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SPIRITUALITÉ « Etre Libre » N° 18 (Mai 1946)

SPIRITUALITÉ « Etre Libre » N° 18 (Mai 1946)

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R. Fouéré, Ram Linssen, Mario Viscardini, Jean Herbert, Suzanne de Ruyter.
R. Fouéré, Ram Linssen, Mario Viscardini, Jean Herbert, Suzanne de Ruyter.

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9“* A n n é e

15 mai 1946

N° 18

SPIRITUALITÉ
(rev u e m e n su e lle d e cu ltu re h u m ain e , fo n d é e en 1936, sous le litre " Etre Libre ")

Science, Religion, Philosophie
D irecteur-Fondateur : RAM LINSSEN R édactrice en chef : M arguerite BANGERTER. » A dm inistration pour la et ses Colonies : Editions ADYAR 4, Square Rapp, PARIS France Correspondance et m anuscrits rue de la V ictoire, Bruxelles _ . _ _ „ Paiem ents au C. C. P. 6204 de l'Institut Supérieur de Scien ces et Philosophies a. s. b. 1.

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Chèques postaux Paris : 4207.47 T el- : Segur

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SOMMAIRE

De l'acte c o m p l e t ..................................................... Le N irv a n a et le P résent .................................

R. Fouéré. Ram Linssen. M ario V iscardini. Jea n H erbert. S uzanne d e R uyter. Ram Linssen.

De l'é n e rg ie a to m iq u e à la sp iritu a lité de l'U n iv ers .............................. ............. N arada, A v atar d e V i s h n o u ................................. H istoire p o u r p e tits et g ra n d s .......................

Lum ières su r la th é o rie d u prof. V iscard in i ...

PRIX : 15 francs b e lg e s le n u m é ro - 120 francs l'a b o n n e m e n t an n u el. Prix en France: 30 francs français - A b o n n e m e n t: 300 francs français.

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De l'acte complet envisagé dialectiquement
Parlant de l’acte complet, nous disions : « Si l’acte restait en quelque sorte en suspens, la force vive contenue en lui deviendrait désir, comme devient pression la force vive d'un mobile dont le mouvement est entravé. Il y aurait à la fois conscience d’obstacle et conscience de désir, contradiction intime : perception d’un temps qui, mesurant l’épaisseur de l’obstacle, viendrait remplir l’intervalle entre le désir et sa réalisation. Enfin l’effort du désir contre l’obstacle révélerait un moi se connaissant comme l’auteur de cet effort ». Ces lignes, si l’on s’arrête à les méditer, peuvent suggérer une nouvelle manière d’envisager l'acte complet. Si, en effet, l’existence d’un intervalle entre le désir et son accomplissement est génératrice d’incomplétude, l’annulation de cet intervalle doit nous conduire à l’acte complet. Celui-ci pourrait donc être défini, tout au long de sa durée, comme la réalisation d’un désir qui se formulerait à tout moment de telle sorte qu’il n’existerait pas d’intervalle psychologiquement perceptible entre ce désir et sa réalisation. Un tel énoncé, qui paraît introduire la notion d’un désir au sein de l’acte complet, n’est-il pas en contradiction avec nos analyses anté­ rieures qui nous feraient exclure de ce même acte toute conscience effective de désir ? Non, car la nouvelle définition proposée, si le désir subsiste encore comme cause ou source logique du mouvement impliqué dans l’acte, il n’existe plus comme fait de conscience. La notion même du désir ne peut se former que là où un intervalle observable sépare l’application de la volonté, à réaliser un acte déjà conçu, de la réalisation effective de cet acte. Désir et réalisation ne se peuvent définir que pour autant qu’ils sont disjoints. A partir du moment où ils deviennent constamment coïncidants, se transforment incessamment l’un et l’autre, il n'y a plus, à proprement parler, ni désir ni réalisation, mais un flux d'action per­ sistant une transformation continue et consciente qui constitue un dépassement dialectiaue de l’antit'hèse désir-réaction. La représentation de l’acte complet que nous venons de formuler est d<->nc parfaitement compatible avec notre affirmation antérieure selon laouelle aucun désir conscient ne peut trouver place au sein de l’acte comolet. Mais alors que cette affirmation était purement statique, la nouvelle représentation obtenue est essentiellement dynamique. Elle intro­ duit d’emblée un mouvement au cœur de l’acte complet, et cet acte nous annaraît dès lors comme un processus complet et nuancé, comme un jeu de substitutions fluides, une permanente réduction de contrastes perpétuellement renaissants. Tout ce qui. en lui, semblait immuable se mobilise dans le creuset du devenir et révèle de nouveaux aspects. C ’est ainsi que la continuité de l’acte complet devient une continuité

dans le jaillissement de désirs succesifs qui, s’accomplissant dès qu’ils se formulent et s ’éteignant dans leur acsomplissement même, ne peuvent parvenir à une existence durable et distincte. On peut dire que, dans cette hypothèse, l’intervalle entre le désir et son objet, restant toujours plus petit que tout écart perceptible, constitue un infiniment petit psychologique. Envisagé sous ce biais l’acte complet apparait comme l’addition, l’intégrale de démarches élémentaires, de même qu'en géométrie on réduit une courbe continue à une juxtaposition innombrable d'éléments rectilignes et infinitésimaux. Si, .pendant l'effectuation d’un acte, l’intervalle entre certains désirs instantanés — où, si l’on veut, entre certaines expressions instantanées du désir — et les réalisations élémentaires correspondantes se dilatait et, d’infiniment petit, devenait fini, des suspensions se manifesteraient dans l’activité, des trous se creuseraient dans l’acte qui, dès lors, ne pourrait être complet. Il y aurait des moments où le désir serait présent et ne serait pas satisfait. De tels moments qui seraient des moments de pas­ sivité, d’insatisfaction, d’incertitude, ne peuvent trouver place dans l’acte complet. Ce dernier ,en conséquence, ne saurait être le passage discontinu d’un désir à un accomplissement mais une transition continue et gra­ duelle. Sa nature ne s'apparente pas à celle d’un mouvement intermittent et saccadé mais à celle d’un mouvement interrompu et fluide, évoquant l’image d’une courbe aux inflexions nombreuses. Puisque tout désir tend à se réaliser sans délai, l'existence d’un intervalle observable, d'un intervalle fini, entre le désir et sa réalisation atteste la présence d’un obstacle. L ’acte naissant est empêché ou gêné. Le sujet éprouve le sentiment d’une contrainte. Inversement, le passage continu, psychologiquement instantané, du désir à 1 réalisation signifie l’absence ou la continuelle réduction, le perpétuel effacement des obstacles. En d'autres termes, il est synonyme de liberté de l'acte. Nous avons déjà montré que l’acte complet était un acte libre, mais la liberté que nous avions envisagée était une liberté statique se: réduisant à une absence de contradiction intérieure et nous avions indiqué que si cette liberté se trouvait établie en perma­ nence, il ne serait pas possible d’en éprouver le sentiment. Il n’en va pas de même de celle que nous venons de considérer en dernier lieu et qui réside non dans l'absence de toute contradiction intérieure mais dans le fait que les contradictions qui peuvent surgir restent à l’état naissant et sont en voie de constante résolution. Une telle liberté, même perma­ nente, peut s’éprouver toujours. Elle s’accompagne du sentiment d’une perpétuelle rupture de limites qui ne semblent surgir que pour être dépassées, de barrières qui semblent avoir juste assez de consistance pour révéler la puissance qui les dissipe : fragiles entraves qui ne naissent que pour mourir et ne meurent que pour renaître, s’élargissant à chaque renaissance, devenant des cercles toujours plus vastes et lumineux, sans qu'on puisse envisager de terme à cette dilatation, ainsi se dessine un éternel mouvement de l’action, qui suscite ses propres obstacles (point méconnu par W ells dans son « Times Explorer ») mais chaque obstacle devient, le point de départ d'un élan nouveau, constitue le tremplin d'un rebondissement, comme ces pierres que le flot rencontre et par lesquelles il est soulevé à une hauteur qu'il n’eût point de lui-même atteinte. A

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ce degré, il n'y a plus ni contentement stérilisant, ni la douloureuse tension d’un effort qui enchaîne, mais le progrès illimitable d’un mouvant équilibre entre une pression et une résistance, une sorte de pulsation dont les ondes se propagent spontanément et jusqu'à l’infini, l’effusion inépuisable d’une sérénité frémissante, reportant toujours au-delà le flot jaillissant d'une invisible source. De cela résulte une sensation positive de liberté qui ne fait qu’un avec la sensation de couler, de se répandre, de s’extravaser sans arrêt, sous l’effort d'une sorte de pression intérieure qui écarte avec aisance tous les obstacles et introduit dans l’expérience de la vie comme une élégance dynamique, et un parfum de délicieuse réalité. Ainsi cette conscience de liberté, de la seule liberté qui puisse être directement et constamment saisie, est la conscience même de ce que Krishnamurti appelle le mouvement de la vie. On voit comment ce qui était liberté inconstatable et passive, dans notre vision statique de l’acte complet, devient ici libération permanente et active, perception d’un mouvement qui se délivre à tout instant des entraves qui pourraient le retenir. Ce que nous appelions absence de contradiction intérieure, unité pure, se révèle contradiction toujours re­ naissante et toujours surmontée, contradiction se détruisant à mesure qu’elle se formule et qui ne parvient pas à être vraiment contradiction mais se fond dans l’unité d'un mouvement qui renferme à la fois en lui-même deux polarités contraires et dépassées. L ’infinité, ou si l ’on veut, la non-finité statique de l'acte complet nous apparaît maintenant comme un perpétuel dépassement de bornes, comme un progrès sans terme. D ’ailleurs les bornes ne sont plus des limites fixes mais des lisières apparentes d’une tension vouée à se pour­ suivre sans fin. La simplicité se laisse voir comme une complexité résolue. Nous avons défini l’acte complet comme le dépassement de l'anti­ thèse désir-réalisation. Or, cette antithèse était le produit d’une frag­ mentation de l ’acte dans et par le temps. La continuité de l’acte se trouvait ainsi brisée et, aux points de rupture, il y avait insertion d’un temps désirable constituant une sorte de corps étranger, une enclave d’inertie relative, une présence morte dans la chair vivante de l’acte, un obstacle à son cours naturel. L’élimination de ce temps-obstacle restitue à l’acte sa pureté essentielle, son homogénéité dans la durée. Nous retrouvons donc ainsi d’une nouvelle manière l’idée que l'acte complet est un acte pur, perceptible comme un mouvement simple et indécomposable. Dès lors que désir et réalisation ne sont pas séparés, la notion du temps comme distance entre le désir et la réalisation disparaît. Nous comprenons comment surgit l'intemporalité de l’acte complet, comment elle peut se concilier avec un devenir réel, et nous comprenons aussi que Krishnamurti ait pu parler d’un devenir pur qui ne comporte pas de temps (timeless becoming). Loin d’être détruit, le changement empi­ rique devient changement pur. Ce qui est détruit c'est le temps défini comme « durée en vue d’un progès » (Krishnamurti). Cette définition rejoint celle qui envisage le temps comme une distance entre le désir et la réalisaton. En effet, là où intervient la notion de progrès, les notion de .croissance et d'achèvement, donc de réalisation, s’introduisent

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implicitement, Si l’on progresse, c'est vers une fin qui est l'accomplisse­ ment d’un désir consciemment ou inconsciemment formulé. Ce que nous avons dit de la continuité de l’acte complet ne doit pas nous faire considérer le mouvement inhérent à cet acte comme un mouvement toujours uniforme. Si, en effet, ce mouvement est un mou­ vement sans rupture, sans arrêts imposés, il peut toutefois comporter des ralentissements (aux approches d’un « obstacle ») et ces accélé­ rations consécutives (après le dépassement de cet obstacle). C ’est donc, en général, un mouvement rythmé ,à la manière d’un mouvement musical. E t ce rythme peut engendrer une exaltation grandissante. Il peut scan­ der une sorte de galop ébloui, de chevauchée triomphale, franchissant tous les obstacles avec une vitesse qui ne cesse de s'accélérer. Nous ne savons plus alors si nous allons à l'univers ou si l’univers vient à nous, si nous désirons ce qui nous advient ou s’il nous advient préci­ sément ce que nous désirons, si notre pensée devient la réalité ou si la réalité se soumet à notre pensée. Nous sommes amenés à nous demander: «Q u’est-ce qui nous révèle l’acte complet dans son fond, le concept statique ou le concept dyna­ mique ? » Ni l’un ni l’autre mais les deux à la fois. L'acte complet est la synthèse de ces deux points de vue qui en révèlent chacun des aspects véridiques. L'aspect statique est peut-être plus profond mais s ’il existait seul, toute perception s’arrêterait. Liberté, infinité cesseraient d’être des objets de conscience. Nous l’avons déjà fait observer à propos de la liberté envisagée statiquement et définie comme absence de contradiction intérieure, qui se manifesterait indéfiniment ne pourrait plus être con­ statée, ne formerait plus un élément d’expérience distinct. Il y aurait appauvrissement du contenu de la vie. Dans l’acte complet il y a transfiguration mais non destruction pure et simple des notions qui se dégagent des activtiés communes, des activités non complètes. C e qu'il y avait de douloureux, d’imparfait est éliminé mais une perception demeure dont on peut dire qu’elle est parfaite, à condition d’entendre cette perfection dans un sens dynamique. On pourrait dire que les définitions statiques conviennent à l’acte tout fait, à l’acte déjà accompli, tandis que les analyses convienent à l'acte se faisant. Les unes caractérisent l’acte dans sa totalité, les autres le caractérisent dans l’instant, à chaque moment de son effectuation. Pour ainsi dire, si l'on compare l’acte complet à une mesure musicale, les unes définissent la mesure tout entière, les autres décrivent le mou­ vement qui fait passer d’une note à l’autre au sein de la mesure. René F O U E R E .

Le Nirvana et le Présent
L ’expérience nirvanique consiste dans le fait d’être présent au Pré­ sent. La pleine présence au Présent implique la cessation de l'ego, l'affranchissement de la conscience de soi. Le Présent est impersonnel. Il est la marque distinctive de la conscience transcendantale du Tout, d’une telle attitude est importante au point de vue pratique. Ce qui nous en sépare réside dans l’activité mentale. La conséquence

Une efficience décuplée résulte de toute attitude objective à l’égard des problèmes que posent la vie. L’impersonnalité nous affranchit ins­ tantanément des réactions personnelles, et des préférences égoïstes qui ternissent normalement la clarté du jugement. C ’est pourquoi Krishna­ murti nous dit que l'homme libéré est le plus pratique qui soit, car il discerne la vraie valeur des choses. L'expérience du nirvana est donc loin du nihilisme intégral. L ’absence de conscience de soi qu’elle implique résulte d’un envahissement de la conscience limitée par le charme indi­ cible de l’illimité. Loin d’être le néant, elle en constitue l ’antithèse. Mais son prestige exerce une magie tellement fascinante, que l'homme ayant le bonheur d'y accéder se trouve arraché aux rythmes de son ego, pour s’insérer davantage dans le lumineux sillage d'un éclair éternellement présent. C ’est à ce moment qu'il vit l'émerveillement des plus hautes formes de l'Amour et de l'Intelligence. La sublimité de la béatitude inhérente à de tels niveaux de con­ science est telle qu'un véritable interdit se trouve jeté sur l’activité mentale. E t loin d'entraîner la disparition de l’intelligence, cet interdit mental confère à cette dernière les caractères les plus transcendantaux. L’homme étant psychologiquement complet en lui-même, demeure rivé au Présent. Nous nous évadons dans le passé et le futur en vertu de notre incapacité de saisir les richesses inépuisables qui résident au plus intime de notre être, à chaque seconde qui passe. La présence au Présent, la cessation des rêves stériles de l'intellect implique pour les orientaux la disparition du « karma ». En effet, celui qui vit pleinement dans le Présent n'est plus esclave du désir. Chaque seconde pour lui, se suffit à elle-même. Il n’ébauche plus de projets, ne formule plus de vœux. Etant comblé par la richesse de chaque instant, il ne désire plus rien. Il est libre du fruit de ses actes. Sa vie est un chant d’adoration continu, fervent et silencieux. Il ne s’en­ chaîne plus. Ainsi que l’exprime Shri Aurobindo « son vouloir indivi­ duel s’est laissé absorber par le vœu cosmique ». L’essentiel ne peut en être saisi que dans chaque instant présent. Il est dans le Présent, car la divine pensée est au delà de nos distinctions entre passé, présent et futur. Certains lecteurs réagiront en objectant que l’absence de mobile, de but dans l’action entraînera l’abandon, la fuite du monde. Rien n’est plus contraire à la vérité. La preuve la plus péremptoire nous en est fournie par les textes véridiques eux-mêmes. Les sages indous que l'on taxe de rêveurs n’ont-ils pas écrit dans 1’« Isha Upanishad » que « l'homme est dans un corps pour se réaliser par l’action. » Nous sommes tellement corrompus par une civilisation basée sur le calcul, le profit, l’intérêt, qu’ils nous est impossible de concevoir un rythme de vie gratuit. C'est cependant dans la gratuité et le don que se trouve la source de toutes les richesses. Il est heureusement dans ce monde des trésors qui ne s’achètent pas, qui ne s’acquièrent pas par

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la lutte fratricide, par la coercition. Ils résident enfouis dans le cœur de tout homme. Et chaque être suffisamment pur et simple, affranchi des limites de son égoïsme, peut se compter parmi ceux que l’on nomme à tort les privilégiés de la Joie Eternelle. Nous sommes tellement loin d’apprécier la richesse de la spontanéité que beaucoup d’intellectuels la méprisent en la taxant d’inintelligence. Ne perdons pas de vue que ce n’est pas, parce que cesse la con­ science de l’ego, que cesse la Vie. Celle-ci s’épanouit précisément dans la mesure où disparaît celle-là. Et qu’est-ce que la Vie, sinon action pure, mouvement perpétuel ? La plupart d'entre nous sont limités par la « conscience de soi » ordinaire. Lorsque nous aurons compris et senti que cette dernière n’est qu'un reflet d’une Réalité immense, embrassant l’universalité des êtres et des choses, un grand pas se trouvera réalisé dans la voie de notre réalisation et du Bonheur. Nous comprendrons que le présent perçu par la conscience limitée n'est qu’une caricature d’un Présent transcendantal et la découverte de ce dernier illuminera désormais notre vie relative et périssable d’une lumière absolue, éternelle. L'expérience du Nirvana n’est rien d’autre que cette découverte. Elle n’est pas un acheminement vers l'inaction. Dans la mesure où l’homme y tend réellement, une Force nouvelle, irrésistible s’installe en lui, lui commande d’agir, de reconstruire, de réformer à tel point, qu’il a le sentiment de devoir se multiplier par mille afin de poursuivre les tâches urgentes que la contemplation d’un monde désaxé lui ordonne impé­ rieusement de mener à bien. Disons pour conclure : que l’action pour l'homme libéré ne cesse pas. Une chose cesse pour lui : l’acte taré de l’illusion de l'ego, l’acte incom­ plet. Et cette abdication de l’acte égoïste a pour rançon un épanouisse­ ment infiniment joyeux de la Vie Universelle pouvant enfin agir libre­ ment, dans et par l’acte individuel. Le limité est devenu un fidèle instrument de l’illimité. Un tel homme peut vivre l'extase insondable du Présent, tout en ne quittant pas le monde. Car au-delà des aspects éphémères de celui-ci, il sentira, contemplera et sera lui-même l’éternelle plénitude des pro fondeurs. Ram. LIN SSEN .

De l'énergie atomique à la spiritualité de l'Univers
L ’abandon des concepts habituels engendre toujours un sentiment de risque, de perplexité, de vide, qui n’est point différent de l ’horreur physique suscitée par la proximité de l’abîme. On se sent comme un arbre dont on a découvert les racines et la crainte d’une culbute ne cesse pas,

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avant que de nouvelles opinions aient remplacé les anciennes et démontré qu’elles peuvent nous offrir un équilibre plus élevé et plus durable. L ’esprit humain a traversé trois pénibles crises d’adaptation à son milieu cosmique. La première eut lieu à l’époque de la formation de notre planète; les anciens jusqu’au V “' siècle avant J. C., s’en tinrent géné­ ralement à l’opinion que la terre était plane. Cette opinion n’avait en ellemême rien d’invraisemblable ;au contraire, elle répondait aux données immédiates de l’expérience et semblait avoir l’approbation du sens com­ mun.Il suffisait tout simplement, de concevoir l’univers comme partagé en deux moitiés équivalentes — l’une constituée par le ciel et l’autre par la terre — s’étendant sans limites tout autour et, sans limites aussi, en profondeur. Il fallut surmonter de nombreuses objections et répugnances instinctives — relatives aux antipodes, au manque de soutien, etc. — pour en arriver à concevoir la terre, bien avant d’en avoir fait le tour, comme une sphère isolée dans l’espace. La deuxième crise qui se prolongea pendant environ 2.000 ans de Pythagore à Gallilée, eut comme sujet les mouvements apparents du ciel et amena l’esprit humain à la certitude — toute mentale — que la terre tourne sur elle-même et autour du soleil, et que rien ne permet de lui assigner une position de privilège par rapport au firmament. La troisième crise est toute récente. Elle eut son point de départ dans les recherches abstraites des géomètres au sujet du V " postulatum d’Euclide et de la structure réelle de l ’espace physique et elle aboutit à la conception relativiste d’un espace courbe qui impose ses lignes géodésiques comme chemin naturel à tout mouvement. Si l’on néglige les déformations locales, cette dernière conception peut prendre l’aspect, relativement simple et presque intuitif, que lui a donné notamment Arthur Eddington : toute la matière de l’univers est logée dans la surface à trois dimensions d’une hypersphère à quatre dimensions, dont l’intérieur et l’extérieur n’ont aucune contrepartie objective. C ’est à partir de cette conception d’un espace hypersphérique en expansion que se situe notre prem ière S y n th èse cosm ique, dont nous allons rappeler les traits essentiels. L’idée centrale était celle-ci : comment expliquer l’expansion d'un espace courbe et fini? Nous avons trouvé en 1936 la réponse suivante : l’expansion est le résultat d’une multiplication cellulaire de l’étendue elle-même. Il suffit en effet, de concevoir l'hypersphère à 4 dimensions comme un amas de cellules à 5 dimensions qui se divisent régulièrement en deux sans perdre de volume et distribuant les cellules engendrées dans une étendue à 4 dimensions; le rayon de l’hypersphère augmente avec une loi exponentielle qui permet de calculer la vitesse de récession des nébuleuses spirales distribuées à la surface. La première confirmation de notre hypothèse vint de l’accord constaté entre la vitese prévue par la théorie et la vitese donnée par l’observation. Ainsi rassurés sur le point de départ, nous avons développé toute une cosmogonie qui plaçait à l’origine du monde l'H Y P E R , cellule à 5 dimensions dans laquelle l’espace, le temps, et la masse formaient un tout homogène, une sorte de quintessence, ayant pour caractère fonda­ mental la faculté de se diviser en deux à chaque ère cosmique {54 mil­ lions d’années) et d’engendrer un système à 4 dimensions (l’O M N IE N T ) dont la surface (à trois dimensions) constitue l’univers physique. V

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Cette cosmogonie, divulguée au début de 1938 dans les articles de presse, présentée dans un livre (L ’Universo, cellula vivente) en 1940 et remaniée profondement par la suite, reçut une forme mathématique cohé­ rente dans une publication à tirage limité (L ’Hyper-Théorie mathéma­ tique de l’univers comme cellule vivante) en 1943. On y démontrait : 1 ) Que le nombre N des protons est déterminable à priori par un raisonnement basé sur la multiplication cellulaire; en effet, ce nombre égale le nombre final des cellules cosmiques engendrées par l’Hyper en accomplissant toutes les subdivisions qui peuvent être intrinsèquement distinguées les unes des autres, c’est-à-dire 264; par conséquent 2) Que la multiplication des cellules cosmiques se faisait de telle façon qu’une cellule environ sur 128 était anéantie à chaque subdivision. Toute cellule anéantie engendrait une g alax ie où la masse originaire se trouvait réalisée, pour un neuvième (environ) sous forme de rayons cosmiques et pour le reste sous forme de matière, protons et électrons. 3) Que cette conception de la génèse des galaxies appliquée à la Voie Lactée permettait la détermination de son rayon en fonction de sa masse et que le résultat théorique concordait parfaitement avec les données astronomiques. 4) Que la théorie de l’Hyper aboutissait à la détermination du rayon actuel de l’univers, de sa masse et de son âge (environ 9 milliards d’années) rien qu’en se basant sur des constantes physiques mesurables dans des laboratoires (masse du proton, masse de l’électron, valeur de la charge électrique élémentaire, constante newtonienne. vitesse de la lumière, constante de Planck) c ’est-à-dire sans faire le moindre appel aux données astronomiques; celles-ci pouvaient donc lui servir de contrôle. 5) Q u’il fallait prévoir, comme conséquence de la théorie, la varia­ tion dans le temps de certaines constantes physiques jusqu’ici considérées comme invariables; telles : la vitesse de la lumière — qui est toujours égale à la vitesse de l'expansion et qui augmente en proportion directe du rayon de l'univers — la constante de gravitation universelle, qui grandit environ comme le cube du même rayon, la constante de Planck, celle de Coulomb, etc. Les seules données invariables sont : la masse du proton, la masse de l’électron, la charge élémentaire et l’ére cosmique. Comme résultat de notre prem ière S y n th èse cosm ique nous avions acquis la certitude qu’il est possible d'exposer en termes rigoureusement scientifiques l'évolution de l’univers en partant d'une substance hyperphysique à 5 dimensions. Nous allons montrer les raisons qui nous ont amenés à introduire une sixième dimension et les conséquences princi­ pales! qui en découlent. U ne substance à 5 dim ensions peut être con sid érée com m e le produit d e deu x én erg ies et d ’une distan ce. En mécanique produit et synthèse sont synonymes; deux grandeurs, multipliées l'une par l’autre, engendrent une troisième grandeur physique qui a des caractères spécifiques. Ainsi le produit d'une force (une dimension) et d’une distance (une dimension) donne un travail, ou une én ergie (deux dimensions). D ’une façon ana­ logue le produit d'une énergie et d’un tem ps donne une action ayant deux dimensions et demie. Nous considérons, en effet, le tem ps et la vitesse comme deux demi dimensions puisque leur produit donne une grandeur à une dimension, qui est la distance.

La substance de l’Hyper, avec ses 5 dimensions, constitue donc de notre point de vue dimensionnel, le produit de deux quanta d’action. Donnons à l'énergie son expression caractéristique d’après l’équivalence einsteinienne : E = m.c2 (c ’étant la vitesse de la lumière et m la masse); donnons à la distance son expression d'après notre première synthèse, c ’est-à-dire c.t.30 (t étant la valeur de l'ère cosmique et 30 le nombre qui caractérise la variation du rayon à chaque subdivision, car le rayon augmente d’un trentième environ à chaque ère cosmique); nous pourrons écrire la valeur de la pan érgie (substance synthétique originaire) de la façon suivante :
P ~ R* ” R x R* x R2 e x t x 30 x m x x m x —- 3 0 (m. c.) (m. «¡2. t.)

qui exprime justement le produit de deux actions, dont l’une a trait à la structure du champ métrique et l’autre à la structure du champ gravitationnel. C ’est ici que se pose la question de savoir si l’Hyper doit avoir la forme d’une hypersphère pleine à 5 dimensions — comme nous l’avons supposé dans notre prem ière syn thèse — ou la forme d’une hypersphère vide à 6 dimensions, comme nous le supposons dans notre secon d e syn ­ thèse. Dans ce dernier cas la p an érgie constitue la surface de l’hypersphère et son expression devient :
P — 2 x 3, 1 R 5 = 2 x 3 ,1 45 x 30 (m. c2 c) (m. c2 t)

L ’on s’aperçoit tout de suite que le facteur numérique qui intervient dans cette formule vaut environ 1840, c’est-à-dire que l’une des masses devient la masse des protons, si l’autre est la masse des électrons. Cet étonnant résultat serait perdu avec la formule ancienne, qui nous don­ nerait, pour le volume d’une hypersphère à 5 dimensions, un facteur numérique 7,85 fois plus petit (la masse des m ésoton s). L ’introduction d’une sixième dimension jette donc une lumière inat­ tendue sur l’origine du fameux rapport entre les masses du proton et de l’électron; lumière qui s’étend très loin et qui amène la solution de nombreuses questions que notre première synthèse laissait en suspens ou avait à peine ébauchées. Sans nous étendre dans les détails, voici la conséquence la plus importante de ce remaniement : la masse de l'On actif varie non plus en proportion inverse du rayon (comme dans la première théorie) c’est-à-dire comme ; m p

mais comme — —
2

(A ) étant le coefficient d’anéantissement des
A *

t

x

cellules cosmiques et n étant le nombre des subdivisions accomplies par l'Hyper. Rappelons que ¡a V oie Lactée s’est formée après 36 divisions et que les anéantissements débutent avec la neuvième division; nous aurons comme masse de l’On actif, au moment de la matérialisation de la V oie Lactée, la valeur :
mp
m g — 2^ x (À )7 =

1
* 8 4 ^6 ~ ° ’0 0 2 0 6 u n it** ° e m asse

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Cette valeur de la masse de l’On actif est à l ’origine de toutes les transformations chimiques qui s ’amorcent dans notre galaxie, car le m égatron galactiqu e peut engendrer, par anéantissement, deux couples de charges de signes opposés (position et électron ). Ainsi le mégatron galactique, ou sa moitié (qui vaut exactement deux charges) deviennent les éléments explosifs de la matière: nous en avons la preuve numérique dans la transformation de l’hydrogène en hélium. Partons des dernières données (1945 —H.D. Smyth) relatives à cette transformation. On constate que la particule alfa (noyau d’hélium) con­ siste de deux protons et de deux neutrons, qui donnent ensemble : 2x 1,00758 + 2x1,00893 — 4,033 unité de masse Or, la masse de l’hélium n'est que 4,003; il y a donc une perte de 0,03 unités de masse qui correspond exactement à l’anéantissement de 15 mégatrons galactiques. Il s'agit, remarquons-le, de particules actives qui, fixées pendant la matérialisation de la aalaxie. constituent, depuis lors, des grappes à 4 dimensions composées de dix milliards de cellules infinitésimales prêtes à se précipiter dans l'espace phvsique et à se lancer dans toutes les directions, ainsi que le font des billes amoncelées au centre d’un billard si un choc leur fait perdre l’équilibre. Un processus analogue donne lieu à la radioactivité (selon les vues générales exposées dans notre première synthèse) et à l'émission d’énergie atom ique pendant la fission de l’uranium et du plutoniom. Il ne nous reste donc plus aucun doute au sujet de la nécessité de donner à l’Hyper une structure à 6 dimensions: la secon d e synthèse, dont nous avons développés les caractéristiques dans notre cours privé d ’H yp ersoph ia. fera l'objet d’une prochaine publication explicative des changements intervenus. ** L’introduction d’une sixième dimension dans l'Hyper éouivaut à l’attribution d’une structure immatérielle à l’ensemble de la réalité, car la sixième dimension n'apparaît aucunement sous forme d’énergie méca­ nique; elle a le caractère d’une force vitale ou spirituelle, à la présence de laquelle nous devions nous attendre, puisque le processus de multi­ plication de l’Hyper est typiquement un processus biologique. L ’esprit contemporain était à la recherche d'une solution intégrale du problème de l'univers, qui fût comparable aux systèm es du m onde par lesquels la pensée grecque a brillé et dont il nous reste, d’admirables document», les trois vastes conceptions d’Aristote, d’Epicure et des Stoiciens. Ces conceptions maîtresses avaient jeté les bases de deux interprétations opposées de la réalité : les atom es d’un côté, et l’Un de l'autre; interprétations qui se perpétuent de nos jours sous les noms de matérialism e et de spiritualisme et dont l'une semble dominer la science et l'autre la vie morale, creusant un abîme insurmontable entre la con­ naissance rationnelle et la connaissance religieuse. Mais le matérialisme est en crise du fait de la faillite, dans le domaine scientifique, du concept de m atière; de même, le spiritualisme
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se heurte à de graves difficultés dans la définition de l'esprit et des rapports de ce dernier avec la matière. Le problème devait être repris ab imis en partant d'un nouveau point de vue qui permette de considérer ces rapports sous l’angle du raisonnement géométrique. C ’est ce que nous avons réalisé par la réduction préalable de toute réalité à l'étendue; une étendue qui n'a pas trois dimensions comme l’espace ordinaire, mais six; quelque chose, en somme, comme un esp ace élev é à la deuxièm e puissance.
A in si, i'On hypérien (la particule prim ordiale) su rgit de l’uniform ité du cham p san s posséd er une natu re essentiellem ent d ifféren te du cham p: la m atière devient un nœ ud sur le fil de l ’esp ace; l ’esp ace physique, à son tour, rep résen te la su rface d ’une hypersphère à 4 dim ensions dont le temps-lumière (nous l ’appelons ainsi pour le d istinguer du temps pur, qui est une su b-d im ension) e st le ray o n ; la m asse, en fin, n ’est plus en visag ée com m e une substance p articulière, m ais comm e un hypervolume. A tout cela s’a jo u te l’esprit, ou force vitale, qui met en b ran le la m ultiplication de l ’H y p er et donne essor finalem ent à la vie.

Le monde de ces phénomènes physiques se présente alors comme une manifestation superficielle de l'Hyper à six dimensions; la panérgie n’est que le différentiel du volume de la sextisphère et nous pouvons lier les deux entités par la formule : 2 3,14* R 5 = DIEU + 3,143 R t
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où Dieu est une constante, qui disparait chaque fois que nous dérivons le réel absolu pour atteindre le réel physique, matière et énergie. Nous pouvons donner à l’action divine la valeur d'une septièm e dim ension et en faire le rayon d'une septisphère dont la surface est constituée par tout le p ossible; nous appellerons cette forme, qui implique la divinité, H yposphère. On ,peut alors considérer l ’Hyper comme une projection de la pensée divine sur l’écran du possible, et l’évolution cosmique prend le caractère d’une onde — l ’onde du réel — qui parcourt la sphère du possible. L 'H ypersophia est donc une doctrine scientifique intégrale d e l'ab­ solu, la seule, à notre avis, qui aie fait son apparition depuis les temps d’Aristote, irréalisable encore il y a vingt ans, alors que l'expansion de l'univers était insoupçonnée, elle a pu se nourrir de l’immense travail scientifique de notre époque; mais elle nous met en face d’une réalité qui n’a plus les caractères des choses sensibles. Est-ce là une défaite ? Au contraire, c'est l’aboutissement logique des prrémisses sur lesquelles toute connaissance est fondée. professeur Mario Viscardini Avril 1946

Narada, Avatar de Vishnou
par Jean Herbert
■ Les Occidentaux, et ceux qui en Orient leur emboitent le pas, sont enclins à s’enorgueillir de ce qu’ils envisagent maintenant le monde avec les yeux de la « science » et de ce qu’ils ont mis au rebut, pour ce qui concerne la vie pratique, la plupart des conceptions mythologiques, religieuses, philosophiques, qui jadis servaient de guide aux hommes. Ils ne se laissent guère troubler par le fait que la science occidentale n’en est encore qu’à ses premiers bégaiements. La toute récente décou­ verte de l’énergie atomique, loin de nous enorgueillir, aurait dû nous aider à comprendre l’étonnante exiguité du domaine sur lequel portent actuellement nos connaissances scientifiques. La rapide succession des théories par lesquelles on explique la composition même de la matière n’est pas moins déconcertante que l’ignorance congénitale dans laquelle reste la science en ce qui concerne l’origine et la fin ultime de cette même matière et la nature même de tous les phénomènes et de toutes les substances qui ne relèvent pas du domaine purement matériel sur le plan que nous appelons « ici-bas ». La mythologie, plus tard la religion, et plus tard encore la philo­ sophie ont revendiqué des domaines plus vastes et rien ne permet jus­ qu’ici de conclure que ces prétentions étaient injustifiées: bien au contraire nombreux sont les points précis où la science a inopinément rejoint les enseignements des livres sacrés de la plus haute antiquité et de philosophies considérées depuis longtemps désuètes. La science est probable­ ment le don le plus récent que Dieu ait fait à l’homme et nous devons sans cesse l’étudier et l’approfondir pour en tirer le maximum, mais il ne faut pas cesser pour cela d’utiliser avec foi 'et respect les autres voies sur lesquelles l ’homme avait été engagé antérieurement et en particulier le Mythe, qu’un grand poète suisse, Cari Spitteler, appelait « le premierné des enfants de Dieu ». Les écritures sacrées hindoues sont particulièrement riches en ce que nous appelons des mythes. Si, au lieu de vouloir les disséquer comme des curiosités archéologiques avec des disciplines intellectuelles modernes qui ne sont pas destinées à cet usage, nous en cherchons l’inspiration profonde et ce que leur étude peut nous donner dans le domaine de la vie pratique, nous serons surpris des leçons qu’ils recèlent. Sans doute serait-il vain pour des occidentaux de s ’appesantir sur la valeur proprement historique de ces récits; et d’ailleurs, quand nous en sommes encore à nous demander si Shakespeare a vraiment écrit les pièces qu’on lui attribue ou si Hitler est véritablement mort, il n’y a rien de surprenant à ce que des sages qui se situeraient plusieurs millé­ naires avant notre ère n’aient laissé des preuves irréfutables pour la critique occidentale ni en ce qui concerne leur action et leur enseignement, ni même quand à leur existence. On peut toutefois trouver dans ces textes sacrés, en dehors d’indi­ cations rituelles qui nous sont étrangères ou de cosmogonies qui restent

pour nous sans attrait, de précieuses explications d'ordre métaphysique et aussi de profondes études de psychologie individuelle ou collective portant plus particulièrement sur les possibilités de développement spi­ rituel. L un des mythes qui ont exercé la plus grande influence sur la vie de centaines de millions d'hommes, à toutes les époques depuis quelques milliers d'années, est celui des avatars de Vishnou. L ’une des trois formes que prend pour les Hindous l'aspect ¡personnel de la divinité est celle du grand Protecteur ou Conservateur, Vishnou, qui s’oppose aux formes créatrices, Brahmâ, et destructrices Shiva. Sous cet aspect de protecteur, le divin est plus ou moins fréquemment amené à intervenir directement dans le jeu même de l’univers en y prenant la forme d'une créature animale ou humaine. Ce sont ces incarnations que l'Inde appelle des avatars. Contrairement à ce souhaiterait notre souci de classification limi­ tative, le nombre des avatars de Vishnou n’est fixé par aucun doame et certains textes sacrés non seulement en donnent plusieurs listes diffé­ rente et contradictoires, mais encore ne craignent pas de nous dire dans le même verset qu’il y en a peut-être 10, peut-être 20, peut-être 100, et peut-être une infinité. S ’il s’agit d’une action extraordinaire du divin, choisissant de se présenter sous une forme limitée, il n'est pas étonnant que les lois de la logique humaine pragmatique ne trouvent pas à s'appli­ quer. La liste la plus couramment admise comporte 10 avatars successifs dont les trois premiers se présentent respectivement sous la forme d’un poisson, d'une tortue et d’un sanglier. Le poisson (M atsya) sauve du déluge le grand ancêtre de la race humaine. La tortue (Kûrma) permet d’arracher à l’océan de la non-différenciation tout ce qui peut faire l’objet du désir humain. Le sanglier (V arâha) sauve la terre que des démons avaient fait sombrer dans l'océan. Il n’est pas interdit de voir dans ces trois interventions la descente du divin dans les trois ¡plans que Shrî Aurobindo appelle respectivement le mental, le vital et le matériel et sans doute beaucoup de chrétiens ne s ’étonneront-ils pas que, sur le plan du microcosme tout au moins, l’étincelle divine qui sera l’homme pré-existe à la conception qui la fait entrer dans la « vie » et à la croissance pré­ natale et post-natale qui la relie à la « matière ». La quatrième incarnation de Vishnou, l’homme lion (Nrisimha) vient permettre à cette âme humai­ ne enchaînée dans la vie et la substance matérielle de s’arracher à une hérédité paralysante pour se tourner vers la recherche spirituelle. Les trois avatars suivants apportent la base morale sans laquelle cette recherche maintenant possible ne saurait être efficace. Vamana fait triompher la morale dans la vie politique en reprenant les trois mondes au roi des démons. Parashurâma la fait régner dans la vie sociale en détruisant les champions de la force physique pour tranférer leur pouvoir aux apôtres de l’éthique. Râma la fait régner dans la vie de famille en l’employant pour résoudre tous les problèmes qui peuvent s’y opposer. Vient ensuite le huitième avatar Krishna, le plus parfait de tous, dont les enseignements laissent de côté la morale supposée acquise et emploient toutes les forces de la nature humaine et de la nature cosmique pour pousser l’âme vers la plus haute réalisation spirituelle.

Il est difficile de parler de Bouddha, le neuvième avatar, car la plupart de ses adorateurs se considèrent en dehors de l’hindouisme et ne voient pas en lui une incarnation de Vishnou. Peut-être son rôle était-il de permettre à l’homme de passer au delà de la conception du Dieu personnel. Quant au dixième avatar, Kalki, le cheval blanc, il n’est pas encore arrivé. On peut en parler d’autant moins que chaque incarnation divine a pour but de faire réaliser, par la création en général et l'humanité en particulier, un nouveau pas en avant qu’il était jusque là impossible de prévoir. Tout au plus la description qu’on en donne peut-elle laisser supposer qu'il présentera la puissance absolue, c’est-à-dire, dans la me­ sure où nous pouvons nous l’imaginer, celle qui ne peut se heurter à aucune opposition.

Une autre liste également célèbre dans l’Inde donne 22 avatars, dont plusieurs nous sont beaucoup moins familiers. Le premier est le Purusha, le grand être cosmique dont le démembrement donne naissance à divers éléments qui constituent l'univers. Le deuxième, le sanglier (V arâha) soulevant de son butoir la terre immergée dans l’océan, orga­ nise la création en tirant du chaos les éléments restés jusqu’alors sans rapports organiques entre eux. Le troisième est le chantre divin Nârada qui fait son apparition dès que le monde a pris forme. Il est permis de voir en lui l'âme individuelle (Jîva) dans la perfection essentielle de sa nature véritable et de son action propre ou, en d’autres termes, l’individuation consciente de soi dans la perfection de son principe comme de son objet. ( ¥ ) II est tout particulièrement caractérisé par la recherche et la manifestation d’une harmonie qu'il exprime constamment, non pas par la monotonie et l’uniformité, mais grâce à une orchestration pleine, complexe et subtile à laquelle chaque instrument doit apporter sa contri­ bution particulière. Les enseignements de Nârada conduisent certes vers l’Unité de l’Absolu ceux qui la cherchent et qui sont prêts ;pour elle, mais comme ceux-ci ne représentent qu’une minorité numériquement infi­ me et négligeable, l'essentiel de son action reste qu’il maintient, encourage et développe la multiplicité sur le plan de la manifestation. Par dessus tout, il est le type parfait de l'adorateur dans la dualité de l’amour pour Dieu. Alors que beaucoup des principaux avatars ont pour rôle, soit d’inter­ venir violemment dans la vie même du monde, soit d’être des instruments parfaits pour la réalisation de la volonté divine, le rôle de Nârada con­ siste plutôt à révéler à chaque individu les intentions de Dieu en ce qui le concerne. Il est véritablement le messager entre Dieu et les hommes. Les innombrables passages de toutes les Ecritures qui nous parlent de lui le montre généralement, soit provoquant des instructions divines, tantôt par d'autres grands sages, tantôt directement de Dieu, soit donnant

(*) Une excellente étude sur Nârada a paru dans « The Voice of India » (San Francisco, mai 1945). Plusieurs des citations et des idées du présent article y ont été puiséei.

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lui-même de telles instructions, tantôt en termes abstraits, tantôt sous forme de conseils précis et concrets. Toujours il conduit l’âme individuelle à la réalisation et à la plénitude de sa propre réalisation par son propre svadharma. On a dit que de nouvelles légendes se constituent sans cesse autour de lui et c ’est probablement vrai; mais il serait sans doute plus exact de dire qu'avec le temps on a compris son rôle de plus en plus complètement et on peut ainsi le décrire d'une façon toujours plus variée tout en restant dans les limites de la vérité.

Bien qu’incarnation de Vishnou, Nârada est fils de Brahmâ, ce qui n’est ¡pas pour nous surprendre puisqu'il est un des éléments fonda­ mentaux de la création, qu’il joue un grand rôle dans son déroulement et qu'il doit disparaître avec elle. On dit parfois qu’il est sorti des cuisses ou des hanches du Créateur, quelquefois aussi de sa gorge. Les rapports entre son père et lui sont d'ailleurs fort agités. Les Orientalistes d'Occident n’ont pas eu de peine à crier au scandale à l’occasion de ce mythe particulier quand ils ne se contentaient pas de le considérer comme ridicule. Comme il convenait au créateur de la multiplicité, Brahmâ dési­ rait que son fîls prit forme et ainsi peuplât le monde; mais Nârada était avant tout poussé vers sa propre nature, celle de Vishnou. Aussi soutint-il avec énergie et obstination que son rôle, c’est-à-dire le rôle de l’âme humaine, était moins de procréer que de se réaliser par la dévotion au Seigneur. Devant l'insistance de son père, Nârada ne put faire autrement que de le considérer comme un maître qui induit ses disciples en erreur. Ce sur quoi Brahmâ. restant parfaitement logique, condamna son fils à vivre dans la sensualité et à être dominé par les femmes. La nature particulière de cette malédiction résulte logiquement de la constatation que l’individu qui veut échapper à l’emprise de sa nature physique avant de savoir orienter les forces ainsi rendues dispo­ nibles, est menacé par l’obsession sensuelle. Nous verrons plus loin les conséquences de cette malédiction. Sur le moment, Nârada, loyal lui aussi envers sa propre nature et sa propre loi, maudit son père, le condamna à ne plus jamais être l’objet d’adoration et à désirer celle qu’il serait contre nature pour lui de désirer. Depuis ce jour, le Créateur du monde ne fut plus l’objet d’aucun culte: découvrant la beauté de sa propre fille, il la poursuivit de son désir. Et cela aussi ¡est parfaitement logique. La malédiction que Brahmâ avait lancée contre son fils devait, comme toutes les malédictions, retomber sur son auteur. Aussi tombat-il amoureux de la propre création symbolisée par sa fille et oublia-t-il le rapport fondamental qui existait entre elle et lui. Certains textes nous disent même qu'afin de jouir d’elle pleinement il dut s’abaisser jusqu’à la condition infra-humaine et obliger sa fille à en faire autant. Rappelé à une plus haute réalité par les sages, le Créateur reprit conscience de sa véritable nature et son fils put de nouveau se prosterner devant lui. Après quoi, soumis et obéissant, il prit, comme son père le lui avait ordonné, le corps d’un gandharva, c’est-à-dire d’un génie, d'un musicien céleste. Sous le nom d’Upavarhana, c’est-à-dire le très adorable, i! vécut ainsi pendant 300.000 ans entouré de ses 50 épouses. On ne

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saurait mieux décrire cette étape de son évolution qu’en reprenant les termes mêmes de la malédiction paternelle, telle qu’elle nous est rappor­ tée par le Brahmâ-vaivarta Purâna : « tu perdras toute connaissance de ta véritable nature; tel un cerf en rut, tu vivras une vie dissolue, aimé seulement des femmes. T u seras adoré plus que leur vie par 50 épouses dans la fleur de leur jeunesse et de leur beauté. Tu seras sans cesse assoiffé de plaisirs sensuels après avoir captivé le cœur de ces femmes. Tu deviendras plus que maître dans la science de l’amour. Tu désireras toujours le commerce charnel et sur la science de l’amour tu en sauras plus que le maître lui-même des gens dissolus. T u seras le maître des Gandharvas, ta voix sera mélodieuse et ta jeunesse éternelle. T u seras grand chanteur et grand joueur de. luth. T u seras sage, intelligent, ta parole sera mielleuse et ton caractère paisible. Lors­ que tu auras joui de la société de ces femmes luxurieuses pendant 100.000 années célestes, dans la solitude de la forêt, tu abandonneras cette vie et tu reprendras naissance comme fils d’une esclave. Après cela, ô mon fils, la compagnie des adorateurs de Vishnou et le fait de les servir, joint à la grâce du Tout-Puissant, te ramèneront à ton état ori­ ginal c ’est-à-dire que tu redeviendras mon fils ». Les Gandharvas sont dans la mythologie hindoue des génies qui, avec les Apsaras ou nymphes célestes, accompagnent les Dieux dans toutes les fêtes et toutesles réjouissances. Ils s’opposent parfois aussi avec violence aux mortels qui ont trop grande confiance en eux-mêmes et qui veulent triompher de toutes les difficultés par la force brutale. Ce ne sont pas seulement les courtisans de Kuvera, le dieu de la richesse. Ils sont aussi lese plus grands facteurs et les plus grands champions de l’harmonie à laquelle on parvient par la beauté et qui constitue une offrande digne d’être déposée aux pieds de Dieu. Pendant cette période de sa vie, on raconte que Nârada étudia la musique intensément durant 1.000 ans, mais lorsqu’il revint sur terre fier de ce qu’il avait appris il vit soudain des êtres difformes, horribles, re­ poussants qui, lorsqu’il leur demanda qui ils étaient répondirent : nous sommes tes chansons. Terriblement déçu, il continua ses études d’abord avec des maîtres que Dieu lui envoya et ensuite avec Dieu lui-même, et c’est ainsi qu’il en arriva au point où sa musique « remplissait toute la création d’une extase et d’une joie divines ». C ’est même à Nârada que l’on attribue l’invention de lavinâ,le plus parfait de tous les instruments de musique, qu’il porte toujours avec lui, cet instrument si prisé dans l’Inde aujourd’hui encore et dans lequel lorsqu’on fait vibrer une corde d'autre cordes vibrent non pas à l'unisson mais en harmonie. E t on ne saurait trouver de meilleur symbole de l’ac­ tion du grand protecteur de la multiplicité. Vishnou. L ’expérience acquise par Nârada dans cette vie de Gandharva l’a certainement mis en état de mieux comprendre les mortels pris dans les rets de M âyjâ et qui luttent contre toutes les tentations auxquelles notre genre est sujet. Il peut d’autant mieux s'apitoyer sur leur sort et leur apporter son appui. (à suivre).

Histoires pour Petits et Grands
II était une fois... Qui ne se souvient de la fascination exercée par ces mots magiques qui portèrent notre jeune imagination vers de lointaines et fantastiques contrées! Les contes de fées qu’écoute avec ferveur ou que feuillette l'enfant tout émerveillé par les féeriques images, gravent déjà dans son subcon­ scient de profondes et éternelles vérités. Car les histoires de nos mèresgrands, tout comme les récits mythologiques, reflètent les lois divines et les choses de ce monde. L'intuition de quelques hommes nous les a présentés sous des formes d’une naïveté souvent voulue, afin que se réalise la parole évangélique : « Si vous ne devenez comme des enfants,, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux ». (Matthieu Ch. 18 v. 3). S ’il nous était permis de compulser tout ce que la littérature étran­ gère et la nôtre nous offrent dans le domaine de la légende, nous y trouverions de surprenantes similitudes, car la Vérité est Une et tous les hommes sont enfants d’un même Père. De race en race, des messages nous ont été transmis sous des formes multiples mais inspirées par la même source. Ces messages sont pareils à des prières ou à des ordres que nul ne pourrait transgresser. A nous de les déchiffrer dans le grand livre de la V ie. Le temps ne peut en effacer les pages, car, c’est l’Eternel Présent se répétant à l’infini. « Il était une fois » évoque aussitôt dans notre pensée, l’Un ou Unique Dieu, créateur de toutes choses, du ciel et de la terre, et que l'on peut retrouver à la base des grandes traditions millénaires et à l’origine des puissants courants spirituels répandus sur l’humanité, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident. Cette affirmation de l'Unique, se perçoit d'une façon particulière­ ment claire en deux préceptes généralement jugés inconciliables : l’un appartient au Christianisme, l’autre à la tradition hermétique. Le premier s’exprime dans la prière chrétienne : « Que T a Volonté soit faite sur la Terre comme aux cieux ». Le second est celui qu’Hermès Trismégiste grava dans la célèbre table d'Emeraude et qui affirme : « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ». La même pensée d’Unité et d’Harmonie s'en dégage. D ’autre part, lorsque Jésus-Christ présente le Saint-Graal ou coupe d’Emeraude à ses disciples en leur disant : « Buvez, ceci est mon sang » il réaffirme peut-être sous une forme plus voilée, l’alliance du divin avec l’homme. Admettre ces vérités c’est posséder la clé d’or nous permettant d’ouvrir bien des portes. N ’est-il pas curieux de constater l’analogie qui existe entre la table d’Hermès et le Saint Graal : tous deux sont taillés dans l’émeraude. Or, cette précieuse matière et la couleur verte sont les symboles de la nature ou de la V ie manifestée sur le plan

matériel. Il ne semble pas que ce soit le hasard qui en décida le choix par le Sauveur divin et le grand Initié Hermès pour exprimer le message de Dieu. Toutes les tribulations par où passent les hommes dans leur course éperdue vers le bonheur, le travail titanesque des éléments composant la nature, l'impitoyable loi de cause à effet, nous sont d’ailleurs suggérées d’une manière voilée et féerique dans bien des contes et légendes de tous pays, telle une interminable broderie sur la trame du Temps. Ils nous démontrent que l’Harmoie parfaite c ’est-à-dire : l’équilibre entre l’esprit lumière et l’âme matière, ou entre le haut et le bas, la fusion totale en Dieu, la transmutation du mal en Dieu, sont les buts suprêmes de la Vie. Avant d’essayer de dégager les vérités profondes que récèlent ces contes, il faut avoir bien présent à l’esprit que Dieu, dans sa manifes­ tation positive et négative, créa l’homme et la femme. Il nous faut aussi considérer l'âme comme centre des émotions et du sentiment et comme véhicule d'une plasticité très subtile, agissant surtout dans le plan dit « astral » par les occultistes. Ce plan serait rattaché supérieure­ ment à l’esprit et inférieurement à la matière. Nous ne pouvons non plus perdre de vue que cet astral joue un rôle prépondérant dans les contes de fées : sans lui, les enchantements et ensorcellements ne trouve­ raient aucune explication vraisemblable. Les rêves parfois fantastiques réalisés pendant le sommeil, donnent déjà au lecteur peu averti une notion de ce que peut être ce plan. L ’âme est l ’expresion de l’éternel féminin; le reflet ou Mâyâ des Indous, côté négatif du Divin. L ’esprit c'est l'étincelle divine, émanant du grand foyer de Lumière c ’est la Conscience Supérieure, le « veilleur silencieux ». En tant que Conscience séparée, l'esprit peut s’obscurcir et com­ mettre bien des erreurs, selon qu’il se laisse, en s’éloignant de la source de Lumière Divine, embrumer par les plans inférieurs. Comme nous l'avons déjà exprimé, l’esprit apparaît comme la manifestation positive de Dieu, tandis que l’âme exprime les attributs passifs et réceptifs. L’âme étant symbolisée par la femme, l’esprit l’est par l’homme. Nous comprenons mieux ces analogies, si nous considérons le mode de créer la vie, de l'un et de l'autre. Telle l’étincelle, le premier crée spontanément. C ’est la révélation ou illumination soudaine que seul peut provoquer l’esprit. Telle la nature et telle l'âme cristallisant la pensée spirituelle reçue, la seconde crée un long et douloureux travail d’enfantement. Dans nos contes de fées, la belle princesse percécutée ou la bergère épousant le prince Charmant sont les enfantines figures de l’âme en travail dans la matière, le prince beau comme le jour, représente l'esprit. La conquête de l'âme par l’esprit se retrouve dans la poétique image d’Appolon, dieu Solaire poursuivant sa soeur jumelle, Phoebé ou la lune, dont il est épris. La chute de l'âme dans la matière nous est suggérée par de nom­ breux contes tels que « L a belle au bois dormant», « Cendrillon »,

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« Peau d'âne », dont les noms très suggestifs expriment la beauté radieuse dissimulée en une grossière enveloppe. La mythologie grecque nous offre Perséphone, Eurydice et Psyché, ces douloureuses exilées du Bonheur. Essayons d’analyser quelques détails de la « Belle au bois dor­ mant » :1a princesse eut de son union avec le prince Charmant, deux enfants nommés Jour et Aurore. Ces noms ne pouvaient être mieux choisis si l'on se souvient que leur père est le symbole de l’esprit solaire! Aussi dans la religion égyptienne, le Soleil était le centre du culte : celui qui devait venir, celui qui illumine et crée la Vie. Une méchante reine manifeste le désir de dévorer la Belle et ses enfants, pendant une absence du prince. Fort heureusement celui-ci revient à temps pour les sauver: et la mégère se donne elle-même la mort. Nous pouvons peut-être tirer de cette histoire, une très utile leçon : c’est que toute absence de la Conscience Supérieure peut livrer l’âme aux forces maléfiques qui tendent à en détruire les qualités et la force d'élévation. Mais si l'esprit, ce veilleur silencieux, reste présent et do­ mine, le mal se détruit de lui-même. Les forces mauvaises, de même que les épreuves karmiques se présentent dans les légendes sous la forme de personnages hideux, méchants, se voilant quelquefois d'une beauté et d’une douceur factices. Le plus souvent nous les voyons surgir sous les traits de la vieille fée Carabosse ou de Croquemitaine. Il leur arrive de manger de la chair fraîche, comme nous venons de le voir dans l’histoire de la Belle au bois dormant. La mythologie grecque nous parle de Cronos ou de Saturne dévorant ses propres enfants. On nous le présente sous les traits d’un vieillard, armé d’une faulx et d’un sablier. Chose curieuse, l’astrologie traditionnelle accorde précisément à la planète Saturne une signification de mort et d’épreuves; du moins dans son influence malé­ fique. La cause qui plonge l’âme dans l’obscurité ou dans la mort, est presque toujours un élément de tentation, ou encore un choc doulou­ reux; c'est la vue d’une fleur ou d’un fruit qui suscite le plus souvent i’irrésistible envie de les cueillir, ou bien c'est la piqûre d’un serpent. Rappelons aussi la Belle au bois dormant qui se blesse au fuseau de la vieille fée; de là son sommeil d’un siècle au fond de la forêt. Ce côté malfaisant est mis en relief par le symbolisme de l’astrologie traditionnelle qui le figure par le signe zodiacal du Scorpion. Ce signe représente les passions, les désirs ,1a mort mais aussi la résurrection. Notons-le, cette résurrection signifie que le mal peut être transmué en bien. Le serpent prend alors un sens supérieur ainsi que dans le caducée de Mercure, symbole de l’Initiation. Citons encore le douloureux mythe d’Orphée, le musicien grec, dont la femme Eurydice meurt de la morsure d’un serpent et est préci­ pitée en enfer. Orphée éploré, part à sa recherche mais ne peut la conquérir qu'à condition de ne la regarder qu’après avoir franchi le seuil du funèbre séjour.

Orphée ne peut contenir son impatience à contempler sa femme et se tourne trop tôt vers elle. Il perd Eurydice cette fois irrémédiablement. Errant et pleurant sa douleur, l'imprudent meurt déchiré par les Bac­ chantes. Si nous considérons Orphée comme symbole de l’esprit, son histoire nous le présente dans sa fusion avec lam e mais « embrumé » par l’illu­ sion de la forme. Il ne peut franchir les limites du monde matériel ou infernal et perd ainsi la vue du grand foyer de Lumière. N ’ayant plus aucun pouvoir supérieur sur l’âme, il la laisse s’abandonner au néant et s’égare lui-même hors de la V oie Divine. Voici l’histoire de Perséphone, fille de Déméter, déesse des mois­ sons : Perséphone, en jouant dans une prairie, découvre une fleur plus séduisante que les autres. Elle veut la cueillir et aussitôt, le sol s’ouvre sous elle. Pluton, seigneur des Enfers surgit du gouffre béant et y entraîne la malheureuse jeune fille pour l’épouser. Déméter obtient de Pluton que son enfant lui soit rendue six mois chaque année. Quel clair symbole de l’alternance des réveils à la Lumière et des engourdissements dans l’obscurité de la matière. Per­ séphone symbolise l’âme passant par une série de réincarnations avant le but suprême. D ’ailleurs certains auteurs voient aussi en ce mythe, ces tribulations du règne végétal qui meurt l’hiver pour renaître au printemps. Leur point de vue est incontestablement exact et peut compléter le nôtre, car, ne sommes-nous pas nous-mêmes pareils à des grains de blé semés par le Divin Moissonneur et notre mort ne contient-elle pas la promesse d’une résurrection à la Lumière? Il est écrit : « Le royaume des Cieux est semblable à un trésor caché dans un champ ». Jésus-Christ offrant le pain et disant : « Prenez, ceci est mon corps » fit-il autre chose que de nous révéler l’essence divine du grain de blé ou de l’humanité en travail?

(à suivre)
Suzanne D E R U Y T E R .

Lumières sur la théorie du professeur Viscardini
par Ram Linssen
Les auteurs de théorie nouvelles sont parfois conduits à user d'un langage nouveau dont la portée exacte échappe au public. C ’est afin d'éviter de telle confusions, que nous nous proposons de vous donner quelques lumières sur la théorie de l’Hyper du professeur Viscardini. Qu’est ce que Yhyper ?

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Si nous reprenons la définition qu’en donne le savant italien nous lisons à la p. 23 de son ouvrage : Nous donnerons le nom d'Hyper à la cellule génératrice de l’Univers, et nous définirons l'Hyper comme une sphère de 6 dimensions qui a la propriété de se subdiviser spontanément par termes ¡pairs, en distribuant les cellules engendrées dans une sphère à 5 dimensions. Au système de toutes les cellules engendrées par l'hyper à un moment donné de son évolution nous donnerons de nom de O M N IE N T . Dans l'Hyper, l'espace, le temps et la masse sont en synthèse, de sorte que, hors de l’Hyper, il n’y a rien, pas même l’étendue. C ’est l’Hyper qui crée, en se multipliant, l'espace temps où se distribue l’Omnient; mais l’espace-temps, à son tour, se dissocie en espace et en temps à cause du mouvement de l’expansion. Il ne faut donc pas confondre l'Hyper avec le cosmos, avec l'univers physique qui n’en est, qu’une émanation. Ce qui est sujet à l’expansion n’est plus l’Hyper, mais l'Omnient. L ’univers physique est, pour em­ ployer l’expression du professeur Viscardini, dans ¡'écorce de l'Omnient, qui a 3 dimensions spatiales et contient toute la matière et l’énergie réali­ sées jusqu’ici au cours de l’évolution cosmique. Quel est le rayon de l’Hyper ? L ’hyper est une immensecellule dont le rayon est de 7,88 X lO^.cm. Cet hyper effectue 264 divisions. Ces divisions se répartissent dans d’autres dimensions et sont responsables de l’expansion universelle. Chacune de ces divisions porte le nom de cellule cosmique. Le temps au cours duquel s’effectue chaque division de l’hyper en cellule cosmique est évalué à 54.000.000 d’années. Cette période porte le nom d’ère cosm ique. Les cellules cosmiques à 5 dimensions se distri­ buent dans une couche à 4 dimensions nommée l'Omnient. L'ensemble de l’Univers double son rayon en 20 èrescosmiques soit 20X 54.000.000 d’année : = 1.080.000 d’années. Quel est le rayon d’une cellule cosmique ? Il est donné par la formule R 1' où l’exposant n est le nombre de divisions subies par l’hyper, où R est le rayon de l'Hyper. Ce rayon diminue donc à chaque division. Après 264 divisions, les cellules ne se divisent plus. Elles ont atteint l’extrême limite dans laquelle leur masse n’est plus divisible. Le rayon d’une cellule cosmique lors de la 264° division est de
R R R 7.88 X 10“
i o 16 “ 7,88 x 1(8cm' 2 ; ' 2 " ' " 2 “ '

Quelle est la masse d'une cellule cosmique après 264 divisions ? Elle est équivalente à celle du proton. Ce qui signifie que la masse initiale de l’Hyper était de 223* X la masse du proton soit 226* X 2,96 Qu’entend-on par « ons hypériens » ?

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Les « ons hypériens » sont des particules à 5 dimensions possédant la masse d’un proton et la charge d’un électron. Ils ont donc la même masse qu’une cellule cosmique, mais ils pos­ sèdent un rayon infinitésimal soit — 15 1,5 X 10 cm. Les mégatrons sont des « on s actifs » qui, lors de la formation de la Voie lactée ont perdu leur activité et se sont fixés à l’évolution qu'ils avaient atteinte. Les « ons inactifs » sont représentés par le proton. La masse de mégatron est de 0,00206. Voici à titre indicatif, un tableau comparatif des principaux éléments de la cosmogenèse du prof. Viscardini : Hyper : rayon : 24 79 7,88 X 10 cm. M asse: 2,9 X 10 . cellule cosmique: rayon: 7,88 X 10 8 cm. Masse 1 1 0,00206 Charge 1 électron Charge 1 électron Charge 4 électrons

on hypérien : — 15 rayon: 1,5 X 10 cm. Masse mégatron : Masse :

Comment se présente la constitution de la matière d’après cette théorie ? Le neutron = 1 on + 4 mégatrons 1 on = ' masse = 1 4 mégatrons = 0,00824 masse neutron : Le proton se compose de : 1 on masse = 3 mégatrons : 1/2 mégatron : charge électron : 1,00000 618 103 048 1.00769 Les neutrons renforcés : = neutron ordiniare : masse 1.00824 + 1 couple charge (positron-électron) 103 1,00927 1,00824

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Toute matière contient un mélange de neutrons à 1,00824 et à 1,00927. La moyenne de ces deux neutrons donne : 1,00875. Le professeur Smyth, auteur du rapport du gouvernement américain sur la Bombe atomique arrive à 1,00893.

Nouvelles diverses
Au moment de mettre sous presse, M. Ram Linssen reçoit une lettre de Krishnamurti, annonçant son départ pour les Indes, par la Nouvelle Zélande et l'Australie, ainsi que sa visite en Europe pour l’été 1947. Le Swami Siddeshwarananda, chargé de cours aux Universités de Toulouse et Montpellier prendra la parole à l’Institut Supérieur de Science et Philosophie : 71 rue de la Victoire, le mardi 18 juin 1946 à 20 h. Prix des places : 30, 50 et 100 frs.

C O RRESPO N D A N TS ETR A N G ER S : F ran ce : Elisabeth Dupont : Domaine de l’Etoile, route de Pessicart, Nice. A L P E S M A R IT IM E S . C ongo B elg e : Mr. François, Conservateur des Titres Fonciers, Costermansville. Kivu. Congo Belge.

Librairies, où se trouve la revue « Spiritualité : Librairie Librairie Librairie Librairie Librairie Librairie Ehlers : r. Jean Volders, St. Gilles du Siècle : r. du Midi, E/V. Lammertyn : r. Coudenberg, E/V. des Sciences : r. Coudenberg, E/V. d’Ixelles : 118 ch. d’Ixelles. XL. Castaigne : r. Montagne aux Herbes. E/V.

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