Regards croisés

Thème : Justice sociale et inégalités

Fiche 1 – Comment expliquer les inégalités ?

Partie 1 – Définition et mesures
I. Définition A. La distinction différence- inégalité
Une inégalité ne doit pas être confondue avec une différence :En effet une différence entre deux individus ou deux groupes ne devient une inégalité qu’à partir du moment où elle est traduite en termes d’avantages ou de désavantages par rapport à une échelle de valeurs .elle est donc toujours relative.

Les inégalités ne peuvent donc être étudiées de manière absolue, il faut impérativement tenir compte du cadre social, culturel qui indique ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

Un diaporama de l’académie de Versailles pour définir le concept d’inégalités : Télécharger la PréAO au format pps Sur l’Observatoire des inégalités : ici

B. La complexité des inégalités
P Rosanvallon et JP Fitoussi écrivent : « la société française aujourd’hui confrontée à deux types d’inégalité , qui s’expriment dans des termes différents : • les inégalités structurelles mises en évidence par l’intermédiaire de l’immense corpus de statistiques publiques sur la répartition du revenu , des logements, etc. . Elles correspondent de la vision que l’on avait de l’inégalité quand ces systèmes statistiques ont été construits. C’est à dire à un moment où , le risque de chômage était mineur, l’inégalité dans les probabilités de trouver un emploi ne venait pas perturber l’interprétation que l’on pouvait faire des données sur la répartition des revenus ou des richesses. La statistique publique se réfère ainsi à l’ancienne économie, c’est à dire aux anciennes catégories. (...)Ces distorsions multiples font que les catégories socioprofessionnelles, qui donnaient hier une bonne représentation de la société, en raison de leur homogénéité interne, perdent peu à peu de leur pertinence. • on assiste au développement de nouvelles inégalités, mises en oeuvre par la dynamique du chômage ou celles de l’évolution des conditions de vie: inégalité devant l’endettement, la sécurité, les incivilités, ou même inégalités devant certaines nuisances quotidiennes, comme le bruit par exemple » • Enfin les inégalités se cumulent, il semble donc nécessaire d’avoir une vision globale des inégalités.

II.

Mesures

On distingue trois mesures quantitatives de l’inégalité : la dispersion, la concentration et la disparité :

A. La disparité : l’écart de valeur moyenne
Définition : On parle de disparité lorsqu’on mesure l’écart qui existe entre les valeurs moyennes de deux groupes différents

Méthodologie :

• •

Il a donc fallu au préalable classer la population étudiée :par exemple si l’on veut mesurer la disparité des salaires entre les ouvriers et les cadres supérieurs, il faut au sein de la catégorie salariée opérée une distinction entre les membres des deux catégories. On calcule ensuite le salaire moyen de chaque catégorie. Enfin pour comparer les écarts de salaires moyens on calcule :
coefficient multiplicateur = salaire moyen des cadres supérieurs salaire moyen des ouvriers

B. La dispersion
Définition : On parle de dispersion lorsqu’on mesure l’écart qui existe entre les valeurs extrêmes prises par une série de grandeurs.

Méthodologie : o Dans ce cas, on peut utiliser les déciles ou les quartiles : • les quartiles correspondent aux valeurs du caractère observé qui partagent l’effectif en quatre parties égales, les valeurs étant classés par ordre croissant. • Les déciles partagent l’effectif en 10 groupes égaux. o Pour mesurer la dispersion, on utilise :

• • •

l’intervalle inter décile : D9-D1.

Cet intervalle est tel que 80 % de la population est comprise entre les deux caractères. Cela mesure l’écart absolu on peut aussi mesurer : l’écart relatif ou écart interdécile : D9/ D1 qui permet d’obtenir l’éventail des salaires . On peut enfin calculer : le coefficient de dispersion qui est : D9-D1
Médiane

Sur le site de J.Dornbush, une animation flash pour comprendre les quartiles : ici Sur le site de SES, un diaporama sur le rapport interdécile et la courbe de Lorenz : Présentation Powerpoint

C. La concentration
• • Pour mesurer la concentration des revenus on utilise la courbe de Lorenz qui est une représentation graphique des inégalités. La courbe de Lorenz permet aussi de donner une mesure précise de la concentration appelée coefficient de Gini (ce coefficient varie de 0 à 1) : Surface entre la courbe et la diagonale Surface de la moitié du rectangle

Un diaporama sur le site SES de l’académie de Toulouse sur la courbe de Lorenz et le coefficient de Gini : cliquer ICI pour accéder au diaporama Une vidéo d’écodico de BNP Paribas : ici Une vidéo www.cours-seko.com sur la courbe de Lorenz et les déciles : ici

Partie 2- Analyse des inégalités économiques
I. Analyse des inégalités de revenu A. Les inégalités de salaire

Une étude de longue période montre que la hiérarchie des salaires a été affectée par une succession de mouvements contraires qui se sont compensées pour maintenir une disparité des salaires relativement importante en France : T.Piketty constate que les inégalités face au travail n’ont pas réellement diminué sur longue période : • ainsi, la part des 10 % des mieux rémunérés a oscillé aux alentours de 25 – 28 % de la masse salariale tout au long du XX° siècle

• la part des 1 % les mieux payés (le centile supérieur) a été stable aux alentours de 6 – 7 % • la part des 10 % les moins bien rémunérés (décile inférieur) a quant à elle toujours gravité autour de 4 à 5 % Pour développer : ici L’observatoire des inégalités : • une animation : Salaires : êtes-vous riche ou pauvre - Observatoire des inégalités • l’évolution des inégalités de salaires entre 1996 et 2006 : ici • les inégalités hommes-femmes : ici

B. Les inégalités de revenu d’activité.
Remarque : On introduit maintenant les professions indépendantes qui bien évidemment n’avaient pas été retenues dans l’étude des inégalités de salaires. Constat : le rapport entre le revenu d’activité moyen des indépendants non agricoles et celui des ouvrier s’établit à 2,47. Ces inégalités pourtant non négligeables ne sont rien par rapport aux inégalités de revenu de la propriété. Pour voir l’évolution récente du revenu disponible des ménages français : ici Un article de T.Piketty dans Libération Profits, salaires et inégalités ici

C. Les inégalités de revenus de la propriété
Remarque : L’activité professionnelle n’est pas la seule source de revenus pour un ménage, certains éléments du patrimoine dont le ménage dispose produisent des revenus, qui viendront s’ajouter à ceux engendrés par les activités professionnelles de ses membres, pour constituer la totalité de son revenu primaire. Constat : Les inégalités de revenus de la propriété sont très importantes. Elles le sont d’autant plus que si sur la période 19901996 les revenus fiscaux ont en moyenne augmenté de 0,5 % (1 % pour le décile le plus riche, mais ont baisse de 2,5 % pour le décile le plus pauvre) , la performance réelle des placements a été de 10 % , les actions françaises ayant même gagné sur la période 25 % . La très forte valorisation du patrimoine financier résultant de la dérégulation des marchés financiers a ainsi contribué à creuser les inégalités de revenus durant les années 90

D. La courbe de Kuznets 1. Présentation de la courbe de Kuznets
Dans les années 50, S.Kuznets a établi une loi selon laquelle l’évolution des inégalités aurait la forme d’une courbe en cloche .Suivant le stade de croissance et de développement , les inégalités passeraient par 3 phases : • dans les sociétés sous-développées et traditionnelles, le niveau des inégalités est relativement réduit : excepté une minorité peu représentative, la majorité de la population travaillant dans l’agriculture est pauvre • lors de la phase d’industrialisation, les écarts s’accroissent entre les régions et les catégories qui restent dans le modèle traditionnel et ne bénéficient pas des retombées de la croissance et celles qui , suite à un exode rural , migrent vers les secteurs les plus dynamiques de l’économie . Cette augmentation des inégalités ne signifient pas une augmentation de la pauvreté, mais un enrichissement de certains et une stagnation des autres • les bénéfices de la croissance et le développement se généralisent à l’ensemble de l’économie : les secteurs en retard disparaissent (destruction créatrice ) ou se modernisent et toutes les catégories voient leur niveau de vie s’accroître . Un rattrapage des catégories les plus favorisées s’opère aussi Conclusion :La thèse de Kuznets a été particulièrement bien étudiée et vérifiée dans les cas anglais et américain . Ainsi , aux EU , « la part du patrimoine total possédé par les 10 % les plus riches est passée d’environ 50 % vers 1770 à un maximum d’environ 70-80 % vers 1870 , avant de retrouver en 1970 un niveau de l’ordre de 50 % , typique de l’inégalité contemporaine des patrimoines » ( T.Piketty )

Ce resserrement de la hiérarchie des revenus est une tendance de long terme qui contredit la thèse marxiste de la paupérisation de la classe ouvrière. Sur Melchior : ici 2. Les limites • T ;Piketty écrit : « Pendant longtemps , la loi de Kuznets est apparue comme la fin de l’histoire de l’inégalité , même si le fait que de nombreux pays tardaient à rejoindre le monde enchanté , où croissance et réduction des inégalités iraient main dans la main , a toujours suscité des doutes légitimes . Mais c’est surtout la constatation, dans les années 80 , que l’inégalité avait recommencé à augmenter dans les pays occidentaux depuis les années 70 qui a porté le coup fatal à l’idée d’une courbe reliant inexorablement développement et inégalité . Ce retournement de la courbe de Kuznets marque la fin des grandes lois historiques sur l’évolution des inégalités, au moins pour un certain temps, et incite à une analyse modeste et minutieuse des mécanismes complexes qui peuvent faire que l’inégalité augmente ou diminue à différents points du temps ».

II.
-

Les inégalités de patrimoine

L’inégalité de patrimoine a diminué depuis un siècle Mais elle reste très importante : elle est plus forte que l’inégalité des revenus

Pour en savoir plus : ici Un article de T.Piketty dans Challenges: Les gros patrimoines ne s'en sortent pas si mal ici L’observatoire des inégalités : les inégalités de patrimoine : ici
• Ainsi quand on établit le rapport entre le patrimoine moyen d’un indépendant non agricole et celui d’un ouvrier , on obtient 6, 14. • Si l’on fait une étude en termes de concentration : - on constate que les 10% les plus riches transmettent 51,2% du patrimoine total ( les 1% 20%),. - Par contre les 10 % les plus pauvres transmettent seulement 0,7% du total (les 50% les plus pauvres transmettant 12,6% du total , c’est à dire presque deux fois moins que le 1 % le plus riche). • La part des revenus tirés du patrimoine dans le revenu des ménages après être resté stable aux alentours de 4 % entre 70 et 98 , a fortement augmenté durant les années 90 pour atteindre 10 % en 82 , ce qui traduit la très forte augmentation de la rémunération du capital , en particulier sous forme d’actions , alors que les salaires qui avaient fortement augmenté pendant les 30 Glorieuses ( multipliés par plus de 6 en francs constants ) progressent maintenant très lentement . Une enquête de l’INSEE : Insee - Revenus-Salaires - Les inégalités de patrimoine s ... Les revenus et le patrimoine des ménages - Insee Références 2012

Partie 2 –Des inégalités sociales
I. Les inégalités face à l’école

On a vu dans le cours sur la mobilité sociale qu’elles restent importantes en France malgré la démocratisation qui s’est développée depuis 40 ans , mais en plus on constate que ces dernières années les disparités semblent à nouveau augmenter .

Pour développer : ici L’observatoire des inégalités : La composition sociale des filières, de la 6ème aux classes préparatoires : ici Rentrée scolaire - Observatoire des inégalités Un article de l’Humanité : Jean-Yves Rochex « Les inégalités scolaires se construisent aussi ...

II.

Les inégalités face aux pratiques culturelles

Les familles populaires ont un usage du temps libre qui est plus centré sur le foyer et la famille que les cadres qui ont plus d’activités en couples, solitaires et culturelles Pour développer : ici

• Le passage aux 35 heures ne paraît pas avoir permis de réduire les inégalités, il peut même les avoir accrues car : avec le développement de l’annualisation du temps de travail, la réduction du temps de travail s’opère souvent en fonction des impératifs des entreprises pour les ouvriers et employés. Ainsi les ouvriers auront du temps libre durant les temps morts des entreprises qui ne correspondent pas forcément aux périodes qu’ils souhaiteraient (vacances des enfants). Inversement pendant les périodes de forte production les horraires peuvent aller jusqu’à 45 heures par semaine, des week-ends sont alors consacrés au travail. Pour les cadres la réduction du temps de travail se traduit par une multiplication des week-end à la montagne, en Europe, artistiques ou gastronomiques.

Pour les activités tournées vers l’extérieur, les inégalités persistent. On peut les regrouper en deux grandes catégories : • les activités sportives : pour toutes les catégories sociales, la pratique sportive a augmenté mais les sports pratiqués sont différents • les spectacles et les visites et sorties : les inégalités se sont accrues

Pour développer : ici L’observatoire des inégalités : Les inégalités face aux vacances : ici

III.

Les inégalités face au logement

Constat : Le droit au logement a mis du temps à être reconnu en France , il a fallu attendre 1990 et la loi Besson pour que « le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation . ».Mais A Bihr ET R Pfefferkorn constatent que « sur ce point comme sur bien d’autres la solidarité nationale est bien défectueuse » : On comptabilise ainsi en France en 2000 850 000 personnes qui vivent dans des habitations sans confort et insalubres .Plus de la moitié des ménages à faible revenu ne dispose pas d’un logement pourvu des commodités indispensables ( toilettes et salle de bains ) Pour développer : ici L’observatoire des inégalités : le mal logement :ici

IV.

Les inégalités face à la représentation politique

Pour étudier l’inégale participation à la vie politique : ici L’observatoire des inégalités : les critères sociaux aux élections européennes : ici Cette inégale participation à la vie politique n’est pas répartie de façon équitable dans les différentes catégories de la population : ainsi la participation à la vie politique augmente si l’on passe • des femmes aux hommes, • des jeunes aux personnes âgées, • des sans diplômes aux diplômés de l’enseignement supérieur, • des ouvriers agricoles , des classes populaires aux cadres supérieurs, • des célibataires aux mariés, • des individus qui ne participent pas à la vie associative ou syndicale à ceux qui y participent. Pour étudier les explications de cette participation inégale à la vie politique : ici

V.
• •

Les inégalités face à la santé et à la mort

L’état moyen de santé de la population française s’est considérablement amélioré. Mais les inégalités sociales devant la mort n’ont pas pour autant disparu, elles semblent même s’accroître. Ainsi en 1960-69 l’espérance de vie à 35 ans d’un manœuvre est de 34,2 ans, celle d’un cadre supérieur de 41, 7 . Entre 1969 et 1989-89 l’espérance de vie des manœuvres s’est accrue de 1,5 ans, celle d’un cadre sup de 2,3. En 80 , l’écart d’espérance de vie à la naissance entre un ouvrier et un cadre était de 4,8 ans , il a augmenté pour atteindre 6,5 ans en 1996 et 7 ans en 1999. Les inégalités entre les sexes ont elles aussi augmenté ( 5.8 ans en 1950 d’espérance de vie en plu pour les femmes en 1950 , 7 ans en 2004) Ceci peut paraître surprenant alors que la sécurité sociale a justement eu pour but de mettre toute la population à l’abri de la maladie, donc de réduire les inégalités face à la mort.

Pour voir les explications : ici Le Figaro : Le Figaro - France : Les inégalités sociales persistent face à la mort L’observatoire des inégalités : obésité et milieux sociaux : ici Contrairement à ce qu’avançait Tocqueville : • on n’assiste donc pas à une réduction des inégalités,

• mais au contraire on observe une stabilité, voire un accroissement des inégalités. • L’évolution est d’autant plus contradictoire avec les prévisions de Tocqueville que les inégalités se cumulent • elles font système Les inégalités en Europe : ici Un article des Echos : La crise a augmenté les inégalités au sein de l'Union européenne ... L’observatoire des inégalités : les 10 indicateurs pour mesurer les inégalités : ici

Conclusion : Des inégalités qui se cumulent
A Bihr et R Pfefferkorn constatent à la fin de leur ouvrage déchiffrer les inégalités que : « les inégalités s’établissent généralement aussi bien à l’avantage qu’au détriment des mêmes catégories. (...) : • les catégories ouvrières apparaissent bien les plus défavorisées de toutes : sur les 40 indicateurs de l’inégalité retenus, elles se trouvent en position défavorable à 36 reprises, soit dans la quasi-totalité des cas, et elles occupent la position la plus défavorable 24 fois ! • Inversement elles ne sont en position favorable que 4 fois, dont 3 grâce au mécanisme de redistribution des revenus. (..) • Avec les cadres et professions libérales on aborde les catégories situées au sommet de l’échelle sociale. Seul le mécanisme redistributif leur est défavorable. (...) • La situation des commerçants, artisans et chefs d’entreprise apparaît à peine moins enviable. Sans doute leur situation est elle moins brillante dans le bas du tableau (école, santé, culture),mais elle est plutôt meilleure dans le haut du tableau(revenus et patrimoine) ». Pour étudier les deux groupes aux extrémités de la hiérarchie sociale : ici Sur le blog de J.Gadrey : Pauvreté et inégalités dans les pays « riches » Ces inégalités se reproduisent : • Comme l’écrivent A Bihr et R Pfefferkorn : « parler de système des inégalités, c’est présupposer que celles ci tendent à se reproduire de génération en génération • A cette idée s’oppose l’idée encore communément répandue que notre société serait une société ouverte: le destin d’un individu n’y serait pas tracé d’avance, chacun y aurait des chances d’améliorer sa situation sociale de départ, en accédant à une catégorie sociale supérieure celle de ses parents (..). • Certes notre société n’est pas une société de castes : la situation sociale de chacun n’y est pas strictement déterminé par sa naissance, puisqu’elle n’interdit en principe à personne de quitter sa catégorie sociale d’origine, ni d’en changer en cours d’existence. • Mais les développements antérieurs laissent en même temps deviner qu’elle n’est pas cette méritocratie que certains se plaisent à dépeindre ». Pour une analyse approfondie de la reproduction sociale et de la mobilité sociale on se reportera au chapitre sur la mobilité sociale. Sur le blog de J.Gadrey : La pauvreté en héritage Une analyse du livre de Bihr A. et Pfefferkorn R. (2008), Le système des inégalités : ici

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