuse et qui, si
nous le c om pr e no ns bien, datait de bien avant les Toltèques
«hi st ori ques»; les Toura nie ns Primitifs; les Sémites Primi­
tifs; les Akkadiens et les Mongols.
IDe la neuvieme a la qui nzi ème race, nous y t rouvons les
races Aryennes; les Babyloniens, C hal dee ns et Assyriens; les
Perses. Grecs et Romai ns; les Celtiques; les Teutoniques a n ­
glo-saxons; les Slaves et enfin les des cendant s des Slaves qui,
eux, bizarrement ne portent pas de nom. Toutes ces races
auraient caractérisé l’é po qu e aryenne. Et enfin, la seizieme et
derniere race, la race américaine! Selon Heindel, la race a m é ­
ricaine serait le produit des différentes migrations ethniques
des siecles passés et, de la. sortira au début de la sixieme p e ­
riode la «race-mere».
L ' a u t e u r d e la Cosmogonie - qui est d ' o r i g i n e e u r o p e e n n e , ne
l ' o ub l i o n s p a s - a u n e idee très préci sé d e ce q u ' e s t la « r a c e a m é r i ­
c a i n e » . A ce p r o p o s , il n ' h é s i t e p a s a ecri re ces p r o p o s p o u r le
moins aberrants: «L a doctrine chrétienne du No uveau Testament
est p a r t i cu l i è r e m e n t d e st i n é e a u x Ra c es a va n c é e s d u M o n d e O c c i ­
d e n t a l . Fil e est en voie d ' ê t r e i m p l a n t e e s p é c i a l e m e n t p a r m i les
A mé r i c a i n s ; c a r l' objet d e la n o u v e l l e race d e la si x i e me E p o q u e
’ C e l a i t autrefois une tribu mexicaine de lu famille uto-aztcque
( X ' - X l l e siecles). L'em pire T olteque s’effon dra en I 168, victime de ses dis­
sensions internes et de la ve nue d 'e nvahisseurs.

314

ét ant l ' uni fi c a t i on d e t o u t es les Races, les E t a t s - Un i s \ o n t d e v e n i r le
« c re us e t » d a n s lequel t o u t es les n a t i o n s d e la terre ser ont a m a l g a ­
mé e s et. d e ce mé l an g é , serait extrait le p r o c h a i n « p e u p l e é l u » 1" .
A u t r e m e n t dit, les E t a t s - U n i s s o n t le lieu idéal o u les esprits a u r o n t
les c o n d i t i o n s les plus f a v o r ab l e s a u n e b o n n e i n ca r n a t i on . Ainsi, il
\ a u t mi eu x p o u r u n juif q u ’il aille s ' i n c a r n e r ( pl us e x a c t e m e n t se re­
i nc a r ne r ) en A m é r i q u e p l ut ôt q u ' e n Israël: s on d é v e l o p p e m e n t sera,
parai t-il. plus r a p i de !
5. La race lemurienne

l a race lémuriemie était, si l'on en croit la Cosmogonie,
une race très particulière: elle aurait vécu lors de la derniere
partie de l 'epoque lemurienne da ns un pays appele Lemurie.
Le Lemurien était «magicien de naissance» et «il avait le
sentiment d'ètre un descendant des Dieux, un Etre spirit u e l » 10*! Il était en com mu n io n avec les «Messagers des
Di eux» et il vivait dans un état de purete et d'innocence.
I.a L e m u r i e a t o u j o u r s p a s s i o n n e les c h e r c h e u r s , sci enti fiques ou
occult istes. L ' exi s t en c e de ce p a y s se si tuerai t q u e l q u e part e nt r e
M a d a g a s c a r et l ' ar chi pel d e la Ma l a i si e . J u s q u ' à ce jour, et d a n s
l' etat actuel de nos c o n n a i s s a n c e s , les r e c h e r c h e s n ' o n t p a s a bout i .
De ce m o n d e h y p o t h é t i q u e . M m e H e l e n e Blavulsky. f o n d a t r i c e de
la T h e o s o p h i e . et ses discipl es. R u d o l f St e i ne r et Ma x He i n d e l . en ont
d é d u i t q u e la L emu r i e a bel et bi en existe et l ' ont situee lors de la t r oi ­
s i è m e E p o q u e , c ’est -a-di re la « t r o i s i è m e terre de l ' h u m a n i t e » .
D ' a p r e s H e i n d e l . l ' a t m o s p h è r e d e la L e m u r i e était 1res dense. La
c r o û t e terrest re c o m m e n ç a i t a se solidifier. ( "est s u r des f o r me s a
p e i n e du r c i es q u e l ' h o m m e p o u r r a faire ses p r e mi e r s pas.
N o t o n s e n c o r e qu' il n e faut p a s c o n f o n d r e les Le mu r i en s avec les
L é mu r e s. C e s d e r n i e r s e t a i e n t p o u r les R o m a i n s les â m e s des morts,
les f an t ôme s , q ui r e v en a i en t s u r la ter re p o u r t o u r m e n t e r les vivants.

Selon les traditions esoteriques de la theosophie et en p a r ­
ticulier de Max Heindel. le Lemurien était a l'origine un
h o m m e ou. p ou r être plus précis, une masse humaine. A sa
naissance, il avait le sens de l'ouïe et du toucher, mais il
n'avait pas encore des yeux, mais tout simplement des
points! C ar ils etaient encore en formation! Cependant ,
l'homme-l emuri en pouvait se voir et voir les autres, mais «inM. Heindel, ihid.. p. 3 1 1.
M. Heindel, ibid., p. 279. ( 'est nous qui le soulignons.

terieurement»! Qua nt aux sons, le Lemurien était très limité
d ans son langage: il ne pouvait qu'i mi ter les «cris de la n a ­
ture», c ’est-à-dire les bruits de vents, de chutes d' eau ou des
ruisseaux!
Les Lemuriens, quoi que étant des êtres physi quement limi­
tes car en pleine periode d' évolution, etaient cepen dant c a p a ­
bles de mener une vie « no rm al e » ou presque! Prenons le cas
de l'éducation: d' apres Heindel, les Lemuriens recevaient
une éducation p our le moins curieuse. Celle des garçons
n'avait q u ’un seul but: le d év el opp emen t de la V o l o n t é ’^.
Rien de tel p ou r les filles: un entrai nement b e a u c o u p moins
violent! On les eduquait po u r q u ’elles puissent développer la
«faculté d ’imagi nat ion»! Max Heindel se laisse emport er par
ses idees chimériques. Il soutient, en effet, q u e «les fré­
quent es éruptions volcaniques (de la Lemurie, Ndr) étaient
très appréciées comme moyen d ’éducat ion, parce qu'elles Fa­
vorisaient particulièrement l'éveil de la m e m o i r e 110.»
Cette «édu cat i on» a d o n n é de drôles de fruits: les Lèmuriennes auraient été les « premières a form uler l'idée du Bien et
du M al, a cause de leurs experiences qui influençaient s ur ­
tout l ' i m a g i n a t i o n » " ' ! Malgré leur imagination et leur vertu
les Lemuri ennes - et les Lémuriens aussi! - etaient dans
l’ignorance. Voila ce q u ’écrit Max Heindel à ce sujet: « L ’i n­
nocence est la fille de l’i gnorance et elle ne peut être mai nt e­
nue dans un univers ou le but de l’évolution est l’acquisition
de la sagesse. Pour atteindre ce but. la connaissance du bien
et du niai est nécessaire, ainsi que le libre a r b i t r e " 2.» Cette
connaissance etait-elle nécessaire c omme le prétend Heindel? Sur ce point précis, et avec Henri Blocher, nous nous
permettons de douter: «La rupture de l’alliance a bien d on n e
a l’h o m me une certaine i n dé pe nd a nc e dans le choix de ses
conduites. Alors que dans le bien, il est toujours second, re­
cevant tout de Dieu, et le devoir et le pouvoir, dans le mal il
est premier - le mal ne procédé pas de Dieu. En tant qu'il
désobéit, l 'h omme agit en soi et par soi, comme Dieu.» Mais,
ajoute Blocher. « l ' au tono mi e (de l'homme) est illusoire, et la
O n les emr;iinail a sc battre entre eux, a s'e m p aler sur des piquets (sic)
et a du rcir leurs muscles!
110 M. Heindel. ibid., p. 27K.
1,1 \1. Heindel, ibid.. p. 278.
M. Heindel. ibid.. p. 2S0. C ’est nous qui le soulignons.

316

singerie de Dieu pitoyable. Non seulement l'homme se Fait
berner par le Serpent, mais l 'homme n'est premier que dans
le mal; or le mal n'est rien que la perversion de la realite
creee... m .» Difficile de dire après que la connaissance du bien
et du mal - qui signifie surtout fa ire le mal - est nécessaire.
«Le Lemurien, écrit Heindel, ne connaissait pas la m o r t l u .»
Pour lui. la mort n ’était q u e le rempl acement d ' u n corps par un
autre; en langage image: la feuille desséchée d 'u n arbre re mpl a­
cée par une nouvelle. Mais bien que le Lemurien fin, en princi­
pe, immortel, cela ne l'empécha pas de connaître la «chute».
6. La chute
La chute... oui mais quelle chut e? S'agit-il de la rebellion,
de la desobeissance de l’ho mm e par r apport a Dieu? La Bi­
ble tout entiere décrit la chute, c’est-à-dire la volonté deliberee de l 'h omme aut ono me, c o mm e un acte particulièrement
grave. C ar le peche n'est autre que la volonté de la creature
s ’o p p o sa nt a la volonté du Createur. Le dr a me de l'humanite,
c'est qu'elle veut ignorer que le péché est à la fois anormal et
universel et que ses conséquences sont incalculables. Or Max
Heindel, tout comme la plupart des occultistes, minimise les
effets de la chute. Pour lui. la chute n'est pas line faute, mais
la suite naturelle de l’évolution. Le Lemurien était cet etre
prati quement inconscient (il pouvait a peine «voir» son
corps) et il était dép e nd an t des anges, n ot amment pour la
fonction de reproduction! Le Lemurien était do nc un être ir­
responsable. Cette façon de voir est absol ument contraire a
la doctrine biblique qui affirme que la chute, c’est-a-dire
l’acte de desobeissance, fut le fruit de la volonté d ’autonomie
de l’homme. L’apôtre Paul da ns son admirable epître aux
Romai ns le dit en des termes clairs: « Pa r un seul h omme le
peche est entre dans le monde, et par le peche la mort, et
qu'ainsi la mort s'est et endue s ur tous les hommes...» (Ro­
mains 5: 12; cf. verset 19). Ce sont les «esprits luciferiens» " s
H. Blocher, Révélation des origines, p. 187. C'esl nous qui le souli­
gnons.
** M. Heindel, ibid.. p. 277.
1,1
C ’était, dans l'espril de Heindel, des anges qui avaient subi un relard
d a n s leur évolution et dont Lucifer était, semble-t-il. le chef. Ni ange ni
hom m e , c'était, en quelque sorte, des dem i-dieux qui avaient pour tache
il'eclairer l'humanite.'

qui furent la cause de la «chute». «Ces esprits, raconte Hein­
del, ont pénétré dans l’epine dorsale et le cerveau de la
femme dont l'i magi nat ion avait été eveillée par l’éducation
spéciale de la Race Lèmurienne. C o m m e sa faculté de pe r­
ception était surtout intérieure, elle recevait d'eux l’i mpres ­
sion d ' u n e image et les voyait sous la forme de serpents, car
ils etaient entrés da ns son cerveau par la moelle èpiniere ser­
pentine (.y/e)116.» «Lucifer, cont inue Heindel, ouvrit d o n c les
yeux de la femme. Elle rechercha la collaboration de
l ' ho mme et lui ouvrit les yeux a son tour. C'est ainsi que
d ' u n e manière obscure mais bien reelle, ils se « co nn ur en t»
ou devinrent, p ou r la premiere fois, conscient l’un de l'autre
et aussi du M o n d e Physique. (...) Cessant d'ètre des a u t o m a ­
tes, ils sont devenus des êtres libres et pensants, au prix de leur
assujettissement a la douleur, à la maladie et à la m o r t " 7.»
Les prop os de Max Heindel vont a r e n c o n t r e des ensei­
gnement s de la Parole de Dieu: une des conséquences di ­
rectes de la chute a ete la perte de notre libelle. De libre q u ’il
était, l 'homme est devenu esclave du péché (cf. Romains 6:
6). La chute est ainsi rabaissée a un «accident de par cours»
du chemin de l'évolution. D ’ailleurs, Max Heindel ne la
considéré pas c o mm e une malédiction, mais c omme un «si m­
ple avertissement»! Dans un autre ordre d ’idées, il n ’hesite
pas a ecrire que «si l 'h om me avait pu goûter au fruit de «l ' ar ­
bre de v i e » " 8, s'il avait aussi appris le secret qui lui aurait
permis de revitaliser perpétuellement son corps, il serait
t rouve dans une condition pire e n c o r e » " 1*. Pourquoi ? Parce
que les «Hiérarchies créatrices» se seraient inquietees de ce
que l 'h omme puisse indéfiniment renouveler p ar lui-méme
son «corps vital»! Aut rement dit, et selon Heindel. « l ’h om me
serait sans nul dout e devenu immortel, mais incapable de
progresser plus a v a n t » 120. Ainsi, l’arbre de vie est considéré
c omme un obstacle au perfecti onnement de l'homme! La
chute, par contre, était ab sol umen t nécessaire p ou r que le
cerveau se construise, car l'acquisition des connaissances ne
116 M.
11' M.
Le
Heindel
119 M.
'-n M.
318

Heindel, ibid., p. 353.
Heindel. ibid.. p. 354.
«fruil» d ont le livre de la G e nese nous parle ne serait p o u r Max
q u ’un symhole.
Heindel. ibid., p. 355.
Heindel. ibid.. p. 355.

peut pas se faire sans une boîte crânienne a b o nd a mm e n t
pourvue de matiere grise! La Bible, elle, tient un tout autre
langage. Elle affirme que la chute, loin d'etr e une nécessité,
est au contraire un t ournant tragique p our l'histoire de l ' h u­
manite tout entiere: de cet acte ont découlé toutes les miseres
de notre monde. De plus, le peche, qui est une puissance, ira
en s'accroissant j us qu 'a devenir intolérable. Notre monde
évolué, c'est vrai, mais cont rai rement aux doctrines opt i­
mistes de Heindel, il évolué vers le mal et, par la, a sa propre
destruction.
Un autre aspect de la chute d 'a pr es Heindel, celui-ci s can­
daleux et raciste: les Noirs seraient les descendant s des Le­
muriens. En d'autres termes, les Noirs seraient des êtres qui,
po u r une raison qui é chapp é a l 'auteur de la Cosmogonie,
n' ont pu beneficier de bonnes conditions p o u r leur évolution.
Ils seraient donc, et ceci par rapport a la race blanche n o t am ­
ment, en retard dans leur développement...
7. L'epoque allanleenne
Max Heindel poursuit son récit: la Lemurie a ete presque
totalement engloutie par un cataclysme; un autre continent,
tout aussi légendaire, le remplace; l'Atlantide. Une nouvelle
epoque. qui correspondrait au 6e j o u r de la Création, voit le
j o u r de même q u ' u ne nouvelle race, les Atlanteens.
L ' At la n t i de a u r a i t ete u n e île si t u e e a u - d e l a d u dét r oi t d e G i b r a l ­
tar. C e fut Plat on qui , d a n s le Timee et le Criiias, fit al l usi on a ce
c o n t i n e n t légendaire. C e t ait, si l ' on e n croit le cé l é b r é p h i l o s o p h e
grec, un i m me n s e territoire, fort p e u p l e et d o n t les richesses d u sol
et d u sous -sol et ai ent i nouï es. C o m b l é s de biens, les a t l a n t e e n s s o m ­
b r è r e n t d a n s la l uxur e et d a n s le mal . De ce fait, la c ol er e d e Z e u s se
d é c h a î n a c o n t r e ce peuple. . . Ici s ' ar r êt e sa d e s c r i p t i o n .

Le récit, vraisemblablement ut opi que de Platon, a d on n e
lieu a toutes sortes d' interpretations ou spéculations. Les
t heosophes et les rosicruciens ont tente à leur maniéré d'elucider la question.
Le globe terrestre était cha ud a l'intérieur tandis que
l'ecorce exterieure était plutôt froide avec une at mos phère de
brouillard. C'est sur cette terre, assez inhospitaliere a vrai
dire, que l 'homme poursuivit son évolution. Son intellect,
c'est-a-dire son cerveau, se d eveloppa grâce aux... aliments!
319

Sa «vue» com me nç a a pointer vers l’extérieur tandis q u' un
rudiment de langage prit forme. A c ha que nouvelle race, un
nouveau progrès: les Rmoahal s ont d o n ne les premiers les
noms aux choses: les Tlavatlis ont commenc é a être
conscients de leur entite h umai ne i nd ép en da n te ; les Tolteques ont cree la «Mo na r ch i e et la Succession Héréditaire»!
Les Touraniens «primitifs» étaient, paraît-il, des êtres r e p û ­
tes p our leur egoïsme et po u r leurs facultés occultes.
La cinquième et la plus i mport ant e des races atlanteennes
aurait ete celle des «Semites primitifs». Su rno mmes la «Race
mere», les Sémites seraient les ancêtres directs de la race
aryenne! Les Semites primitifs etaient, selon l’avis de Max
Heindel, des gens particulièrement ruses, astucieux et indis­
ciplines!
Par la suite, et «sous la direction d ’un grand Etre, la Race
Semitique primitive a ete co nd ui te vers l'Est, hors du cont i­
nent de l'Atlantide, en passant p a r l 'Europe, j u s q u ’aux
grandes solitudes de l'Asie centrale, connues mai nt enant
sous le nom de Désert de G o bi » l21. Cette e p oq u e marque, se­
lon Heindel, un t ou rnant décisif p ou r l’humani te tout entiere.
Jus que la, l 'h omme a ete condui t par des Etres supérieurs. A
cause de son intellect insuffisamment developpè, l 'homme
était d é p e nd an t de tout. A present, il est libre et, de ce fait, il
doit su ppo rt er les conséquences de ses propres actions.
Aut rement dit, les «di eux» - les Seigneurs de Vénus! - s'etant
retirés, l 'h o mm e se degagea du self-arbitre; désormais,
l' ho mm e est son propre maître: il pourra, en fonction de son
libre-arbitre, dét erminer son évolution.
Quatre grandes étapes (ou degres) marq ue ro nt le début de
son évolution vers le «Di eu invisible»;
- L'adorat ion de Dieu au moyen de sacrifices propi ti a­
toires. C ’est pousse par la crainte que l 'ho mme «en accord
avec l’Ordr e de la Natur e» - qui est la Loi de Dieu! - peut of­
frir, tout c omme les ador at eurs de fetiches, des sacrifices de
propitiation.
- Le sacrifice dans le but de recevoir des recompenses ou
p ou r e c h ap p er a des calamités. Les Semites primitifs avaient
atteint, si l'on en croit les propos d ’Heindel, ce degré: «On
\1. Heindel, ibid., p. 298. L.e desert de G o bi est a nouv eau mentionne.
Hst-ce un h a sa rd ? D ecidem ent, ce de sert suscite b e a u c o u p d'attirance.

320

leur avait appris a ad or er un Dieu invisible et a s’attendre a
des recompenses sous forme d' avant ages matériels ou a des
puni tions p ar de doul oureuses affl ict ions122.»
- La priere et la vie sainte permettent de voir le Ciel
s'ouvrir et de fermer la porte de l’Enfer. Ce degre est celui du
«Christianisme popul ai re», c’est-a-dire le christianisme esotèrique, aut rement dit actuel!
- L'accomplissement du bien, sans arriéré pensee de re­
comp en se ou de châtiment, est le dernier grade que seuls les
«Chret iens esotèriques» (et les élèves de toutes les écoles o c­
cultes) peuvent atteindre.
Ainsi, les Sémites primitifs auraient été ce peuple - «élu»,
faut-il préciser, - qui fut le premi er a acceder a son a u t o n o ­
mie. Mais a cause de leur désobéissance - mariages «mixtes»
avec d ’autres races - , les Sémites primitifs furent a b a n d o n ­
nes et « pe r dus »: b e a u c ou p mou ru re nt dans le desert de
Gobi ! Les réincarnations des «rebelles» Sémites trouvèrent
une «Terre Promise» qui n'est autre que la Palestine actuelle.
En d'autres termes, les Juifs seraient les descendant s des
lointains «Semites primitifs» du désert de Gobi. Une telle in­
terprétation se passe de commentaires.
Enfin, et pour clore cette e poque , signalons l’existence des
races Akkadiennes et Mongoles. Les Mongols, tout comme
les Semites primitifs, se seraient réfugiés en Asie, fuyant ainsi
un continent devenu inhospitalier.
8. L'epoijue aryenne
Nous arrivons enfin dans les «t emps modernes»! Il s’agit,
en effet, du 7e j o u r de la Créati on et de la cinquième epoque:
cette période correspondrait à nos t emps d'aujour d'hui .
Le « ber ceau» des races Aryennes aurait été l'Asie centrale.
De là, les races se sont disséminées sur toute la Terre. To ur a
tour, les races «Babyl oni enne-Chaldeo-Assyri enne, PersiqueGréco-Lat ine et Celtique» ont manifeste l'époque aryenne.
Qua nt à nous, c’est-a-dire vous et moi, nous ferions partie de
la «race T e u t o n i qu e- A ng l o- S ax on n e» ! Apres cela, se déve­
l oppera la race Slave. Max Heindel affirme que lorsque le so­
leil sera entre dans le signe du Verseau, «le peuple russe et,
en général, les Races Slaves att ei ndront un haut degré de deM . H e i n d e l , ibid., p. 300.

321

veloppement spirituel... (...) La musi que sera le principal fac­
t eur de progrès...» ,3J. En att endant, nous constatons que le
peupl e russe subit le j oug t yranni que du pouvoi r athee. A d é ­
faut de développer la musique, les dirigeants sovietiques s'ef­
forcent de perfectionner sans cesse leur ideologie marxiste.
Les «globes» de la Terre aurai ent d o nc accompli 3 1/2 ré­
volutions, c'est-à-dire la moitié de son «par cours » qui est,
c omme nous le savons, de 7 révolutions. Nous serions donc
arrivés a cette p has e «critique» que Max Heindel n om me
Epigenese. L’h o m me serait d o n c en mesure de se « d éb r ou i l ­
ler» tout seul et, en vertu de ses propres forces, de se perfec­
t i onner dans la voie initiatique. P ou r cela, l 'h om me doit sans
cesse «construire des véhiculés» 124 qui lui permettront de
mieux se connaître et surtout d ’atteindre les spheres ou
« m o n d es supérieurs».
L’h o m m e serait d o n c arrive à un degre de dé veloppement
suffisant qui lui donner ai t sa pleine aut o no mi e spirituelle et
initiatique: les « Di eu x» peuvent enfin se reposer! Grâ ce à
deux «lois jumelles», la reincarnation et la causalité,
l’h o m m e peut « mo nt er » dans le Chemi n de l’initiation. 11
faut dire que l’h om me « ar yen» a une constitution solide: il
possédé un corps triple (corps physique, corps vital, corps du
désir). Il ne lui reste plus q u' a obtenir Y Intellect, c’est-a-dire
l'intelligence qui a p ou r corollaire la Connai ssance. Par la
suite, l 'ho mme deviendra un Esprit triple (ou Ego), puis un
Esprit Vital et enfin un Esprit Divin.
L’a n t h r o p o l o g i e r o s i c ru c i e n n e d e M a x H e i n d e l est très c o m p l i ­
q u é e . L’h o m m e serait divise e n 10 part ies! O u p l u s e x a c t e m e n t en 9
+ 1.11 serait d ' a b o r d u n «t r i p l e E s p r i t » , c o m p o s e de l’Espri t Divin,
de l ' Espr i t Vital et de l ' Es p r i t H u m a i n , ceux-ci é t a n t en g e r m e s: ils
ne s o n t c o ns i d é r é s a c t u e l l e m e n t q u e c o m m e d e s véhicul és.
Afin d ’« a c q u e r i r p l u s d ' e x p e r i e n c e » , l ' « E s p r i t t r i pl e» ( o u Ego)
«t r a v a i l l e » en vu e d e la c o n s t i t u t i o n d u «t r i p l e C o r p s » . Celui -ci
c o m p r e n d r a i t le C o r p s D e n s e (ou c o r p s p h y s i qu e ) , le C o r p s Vital
(qui a p o u r t â c h e d e « vi t al i ser » le c o r p s ) et le C o r p s d u Dés i r ( c ’està - di re le « c o r p s e m o t i o n n e l » ) .
D u « C o r p s tri pl e» est « e x t r a i t e » la « T r i p l e A m e » : l’A m e
C o n s c i e n t e . l’Ai n e I nt ell ectuel le et l ' A m e E mo t i o n n e l l e . T o u t e s ces
m M. Heindel. ihid., p. 302.
'-4 Le mol «véhiculé», emprunte a l'hindouisme, désigné le moyen qui
permettrait a l'homme de parvenir dans les états supérieurs.

part i es ser ai ent reliees p a r l ' «I nt e l l ec t » qui aur a i t p o u r t a c h e premi er e d e « g o u v e r n e r le C o r p s triple» et d e p e r m e t t r e ainsi a
r « h o m m e d é c u p l é » d e se d é v e l o p p e r et d ’é v o l u e r n o r m a l e m e n t .
C e s n e u f part i es d u C o r p s se r a i e n t regies p a r l ' i ntel lect . 11 f o r m e ­
rait en l u i - mê m e le trait d ' u n i o n e n t r e les d i f f é r e n t s e l eme nt s . Plus
e x a c t e m e n t , il s' agi rai t d ’un veri t abl e « p o i n t focal ».

9. La mort et la réincarnation
Puisque nous s ommes arrivés a l 'époque qui est la nôtre,
nous avons pensé q u ’il serait j udicieux de placer ici les
t hèmes p ou r le moins très importants de la mort et de la réin­
carnation. Les idees que Max Heindel developpe sont celles
de la T h e o s o p h i e 125.
La mort serait, selon la doctrine théosophico-rosicrucienne, la rupture de la Corde d 'A rg en tnb. Reprenant les p a ­
roles de l'Eccl èsi ast e127. Max Heindel et, avec lui, tous les oc­
cultistes d onn en t à cette image symbolique un sens non-biblique et occulte. Car, selon la Bible, le fil d'argent tout comme
le vase d ’or représentent de façon analogi que la beauté et
plus encore la fragilité de la vie humaine. La portée de ces
images n'a donc q u ’un sens spirituel et n'a auc une c on n ot a­
tion mystico-occulte. Pour nous, la corde d ’argent est une
image qui traduit admi ra bl eme nt une réalité, et non pas un
«fil invisible».
La Corde d ’Argent serait d o nc « une corde mince, bril­
lante, argentée ayant une forme de deux six, l’un droit et
l’autre renversé, et réunis par l’extremite de leurs boucles» i:!8.
L’une de ces extrémités est rattachee au coeur par un
«at ome-germe». L’habitation de cet «at ome-germe» déter­
mine l'existence terrestre de l ' h o m m e ; sa rupture, l'arret du
coeur. Cet atome serait, selon l’enseignement de la Cosmogo­
nie, un « at ome spécial». Nous lisons à ce propos; «Alors que
les autres atomes du corps physique ont ete periodiquemenl
renouvelés, ce seul atome est resté stable, et cela de vie en
vie, car il fait partie de tous les corps physiques que VEgo a
habites et dont il s’est servi. Extrait du corps physique a l’insi:s R u d o lf Steiner reprendra, lui aussi, ce mem e schéma.
1:0 La C o rd e d 'A rgen t serait ce lien invisible qui relierait le corps physi­
que aux corps subtils, en particulier le «co rps ethèrique».
127 « C a r l'h om m e s'en va vers sa de m e ure eternelle (...) avant que le c o r­
d o n d'a rgent se détaché, que le vase d 'o r se brise...» Ecclesiaste 12: 7-8.
1:8 M. Heindel, ibid.. p. 107.

323

tant de la mort, il entrera de nouveau en activité au moment
ou l ' E ^ o s e reincarnera pour une nouvelle naissance et il ser­
vira de noyau au nouveau corps que Y Ego ut ili ser a121'.»
Dans un autre ouvrage, Max Heindel affirme que
r « a to m e - g e r m e » contiendrait une energie qui serait de meme
nat ure que celle de Dieu. 11 écrit a cet effet que «la force
c ont enue dans cet at ome est la vie inclifferenciee de Dieu» l3°.
Ainsi, et selon les enseignements rosicruciens d ’Heindel, la
force que contient J'Ego « an ime le coeur» et fait foncti onner
l'organisme tout entier.
Le coeur est d o n c le siège de l‘«at ome- germe». La rupture
de cet « at o me » provoque aussitôt l'arret du coeur, mais ce
n'est pas encore la mort! C a r la Co rd e d' Argent n'est pas e n ­
core brisée. Il faut que le « p a n o r a m a de la vie», qui est, p a ­
raît-il, cont enu dans le corps vital soit d ' a bo rd passe en re­
vue! Apres quoi, la C o rd e d' Argent peut se r ompre et la mort
est de ce fait dé f in i ti v e131.
10. Le Purgatoire et le Premier Ciel
Le « p a n o r a m a de vie» - qui est une sorte de projection
rétrospective de la vie - dure environ trois jours. Apres cela, il
y a... le Purgatoire! Max Heindel reprend ici a son compt e la
doctrine cathol ique- romai ne du p u r g a t o i r e 132. Sa conception
est différente de celle de l'Eglise romaine. Pour lui, «le but
du Purgatoire est d' extirper les ha bi tudes pernicieuses, en
re nd an t leur satisfaction impossible. L'individu souffre exa c­
t ement dans la mesure ou il a fait souffrir les autres par sa
déloyauté, sa cruauté, son intolérance ou tout autre vice. En
raison de ses souffrances, il ap p re nd a agir dans l'avenir avec
bonté, honnét et e et indulgence envers autrui. L' ho mm e a p ­
prend ainsi a pratiquer la vertu et a bien agir. Q u a n d il nait

130 M. Heindel, ibid., p. 107.
1.0 M. Heindel, Christianism e de la Rose-Croix, p. I I I .
1.1 C e 4ui explique q u e les disciples de Max Heindel refusent

d'etre inci­
nérés ou e m bau m es da n s les irois prem iers j o u r s qui suivent la m ort: ils ont
pe u r q ue leur corps vital soit désintégré!
152 Le purgato ire serait un lieu de souffrance ou les âm es des justes a c h è ­
vent d ’expier leurs peches a v ant d ’e n tre r d a n s le C iel. Ce serait un lieu t r a n ­
sitoire et interm édiaire entre le Ciel et l’Ent'er. Cette doctrine a b o rd e e lors
des Conciles de Lyon ( 1274) et de t lorence ( 1445) a ete définitivement a do ptee lors du Concile de Trente. Cette d o c trin e est r e je tte pa r les clireliens p ro­
testants et évangéliques.

324

de nouveau, il est affranchi d ' ha bi tu des p er v er se s1*3. Ainsi, le
but premier du Purgatoire «hei ndel ien» est le moyen de bien
se préparer a une nouvelle incarnation.
Mais, le Purgatoire, version rosicrucienne, est aussi la
porte d'entree du premier Ciel! C a r le Purgatoire c o m p r e n ­
drait les trois régions inférieures du M on de du Désir, c'est-adire les «passions et vils désirs», les «impressions» et les
«souhaits». Puis, il y a une «région limitrophe», celle des
«sentiments». Cette région - qui n'est ni l’Enfer ni le Ciel serait peuplee de «gens honnêtes et intégrés, qui n ’ont jamais
fait de mal a personne, mais qui ne se sont jamais préoccupés
de la vie s u p é r i e u r e » 134. Le séjour de ces ames dure en géné­
ral assez longtemps, parait-il... Le chemi n de la reincarnation
serait long et ses obstacles nomb reu x, s auf pour les enfants
qui ont le privilege de passer directement du Purgatoire au
Ciel!
Une fois le séjour du Purgatoire termine, l'àme «purifiee»
passe enfin au «Premi er Ciel» qui se trouverait dans les trois
régions supérieures du M o n de du Désir (Vie de l'àme, Lu­
miere de l’âme. Pouvoir de l’ame). C ’est un lieu de bonheur,
de félicite et de repos. Pas de maladie, ni de chagrin ou de
douleurs. Cha cu n a cette possibilité d ’obtenir des satisfac­
tions personnelles, c’est-à-dire recevoir des compensations.
Le p a n or a ma de la vie est a nouveau déroulé, mais seules
subsistent les « bonnes actions» que nous avons faites aut re­
fois sur la Terre. Le b o n h eu r du Premier Ciel dépendrait de
la joie que nous aurions d o n n é e aux autres! C ’est aussi un
«lieu de per fecti onnement» qui nous permettra d ’entrer au
« Deuxieme Ciel».
11. Le D euxièm e Ciel
Le « De uxi eme Ciel» se trouverait dans le « M o n d e de la
Pensee Concrete». Apres voir fini son séjour dans le Premier
Ciel, l 'homme, dont V Ego a a b a n d o n n e le «Corps du Désir»
et revêtu celui du «Ment al », peut alors entrer directement
da ns le plan supérieur. Pour cela, il doit absol ument a b a n ­
d o n n e r son «corps du désir». Parfaitement conscient, il entre
dans le «grand silence»; toutes ses facultés sont inactives, il
M. Heindel, C osm ogonie des Rose-Croix, pp. I 17-1 18.
Heindel, ihid.. p. 120.

134 M.

325

ne pense plus; il a le sentiment de se tenir « dans l'Eternel».
Puis l 'homme se reveille: il se trouve dans le Deuxieme Ciel,
la «patrie natale» de l'esprit.
Le Deuxieme Ciel serait, selon Max Heindel, le « M o n d e
du S o n » 135. Ce lieu - a ppe le aussi « M o n d e CeJeste» - serait
le seul endroit ou l 'homme pourrait ent endr e la musi que cé­
leste!
Mais l 'homme ne se cont ent e pas seulement d ’ecouter de
la musique, fût-elle celeste. il travaille aussi! C ar il doit pré­
par er la « p roc hai ne vie»! Il faut, en effet, que le triple corps
puisse être «assimile» p ar 1’Esprit-tri pie. En d'autres termes,
ses désirs et ses émotions du corps du désir purifiés se f o n ­
dent dans ('Esprit hu mai n: l’intellect de l 'h omme devient
meilleur, paraît-il. Il en est de même p ou r le corps vital et
p o u r le corps physique.
Mais ce n'est pas tout! Le Deu xi eme Ciel serait la «vérita­
ble patrie de I'E g o » lit. Dura nt des siècles, l’Ego assimile les
expériences des vies passees et préparé le milieu de sa p ro­
chaine existence physique. «Il ap pr e nd a construire toutes
sortes de corps, y compris le corps humai n ll\ »
Mais le t emps de l’apprentissage prend fin: Y Ego s’etant
debarrasse de la «gaine du ment al » peut désormais passer
dans le M o n d e s u p e r i e u r q u e Max Heindel appelle tout s i m­
plement le «Troisième Ciel»!
12. Le Troisième Ciel
C'est le lieu le plus eleve que l ' ho mme puisse atteindre
dans cette présente Periode. Il cont inue son chemin qui mene
a la perfection: libre de «toute e nve loppe » - c'est-a-dire qu'il
ne reste plus que l'essence de l'intellect -, l 'ho mme passe
dans le « M o n d e de la Pensee», ou «Troisième Ciel»! Ce sé­
j o u r est décisif q uan t a une nouvelle vie. Le désir de renaître
vient progressivement et un nouveau p a no r am a, celui de la
«nouvelle vie», se présente à l 'homme.
A ce p r o p o s , M a x H e i n d e l se pose ces q u e s t i o n s : « P o u r q u o i n a î ­
tre a n o u v e a u ? P o u r q u o i d e v o n s - n o u s r e t o u r n e r a cette e xi s t e nce
t errest re, pen i b l e et l i mi t e e ?» Sa r e p o n s e. claire et préci sé, ne laisse
m Le Purgatoire et le Premier C iel seraient le « M o n d e de la L.umiere».
1)6 N ’ouhlio ns pas que Y Ego n ’est autre q u 'u n «Esprit Vierge».
,J" M. Heindel.

326

ibid..

p. 133.

a u c u n e é c h a p p a t o i r e : «Le hut île la vie n'est pas le bonheur. mai\
l'experience. Le c h a g ri n et la d o u l e u r s o n t n o s mei l l eurs inst ruct eurs,
al or s q u e les j oi es terrest res sont f u g i t i v e s 118.» P o u r lui. la d o u l e u r
serait « bi e n f ai t r i c e » ! C e s pa r ol e s- l a . di s ons-l e c l a i re me n t , n ' o n t a b ­
s o l u m e n t rien de bi bl i que . Cer t e s , les e p r e u v e s et les affl i c t i ons sont
de s m o y e n s q u e Dieu e m p l o i e p o u r n o t r e bi en, c' est -à-di re p o u r
n o u s r a p p r o c h e r d u C r e a t e u r . Ma i s il est i m p o r t a n t d e s o u l i g n e r
q u ' e n J e s u s - C h r i st le b o n h e u r existe... Li m ê m e s u r cette Terre! Cel a
ne signifie pas q u e no t r e vie ne soit faite q u e d e j o i e s terrestres ou
q u ' el l e soit e x e m p t e d e difficultés. N o n ! Q u e Di eu n o u s a c c o r d e la
joie o u q u ’il p e r m e t t e l ' e p r e u v e . le ch r é t i e n d e m e u r e c o n v a i n c u q u e
D i e u est la, qu' il le c o n n a î t , qu' il l ' a i me et q u ' ai n s i il est d a n s ses
mai ns. Les Hcat i i udes et t out le S e r m o n s u r la M o n t a g n e , n' est -ce
pas l ' e x e m p l e le plus f r a p p a n t q u e l ' h o m m e p e u t vivre h e u r e u x s u r
la Ter r e ma i gr e les e p r e u v e s et les affl i c t i ons ?

13. Les «préparatifs» d'une «renaissance»
Max Heindel va j u sq u' au bout de sa pensee: il continue
avec force détails la description du processus de la r eincarna­
tion. Parce que l 'h omme est arrive a cette periode que Max
Heindel qualifie d ’Epigenése, il peut en vertu de ses propres
forces exercer un véritable pouvoi r createur et. de ce fait,
préparer une «nouvelle vie». Pour cela, et reprenant la termi­
nologie hindouiste, l’ho mme doit « ap p r e n d r e à construire
ses véhiculés dans le M o n de Celeste et a s'en servir dans le
M o nd e Physique» l3‘'. Car la «descent e dans la matière» (s/f),
ça se préparé!
C'est d ’autant plus difficile que l’Esprit triple ne possédé
pas de véhicules propres, mais «seulement la force des q u a ­
tre atomes-germes» l40. Mais laissons à Max Heindel le soin
d' expli quer tous ces préparatifs: «Les forces latentes de l'In­
tel lect de la derniere incarnation sont eveillees par l'atomegerme. Elles co mmencent â attirer les matériaux de la subdi­
vision la plus elevee de la Région de la Pensee Concrete.
c o mm e un ai mant attire la limaille de f e r 141.» L'atome-germe
«ne peut prendre, dans c h a qu e Région, qu'une certaine
quantile de la substance pour laquelle il a de l'aflmite. C'est
138 M. H e in d e l, ibid., p. 137.

I5' M. Heindel, ibid., p. 135.
utl Les quatre «ato m es-germ es» form eraient le «noyau du triple corps» et
la «gain e de l'intellect»!
141 M. Heindel. ibid., p. 140.

ainsi que le véhiculé construit a u t o u r de cet atome- germe d e ­
vient une reproduct ion exacte d u véhicule c or r es pon dant de
la derniere incarnation, moins le mal qui a ete éliminé, et
plus la quintessence du bien qui y a été i n c o r p o r é 142.»
L' Ego, c'est-a-dire l'Hsprit, c om m en c e a o p e r e r s a descente
dans les «Régi ons» inférieures. La premiere, celle de la Pensee Concrete. est le lieu ou l'at ome-germe attire a lui les m a ­
tériaux nécessaires a l'élaboration d' un nouveau mental. La
descente continue: Y Ego qui est revêtu de la substance m e n ­
tale (en forme de cloche!) atteint le M o n d e du Désir. Lin
n ouveau « C or ps du Désir» se forme et l'Esprit, doubl ement
pare, peut alors plonger dans la «Régi on Etherique» et, là,
les éléments du nouveau « C o r p s vital» vont s'assembler sous
l’impulsion des «Seigneurs de la Destinée». A partir de ce
moment , VEgo quitte réellement le M o nd e invisible et entre
en contact avec le M o nd e visible, c’est-à-dire le notre. L 'h eu­
reux événement peut se produire!
14. La naissance: un quadruple événem ent!
L'E go - qui ressemble, ne l 'oublions pas. à une cloche! - est
mai nt enant prêt p o u r s’incar ner a nouveau d an s le corps
d ' u n e femme. Mais avant, il pl ane près de la future mere!
Trois semaines après la fécondation, Y Ego peut - enfin - e n ­
trer dans l'uterus! Celui-ci se ferme et l'Esprit-cloche (sic./
reste prisonnier du Corps physique. La naissance de l’enfant
ne sera pas consideree par Heindel c omme un événement
uni que; selon lui, trois autres naissances doivent encore se
produi re au cours de l'existence humaine!
- La naissance du corps physique n’appelle pas bea u co u p
de comment ai res: c’est le co mmenc emen t de la vie terrestre
p o u r un nouvel être. Mais p our Max Heindel, il s'agit de bien
plus que cela:
- La naissance du corps vital aurait lieu à l'âge de sept ans.
Ce serait un temps où l’enfant a p p r e n d a former «mémoi re,
conscience et bonnes habitudes et constitution h a r m o ­
nieuse». L'Autorite et la Discipline sont les mots d' or dre de
cette période! Max Heindel ne se doutait pas que. moins de
soixante ans après qu'il eut écrit ces lignes tout empreintes
d'idealisme, ces belles vertus que sont l’autorité et la disci­
M. H e i n d e l . ibid., p. 140.

32S

pline allaient voler en éclats. Le n om br e de parents qui ont
démissionné ne se compt e plus; q uant à la discipline, il faut
tout si mplement d em a n d e r l'avis des enseignants ou des é d u ­
cateurs!
- La naissance du corps du désir devrait se produi re a l’age
de quat orze ans. L'adolescent doit a p pr e nd re à «resister aux
émo t io ns » ; en d'autres termes, la période de la puberte est
un «t emps d' epreuve».
- La naissance de l’intellect a lieu a I'«âge de la majorité»,
soit vingt et un ans. L'Intellect serait, selon Heindel. un frein
aux émotions! La sexualité serait ainsi canalisée à cet âge.
Une fois de plus. Max Heindel se met le doigt dans l'oeil...
Pour parvenir a un état meilleur, l 'h omme devrait passer
p ar un nomb re indetermine de reincarnations. Des dizaines,
des centaines, des milliers. Max Heindel l'ignore. Cependant ,
il «sait» que l’intervalle entre cha que reincarnation est de
1000 ans! Autant dire que la proc hai ne periode, celle de J u ­
piter, est encore loin...
La P é r i o d e d e J u p it e r

La Periode dite «de Jupi ter» mar qu e une nouvelle etape
vers le chemin de la perfection. Cette periode d ’évolution a
venir se caractérise par sa brievete. Periode courte certes,
mais très import ant e: l 'homme, et la matiere, franchissent un
nouveau palier.
Le «globe» de Jupiter, qui se trouve sur le même plan que
celui de la Lune, se trouve d an s la «Régi on ètherique» tandis
que les autres «globes» - « M o n d e s du Désir, de la Pensee
concrete. de la Pensée abstraite» - sont sur le meme niveau.
Les végétaux de notre Terre actuelle deviendront des ani­
m aux et les ani mau x des humai ns! Les hommes, eux, seraient
revêtus d' un «Cor ps vital».
11 ne s'agit plus de descente dans la matiere, mais de remont ee vers l’Esprit, vers le «Divin». En d'autres termes,
l'intellect qui ent reprend son d éveloppement spirituel sera
«vivifie». L’état de conscience de l 'homme se modifiera: il
sera en mesure d 'avoir une «perception consciente
d' images »! Ainsi, l’ho mm e devrait encore attendre des mil­
liers et des milliers d ’annees po u r qu'il puisse avoir une
conscience objective. C ar Max Heindel croit que l'homme
324

d 'a u j o u r d ' h u i devi endr a un « s u p er - ho m me » . Certes, il ne
sera pas encore totalement parfait, seul le « Cor ps du Désir»
le sera. C'est la encore un non-sens a mettre sur le compt e
d ' u n e doctrine incohérente.
L a P é r io d e d e V é n u s

C'est encore une periode très courte. L' ho mm e évolué,
évolué... Il grimpe allegrement vers les « M o n d e s » subtils!
Rien ne l'arrête, sa marche a sc e nd an t e est irrésistible. La p er ­
fection est toute proche...
Les «globes» ont eux aussi franchi une nouvelle marche:
les « M o n d e s t ouchés» sont successivement (de bas en haut):
« M o n d e s du Désir, de la Pensee Concrete, de la Pensee Abs­
traite et de l'Esprit Vital».
Il va de soi que, toujours selon Max Heindel. la création
tout entiere est censee evoluer: nos mi néraux actuels dev ien­
d ront des plantes et nos plantes des hommes!
Q ua nt aux Esprits Vierges de la periode de Sat urne - les
h om m es de notre periode terrestre - ils seront c o mm e des
«d emi -di eux»! L'état de conscience de l 'h omme atteindra un
niveau proche d e la perfection absol ue: il possédera la
«Cons ci ence de soi, creatrice et objective», et le « C o r p s du
Désir», lui, sera parfait. L’« Am e Intellectuelle», c’est-a-dire
la d eux ieme c o m po s an t e de l’«Ame-triple», sera «abs or bee»
par l’Esprit vital tandis que l'intellect aura acquis le «sent i­
m en t» : «il p ou rr a creer des choses qui vivront, croîtront et
qui seront àouees (Je sentim ent» U3.
Max Heindel ne dit pas grand-chose sur cette Periode.
Néan moin s, et a l'instar de tous les occultistes et rosicru­
ciens, il affirme q u e l’h o m m e tend vers un état de perfection.
La P é r io d e d e V u l e a i n

C ’est de nouveau une « P er iod e» très courte. Les «globes»
se trouvent, p our ainsi dire, a la case de d épa rt : ils sont si­
tués, en effet, s ur la m êm e ligne q u e ceux de Saturne.
C'est la derniere «Peri ode», la plus élevée et la plus s u ­
blime, du moins p our l 'h omme qui touche, enfin, au but.
u ’ M. H e i n d e l , ihid., p. 420,

no

Apres des milliers et des milliers d'annees, le chemin de
l'évolution prend fin: il est devenu un «h omme-d ieu» ! Sa
«Consci ence Spirituelle et Créatrice» sera des plus elevèes.
L'«lnteilect» est finalement absorbe par I' « Esprit divin» de
même que L’«Ame émot ionnel le» pa r l'«Esprit humai n».
Désormais, l 'h omme possédé la perfection absolue, il est
Dieu. C o m m e tel, il est le «Verbe Cr éa te ur »: «Il pourra a p ­
peler à l'existence, note Heindel. au moyen de l'imagination,
des créatures qui vivront, croîtront, qui seront douees de s en­
timents et qui pen seront1'1'1.» Ainsi, l'homme-initie de la Pe­
riode de Vulcain, Vhom m e-parfait, pourra-t-il â son tour creer
des «formes vivantes, agissantes et pensantes».
La vieille promesse du Serpent «Vous serez comme des
dieux (comme Dieu), connaissant le bien et le mal» (Genèse
3: 5) a trouve echo chez Max Heindel et ses disciples. Francis
A. Schaeffer. lui. a bien mis en evidence la perversite de Sa­
tan qui ne cesse pas de nous faire miroiter le désir d'être libre
et puissant, en d'autres termes a ut o n o m e et souverain: «Par
le biais d ' un e demi-verité, Satan i naugure en fait une tactique
qu'il a très souvent employée depuis. Si Eve choisit de dés­
obéir et de se revolter, elle ac querr a un savoir empirique du
mal et de ses conséquences, qui sans cela lui demeurerait
inaccessible. 11 y a dans les pro p os de Satan une certaine me­
sure de vérité. Certes, il offre un savoir, mais a quel prix? (...)
La chute a ete p ou r Eve une experience en tous points néga­
tive. Elle en connaissait d' avance le contenu. (...) Satan a
d on c menti: j amai s Eve ne sera l'égale de Dieu, parce que le
mal est totalement étranger a la nat ure divine. Dieu est Dieu
parce qu'il est infini, tout-suffisant, ce que nulle creature ne
pourr a jamais è t r e 1,,s.»
Le mensonge de Satan cont inue de seduire quantité de
gens en quete d ’absolu et de pouvoir. Maigre les avertisse­
ments pourt ant clairs de la Bible, l 'ho mme s'enferme dans
ses illusions: il espere q u 'u n j o u r il sera comme Dieu. Tragi­
que méprisé, car Dieu, le C rea te ur Tout-Puissant, Saint et
Juste, ne peut pas voir le péché des hommes. Car la Saintete
de Dieu s 'o pp os e catégori quement au peche. Autrement dit,
jamais, au grand jamais, l 'h o mm e pecheur ne peut s’a p p r o ­

144 M.

Heindel, ibid., p. 420.
|J! F. A. Schaeffer. La Genèse, berceau Je l'histoire, pp. 79-80.

cher de Dieu, encore moins devenir son égal. Seul, JesusChrist, Dieu véritablement incarne, est notre medi at eur entre
le Dieu trois fois saint et l’h o m m e pecheur. Hors de cette
voie, il n'y a a uc un e autre solution possible.
E t l’h is t o ir e r e c o m m e n c e . ..

Cette r ocambol esque histoire d ’évolution pourrait s’arrêter
là. Mais non! Max Heindel cont inue sa description: «Vi en­
dra ensuite un long intervalle d ’activité subjective au cours
de laquelle l’Esprit Vierge assimilera tous les fruits des Pé­
riodes septenaires de Manifestation Active. Il sera alors a b ­
sorbe en Dieu de qui il emane, de qui il emergera a nouveau
a l’aube d ’un autre G r a n d J o ur (de M a n i f e s t a t i o n ) l4t>.» Ainsi,
l’histoire se renouvelle, re co mm en ce à nouveau, avec son
cortege de souffrances, de do ul eurs et de réincarnations...
En ce qui concerne les «Esprits vierges», leur periple dans
la matière a d o n c pris fin. Après une très longue évolution,
ils sont mai nt en an t devenus des «d ieux » parmi les millions
d ’autres «di eux». Ils vont pouvoi r p o u r un temps ai der leurs
c o m p ag no n s moins avances q u ’eux, puis après cela ils seront
hors d ’atteinte. Plus p er sonne n ’e nt end ra parler d ’eux: ils ont
été «abs or bes » a tout j amai s par l’infini.
La doctrine rosicrucienne de Max Heindel a connu en son
t emps un succès considérable, surtout aux Etats-Unis. F ort e­
ment inspiree p ar la Th eos ophi e, elle a de très n om br eu x
points c o m m un s avec l 'Ant hr op os op hi e de R udo lf Steiner
que nous allons etudier au chapitre suivant. De nos jours,
cette doctrine très c on nu e des occultistes est quel que peu
t ombée en desuetude. Le caractère d og mat i qu e et formaliste
de l’enseignement est peut-être la cause de la relative d es a f­
fection que connaît le mouvement . Seule une poignee
d'a dept es , fideles et disciplines, suivent la trace de leur fo n­
dateur. Ils esperent que leur «Chri st ianisme èsoterique» sera
un j o u r une religion universelle...

M. H e i n d e l . ibid.. p. 422.

332

C H A P I T R E VI I I

L’Anthroposophie de R udolf
Steiner
La doctrine a n t h r op os o ph i q ue de R udol f Steiner, tout
c om me celle de son «élève» Max Heindel, est d'inspiration
nettement t heosophique. Elle se réclame néanmoi ns de la
Rose-Croix, car le fon d at eu r de l ' Ant hropos ophi e connais ­
sait bien les cercles rosicruciens de la fin du X I X e siecle. S'il
n'a pas été lui-mème membre d ’une secte rosicrucienne, Stei­
ner a repris p o u r son compt e un certain no mb re d'idees et de
pratiques qu'il a ensuite adaptées p our les besoins de sa n o u ­
velle organisation.
Grosso m odo, la doctrine rosicrucienne de l'Anthroposophie ressemble très fortement à celle de Max Heindel: il
s ’agit en effet d ’une theosophie rosicrucienne avec tout le p ro­
cessus evolutionniste que nous connaissons bien. C ’est la rai­
son p o u r laquelle notre expose sera relativement court. Seuls
les points dignes d ’intérêt feront l'objet d ’un appr ofondi ss e­
ment.
/. Evolution planétaire et états de conscience
La doctrine de l'évolution telle que R u d ol f Steiner l'ex­
pose n ’est q u ' u n e variante de celle de la T h e o s o p h i e 1. Par
contre, elle ressemble c omme deux gouttes d' eau à celle de
Max Heindel: le schéma evolutionniste est absolument i den ­
tique a celui de la Cosmogonie. Seules subsistent des diver­
gences dans le détail.
Da ns son ouvrage intitule Theosophie du Rose-Croix, R u­
d o l f Steiner developpe sa theorie personnelle de l'évolution
de la terre et de l'homme. Si sa doctrine ne paraît pas a pr e­
mière vue aussi compl iquée que celle de Heindel, cela vient

1 La doctrine th e o sop hiq ue adm et dix « p lans d'é vo lutio n» (ou ré in c arn a ­
tions de la terre) d ont sept auraient des planetes dan s le m ond e physique:
N e p tu n e. Uranus, Saturne, Jupiter, La Terre (Mars et M ercure v compris).
Venus et Vulcain.

du fait que R ud ol f Steiner est un r ema rquabl e pedagogue et
aussi un erudit: ses conférences et ses écrits sont, il faut le re­
lever, d ' u n e clarté exceptionnelle.
C ep e nd a n t , nous rappel ons que la doctrine théosophicorosicrucienne repose sur le principe de l'évolution de la
conscience de l 'h omme et que cette évolution est « p l a n é ­
taire». La terre, matiere vivante, se réincarne sous différents
n oms ; l ' h om m e de mê me se reincarne et. partant du régne
minéral, aboutira au m o n d e spirituel le plus éleve. En
d' autr es termes, r « h o m m e - m i n è r a l » est ap pele à devenir
«Hom me -e s pr it », c'est-à-dire Dieu !
Le premier m o n d e est Saturne. Selon Steiner, les hommes
existaient dans l'«ancien Saturne», mais avec un état de
conscience fortement atténué! (Le «corps physique» était en
train de se construire.) Cet état de «conscience atténuée»
s' appelait I' « état de transe»! Aujou rd' hui, les mi néraux se­
raient, eux aussi, dans cet état de «conscience rudimentaire»,
aut re ment dit, en transe!
D ' a p r è s R u d o l f Stei ner. l ' h o m m e « n o r m a l » , c' e s t -a - d i re non- i ni tie. ne p eu t c o n n a î t r e l’etat d e c o n sc i e n c e d e « S a t u r n e » . Seuls des
médiums p o u r r a i e n t d e s c e n d r e a ce n i v e a u . « C e s ét at s m e d i u m n i q u e s ne sont pas i n c o n n u s d e la p s y c h o l o g i e m o d e r n e ; (...) Ma i s
l or sque, d a n s cet état d e t r an se , le m e d i u m se me t a d e p e i n d r e o u a
d e s s i n e r ce qu' il a \ u o u vécu, ses é b a u c h é s n o u s r e n d e n t u n m o n d e
si n g u l i er qui n' est pas le notre. Ses d e s s i n s p e u v e n t ê t r e g r o t es q u e s ,
ils n ' e n r a p p el l e n t pas m o i n s ce q u e n o u s a p p e l o n s d a n s la sci ence
o c cu l t e d e s état s c o s m i q u e s -.» Ainsi. l ' A n i h r o p o s o p h i e b a se sa
c o n n a i s s a n c e s u r l ' e x p e r i e n c e occul t e, et n o n s u r la Ré v é l a t i o n b i ­
bli que.

Le mo n de suivant est le Soleil. Le «corps et hèri que» (ou
«corps vital») est venu s 'a jout er au «cor ps physique». C ’est
l'etat de conscience équivalent à celui de notre sommeil. En
ce temps-là, et selon les prop os de Steiner, les h ommes
avaient une «conscience ensommeillee»! De nos jours, ce se­
rait les plantes qui auraient le meme degre de conscience.
«Les plantes, lit-on dans son ouvrage cité, dor me nt sans ja­
mais se reveiller, et elles pourraient, si elles avaient le don de
la parole, nous raconter ce qui se passe sur le soleil ; elles ont.
: R. S tein er. ibid., p. 107. C ' e s t n o u s qu i le s o u l i g n o n s .

334

en fait, une «conscience s ol ai re' . » A notre avis, il n’y a pas
de risque que nos plantes se mettent un j o u r a parler...
Le « m o n d e de la Lune» est le troisième état de conscience.
C ’est, dit-on. une etape très importante. Le «corps astral» est
venu s'ajouter au «corps physi que» et au «corps etherique»
pour les t ransformer et les améliorer. Ainsi, a chaque n o u ­
velle «réincarnation de la Terre», l'humani te se perfectionne
de plus en plus. L'homme, en effet, passe par un nouvel état
de conscience appele «conscience des images». En d'autres
termes, l’h o mm e vivait dans un «état de rêves». «La vie inté­
rieure de l’h o m me d ’alors, écrit Steiner. se ramenait a une
succession d ’images, co mp ar abl es a celles de nos rêves, mais
ces images représentaient des faits reels4.» Reves ou realite,
sur ce point-la R udol f Steiner n'est pas très au clair, c’est le
moins qu' on puisse dire. De toute façon, il est en cont radi c­
tion flagrante avec le message biblique qui affirme sans det our que l’h o m me a ete cree conscient et responsable, c’est-adire d oue au départ de toutes ses facultés intellectuelles, psy­
chiques et spirituelles.
La Terre serait la reincarnation de l’«ancienne lune».
L’«etat de rêves» s’est plus ou moins es tompe; désormais la
conscience de l’h om me s ’est consi dér abl ement developpee.
Parallèlement l’ètre humai n atteint son apogee, son état de
perfection: les systèmes sensoriel, glandulaire, nerveux, n u ­
tritif, reproductif, etc., sont mai nt enant acheves. R udol f Stei­
ner s'extasie devant la beaute de l 'homme. Certes, la création
originelle de l 'h omme est une chose absol ument merveil­
leuse: la perfection était le signe distinctif de l'oeuvre de
Dieu. Mais la création, au dépa rt absol ument parfaite, fut
ternie par le pèche, problème purement et simplement esca­
mote p ar Steiner.
La création de Dieu fut certes une oeuvre achevee, par­
faite: mais elle fut déstabilisée par le pèche. Les consé­
quences, nous les connaissons: maladies, infirmités et mort.
Dans ces circonstances, il nous paraît difficile d'affirmer que
l 'homme, pécheur des sa naissance, soit encore parfait. La
Bible ne nous invite pas a une telle démar ch é: elle considéré
que le peche a totalement co rr om pu l 'homme, que l'image
' R. Steiner, ibid., p. 108.
^ R. Steiner, ihid., p. IW .

335

qu'il avait de Dieu est ternie, que son corps doit retourner à
la poussiere, mais qu'il ressuscitera lorsque le Christ revien­
dra sur la Terre, soit po ur la vie, soit po u r la mort éternelles.
Quant au peche. R u d ol f Steiner écrit a ce pro po s: «Sur
cha que planete, nous t rouvons aussi des entites qui, ayant re­
fusé de progresser, sont restees stationnaires dans leur évolu­
tion. Cela nous permet de formuler cette loi: c’est l’esprit le
plus évolué qui t ombe le plus bas. lorsqu'il arrive a déchoir,
en refusant d ’avancer dans la ligne du progrès. C'est la ce
q u ’on peut appeler le «gra nd p é c h é » 5. Ici encore, Steiner se
place hors du contexte biblique: le peche n'est pas le refus de
progresser ou de rester dans l'ignorance. Non! Le peche n'est
autre que le refus de l’h o m m e de se laisser condui re par
Dieu. Le «pl us grand peche», si nous osons empl oyer cette
expression, c'est le fait de ne pas reconnaître que JesusChrist est bien le Seigneur et le Sauveur du m o n d e bien que
la conscience de l 'ho mme ait ète avertie, sinon eclairee par le
Saint-Esprit. Le « m o n d e de Jupiter» suit d o nc de près la
Terre. Il est evident que R udo lf Steiner ne peut decrire avec
précision quelle sera l’existence sur cette «planete».
L’h o m me développera la «conscience psychique». Mais,
nous aur ons l'occasion de l 'app ro fo nd ir au chapitre suivant,
il serait possible de connaître cet état de conscience «psychi ­
q ue» dès m aintenant par l'initiation.
L’avant-derniere étape du «voyage da ns le Cos mo s»
condui t l 'h om me dans le « m o n d e de Venus». L'etat d'evolution de l’human it é de Venus est celui d ' un e «conscience inspirative»! Les entites de cette « pl anet e» p ou rr ont chanter a
l'unisson la « mus iq ue des sphères». Aut rement dit, les
ho mm es seront censes j o u e r une vaste symphonie...
Le septieme et dernier état de conscience de l 'homme, ce­
lui dit de «Vulcain», est le sommet de toute sa croissance
psycho-occulte. L’ho mme, c'est-a-dire le Moi, atteint la pl é­
nitude de son d éve lop pe me nt : il possédé au degre le plus
eleve la «conscience spirituelle». Il est presque l'egal de Dieu
et peut percevoir tout ce qui se passe dans l'«ent ourage cos­
mique».
Ainsi donc, nous const at ons que la doctrine anthroposophi que est résolument t h eo sop hi qu e et pantheiste. C o m m e
s R. S te in e r . ihid., p. 123.

336

nous l'avons deja dit a propos de Max Heindel, celte d o c ­
trine n'a aucun fondement serieux. La seule source de
connaissance véritable q u ’est la Bible, parole inspiree de
Dieu, est soit deformee soit mise de côte. L'experience stibjective de l 'homme - l'initiation - prend le pas sur la Parole
objective et véridique de Dieu.
2. L'anihropologie de Steiner
C 'est le point fort de l ' An thropos ophi e! Reprenant les
themes de la Theosophie, R udo lf Steiner décomposé
l 'h o mm e en neu f «elements constitutifs» dont deux s’e mbo î­
teraient l'un dans l'autre! Les n eu f corps seraient ainsi ré­
duits a s e p t ”.
Le premier corps n'est autre que le «corps physique»,
c'est-a-dire minerai. Il se trouverait dans le « De va ch a n s upé ­
rieur». La matiere est en soi inconsciente, mais si celle-ci est
reliee au «M oi » , alors elle est «vivante». L'initie qui réalise­
rait cet état de chose > et qui serait parvenu j u sq u' a u « m o n d e
de l'intuition» - serait don c en mesure d 'acqueri r un pouvoir
sur son propre corps.
Le corps suivant est le «corps e t h e r i q u e » ' , appele aussi
«cor ps de vie» ou «corps vital». Il serait en relation avec les
régnés végétal et a n i m a l K. « P o u r le voyant, écrit Steiner, il a
a ppr oxima ti veme nt la meme forme que le corps physique. Ce
corps vital est, en quelque sorte, un c h a m p de forces. (...)
L’app aren ce du corps etherique est celle d ' u ne forme lumi­
neuse qui, de toutes parts, dépassé legerement le corps physi­
q u e 1'.» Ce « c h a m p de forces» serait très actif au niveau des
régnés minerai et végétal dans l'édification des «formes m a ­
térielles». La forme humai ne serait l'oeuvre des «forces-formatrices étheriques». Ainsi, par exemple, le coeur humain se­
rait l’exacte répliqué du «co e ur etherique» ! A noter aussi que
* La doctrine th eo s o p h iq u e divise aussi l'h o m m e • qui serait en son es­
sence une «E tincelle de heu divin» - en sept parties, ou plutôt en sept états
de matiere ou « m o n d e s » : M o nde Divin. M o na diq ue. Spirituel, de l'in t u i ­
tion. Mental, de l'F.motion (ou Astral) et Physique.
Le «corps eth eriq ue» serait de sexe féminin chez l'h om m e et de sexe
masculin chez la femme!
8 R udo lf Steiner repren d égalem ent la theorie dite «des règnes», l e
m o n d e serait dé co m p o sé en différents états de matiere. du plus «dense» au
plus «subtil» : régnés minerai, végétal, anim al, hum ain, etc.
" R. Steiner. ibid., pp. 29-M).

337

la «conscience des végétaux» se trouverait dans le «Devachan inférieur».
Troisième element de l 'homme, le «corps astral» ou
«corps psychique» qui serait en corrélation avec le régne a n i ­
mal. A ce stade, l 'h omme parviendrait j u s q u ’au « m o n d e as­
tral». Les passions, les t ourment s et les désirs de l’h omme
aurai ent leur siège dans le «corps astral». Naturellement, le
«cor ps astral» est en relation etroite avec les forces qui c o o r ­
d on n en t le « m o n d e astral». Aut rement dit, la matière «as ­
trale» n'est rien sans ces mystérieuses «forces». Nous re tr ou ­
vons la le langage t heos oph iq ue de Max Heindel lorsque ce­
lui-ci parle d ’«Hi érarchies créatrices». L’aspect occulte de
l' An t hr op os o ph i e apparaïl ici dans toute son évidence.
La quat ri ème partie de la constitution de l 'homme, le plus
import ant p our le moment , est le «Mo i». L' ho mm e s'elève au
«s om me t de la création terrestre»! La conscience de l 'h omme
atteint le « m o n d e psychique». Ru do lf Steiner écrit: « N o u s
avons les trois corps originels de l 'h om me : les corps physi ­
que, etherique, astral, et le Moi. Le Moi est l’element actif de
ces mét amorphosés, il s 'a tt aqu e d ' a b o r d aux corps inférieurs,
ce qui, partiellement, est déjà chose faite p o u r l 'h omme a c ­
tuel. De ce travail inconscient naissent les germes des elements supérieurs: Manas, Bouddhi, A t m a 10.» Ainsi, nous
const at ons que le « M o i » joue un rôle charnière entre les
« m o n d es inférieurs et supérieurs».
Le « M o i » exerce aussi une activité fort import ant e au ni­
veau de l'âme, ou plutôt des âmes! La « th eos ophi e rosicru­
cienne», c’est-a-dire l’Ant hropos ophi e. distinguerait en effet
«l 'âme sensible, l 'âme d'e n te n de me nt et l 'âme de
conscience». Le travail du « M o i » consisterait a eveiller en
l 'h o mm e la conscience. C est en tout cas ce qu'affi rme R u ­
do lf Steiner: « Ce n'est que dans l'âme de conscience que
s’amorce la m ét am or ph o sé consciente. C ’est la que le Moi
com me nc e son travail. En premier lieu, il developpe le M a ­
nas d an s l’àme de conscience, puis de l’âme d ’ent end emen t
sortira le Bouddhi ou Esprit-de-vie c o mm e p en da n t au corps
de vie ou corps etherique et, enfin, de l'âme sensible naîtra le
vrai Homme-esprit ou Atma " . » Il est i mportant de souligner.

10 R. Steiner, ihiil., p. 35.
" R. Steiner. i b i d p. 36.

d ' u ne part, que le «M oi » travaillerait d 'a bo rd sur les âmes,
ensuite sur les corps et que. d' aut re part, l’aine serait «engainee» da ns le corps astral et qu'il en serait de même pour
l’âme consciente et le Manas.
3. K arm a et réincarnation
La doctrine a nt h ro p o s o p h i q u e est. a l’instar des autres
sectes rosicruciennes (sauf peut-être le Lectorium Rosicrucia­
num), fortement impregnee d ’hindouisme. De nouveau nous
retrouvons la loi du destin, le Karma, la reincarnation, etc.,
avec toutes ses contraintes et ses erreurs. « L ’homme, écrit
Steiner. détermine son avenir p ar son p a s s e 12.» La loi du
Karma - appelée aussi «enc haî nemen t de cause a effet - ri­
gide et dogmatique, est f ond ame nt al e p our les rosicruciens:
elle constitue le fer de lance de toute leur doctrine évolution­
niste et perfectionniste.
Selon les enseignements ant hr op os oph iq ues , l 'h omme est
c o n d a m n e a vivre dans la d é p e n d a n c e des «forces karniiques». «Ent re la naissance et la mort, lit-on dans le même
ouvrage, l’être humai n est en tou ré continuellement d' un
c h a m p de forces karmiques qui, invisiblement, influent sur sa
vie et la d i r i g e n t 13.» L ’h o m me serait-il dirigé par des puis­
sances invisibles? Sur ce point. R udo lf Steiner est explicite:
«Ainsi vous devez vous rendre compt e que vous êtes dirigés
dans votre vie par des puissances que vous-memes ne
connaissez p a s . (...) Ces forces ou entités ne sont pas i ncon­
nues des occultistes. (...) On appelle dém ons les entites qui
continuellement imprègnent et asservissent le corps astral.
En fait, les entites que vous en gendrez vous-mêmes, a chaque
instant, par vos pensees vraies ou fausses, s'accroissent peu a
peu et deviennent des d é m o n s 14.» Ainsi, et quoi que nous
fassions, notre vie serait contrôlée par des démons que
l 'h omme lui-mème et a son insu e n g e n d r e r a i t l5. L'aspect di a­
bolique du Karma apparaî t ici très nettement. Ces «pui s­
sances» qui environnent l 'homme, ne sont-elles pas des d é­
mons, des serviteurs du diable?
R. Steiner, ibid.. p. 77.
Steiner, ibid.. pp. 85-86. C ’est nous qui le soulignons.
Steiner, ibid., p. 86. C'est nous qui le soulignons.

11 R
14 R.

15 .Selon R. S te in e r, J é s u s g u é ris s a it le s p o s s é d é s e n c h a s sa n t les d é m o n s
d u c o r p s a s tra l!

339

La mort est, selon les enseignements t heos ophi ques et o c­
cultes, la rupture de la corde d' argent ; elle est aussi la s ép a­
ration du corps physique d' avec les corps astral et etherique.
Les instants qui suivent la séparat ion de l’àme et du corps
ont deja etè énoncés dans le chapitre precedent.
4. La renaissance
Le Karma, nous le savons, est d ét er mina nt p ou r le proces­
sus de la reincarnation: un « b o n » kar ma est s ynonyme de
«re-naissance» reussie; un «mau vai s» kar ma ann on c e une
vie difficile. C'est dans les « m o n de s subtils» que se j oue
l’avenir de l 'h omme sur la Terre. Aut rement dit, c'est entre la
mort et la «nouvelle naissance» - qui est toujours une longue
periode d ' a t t e n t e 16- q u ' u n e nouvelle existence se préparé. Se­
lon R u d ol f Steiner, l’âme qui décidé de se reincarner choisit
le couple! Plus exactement, «le corps éthèrique attire l'entite
vers un peuple, vers une famille, le corps astral particulière­
ment vers sa mere; le Moi, vers le p e r e » 17.
Le dével op pe ment et la construction du corps physique
n ’est pas le meme selon que l’homme, dans son incarnation
antérieure, était initie a l’occultisme ou non. Pour l 'homme
«ordi nai re», un délai de deux a trois semaines sont néces­
saires p our que le Moi, le corps astral et le corps etherique
puissent s’« em p a r e r du germe h umai n»! Car, selon R ud ol f
Steiner, «plus on tarde a s 'e mp ar er du germe et moins on d o ­
minera son corps p h v s i q u e » 18. Par contre, les initiés ne
connaissent pas ce problème. « P o u r les individualités h au t e ­
ment évoluées, écrit Steiner, futurs guides spirituels de notre
M ond e, le mo ment de leur emprise sur le germe se situe des
l’instant de la conception |l'.» Aut rement dit, la conception
occulte de l’individu serait inconsciente chez l’h om me noninitie et consciente chez l’initie. Dans le dernier cas seule­
ment, l’h o m me aurait le privilege d ’élaborer en toute
connaissance de cause son propr e corps!
Ces enseignements sont, une fois de plus, en désaccord a b ­
solu avec la Parole de Dieu. Il n ’y a pas un seul verset dans la
R. Steiner écrit a ce sujet: « L ’investigation occulte (sic) revele que
l’h o m m e revient, en m oyenne, après une perio de d e 1000 a 1300 ans.»
r R. Steiner, ihid., p. 67.
18 R. Steiner, ibid.. p. 68.
111 R. Steiner, ibid.. p. 68.

340

Bible qui affirme que l’h o m me peUt construire son corps:
l 'h o mm e n ’est j amai s désigné c omme son propre createur. Ce
rôle n ’appartient q u ’a Dieu. Le roi David, aut eur inspire du
magnifique psaume 139, le dit clairement: « C ’est t o i 20 qui as
forme mes reins, qui m ’as tissé dans le sein de ma mère. Je te
loue de ce que je suis une creature si merveilleuse. Tes
oeuvres sont admirables, et mon a me le reconnaît bien. Mon
corps n'etait point caché devant toi, lorsque j'ai ete fait dans
un lieu secret, tissé dans les prof on deurs de la terre. Qu a nd je
n ’étais q u 'un e masse informe, tes yeux me voyaient; et sur
ton livre étaient tous inscrits les jours qui m'etaient destines,
avant q u ’aucun d ’eux existât (Psaume 139: 13-16).» Pour
nous, il n ’y a pas l’ombre d ’un dout e: Dieu est notre créateur,
il nous a crées a son image et il nous a «recréés» en JèsusChrist. De créature que nous étions, nous sommes devenus,
pa r la foi au Fils de Dieu, une nouvelle créature.
5. Une connaissance salvatrice?
En définitive, ce qui qualifie le systeme de pensee RoseCroix et theosophi que, c'est la valeur de l’effort humai n qui
comp te p ou r le «salut». La connaissance, c’est-à-dire la voie
qui mène a l’illumination divine, sur cette Terre est une u to ­
pie. Connaî tre le mystere de nos origines et celui de notre
destinee serait, p ou r les adeptes de l’esoterisme une possibi­
lité réservée aux seuls initiés. L’a pôt re Paul, lui, emploie un
tout autre langage. Il croit que la connaissance seule ne sauve
pas: la foi, mais aussi l’a m o u r p o u r le Christ vivant sont a m ­
plement suffisants. C ar la connaissance telle qu'elle se pré­
sente actuellement, c’est-a-dire partielle, obscure et limitee,
est c on d a m n e e a disparaître! (Cf. I Corinthiens 13: 8-10.) Par
contre, lorsque tout sera parfait (I Corinthiens 13: 10), alors
l 'h omme pourra enfin se connaître comme j amai s il ne s’est
co nn u: Dieu lui do nn er a la vraie connaissance de Dieu
- l’ho mm e verra Dieu face à face! - ainsi que celle de
l 'h omme - «je connaîtrai c omme j'ai ete con nu » (I C o ri n ­
thiens 13: 12). Pour Paul, la connais sance n ’est que passa­
gère; par contre, la foi, l’es perance et l’a m o u r sont eternels.
Ainsi, la connaissance, si elle est utile po u r le croyant, ne
peut a elle seule assurer le salut. La foi, alliée a la connais-

211 C ’esc-a-dire

Dieu.

341

sance - a la vraie connaissance en Jésus-Christ - est le seul
moyen de salut qui a ète d o n n e à l 'homme. S ommes-nous de
ceux qui acceptent ce chemin de salut?

342

C H A P IT R E

IX

L’organisation et l’initiation des
mouvements rosicruciens
Dur an t plus de trois cents ans, les mouvement s de la RoseCroix existèrent tant bien que mal. Son fondateur présumé,
Jean-Valentin Andreae, fut très tôt rendu prudent à cause des
attaques dont il fut l'objet; de même ses disciples, émules ou
successeurs, durent faire front, avec des fortunes diverses,
aux violentes critiques qui leur furent adressées et restèrent,
eux aussi, dans une longue expectative en at tendant des jours
meilleurs. Les mouvement s rosicruciens connurent tout au
long de leur breve histoire des hauts 1 et des bas, les périodes
de re nouveau s’alternant avec celles de «sommeil». De ce
fait, le rosicrucianisme végéta plus ou moins et ne connut pas
de progression numéri que importante.
C epe nda nt , le début de notre siècle mar qua la renaissance
et surtout la stabilité du rosicrucianisme. Cela est dû, selon
nous, à une régression de la foi chrétienne, mais aussi aux re­
marquabl es talents d' organisateurs de Harvey Spencer Lewis
po u r l'A.M.O.R.C. et de Max Heindel p our l’Association ro­
sicrucienne. Qu ant au Lectorium Rosicrucianum, qui verra le
j o u r peu après la Première Gue r re mondiale, il beneficiera,
lui aussi, de solides appui s de ses fondateurs. L'organisation
des différentes sectes rosicruciennes n ’est pas de même type.
Celle de l’A.M.O.R.C., à laquelle nous allons consacrer une
b on ne partie de ce chapitre, est très proche de celle des socié­
tés secrètes m a ç o n n i q u e s 2. Par contre, l’Association Rosicru-

1 II est assez curieux de constater q u e les resurgences des mouvements
Rose-Croix se produisirent presque to ujo urs avant des crises politiques gra ­
ves: d é but du X V IIe siècle et guerre de T rente Ans, fin du X V IIIe siecle et
Révolution Française de 1789, début du X X e siecle et guerre de 1914-18. Et
a u jo u r d 'h u i, à quoi c o rrespond ce reno uveau rosicrucien? N'est-ce pas la le
signe d 'u n e recrudescence des forces du mal agissantes?
2 II s’agit du «Rite Egyptien de M em phis-M israim » cite plus haut.
H .S p e n c e r Lewis en était m em bre et il avait atteint le 90e degre!
3 4 3

cienne de même que l ' Ant hr op os oph ie s’identifieraient pl u­
tôt aux sociétés t heosophi ques tandis que le Lectorium Rosi­
cruci anum a j ugé bon de ne pas se dot er d ’une structure
« l o u r d e » ; il faut dire, au d emeur ant , que sa sphere d ’activite
se limite pri nci palement aux Pays-Bas et a la France.
Toutes les organisations rosicruciennes sont très hiérarchi­
sées. Leurs structures sont très compar timent ées, hermetiques
et surtout très rigides. C'est le principe de l’échelle pyra mi ­
dale qui est universellement ad o pt e par tous les mouvement s
ou sociétés initiatiques. A la base de cette pyramide se t r o u ­
vent tous les candidats, ou neophyt es ou «chercheurs», c'està-dire tous ceux qui ont fait une d e m a n d e écrite afin d'étre
admi s dans l’Ordre. Ensuite, viennent l'ensemble des m e m ­
bres qui sont subdivises en classes (ou degres). Enfin, tout en
haut, se situent les grands Inities et les chefs de l'Ordre. Dans
le cas de l’A.M.O.R.C., Fl /n pe rat or en est la téte suprême,
per sonnage quasi infaillible di sposant d 'un pouvoi r et d ' un e
autorité abs ol umen t incroyables.
L’organisation des sociétés rosicruciennes est, comme
nous le verrons, très au point. Tout semble, en effet, baigner
d ans l'huile: les rapports, statistiques et l ' ab on d an ce de leur
littérature tentent de prouver le bien-f onde de leur puissance,
de leur sérieux comme de leur stabilité. C ep en d an t , bien des
probl èmes subsistent au sein même des organisations les plus
re sp ec ta bl es 5. La preuve nous est d on n ée par le nomb re très
elevc de divisions et de scissions qui se sont produites ces
dernières decennies. Malgré ses dissensions internes, la
Rose-Croix progresse. Ce succès, tout relatif d ’ailleurs, tient
principalement au fait que la Rose-Croix pro pos e une voie et
un enseignement particulièrement attrayants. Face aux p r o ­
blèmes de la vie, le goût p our les choses cachées exerce une
puissante fascination et nombreux sont ceux qui tombent
da ns le piege de la séduction, d 'a ut an t plus que ces sociétés
sécrétés «présent ent » bien aux yeux du grand public. Ainsi,
p ou r nous, le dé veloppement rapide du rosicrucianisme est
lie a deux facteurs: le caractère initiatique d ' u n enseignement
oriente vers les pré occupa ti ons des hommes , et le sentiment
Le cas de l'A .M .O .K .C. est a cet égard très explicite: les recents s c a n ­
dales et les démissions fracassantes de certains de ses m em b res les plus en
vue ont c onsidérab lem ent terni cet O rd re qui se veut au-dessus de toul s o u p ­
çon.

344

d ' a p pa r t en i r a une société «pas c omme les autres», capable
de promouvoi r une veritable fraternité parmi les hommes.
C'ar l’hu man is me rosicrucien nous apparaî t comme la cause
première de l’extraordinaire e ng ou eme nt que connnaissent
actuellement les sectes Rose-Croix. D ’ou la necessite pour
nous de bien c ompr en dr e l'organisation et les methodes
d ’initiations rosicruciennes.
L 'o r g a n i s a t i o n d e l ’ A . M . O . R . C .

/. L'organisation générale
«L' or dr e rosicrucien a ut hent ique A.M.O.R.C. est, lit-on
dans le M anuel Rosicrucien, une organisation mondiale forte­
ment hiérarchisée en vue d'att ei ndr e à la plus grande effica­
cité possible (fig. 5). La juridiction internationale dépend
d ' u n e seule et unique grande loge do nt le siège est situe a San
José, Californie.
Elle s'etend
au
mon de ent ier .»4
L'A.M.O.R.C., qui pretend avoir 6 millions de membres, est
present dans le m o n d e entier, s a u f dans les pays d' obedience
communiste, mais a l’exception de Cu ba ! Toutes les activités
de l’A.M.O.R.C. sont centralisées aux Etats-Unis sous la di­
rection de la G r a n d e Loge s uprême, ou Juridiction Interna­
tionale, une sorte de pouvoir executif po u r le mo nd e entier et
dont le bureau c om pr e nd 5 membres. A l'heure où nous écri­
vons ces lignes (avril 1985), les membres directeurs de la
G r a n d e Loge s uprême sont respectivement. Ralph M. Lewis,
fils du fondateur de l'Ordre. actuellement Jmperator; Cecil
A. Poole, vice-president; Art hur C. Piepenbrick, secretaire
s uprême, et enfin R ay mo nd Bernard, Légat s uprême p ou r les
pays de langue française. Le ci nqui ème membre était, j us qu' a
1981, Alden Holloway, tresorier s up re me qui. pour des rai­
sons mystérieuses, a ete brut al ement chasse de l ' O r d r e s.
Le rôle de la Juridiction Internationale n'est pas seulement
d ’ordre purement administratif, mais plus encore, «spirituel»
ou. p ou r être clair, occulte. C'est de la, en effet, que sont éta­
blies toutes les réglés du mouvement. Le ritualisme, l'initia­
tion. les nouvelles découvertes par apsychologiques ou

1 H. S. Lewis ei R. Bernard. M anuel Rosicrucien, p. 56, Editions Rosicru­
ciennes, 1975.
5 Supra p. 104. Du rijifi chez les Rose-Croix.

345

L'O R D R E ROSICRUCIEN A.M.O.R.C.
CO N C L A VE
PL AN

IN VISIBLE

V

I NF I NI

y

P L AN FINI

GRANDE

LOGE

SUPREM E

G.L.

interna tio ns

G.L. nationales

r

Loges

A
Chapitres

Pronaoi

ILLUMINATI
MEMBRES DU TEMPLE
PO STULANTS
NEOPHYTES
S

PROBATOIRES
CANDIDATS
fig. 5

pseudo-scientifiques, les orientations philosophiques, etc.,
ont une seule et même origine: la G r a n d e Loge.
Le siège central de San José est une veritable ruche b o u r ­
do nn an te. En effet, de très n om br eux et import ant s édifices
abritent les services administratifs de l 'A.M.O.R.C. Plus de
500 p e r s o n n e s 6 travaillent a plein t emps po u r l'organisation
qui, elle, dispose d ’agencement s les plus moderne s ( o r di na ­
teurs, etc.). Naturellement, les bureaux des pri nci paux diriSelon un c o rre sp o n d a n t, il n'y aurait pas 500 personnes, mais tout au
plus une centaine.

346

géants de l'Ordre se trouvent da ns le cadre verdoyant du Rosicrucian Park de San José.
En dessous de la G r a n d e Loge Suprême se placent les
G r a n de s Loges de la Juridiction Internationale. L'extension
rapide du mouvement, ainsi que de graves problèmes politi­
ques, la Seconde Gu erre mondi al e entre autres, imposèrent a
la direction américaine de l'A.M.O.R.C. un progr amme de
décentralisation. Cette réorganisation de l'Ordre toucha uni ­
q u ement l'administration, le siege central de San José se ré­
servant la direction philosophico-occulte de leurs enseigne­
ments. Les Juridictions Internationales sont elles-mêmes di ­
visées en Gr a nd es Loges Régionales et dont la responsabilité
p ou r cha cune d ’elles s'etend â tous les pays parlant la même
langue. C'est ainsi que les pays de langue française (France
et départ ement s d'outre-mer, Suisse romande, Belgique, C a ­
n a d a français, tous les pays d' Af ri que francophone, mais
aussi Haïti, Liban et Mauritanie) dé pe n de nt d 'un e seule et
meme Loge dont le siege se trouve dans le départ ement de
l’Eure, au château d'Omonville, Le Tremblay. Les membres
directeurs de la G r a n d e Loge de langue française etaient
jusqu'a 1982 le G r a n d Maître Christian Bernard, le m al h eu ­
reux ex- Grand Secrétaire, Maurice Tregouët, et l'ex-Grand
Tresorier, Henri Sessou. éliminés sans ménagement de l'Or­
dre a la suite d ' un e histoire p ou r le moins scandaleuse. En
plus des per ma nent s de haut niveau, une quar ant ai ne de p er ­
sonnes sont employees dans les divers services subalternes
(administration, imprimerie, édition, etc.). Les Gra nd es
Loges Régionales sont, c ’est le moins qu' on puisse dire, les
courroies de transmission qui relient la G ra n d e Loge Su­
prême aux membres du «s an ct um », c'est-a-dire les membres
de l'Ordre qui etudient chez eux. L'organi gramme de l'orga­
nisation generale de l'A.M.O.R.C. est très explicite et nous
mont re bien a quel point l'Ordre dispose d 'u ne bureaucratie
puissante et tentaculaire.
2. Les organismes subordonnes de l'A .M .O .R .C .
Ils sont appeles ainsi parce qu'ils dép e nd en t directement
de la G r a n d e Loge Regionale. Les organismes subordonnes
sont au nombre de trois et c or res pondent a la proportion des
membres de c ha qu e gro up eme nt et, par la, a l 'ampl eur de ses
activités. Un rassemblement ne peut être appele «loge» que
347

si celui-ci a au moins 50 membres reguliers; de 40 a 49, le
g ro up e est un «chapit re» tandis que le « p ro n ao s » doit c o m p ­
ter au moins 30 personnes, mais pas plus de 39. La France
c omp te environ 90 à 100 groupes locaux, la Suisse r o man de
environ 6, dont 2 loges a Ge nev e et à G r a n d s o n (près d'Yverdon), la Belgique 2 (Bruxelles et Liège), le C a m e r o u n 10, la
Côte d' ivoi re 19, etc. Nous d o n n o n s tous ces chiffres avec
une prud ent e réserve sachant qu'ils sont très en dessous du
mi nimum, le mouv emen t progressant très vite... Ces statisti­
ques, d onnees a titre indicatif, peuvent, ce pendant , être
considérées c o mm e une a p p r oc he objective de la realite.
Seuls les membres «actifs et reguliers» de l’A.M.O.R.C. et
qui participent de façon assidue au travail du «s anc tum»,
c'est-à-dire a domicile, sont admis de plein droit aux séances
des loges, chapitres ou pronaoi. Précisons que, selon le M a ­
nuel Rosicrucien. «l'affiliation à un organisme s u bor do nn é
n'est pas obligatoire, mais elle est vivement co ns e il l ee » T. En
effet, la lecture attentive du bulletin de la Loge Pax Cordis de
G r a n d s o n nous mont re bien que les membres doivent s’ins­
crire, assez a l’avance, auprès du Maître ou du secretaire de
la Loge ou, a défaut, aupr ès du Maître délégué aux initia­
tions p o u r être inities.
Les cérémonies rituelles des loges, chapitres ou pronaoi
sont, a peu de chose prés, identiques, du moins dans leurs
grandes lignes. Cep en da nt , il y a certaines différences, au
premier abor d minimes po u r le profane, mais qui ont p ou r le
membre de l'A.M.O.R.C. une certaine importance, n o t a m ­
ment sur le plan du ritualisme initiatique.
La Loge di spose de locaux per ma nent s spécialement
aménages p o u r le travail du R it ue l8. Sur convocation du
Maître, le responsable de la Loge, les membres qui sont a
jour de leurs cotisations (c’est très important!) peuvent assis­
ter a la seance de travail, non sans avoir mont re «patte
b l anche» à l’entree. Le Rituel com me nc e toujours par une
méditation, sur un t heme rosicrucien bien ent endu, et il
cont inue selon un ordre, un s chéma determiné. Le port du t a­
blier R + C est obligatoire. Le Rituel de la Loge est le seul
qui soit complet et il c om pr e nd en outre tous les rituels addiH. S. Lewis et R. Bernard, ibid., p. 54.
1977, il y avait 18 loges en France et 2 en Suisse rom ande.

8En
348

tionnels. Une quinzaine d ’«officiers de la Loge et du Rituel»
assurent le dér oulement de la cerëmonie. Parmi les officiants,
il y a tout naturellement le Maître, dont le siege est place d e ­
vant l'estrade triangulaire; ensuite le secretaire de la Loge, le
depute-maître, les colombes (sic), la mat er (re-.v/c), le c h a p e ­
lain, la chanteuse et le chanteur, le conducteur, le héraut, le
medailliste. la grande prétresse, le gardien extérieur et le gar­
dien intérieur, le maître aux initiations aux Degres du T e m ­
ple.
A côté des Rituels, les cérémonies d'initiation au «Degre
du Temple», qui ont lieu en général le di manche, occupent
une grande place dans la vie de tout membre de
l'A.M.O.R.C. Mais ce n'est pas tout, il y a encore les «répét i­
tions de degrés», c'est-a-dire la possibilité de «revoir et re­
penser» les premiers enseignements. C o m m e nous pouvons
le constater, le rosicrucien, version A.M.O.R.C., est a p p a r e m ­
ment une personne fort occupée...
- Le Chapitre. Le cérémonial est identique a celui de la
Loge. Les locaux peuvent etre per ma nent s; douze officiers
suffisent p ou r assurer le dér oul emen t des réunions qui c o m ­
p re nd le «Rituel traditionnel co mpl et » ainsi que les «Rituels
additionnels».
- Le Pronaos. Le Rituel, assez particulier, est réduit.
Co n du i t p ar trois officiers seulement, il constitue une sorte
de plate-forme p o u r le Seuil du Temple, c'est-a-dire la Loge
ou le Chapitre. L'initiation n'est pas d o n né e dans les «pronaoi». Ceux qui desirent s'initier en loge sont dans l’obliga­
tion de s'affilier a la Loge la plus proche de leur lieu de d o ­
micile''.
Ainsi donc, l’A.M.O.R.C. dispose-t-elle d ' u n e organisation
puissante, parfaitement rodee et bien structurée. Le travail
des Loges, donc des membres, est placé sous le contrôle di ­
rect de la G ra n d e Loge suprême. Le pouvoi r d ’initiative des
membres est exclu, toutes les directives venant de San José.
Cela n ’empèche pas l’Ordre de prosperer en tous points de
vue et de progresser plus que n' import e quelle autre secte re­
ligieuse. C'est, a vrai dire, très i nquiétant pour l’avenir.

5 II ne faut pas con fo n d re ['initiation personnelle chez soi (sanctum), I ini­
tiation en loge et celle des degres du temple.
349

3. L'Association des A m is de l'A .M .O .R .C .
L’ordre rosicrucien A.M.O.R.C. possède en plus de son or­
ganisation interne des structures qui lui permettent d ’exercer
son influence vers l'exterieur, c’est-à-dire vers ceux qui ne
sont pas membres de l'Ordre. L’«Association des amis de
l’A. M.O.R.C.», qui grou pe toutes les personnes qui s’intéres­
sent aux activités de l’A.M.O.R.C., est une sorte d ' a n t i c h a m ­
bre de l’Ordr e lui-même. Cette association est compos ée de
personnes qui, tout en ayant de l’intérêt p ou r les activités de
l’A.M.O.R.C., ne desirent pas, du moins p o u r le moment,
s ’affilier à l'organisation. Une telle per sonne ne peut en
au cun cas participer aux enseignements initiatiques, mais
peut, p ar exemple, s’a b o n n e r à la revue Rose-Croix. Les per ­
sonnes «ami es» de l’A.M.O.R.C. sont ainsi peu a peu h a r ­
p onnées et certaines d'entre elles s'affilient a l’Ord re tandis
que les autres renoncent définitivement.
4. L'O rdre ju n io r porte-Jlam beaux
L’ordre rosicrucien A.M.O.R.C. accomplit aussi un travail
parmi les enfants et les jeunes. Le M anuel Perm anent de R é­
férence et d ’inform ation d on n e toutes sortes d' indications au
sujet de l'organisation de l’«Or dr e j u ni o r» c o mm e des m a ­
tières enseignees. Ordr e international, il est subdivisé en trois
divisions qui c or res pondent à trois groupes d ’âge:
- Division des Eclaireurs R + C (enfants de 5 à 9 ans);
- Division des port e-fl ambeaux (9 à 12 ans);
- Division des Croisés (adolescents de 12 à 17 ans).
L’Ordre j u n i o r des porte-flambeaux a p o u r objectif d ’ins­
truire l’enfant dans la connaissance initiatique, plus exact e­
ment le préparer a l’initiation f u t u r e 10. Ainsi les enfants des
l’âge de cinq ans sont «instruits» selon les principes occultes
de l’A.M.O.R.C. A cet effet, ils reçoivent cha que mois des «le­
çons m a n u s c r i t e s » " . Des «experiences simples» leur sont
proposées: elles sont destinées, paraît-il, a développer leur
imagination et leur intuition. Ainsi les enfants des membres

10 Les sujets traites peuvent etre considérés c om m e une preinitiation.
Parmi ceux-ci citons: les cinq sens civiques, les symboles, les c outum e s de
l'a ncienne Egypte, la pense e creatrice, l'eveil de l'im agin atio n, etc.
" Les «leçons m an uscrites» ne doivent pas être c o n fo n d u e s avec les
m on ograp hies. Signalons aussi que ces cours so nt naturellem ent payants.
350

de l'A.M.O.R.C., mais aussi des enfants dont les parents ne
sont pas adherents ou «Amis» de l'Ordre, peuvent suivre des
cours d'initiation à la parapsychol ogi e et a l'occultisme!
Certes, il ne s'agit pas des experiences occultes des degres du
temple, mais l'enseignement pernicieux que les enfants reçoi­
vent les prépare a etre eux-mêmes des occultistes. C ’est a b s o ­
lument effarant de constater que l’occultisme, même «à pe ­
tite dose», puisse être enseigne a des enfants.
5. L 'In stitu t culturel de l'enfance
Cet «Institut» s'adresse aux parents (et aux futurs p a ­
rents). Il a p ou r but de di spenser divers cours relatifs à l'en­
fance. L'un de ces cours, le plus i mport ant sans doute, est ce­
lui qui est destiné aux futures m a ma ns : le cours prénatal!
6. Les Editions rosicruciennes
L'organisation de l’A.M.O.R.C. dispose enfin d 'u ne so­
ciété de type commercial, les «Edi tions Rosicruciennes».
L'ordre rosicrucien A.M.O.R.C., organisme défini par la loi
de 1901, est donc une association sans but l ucrat if12; les
«Edi tions Rosicruciennes», par contre, exercent une vérita­
ble activité commerciale... et fort lucrative. Leurs livres se
vendent, en effet, fort chers et surtout ils se vendent bien IJ.
Les «Edi tions Rosicruciennes» q uoi qu e i ndépendant es juri­
d i quement de l’A.M.O.R.C. sont en fait noyautees par les
hauts responsables de l’O r d r e M. L'A.M.O.R.C., on le voit,
di spose d ' u n e organisation très ramifiee et qui s'étend a pres­
que tous les d omai nes de la vie.
L’initiation
Selon la définition rosicrucienne de l'A.M.O.R.C., «l'ini­
tiation fait passer dans le d om ai n e de la raison le but a at­
12 Le m onta nt assez eleve des cotisations, la fameuse loi dite «d'A m ra»,
les appels de fonds qui paraissent de tem ps a autre d ans les bulletins m en­
suels ou d a n s les m o nog raphies, font q u e l'A.M.O .R .C. est une association a
la fois riche et a p p a re m m e n t puissante. Est-il norm al q u ’une association
sans but lucratif puisse investir dans la pierre et acquérir le chateau d 'E m o n vilie, classe m o n u m e n t historique?
” La Vie m ystique de Jésus en est deja a sa 6 ' édition.
14
Selon des inform atio ns dignes de foi. no us a p p re n o n s que le G ran dMaître Christian Bernard, en plus de sa rém un ération de haut dignitaire de
l'O rd re, toucherait un salaire des « E ditions Rosicruciennes».

351

teindre et dans le d omai ne des émotions, l'esprit dont nous
ani me notre introduction aux Mvsteres.» Il y a d onc deux
initiations, celle qui louche la raison et celle qui est en ra pport
avec les émotions. Mais la première initiation n'a pas grande
i mport ance p ou r Ralph M. Lewis, car. selon lui, «la raison
n'est pas suffisante po u r acquérir la maîtrise de la vie et l ' h o m ­
me ne doit pas comp ter s eulement et uni quement sur elle pour
assurer son b o n h e u r » 15. Seule l'initiation qui fait appel aux
sentiments est la plus utile. R. M. Lewis, de nouveau, ne laisse
auc un doute à ce sujet: «L'initiation èsoterique cherche d on c
a faire connaître a l'individu le cont en u de son âme, a l'aider
à l’exprimer, a en faire une partie de sa conscience au même
titre que les autres elements de sa vie. Elle s'efforce de faire
de l'intelligence de l'âme, non pas seulement un principe p h i ­
losophi que ou un rite dans un mystere, mais une réalité p ou r
l'homme. En conséquence, nous pouvons dire que l'initiation
rosicrucienne est un processus ou cette m et h o d e qui a po u r
but l'acquisition de la conscience intérieure, l’expérience de
la Consci ence Cosmi que. (...) L'initiation rosicrucienne a
po u r but le reveil de ce moi i n t é r i e u r là.
Les monographi es do n ne nt aussi quelques définitions fort
intéressantes car «ésoteriques»: «L'initiation est... une repré­
sentation. un dr a me virtuel. Son objet est de depe in dr e d ' u n e
maniéré dr a ma t iq ue certains principes ou un point parti cu­
lier de la connaissance. (...) Certains insignes et divers acces­
soires sont d o n c employés d an s les initiations p o u r cette très
import ant e raison p s y c h o l o g i q u e 17.» Grâce a l'initiation,
«des pr of ond eu rs de notre être, de la perception et de la
comp ré hens io n du moi divin au- ded an s de nous, jaillit une
franche évaluation de nous-mémes. En d'autres termes, nous
sommes amenes face a face avec notre niai reel la partie d i ­
vine de notre être» ls.
De son côte, L'Association Rosicrucienne, par la plume de
Max Heindel, précisé que le but de l'initiation est de revèler
au candidat ses facultés latentes, ses capacités qui s ommei l­
lent et l'initier a leur empl oi ; il lui explique ou lui a ppr end,

15 R. M. Lewis,

Le sanctuaire intérieur, p. 140. Ldilions Rosicruciennes,

1980.
R. M. Lewis, ibid.. pp. 140-141.
r Ier degre neophyte , p rem ier portail, p. 1.
IS ibid., p. 3. C'est nous qui le soulignons.

pour la première Jois, la maniéré de trans muer son energie sta­
tique en pouvoir d y n a m i q u e 1'*. Enfin, le Lectorium Rosicru­
ci anum considéré que « l ’initiation est une montee graduelle,
une ascension: c’est la mont ee d 'u n escalier aux nombreuses
marches, une ascension entreprise sous l’égide de nombreux
guides et sout enue par une aide scientifique o r g a n i s é e » 20.
Dans le M anuel Rosicrucien, nous lisons ces lignes qui re­
tiennent notre attention: «Le but de la préparation est donc
d'ètre finalement admis, par initiation cosmique, a la grande
fraternité, ou le maître ap pa r aî t ra au disciple qui est prêt,
afin de l'instruire personnel lement et de le conduire a un
plus grand déve loppe ment qui lui assurera, un jour, la di ­
gnité de maître, l’affectation d ’une mission d'imperator. de
mage, de hierophunte ou de grand-maî tre installe et initie
dans une phase du travail terrestre et, de cette maniéré, l’affi­
liation a la grande loge b l a n c h e 21.» Propos confirme par une
m on og ra ph ie du 9e degre: «Le principal grand but de tous
ceux qui entrent dans le d o m ai n e de l'illumination et du mys­
ticisme divins est de devenir le c om pa gn o n et l’eleve d'un
G r a n d M a î t r e ” .» Quel G r a n d Maître? Le Maître invisible
pardi! ou plutôt le diable! C a r cette mo nog raph ie d on ne une
description très detaillee p ou r entrer en contact avec le Maî ­
tre invisible. Une fois le contact établi, le «Maî tre» se fait
connaître oralement au disciple Rose-Croix A.M.O.R.C.!
«Vous sentirez, lit-on dans le résumé de la monographie, la
présence de quel que pouvoir mystique, et vous entendrez une
voix qui d on ner a a votre moi intérieur la r e p o n s e 23...»
C o m m en t l'initiation est-elle possible? Et quel est son but
final? Le M anuel Rosicrucien, manuel de reference dit-on.
précisé que «le développement intérieur et l'eveil des centres
psychiques ne sont pas pleinem ent perçus par la conscience ob­
jective du disciple»2*. L'initiation, « d o nn ee par l'intermédiaire
du cosm ique» 2\ n'est autre que «le réveil ou l'illumination
" C f . M. Heindel, C osm ogonie de la Rose-Croix, p. I 54.
J.v a n Rijckenborgh. Philosophie élém entaire de la Rose-Croix moderne.
p. 46.
H.S. Lewis el R. Bernard, M anuel Rosicrucien. p. 125.
23 37e m onographie. 9 ' degre, p. 5.
-J ibid.. p. 5.
H..S. Lewis cl R. Bernard, ibid.. p. -17.
H. S. Lewis el R. Bernard, ibid., p. 215.

353

du psychique» et, par conséquent, la condition sine qua non
de toute initiation. En d'autres termes, le dé veloppement psy­
chique du disciple rosicrucien consiste en une succession
d'experi ences subjectives, d ’ordre mét aphysi que et occulte. Il
s'agit d onc d ' un e au t om an i pu l at i on mentale qui ne conduit
q u ’à sa propre destruction, c'est-a-dire à l'aveuglement spiri­
tuel et a une séparation totale avec Jèsus-Christ, le Verbe in­
carne, seul Sauveur et Seigneur de ce monde.
L'initiation ne serait en fait que la répétition d ’exercices
psychiques, d'experi ences parapsychologiques. Le M anuel
Rosicrucien ne laisse auc un dout e a ce sujet: «Il faut se r a p ­
peler q u ' u n certain degre de dével opp emen t est amorce c h a ­
qu e fois q u ' u n e expérience est effectuee, que le succès soit
a ppa rent ou non. De la serieuse application d ' un e loi-6, il re­
suite l'éveil de quel que centre, et si cette meme application
est repetee quat re ou cinq fois au cours d ' u n e semaine, il
s 'amor cera un processus de dével oppe men t qui peut ne pas
être perçu par le moi exterieur, mais qui se poursuivra p e n ­
dant des semaines et des m o i s 2'.»
Le but final de l'initiation serait de parvenir a la G r a n d e Fr a­
ternité Blanche, c'est-a-dire le «conclave invisible de la RoseC roix». Le seul moyen pour y acceder ne serait que ^ i l l u m i ­
nation cosmique». Naturellement, c'est seulement au moyen de
l’experience que le rosicrucien c om p r e n d r a ce qu'est «la su­
blime joie de la conscience cosmi que et l ' i l lu mi n at i on » 28.
Ainsi donc, l’initiation n'est autre que la répétition d ’experiences psychiques et subjectives. Plus on est initie, plus on
progresse dans la connaissance psychique du moi. E m p re s­
sons-nous d' aj out er que cette initiation du re des annees et
des annees; elle ne finit prati quement jamais. C'est ce que
souligne j ust ement Luc Benoist. a ut eur d ' u n e excellente
étude sur l’esoterisme: «L'initiation une fois reçue, n'est e n ­
core que virtuelle. Elle doit être effectivement valorisée par
un travail personnel pui sque chacun porte en lui-même son
propr e maître. Ce travail a p our but de realiser les états qui
forment la p e r s o nn al i t é 211.» L'initiation complété, et par là
définitive, n ’existe d o nc pas quels que soient les efforts que

26 Rosicrucienne.

bien e ntendu. NdR.
H .S. Lewis et R. Bernard, ibid.. p. 218.
:k H.S. Lewis et R. Bernard. ibid.. p. 222.
L. Benoist, L'esoierism e, p. 23, Q u e sais-je?, 1980.

354

l’homme-initie puisse faire. L'initiation, qui permettrait de
«projeter son urne dans le C os mi qu e», et l’experience. son
indispensable support, sont d onc intimement lies en
l 'homme. A cela, on pourrait ajouter sans crainte que le long
apprentissage initiatique auquel les rosicruciens se s o um et ­
tent est avant tout une technique de mani pul at ion psychique.
Le candidat a l'initiation est ainsi réduit a un état de passivité
psychologique et mentale; il est a la merci de ses «maîtres»
qui peuvent ainsi, et qu an d ils le veulent, lui faire passer ou
lui c o m m un i q ue r n ’importe quel message ou enseignement.
Celte dé pe n da nc e mentale fait que le disciple Rose-Croix
n'est plus libre, ni même responsable: il se trouve prisonnier
d ’une redoutable secte qui. elle, disposera d ’un pouvoir a la
fois temporel et occulte pour em pê c he r toute velleite d ’independance. Néanmoins, il est toujours possible de quitter
l'Ordre sans p our autant encouri r les foudres des dirigeants.
Il faut signaler au passage que les membres qui a b a n d o n ­
nent, c’est-à-dire qui ne paient plus leurs cotisations, reçoi­
vent une petite brochure intitulée M essage spécial. C'est un
véritable chef-d’oeuvre de la prose: le rosicrucien défaillant
qui a lu ce «message» se sent tellement repris en lui-même
qu'il se sent irrésistiblement pousse a reprendre contact. «Si
je quitte pour de bon, me disait un ancien disciple de l’ordre
A.M.O.R.C., je vais faire la bêtise de ma vie!» Autant dire
que la liberte n ’existe pas tant les pressions sont fortes et s ur­
tout subtiles.
Que penser de l’initiation? Et, surtout, quelle est sa vérita­
ble di mensi on? Luc Benoist, de nouveau, explicite fort bien
le processus de l’initiation: «L'initiation, qui doit introduire
l'aspirant dans la voie d 'un e réalisation personnelle, consiste
essentiellement dans la transmission d ' u n e influence spiri­
tuelle. Cette «bénédict ion» est conferee par un maître, luimeme initie, a un disciple grâce a la chaîne ininterrompue, a
la filiation effective qui rattache le maître initiateur au début
de la chaîne et au c om me nc e mme n t des temps. Tout rite
d ’initiation comport e des gestes symboliques qui témoignent
d ' u n e filiation originelle, p ar exempl e le baiser de l'initiateur
qui transmet ainsi a l’initie le souffle de l'influence spiriruelle qui a présidé à la création du monde. L’initiateur,
lorsqu'il accomplit des gestes semblables, n'agit pas en tant
q u ’individu, mais c omme un a n n e a u de la chaîne, comme

t ransmet teur d ' u n e force qui le dépassé et dont il n'est qu 'u n
modest e s u p p ô t 30.»
Un peu plus loin, il écrit ces lignes p o u r le moins fort ins­
tructives: «Le but étant la conquête active des états s u p é ­
rieurs, ou si l’on veut une c o mm u ni o n avec le Soi, principe
de tous les états, exige une har mo ni e absolue de l’âme, une
maîtrise parfaite de la sensibilité, un équilibré complet de
tous les éléments de l'individualité. (...) Les conditions les
plus imperatives p ou r recevoir l'initiation peuvent se résumer
en quatre points: la purete du corps, la noblesse des senti­
ments, l’a m pl e ur de l’horizon intellectuel et la haut eu r de
l’e s p r i t 31.»
L'initiation est d on c la possession des « m o n de s s u p é ­
rieurs», mais aussi le déve lo pp emen t des pouvoirs psychi­
ques et occultes de l’homme. Elle est aussi une d é p e n d a n c e
envers l’h o m me et plus encore envers Satan. Pour nous, chr é­
tiens, nous considérons que le principe de l’initiation n'est
pas biblique. En effet, la foi ne se t ransmet pas d ’h o m me a
h o m m e ; elle est d o nn ée p ar Jésus-Christ qui, lui seul, a reçu
de son Pere le pouvoir de d o n n e r aux ho mmes la conn ai s­
s ance salvatrice. Le chrétien, celui qui est né de nouveau,
n ’est pas initie a la foi chrétienne, mais il reçoit de Dieu,
p rincipalement par le moyen de l'Ecriture Sainte, tout ce qui
lui est utile et indispensable p our sa vie. La Bible n'est pas un
livre «ferme», reserve seulement aux «initiés», mais elle est
un livre «ouvert» et destine a tous les hommes. Ce Livre, e n ­
fin, nous révélé que Dieu, en la per sonne de son Fils, est
venu vers nous p ou r nous arracher de la malédiction du p é­
ché et de la mort et nous d o n n e r la vie éternelle. La révéla­
tion nous parle d' un salut qui vient vers nous; l’initiation, au
contraire, décrit les efforts de l 'h om me à la conquete d' un
Idéal, d ' u n Paradis perdu. Telle est la différence irréductible
q u ’il y a entre la foi chrétienne révèlee et l’initiation.
L ’in itia tio n c h e z l ’A . M . O . R . C .

Le M anuel Rosicrucien, qui est, paraît-il, le livre de chevet
de tout membre de l’A . M . O . R . C . 32, de même que la brochure
10 L. Benoist, ibid., pp. 21-22.
" L. Benoist. ibid., p. 22.
Ce qui est p arfaitem en t faux, l'achat du M anuel est p rop ose et non
obligatoire.

356

de pro pa gan de La M aîtrise de la Vie, nous donnent de precieux renseignements sur ce qu'est l’initiation. 11 est vrai que
l’A.M.O.R.C'., très fier de sa « pui ssance» et de son opulence,
n ’hesite pas a décrire avec moult détails le processus de l’ini­
tiation que chaque candidat doit suivre.
L'A.M.O.R.C. recrute tous ses membres par adhésion vo­
lontaire. En effet, l’Ordre fait une intense publicité dans le
m o n d e profane et no tamment par les canaux des mass-medias, la r a d i o 33, les petites a nno nc es dans les j ou rn au x et sur
les boîtes... de conserves d ’a sp e r g e s 34, les interviews de ses
principaux responsables à la télévision ou a la r a d i o 35.
I. Les degrés préliminaires
L'initiation chez l'A.M.O.R.C. compt e plusieurs degrés et
com me nc e par une periode dite de «pr ob at ion » (fig. 6).
L or sq u’une d e m a n d e est acceptée pa r les hautes instances de
l'Ordre, le candidat accomplit un stage probatoire - ou, selon
l'A.M.O.R.C., « p ro ba ti on» d ’une duree totale de 3 mois. Le
travail d'initiation se fait presque uni quement chez soi; il est
appele «travail privé du s anctum». Le candidat doit passer
par une initiation personnelle, une sorte de petite cèremonie
privée selon un rituel dit «de réception». Durant cette breve
periode, l’apprenti rosicrucien est admis comme «visiteur»
au travail en c om mu n dans les loge, chapitre ou pronaos.

)J L'A .M .O .R .C . disposait en 1982 de son propre emetteur pour la région
parisienne: Radio .1 qui diffusa it 24 heures su r 24 su r les F M. 98.4 M liz un
programme d'esoterisme, de musique et d 'inform a tions! La «Haute-Aulorite » (commission chargee des fréquences des radios libres) n'a pas retenu
«R a d io 3 » parmi les « é lu s » ; ce qui a declenche une vive protestation de
l'A .M .O .R .C .. et toute une série de lettres furent envoyees au Président de la
Republique française, M, François Mitterrand.
” I l existe, en effet, aux E ta ts-U n is des «R o se -C ro ix Brand Asparagus»
en vente dans tous les bons supermarches! S o n t-ils comestibles? Sans aucun
doute. Reste a savoir si la fréquence des vibrations des asperges Rose-Croix
est vivifiante pour l'organisme...
JS L'A .M .O .R .C . paie toutes ses publicités. Les interviews à la Radio sont
rares car il semblerait que les m ilie ux radiophoniques ne veuillent pas se
preter a des publicités clandestines. Certes l'A .M .O .R .C . a eu. en son temps,
une duree d’antenne su r «France 3 ». mais c'etait dans le cadre de l'ém ission
«T rib u n e L ib re » et dont le «creneau» de presence est ouvert a n'importe
quelle association.

357

La seconde « b a r r i è r e » 36 à franchir est celle du «Cercle ex­
térieur des Néophytes». Lorsque le candidat desire continuer
sa formation initiatique, il doit d e m a n d e r obligatoirement
son affiliation a l'Ordre. Il est d o n c officiellement intègre
d ans le cercle extérieur des neophytes qui c om p re n d deux
degrés lesquels sont précédés de deux cérémonies p e r s o n­
nelles d'initiations. La duree totale du noviciat est de 3 ans.
Les novices font ainsi leur entrée dans la loge ou dans le c h a ­
pitre p ou r être initié. Les monographi es sont comment ees et
discutees sous la direction du maître de la Loge au cours de
reunions appelees «for um de degres» qui sont en général très
peu frequentees.

L E CHEMIN DE L 'I N IT IA T I O N A.M.O.R.C.
fig .6

J" Ce ne sont pas a proprement parler des «b a rrie re s» au sens d'un exa­
men de passage. La vérité se situe a ille u rs: la seule et unique condition pour
gravir les degres est de payer regulierement ses cotisations. Le changement
de degre est automatique et rien ne s'y oppose.

358

Apres cette période de noviciat, le neophyte devient p our
trois mois «postulant». C ’est une periode «transitoire» qui
ne necessite pas b ea u co u p d ’efforts si du moins le candidat
paye très regulierement ses cotisations annuelles. 11 s’agit,
p o u r lui. de franchir un nouveau seuil, de passer du «cercle
extérieur» dans le «cercle intérieur». L'adhérent devient
ainsi un initié au plein sens du terme.
2. Les n e u f degrés du temple
Si la periode probatoire et celle du «cercle exterieur» d u ­
rent en principe trois ans et demi, par contre, le temps qu'il
f audra consacrer au «fr anchi ssement » des n eu f degres du
«cercle intérieur» (ou sections du temple) est très long! Dix
ans au minimum... si tout va b i e n 37! La formation initiatique
du «sanctum», tout c o mm e celle du «cercle exterieur», est
toujours prècedee à chacun des degres (sauf le 1er et le 9e)
par un rituel de réception initiatique. Le travail du rosicru­
cien chez soi reste le meme: l’et ude des monographies. Par
contre, le «travail en c o m m u n » va (ou devrait) considérable­
ment s ’amplifier. Sous la direction du maître, les « Forums
des degres» d on n en t lieu à des échangés ou a des points de
vue personnels au sujet des experiences psychiques ou parapsychologiques vecues par l’ensemble des membres. De
temps à autre, lors d ' un e ceremoni e solennelle d ’initiation,
les officiers du groupe initiatique conferent le degre - ou
grade - à ceux qui ont subi avec succès tous les tests.
Les membres du « s an c tu m» peuvent sans aucune diffi­
culté, paraît-il, effectuer chez eux toutes les experiences p ro­
posées par les monographies. L’aspect experimental et s ub­
jectif se retrouve sur un plan b e a u co up plus élevé dans les
loges, chapitres ou pronaoi. Sous la conduite d ’officiers
«compét ents», c'est-a-dire haut eme nt initiés, les membres
présents font un pas de plus dans l 'endoctrinement mental et
psychique. Car ne nous y t ro mpo ns pas, les seances d ’initia­
tion ne sont que des lavages de cerveaux, un piege et surtout
un engrenage mortels. Rares sont ceux qui, après avoir at­
teint un haut niveau initiatique, peuvent sortir librement de
l’Ordre. Cette r e com ma nda ti on de l’A.M.O.R.C. ne viset-elle pas en premi er lieu ceux qui seraient tentes de deserter
17 Autrement dit. en réglé de cotisations!

359

les loges ou chapitres? «C'est pou rqu oi nous incitons ceux
qui ont atteint un haut d év el opp emen t psychique et acquis
certaines connaissances et certaines facultés dans l'ordre ro­
sicrucien A.M.O.R.C. à d em eu rer en contact étroit avec l 'or­
dre. avec le grand maître de sa juridiction et avec les officiers
d û m en t no mmes et reconnus par ce dernier, car. dans un tel
contact, ils peuvent rencontrer a tout moment , de la maniéré
la plus i nattendue, et la plus soudai ne, l’initiation qui les fera
entrer dans la grande fraternité b l a n c h e 38.» Un peu plus loin,
nous lisons cette suggestion adressée à tous les membres:
« D ' ê tr e par-dessus tout, loyaux et fideles aux idéaux rosicruciens et de mai nt eni r toujours le contact physique avec l’o r ­
ganisation visible, connue sous le nom d ’ordre rosicrucien
A.M.O.R.C., sous la conduite duquel ils ont placé leur for­
mation int éri eur e31'.» Toutes ces r e com mand at i on s n ’empéchent pas que b e a u co up de membres, même les plus haut
places, quittent l’Ordre. Toutes ces défections sont aussitôt
c ompens ees par de nouvelles arrivées: il faut dire q u ’avec la
publicité bien orchestrée de l'A.M.O.R.C. les résultats ne se
font guère attendre. C h a q u e degré c om po rt e plusieurs phases
initiatiques:
a) L'etude personnelle d u « s a n c tu m » avec l’aide des
monographi es. C h a q u e fois qu'il change de degre, le membre
de l'A.M.O.R.C. chez lui se confère lui-mème l'initiation, et
ceci j u sq u ' a u dixième degre. La cerèmoni e est sensiblement
i dentique a celle des Loges, s a uf que l’initiateur et l'initie ne
sont q u ’une seule et même personne.
b) L’initiation en loge ou en chapitre (les pronaoi n ’en ont
pas) qui est une petite ceremonie de reception, une petite le­
çon sur le travail en co m mu n et, bien ent endu, le serment de
respect au règlement intérieur.
c) L'initiation aux degres du t empl e confèree seulement en
Loge. Il y a une quinzaine d'an nées , seules les initiations des
Ier et 9 e degres étaient conferees, car elles n'existent pas en
«s anc tum». Ce sont, en fait, les seules obligatoires, mais si le
membre ne peut pas se rendre a la Loge il ne cont inue pas
moins à recevoir les monographi es. Pour recevoir l'initiation
«en Loge», il suffit de consulter le pl anni ng des initiations de
’8 H . S. Lew is et R. Bernard, M anuel Rmicrucien, p. 216.
39 H. S. Lew is et R. Bernard, ibid., p. 216.

360

la Loge la plus proche de son domicile, de s'y présenter avec
la dernière monographi e (et avec l'enveloppe!), ainsi que sa
carte de membre, de son récépissé de cotisations (a jour!), et
bien connaître le mot de passe du degre précédent p our être
initie au dègre auquel le membr e a droit. Naturellement, les
initiations ne sont pas gratuites, le candidat a l’initiation de ­
vant payer une s omme forfaitaire. Maigre cela, bea u co u p de
Loges ont de la peine a boucler leur budget...
d) Les «forums des degres» (discussions-dèbats) touchant
a l'etude des monographi es, ceci en vue du développement
des facultés psychiques. Pour y participer, il faut, au moins,
avoir dépassé les deux premiers degres. En réglé générale, les
«f or ums » sont très peu fréquentés.
e) Les ceremonies rituelles du Templ e ainsi que la célébra­
tion de la nouvelle annee rosicrucienne et la ceremonie dite
«de la Pyramide».
f) L’entraînement psychique ou par apsychologique indivi­
duel ou co mmu naut ai re (egrègore).
Les matieres enseignées par l’A.M.O.R.C. sont, du point
de vue occulte seulement, d ' u n e richesse i n o u ï e 40. Dans le
d o m ai n e de l’èsotèrisme et de l’occultisme, c’est le nec plus
ultra! Vraiment difficile de faire mieux, helas! C ependa nt , il
faut constater que les explications «scientifiques» proposées
par l'Ordre concernant la psychologie, la philosophie et sur­
tout l'histoire sont des exemples de plagiat le plus grossier
que l'on puisse imaginer. Il ne faut pas être très doué intel­
lectuellement p our accepter des idées pareilles...
Nous ne pouvons que d o n n e r un très bref aperçu de l'en­
seignement des degrés du Temple. Si l’on voulait enumèrer
toutes les matieres, il faudrait des dizaines et des dizaines de
pages! Jugez-en plutôt: ethique ( Cod e de Vie Rose-Croix),
mat hémat iques «mystiques», loi du symbolisme, nombres et
symboles, loi du triangle; cosmogonie, l’origine du monde et
de l’h o m me ; physique, chimie, philosophies anciennes et
moderne s (le cinquième degré compo rt e un «examen» de
philosophie!), zoologie, psychologie rosicrucienne, sciences
40
C’esi sans doute vrai du poinl de vue de la description de l'experience
métaphysique (c'est un veritable traite de magie blanche que l'A .M .O .R .C .
propose a ses membres), mais cet enseignement, surtout a partir du I I e de­
gre, est tellement dilue q u 'il devient a peu près vide de sens.

361

occultes: telepathie, telekinèsie. alchimie, astrologie, diététi­
que (?), anatomie, etc.
Le «Code de vie du Rose-Croix» qui comprend trente articles est
un ensemble d'enonces, d'ordres, de recommandations touchant a
la vie psychique, morale et aussi a l'hygiène corporelle'11. Par exem­
ple, le rosicrucien doit - ou devrait - effectuer chaque matin sept
respirations profondes afin de «réveiller les centres psychiques»:
après cela, il devrait prendre un bain ou une douche et il doit boire
un verre d'eau fraîche avant de manger! Ce sont là. reconnaissonsle, de très belles paroles, d ’autant plus que les ex-rosicruciens que
nous connaissons n'ont jamais pratique ces exercices4-. Mais, en gé­
néral, le code de l’A.M.O.R.C. est surtout inspire par un affreux lé­
galisme (fait ceci ou ne fait pas cela) et l’occultisme y est nettement
sous-jacent. La morale rosicrucienne se caractérisé par une absence
totale de la Grâce de Dieu. Cela se comprend de soi-méme: le rosi­
crucien peut, en vertu de ses propres efforts, meriter un état cosmi­
que supérieur.
Le sixieme degre rosicrucien est presque entièrement
consacre a l’étude du foncti onnement des organes du corps
h u m ai n et de ses manifestations psychophysiques. Il s'agit en
fait d ’un cours de sciences naturelles, semblable a celui que
l’on d onn e dans les ecolcs primaires. « Ce degre, lit-on dans
le M anuel Rosicrucien, inclut aussi l'examen de met hodes r a ­
pides po u r a me ne r de soudai ns changement s dans les cas sé­
rieux. l’explication de toutes les fonctions des organes, des
nerfs et des plexus du corps humai n dans leur relation avec
les forces psychiques et cosmiques'*1.» Nous sommes loin,
très loin de la medecine traditionnelle. C'est tout simplement
de l'occultisme, ni plus ni moins.
Le septieme degré est le plat de résistance du «menu initia­
tique» rosicrucien. Le caractere occulte va s’accent uer très
fortement dès ce degre p o u r atteindre un point culminant au
douzi ème et dernier degre du «Cercle intérieur». Ce degré
traite en effet de l'existence mét ap hy si qu e de l 'homme. Le
41
Son application, toutefois, est laisse a la lib re appréciation de chacun
selon une décision prise au «Grand C o n se il» de l'O rdre les 4 et 5 septembre
1971 a Lyon.
Ji Selon une décision prise au Grand Conseil des 4 et 5 septembre 1971 a
Lyon, l'application du «Code de \ie du R o se -C ro ix» est laissee a l'appréciation de chacun...
JJ H. S. Le w is et R. Bernard, ibid., p. 136.

362

M anuel Rosicrucien précisé que «ce degre expose en détail le
but reel et la nature du corps spirituel de l'homme et il inclut
des exercices destines a accroître la vitalité et la puissance du
corps psychique et de la conscience qui lui est propre: il est
ensuite explique comment le corps psychique peut être t em­
porairement séparé du corps physique et comment tous les
deux peuvent être rendus visibles simultanément. Au terme
de ces experiences, chaque membre ap pr e nd les methodes
rosicruciennes permettant de projeter le corps dans l'espace,
vers un point ou un lieu quel conque, et de s'y rendre visible à
autrui, sans que le fonctionnement normal du corps physique
en soit affecté. Il est également enseigné certains exercices
ayant p ou r but de d évelopper l'aura au point de pouvoir la
rendre parfaitement visible da ns une pièce sombre et suffi­
s ammen t puissante pour que les mains deviennent lumi­
neuses et m a g n e t i q u e s » 44.
Le huitième degré (29 monographi es) a pour but de « p r o ­
jeter son corps psychique a travers la matiere»! et aussi la
possibilité de voir son aura et de pratiquer la «v ib ro tu rg ie»!
Ce degre, qui compo rt e un grand nombre d'experiences parapsychologiques, est celui qui est cense d on ne r au rosicru­
cien A.M.O.R.C. les «clefs mystiques».
Le neuvième degré, qui c o mp or te l'etude de 40 m o n o gr a ­
phies, est caractérisé, selon nous, par la transition entre l'oc­
cultisme et le spiritisme! Le M anuel Rosicrucien écrit dans ce
même ordre d'idees: «Les enseignements de ce degré renfer­
ment des révélations concernant les ra pport s entre l'homme
et les forces supérieures du cosmique. Ils traitent du déve lo p­
pement des hautes facultés mét aphysi ques dans le corps h u ­
main. C h a qu e membre devient capabl e d ’utiliser certaines
forces de la nature po u r rendre les choses matérielles invisi­
bles. p our éliminer les conditions psychiques et mentales qui
peuvent constituer des obstacles d an s sa vie et pour diriger
ou changer le cours d'évenement s naturels intéressant son
existence, de maniéré à amen er certains résultats définis dans
ses propres affaires ou dans les affaires d ' a u t r u i 45.» Quelles
sont
ces
«forces s upérieures
du
C os mi q ue » ?
La.
l'A.M.O.R.C. est remarquabl e de discrétion. Cep en da nt , et
4J I I . S. Lewis et R. Bernard, ibid., pp. 136-1.17. T o u s ces exercices peu­
vent s'apprendre aussi avant le Temple.
*' H .S .L e w is et R. Bernard, ibid.. pp. 137-138.

363

bien que l 'Ordre se déf ende mordicus d'ensei gner le spiri­
tisme, il semble bien que ces «forces supérieures du C o s m i ­
qu e» soient bel et bien des d ém on s à la solde de Satan. La
Parole de Dieu ne nous met-elle pas en garde contre les « d o m i ­
nations, les autorités, les princes de ce m o n d e de ténèbres, les
esprits méchant s d an s les lieux célestes» (Ephèsiens 6: 12 )?
L’apôt re Paul dit par ailleurs que «Satan lui-méme se d é ­
guise en ange de lumière» (U Cori nt hiens I I : 14 ). Dans la
même èpitre, il écrit ces lignes p o u r le moins extraordinaires:
«Le dieu de ce siècle a aveugle l'intelligence, afin qu'ils ne
vissent pas briller la s pl end eu r de l’évangile de la gloire de
Christ, qui est l’image de Di eu» (II Cori nt hiens 4: 4). Nous
saisissons mai nt enant l’am pl eu r du drame, celui d ’hommes et
de femmes à la recherche de la vérité et qui, au lieu de ren­
contrer le Christ Seigneur et Sauveur, se sont mis en contact
avec les forces diaboliques. Tragique méprisé p o u r ces rosicruciens, sans doute sincères, mais induits en une erreur qui
à la longue peut leur être fatale. Car, seule la foi en JesusChrist, le Fils unique du Dieu Vivant, révélé pa r les Saintes
Ecritures, peut véritablement sauver éternellement les
h o mm es en quête d ’une certitude p ou r leur existence pr é­
sente et a venir.
Le neuvieme degre est le dernier du «Cercle intérieur».
C ’est un degré très difficile si l’on en croit les statistiques de
l’A. M.O.R.C.: seules 224 personnes sur 1000 atteignent ce
haut niveau initi at ique4'’.
3. Le Cercle des lllum inaii
Lorsque l’étudi ant rosicrucien A.M.O.R.C. a «franchi»
victorieusement l’obstacle du neuvieme et dernier degre du
«Cercle intérieur», il est, en principe, admis dans le Cercle
très fermé des «Il luminati» (ou Illuminés) qui, lui, comport e
trois degrés. C ’est un Cercle qui c om p re n d en quelque sorte
l’elite des inities (selon l’A.M.O.R.C., 101 personnes sur 1000
parviennent à ce stade initiatique). Naturellement, les enseiLes statistiques figurant dans le M anuel Rosicrucien sont les memes de­
puis sa parution en langue française en 1958 et elles n'ont jamais ete verifiees ou revisees. Ce sont, selon nous, des statistiques américaines. Rappe­
lons une fo is de plus q u 'il su ffit d’envoyer regulierement son cheque repré­
sentant le montant de la cotisation annuelle pour être membre de
l'A .M .O .R .C .

364

gnement s dispensés dans le cadre de ce Cercle sont plus
«mystiques» que dans les degres précédents et atteignent un
très haut niveau d ’occultisme. Les membres du Cercle des IIluminati disposent, en effet, de pouvoirs occultes très etendus. Toute la g amme et les pratiques magiques, m an i p u l a ­
tions psychiques, exercices parapsychiques, transmission de
pensée, hypnose, télekinesie, d év el op pe ment de l'intuition et
de la vision psychique, font partie de l’arsenal occulte du dis­
ciple Rose-Croix A.M.O.R.C.
Q uo iq ue le M anuel Rosicrucien n ’en souffle mot, il existe à
ce stade des mo nographi es; celles-ci sont très nombreuses
(plusieurs centaines!) et traitent en particulier des sujets qui
ne sont autres que des extraits de livres que l'on peut se p r o ­
curer chez n' importe quel libraire spécialise en esotérisme ou
en occultisme. Des titres c omme La parabola, Voyage d'un
rosicrucien de Franz Ha r tma nn, La nuée sur le Sanctuaire
d ’Eckart hausen de même q u ’un e ci nquant aine de m on o gr a­
phies sur Cagliostro constituent l’enseignement de base des
I Ie et 12e degres.
Les grands initiés, c'est-à-dire ceux qui ont terminé le 12e
degre, ont la possibilité d'ecrire une mon ographi e de et sur
l’A.M.O.R.C. et ils peuvent être membres actifs de la Gr a nd e
Loge de la Juridiction Internationale. Ainsi donc, leur sphère
d'influence tant sur le plan occulte que juridique au sein de
l'organisation est énorme.
4. L'egregore

C o m me n t expliquer le p h e n o m é n e de l'initiation? Autre­
ment dit, comment se fait-il que des catholiques ou des p ro­
testants, des juifs ou des musul mans, des athées ou des ani ­
mistes peuvent être membres d ’une seule et même société?
Ou encore, comment com pr e nd re que tous les adherents de
l'A.M.O.R.C. croient en si peu de temps - trois mois suffisent à cette fausse doctrine de la reincarnation et du Karma? Il y
a la, en effet, quel qu e chose de dé routa nt p our le profane.
Est-ce p our autant inexplicable? Vu de l'exterieur, sans
d out e oui; mais, de l'intérieur, la vérité apparaît clairement:
l’initiation n ’est autre q u ’une subtile manipulation mentale
qui engendre i mma nq ua bl em ent un état de dépe ndance psy­
chique. Ce qui caractérisé spécifiquement l’initiation rosicru­
cienne, privée et plus encore communau tai re , c'est legregore.
365

La plupart de ceux qui cherchent a connaître les mét hodes
d'initiation de l'A.M.O.R.C. n 'att achent pas ou peu d ’i mp or ­
tance a l'egrégore. Selon une définition fort prisée par l 'Or­
dre, l'egrégore est le « rassemblement d ’entites terrestres et
supraterrestres constituant une unité hierarchisee, mue par
une i d ee- forc e»47. «L'égregore est le c h a m p de force positive
et benefique auquel, c omme rosicrucien, vous êtes désormais
rattache et auquel vous resterez rattache aussi longtemps que
vous demeur ere z membre actif et regulier de notre O r d r e 4\ »
Les entites terrestres sont, bien ent endu, les membres «actifs
et réguliers» de l’Ordr e; les entités supraterrestres seraient
selon l'A.M.O.R.C. «le haut conclave des maîtres cosmi­
q u e s » 4’. Car, selon l’explication rosicrucienne, «l'égregore
serait c omme une cristallisation, une c onde nsat ion parti cu­
lière de la haute essence cosmi que en vue d ' u n but défini:
l'avancement collectif et individuel de l 'hu mani t e qui e m ­
p run te notre v o i e 50.» L'egregore est d onc cette «masse
d'energie psychique» produi te par le gro up e lui-mème.
En effet, c ha qu e rassemblement d o n ne lieu à des échangés
d'energie psychique entre les participants et les «forces cos­
miques». A l'aide de formules rituelles et magiques a c c o m ­
pagnées par la concentration de pensee, un climat très parti­
culier, empreint d'occultisme et de mysticisme, se cree. L'ef­
fet de cette co mm un i on est s urpre nant : les participants ne
sont plus q u' un , ou, plus exactement, une seule m asse psychi­
que. Ce n'est, en définitive, q u ' un e espece de c o m m u n i o n fra­
ternelle psychique, une d yn am iq u e des groupes franchement
diabolique. C ar l'énergie psychique de l’egregore exerce sur
l'individu une pression terrible, et cela se traduit dans pres­
que tous les cas par une mani pul at ion psychologique, un
condi t ion nement mental et un asservissement spirituel, et
bien souvent à l'insu des participants. Dans le cas contraire,
il y a rejet. C'est ce que nous montre le texte qui suit: «Au
sein de cet egrégore général chacun fait sa place. Si un m e m ­
bre s 'ha rmonis e a l'ensemble, il appor tera sa pierre et, en
meme temps, il recueillera, en protection et en évolution, les
fruits de sa participation a la force c o m m u n e ; sinon il s’éli4' H. S. Le w is et R. Bernard, ibid.,
48 M anuel Permanent de Reference
4" H. S. Lew is et R. Bernard, ibid.,
50 H. S. Le w is et R. Bernard, ibid..

366

p. 89. C ’est nous qui soulignons.

et d'inform ation, p. 58.
p. 90.
p. 90. C'est nous qui le soulignons.

minera de lui-meme ou sera rejete par l'egregore, souvent
sans qu'il se rende compte que son «retrait» est du à une im­
pulsion ayant son origine ailleurs qu' en l ui -même51.»
C o m me n t une telle chose est possible? Au risque d'étre
prétentieux, cela s'explique, en fait, assez bien. Celui qui p a r ­
ticipe a l'egregore d on n e et reçoit psychiquement des « én er ­
gies», par apsychologiques faut-il préciser. D'une part, il se
«vide» psychi quement et, d 'a ut re part, il reçoit des in­
fluences occultes p o u r le moins etrangeres à sa personnalité.
Cette «c om mu n io n psychique» laisse des traces: le rosicru­
cien perd peu a peu son sens critique, il devient un instru­
ment docile entre les mains des « Gr a n d s Maîtres», il ac cep­
tera toutes les idées qui viennent d ’«en-haut», il sera alors
convaincu de la justesse de ses experiences subjectives et d e ­
viendra un disciple zele de la Rose-Croix. Rares sont les rosicruciens ayant atteint les hauts grades qui parviennent a qui t­
ter librement le mouvement, car les pressions psycho-occultes
exercees de la part de l'egregore sur les «récalcitrants» ne
sont pas choses négligeables, loin de là.
L’initiation n'est donc q u ’u ne mani pul at ion mentale et spi­
rituelle. Elle est la transmission, directe ou indirecte, de p o u ­
voirs psychiques ou occultes. Sous le couvert du secret, elle
contribue a rendre l’ho mm e d é p e n d a n t de l'homme et plus
encore de l'Ennemi. L’initiation, p a r son essence même, s’o p ­
pose de façon absolue'd la Révélation. Tandis que l'initie fait
confiance en l 'homme, a lui-meme, a ses pouvoirs et a sa
connaissance, le chretien, lui, met sa confiance en Dieu, en
celui qui est le Tout-Puissant, createur et redempteur. Enfin,
il est i mportant de souligner que la doctrine biblique de la
Grâce, du salut gratuit en Jesus-Christ, est rigoureusement
absente de la «phi losophie» Rose-Croix; pour eux, seul l’ef­
fort humai n compte. Nous saisissons la différence fonda­
mentale entre l'initiation «elitiste» et résolument orientee
vers l 'homme et la Révélation biblique - qui est universelle -,
celle qui s'adresse «à q u i co nq ue» et qui n ’a q u ’un seul but,
celui de glorifier le Dieu trois fois saint, Pere, Fils et SaintEsprit.

51 H. S. Lew is et R. B e rn a r d , ibid., p. 90.

367

Les m éthodes d'enseignem ents de l’A .M .O .R .C .

I. Le secret
Les met hodes d'ensei gnement s de l'A.M.O.R.C. sont, â
l'instar de toutes les sociétés sécrétés initiatiques, basées sur
le secret. Le caractere confidentiel et privé des matieres e n­
seignées est, en principe, absolu. C ’est en tout cas ce q u ' a f ­
firme le M anuel Rosicrucien: «C e que cha que membre s ' e n­
gage a tenir secret concerne les particularités de cha que céré­
monie d'initiation, y compris ce que disent le maître, les
autres officiers et les membres au cours de la cérémonie,
ainsi que ce qui est fait par le maître, les officiers et les m e m ­
bres, avant, p en d an t ou après la cérémonie. Sont d o nc c o m ­
pris dans le secret, les rituels d' ouvert ure et de clôture de ces
cérémonies, les mots, les phrases, les signes et les symboles
employés dans le temple, la loge, et les chambres extérieures,
le j o u r de ces initiations ainsi que les poignées de mains, les
mots de passe, les salutations et les signes de r econnai s­
s a n c e 52.» L'etudiant A.M.O.R.C. ne doit-il pas declarer avant
l'initiation cette promesse: « De v a n t le signe rosicrucien, je
promets sur l 'h o nn eu r de ne j amai s révéler a qui conque, s'il
ne s'agit pas d ’un membre actif et régulier de l'ordre rosicru­
cien A.M.O.R.C., les signes et les mots que j'ai pu app re nd re
avant, p end ant ou après mon admi ss ion au premier d e g r é 53.»?
La discrétion des membres de l’A.M.O.R.C. est une necessite
absol ue p ou r l’Ordr e; en cas de non-observance, celui-ci est serait - i mmédiat ement expulse sans espoir de retour. N o ­
tons, ce pendant , que le secret si j al ous ement revendique par
l’A.M.O.R.C. n ’est en fait q u ’un secret de polichinelle. Cela
tient p our deux raisons au moins:
Les traditions initiatiques ou occultes ont été revelees au
grand public par les grands inities eux-mêmes. En effet, d e ­
puis un siecle, ceux-ci ont publie quantité de livres touchant
à toutes les branches de l'esoterisme; bea u co up de secrets
ont ainsi ete dévoilés et comment és. Nous pensons nat urel le­
ment a Max Heindel, mais aussi à René G ue no n, aut eur
d'ouvrages esoteriques, Papus, sans doute le plus grand s pé­
cialiste de l’occultisme; au Dr Ed. Bertholet, célébré médecin
S! H. S. Lew is et R. Bernard, ibid.. p. 73.
53 H. S. Lew is et R. Bernard, ihid., p. 74.

368

occultiste. Toutes les pratiques occultes ont ete ainsi mises en
lumiere et le secret de toutes les sociétés initiatiques a fondu
p o u r ainsi dire comme beurre au soleil!
Les recherches archéologiques, theologiques, ecclesiologiques, semantiques, etc. nous ont permis d ' a p p r of on d ir dans
de très grandes propor ti ons nos connaissances sur les civili­
sations ou religions a uj our d' hu i disparues. L'organisation
des Esseniens, la doctrine secrète des Cat hares sont mai nt e­
nant des faits connus, du moins des spécialistes.
En définitive l'esotèrisme n'est q u 'u n leurre, «le dernier
alibi de l’ignorance, l’ultime travesti de la real ité»54. Et que
dit la Bible à propos du secret? Justifie-t-elle un enseigne­
ment èsoterique? Jésus, lui-meme, n'a-t-il pas prononcé ces
paroles extraordinaires: « C a r il n'y a rien de cache qui ne
doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu. Ce
qu e je vous dis dans les tenebres, dites-le en plein jo ur : et ce
qui vous est dit a l'oreille, prëchez-le sur les toits» (Matthieu
10: 26-27). C ’est clair et net: l'enseignement de Christ est un
enseignement destiné a tous et non pas adresse a une élite, à
«ceux qui en seraient dignes».
Après cette co nd a mn a ti on implicite de l’èsoterisme par J e ­
sus-Christ, l'apôtre Paul, sans détour, va confirmer explicite­
ment les paroles du Seigneur: « N o u s rejetons les choses h o n ­
teuses qui se font en secret, nous n ’avons point une conduite
astucieuse, et nous n ’altérons point la parole de Dieu» (Il
Cori nt hiens 4: 2). Parlant du retour en gloire du Ressuscite,
Paul ajoute; «Di eu jugera p a r Jèsus-Christ les actions sé­
crétés des h ommes » ( Romai ns 2: 16).
2. Les monographies
Quoi qu'en dise l’A.M.O.R.C., les monographies sont des
véritables cours d'occultisme p ar correspondance. Ces etudes
a p p a r e m m e n t complétés et détaillées sur un «sujet précis»
sont envoyées a raison de deux par mois, d ’une manière dis­
crète par la G r a n d e Loge à tous ses membres individuelle­
ment. Le rosicrucien devra etudier très régulièrement les le­
çons de la monographie. Pour cela, il choisira un j o u r fixe de
la semaine et le lieu détermine qui deviendra son «sanctum
prive». C ’est la, devant une table, un miroir, le triangle rosiSJ L. Henoist. L'esoierisme. p. 26, Q u e sa is- je ?

369

crucien. deux bougies et de l'encens, que le disciple de
l’A.M.O.R.C’. etudiera, experimentera. méditera tous les e n ­
seignements occulto-traditionnels rosicruciens.
Les « M o n o gr a p hi e s du Mailre», de présentation inégalé,
c o mp re n ne nt en réglé générale huit a douze pages imprimees
ou ronéotypees. Ces monographi es seraient prêtées et non
vendues. En cas de renoncement , le m emb re d e l’ordre rosi­
crucien A.M.O.R.C. devrait rendre tout le matériel reçu. Ces
mon og rap hi es sont, bien ent en du, confidentielles: elles ne
devraient pas, en principe, t o mber da ns les mains des p r o ­
fanes, c'est-a-dire des non-inities.
C h a q u e m on og ra ph ie c om p re n d une « Co nc or da n ce »,
c’est-a-dire une breve « E t u d e de l'opinion d ' u n per sonnage
célébré». On choisit un texte qui concorde, ou semble
concorder, avec les enseignements olficiels de l’A.M.O.R.C.
Francis Bacon. Thomas Vaughan. Em ma nu el Kant et bien
d ’autres, sans oublier J o h n Wesley! sont cites en reference
par l'Ordre.
Ensuite, vient le plat de résistance: l'enseignement d ’une
matiere, phi losophique, occulte ou... biologique! avec son c o­
rollaire, (' «application pratique». Le cont enu et surtout sa
valeur sont très inégaux. Assez «intéressant» au début, l’e n ­
seignement se dilue très r a pide ment dans des considérations
verbales sans grande importance. «On y trouve, écrit Frank
Martin, journaliste a «La De pe ch e » d' Evr eux, quelques experiences de physique amus ant es et un insipide verbiage e n ­
trelarde d 'u n rituel de grand g u i g n o l 55.»
A propos de ces experiences. il faut remarquer, cependant ,
qu'elles ne sont pas toutes « amu s an t es » ou innocentes. C e r ­
taines d'entres elles sont de véritables techniques d ’automanipulation psychique. Alliant tour a tour les met hodes de re­
laxation. le symbolisme, le ritualisme et la magie blanche, le
candidat Rose-Croix accomplit toute une serie d'exercices
qui devraient cont ri buer a son dével oppe men t psychique et
mental. Ces techniques «epr ouvees » ne marchent pas t o u ­
jours! Tel rosicrucien en vingt ans d ’affiliation n'a j amai s
rien ressenti: tel autre membre de l'A.M.O.R.C. après trois
mois d' e tu de était en mesure de prati quer l'hypnose! Com,s H. M artin, Ou rilili i h e : le\ Rose-Croix in «L a Depeche». samedi 30 ja n ­
vier 19X2.

370

ment expliquer cela? Très simple a vrai dire: certains sont
doues d ' un e très forte personnalité et refusent l'état de passi­
vité q u' on leur suggéré: d'autres sont plus «sensibles», receptifs aux phenometies p ar a no rm au x, et, p ou r eux seulement,
la technique psycho-occulte produi t des résultats qu'il est
difficile de nier.
Enfin, pedagogie oblige, c ha que mono gr ap hi e se termine
p ar un « Ré su mé » qui, il faut le dire, est fort bien rédigé.
Nou s dirions meme qu'il s'agit la d 'u n veritable exploit litté­
raire: rien de plus difficile, en effet, de rendre clair tout un
c harabi a soi-disant ésoterique!
L’etudiani rosicrucien qui étudié et médité les mo no gr a­
phies ne fait pas du mysticisme en solitaire, loin de la. D e­
vant le miroir et les symboles rosicruciens, l'apprenti RoseCroix se trouve place devant cette masse psychique qu'est
l'egregore. Cette «for mul e brève» de l'A.M.O.R.C. est très
explicite:
«L' et ude
privée
des
enseignements
de
l'A.M.O.R.C. met le rosicrucien en parfaite resonance avec
l'egregore de la Rose-Croix: la presence reguliere aux convo­
cations d 'u ne loge, d 'u n chapitre ou d 'un pronaos jointe a
l 'étude privee établit le rosicrucien dans l'egregore et dans la
filiation traditionnelle de notre o r d r e 56.» Ainsi donc, le
« s anc tum» est le premier et i mpo rt an t maillon de la chaîne
initiatique.
L’enseignement des degrés est «co u ro n ne » par une ceremoni e initiatique. Mais il est très i mportant de savoir qu'il y
a trois sortes d ’initiations:
La premiere. personnelle, chez soi, au cours de laquelle le
candidat «s'initie lui-meme», c'est-a-dire qu'il remplit simul­
t anéme nt le rôle du Maître et celui du candidat! En effet, a
c h a q ue nouveau degre (depuis le premier degre neophyte et
j u s q u ’au dixieme). le candidat rosicrucien reçoit lors de la
premiere leçon le «Rituel d ’initiation» qui correspond a un
nouveau « Portail ». Le ca nd ida t au degre supérieur, seul d e ­
vant son «Sanct um», dialogue avec ie «Maî tre»! A l'aide
d ' u n di agramme, d ' u n e glace, de deux bougies et des vapeurs
d'encens, le rosicrucien accomplit tout un parcours bien d é­
t ermine (en principe d'ouest en est de la chambre), prononce
des paroles rituelles (les paroles du Maitre sont lues a voix
H. S. L e u i s e t R. B e r n a r d , ibid.. p. V5.

371

basse) et bien entendu le mot de passe. Le «cha nt de l'illu­
mine», une sorte de cantique a la sauce rosicrucienne, ter­
mine ce rituel initiatique. Il est inutile de dire que ce genre
d'initiation fait rire les membres de certaines obediences m a ­
çonniques!...
- La deuxi eme initiation a la loge ou au chapitre (les pronaoi n ’en ont pas) ne vise q u' un seul but. celui de co nd it i on ­
ner le cand ida t et ceci par le moyen du secret (déroul ement
de la céremonie. mot de passe), par l’acte d' allegeance à
l'A.M.O.R.C. et a ses dirigeants. Le ca nd ida t à l’initiation
doit à c ha qu e fois preter un serment de respect au règlement
intérieur. C ’est tout si mplement une petite ceremonie de ré­
ception, avec une petite leçon sur le travail en commun .
- Enfin, la troisième initiation, dite «des degres du t em ­
ple», est conferèe seulement en loge. Il y a une quinzaine
d ’annees (avant 1968), seules les initiations du premier et du
neuvieme degres etaient donnees en Loge car elles n ’existent
pas en «s anc tum». Ce sont, en fait, les seules obligatoires. La
situation a de nos jours quel que peu changé: mai nt enant
qu'il y a plus de Loges, toutes les initiations doivent se rece­
voir dans l'Ordre. de 1 a 9 5".
Le dér oul emen t des services initiatiques reste à peu de
chose près identique. Divers dispositifs sceniques: lumières,
bruits, encens, ton solennel de certains officiants habilles en
robes de diverses couleurs (regalias) sont destines à i mpres­
si onner le candidat. Le texte du rituel d'initiation «en loge»
pretend toujours faire passer le candidat de l 'ombre a la lu­
mière.
3. L'enseignem ent du temple
L’enseignement du temple, qui a lieu une fois par semaine,
a p ou r but de verifier la progression initiatique du candidat,
de compl ét er ses connaissances, s'il y a lieu de t emoigner de
ses experiences psychiques et enfin de recevoir l'initiation
lors de c ha qu e nouveau degre. Mais ce n ’est pas tout. La
c o m m u n a u t é tout entiere est assimilee da ns l'egregore: « E n
se rendant a la loge, au chapitre ou au prona os de leur ré­
gion. nos membres s'intégrent a la chaîne sans cesse vivante
5' Le nom des degres de l'A .M .O .R .C . est le meme que celui de la Golden
Dawn.

372

et tangible qui les unit aux adeptes du passe et, selon une
transmission ininterrompue, aux plus lointaines expressions
de la pensee mystique sous la forme manifestée d' une cellule
de travail. Ils se mettent ainsi, da ns l'espace et le temps, en
h ar moni e avec la force vibratoire de nos anciens maîtres, et
sans aucun doute, a travers eux, avec une source initiatique
plus éloignee encore dont ne peut faire état un message de
portee aussi generale. En un mot, ils s'incorporent pleine­
ment au ros icr uci ani sme**.»
Le M anuel Rosicrucien, Le M anuel Perm anent de Refèrence et
d ’inform ation, les revues et bulletins
En dehors de monographi es, le rosicrucien est a bo nn é a la
revue trimestrielle R ose-C roix59. Celte revue est, en principe,
destinee aux seuls membres actifs de l'A.M.O.R.C. et aussi
aux «Amis de l’A . M . O . R . C . » 60. Cette publication est stricte­
ment privee et confident iell e61. C h a q u e numéro renferme «La
pensée du mois» de l 'i mperator , des articles de fond sur la phi­
losophie rosicrucienne et des informations. A côté de cela, les
adhérent s des loges reçoivent un bulletin interne du nom de la
loge, trimestriel lui aussi, avec tous les renseignements utiles
et pratiques (listes des officiers de la loge et du rituel, du c o­
mité administratif, des responsables des différents comités).
On y trouve aussi les dates des ceremonies d'initiation, de
courtes méditations, des biographies «rosicruciennes» et des
informations de l’« Ordr e Martiniste Traditionnel».
Enfin, le M anuel Rosicrucien, celte pseudo-bible de
l'A.M.O.R.C., est. paraît-il, un message de base a chaque
membr e de l'A.M.O.R.C.. plus precisement aux membres du
s anctum. Mais la vérité se situe ailleurs. Ce livre n'est pas un
58 H. S. Lew is et R. Bernard, ibid., p. 95.
’ En plus, chaque membre reçoit le Bulletin de liaison, nouvelles d interet
général émanant du siege de l'O rdre. mais aussi des Editions rosicruciennes.
M ais ce n'est pas tout! Raymond Bernard, Légat suprême, adresse lui-méme,
cette t'ois-cî contre finance, un bulletin, parait-il très édifiant, intitule Lettre
d e nulle part'. Ajoutons encore pour faire bonne mesure que le Grand M aî­
tre. qui n'est autre que le f ils de Raymond, publie une nouvelle re^ue - ou
plutôt sa revue - appelee Forum Rosicrucien, répliqué du Rosicrucian Digest.
revue «p rive e » ( sir) du défunt Imperator H. Spencer Lewis.
' I l y a quelques annees, il arrivait de trouver cette revue dans les k io s­
ques!
Vraiment?

373

manuel oper at if (la plupart des membres de l’A.M.O.R.C. ne
s'en servent a bs ol ument pas), mais son édition repose uni ­
q ue me nt sur des criteres purement financiers. Nou s disons
bien financier, et non commercial, car cet ouvrage est vendu
très cher (35.40 francs suisses en 1979). Par contre,
n ’oublions pas le M anuel de Reference et d 'inform ation , b r o ­
chure envoyee gratuitement a tout nouveau membre de
l'A.M.O.R.C. et qui est une veritable mine de renseigne­
ments. Tout ce qui concerne cette secte rosicrucienne, et n o ­
t am me nt ses structures et ses moyens de pro pa gan de, est e x­
cellemment mis en évidence. Sa lecture nous a permis de
c o m pr e nd re tous les rouages de cette gigantesque organis a­
tion initiatique.
Les livres, disques et cassettes
La bibliographie rosicrucienne est i mpressi onnant e tant en
anglais qu 'e n français. A tout seigneur tout honneur , les li­
vres de H. Spencer Lewis sont de loin les plus nombreux. Les
ouvrages sont a b o n d a m m e n t diffuses d ans le commer ce et
n ’importe quel profane peut se les procurer en librairie. En
ce qui concerne les nomencl atur es des matieres, nous p o u ­
vons dire que tous les d omai nes ésoteriques sont touchés:
mysticisme, symbolisme, astrologie, histoire légendaire, oc ­
cultisme, les doctrines secrètes de Jésus, la vie mystique de
Jésus, médecine, psychologie, etc. Les ouvrages sont surtout
un instrument de p r o p a g a n d e destine a seduire les ames t rou ­
blées en quête de salut. Les résultats prouvent, helas, que de
trop nombreuses personnes sont littéralement subjuguées par
toutes ces mauvaises lectures. Bien que toute cette littérature
soit en premier lieu proposée au grand public, les membres
sont invités a les a c h e t e r 6:, tout en sachant bien qu'ils ne leur
seront d ' a u c u n e utilité dans leur vie d'initiation.
Par contre les disques et les cassettes seraient très utiles
po u r le rosicrucien. Par exemple, lors d ’une audition d' un
morceau de musique (les musi ques d'Al bi noni et de Wagner
sont fort prisees par l'A.M.O.R.C.). le ca nd ida t a l'initiation
a la possibilité de se voir dans une precedente incarnation!
Nous sommes la en plein spiritisme!
"2 De temps a autre dans les monographies ou dans la revue «R o se C ro ix » . on y trouve le meme refra in: « L e s L d ilio n s Rosicruciennes ont ete
creees pour vous».

374

Notre conclusion, co ncernant les mét hodes d 'ens ei gne­
ment de l’A.M.O.R.C.. nous d é mo nt ré combien cette secte est
puissante, bien structurée, et surtout terriblement dangereuse
et pernicieuse. C ’est la raison p ou r laquelle nous avons d é m o n ­
tré avec le plus de soin possible tout ce mecanisme de l'initia­
tion qui repose sur un enseignement, ou plutôt sur un endoctri ­
nement, excellemment mis au point et surtout bien rode. Nous
const at ons que les leçons ne sont pas simplement théoriques,
mais elles revêtent un caractère expérimental. Il est d o n c
possible pour le candidat Rose-Croix d'effectuer, même a ses
débuts, ses propres experiences psychiques ou occultes.
L ’in i t i a t io n s e l o n le L e c to r iu m R o s ic r u c i a n u m

Nous nous t rouvons là en présence d ' u n autre schéma
d'initiation; mais le principe en est le même, c’est-a-dire une
lente progression de la connaissance des «mystères» qui doit
- ou qui devrait - permettre a l ' h om m e de s'elever hors de la
matiere, ceci dans le but d'att ei ndr e des «spheres» plus elevees, plus «subtiles», ou plus exactement «etheriques» ou
«divines». Dans le cas précis du Lectorium Rosicrucianum,
l'initiation est la «voie rapide» qui mene a la «Patrie per­
d ue» , a la rencontre de l ' « l d e e originelle» ou encore de
r « H o m m e primordial».
/. L'initiation: un appel à la «transfiguration»
L'initiation est d onc un chemin. Le point de départ de tout
ce long processus vous est décrit avec clarté par J. van
Rijckenborgh: « Lor squ 'un h omme, pousse par l'aiguillon du
presouvenir, se met à rechercher sa destination, lorsqu'il
c o mm e n c e à concevoir son egarement, son esseulement et
q ue son subconscient lui fait s o u p ço nn e r les innombrables ri­
chesses et les indicibles beautes qui l'attendent, alors jaillit
de lui une vibration m a g n e t i q u e *’3.» Par ailleurs, il définit
quelles sont les trois conditions p ou r etre membre de l'Ecole
spirituelle: «être véritablement poussé par le presouvenir, et
sur cette base, ent reprendre et perseverer dans le revirement
fondament al , et s'ouvrir ainsi le chemin vers la veritable m a ­
gie et l'initiation»*4. Le but de l’initiation n'est autre que
01 J. van Rijckenborgh. Philosophie elem enlaire J e la Rose-Croix moderne.
p. 48. C e si nous qui le soulignons.
M J. van Rijckenborgh. ibid.. p. 43. ("e st nous qui le soulignons.

375

«l 'admission progressive d ans la hi ér a rc hi e65, le scellement
sacramentel, dans l 'h omme n ouveau reconstitué, des facultés
et des forces de l’ho mm e o r i gi n el » 66.
L'initiation est, selon les thèses de la Rose-Croix d'Or, un
appel a la «transfiguration». Le disciple rosicrucien, poussé
par le «presouveni r» de l’existence perdue, retourne à la Pa­
trie du Pere, a l'etat divin originel. Elle co mp re ndrai t grosso
m o d o sept aspects qui constituent le «nouvel état d ’être»:
-1) Une connaissance supérieure, une sagesse absolue, un
nouveau savoir (la nouvelle façon de penser).
-2) Une identification avec les forces divines, une c o m m u ­
nion consciente avec le Seigneur (une façon nouvelle de p e n ­
ser avec le coeur).
-3) Un accord parfait entre la volonté h um ai ne et la vo­
lonté divine, l’épan ou is se me nt du nouvel être.
-4) La mission et le service a l’intention du G r a n d Oeuvre:
c’est une «collaboration simultanée et effective de la tète, du
coeur et de la volonté» (la naissance du nouveau corps et he­
rique).
-5) Le ch angement structurel de la conscience, de l'âme et
du corps ou la naissance du nouv ea u corps physique.
-6) Servir le G r a n d Oeuvre et entrer en contact avec l'humanite, soit la reunion de la nouvelle personnalité avec l’âme
spirituelle.
-7) Entrer d an s la liberté absolue c o mm e prètre-roi ou «la
reunion de la nouvelle personnalité avec l’Esprit divin: c’est
la Vi ct oi re»67!
2. Le «champ m agnétique» de l'«Ecole Spirituelle»
Les sept aspects ne sont pas des grades initiatiques p r o p r e ­
ment dit, mais ils caractérisent spirituellement les phases du
dével opp emen t de l’homme. «Les trois premiers aspects, ex­
plicite J. van Rijckenborgh, sont les trois phases de la me r­
veilleuse naissance de l’h o m me nouveau, le quat ri ème aspect
est l’offrande de la vie et de la crucifixion de l’ho mm e n o u ­
veau; le cinquième est la résurrection de l’h o m me nouveau;
1,5 C est-a-dire le Lectorium Rosicrucianum. émanation actuelle de la H ié ­
rarchie ou de l'Eco le sp irituelle.
“ J. van Rijckenborgh, ibid.. p. 43.
6' Selon J. van Rijckenborgh, ibid.. pp. 44-45 et 62-63.

376

le sixième aspect est l'ascension et q uant au septieme, c'est la
descente de l'Esprit Saint dans l 'h omme n o u v e a u 68.»
Ce pseudo-langage religieux ne doit pas nous tromper, car
le Lectorium Rosicrucianum. plus encore que l'Association
Rosicrucienne de Max Heindel, emploie le vocabulaire bibli­
qu e po u r justifier ses enseignements esoteriques. Nous
s ommes dans l’obligation de constater, une fois de plus, que
le nom de Christ est ri goureusement absent dans le processus
de l’initiation. Par Christ, nous ent end on s la deuxième per­
son ne de la Trinité, Sauveur et Seigneur, et non pas une « r a ­
diation christique». Le lecteur l’aura sans dout e remarqué:
l’h o m m e nouveau dont il est question plus haut n ’est autre
que l ’h o m m e et non pas Jésus. En effet, le sacrifice de Jésus
s ur la croix n ’existant pas, seul rentre en ligne de compte le
sacrifice de l 'homme. Il ne s’agit pas de salut par grâce, mais
d ’autojustification, de «salut» pa r ses propres efforts. Tout
cela, et nous l'avons déjà vu, n ’est q u ’une gigantesque mysti­
fication. Paul, l’apôtre de la grâce, n'écrit-il pas que ce n'est
pas pa r les oeuvres qu e le salut est manifeste, afin que per son­
ne ne se glorifie (cf. Ephèsiens 2: 9). Mais il semblerait que
les maîtres a penser du Lectorium Rosicrucianum n'attachent
pas b ea u co up d ’i mportance à ce verset pourtant si clair...
Etre initie signifie tout si mplement progresser magnét ique­
ment vers le « C h a m p magnét ique de l'Ecole Spirituelle».
Ainsi, la relation de l'èleve avec la hiérarchie est matériali­
sée: il s ’agit en effet de radiations magnétiques, de vibra­
tions, d o nc de substance matérielle, et non pas d' une relation
spirituelle avec le Dieu vivant qui, elle, n ’est pas mesurable.
La différence est fondament al e: le rosicrucien du Lectorium
est, qu'il le veuille ou non, sous l’emprise de «forces magnéti­
ques », plus exactement occultes, et cela à son insu. Croyant
sincerement trouver la vérité, il se trouve pris en fait dans un
faisceau de puissances étrangères à sa personne.
3. Un noviciat en deux etapes
Mais p ou r parvenir a l'initiation proprement dite, l’elève
qui desire progresser dans la connaissance initiatique doit
passer par une sorte de noviciat en deux etapes: le Consecratio et le Bénedictiol J. van Rijckenborgh, toujours lui, précise
68 Cf. J.

v a n R i j c k e n b o r g h . ih id ., p. 45.

377

le sens de ces mots: «Le C'onsècratio est l'initiation, le lien
entre l’ecole et l'èleve. Le Benedictio est la prise de l'initié
sur le profane, la liaison entre l'initie et le profane. Le Benédictio ouvre la voie au C o n s é c r a t i o n . » Ce langage à la fois
etrange et mystérieux est caractéristique a l'èsoterisme et t ra­
duit s ymbol iquement une réalité, voilee certes, mais reelle.
Le Bénedictio est la liaison indirecte entre le candidat et la
hiérarchie ; en d'autres termes, cela signifie que le candidat,
venant du mo n de dit «dialectique», entre dans l’ombre des
choses à venir et qu'il voit de loin, il est vrai, le chemin de la
délivrance, celui qui mène en haut. Le Consecratio, lui, fait
suite au Benedictio et represente une nouvelle marche dans
la mont ée vers l'initiation, une entree dans la hiérarchie.
L'eleve qui parvient à franchir ces deux stades preinitiatiques
se trouverait d o n c en presence du « M a î t r e » 70. Soyons clair:
le « Maî t re» n'est pas une personne, encore moins le Christ,
mais tout simplement l'Ecole Spirituelle!... avec toutes ses i n­
fluences nefastes, empressons-nous d'ajouter.
Les elèves qui se trouvent sur le parvis de l’«Ecole Spiri­
tuelle» (Benedictio) ont «reçu la semence nécessaire à la
conception et sont mai nt enant tenus de faire fructifier cette
s e m e n c e » 71. Le C hemi n de la délivrance est le d év el op pe­
ment «d an s le corps» d ' u n e nouvelle personnalité. L'initia­
tion est do nc le moyen po u r parvenir à retrouver le paradis
perdu. Car il est i mport ant de savoir que la philosophie de la
Rose-Croix d ' O r est une constante recherche de ce qui n'est
plus: le Paradis! Nous nous t rouvons la en face d 'un idéa­
lisme utopique, car le Paradis, celui d ' A d a m et d'Eve, a été a
tout j amai s détruit par le péché et nulle créature ne pourra y
retourner. Par contre. Christ nous a préparé une nouvelle d e ­
meure, celle-ci éternelle, et qui sera sans c o m m u n e mesure
avec l’ancienne. C ’est p ourquoi l’esperance du chrétien est
t ournee vers le Seigneur, le Christ, «celui qui était, qui est et
qui vient» (Apocalypse 1: 4). Notre nouvelle habitation nous
est déjà d o nn ee par la foi en Jesus-Christ, elle deviendra une
realite lors de son retour. Nous nous apercevons sans peine
que l’initiation s 'oppos e a la foi: l’initie croit atteindre par
M J. van Rijckenborgh. ihid., p.
Le Benedictio serait le stade
que le Consecratio serait celui de
'' J. van Rijckenborgh, ihid., p.

378

47.
de la conception et embryonnaire, tandis
la naissance (op. cil. p. 62.).
64.

ses propres efforts l'Absolu, réintégrer l’Idee originelle; le
croyant, lui, s'attend a la grâce de Dieu et, par la foi, croit
que Dieu lui accorde toutes choses nécessaires a son exis­
tence présente et future, matérielle et spirituelle.
4. Les deux premières initiations
D' ap res le Lectorium Rosicrucianum, la Bible, et plus pré­
cisément le livre de l’Apocalypse, justifierait la pratique de
l'initiation! Prenant pour exemple les lettres aux sept eglises
d'Asie, Jan van Rijckenborgh, dans son livre fondamental
Dei Gloria Intacta, essaie de prouver par un «commentaire
esoterique» le bien-fondé de l’initiation. Sa démonstration,
nous le verrons, est faible et quelquefois franchement ridi­
cule. Faisant fi du contexte biblique, historique et theologique. l’a ut eur propose une interprétation curieuse de ce p as ­
sage de l'Apocalypse. Il y voit no t am me nt trois cercles dit de
Me