P. 1
Croissance Zone Euro

Croissance Zone Euro

|Views: 0|Likes:
Published by maghniav

More info:

Published by: maghniav on Apr 05, 2013
Copyright:Attribution Non-commercial

Availability:

Read on Scribd mobile: iPhone, iPad and Android.
download as PDF, TXT or read online from Scribd
See more
See less

09/09/2014

pdf

text

original

Fiche Comment augmenter la croissance dans la zone euro ?

1.

UN CONSTAT PRÉOCCUPANT

Il existe un risque clair d’un développement « à la japonaise » de l’économie européenne, avec, comme au Japon, à la fois (i) une longue période de désendettement liée aux excès antérieurs, au recul des prix des actifs et à la situation des banques, conduisant à une faiblesse structurelle de la demande, (ii) une croissance nominale insuffisante pour stabiliser le ratio dette publique/PIB. De plus, le soutien de la croissance des pays de l’OCDE par les pays émergents ne sera pas du tout celui qui était escompté : on observe, en effet, aujourd’hui une double évolution qui fait disparaître l’effet positif des pays émergents sur les économies des pays européens : (i) la poursuite de la hausse de la part de marché des pays émergents (hors Russie et Opep) dans le commerce mondial hors énergie (celle-ci est passée de 23 % en 1998 à 37 % en 2009, tandis que celle de la zone euro stagnait à 16 % sur l’ensemble de la période) ; (ii) la substitution de la production domestique aux importations dans les pays émergents, ce qu’on peut appeler les premiers signes de la « déglobalisation ». Cette substitution témoigne de la montée en gamme de l’industrie des pays émergents, ainsi que de la volonté politique d’autonomie de ces pays en termes de technologies industrielles. Dans le futur, il pourra aussi y avoir « déglobalisation financière », c’est-à-dire arrêt du financement des pays de l’OCDE par l’épargne des pays émergents 1, qui financera des investissements dans les pays émergents, d’où une nouvelle source de freinage de la croissance des pays de l’OCDE. Il ne faut pas non plus compter sur la coopération entre les pays de l’OCDE ; au contraire, ils risquent de mener les uns vis-à-vis des autres des politiques hautement non coopératives : protectionnisme déguisé (États-Unis), dépréciations des taux de change (Royaume-Uni), refus « dogmatique » de la solidarité au niveau européen (Allemagne). Selon l’économiste Patrick Artus (Natixis), il ne faut, enfin, « ne plus rien attendre des politiques macroéconomiques, ne rien attendre avant longtemps des politiques structurelles ». En effet, les politiques macroéconomiques contracycliques ont été massivement utilisées à partir de 2008 : important déficit public, politique monétaire expansionniste. Ces politiques ne peuvent plus maintenant être utilisées : effrayés par la crise grecque, sous la pression « idéologique » des institutions européennes et de l’Allemagne, les pays européens prévoient maintenant de ramener leurs déficits publics à 3 % du PIB en 2012 ou 2013, ce qui correspond sur les trois prochaines années, à une politique budgétaire très restrictive, susceptible d’étouffer la croissance. Or, à trop vouloir réduire les déficits dans un contexte de reprise balbutiante, l’Europe risque de replonger dans la récession. Et, au final, du fait même du ralentissement économique qu’elles vont entraîner, il est très probable que ces politiques empêchent la réduction des déficits publics au niveau prévu initialement. Parallèlement, les gouvernements mettent aussi en place des politiques structurelles visant à augmenter la croissance de long terme : soutien de la recherche, de l’éducation nationale (enseignement supérieur), des PME innovantes ; soutien au financement des PME ; incitations au développement de nouvelles industries (industries vertes). Mais il faut être réaliste : (i) le succès de ces politiques est incertain ; les pays émergents aussi (la Chine en particulier) montent en gamme très

1

Le taux d’épargne de la nation est passé de 26 % du PIB à 34 % du PIB entre 1998 et 2009 dans les pays émergents (y compris Russie et Opep), alors qu’il diminuait, sur la période, de 22 % à 18 % du PIB pour les principaux pays développés (États-Unis, Union européenne 15, Japon).

En 2008. Piste n° 1 : vers une forte dépréciation de l’euro Le commerce extérieur de la zone euro est sensible à la parité de l’euro. 2 3 4 5 6 7 En 1999. 2.9 millions. le nombre de diplômes universitaires est passé de 1. on obtient normalement une hausse plus rapide des salaires et des prix.5 % du PIB consacré à la R & D contre 1. tandis que les rémunérations des agents publics représentent 15 % du PIB. à l’instar de nombreux autres pays de la zone euro (Italie). (2) un redémarrage du crédit aux ménages.6 %.4 % des exportations totales de la Chine (Royaume-Uni : 35 %. le taux de scolarisation à l’université (par rapport à la population en âge d’être inscrits) passant de 11. matériel informatique. Or. Allemagne : 17. Italie : 9.7 % et 3. entre 2000 et 2007. instruments médicaux. en gelant le point d’indice de la fonction publique pour 2011. le gouvernement français mène une politique particulièrement malthusienne 7. ce qui est appréciable.3 millions de personnes) représentent 18. ils représentaient 31. la BCE va beaucoup résister avant d’utiliser des interventions de change pour affaiblir l’euro. Allemagne : 17. on a observé l’inverse : un recul massif de la productivité du travail dû à l’inertie de l’emploi.5 %). Reste à savoir d’où viendrait la dépréciation de l’euro : (i) des marchés financiers. Or. la propension à consommer les salaires étant supérieure à celle à consommer les profits.9 % sur la période. pour accroître les salaires. optique. avec un comportement novateur visant à affaiblir l’euro : Quantitative Easing (injection de liquidités).déformer le partage des revenus en faveur des salariés.2 %). les produits haut de gamme (pharmacie. Le freinage des salaires et la prochaine déformation du partage des revenus au détriment des salariés affaiblissent évidemment la demande des ménages et constituent un très mauvais signal au moment où : (i) les taux d’épargne des ménages remontent. trois autres évolutions pourraient conduire à un pronostic plus favorable en ce qui concerne la croissance de la zone euro : (1) une forte dépréciation de l’euro.rapidement 2 et font d’énormes efforts de R & D et d’éducation supérieure 3 . (ii) même si ces politiques structurelles réussissent. Toutefois.6 % des exportations chinoises (Royaume-Uni : 24 %. une baisse du taux d’épargne 6.5 % de la population active française. une croissance en volume et nominale plus forte. Mais la poursuite de la correction de l’emploi et le freinage des salaires vont finalement aboutir à la baisse de la part des salaires dans le PIB . en intégrant les revenus du capital dans le calcul de l’impôt sur le revenu aux taux d’imposition du salaire. - modifier la structure de la fiscalité en fonction des besoins des économies après la crise : il y a aujourd’hui insuffisance de la demande privée. à stimuler la croissance des années 2011-2013. (3) la progression des exportations vers les pays en croissance rapide. À l’inverse. interventions de change non stérilisées . Par ailleurs. or. (ii) ou de la BCE. La propension à épargner les revenus du capital est supérieure à la propension à épargner les revenus du travail. Par exemple en taxant davantage les plus-values en capital.8 million à 5. QUE FAIRE ? Toujours selon Patrick Artus. France : 22. comme le montre son évolution lorsque l’euro s’est apprécié de 2002 à 2008 : les estimations économétriques montrent qu’une dépréciation de 10 % de l’euro conduirait à une hausse de la croissance de la zone euro de 0. dans un environnement de chômage élevé et de marchés du travail moins réglementés. En Chine. . Italie : 10. France : 23. l’effort très intense d’innovation en Suède et au Japon (respectivement 3. depuis le début de la crise. l’État dispose de peu de moyens. en l’espèce.4 %. faible besoin d’investir avec la faiblesse du taux d’utilisation des capacités. Par ailleurs. On rappellera que les effectifs des trois fonctions publiques (5. des politiques de soutien de la demande dans les pays européens « qui ne soient plus les politiques macroéconomiques usuelles » pourraient être encouragées : .2 %.9 % à 35.8 % au niveau de la zone euro) n’a pas eu d’effet rapide ou spectaculaire sur les gains de productivité. leur succès ne se verra que dans le long terme 4. (ii) le besoin de financement des entreprises recule avec la baisse de l’investissement. aéronautique et espace) constituaient 22.6 %.5 point environ par an pendant deux ans. TV. si l’État réduit par la fiscalité le rendement anticipé du capital (de l’épargne) 5. avec la défiance vis-à-vis des dettes publiques . excès d’épargne privée. Elles ne pourront pas aider.

les dettes des ménages (en % du RDB) sont passées de 110 % à 100 % entre 2002 et 2009 en Allemagne. de l’Irlande. de 75 % à 95 % dans la zone euro. les salaires de la zone euro étaient globalement indexés sur l’inflation importée venant des prix des matières premières. force est de constater que la dépréciation de l’euro n’est utilisable que si elle entraîne des hausses de salaires par indexation sur l’inflation importée. Piste n° 2 : redémarrage du crédit aux ménages dans certains pays Un redémarrage du crédit aux ménages signifierait un retournement à la baisse du taux d’épargne des ménages.4 point de PIB pour stabiliser le taux d’endettement public. et 3. il faut ainsi à la zone euro un excédent budgétaire primaire de 1. du Portugal. la reprise du crédit dans les pays où le taux d’endettement est très élevé (Espagne. ce qui montre que le problème n’est pas seulement la part des exportations qui va vers les régions en croissance rapide mais aussi la performance à l’exportation de la zone euro. Espagne + Irlande + Grèce + Portugal : de 15 % à 19 %). en 1994. accroît la part des salaires dans le PIB et fait baisser le taux d’épargne.5 % de taux d’intérêt à long terme. Piste n° 3 : progression des exportations Pour l’instant.2 % à destination de la Suisse et de 2. Mais si les salaires ne sont pas indexés. recul des salaires réels. La part des exportations vers les régions en croissance à nouveau rapide (Chine et reste de l’Asie. de 82 % à 140 % en Espagne. comme aux États-Unis. il y a. assez faibles. Avec 2 % de croissance nominale. la forte croissance de la demande intérieure de l’Espagne. en revanche. mais cette part était tombée à 26 % en 2008 (France : de 21 % à 22 % . elles aussi. avant la crise. Or. accroît la croissance en volume. Italie : de 20 % à 17 % . la zone euro (323 millions d’habitants en 2010) ne peut se passer d’une demande interne soutenue. on rappellera que la faiblesse de la croissance nominale rend très difficile. . Ces exportations restent. l’Allemagne représentait. mais de 55 % à 78 % en France et de 40 % à 66 % en Italie. 36 % de la demande intérieure totale de la zone euro. les salaires nominaux et l’inflation. Amérique latine.2 % de la population active en moyenne).4 % à destination de la Chine). de la Grèce et. de la France avait permis de compenser la sévère cure d’austérité que s’impose l’Allemagne (et dans une moindre mesure l’Italie) depuis quinze ans déjà : ainsi. il n’est pas certain que l’indexation des salaires nominaux sur les prix subsiste. exportateurs de pétrole) est de 24 % en 2009 8 (dont 5.Toutefois. elles semblent remonter mais leur niveau reste 20 % plus bas qu’avant la crise. dans la zone euro.4 point de PIB. soit la possibilité d’accroître les dépenses publiques (hors intérêts sur la dette) de près de 3 points de PIB. En 2008. On observe pour l’instant une petite reprise de la distribution de crédit (immobilier) aux ménages en Italie et en France. de 6. donc la croissance en valeur. Irlande…) est peu probable.2 % à destination du Japon. pays où le taux d’endettement des ménages est plus faible : en effet. En revanche. Par ailleurs. le désendettement aussi bien du secteur privé (135 % du PIB en 2010 contre 105 % en 2002) que du secteur public (88 % du PIB en 2010 contre 68 % en 2002). il suffirait d’avoir un déficit public primaire de 1. En termes de croissance. la dépréciation de l’euro accroît les exportations en volume (au moins à court terme). Si les salaires sont indexés. dans une moindre mesure. mais dans une situation de chômage relativement faible (7. les exportations de la zone euro restent faibles (16 % des exportations mondiales). Avec un taux de chômage élevé (10 % en moyenne au 1er trimestre 2010). ne réduit pas les salaires réels. Pour résumer. alors qu’avec 5 % de croissance nominale. 8 Cette part est de 12 % à destination des États-Unis. recul de la part des salaires dans le PIB. Portugal. et donc baisse de la croissance en volume et en valeur.

You're Reading a Free Preview

Download
scribd
/*********** DO NOT ALTER ANYTHING BELOW THIS LINE ! ************/ var s_code=s.t();if(s_code)document.write(s_code)//-->