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Arnaud Rosset_HABERMAS le cosmopolitisme et l utopie européenne.pdf

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HABERMAS, LE COSMOPOLITISME ET L'UTOPIE EUROPÉENNE Dans Les théories de l'histoire face à la mondialisation j'ai abordé d'un point de vue critique les

thèses d'Ulrich Beck (voir sur ce point la partie III). Mais ce dernier n'est pas le seul à introduire une vision de l'ère de mondialisation qui renvoie vers un cosmopolitisme prospectif. Avant lui, Jürgen Habermas parvenait à des propositions presque similaires, mais articulées autour d'une imposante théorie des sociétés que l'espace imparti ne me permettait pas d'aborder en détail dans mon ouvrage. Le lecteur est donc en droit de se demander si mes critiques contre le cosmopolitisme juridique ne deviennent pas obsolètes une fois confrontées à l'armada théorique développée par le penseur allemand. Ces quelques lignes sont en ce sens l'occasion de clarifier la distance qui me sépare d'une telle approche tout en précisant quelque peu ma position sur l'émergence de l'Union européenne au sein de ladite mondialisation (puisque cette émergence est justement comprise par les penseurs cités comme le point de départ concret de leur projet cosmopolitique). La mondialisation et la seconde modernité En synthèse, Habermas conçoit l'ère de la mondialisation comme une deuxième modernité, une modernité malade pour être plus précis et qu'il s'agirait de guérir. Revenons d'abord sur l'origine de cette maladie avant de mesurer les effets d'une telle hypothèse sur la lecture des trois dernières décennies. Le tout social du monde moderne s'articulerait dès le départ, selon l'auteur, autour de deux pôles : d'une part, le " monde vécu ", c'est-à-dire l'arrière-plan des pratiques intersubjectives, l'horizon commun des actions individuelles et collectives personnalisées ; d'autre part, le " système ", autrement dit l'ensemble des mécanismes coordinateurs qui permettent de relayer les processus discursifs de décision (à commencer par les deux sous-systèmes que sont l'économie et l'administration, sous-systèmes respectivement articulés autour de deux " médiums ", l'argent et le pouvoir). Or Habermas, contrairement à Marx, refuse de concevoir ce qu'il appelle les sous-systèmes comme des formes " pathologiques " de la modernité (le marché, par exemple, ne serait pas par nature une structure porteuse d'une contradiction). Et, se démarquant de Weber, il se refuse à réduire le désenchantement moderne à une monopolisation progressive, par la raison instrumentale, des différentes sphères cimentant le champ social. En d'autres termes, ce n'est ni la thèse de l'appropriation, par une classe dominante, des appareils administratifs et économiques ni celle de l'hégémonie d'une forme idéal-typique de l'agir humain que Habermas choisit de privilégier pour rendre compte de la crise de la modernité qui advient selon lui au XXe siècle, durant le " capitalisme tardif ", c'est-à-dire le capitalisme de l'ère technocratique. Le véritable lieu de dysfonctionnement du tout social ne viendrait donc pas des éléments constitutifs de ce tout mais de la distorsion que subit leur rapport. Autrement dit, c'est la relation entre le " système " et le " monde vécu " qui s'avère problématique, et plus spécifiquement la " colonisation " tendancielle du second par le premier (colonisation qui engendre au sein du monde vécu lui-même l'appropriation, par l'espace privé, de l'espace public). C'est en conséquence le champ politique qui, en raison de ses deux versants (le versant institutionnel, juridico-politique, facteur d'intégration des demandes du monde vécu, et le versant technocratique, le sous-système politique relatif au média du pouvoir), est le lieu de la distorsion, le lieu où s'engage l'intrusion " pathologique " du système dans le monde vécu.

qui apporte la solution. une " constitution " européenne aura. ce qui nécessite. c'est-à-dire conquérir une dimension juridico-politique pour avoir une quelconque efficacité. du " monde vécu " n'est possible que sur le fond d'un détournement politique de l'espace communicationnel au profit de l'activité stratégique. à savoir une complaisance envers le statu quo. et en ce sens la construction de l'Europe montre la voie à suivre puisqu'elle permettrait d'installer à terme " un espace public non déformé qui. doit plus fondamentalement se comprendre comme une crise de la communication. il faut souligner à quel point la lecture de la mondialisation induite par cette thèse est faussée. Whitebook. puis par une " crise de motivation " (la production de sens. la " colonisation ". permettant d'envisager une résolution concrète de la crise de la modernité. la distorsion de la raison communicationnelle. à l'instar de J. est déjà en train de s'esquisser. par la sphère socioculturelle. non pas d'abolir le " système " (projet illusoire étant donné que les " médiums " sont irremplaçables). seule une "éthique de la communication" protégeant l'espace public de tout processus d'idéologisation peut assumer cette tâche. Selon Habermas. La solution à cette crise serait dans ces conditions dévoilée dans l'exposition même du problème : il suffit d'empêcher la " colonisation " du monde vécu par le système. Selon Habermas. Le refus des contradictions Sans discuter ici la cohérence logique de la thèse de J. et ce processus engendre l'instrumentalisation du monde vécu (avec la confusion espace public/espace privé qui en découle) : " les structures symboliques du monde vécu sont perverties. Car la crise du champ politique. soucieux de montrer que la perspective d'un espace communicationnel autonome et juridiquement protégé. le " droit constitutionnel " comme " traducteur " des demandes émanant du monde vécu. par les impératifs des sous-systèmes qui se sont différenciés et autonomisés à travers l'argent et le pouvoir "2. Cependant. Habermas finit par lire. En effet. si elle se manifeste d'abord par une " crise de légitimation " (c'est-à-dire par le décalage entre les motivations qui régulent le système économico-administratif et celles qui sont générées par la sphère socioculturelle). [n'étant investi] par le pouvoir ni de l'intérieur ni de l'extérieur […]. " il n'y aura pas de remède au déficit de légitimation sans un espace public à l'échelle de l'Europe "4. En effet. selon . Quels sont les indices de cet aplanissement ? Le premier est la croyance de l'auteur en un espace juridico-politique européen véritablement contraignant qui serait déjà en cours de formation et qui serait susceptible de résorber les contradictions de l'État-nation moderne. un espace qui jouerait le médiateur entre le monde vécu et le système. En d'autres termes. mais de neutraliser le processus d'idéologisation. Habermas (ce qui impliquerait une analyse critique beaucoup plus poussée du concept d'agir communicationnel). déborde les frontières des espaces publics jusqu'ici limités aux cadres nationaux "5. " un hégélianisme dans le mauvais sens. cette éthique originale doit elle-même être institutionnalisée. loin d'être une projection utopique. dans les trajectoires historiques récentes. devient insuffisante pour motiver l'action)1. l'émergence d'un espace juridique inédit . rationalisée comme théorie de la modernité "3.Et c'est à ce moment que la dimension de l'agir communicationnel (apport central de Habermas) intervient. Mais pour parvenir à une telle lecture. par le " système ". c'est-à-dire sur le fond d'un processus d'idéologisation . Quels seraient les moyens disponibles pour actualiser cette perspective d'un " réseau de communication formé " par " un espace public politique à l'échelle européenne " ? C'est le droit comme médiateur. l'auteur aplanit les contradictions du champ politique contemporain et sombre en définitive dans ce que l'on peut nommer. c'est-à-dire réifiées.

les possibilités à venir sont réduites : si l'union européenne ne parvient pas à se transformer en État-nation. pour sa part. les États n'auraient pas accepté de perdre. " un effet d'induction " permettant de générer ce réseau de communication. le sentiment national pouvant se développer postérieurement. peuvent tout à fait être réorientés dans une direction opposée à celle actuellement privilégiée). certaines de leurs prérogatives (ce qui est évidemment le cas au sein de l'Union européenne. rétorquera-t-on. la construction européenne n'est de toute façon pas porteuse d'une forme politique inédite engendrée par la mondialisation. AELE qui. que la base institutionnelle peut être première. En d'autres termes. Mais. cet argument pertinent n'entraîne pas nécessairement les conclusions du penseur allemand. De ce fait. Cela revient-il à dire que les États européens actuels désirent ce nouvel État-nation ? Il serait plus exact d'affirmer que la plupart d'entre eux.Habermas. de parvenir à une véritable stratégie économique unifiée (face à la concurrence internationale) sans le soutien permanent et total d'une forme étatique de type moderne. elle devra en rester à une stratégie limitée faute de pouvoir harmoniser de façon permanente les politiques nécessaires au maintien des objectifs économiques communs (objectifs qui. aux processus économiques capitalistes. système au sein duquel l'État-nation comme entité juridique contraignante est nécessaire. peut s'appuyer sur un arrière-plan culturel commun " (Ibid. " du point de vue économique. Car l'intégration des États dans une Union qui limite en partie leur marge de manœuvre (comme en atteste par exemple le " Pacte de stabilité et de croissance " adopté en 1996 au Conseil Européen de Dublin) n'est pas immédiatement identifiable à la création d'une nouvelle forme de souveraineté. D'autant plus que l'Europe. même partiellement. surtout depuis le projet de Traité constitutionnel ? Celui-ci n'est-il pas en train de substituer une forme inédite de souveraineté à celle qui prévalait jusqu'ici dans l'ère moderne ? Et l'indice majeur confirmant le bien-fondé de cette hypothèse n'est-il pas l'échec de l'AELE (Association européenne de libre-échange. contrairement à la situation au sein de l'AELE) s'ils n'y avaient pas été inclinés par des mécanismes supérieurs.et déjà dominantes . . ne parviennent pas à trouver de solution de rechange efficace pour résister aux puissances montantes .les États-Unis . L'erreur est ainsi de croire que l'État-nation.(d'où la conversion résignée des membres de l'AELE. dans le cadre de telles analyses. nécessite une identité nationale prédonnée. du phénomène européen. Dans tous les cas. en revanche. si ce n'est justement en raison du processus de déclin de la forme nationale invoqué par Habermas ? De fait. qui pensaient au départ pouvoir se contenter de partenariats privilégiés). à l'inverse. En ce sens. ne limitait aucunement le pouvoir des États-nations ? En effet. qu'elle stagne dans une simple alliance économique ou qu'elle devienne un authentique État-nation. Pourtant. sans le souhaiter initialement. et administratif. on l'a vu. Elle peut aussi augurer un nouvel État-nation. Un dépassement de la configuration de l'État-nation est de fait inconciliable avec la configuration du systèmemonde moderne. au sein du système-monde moderne. on voit mal pourquoi le projet porté par l'AELE ne s'est pas naturellement imposé. à savoir. cette thèse semble peu pertinente d'un point de vue historique.). comment rendre compte. les nations de l'Europe sont en train d'expérimenter de façon pratique le constat théorique énoncé plus haut . social.pays asiatiques . L'exemple privilégié des États-Unis montre. en tant que structure politique. de plus. l'impossibilité. initialement créée en 1960). est depuis longtemps en train de s'unir et.

Habermas n'est pas aveugle à cette difficulté selon laquelle " le déficit démocratique " serait " accentué " et non " compensé " par " une réduction plus poussée des compétences des États-nations "6 au profit d'un droit européen. nous dit P. à partir du Traité d'Amsterdam. problèmes reconnus par Habermas. avant d'être réécrite à la suite de l'échec du référendum dans trois pays. ne laissant à la Commission qu'une mission subalterne. achevait de confirmer ces limites puisque le parlement n'avait selon ce traité aucun pouvoir fiscal et budgétaire10 et n'avait qu'un pouvoir très limité au niveau législatif11 et . Mais une confiance certaine dans la communication modère ce type d'inquiétude . " la question constitutionnelle n'est pas le cœur du problème que nous avons à résoudre. ce qui ramène le socle démocratique à une forme de technocratie ouverte9. Il est vrai que cette invitation à conserver certains acquis doit être replacée dans le contexte de la discussion . pour Habermas. Habermas. la fonction d'un exécutif. cette " extension […] ne doit pas faire illusion " : " De nombreux domaines communautaires restent soustraits à l'influence du Parlement européen. Enfin. il faut adresser une seconde critique à la lecture de J. Symptomatique est à ce niveau la conférence intergouvernementale de 1996-1997 au cours de laquelle. selon toute apparence. le refus d'inventer n'en est pas moins révélateur d'un cercle vicieux que Habermas voudrait vertueux . Le parlement européen n'a jamais pu obtenir un rôle déterminant dans le processus décisionnel. d'éviter le " défaitisme " d'une unification européenne timorée qui ne saisirait pas l'opportunité (par le biais d'un projet constitutionnel) de devenir " un acteur " à " l'influence déterminante " sur " la scène mondiale ". en dernière instance et quand sont constatées des responsabilités politiques. condamné à l'impuissance par l'absence de sanction : que valent les pouvoirs d'adresser des questions et des recommandations s'ils ne peuvent. Magnette (Ibid. de ses travaux préparatoires autant que de la ratification de ses résultats. pp. Il est vrai que la mise en place de la codécision (conseil/parlement). […] le Conseil s'est arrogé. 104-105). Pourtant. mais. il estime malgré cela qu'une unification européenne non novatrice. nous dit-il. la première mouture du " Traité constitutionnel ". par-delà leurs propres limites"7. loin d'impliquer l'exacerbation de telles difficultés. et au fond. Toutefois. Magnette. comme le souligne de nouveau P.. Or le Parlement européen n'exerce là qu'un contrôle politique très parcellaire. Même en admettant dans l'absolu que l'Europe puisse donner lieu à une configuration juridique différente de celle propre aux États-nations actuels. reconnaissant lui-même les difficultés intrinsèques à l'État-nation. Au niveau de la politique monétaire (axe pourtant central) il n'a qu'un rôle strictement consultatif. il est surtout question. ne viendront pas se figer dans une constitution relevant ces États ? Certes. mais à conserver les grandes réalisations démocratiques des États-Nations européens. déboucher sur la censure ? " Le parlement n'a donc jamais vraiment été intégré aux processus décisionnels qui déterminent la politique et l'économie de l'Union. pouvait laisser croire à un rôle accru du parlement . […] fut bien seul à plaider pour une démocratisation massive de l'Union.Par ailleurs. l'Union européenne souffre à l'inverse d'un déficit démocratique encore plus important que celui affectant ses États membres. dans les piliers non communautaires. Le défi ne consiste pas à inventer quelque chose. quelles sont les garanties que les problèmes rencontrés par les États-nations. exigeant dans ses avis une réalisation immédiate et complète d'un modèle de l'Union " conforme " aux canons du parlementarisme "8. en constituerait la résolution spontanée. " le Parlement européen [qui] se savait dès le début complètement exclu de cette conférence.

et à venir une société internationale) . on peut craindre aussi. en dépit des référendums et du vœu affiché de transparence des processus de décision. comme en témoigne l'extrait ci-dessus) semble hermétique à toute déstabilisation normative. Et ce résidu de métaphysique devient plus prégnant encore lorsque J. Certes. comme le souligne P. selon cet auteur. comment comprendre l'optimisme de Habermas. et d'autre part en constatant qu'" après la fin de l'équilibre bipolaire de la terreur. modèle néolibéral " qui n'est guère compatible avec le type d'autocompréhension normative qui prévalait. ici encore. Habermas rejoint au fond. d'admettre que les mécanismes de l'histoire contemporaine invalident sa perspective. la perspective d'une politique intérieure à l'échelle mondiale semble. autrement dit le refus. c'est de la part du penseur allemand l'optimisme qui prévaut . que les gouvernements excipent de la publicité de leur travail pour refuser un contrôle parlementaire accru . des organisations non étatiques telles que Greenpeace ou Amnesty International […]. Mais la même problématique appelant les mêmes interrogations. Habermas n'ignore pas le cynisme qui affecte actuellement le droit international. en dépit de tous les revers subis. d'une part en considérant " le rôle central que jouent des organisations d'un type nouveau. deviendrait d'autant plus autonome et hégémonique que l'espace politique s'agrandirait sous l'impulsion d'une logique initialement stratégique. et redouter que les contraintes de la transparence conduisent les gouvernements à ne débattre en public que de questions consensuelles. En d'autres termes. comme l'indique l'insistance des délégations sur ce thème. jusqu'ici. la vision harmonieuse de l'économisme. malgré de longs détours et derrière un radicalisme affiché. aisément colonisable. "13 Face à ce lourd bilan sur le déficit démocratique. à toute émergence d'un espace public autonome. les véritables enjeux étant relégués aux discussions d'alcôves. au départ fragile.. on peut légitimement se demander quels seront les moyens mis en œuvre pour lutter contre une logique économique dont l'emprise systémique (emprise reconnue par Habermas. Et.l'État de droit . qui ressort de son interprétation du processus européen comme institutionnalisation d'un espace public international désidéologisé ? Comment ne pas soupçonner qu'un tel optimisme cache la projection implicite d'une ruse de la raison communicationnelle : l'espace communicationnel. les spéculations sur le droit constitutionnel cachent à notre avis le fantôme d'une métaphysique de l'histoire (de l'histoire advenue . expansion caractérisée par une " société mondiale stratifiée par le mécanisme du marché mondial [qui] associe à la fois une productivité accrue à une misère croissante et des processus de développement à des processus de sous-développement "15. partout en Europe "14. la nécessité pour l'Europe de se concevoir comme la conservation des normes et des valeurs juridiques qui préexistent à son unification provient du besoin de protéger ces dernières face à l'émergence du modèle économique néolibéral. Ce d'autant plus que cette transparence est. Ainsi. l'optimisme. à double face : " Si l'on peut penser a priori qu'elle donne aux citoyens et à leurs représentants de nouveaux moyens de peser sur les délibérations du Conseil en connaissance de cause. où s'alourdit le secret qui les entoure. n'est certainement pas en voie de se résorber. Magnette. mais il nuance celui-ci. Par conséquent. s'ouvrir à la politique internationale en matière de sécurité et de droits de l'homme " (Ibid. L'éclatement du monde bipolaire serait l'indice d'une marche forcée vers l'universalisation . Cette solidification doit permettre de freiner l'expansion de ce modèle. pour la création d'espaces publics supranationaux ". 175). une métaphysique qui vient surdéterminer l'appréhension de la période de la mondialisation. Ce dernier extrait est particulièrement révélateur. et ce. Habermas étend sa lecture de cette période à la dimension mondiale. p. malgré les contradictions apparentes.électoral12. cette évacuation de l'espace public.

avec ce pseudo-droit d'ingérence. Et cette projection laisse entrevoir une sorte de ruse de la raison communicationnelle sur fond d'ultra-impérialisme. elle est ouvertement devenue l'instance de légitimation des actions stratégiques de ces États dominants. loin d'amorcer un progrès juridique. à " la fin de l'équilibre bipolaire " qui " fait apparaître qu'une réglementation politique [mondiale] est souhaitable " (Ibid. " l'émergence inéluctable d'un espace public supranational et d'une étaticité mondiale" qui est projetée16. n'a-telle pas au contraire marqué l'apogée d'une instrumentalisation du droit international et de l'instance qui constitue son garant (l'O. "une complaisance envers le statu quo "17. à travers ce processus donc. p. et même probable. par induction. Habermas évoque ainsi la résolution 688 de l'ONU (le 5 avril 1991). Bidet. première tentative " . concernant l'écart entre les événements évoqués et l'idéal avec lequel ils sont censés converger. Et un tel postulat engendre. Ainsi. 118). c'est-à-dire. à sa seule fonctionnalité). il est difficile de ne pas le reconnaître. une réduction sensible du décalage entre les faits et la norme. dont Habermas ne peut nier l'existence. en vertu de sa configuration même. alors même qu'il reconnaît par ailleurs l'existence d'une économie de la dépendance s'articulant autour de la dissymétrie des développements nationaux. et qui ouvre concrètement une structure rendant possible l'essor d'espaces publics internationaux et. de " l'idée kantienne " à " la création de la Société des nations genevoise. est relevé par une tentative supérieure. c'est bien en définitive.progressive des valeurs modernes. pour reprendre la formule déjà citée. soldée par le recours à un droit d'ingérence pour assurer (officiellement) la protection d'une minorité nationale (les Kurdes).. des actions qu'elle n'a plus les moyens de mener isolément et au mépris de ces institutions.N. considérée comme fondatrice de ce droit d'ingérence18. comme semble le penser Habermas.U) ? Dès l'origine déjà. période de moindre légitimité durant laquelle la puissance hégémonique en déclin tente de justifier. d'un droit international véritable . ne pouvait s'affranchir de la convergence d'intérêts des cinq membres permanents du conseil de sécurité. Que la première guerre du Golfe soit l'illustration d'un droit d'ingérence authentique. deuxième élan " qui en est " toujours à ses balbutiements ". Symptomatique est de ce point de vue la légitimation apportée par Habermas à la première guerre du Golfe. ce que l'auteur ne perçoit pas. en tant qu'elle impose l'ouverture de l'unité politique moderne de l'État-nation. mais au retour de la " guerre juste " dont le début du XXIe siècle confirme la présence. c'est que ce droit d'ingérence est aussi le symptôme typique d'une période de fin de cycle hégémonique au sein du système-monde moderne. Et. on l'a vu précédemment. Cette guerre. le phénomène auquel Habermas donne son aval ne correspond pas à l'apparition d'un authentique droit d'ingérence universaliste. par le biais des institutions juridiques internationales. De plus. la disparition progressive de la logique politique concurrentielle au profit d'une citoyenneté globale unique. serait de façon indirecte et non intentionnelle le moteur d'un processus de pacification juridique. Comment ne pas déceler ici un aveuglement. puis de celle des " Nations unies. Habermas postule comme possible. La mise en réseau des économies nationales. guerre qui marque selon lui un nouveau pas dans la réalisation des Droits de l'Homme . nous assisterions au fond à la transformation spontanée du monde stratégique en société-monde de la communication (au sein de laquelle l'agir stratégique serait ramené à sa juste mesure. dans la mesure où celle-ci s'est. cette instance. Que la protection des Droits de l'Homme implique une politique qui lui soit corrélative. dans les faits tout au moins. comme le formule J. . Plus que cela. Autrement dit. on se permettra par contre d'en douter. Un processus au sein duquel chaque échec.

L'Intégration républicaine. II. 4. qui pointent un vide théorique majeur. Croyance en l'institutionnalisation d'un espace public désidéologisé. n° 7. 156. L'Europe et son nouveau traité . aveuglement sur le déficit démocratique. Telo et P. 10-21. " Reconciling the Irreconcilable ? Utopianism after Habermas ". Cahiers de l'URMIS . appartiennent plus que jamais. formulée en termes si péremptoires par le traité qu'elle semble irrévocable. exécutifs et judiciaires ! […] Cette irresponsabilité pol itique. […] Le parlement européen pourra tout juste la convier à un débat et auditionner ses membres en commission. 152. Telo et P. Magnette). p. " Pourquoi l'Europe a-t-elle besoin d'un cadre institutionnel ? ". 12. juin 2001. p. 106). 310.Ce dernier point confirme mon diagnostic : Habermas ne peut penser jusqu'au bout l'émergence historique des tensions qui affectent la modernité tardive. juin 2001. pp. P. 72-74. Article I-30 (consacrant de nouveau l'indépendance totale de la Banque centrale européenne). n° 7. ignorance des pratiques de domination qui déforment aujourd'hui tout usage du droit international. " Entre parlementarisme et déficit démocratique ". à savoir la méconnaissance des mécanismes propres au système-monde moderne. 14. 5.. " Pourquoi l'Europe a-t-elle besoin d'un cadre institutionnel ? ". vol. 10-21. p. 10. p. Il n'a qu'un droit de veto au niveau de l'élection du président de la Commission Européenne (Article I-27). Magnette). 3. 15. 78. Animé par l'espoir d'une guérison quasi mécanique des institutions modernes. 10-21. il verse dans une vision du réel historique qui est trop harmonieuse pour n'être pas soupçonnée et il n'échappe pas plus que U. loin d'échapper. 11. p. 8. Il est complètement subordonné à la Commission Européenne (Article I-26). 7. autant d'éléments donc. […] est difficilement justifiable en termes démocratiques " (Ibid. Théorie de l'agir communicationnel. 94 (in De Maastricht à Amsterdam. Ibid. Cahiers de l'URMIS . . L'Europe et son nouveau traité . 103 (in De Maastricht à Amsterdam. 183.. pp. pp. système auquel les trois dernières décennies. 2. Or cette Banque disposera dans ses compétences de l'ensemble des pouvoirs législatifs. n° 8. 6. Praxis International. n° 7. 9. Arnaud Rosset 1. April 1988. pp. " Entre parlementarisme et déficit démocratique ". L'Intégration républicaine . ouvrage collectif dirigé par M. Magnette relève à juste titre le caractère antidémocratique d'une telle conception : " Une fois entrés en Union monétaire. p. 13. Cahiers de l'URMIS . Raison et légitimité. ouvrage collectif dirigé par M. p. projection d'un dépassement de l'État-nation. " Pourquoi l'Europe a-t-elle besoin d'un cadre institutionnel ? ". juin 2001. p. les États participants auront transféré leur pouvoir monétaire à une Banque centrale indépendante. Beck à la mythologie commune du mondialisme dans sa lecture de l'ère de la mondialisation.

17. 18. Bidet et E. p. sous la direction de J. Kouvélakis. ouvrage collectif. 182. 78." Habermas en deçà de Marx ". p. Paris. p. " Reconciling the Irreconcilable ? Utopianism after Habermas ". April 1988.16. in Marx contemporain . Praxis International.L'Intégration républicaine. n° 8. 459.Joel Whitebook. PUF. . 2001.

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