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Physique Et Outils Mathematiques

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Présentation

Les exemples les plus simples de réponse linéaire proviennent des systèmes
classiques à petit nombre de degrés de liberté dont la dynamique interne
est déjà linéaire. Un représentant standard de ces systèmes est un circuit
électrique RLC, dont les états sont décrits par la charge Q du condensateur
et l’intensité I du circuit, variables analogues à la position et à la vitesse
d’une particule en une dimension. L’état stationnaire E0 est caractérisé par
une charge nulle et une intensité du courant nulle. Le forçage extérieur F
correspond à une tension U appliquée aux bornes du circuit, et branchée
de manière adiabatique. Nous allons étudier l’intensité du courant traversant
le circuit, en réponse à l’application de cette tension extérieure. Le rôle de
l’observable A est donc tenu ici par l’intensité I.

Notons d’emblée, que la réponse en courant à une tension, entre bien dans
le cadre physique général introduit dans la première partie de ce chapitre. En
effet, pour faire apparaître un courant dans le circuit, il faut nécessairement
appliquer un champ électrique extérieur aux porteurs de charge. En pratique,
ce champ pourra être induit par un générateur de tension branché aux bornes
du circuit.

Étude et résolution

Rappelons l’équation différentielle régissant l’évolution du circuit repré-
senté sur la figure 1.4. Soient U la tension aux bornes du circuit, I l’intensité

R

L

C

I

U

Fig. 1.4 – Circuit RLC.

du courant, et Q la charge du condensateur. Les tensions aux bornes de la
résistance, de la bobine inductive et de la capacité sont repectivement RI,
LdI/dt et Q/C. Comme I = dQ/dt en vertu de la conservation de la charge,

22

Physique et outils mathématiques : méthodes et exemples

la loi des noeuds s’écrit

d2

Q

dt2 + R
L

dQ

dt + 1

LCQ = U

L.

(1.32)

Dans la situation considérée ici, les conditions initiales sont rejetées à t =
−∞, et s’écrivent Q(−∞) = 0 et I(−∞) = 0. La tension appliquée U(t) est
également nulle en t =−∞. Lorsque celle-ci est monochromatique, de la forme
U = Uz eizt

avec z = ω + i et > 0, la susceptibilité χ(z) contrôlant la
réponse en courant est ici directement calculable sans passer par la fonction
de réponse K0(τ). Nous montrons que cette susceptibilité exhibe bien les
propriétés d’analyticité générales. Puis, nous donnons la forme de K0(τ), qui
peut être obtenue de trois manières différentes.

Susceptibilité. Par suite de la linéarité des équations de l’électrocinétique,
l’intensité I(t) oscille avec la même fréquence z que la tension, i.e. I = Iz eizt

.
En insérant cette forme monochromatique dans la dérivée membre à membre
de l’équation différentielle (1.32), il vient le résultat bien connu

Iz = Uz
Z

où Z = Ri(Lz1/(Cz)) est l’impédance du circuit. La susceptibilité est
donc simplement égale à l’admittance, soit

χ(z) =

iCz

LCz2

+iRCz1.

(1.33)

La susceptibilité χ(z) est ici une fraction rationnelle. En définissant

δ =R2

C2

+ 4LC,

ses pôles sont situés en (voir figure 1.5) :

z1 =iRC

δ

2LC

; z2 =iRC +

δ

2LC

si δ > 0

ou

z1 =iRC

|δ|

2LC

; z2 =iRC +

|δ|

2LC

si δ < 0.

Comme RC >

|δ| lorsque δ < 0, les deux pôles de χ(z) sont toujours dans
le demi-plan complexe inférieur. Par conséquent, χ est bien analytique dans

C+

. Par ailleurs, les pôles de χ(z) correspondent manifestement aux modes
propres du circuit RLC.

1. Réponse linéaire et analyticité

23

z1

ω

z1
i R
2L

z2

z2

Fig. 1.5 – Les pôles (z1,z2) ou (ez1,ez2) de l’admittance χ(z) d’un circuit RLC se

situent dans le demi-plan complexe inférieur.

Comme la fraction rationnelle (1.33) est analytique dans C+

, axe réel
compris, les relations de Kramers-Kronig sont nécessairement satisfaites. Cela
dit, sur un plan technique, il est intéressant de le vérifier explicitement sur cet
exemple simple. Nous indiquons donc quelques étapes qui jalonnent les calculs
correspondants. Pour z = ω réel, les parties réelle et imaginaire de χ(z) sont

χ (ω) =

R

[R2

+ (Lω 1

Cω)2

]

et χ (ω) =

(Lω 1

Cω)

[R2

+ (Lω 1

Cω)2

]

. (1.34)

Pour effectuer les intégrations en jeu dans les relations de K.K., il est commode
de décomposer χ (ω) et χ (ω) en éléments simples.

Puis, il faut réécrire les parties princi-
pales comme des intégrales sur ]L,ω
] et [ω+ ,L[, et prendre ensuite les li-
mites L + et 0+

. La vérifica-

tion s’achève en utilisant l’identité

lim

L+

L
L

1

z0)

= iπ sign(Im(z0)) (1.35)

où sign(x) désigne le signe de x.

Commentaire 1.2.1.

Pour démontrer l’iden-

tité (1.35), il suffit d’absorber

la partie réelle de z0 via une

translation sur la variable ω

,

puis de calculer l’intégrale de

la partie paire en ω

par le

théorème des résidus. Lorsque

z0 est réel, la limite de l’inté-

grale, qui est alors comprise

au sens de la partie principale,

est nulle.

Fonction de réponse. Pour déterminer K0(τ), une première méthode
consiste à déterminer le courant I(t) induit par une tension U(t) quelconque.

24

Physique et outils mathématiques : méthodes et exemples

L’équation différentielle élémentaire (1.32) pour Q(t) est alors résolue par la
méthode de variation de la constante3

. Dans l’expression intégrale obtenue
pour I(t) = dQ/dt, qui est de la forme (1.4), p. 5, la fonction de réponse est
identifiée à

K0(τ) = e R

2Lτ

L

δ

δ cos

δ
2LCτ

RC sin

δ
2LCτ

pour δ > 0 (1.36)

et

K0(τ) = e R

2Lτ

L

|δ|

|δ| ch

|δ|
2LCτ

RC sh

|δ|
2LC τ

pour δ < 0 .

(1.37)

Pour τ = 0, ces expressions se réduisent à K0(0) = 1/L, conformément à la
signification physique de K0(0), et à l’interprétation de la bobine L comme dé-
crivant l’inertie électrique dans l’analogie électromécanique habituelle. Ainsi,
le comportement aux grandes fréquences χ(z)i/(Lz) obtenu à partir de la
formule (1.33), est bien en accord avec le comportement asymptotique géné-
ral (1.14), p. 12.

Le lecteur est encouragé à retrouver les expressions (1.36) et (1.37), en
considérant un forçage pulse Upulse(t) = F0δ(t t0). Il faut alors étudier
la relaxation libre du circuit sans forçage, à partir des conditions initiales

Q(t+

0 ) = 0 et I(t+

0 ) = (F0/L), induites par le pulse, et calculer l’intensité
Ipulse(t) du courant résultant. La fonction de réponse est alors obtenue en
écrivant K0(τ) = F1

0 Ipulse(t0 +τ).

Enfin, il existe une troisième méthode pour retrouver les expressions (1.36)
et (1.37) de K0(τ). En effet, comme la susceptibilité χ a déjà été calculée
directement, il suffit de prendre la transformée de Laplace inverse de χ(z),
comme cela est proposé à l’exercice 1.2, p. 54.

Interprétation

Bien que cet exemple soit simple, il met déjà en valeur le contenu physique
très riche des fonctions de réponse. En particulier, il illustre bien la relation
générale, discutée dans le paragraphe 1.1.3, entre la dissipation et les proprié-
tés d’analyticité de la susceptibilité. En effet, lorsque R = 0, la fonction de
réponse K0(τ) décroît exponentiellement aux grands temps. La présence de
dissipation pour R = 0, se manifeste également par la nécessité de fournir
constamment de l’énergie au circuit pour maintenir des oscillations du cou-
rant sans amortissement. Ainsi, la puissance fournie par le forçage, moyennée
sur une période T = 2π/ω,

P = 1

T

T

0

dt U(t) I(t) ,

3. Cette méthode est rappelée dans l’annexe C, p. 310.

1. Réponse linéaire et analyticité

25

est égale à

P = χ (ω)

2 ||2

.

(1.38)

Cette puissance est bien positive comme attendu, car χ (ω) est positif d’après
la formule (1.34).

Lorsque R = 0, c’est-à-dire en l’absence de dissipation, alors δ = 4LC > 0
de sorte que les expressions (1.36) et (1.33) se réduisent respectivement à

K0(τ) = 1

L cos

τ/

LC

et χ(z) = iCz
LCz2

1 .

La fonction de réponse ne tend donc plus vers zéro à l’infini, alors que la
susceptibilité n’est plus analytique sur tout R car elle est singulière en ω =
±ω0 où ω0 = 1/

LC est la fréquence propre du circuit LC. Pour ω = ω0,
comme la partie réelle χ (ω) de la susceptibilité s’annule, la puissance fournie
P est également nulle, en accord avec l’absence de dissipation. Le cas ω →±ω0
doit être examiné avec soin en prenant

z =±ω0 +i avec 0+

.

Dans ce cas, nous trouvons

χ(±ω0 +i ) 1

2L .

Ainsi, la susceptibilité diverge mais en étant réelle, ce qui signifie que la puis-
sanceP diverge pour la fréquence ω0. Ceci correspond bien sûr au phénomène
de résonance pour l’oscillateur LC soumis au forçage.

Pour conclure, soulignons que les résultats de cet exemple sont caractéris-
tiques de tout système dynamique en un point fixe stable vu comme un état
stationnaire. Lorsqu’un tel système est soumis à un faible forçage extérieur, il
reste au voisinage de ce point fixe, et les équations d’évolution correspondantes
prennent une forme linéaire analogue à celle de l’équation différentielle (1.32).
La susceptibilité χ(z) est alors une fraction rationnelle, dont les pôles, situés
dans le demi-plan complexe inférieur ou sur l’axe réel, sont contrôlés par les
modes propres de relaxation intrinsèques au point fixe considéré.

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