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Renou Fillozat.1947.L'Inde.classique.I

Renou Fillozat.1947.L'Inde.classique.I

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V. V.BAR:rírOLD . .;.,;.:taD9coú'Vel'te (le
. Russíe, Tl'aduit.ctul'uS'se et
. ' .. Asiatif[lfe;.J a
B.ILQII+MBI!RLAIN¡ '.. l' dé
;. CóutiunasduJapón. Edition francaise
..... Ooltec#on.de Documents et de Témoignar;es pOU1'
Vrc:rOR CÚRLóV.SKÍ. - Le Voyage deMarco Polo. L'At'ménié.
Turquoises.Le Vieux de la Montagne et ses assassins. Le I1aut t".a.l""LlIlIU
Le. Pays dI:! .Jade et le Pays des L.a Grande MUl'aille.· Le. Khan lWU .... UU.:.'?.
cour. La Cité de Cambaluc .. La VIe enChme. Qeylallet les Indos • .In-8
de.Ia 8ibliothBque Géographique, . ".
D. M .. B. COLLIIU\ el le Lieutenant-Colonel. L'ESTRANGI! MALONtl.
J.e l'dandchOUkouo, joyau de l'Asie. Naissance d'un
. tUl:Íles, religions. Ressoul'ces agrícoles,
Mandchoulwuo, In-S dé la BibliotMque i avec
C. P. FIUOERALD. - ti Che-Min, unificateur de. la Chine. 600 a
tMque HiMol'ique, avec 12 croquis.'
RENÉ GROUSSE:r, de l'Académie Franfiaise, conservateul' du Musée.<::ernuschi. _
desSteppes. Attila. Genghis-Khan. Tamerlan. Pria: de lá$ociété dé.
Ouv,.age. couronné pa,,'I'A.cadémie des lnacriptions el BelleS-Leltl'flS,. In-'S dé
de la Bibliotheque llistoiique, avac 30 cartes et 20 figures dansle texta;
'> - L'Empire du Levant. Histoire de la Questhm d'Orient. de 648pagel:l. de la
theq1
te
mstorique avec 25 nroquis et cartes:' . . ..'
. Histoil'e de l'Arménie. DeH origines a 101:1. 1n-8 de 6a6 pages, de la
'.,1 tonque, avec 10 cartes et 5 tablcaux généí:tlogiques. (Trrage limité
¡éEDlUOIl HI\OZNY, docteul' h. c. de l'Univel'sité deParis, I'flnh'Ár"itÁ
i (Prague). - Histoire de antérieure. De lInde a la
¡ .sBcbnd ruillénaire) •. de 352 pages, de ,la
¡ fU il1ustrations.(Tirage limité ti 3.000 e.xemplaires)¡. ' ..
de Sociologica! Socfeti; ...:.
modernes. Ohlne.
El H rAOTHEQUE SOIENTIFIQUE
L'IN I)E
MANUEL DES INDIENNES
PAR
LOUIS RENO U et JEAN FILLIOZAT
Directeur d'études Membl'e ,le l'Institut
Professeur a la Faculté des Lettres. a l'Ecole des Hautes Etudes.
TOME PREMIER
A VEC LE CONCOURS DE
PIERRE MElLE
Professeur
a I'Ecole des Langues Orientales.
ANNE-MAHm ESNOUL
Boursiere du CPlltre de la recherche
sCIPntlfique.
LILIANE SILBURN
Boursiere du Centre de la recherche
scientifique.
PAYOT, PARIS
106, BOULEVAItD SAINT-GERl\IAIN
1947
Tozts dl'oits l'ésel'vés
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li
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TABLE DES MATIERES
A vant-propos.
CHAPITRE 1. LE MILIEU GÉOGRAPHlQUE (§§ 1-50).
1. L'Inde dans le monde.
Le ce continent » indien 1. Richesse et puissance de
rInde 2-3. Permanence de l'Inde 4.
2. Les grands traÍts de la géographie physique.
Limites et superficie 5. Le nom 6. Configuration
générale 7-9. Histoire du sol 10-13. Importance du
climat 14. L'Inde sans la mousson 15-16. « The rains
carne» 17-18.
3. « Les » Indes, géographie régionale.
Généralités 19. Les chalnes de l'Himalaya 20. Les
pays de l'HimiiJaya 21-22. La bordure de l'lran 23.
Le bassin de l'Indus 24-25. Le Gange 26-27. Les
pays du Gange 28-29. Traíts gélléraux du Dekkan 30.
Le Coromandel 31. Le Malabar 32. Le Nord du Dek-
kan 33. Le plateau 34. Ceylan 35.
4. Quelques aspects de la géographie humaine.
Généralités 36. Les animaux 37-39. Les plantes ntiles
40. Le sous-sol 41-42. Les communications 43. Ser-
vitudes du trafic intérieur 44. Les chaussées 45. Les
fleuves 46. La mer 47. Unité inachevée 48. Peuple-
ment 49. Accroissement de la population 50.
CHAPITRE 11. LES RACES (§§ 5i-66).
1. Complexité de l'ethnologie indienne.
Généralítés 51. Raee et langue 52. Ttl.ehes de l'elhno-
logie 53. Ethnologie et relígions 54.
2. Les races préhistoriques 55.
3. Les races actuelles.
Généralítés 56. Classification de Risley 57-58. Classi-
fication de Guha 59. Proto-anstralo'ides 60. Type de
base dolíchocéphale 61. Types de l'lndns 62. Alpo-
dinarique 63. Proto-nordique 64. Type oriental 65.
Autres types et conclusions 66.
CHAPITRE 111. LES LANGUES (§§ 67-192).
1. Sanskrit.
L'indo-européen 67-68. Les langues indo-euro-
péennes 69. L'indo-iranien 70. Le sanskrit 71-72. La
langue du Veda 73·77. La langue d e ~ Bráhma'f}a 78-
79. La langue des Sütra 80-81. La fixation du sans-
krit 82-85. Le sanskrít classique 86·88. La langue
épique 89-91. La poésie classique 92-93. La pros e
littéraire 94-95. La prose technique 96. La langue
des contes 97. Le sanskrit bouddhique 98. Le sans-
krit mixte 99. Le sanskrit jaina 100.
2. Moyen indien.
Généralités 101. Les inscriptions d'A¡¡oka 102-103.
Le paji 104-108. Le prákrit 109 115. L'apabhl'aIMa
116-117.
3. Les langues modernes.
Généralités 118.
P. Meile.
P. Meile.
L. Renoll.
L. Renou.
P. Meile.
6 TABLE DES MATIERES
a. Langues mUI.J.\la et diverses : généralités 119. Le
santali 120-124.
Langues f.amilles ,
b. Langues draVldlennes : gellerahtes 127. _
al Dravidien du Sud: tamoul 128-14'1. Malaya)am
142. Kannada 143. Telugu 144.
DravidieiJ. du Nord : généralités 145. 146.
Kui 147 Kurukh 148.
yl Bl'ahúI 1 " "
c. Langues mdo aryennes : 151.
a) lndo·aryen central : hm.dl .152. Langues com-
munes 153. Urdü 154. Hmdl moderne 155 156.
Esquisse de l'hindi 157-164. Hindi du RájastMl.n 165.
Gujratl 166. PanjabI 167 PaharI 168.
'Indo-aryen périphériqne : généralités 169. Lahnda
170. Sindlü 171. Maratlü 172. Biharí 173. Oriya 174.
Bengali 175-178. 179. C.onclusi?ns 180,. .'
yl LanO"ues aryennes dlverses : smghalals 181. fZl-
gane 11l'2. Langues dardiques 183. Iranien 184.
d. Vne d'ensemble : Trois familles 185. Evolution
de l'indo-aryen 186. Tatsam et tadbhav 187. Pl'es-
tige dn sanskrit 188. Le probleme des substrats 189.
COrr'élations des langues indiennes 190. Le type
indien de langue 191-192.
CHAPITRE IV. L'HISTOlRE (des origines au VII' s.) ':§§ 193-512). J. Filliozat.
L Les sources.
Généralités 193-194.
a. Sources archéologiques.
Sourees préhistoriques 195. Civilisation de l'Indus
196-197. Civilisation d'Amri et du Balücistan 198.
\ 'Civilisation de Jhukar 199. Vestiges védiques 200.
Documents anciens 201. Grottes et pieces d'eau 202.
Monnments votifs ou commémoratifs 203. Temples,
monasteres 204. Sculptures 205.
b. Sources philologiques.
al Textes historiques : anciennes chroniques palies
de Ceylan 206. Le D'ipavar¡lsa 207. Le lYlalzávaJ]ls.a
208. Chroniques palies du Moyen-Age 209.
ques palies d'Indochine 210. Chroniques
2"11. Chronique du Ka<;mír 212. Analyse de la RaJa-
taraligil.ti 213. Suppléments a la Rájata1"aJigil,t'i 2H.
Poemes et rornans biographiques sanskrits 215-
218
)'1 Textes historiques prakrits et vernaculaires :
généralités 219. Poemes historiques hindi '220. Les
vanwávftli 221.
o) Données historiques des textes religieux, litté-
raiees et scientifiques : textes religieux 222. Textes
bouddhiques 223. Données religieuse 224.
Textes historiques dans le canon pali
historique des données palies 226. Textes· h18tO-
riques mahayaniques 227. Textes jaina 228. Elérnents
mythiques dans les biographies 229-230. Textes
b;ahmaniques et hin;Iouistes 231. Les Pm:álJ-,a
Les Purána secondalres 233-234. Textes htteralres
235-236. Textes tamouls 237-239.
E) Documents divers : documents scientifiques et
TABLE DES MATIERES
techniques 240. Documents d'archives 241. Données
des préambules et des colophons de manuscrits 242.
c. Sources étrangeres.
a) Documents sur la proto-histoire des lndo-aryens
243.
Documents iraniens 244.
y) Documents grecs : ava:iJ.t Alexandre 245. Docu-
ments sur l'expédition d'Alexandre 246. Documents
géographiques et commerciaux 247. Documents
divers 248-249.
i'l) Documents latins 250.
el Documents chinois 251-253. Les peIerins chinois :
Fa-hien 254. Hiuan-tsang 255. Yi-tsing 25p.
Docurnents tibétains 257. Sources sur les rap-
ports de l'Inde et du Tibet 258. Sources poul' l'his-
toire du bouddhisme 259-262. Ouvrages chronolo-
giques 263. CEuvres diverses 264.
'1]) Documents arabes, pel'sans et turcs 265. Anciens
auteurs arabes 266-267. Auteurs arabes depuis les
conquetes de AI-Blrünl 268. Auteurd divers
269. Documents persans 270-271. Mémoires de Ba-
bur 272.
9) Documents européens tardifs : voyageurs et mis-
sionnaires des XIII" et XIV. s. 273. Marco Polo 274.
Missionnaires franciscains 275. Documents moder-
nes 276.
d. Epigraphie.
Généralités 277-278. Matiere des monuments épigra-
phiques 279. Langues des inscriptions 280. Objet
des inscriptions 281. Datation des ihscriptions 282.
Principales inscriptions : inscriptions d'A\?oka 283-
285. Inscriplions en caracteres ararnéo-indiens 286-
290. Inscriptions en caracteres indiens communs
aliokéens 291. Inscriptions d'époque liunga 292-
293. Inscriptions des c,.:aka et des Ku:;;aI.J.a 294. Ins-
criptions des Andhrabhrtya 295. Inscriptions des
K:;;aharata 296. Inscriptions des k:;;atrapa d'Ujjayinl
297. Inscriptions des Gupta 298. Inscriptions des
Huns 299. Inscriptions de l'Inde du Nord apres les
Gupta :lOO. Inscriptions du Nepal 301. Inscriptions
médiévales du Nord-Ouest 302. Inscriptions primi-
tives du Sud 303. Inscriptions anciennes du Dekkan
304. Inscriptions des Pallava 305. Inscriptions des
Calukya 306. Inscriptions médiévales du Sud 307.
Inscriptions de Ceylan 308. lnscriptions religieuses
309. Inscriptions d'Indochine et d'Indonésie en lan-
gues indiennes 310: a) du Campa 3H. b) du Ca m-
bodge 312. c) d'Indonésie 313.
e. Nurnismatique.
Généralités 314. Apparition de la monnaie dans
l'Inde 315. Diverses sortes de monnaies 316. Sys-
temes pondéraux principaux 317-320. Monnaies pri-
mitives poin<;onnées 321. Monnaies coulées 322.
Monnaies frappées 3'23. Monnayages localisés 324-
325. Nord-Ouest· 326. lnde centl'ale 327. Est 328.
Monnayages indo-grecs 329. Monnayages saka et
pallava 330-331. Monnayages ku:;;aI.J.a 332. Mon-
nayages des k:;;atrapa d'Ujjayini 333. Monnayages
8- T ABLE DES MA TI:EmES
des Andhl'a 334. Monnayages anciens, du Sud 335.
Monnayages gupta 336. Monnayages hnnniques 337.
Monnayages des l'oyaumes du Moyen Ag'e 338. Kali-
mIl' 339. UdabhaI).ga 340. Nepal 341. Monnayages
de l'Inde centl'ale et des Gul'jal'a 342. Monnayagés
médiévaux du Sud 3/i3-344. Monnayages musul-
mans 345.
2. L'histoire poli tique.
Généralités 346-347.
a. La civilisation de Mohan-jo-J;)aro.
Ruines urbaines 3/i8-349. Art et religion 350-351.
Aflinités avec d'autres civilisations 352-354. Fin de
Mohan-jo-J;)aro 355. ' ,
b. L'Inde védique et bl'ahmanique.
L 'invasion aryenne 356-357. Etablissement des Ál'yens
dans l'Inde 358. Données historiques du Rgveda 359.
Des Sa'f(!hitá secondail'es 360-361. Áryanisation de
l'Inde a l'issue de la période védique 362. Données
historiques extra-védiques 363. Listes dynastiques
364. Ancicnnes dynasties 365. Dynastie solaire a66.
Dynastie lunaire 367-369.
C. L'Inde au temps du Euddha et du Jina.
Les <;akya 370. Les confédérations voisines371.
Les royaumes voisins 372. Les événements poli-
tiques au temps du Euddha et du Jina 373-374.
Dates du :¡3uddha et du Jina 375 ·376.
d. Les Perses et les Grecs dans l'Inde du Nord-ouest.
Les Perses achéménides 377-380. Alexandre dans
l'Inde 381. Campagne de l'Inde 382. Bataille de
I'Hydaspes 383-38/i. Retraite d'Alexandl'e 385-387.
Effets de l'expédition d'Alexandre 388-389.
e. L'empire Maul'ya.
Le Magadha 390. Les <;ailillnaga 391. Les Nanda
392. Candl'agupta 393-396. Bindusara 397. Alioka
398-401. Le Dharma 402. Le gouvel'llement
d'Alioka 403-404. L'empire et ses voisins
405. Chronologie d'Alioka 406-407. Fin du regne
d'Alioka 408. Les successeul's d'Alioka 409-410. Les
<;Uliga et KaI).va 411-416. '
f. Les grandes invasions.
Les invasions grecques 417. Le royaume grec de
Bactriane 418.' Demetrios et Ménandre /i19-422. La
fin des royaumes indo.grecs 423. Les invasions ira-
niennes 424. Les Yue-tche et les Saka 425-428.Les
Saka dans l'Inde 429-4:{0. Les souverains scytho-
parthes 431. Gondophares et ses successeul's 432-
434. Les 435-438. Vimakadphises 439-440.
Kaniska 441-444. Les successeurs de Kaniska 445-
/i46. . .
g. Les royaumes de I'Ouest et du Dekkan autoul' de
l'ere chétienne.
Les Andhrabhrtya 447. Royaume des Andhl'abhr-
tya 448. Origine '.49. Divisions du l'oyaume 450.
Pl'incipaux souverains 451. Rapports avec les
Toyaumes voisins 452. Fin de la dynastie 453. Les
454. Nahapana 455. Fin des
456-457. Les k¡atrapa d'Ujjayinl 458. 459.
TABLE DES MATIERES
Rudradaman 460. Successeurs de Rudradaman 461.
Les invasions et les échanges culturels 462. Les in-
vasions et la cultnre sanskrite 463.
h. Les royaumes de l'Extreme-Sud et de Ceylan.
Les royaumes tamouls 464-465. Ceylan 466. Intro-
duction du bouddhisme 467. Principaux successeurs
de Devana111piya Tissa 4.68-469.
i. Les Gupta.
Débuts de la dynastie 470. Candragupta 1
er
471.
Samurlragupta 472-473. Candragupla II Yikramadi-
tya 474. Kumaragupta 1
er
475. Les successcurs de
Kumaragupta 1er 476-'"í7. Les royaumes locaux de
l'époque gupla 478-4í9.
j. Les invasions des Huns JIephthalites.
Les Huns Hephthalite;; 480. Race des Huns Hephtha-
lites 48l. Les HlIns dans l'Inde 4.82. Toramana 483.
Mihirak1l1a /i84. La fin des invasions hunniqu'es 485.
k. L'Inde apres les Gupta.
Les principaux royaumes 1,86.
<x) Le groupe septentrional de royaullles : Valabhi
487. Royaume dc Gauga 488. Royaume de Kamal'üpa
489. Royaume de l'Inde centrale [.90. Avenement de
yiladitya 49"1. Le regne de Hal''la-
vardhana 492. La personnalité de Har;¡a 493-494. La
civilisation de et l'hél'ilage des Gupta 495. Fin
de Harsa 496.
Le grOllpe méridional de royaumes : les Pallava
49?-498 Les Call1kya oecidentaux 499. Pulake9in Il
500. Les dernieres années de Pulakecin 501. L'Inde
au VIle s. apres et Plllake9in 502.
1. Tableau historique de l'Inde des origines au vW s.
La eivilisation de Mohan-jo-l)aro 503. Les invasions
aryennes ti04. Les invasiolls' des Perses 505. L'inva-
sion d'Alexandre et l'empire Maurya 506. Les yunga
et les royaumes indo-grecs 507-508. Les envahis-
seu!'s iraniens et l'empire des Satakal;ti Les
Pallava, les Gupta, les Huns 5'10. L'elllpire de
51'1. Chronologie SOlllmaire 512.
CHAPITRE V, LE vÉmS)1E I§§ 513-769).
1. Les textes.
Géuéralités 513-515.
a. Le Rgveda: l'arrangcment du texto 516. La consti-
tution de la Sat¡1hitil 517-518. La chronologie relative
dans les Hyrnnes 519. Les auteu!'s 520, Le contenu
521. La description rituelle 522. Les hymnes histori-
que s 523. Les hymnes cosmogolliques 524-525. Les
hymnes dialogués 526-527. La forme poétique 528-
529., L'état du texte 530. L'interprétation· 531. Les
relations avec les autres textes 532. Le caractere
du Rgveda 533-534. La date 535-536. Spécimens 537-
539, '
b. Le Yaiul'veda : les écoles et les recensions 5',0.
Les relations avec les'autl'es textes 5H-542. La forme
Le contenu 545.
c. Le samal'eda : la forme el l'arl'angement 54.6-547.
Les silman
d. L'Athal'vaveda : l'al'1'angement du texte 550. Les
L. RellOU.
10
TABLE DES MATIERES
recensions et les auteurs 551. Le contenu : les
prie.res magiques 552-553. Le contenu : les livres
VIII-XII 554-555. Le eontenu : les livres XIII-XX
556. La forme 557. La date 558. Spécimens 559.
560.
e. Les Bráhma1.ta: généralités 56[·562. Les Briíhmana
du Rgyeda 563. du Yajuryeda Naif'
564. Le 565. Les Bl'üh11lana du
Sámayeda 566. Le et les B/'iíh-
mal.ta perdus 567. La date 568-569. La forme 570
Le contenu : récits 571-572. Le contenu ;
573 574-575.
f. Les Al'arJ,raka et les Upani§ad: les A./'an)'aka 576-
577. Les Upani§ad: généralités 578. Les iextes : la
Upani§ad 579-580. La Cluindo "'y a-
58,1.. Autres Upáni§ad en prose 582. "Le's
Upalll§ad metrlqUE'S 583-586. La forme 587. La date
etc. 588-590. Spécimens 591-592. '
g. Les Kalpasüt/'a : généealités 593. Les types de
textes 594-595. Date, etc. 596-597. Liste des Süt/'a
598-601. Autees textes rituels 602-603.
.. Les textes : la phonétique, les Pl'ütir;á-
a Les 607. Les Anukl'a11lani 608.
: le Nil'ukta 609-610. La 611.
612. La grammaire 6'13.
l. Les ecoles. Le Veda apres l'époque védique : les
écoles 614-616. Le Veda dans l'Inde classique 617-
618.
2. Les croyances.
Généralités 619-622. L'héritage indo européen 623
I:'héritage indo-iranien 624. Les infIuences
rleures 625. Les divinités 626. Les notions morales
627. VaeulJa 628-630. Mitra 631. Les Aditya 632 Jndea
633-635, .Les Marut 636. Rudra 637-638. 639.
Les. A\)VIU 640. Vi::;lJu 641. Pü::;an 61,2. Les divinités
64!. U::;as 6t,t,. Cie! et Terre 645. Vayu 6r.6.
Soma 650·652. Divinités féminines 653.
Dlvlllltes groupées 654. Les Rbhu 655. Les Apsaeas
656. Les .a?stractions 657. Les agents 658. Les antees
foemes, dlvmes 659-660. Les saerifiants antiques 661.
Les dem?ns 662-664. Démons individuels 665. La
COSm?logle 666-667. La eosnlOgonie 668-669. L'escha-
: l'ame 670-671. Le cie!, l'cnfer 672-673. Les
Peres 674. Yama 675.
3. Les spéculations.
Dans les Hyrnnes 676-678. Dans les Bl'áh11lana 679-
683. pans. les Upani§ad aneiennes : et
684. Le bl'alllnan et l'fltman 685-686. La
delrvr.ance ?87. La renaissance 688-689. Dans les
recentes: le bl'ahman 690. Le théisme 691.
Le Smp.khya 692-693. Le Yoga 694.
Conclusions 695-696.
4. Le rituel.
Le rituel du Rgyeda 697. Le sacrifice 698. Les autres
formes du culte : la priere 699. L'offrande 700 Le
sacrifice 701. Le soma 702. Les feux sa'ceés
703. Le ya¡a11lana 704. Les officiants 705.706. Le ter-
¡
I
j
I
TABLE DES lIrATIERES
rain sacrificiel 707. La consécration 708-709. Les
honoraires 710. Les divisions du sacrifice 711.
a. Les rites soIennels : I'agnyádheJa 7'12. L'agnihotl'a
713. Le dal'r¿apül"r¡.amüsa 7'19.. Les cütul'miís)'a 715.
L'iígl'ayCt1,ta 716. Le pafll(bandha) 717. Le sacrifice
du soma: l' agni§toma 718-720. Le praval'g)'a 721. Les
autres sacrifices du soma 722. Le mahiíl'l'ata 723. Le
,'fljapeya 724. Le 725. L' agvamedha 726-
727. La sautl'flmani 728. L'agnica)'ana 729. Les
pl'ü)'afciUa 730. .
b. Les rites domestiques: les oblations 731-734. Les
sacrements 735-736. L'llpana)'ana 737·738 Le ma.
riage 739. Les funérailles Le griíddha et les
rites privés aux manes 743. Les rites solennels aux
manes 744.
C. La magie : généralités 745-747. Bannissement des
mauvaises infIuences 748. Attraction des forces utiles
749. L'exéceation et le serment 750. La divination
751. Les pratiques du Yoga et de l'ascese 752.
5. La ci vilisation.
Le cadre géographique 753. Les tribus Les
Dasa 755. Les divisions sociales : groupes te1'l'Ílo
riaux 756. Les classes sociales 757. Les brahmanes
758. Les k§atl'i)'a 759. Les yaif)'a et les fildra 760.
La femme 761. Le don, l'échange, le contrat 762. Le
mode de vie 763-764. Les métiers 765. Les usages
766. Les divisions du temps 767. Les clfl'ama 768.
Conclusions 769.
11
CHAPITRE. VI. LE BRAHMANISME (§§ 770-1357).
1. Les sources sanskrites. L. Renou.
a. Génél'alités. Les Upani§ad post-védiques.
Généralités 770. Les Upani§ad post-védiques 771-
772. Les Pal'icista 773
b. Le j}[ahilúhá;'ata.
Les origines de l'épopée 774-775. La récitation
épique 776 Les auteurs 777. Description du texte
778. L'action principale 779-782. Les épisodes narra-
tUs 783: Nala et Damayanti 784. SÜl'itri 785. AUÍ/'es
récits 786. Mythes et légendes brahmaniques 787-789.
Les fables 790. La parabole 791. Les portions didac-
tiques 792. La Bhagavadgitü 793-796. La société 797-
799. Caracteees et paysages 800. La l'eligion 801. Le
style 802. La date 803-804. La dilfusion de l'ceuvre
805. Le Jaiminib!t{íl'ata 806. Le Hal'iyalFr;a 807.
C. Le Rümü)'Ct1.w.
Caractéristiques générales : l'auleur 808. Sommail'e
809-811. Le texte; les recensions 812-813. Le site et
la société 814. La religion 815. Les caractel'es 816. Le
style 817-819. La date 820. La diffusion 821.
d. Les Pllrüna.
Généralités 822. L'origine et la genese des textes
823. Le contenu 824. Le pañcalak§ana 825. L'apport
sectaire 826 _ Les légendes 827. Les doctrines 828-
829. La date 830. La diffusion 831. Caractéristiques
des dix-huit PUl'ü7fa 832-81,2. Les 81,3.
e. Les Tantl'a.
Généralités 844-845. Le contenu des textes 846. Les

1.2
TABLE DES MATIERES
origines 847. La philosophie 848. La cosmogonie
849. Le rituel 850. La physiologie 851. L'age des
textes 852. Les principaux textes 853-856. La diffu-
sion des textes 857.
f. Les Dha1'l11aciístl'a.
Le dha1'l11a et s'es sources 858. Les diverses formes
de cette littérature 859-860. Le contenu des Dharma-
sütl'a 861. La date 862. Les príncipaux Dhal'lItasütra
863-866. La smrti 867. La lrlanusmrti 868. Sommaire
869-870. La sóciété d'apres 871. Spécimens.
de Dlzar/1lar;lÍstl'a 872. Date, etc. 873. Commentaires
etc. 874. La Yaffíavalk)asm!,ti 875-876. Les
Smrti 877. Les Dlzal'manibandha 878-879.
g. éEuvres diverses.
Poemes didactiques 880-881. La poésie lyriqne 882-
881. Le G'itagovinda 885-887. Le théatre 888-889.

I

2. Les sources non sanskrites. P. Meile.
Introduction 890-892.
a. Littératures dn Sud.
I. TamouI. a) L'époque ancienne : le Sangam 893.
CuItes locaux 894. (( Guido de MurugaN» 895-896.
Autres dieux 897-898.
Le réveil <;ivai'te 899. Appar 900. 901-
902. Mal).ikka Va<;agar 903-905. Autres 906.
Les Purüna tamouls 907-909.
ji Le moU:vement vil)l).uite 910. Les ALvar 911-912.
NammaLvar 913 914. Tirumangei ALvar 915-916.
il) La période de maturité : Kambar 917. Le lrlahü-
bhal'ata 918. La théologie 919. L'age moderne 920.
11. Kannara 921. Basava 922. Le lyrisme vlracivai'te
923. La littérature dévote 921. Les Visnuite's 925
L'apogée 926-927. . . .
III. Telugu 928. Nannayya Bhal.ta 929. Rois-poetes
.;;ivaltes 930. Le RiíllüiJaJ.lct 931. Le Jrlahüblzárata
932. Les PurülJa ; Potana 933. Vemana, fils du
peuple 934. K!'9l).adeva roi-poete 935-936.
IV. Malaya!am 937.
V. Singhalais 938.
b. Litlératures du Nord ; introduction 939.
I. Bengalí: les ol'igines 940. Le réveil hindouiste au
BengaJe 9'<1. Umapati %2. Cal).\lirlas %3-%4. La
doctrine Sahajia 945. Vidyapati 946-947. Le Bií-
lnüyarJa 9'.8-%9. Les classiques sanskrits 950. Cai-
tanya 951. Le lyrisme Brajbuli 952. CivaYsme et
953. L'age moderne 954. •
JI. Oriya 955-956.
III. Assamais 957.
IV. Li1téralures de l'Himalaya : kasmII'I et pahan
958.
V. PanjabI 959,
VI. Hindi 960. Lps origines 961. Influence de Rama-
nand 962. Kablr 963-964. MIrabaI 965. SÜl'das 966.
Tulsldas 967. CEuvres diverses 968. Le Bümil)'ana
969-970. La transition 971. L'age moderne 972. .
VII. Gujrati 973. Les 974. L'age classique
975. La transition 976. L'age moderne 977.
VIII. Marathi 978. JñaneFar 979. Namdev 980.
TABLE DES MATIERES
Tukaram 981-982. La renaissance brahmaniste 983.
L'age moderne 984.
Vue générale 985-987.
13
3. Les formes religieuses. L. Renou.
a. Généralités 988-990.
b. Les croyances.
Généralités 991-992. Les divinités : leur nombre 993.
Leur hiérarchie 994-996. L'aspect des dieux 997-999.
Le séjour et les fonclions des dieux 1000. Les gra-
madevafü 1001-1003.
IX) Les grandes divinités : le Ciel et la Terre '1004. Le
Sol"il 1005-1006. La Lune 1007-1009. Planeles el
étoiles 1010-10H.Les Lokapala 1012. lndra 1013-
1015. Agni 1016. Vayn 1017. Varul).a 1018. Yama
1019. Autres divinités d'origine védique 1020. Kubera
1021. Kama 1022. Skanda (Kumara) 1023. Gal).ega
1024. Brahman 1025-'1026. Visnu 1027-1032. Les
avatara 1033-1035. Matsya 1036. KÜl'ma (Ka<;yapa)
1037. Varaha 1038. Nrsi:qlha (NarasiI1lha) 1039.
Vamana 1040. Paragurama 1041. Rama 10'.2-1043.
Knl).a 1044-1050. Buddha 1051. Kalkin 1052.
1053-1060. Le liliga 1061-1062. Harihara 1063. La
Trimürti '1064. Les divinités féminines 1065. La t;akti
1066-1067. Les déesses mineures 1068-1069. Radha
1070. Lak!IÍlI 1071. Durga (KaII, ParvatI, GaurI etc.)
1072-1075.
Les groupes divins ou divinisés. Génies et démons
10í6. Les Asura 1077. Les Naga 1078-1079. Les
Yalcsa lOSO. Autres séries 1081-1083. Démones 1084.
Les Únlta (preta) 1085. Les Gandharva 1086. Les
Apsaras '1087. Les Vidyadhara 1088. lIéros et saints
1089-1090. Les !,$i 1091-1092. Agastya 1093. Les
dynasties légendaires 1094-1095. Manu 1096. Prthu
1097. Divers 1098.
j) AnÍmanx, plantes, etc. Les animaux 1099. La
vache 1100. Le cheval1101. Le serpent 1102. Autres
animaux 1103-1104. Les plantes 1105-1108. La nature
inanimée 1109. Les pierres 1'110. Les eaux 1111-1112.
L'océan 1113. Les t'[rtlza 1114-1115. L'homme 1116-
1117. La femme 1118.
c. Les spéculations.
Le divin 1119-1122. La création 1123-1124. L'évolu-
tÍon des etres 1125. L'oeuf cosmiqne 1126. La terre
1127-1129. Les ages du monde (yuga) ' 1130-1132.
L'ame et le corps 1133-1135. La mort 1136-1137.
L'autl'e monde 1138. Leparadis 1139. L'enfer 1140-
11 'd Le karlllan 1142-1146. Le samsüra 1147-l'149.
Les troÍs buts (trivarga) 1150. Le' küma et l'artlla
115l Le dha1'1ha '1152-1153. La délivrance (mok$a)
1154-1155. Les formes non religieuses de l'existence
11.56-U57.
d. Les rites et pratiques.
Généralités 1158. La priere 11.59. Le mantl'a 1160-
1161. La syIlabe 01¡2 1162. L'alphabetmystique 1163.
Les bija 1164. Les )'antl'a 1165-1167. Les nJüsa
1168. Les lItudl'a 1169-H 70. Instruments rituels
1171-1172. Les' si.gnes religieux (tilaka) 1173. Signes
14
TABLE DES MATIERES
divers L'image 11751176. L'in,:t.ayation. de
l'image 1177. La püjá 1178-1180. _La PUF!
1181 ,souffie 1182.
La medltatlOn (dhyana) '1183. Le temple 1184·1186.
Les servantes du dieu (devadásf) 1187. Les offrandes
1188. Le sacrifice humain 1189. Le sacrifice de la
veuve; le suicide 1190. La fondation religieuse 1191-
1192.
ex) Les rites proprement dits : rÍtes solennels 93.
Les rites privés : les sacrements 1194. Le marrage
1195. Les rites funéraires 1196-1198. Les autres rites
privés 1199. La sar(!dhJá 1200-1201. Les « cinq
grands sacrifices » 1202-'[203.
Les pratiques, observances, fetes. Les pratiques
alimentaires 120i. Les observances (vl'ata) 1205-
1206. Les donations 1207-1209. Les fetes 1210. Ca-
lendrier des retes 1211-1214. Fetes tamoules [par
J. Filliozat] 1215-1216.
y) Le tantrisme. Le rituel tantrique 1217-1218. Le
pañcatattva 1219-1221. Rites annexes 1222. Pra-
tiques magiques 1223. Pratiques sublimisées
L'initialÍou tantrique 1225-1226. La kmy.jalini et les
« six cercles » 1227-1229.
al Les états, castes; l'expiation, la magie) etc. Les
.. áql'ama 1230. Le bl'ahmacál'in 1231. Le grhastha
1232. Le vünapl'astha 1233-1234. Le sa1p/lJásin 1235-
1237. Les ordres monas tiques 1238. La loi reli-
gieuse dans les castes : le brahmane 1239-1240. Les
autres castes 1241-1242. Les pratiques expiatoires
(pl'ü)'aqcitta) 1243-1245. La théorie de l'expiation
f246-1248. Les fautessujettes a expiation 1249.
L'impureté rituelle 1250. La magie 125:1 : les textes.
Pratiques magiques 1252. Substances magiques
1253-1254. L'emploi des torces magiques 1255-1256.
Effets de la magie 1257. Les exécrations 1258. La
'mantiquE' et l'astrologie naturelle : les textes 1259.
La Brhatsarphitá 1260. Arts annexes 1261. Signes et
choses signifiées 1262-1263. Objet de la mantique
1264. L 'ouiromancie 1265. L'astrologie judiciaire
(horoscopie) 1266-1267.
4. Les L. Renon.
Généralités 1268-1272. Les Smarta 1273. Le culte
Bl'ahma 1274. Les Saura(pata) 1275. Les Gal,lapatya
1276. Les Sakta 1277-1280.
a. Les sectes qívaHes: généralités 1281-1283. Les
Pagupata j 284-1285. Les KapaJika 1286. Les Gorak-
:,anathI 1287-1288. La littérature des Agama 1289-
1290. Le (,.:aivasiddhanta -1291-129t.. Le \)ivalsme en
Insulinde 1295. Le givai'sme du Kaqmlr [par L. Sil-
bum] : tcxtes 1296; doctrines 1297-1298; condition
de l'ame 1299. Les Vlragaiva ou Lirigayat 1300-1301.
Les Cittar 1302.
b. Les sectes : généralités 1303-1304. Les
Bhagavata 1305-1307. Les Madhva 1308. Les
vamin 1309. Les Nimbarka 1310, Les Vallabha 13H-
13t 2. Caitanya 1313-1314. Les sectes bhagavata
mineures 1315. Les Pañcaratra 1316. La littérature
¡
f
I
TABLE DES MATIERES
des Sa1phitü 1317-1318. La philosophie du Paücarü-
tra [par L Silburn] : doctrines générales 1319; cos-
mogonie 1320-13:!1; nature et destinée de l'Ame
1322; les croyances 1323. Les 132t..
Ramanuja 1325-1326. Les successeurs de Ramanuja
1.327. Les Ramanand¡ 1328-1329. Groupes issus des
Ramanandl 1330-1331. Les Manbhau 1332. Les Sü-
tani 1333.
c. Les sectes 11 tendances réformatrices 1334. Kabir
1335. Les Kablr-panthi 1336. Les Sikh 1337-1339.
Dívers
15
5. La bhakti. A,-M. EsnouI.
Définitíon 1343. Origine 1344·1345. Les textes 1346.
Le contenu de la notion de bhakti 1347. Qu'est-ce
que le bhagavant? 13f¡8-1349. Que doit etrc le
bhakta? 1350-1351. Fondement philosophique de la
bhakti 1352. L'enseignement de la Bhagavadgita
1353-1354. Prescriptions spécialcs des cultes de
bhakti 1355-1356. Facilité du culte de bhakti 1357.
----------..... --------------
AVANT-PROPOS
La culture d'un lettl'é indien qui ignore la civilisation européenne
n'est pas générale, CeUe qui néglige l'Inde ne sau-
rait l'eLre davanlage, car la ClvlhsatlOn mdlenne est une des plus grandes
réalisations de l'humanité, Moins que celles dc l'Egypte on de la
Mésopotamie elle n'en plonge pas moins par ses origines dans la pré-
histoire et, t;ndis que les premieres sont mortes depurs longtemps, eUe
demeUl'e vivante aujourd'hlli encore, Cette survic exeeptionnelle n'a pas
été sans évolution ni rellouvellcment, mais elle a porté jusqu'a nous, par
une tradition continue, une masse de texles anciens infiniment plus
considérable que ce qui nous reste des vieilles littératul'es grecque,
latine et chinoise,
Riche et vivace, la civilisation de l'Inde a été aüssi' puissante et
expansive. Elle a créé denx des plus grandes religions du monde, le
brahmanisme et le bouddhisme, et si elle s'est bOl'l1ée du cOté de l'Occi-
dent 11 quelques échang'es avec le monde méditerranéen, elle a profon-
dément inflllencé toute l'Asie centrale et 1'Asie orientale, elle s'est
implantée toute entiere en Indochine et en Indonésie. Sa philosophie et
sa science ont été en Asie ce que la philosophie et les sciences classiques
ont été en Europe : le bouddhisme est le pendant asiatique du
christianisme.
Mais la richesse meme des documents que nous possédons sur rInde
ancÍenne est un obstacle a l'acquisition d 'une connaissance générale en
ce domaine. Les découverles se sont succédées rapidement depuis cent
ans. Les livres yieillissent vite; il faudrait tous les dix ans refaire les
mises au point des principaux problemes, et le nombre des chercheurs
est dérisoirement petit.
On ne s'est guere elforcé jusqu'a ce jour d'embrasser par un exposé
continu l'ensemble des manifestations qui composent la culture indienne.
C'est ce qu'on a tenté de faire icL
L'ouvrage de LAS SEN, qui a hit époquc, l'eflele encore dans
de ses partí es les temps héroi'ques de la philologie indienne. Le Gl'und1'lss
del' indo-al'ischen Philolo"ie und Altel'tltl1lskllnde, coníi
ll
su!' un plan
infiniment plus vaste que
V
le nOtre, juxtapose des mOllographies dont
certaines sont quasiment exhaustiyes; mais, inacheyé au bout de soi-
xante ans (sera-t-il jamais termiué ?), il laisse de coté, non sans arbi-
traire les faits drayidiens. En anglais, il n'existe guere qu't1n seul exposé,
bien vieilli, celui qui sous la direction de HUNTER fut rédigé
en 1909 ponr l' Imperial Gazetteer of India. Le récent Inheritage
uf India n'est qu'une mosalque de conférences et d'essals.
Nous avons voulu décrire sous une forme aussi précise que possible
les faits indiens, en passant en revue les principaux problemes dont il.s
ont été l'objet. Destiné au public cultivé en général, dépourvlI d'apparell
érudit et de notes, notre ouvrage s'adresse plus particulierement aux
étudiants, aux spécialistes de disciplines voisines, qui voudront con-
naltre l'état d'une question, les perspectives actueUes d'un probleme
historique, littéraire, doctrinal. Il est présenté sous une forme a demi-
scolaire, avec des paragraphcs, des rubriques, des renvois nombreux :
nons espérons ainsi qu'il méritera son sons-titre de MANUEL DES ÉTUDES
INDIENNES.
Il ne prétend pas embrasser tout ce qne le nom de 1'Inde peut susciter
a l'esprit du lecteur. Ses limites répondent a celles qu'implique en
général l'indianisme enseigné dans les Uniyersités. C'est ce qu'a vouln
souligner le titre principal L'INDE CLASSIQUE. On y trouvera décrite

AVANT-PROPOS 17
l'Inde traditionndle, les institutions et les croyances telles qu'elles re8-
sortent des d.ocl1ments littéraires. Par la nature ?es choses autant que
par la yolonte des auteurs, l'ouvrage repose essentIellement sur lt's textes.
Ceci ne veut pas dire que les préoccupations modernes soient exclues-.
pour l'histoil'e proprement dite, la description est poussée jusqu'a nos
jours, encore qu'a partir des invasions musulmanes elle revele une forme
plus sommaire. JI n'était pas souhaitable de I'ompl'e la trame des faits
qui éclaire la vie spirituelle et sociale de l'Inde, en son étonnallte conti-
nuité de plus de troís millénaires. pour la relí gion, on a tenu compte
des mouycments les plus récents, au moins pour ce qui est des sectes.
De meme pour les chapitres concernant les langues et les litlératures,
011 1'0n trouvera un aperíiu des parlers et des ceuvres a travers tout leur
développement- historique.
La limitation ,( L'Inde classique » signifie seulement qu'on exelut les
données nouvelles, techniques récentes, questions sociales ou écono-
miqnes, croyances populaires non confirmées par les textes, etc.; elle
signifie qu'on ménnge une place restreinte a l'Islam et au chl'istianisme.
Elle ne signifie pas qu'on redonte d'aIler jusqu'a l'époque contempol'aine.
Autrement dit, on parlera ici des choses modernes dans la mesure OU
elles sont le prolongement des choses anciennes. Il n'entrait pas dans
notre plan d'accorder a Dnpleix ou a GandhI, queIle que soit leur
importance intl'Ínseque, autant de place qu'a Aíioka ou a <¿anlcara.
Une innovalion qni sera appréciée, pensons-nous, est que les faits dra-
vídiens sont tl'aités parallelement aux fuits aryens. 11 était tentant et
trop faeile de les dissocÍer. Mais, s'iI existe une littérature dravidienne,
il n'y a pas de religion dravidienne, et la philosophie écrÍle par les Dra-
vidiens, se réclame de la tradition sanslcrite comme celle du Nord; elle
lui est parfois meme plus fidele. La aussi, iI importait de souligner
l'unité de nnde.
Ces principes une foís admis, le plan de 1'onvrage n'était pas malaisé a
établir. Les seules difficultés pro\'enaient de ce que, dans les circons-
tances présentes, nous ne pouvions grouper qu'un nombre tres réduit
de collaborateurs, et qu'il fallait répartir la matiere d'un premier yolume
en tenant comple des possibililés actuelles.
Il n'y a pas lien de jus1ifier le fait que les chapitres préliminaires-
simple présentation du sujet - concernent la géographie el l'elhnologie;
qu'ensuite vient un exposé sur les langues, dont le cadl'e est tracé
d'ayance : vieil indien (sanskrit), moyen inclien Ipali et prakrit), néo-
indien (langues indo-aryennes modernes), dravidien (tamonl, etc.) et
accessoirement, et langues diverses.
L'analyse des ceuvres, l'examen des formes religieuses, ont ponr intro-
duction naturelle l'histoire. Mais la descriptiOll des faits histol'iques
demande elle-meme a etre précédée. de celle des sources, au cours de
laqnelle on trailera dans son ensemble, pour n'a"oir plus a y revenir, de
l'épigraphie et de la numismatique indiennes. Pour des I'aísous d'équi-
libre, l'exposé historique est interrompu a la fin du YIl' sicele. eette
date marque d '"illC111'S une coupure : c'est celle du dernier empire hin-
don, avant les invasions musulmanes qui houle\'el'seront la struclure de
l'Inde. La suile sera reprise au tome In.
L'exceptionnelle importauce que reyiHenl dans l'Inde les phénomenes
religieux invitait a donner, aussitot apres l'histoire, le brahma,llisme. La
descripliou du yédisme, qni vient en tete comme de juste, forme un tout :
outre les texles et les croyances, elle conlient un apergu sup la civili-
sation. Au conlraire le brahmanisme pOS1-vé,liquc se limite it l'exposé
des croyances él. eles pratiques. leí a nouveau précede nn chapitre sur
les sources, c'e"t-il-dire sur les textes qui décrivent avant 10ut ces
croyances ou ces pratiques,. quelle que soit leur portée pour des
L'INDE, tome l .
. ...
+
18 AVANT-PROPOS
domaines autres que la religion. On a rassemblé la, du coté sanskrit,
les g¡'andes épopées, les pW'ár],a, les et divers textes mineurs,
auxquels on a joint la Smrti (JJharmari1straj, qui appartient au meme
fondo Du coté drayidieu et néo-indien, les grandes ¡:euvres d'inspiration
giyalte ou gakta, disons généralement celles qui refletent
une éthique rondée sur le dharma hmdou. En reyanche, tous les témoi-
gnages littérail'es ([ui relevent d'une secte pal'ticuliere, par exemple les
manuels des Sikhs ou ceux des adeptes de Caitallya, seront énumérés
en me me temps que serout les sect.es elles-memes, it sayoir daus
la partie finale du ce BrahmaIllsme », que v[ent couronner une étude sur
la bhakti.
On a souligné que l'ouvrage n'a pas de notes. Il e3t clail' que chaque
phrase aurait pu comporter, aurait llécessité me me un renvoi it quelque
auteur ancien ou moderne. Comme il fallait, dans l'immense territoire it
parcourir, demeurer concis, s'attacher it caractériser plutot qu'it jllstifier,
on s'est borné a de rares références. Lorsqu'i! a paru npcessaire. de rap-
peler nne opinion particuliere, soit pour soit pour la rejeter,
seul est donné le 110m de son auteur. Les speclahstes sauront it quel tra-
vail iL es t fait allusion, et les étudiants trou veront les préeisions utiles
dans la bibliogl'aphie tres riche qui sera dounée eu Hn de l'ouyrage.
Le jYlanllel comprendra trois yolumes de dimensions comparables. .
Chaqlle chapitre a été rédigé indépendamment, l'auteur demeurant
entierement libre de sa rorme et de ses conceptions. L'ensemble a été
revu par tous. Nons espérons qu'en dépit de certaines inégalités dans la
présentation - que nous n'avons pas cherché it pallier - 011 sentira d'un
bout a l'autre une (Buvre sllffisamment cohérente. A des générations
divel'ses, les se sentent les éleves de Sylvain LÉVI et les 1
de sa pensée. .
La transcription adopté e est la transcdption scientifique (pour le dra-
vidien, avec les aménagements proposés par P. !VIeile). On n'a pas jugé
utile, it cet égard non plus qu'!t d'autres, de sacrifier a la facilité. Le
lecteul' qne rcbtltent des signes diacl'itiques n'acheverait pas un seul
<1Jhapitre de ce livre, meme si on les supprimait. .
L.R.etJ.F.
CHAPITRE PREMIER
LE MILIEU GÉOGRAPHIQUE
1. L'INDE DANS LE MONDE.
1. Le L'Inde est une presqu'ile de l'Asie,
au ser:s ou 1 I?eut que 1 Europe elle-meme, n' est qu'une terre
avancee de 1 ASIe. LInde est, en effet, comme 1 Europe, sinon un

D'OMAN
Echelle: /
O 500 km·
I ,
Fig. 1. Carte sommaire de ¡'Inde (aveo.. profil de l'Afriquo eL de J'E,pagne aux mémes latitudes).
continent, du moins un sub-continent. Sa surface équivaut presque
a celle de l'Europe moins la Russie, Elle s'étend sur plus de
30 degrés en longitude, pres de 30 aussi, soit 3.300 kilometres, en
20 ,;LE MILIEU GÉOGRAPHIQUE
latitude' la distance de PeSávar 1 a KoLumbu (Colombo) est com-
parable i ceHe de Port-Vendres a Dakar. Il ne faut pas de
vue ces dimensions pour comprendre quelle est, dans lInde, la
variété des climats,' des conditions. vie et de peuplement. O.n
peut parcourir, sans quitter le !oute, la ch-
mats, depuis le bain de vapeur equatonal,jusqu .aux fnmas :lgou-
reux de l'Asie centrale, en passant par la fournalse des troplques.
n n'est point de qui ait fondé sa lit!érature et sa pensée
une plus large expérlence monde peu CIVI-
qui aient embrasse, dans une meme umte, un aUSSI vaste
theatre. . l'
La population elle-meme de l'lnde constItue un des p pms-
sants et peut-etre le plus compaet, des groupements humams du
, . globe. LTnde, non
AfJTltES PAYS IN DE comp,ris Ceylan et la
DI) Birmanie (qui en sont
MOJI/DE politiquement déta-
chés), comptait, en
:>. CJlINl, 1931,338 millions
v; d'ames, soit le 1/6 des
V,...-I habitants de la Terre
I
(2.057 millions en
1933). La population
r de l'lnde équivaut a
celles, réunies, de
l'Amérique du Nord,
EUltOPE
(Sans /0 Russie,
fRANa
/Méfropolítaíne)
AUTRES PAYS
D'ASIE í
(Sans /0 Síbériej
Fig, de la population mondia1e
(d'apros les dOllllées de !'Annllaire de la S. D. N. (939).
de l'Amérique du Sud
et de l'Afrique' en-
tiere. On peut etre
persuadé que, sans la:
connaissance de l'In-
de, 'notre coneeption
meme de l'huma-
nité reste ineomplete
six qui est un lndien.
: il y a, dans le monde, un homme sur
2. Richesse et puissance de l'Inde. Le ro.le de n'a pas
toujours été proportio;lJ;é a. son. ÍlnP?I:tan?e: Mals on am;alt t.ort. d,e
s'imaginer que, dans 1 hlstolre, Il a ete Dan.s 1
au Moyen-Age encore, l'Inde a été un pays ou lor;
préfere, artisanal, exportant vers }OUS les ,llOl7zons, de a.
la Méditerranée, de nombreux obJets fabnques.
tissus, Des éeonomistes ont pu récemment .soutenn: P,lme
l' Aneien) que le commerce avec l'Inde avart a rum.el'
l'Empire romain, moins bien équipé en et, 'prodmts
d'éehange : on a tenté d'expliquer ainsi, en partle, 1 aVlhsseme?t.
de la monnaie romaine, d'Auguste a Dioclétien. D'autre part, la dlf-
fusion du bouelelhisme dans tout l'Extreme-Orient correspond a une-
vaste expansion eommerciale, sur terre et sur mero Grace a l'abon-·
1. Dans natre transcriptian, e représente feh, s représente eh; l's entre
deux yoyelles ne se pranonee jamais z. La vayelle représente Olt.
LES GRANDS TRAITS DE LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
21
.dance et a la supériorité de sa production. a la hardiesse et a l'ingénio_
sité de ses négoeiants, le « pays du J ambou » a bénéfieié jadis
d'un aillux de métaux précieux (dont le sol indien n'est pas tres
riche); ainsi s'amoneelerent les fabuleux trésors d'or et de pier-
reries, les éblouissantes merveilles de « Bidjanagar » et de « Gol-
conde», que les légendes les plus flattées ont a peine exagérées.
3. De nos jours, l'Inde, encore arriérée économiquement, a déja
commencé sa transformation. Rappelons seulement que Kalkatta
(Calcutta) est, immédiatement apres Londres, la seconde ville de
l'Empire Bl'itannique; c'est une cité de deux millions d'habitants
(i9ld), flanquée d'une vaste banlieue industrielle, comprenant, par
exernple, des fabriques d'armements, une cité du cinéma, et une
ville de la chaussure. L'Inde d'aujourd'hui pos sede quelquesuns
.des plus grands travaux hydrauliques elu monde, barrages du Pan-
jab et du Sindh, et usines hydro-électriques du Dekkan, qui, dans
le Sud, fournissent l'électricité jusque dan s les villages. La révo-
Iution industl'ielle qui a transformé l'Occielent au 1ge siécle, n'a cer-
tainement pas encore produit tous ses effets : parmi les pays d'Asie
qui commencent a y partieiper, l'Inde n'est ni le dernier, ni le moins
riche en possibilités, L'Inde millénaire est un pays jeune, qui tra-
verse aetuellement une période d'essor, sur le plan maté riel comme
sur le plan spirituel; elle entre dans une ere active d'innovations
politiques et économiques.
4. Permanence de l'Inde. L'Inde a joué et jouera, dans le
monde, un róle qu'il importe de ne pas rnéconnaltre. Jusqu'ici piece
maítresse de l'empire britannique, souree de la richesse et de la
prépondérance anglaises, elle demeurera toujours une grande puis-
sanee économique. Il ne sera question, dan s cet ouvrage, que de son
,antique et prestigieuse civilisation, Mais, qu'on ne l'oublie point,
loin d'apparte,nir tout entiere a un passé révolu. comme les gloires
défuntes de l'Egypte et de Babylone, l'aventure indienne se poursuit
sous nos yeux. L'Inde n'a jamais dit son dernier mol. En toutes
choses, elle continue, survit et se renouvelle, Chaque jonr sa vita-
lité s'affirme davantage; sa force matérielle, et l'éclat spirituel que
lui a conféré sa fidélité an principe de Non-violenee, suffiraient a
lui valoir une place d'honneur dan!? l'humanité.
2. LES GRANDS TRAITS DE LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
5. Limites et superficie. Il est facile ele s'entendre sur ce
qu'on appelle l'Inde. C'est, malgré ses amples dimensions, une
unité géographique dont les contours sont des plus tranehés. Les
limites naturelles sont : pour toute la partie Sud, la mer; a l'Est,
les chaines de Birmanie ; au N ord, I'Himalaya,. a l' Ouest, le rebord
du plateau iranien. Les montagnes de l'Est et du Nord constituent
des murailles quasi infranchissables; du coté de l'Iran, la frontiere,
plus accessible et plus sujette aux fluc.tuations politiques, n'en est
pas moin,: inscrite sur le sol avec netteté.
On ne joint plus a l'Inde, depuis 1937, le pays de Brahma lBir-
manie) qui n'a jamais fait partie de l'Inde classique. En revanche
.on.inclut, officlellement, le Balücistan, qui forme un glacis d'impor-
...
22 .LE MILIEU GÉOGRAPHIQUE
tance militaire : de tout temps, il a existé une certaine
entre l'han oriental et l'Inde. En somme, les limites polmques
actuelles peuvent etre prises pour hases d'une étude générale. .
L'Inde ainsi définie (l'l1e de Ceylan non compóse) s'étend
le SeisUm, 61
0
Est Gr., jusqu'a l'Arakan, 92
e
degré (et par la vallee
du Brahmapute, jusqu'au 96
e
degré) ; dans le .sens du
Pamlr, degré Nord, au cap Kuman (Comorm), 8
e
N?rd.
Elle a une superficie de 1.575.000 squal'e miles, soH
4.080.000 kilometres canés (la France 550.000. km
2
). En
Ceylan (66.000 km
2
) on obtiendrait une s',lrface p:esque hmt f?IS
plus grande que cene de la France. La Chme claRslque est a peme
plus vaste : 4.600.000 km
2
(pour les « Dix-huit provinces »).
6. Le nomo A l'époque actuene, ce pays est nommé, officielle-
ment India « 1'Inde », ou The Indian Empire « l' Empire des Indes ».
Dans' les langues indigenes prévaut, en général, un nom apparenté
a skI'. Blzdl'ata; par ex., en hindi, rInde est BJ¡dl'at (masc.). Cette
désignation, Blzd:at( a) !lha;at( a)vaJ'$( ;,), était
limitée a une partIe de la reglOn mdo-gangetlque. Jamblld'.'zpa « 1 He
du Jamhou » (pomme de rose, Eugenia Jamúos) était le nom
appliqué au « continent » indien : l'ancienne civilisation indienne a
su n'en doutons pas, se représenter l'Inde comme entité géogra-
ph'ique. En ourdou, le terme Hindostdn (el'ou hi. Hindustdn), d'ahord
réservé au Norel s'étend maintenant a tout le pays. Le mot persan
Hind dé signe l'ensemhle. C'est le nom de fleuve skI' . . Sindhu
« l'Indus)) qui, par un interméeliaire 'iranien (dont pers. Hmd est
l'écho), est a l'origine de gr. 'Indía, lato India, par conséquent de
notre mot « Inde» : la:' région de l'Indus, seUlI du pays, zone de
contact avec le monde extérieur, a donné son nom a tout le reste.
Tous les étrangers semblent s'etre mis d'accord sur ce point :
Darius a Persépolis appelle ld(n)dus (Elamite hi-in-clll-is) la pro-
vince du Bas-Indus, Héroelote transfere déja le nom du fleuve aux
hahitants, qu'il nomme 'lndoí tenir de!'aspir,atio;n
initiale), Hiuan·Tsang enfin, et ce n est pas le m?ms cuneu::, temo1-
gnage, estime, apres mur examen, que l'appellatlOn la plus
pays doit etre In-toll (qui a subsisté); ses prédécesseurs chmols
disaient Chen-toll (Sindhu), ou hien T'ien-tcholl.
7. Configuration générale. La forme générale de l'Inde se
ram ene assez hien a deux triangles a peu pres symétriques, qui
auraient le Tropique du Cancel' pour axe de symétrie et pour coté
commun (Fig. 1). Le cóté de l'Ouest est nettement plus court que
celui de l'Est; d'autre part, la symétrie n'étant pas parfaite, le
triangle Nord, touchant au Pamlr, estlégerement décalé ,:ers
On commet trop souvent 1'erreur de ne voir que le trIangle merI-
dional, représentant la partie péninsulaire; en réa!ité l'Inde est,
pour moitié, continentale. C'est au nord du TropIque, dans de
vastes plaines poussiéreuses, que se sont déroulés presq',le tous les
grands faits historiques. C'est lo in de la mer, en un chmat. assez
ruele, que s'est élahorée la civilisation védique, rustique etterrIenne,
et que le hrahmanisme est né, sans connaitre, elans ses débuts, le
mol enchantement des rivages tropicaux. De nos jours, la portion
.continental e est, de heaucoup, la plus peuplée.
"'1'
LES GRANDS TRAITS DE LA GÉOGRAPHIE PIIYSIQUF
23
8. L'Inde péninsulaire n'est pas, pour autant, maritime. Sa forme
est massive, ses cotes peu découpées : c'est une petite Afrique. Les
-ports sont rares; les rives de l'Inde sont souvent tres inhospita-
lieres, ici rocheuses, la précédées de has-fonds, ailleurs maréca-
geuses et malsaines. Parmi les peuples de l'Inde, il en est tres peu
dont la civilisatíon se soit développée au contact de la mer : on ne
Millimétrl,s Inches
liGO
500
lb
400
300 12
200
100
-------... -------
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Fig. 3. - Profil comparé des pluies á Bombay (tran plein) Paris (pointillé).
cite guere que les GujratI-Marathl, a rOuest, et surtout les TamouIs
de l'Extreme-Sud, qui étaient trop hien environnés par les « deux
Océans » pour les ignorer. Done, ces deux cantons exceptés, on
imagine difficilement une antithese plus parfaite que celle de la
Grece et de l'Inde : si les plaines minuscules ele l'Hellade, ses
rivages en dentelles, ses ports et ses criques, ont contrihué a former
un certain type d'homme et de civilisation, c'est un lout autre type
que devait représenter l'Inde classique.
9. La nature indienne n'est point faite, non plus, pour évoquer
l'adage grec Medim "agan « Rien de trop ». Rarement taillée a la
..
24 LE MILIEU GÉOGRAPHIQUE
mesure de l'homme, elle est excessive en tout : relief, climat,
fleuves, végétation. Loin de réunir, comme notre tel're de France,
un harmonieux complexe de hauteurs et de vallées, enchassant de
multiples foyers de vie, le sol indien, lui, n'est presque jamais
distribué en « compartiments » : tout le Sud n' est qu'un plateau a
peine ondulé, modelé ou sculpté ga et la sur le pourlour; tout le
Nord est une plaine immensément !nonotone, qui. an pied d'énormes
montag'nes, se déroule sans une rIde, sans une butte, de Lahaor a
l3hágalpm (1.500 km.). Dans ces espaces, la population, meme
dense et sédentaire, garde toujours certains traits de la vie nomade ;
il est assez peu de villes indiennes qui, baties sm un site obligé,
aient un long passé : pour un exemple comme Ballaras (Bénares),
que de capitales éphémeres, que d'ambitieuses cités dMuntes ense-
velies dans la jungle ou sous les sables, ou de « villes champignons »
comme Madrás ou Kalkattá, vouées sans doute au meme destin I
L'homme se sent perdu dans cette immensité ; l'Elll'Opéen nouveau-
venu dans rInde apprenclra vite a s'enclormir sans angoisses clan s
une chambre de proportions granclioses, sous un plafoncl haut de
six metres et plus; mais il ressentira toujours la nostalgie d'un
vallon, d'un petit univers qu'on embrasse d'un regal'd, il n'échap-
pera pas au 30Ul'd malaise que lui causera l'absencc el'un cadre. En
revanche, que ce soient les horizons fuyants du Gange, ou les
gigantesques soulevements de l'Himálaya, ou la jungle luxuriante,
nul pays n'est mieuN: fait pour ramencr l'homme it la conscience
de sa petitesse, et lui inspirer, ave e le mépris des grandeurs
humaines, le sentiment de la majesté de la N ature, de l'Infini, et de
l'Absolu.
10. Hisbire du sol. L'histoire géologique de ce tlemi-continent
est tres simple, du moins dan s ses grandes lignes. La partie Sud,
que nous appelons Dekkan (Ka. dakkil.w, Ta. takkal,w, de skr.
dak$il.w « Sud »), est un plateau tabulaire, qui a fait anciennement
partie du grand continent de, Gondwana, lequel comprenait aussi
l'Australie, iVIadagascar, l'Afrique. Le sol, constÍtué surtout par des
gneiss, n' a jamais été submergé par la suite ; sous l' eHet de l' érosion,
il est devenu une pénéplaine. Vers la fin de l'ere secon,laire, I'effon-
drement d'ou est résulté l'Océan lndien, isole le Dekkan et lui
donne, approximativcment, ses contours actuels; mais, par la meme
occasion, des cassures se produisent sur le bord occidental et
livrent passage a des émissions volcaniques, qui t'ecouvrent une
portion du plateau, et en rajeunissent partiellement le relief : la ou
elles ont été décomposées, ces coulées volcaniques <tUl'aient contribué
a former la tres fel,tile terre noire a coton ou regar (dont l' origine
n'est pas completement élucidée): Ca et la, le plateau s'est revetu
de latérite rouge.
11. Est-il besoin de rappeler que les périodes géologiques sont
d'un autre ordre de gl'andeur qne l'histoire humaine? Les relations
qu'on a cru bon d'établir entre l'antiquité du sol dekkanais et ceHe
de la civilisation dravidienne, sont, pour le moins, téméraires.
Quand la tradition littéraire, notamment en tamonl, conserve le
souvenir de villes et de contrées englouties dans les flots, on ne
saurait penser, comme cela a été soutenu, qu'il s'agit de faits
l.ES GRANDS TRAITS DE LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 25
remontant au Cl'étacé. Disons tout de suite que le Dekkan a continué
de subir un lent alfaissement, et que les textes en question peuvent
relater des reculs de la cote datant de l'ere quaternaire : a l'échelle
O'
!
500 Km
, I
GOLFE
DU
BENGALE
o (JiLGlernaife
Tertiaire
[]]] Crétacé supériew'
(voLcanlt¡ue)
§ GondwO/la el
valenis
• PI1JYl/Ia et Pa!im:otr¡ue

Fig. 4. Carte géologique sornmaire.
humaine, de pareilles traditions n'en sont pas moins hautement
anciennes et vénérables.
12. Le plateau archéen était bordé, au Nord, par une mer vaste
et profonde, oa ·se déposa, pendant !'ere secondaire, et au du
tertiaire, une grande masse de sédiments. Sur ces entrefaItes sur-
vint une premiere crise qui atteignit son maximum d'intensité a la
fin de l'Eocene (un peu apres nos Pyrénées). et &e poursuivit dan s
l'Oligocene; puis, en une seconde phase qui n'est pas achevée,
la chaine fut de nouveau soulevée. Le résultat fut le plus gigan-
tesque plissement qui ait jamais existé : l'Himálaya actuel est ce
qu'il en subsiste, apres une violente érosion qui a considérablement
26
LE l\HLIEU GÉOGRAPHIQUE
réduit son altitude primitive; les cimes ont souvent des formes usées
et elles lIlontrent a nu les ro ches archéennes de l'infl'a-structure.
Cette érosion, qui se poul'suit sous nos yeux, provient d'abon-
dantes précipitations atmosphériques. Les eaux enteainerent une
énorme masse d'allnvions vers le ¡;;olfe marin qui séparait encore le
Dekkan de mer par combIer, malgré sa.
profonc1eur. Amslla plame melo-gangenque elétlent un autre record:
celni de l'épaisseur des couches sédimentaires, qn'on évalue, a
a u?-e partie. el'aIluvions récentes (400
metres moms a plverses cll:constances ont bit que
ces elépots sont en general fertIles et constltnent une des plus beIles.
régions agricoles elu globe. Le rOle néfaste eles glaciers a été tres
limité.
En. retirant 'vers I'Guest, ceHe mer laissait place a une
vallee dramee par un granel fleuve, qne nous baptisons Indobrahm
(PASCOE) : ce flellve coulait de l'Asam au Panjab, dans la direction
Norel Guest, et it la fois tout le Gange moyen (a rehours)
et des fragments reseau de l'Indus. Gn ne s'expliquerait pas,
autrement, pourquoI la vallé e du Gange s'évase en remontant le
cours actuel des eaux: Un effondrement récent, d'oú est résulté le'
Bengale, proeluisit, dans les tenains archéens .entre les monts
Garo et les monts Ráj mahal, une breche qui au fleuve une
teIle saignée, qu'il se rompit en eleux trongons : GanD'e et Brah-
maputr. C'est alors que l'écoulement prit son sens actue!, désertant
la région de l'Indus; la pente elemeure tres faible, et le seuil indo-
gangétique ne s'éleve gu'a 277 metres. Ainsi s'explique que eleux
grands fleuves ne forment qu'une immense plaine. Finalement
elivers plténomenes ele capture ont mis le systeme
elans son état présent. Certains points de elétail sont ene ore mal
. en particulier. l:histoire . de la SarasvatI, insignifiante
1'1VIere lllmalayenne, qm, a en crOIre les textes védiques, aurait
roulé eles .eaux abonelantes II ne s'agit peut-etre pas el'une
exagératlOn poétlque, cal' on trouve, dans les sables qui avoisinent
,:\har, le lit déss.éc.hé sans eloute important,.
qm ]OlgnaIt chrectement la reglOn ele SImIa au Bas-Indus.
. 14. Importance du ?limat. cette esquisse physique ele l'Inde"
Il manque encore un traIt essentrel : la mousson, c'est-a-dire la vie
ou dll moins la source ele vie. Ce décor graneliose aUl'ait pu forf
bien rester viele; les latitueles de l'Inele sont ceHes des contrées les
plus arieles : le Mexique, les eléserts el'Arabie et le Sahara. La.
situation mi-continentale, les formes mas si ves le voisinaD'e de
I'H' Id' '"
una aya, tout evaIt accentuer les écarts de température et
rencIre ce séjour quasi inhabitable. Mais un réo'ime ele yents et ele
pluies el'une espece tres particuliere a cOl'l'iD'é le climat
1
. 1 b"
su )tropIca .
15. L'Inde sans la mousson. Ce que pourrait etre l'Inele sans
la on. s'en faÍt une ielée chaque année, eles mois ele
a mal. Dans la plus gl'ande partie du pays, surtout au
Nord, lluver (novembre-mars) est une saison de sécheresse et de
gl'anels écarts ele température. Apres les elernieres pluies el'octobre
la végétation se flétrit vite, I'herbe dispara!t, l'air devient

LES GRANDS TRAITS DE LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 27
chant, au point qu'il rene! cassants les chevellx et les.ongles, Le cíel
est limpiele; penelant les nui1s lumineuses et glaCIales, le rayon-
nernent est intense; elans le jour, le soleil elaruc ses rayons sans
écran, mais il ne parvient gucre a réchauffer la te1'1'e, qu'effleure
TE1VIPÉRATURE S DE JANVIER
(Maxima et mínima moyens)
Lieu Latitude Altilude MAX. MIN. Ecart
Lahaor 31° 34' 210 m. 20° 2 5° 2 1.5°
Multán 300 '12' 1.27 m. 21
0
6° 6 15
0
6
DehIí 28° 39' 215 m. 21°1 8° 6 12° 5
Kalkatta 22° 34' 6m. 24° 1 13° 1 11°
Beúgalilr 12° 57' 920 m. 27" 1 14°1 13°
al 10° 1.3' 2.340 m. 17
0
6 8° 2 9° 4
_._---
(Maxima et minima el'apres Tlle Indian Year Book 1937-8, p. 334-31)7)
une brise fra1che et seche souff]ant continument eles hauts plateau_.
de l' Asie Centrale. La température moyenne ele janvier est el'enviro;,
13° a Multan (Panjab), 18
0
il (22° 34'),. il.
(12° 57'). IVIais, il la tombée de la nUIt, le refroIdIssement est SI
brusque, qu'un peu partont, sons le Tr:opique, et meme elans le Dek-
kan, on allume alors eles braseros. II gele parfois iJ. Lahaor, et on a vu
100%
Scc et fraid Sec et chaud Pluies
Fjg. 5. Pourcentage d'arbres en ilol'aison el en feuillaison au COUl'S de l'année
(d'.pros L. A. KENOYEll).
- 5° au Panjab et au Rájpütána. Cette saison s'appelle ,en sanskrit
hemanta « frimas }) (cf. ¡lima « neig-e }» lato hiems) ele la mI-novembre
a la mi-janvier, et Ilic¡ira « froielure }) ele la mi-janvier a la mi-marso
'28
LE MILIEU GÉOGRAPHIQUE
16. L'Indien frileux accueille avec plaisir les approches tiedes
du printemps (pasanta), surtout lorsqu'un ou deux orages brefs
sont venus, en février, apportel' un semblant d'humidité a la terre
assoifl'ée; mais, en pea de jours, la chaleur devient étouffante. Le
printemps n'amene point, comme chez nous, un renouveau de ver-
dure: sous 1 'azur immuable du ciel, les dernieres feuilles mortes
aehevent de tomber, et le bétail, fIairant lamentablement une terre
qui se fendille, maigrit il vue d' reil. Seules, des fIeurs éclatent
comme un défi, sur des buissons ou sur des arbres dénudés pro di-
.guant des violentes, des nuances somptneuses, et par- ,
fums raffines, etalant, en un mot, le luxe sans la vie (par ex. Butea
{rondosa, hi. ¡fhák ou palas « Flame of the forest »).
Puis la température augmente de jour en jour, l'air devient bru-
lant; les nuits, meme la terrasse, que ne cal'esse aucune brise,
sont aeeablantes. En aVl'lI, une sorte de somnolence s'abat sur tout,
betes et gens; on attend avee l'ésignation l'hem'e de la déli vranee.
Mai n'est plus tolérable pour les Européens : c'est la fuite vers les
de !l10n;agne. la plaine, le enregistre
42 a 45°, SOlt 5 a 8 degres au-dessus de la tempel'ature du corps.
Les 50
0
a l'ombre ont été atteints ou non seulement
dans la vallée de l'Indus (Jacobabad, Multan, Montgomery), mais
aussi a Jodhpur au Rájpüláná et a Agra sur la .Jamna. De violentes
teI?pét.es de s.' élevent de l'horizon livide. La yégétation est
aneantle, les etres Vlvants sont a bout de souflle. Si la mousson ne
venait pas, ce. serait, presque partout, l'arret de la vie; quand la
mousson ne Vlent pas, dans tdle ou telle proyinee c'est pour le
bétail et les hommes, la famine et la mort. "
,17. {( ,The carne». toute cette pél'iode, le baro-
metre n a cesse de descendre; 1 lnde, et surtout la Haute-Asie, sont
devenues des centres de basse pression, qui attirent les vents de la
mero Au mois de mai déja, le courant est renversé, le vent souflle
du Au-dessus des plaines passent quelques nuages
longs-courl'lers (cf }Jleghaduta), tres haut. l\his, sur cette terre
point est t.rop élt':é pour que ces for-
matlOns ;solees se preClpltent en plme. AUSSl lct mousson, quand
elle surVlent, a-t-elle le cal'1ctere d'une rué e massive et soudaine :
de gros nuages noirs arrivent de l'Océan, lndien, comme en un
front de bataille, et déferlent sur l'Inde « comlUe un mascaret )),
ActuelIement un réseau d'observatoires météoroloo'iques annonce le
phénomene et en suit de pres la course vers le "Nord . avec une
régularité qlli ne souffre que de faibles écarts la éclate le
3 juin au Malabar,: le 5 a Bombay; elle est le '15 an Rajputana et au
Bengale, le 25 a Agra, le 30 juin enfin au Panjáb. Cette fois les
crevent, dans un frac as d'éclairs et de tonnel'l'e : spectacle
de forces cosmiques, souvent décrit dans
la htterature mdlenne : le « Chariot de terre cuite ., en particulier
y consacre un passage frappant a la fois de grandeul' et d'exactitude
(trad. Regnaud, t. n, acte 5, notamment p. 98-10:11.
Sous ces cataractes, la température baisse rapidernent : la chute
est en. moyenne de 7 a 8 degrés, souvent davantage Il arrive que
la plme dure 24 ou 48 heures, et qu'en ce laps de temps il tombe
« LES » INDES, GÉOGRAPHIE RÉGIONALE
autant d'eau qu'a Paris en un an (total annuel de Paris : O m. 52);
le record mondial des appartient a la station de CerapuñjI
(Cherrapunji) en Ásam : 1 m. 036 en 24 he;tres, .et .22, ,m,
inches) en un an (moyenne annuelle 11 m. 67). s etabht,.sUlte
de longues averses, coupées d'intervalles, la « des ".
en anglais 7'he rains, pour les marins maUSlm « salson .»
(d'ou notre mot « rnousson »), en sanskrlt PaJ'$a « la plme )) (su?ce-
dant en juillet a gl'l$ma « la chaleur »). Alors la se reve:lle,
les animaux s'ébrouent, tout reverdit comme par mlrae!e; la vegé-
tatíon jaillit, puissante, prodigue,
18 Cette saison est bénie, du moins dans tous les endroits ou
l'inondation n'a pas dépassé la, mesure. Bengale, la est
noyée sous une nappe et de les, C?HlmUmcatlOns
sont interrompues, la malal'la et les epldeunes Sur les
pentes de I'Himalaya, arrosées de plein yeau rayme sol,
l'humidité développe, d'une fagon intense.' mOlslssure et
Les pluies sont fort répartles : la mousson d
généreuse sur le hord occIdental Dekka!l et .le long de 1 Hll11l;t-
laya, n'atteint qu'avec peine le PanJab, e! lalsse mdernne .une pal'tle
du Dekkan notamment la cote orientale; le Co!'omandel dOlt attendre
la « mousson », que lui amenera, en
renversement des vents. Cependant on a seme, re?oIte
au bout de quelques semaines (le en Jours, ce:tams en
90); on ressemera encore.; s.ur ,certáms pomts on, attemelra
trois récoltes, en tenes lrl'lguees. Les averses s le clel
s' éclaircit, on entre dans l'automne (<¿arad fém.), qm va de la
mi-aout a la mi-novembre, saison d' équilibre, tempérée, verdoyante,
tant de foís célébrée par les poetes. Qu'on se hate de savourer ces
doux clairs de lune et ces heures exquises, avant que le cycle na
recommence.
Les lndíens pergoivent nettement ce large rythme embrassant
toute une année : la riotion d'année s' exprime précisément par le
mot par$a « pluie )J. lIs sayent que toute leu!' ,dépend de
ces cinq moís tres humides avec sept tres secs, Ils
sont accolltnmés aussi il cette maJestueuse monotome : dans chaque
saison, les jours ressemblent aux jours; si bien que les cadl'es du
Temps sont, pourrait-on dire, aussi amples que .ceux de l'Espace,
et non moins tranchés. De tous les pays soumlS a la mousson,
!'Inde est celui ou ce régíme est le plus prononcé.
3. « LES » lNDES, GÉOGRAPHIE nÉGIONALE.
19. Diversité de l'Inde. Cependant, le climat et le relief,
conjugués, donnent lieu a de muItiples eombinaisons, qui
duisent la diversité, yoire la nuance. L'!nde est beaucoup moms
uniforme que l'Iran; elle réunit un véritable assortillJent .. de
régions souyent tres dissemblables. Non seulement .le se
en trois "'randes zones : montagnes du Nord, plame llldo-gange-
tique, et plateau du Dekkan; m.ais z,on.es a
des distinctions, qu'il ne faut Fll1alS neghgel'¡ et qu Il COnYlellt lCl
d' esquisser brievement.
!
li
I
30
LE l\IILIEU GÉOGRAPHIQUE
20. Les chaines de l'Himalaya. L'Himalaya est un faiseeau
de pUs paralleles, formant un are de eel'cle, long de 2.000 km. et
plus, sur une largeur de 250 11. 300 km. Il comprend d'abord une
presque d'avant-monts (env. 1.000 m.) appelée
Swalak, ou upagll'l « sous-mont », aux profils aceentués, surgissant
la plo.ine. eux, se développent des dépres-
SlOns plus mom.s les dün (fém. ; de skI'.
dro1Ja « o.uge »), hren arrosees et Ir1'lguees, centres de cultures et
de peuplement : par ex. Dehra Dün (alt. G90 m.). La-dessus s'éleve
abrupte (MasürI 2,200), la premiere chaine, ou petit
(localement « souvent interrompue. Puis, apr'es
de nouvelles depresslOns. qUl, au Nepal, par exemple, peuvent
prendre des aspects de plame, se elresse, enchevetré, hérissé, impé-
le Grand (localement {( Mont intérieur ») celui
qUl, avec ses nerges perpetuelles et ses granels glaciers, a bien
mérité son nom : « Séjour eles neiges ». Partout trés haut, il a plus
ele cinquante sommets elépassant 7.500 metres. Les pl'incipaux pies
sont ver's cen!re de l' are: avec le mont Everest (8.880 m. :
29.141 pleds anglaIs, chrífr'e de 1937) le plus haut du monde, s'ali-
gnent le Kañcanj aóg'ha, VGnehinjunga, 8.580 m.), le GaorIgaIikar
(7.022 m.) et le Dhaolgm (8.180 llI.). Plus a rOuest, on trouve
encore, pres eles somees du Gange, la Nanela DevI (7.813 m.) et, au
coude de l'Inelus, le NaIiga Parbat (8.120 m.). Au-de11l. de eette
chaine, se dessinent les hautes vallées tihétaines 00. prennent leur
source l'Indus, la Satlaj et le Brahmaputr: Au-de11l. enfin se dresse
le qui, de il 8.000 n.l., domine le platean
(4.000 m.) du Irhet : on y dIslmgue les massrfs ZaIiskar, Ladakh,
Karakoram, et deux ehaines appelées Kaelas. Dans le Ladakh se
en outre, vers Est .Gl':, le mont (6.090 m.),
celebre dans toute la htterature mchenne, et VOlsm du non moins
e.élehre lac Mansarovar : les Hind,ous brahm.aniques rensent que ce
heu est le bereeau de leur race; e est elu moms avee eette eroyanee
que quelques-uns enteeprennent ce tenible pelerinage, et accom-
plissent, sur les bords apres et désolés du lae, les rites dus aux
manes Jes aneetres (ef. pitt 1-198).
21. Les pays de l'Himaluya La Grande ehaine ele 1'Himalaya
est partoutune barriere redoutahle. Les passes sont peu nomhreuses,
tres hautes (3.400 a 4.700 m.) et peécaires. Mais, sur le versant Sud,
des différences s'aecllsent entre I'Est et le Centre, d'une part, mas-
sifs et peu habitables (Bhütan, Sikkim), et rOuest, moins SéVel'e
(Nepal, Kasmlr).
Le revers mérielional eles Petites ehaines, tres arrosé, a une végé-
tation tropieale. A la lisiere de la plaine, notamment en bordure du
Nepal. s'étend d'alJOrd une zone appelée « Terai», Tarti'i (de·pers.
!iil' « . humide »), marécageuse et malsaine, elomaine de. la jungle
mextrleahle et des granels fauves (tigres) ; les élépbants, seul véhicule
possihle, émel'gent iJ. p..eine de l' oeéan de verdure. Pnis les soIs
caleaires et secs el8S Sivalak portent eles fo1'ets de sal (Shorea
robusta). La base du Petit Himalaya, 00. la dan (§ 20) est souvent
une tal'ai, est revetue el'une végétation luxuriante : granels bamhous
arbres géants et lianes. Plus haut, viennent les essenees européennes:
« LES » INDES, GÉOGRAPHIE RÉGIONALE
31
chenes, noyers et bouleaux, dont les troncs sont ehargés ele mousses
épaisses; abricotiers et pechers font un régal pour les ours. Au
des sus de 2.000 metl'eS, on reneontre le magnolia á fleurs blanches
{)U rouges. les eoniferes, les chenes-verts, et, au-dessus encore, les
rhododend1'ons, granels eomme des noyers, magnifiques 11. la
floraisbn.
22 La région oceidentale est un peu clifférente : ele relief plus
aecueillant, de climat plus sobre, elle a de beaux alpages. Le Kasmlr
en partieulier réunit un ensemble de vallées assez spaeieuses et
herbue8, qui en font une autre Suisse et un séjour ravissant, avee
'Son climat européen, ses rivieres et ses lacs, ses eléodars et ses
pommiers, sans omettre ses modernes vergers, nés de plants ano'e-
vins et tourangeaux. Menre au Nord elu Kasmir, vers le Karakori'm,
la montagne est encore habhée: au Hunza, pays du burushasld
(§ 126), elle enser1'e de préeieuses terrasses cultivables, et, au
printemps, elle sert d' écrin 11. des houquets d' ahricoliers en fleur.
Cette région conduit meme, par quelques passes intéressantes, á la
Haute-Asie. G'est par la que le KasmIr a entretenu des relations,
parfois beHiqueuses, mais toujours précaires, avee la Chine; par la
aussi que l' expédition frangaise de la « Croisiere J aune » a franchi
l'Himalaya.
23. La bordura da l'Iran. Plus i\ l'üuest, la direction des
plissements ehange hrusquement: au Kárakol'arn succecle l'Hin-
dü.kus (7.750 111. J, presc[ue perpendiclllair"e a l'Himálaya. Ensuite
s'étend un faisceau de plis tournanl lenr eonvexité vers rInde, beau-
eoup moins hauts, eoupés de quelc[ues passages. Apres la passe
de Khaibal', porte actueHe de nade, se déploient les monts du
"\\azlriStíi.n,lmis le grand are eles monts S\.tlemán (env. 3.000 m.).
Enfin, au Sud de la passe de Bolan, une sorte d'éventail forme le
Balücistán.
Ces montagnes sont une série de longues murailles déeharnées;
trop abritées de la mousson, surchanff'ées en mai-j·.ün (52
0
11. Jaco-
babad, en bordul'e), elles ont la séeheresse de l'han et des aspeets
de la Palestine. Des points d'eau fortifiés s'entourent d'une sorte
d'oasis, et rassemhlent, en petíts clans, une population rude et helli-
queuse. Le Centr.e et le Nord de eette zone, et notamment le pays de
Kahul, out serVI, pour un temps, d'habitat aux clan s védiques,
avant entrée dans l'Incle. n n'est pas eertain que le pays fut
plus 'rlant alors.
24. Le ba.ssin de l'Indus. Ce n'est pas un elimat plus humide
ou plus tempéré qui a, tout el'abord, attiré dans l'Inde ces envahis-
senrs, ni peut-etre les autres : h0111mes ele steppes, ils trouvaient,
au eontraire, dans les plaines du Panjab, le rnoins possible de
ehangements 11. leues habitudes. Mais le l'éseau hydeogl'aphique est
ce qni peut séduire un Iranien, ou un Touranien : il y voit une mul-
tiplieation el'oasis, une abondance de pature et de nourt'iture, telles
qu'il n'osait en rever. On aimerait s'expliquer ainsi pourquoi ces
rivier'es ont pu paraltre si belles aux bardes védiques et si ingrates
aux Européens.
25. Apres un long parcours himalayen, le Haut-In:elus se termine
par un coude brusque et des gorges tres étroites. Descendant des
32 LE lIUUEU GÉOGRAPm;QUE
roo t.· .. . . e pente rapide, l'Indus proprement dit (localem.

.. 8 .. nes PIlr, un aHluents groupés (pers. Panj-ab « CincI eaux »}
lnUiIlJet ses cmq bl '1 r' ,
.déb9ucllenfdans une plai;18 sa J,nneu;e' ou d t
1
r
3
)8-
stableet ou iIs unel'Ial.{d
on
conS1. erda e 6c .
Leur régime est tres 1rregu ler: n e 5 O. m
a
a
13.000 m
a
; un filet une, mondatlOn.
'nients toutefois, ont ete attenues vers 1 Est par un patlent travaIl
bom:nes : aux belIes é'poques de la civilisation indienne, un
savant réseau de canaux, umssant la Jhelam, la Canab, la RavI la
Satlaj et la a du Panjab .oriental une fertile,
ductrice de ble, ma1S que les pérlOdes de barbane ramenaient a
l'état Les grands travaux hydrauliques entrepris
de noS jours, dOlve,nt le pays (44.000 km2 irrigués au
Panjab en i ?33) ; c est d eu:" en tout cas, que dépendent, pour leur
existence meme, les populatlOns du Bas-Indus (Province de Sindh).
Le delta l'Indus a, ele tout temps, fourni une voie d'acces a
l'Inde; malS les ports ont cunstamment changé el'emplacement.
A peine quit!é le réseau fluvial, qu'on rencontre, áU Sud
de la .les sohtudes brulantes elu Thar, flanquées par les
steppes du RaJputana.
26. Le Gange. Notre mere la Gailga, m¿Ua Gmiga, prend sa
source vel'S 4.200 m., au pied d'un glacier himalayen, lieu de pele-
rinage nommé Gaemukh (( Bouche ele vache ». Grossie d'autrés
torrents, franchit le Petit Hímalaya, et se frayant un passage
les SlValak, .entre dans la plaine a Haridvar « La porte elu elieu
Harl ». Il ne 1m reste plus que 311 metres a elescenelre avant
d'atteinelre le niveau de la mer, laquelle est encore a plus de
2.500 km.; la pente sera done tres faible. C'est désol'mais un lent
et large fleuve de plaine.
Le - célebre sons ce nom - est un des plus puissants
eours d ean du monde. Long de 3.000 km., delta compris, c'est-a-
pe.u moins que l'Indus, il est plus abondant et beaucoup plus
reguller; 11 a une forte crue a la mousson, mais il est alimenté aussi
par la fonte des neiges. Son domaine couvre plus el'un million de
kilometres canés, soit deux fois la superficie de la France. (Le
Danube est long de 2.850 km. et a un bassin de 800.000 km2).
'Z7. Des sa sortie de la montagne, il est appauvri par un systeme
d'irrigation, entierement rénové auige siecle, qui comprend
12.000 km. de voies d'eau, dont un grand canal de 500 km. Son
granel affiuent de droite, la Jamna grossie de la Cambal et de la
Betva, coule paraIlelement a lui sur environ 1.300 km. et le rejoint
a (ou Ilahabad); entre deux, la région irriguée se nomme
aUJourd'hui Doüb « Deux eaux », et ceUe « mésopotamie ii est
extremement fertile et peuplée (200 h. au km2) : du reste, c'est le
centre Aryavarta (§ 82): Déja majestueux aBanaras,
large ele DOO a 2.000 m. selon la salson, le Gange regoit encore a
droite la Son, et, a gauche la Ghaghra et la Gal)(J.ak. Il roule une
énorme lTIasse d'eau (14.000 a 16.000 m
3
par seconde, 4e rang dans
le monde, d'ap:'es IVI. PARDÉ) quand il rejoint le Brahmaputr, eles-
cendu, par l'Asam, des vallées tibétaines. Leur delta commun
s' amorce it plus de 350 km. de la mer : trois a quatre fois plus
1
« LES » nm:Es; GÉOGRAPHIE RÉGIONALE 33
que celui du Nil, c'est sans avec 80.000 km.2, le plus
vaste delta elu globe, et le plus peuple. .
28. Les pays'du Gange. Dal1s cette grande plame, les
sitions sont insensibles, el'une région a l'autre; et l,es
conscriptions administratives correspondent a t;ne drverslte ven-
table, dans l'aspeet du sol, le climat .et la populatlOn. ,
Les écarts de température a mesure qu on
le Gange, tanelis que la quantité ele plme regue augmente en
Cela suffit pour créer des différenees notables entre le Doab et
l'Audh entre les Provinces Unies et le Bihar (avec le lVIagadha).
Apres lIahabad, on a pu se dispenser Enfi,n le Bengale
rel.{oit une forte mousson, et le bas delta est . la
végétation, l'Acacia Senegal, les cactús, le (1u. unh) et
l'ample margousier (hi. n'lm) se raréfient progresslvement devant le
mangllier, le cocotier, les Terminalia, le 10tllS, et fameux hanyan
aux multiples racihes retombantes (FicllS bengalensls). Dans les ?ul-
tures, le blé et les (( millets » (joar, Mjra) font, peu a pe,u, a la
canne a SUCl'e au riz et au jute. En ee qui concerne le regne ammal,
il se trouve que les chameliers ne guere ele
Patna. De mthne par une·coYncidence qm n est pas toute tortmte, la
population align;, comme les raies cl'un arc en ciel, des changements
graduels de mreurs, de race, et de langue .. E.t . cependant l.a nature
du sol commande, a son tour, une autre cllvlslOn, non moms frap-
pante, en trois bandes horizontales: zone au .du Gange,
arrosée de rivieres himülayennes coulant elans les sechments ten-
dres, zone du fleuve meme, rebord méridional du bassin, ou
émergent les roches ancienIl;es du Dekkan.. ,
29. Si dans l'ensemble. c est la mousson qm, chaque annee, sus-
cite la vie c' est le Gano'e, bienfaisant, sacré, qui l'entl'etient. A lui
seul il au;ait suffi, doute, pour créer une civilisation, tel
autre Ni!. La plaine inelienne est un peu comme une Egypte ou Il
pleuvrait· sa vitalité sans déclin est le double don du Gange et de
la lVIais rappelons-nous qu'il ne pleut pas tout le temps :
la moítié de l'année, le paysage est poussiéreux. et la vég'étation
plutot médiocre. Bien instructive déception, que celle de Victor
Jacquemont, cherchant vainement au Nord-Ouest de Kalkatta lit
« magnificence » et les forets vierges des Tropiques (Lettre au
Musellm du 16-3-1830);
30. Traits généraux du Dekkan. De l'Hugli au cap Kumari,
la cote est plate, sablonneuse et seche. Ce triple aspect s,accorde
avec la structure générale du Dekkan, plateau cristallin qui s'incline
du Sud-Ouest au Nord-Est; culminant, le Sud, a pres de
2.700 m., relevé, a l'Ouest, par le cordon montagneux des Ghiltes,
qui domine la mer d'Arabie, iI s'abaisse en pente douce vers le
golfe du Bengale, bordé, de ce coté, par des débris de chalne, qu'cin
appeIle, bien pompeusement, Ghates de l'Est. En somme, on ne
saurait mieux faire, pour tourner le dos it la mousson, qui se dirige
justement vers le Nord"Est. Aussi la pluie est-elle eliluvienne sur
l'étl'oit rebord occidental, et modeste ou tres rare partout ailleurs.
31 Le Coromandel. La parlie orientale pourrait clonc etre
désertique, sous le soleil tropical, mais, en fait, elle s'humanise,
L']¡O¡DB, tome l. 3
d
34
LE l\HLIEU GÉOGRAPHIQUE
pou!' diverses raisons. La « petite mousson » (oct.-nov.) lui amene
souveut de grosses averses; iI est vrai qu'on ne peut y compter, et
certains disteÍcts de 1'Or1sa ont connn de terribles famines. Beau-
coup SUI' est l'apport des rivieres qui sillonnent le Dckkan
d'Ouest en Est : la Mahanacll, la GodavarI, la Knl1;la et la Kaviri ne
sont pas navigables, cal' elles forment, a la maniere de fleuves
afrieains, des rapides ou des chutes SUI' des seuils cristallins; mais
elles sont assez abondantes, et on leur doit autant de deltas, qui
rassemblent les populations et les cultures, Ainsi la cOte orientale,
« Coromandel ») et Circars (Sarkar), est la région
des deltas a riz, Les vieux ,poetes tamouls, bons observateurs, et
memes bons géographes, expliquent en termes admirables ce méca-
nisme de la planturense Kaviri, qui nourrit la plaine de I'Est
avec les eaux de la g¡'ande mousson recueillies sur les Ghiltes occi-
dentales, Aussi la région Tañjavur (Tanjore) et de Kareikkal
(Karikal¡, creur elu pays tamoul, a-t-elle été, de tout temps,
renornmée pou!' son extraordinaire fertilité, que d'immenses bar-
rages (
Me
tt
u
l') vont encore développer. Marins, les Tamouls ont eu
.de gl'ands ports, que le tl'avail de la cote a ruinés : la J(/¡abel'is de
Ptolémée (KavirippattiNam) est sans doute sous les eaux, tandis que
le « Cail » de l\Iarco Polo (Ta,kayal « lagune, saline ))) a subi le
sort de Brouage.
32. Le Malabar. Le Malabar est un étroit ruban cotier, bordé
de lagunes, dominé par les escarpements des Ghiltes (g/¡at « esca-
lier »), Le climat est équatorial, constamment chaud, et treS humide,
puisqn'il « bénóficie » des pluies des eleux 1110ussons. La végetation
est extremement puissante; on y remarque le cocotier, l'al'équier,
le palmier BOl'assus, l'arbre a caolltchouc; sur les pentes monta-
,gneuses prosperent, outre les plantations de poivriel's, de thé el de
café, des fMets luxul'Íantes eomprenant le teck, le palissandre, les
fougeres arborescentes et les touftes ele bambous géants. Ces
hauteurs sont la terre au tigre et, jusqu'au plateau plus sec du
Maisür, le royaume de l'éléphant, sauvage ou domestique,
33, Le nord clu Dekkan. Plus au Nord, ve1'S Mangalore, le
ruban cótier s'amincit, au point de clisparaltre, laissant place a une
cOte lie récifs. On entre ensuite, avec le Koúkal), dans le pays
marathe, qui a ceUe particulal'ité de former une unité géographique
et humaine il cheval sur une challle assez haute, unissant ainsi une
hande cótiere, une zone rnontagneuse, et le plateau cotonnier a ¡'egáJ'
(§ 34), Les homrnes que nourrit une pal'eille te1're ne manquent pas
d'ol'iginalité; ils sont vifs et entreprenants. Au Nord du pays
rnarathe, le l'elief, encore plus varié, échappe il l'habituelle ll10no-
tonie de l'Indc; marclué par les deux sillons ele la Taptl et ele la
Narmacla, il développe, jusque dans le plateau de Málva, un sys-
teme de grands vallons, aerosés f,ans exees (mais non sans défail-
lances) par la 11l0Usson tl'été; dans toute eette zone on dispose aussi
des l'éserves d'eau accumulées dans une !Oultitncle de petits ou
grancls lacs tank(s) (dll port. tanque, laL stagnllln). C'est au
Malva, il Ujjain, que la sanskrite a pl'ocluit ce qu'elle a
sans dOllte de plus raffiné, '
Tout alentoul' regnellt, a rOuest, les espaces plats du Gnjrttt, an
QUELQUES ASPECTS DE LA GÉOGRAPHIE H
,UlItAINE 35
Norella chalne troll se' clle des A-- - 1- (A _. _ _ _ ' ea va a r' ,
RaJPutana, et enfin a l' Qst ele' . ea, alh) ct les etendues du
I
.' , 1'.< S monts Vlndhya 1 ' 'f
'et ma sams des Provinces Centrales ' es maSSl s sauvages
34. Le Plateau. Le e t' 1 . 1 .
,élevé de 700 a 900 m etn r e e u p ateau (Haldarabad, l\-Iaisür)
'11 "es pauvre et peuplé . 11 .'
cal oux, mais de cailloux de t t d'. , essentle ement de
1
' . ou es lmenSlOns d '1 .
,ga ets Jusqu'aux énormes monolith _ f ' epms. es sImples
vent de citadelles et de sanctuair es aux ,ormes arrondles, qui ser-
tout dan s le Dekkan. Cependant qfr on retrou,ve un peu par-
quelques cultures pauvres (1'1']1'11 t' _ . y a de 1 eau, on réussit
d
,.,. e raO'l) et le Sud O d .
est eJa l)lus nant L" " d h lo , - ues, t u Malsür
. . en el gle es ommes a ' f . .
ce chmat salubre "'race a' l' 1 d meme alt surgIr dans
Po • 'b ' alon ance de la ¡lie" 'b" '
llques Cltés, entourées de verdur .' . T ••
1Ie
a aBr, ll1agni-
Beilgalür (400 000 11 )' e . JUehs '\ lJUynagar, aUJourel'hUl'
. . . qm avec une alt' t d el 020
rature de 180 a 29,) (min _ 1 U e e ,J m., une tempé-
parcs, est la perle ele ses jarelins et ses
bleues », Nngiri (2,600 m.) , e't le D s elevent « Montagnes
bastion, séparé elu ',lateau e e ea:l se ternune par un grand
(env. 400 m. d'alt l, c'est l ,Tal prr 1 ample coupure de Palghat
2.694 m .. dans A" Nel'm' la .qu I est e plus élevé (Mont ANeimucÜ
1
' ,1 el et monts de p. 1 N') B' '
es sommets aerondis du S d' l' ,t.,-..el! l. len al'rosés
. u ont un e ¡mat fra t 1 11 '
tatlOn, en pal'tie euro éenne . U . IS, e une le e végé-
N,) et KodeikkaNal (oPb n 3"'0 dakamaI:HJal (Ootacamund 11
0
24'
: S.'¿¡. '± III 10u l'" N) ,
basses latlludes, tridéales stations ·cl'été. 0 1. sont, EOUS d'aussi
35. Oeylan. Ceylan (skr Shnhal )
environ huit fois plus gr" d' , al est, aycr 66,000 km
2
, une He
, an e que a COI" \
auquel elle est reliée par un cln elet .t nnexe du Dekkan,
elle esl, comme la péninsule l' Pf ' de (le pont de Hama)
cristallin. Comme le Sud d :oC massl:'e et de sol en
et culmine au Piduru T u
l
_ :11' e
5
, e possede de hallls sommets
(
O 2',t ) A . a aga a 38 111) et .. p' d'A '
... , • '± m,. tlelgnant, au Sud le 6e deo"" ,1,1 I? dam
tonal ct une véo'étation abo 1 ' , ",I e, a un chmat équa-
de Budclha » (FiclIs ¡'ell'O'l,ne ante, avec le frermssant pipal « arbre
d
' lo osa eomm'ln aus' 1 1'1
gran es palmea qui ondlllent s' L ,SI (¡ans ndel, ct les
Ul' ses 11laO'es 1"'1 .
vement peu peuplée (5mill' d'l \ b.' 1 alS 1 e est relatl-
elle est entierernent 1 pOlytt de vn;
lande, elle releve du Ministe' 1', c .. anclenne ('Olome de la Hol-
des de l'lnde !-1: t' lrtlanlllqlle des Colonies, et non l)as
. lS o1'lque¡' ent 1 l'
entretenue8 ayec t' d, es re allOns que Ceylau a
" v con lnent ne sont " f ' '
pourralt s y attendre' le se 1 f ' ras requeutes qu'on
l'He semble bien la I a{,\ q;e bonddhisme a subsisté dans
l'Inde métropolitaine. a n e ( outl'c-mer, et la dissocier de
4. OUIlLQUES ASP"CT '
'- .... S DE LA GEOGIL\PHIE
36. Généralités Bien loin 1"
climat, l'humanité inelien e elre un, du sol ou du
1
. ne a sou veut re'to'¡ t' t 1 N
pour a contrarIe!' ou la mod' fi ,. 11 'n, on re a ature
une muvre e \ :,a delmis des
de grancls tl'avaux d'ir " et colonisation,
KaVll'l, rnaintell11 des 1101't5 s le delta de la
Ul es sltes Cflll s y llJontrent clésespé-
36 LE l\fILIEU GÉOGRAPHIQUE
rément impropres; elle a exercé une action puissante sur la flore,
elle a, par le déboisement, altéré le climat. On ne saurait donc sup_·
poser, dans l'Inde pas plus qu'ailleurs, que l'homme soil rigoureu-
sement par le milieu naturel : on se représente plus
volontiers une sorte de pacte conelu par l'homme avec la Nature.
Ce contrat a, dans l'Inde, des aspects originaux.
37. Les animaux. L'homme doit d'abord disputer le sol aux
animaux : rIncle nourrit, dans son climat chaucl, un infini grouille-
ment d'especes, clont les plus clangereuses qui soient. Et la se pré-
sente une premiere singularité : l'homme a pu subsister sans faire
aux betes une guerre a outrance. Les betes sauvages s'écartent
d'elles-memes des enclroits bruyants, et d'autre part, les paysans,
peu chasseurs, tolerent autour cle leurs villages la proximité de san--
gliers ou de tigres toujÓurs menagants : clans des régions fort fré-
quentées, ils sont contraints de surveiller jour et nuit leurs récoltes.
et leur bétail, clu haut de petites plateformes : il suffit, en général,
de faire un peu de bruit pour détourner la menace. Les Hindous
acceptent les continuelles taquineries et pillages des singes, qui pul-
lulent dans les villes : ils les ont en vénération. Qu'un serpent, un
IIco1'pion ait fait une victime, on se garde bien de le tuer, alors
qu'on en a la facilité : on l'écarte seulement. L'Indien a de remar-
quables aptitudes pour apprivoiser, d'abord parce qu'il est patient,
ensuite parce qu'il a la croyance, vraie ou fausse, mais utile dans
cet art, que les animaux ont une ame; en tout cas, il a fait heau-
coup mieux que chasser le tigre : il a su le dompter. Il a su
« charmer » les serpents. Il a domestiqué, avec une étonnante per-
fection, le plus gros des quadrupedes, l'éléphant. L'Inde est bien le'
pays des apologues OU les animaux paraissent doués de raison.
3S. lVIais la plus extraordinaire preuve de patience que donnent
les Indiens, est la résignation avec laquelle ils supportent le monde
des insectes, de loin le plus néfaste et le plus difficile a écarter :
lancinants moustiques porteurs de malaria, bestioles qui voltigent,
qui bruissent d'une fagon exaspérante, qui ont un dard venimeux,
qui dévastent les vetements, et enfin termites destructeurs : tous, a
la belle saison, semblent s'e1re juré que l'homme n'aurait point de
repos, point de biens permanents, point de vieux livres et p0int
d'édifices durables. De tout cela les Indiens se font une raison; ils
se consolent d'avoir peu d'archives en cultivant leur mémoire, et ils
ont peut-etre inventé la moustiquaire; mais ils se gardent bien de
meurtrir le moindre de ces petits etres.
39. Les animaux ne sont pas, en général, utilisés pour l'alimen-
tation. Les basses classes, que ceUe pratique déconsidere, se nou-
rissent de poisson, de volaille, de porc et de chevre. Comme
animaux domestiques, on éleve, pour le lait et le trait, le bume rus-
tique, et le bovin a bosse (zébu, Bos inclicus), objet d'un sentiment
religieux, mais généralement malingre. Des vaches (a bosse)
errantes, partout respectées, se promenent paisiblement au milieu'
eles villes modernes, ou elles eréent eouramment des @mbarras de
voitures. On compte presque autant de bétail que d'humains : 200
millions de bovins et 100 millions d'ovinés. L'ane joue un granel
& •• __ •.•• ,?B.--'- " .. ,.' . '"
,
i
. '
QUELQUES ASPECTS DE LA GÉOGRAPIlIE HUlIIAINE
37
r61e, le eheval n' est pas tres abondant. Le chameau est tres employé
dans le bassin de l'Indus.
40. plantes utiles. Pour leur alimentation, les Indiens
pourralellt se contenter de la cueillette. La nature ofIre en abon-
des (mallguier, jaquier, etc.) et des tubercules comes-
tI?les; les ermItes de la foret et les h6tes des clSl'am (§ 1233) ont pu
YIVre de longues années avec ce régime. En réalité, c'est la haute
densité de la population qui force celle-ci a 1ravailler le sol, et la
n;et souvent en danger de famine. Les principales céréales sont le
r¡z, la procluction aHeint environ 30 millions de t., puis le blé
.(10 nll11lOn.s de t.), et surtout les « millets ", aliment des classes
pauyr?s : JofU: (Andl'op?gon sOl'gllllm, .bajra (Pennisetlllll
I ragl cOl'acalla) Les legU1l1111eUSeS, culture de
J ouent un role surtont pour le bétail (p. ex.
pOI S chIche: « gram ». G/cel' al'/etmwn). Ces cultures alimentaires
-occupent 85 % des surfaces ensemencées cal' elles doivent assurer
la subsistar:ce du cheptel en meme temps que celle des hommes.Les
c,ultlvées c?uvrent 50 % du territ?ire indien, proportion
elevee, donn.ee la nature soIs, mal8 les procédés agricoles
restent rudl1nentalres, la propnété est, de nos jours trop divisée
et il serait urg'ent d'augmenter le rendement.' ,
, Parmi autres on la canne il sucre (D. P l, le
sesame donne, 1 hUlle), le pOlvre (Malabar), l'opium, et cet
autre stupefiant qu est le chanvre, enfin et surtout le coton (1"laha-
l'ai?tr) qui, de tout temps, a fourni a l'Inde eles tissus et vetements
bon ma:'ché, pour elle-me me et pour l'exporlation.
MentlOnnons a part le cocotier, qui semble avoir été introduit
par I'homme, et donl les utilisations sont multiples (not. huile et
fibre textile).
41 Le Le sol indien jour plus riche
pour, notre moderne : on en extraIt, aUJourd'hui, la houille,
le petrole (PanJab), le manganese, le tunO'stene le mica. Mais il
n'o!fl'ait, a la civilisation ancienne, ni métaux précieux ni une
grande de minerais. L'or n'est exploité, non sans que
dans les mmes de Kolhar (Maisür). L'Inde donne un peu de cuivre
et. heaucoup fer, duque! on a su tirer, depuis longtemps,
aClers de premIer ordre (aelers dits de Damas). L'usage du fer dans
le Dekkan, est attesté a date préhistoriqlle el semble antérieur a
l'époque védique. '
. gi,sements diamants sont mécliocres, d'étendue et de qua-
et n ont prodmt qu.e par rencontre de beaux spécimens (Koli-i-
Nur « Montagne de lumlere ,»). II Y a une eertaine variété de pienes
rares. Les perles sont ahondantes, certaines années dans le golfe
de MaNNar. '
42 L'Inele, terre hospitaliere. Dans l'ensemble l'Indien a été
par la N ature; il a eu la vie douce et facile. II se procurait sans
peme de 9:uoi. se nourrir, se vetir et s'abriter; pour le, feu et la
constructlOn, Il avait, autrefois du moins, du bois en abondance; il
en reste encore .beaucoup, et notamment des bois de luxe (teck
palissandre). Si I'on ajoute les charmes du pays, couleurs, parfums'
grancls espaces, on comprendra que l'Inde ait attiré beaucoup
38 LE MILIEU GÉOGRAPHIQUE
conquérants et, qu' en dépit des inconvénients du climat et des
insectes, ceux qui y sontentrés une fois, ne soient jamais retournés
dans leur pays d'origine : tous, jadis, se sont laissé prendl'e, et
assimiler.
43. Les communiclltions. Ce n'est pas le lieu de parler des
industries et du commerce. Cet aspect de la civilisation indienne
sera traité ultérieurement. Ne retenons ici que la question des·
routes extérieures et intérieures.
Les communications sont vouées, dans le cas de rInde, a des
obstacles, et a des servitudes particulien,ment rigoureuses. qui ont
exereé une influence immense sur les formes de la civilisation. La
frontiere terrestre de l'Inde est hérissée de murailles; non qu'elle
soit complétement elose a l'étranger, n:ai,s elle ne. qu.e
portes tres étroites, des passages obhges, La est lsolee
de l'lnde par un granel faiseeau montagneux. L'HHnalaya ne peut
etre franchi, ou plutot tourné, que par les extrémités Est et Oues!.
La elifficile voie ele l'Est, par la vallée elu Brahrnaputr, a permls
quelques relations comrnerciales avec la Chine, La voie ele l'Ouest,
par le Karakorarn, est précaire. . " ,
Les seules routes pratiques sont celles qm menent ele 1 han Jans
l'Inde. Il en est plusieurs, d'inégale valeur, Celle Makran,
empruntée, au retour, par une partie des force.s d Alexandee,
les conduisit il un elésastre, La seconde part du Selstan, passe par
Qandahar (Alexandrie d'Arachosie) et conduit it la passe de Bolan.
On peut utiliser également les vallées des petits affluents de l'Inelus
(Kurram, Gomal). lVlais la plus importante des voies d'acces est
celle qui part de Kabul et suit la riviere dc Ká1ul; on déLouche
par la passe de KhaiLar; Alexandre a utilisé unc pass e située
un peu plus an Nord (FOUCHER).
44. Servitudes du trafic intérieur. A I'intérieur ele !'lnde,
le relief ne elressc, nulle part, d'obstacle sérieux. lHeme les Ghiltes
occidentales, avec leurs escarpements, sont accessibles, et per-
méables a la ci vilisation. Le pays est plat, en général, et offre .en
théorie, les plus grandes libertés de mano.mvre; on peut, en prm-
cipe, passer partout. En ce osens, l'Inde est bien une unité géo-
graphique, et l'on con<;oit qu'elle ait une unité de civilif;ation. Mais
cela ne veut pas dire que les Yoyages soient partout aisés, ni qu'ils
aient. jadis, été rapieles. En fait, les comlllunications a longue dis-
tanec ont toujou!'s été tres restreintes; rInde a eu tres peu de
grandes routes, et le t!'afic aetif s'est trouvé canalisé sur quelques,
itinéraires, toujours les memes, d'une fa<;on aussi étroite que s'il y
avait eu des défilés lllontagneux. Par exemple, le seuil indo-gangé-
tique, pourtant si peu prononcé (§ 12), forme, cnt!'e I'Himálaya;
d'une part, et le dése!'t de Thar de l'autre, un véritable g'oulet, pas-
sage obligé des courants cOlllmereiaux, et des invasions; e'est la
que se sont livrées les grandes de l'histoire indienne.
depuis ceHes du llfa/¡{¡b/¡{tl'ala (Kmulc¡;;etra), jusqu'a ceHes de
Pánlpat(1526, 1556,1761).
On devine, par conséqnent, que le relief n'est pas tout : les
ennemis du voyagenr sont, bien plutOt, la soif, le sable, la végé-
tation intempérante, la faune, les mauvais chemins, la pluie et la
i.
QUELQUES ASPECTS DE LA GÉOGRAPHIE HUi\fAINE 39
bone. Non moins prudents que les négoeiants, les chefs d'armée
eux-memes évitent le désert et relloutent la mOUS50n. La foret,
surtout la foret touffue et perfide (skI'. kantal'a) a été le plus granel
ohstacle aux courants de eivilisation : c'est par leurs jungles, non
par leur ;'elief que l:s monts Vinclhya, et !'lnde ?e.ntrale
ont forme une frontIere entre 1 lnde aryenne et 1 lnde draVldlenne.
45. Les En outre, chaque année, la circulation est
entravée ou interrompue par la saison des pluies; l'enlrelien de
bonnes routes l)ermanentes exige un labenr couteux et suivi, que
seuls des gouvernements puissants et durables peuvent assurer.
A toutes les époc¡ues de l'Inde, les Empires qui ont tenté l'uni-
fication politique, ont essayé de maintenir de grandes routes : tous
ont travaillé notamment it la voie centrale qui mene de l'han
au Bengale, par Pesávar et Patná, Active sous les Maurya, puis
sous les Gupta, eette « route royal e ", l'djamal'ga, comprenait, a
Kausamhi, une bifurcation qui conduisait vers Ujjain et le Ma!lá-
rástr. Elle fut si bien re mise en état au temps des Mongols (Ser
sáh, vers 15401, qu'elle subsiste en g!'ancle partie aujourd'hui,
entretenue par les Anglais, et douhlée par le chemin de fer (PunjalJ
Mail, de Calcutta a Peshawari. Les í\Iongols avaient, en ontl'e,
construit tout un réseau, dont ils tiraient le meilleur parti possible
par un systeme de ,ou de poste impériale. Mais les chans-
sées les plus solides ont toujours eu tres peu de ponts; meme
la route impériale franchissait toute les petites rivieres agué; a la
crue, il n'y avait qu'a attendre; l'Inde a toujours souflert d'une
extraol'dinail'e pénurie de ponts.
Les ll10yens de transport, dont nous reparlerons (T. II), éláient
mediocres: le lent chal' it Lreufs devait souvent céder lui-meme la
place au simple portage (a dos de brenfs, d'ilnes, de chameaux,
d'éléphants). Si l'on tient compte enfin des dimensions du pays, Oil
comprendra la procligieuse lenteur des voyages. II fallait ele longs
mois pour traverser rInde; au Moyen-Age, on mettait presque un
an pon1' aller de Láhaor it RámeSvaram. En 1655, le FranQais
Bel'l1ier, qui était venu d'Arabie par mer, en 22 joms, prit plusieurs
mois pom aller de Surát it Agra. II y a un siécle encore, vers 1840,
il fallait, a un simple particulier, six mois pour se renclre de
Kalkatta a Mel'ath, soit autant que ponr venir ele Lonelres a Kalkattá,
46. Les fleuves. Dans ces conditions, tout l'avantage restait aUle
transports par eau. Dans les plaines du Nord, les fleuves étaient la
meilleure des routes. Seuls ils permettaicnt le trafic eles marchan-
dises lourdes on peu couteuses. Le Gange a été, de tout temps, sil-
lorlllé jusc¡u'a Kánpur par des chalands a voiles de fort tonnage, et
remonté, jusqu'a Patna, par des navires de hante mero C'est la une
des raisons pour lesquelles l'activité hnmaine et les grandes villes
se sont concentrées sur ces rives. l\'Ieme les fleuves clu Dekkan, par
ex. la Goclávarl, ont été utilisés dans leurs portions navigables.
Quant aux canaux, il est a souligner que, dans le Nord, ils n' ont pas
d'autre ohjet que l'irrigation; ils ne servent ele route qu'au Malabar.
47 La mero La navigation maritime, développée de honne heure
par les lndiens de l'Extreme-Sud et de rOuest, et un pen par ceux
du Bengale, avait un douhle role : compléter les communications
40 LE MILIEU GÉOGRAPHIQUE
d'Inde en Inde, et établir des relations avec l'extérieUl·. Le premier
de ces roles a été considérable, en parliculier elans le golfe clu
Bengale; c' est par la haute-mer que le Bengale a entretenu des
relations suivies avec le pays tamoul et exercé son influence a
Ceylan. Quant aux contrées d'outre-mer, ceHes de l'Est attiraient
les Indiens beaucoup plus que ceUes de l'Ouest. Ils laissaient, en
général, aux Occidentaux le soin de venir jusqu'a eux, mais ils par-
taient coloniser l'Insulinde el I'Indochine. Ces granels voyages
maritimes étaient heaucoup plus courts que les randonnées ter-
restres. L'Extreme-Sud de l'lnde était a un an de Lahaor, mais it un
mois de Java, a quelques mois d'Angkor : c'est la un fait capital
pour I'histoire de la civilisation.
48. Unité :inachevée. Toutes les particularités qui viennent
cl'etre exposées ont eu, en effet, leurs répercussions sur la civili-
satíon. On s' explique ainsi que l'Inde puisse allier une unité diffuse
avec un régionalisme tres marqué, qu'elle ait eu un fonc1s commun
de croyances, de mceurs, de vocahulaire, sans avoir pu se donner
une unité politique, ni une langue nationale. Il y a en continuité, de
p1'oche en proche, ele village en village, mais villes et provinces ont
vécu un peu isolées des autres villes et provinces. La multiplicité
des écritures indiennes comme ceHe des eres historiques met
bien en relief la faiblesse des communications. Frappant contraste
avec l' empire chinois, qui, en meme temps que l'unité politique,
a eu, it la fois, des routes, une écriture uniforme, une langne
impériale, et une chronologie.
Mais la technique moderne bouleverse toutes ces données : le
chemin de fer, le télégraphe et l'avion sont enfin des moyens it la
mesure de I'lnde; ils vont lui permettre d' etre une nation. Le
réseau de chemins de fer, rela1Í.vement dense, est le t1'oisieme
du monde en longuem, apres ceuxde l'Amérique et de I'U. R. S. S.
Et l'apparition de l'autohus rural p1'écipite une évolution dont les
conséquences seront infinies.
49. Peuplement. Le peuplement a aussi des caracteres tres ori-
ginaux. D'abord, il n'est point de canton indien qni soit vide; en
quelque région que ce soit, on ne va jamais loin sans rencontrer un
village ou un lieu habité. La vie est partout possible, meme dan s le
Thar. Cependant, il y a de grands contrastes entre des zones de
faible et moyenne densité et des centres de tres hautes densités : la
répartition de ces zones COIncide avec ceHe des pluies, c'est-a-dire,
en général, avec la capacité productrice du sol (not. en riz).
Les régions surpeuplées !jusqu'a 700 h. au km
2
) sont le Bengale et
la bande cotiere du Malabar, qui ne peuvent vivre sans importer du
riz de complément.
Les villes sont relativement rares. Avant tout rurale, l'Inde est
faite de 700.000 villages. Qu'on le sache bien, l'Inde concrete est
constituée par ces 700.000 cellules ayant chacune une exis-
tence autonome et un systeme complet de civilisation. La est
l'élément permanent du pays. Parmi les villes, il faut distinguer
d'abord les lieux de peIerinages (Prayág, Haridvar, Dvarká,
Ramesvaram, Banaras), dont le site es! immuable, mais OU l'affluence
n'est que temporaire : il. époques fixes, leur population passe
QUELQUES ASPECTS DE LA GÉOGRAPHIE HUMAINE
41
de quelques clizaines de milliers a plusieurs millions. Il Y a des
vi!les commergantes, ({ui paríois se sont maintenues sensíblement
sur le rneme site, telles Palna, mais qui, plus souvent, sernblent
avoir flot.lé clans une certaine aire: ainsi iI y a toujours eu une
grande vllle aux bomhes de l'Indus (a Patala succede Kat'ácI), une
autre en pays marathe (a Barygaza ;iUccede Sürat, puis Bombay),
une autre en pays tamoul (á Khaberis succede Madras). Les grandes
villes modernes n' ont pas plus de deux cents ans. La population se
porte ¡'apidement vers des centres nouveaux d'activité ; la croissance
de Kalkatta et de Bombay se poursuit, ceHe de DehlI, redevenue
úapitale depuis 1911, est étonnante.
50. Accroissement de la population. L'Inde a toujours été
tres penplée ; Héroclote considere que sa population surpasse celle
de tous les autres pays qu'il connalt. Il n'est pas douteux que, dan s
ce granel nombre d'holllmes, la majorité Boit condamnée il un niveau
de vie tres bas ; mais il n'est pas prouvé que le nombre soit la seule
cause de la terrible misere du paysan indien. A l'heure actueUe,
1881. . . . . . . . . . . . . .. 250.160
1891 ............... 279.592
1901 .... 0 •••••••••• 283.871
1911.. . . . . . . . . . . . .. 303.041
1921 ............... 305.730
1931.. ............. 338.170
1941.. . . . . . . . . . . . .. 388.800
Chiffl'es de la population, en milliers (sans la Birmanie).
une mauvaise ol'ganisation économique, et les perturbations intro-
duites, dans un organisme délícat, par l'élément étranger, portent
leur part de responsabilité. La destrllction de l'artisanat, au clébut
du XIX
e
s., a rompu l'équilibre de la société et encombré l'agricul-
ture. De cette situation anormale, on ne saurait conclu1'e que rInde
est surpeuplée.
Il se peut que la population ait subi, dans l'histoi1'e, de grandes
fluctuations, avec des périodes de pl'ospérité, et des crises. Ces
crises étaient notamment les invasions, les famines dues a la défail-
lance de la pluie, et les grandes épidémies, choléra et peste. La
natahté est toujours élevée, rnais la mortalité rest aussi. La durée
moyenne de la vie humaine est, .dans I'Inde, de 27 ans, contre
56 ans en France. A vec les progres modernes (chemins de fer qui
atténuent les famines, vaccins, hygiene), la mortalité dinrinue, et,
apres une période de stagnation, la population a pris une marche
ascendante des plus décisives; l'Incle (san s la Birmanie) comptait
--
42
LE MILlEU GÉOGRAPHIQUE
305 millions d'h. en 1.921., 338 en 1.931, et elle a atteint, en 1941 le
Chiffl'e de 388 millions soit un accroissement de 33 millions dans
la premiere décade, et '50 millions dans la seconde, ce qui constitue
un record. La densité moyenne atteint actueIlement le chiffre élevé
400
38 Bmilli )ns .
350 I
1/
!/
300
...-
-
--
:/
250
k
"_0 D milli Ions

of=T=fftJJ
Fig. 6. - Accl'oisaement de la population (salla la Binnanie).
de 95 habitants au km2. Plus que jamais s'impose la necessité d'une
réorganisation économique, pour faire vivre ces mas ses nouvelles.
Les Anglais n'occupent l'Inde qu'a raison de 0,03 par km2 (tout
compris: militaircs, fonctionnaires, particuliers). A ce taux, la
Suisse (41.000 km2) n'heberg'crait que 1.230 Ang-lais, ehiffre tres
inférieur a l' effectif conrant des toU!'istes britanniqués en Suisse. Il
ya, clans l'Inde, 1 Blanc pOU!' 3.000 Indigenes, c'est-a-dire moins
que dan s les principales colonies franQaises, et meme moins qu'en
Chine.

'ií
CHAPlTRE Ir
LES RACES
:l.' DE L'ETHNOLOGIE INDIENNE.
51. Gáneralit{n. De toutes les disciplines relatives a l'Inde,
l'ethnologie est, salls conteste, la moins avancée. Sa légilime ambi-
tion pourrait elre de coordonner el de résumer toutes les autres
branches de l'inclologie : en fait, elle en souligne seulement les
énormes ¡acunes et les incertitudes, el elle nous montre quc l'huma-
nité indienne est encore tres mal connue. Cettc insufílsanco tient a
deux ordres de raisons. Haisons ele fait d'abord : le terriloire est
vas le la nopulation immense; le nombro eles observations enre-
considérable, est, proportionneUement, elérisoire.
L'anth,'onologic, par exemple, opere sur quelques milliers de men-
en regard eles 400 millions d'Indiens. La préhistoire en
est a ses débuts : on peut etre persuadé qu'il reste encore beaucoup
de siles il découyrir, lesquels pourront mettre en péril les Jragiles
théories dont nous disposons. J\lais l'cthnologie indienne a fOuffert
surtont de faihlesses de méthode. N e parlons pas des débonlements
d'imagination r¡ui s'y sont Llonné libre cours; des hypotheses ab80-
lument g,'atui!es, el, en général. réfulées, constituent l'es,entiel de
ce que le publie connalt orcliuairement sur les rac:es de l' I nele, et
des linguistiques tiennent trop souyent la place
el'une étude positiye des races.
52. Raee et la.ngua. C'est une eles erreuí's les plus fréquem-
lllent cOIllmises, quand on traite de I'Inde, que de confondre race et
langue; 01' les cleux cartes Races et Langues ne se recouvrcnt point.
La plupaf't des individus pal'lant, par exemple, I'assatnais, langue
« aryerme )), nc penvent etre dits aryens de race. On emploie sans
défiance des appellations all1bigues; ainsi le tenue Mll?,l(la, dont on
abuse parfois, ne"c!esigne que cleux choses : d'une parl une j'amille de
langlles ,§ 118), el'autre part une grande tribu d'envil'On 000,000 indi-
vidus, dont la langue est le 119) : dans aUCUll cas il ne
s'agit de race, Si I'on ajoute que les caracteres anthropologiques
des MUl,l<,la ne rappelIent en rien les populations cambodgiennes,
on voit combien il serait téméraire de de vastes migra-
tions de pcuples entre l'Inde et l'Inclochine, sur le fragile indice de
quelques vo¡;ables q'ui se ressemblent.
Cette confusion entre race et langue se nourrit d'un préjugé tres
répandu, selon lec¡ueIles transferts de faits de civilisation impliquent
necessairement de vastes transports de peuples (t de grands
mélanges de sang : 01', de meme qu'il serait parfaitement absurde
d'attrihuer, par exemple, la transformation moderne du Japon a
une vague d'invasion européennc, n'est-il pas risqué
l'aryanisation incontestable, lI1ais partielle, de l'Inde, par des migra-
tions massivcs rl'individus ele race nordique? Les teehniques, les
langues, les religions peuvent se répanelre, et se transferer, d'un
peuple a l'autre, par eles agents individuels, dont le nombre est par-
fois extraorelinairement restreint.
53. Taches de l'ct
1
mologíe. IIne s'ensuit pas que l'ethn010 ..
44 LES RACES
gie indienne doive faire fi des lllceurs et des langues, et se borner it
l'anthropologie sOlllatique. Outre la race physique l'ethnoloO'ie a
surtout pour objet de définir des « peuples » , unités' de fait
blant des caracteres cOlllplexes. On a toujours, dcpuis 1'Antiquité
constaté la lllultiplicité des peuples de !'Inde; mais leur étuele
tématique ne fait que C0J11111encer. En effet, dans la masse eles
observations ,recueillies, elell1eurent inutilisables par
manque de lllethode et ele coorelmat1On : trop souvent par exell1ple
la langue ou les lllceurs sont étudiés séparément, et' sans
du typc des indivielus considé,rés; Ailleurs, on n'enregistre
eles' blzarrenes ele mceurs sanso les elans une elescription
d ensemble. Plus souvent encore, 1 attent10n se porte de préférence
sur eles ou. releye. quantité de traits que la
m,eme, TmnutIe auralt aUSSI .blen dans les populations
reput?es ulterleUrel11ent (t. II) sur ces
questlO,ns, n?aIS qu o.n s,e sou:V1:nue que ce qui nous man<lue le
plus, c est 1 ethnologle Cles reg10ns les plus peuplées et les plus
typiques de l'Inde d'aujourd'hui.
54 Ethnologie et religions. Qu'on nous permette un elernier
e.xen;ple n.os incertitu ele s, : celui eles reli¡sions. Les religions pra-
tIquees effeetIvement elans 1 Inele sont multlples et tres mal connues.
Les caelres qu'on a adoptés pour leur elassement sont notoirel11ent
et : elistinction qu' on hit entre les
relIg10ns elItes pnmItIVeS ou anu1ll8te" et l'hinelouisme sug'Q'ere
d
. . " b
es not1Ons mexactes : quel lecteur non prével1u saura se repré-
senter que l'hinelouisme est pratiquement, elans un oTanel nombre
de cas, le culte el'ieloles diverses, tanclis que les « » ont ou
n'0.r:tpas MUl)qa, par exemple, elits prill1itifs, semblent
avou un cheu suprell1e, et ne recourent absolumel1t pas a des images
symboles. D'autre part, a l'intérieur ele l'hinelouisme, les traeli-
t1On8 locales, attachées it un site et a un sanctuaire ont une impor-
: connaitre, el'une faQon' préeise, les reli-
g10ns de lInde, Il ce qui est a peine ébauché, elresser un
catal?gue sanctual,res, et, er; ti'a?er la carteo La géographie eles
rehg10ns melIennes, SI elle etalt faIte serait une elonnée ethnolo-
gique ele premier orelre. '
Les principales branches ele l'ethnologie inelienne seront traitées
chacune en, temps : on trouvera un peu plus loin un aperQu eles
langues; 1 etuele eles mceurs et du systellle des eastes est réservée
au t. n. Le présent chapitre n'a pour objet que l'esquisse des eliffé-
1'ents types physiques ele 1'humanité indienne.
2. LES RACES PRÉHISTORIQUES.
55. On a c1éeouvert elans l'Inde, principalemt;)nt elans le Dekkan
de de l'activité humaine a l'Age de pi erre ;
note, au .ele eles haches el; type acheuléen; el'autre
une cIVlhsat10n elIte ele .la Sohan ¡DE rERnA) évoque le mous-
Il sell1ble Ir;eme possIble de relier le néolithique et la civili-
satlon de l'I'Iohan-Jo-1)aro, cal' DE TEnRA a trouvé a Burzahom
au Kasllllr, dans un giselllent ele la fin elu néolithique une
noire identique a ceHes ele Mohan-jo-1)aro. '
LES RACES ACTUELLES
Malheureusement les restes humains que nous posséelons sont
beaucoup plus rares et relativement récents : il est vraí qu'on a,
jusqu'a présent,fait tres peu ele fouilles. Il n'y a eu, jusqu'ici, que
trois groupes importants ele documents :
(1) Les squelettes de l'Indus (Mohan-jo-1)aro, Harappa, Nal,
Makran), elatant eléja ele l'Age elu Bronze (en 1'espece 3°_2° ll1illé-
naire ay. J.C.), généralementleptorrhiniens(nez mince), serangent.
en trois catégories : eleux types dolichocéphales (A et B), elont 1'un
(Inelus A), particulierement robuste, a une tres forte capacité cra-
nienne, avec un exceptionnel développement ele la région post-
auriculaire; un type brachycéphale (Inelus C), a voute cranienne
élevée, la tete aplatie it 1'arriere. Ces trois types se rattachent sans
difficultés a ceux ele Tell-al-Obaiel et ele Kish, en Mésopotamie, con-
firmation eles affinités qui apparaissent entre Mohan-jo-1)aro et l' an-
cienne lVIésopotamie (§ 197). Le type hrachycéphale peut etre qua-
lifié el' arl11éno'ide.
(2) Les squelettes déeouverts it :Adittanallür pre.s ele Tinnevelly,
elans l'Extreme-Suel, appartiennent déja it l'Age du Fer. Les crEmes
sont généralement elolichocéphales et mésorrhiniens (hase elu nez
assez large) et rappellent des formes actuellelllent répandues elans
l'Inele. Certains d'entre eux sont analogues a eles eranes de l'Egypte
prédynastique.
3) On entre finalement elans la périoele historique, avec les osse-
ments elu monastere Dharmarajika ele Taxila, ravagé par les Huns
ver s la fin du ve s. de notre ere. Les cranes ineliquent un visage
tres long, un nez mince, mais la elolichocéphalie est moins prononcée
et la voute cranienne moins élevée que elans les cas précéelents; le
type est tres elistinet, it la fois ele ceux de l'Indus et des formes pré-
dominantes ele l'Inele actuelle.
Avec le crane négro'iele ele J ewurgi (Inele du Suel) et le fossile
mal classé de Bayana (U. P.), voila a peu pres tout ce qu'on sait ele
positif sur les traits physiques des anciennes populations ele l'Inele.
De leur eivilisation, heaucoup mieux connue, il sera parlé au t. II.
3. LIlS RACES ACTUELLES.
56. Absence totale de négro'ídes. Le cnlne ele Jewurgi resté
une énigme isolée: il riy a aucune autre trace de type négro'iele elans
l'Inde. De meme la race négritb. qui peuple les Hes Anelaman, n'a,
dans l'Inele, aucun représentant sur, bien qu'on soupqonne eles affi-
nités négrito elans certaines tribus ele l'Extreme-Sud (LAPICQUR,
GURA). On ne sauraittrop insister sur le fait que les Ineliens, malgré
la teinte généralement bronzée, et parfois foncée, ele leur peau, ne
sont, en aucune faqon, des Negres. Qu'on en prenne son parti : il
y a eles hommes noirs qui ne sont pas eles Negres; il n'existe pas de
race définie qu' on puisse appeler « la race noire ».
57. Olassification de Risley. A travers l'extreme eliversité des
types ineliens, ou est frappé, eles l'abord, par une certaine parenté.
Cette analogie, elont l'explication reste a trouver, est confirmée,
dans une certaine mesure, par l'analyse scientifique. e' est surtout
le point que RISLEY semhle mettre en relief elans sa classification
46
LES RACES
des races indiennes : il distingue sept types principaux, scmblant
graviter presque tons autoUl' cl'un type ele base, qu'il appelIe Dra-
vielien :
1. Les Dravidiens représentent, pour Risley, l' élément premier
de la population inelienne. La tai11e est peLÍle ou assez petite, la
peau presque noire, les cheveux occasionnellement ollclulés, les
yeux foncés, la tete dolichocéphale, le nez large ou tres large, mais
jamais écrasé. Cette race occupe esselltie11ement le Dekkall; ses
représentants les plus caractérisés seraient les Paniyar du lUalabar
et les Santal du Chota Nagpur, mais elle s'étend, vers le Nord,
jusqu'aux Monts Aravalli a 1'Ouest, et aux Monts ele Rajmahal a
l'Est. Constituant, en elle-memc, une grande masse remarquable-
ment uniforme, elle aurait, par des croisementR, donné naissance a
un cerlain nombre de variétés, dont les aires, s' étoilant au N ord du
Dekkan, recouvrenl: presque tout le reste ele l'Inde.
2. Le:,; Scytho-dravidiens, comprenant principalement les
Marathes, selllblent intermédiaires entre led Dravieliens et les Turco-
iraniens ; ils plutat brachycéphales.
3. Le type Aryo-dravidien Oll HinduslanI est celui de la plaine
gangétique : la dolichocéphalie peu prononcée la peau brune, le
assez large la taille moyenn'e font que la popu-
latlOn actuelle de 1 Aryavarta est nettement diITérellte des Indo-
aryens définis plus has.
4. Le type Mongolo-draYidien, brachycéphale, mt:sorrhinien, et
a peau foncée, prédomine au Bengale.
58. 5. Sur le pourtonr septentrional de l'Incle, se rencontrent, a
l'Est et au Centre, les lHongoloYdés bl'aehycéphales, au systeme
pileux peu développé, et au com des yeux relevé. On perQoit eles
affinités mongoloIdes dans la plaine (U. P.) parmi les castes brah-
maniques.
6. Les lndo-aryens, fréquents au Ka5mí1' et au Panjab, au total
peu nombreux, ne s'étendent, ve1's l'Est, que jusqu'au 77° Gr. :
ils g1'ands, ele peau claire, elolichocéphales, le nez mince et
proemment.
7. Les Turco-Iraniens se 1'encontrent a la fl'ontiere Norcl- Onest
et sur la rive elroite de l'Indus : ils sont petits, brachycéphales et
de peau clai1'e, et ont le nez généralement tres long.
59.01assification de Guha. Nous avons résumé ci-dessus la
premie re classification rationnelle qu'on ait proposée des races de
l'Inde:. p.our les d'une appa-
rente Slrnpbclte. Mars elle date du debut de ce srecle; a la lurniere
de faits nouveaux et de doctrines plus exigeantes, elle s'avere incom-
plete et critiquable. La classification, plus récente, ele B. S. GUHA
a d'abord ponr principe el'éliminer les dénominations d'origine lin-
guistique (e< drayiclien ») on ele sens équivoque (" scythique »,
« aryen ») et de parler strictement en termes d'allthropologie. Mais
elle ne se home pas a des changements de nOlIls ; elle atteint une
grande précision par l'emploi cl'un important apparat mathématique
qui, pour n'etl'e pas sans appel, n'en est pas lIloins respectable. Le
systeme de GUliA peut se résumel' cornme suit.
60. Proto:"Al.lstraloldes. II faut distinguer d'abord un élément
LES RACES ACTUELLES
47
ahorigene primitif, les proto-australoYdes : ceux-ci comprennent
en premier lieu, certains squelettes d'.ii:elittanallür, dGnt les
avec le has du front développé et la dépression elu haut du nez
(type socratique), se retrouvent un peu elans la plupart des tribus
arriérées elu Dekkan actuel. Partant de lit, une chaine ele filiation
s'établit entre ces tribus ele l'Inde, les Yedda(s) ele Ceylan, et les
aborigenes d' Australie, ces cleux clerniers groupes étant les plus
proches l'un de l'autre; en ce qui con cerne la tai11e, elle est mé-
elioc1'e ehez les Dekkanais, plus grande chez les Veddas, plus
grande encore chez les Australiens. Le type indien semble le plus
pUl', d'ou le nom de proto-australolele. On pourrait le désigner aussi
(RAilIAPRASAD CHANDA) par l'épithete littéraire ele Ni$tida.
Sont classés, entre autres, comme proto-australoYeles : 1) dans
l'Inele Centrale, les Bhil, Kol, Baclag'a, Korwa, Kharwar, Mur;t<;la
Bhumij et .Malpaharia; 2) clans l'Incle clu Sud, les Chenchu;
Kurumba, :Malaya, Yeruva.
EXEMPLES DE CARACTERES SOMATIQUES
(Valeuro moyennes en millimetres).
Doliehocéphale I Alpo'- dinariqlle
Proto-nordique
de base ou Inulls e
(Sikh et Drah-
, (ulOyenne:
(Brahmane 'le- Gujrat, Kannara
mane
11lgU) Bengale)
du Gange)
Taille ............. 1.634,23 1.658,08 1.686,39
Crane :
1) granel diametre 189,68 183,25 193,80
2) petit diametre. 149,60 141,73
3) indice 100 D 74,34 81,76 73,11
-el-
interzygo-
matrque ........ 131,18 134,59 134,58
Longueur de la face. 115,40 116,34 120,91
Indice facial. ...... 88,05 86,58 89,88
Inelice nasal ....... 73,05 69,85
(tres élevé)
67,13
(faiblem mésorrh.)
(leptorrhin. ) (leptorrhin. )
Conleur de peau ... brun clair.
d'olivatre it bruno I Café au lait clair.
Remarque. - L'indice cranien de la col. 2 est sous-brachycé-
phale, plutat que hrachycéphale.
(D'apres GURA, Censlls 1931, 1,3, p. LX suiv.)
61. Type de base dolichocéphale. Ainsi délesté de ces
populations primitives, que Risley englohait, en général, dans les
DraviJiens. le type fonelamental ele rInele se dégage plus nette-
ment : taille moyenne, dolichocéphalie, votIte cranienne élevée, front
vertical, parfois renflé, avec eles orhites a peinc marquées, visage
court, ayec des joues rnarquées et un menton court et pointu, nez
..-!..-------------------- ------------
48
LES RACES
assez long, assez large it la base (mésorrhinien), levres pleines et
bouche assez ample. La couleur de la peau va d'un brun clair (bd.h-
mane Telugu) a un brun sombre, l'ceil est foncé; les cheveux sont
noirs, droits, avec une tendance a onduler, le systeme pileux est
assez peu abondant.
Ce type d'homme prédomine dans tout le Sud, et dans les classes
inférieures du Nord de l'Inde; il se rencontre meme dans les
classes brahmaniques de la région gangétique. Bien qu'il se relie
éventuellement, par des formes mixtes, au type proto-australolcle,
il en est originellement distinct, et n'a pour véritable répondant que
des squelettes, étudiés par ELLIOT qui ont été découverts
dans des tombes prédynastiques de la Haute Egypte.
62. Types de l'Indus. Les deux types dolichocéphales de
l'Indus (§ 55) ne doivent etl'e, ni l'un, ni l'autre, confondus avec le
précédent. Le plus robuste des deux (Indus A) semble survivre-
aujourd'hui chez les vigoureux PanjabI a l'occiput proélllinent
(EICKSTEDT). Guha le nomme macrocéphale chalcolithique, pour le
distinguer du type de l'Indus proprement dit (Indus B), lequel cor-
respond it des hommes plus freles, aux traits fins, au nez étroit et
hant planté, que ron est tenté d'identifier a des Méditerranéens. Ce
type de rIndus conserve une place considérable dan s la population
du Nord de l'Inde. On peut lui attribuer un role marqué, a la fois
dans la civilisation raffinée de Mohan-jo-I)aro et dans les hautes castes
brahmaniques actllelles. C'est par lui que s'explique le lIlieux le
contraste qui distingue, dans les classes moyennes, un Indien du'
Nord d'un Indien du Sud.
63. On peut se représenter, avec un peu d'imagination, que ces
deux types de l'Indus sont des apports étrangers dans l'Inde; mais
on a la quasi-certitllde que tous les types qui vont etre maintenant
cités sont des intruso Ces éléments adventices, en minorité numé-
rique, sont :
Alpo-dínarique. 1) Les Brachycéphales non-mongoloIdes, a.
l'occiput aplati, dont les ancetres se trouvent a Harappa (Indus C),.
et dont lesreprésentants actuels prédominent au Gujrat, el en pays
Kannara, sont fréquents au Bengale) et se reconnaissent occasion-
nellement parmi les Marathes et les Tamouls (Chetti). L'indice Cl'a-
nien n' est que faiblement brachycéphale. La couleur de la peau est,.
en général, assez claire; chez les Coorg et les Brahmanes N agar'
(Gujrat) elle est olivatl'e. 11 y a quelques yeux clail'S. Guha rappro-
che ces brachycéphales des « Omani » de l'Arabie du Sud (B. THo-
MAS, A. KEITH) et, d'autre part, a l'instigation de RAMAPRÁSAD'
CHANDA, sépare catégoriquement les brachycéphales du Bengale de
leurs voisins de Birmanie. Les populations du Gujrat et celles du
Bellgale auraient donc une commune origine qu'on devrait cherche1'
loin vers rOuest : Guha avance l'épithete caractéristique de « Alpo-
dinarique ».
64. Proto-Nordique. 2) Les Proto-nordiques, appelés vulgai-
rement aryens, dont le monastere de Dharmarajika offre probable-
ment des spécimens. Le crane se distingue des cranes indiens de la
Péninsule, en ce qu'il est plus large, avec une volite cranienne moina
haute. La capacité cranienne est tres élevée (1.552 cm3). La figure
LES RACES ACTUELLES
49
est longue, le nez étroit et droit la mach' . ¡" •
, olre lnleneure t .
sante, et tout le corps, de taille élevée donne n ., ,es. pms-
grande force physic¡ue. ' u e Lnpl eSSIOn de
d
CN; ty¡pe
O
se rencontre fréc¡uemment chez les redoutahles Path
u ore - uest que les AnO'lais t . ans
c?mme d:élite ; il est
d une clans l'aire des langues dardiqu;s (8 183) t,
e Kasrmr; net chez les beaux soldat' S "l 1 '1 Y
deVIne souvent au PanJab et au ¡¡. 1 1 Il 1 \: 1, 1 se
'1' e e nu. (ans a Ya ee du Gano'e
1 peut aV01r exercé une influence mal's on le l' ' b
d t' , I ,. (ISCerne rarement·
es ralls parhe s se retrouvent chez les brahmanes da 1 ,. '
les plus dlverses (p , '1 'h . ,- ns es regIOns
du Malabar). al ex. )ra manes de 1 Aryavarta et Nambudiri(s)
La carnatiO!l est café au lait tres clair dans la plaine de l'Iudu
et nettement lose dans la montag'ne On co t b s,
f d' . bl . mp e une onne propor
IOn] 7
eux
gn.s, 1 Il ya quelques chevelures
ou,: orees? e: ond est llltrouvablc. Guha admet qu'on est en
a a 01S u
I
type aryen védique et, plus généralement de
ce qu on appe el' race aryenne, mais il faudrait su
que le caractcre blond bIen connu ne se seral't l' 1 ' pp
t d d
üeve oppe (Iue plus
al' , ans un rameau européeu de cette race d' , 1
nordique appliqué au rameau indien. ' ou e terme de jil'oto-
65. oriental. 3) Il Y a un autre élément a peau claire aux
yeux n01rs, au nez long et aquilin, que FIsREn yoit le plus
LES RELIGIONS (f 51) c . p. .
Hindouistes .... .
Musulmans ..... .
Animistes ...... .
Chrétiens ...... .
Sikhs .......... .
Jai'ns .......... .
Bouclclhistes .... .
Parsis ......... .
Divers .....•....
En 1931
23H.642.187
77.092.706
7.629.959
5.965.657
4324.8(J4
1.251.384
438.719
109.333
445.201
mélangé au précédent, en . r .
nomme (' Oriental ». Ses 1er dans l'Himalaya, et qu'il
Musulmans. representants sont, en grande partie,
66. Autres types et conclusion. Les autre •
contrent que sur les confins de l'Ind tI' s t) pes ne se ren-
ge' 'b" . e e Ul sont nettement étran
ty 1 S : tI etalll
l
, mong'ololdes (brachycéphale ou non)-
pe ?ceamen ou po ynesIen des cotes Sud. Guha . d' .'
trop catégorique, l'influence mongol "d me, 1 une fagon
tIons de la plaine indienne. 01 e sur es popula-
A u total, o.n ne peut hasarder, sur l'histoire de e .
conJectures: la part exacte de ces divers
L [NDE, tome 1. a
4
50 LES RACES
formation de la population actuelle reste problématique, cela d'au-
tant plus qu'on 1'encontre, pratiquement, des individus di"e1's dans
toutes les régions: la distl'ibution est compliquée par le systeme
Proto • aactrc:!odcs prédo/llÍ/'dJ/lls .
[]IlJ d8 base.
Iffil_. _. _____ 8_ m.&és al/ee
pÚlsirWPS au1roJ {ypes. m partlat.!ier
aipo -dituzriqUIJ .
D A - dituzrit¡aes pr&1o!lll./UllU.5.
O Prolol/tirdiqaes, rneI.és = suiYads.
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\ n: 'gTl
\. .. ,/
o 1¡ldas B ',wédi1errailéeM:
rg Brac/lj'c6¡J/¡aLes nwngoLoi'dss
§ __ . __ _____ méLés
• ti 'Orierl/.tw.:D:
Do!iclwcép/ta!e.s mongol.oiMos
Fig. 7. - Répartition des typesethniques.
des castes (T. Il), et on ne connait point d'aires qui contiennent
une race pureo En termes tres généraux, on discerne seulement:
1) dans le Nord-Ouest, un type Proto-nordique cohabitant avec
un type Méditerranéen et avec un type Oriental;
2) dans la Péninsule, un type Dolichocéphale fondamental ;
LES RACES ACTUELLES 51
3) 'et ce derniel' est flanqué, a l'Ouest et a l'Est, de Brachycé-
phales plano-occipitaux ;
M0I1lÚrIf1M prédom¿-
1Ul/lls.
lLém..erIls ITIllSWmC:JI.S.
O HiJuI.olfistes.
Bou.ddJz.istes
(!¡]JalM.

Anlmistes.
[fi] CIl/'étúJn,s 'prédollliJull7J,s. •
m PCll'${oS
Fig. 8. - Carte sommaire des religions.
4) quelques éléments divers, aborigenes d'une part, monO'olo'ides
del'autre; b
5) une masse d'éléments mixtes, dont l'étude reste a faire.
CHAPITRE III.
LES LANGUES
1. SANsKnIT.
67. L'indo-européen. La granele langue ele eiyilisatíon danE!'
l'Inde aneienne, le sanskrit, appartient au groupe eles langues dites
indo-européennes (les Allemands les appellent indo-germaniqut's ;
le tenne de langues « ary(;mneS » qu'on 1rouve parfois employé au
meme sens est impropre ef. § íO). Ce groupe constitue la plus.
importante des familles de lang'ues connues : il a rayonné en eHet
au cours des ages a 1ravers la presque totalité de rEmope Pi de
l'Amérique, dans une grande partie des autres continents, créant
partout les littératures les plus riches, les formes les plus hautes de
pensée et de civilisation.
Les langues indo-européennes forment une famille en ce sens.
que les concorc1ances qu' elles présentent obligent a postuler. un
original commun, qu' on appeHe l'indo-européen : langue qui n est
pas directement attestée, mais qu'une comparaison minutieuse,
sans cesse aiguisée depuis plus el'un siecle, a permis de
elans une précision, Cctte nolÍon de famille n'exclut nulle-
ment que -l'indo-européen soit lui-meme apparenté a d'autres lan-
gues, en particulier, comme on a essayé de le démontrer, au finno-
ougrien et au sémitique.
On ignore au juste ou et quand l'indo-européen a été parlé. Tan-
dis que certains savants allemands maintiennent ¡'origine nordiqne
ou du moins (en dernier lien HADEn), une doc-
trine en favenr le porte vers l'Est (KoPPEns, BnANDENSTEIN, BEN-
VENISTE, etc.), plns préeisément en Rnssie méridionale (NEHI\lNG).
On ne saurait déterminer la durée pendant laqnelle eette langne a
véeu : on entreyoit aujourel'hui des signes indiquant qu'eIle a subí
une longue évolution, La dislocation a dli se faire (longtem 1's ?)
ayant le second millénaire précédant notre ere; mais elle a en lieu
en plusienrs étapes, les tribus destinées a porter les langues péri-
phériques s' étant détachées les prcmieres (.MElLLET).
La phonétique indo-européenne était caractérisée par un systeme
riche en occlusiyes et en aspirées, pauvre en spirantes; le voca-
lisme était simple, se ramenant pour l'essentiel it une voyelle de
timbre e/o. Il existait des sonantes, éléments mixtes jouant le role
de voyelles, de consonnes ou de portions de eliphtongnes, seion la
nature des phonemes environnants. Le rythme était qualltitatif, l'ac-
cent de hauteur et non d'intensité (MEILLET). Le mot comportait eles
éléments similaires clans le nom el clans le yerbe, it savoil' une
racine a vocalisme alternant, un suffixe également alternant, un
élargissement consonantique non alternant, des désinences portant
cumulatÍvement les valeurs de cas ou de personne, l:e nombre,
éventuellement de genre ou de temps. L' alternance yocalique cléter-
minait la fonction, au meme titre que la place du ton ou la forme
de la elésinence. L' élément fondamental, et qui elonnait le sens,
était la racine, dont la structure était soumise a des lois rigou-
reuses. Sans qu'il y ait de paradigme organisé, de systemes cohé-
i
I
SANSKRIT
53
1'ents, il existait des structures complexes, remontant sans doute a
des procédés de date eliverse. Sans aucun doute l'indo-européen
était une difficile, hérissée d'anomalies Seule la phrase res-
tait rudimentaire : pas de subordination explicite, Les rnots se com-
portaient en éléments autonomes, les termes accessoires marquant
la liaison ou fixant eles nuances ele mouvement ou d' ( aspect ».
Il n'est plus possible aujourcl'hui de retracer la grammaire
de l'mdo-européen ayec la meme sécurité qu'il y a dix ans encore,
au terme des travaux fondamentaux de BRUGlIIANN et de :MEILLET.
Les recherches récentes, celles de BENYENISTE, ont approfondi en
la renou.velant l'image ele l'indo-européen, y projetant une vaste
perspectlve, reprenant par la base la théorie de la racine et la
des formes et orientant yers un rapprochement structurel,
deF. par HIRT, le nom et le yerbe. Elles préparent
aUSSl a poser ave e de rneIlleures chances les questions ele pré-indo-
européen et les apparentements extérieurs.
que le d.e l'indo-européen, qui est un pro-
blerne lmgmstlque, na rlen a V011' avec la notion de race. Il se peut
que .les I:I:do-eUl'opéens aient formé une unité l'aciale, il se peut
aUSSI, qllolqne sans gl'ande probabilité, que le type nordique ait
prédominé parmi eux: il n'y a rien it tirer de lit pour éc!aircir la
des langlles, ni ceHe de la cÍvilisation qu'elles ont trans-
mIse.
69. Les langues indo-européennes."'Se fragmentant par une
série de poussées qui ont mené loin de leur habitat primitif les tri-
bu.s qui le parlaient, I'indo-européen a donné naissance aux langues
Slllyantes :
En Europe, celtique, italique (c'est-a-dire en particulier : latin),
germanique, gl'ec, baltique, slave, albanais;
en Asie, arménien, hittite, tokharien, iranien, inelien.
de ces langues ont formé entre eJles des groupements
qlll ont conservé quelque unité elurant un temps variable. Ainsi il y
a en une cornmunauté indo-iranienne, qui a subsisté au cours de la
premiere moitié du seconel millénaire, aux confins nord-ouest du
,iranien ou ceHe branche eles peuples indo-européens
a,:aIt prohablernent par la voie du Cauease. Cel'taines
tl'lbus mdo-Iramennes ont elli effieürer l'AssYl'o-Babylonie : on a
retrouvé des noms inelo-iraniens dans eles tablettes donnant le texte
co.ntrat conc!u au XIV
e
S. avant notre el'e entre un prince ele
Mltanm, sur le Haut-Euphrate, et un roi hittite; pour certains
sayants cependant (JAcom, STEN KONow) on sel'ait en présence de
noms proprement ineliens, importé s de l'Inde véelique (§ 356). .
70. L'indo-iranien. A une date ineléterminable qu' on situe
d'ol'dinai:'e entre le XVIII
e
et le x
e
s. (mais qui semble' plus proche
dn, prell1ler terme que c1u second), les tribus indo-iraniennes _
qu on appelIe aussi pal'ce qu'elles se elésignaient elles-
mernes par le nom d'ctl'ya dans l'Inde, ail'ya, al'iya en Iran (sur ce
moto v § 757) - se sont a leur tour disloquées. La branche occi-
dentale, pénétrant plus profonelément dans l'han, a donné nais-
a l'il:anien, quío sa la plus ancienne est représenté
par 1 avestlque (on dlsaIt autrefOIs : le zenel), lano'ue de l'Avesta le
el l
· . o,
. gran texte re 19leux du mazdéisrne, et par le vieux perse des ins-
l.

•... $ ...... c
rl ';
l'
54
LES LANGUES
criptions des Achéménides (VIe_ye s.), langue de la Persis dont les
formes plus récentes sont le pehlevi, puis le persan.
La branche orientale, faisant irruption dans !'Inde (par le Wazi-
ristán ou par la vallée elu Kábul?) et séjournant pour un long
temps au Panjáb, transformait progressivement en (( vieil indien »,
plus communément appelé sanskrit, la langue elont elle était por-
teuse.
Ce qui justifie 1'admission el'une communauté inelo-iranienne,
e'est la ressemblance remarquable qui existe entre 1'avestic¡ue et le
sanskl'it le plus ancien, ressemblance qui a permis jadis a lVIILLS de
traduire en sanskrit les portions anciennes de l' Avesta. Quelques-
nns ele ces traits communs représentent un héritage indo-euro-
péen; maia d'autres marquent une innovation du gl'oupe: ainsi
l'extension, si caractéristique, du timhre a (a) sur le domaine des
voy elles inelo-eur. a e o (ü e 6), le passage des vélaires aux pala-
tales, celui de s pUl' a s chuintant aprés i et ¡¿ - ce que
résume par (( rassemblement des articulations ver s le centre de la
voute palatine )lo Il Y a un parallélisme évident de la syntaxe, du
vocabulaire, du style : de part et d'autre on a affaire a r origine ti:
une langue religieuse, répondant aux memes besoins. C' est rinelo-
iranien qui c1ans une large mesure a permis ele rendre plus précise
la reconstruction ele l'inelo-européen,
71. Le sanskrit. Des faits tels c¡u' on vient de les rappeler il
résulte assez clairement que le sanskrit est une langue « sreur )) elu
latin, du grec, etc., nullement une langue (( mere ) comme on l'a
cru longtemps. L'importance relative du sanskrit vient seulement
de ce qu'il est attesté a une elate fort antérieure au latin, et mema
au grec, et c¡u'ainsi il a conservé nombre de traits perdus par ces
deux langues. A cet égard il se rapproche, non seulernent de l'ira-
nien ancien, mais encore du hittite, qui, attesté peut-etre plus t6t,
est d'un type trop aberrant, d\ne tl'ansmission trop incertaine,
pour servir aussi efficacement a la cornparaison. Mais la croyance
en on ne sait quel (( primat )) du sanslu'it, it laquelle on s' est cornplu
dans les milieux mOlldains et littéraires au cours du XIX" s., est un
mythe.
Le sanskrit représente donc l' (( aryen » tel qu'il a été parlé dans
l'Inele, autl'ement elit 1'indo-aryen : le terme s'opposr notamment a
celui ele elravidien, qui elésigne une toute autre famille de langues
indiennes. Mais il n' est que l'illdo-aryen aneien : l'indo-al'yen
moyen - elit plus simplement moyen indien - et l'indo-aryen
moelerne - ou langues moelernes ele !'lnde d'origine aryenne - en
SOftt l'évolution elirecte, au meme titre que le frangais ou l'italien
résultent du latin ou mieux prolongent elirectement le 1 ¡tin.
Depuis les documents primitifs du sanskl'it jusqu'au hindi ou au
bengali modernes, on est done en présence el'un eléveloppement
continu, couvrant une périoele d'environ 3,500 ans : c'est la plus
grande continuité de langue connue, apres ceHe du chinois. qui en
revanche, pour les époques anciennes, est loin d'of'frir les memes.
certitudes linguistiques.
72, Le terme de sanskrit qui apparait relativement
tard dans l'usage littéraire (RamayaJ)a), signifie (( formé selon les
opérations prescrites par les grammairiens ». Hors de son accep··
'1
1
I
,1
\
1
SANSKRIT 55
tion linguistique, le mot s'applique des l'origine aussi bien a un
mets « préparé » selon les recettes qu'a une ceuvre littéraire « com-
posée» selon les regles; iI se dit aussi, sur le plan religieux. du
jeune Indien qui a regu l'initiation brahmanique. Toutes ces réso-
nances présentes dans l' emploi linguistique : une parole
« sar:skrIte )), « )l, <{'a été d'abord une parole,
un dl,SC?Urs « e,qmpes )), etre par l'application des
procedes de rhetonque, de rItuel ou de magle. Le terme s'oppose a
pral'?'ta (§ 109). Pour la tradition indienne le sanskrit lano'ue des'
dieux (clerabha$a), existe de tout temps, est a deO toutes
langues et a été transmis aux hommes par une révélation.
Comme les premiel's documents du sanskrit sont les textes du
Veda, ?n. appelle, « védique» l'état de langue qu'ils représentent.
Le «. vedlque )) n est que du sanskrit archai'que. Les
?-vec le htteralre de date plus récente, dit « sans-
krlt cIasslque )), se lalssent comparer a celles qui existent entre la
langue homérique et la koine.
73. La langue du Veda. La langue védique eIle-meme
porte degrés selon l' chronologique des textes et,
secondalrement, selon leur extenslOn géographique ou sociale. La
langue la plus archai'que e5t ceIle du ROTecla qui est le plus ancien
texte de l'Inde et (a l'exception de certains documents
hittites), le plus ancien texte que nous ayons d'une lano'ue indo-
européenne. On doit joindre au Rgreda 1'Athal'vaveda et ltc'ensemble
des sacrées, tant en (mantl'a) qu'en prose, qui
figurent soIt dans les autres « coIlectlOns ) (samhitcl) soit dans des
diyers d' védique. Sans doute ces' n' ont pas
tout-a-falt 1 de Rgrecla : l' Atharraveda par
exemple se SItue. a un stade nettement plus récent, il a
perelu ou du 1ll01llS. fortement amoineln.les survivances que connait
encore le Rgvecla, Il amorce des emplOls nouveaux; le Rgrecla lui-
me,me toute, linguistique 5H)). Sans
qu on pmsse, bIen qu on 1 aIt essayé souvent, restituer avec certi-
zones et eles zones récentes d'apres des criteres
hngmstlques - 1 enchevetrement des formules, les intenelations
rendent celte tentative difficile -, on reconnait sans
peme que presque tout le livre X et un certain nombre de morceaux
apE,artenant aux livres 1 a IX contiennent eles formes plus jeunes.
En gros, cependallt, on a le droit ele circonscrire un état de
langue véel!que (au sens. restreintdu mot), qui s'oppose it l'ensemble
de la sansk1'lte, et qui englobe la généralité eles mantra.
Le tralt fondamental est la présence el'une série de survivances
indo·iraniennes ou Les plus frappantes con-
c.ernent la. mOI))hologle : flexlOn normaJe a sept cas (plus le voca-
emplOl strlct du duel a du singulier et elu pluriel, opposi-
tlOn elans le verbe ele la VOlX moyenne a la voix active dans 'le
nom des cas aux cas faibles, maintien ,presque intégl'al des
alternances et. toniques, pl'ésence de deux formes
modales (subJonctrf et optatlf), non-expression du nombre elans le
neutre, choix d.es morphemes verbaux déterminé en partie par le
sens .la racme (1' (( aspect ))), autonomie du préverbe et de la
préposltlon, netteté dan s le r61e des « mots seconds », etc.
.56
LES LANGUES
D'autres traits sont hérités de stades plus loilltains ou plus par-
ticuliers de l'indo-européen : traces de formes nominales sans
désinence, de la flexion en r/n, maintien de la flexion en -i- -u-
(( consonantique ", catégorie d'un « éventuel » it désinences secon-
daires dit « injonctif ", etc.
74. En regard de ces survivances, le védique multiplie les inno-
vations. eertaines ne sont que des singularités : ainsi l'usage des
finales de mot syncopées. Si laplupart resssemhlent encore a des
archa'ismes, c'est que le sanskrit post-védique les a abandonnées :
tel est le cas pour les quelque douze formations d'infinitif que
s'alloue le Rg'f'eda. D'autres innovations seront plus durables, ainsi
la catégorie de I'absolutif, le causatif en -p-, l'usao'e narratif du
parfait, la voix passive, mais SOuvent le védique en autrement
qu'il ne sera fait plus tardo L'une des plus notables est l'extension
donnée au saJ.nd/d, c'est-a-dire aux faits de « jonction », d'adapta-
tion phonique entre la final e d'un mot et I'initiale du mot qui suit
dans une phrase continue : il est vrai que cette extension est it
mettre au compte, pour une part, des rédacteurs du Rgveda'
(OLDENBERG), comme d'autres particularités modernisantes, et que
le témoignage du inetre impose souvent de restituer un état ou
eette jonction n'avait pas lieu: « les rédacteurs », COlllme dit MEIL-
LET, « ont parlielIement adapté it leur dialecte des textes composés
dans un autee )l. eertains procédés de composition nominale cons-
títuent aussi des nouveautés, ainsi que le développement donné a la
« cérébralisation ». ,
La syntaxe demeure de type archa'ique : toutefois l' emploi des
particules SUhol'c!onnantes se crée et se développe (PORZIG), encore
que la subordination se marque aussi par le ton du verhe et par
l'usage du suhjonctif. L'ordl'e des mots, extrememímt libre, n'a pas
de valeur gramrnaticale.
75. Le tl'ait dominant est que les procédés nouveaux, les procédés
traditionnels, les survivances coexistent, formant un ensem ble d'une
.complexité déconcertante, a quoi sont loin de répondre autant de
besoins précis. On compte par centaines les formes que peut en
théorie affecter un meme verbe. Les doublets dans les désinences
ahondent. Le r)'thme quantitatif, qui sous l'empire du metre agit
sur des formes nomhreuses, permet ou commande des variantes,
qui se propagcnt ensuite (MEILLET). Des éhallches, des formations
instantanées, clues a quelque analogie, jaillissent de toules parts.
On voit que la Iangue est en état de houillonnement et en toutes ces
tentatives il y a des cllOses qui ne sauraient etre anciennes, ni
meme authelltic¡ues.
e' est qu'il s'agit langue sacerdotale, confiné e a l'expressíon
d'une pensée dirigée, a visées magiques. La forme importe plus
que le sens, le sens littéral moins que le sens ésotérique, et le
vocabulaíre s'assujettit a la 110tation d'un symbolisme complexe.
Relativement r:che, ce vocahulait'e comporte nombre d'éléments
d'origine inconnue, qui ne laisseront auclIne tl'ace dans les docu-
ments ultérieul's ; il semhIe qu'une quantité de termes vulgaires y
ont trouvé acces, parfois avec des acceptions nouvelles. On croit
aussi pouvoir déceler quelques emprunts.
Au total, une langue composite. A la hase, un dialecte du Nord-

SANSKRIT
57
Ouest dans lequel il est entré (peu a peu, comme l'indique notam-
ment le progres du phoncme l) des éléments plus orientaux. ehez
les auteurs récents - et peut-etre des l'origine, cal' iI y a surement
une Iongue tradition littéraire derl'iere les mantl'a -, le soucí de
vieillir la langue poul' la rapprocher de modeles antérieurs.
On ne saurait donc voir dans le Veda un témoignage sur du
sanskrit parlé a cette époque. N éanmoins, toutes réserves faites
sur le style, l'autorité lil1guistique de ces textes et surtout du
Rg¡'eda demeure considérable : ils sont a l'origine de toute l'évolu-
tion indo-ilryenne, souyent par dela la norme arhitraire du sanskrit
classique. Et d'aulre part, sous un reyetement indien, ils reflbtent
ce qu'a pu etre l'inclo-européen lui-rneme, du moins chns le fOl'mu-
laire sacra!.
76. Voici un spécimen de langue véclique, de type simple:
r(í)y uclta duldtal' cliro má ciráJ./! tanlltlia ápa(lj
nét tvil stenál.n yátha ripúl.n tápilti SÚI'O arci.JÜ
súJate ár¡rasü,n,rte / j (Rgv. V. 79, 9)
Luis, ó fille du cíel (Aurore), He tends pas l'ouvrage en longueur, de
peur que le soleil ne te brule de son éclat comme (íl brille) le voleur
perfide (le délllon qui a volé la lumie/'e), ó noble (Aurore), généreuse en
chevaux!
ou encore :
ápüma sómam amr'tüOabl,ü,ma
kim nü,nám asmán kl'llavacl árütilt
(vin. 48, 3) . . .
áganma Jyótil' áridama dcvánj
kim II dhü,rtir amrta mál't(í)yasyal I
Nous avons bu le somo'!, nous sommes devenus immortels, nous somllles
venus a la lumícre, nous avons trouvé les dieux. Que peut HOUS faire a
présent l'impiété, que (peut nous faire), immorlel, la malice du model?
Voici une strophe a termes rares, encombrée d'équivoques : il
s'agit de la naissance du feu, allumé par le3 deux bOls de friction,
ses «( meres » :
k,l'$'(ta/JI'útall vevijé asya salc$itü
pracáJihvm.n clhvasáyantm.n t,l $llcyúlam
(1. 140, 3)
/lb/al tarete abhí matál'l'i
el sác( i)YaJ.n kúpaym}t várdlia-
T!mJt pitú(! II
Sautant comllle des antilopes (?), fcémissantes, les deux meres qui habi-
tent ensemble s'alFairent autour du nourrisson, lequel tend en avant la
langue, crépite, culbute le (bois) sec (?), luí qu'oll soigne (?), qui gon-
fle (?), quí ren[orce son pere (le sacri1icateur ?).
La strophe de l'Atharaveda a souvent plus d'ampleur
yás te pÚrU$e$1l st¡''i$Ú pU/.nsú bhágo rúc/N
yó áq(ll)veslI vzré$U yó mrgé$ütá hastí$lll
kan(í)yayüJ.n "árco yád blntme tén([smelin ápi sáJ.n srJa
má no dvik$ata lrár¿ canáll (Atharr. XII. 1,25)
L'odeur de toi chez les hommes, dans les mil12s et les femelles, leur
part, leur plaisauce, celIe °qui esl dans les chcvaux, les g'uerriers, celle
qui est dans les betes sauvages et dans les éléphants, ceIle qui est l'éclat
dans la jeune filIe, ó Terre, mele nous avec elle! Que Ilul ne nous soit
hostil e !
Les yaJlIs se signalent en généeal par une forme raide et hiéra-
tique:
58 LES LANGUES
ápo dep'ir agl'epupo agl'egllPO gra imál,n yajíiál,n nayatágl'e
yajiíápatil,n dhátta, (Taitt,-SalJ¡h. 1. 1.,5, 1)
Eaux divines, qui pUl'ifiez en avant, qui marchez en avant, en avant,
menez ce sacriHce, en avant placez le maltre du sacrifice !
77. Le vaste courant de poésie archaisante qui est celui des
hymnes, des prieres, des incantations, se canalise peu a peu dans
les textes plus récents, dans les mantra des Gl'hyasütra par exemple,
ou plus encore dans ces stances oli gatha (proprement « chants»)
qu' on trouve disséminées il travers la littérature védique. Il en
demeure quelque empreinte, plutót d'ailleurs pour le 8tyle que pour
la langue, elans les stotl'a ou « laudations» de l'épopée, des pura/,1a,
des Tantra, sans parler eles pie ces en védique pastiché qu' on a
composées il diverses époques, tel le Sllpal'1,ladhyaya (§ 617) ou
l'hymne aux AQ"in du llfa/ulb/¡(irata. En somme, il existe une
tion de la priere et elu panégyrique sacré, qui a été marquée par
certaines survivances ele strueture.
78. La langue des BrahmalJ.a. Avec la prose narrative et
exégétique des BrahmaJ,la, c'est une toute autre maniere qui surgit :
on n'est plus éloigné ele la langue qui, codifiée et élargie par le
grammairien PalJ.ini, formera ce qu'on appelle le sanskrit « clas-
sique ». Sans doute les Bra/l/na/,la conservent bien eles archaismes,
usage du subjonctif, du préverbe séparé, du locatif en -an, de l'infi-
nitif en -tavai et -tos, etc.; mais ces traits, en granele partie emprun-
tés aux mantra, n'engagent pas profondément raspect général de la
langue. Elle se caractérise par un appauvrissement des formes, qui
va de pair avec une plus grande discrimination des emplois; des
affectations mieux elélimitées sont dévolues aux modes, aux ternps.
La syntaxe est devenue un instrurnent précis, ou le j eu des corré-
lations (sur la base des pronolIls sal ta et ya) et des particules
d'appui eommande les inllexions du sens (MINARD), Le yocabula,ire
atteint une grande précision.
Des différences se notent entre les premiers spécimens de cette
prose, it savoir les portiolls bNUmlm,la conservées dan s le Yajurvecla
Noir, et les plus récents, le yatapat/¡abl'all/71m,la ou eertains yl'auta-
sUtra qui sont rédigés en style b/'a/lI)1m,w, comme celui de Bau-
elhayana ou de Vüdhüla, ou encore un texte mineur comrne le
.K!¡Cldl'asütl'a dn : l'emploi du temps narratif en particu-
lier, ou la valeur de certaines particules, ne sont pas les mernes.
Mais ces diffél'ences représentent moins des étapes
que des habitudes cl'éeoles. Ce qui est en évidence, ce sont eles clif-
férences de style : le style raide, sehématique pour ainsi dire, des
premiers aux phrases lIIal liées, cede la place, dans les
plus réeents (notamment dans le yatapatha) a des phrases plus évo-
luées, a des eonstruetions plus souples (OLDENBERG).
A La langue de la prose védique, qui se prolonge par eelle des
Al'm,lyaka et des premieres Upani$acl -laquelle est modelée sur les
Brilhma?.la -- est, plus encore que la langue eles HylIlnes, une
Iangue d'éeole, « norme des colleges de brahmanes » (BLOCH). Plus
proehe sans doute des parlers vivants paree que simple de strueture
et destiné e :l faire comprendre, riche el'ailleurs en images emprun-
tées il. la vie courante, elle ne saurait embrasser la totalité du
sanskrit de eette époque.
SANSKRIT. 51}
79. Voieiun spécimen ele la maniere ancienne :
tael ahllr apatn'iko 'py agnihotram allare3t/ nahal'e3cl iti/ ahared
ity ahllr yacli nahareel ko 'nadclhapllrll$a iti na
na pitrn na manll$yan iti tasmael apatn'iko 'py agnihotram:
ahal'et. (Ait.-Br. VII. 9,9)
On dit a ce (sujet) ; celui-la meme qui est sans épouse doit-il offt'ir le
sacrifice du feu? Doit-il ne pas l'offl'id Qu'il l'ofIre, dit-on. S'il ne
l'offrait pas, (il serait un homme) qui n'est pas réellement un
Qu'est ce qu'lun homme) qui n'est pas réellement un homme ? ¡C('lm qm
ne porte de bien) ni aux dieux, aux ,peres, ni. aux hommes. Ainsi celui-
la meme qui est sans épouse dolt offl'lr lc sacr¡flce du feu.
Type de phrase plus artieulée el'un BN71mwJ.w réeent :
sá Sá1Jl SI'ÚCO YÓ$a paí srúg
r1"sa srllpás lásmacl yády ápi ba/wya ipe¿ sarclllál,n yánti
yá ' tásv ápi lwmaraka ipa púman bllápc,lti sá Má tátra pra-
tllamá ety anücya ítaras tásmat s/'upám epctgl'e sál,n maJ'§tv áthé-
tarrllJ, srúcalJ,. (yat.-Br. I. 3, 1,9)
Il essuie d'abord le cuilleron, puis les autres (cuillers, a savoir les)
louches, cal' le cuilleron est mi\.le (masculin), la louche femelle (fél11inin).
C'est pourquoi, si des fel11l11es marchent ensem?le, nOl11-
breuses, et qu'il y ait parmi elles un mi\.le, fut-Il un ¡eune gal'<;on,
lui qui ma,'che le premi!'r, elles (vont) a su C:est po','rquOl
il essuie d'abord le cUllleron, pms les autres (cmllers, a savOlr les)
louches.
80, La langua des Sütra. Quant aux Kalpasfltra ou « apho-
rismes sur le rituel », ils ne different pas essentiellement eles Brah-
mm.la pou\' le niveau de langue, et pour des raisons de fond on a
renoneé a consiclérer c¡u'ils marquaient dan s le développement
védic¡ne une périocle elistÍncte (CALAND). Si certains arehaismes n'y
figurent plus,. e'est qu'ils
des textes qUl excluent tout element narratlf et se lmutent a clécl'lre
des rites. La singularité des sfltl'a est leur s1yle. Dans les formes
les plus typiques e'est a peine si l'on peut parler de phrases : on
est en face d'une cl'algebre ou tout est saerifié it la eoncision,
les intentions mnémoniques ayant prévalu sur toute autre préoceu-
pation. Si 1'0n comprend ees textes, e'es1; surtout a l'aide des com-
mentaires; il existe aussi des regles d'interprétation, elites pari-
bhasa, qui visent il. fournir des clefs. Le style eles sfltl'a est rune des
innovations littéraires ele l'Inde ancienne; il n'a sa pareille
nulle p;lrt.
Il a dü se constituer il une époque précise : on le trouve entiere-
ment forlllé clans les écoles rituelles, dans les milieux de phonéti-
eiens et de philosophes, dans la grammaire de palJ.ini. Mais la tra-
clition s' en est mainlenue, ou a été reprise plusieul's fois : les sütra
du SaJ,nkhya, ele la Bhalrti, des hétérodoxes ou
des rhétoriciens, des arehiteetes, de eeux qu'on devme
SOU8 la prose des traités du kama et de l'artha, sous les strophes du
Rlcpratlf'akhya, appartiennent aux époques les plus diverses, parfois
toutes récentes. Les aspects varient d'ailleurs selon les genres
auxquels il s'applique. Mais les sütra bouddhiques et jaina n'ont
plus rien de commun avee le genre et le style sfltl'a. La forme la
{lO
LES LANGUES
plus condensée est ceHe que lui donnent les g-l'ammail'iens, ainsi
ildyantafJad ekasmin. (Pi'U;tilli 1. 1,21)
(Une opération se réalise) sur (un phoneme) isolé, comme (elle se
J'éaliserait sur un phoneme figurant an) début (ou a la) fin (du moti.
ou, avec illtervention de signes fietifs :
niljjhalall. (I. 1, 10)
(Les phonemes) ae (= voyelles) et lzaZ (= consonnes) ne (comportent)
pas (d'homophonie entre eux, meme si se réalise la c'ondition de cette
homophonie) .
La rédaction de certains sfttra philosophiques, eelle des Vedilll-
.tasfttra plus pal'ticulierement, n' est guel'e moills serrée :
janmildy asya yata iti. (Ved.-8ft. I. 1, 2)
(Le bl'alunan est ce) dont (procede) l'origine, ainsi que (la conservation
,et la dissolution) de cet (univers) ;
ou bien:
payo'mbufJac cet tatrilpí. (Ir. 2, 3)
Si (le partisan du S¡il)lkh)'a objecte que le « pl'éformé» [pl'adhúnú] se
meut p:n' sa nature propre, sans atlester de yolouté intelligente le diri-
.geant), a la maniere de l'eau ou dll lait, (nous répondons que) la Russi
(le mouvement est dli it une volonté intelligente dirigeant l'eau et le !ait).
La différence principale entre l'un et l'autre type de sfttl'a est que
ceux de la g¡'ammaire et en général ceux du rituel se bornent a
décrire (ou a pl'escrire), cenx de la philosophie justifient, et le rai-
sonnement causal y tient une place considérable.
81. Dans les textes rituels, la l'édaction est d 'ordinaire plus
explicite, en pal'ticlllier l'usage du verbe personnel se maintient.
Voici la description des préliminaires du mariage :
lldagayana il¡ntryamill.wpak,¡e kumil,.yaí
yel,l v
ci
lak$aJ.wsm.npanna syilcl yasyil abhyeltmam ailgelní
kefilntel elfJartilfJ api yasvai sviltil1.n pl'adak$h,lall gl'lfJelyil1Jt
$a(l,izrilnjanayí$vat'lti fJídyilt. (9cti1k/¡.-Gthya 1. 5).
DlIrant la marche septentl'Íonale (du soleil), au cours de la quinzaine
-croissante, a un jour faste, il doit pl'endl'e la main d'une fille, qui soit
POUl"'llC des signes (auspicieux requis), dont les membres soient pro-
portionués, les cheveux unis, qui ait aussi a la nuque' denx houcles tour-
nées de gallche a dl·oite. (D'une telle fille) qu'il sache qu'elle meltra au
monde six males.
Mais parfois aussi les éléments Sous-entendus sont considérables,
ainsi clan s cette formule mag-ique pour obtenir qu'une femme
conQoive : ,
vantilsUi mantroktm,n badlmilti. (Katifika XXXV. 11)
(Le j'Üe snivant se réfél'e a la priere de l'Ath.- Veda VI. Si commengant
par) Jalllüsi : (l'objetl nommé dans le vel'set (a sa,'oir un braceleL), il
l'atti1che (an poignet de la femme dont il désire qu'elle cougoive, apres
.avoir consené cet objet dans du lait sl1r et dn miel, l'avoir oint des
restes de l'oblation oirerte en accompagncment de la récitation de
I'hymlle VI. SI, eL l'avoir béui).
82, La fixation du sanskrit. Au terme de la période védique,
ir y a donc el'une part un matériellinguistique arehai'que, d'essence
poétique, qui représente iI. la base un état de langue valable pour
SANSKnIT
61
rInde du Nord-Ouest. D'aulre part une langue plus commune
plus proche du langage parlé, celle des Eril/l/llaJ.la et des Sfltra, qur
géograplíiquement a débordé la région du Nord-Ouest : elle s'est
fixée d'abord au MadhyadeQa ou " terre du lllilieu», sis entre le
désert a I'Ouest, le confIuent Gang'e-Yamuná a l'Est, puis, a occupé
l'ensemble de l'Aryávarta ou (( (terl'ain d') évolution des Arycns »,
territoire dont au He S. avant l'ere un grammairien clira qu'il est le
domaine de la culture sanskrite I§ 84), Les milieux hrahrnaniques
ont meme essaimé en Inde du Sud, oll se sont établies des écoles
vivaces, ayant leurs traditions linguistiques propres.
C' est cette langue rcIigieuse, élargie en langue de civilisation,
qui constitlle le " sanskrit cIassique ') et qui a pel'sisté jusqu'il. nos
jours dans l'usage des lettrés. Il n'y a plus eu des 101's d'éyollltion
véritable, les changements qu'on observe entre le sanskrit de l'ere
chrétienne et le sanskrÍt médiéval ou moflerne ne sont pas dc ceux
« que nous tl'ouvons entre divel'ses phases d'une ¡angue populaire
se déyeloppant natureIlement» (VVACKEHNAGEL). Des habitudes se
créent, qui s'ajustent iI. un certain niveau, iI. des hesoins ]Jl'écis.
Autant que de g-enres liUéraires : un sanskl'Ít plus ou moins raffiné
et tendant it la pl'écíosité, propre a la Iyrique, au roman, aux
dramatiques ; un sanskrit plus simple, quoiCJue également SI)' lisé,
celui des contes et du dialogue dl'amatique; un autre, relativcment
pro che du langage parlé, de ton moins soutenu, celuí de l'épopée eí
en génél'al de toute la sm,l'ti; la langue de la prose technique, des
b/lel$V
a
ou «( commentaires» ; le sanskrit bouddhique et jaina.Pas de
chronologie stable a l'intérieur de ces genres, Oll se perpétuent des
recettes de style. Quelques tendances générales : plus un texte cst
récent, plus la langue et le style en apparaissent compliqués, plus
aussi il devient accessible a certaines infIuences de parlers vi"ants.
83. Cette fixation de la langue est due a deux causes principales;
le pl'estige singulier dont jouissait la vieille langue religieuse, et
dont l'eHet demeul'e longtemps apres la période védique. Ensuite
l'autorité de la grammaire de Pál;tini : cette grammaire, qui reprend
d'ailleurs des travaux antérieurs, décrit la langue avec une telle pré-
cision, une telle exactitude, qu'une norme ne tarde pas a s'établi.r
sur la base de cette description : le langag-e se trouve du coup
( enchalné» (VVINTEHNITZ). Pál;tini isole avec soin les archaYsmes,
les formes du chandas (le mot signifie proprement « metre [sacréJ »),
d'avec sa description générale, dans laquelle est mélangé a l'héritag-e
védique assimilable l'apport nouveau constitué par la bhel$il ou
« langue parlée, parlan ce »). Tout ce qui est hors des regles de
Pál,lini - sur plusieurs points amendées et précisées par les suc-
Cesseurs directs du grammairien, Kátyáyana et Patañjali _ est
considéré comme incorrecto
Si cette position a pu etre maintenue, c' est par suite de l'impor-
tance exceptionnelle que les Indiens attachent a la parole en tant
qu'expression du sacré (rabclabralllJ1an « le sacré comme verbe ») ;
la pureté du langage a été l'une des lois miljeures dll br,lhmane,et
des l' origine la récitation comme la composition des reuncs ont été
soumises a des exigences de forme extraordinaires.
84. Ce terme de bhel$il souligne le fait que, du temps de Pál1ini,.
on avaÍt bien affaire a une langue courante; de me me l'expression
LES LANGUES
loke (( dans le monde)), laukika ( mondain », que Patañj ali applique
au sanskrit pour le différencier du védique. eertaines regles gram-
maticales n' ont de sens que pour un langage parlé, certaines
meme visent des particularités locales (VV ACKERNAGEL, LIEBICH,
PATHAK).
eependant on a souvent contesté que le sanskrit de cette époque
ait été parlé. On a laissé entenelre qu'il s'agissait d'un langage arti-
ficiel CVVHITNEY
J
SENART, BARTH, GRIERSON): on a noté que le
moyen indien apparait dans l'épigraphie longtemps avant le sanskrit,
l'époque s. !'ere) l'Inele -parl.ait eles
dlalectes praknts et qu avant meme, au Vl
e
s., la predlCallOn du
Budelha et elu Mahavlra s' était effectuée dans des parlers vulgaires;
que el'autre part il se concevait mal que la langue du k{ivJla (( poésie
savante » et elu bhü$ya ( commentaire )), avec sa grande complexité,
ait jamais été réellement en usage. Pour qui consielere le eléveloppe-
ment ele l'inelo-aryen, le sanskrit classique, « transposition elu
moyen indien » (BLOCH), est presque un intrus : la chaine relie
directemen t le moyen indien au védique.
Tout ceci est' vrai. Ces contraelictions s'atténuent pourtant si
l'on considere que le sanskrit a été la langue, non el'un pays ou
d'une province (iln'afl'ecte pas de particularité elialectale), mais de
certaines classes sociales (BLOCH, MANSION) : ceHe eles brahmanes
d'aborel, eles k$atriya ensuite, peut-iltre l'ensemble des trois classes
«( aryennes » par opposition aux r¿udra, aux hors-caste, aux femmes
qui ont dti se servir de parlers vulgaires. L'existence a haute
époque du drame avec sa mixture ele elialectes qui reposent néces-
sairement sur une répartition réelle, ceHe de l'épopée avec son
-caractere largement national, certaines données relatives a lexten-
sion du sanskrit que fournissent les textes littéraires (le témoignage
de earaka, celui elu K{imasutra conseillant a l'homme elu monde
de n'utiliser trop exclusivement ni le sanskrit ni le parler
local, celui de Hiuan-tsang) obligent a penser que le sanskrit a
été rép.mdu, ou du moins compris, dans des cercles assez étendus
(WINTERNITZ). Au 11
0
s. avant l'ere Patañjali dit qu'on l'apprend
des r¿i$ta, c'est-a-dire des hommes « cultivé s », et que c'est la lan-
gue naturelle aux brahmanes de l'Aryavarta qui ont une bonne édu-
cation et ele bons principes moraux. Bref la situation elu sanskrit
dan s !'lnde ancienne n'est pas fort éloignée ele ceHe qu'avait le latin
a notre Moyen Age. Langue de culture suffisamment voisine des
parlers familiers pour recevoir le cas échéant l'audience ele la foule.
e' est dans cette mesure qu' on peut elire que le sanskrit a été une
langue vivante; aujourd'hui encore nomhre de pal.lIj,ita, de « let-
trés» traditionnels, de brahmanes, le manient avec une aisance
parfois surprenante, encore qu'enle pronongant souvent de maniere
barbare. D'importants commentaires sur la philosophie, le dl'oít, le
rituel continuent a etre compilés en sanskrit. Les ouvrages litté-
raires sont plus rares : mais il y a eu jusqu'a une épOf¡Ue toute
récente des mah{ilfürya et des elrames qui suivent avec une hahileté
consommée les modeles anciens.
85. De cette sorte de koine on ne saurait préciser le lieu d' ori-
gine. PaIJini était originaire d'un bourg du N orel-Ouest; sa gram-
maire normalise un dialecte du Nord « au moment ou il était
SANSKRIT 63
encore senti comme exemplaire » C'Ast au Nord, dit un
Era/anal.la, qu'on parle avec le plus ele discernement.
Mais ele bonne heure la elifl'usion s'est opérée a travers l'lnde
entiere, sans entrainer aucune altération notable. Plusieurs écoles
védiques étaient eléja fixées elans le Sud, ou les grammairiens
signalent quelques habitudes de langage particulieres et ou, en
tout cas, la pression de Pál).ini s' est exercée moins fortement que
dans le Non!. Le grammairien Katyayana (me s. avant !'ere?)
scmble avoir vécu au Dekkan. Les inscriptions sanskrites appa-
raissent elans le Sud a partir du Yle s., souvent mélées a eles
phrases dra,;icliennes. De Ceylan ou des ports ele Bengale le sans-
krit se répand a haute époque vers les ¡¡es de la Sonde et jusqu'a
Bornéo et aux Philippines, transportant avec lui la pensée houd-
dhique et brahmanique : a Java et{t Bali il a eu une action sensible
sur la langue et la littérature kari. Des royaumes de culture sans-
krite ont été fondés au-elela elu Gange; Ptolémée signale eles noms
indiens pour ces régions. Les inscriptions du eampá remontent
peut-etre au lIle S., certaines ele ceHes du Cambodge sont antérieures
au VIl
e
S. : elles décelent une notable activité dans l'orelre des
études sanskrites. Enfin, comme véhicule elu houddhisrne maháyá-
niste, le sanskrit est passé en Asie eentrale ou il a laissé sa
marque au Tibet, en ehine, au Japon.
86. Le sanskrit classique. La phonétique a peu évolué. Le
vocalisme reste pauvre, comme celui de l'indo-iranien, sauf le
gain qui avait été fait a elate védique de deux voyelles longues, e et
<1, en substitut d'anciennes diphtongues. Les voyelles sont claires,
bien cléfinies par le timbre et par la quantité; mais les fonctions
sont disparates, et la perte el'une partie eles anciennes sonantes
a compromis l'équilibre du systeme, qui devait en moyen inelien
se eléfaire rapielement. Le consonantisme, ([ui est riche, maintient
solidement les occlusions et les aspirations : seules un pelit
nombre d'occlusives aspirées ont disparu. Le trait remarquable,
déja noté (§ 70), est la constitutiol1 el'un granel nombre de céré-
brales au elétriment eles anciennes dentales et pala tales. On a pré-
sumé la, sans doute a tort, une influence dravielienne. Les faits de'
M1.ndhi (§ 74) se sont amplifiés - on a vu la aussi une influence
dravidienne -, aggravant leur caractere arbitraire : nulle part la
pression de la traelition savante n'a été plus rigoureuse que danll
ces lois complexes qui régissent les finales. Le ton, que les grammai-
riens les plus anciens enseignent encore, a dti cesser de tres
bonne heuré d' etre en usage. En tOllt cas une partie seule de!!
textes véeliques le note (les textes considérés comme les plus sacrés),
notation qui affectait eles aspects divers et parfois artificiels.
Pour etre beaucoup plus pauvre qu'en véelique, les formes ne
laissent pas ele présenter encore UIle grande diversité. Les sept cas
(huit avec le vocatif) de la flexion nominale sont maintenus - alors
que elans la prose védique certains tenelaient a disparaitre -, c'est-
a-dire, outre les cas connus par le latin, l'instrumental et le loca-
tif. Des cas absolus se développent (locatif) ou se créent (génitif).
Les emplois ele « prépositions » se précisent, surtout sous l'aspect
d'éléments nominaux postposés. Les prével'bes sont soudés au
verbe, tout en elemeurant porteurs de riches connotations gram-
1
I
64
LES LANGUES
matieales ou Iexieales, Les désinences ambigues sont éliminées, les
alternanees réduites. En principe une seule désinenee subsiste
pour une forme donnée; partout on note une tendance vel'S la nor-
malisation, la systématisation; il Y a des regroupements, qui
laissent pourtant en place la charpente ancienne. Le duel elemeul'e
vivant, se cléveloppe meme. Dans le verbe, ou I'opposition des
eleux voix est maintenue (sans que la voix moyenne voie s'nnifier les
nuances f01't diverses qu'elle comportait), il s'établit un troisieme
systeme, le passif, qui groupe autour de lui toute une série de
formes verbales et nominales. A coté du verbe « simple »), on a
elésormais des conjugaisons « clérivées», qui n'é!aient qu'ébau-
chées it date ancienne : un causatif, richelIJent articulé, qui note
que l'agent « fait faire}) l'action, UD désidératif, qu'il « veut la [aire»
ou qu'il « va la faire », un intensif, qu'il la « fait avec intensité ou
ele faQon répétée ». La catégorie du dénominatif s' étenel également,
parfois hors de toute mesure. Toutes les classes ele présent sont
en vigueur, org'anisées en dix sections, mais clésormais chaque
verbe ne dispose que d'une seule formation. Dans le vcrbe comme
dans le nom les types athématiques tendent it s 'effacer. Le présent
prenel la prépondérance, ayec le futur qui morphologiquement en
est la réplique. Si le suhjonctif est tombé en désuétude, l'optatif
(elu moins au présentl a élargi son emploi, un futllr périphrastique
et un conelitionnel ont pris COI'pS, l'un et I'autre esquissés des la
prose véeliql1e. Gn s'achernine vers un systeme ou le présent
s' oppose au prétérit. Mais ce prétérit est noté moins par les temps
personnels, l'impadait (qui est rare), le parfait (qui est reslreint it
la nareation lointaine), I'aoriste (qui tend a se limiter au eliscours
direct, et dont les sept procédés de formatÍon composent une faQade
en trompe-l'ceil¡, que par les expressions nominales, e'est en effet
l'immense déveJoppement de l'adjectif verhal en -ta-, fonctionnant
comme prétérit ou comme présent. qui caracLérise le sanskrit clas-
sique : la langue tend á éliminer l'expression verhale, á instaurer
un ce style nominal» (BIIANDARKAR), OU n'importe quel verbe peut
etre rendu par un nom d'action, n'importe quelle proposition
suhordonnée par une relation casudle (J Aconr). Le verhal en
met en relief, d'autre part, la préelominance croissante de l'cxpres-
sion passive sur l'expression active. En elépit ele l'aspect nominal
ainsi pris par la langue, le contenu eles formes elerneure « ver-
bal » : noms d'ag'ent et d'action demeurent tout proches du verhe,
et le jeu eles préverbes est le meme dan s les elérivés nominaux et
clans les formes personneIles, Enfin les procédés de dérivation oe
multiplient, contribuant pou!' leur part a restreindre l'usage des
verbes et de certains caso
87. La syntaxe elemeure simple. Il n'a élé acquis ni proposi'tion
infinitive (malgré l'abondance et la stahilité de l'infinitif en -tllm) ,
ni proposition participiale (le participe n' est gucre qu'un adjeetif),
ni discours indirect (au contraire le discours dil'ect fermé par la
particule iti prend de l'extension, servant meme pour exprimer
une pensée. un propos assumé); il n'y a pas de périodologie arti-
culée : toutefois le jeu des particules corrélatives est derneuré en
faveur depuis la prose ancienne. Vun des traits notables est l'am-
pleur prise par l'absolutif, qui s'est créé sur la base el'un nom ver-
-
SANIIKRIT
65
bal figé : il est devenu l'expression normal e de la relation tempo-
relle el'antériorité. Un autre trait, plus évident encore, est le déve.
loppement illimité qui affede la composition nominale. Alors qu' en
les composés. a eleux m:m,bres forrnaient majo-
rlte, la langue classlque multIplre le nombre des eléments et la
variété des Sans doute est-ce le contre-coup ele
l'usure des désinences, que masque la graphie, ou si ron veut
c'est une c?mpens.ation it la complexité morphologique; mais
doute aUSSI y a-Hl dan s celte remarquable tendance quelque ehose
el'inhérent au génie meme de la pensée indienne. Dans les cas
tous de mots a mots, de propositions a pro-
poslÍlons, en Vlennent a se rendre par une séqucnce de formes
nominales a theme nu, clont il faul, pOut' les interpréter, réinventer
sans eesse la connexion grammaticale.
Le vocabulaire s'est empli de termes nouveaux, surtout depuis
l'épopée : chaque domaine technique en crée presque a ],infinÍ. Un
petit nombre seul ont ulle étymologie claire, e'est évidemment du
moyen indien qui affleure souvent sous le vernis sanskrit, mais
eeHe constatation, lit meme ou elle s'impose, ne facilite pas pour
autar;t ,la des La parL eles emprunts iraniens, grecs,
dravldlens a date anClenne (it date plus récente, arabes, turcs,
européens ?u de moclernes) n' est
pas neghgeable : malS en pl'lllClpe elle napas elépassé cerlaines
techniques spéciales. e' est aussi par développement interne que le
vocahulaire a été enrichi : les mots anciens ont revetu des accep-
tions nouvelles, l'image ou le symbole s'aecréditant en valeur
stable, L'acti vité des lexicographes a fortement marqué sur le voca-
hulaire, comme eeUe des grammairiens sur la Jangue : elle a versé
dans l'usage des masses de mots ou d'acceptions qui n'avaient it
I'origine qu'une valeur scolastique.
88, Le sanskrit s'est propagé dan s les clivers domaines cuIturels
it parlir ele l' exégese et ele la descl'iplion rituelle : e' est la lai'cisa-
tion cl'un instl'ument qui fut longternps au seryice ele la religion,
Vacces aux destinées littérail'es d'apres S. LÉVI remonterait
au He S. de a mettre au des k$atrapa
(( satl'apes el qm, s emparent du sanskrrt pour les docu-
ments publrcs (§ 463). ,MaIs a eeHe date leH bases du Dharmactistra
de l'épopée, des sfttra philosophiques, étaient déja jetées, la
riere d'AQvaghof,la était terminée. e'est par un auteur boueldhiste
que éclat, poésie sanskrite. Il y a
longue trachtlOn htteralre et contlllutté la ou Max MULLEH autrefois
padút de « déclin )) et de « renaissance )).
89. La langua épique. Les del1x poemes épiques, Mahiibhiil'ata
e.t RtimiiyaJ.la, un ensemble de particularités linguis-
tIques. : lrreg'uhcrs (absenee de saí,nclhi, double sm,ndld);
emplols aberrants ele certains cas; confusions entre I'actif et le
moyen (le passif meme actives),
entre cas fOl'ts et cas faI!Jles, cleslllences pl'lman'es et seconclaires,
finales en -anti- et -ati-, ahsolulifs en -tr'a et -ya; élimination spo-
ele l'augment; anomalies dans l'emploi des morphemes
de present, dans la forme du futnr en -la; nsage peu strict clu cau-
L'INDJI, tome I.
LES LANGUES
satif, etc. Parfois ce sont des prolongements de l'état yédique,
plus souyent des faits semblant indiquer un langage populaire,
élranger il la norme des grammairiens, peut-etre un sanskrit
« insuffisamment appris » (WACKETINAGEL) : on a été jusqu'a pré-
sumer (GHIETISON, BATITll), mais sans yraisemblance, que l'épopée
-aul'ait été traduite du prákrit.
Le style est plus caractérisé que la langue : des idiotismes, des
-expressions ram ilieres tra,'el'sent les dialogues. La phrase est
aloul'die par un afflux el' épilhetes descriptives, coupée de yocatifs
et de parentheses; aucun lien logique n'est noté. Les
tiOllS poétiques abondent : la terre est la (, porteuse de l'lchesses »
(ou la « porteuse » tout court), la t( yaste », l' « immuable », la
( toute noureiciere »; l'oiseau est l' « ailé », le « circulant dan s
l'air », le « né de 1'reuf », le « deux fois né }); 1'arbre, le « huyeur
par le pied );, le « poussé du », le (( non-marchant ». Des
-amhiguHés en résultent, en partle voulues : le rle$a ou « accole-
ment » (elouble-sens), elont la rhétorique classique fera un immense
usage, a ses origines elans l'épopée. La composition nominal e se
-eléveloppe, sans atteinelre l'exces des ages ultél'ieurs : le composé
possessif ou hahuvrlhi, en tant qu' élément de description,est
fo!'t en fayeur : on dit « longs-bras» pour désigner un guerriel'
Tedoutable; la femme est (( membres-irréprochables » ou « yeux-
allongé;o; », l'homme « grand-éclat» 011 « mauvaises-intentions».
De meme les cl",anclfia ou composés copulatifs : les rois emplissent
la terre du « Íl'acas des éléphants-ehevaux-chars », la foret est
pleine de « lions-pantheres antilopes-tigres-huffles-ours ».
Des divergences importantes séparent les portions descriptives,
souvent amorphes et s' étalant sans progres sous une charge de
individuelles, le récit qui est rapide, aisé, nai'f, le dia-
logue (proprement dit, non la dissertation OU souvent il aboutit),
qui est abrupt, dense, riehe en palhos. Certaines parties ont un
.style soutenu: dans le Ramaym,la la stylisation a pris de grandes
proportions. L'épopée primitive, telle que la laisse entrevoir 1'ar-
ehétype de SUKTIIANKATI, était heurtée, elliptique, plus voisine de
la diclion véclique.
90. Voici quelques lignes prises dans un discours : Bhlma
llccepte avec ardeur d'afl'ronter Klcaka qui a outragé DraupadI :
svagata1.n te val'al'ohe yan ma vedayase pl'iyam 1
na hy asyrt kiJ.n cid icchiimi sahaym.n val'aval'l,lini 11
ya me pl'ltis tvayakhyattl kicakasya samagame 1
hatva hir!imba1Jl sa pl'ltil' mamas'icl val'aval'1.lÍni 11
salym,n bhl'at,J'r}19 ca clhal'mm.n ca plll'askTtya bl'av'imi te 1
klcakal.n nihanimami v}'t)'(lj.n deuapatil' yathall
gahval'e pl'akare va pothayi$yami k'icakaml
atha ced avrtb/lOtsyanti matsyan api clhl'llvaml/
tato dlll'yod/lrtnmJl hatva pl'atipatsye vasllr¡ld/lrtl'am 1
kama1,n matsyam l/pasta?}l hi kunflplltl'O ylldhi:Jthil'aM 1
(Mahtlbhtll'. IV. 21,30)
Bienvenue a toi, (femme) aux belles hanches, qui m'annonces une
(chose) agréable : car je ne veux nulle (autre) aide en cela, ó (femme) a la
belle carnation. Ma joie a apprendre de toi (que j'aurai) a rencontrer
SANSKRlT
67
Kícaka, c'est la joie me me que j'eus de tuer Hic;l.imba, ó (femme) a la
belle carnation. Je te le dis, mettant en tete (de mon disconrs) et la.
vérité et mes freres el la loi : j'abatlrai Kícaka comme le maitre des
dieux (abattit) Vrtra. En cachette ou it cíel ouvert j'écraserai Kícaka
et si les Matsya le reconnaissent, je les tuerai assurément eux aussi.
Ensuite, ayant tué Duryodhana, je recouvrerai (la terre) porteuse de
biens. Soit! que Yudhi$thira, fils de Kuntl, fasse hommage au Matsya!
Type de description : l'hiver:
1
rflnyal'm,lya himaclJ¡rasta clivasa bhanfÍ sctl.npl'atmn 11
pll$yan'ita
r¿ItafJ}'cldhatal'ayümas tl'iyama yanti Sd?}!pl'atam/I
l'arisalJl1cl'antasallbhagyas
ifJüdal't,¡aq candl'ama na pl'akür,;atejj
jyotsna tll$al'amúlina palll'J.lCl11lasyal.n na l'ajate/
sitera ctltapar,;yamü lak$yate na ca r,;obhatej j (Ram. III. 16, 11)
Solcils tíedes, grands frimas, froidspiquants, silences, bois vides, neiges
amoncelées : ainsi apparaissent maintenant les jours. On a cessé de
coucher en plein air, l'(étoile) est (devenue) le régent, la neige est
blanche : ainsi vont maintenllnt les nuits froides a la durée si longue.
Celle qui emprunte son éclat an soleil, dont le disque gelé est commc un
miroir avenglé pal' l'haleine, - la lune - elle ne brille plus. Sa clarté
embuée de frimas, meme en son plein 11e rayonne plus: comme Sita haIée
par l'ardeur solaire, on la voit, mais elle n'a plus d'éclat.
91. La lang'ue et le style épiques font autorité pour une série de
textes : d'ahord pour la littérature des Plll'al)a (et des Tantl'a) dont
la langue, lache et faeile, non sans des prétentions au style guindé,
se modele sur la narration épique et en aggrave souvent les incor-
rections. Le Bhügaratapul'al.¡a est it part : visant a arehai'ser, il mul-
tiplie les védismes ou pseudo-védismes. C'est aussi l'épopée qui
sert de norme a tous les textes, d'origine díverse, demeurés a
l'écart de la tradition savante : aux sm?'ti versifiées du dhal'JIla et
de 1'aT'tha, aux traités médicaux, a du qilpa et clu natya, et
généralement il toute la littératme en t,¡loka. Déja les gatha vécliques
(§ 77) étaient sous l'influence de l' épopée; de meme aussi un réper-
toire de légencles du Veda tel que la Brhacldevata.
92. La poésieclassique. Au contraire, les textes proprement
littéraires, drame (dans les stances), poésie lyrique ou épicolyrique
(mahakafJya), roman, garclent un contaet étroit avee la langue fixée
par les grammairiens; de meme l'épigraphie solennelle, celle des
panégyriques Cette langue, ou plutót cet usage, s' est constitué de
bonne heure :.les citations figurant dans le J1![ahabha$ya (n
e
s. avant
l' ere) en portent déj a la trace; au n
e
s. apres l' ere la premiere ins-
eription qu'on ait en sanskrit, eelle de Rudradáman a Girnár suppose
toute une pratique littéraire : l'auteur y revendique le droit de faire
en prose et en vers des eompositions « ornées de clarté, de brieveté,
de suavité, de variété, de heauté et d'une nobles se (résultant de
l'emploi) des eonventions verbales» ; aux environs de notre ere le
sanskrit hrahmanique était cléjit manié avec virtuosité par un cloc-
teur bouddhiste, AQvagho:;;a. L'élan est donné : des lors et jusqu'aux
temps les plus modernes, ce sera une longue suite d' reuvres raffi-
nées, portant toutes les marques de la familiarité avec la gram-
68 LES LANGUES
maire, la lexicographie, la rhétorique, chaque auteur se préoccu-
pant avant tout de renchérir sur ses prédécesseurs. Dans les cas
extremes on a affaire a de véritables rébus, OU la strophe, it la fois
concise et enchevetrée, porte sa charge pleine d'images et de jeux
de mots. L'image devient ici un instrument nécessaire du style : un
strict parallélisme s'établit entre l'objet comparé et la comparaison.
La langue utilise les ressources anciennes et ceHes que l'épopée a
vulgarisées : longs composés, miroitement des formes verbales.
Sans doute il ya dans les grandes reuvres des (' incorrections » de
langue qui persistent, luoins par négligence que par le souci d'imi-
ter certains emplois périmé S. Mais dan s l'ensemble elles adherent a
la théorie. V oire elles mettent en évidence les formations linguis-
tiques les plus rares : des aoristes de type insolite, des intensifs,
des absolutifs en -am, des parfaits moyens a valeur passive, des
noms-racines inconnus meme au Veda, des formations dérivées
exceptionnelles : it date récente on muhiplie les dénominatifs, allant
jusqu'a affubler d'une désinence verbale des composés nominaux,
on dira ainsi kairarakorak'iyati « ressembler it un bouton du lotus
blanc de nuit» ou asmatsa1.ngl'asanaryiittarytilatur;rftiyate « repré-
senter la gueule ouverte d'un fauve qui (va) nous dévorer ». Chez
certains auteurs le pédantisme atteint des proportions fantastiques :
tel poerne, ainsi le Bliattiktirya, n'a été écrit que pour illustrer, en
ordre rnéthodique, les regles ele la grarnrnaire.
93. Type de strophe de facture simple:
tirarjitti kilJ1 cid ¡¡'a stanabhyal.n raso ,'astina tarU1.1arlcal'agaml
parytiptapu$pastabaktiranaml'ti sa1JtcarÍ1.11 pallaf'inl laterall (Ku-
mal'. IIl. 54)
Quelque peu penchée sous (le poids de) ses seins, vetue d'un costume a
couleur du soleillevant, elle semblait une Hane en marche ployant sous
les grappes de fleurs qui la chargent, (et) toute couverte de bourgeons.
dampatyor nir¿i jalpator yad racas
tat prtitar gurllsct1.nnidliall nigadatas lasyiitimtitl'ct1.n padhftZll
karl,ltilambitapadmal'agar¿akalm}1 rinyasya cañcflpll(e
rl''í(lül'tcl ridaclhati clti(limaphalapytijena rtigballdhanaml / (Amaru
I. 15)
Le perroquet familier avait entendu la nuit quelque parole des jeunes
époux qui bavardaient : comme le lendemain il la redisait, hor8 de toute
retenue, en présence de leurs parents, la jeune femme, malade de honte,
arrete les mots en mettant dans son bec un fragment de rubis qui pendait
de son oreille, sous couleur (de lui donner) le fruit du grenadier.
Ici le double sens attaché a une série de termes a créé une super-
position des valeurs :
kakllbhtil.n mllkhtini sahasojjralayan dadhad a7wlatram adhikct1J1
I'ataye adid'ípad indlll' aparo kllSllme$llm atrinayana-
prabharaM 1 U;il211p. IX. 42)
Eclairant soudain la face des régions célestes, la lune, issue de l'ooil
d'Atri, enflamma l'amour en suscitant un désir extreme de volupté :
(c'était comme) un second feu qui, sans etl'e iS8U (comme l'autre du
troisieme reil de <;iva, le dieu) aux trois yeux, consumait Amour, susci-
tant chez Rati (son épouse) une émotion extreme.
5ANSKRIT
69
94. La prosa littéraire. Dans la pl'ose, ou les phrases peuvent
démesu;'ément longues (on en compte chez Blil,la qui ont
Sleurs centallles de mots), surchargées de composés descriptifs, le
verbe cesse d'etre une catégorie nécessaire de la langue. Il fiO'ure a.
la fin de la phrase : son r61e semble etre seulement d'arréter le
développement scandé par les propositions subordonnées qui pré-
cedent,. succédant en longues séries. Voici une phrase OU ces
propOSltlOns sont représentées par des participes ou des noms
verbaux au locatif absolu :
samanttid. llpal'uddhar¡1 kllsllmaplll'am aralokya balllldira-
sapl'avrttam atlmaliad llparodharair¿asam llpal'i rarta-
tasytim avasthtiytil.n palll'a;antipek$ayti sllrlln-
gam etyapakl'ante taporantiya dere sal'vtil'thasidclhau srtimiri-
fl'aIJi.thil'ikl'taprayatne$;1 ghO$ct1.1tiPytightitticli-
.ant:lrnaga;'anlrtisl$ll punal' api nandal'iijyapl'atyü-
nayanaya slll'llngam ad/Ilgate$ll yU$mtisll cancll'aguptaniclhantiya
YU$matI!rayuktayii . pi$akanyaya ghtitite tapasrini pal'pater¿rdre
tataZ¡ plt,l'pacllwpal'ltl'tisad apakl'tinte kllmiire mala1faketau ri9ra-
site parratakabhratal'i rairoclhak.e pl'tiktirite
n;tnclabharanapravege ctil,lakyentihüytibhihittiZl kusumapuranirii-
sarra era sfttl'adhtil'ti yathü stil}watsarikaclattalagnara9tid
canclraguptasya nanclabhapanaprarero
blwPI$yat'ltl (Mlldl'tir. II, 14/15)
Ayant vu Kusumapura assiégée de toutes parts, ne supportant pas l'ex-
t:eme rigueur d'un blocus (qu'il prévoyait) suspendu sur les gens de la
Clté de 10ng8 jouri;, le roi Sarvarthasiddhi se rendit vers le passage
etc par égard pOllr ses sujets, dan s l'état meme (ou il se trou-
vmtl, se rettra vers le bois de pénitence. Privées de leur maitre, vos
forces, rel<lcherent lellJ's errorts; (vos pa"tisans) résidant dans la ville
bornalent leul' audace a faire obstacle a la proclamation (de victoire de
Candragupta). Alors vous-meme empruntates le passage soute',¡,ain en
vue de res laurel' la souvel'aineté des Nanda; l'ascete ParvateQvara pédt
par l:em¡'lOisonneuse que vous aviez désignée a la perte de Candmgupta ;
le prmce Malayaketu, effl'ayé du meurtre de son pel'e. prit la fuite; Vai-
rodbaka, de Parvataka, se rallia (a l'enncmi); l'entrée de Candra-
gupta au palals des N anda fut ébruitée; les architpctes demeurant a Kusu-
mapUl'a furent convoqués par CaQ.akya qui leul' dit que, selon l'hol'oscope
des ast:ologues, ce jour meme, a minuit. Candragupta ferait son entrée
au palals des Nanda.
Le diseours direet avec ití, qui apparalí a la fin de cette période,
peut se présenter en séries qui s' ernboltent les unes dans les
autres:
tticl?'9asytipi ntimtipratihatapaktítrayasya raghuclílipanalatulya-
sya devasya dl'rfhararmal,Io matpriirthyamanapy anena sracluhíta
ratsarajtiya datteti bacldhanurayena ratsartijo bandhanan na
nivartala iti ca labdharanclhre¡.?a sahasagatya kalingahatakena
pipattil' idl'{i kriyata iti yatsatyam upapannam api na fracldadhe.
(Priyad. 1. '*/5)
Penser (que cela ait pu arriver) a un homme tel que le roi Drt;lhavarman,
possesseur des trois pouvoirs irrésistibles, l'égal de Raghu, de Dillpa
et de N ala: que le maudit Kalinga, plein de raneune paree que (Dfc,lha-
varman) avait donné 11 Vatsaraja sa fille qu'il convoitait lui-meme sai-
sissant l'occasion qui vouIait que Vatsaraja ne fUt pas encore rent;é de
70
LES LANGUES
eaptivité, soit apparu soudain, causant un pareil malheul', - c'est aerivé,
et poul'tant je n'y puis croire encore !
95, La phl'ase absolutive, bien attestée déja dans les deux exem-
pIes qui précedent, est souvent le seul instmment de la subordi-
nation :
atha stl'isvabhiipiid i$advihvaliil,lt h,1'dayavallabhiil,n samiirviisya
hastakisalaye 'valambya gatvii tadgl'ham anlljñayiisyiilJ
iillltya sadya eva SeViil}1 dattariin! pislllitariliisini-
siirthamadhye kaJ,n cid pih,1't1ja kiila1,n ris,1'$tiivaJ'odhama/,1q,alas
tiim era sal,nhatol'üm ül'üpapi(ta1,n bhujopap'iq,a1,n copagühya talpe
'bhiramayann alpc111l iriimül,n niriim anai$al,n, (Darakllln. III, in
fine)
AlOl'5 je consolai ma bien-aimée qui, vu sa natUl'e de femme, était quel-
que peu égarée, je la pris par tendre main, me rendis chez elle, convo-
quai avec son autorisation tout le gynécée et en regus aussitOt l'hom-
mage,Apres avoil' séjourné quelqne temps pal'mi la compagnie des belles
étonnées (de ma venne), je quittai le cel'cle des femmes, et apres avoir
étrcint mon (amante) aux cuisses solides en la pressant contre mes cuis-
ses, la pressant contre mes bras et l'amusant sur ma couche, je passai
cette nuit comme un instant,
Pour illustrer l'utilisation des longs composés, voici un passage
d'une inscriptiondu IX· s" lnde du nord-ouest (lnd, Antiqu, XXV
p, i 78), On notera les multiples allitérations,
sakalc1mal'adititanlljamanlljaribhllbhaktibhiirabhal'abhiil'c1namitc1-
mitottamc1Ílgasaligirika(amllkutakil'ltari(ai1lcakoti ko(irpetaikatiinc1-
niiyakapl'acl'ipacllptacl7clhitipc1namacla]'{tktacal'a1,lakamaltímalaripu-
labahulalciraJ,1akesal'iisc1l'astíl'itc1ge$apíge$amo$ighanatamastejasas
sval'dhunlclhauta)a(iijütasya bhagavato pl'asc1diit,
Par la grflce du vénérable Dhürjati (= <;:iva) dont les cheveux noués
en chignon sont lavés par le flot du ciel; dont l'éclat a détruít l'épaisse
ténebre ravisseuse de toute discriminalion, en l'attaquallt avee les rayons
purs, abondants, nombren x - telles des fibres de lotus - de ses propl'es
pieds, (ses pieds) rORges d'iveesse d'avoir bu par millions et millíons les
cretes splendides - flammes éclatantes de lampes apportant une unifor-
mité de blancheur - des diademes et couronnes grandi08es qui sont
fixés sur les tetes innombrables de tous les maltres des Immortels, fils
des dieux et fils des hommes: tetes qu'a fait courber la terre) le poids du
fardeau de 5a dévotion, .
96, La prosa techniqua. Dans la prose technique, dont voici
pour exemple le début du commentaire de Caúkara sur les Vedan-
.tasütl'a, l'articulation grammaticale est éntierement nominale :
pi$ayari$ayiJ,los tumalJprakiir¡a-
rad rirllddhaspabhiirayol' ital'etal'abhiiriinllpapattall sicldltiiyi11J1
taddhal'miiJ,lc1m api slltal'iim ital'etal'abhc1vdnllpapattil' ity ato
'smatpl'atyayagocal'e PÍ$ayiJ,li cidatmake Yll$matpl'atyayagocal'a-
sya pi$ayasya taddhal'mli1,liil,n cadhyasas taclvipal'yayel,la pi$ayi-
1,WS taddhal'mal,laJ}1 ca ri$aye 'dhyc1so mithyeti bhaviwTf1 yuktam,
Etant donné qu'il est acquis que l'objet et le sujet, dont les domaines
(respectifs) sont la notion du « toi » et du « moi », et quí s'<wposent par
natnre (l'un a l'autre) comme les ténebres et la lumiere, ne sauraient etre
identifiés l'un a l'antre, et moins encore leurs attributs etre identifiés les
uns aux autres, il suit de la qu'il est el'roné d'attribuel' au sujet, dont le
SANSKRIT
7:1:
est la du « moi," et q.ui ,est 'fait d'intellect, l'objet dont le
domame est la notlOn du « tOl », amsl que les atlributs de l'(objet) et
inversement d'attribuer a l'objet le sujet et ses attribuls, '
e'est le style de blta$ya, la prose savante des commentaires née
de la dialectiqu; Cet i,nstruI?ent de raisonnement si pnis-
samI?ent agence, et qm va, 1m aUSSl, se raffinant (les textes phi 10-
soplllques du ;Moyen-Age deviennent d'une complication qui détle
dlrecte), ne s'est pas constitué d'un seul coup. Le stade-
prehmmalre est marqué par la prose serrée, concise, du Nil'ukta
surtou,t par ceHe du Mahabhagya, a l'articulation souple et
11 en demeure un reflet chez Cabarasvámin (ve s,), chez
KautIlla (date ?) et, e,hez certains commentateurs de grammaire ou
de rhet<lrlque, VOICl une phrase du Mahabha$ya :
aciil'yo r¡llcav apakar¡e pl'ah-
mukha llpmJ¡r¡ya mahata yatnena sütral,n pl'al,wyati silla tatl'a['a-
kYal,n pal'l,wniipy anul'thakena bharitll1,n Hl,n punal' iyata sütl'ena,
(1. p, 39, 10) ,
Le (= PB.I).ini) a composé les regles avec un grand'
aY,ant en mam l,(herbe sacree) dal'bha pour mode de purification,
etant aSSlS a un endrolt pur, découvert, face a l'orient : dans ces con<1i-
tio,ns il est impossible qu'il y aít (parmi ces lettres) une seule lettre quí
SOlt superflue, a plus forte raison une regle de pareille dimension,
Le passage suivant (I. p, 247, 6) fera sentir le dialoO'ue sous-
jacent a l'argumentation : o
dl'apyapinar¡a ak,1'tel' a;'inar¡alJ/ kutaM anar¡ritatpat/ anar¡l'itakrtiJ"
dl'apyam/ kim llcyate 'nar¡l'itatPacl iti yacl idan'ím eroktam adld-
_ iti/ epal}1 tal'hy arinar¡o 'naikatmyatj
cll'avyavmar¡a ak?'ter apl/lar¡alJ/ klltaM anaikatmyat/ aneka atmalc,1'-
tel' d,:apyasy,a cal tad yatha/ prk$astllO 'patano p,1'k$e chinne 'pi
na pl/lar¡yaf¡,
Quand l'objet (in?ividuel) disparait, l'espcce ne disparalt pas (pon!"
autant), - PourquOl ? .- En raison de son indépenrlance : l'espece n est
pas dependante de l'obJet. ---; Comment ! On vient de dire « en raison de-
son indépendance )) et l'on a dit tout de suite (avant) « les attributs sont.
co,?pris (da?s la notion en raison de l'association (existal1t e1ltre
obJet et espec,e) », - SOIt I Nous dirons alors que (l'espece) ne disparait
pas J¡larce 'ilu'rl n'y a pas nnité ,d'essence : quand l'objet dispal'ait, l'espece-
n,; dlsparalt pas, POUl'quOI? - Parce qu'il n'y a pas unité d'essence,
L de l'espece et celle de l'objet sont distínctes, C'est ainsi que le
tott d,e ltanes sur un al'bl'c ne disparalt pas, meme quand l'arbre est
coupe,
9'1: La des contes, soit en prose soit en vers, celle
famlher dans les drames, peut etl'e considél'ée comrne
Intermedlalre entre celle de l'épopée et ceHe de la littératul'e
savante : elle a le caractel'e rache et facile de la premiere, tout en
recherchant des effets d'art qui l'apparentent a la seconde. Un auteul'
comme s'inspil'e de modeles épiques, Mais le chemin est long
entre la v;rslOn plus du Pañcatantl'a, au style naIf, et
la lourde elaboratlOn que malllfeste un texte comme la 911kasaptati,
C'est dans les contes, qui sanskritisent des récits viyants clu folklore
que se laisserait le mieux suivre l'évolution d'un style réfractée
travers les exigen ces littéraires. ' ,
72 LES LANGUES
/
Comme l'épopée, le une masse de st1'oph,es gno-
miques. La aussi le style YarIe. lVIals les formes en t¡loka presentent
des phrases souyent fON simples, OÚ la concision n'a pas été obtenue
au dét1'iment de la cIa1'té :
niraloke Id loke 'smin nasate tatra
jatyasya hi ma!.lel' yatra kacena samata mata! j
Dans ce monde aveugle les savants ne demeurent pas en un lieu oi! la
piel're précieuse seeait estimée au merne peÍx que le verre.
nirgll1.1e$v api sattve$ll kUl'vanti sadhapalJl
na /¡i candrat¡ calJq,alapet¡mani/!
Les hons ont compassion meme poul' les etl'es sans valeur : la lune ne
ret.ient pas sa clarté dE'vant la demeuee d'un hoes-caste.
98. Le sauskrit bouddhique et le sanskrÍt jaina ont leurs
habitudes p1'opres. C'est récole des Saryastivadin, originaire du
nord ouest, qui a instauré aux enyirons de notre ere l'usag'e du
sanslcrit dans la tradition bouddhique. Ce sanskrit est de qua lité
variable : généralement correct, mais ayec des habitudes qui le
rapprochent du pali (§ : memes procéélés de répétition, d'en-
chainement des propositions, etc La phrase est yolontiers désal'lÍ-
culée en petits gronpes juxtaposés. Les particules se sont renop-
velées (d. notawment yena ... /ena au sens de ( OU .... la »). Il s'est
développé nn " interne» (aussi un instrumental), un futur
et un optatif en phrase p1'ohibitivc, etc. Les formes d'influence
moyen indienne abondent. Des emplois casuels se sont perdus, les
paradigmes verbaux rares ont disparu, sans que l'expression ver-
bale ait été pour autant cornproluise : au contl'aire, les formes
simples du veebe, le présrnt, le futur, sont plus fréc¡uentes que dans
la prose brahmanic¡ue. Au total, un appauvrissement des moyens
d'exPl'ession, un relachernent (les exigences mOl'phologiques et syn-
taxiques; et surtout, 16 maniement el'un vocabulail'e distinct, qui
fai! corps avec celoi du pali,
Voici, empl'unté au Karmapibhahga (éd S. LÉYI, p. 32, ayec la
traduetion repl'oduite de la p. 1:L2), un exemple cal'actéristique du
sarrsk1'it bourldhique :
yatlúi kaqmll'aya/}L mahanagal'ya/!L kilarhann anyataras-
min g.}'/ladpare ti§{lwlij tasya {l,)'ltasya parqvena l'ajapathas tena
paqft nlyatel sa b/¡iksus taT!t dl'${pa Ila ha dldk kaif{am
iti padatil purusas tar.n PTccllallti/ al'ya leim ha dllik kas{am
iti qabdaM sa aha! na palctapyam etad aqraddhanam! karyar-
thar¡L t71. brap/mij ya paqft rapamal,lO n/yate/ anena pura
g'-lqval'(!).w blnttva sthaJ,1r!ilfl1!t pl'ati$tltapitam/ ca
tatl'anena pat¡apo
mal'ar,1akale ca p/ltl'an iilntya [ira/Ia/ plltl'aM yady asti mayi
snellO ya e§a maya e$a
may i lcalagate 'nupraval'tayitapya iti! putl'ais tatJ¿astv iti prati-
t¡ru'tam! sa kalagatas tena 'mohajena
spagJ'he sa tatra jatau jiitau ghiityate!
adhllna n'iyate! atha sa bhik§llS tar.n
kal'llI,layamal.w a!la! spayam epa te spayam
epa prarartito pa<¿af'a<; ca gllatita!!! rapase!
sarpam idallL nirart/¡akam.
SANSKRIT
73
Ainsi, par exemple, dans KaQmlra, la grande ville. un Mendiant qui
était Arhat se tÍent a la porte d'une maison; a coté de la maison, il y a
la grand'rue. Un bceuf y passe, qui mugissait d'etre mené. Le Mendiant a
cette vue s'écria : Ah! misere! Les gens lui demandent : Saint homme,
pourquoi dis-(u : Ah! misere! II répond. Ce n' esi pas chose a dire a
ceux qui n'ont pas la foi, mais dans le cas qui se présente, je par!eraL
Ce bceuf qu'on mime E'Í qui mugit, c'était aupara\'ant un prince des mar-
chands qui lit installer un terrain ponr y célébrer un sacl'ilice pendant
une année elltiere ; lit on mÍl a mort quantité de bestiaux. A l'heure de la
mort, il manda ses fils et leul' dit : Mes tUs, si vous avez pour moi
que/que tendresse, ce sacrifice de bétail que j'ai commencé a célébrel' et
qui doÍi durel' un an, quand je ne seraÍ plus lit, vous devrez le conlinuer.
Ses fils lui promirellt de le faire. Apres sa mort, en raison de cet attentat
a la \'ie engendré par l'erreur, il re\'int nalt,'e dans sa prof!l'e maison
comme une tete de bétail. Il y est déjil né ainsÍ plusieurs et chaque
fois il finit par etre mis iI mort. Maintenant c'est la soixante·et-unieme
fois qu'on le mene á la boucherie, Et alors le MendÍant pris de pilié
pour cetle bete luí dit : e'est toi-meme qui as fait instalIer un terrain,
c'est toi qui as mis en train ce sacrifice OU tant de bétail a élé immolé.
POllrquoi grognes-tu? tout cela ne 8erL a rien.
Il faudrait distinguer d'une pa!'t le style des fondateut's du ktlrya
bouddhique, lVIat¡'eeta, Kumal'alata, SUl'tout Savant et
« prirnitif » (JOHNSTON) a la fois, qui suit de tres pres des modeles
brahmaniques; d' autre part la langue gauche et nalve des apadtlna ;
enfin la langue philosophi'lue qui s' est constitué un outillinguistique
adapté a ses besoins, d'une qualité d' ailleul's fort inférieure a eeHe
des textes brahmaniques.
99. Le sanskrit mixta. On ',appelJe souvent ce sanskrít mixte"
ou" hybride » la langue de cel'tains textes bouddltiques appartenunt
a l'éco!e des Mahas[u]1ghika, notamment le Nlahiivastll; malgré cer-
taines dilférences, on y assoeie les slances ou gatlla de livres
mahayanistes eomme le Lalitaf'lstal'a ou le SaddharmapllJ,ujal'l/w.
Longtemps on a cru qu'il s'agissait de tl'aductions ou de remanie-
ments d'un original pali. La queslion n'est pas si simple: on tl'OLlVe
cote a cote des formes en sanJkrit correet, des formes moyen
indiennes, des types mixtes, ainsi des nomilJatifs plul'iels neutres
en -a (a coté de -ani), des finales de prétél'Ít telles que abravi (a
coté de abrarit), etc. On est en présence d'un effort conscient,
quoique « mal réglé " peut-etre, « pour donner une forme littéraire
a une langue locule )) (BLOca). EDGERTON estime que la base en
sel'ait un prakrit protoeanonique, voisin de 1 ardhamagadhI et de
l' apabhraf]1ga.
Cel'taines inscriptions de Mathurá, qui nc sont pas toules d'ins-
piration bouddhiste, présentent des faits analogues. II n'est pas
douteux: qu'une lurge couche d'écrits bouddhiques, étalée sur plu-
sieur;; silJcles, a du utiliser ce sabir d' éeole, qui épigraphiquement
et littél'airement a précédé la sanskritisation totale.
100. Le san ikrít jaina. Quant au sanskrit jaina, qui est attesté
a une date beaucoup plus basse que le sanskrit houddhique (pas
ayant le VII' s.), il affecte une plus grande unifOl'mité, Langue plu-
tot élaborée, qui cherche a rivaliser ayec les modeles brahmaniques
et e' attache a des minuties pédantesques en matiere de grammaire
et de.Iexique. n est vrai qu'il s'agit la de littérature édifiante, mais
74 ,LES LANGUES
non canonique: des commentail'es, des reuvre.s ou
pseudo-historiques, etc .. ?auf pour le. v?cabulalr.e . elle
est indépendante de la vlellle langue relIgIeuse du jamlSme, 1 ardha-
magadhI (§ des textes ,Plus vulgaires l'in-
fluence de dlalectesprakrIts ou, plus recemment, du gUJratl.
2. MOYEN INDIEN.
101. Généralités. Le moyen indien a comme le sanskrit une
longue préhistoil'e. II a che miné parallelemen.t it. celui-ci, le sans-
k1'Ít étant réservé aux hautes castes, le moyen mdlen répandu sans
doute it un niveau inférieur, d'ou il a pris son élan pour servir de
langue de propagande au bouddhisme et au jainisme. L'utilisation
par les brahmanes est probablement secondaire.
Ses origines remontent donc haut. On a décelé des « prákri-
tismes » dans le Rgpeda (VVACKERNAGEL, BLocH), et il y en a en
nombre croissant dans toute la littérature sanskl'ite, d'autant plus
qu'on a affaire it des textes moins soignés, plus populaires. D'un
autre coté, par une situation paradoxale, le moyen indien, qui lin-
guistiquement dérive du sanskrit,. est attesté dans l'usage lar;¡ue-
(littéraire et surtout épigraphique) antérieurernent it ce dermer.
Tout se passe comme si le mouvement védique, imposant la sur-
vivance d'tin langage hiéralÍque, avait masqué l' évolution naturelle
qui se poursuivait au dessous,
102. Les iuscriptlOus d'Agoka. Les plus anciennes inscrip-
tions que nous ayons sur le sol indien, celles qu'au milieu du lIle S.
avant l'ere l'empereur AQoka fit graver d'une extrémité it l'autre de
I'Inde, sont des documents moyen indiens 283). On les appelle
parfois du « prákrit monumental ». Elles se di visent en quatre
groupes linguistiques : un du nord-ouest. le plus archarque, en
écrilul'e lehal'o$tki - les inscriptions de ShahbázgarhI et ele
sehra -, les inscriptions de Girnar au Kathiyavár, celles du bassm
gangétique et du Kaliúga, enfin celles du Dekkan. Cette réparti-
tion n'est pas sans rapports avec celle des textes moyen indiens
littéraires (BLocH), mais elle n'y répond pas rigoureusement, non
plus qu'it celle el'autres inscriptions contemporaines d'AQoka. Il ne
semble donc pas qu' on soit en présence de dialectes absolument
authentiques. Le texte ol'iginal, qni a dú etre éCl'it dans un dialeete
de rEst, du Magadha Ol! trouvait h capitale d'Agoka, et qui
représente sans doute la hngue ele la chancellel'ie impériale, aurait
été conservé tant bien que mal dans les inscriptions orientales, et
adapté pour les régions du Nord-Ouest et du Sud it des parlers
locaux ¡FHANKE, MICHELSON).
Voici le début du 10' édit snr roc, avec synopsis eles trois ver-
sions principales:
(Gimár) : depanm.npiyo priyadasi raja yaso ra kiti ra na mahatl¡a-
raha
(KálsI) : derana1.npiye piyada.'}a laja ya.Jo ra kiti ra no mahatharil
(Shah). : depanapriye pl'iyadl'at¿i raya ya90 pa kitri pa no mahatha-
(G.) : ma !late añata
ralla
tadatpano diglalya ca
1I1OYEN INDIEN 75
(K,) : manati anata yaso rq le/ti Pq tadatpaye ca
(Sh.) : mai'íati añatl'a yo PI ya90 lat"l ra fadatraye ayatlya ca
(G.) me jano dharJU/zasusI'll1.nsa SUS1'llsata !a
anllPldhlyatw.n
(K.): jane dha1.nmaSllSll$a me ti pa anupi-
dhiYa1.ntu ti
(Sh.): jane dhl'amas1l9ra,Ja s1l91'1l$atll me ti ca
dlllyatll.
Le roi DevánáT¡lpriya Priyadal'gin croi,t pas que. la gloil'e ou la
l'enommée appol'tent grand avantage, SI ce n est glolre ou la reu.om-
mée qu'il désire aUn que préseutement et a l'av.emr les (sOlent
condnits) par lui a pratiquer obéissance a la 101 ou a se conformer aux
devoirs de la loí.
103. Les inscriptions en moyen se succedent en
nombre jusqu'au temps ou le sanskl'lt devlendra la langue umque
ele l'épigraphie, c'est-it-dire jusque versle du IV
e
s. dan s
!'Inde du Nord. Mais Jes faits de langue sont dIsparates dans le
détail. Celles des KUf?ál)a (n
e
s.?) s'apparente;lt aux
aQokéennes du N orel-Ouest ' les documents officlels en ecrlturc kha-
rO$th1 ele Niya (Turkestan): qui datent du S., s,?nt en pra!,rit
aberrant melé, du moins clans le yocabulalre, d mfluences Ira-
niennes et peut-etre tokhariennes (BuHnow). , .
La langue du rnanuscrit Dulreuil ele Rhins, qm contIent frag-
ment cl'un Dhal'lJ1apada importé a Khotan l' époque
est également voisine des inscriptions, mals elle se lalsse mleux
localiser: elle repose sur un parler du N orel-Ouest (BLOCH), .Enfin
c'est aussi 11 un niveau pro che de I'épigraph.ie que se sIt,uent
el'apres LÜDEtls les fragments de elramcs bon.dellnques au
Turkestan, et qui sernblent pl'éfigurer les chalectes prakl'lts clas-
siques.
104. Le palio lVlais ceci nous it la propremen!
dite ; les textes religieux les plus anclens elu qUI
forment le Tipifaka dans l'école eles Theravadm, sont redlges en
un moyen indien ele type archarque, pl'oche elu sa;ns-
krit, qu'on appelle le palio Le mot slg'lllfie « texte, text: )),
le sens premiel' étant « limite, tracé ;). On se se!'t parfC:1s de
la dénornination de « haut moyen indlen » ou (( vleux pl'akrlt ».
Bien que le canon houcldhique en paJi ait été consel'vé it Ceylan,
il n'y a pas de doute que la lang'ue ne vienne clu continent. D'ou
exactement? D'apres la tradition, aux termes de laquelle le
Buddha aurait preché dans celle langue, ele 1 Est, du Mag'adha, ce
qu'acceptent certains modemcs .(WIND,ISCH, .. D?s, ressem-
blances avec des documents éplg'raphlques avalent lllclte OLDEN-
BEllG it chercher 10riO'ine dans rOrisá. On penche cependant
pIutót il. envisager un peut-etl'e a
des chemins menant aux grands peIermag'es; on a propose aussI
KaucámbI. .
oral elu páli peut remonter fort haut, mais la
rédaction des reuvres n'est guel'e antérieure it l'ere chrétienne. Il
s'ao'it d'une lanO'ue composite, qui ne repose pas sur un parler
b " • fl . l ' JI
unique. On y observe des m uences Ol?enta ce qu Aon appe e
les « magadhismes », eles emprunts au smg'halals, peut-etre au dra-
76 LES LANGUES
vidien. Les gatlll'i, ces portions versifiées qu'on t1'ouve partout
mélangées a la prose, notamment dans les Jataka, présentent des
archaYsmes de langue comme de métl'ique, et la restitution rigou-
reuse du me/re permet de déceler par dessous des formes parfois
plus anciennes. La prose canonique et post-canonique est unie, a
évolution lente; on n) voit pas les variations de style qui affcctent
la tradition sanskrite j seuls les arehaYsmes disparaissent progres-
sivement.
La littérature palie s'est prolongée jusqu'a l'époque moderne
par des commentaires et divers ouvrages savants, qui se bornent a
puiser dans le fonds anden, sans rien innover le plan linguis-
tique, L'infIuence du sanskrit se manifeste de maniere croissante :
déja. les textes anciens ont subi des refontes de détail d'apres la
norme sanskrite. Le canon primitif semble avoir été rédigé dans
un dialecte un peu différent: certaines anomalies phonétiques
avaient conduit S. LÉVI a supposer l'exislence d'un parlel' « pré-
canoniqne )) plus altéré que le pali.
105. Le pali s'est répandu hors des frontieres de I'Inde et de
Ceylan, qui a été longtemps sa forteresse, et oil l'usage parlé en
snrvit parmi les ll1embres de la cOUlmunauté bouddhique : a savoir
au SiaUl et surtout en Birll1allie oil ¡me tradition importante et
ancienne, en partie fondée sur des sourccs sanskl'ites (Mus), s'est
instaurée, comportant ses habitudes particulieres. Des textes palis
oot été connus aussi dans l'IndC' du Nord et dans les aires de difl'u-
sion du bouddhisme septentrional.
Le paji dérive du sanskrit, rnais certains traits le rapprochent de
la langue védique plutót que de la langue classique (FnANKEI. C'est
ainsi qu'il présente cOll1me instrumentaux des pronoms les formes
tehi et yehi qni rappellent véd. teb/ds ct yebhis, l'infinitif en -tape
en regard de l'iniinitif elassique en -t!lln,. l'absolutif en -tvana
remonte a un autre type que celui du sanskl'it commun en -tya,. des
formes comme idha ou sabbadlzi pal'aissent antérieures meme au
védique.
108, La phonétique pálie, comme ceHe du moyen indien.en géné-
ral, est caractérisée par ce C¡U'OIl a appelé la loi des trois mores:
10l'sclu'un groupe de consonnes suit une yoyelle longue, ou bien la
voyelle est abrégée ISlItta = sanskrit sutra), OU le groupe réduit
(d'ig/¡a = sanskrit d'il'gha). Des réductions ele groupe ont lieu en
tres grand nombre, soit par insertion de voyelle (sineha = sne/¡a),
soit plus souvent par assimilation : le mot .'atta peut ainsi remonter
a sanskrit sakta, satlDa, sapta ou r;aptrl. Il n'y a plus de groupes de
trois consonnes, plus de consonnes doubles a l'initiale, et la finale
d'nn mol ne peut etl'e que vocalique (ab/lft = ab/¡rtt). Les sifflantes
sont ramenées a s (sota = r;rotl'a et srotas) , La voyelle ?' (et l) a dis-
paru (paka = r,l'ka, rudd/¡i = VJ'ddhi) , les diphtongues ai et au ont
été simplifiées en e et o (metta = maitra), qui s'abregent souvent
et qui peuvent aussi résulter d'anciens groupes -aya- -ara-
(jeti = jayati). Tout le systeme ancien des voyelles et deleurs alter-
nances est oblitéré alors que l'al'mature consonantique a persisté
en se réduisant. Les phénomenes du n'ont plus qu'un
role secondaire.
MOYEN INDIEN
77
Les changements morphologiques sontd'abol'd fonctÍon des
nouvelles assises phonétiques. Le duel 11 disparu. 'fous les cas sont
théoriquement maintenlls, mais certains ont confIué pour la forme
et le datif tend a s'abolir. Presque 10ute la fIexion consonantique
cédé, et les fIexions vocaliques ellei'-memeS se sont simplifiées, par
une série ele compensations et d'ajustements. Le pronom personnel
a subi des altérations considérables. Le verbe plus encore : les
temps du passé ont disparu, remplacés par le présent, par le nom
verbal passif : un nouveau prétérit utilise des formes combinées
de l'ancien imparfait et ele l'ancien aoriste. C'est sur le theme du
présent, non sur la racine, que se ba.tÍssent le passif, le causatíf
souvent meme le futur et les formes nominales: le sentiment de
',racine n'est plus vivant. Les classes de présent de meurent, sans
comporter désormais de valeur formatÍve. La voix moyenne est
extremement rareo Des traces de subjonctif se reconnaissent dans
certaines formes d'impératif et d'optatif, Les locutions périphras-
tiques, déja connues en sanskrit classique, prennent une cerlaine
extension.
La dérivation est monotone, malgré l'apparition de quelques
procédés neufs. Les composés nominaux sont nombreux, mais les
types plus simples, l'ampleur moins excessive.
En dépit de tous ces changements, la langue n>a pas changé pro-
fondément de caraetere. La phrase conserve ses moyens d'expres-
sion : l'absolutif étend son emploi, devenant un procédé constant
d'enchainement d'une phl'ase a l'autre ; le style direct s'étend aussi,
remplagant les propositions complétives. Il y a un renouvellement
partiel des particnJes (cf. l'attaque de phrase par atila kilo).
107. Dans le style, le trait le plus remarquable, outre l'emploi
de métaphores propres a la prédication bouddhique, est le procédé
de la répétition. Sans doute la répétition était en faveur dans les
textes brahmaniques, notamment dans les BriiilmaJ,/a. Mais l'accu-
mulation de noms ou de verbes it sens approchant (une personne
« qu'on estime, considere, dont on [ait cas, qu'on honore ", les
croyants qui sont « les voyants de la vérité, les possesseurs de la
vérité, les connaisseurs de la vérité, les traverseurs de la
vérité )), etc.), la reprise de phrases entieres identiques ou presque
identiques, juxtaposées sans gradation ou avec une gradation insen-
sible, forment un trait éminent de la phraséologie bouddhique. Cela
s'accompagne souvent d'un parallélisme par paires (OLDENBERG).
Le rythme général est plus lent qu'en sanskrit.
Dans le raisonnement et dans la préclication, les attaches stylis-
tiques sont nettes avec la prose véelique, en particulier avec celle
des Upani$ad; dans les portions narratives, le pali n'est pas tres
éloigné de la prose sanskrite simple, telle que la figllrent les versions
anciennes du Pañcatantl'a. Les passages en style raffiné sont reIati-
vement rares (cf. dans le passim).
Quant au vocabulaire, iI est demeuré le plus souvent le meme;
les mots de forme id en tique a ceux du sanskrit abondent. Quelques
termes cependant n'ont aucune étymologie sanskrite (liimaka, relli),
d'autres sont d'origine incertaine (paritta, apa?.lI.laka, acchati), sup-
posent une hase sanskrite qui manque ou ne se rencontre que dalls
les textes en sanskrit bouddhique (lel,la, orada, naya, niraya, asara).
78 LES LANGUES
Les acceptions nouvellcs sont fréquentes : I'O'I,W « faute », lueZda
« chasseul'»; attabll(]ra a le sens el' « inelivielu» (atmabha",a « corps))
en sanskrit bouddhique), attamana celui de « satisfait») (attamanas en
sanskrit bouddhique), Nombre de termes banaux ont pris une
valeur technique, ¡ddhi « pouvoir psychique )) (skI', tdcl/d « prospé-
rité ))), et d, ariya, aralia, upasampanna, bllddha. D'autres ont
élargi leur domaine : dhamma, ayatana, sCt1]lkhara, dhatu. Des dou-
blets se sont constitués, parfois avec une nuance sémantique : kasira
kiccha, 1'Ct1,nsi l'asmi, hassati hCt1]lsati, atra attha (ettha). Les altéra-
tions phonétiqnes ont abouti a créer des mas ses d'homonymes, ou
parfois certaines valeurs se sont superposées : ainsi aram17ZctI,la qui
combine alambana et arambha, put/m qui englobe ptthak et
ptthu nibbuta qui mélange nir"'tta et nirtta,
108 Type ele prose pálie :
antamoso bilale lIpadaya ressantaramaharaja sabbasatte rissajja-
pesi/so nagarCt1J1 paritthadirase yera paccftsakale cintesi sre ri-
bhataya l'attiya /1lamagatabhawl1,n sulpa yacaka agamissanti/tes'
aha7]1 ki7,n classamUi/ tasmi7J1 khctl,le sakkassa aSanCt1J1 llJ.lhakal'Ct1,n
classesi / so arajjanto ta7J! kal'm}m,n ¡"¡atra I'ajaniresanassa paccld-
marattllllii ca pUl'imarattl/ll71 ca pftrento ghana-
megho riya sattal'atanapassa7J1 passapesi / sa koZwwgarc ja1.l7.111ppa-
mal,lCt1}l passapesi/ punaclirase m. tes((jJ! tesaJ,n lwZanCt1,n plll'ima-
pacchimaíJatt/lllsu rattadhanCt1}l tesal}l yera hotfl 'ti clapetra arase-
Sl11J1 aharapetra attano geharatthusmiJ,n clhanena saclclhiJ,n kottha-
gal'esll okirapetra danO'l,n patthapesi, (Vess,-Jat. nO 547 fin.)
Ainsi le roi Vessantara libéra toutes les eréatures y eompris les ehats;
le jour OU il entra dans la ville, au soir, il se dit : « quand la nuit s'éelai-
rera dpmain, les solliciteurs ayant appris mon retour viendront : que
leur donnerai-je? ) A ce moment le trone du Saklea devint chaud, (le dieu)
eonsidéra, ayant compris la raison : il fit tomber une pluie de sept sortes
de joyaux, tel un nuage d'orage, e.mplissant au niveau de la eeinture les
bi\timents arriere et les bi\timents avant du palais royal; dans la ville
. entiere il Lit tombcr (eeUe pluie) jusqu'au nivcau du genon, Le lendemain
il alloua aux diverses familles un emplaeement dans les bi\timents avant
ou arriere, et illes laissa ramasser les joyaux, Ayant réuni ce qui restait,
ille déversa dans sa propre demeure ayec ses biens propres dans ses
trésors, et il en fit don,
Type de poésie :
p/¡alanam ira pakkana7,n pato papatuna bhaYa7,n/ j'atana7./1
maccana7,n niccw,n mara/,wto bhayw,n/ /
mamayite passat/¡a p/¡anclamane macche pa appodake
etam pi disra amamo careyya bharesll asattim akubbamano/ I
(Sllttan. 576, 777.)
De meme qu'au matin la chute menace les fruits pal'venus a maturité,
ainsi la mort eonstamment menace tout ce qui nait ici-bas. .
Regardez eeux qui disent « mienne )) a l'existenee, voyez leur misere :
ainsi, lorsque la riviere a tari, les poissons se trémoussent en détresse
dans les basses eaux.
109. Le prakrit, Le moyen indien est représenté encore par
le prákrit (prakrit propl'ement dit ou « moyen prakrit » par oppo-
sitio n au pali), Le terme pl'ak?'ta signifie « qui apparlient a la forme
primitive (d'une chose qui a subi une modification, une rik?,ti) JJ,
l\WYEN INDJEN
79
cl:o,u « naturel, ordinaire, vulgaire ») ; mais gramman'lens et rhéto-
rIClenS .comprennent le mot au sens de « elérivé ele la prakl'ti ou
» ¡ e. du Comme .le en effet,' le prákrit est
derIve clu sanskrIt, non elu sansknt classlque) malS de l' ensemble
de la tradition ancienne : les faits y conservent quelque
résonance,
Les traits généraux elu prakrit sont ccux qu'on a décrits par
avance § 104 a propos du páli, rnais les changements sont poussés
a un sta': de 'plus; en morphologie en particulier, simplifications
et contammatlOns sont plus marquées, Dalls le vel'be, le trait sail-
lant est la, du L'usure est plus
qu ,en, ,: Il ya reducHon des occlus¡yes asplrées a 11, assi-
mIlatlOn generahsee dan s les groupes de consonnes, disparition de
nombreuses consonnes intérieures (avec, éyentuelIement, rempla-
.un y de faible volume, ce qu'on appelle la ya-¡:l'llti); n
(1,1, _ex. 1}flJ)a = skr, nllnam) et y passe d'ordinaire
aJ = yatha), Des groupes nouveaux de suffixes secondaires
apparalssent,
Si l'on cote a cote les divers dialectes et qu'on ajoute aux
qu'Ils attestent celles qu' enseignent les grammairiens, on
obue,nt un ensemble plutot disparate; mais au fond, il s'agit sOllvent
dlvergences, s,ans intéret, l'application mécanique des
regles de phoneuque. Les vanantes tIennent au degré el'archalsme
et meme les plus récentes se laissent déduire artificiellement
sanskrit,
110. Sur le littéraire, le se divise en deux grands
celm drarnes e,t du celui eles textes religieux
Jama. 1)1 1 on tradltI?n une école bouddhique,
celle. Maha,aIflglllka, auraIt redIge son canon en prakrit (cf.
aUSSl cl-dessous § f13).
Dans le drarne classique il est de regle que les différents
personnages parlent eles langues diverses. Parmi les dialectes
prakrits, la gaurasenI, (lui fait le fond du prakrit dramatique, est
le des femmes de haut rang et de celles de l'Xryavarta (R 84);
parml les parlent gaurasenI le bouffon, les gens de classe
moyenne, exceptlOnnellernent (Karpftrama71jarl) le roí. Les autres
d'un emploi plus rare: le bas peuple et les person-
nages I'ldICules parlent mágaelhr. Quant a la maharastrI elle a une
valeur et non sociale ; c'est le dialecte dans iequel sont
composees les stances destinées a etre chantées.
La présente la plus riche variété de prakrits. Mais
les gl'ammalrIenS en connaissent d'autres encore' ainsi la section
grammaticale du Natyar;astt'a énurnere sept « ») ou bhasa et
sept sous-Iang'ues ou riblla$a; la répartition change, mais la plu'part
sont des va;iétés soit de la mágadhI, soÍt de la gau-
rasem, Le GUalaIJ1kal'a attrlbué a Bharata connatt 42 norns
111, En dépit de l'aspect géographique de ces noms (r;aurasenI,
parler des <;urasena a Mathura' mágadhI parler du MaO'adha
d B
'h- . " b'
mo, ¡ al' septentrIOnal; parle!' du Mahárá$tra,
modo l?ays Marátha au Dekkan occidental), il n'est pas faciJe
de les ¡dentIfier avec des groupes ethniques précis, Ainsi la mága-
80
J,ES LANGUES
dh! ne répond que tres partiellement aux dialectes gangétiques
d'Agoka; elle doit représenter une ancienne Iangue locale qui par
de forts aménagements aura été pliée aux besoins du chant. La
n'a que peu d'attaches ayec le marathI moderne
(BLOCU), et la QaurasenI n'a pas de coloration dialectale particu-
liere. Sans etre inventé s , a coup sur, ces dialectes ont subi une
grande stylisation; iI faut y chercher des documents moins sur les
parlers réels que sur I'origine des confréries d'acteurs et de bardes
(BLOCU) : ainsi la gaurasenI serait le parler des troupes qui a partir
de lVIathura ont répandu le thé:ltre a travers rInde. Sur le cas de
la paigacI, dont la localisation.ne résuIte qu'indirectement du nom,
v. 13. La Kapyam'imal.nsa, qui insiste sur I'égale dignité du sans-
kri.t, du el de I'apabhrarpga, donne une répartition géogra-
pIllque CllrIeuse.
Ce confirm;rait. assez négatiye, c'est qu'il
date anClenne la repartItlOn a ete dIfferente : les pieces attribuées a
Bhasa, qui marquent une transition, n'utilisaient pas la mahara':ltri
(PRINTZ); pas dayantage les fragments de drames d'AgvaO'hosa
qu'on a retrouyés en Asie CentraIe; a coté d'élats antérieurs"cle ia
magaclhi et de la gauraseni, Agyagh0
9
a emploie une yieille arelha-
magadhí (dont iI reste eles traces encore chez Bhasa) ou « semi-
magadhi » (LüDERs), et le Ntttyar,¡astra en corrobore la yalidité pour
le dra!lie. Le meme texte d'autre part enseigne, semble-t-il, pour
de prose la mahara9trI, tandis que les stances chantées
qu 11 cite en les sont en gauras:nI (NITTI, MAN.
QUOI qu 11 en formes archa'ic¡ues
lalssent entrevOlr une preh18tolre des prakrIts, entre le n
e
s. avant
I'el'e et le u
e
s. apres : ces témoignages yont de pair ayec ceux du
prakrit épigraphique, représenté notamll1ent par l'inscription de
Násik, et par_le panégyric¡ue ele Kharavela au Kalinga
(grotte de § 292),.du s. avant l'ere, le plus aneien
do:ument. prakrlt el.ont nous. ellsposlOns. 1I en J'ésulte que le prá-
knt cIasslque, eelm de Káhdasa et des grammairiens, doit etre
postérieur au n
e
s. ou du moins avoir été fixé a cette date seule-
ment, et que la mahara9trI en tout cas ne remonte pas au-dela
(LüDERs).
112. La que les grammairiens regardent comme le
p.rakrit par paree possMe la littérature la plus
rlChe (NITTI) , etend son domame bIen au-delit du théátre : elle a
été utilisée pour eles poemes épieo-lyriques de grand renom, le
Setubanell/a, le Gaii(laf'allO, et surtout pour une poésie lyrique
célebre, celIe de Hala, qui a déborelé les limites du lVIaharastra. Le
trait caractéristique du dialecte est l'élimination des consonnes
simples entre yoyelIes, ainsi llaa = sanskrit udaka, kaz =kati Oil
kapi ou kapi ou lerd.
Ex. : lmsllmallhapiaeluao maülaiabahucflao /
sírj.hiliamal.wggahal,1ao paar dahi1.wparar;ao/ / (Rcttntip. I. 13)
Messager aimé du (dieu) armé de fleurs, le vent du Midi souffie, fai-
sant bourgeonnel' les mangniers en foule, relilehant la iiel'té ombl'ageusc
qui s'est empal'ée (des belles).
samasoklrhadulrlchaparipw.i(lI/ial,1a lctile'fJ.a rürj.hapemmaJ,la/
jaJ.n mara'i k/m jia'i iarmlt mualJt hoi / / (Hala 144).
lILOYEN INDlI!:N 81
Qual1d de deux qui ont grandi en commune joie ct souffrance,
unis par un amou!' qui a poussé pcn a pen, 1'nn meu!'t: e'est celní-la
qui vit en véríté, l'autre est mort.
On voit comment ce parler tout en yoyelIes était approprié au
chant.
La gaurasenI au contraire reste phonétiqllement yoisine du sans-
krit; les altérations morphologiques sont relativement pen mar-
quées par rapport au páli. Le traÍt saillant est le passage de t a el
(de th il clh), ex. paclicla = patita. Les dOllbles formes de flexion
connues par les autres clialectes subissent id une réductÍon ; ainsi
l'absolutif se forme uniquement en -ia, le passif en -ia, le génitif
eles themes en -i- -ll- est en -1,10. Le vocabulaire a été particuliere-
ment influencé par le sanskrit.
Ex. : eeliJ.ul (qjaÜtlassa durral'adal'IlI,l([rambheJ,la dlllckhasmJt-
lchoeJ.la pal'imusial.liaclllklrhm.n lri?n ri pamuddl'((}/1 me Mam.n
(Uttar. 1Il. 36/37)
A cette explosion de douleur de mon cher éponx, d'une irrésistible
violence, mon CQl:Ul', dépouillé de sa proprc peine, a je ne 5ais quel
trouble
La magadhI esl caraetérisée pal' la siffJante 9 (plltta9ca : plltl'a-
sya), par l g'énéralisé ([a([l,1o = rMc7llas) , par y maintenu, et rem-
plagant meme j: yayade = jtiyate. Le nominatif singulier des
themes en -a- est -e : ce haste -= sa(s) hastas.
Ex. : kilJt yaci dhavaci palaa9i paklrhalant'i
vacu pa(ida I.W mali99a9i cyi$tha etapa/
kameJ.w dajjlJadi hu me ha(lake /(tva991
aJig-cilalar;iparj.ide via Il1m.H9alrhm,1(le / / (M:.I'cchalr. l. 18)
Pourquoi vas-tu, eours-tu, t'enfuis-tu en tl'ébuchant? Sois gracÍeuse,
o belle : tu ne mOUl'ras pas. Tiens-toi tranquille. Mon pauvl'e ereur
brüle d'amour comme un morceau de viande tombé sur un tas de ehar-
bons (llrdenls).
113. La paigací est dans une situatÍon a parto Non att<c:stée dans
les drames, cl'apres la tradition ce serait d'une part la langue des
« démons », d'autre part la langue dans laquelle a été rédigé un
recueil de contes perdu, la B,I'hatkatha de GUI;aqhya. Les grammai-
riens citent comme parlicularilé principale I'assourdissement des
occlusives sonores, nalfara = llagara. La région du Vindhya est
elonnée pour lieu d'origine. Mais il apparait bien que la B,I'lJatlratha
est une reUV1'e kagmlrienne, et GRIEI1S0N a tenté de montl'er que la
pai<;acI se reliait aux inscriptions agokéennes du N ord-Ouest ainsi
qu'aux parlers darde et kafir de l'Hindükus, - langues qu'il
appelle pi9aca -. Enfin, el'arres la tradition tihétaine, l'école
boudelhique des Sthavira (ou celle des Sarpmiüya?) se seryait de la
pai<;acI.
114. Quant aux prakrits jaina, il faut distinguer d'abord la
langue des vieux sütra clu canon, qui est l'al'clhamagadhl ou « semi-
magadhI )) (on dit aussi « langue sacrée »). Comme son nom
I'indique, e'est une langue mixte, voisine de la magaclhi, ayec
ele fortes influences mahal'a9trI, notamment dan s les portions
métriques, ou JACOB! a elécelé une forme plus ancienne. A d'autres
L'fNDE, tome I.
82 LES LANGUES
égards elle s'appareute a la Qam'aseni, tout .en restant 'plus qu'au-
eun autre prakrit indépendante Les tr,aIts
sont le nominatif en -e, la sononsatIon de k en g, I emplol ec
valeur d' absolutif) de I'infinitif en -(tu (et -ittll) , de l' absolutIf en
-tta. r et s sont conservés. ,
Ex. : siddhattlte khattie .kayaJ.n pauppabMiyae rayal}'ie
uppalakamalakomal' ahapar¡ujure .pabhae rattaso-
o·appagasakir¡lsllyaSUyamuhagll1.n¡ . ahakkame!../a
dirayal'e tassa ya kal'apaharaparadclhaJ.n'!,2.l_
balayarakIl1.nkllmeJ.1a1}t khaciya rra j'ivaloe sayaJ,ll¡¡ao abbhutthel.
(Texte connu sous le nom de Kalpas11tra de Bhadrabahu 59)
Ainsi done, de bonne heUl'e, quand la nuit laissa voir la ?larlé/ la
matin bl'illant ouvrit les douces fle.urs lotus et des
. qU',nd au moment prévu le dleu du Jour se fut leve - pared a la
nOUIS, ' • d b d' t
coulenr dn rouge aqoka, du kl'/¡¡quka onvert" u ec, un perl'oque ou
du O'llIij!ll'dha - quand les ténebres eurent éte chasses par les coups de
es "mains le monde habité étant comme plongé dane le safran
le soleil le prince Siddhartha surgit de sa couche.
lVIahavlra passe pour avoir preché en il s'agit
sans doule d'une ardhamagadhI plus anclenne, plus proche de
celle el' Asvagho$a J§ 11'1). " , _
Le canon des Dlgambara est eC1'lt dans une so:te de _ Qam
avec quelques magaelhI et ardhamag.adhl: on 1
pelle la Qauraseni pma. les non d_es C;, e-
tambara sont réeligés en un chalecte VOlsm de la mahara$tn - on
l'appelle la )aina -_ qui c_omme a du se
constÍtuer a parllr de I ardhamagadlll Les de ces
trois prakrits jaina, leur prakl'lts et le
pali posent des problemes 11 _ des textes
ardhamagadhI et (amsl ":fahanzsÜla), et une maha-
ra$trI archalsante (amsl le VasuderahlJ.l0l ).
115. Les pralo'its jaina forment une langue religieuse autonome
qui a son propre, ses exigences, ,de
a celles du pah malS avec beaucoup plus el elaboratlOn, la lheto-
rique, comme le par cité, y tient ,t!ne
Au contraire, les prakl'lts dramatlques (et ceux de I epopee 1) Ilque)
sont de simples transpositions du sanskrit : structure
maticale, meme métrique, meme
distingucnt les tatsama) ou forme a celle
sanskrit, et les taclblzara, mots reguherement d_u sanskrIt ,
sur la 3
e
catégorie, les v. ci Les chay,a ou gloses
sanskrites, proprement « ».' parvlenner;t ,sans
peine a renclre mot pour mot 1 orlgmal prakrIt. Les procedes du
karya, de la poésie soumise aux lois et Ol'nements, de
part et d'autre : un texte commc .le Sctllbanclha avec les
pires artifices des poemes sanskrlts. Et la tracbtI?n
prakrit remonte plus haut meme que celle du sanskrlt: s est
que l'inscription de Khara-;ela (§ 111). une déJa
sure de ses moyens. Elle s aussI. Ion€!¡-
temps que la tradition sanskrlte, c est-a-dlre theorlquement Jusqu a
nos jours.
MOTEN INDIEN
83
Au total le prakrit n' est pas plus que le sanslcrit classique une
langue « libre ,. : c'est, autrement présentée, fixée a un stade plus
récent de l' évolution, une langued'art. sinon une langue artificielle.
L' écart a vec les parlers courants a dú devenir de plus en plus sen-
sible; ele la, pour y apporter remede, ces listes de mol s « régio-
naux » OLl cle91, c'est-u-dire de mots non résolubles par la dériva-
tiOn nOl'll1ale du prükrit, qu'enregistrent les grammairiens et ou
les écrivains vont puiser.
116. L'apabhrarp.ga. L'importance de l'apabhrarpQa comme
point de jonctiol1 entre le moyen indien et les lang'ues modernes a
été réalísée pleinement elepuis qu'ont été mis au jour, durant ces
vingt-cinq dernieres années, des textes littéraires qul ont renou-
velé notre connaissance de ce dialecte.
L'apabhl'aIj1Qa ou « déchet », dialecte t( chu » (de la norme san s-
In'ite ou pl'akrite¡ désigne une sorte de prakeit ahel'l'ant. La tradi-
tion le c1asse a la suite des prakrits, englobant par la ce qui dans
l'usage littéraire n'est ni sanskrit, ni prakrit; éventuellement elle
entend par ce tenue l'aspect ancien de certains vernaculaires, s'il
est vrai que plnsieurs noms d'apabhraIj1ga qu 'elle fournit ne sont
autre que des noms de vernaculaires.
Les textes connus sont du xe_xu
e
s. ; néanmoins les débuts de la
littérature remontent certainement plus haut; il existe eles témoi-
gnages phílologiques (chez Bhamaha et Dal,l<;lin) a partir du VI' s.,
un témoígnage épigraphique ele antiquité. .
Les textes sont excIusivement poétiques : épopées religieuses ou
du moins hagiogl'aphiques, contes édifiants, d'inspiration jaina. Ils
proviennent eles milieux jaina occielentaux, ceux du Rajasthana et
du Gujrat. Si l'apabhrarpQa est bien originaire ele cette zone, si Q'a
été, ce qlli est elouteux d'aillcms, le parler des AbhIra (JAcoBr) et
des Gurjara, il s'est en tout cas répanclu dans toute lInde du
Nord : au Bengale une forme aherrante en est attestée dans les
strophes mystiqlles de Saraha et de Kal)ha, les Dohiiko9a, qui vul-
garisent le tantrisme du Vajrayana; la tradition tibétaine a con-
servé le sOllvenir qu'une école boucldhique utilisait ce dialecte.
Une forme dégradée en existe également elans rEst, l'apalzatt(h)íI.
bhasa des commentateurs, la langue des exemples liLtéraires du
Prak,1'tapiilgala.
117. L'apabhraIj1Qa forme un mélange de prakrit et de langues
populaires : « une reviviscence de la littéralure prakrite mori-
Londe par introeluction d'éléments populaires » (ALSDORF), « une
langue moderne habillée a la prákrite » (BLOca). Mais, non plus
que celles du prakrit, les variétés ele l'apabhraIj1ga ne sont 10cale-
ment ielentiliables, et il ne faudrait pas ehercher en chacune d' elles
le précurseUl' de tel parler moderne. La fixation s' est faite il partir
du pralC\'it et en fonction du prakrit : théoriqllement il y a autant
d'apabhraIj1Qa cIue ele prakrits. Les grammairiens en connaissent
un grand nombre : Markal).(leya par exemple cite 27 variétés, qui
se résument en trois principales, le nagw'a, l'upanagal'a et le Pra-
calja, la premiere étant la hase des cleux autres.
Le vocablllait'e est celui du prakrit. Les faits ele langue marquent
un progres ve1's cette usure des finales et ces simplifications mOl'.
84
LES LANGUES
phologiques qu'on trouve au point de dé,Part, des langues
modernes. Les voyelles longues en fin de mot s dans tous
les mot,: non monosyIlabiques, -e, en peneral -l et don-
nant -u . le timbre final -u, caractenslIque de 1 apabhral1lQa, emane
aussi ancien -amo En outre il y a contraction de deux voyelles
finales du prakrit : . ainsi on a .-a pour -aa et pour -aii, -'1 pour
-ía, etc., ce qui recl'ée secondall'ernent. 100;gues. La
consonne r se maintient, et t du sansknt reapparalt paruellement.
"Ces nouvelles altérations contribuent á accroitre la .confusion des
désinences' les eas se réeluiserrt en général a trois, d'ou l'extension
des postpo;itions .. Dans le .verbe, tout est sur le
theme de présent. La denvatJOn en -d?a- -ulla- -alla, ele)él connue
du prakrit, se propage. de falts de de style, de
phraséologie, sont propres a 1 apabhral1lQa ou. elu
avec un eléveloppement nouveau. 11 est sensIble qu 11 s agIt el une
languc littéraire au meme que les autres, et les recJ:.erches de
rhétorique n'y sont pas moms poussées que dans les karya sans-
krits ou prakrits.
Ex. : rara khajjau girikandal'e kase¡'u / 1,lau dlljjal.wbhaüharah-
kiy¡ü / d'isantu kalusabhavaI'¡kiyai / /
rara 'I.wravarll dhaf'al'acchi!le/ !lou ma kucchihiJ/ mal'all
khalakucch iyap.allll rayct/.wi'/ bh ÍlI(liyw.lctyal.wi'j ma
nihalau sur'uggame/ / (HarlVct1.nr;aplll'. p. 503)
vaut man<rel' des racÍnes clans une grotte de montagne que VOil'
le froncemeut de s"ourcils d'hornmes rnHuvais, ou se réyele leur carac-
tere impuro l\iieux vaut qu'un hornme n'entre pas dans le seÍn d'une
femme aux yeux clairs ou me?l'e sÍlót né, plutót que. de deyoir achaque
lever de soleill'egarder les Ylsages de rnaItres vulgalres et has clont les
sourcils se froncent au-dessus des ycux.
3. LES LANGUES MODERNES.
"Ecr'n 8k 1to)J,x r6vw: '[o¡owv'
xod oox cr'f{crt.
Hérodote, 3,98.
118. Généralités. « Il y a, dit Hérodote, bien des peuples
parmi.les qui parlent lallgue »'. Cette
diverslté, qu on oubhe parfOls, est mlSSl eVI,dente, nos J?urs,
qu'elle l'était au ve S. ay. J.-C. En 1931, on denornbra:t clans 1 Ern-
pire des lndes, 225 langues distinctes, et le monumental Sll7'rey
(L. S. 1.) ele GRIERSON décrit 723 parlers.
Ces chiffres, pouetant, si précis qu'ils soient, demandent une
importante rectification; Dano 1;0tal offi.ci.el ele 225,. les langues,
tibéto-Lirmanes confinees aux reglOns VOIsmes du Tlbet et ele la
Birmanie, et qui ne réunissent pas plus ele 12 millionsd'h., ont été
comptées pou!' :L28 : les langues ne sont pas
plus d'une centaine; nombre qm narren d excessrf pour un pays
si y.aste et si peuplé. Ce pas.' non des consé-
quences aussi grav.es qu on 1 Imagmer. Ces langues
ramiment a un petIt nombre ele fanulles, et l,a e?-tI e
elles, de profondes affinités, renforcées par 1 umte de
LANGUES MUNDA
85
et notamment par l'influence du sanskrit, qui s'est éxercée partout.
Il est donc relativement facile, pour les Indiens, d'acquérir plu-
sieurs langues analogues, et, en fa.it, ils sont tres souvent bilin-
gues (cf Gensus 1931. Vol. 1, pt. n, p, 51.0-512), des millions d'in-
dividus (en majOl'ité illettrés) sont ll1ultilingues, D'autre pal't, la
répartition des langues n'est pas purement géographique; il Y a
aussi une répartition verticale, en accorLl avec la caste. le métier, le
pays d' origine ou la religion, si bien que eles langues nombreuses
coexistent dans un meme district, dans une me me ville, dans le per-
sonnel domestique d'une meme maison. C'est ce qu'il ne faut pas
oublier quand on dessine, non sans arbitraire, les aires linguis-
tiques de !'Inde. Cet état de choses a ses inconvénients et ses avan-
tages : en fin ele compte, le développement d'une langue COmll1une
interrég'ionale rencontrerait, a superficie égale, moins d'obstacles
qu'en Europe.
On elistingue trois familles principales: lang'ues indo-aryennes,
au nombre ele 27 et parlées par 257 millions d'h,) langues dravi-
diennes, au nombre de 14 et parlé es par 71 millions d'h .. et langues
mUl)(la (4 millions 1/2). Les langues et diverses autres qui
ne se ramenent a aucune de ces trois familles, ne groupent qu'une
fraction négligeable de la population, mais elles peuvent corres-
ponelre a d'anciens idiomes du pays, et ont, par conséquent, un
Íntéret historique.
a, LANGUES MUNDA ET DlVERSES.
119. Répartition. Les langues mW,1(la (pron. mounnda) sont
parlées, ,Ians le Norel-Est du Dekkan, par 4.600.000 lndiens parmi
les plus arriérés ; elles comprennent sur le plateau a elemi stérile
de Chata-Nagpur) un bastion compact formant le grollpe khe¡'rari,
ou l'on distingue, a l'Ouest, le lIlu1,l1j,al'i lenv, 600.000 h.) et le ha, et,
a l'Est) le san/ali (env. 2,200.000 h.), qui descend jusqu'au Gange.
Il y a, en outl'e, eles ¡¡ots clétachés, l'un au sud ver s Ganjam, avec
le savara ou sara (195.000 h.) et le gadaba, l'autre a l'Ouest, avec le
kllrku (170.000 h.) des monts Mahadeo. Dans toules ces I'égions
déshéritées. le voisine avec des langues dravieliennes non
écrites, telles le g·ol)(.li ou le kurukh.
On a eru retl'ouver, enfin, quelques caractéristiques dans
une série de parlers himalayens, égailIés de l'Ásam au Kashmlr.
120. Le S'tlltali. La plus importante des langues est le
santali ou san/al qui, au sens large, est parlé par environ 3 millions
cl'individus, sur la bordure occiclentale du Bengale. C est la mieux
connue. grace aux travaux des Scanclinaves (notamment Rév. P.
O, BODDING).
Le santali pos sede un systeme de voyelles tres riche. Cette
richesse de timbres nous est connue grace a la sagacité des mission-
naires scandinaves; des constatations analogues auraient pu 1\tre
faites sur heaucoup d'autres langues indiennes. Outre a, i, ll, il Y a
deux timbres pour e (e fe!'mé et e ouvert) et pour a (a fermé et o
ouvert). Les voyelles peuvent etre prononcées breves ou longues,
indifféremment; l'allongement a souvent une valeur emphatique.
Toutes les voyelIes et diphtongues admettent une forme nasale (á,.
LES LANGUES
í, ú, etc.). Il existe, de plus, une de (q, 1(, Ü l, 1/),
appelées voyelles « neutres )), au tlmbre vOlle et guttural; on les
nomme aussi « résultantes » (BODDING) paree qu'elles ne se reneon-
trent jamais isolées. Enfin les eliphtongues sont nombreuses, « des-
cendantes », par ex. ae, ao, qi, r;ll, ea, éo,1(6, etc., ou « aseen-
dantes » : ea, ia, etc.
L'harmonie phénomene bien connu des linguistes, si
net en turc, joue un grand role en santal,i. ?,out I?ot quí contient
un i ou un ll, ne peut comporter, en prmClpe, d a)ltres yoyelles
10,6 %
Fig. 9. - Les langues du monde.
que i, u, ou des « neutres )) : ex. krpni « travail »i ruq « malade »,
et non lcami ou rua. En face de kaZa « sourd », on a k(lli « sOUl'de»
(formation de e.mpruntée a l'hindi) ; .kota « gargon »,
fém. ¡wri. Le mot hmdl ItObl « chou » devlent Les voyelles
e et o ¿ont ouvertes ou fermées selon que la voyeIle suivante est,
elle-méme, ouverte ou fermée : en-te « juste par la ,) et en-ka
« juste ainsi )); on-te « la » et on-ka « ainsl ».
Le systeme consonantique c.omporte a peu pres toutes con-
sonnes du sanskrit : les Occluslves sourdes et sonores, asp'rees ou
;non, la série rétroflexe (consonnes prononcées avec la lang'ue retour-
née, ou, au moins, relevée), plus un .r rétroflexe. En outre, un
trait caractéristique du santali, et. plus généralement, des langues
mU.Q.Q.a est l'emploi de « semi-consonnes » ou « consonnes arré-
tées », 'It', c', t', p' : ce sont des occlusives qui Íle sont, pour ainsi
LANGUES )\[UNDA
87
dire, qu'esquissées. Le son produit a été comparé au ton « abrupt»
qu'on reneontre en Indoehine.
121. La morphologie du santali reeourt a des préfixes, des suffixes
et des infixes. L'infixation surtout est un proeéelé earaetéristique
des langues Ainsi les infixes -t- et -n- forment des noms iI.
partir de mots exprimant une aetion : ehop' « eommeneer )J, eto/¡op'
{( commencement », mucr;t' {( flnir », mllnllcqt' « fin ». L'infixe
-p- forme, entre autres, eles verbes réciproques : dal « frappe¡' »,
dapal « se frapper mutuellement)J. L'infixe k' (semi-consonne) a.
Fig. 10. - Les langues de l'Inde.
une valeur emphatique, et, dans les nOllls de nombre, distributive :
irql (e huit )J, ik'1'ql « huit a chacun ». Un autre procédé morpholo-
gique est le redoublement, soit d'un radicalentier, daZ-daZ, soit de
la premiere consonne seulement, da-dal.
Un rnérne mot peut étre considéré soit comme verbe, soit eomme
nom : kombro « vol, voleur, volé, voler ll. Les caractéristiques et
la fonction d'un mot sont indiquées par les suffixes ou particules,
qui lui sont apposés. Ainsi le 110m est suivi de diverses postposi-
tions : ato-re « village-dans, dans le village ».
122. Le santali a trois nombres: singulier, dael, pluriel, pour
lesqllels le pronolll a des [oemes distinctes. Dans les noms, les
88
LES LANGUES
signes du duel (-kin) et du plu1'iel (-ko) ne Bont autres que des pro-
noms mis en suffixe. Et ce signe est facultatif : un memc mot peut
et1'l' pris comme singulier, comme collectif ou comme pluriel. En
fait de genre, le santaIi ignore le sexe; iI distingue l'animé et l'ina-
nimé ; mais cette distinction ne se manifeste directement que dans
le pronom. Indirectement, le genre d'un nom se révele par la cons-
t1'uction grammatieale ou dans le ehoix des su[fixes : ainsi la partieule
qui earactérise le complément du nom est -rim pour l'animé, -al.
ou -reak' pOUl' 1'inanimé,ex. o,1'ak' ron kisal' « 31e- maitl'e 2de 11a-
maison ,), mais hapl'amko rea!c' !catha ({ 31a-parole 2de lles-ancet1'es,
les traditions des ancetl'es ».
Le santali n'a pas un mot placé devant un autre p1'end
une valenr de qnalificatif, ce qnalificatif pouvant aussi bien exprimer
une qllalité qu'une action : boge « bonté », boge 111)1' « un homme
bon » ; calak' ({ aller » ; calak' hór « un homme qui ira }). Les idées
de comparatif et de superlatif s' expriment, comme dans les autres
langues de l'Inde, par des locutions particulieres : « grand it-partir-
de ... ,), « grand it-partir-de-tolls )).
Les pronoms démonstratifs sont nombreux et nuancés. Le pro-
nom personnel possede, au duel et au pluriel, une forme « inclu-
sive », ex. abo « vous et moi, nous tOUS», et une forme ({ exclu-
sive », ex. ale « eux et moi, nous autres » (ici l'interlocuteur est
exclu).
123. S'interpretent comme formes verhales personnelles, eelles
qui se terrninent par un pronom personnel réduit précédé de
l'affixe -a-o ex. kombl'o-ket'-a-e ({ il a volé }). L'objet de l'action
5' exprime par un prono m in/ixe intercalé a vant le -a- : komlll'o-lced-
c-a-ko « ils l' ont volé», et cela meme si le complément a été exprimé
déja par un nom : « la chevl'e, ils l' ont volée ».
On distingue une voix aelive et des formes médio-passives. Il
n'y a pas de temps analogue a notre futur ou notre présent, mais un
grand nombre de hases exprimant, avec heaucoup de nuances, des
modalités de 1'action. Par exemple, le radical seul, utilisé eOlnme
base, exprime le concept de 1'aclion sous sa forme la plus générale :
vérités constantes, faits inhérents au sujet, éventuelIement faits habi-
tuels. CeHe forme tient lieu de futur. Il Y a deux présents, I'un
indéfini, indiquant qu'une action se déroule, sans préeiser que ce
soit dans l'instant présent (ex. \( ils plantent du riz }), - ces jOUl'S-
ci, mais non il la minute meme), l'aut¡'e défini, ou deseriptif, com-
prenant le verbe copule kan. On compte, en outre, plusieurs bases
exprimant eles faits passés, un optatif, un antérieur, des impératifs,
un prohibitif. Ellfin la pIupart de ces formes verhales peuvent etre
mises a « l'intentiollnel» (ap pelé aussi « réservatif))) : « tu n' as
qu'it attacher ton poney a eet arhre (pou!' te rendre libre) ,);
« j'écoute (pour m'en souvenir a l'occasion) »; « tu as tout l'aeonté
(étourdimellt, sans sOllger aux cOllséquenees) ».
La négation est pl'éfixée au ver be; elle est ba, balÍ dans la propo-
sition déelarative, ato dans la prohibition, ólió dans l'expression
énergique. Il y a un verbe d'existence menct/c' « etl'e » et un verhe
négatif bgnllk' « ne pas etre ».
Le santali forme volontiers des composés verhaux il 1'aide de
verhes auxiliaires : par ex .... kiriñ darawañme ({ ayant aeheté
LANGUES DIVERSES
89
viens », e'est-a-dire « rapporte-moi (du marché) .. , )); baTa « etre
occupé a" ; gOl' et liót' « faire expéditivemcnt, achc\'er J'un COllp n.
On ceée eles inchoatifs pll' l'ael.lition tIe la pilrticule lwrít'.
Le smt:lli est une langue non éceite. ?I'his nous avons, pou!' l'étu-
dier, le b3au recueil de folk-lorc de BOl)l)lNG. sans paderdu Jie-
tionnaire réeemment achevé, qui est tres rlche en exemples n
était temps, cal' le santali est, actuelIelIlent, en yoie d'altération.
124. Les langues mUl;t<;la ont des affinités ave e le mon parlé en
Basse-Bil'manie, et avec le /cll/ne/' lou cambodgien) d'Illdochine : on
en a eonclu qu'elIes se rangent, a coté du mon-klimel', la famille
dite austro-asiatique. On ral!ache également a eNte famiI!e la I,angue
des Hes Nicobar, et le kl/Ct.,i (234.000 h.), qui eonstitue, en Asam,
un Hot lingllistique, perdll panni des pal'lers imlo-al'yens ou tibéto-
hirmans; le khasi n'est apparenté au groupe mUI.u;la que el'une
fagon indireete.
125, Langues d'alltres famillas. L'l famille tihéto-birmane,
dont le domaine propre est extérieur á I'Inde, est représcntée clans
rInde. par de multiples parleI's, nichés dans de hautes valIées, ou
des massifs toul'mentés, avec quelques eoulées elans la plaine. On
distingue: 1) un groupe tibétain comprenant, entre autres, des dia-
lectes himálayens, dits pronominalisés, qui, par leurs proeédés
morpholog,j(Iues et leur phraséologie, semblent s'apparenter au
lpuW.la, 21 le birman.: 3) des groupes interll1édiaires : al gr. Nord-
Asam. b) gr. bodo (ou bdtd) et naga, e) gr. kuki-chin. Dans eette
poussiere ele langues, dont la filiation est tres complexe (cL LSI, 1,
1, p. 54), on l'émarque le bodo ou btlta ou kaear? (291.000 h.) qui
oecupe notamrnent le massif Garo, et, dan s l'aire kuchi-chin, le
meitliei (3H:l..000 h.) de Mani/mr c¡ui essaime, tres loin de sa base,
en différents points du Bengale. Les langues tihéto-birmanes, qui
ont une eertaine parenté avee le chinois, possedent, comrne celui-ei,
des tons, et tendent au monosyllabisrne; mais eette del'nieee ten-
dance est parfois peu marquée, dans !'lnde : on trom'e des formes
arehaYc!ues qui, en faisant apparaitre notamment le jeu des préfixes,
présentent, pou!' toute la sinologie, un vif intéret.
D'autre part, il ya de grandes prohabilités pour que le tiMto-
hirman ait eu jadis, clan s !'lude, un domaine plus étendu ; il peut
avoir eonstitué, en pa1'ticuliel' pour le bengali, un substrat, dont
1'étude n'est pas 1\ négliger.
126. Reste le burushaski. bUl'llsask¡, parlé par 20.818 h. (Lon ¡1IIEn)
dans une des régions les plus inaccessibles da monde, ill'exn'émité
occidentale des monts Kí'trakoram 174°10' a 75°40' Est et :36° a 37°10'
Norll) á lajonction de rInde, de l'lran et de la Chine, au point mort
entl'e trois puissantes familles linguistiques : indo-européen, tibc\to-
birman, tllrc Le hurushaski ne compte qu'une variante dialec-
tale, le werchikwar, et n'est apparenté quoi qU'OH en ait llit, a
aucune. autre langue eonnue. On apergoit seulement des eml)j'unts
arabo-per.;ans, et des. analogies, voire des échanges récipro-
ques, avee les langues dardiqlles voisines, not. sil,la (§ 183); mais
le plus surprenant est que. dans l'ensemble, cette langue a une
« physionornie )) indienne (ef § 191): elle a notamment des eonsonnes
qui ressemblent aux l'élroflexes.
r
I
90
LES LANGUES
b. LANGUES DRAVIDIENNES.
127. Répartition. Les lang'ues dravidiennes sont ceHes qui
sont appal'entées au tamoul: skr. drafJirJ,a, d'ou CALDWELL a tiré
« Dravidian » (1836), n' est pas autre chose qu'une forme sanskri-
tisée de l'appelIation tamiL, páli damila. Les Iangues dravidiennes
se partagent en deux branches. distinctes : 1) un groupe compact
qm c.ouvre la plus grande pal'tle du Dekkan et le Nord de Ceylan,
et qm compr,eIlll ele graneles langues de civilisation, pourvues d'écri-
tures et de httératures; 2) un ensemble d'i!ots linguistiques épar-
pillés elans le domaine indo-:hyen, au Sud elu Gange, parlers de
populations arriérées, parfois meIées it des populations de lan-
gues mUl).<;la, Le dl'avidien a, en outre, une annexe hors de l'Inde :
le bráhüi du BalücIstán.
0:) Dravidien du Sud.
Tamou.l. .Le tamoul, tamiL (prononcer a peu pres : tameuge),
parle par 20 mtlhons d h., est la langue du bassin inférieur de la
Káviri, et de l'Extreme-Sud. C'estl'idiome de Káreikkál, de Puduc-
ceri Ponclichéry), .de <;ennei (Madrás). Il occupe, en outre, le Nord
de qeylan, e.t essaIme en ele nombreux poinls du globe : lnde, Bir-
mame, Malalsie, Indochine, Antilles, etc. Il s'écrit en un alphabet
particulier. _
Il mérite, a plus c1'un titre, el'etre choisi comme exemple de
langue ell:avidienne. Non qu'il soit la plus parlée : il ne vient qll'en
seconde IIgne, apres le telugu. Non qu'il donne l'image la plus
complete de ce qu'a pu étre le dravidien commun: des lalJO'lles
non écrites comme le gOl).(li et le kUI'ukh ont conservé
1rails prohablement plus archaYques. Mais c'est l'instrument dune
des plus riches litlératures ele l'Inde, dont les premiers documents,
les poemes du Sailgam, pcuvent remonter aux premiers siecles de
ere ?t pense-t-on, un état de langue antérieur a
1 ere chrénepne. Mamtenu par ceHe tradition littéraire, présel'vé
sa géographique, le tamoul est la langue dravidienne
a le défendu. son vis it vis des langues
aryennes enva)ussantes : 11 a SUbl, dans son vocabulaire l'inf1uence
du ,et du a un bien degré que
c?,ngenel'es, et Il n est pas aIle, comme le telugll ou le kannra,
Jusqu a adopter :les sons étrangers (les aspiré es par exemple). Le
tamonl, enfin, a Joui d'un enseignement grammatieal indigene qui
ne le cede, pour l'ancienneté et la précision, qu'it celui du sanskrit;
c'est, grace a cette circonstance, la langue indienne dont on saisÍt
le mieux la strueture intime.
129. Le tamo al est riehe en voyelles et diphtongues. Les
voyelles a, i, u, e, o, peuvent etre breves ou longues : ladistinction
entre e et e, o et O, est un point ou le draviclien, en génél'al, eon-
traste avec l'indo-aryen. Les diphtongues sont : ai (ei) au, ai, ei,
ei, oi, oi (les cinq dernieres notées ay, ey, ey, oy, Mais ce n'est
pas tout : elevant une consonne rétroflexe ou devant les consonnes
R et L, définies plus bas, on trouve i « dur », bref ou long, et e
dur, bref ou long, ex. (J'irJ,u « maison» (pron. approx. veu<;lou),
F
I
LANGUES DRAVIDIENNES 91
pel.' « femme », (ne pas prononcer « ll, mais « pOl). », avec la
langue retouI'née). En ce sens, la notatlon « tamoul », ou « tamul ",
pOllI' taml L, est un a «( tamil », cal' on ne
peul avoir, devant un L, de 1 proprement dlt.
L'haI'monie vocalique joue un róle important en tamoul, comrne
dans la plupart des langues clravicliennes (ef. CALDWELL, Comp.
Gram. 3, p_ 136-137) : le timbl'e de la voyelle est différent selon
que la sylIabe suivante contient une voyelle fermée ((i, u) ou non
(a) : on entend couramrnent /IIodal « premier », écrit mudal, km.n/u
« ayant pris », écrit kOlJrJ,u, Jl manque encore un exposé d'ensemble
sur' ces faits, mais le phonéticien J. R. FIRTH nous le promet (Arden's
Tamil Grammar, Appendix, p. XXI-XXIII).
130. Le systéme consonantique differe profondément de celui
de l'indo-aryen, et en différait encore clavantage, sans doute, a haute
époc¡ue. La' grammaire indigene distingue trois ordl'es de con-
sonnes: le' « fortes » le, e, t, t, p, R, les « faibles )) 1Í, ñ, n, m, LV,
et les « rnoyennes » y, 1', l, P, 1, L, ce qui revient il. peu pres a ;
oeclusives, nasales, fricatives. On voit qu'il y a une serie rétl'of1exe
\§ 120) : t, 1.', 1, mais le ,1' rétroflexe est absent. Les na'sales se I'en-
conlrent souvent en compagnie de l'occ!usive
h + k, m + p etc; mais OIl trolIve aussi ñ isolé : 11dlam « monde».
Au d{'bllt el'un mot, une « forte » est toujours sourde : kal « pierre " ;
auclln mot ne commence par g. Dans l'intérieur d'un mot, on r, n-
contre, soit les sonores g, (l, el, b, intervocaliques (idu « ceci ou
apl'i's nasales (íllge « ici »), soit les sourdes géminres, kk, ft. ti, pp,
inteI'yocali(f118s (petti « bolle ),). Ainsi, il ne peut y avoir ni de
sonore il. l'iniliale, ni, le e mis it part, de sourde simple it l'intervo-
calic¡ue : de skI' eleva, le tamoul rait le¡¡al' « dicux », de skI'. gali,
il fa;¡ ka di " marche » un Tamoul ignol'ant le franQais, qui voulait
répéter « gateau », disait kauo. La sonorité de l'intervocalique
simple se manifeste dans toute la périorle historique dll tamoul
(cf. J1flodura, Pline, VI, 105 Oil en a de trop nombreux indices
(A. lVIASTEIl) pour la mettre en doute,
131. La gémination est un fait essentiel en tamoul; elle concerne
toutes 'es occlusives», toutes les nasales, presque toules les fl'i('a-
tives. C' est, notamment, dans le cas de gémination, que rappel-
lation docc!nsive est pleinement jnstifiée. En effet la sonore intcr-
vocalique, isolée, est, en fait, une spirante : le el de ida « ceci " est
comparable au son de th anglais elans othel', agayam « ciel )) se pro-
non('e a peu pres ilhilyam cette tendance parait ancienne, si l'on
en juge par l'équivalence des suffixes -¡¡- et -pp-) ou par un mot
COlime la('am « austérités », de skI'. tapas. Toute initiale est, plus
ou moins, spil'ante, et ceci semble corresponcll'e a un état de choses
aneien. si l'on admet l'archaYsme de formes comme Kurukh !Jallll et
BI'ahui han, en face de Ta. kall « ceil ».
On donc combien les 'sons du tamoul different de ceux du
sanskrit : la parenté des ()eux alphabets ne doit pas nous faire oublier
]a disparité fondamentale des deux langues. On observera, en outl'e,
qu'il n'y a pas d'occlusives aspiré es : on a, de skI'. bf¡ftmi, Ta. pümi
{( terre )). JI n 'y a pas de consonne aspirée h. Il n'y a pas, non plus,
de sifflante, a l'époque ancienne : le e, de nos joms, tient lien de
1)2
LES LANGUES
sifflante, par une évolution seeondaire. Le tamoul a, enfin, des sons
tres particuliers : ainsi le L, son chuintant, 80rte de z, parfois
transcrit r; et R, ou l' fort, qui, géminé, se prononce UI', et, a vee la
nasale lV correspondante, ndl', ex:. eNRu « ayant dit » (pron. enndrou).
Il existait, dans l'ancienne langue, un sonffle guttural, n'apparais-
sarlt ([u'entre une voyelle et une consonne, ex. a'dll (( cela ».
Les groupes de eonsonnes sont rares, nasales mises i.t si
l'on trouve amal'ndu (( ayant résidé », magiLndu «( s'étant réJom ",
{3'est paree que la « faible " (la nasale) joue ici le role d'une voyelle.
Les liquides 1', l, 1, ou P, ne se combinent avec aucune autre con-
sonne : skI'. p¡'íya devient ph'iyam «( plaisil', affection ", tyaga
devient tiyagam « abundon », dharma devient {úl'umam «( piété,
charité ». On rencontl'e -tk-, mais les groupes -Ia-, -pt- ne sont pas
admis. Il est peu probable que les gl'oupes de consonnes aient été
beaucoup plus courants en dravidien commun.
132. Les regles de la phonétique de mot strictes et
curieuses : ainsí aucun mot ne finit par une occlusive, aucun. en
principe, ne commence par une liquide ou une rétroflcxe : tIc skI'.
loka, nOlls avons Ta. ulagam « monde ». En revanche la rétroflexe
se présente d 'une fac;on autonome a l'intérieur d'un mot : a(lu
{( ehevre )), alP.laN « frere ainé ».
Les regles du sanelhi, c'est-a-elire ele l'euphonie entre mots qui
se suivent, sont aussi constantes et aussi délieates qu' en sanskrit.
Au sllrplus le sandhi a un role grammalical. L'initiale elu mot en
est si SOl!vent affectée, elle est si instable, qu'en poésie, ou inter-
vient la rime par le elébut dll vers, c'est la seconde syIlabe qui
compte : ainsi kal'ci commence un vers et lll'ei le suivant Des regles
de sanelhi existent dans tout le dravidien (L. V. AIY AH),
et notamment dans des langues non écrites, ou elles n'ont évic1em·
ment rien c1'artificÍel.
L 'accentuation c1u tamoul, fort peu étudiée, résel've sans cloute
des surprÍses. Le fait le plus notable est qu'en fin de phrase, OU se
trollvent généralernent groupés des éléments verbaux, on laisse
tomber la voix, si hiel! que le verbo personneI, qui vient en dOl'nier,
n'est souvent que chuchoté.
133. La fonction des mots est indiquée en tamoul1) par la suffi-
xation, 21 par la cornposition, 3) éventuellement par le sandhi et
l'ortlre des mots. Il n'y a pas de préfixes, pas d'infixes. Les suffixes,
cOlIllIle en turc, s'accuUlulent : r'i(lll-gal-ei « les maisons (acc. plur.)) :
-gal- est le signe elu plllriel et -ci le signe ele l'accusatif. Il n'y a
pas el'alternanccs \ ocalic¡ues, seulement quelques cas d'alternances
quantitatlves (paC1ll-/pÜr/ll, « se produire-occurence )), kaJ.l-beNj kaJ,l-
r/eN « je velTai-j'ai "U ))) CHIS peut-etre a des causes forluites.
Le tarnoul comporte eles norns (et pronoms) et des vel'bes. Les
autl'es pal'lÍes ell! discollrs tiennent fort peu de place.: pas tI'adjec-
tifs a haute époquc; 011 compte quclques adverbes simples (( ioi »,
« pOllrquoi ? ,,), quelerncs Ínterjections, et des mots imitatifs. Des
particuies suffixales comme -um, -o, ne penvent se rencontrer isolé-
rnent. A l'époque mo(lcrne, certains éléments jouent le role d'adver-
bes. d' aeljeetÍfs, ele conjonctions, de postpositions : mais ils ne sont,
a peu d'exceptions pres, que des fOl'mes nominales ou verbales plus
L
LANGUES DRA VIDIENNES 93
ou 1110ins spécialisées : aNül ( rnais n littéralement « cela
étant », pogumbodll « quand OH part ", lttt. " partant-moment )).
134 Le systcme du nom est par la de la
classe et du o·enre. Les noUlS sonL ellVISés eu classe supel'leure et
classe inférieoure La forme du nom n'indique pas nécessairement la
classe a laquelle il appartient. La premiere elasse comprend
etres doués de raison hommes ft elieux. Dans eette classe. les désl-
nences pronominales 'eliffél'eneient, au singulier, le l11aseuiin (-N et
le féminin (-1), mais le pluriel (-r) est commun aux deux sexes. La
classe inférieure englobe les etres privés de raison, animés ou non,
sallS elistinction: une pierre, une action, un oiseau, un hébé. Il
existe, dans la classe inférieure, une forme de pluriel (en -kal);
mais, a vrai dire, la marque du pluriel est facultative : tou.t
« inférieur l) a, surtout dans l'ancienne langue, une valeur, ll1ellS-
tillcte, de pluriel ou de singlllier.
Beaucoup de 110ms ele la classe inférieure ont deux formes, l'une
de cas sujet, l'autre de cas régime: vl(llljfJ1ttll, 171[{l'amjmaraltu'; la
seconele s'emploie dans un mot composé, s'il y a dépenelance, r1(-
tukkadafJll « la porte de la maisoll », et ele theme aux cas
obliques du singulier, rz,ttllkku « la mal.son. ». autres
noms ne comportent qu un seul thel11e : puh faIt pultkku «. au
tigre )l. Les principaux cas sont par des suffixes qlll ne
sont, et n'ont jamais été, si loin qu'on remonte, des suffixes :
acc. -ei, dato -Iw, gén. - iN; d'autres cas Hant exprlmés par des
noms figés en postposiLions : ftr il « dans la ville » semble signifiel'
litt. « ville-maison »).
Les pronoms des deux premierts personnes ont une forme ele
cas sujet, et une de cas régime : ex. ni « tu », uN « toi » (ancienne-·
ment niN). Au pluriel de la premiere personne, le t:lIIloul mode.rne
a un « inclusil'» nam ( nous " (vous eompris), et un « exclusIÍ l)
nailgal « nous autres » : mais, attendu que -gal, suffixe réservé a la
classe inférieure (Tolk. Col., 169) ne pouvait primitivernent s'ap-
pliquer a une personne, la forme évidemment. ;
et, de fait, plusieurs langues dravlelwnnes Ignorent la ellstll1ctlOn
inclusif-exclusi f.
135. La conjugaison du verbe tamoul repose essentiellement sur
eleux themes : l'un de l'inaccompli, l'aulre ele l'accompli. Le pre-
miel' est pOUl'\'U des suffixes -g- (qqf. -y-) j -kk-, ou -(J- (-b-) j -pp-,
ou zéro : ( il'lIkka ( etre l), naN il'uppeN « je serai ou je sllÍs » ; il
exprime l'acLion sous une forme généraIe : vérités constantes, faits'
inhérents au sujet (u le tigre se nourrit de "iande, est carnivore »),
faits habituels, enfin futuro Le theme el'accompli est généralement
pourvu des suffixes ·d- j -tt- ou -i· : raJ¡gi «( ayant pris \), ceydu
« ayant fait ", naN par/liteN « j'ai lu l) : il a peu pres,
a notre passé. Il n'y á. pas de présent, clans l'ancIenne langue;
diverses périphrases a valeue de présent se sont forr:tées au
de la périoele historique, par ex. Moy. Tam. ceyyaNiNReN « Je
suis resté áfaire, je fais ». La forme de peésent actuellement en
usage contient le theme d'inaecompli, suivi d'un élément qu'on
peut interpréter soit comme un suffixe, soit comme un auxiliaire au
J?assé: Vx-Tam. ag·iNRu «( étant devenu l), Ol! « étant », ou « est ",.
94
LES LANGUEII
ceyg-iNRaN OU ceyg-iRaN, « iI fait », et par la suite agllgiRaN. (( iI
devient ». Dans le présent teIugu, le second élément est, effeetlve-
ment, selon CALDWELL, un auxiliaire : unnu, d'un verbe signiflant
« exister ».
136. Les formes personnelles du verbe, ayee des désinenees
d'origine pronominale, se présentent eomme des expressions nomi-
nales, des partícipes attributs : « j'ai vu », Jitt. « ayant vu
J. e» V x Tam. rarugll-ral' « ils viendront », litt. « il venir ils J). Ces
' 1" I désinenees, notons- e, n appartlennent pas en 'propre au ver)e :
dans l'ancienne langue, elles pouvaient aussi bien se joindre il Ul.
nom pOUl' en faire un prédicat : de kaN « roi » on fait kol\'eN « roi-
jr, je suis roi » : de sorte qu'il y a, en principe, une conjugaison
du nom. En outre, ees formes personnelles ne sont pas
lemellt distinctes de participes noms-d'agent : e'est par l'usage que,
au eours de J'histoire, telle forme s'est spécialisée clans l'emploi de
prédicat : il n'y a, a l' origine, pas de différence entre ceyd araN
« l'ayant fait, eelui qui a fait » et ceyd-iiN « il a fait », entre
korfllpparal « la donneuse» et ko(lllppal « elle donnera ». 011 voit
done que la 3
e
personne du verbe porte la marque de la classe et
du gellre; et le suffixe moderne de pluriel (-kal) est commun il la
[ois au nom, au pronom, et au verbe personnel (28 et 3" plur.).
Mais le verbe ne se manifcste pas seulement par des formes per-
sonneUes ; les formes non prédieatives jouent un role capital, elles
sont ele beaucoup les plus fréquentes dans l'usage. Elles sont de
eleux sortes : les participes épithetes et les « g'érondifs » : les pre-
miers s'appuient sur un nom, les seconds sur un verbe principal.
Dans chaque cas, les deux thbnes sont représentés. Le participe
aecompli se signale par une terminaison -a " apaN ceyda petf
i
,
litt, « ille ;= ab illo) facta capsa, le coffre qu' il a faÍt », le
participe ínaccompli par -um : pa(likkum pustagam « le livre a
lire )J. Les formes « géronelives ", on dirait volontiers « adverba-
tives », cOl11prennent aussi un inaccol11pli !infinitif), ex. il'llklca
(Vx-Tam. il'llppa) ,( tandis qu'il est, ou qu'ils sont ») ou « pour
ell'c )J, et un accompli ígérondif propremellt dit), ex. peci « ayant
parlé, ceydu « ayant fait ll. Il est remarquable que certaines de ces
formes puissent, malgré la regle générale, etre employées comme
prédieats : c'est le cas de tous les participes en -um, qui servent
aussi de tl'oisicme personne (sing,ou plm.) de classe inférieure :
il'lllclcll/n « étant ", signifie aussi « il est ou sera, ils sont ou
seront » (sujet de cl. infér,), On retrouve cette meme forme en
-llIn clan s les impersonnels, ex. pel,l(lll1n « il faut », et dans les locu-
tions en -am (de agllm), ex, pogal-am « on peut partir »),
137, On voit done que le verbe tamoul ne se distingue clu nom,
ni par la fonction préelicative, ni par la conjugaison personnelIe,.
rnais ({u'il se caractérise 1) par un jeu de themes exprirnant des
rnodalités de l'action, 2) par un jeu de désinences qui, dans les
formes non prédicatives, indiquent si c'est un nom, ou un autre
verbe) qui est complété. Ajoutons que, dan s la langue moderne, le
verbe, pl'édicatif ou non, a toujours un sujet exprimé : non seule-
ment ¡¡aN van deN « je suis venu », mais aussi ¡¡aN panda raLi « je
yen u chemin, le chemin par ou je suis Yenu)), La distinction des
LANGUES DRA VIDIENNES
95
themes s'étend meme a des dérivés nominaux: il coté de cey-cl-al
« le fait de faire, l'action )J, on a cey-g-ei ( le temps ou l'on fait
1'0pél'<1tion », a coté de pa(li-tt-al « le fait d'étudier quelque chos
e
»'
on a lJarfi-pPll " l'instruetion '. Les racines c¡ui n'admettent pas
suffixes ne sont pas des yerbes: c' est dire combien est neite, en
tarnoul, la distinetion entre le verbe et le nomo
Non moins importante est la distinction systématique entre l'in-
transitif et le transitif. Le verbe transitif se signale souvent par
une gélllinée, donc une sourde, qui apparait soit elans le radical,
agll-dal « devenir », akkll-dal « faire devenir, fail'e )J, soit dans le
suffixe, aRll-g iRadu « il se rompt », aRIl-kk-iRaN « il rompt »,
pa(bHLu-g·iReN « je fais soufIrir ». Dans la pratique, l'intransitif
correspond fréquemment a notre passif. Il existe, d'autre pal't, eles
causatifs (ou transitifs indireets), parfaitel11ent distillCtS eles transi-
tifs, en ce qu'ils impliquent l'intervention d'un agent intermé-
diail'e; leur caractéristi(Iue est un suffixe il labiale plus i,'. pi- / ppí-.
138, La négation s'exprime par des proeédés curieux et varié s :
1) par des verhes auxiliaires, différents pour l'inaccornpli (maNeN)
et pour l'aeeompli (illei), 2) ou encore, il l'inaccoll1pli seulement,
soit par l'absence de toute caractéristique de tell1ps et de mode,
dans le verbe personneI (1), ¡¡aN pec-eN « je ne parlerai pas », soit
par le suffixe -a-, pogadu « sans alIer », ¡oel,lrfam ( il ne faut pas ».
Il n'y a pas de verbe copule, mais il y a une copule négative spé-
ciale (alZa), si bien que la négation attributi ve (alZa) est différente
de la négation verbale (¡l/ei).
L'interrogation s'exprime, soit par un mot interrog'atif, p, ex.
ya" « qui? », soit pal' le suffixe -il, qui est, en général, le tout der-
nier phoncrne de la phrase yaNciya (( un éléphant ? »
Le tamoul use constamment de cOll1posés yel'lJaux tels que poy-
ri{taN, littéralement « étant alIé il a laissé », c'est-a-dire « 11 est
parti ,) (action achevée;, e(lllttllk-k01,l(laN, littéralement « ayant son-
lev,é, il a pris )), c'est-a-dire « il a enlevé (pour lui) ), va
« ayant pris vie!ls », c'est-a-dire " apporte ». L'importance de ces
<:omposés verbaux a été signalée également en telugu (GALLETTI),
en kannara (K1TTEL), et clémontrée depuis longtemps et ayec
ampleul', ponr le malayi.Ham) par GUNDERT : il est reconnu que ce1'-
tains verbes, employés cornme auxiliaires, jouent un role dévolu,
dans d'autres langues, aux « prépositions » ou préverbes, et
renelent meme des lluances que nous appelons aujourd'hui des
nuances d'aspeet (dul'ée ou brusquerie de l'action, achevernent ou
non-achevement) ,
La phrase obéit a un ordre asscz rigoureux : le cornplément
vient a vant le mot complété, les circonstances avant le principal, le
terme de comparaison avant le comparé. On commence par le
sujet, on fiuit par le verbe, MalgTé l'absence de cOlljoIletiolls et de
relatifs, la langue, meme parlée, favorise les longues phrases, divi-
sées en serni-phrases, dont chacune se termine par un gérondif
adverbatif,
139. La littérature tamoule est parmi les plus riches et les plus
(1) 8e10n une hypothese qui a été faite, il s'agirait, en réalité, d'un
suffixe -a-, et non de l'absence de toute
96 LANGUESl
originales qui soient : elle compte en viron 200 auteurs classiques
(liste de 212, chez PUHNALINGA:lI PILLAI), elle s'éteIlll, avec une
con1Ínuité remarquable, sur vingt de l'ere chrétienne a noS
jours. Au point de vue linguistique, on distingue 1) le vieux-
tamoul, comprenant lui-meme deux stades principaux; 2) le
moyen-tamoul ,á partir du VII
e
s.), ou l'on peut faire plusieurs
divisions, et qui survit comme langue savante; 3) le tamoul
moderne, qui a deux formes, l'une « correcte ", l'autre vulgaire.
Les spécimens dits « dialectaux» du Ling. Survey of 1. 50nt, en
fait, c1u tamoul vulgaire, a peine localisé. L'épigráphie, qui est
riche, datée, pel'mettrait de suiy're l'évolution linguistique avec une
précision qui évoque celle de l'épigraphie grecque,
A ses différents stades, la langue change relativement peu : elle
renouvelle ses particules grammaticales, ses locutions, augmente
ses emprunts an sanskrit (attestés des le début), mais la phonétique
et une partie du yocabulaire restent figés dan s une imllluabilité
étonnante, qui se compare a ceHe du sémitique. Seule la forme vul-
gaire moderne, qu'on soupqonne d'ayoir existé depuis longtemps,
présente des altérations phonétiques du meme genre que ceHes qui
séparent le prakrit du sanskrit.
140 Voici un spécimen tiré des Di.c ldylles, recueil elu Sailgam
(1 ers siecles de nOlre ere) :
Vieux-tamoul] vaceiyilpllgaL vayaÍlgllvelpn'ilV
Ricei-tirindu teRkegiNun
taRpa4iya taliYlll.lapiR
puttembap puyaNmaRi
vaNpoyppiNlln taNpoyya
maleittaleiya karJaRkapil'i
puNalpal'andu •. , .
PattiNappalei, v. 1-7.
Meme si la blanche planete brillante, a la réputation sans tache, I
changeant de place, passait au Sud, I et si, pou!' <lue l'oiseau qui les
ehante (les nuages) et qui a les embruns pou!' nourriture, Ile pul, soit
mal en point, <si> n'amenant point leu!' "yerse, Iles nuaiSes étaient
infideles, - fidelc, elle, Ila Kaviri, de la montagne a l'océan, I répan-
daut ses flots." ¡La meme phrase se poursuit sur plus de 200 ye1's, dans
une architeclure dont l'ordonuance et la délicatesse évoquent l'art dra-
vidien).
141. On considere comme les plus anciennes inscriptions
tamoules, ceHe de Vallam (SIl, I1, n° 72), et ceHe de Dalavanür
(El, XII, nO 27), remontant, toutes deux, a la premiere moitié du
vn" s. ap. L-C. Nous donnons Dalavanür, pe section :
Tamoul épigraphique J
Sl'l . tOJ,l(leiyandd¡' [ vendaN narendiralppoual'eiyaN ve[l,lbett
i
N-
ReNb[d]llmigamagiLndll lcaj1.lrJdN sal'amikka pelí'tjileiydN sajttul'll-
malles¡'a¡'dleiyameNRal'\lINukki(lamdgavdhgll.
Prospérité! Le souyerain ala guirlande de tm.ti,lei, Narendi!'app5tta-
reiyaN, au Sud de Vel)cbettu, g!'andement réjolli a vu (a fait faire), lui a
l'arc terrible qui prodigue les fleches, le sanctuaire appelé <;atrumalle\)-
varalaya, afin que ce Boit une résidence pour Hara.
Il s'agit du roi ele Pallava Narenelra (Mahendravarma 1er), Ta.
LANGUES DRA VIDIENNES
97
étant l' équivalent de skI'. pallapa . . La langu: peut etre carac-
terlsee comrne malS ,elle dlffere tres peu du
tamo,ul actuel : c est, a peu pres, le franqals du XVI" s. par rapport
au notre.
142. Malayalam. Le 71Ialaytilam, parlé par 9 millions d'hahitants
sur la cote du Malabar (y compris rvlahé), est tres proche du
tamoul, dont il semble ayoil' hifurqué dan s la premiere période du
moyen-tamoul, vet·s les IX-XC s A date récente. la langue a subi une
forte influence sanskrite. Elle comporte une littérature assez abon-
dante, et une écriture particuliere.
On parle malayálall1 aux Hes Laquedives.
143. .Le (on prononce a peu pres kannara) ,
est parle par 11 IInlhons d habttants sur une vaste portion du Dek-
kan: tout le plateau t:U Maisur jusqu'a la Krisna au Nord' il s'élend
aussi, a l'Ouest, jusqu'au hord de la mer, le centre Manga-
lore. L.e kannara est apparenté d'assez pres autamoul, mais avec
des tralls netternent originaux. Il a fortement suhi l'influence du
sanskrit. Lallgue mélodieuse et riche, le kannal'a a une Lelle litté-
rature, relllontant au lVloyen-Age (IX· s.); il Y a des inscriptions
dát?eS des Vl
e
et VIl
e
siecles. On distingue trois états de langue :
anClen, moyen, moderne.
, On rattache au kannara le dialecte barJaga, dont la filiation est
dlscutable, .la (652.000 h.) des environs de :Manga-
lore, peu eCl'lte, D1aJS tres raffinée. Dans la montagne, un pea
au Nord ele Mahé, se parle le kurJagll (45.000 h.) ou coorg dont
.serait á approfondir. Il y a aussi, dans les de
petlts dlalectes en voie d'extinction, par exell1ple le toda, restreint
á 600 persollnes.
144. Telugu. Le telllgll (26 millions c1'h.) ou teliilga, s'écrit
dans un caractere presque identique a celui du kannara mais est
linguistiquement, tres distinct. Tres anciennelllent
ment riche il connut une période de splendeur
sous 1 emplre de Vl]ayanagar (xve-XV¡e s.). Et bien que son centre
actuel soit le pays Andhra, c'est-a-dire la basse Godií.varl, il n'en est
pas moins dissérniné en multiples ilots dans tout le Sud, en pays
kannara et en pays tamoul; il est particulierement dense dans
I'Extreme-Sud.
Le kannara et le telug'u sont, l'un et l'autl'e, en contact avec
l'indo-aryen, principalelllent avec le ll1arálhi et 1'01'iya; la frontiere
du groupe dravidien du Sud ne dépasse pas le 20° degré N.
Dravidien du Nord.
145. Eparpillés sur un vaste espace, parlés par
des populatlOns misérables et al'riérées, envahis par le yocabulaire
indo-aryen (surtout hindi), les i10ts elravidiens du Norel forlllcnt an
P?i:rt de vue linguistique, un compact, par l'unité de la pho-
netlque et de la morphologle. lIs sont, a heaucoup d'égards,
: ces langues non écrites, enregistrées seulement ele nos
Jours, c.ommandent souvent l'explication ele faits attestésen tamoul,
1 ya plus de dix siecles. Il est urgent d'en pousser la desc.ription
, et l'étuele.
L'INDE, tome 1.
98 LES LANGUES
146. Gondi. Les Gonds, dont le nom se trouve déja dans Ptolé-
mée (Gónclaloi), forment une communauté ethnique qu'on peut éva-
luer a 3 millions d'habitants, dont les 2/3 environ parlent gó(J;i ou
encore y a-t-il, dans ces deux tiers, une grande quantité de
bilirtgues qui emploient l'hindi, le marathi ou le telugu. Les ílots
du gOl)(Li sont les régions des Provinces Centrales (C. P.) qui sont
les moins praticables et les plus malsaines : dans toule cette zone,
damier linguistique, les voies de passage, les bonnes terres, les
centres tant soit peu importants, sont le siege de l'indo-aryen
(hindi ou mal'athi) ; il ya aussi une colonie gOl)<,li sur la GodüvarI,
dans le gneiss. Une étude attentive ferait sans doute apparaitre une
dialectologie complexe, mais, dans les traits essentiels, l'unité du
gOl).(li reste forte. Les statistiques attestent une énorme progres-
sion numérique (i,865 000 en 1931 contre 1..322.000 en 1891); cela
tient en partie, iJ. ce que les recensements sont faits de mieux en
mieux; mais il semble s 'agir aussi, comme l'a constaté, avec sur-
prise, le Census de 1931, d'une vitalité nouveHe des langues « sau-
vages ».
147. Kui. Au gOl)Q.i sont étroitement liés. a l'Ouest (20
0
N; 78
0
E)
le kolam'i (29.000 ,h.) et, a l'Est, le !fu'i ou kandh'i (585.000 h.) des
jungles de l'Orisa.
148. Kurukh. Le bastíon mUl)Q.a (§ 119) est flanqué, au Sud
par le kui en question, a l'Ouest par le kurllkil, lwrulJ ou oraó (1 mil-
líon d'h. 1 au N ord, pt'es du Gange, par le malto (70.000 h ). Le
kurukh et le malto, tres proches l'un de l'autre, envahis par l'indo-
aryen, sont des langues dravidiennes arehai'ques.
y. BrahüI.
149. Le brül111'i est tout un probleme. Isolé en plein Balucistan,
avec Kalat pour centre, c'est une langue hybride, remplie de mots
arabo-persans, mais dont les traits essentiels, et le vocabulaire de
base, sont incontestablement dravidiens. Le brahui s'apparente au
dravidien du Nord (J. BLOCH) et plus particuliérement au kurukh et
au malto : soit par exemple le mot « oreille » : Ta. cevi (( audi-
tion ))), Ka. kivi, Go. kavi, Kur. !.Jebcla, Brah. !.Jaf: la fricative !.J
est caractéristique.
Les clans qui padent brahui (207.000 h.) ne semblent pas raeiale-
ment distincts de leurs voisins BalücL Des gens parlaRt baluc1 (dia-
lecte iranien) s'intitulent Brahül, etvice-versa (ZARUBINl Les langues
brahui et haluci se sont fait, mutuellement, de nombreux emprunts :
leurs systémes phonétiques sont iJ. peu pres identiques (MORGENS-
TIERNE). Le brahui se parle également jusque dans la vallé e de
l'Indus (p. ex. dans eertains milieux de KaracI) et contient des
mots sindhi et lahnda (§ 170); des coolies bl'ahui travaillent aux
fouilles de Mohanjo-Daro.
Le hl'ahui est-il comme une butte-témoin, qui nous montrerait
l'Inde ancienne entierement recouverte par le dravidien? Repré.
sente-t-il une colonie laissée en route par les Dravidiens qui
aUl'aient envahi l'Inde par le Nord-Ouest ? Les Brahuis ne seraient-
ils pas, par hasard, une tri hu nomade, venue du Dekkan? Le mys-
tere demeure entier. Interrogés sur leur origine, les Brahuis, qui
LANGUES INDO-ARYENNES
99
ont des traditions, se souviennent d'avoir été nomades et affirment
qu'une partie d'entre eux vient d'Alep (en Syrie)... '
150. hrahui pas les origines dravidiennes.Il
est, en tout cas, Imprudent d affirmer, comme on l'a fait, que le dra-
vidien conespond it une vague d'invasion, qui, par le Nord.Ouest
ceHe Arya To.ut ce qu'on peu,t clire, c'est que
I.Inde temps t:es re.culés; il peut
aVOl.r.mflue sur 1 evolu.tlOn de lmdo-aryen : on anneralt savoir pour-
quOl Il y a des allalogles entre le systeme consonantique du tamoul
(§ 130¡ et celui du rnoyen-indien (§ 109). D'autre part, le dravidien
forme une famille de langue indépendante : les pal'entés qu' on a eru
lui trouver I,scythique (?), finno-ougrien) ne résistent pas a l'examen.
C. LANGUES INDO-ARYENNES.
151. Frontieres. Les langues indo-aryennes ou aryennes
(257 millions d'h.) occupent la plus grande partie de l'Inde : tout le
Nord, avec les riches et vastes plaines du bassin indo-gano·étique.
Ainsi le domaine continental de l'indo-européen, borné, ¡u cou-
chant, par les cotes clu Portugal, et au Nord par les mers arctiques
a pour frontieres, a l'Est, les redoutahles escal'pements de l'Asam:
ver,; le 96° degré Est, et, au Sud, les Ghates altieres du Konkan
ver s le 14° degré N ord, sans oublier la partie mél'idionale de
lan, premiere en date des colonies d'outre-mer. Protéo'é, moins par
le .relie:, que par j.ungle, et peu cultivable du plateau
crlstallm, le draVldIen n a resIste que dans les portions de la
péninsule qui sont les plus éloignées clu Panjab.
L'indo-aryen comprend, principalement, deux o'!'ands g'roupes:
langues du centre et langues de la périphérie. ..,
<x) Indo-aryen central.
152. Parmi les ae!uels ele l'indo-aryen, la
langue lnndl occnpe une pOSltlOl1, a tous pomts ele "ue, centrale. Le
terme liíd'i ou hind'i peut elésigner, dans une acception étenelue
l'idio,me moyen el'environ 12? il en$'lobe, pa¡:
consequent, une communaute lmgmstlque qm est, numérlquement
l'une des plus importantes du monde. Certes, il n'y a, danE' ce total'
pas plus d'unité que dans le russe, ou l'anglais rural mais la
ti.on. est, a certains égards, comparable eeHe du en ce qu' on
dlstmgue 1) eleux grands grollpes de dlalectes ruraux: hindi orien-
tal (env. 2/1 millions en 1911) et hindi occidental (env. 41 millions
en 1911), avec des annexes (30 millions minimum) ; 2) une langue
de civilisation ou langue auxiliaire dans presque toute l'Inde du
Nord et dans les gl'ands centres Ul'bains de l'Inde; 3) et, si l'avenir
en dé cicle ainsi, une langue impériale, symbole de l'unité indienne.
L'hincli, et ceci fera bien comprendre son importance est en
gros, la langue du hassin du Gange. C'est, plus ¡'en-
semble des parlers maternels de 70 millions de ruraux au de
l'Inde du Nord entre Simla au N. O. et la haute MahanadI au S.-E.
(1200 km. l, entre hypur a 1'0 et Banaras it l'Est. Les dialectes
sont nombreux. Le groupe oriental occupe la région du Gange
:1.00
LES LANGUES
moyen : l'aiJadhi (20 millions ayec le .baghel'i) le ric_he_
de Kosal l'Audh patrie de Rama. et rl mcIut Banaras et
centres au Sud, « »
du Mahakosal, le ernprete sur le DeRkan. L lundr o,ccrden-
tal le plus important, couvre, sur le Gange :t moyen, 1 empla-
du Madhyadesh classi,que (§ 82); on y chstmgue : au N ord !a
kharz bol'i et le biingpü; au Sud, le plateau rocheux, le._
enfin, au centre, le, braj (12 llnlIlOlIs 1/2 avec le kanaojz) , qm, a

@
",,;ZX;/I
9.'i:AHfI/

ITiillJ lrmgue.s mundCL
;;¡ _ fT!IJn,
Kabu/
.
PeshawarO
Groupe chinois
[[] Langue.s tibéto.birl7/aN!.s
drrn:;idI.en.n.es
Fig. 11. - Les langues non aryennes.
Mathura, berceau de Kr$l)a, succede it la f'aurasen'i (§ H1), et
enO'lobe, ayec le fertile et populeux Doab, les vieilles capitales de
Agra et DehlL Ajoutons que les ditférences dialectales
sont relativement faibles, si bien que les derniers recensements ont
été impuissants it distinguer les c1ialectes : on a obtenu, en 1931,
sous le nom d'hindi occiclelltal, un chiffre tres ambigu de 71.547.071,
surement inexact c1ans sa précision. J>ris tel quel, ce chiffre fait, de
l'hindi occidental, la 5
e
langue du monde, ayant l'espagnol et le
japonais.
HINDI
101
153. Langues oommunes. Chacun des deux groupes a Com_
porté, de bonne heure, une langue littéraire, ou, pour mieux dire,
une langue poétique prédominante : it I'Est I'aradlzi, a l'Ouest
le braj ele Mathura, notés, I'un et l'autre en écriture nagarl ou
similaire. C'est principalement en braj qu'est écrite l'ancienne
poésie hincli et que, hiel' en('ore, les poetes composaient le plus
volontiers, quel que fUt leur hindi materneI. Mais ce n'est ni I'ava-
lr<UlieJv
langue.s darcl.ú¡ue.s
lndo-ar.!l= péri,ohérú¡=
fZl. . CQUral fmoÚlS W ocddY
DBiluitoceidaúal
(,CJ limite des langue.s ar'yet1/U'S
TI B [T
Fig. 12. - Les langues indo-aryennes.
o
IJ
Ó·
ti
dhI, ni le braj, qui se sont imposés dans la pratique, et dans la
prose moderne. Au dessus des yariations dialectales, des besoins
particuliers ont fait naitre une langue commune qui s'appelle
kha,r'i bol'i. litt. (1 langue debout, ou standard ». Par un phénomene
assez singulier, c'est un petit djalecte sub-himaIayen, tout a fait
occidental, parlé dans le Doab supérieur, notamment a Merath,
Dehra Diin, Rampur, Bijnaor et Ambála, qui s'est imposé pour
102
LES LANGUES
rempIir ce role de norme. Il doit peut-ihre sa fortune. inattendue au
fait d'avoir été véhiculé par les Musulmans, et les HIJ:dous de leur
suite, jusque dans les camps de DehhJ120o,ap. J et
d'Agra, d'oil il a rayouné plus 10m par la sUlte ; e est de la du
moins u'est née l'assertion inexactc que ceUe langue
était 01'( inaire de DehII et .due aux Musulmans .. On nOlera aUSSl
que le f!yer de l'hindi corncld: ayec le foyer anClen du pUl' brah-
manisme : Kurul(l;letra, Brahmavarta (cf. § 362 et § 3(9).
154. Urda. Le di.alecte de
arler issu d'une régwn qUl etaa une route d mvaswns \ seUllmdo-
contenait sans doute,. l'Ql'igine, une certai.ne
pOI,tion de vocables hétéroclites: turcs, auraIt
également subi l'influence du VOISI!l .. le faIt des
caste de scribes hindous servant d mlermedlalres entre les conque-
rants musulmans et les populations soumises, ceUe ten dance a
l'emploi de mots étrangers ne fit que s'accentuer; ,enfin .cette
langue fut notée en écritme arabe de style et, a partIr du
xv' s. eut d'abord dans le Deklean, une htteratnre propre. Cette
variété isl;misée, que l'on continuait d'appeler hindi « indiennc ),
par opposition au persan, a été baptisée beaucoup plus tare! (1783)
zaban-i-lll'dü « langue de la Horde >1, entendons « horde ., dans son
sens ture original de \l eaIllp militaire et bazar». Cet « ourdou »
reste, dans le fond, ¡dentique a la lehar! boll; c'est, a
détails pres, la meme grammairc, mais, par un procédé dont Il
ya d'autres exemples chez les peuples d'Asie, dans un cach'e g.ram-
matical fixé, qn introduit, en quantités variables, des de
toutes provenances; de la, le terme mal. explIque de
l'elJla « parsefl,ée» qui parait <\tre le. le. pl?s, anClen de l.our-
dou poétique. Le verbe reste, en prInClpe,. mdlgene ; toulefols on
a aussi la ressource, bien connue par aIlleurs, de .une
10cutÍon verbale en joignant, il. n'importe quelmot,.lcs
« faire » ou « etre ll. Celte langue, loin d'etre un prgon, a d In-
contestables qualités poétiques et a compté de grands ¡"cri \'ains.
L'ourdou est donc une langue Iittéraire, en per7
sane, de grammaire K!larl b.o!l, de Islam.lsant, et qU,l
est utilisée dan s certams mlheux cultIves, brahmamstes (not. a
Lalehnaa) aussi bien que musulmans. L'ourdou ne figure pas
COl1lme tel dans les recensements. La langué des Musulmans. ,de
Haidarabad est officiellement l'ourdou, et usuellement, une yal'leté
d'ourdou qu'on appelle dale/m? iI méridionale )'. Dans les aU,tres
parties de l'Inde, les servent, pratIquemer;t et lltté-
rairement, de la langue et de 1 éCl'lture du pays : bengah au
gale, tamoul It Madras ; lit, ils ne savent l' ourdou que par exceptlOn
155. Hindi moderna. C'est également la kha].'l boh qui est a la
base de l'hindi littéraire moderne. Elle a, au cours du XIX. S.,
affirmé, dans la prose écrite, sa suprématie Tout
d'abord lorsqu'au début du XIX· s. on a commence a ImprImer de
la prose' hindi, en nagari, les écrivains hindous, ré
p
d
u
,
g
nant, on ne
sait pourquoi, a écrire comme ils parlai.ent, procé c?mme
leurs collegues d'ourdou, mais en sens Inverse, et. s
dans le cadre khari boli, de remplacer les mots lslamlques ou
JII
"''-:y>" /

HINDI
f03
populaires par des mots purement sanskrits (tatsam, § 187) : d'oil
une langue artificielle et savante, qu'on a baptisée « hazu » hindi.
Vers la fin du XIX" S., ce style pédunt, parfois inintelligible, fut
condamné : en i899, le Pandit Ayodhya Síh Upadhyay, Malherbe
indien, lanQait, en guise de manifeste, un petit recueil de nou-
velles, T heth hind'i lea that « Charpente (ou Linéaments) du pUl'
hin di )l, el' oil il avait exclu tout mot islamique et tout mot sanskrit,
ele maniere a etre compris du plus humhle vilIageois. Cet essai
n'était qu'une gageure, fort difficile a tenir, mais il a exereé la plus
salutaire influence sur les écrivains contemporains, par ex.
l'essayiste Mahavlr Prasad Dvivedl (t i938) et le romancier Prem-
cand (1880-1936), gra.ce auxquels la leharl boh, épurée et norrna-
lisée, vient d'etre élevée au rang de grande prose littéraire, et
d'acquérir, grace au talent de qucIques hommes, la stabilité et le
prestige san s lesquels il était bien utopique de vouloie en faire la
langue nationale de l'Inde. L'hindi est, hors de son domaine
propre, la principale langue écrite des populations hindoues, au
Bihar, dans les Provinces Centrales, et surtout au Rajpatana et au
Panjab. Il est de plus en plus employé dans les classes cultivées de
l'Inde; il est diffusé par une propagande active qui s'exerce parti-
culierement dans le Sud et l'Extreme-Sud, (Maisur, Madras,
Cochin), popularisé enfin par le film parlant.
156. Au total, hindi est, depuis le Moyen-Age, le norn de la plus
importante langue parlée de !'Inde ; c'est le terme scientifique dont
se servent les linguistes et statisticiens (GRIERSOi', etc.), Hind'i
désigne également, dans un sens restreint, une forme moderne de
langue littéraire, écrite en nag'arL L'hindi, au sens large, semble
avoir eu une littérature des le XII" s. (voir tome lI). L'un des plus
anciens poetes hindi est Cand Bardal, qui célébra, dans son Pl'ith'i
rai l'aSO, le dernier souverain hindou de Dehll, tué en 1192; toute-
fois nous ne possédons pas, de ce poeme, le texte original de
l'auteur; ce que nous y !isons apparaít comme unmélange d'apa-
bhras, de kha].'l boll et de « rajasthani ». De meme, les premiers
témoignages épigraphiques (HIRALAL). attl'ibués au XII" s., sont
d'une date et d'une langue illcertaines. Les documents ne
deviennent nombreux et surs qu'a partir du XVI" S. ; la prose com-
mence, en braj, au XIV" s., et, en kha].'l holi, au XVI" s. Nous avons,
en tout cas, assez de textes anciens pour montrer que 1 hindi
doit fort peu a 1 'influence anglaise; le college de Fort-\Villiam
et le « munshi» Lalla Lal (vers 1810) sont loin ¡ShYAIII SUNDAR
DAS, BARANNIKOV) d'avoir joué le role d'initiateurs qu' on leur a
prété.
Il reyient aux Européens d'avoir lancé un mot nouveau : hin-
doostanee (d'oil hindustani, ¿u hindostani) , employé par l'Anglais
Gilchrist en i 787, pour désigner une langue qui a rair de netre
pas autre chose que la kharl boll; cette appellation a suscité, par la
suite, tant d'équivoques, qu'elle est assez incommode. Dans !'Inde,
quand on essaie, gil. et la;' de l'adopter, on veut identifier ldnclllstani
Boit a lll'dft, soÍt a llindi, et il en résulte des polémiques qui
avivent, sous le couvert d'une rivalité linguistique, des antago-
nismes plus profonds. Récemment, des patriotes ont, aux fins de
conciliation, proposé le terme /dndi-at/uJa-hindllstan'i « hindi alias
n- r •
104
LES LANGUES
hindoustani )), désignant un style éclectique, qui serait encore it
naitre.
157. Esquisse de l'Hindi. - C'est it travers la kharI boll nor-
male que nous donnons ci-apI'es une esquisse de l'hindi, mais en
retenant surtout ce qu'elle a de commun avec les divers parlers.
L'hindi est une langue indo-aryenne gardant des liens de parenté
évidents avee le sanskrit; il maintient, de nos jours memes. cer-
tl'aits ele l'indo-européen quí. ailleurs, ont plus ou moins
dlsparu. ..
Les voyelles et diphtongues sont d'abord celles du sanskrit; les
diphtongues ai et au étant toutefois remplacées par ae et ao ,. il Y a,
en outre, un jeu ele voyelles nasales, p. ex. Ú, é, aé, etc. Comme en
sanskrit, les voyelles e et o sont toujours longlles. Une 10nO'ue vaut
de,ux (constatation .expérirnentale, su/"tracés).
La qm defimt le aux pomt de vue lexicologique et
morphologlque, est observee scrupuleusement, comme en indo-
européen ancien. Il n'y pas d'accent d'intensité; toutes les syllabes
sont prononcées avec une Jorce égale Ipar exception, on a, en ava-
elhI, des cas de finales chuchotées) ; on observe des intonations de
phrase, aisées a percevoír, mais non it analyser : l'étude de ces
tons serait a faire, surtont en tenant compte de la poésie.
Le systeme eles consonnes est, il peu pres, celui clu sanskrit,
plus t rétroflexe et th rétroflexe aspirée. De toutes les langues
indo-européennes actnelles, ceHes de l'Inde sont les seules OU l'on
puisse observer sur le vif les occlusi ves aspirées, que la gram-
maire comparée restitue ailleues par induction, ou, au mieux. sur
des témoignflges aneiens. Une aspirée indienne est une occlusive
immédiatement suivie d'un souffie sonare, aussi bien pour les
sourdes kh, th, etc., que pour les sonores gh, dh. Le h est sonore.
A la diffél'ence du moyen .. indien, l'hindi ignore, péclanterie it part,
la nasale rétroflexe l,I (attestée clialectalement) et la siffiante rétro-
flexe $, mais, en revanche, possede et distingue les deux siffiantes
s et s. De fait, den n'est plus étranger it l'aspect phonétique du
moyen-indien que l'hindi actuel : les géminées sont rares, les
sourdes intervocaliques fréquentes, les rencontres de voyelles
relativement rares, les gronpes ele deux, voire trois, cousonnes
éont uSllels, soit hérités, soit formés de toutes pieces: shastr
« science », dal'slmi {( miroir », I'ukta « s'arretant »), muskl'ana
« sourire »; l'articulation est d'un type analogue it celui du sans-
krit et non it celui eles prakrits; vu de l'hindi. le moyen-indien
parait sing'uliérement abel'l'ant. En outre l'hindi admet des mots
ou persans, contenant des sons nouveaux, 1.J" z, f]., f, q, que
Ion s'effoece de reproduire tant bien que mal.
§ 158. La morphologie de l'hindi est pauvre : peu de suffixes,
pas d'infixes, pas de préfixes vi"ants, tres peu de mots composés,
meme en comptant ceux qui sont empruntés au sanskrit; seu le la
composition en drandra est usuelle, aussi bien clans les verbes
(llchalna-küdna « bondir-sauter ))) que dans les noms (din-I'at
« jour-nuit ))). D'un type analytique comparable a ceux de l'anglais
ou du frangais, l'hincli a une flexion tres réduite, suppléée par le
jeu des postpositions et de l' ordre des mots. Cependant on
llINDI
105
ve, en hin,li, un tra.it fondamental de 1'indo-européen
anClen: les alternances vocahques dans le verbe. Il ne s 'agit pas
toujoUl'S de survivances clirectes; mais, par exemple, l'altel'nance
<J,ui, da.lls cas, entl'C cux le méclio-passif (gr.
tUhemal) et 1 acttf (gr. tUhellil) , a son corresp0ndant dans l'hindi
marna « mOlll'ir» (de skI'. NIR-) , et mama « fl'apper (et tuer))); ou
encol'e biga:/'na « etre enclommagé » et 'b;ga,1'na « clétériorer »,
khulna (( s'ouvrir » et khotna (( ouvrir ", bikna (( etl'e venclu» et
hecT/a (( vendre )). Dans quelques verbes irréguliers, le participe
passé, héritieJ' de l'adjectif i. e en -*to-, présente le degl'é zéro :
ainsi elans diya (( donné ll, du verbe dena « donneI' II le i est l'exact
cOl'respondaut de l' a de lat. datlls (TEDEsco). Alternance aussi
entre Iwa (( été II et hona « etre ». Ailleurs, 1'intransitif a le elegré
fOl't, et c'est le transítif qui a le radical faible, augmenté d'un
suffixc : ainsi jagna « s' éveiller », et jagana « évcilJer ». le(na
({ etre coue hé )) et li(antl' {( coucher », son a « dormir » et sI/lana
« endol'rnil' )). La plupal't des vel']les cornportent ainsi des alter-
nances voc:alir¡ues : il est frap¡'Jilllt que l'indo-aryen 11l0derne, it tra-
vers des accidents multiples, ait retrouvé, dan s une simplirité
qua"i-native, un procédé essentiel de la morphologie indo-euro-
péenne.
159, II Y a, en hindi, deux genres : masculin et féminin C'est
l'adjectiC épithete ou attl'ihut, qui, en s'accorelant, s'il est variable,
avee le nom, en révele le genre d'une fagon certaine Il y a deux
nomhres : singulier et pluriel; quand il s'agit ele personnes, le
pluriel est souvent mis pour le singulier. Plusieurs indi"es révelent
que la du nombre est en déclin. 11 n'existe que deux cas :
cas et cas oblique, complétés parfois (l'un vocal ir. Le cas
oblir¡lle t'ssentiellement le cas postpositionnel; le cas direct
pent correspondre soit it un nominatif, soit it un accusatif Bealleoup
de noms sont partiellement invariables; la flexion n'est
que pOllr les pronoms démonstl'atifs. Les postpositions, augrnentées
de quelques prépositions, sont nombreuses; particulierement inté-
I'essant est le suffixe adjectivant m. lea. f. Id. pI. ke, qui sert it 1 ex-
pression du génitif.
Les conjonclions sont rares : {( mais )l est, le plus souvrnt, lekin,
emprunté a 1'arabe lakan, meme sens; « si l) est commllnément agar,
mót pel'san. La langlle tend a se dispenser de conjonctions par des
locutions Caites de noms et de verbes. Il y a trois négntions: la
négat;on na. la copule négative nal/i
n
(dispensant dll vel'be (( etre l)
et paríois s'y ajolltant), et la prohibition mat(cf. gr. me).
160. Hans le verbe, il y a eu, par rapport au sanskrit. non seu-
lement une énorme simplification des formes, mús aussi un rema-
niement eles valeurs. Tout d'abord, toute racine donne normale-
ment trois vel'bes : un intransitif, un transitif et un causatif plus
précisément : transitif indirecti, ce dernier it suffixe -va-. on
remarque le développement pris par l'infinitif et le gérolldif. L'in-
finit;f. norn d'action it suffixe -n-, (cf. l'infinitif aIlellJancl : lesen),
fléchissable, donne, par ex. pathne me. lit!. (( dans le lire, en lisant )J,
parlme par, (( sur le lire, apres avoir lu ll. Le gérondif (on aimerait
elire «adverbatif »), invariable, qui, en kha:r¡ boj¡ se ram ene aU.radi-
1.06
LES LANGUES
cal dn verbe, SUlVI ou non de kar, joue un grand role. C'est un
accompli, non un passé. Le géronclif est la forme la plus habituelle,
non la senle, du verbe suivi d'un auxiliaire : poli gil' gaya « il, étant
tombé, est allé ", c'est-a-dire « il est tombé ".
La conjng'aison personnelle est, pour l'essentiel, un systeme
triple, composé d'un subjonctif, d'un habitnel et d'un accompli. Le
« subjonctif )l n'est autre que rancien présent de l'indicatif, del'enu
incapable d'exprimer l'affirmation d'un fait et confiné au role d'éven-
tu e!, d'optatif, on de mode de subordination : mae calftn « que je
marche )l, L'habituel et l'accompli sont des locutions participiales;
le premier repose sur le participe en -t-) cousin de notre participe
présent, le second sur le participe passé : mae /cart'i hün litt. \( je
(fém.) faisante suis)l, moe aya hü
n
« je venu suis », L'habituel n'est
pas un indicatif) il exprime, non la constatation d'un fait momen-
tané, mais une définition générale : moe kam /rarta /iftn ' ne signifie
aucunement « je suis en train de travailler ", mais « je suis travail-
leur » ou (( je fais tel métier » : c'est le sens du participe dans fr.
étolll'l{issant, bienfaisant. Si l'on se dispense du verbe « etre »" ce
me me participe indique, en hindi, soit une répétition (dans le passé),
soit un conditionnel irréel.
161. Cette conjugaison personnelle, si panvre, et, a nos yenx, si
déficiente, se complete de locutions périphrastiques qui lui donnent
soupk,se et richesse. Du subjonctif on tire un futur : maé karfl"ga
« je ferai », qlli s'explique vraisemblablement : « Que je fasse, je
suis partí ». Les participes s'appuient non seulement sur le présent
du verbe « etre», mais aussi sur le participe passé thcl (skI'. STHA-),
ce qui produit un imparfait et un plus-que-parfait. Enfin des auxi-
liaires fournissent un granel nombre de locutions, par exemple un
présent de I'indicatif : maé boll'a/¡cl hftn, litt. « je en-parlant resté
suis J), c'est-a-elire «( je parle »; jana "partir», donne, entre autres,
une tOllrnure passive. On passe alore, insensiblement, de la lllor-
phologie it la stylistique, les auxiliaires, dont le nombre elépas'ie la
douzaine, exprimant des notions de mode, ele yoix, d'aspect enfin
des nuances subtiles ele l'action, pour rejoindre, it l'autre pole, de
simples faits de vocabulaire. Mentionnons seulernent l'usage cons-
tant de I'auxiliaire « donner )) ponr toute action centrifuge et ele
« prenelre )) pour toute action centripete. Au/ total, l'indo-aryen
s'est refait un systeme el'une puissante originalité; l' expressi@n
verbale est, en hindi, el'une précision étonnante, d'une richesse qui
elésarrne le traducteur occidental.
162 .. Comme spécimen d'hindi moelerne, voici d'abord comment
le romancier Premcanel !ait parler un notable de village :
Hindi, en caractere nágariJ
paco, hamare üpar.io lagan badila ¡lila liae, poh tefi lee samay ka
hae. - is míid'i me voh lagan dena hamare /cabft .se balta/' Itae.
- abki agar bael-bacl/liya beckar de bM dé, lo age kya ka/'ége,
- bas !tamé isi bat ki tasaphiya /cama l/ae.
(Karmbhftmi, p. 4Q8. Date: 1932).
Mes cinq [conseillel's municipaux] ! l'impót qui nous est imputé est
,un imp6tJ du temps de la pl'ospérité. Dans cette période de Cl'ise, il est
hol's de notre pouvoir de payer cet impót. Meme si, pour le présent,
•. ,!!,,!, "'l., "'*"" -$U tFJ!!!'
I
.a
HINDI
107
nous vendions breuf et buille pour l'acqnitter, apres cela, que ferions
nous? Eref, iI nous faut trouver une solution.
On reconnait, d'nne part, eles mots sanskrits tatsam (samay) ou
dérivés du sanskrit, (mád'i, ele skI'. manda), et el'autre part des
mots fournis par le persan (tez, bas), le turc (qapll), ou l'arabe (ta$fia).
Voici cornment Prerncand conclut une pageparticulierement
réussie :
Hindi, en caractere nagarI]
poh cil'kal k! sneh-t,1'$1.1a kisi pyase pakft kí bhanti, jo kai sarovaro
ke sftkhe tat se nú'ar laot aya ho, sneh ki yeh 91tal r.:haya dekhkar
riFam aol' tl'pti ke lobh se llski 9aran mé aL - yeha
n
(ttal chilyil hi
na tM, jal bhi thil, - pok$i yehil
ll
I'am .iily, to /roi ilrcal'ya hae !
(Kal'mbhftmi, p. 1
1
±2. - H)32).
Cette persistante soif d'affection le rendait scmblable a un oiscan
altéré qni rcvient d'explorer en vain les cuvettes desséchées des lacs ; il
avait apergu un frais asile et s'y était réfugié avidement ponr y tronve.r
le repos et l'aise. En meme temps que de frais omhrages, il y avalt
aussi de reau. Que l'oiseau se complaisc la, est-ce surprenant ?
Tous les substantifs sont sanskrits (tatsam). Ainsi, quand l'inspi-
ration s'éleve, et que le style s'anime, le yocabulaire elevient sans-
kritique, sans cesser - c'est le secret eles bons écrivains - el'ihre
intelligible it tous; il est peu d'Hindous, dans toute l'Inele du N ord,
qui ne cornprendraient pas la citation ci-dessus.
163. Voici un spécimen d'ourdou tiré de NadIr Al;lmael ('1831-
1912), auquel eles censeurs pointillenx reprochent parfois un abus
de mots vulgaires (entendez hindolls) : les mots arabo-persans (en
italique) sont pourtant en forte proportion.
Ourdou, en caractere persan J
ba' z nildiln ' aOl'até 1.Jyill karti haé kih bahut parh kar kya mal'dó
kI tal'ah mavlvi hona hae - phi!' mihnat karne se (il'ida -le/cin agal'
koi 'ao;'at zyilda parh gal hae to besak us ne zyilda (a'ida bhi ~ ¡ i l $ i l
kiya hae.
(j}1il'ilt-ul-'al'üs, p. 8-9. - Date 1859).
Qnelques femmes sottes se disent : Devons-nons, en étudiant beaucollp,
devenir des savants, a la fagon des hommes ? Alors a quoi bon se doniler
du mal? - n ne fait pas de doute, au contraire, que plus une femme a
étudié, et plus elle s'est acquis d'avantllgcs.
164. Voici un spécimen el'avadhi recueilli dan s le district ele
Lakhnaü:
Avadh¡, oral]
gadal' ma ham das gyilrah bal'sa ke rallan. - ham/ca suclhi "ab
hai. bassah pa/wl'i gaje rahai. - agal'e.i lcahin
i
- ham ka caltar-
ramu deu. bilssilh dei lag.
(De Ram Sahai, d'Amausi, el'apres Baba. Ram Saksena,
Epollltion of A., p. 4[16).
A [l'époqne de] la Mutinerie, j'avaís díx ou onze ans. J'ai souvenance
de tonto Le roí était prisonnier. Les Anglais dirent: Donne-nous le
quart [du revenu]. Le l'oi commenga a le donner.
Un poete religieux rnusulman s' exprime en avadhI de la fagon
suivante :
108
LES LANGUES
A vadhI, en caractere persan J
biradha bayasa miiha k'inha bicara
kehi bidhi hoi mora lldhara.
kahaú tau tanta katha ati sanca
jo qlll'ana ma
n
suna o banca.
ShEij NISAR, de Shel)lipür
(cité par Baba Ram Saksena, Epol. of A. p. 404.
- Date; 1790). .
Dans un age avancé ai fait réflexión :
. De quclle far;on aura lieu ma rédemption?
Je dlS, pOur cette raison, eette hisloil'e tres belle
Que, dans le Qoran, [ti entendue et lue. '
On notera. chez ce pieux mahométan le caractere sanskritisant
du v?cabulaire : on reeonnait skI' p,J'dd/;a, vayas, r.icara, etc., sans
ouhher uddilal'a (( rédemption ». Le seul mot non hindou est qUI'ana,
nom propre.
165 Hindi du Rajasthün. Les divers parlers que le Lin<Yuistic
Sllrrey g':'oupe sous la déno.mination de « rajasthanl »,
pOIIl' la CIl'COns.tance. etre consielérés, tout compte fait,
de llunclr. Ils s?nt, en eLIet, les prolongernents
1 ver.s l puest, daus Rapsthan. plateau sec ou semi-
desertlque qlll separe les bassms du Gange et de l'Indus et COlll-
prend, au Sud, premiers plissements du Dekkan. La population
de e,es reglOns résulte tres cel'tainerúent de migrations qui
etalent par,Ie Madhyadesh. Et l' étude de ces parlers atteste
une expanslOn anClenne de l'hindi ; ils se distinguent toutefois par
quelques traits qui évoquent le Nord-Ouest.
On compte quatl'e p:rJers principaux tOlalisant environ 14 mil-
lions d'h. : .au Nord, le marvat'i du Rajplitana, le plus important
(plus de 6 1I1l1I1OnSj parlé dans les royaurues feudataires de Mal'var
Bikaner, Ajmer, etc. C'est surtout la lano'ue d'une communauié
tres active tle négociants et de banquiers, disséminés dans toute
l'Inrle et qui, l'hindi comtue langue littél'aire, contri-
buent efficacement il son développement; 2) le merat'i-ail'irrati de
Dehl¡ :.3) le jnypul'i-híi,l'aotl; 4) enlin, au Sud, le
malv¡ du ,Malva. Le a pr?duit, au Moyen Age, une litté-
a tllre feodale prodlgleusement r!Che, les Ballades rajpüt elont
l'étude (TnSSITORl) n'a fait que commencer.
166. GuJratl. La forme ancienne du gujrütl differe peu des
Jangues anClennes du RaJasthan : c'est bien semble-t-il le terme
d'une qui . dé:e!oppée jusqu:il l'Océan, r'ompant le

de 1 mdo-aryen PI (mphel'lque. Le gujran (1.1 millions) COuvre
e uJrat, comprenantl presqll'ile de Kathiyavar, la cote commer-
gante de Bharuc (Bl'oach) et Slirat, la région inclustrielle d'Ahma-
dabad, et le loyaume progressiste de Baroda. L'activité la
l'ichess
e
des hom
mes
qui l' emploient ont a eette lano'ue son
: création el'une langue écrite, d'une écriture
d une htterature (remontant au XIV e S.) au total alfranchissement
de l'hindi, intelligible mais dédaigné. Ce'ue était déja
au XIle s., sensible il Hemacandra établi au Gujrát. '
INDO-ARYENNES
109-
Le gujrall rayonne au dehors ; les classes commergantes et navi-
gatrices qui le parlent essaiment dan s toute l'lnde et meme au-deIit
des mers. D'autre part, iI a été adopté par des communautés al1o-
genes, par ex. les ParsI de Bombay. Les populations inférieures du
plateall, dont les parlers aneiens n'étaient pas aryens, emploit'nt
des idiomes basé s sur le gujl'atl : bilUi au Nord (tI mil-
hons), k/¡andesh'i au Sud. Le cas des Bhil est un exemple caractéris_
tique de l'expansion de l'inelo-aryen.
167' PanjabL Proche parent de l'hindi, le panjab'i forme
cependant une langue distincte qui se rattache par certains traits
aux parlers elu Nord-Ouest, et, d'une fa<,;on plus générale, il l'indo-
aryen périphérique. Parlé par 16 millions d'h. environ, il n' oecupe
que I'Est du Panjab, et se fonel, aux alentours du 740 degré, avec le
lahnda (v, plus has). Le panjabI est la prineipaklangue ele Lahao!'
et d'Amrtsar, et notamment eelle des Sikh.
168. Pahar¡. On groupe sous la dénomination de pahar'i ( mon-
tagnards )), une nombreuse série ele parlers himalayens, du Kashm¡r
au Nepal. Leur parenté évidente s'explique, d'une part, par une
expansion d'Ouest en Est: par ex. le khaskul'a ou nepal'i oupahat¡
onental, langue des farouehes Gorkha, représente une conquele
récente (XVI e S.) de l'indo-aryen sur le tibéto-birman. Les simili-
tudes provienneut aussi, pour une part, el\m commun substrat
tibéto-birman. Mais, par ailleurs, le paha!'! se rattache d'une fa<,;on
particuliere aux langues du Rajasthán, la cOlneidence se poursui-
vant jusque dans le détail des dialectes ; par ex le paharl occiden-
tal correspond mal'YarL On suppose elonc (GRIERSON) que l'Hi-
malaya, et le RaJasthan, ont subi, en concordanee, eles migrations'
issues d'un meme foyer; le dan semi-barbare des Kha9a (MhBh. cf.
gr. Kásioi, et nouveaux rapprochements de HIlOZNY), voisins eles
Pi9aca, elans le Nord-Ouest.
On voit donc que l'indo· aryen central comprend lui meme un
noyau qui est l'hindi, et des langues rangées en amphithéatl'e qUL
ont entre elles des traits particuliers de ressemblance. A 1'Est
c'est-a-dire en ayal, dans la plaine du Gange, la transition avec
l'indo-aryen périphél'ique est tres progressive, si bien que l'hindi
oriental, qui annonce les langues de l'Est, est paríois considéré
comme intermédiaire entre les deux groupes, done distinct de l'un
et de l' autre.
Indo-aryen périphérique.
169. Généralités. Des langues séparée!;l par d'énormes di s-
tances (1.000 a 3.000 km .. ) présentent des analogies ele strueture et
de vocabulail'e qui les placent en contraste avec les langues cen-
trales. Ces affinités sont difficiles il contester i la discussion qu' elles
ont soulevée (SUNITI CHATTERJI) ne porte en réalité que sur
les causes di verses qu'on. peut leur assigner. Dans l'ensemble, en
face de l'hindi analytique, nous avons affaire il des langues qui,
procédant par agglutination, ont reconstitué une morphologie
flexionnelle, sans eompter les flexions aneiennes conservées en
partie; et par l'usage, voire l'abus, de la eomposition, ces langues
rappelIent davantage les habitudes du sanskrit elassique. On les
110 LES LANGUES
range en trois groupes : 1) groupe de I'Indus ou du N.O., 2) mara-
thi, au Sud, 3) groupe du Gange inférieur ou de l'Est.
170. Lahndá. Le lalmda ou lahnde-di-bol'i « langue du Cou-
chant » est parlé dans l'Ouest du Panjab, essentiellement dans la
vallée de l'Indus moyen (8 millions 1/2). Recouvrant le pays
Kekaya, habitat des Pi<;aca barbares, il a fortement subi l'influence
des langues pai<;ac1. Il a quatre dialectes principaux, dont l'un est
celui de Multan. .
171 SindhI. Le sindh'i (4 millions) est la langue du bas Indus
(avec Karac1) sur l'emplacement du pays Vraca<.la. Plus pur d'i
n
-
fluence pai<;ácl que le lahnda, il recele de curieux archai'smes. De
nos jours, il s'écrit généralement, et s'imprime, en caractere per-
san; il contient une certaine quantité de mots arabo-persans.
MarathI. Séparé du groupe précédent par le gujratI,
e marath'i (21 millions) forme, a lui seul, une entité distincte.
Her du célebre prakrit mahara$Vt, qui fut la gloire du puissant
tempire <;atakarl).i, il couvre le N .-0. du Dekkan; il borde la mer
elepuis Daman jusqu'au del a de Goa, en passant par Bombay, et
pénetre profonelément sur le plateau, incluant le Barar (Vidarbha)
et atteignant I'Of1sa. Il a trois dialectes principaux: de(i ele la.
région de PUI;ta, qui donne la norme; parlers du KOl;tkal)., plus
kOlikm.1i de Goa; enfin, maratlti elu Barár et des Provinces cen-
trales. Le marathi s'écrit généralement en écriture nagarI. C'est
une langue archai'que, assez indépendante, marquée par des
influences dravidiennes. Langue gracieuse, mélodieuse (avec traces
des tons védiques), et pleine de 1'essources, le marath1 a produit
une littérature considérable.
173. BiharL Le bihlil''i fait partie, avec l'oriya, le bengali et
l'assamais, du groupe de l'Est, qui p1'ésente une unité remarquable.
Il s'agit presque moins de langues que de dialectes, reposant sur
un prakrit commun, la magadhi (§ 112) et peut-etre, en derniere
analyse, sur un substrat tibéto-birman. Le biharl (28 millionll)
forme, avec l'hindi oriental, la transition entre hindi et bengali; iI
occupe essentiellement le Magadha, avec trois dialectes : au Nord le
luxuriant maithiti, de Mithila, aujourd'hui Tirhut; sur le Gange et
au Sud du Gange, le magah'i de Patna et Gaya; et, sur le plateau,
le fruste bllOjpuri. L' écriture la plus usuelle est la kaithI.
174. Oriya. L'otiya (11millions) ou 001'1 ou utkal'i est la langue
de l'Onsa, c'est-a-dire de la Mahanadl et de son delta. Pourvu
d'une écriture spéciale, il a une riche littérature.
175. Bengalí. Le bailgla ou bailgabha$a, baptisé par les Anglais
bengalee (pron. beúgauli!) d'on bengali, eSI, avec 53 millions d'habi-
tants, la S, langue du monde, avant le franqais (45 millions d' apres
C'est la langue du fertile et populeux delta gangétique,
avec la cité-monstre de Kalkatta (beng. KaZiklitli). Le bengali com-
porte trois gl'oupes dialectaux : le dialecte dominant est celui de
l'Hugli a rOuest,. les parlers Nord rappellent curieusement l'oriyá
dont ¡ls sont séparéspar toute la vallée gangétique j les parlers
orientaux, dont le type pent etre pris a l)haka, sont multiples et de
ii
,
¡
i
BENGALI
f11
plus en plus divergents a mesure qu'on approche des montagnes
indo-birrnanes, vers Catagaó (Chittagong) et l'Arakan.
176. Le bengalí repose sur la mágadh1 (§ 112) : il n'a, par
exemple, en fait ·de sifIlante, que la chuintante s. Mais c'est une
langue curieuse on apparaissent, a coté de quelques archai'smes,
des étrangelés évidemment non-aryennes, L'harmonie vocalique y
eSl tres développée : il y a, par exemple, trois timbres de e dans
dekltiJ. (AJ;), gelo (E) dekhi (É). Il n'y apas de genres, mais des
essais ele classes, avec des mots ou suffixes classiflcateurs. L' expres-
sion du pluriel est facultative et incomplere; la notion de nombre
semble s'évanouir. Le verbe, enrichi de composés verbaux, est
complexe et raffillé. désinences du nOl11 ne ;>;ont autres
que des verbes. La numération a des traits non-aryens ¡PHZYLUSKI).
Le vocabulaire repose essentiellcment sur le sanskrit (tatsam et
tadbhar, § 187), mais avec d'extraordinaires déviations de sens. Le
bengali a son écriture propre. Le bengali imprimé au XIX' s.
est, en général, une langue tees artificielle qui peut contenil' jus-
qu'¡t 90 O/O de mots purement sanskrits, groupés souvent en
long8 cornposés, et inintelligibles en dehors de la haute société
brahmanique et des maltres d'école. CeUe meme société a favo-
risé une orlhographe archai'que et pédante, d'une infielélité inoni'e :
la regle est d'écrire les mots sons leur forme sanskrite, bien
qu'on les prononce tout autrement : on écrit Lak$m'i ce qu'on
prononce Lokkh'i on écrit bCihya, ce qu'on prononce bajjld5, padma
ce qu'on prononce pacido, etc. Ceue tare est exactement ceUe qui
aftlige le franQais, et r anglais pou1' des causes sociales analogues,
les choses étant seulement plus poussées en bengali. Le génial
RAB1NDHANATH TIlAKUR (Tagore-1861-1941), dont le role linguis-
tique est trop peu connu, est ele ceux qui ont voulu une langue plus
vraie dans une orthographe plus simple. Quoi qu'il en soit, la
langlle en elle-meme, est une eles plus mélodieuses, des plus expl'es-
sives, des plus al'tistiques ([ui soient au monde: c'est l'instrllment
incomparable de la plus riche, peut-etre, des littératures indiennes.
Les premiers texles, les Cm'Yü, ou couplets mystiques (§ 940)
semblent remonter au x· siecle,
177. V oici un spécimen de prose moderne. On ne sait vraiment
pas cornment transcrire le bengali ; d'on deux transcriptions, l'une
donnant la valeur sanskritiqlle conventionnelle des caracteres,
1 'autre lenr valeur actuelle.
Bengali, écritnre bengali]
kiehudina pare ekadina sakala pelay apafyakarafata par'! ha'ite
pahira ha'ipara samaya dekld, limar dühitat'! dparera samipastha
peñcira flpara pasiya anargala /catha kariya ya' iteche erarp. karu-
liuyala tahar padatale rasiya sahasyamlllche funiteche ...
qui, en réalilé, se lit a peu pres (tous les s sont chuintants) :
kichllclin pare ek"din solfal belay abossokbosoto batí hoite bahÍ/'
hoibal' somay dekhi; amar duhitati ddarer samipostho beñcir UpOl'
bosiya onorgol katha kohiya jaiteche eborp. kabuliwala tahar podo-
tole bosiya sohassomllkhe sllniteche ...
Quelques jours apres, un matin de bonne heure (litt. un jour 11 une
heure matinale), au moment (somo)') ou je sortais (litt. de sortir) de la
maison ponr une affaire urgente, je vis (c'est-it-dire : que vis-je?) mon
112
LES I,ANGUES
trognon de fille (-ti, des ohjels et mign.ons). as sise
snr le hane (angl. bench) sltue de la etalt <;n de Jl.arJer
avec volnbilité, et l'hoffime de Rabul, aSSIS i:t ses pIeds, eeoulmt, le
visuge soul'Íarit.. ...
Rabindranúth Thakur,
Galpagllccha, r, p. 186
178. Voici un spécimen de poésie :
Bengalí. écriture hengali]
kotha chilo eko torlte /ce bolo tum i ami
paroJe était, dans une barque, seulement toi moi
jaba okaroi¡é bhésé !reboZ" bhésé
nous irons sans motif, voguant, seulement yoguant
tribhuboné janbé na Icé'u timra t'irlh' gtimi
dan s les 3 mondes connaitra pas personne, nous aux plages .sacrées
allant
!rothay jétéclti kon
o
désé sé kono dése.
ou nous allons, dans quel pays, cela dan s quel pays.
II était eonvenu que, sur une hurglle, toi et moi seulement,
NOllS partirions, sans motif, voguant, seulement voguant.
Personne au monde ne saura ou, en pi'lerins,
Nous irons, vers quel pays, ver s quel pays .ce sera.
Rahindranilth Thilkur
G'ittiñjaZi, nO 83 (Trad. angl. nO [12)
179. Assamais. L'assamais, plus exactement alJamlyti (1 mil-
lion 1/2) est la ¡angue du Brahmaputr inférieul', au long de
l'étroite vallóe assamaise. Pro che du hengali, noté dans la meme
écrlture, mais suffisamment distinct, l'assamais a prorluit une litté-
rature non négligeable.
180. Particularités de l'i. a. pér'phérique. COIllme C't'st sou-
vent le cas, le !ien qui existe entre les langues pÓl'iphóriques n'est
pas exactement du meme ordre que celui qui unit les paJ'lers cen-
traux; les langues clu pourtour sont clistinctes l'une de I 'autre; elles
ne sont pas inteIligibles d'un -groupe a l'autre. Elles s'ac('oJ'dent
seulelllent pour conserver certains aJ'chalsllles et servir) en quelque
sorte, de téllloins. Parmi ces survivances de faits anciens, on
remarque,par ex., le participe passé en -Z- attesté sur le pourtour,
(sindhi, m arathi , Est) avec quelques traces au centre. 01' il est
difficile de ne pas voir une analogie entre cette forme et les parti-
cipes passés slave et arménien en -l. Ainsi l'indo-aryen moderne
implique deux formes inconnues au sanskrit mais d'inspiratÍon
indo-européenne: *dita (§ 158) et *dila (M. i. *dilla?; marathI
dilum, heng dilam « j'ai donné » répondent a vx-slave dalújesl7l'L
On notera que le marathI et le bengali o('cupent des régiohs récem-
ment aryanisées; il n'est pas impossible qu'ils correspondent a une
vague d'invasion plus récente que celle du Madhyadesh.
Enfin, pOllr certains faits, les langues indo-aryennes se groupent
tout difléremment : par ex. a l'Est du 760 degré enviran, tout r
a:;<¡cien est devenu b : la l'hindi (pour les tadbhav) rejoint le ben-
gali ; il n'y a plus que deux blocs, celui de l'Est et celui de rOuest
Ainsi les lignes d'isoglosses s'entrec:oupent, comme il est nat'urel.
LANGrES INDO-ARYENNES
113
y) Langues aryennes diverses.
181. Singhalais. Le singhalais, parlé par env. 3 Ihillions d'h.
dans la partie méridionale de Ceylan, est certainement d'origine
; on croit mérue pouyoir le rattacher aux langues de
1 Ouest (guJrütI, marüthi) Il a, en tout cas, été gravement altéré
par des influences drayidiennes (perte des aspirées, altération des
voyelles), et il s'est développé, dans un milieu resté bouddhiste
Sons le patronage du palL On peut suivre son éYOlution a 11'ayers
merveilJeuse série de c!oc::uments épigrahiques, de l'ere chré-
tlenJle aux t€.mps modernes. Il a produit également une littérature,
assez peu ol'lglIlale,
Le mahl" langue des Maldives, est un dialecte singhalais.
.182. TSlgane. Les langues que pal'lent entre eux les « Bohé-
mlens » ion ou Gitanes, 0l!- Tsiganes, ou « Gipsies »)
reposent certame¡;nent sur un parler mdo-aryen. Venus de l'lnde,
du N .-0., les Tsiganes se sont, par de lentes migra-
tlOns, dIffusés dans toute l'Europe, ou ils soní aujomd'hui plus de
900.000 (notamment en Europe Centrale), dout environ
(TESN/lÚm) parlent tsigane. Chemin faisant, ils ont appl'is les
langues des pays ou ils passaient, et les ont lIlc1ées en partie a leur
parler primitifj il en e,t résulté de nombreuses variétés de tsigane
(allemand, espagnol, arménien, etc.); mais on reconnait facilement
l'élément indo-ar:yen (p ex. noms de nombre). Le tsigane est une
des sourees de I argot OH langue yerte: l('s mots fr. « surin » ,
« choul'Íneur » font écho a hi. churz « couteau»' « manoL1che »
s'identifle á skr. mallllsya « homme » etc. particularités
phonótiqlles ou morphologiques du tsigane posent des problemes
d'une tI'cs. grande porlée : on aperQoit (J. BLOcH) des analogies
mot'pholog¡ques avec le brahm :0149).
Les Tsiganes ne conficnt jamais leur langue a l'écriture, non par
mais par fidélité it un scrllpule Cju'on trouye, a l'ori-
gme, chez tous les peuples de langue indo-européenne. Ils uti-
lisent pourtant des signes, par ex. signalisation d'itinérail'es.
183, Langues dardiques. Les Jangues úl'yennes des confins
N.-O. de l'Inde, dans la région montagneuse qui touche au Pami!',
semblent fOrIner. un groupe .a part, appelé dardique ou paiftici
moderne ; on va Jusqu'a y von' un rarneau indépendallt, inlermé-
diait'e :n!re l'iranien et l'indien. Le probIeme est complexe, et on
peut dlstllJguer des cas d' especes. Compte tenu des influences ira-
niennes, les principales langues dal'diques semblent réellement
apparentées a l'indo-aryen; seulement, elles pal'aissent descendre
en ligne di recte du sanskrit védique, sans l'étape du pl'ü.krit ¡MOR-
GENSTIERNE); on y trouve trace de 1110ts 'védiaues, inconnus au
sanskrit classique et de forme al'chalque : augment du pl'étérit
(ce qui serait a Yél'ifier), restes de la désinence de premiere per-
sonne pluriel védique -amasi. Cependant la principale caractél'is-
tique de ces Jangues réside, non dan s ces survivances, mais au
contraire dans des traits abcl'I'ants tres marqués ; on tente de
rcconnaitre en elles (GBJ:l\HSON) la suite des parlers pair;aci, décrits
les gr:¡mmairiens COllJIUe des jargons aryens, mais
blzarres. Les peuplades Pu;aca " mangeUl's de chair )) aUl'aient
occupé, outre les montagnes du N .-0., fout le Panjáb, et deseendu
L'Il<DE, tome l.

114 LES LANGUES
l'Indus. Des influences « paiQáci » se remarquenl en lalmda, pan-
jabi, sinclhi, et mell1e dans eertains détails du koillca¡/í.
Les langues dardiques comprennent trois groupes : 1) it rOuest
groupe ka(ir dll Káfiristán : bashgal'í, wai, peron Oll wasi-fJeri, 2) le
khofJlir de Citrál, 3) it rEst, groupe daNZ : shi1.nl (68.000; voisin de
Gilgit, maiya, enfin kashmiri ou leas/lirii (1 ,li39 .000) qui a subi des
influences sanskl'ites et musuln13ntS, et possede une littéralure
digne de considération. On clécOllYl'e peu a peu, dans ces régions
montagneuses, de nouvelles langues dardiques : p. ex. le (orwal'í,
tres mal connu avant Sir Aurel STElX (1926).
184. Iranien. Aux confins N.-O., p. ex.a Peshávar, il se pade
un dialecle iranien, le pashtll,langue officielle de l'Afghánistan et qui
groupe dans l'Inde scule le total respectable de l.G37.000 hommes.
De lem colé, les Pársl de Bnmbay gardcnt qllclqlle fidélité a l'ira-
nien aneien et moc1erne. Enfin le vocalmlaire persan a ('xercé une
influencc sur mainte langue de rInde.
Pour en terminer avec l'indo-européen, signalons ranglais des
eolons et militaires rU8.000 Emopéens de naissance), des métis,
des fonctionnaires et ell1ployés indigenes dans les grands centres:
au total 320.000 habitants seulcment sont recensés COll1me étant de
langue anglaise, soit 1 millicme a peine de la population, mais hien
en vue.
d. VUE
185. Le problcme des relations entre les diverses langues de
l'lnde se pose sous des aspects mllltiples, et souvent ohseurs.
Trois familles. Le point de départ est, éYic1emll1ent, la di ver-
sité d'origine des trois familles : muwJa, c1ravidien, inc1o-aryen,
sans parler du tibéto-birman et de langues peut-etre disparues. Un
examen, meme sommaire, du vocabulaire (y. ci-eontre) met en évi-
dence eette diversité : presqlle ríen de COll1rnun entre indo-aryen,
dravidien et mUlJ<;la. lout au plus quelques rapproehements arnbi-
gus: skr. gal'dabha et Ta. leaLudei (14) peuvent remonter a un
prototype commun; de meme hi. ghoTIi et Ta. !cllclirei (13). Ces
pl'ototypes, on les souPQonne plntot extra-indiens. 1)'autre part hi.
ci,1'iya, santo cere {( petit oiseau » (16) font pensel' a un mot sIcr.
catalca, dont la physionomie n'est pas aryenne. Ainsi, les ressem-
blanees, quand il y en a, sont tres obscures. La seule chose claire,
e'est le rayonnement de l'indo-aryen : san!. gadha (14) est un
empl'unt au néo-indien. Le nom de la vache en santali vient de
l'indo-aryen; en tamoul rnoderne égalernent, Ta. pa911 (12)
« vaehe » vient de skI'. })((911 « bétail ». De meme Ta. pa9ilelci-
Bar (31) dérive de skI'. (Jasalí Enfin l'hindi est visihlernent l'héri-
tiel' du sanskrit, et par conséquC'nt un l'eprésent-ant de l'indo-euro-
péen : on notera surtout les noms hin di de la dent (5), de la
vache (12) cf angl. CO<l', du fen (9) cf. lato ignis, le verhe mourir
(24), les noms de nombre (33 et suiv.).
De ces trois farnilles irréductibles l'une a l'autre, deux ont leurs
répondants ho1's de l'Inde : ponr l'indo-aryen, le fait est fIagrant;
pour le mlll)Qa, on constate des eoYncidences de voeabulaire avec
des langlles de l' Indo-chine (mon-khmcr), mais les tentatives faites
ponl' rattacher le mUl)Q.a a de nouveaux groupes linguistiques
(finno-ougl'ien) se sont soldées par des échecs. Reste le dravidien,
qui semble totalemcnt isolé dan:; le monde.
VOCABULAIRE COMPARÉ
H5
-
MUI.HJa
I
Dravidien
-

8ANTALI TAMOUL HINDI SANSKRIT
f. main, bras
I
hálh ti Ikai has taQ. 1)1
1
2. téte b6hOk' Italei
Slr QiraQ. n. 2
3. ceil mét' ka1,l
ánkh

caksuh n. 3
4. bouche moca váy múh mukham n. 4
D. dent (Jata pal
dint dantah 1It . D
6. oreille lutur kádu kán karnah m. 6
7. pied,jambe jaúga kál paer m. 7
8. maison Ora k' VI <;1 u ghar grham n. 8
9. feu s8úgel neruppu á'"
f.
agnill m. 9 t'l
1.0. eau dali' pánl jalam 11. 10
H. lait toa pál
düdh ksIram n.
;,
oitdllgdham 11
r
12. vache g¡¡ti á, 01l paQu gáy

gau11 ¡. 12
13. cheval sad6m kudirei ghorá aQvaQ. m. 13
:14. ane gadha kaLudei
gadahá garc1abhal,lm. 14
11.\. chien seta náy
kuttá Qvá m. ID I
16. oiseau Cél'é paRavei
ciriyü

pale;;l m. 16
17. serpent biñ Pámbu
sanp sarpaQ. 112,
17
18. tigre bagherae pulí
hágh vyághra1l m. 18
19. allel' calak' pOga
jáná yüti, 19
passé gayá gacchati
20. \'enil' hec' vara
ána ágacchali 20
21. manger
jüm <)üppü¡a, t¡;-'¡N a khrma khádali 21
22. boil'e
ñú kudikka
plná pibati 22
2;J. frapper
dal a <;l ¡'k ka márná ludali 23
24. mourir
gnjuk' Qága
lIlarná mriyate ':24
2D. donner
em lya
dená dadáli 25
26. courÍr
ñir oda
daornü dravali 26
27. devant lahare niuN
áge agre 27
28. derl'iere tayom piN Plche paQcát 28
29. qui?
okoe? ?
kaon?
kah? 1.0 ? 20
30. quoi?
oka? eNNa? kyá? kiql? 30
31. mon pere <.tpuñ-do eN tagappaNar mere pitá
mama pitasmin-
31
habile dans onahudiñ indac ciNNa is chote naipe grhe
cette peti te orak'reye
viHil
ghar rilé vasali.
maison. lahekana.
va9ikkiRar.
l'ahte hHé
32 un miL' oru,oNRu ele ekah 32
33. deux bar iral).(lu do dvau 33
34. troÍs pe
ImÜNRU
lln trayaQ. 34
3D. dix gel paltu das daQa 13D
N.-E. - Dans les trois preinieres colonnes, la furme verbale donn1'e rí'pond á
nnfinitif fran<)ais; mais, en , ponr se eouformer a I'nsage, on donne'la
troisiéme pers. sing. du présent de ]'indicatif. LBS mot" de la liste sanskrite out {-té
comme l'expression usuelle de chaqlle notion, et non dan s un souci d'éty-
mologle : la parenté entre hindi et sanskrit ressort des faits eux-memes.
116
LES LANGUES
186. Evolution de l'indo-aryen. Au cours de l'histoire, ces
langues ont évolué en elles-memes et réagi les unes sU!' les autres.
L' évolution la plus claire, la mieux étudiée, est ceHe qui conduit
l'indo-ilryen du sanskrit aux langues modernes : elie a été compa-
rée a ceHe des langues romanes, issues c1u latin. Les prákrits nous
fournissent meme un élément intermédiaire, dont on n'a guere
l'équivalent pour les langues romanes. Toutefois les prakrits, tels
que nous les connaissons, sont assez artificiels (§ 111) et n'ex-
pliquent pas tout, loin de la. Bien que nous aYans donné plus haut,
a titre indicatif, .qu,elqu;s références a des prahits (§§ i 72, i 73,
176), 011 ne sauralt etablrr de correspondances completes entre tel
prakrit et telle langue moderne : hien au contraire, « tout se passe
comme s'¡¡ y avait eu un moyen-indien cornmun, comportant tout
au plus.. la survivunce de quelques variations dialectales »
(J. BLOCH). C'est que le document littérail'e, voire épigraphique,
rarement sincere dans rInde, et comporte toujours un degré
plus ou moins grand ele stylisation. Cetle remarque s'applique, a
plus forte raison, au sanskrit : on ne perdra jamais de vue que les
parle/'s modernes dériyent de paJ'lcrs anciens (cf. sh. § 83),
dont le sanskl'it littéraire est un reflet assez lointain. Les langues
écrites, que ce soient le sanskrit. les prakrits classiques, ou le paji,
sont chacune, pourrait-on elire, eles rameaux isolés et sans posté-
rité; il Y a, non pas une filiation, mais, tout au plus, un cousinage,
entre ¡les textes classiques et les faits actuels. La git une des plus
graves difficuItés de la linguistique indienne, et qui n'est pas sans
paralléle aans la linguistique romane. La tradition parlée, noton8-
le nous a conservé des mots inelo-européen8, que la traclition
écrite. o Il_n.?hl e , son exceptionnelle richesse, a ignorés : par
ex. h1. ata « [arme », sans correspondant sanskrit ou moyen-
indien, mais corroboré par pers. ({rel '( farine », gr. 'áleuron
« ", gr. 'aléa « moudre », arménien alam {( mouelre )), el,
peut-etre, skI'. alpa « menu J). .
187. Tatsam et Tadbha'V. Dans lcur.' évolution, les langues
inelo-uryenne ont subi eles altérations phonétiques : hi, hath con-
tillue sl(r hasta comme fr main con1inne lat. mamall. Mais elles
n'ont pas cessé, a toute époque, ele faire de nouvcaux emprunts au
sanskrit, l'eprenant les 1110ts dans ]¡;lll' forme originale. De lit deux
sortes de vocables : 1) les uns « populai1'es J), tadb//((p « originaires
(du sanskrit) ), 2) les autres, sav3nts, tatsam « iclentiques (au sans-
hit) )l. C'est ainsi qu'en framiais nous avons des « elouhlets II ; i)
fr. ranr¡on est un taelhh3v, 2) fr. réclemption est un tatsarn. A coté
elu taelhhav halll « main », il existe un tatsam hast « main, mesure
el'une coudée, autographe, etc. )). Il ya, en outre, eles demi-tatsam
(GHIERSON), c'est-a-dil'e des mots savants quí ont, derechef, com-
mencé a s'altérer. Les langues d'aujourd'huí posseclent donc, en
général, deux vocahulaires au moíns, cleux « registres », eleux
styles, l'un vulgaire, l'autre savant; le bengali comporte une calit
blta$a « langue usuelle )), et une saellm bha$a « langue nohle )) ;
nous avons l'hineli usuel et le « haut hineli ». Quand l'Hindou a la
plume en main, il emploie volonlíers un style livresque. Témoin la
lett.re suivante que Sudhákar Dvived¡ (Ramkahani, p, 7) l'eQut el'un
amI.
1,ES LANI'UES
117
_llpke _samlilia.mli/'t}l gat:diras ilpke elham par padharll. _ gl'h
ka kaoat mlldrtt lhe:, apse bhet na hUI. .
v?e c?lloque" rai, • le. jour .dil'igé mes pas vers votre
habltatlOn. L hUls des aItres elalt cIos, Je n al pu vous voir ...
Il pour hien renclre cela, le style de l'écolier limousiú de
RahelaIs: «, Nous transfretons la Sequane au dilucule .... )J. Il se
trou;a 1 auteLll' .de la .lettre rencontl'a, pen apres, le narl'ateur
et 1m expltqua de VIve VOIX : '
lcal_ liye ghal' pa!' gaya tha. - ghar kit
dal'paza bael tha, apse bhet na/u hui.
J'étais alIé chez vous hiel' vous l'endre visite. La porte de la maison
était ferrnée, je n'ai pas pu vous voil'.
188. Pl'estige du Ilallskrit. Cet état de chose est a plus
d'un ti.tre, ré.vélateu.r. On y v.oit el'aborel le prestige du
sansknt, tOU]OUl'S d'age en age, apparalt comme le
moel.ele du langage « sOlgne, achevé )), le prototype correct dont on
essale d,e se Et, en efIet,. la situation d'aujourd'hui
ceHe d : le langage a un double aspect : prakritique
, ou vulgatre sanskrltlque ou noble. A tout instant un elfort d'éru-
elition peut, dE'rriere la langue usuelle, les formes
savantes : le sanskrit se profile toujours en arriere-plan cornme
un.e ombre, comme chliyd clu théatre sous les pra-
kl'ltes. Et le. meme falt se reproduit un peu partout ; ans l'Inde : le
tamoul. auss!, en de "tout rapport avec le sanskrit a1'yen,
compO! te un style eC,rIt ilrchulsant et une sorle de prakrit usue!.
Observons touterols que ceUe irnitation du sanskrit se horne au
vocahulaire :. il n'est pas .question, sauf ras limités et exception-
de, restIluer les flexlOns sanslu'ites, si complic¡uées. On se
reslgn,e .a la locale. C'est la qu'apparalt un trait
on .J.H',art presque u.n vice congénital, eles langues
: la moblhte elu vocabulalre. Elles sont perméahles, on
v.ouelralt dll'e poreuses. En effet les vocables intrus se substÍluent
sl,mplement aux autres, sans qu'il en résulte un enrichissernent
verltable de la !angue. Ce ne 80nt que des synonymes trop parfaits,
donc supel'flus. Trop rares sont les cas, en hin di, OU le ruot pel'san
ou. appol'te chose de plus que son équivalent sans-
De la v¡,cnt que les prakl'its aient quelque ('hose
el arlIllClel (,t de rnecal1lque : les grammaires prakrites ne donnent
guére que regles phonétiques, Cfui permettent, d'un tour de cIé,
de langue a l'aulre. On a dit aussi que cerlains textes
n 8,talellt que du transpos.é : remarque s'ap-
plrqu: plus ou a tout le sansk1'lt profane. Ce qui
est SUI', c est que le sar:skI'It, au COUI'S de son h!stoire, a. de plns
en plus, adopté des de9.1 (§ i15) « mots de te;r.olr », qüitte a leur
donner une forme posl1che ou un faux état-clVI!. Invet'sement les
tel'roir ont ahsorbé a haute dose le vocabulaire sans-
: Il n est pas langue de l'Incle, mUI).(Ja ou dravielienue, eul.
tlvee ou sauvage, qm ne contienne une quantité de mots sanskrits .
le en est rempli, le telugu en est farci a tel point
certams Anelhra conteJ:?porains protestent vivement (P. CHEN-
CIIIAH) quand on leur dlt que le telugu est dravidien; le tamoul
LES LANGUES
porte jusqu'au Cap Kumari (Comorin) des mots indo-européens,
par ex. ramuttiram « océan » (skr. sam-lldra, cf. gT. 'údor « eau »,
anglo (;·ater). Par son rayonnement comme par sa réeeptivité, le
sanskrit apparait ainsi comme le dépositaire de la eivilisation
indienne.
189. Le probleme des substrats. Si, du vocabulaire, on
passe a la grammaire, le probleme s' élargit, puis change. Il est
entendu, par convention, que la morphologie est ce qui départage
les familIes de lang'ues indieunes. C'est au nom de ce principe
qu'on rallge sans hésiter le telugu dans la familIe dravidienne.
Mais ne peut-il pas y avoir également substitution d'éléments
grammaticaux? Le groupe bengali emploie des vocables et des
désinences d' origine indo-aryenne, mais il en fait un usage si
curieux, que tout cela ne semble, parfois, qu'un déguisement.
(§ 174) n'a peut-etre, relativement au telugu voisin, qu'nn
degré de plus dans 1 'aryanisation.
CecÍ conduit a poser, dans toute son ampleur, le probleme des
substrats. On a recherché en quoi le mu:r;t<,la et le dravidien avaient
pu influencer l'indo-aryen; 01' le butin des faits recueillis est un
peu décevant. On a identifié (KITTEL) beaueoup ele mots sanskrits
ou néo indiens qui semblent d'origine dravidienne; on ,a relevé ele
rares mots indiens d'origine austro-asiatic¡ue, sans emporter tou-
jours la conviction. Dans le domaine phonétique, les faits de subs-
trat, jaelis tenus pour certain5, paraissent aujourel'hui contestables
ou al1Jhigus : les céréhrales le'est-a-dire les rétroflexes) ne sont
pas dues exclusivement au dravidien : celIes du sanskrit védique,
du moins, continuent une évolution déja amorcée en inelo-iranien.
La sonorisation de l'inter-vocalique, que le moyen indien eloit, dit-
on, au elravidien, ne semble pas un fait pan-dravielicn (ce qui n' ex-
clut pas l'influence). L'amuissement ele la siffiante, constaté dans
certains coins ele l'indo-aryen, n'est pas, comme on l'a clit, pan-dra-
vidien ; c'est un fait propre a la hranche Sud du dravidien, inconnu
ala branche Nord.
190. Corrélations des langues indiennes. On renonce done
désormais a des explications fondées sur une chronologie conjec-
turale des couches linguistiques. Le m UlJ<,la, par ex. est, sans
doute, tout le contraire d'un substrat; il est possible que ce soit
une langue d'importation relativement tardive et revetue d'une
couleur indienne. Ce qui importe plus, e'est d'étudier, sans idée
préconQue. les parallélismes morphologiques, syntaxiques, stylis-
tiques des langues indiennes. 01' ces paraUélismes sont multiples,
précis et véritahlement surprenants; ils donnent a toutes ces
!angues si variées une physionomie uniforme. Il y a des !angues
aryennes, mUIJ4a, dravidiennes, mais il y a un type indien de
langue. On ignore, et on ignorera longtemps, la' part prise par
chacune de ces familles a l'élahoration de ce type : l'explication
derniere du fait sera soit un suhstrat lointain qui conditionne le
tout. soit, peut-étre, un phénomene de convergen ce hiologique.
Tout se passe comme s'il y avait convergence, queUe qu'en soit
la cause. Ce serait une singuliere erreur de perspective, que de
poser le sanskrit isolé, puis un prakrit, et de croire qu'on peut en
LES LANGUES
119
déduire, d'une faQon lilléaire, un parler indo-aryen déterminé. Il Y
a eu, de .tout.temps, dans l'Incle, beaucoup de Jang'Lles simultanées
et les hIstonens se clonllellt pour tache de démCler les
réactions, toujours réciproques, des unes sur lBS autres. Assimila-
tion, fusion, lente unification, synthese toujours inachevée telles
sont les lois maitresses de l'évolution indienne, dan s les
dans les croyances, comIl1e dans la langue. Le sanskrit littéraire
lui-meme témoig'ne cl'une longue métamorphose, au terme ¡de
il a u.n. air cle ressemblance avec les autres
mdlennes, et, reClproquement, ce ne sont pas les !angues al'yennes
ce sont les l'Inde, qui trouvent aujour-
d hUI, ,a dlvers, du sanskl'lt. Il ne s'agit plus
que el apprecler des graelatIOns et eles nuances a l'intérieur d'un
meme ensemhle. Comme l'lnde elle-meme, la linguistique indienne
est une, dans sa variété.
type in die n de langue. Toutes les langues propre-
ment mcllennes :
- ont des consonnes l'étroflexes un mU1J<,la);
- ont un ordre des mot5 assez l'lglde et cloue de slg'mfication le
déterminant précédant le détel'miné; le verbe vient en
heaucoup de langues recoueent aux noms composés . \
- ont des post-positions ; ,
- n' expriment le comparatif et le superlatif que par des péri-
phrases; .
- ont une conjugaison personnelle ele tendance nominale ;
- possedent un mode verbal « habituel » exprimant l'action
dan s sa généralité ,
- ont un gérondif ou aclverbatif;
- usent ele composés verhaux ;
,- ont eles ?,IOtS a écho, de types varié s : santo tasar-bajar « en
desordre », h1. agar-baqar « hagatelles », toda k6b-hib « un vase
quel qu'il soit ». . v,
de ces traits évoquent des particularités du sanskrit
l'absolutif sallskrit, autrement dit géronclif innovation
par rapport a l'indo-européen, semble bien un effet du substl'at
indien.
192. Hors de l'Inde, on aper<;oit aussi des parallélismes de
str;ucture. Les avec le turc se sont imposées d'elles-
memes aux premlers chercheurs et les ont, malheureusement
entralnés a fo.rmuler des aventul'euses; les
ments, du moms, sont a retemr, et a multiplier, Il appartient a
BARANNlKOV d'avoir ,songé au intuition qui doit pouvoir
se confirmer et se developper. La plerre de touche pourrait etre
notamment, le gérondif aelverhatif. Il s'agil'ait, la encore,
l'Inde. meme, fonctionnelles, parmi des vocahu-
dlssemhlables. Il n'est pas certain que ces ana-
logles s explIquent purement et simplement par des lois générales
d.u langage, et qu'eUes soient dépourvues de signification histo-
l'lque.
CHAPITRE IV
(DES ORIGINES AU VII- SIECLE)
1. LES SouncEs.
193. Généralités. Les lettrés de l'Inde ancienne ont fait peu de
cas de I'histoire. Leur philosophie les en détournait. En théorie elle
cherehait a atteindre lAbsolu, en pratique elle enseignait a garder
la sérénité devant le déroulement des contingences. San s doute les
rois ont-ils fait établir leues g'énéalogies et proclamer leurs ex ploits
mais, trop souvent, eeux-ci sont eélébrés en termes pompeux et
vides et eelles-la sont entaehées d'crreurs gTaves. Erreurs aeeiden-
telles ou parfois volontaires ; éventuellement un généalogiste habile
affermit le prestige d'une elynastie. Plus fideIe que la mémoit'e des
auteut's, la terre inelienne a heureusement eonset'vé des monuments
plus aUlhentiques que les assertions des poetes de eour et des eom-
pilaleurs de légencles. En clehors meme ele tout témoignao'e éel'Ít,
les vestig'es matériels eles eivilisations de l'lnde laisseraient "'deviner
générau::, de ci vilisations depuis la préhis-
tOlre Jusqu a nos Jours. Des IUSCrIptlOns nombreuses completent ou
eonstituent eutÍerement notre information, A coté des pané-
gynqlles nous trouvons des docllments précis, chartes de donations
ou ele fondations, pÍeces remplies de noms, ele faits et de dales qui
font sur bien des pOÍnts particuliet's de l'histoire une lllmicl'e com-
plete Ces points particuliers deviennent des reperes prpcieux : ils
ne découvrent pas par eux-memes le cours des événements mais ils
le exactement. Lps panégyriques d'ailleurs neo 'sont pas
tOUJOUl'S sans valeur Les témoignages eles historiens étrangel's qui
ont connu les choses de l'Inde eompletent ees· données, fixent des
synchronismes et permettent de rendre finalement a l'Inde une
grande partie de l'histoire qu'elIe a dédaignée.
194. Les textes boudelhiques sanskrits eélebrent un piellx monar-
que, Agoka, qu'on prendrait, en les lisant, pour un prince de lég'Bnde.
Mais les édits sur pierre d\m roi Piyadasi nons sont eonservés et
le. la de l'ile de CeyIan, nous apprcncl que
P.lyaelasl est un autre nom d Agoka. Le la grande chro-
lllque de Ceylan, place son saere a une date qui co l'l'espondrait a
325 a\'. J.-C Cette date fixel'ait la chronologie non selllelflent de
l'empire cl'Agoka, extremement vaste, a en juo'er par la répartition
des t'-dits a tra:'ers !'Inde. mais encore de touteOla dynastie a laquelIe
AQoka appartlent et que les textes nous font connaítt'e, enfin et
surtou!, elle fixerait un moment capital de I'expansion du bouddhisme
protégé par AQoka Pourtant les édits mentionnent parmi les t'ois
eontemporains Antiyoka, Turarnaya, Antikini, Maga et Alikasandra
qui sont Antiochus, Ptolémée, Antigone, Magas et Alexandre et
nous savons que ees rois grecs régnaienl entre 260 et 250.
Il faut donc rectifier la chronologie des chroniques singhalaises dont
l'exactilude générale est pourtant cOrt'oborée par les données des
llutres sources. C'est la un exemple parfaitement typique de la faQon
dont pour rétablir l'histoirC' indienne, doivent coneourir les sources
diverses, archéologiques, épigraphiques, historiques, littéraires et
étrangeres a l'Inde que nous allons pass el' en revue.
LES SOURCES
121
a) !lources al'chéologiques.
195. ::lourees préhistoriques. Antérieurement a l'apparition
de l'Homrne, la faune indienne a été caractérisée par le foisonnement
des anthl'opoYdes (fouilles des collin<»s de Ci,·alik). Dans la haute
vaIlée de I'lnellls on a pu distinguer einq cycles glaciaires. A la fin
du n
e
apparaissent des bifaces de type chelléo-acheuléen, au me une
industrie dite dc la Sohan, caractérisée par des galets de quarlzite
a tranchant unique retouché des deux catés. Dans la basse vallée
de la N armada, ainsi que dans les bassins elc la Kl'sna et de la Goua-
varí, on troul'e également une industrie clll premier type. dans la
haule vallée de la Narmada ceHe du seeond, dans le Karnul des
outils d'os, elans !'lnde centrale, 1\ Jabalpur. une industrie a 11licl'O-
lithes géométriques. De nombreuses stations néolithiques sont
connues, OU on dislingue provisoirement au moins trois types el 'in-
dustries, qui sont en partant du plus aneien ceux des ilistricls de
Banda, de BaIlar! et de Chota-Nagpur. Le dernier se relroltve fln
Assam ou il existe d'autt'e part une industrie mégalithique qlli a
encore pu etre obscrvée de nos jO!ll'S chez les Kas1 (Khasia). Dans
le district de Ballarí le fel' appal'ait COlllrue premier mélal, ce qui a
faÍt croire, mais sans fondement sllffisant, que rInde étail le pays
d'origine de l'industrie du fer. Des dép6ts cons;clél'al)les de jarres
funéraires (LAFFITTE), eles puits fUlJéraires ou des cendres étaient
entel't'ées (BOULNOIS et FA UCREUX) out été tl'ouyés dans la région
de Pondichéry. Des peinlUl'es rupestt'es, généralement tt'acées a
l'hémalite, ont été relevées dans les grotles d" Singhanpul', i\lirza-
pUl'. Ghatsila, BaIlarl, des monIs !Caemo!' On l!::;cute Sltr les dates
relatiyes de ces peintures et sur lellrs affinit(;s a"ec ceHes des sites
préhistoriques tI'autres contrées pour fOt'ltJet' des hypolheses, d'ail-
aventureuses, sur les eivilisations préhislol'iqucs. En fait, il
s'agit, comme il est banal en pareil cas, de grossiel'es représcnla-
tions de scenes de chasse fort peu caractél'isliques.
196, Civilisa.tion de l'Indus. Une ci vilisation tres typique au
contrail'e et cl'une importance consiclériJble, touehe a la périoele
histol'ique NOllS n'avons, il est vrai, aueune donnée sur
son histoit'e mais elle était contemporaine de civilisJtions mésopo-
tamiennes histot'Íquement connues. Son existence est révéL'e par
les fouilles ele Harappa an Panjilb et surlout de Mohan j o-Daro,
«( Tertre des-Mol,ts )), dans le Sindh, ainsi que él' en viron 35 autt'es
si tes répat,tis dans les me mes régions Quelques vestiges en étaicnt
connus elc longue date mais sans qu'on sache a queIle antiquité on
deyait les rapporter: La vi He immense de Harappa était deplIis
longtemp3, au grand dommage de l'archéologie, COl11me
dép6t de matériaux de construction et e' est en 1921 seulcment que
les fouilles de DA YA ILuI SAHNI en ont démonl t'é la grande ancien-
neté. Cest en Hl?¿2 que R. D. I3ANEnJI, fouillant des ruines boud-
dhiques a Mohan-jo-Daro, a découvert au-clessous une ville consi-
dérable comlfle ceHe de Harappa et clans laquelIe les fouilles out pu
etre conduites méthodiquement.
E!les ont révélé l'existence de plusieurs villes successivement
constt'uites meme emplacement d'apres des plans d'ens8mble et
non pas au hasard. Les rues sont pat'aIleles ou se coupent á angles
122
L'mSTOIllE (DES ORIGINES AU VII" Sn'cCLE)
droits et sont doublées d'un systeme d'égouts souterrains dont
l'équivalent ne se trouve nulle parl dans l'Antiquité. Un grand bain
et une construction fjui était probablement un marché sont les prin-
cipaux monuments tl'ouvés jusqu'ici. Les édifices sont en briques
cuites. L'Indus qui coule aujourelhui a plus de cinq kilometres
était plus proche autrefois et a iuonclé la ville ou ses faubourgs a
cleux ou trois rcprises. Les pierres tendres étaient employées pour
former divers objets; calcaire et albatre pOUl' ccux de graneles
elimensions, stéatite pour les plus petits. Le cuivre, le plomb,
l'étain, rOl' et l'argent étaicnt utilisés purs ou en alliages (bronze,
electrum) a l'exclusion elu fer qui ne parait pas avoir été connu.
jVIais eles lames rectangulaires en s'ilex qui ont été comparées a eles
lames néolithiques de Pondichéry (BOULNOIS) étaicnt encore em-
ployécs. La poterie et la statuaire représcntécs par elcs spéei-
mens remarqllables. Quelques lambeaux el'étofIes retrouvés sont de
coton. Enfin une écriture faite ele elessins géométriques et ele figu-
rations sch(;matiques apparait clans eles inscriptions courtes sU!' des
objets en stéatitc qui sont probablement des sceaux, sur des cylin-
elres-cachets ou sur eles tableHes de cui\'l'e qlli ont pu servir el'amn-
leltes. La plupart ele ces objets sont canés et portent des figures
el'animaux au dessous des signes d·écritul'e. Sur les cylindres les
figures et les signes son t en creux, ailleurs ils sont en re lid.
197. Ces vestiges ne pOl'tel,t malheureusement en eux-mémes
aucune indicalÍon sur l'histoire du peuple qui les a laissés, aussi
ont-ils donné lieu it des hypotheses déja nomb1'euses dont plusiellrs
sont arbilraires et qui toutes sont provÍsoires. Un fait pourtant est
venu fournir un précieux repere ehronologique : des sceaux de
l'Inllus ont {té trouvés en lvlésopotamie et en Elam dans des couches
archéologiques dalées. L'un d'eux, découvert a Ur, présente une
tres COUl'te inscription en caracteres cunéiformes (§ 354) au lieu
des caractel'cs de l'lndus et date de la période présarg'onique, ROit
d'un peu plus de 2500 ay .• T.-C. D'alltl'es, trouvés a Kish, a Tell
Asmar etc., sont dans des couehes de méme date COllnne rien
n'aulorise a penser quc ces sceaux de l'Indus ont pu élre appol'tés
en Mésopotamie comme antiquités, il est infiniment probable qu'ils
appa1'tiennent précisément á ceHe époque. Ceci fournit donc une
elatation approximative pour la civilisation de l'Indus mais les sceaux
étant it peu pres semblables aux diJJérents étages des fouilles de
Mohan-jo-Dal'o, il est impossible de savoir auquel de ces étages
corresponel 1 époque ainsi fixée.
A défant de renseignements historiqlles précis, nous pouvons
poul't:mt inférer de certaines trouvailles des faits assurés : I'ernploi
de substances minérales étrangeres au Sindh prouve l'exislencc de
rapports comrnerciaux avec eles pellples souvent lointains; la pré-
sence de plllsieurs types humains établit le caractel'e mMé de la
population. On a tl'Ol1vé en effet, outre les types décrits 55, des
cranes proto-australoYdes et médileI't'anéens, un crane mongoloIde
et un crilne du type alpino
198. Oivilisation d'Amri et du Balucístau. Les fouilles
de ont mis au jour a Arnri, it 130 kilornetres au Suel de
Mohan-jo-Daro, au dessous d'antiquités c01'l'espondant a la ciyilisa-
tion de Mohan-jo-Daro (cérarniclue a clécor noir sur fonel rouge),
LES SOUHCES
123
des poteries it c1écor noir ou ¡,uuge .sur clail',. ressernblant par
1 eurs moti fs ornementaux a des poterles mesopotamlennes de J em det
Nasr et Tell al-Ohaid qui pel:vent remonter it 3400 ou 3200 ay. J.-C.
Il y anrait donc la les vestiges cl\me civilisation antérieul'e a Mohan-
jo-Daro. D'autre part au Balucistán central, spécialement a KuIli
et a :Mehi, ont été trouvées des céramiques comparables it celles
cl'Amri, Plus a rOuesl (Shah-i-tump) une ornementation apparen-
tée a celIe de Suse pl'emie1'e périocle (un pen ayant 3000 ay. J.-C').
Plus a rEst (Nal) des objets d'llne facture rnoins ancienne, posté-
deure peut-étre a eeHe de Mohan-jo-Daro.
199. Civilisatiou de Jhuka.r. Les sites de Jhukar et Chanhu-
Daro clans la vallée de l'Indus ont livré clans des couches plus
récentes que eeHe flui cOl'l'espondent it Mohan-jo-Daro, les trilces
el'une civilisation paraissant en régl'essioll par rapport a ceIle de
cette derniere ville et caractérisée pa!' une hache de bronze a douilIe,
une céramique assez belle, des sceaux roncls et non inscl'its, !tIa
clifférence ele ceux de l\Iohan-jo-Daro et ele Harappa
200. Vestiges vediques. Aucun rnonument indien n'apparlient
surement a répoqlle de l'établissement des clans áryens elans l'Inde.
Entre la périocle préaryenne et les premiers siccles du boucldhisme
les monuments archéologiques rnarrquent totalernent. La périocle
de l'instaIlation :'¡ryenne coIncide done avec une régression ele
chitecture et de l'urb:1l1isme. Il est probable que les constructlOns
n' étaient plus alor,s qu' en rnatériaux périsEables, surlout en bois.
L'emploi elu bois dans cel'tains édiflces bouddhiqucs el lirnitation
en pierre elc constructions de boi8 dans d'autres. rendent ceUe
hypothese tres vraisernblable. Des tumuli lro\Ivés a Lallriya Nan-
elanO'RJ', au Bihar, ont été attribués it l'époqtte v¿-dique (TH. BLOCH).
Ils forrnés de couches alternées d'argile et ele paille traversées
d'un potean vertical en bois de r;¿¿la (Shorea robusta) au-dessus
duquel SOl1t déposés eles ossements humains, dn charbon et une
petite feuille d'o]' portant une image féminine La disposilion de
ces tU!1luli pourrait répondl'e a des pI'escl'iptions du rituel véelique
mais ceci reste problématique.
201. Monuments ancil:lus. Les monumcnts anciens apparais-
sent seúlement dans les dernic!'s siecles avant J.-C. Les vestiges
de villes, les constructions nouvelles empéchent fréquem-
ment les travaux de fo uill e s , Des restes de murs cyclopéens ont
toutefois été mis au jou!' sur rancien site de Rajagl'ha. Par ailleurs
des fouilles tres poussées onl été effectuées a Taxila (J. l\IAnsHALI.).
Les fouilles et les enquétes al'chéologiques font, d'une maniere
o'énérale connaltre des monuments a l'air libre ou enfouis, des
e't des objets. C'est par les inscriptions qui s'y trouvent
que tous ces ycstiO'es sont datés. Cependant, la meme ou
les les datatÍons re!atiyes sont possibles
pa!' l'examen de la supc!'position des dépóts ou des constl'Uctions et
par la compa!'aison des types et des styles. Les éléments datés
servent alo1'5 de point de !'eperc it 1'établissement d'une chronologie.
Fondée sur l'histoire, l'a1'chéologie la sert constamment en retour.
202. Grottes et pieces d'eau. De nombreuses gl'ottes (layana,
prakrit lena), natu!'eIles ou exeavées dans les montagnes, ont se!'vi
f24
L'HISTOTRE (DI_S OmGINES AU VII" SIECLE)
de résidences a des religieux de sectes diverses. Les inscriptions
qui les a?c?mpagnent s?u;ent par ·qui en de
quels rehgleux elles ont ete concedees creusees. Les etangs
(pllRkal'int) sont tres au que les grOltes, des
fondations pieuses marquees par des lllScrlptIOns.
203. Monuments v;Hifs ou commémoratifs Les monu-
ment, votifs les plus simples. sont les piliers (stambha) générale-
inscrits: ps sont par[Ols d'un chapiteau porteUl'
d unages relrgleuses, par exemple dlmages de Garuda, monture
de Visnu.
Les stilpa bouddhiques qui ont pu étre des tumuli [unéraires a
l'o"igine sont habituellement des reliquaires, des domes maQonnés
des reliques et ponrvus d'ornements caractéristiques, Lenr
dlSposIllon et leurs ornemcnts peuvent etre symboliques It. lII).
Les pllIS célebres sont cellX du Gandhara, de centrale (Bha-
rhut et Sancí), du Dekkan Miental (Amaravati, Nagarjnnikonda).
Temples., monastel'ea. Les temples et monasteres n'appa-
ral,;s.ent que relatlvement tardo Beaucoup sont des grottes creusées
spéf'la!ement aménagées (B1Hlja, Karle, Kanherl, Ajanta au
Plusleurs temples, [ait tres caractéristique de l'architec-
In.dlenne, sont non pas construits mais, en dépit de leul's
dlmenslOns, seulptés dans la rnontag'ne (Kailasa d'Elora). Cel'taines
religions ont laissé des monuments particulibrement nombl'eux. Les
Jaina ont conslruit ou creusé ues temples remar<¡uabJes au Mont
Ahl! dans !e
A
Raj .au Girnar dan s le IUthiavar ainsi que
le l\1aISUI' .. Les pl'merpaux temples du Sud sont Qivaites, Cel'-
tames des dynastles ont beaucoup eonstruit, tclIes les Andhrabh"tya
les PalIava (.\HmaIlapuram), les Calukya (B<ldami
Apnta
l
, les Raslrakúta CElora, E1iphantal, les Hoysala au j\Iaisür:
Les monuments dus a la piété des ¡¡deJes et aux souverains altestent
la la e: le ?,oút artistique de leur époque. 11s sont
pal'foIs les seuls temoms d une O'!'andeur oubliée par les docurncnts
historiques. '"
205. Sculptures. Les sCulptllres comprennent des reJiefs déco-
ran! les monuments, les grones, voire les parois de la montao'ne
(statlles g'éant,es de BámiJ:an) et des pieces isolées, statues le
Les mflllences époque 011 d'une région sur une autre
epoqlle ou au:re regIOn sont pal'ticulieremellt décelables par
les comparaIsons lConographiqnes. Un fait capital de l'influence
sur 1: Lnde est réyélé par la seulpture du Gandhara qui est
greeo-bouddhlq.ue (.t:OUCHER). Des objets ciselés el inscrits, spécia-
des PeQavar) sont des lémoins de
h¡;;tOlre et des relIgIOns a la f01S r§ 281). Des tl'ouvailles d'ohjets
des raPP?rts ayec les ils proyiennent,
en general al epoque dont lIs dalent. Amsl 1 archéoloO'ie fournÍt
dans l'Inde coml11e aillenrs des clonnées palpables a
b) SOllrces pltilologiqlles.
a) Textcs historiques.
2,08. chroní.ques en paji de Ceylan. Les plus
anClens textes lustorlques qm nous soient par venus sont en paJi et
7
. J .....
LES SOURCES
:125
provielluent de Ceylan. Ils releyent du boudclhisme et nous ren_
seignent spécialement sur son histoire ancienlle dans l'Inde
d'abord, sur son histoire particuliere a Cey]an ensuite. lls forment
en meme temps les chroniques proprement elites de l'1le, Ils ont été
continués jusqu'il la périocle moderne par d'autl'es chroniques en
paJi ou en singhalais. Les Inoines d'Indof'hine qui suivent le boud-
dhisme pali les ont imités et ont composé sur leur modele les chro-
niques locales de leurs pays respeclifs. Tous ces textes sont les
SOUl'ces fondamentales de l'histoire du houddhisme paJi, mais sont
remplis d'infol'mations el'histoire politique et ceux de Ceylan four-
nissent des précisions clatées sur l'Indc d!! Sud et meme sur I'Inde
en général en traitant des rapports de l'ile avec le continent.
207. LB Dipavamsa. « Histoire de rile )), embrasse la période
des origines jusqu'au roi Mahásena de la premiere moitié du
IV· siecle. Il a été rédigé entre ce moment et la seconde moitié du
V· sÍecle ou il est connu du grand cOlllmentaleur des Ecritul'es
palies, Buddhaghosa. L'allteur anonymc laisse yoir une certaine
inhabileté en pali et, en pl'osodie, Il se répete asscz fréquemmellt.
Il parait ayoir travaillé au « Grand COllVCllt )) (MahaYihal'a) de la
capitale, Anuradhapura, ou etaient conservées des atthaklllltd,
« gloses » singhalaises anciennes sur les Ecritures. Ces gloses
sont aujoul'd'hui perdues mais représentóes par une reConte palie
de Buddhaghosa. Elles contenaient des clonnées historiques tradi-
tionnelles sur le Buddha et la COlllmunullté, données clestinees a
g'arantÍl' l'authenticité des Ecritures en prouvant la fidélité de leur
transmission (t. III).
208. Le lItTahavamsa, {( Grande histoire )), est une ceuvre
mieux élaborée et non sallS yaleul' littiTail'c. Son auteur, Maha-
nama, a la fin du ve siecle a repris la meme matiel'e que le Dipa-
ramsa, s'arr(\tant au meme roi Mahasena, apres un exposé plus
cohérent et plus complet. L'ouyrage Hnit assez bl'usquement au
chapitre 37 mais a été continué par deux fois. La conclusion primi-
tive a eh'¡ etl'e supprimée pour mielIX líer a rensemble le premier
supplément ou ClÍlaramsa, compilé par Dhammakitti ét alIant jus-
qu'au roi ParakkarnaMhu (1240-75 ap, .J -C.). Le second supplé-
ment, dü a Tibbotuyave, prolonge la chronique jusqu'a Kittissiri-
rajasimha (1747-80). Enfin, il existe une l'ecension augmentée du
Mahdr'amsa qui est dite carnhodgienne el'apres l'écriture du manus-
crit par lequel elle est représentée (Bibl nato pali 632).
Une Mahapamsatíka, « cornmentail'e sur le IV!. », ou Vamsatthap-
pakdsini, « Eclaircissement du sens de rHistoire»), redigée entre
1000 et 1250, nous indique COlIlme source principale de Mahan;lrna
la Sihalatthakathd. « Glose singhalaise )) 011 « Pordndtthakathd
« Glose ancienne », la meme qu'ayait utilisée l'auteur du Dtpa-
ramsa. '
Le texte du Ma/¡dpamsa narre d'abord la légende du Buddha et
de ses visites a Ceylan (Lanka), expose sa généalogie puis décl'it
les tl'ois conciles qui sont censés ayoir fixé sa parole et son ensei-
gnement. Il place la mOI't du Buddha a une date gui correspond a
543 ay. J.-C. et le saere d'AQoka (Dhammasokal 2'18 ans plus tard,
en 325. Selon lui, c'est au temps d'AQoka que l'ap6tre Mahinda
11· l •
i',¡W
L'lIlSTOIRE (DES ORIGINES AU Vn
e
SIECLE)
aurait apporté les textes sacrés a Ceylan 80US Ded,nampiya Tissa.
Ce dernier rait est vraisemblable en raison du úle d'Agolca pour la
propagation de la Loi bOllddhiql1e. La date fournie est touterois
tl'0P haute cal' Agoka a régné apres Candragllpla et Bindusara et
l'avtmement de Candragupta est posLérieur it 1 invasion d'Alexandre
qui date de 328-327. Il faut donc abaisser la date de Devanam-
piya Tissa, En conséquence, si l'intel'valle entre la mort du Bucldha
et le sacre d'Agoka est bien de 218 ans, il faUl abaissel' également la
dale de la mort du Buddha. Le Nlalidramsa ne contient donc pas
une chronologie sUl'e, e'est par arrangement al'tifiCiel qu'une tradi-
tion altél'ée s'y présente cohérente et continue. Cependant, en
admettant une erreur de quelques dizaines d'années dans les dates,
le tableau historique clu Nlaltdramsa est correct dans l'ensemble
eomme le montre une comparaison avec des données d'autres
Pour les périódcs moins éloignécs de son temps et pour
propre de son pays, Malulnama est d'ailleurs plus exacto
Les détaüs de son exposé doivent, il est vraí, ct1'e souvent rejetés.
Il.aceepte avec crédulité tous les miracles que sa foí bouddhique lüí
faIt apparaitre comme possibles, mais, si beaucoup de ses informa-
tions sont sujcttes it caution, leur ensemhle constitue néanmoins un
document historique solide.
Les mernes remarques s'appIicluent au Cl1IrwCtlllsa, qui permet
d'étabJir des synchronisrnes, notamment, au IV
e
celuÍ du roi
si.nghalais Siri Meghavanna et de l'eml)el'eul' Samudragupta, ce der-
mer ayant, d'apres un témoignage chinois (S. LÉVI), regu une
ambassade du roi de Ceylan Chi-mi-kia-po-mo = SrilHeghavarman
(pour-varna) qui ne peut-étre que le Meghavana de la chl'onique
palie (§ 469). .
209. Chroniques paJiea dll Mo-yen-Age. Les textes histol'i-
ques palis plus récents repl'oduisent el'ordinaire les données du
Ma!¡dramsa et n'ont d'ol'iginalilé que SUl' des points el'intéret parti-
culIer ou local. La plupart relatent eles légendes relatives aux
reliques célebres ou sont eles chroniques ele couvents.
Le. Bodhivf1msa ou Mahábodhivamsa du début du Xl
e
S., par
Upatlssa est la légenele ele l'al'bre {le la Boelhi dont un rarneau est
vénéré it Ceylan et passe pour avoir été apporté au temps de
l'apotre Mahinda.
Le Ddtháramsa raeonte l'histoire d'une canine (ddthá) du Bud-
dha, dent-relique apportée du pays de Kalinga en 301 de notre ere.
n a été composé au début du XIII' S. sous la reine Lilavati épouse
du roi Pal'alckamaba.hu 1, par un Dhammakitti autre que l'éelac-
teur du caZavamsa,
Le Tlllíparamsa, « Histoire des Sanctuail'es )), spéeial ement de
a Anuradhapura, a été composé a la meme époque par
VaCISSal'a.
Le Hatthavanagallarilu1l'aramsa, {( Histoire dumonastcre de
Ho J), ouvrage du ;XlIIe S. également, raconte,d'apres le Ma1ldrarnsa
surtout l'histoire (lu roi Siri Sanghabodhi. '
.A ce? text;s palis en i\Ouvent d'autres en singha-
lals qm tantut en sont des tradllctlOns ou des adaptations, tantot
sont eles eornpositions originales.
LES SOUHCES
127
210, Chroniques palies d'hldochine. En dehors ele Ceylan
des chroniques palies plus l'écentes que le Dipavarnsa et le
vamsa ont aussi été réclig'ées. N ous avolls déjit fait aIJusion au
cambodg·i.en. ,Au S.ial?, it (Ayuthya) a
ele compose a une elate llldelerrmnee le 5addhammasClngaha, sur
les conciles et les elébuts du bouddhisme a Ceylan, par Dhamma-
kilti mahasami qui avait étudié il CeylDn. A Xieng-mai' fut l'édigée
en 1516 par Ratanapanna la ,linakdlamdlini qui expose l'histoire elu
boueldhisme elans l'Inde et it Ceylan puis en pays thal. Cest par lit
surtout qll'elle pl'ésente ele I'intéret cornme quelques autres livres
historiques pi!Jis composés au Siam qui se rapportent presc¡ue
uniquement aux faits locaux, A u Laos il a existé au moins une chro-
nique lacale pálie, la Vamsamdlillt, altrihu(oe non sans fantaisie it
Buddhaghosa, qlli est actuellcment représentée par une traduction
laotienne. En Birmanie on connait SUl'tout le Chakesadluitllvamsa,
« Histoire des six cheveux-reliques )), moelerne, et le SdsanapClmsa
par Pannasaml, écrit en 1861, qlli pré:3ente une histoil'e du hOlld-
dhisrne fort altérée par tl'ansposition en Birmanie et aux alentonrs
de sites géogl'aphiqlles indiens. Ces transpositions retirent heau-
coup de yaleur it l'ouYrage Inais sont it l'emal'quer en ce qu'clles
remontent S0uvent aux SOUl'ces de Pannasarni et paree qu'elles
sont, malheureusement pour l'histoire, assez fréquentes ehez les
auteurs indiens comme chez lenrs imitateut's. On pcut l'attacher a
la littératllre historique palie de Birrnanie le Gandharamsa, " l'His-
toire des livl'es )), buvrage de hibliographie bouddhique, moderne
mais non sane valeur.
. 21 Chroniques sanskrites, Les textes sans!uits p1'opre111ent
hIstOl'lques sont essentiellernent des reu vres de poésie raffinée qui
visent it la valenr littél'aire autant el plus qu'a la description chro-
nologiC¡lle des faits. Ces textes embrassent rarernent l'histoire ele
rInde enlÍere, ils se limitent it l'histoire el'un pays, el'une dynastie,
voire el'un seul roí.
212. Ohronique da KaQmir. Le plus célebre est la Rdfatal'an-
gini, la ({ Riviere des rois »), qui est la chronique elu Kagrnir depuis
les origines légenelaires jusqu'au milieu du XlI
e
S. Elle a été réeligée
en 1148 et dans les ann¿es suivantes par Kalhana, fils de Campaka,
ministre du roi Harsa (1089-1101). Douze ouvrages historiques que
Kalhana dit avoir consultés cOlTlme sources existaient déja, notam-
ment une eomposition par Suvrata qui abrégeait des chroniques
royales et qu'il caractél'ise comme une bhdl'ati, pl'obablement un
poeme d'un genre héro'ique et fantastique, une Nrpdrali, « Série
des rois )), par le célebre Ksernendl'a du Xle s., une Pdrthirdrali,
également « Série des 1'ois )), en elouze mille stances par Helaraja,
d'autres ouvrages Padmamihil'a et ChaviIl1lkara, enfin le Nila·
mataplll'dna qui, seul de tous ces textes, nous est parvenu. Mais
Kalhana ne s' est pas borné it une infol'mation livresque, il a fait des
reeherehes historic¡ues personnelles en empruntant, comme il I'in-
dique lui meme ; aux inscriptions : eh artes ele fondations Ipl'atisthd-
rdsClna), d'attributions de hiens ou de terrains (vastlll.!dsana), pané-
gyric¡ues) (pl'arastipatla), glanant aussi elans les ouvrages instruc-
tifs (f.i!lstl'a). Ces derniers enseigncnt é"entuellement des données
128
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SrECLE)
historiques traditionneIles, comme e 'estle cas de la Brhalsamllitd,
texte astronomique que Kalhana cite le cas échéant. Enfin pour les
événements de son temps, Kalhana écrit comme térnoin direct ou
sur les rapports de témoills directs. Il est alors souvent trop peu
explicite á notre gré, sans doute par.ce qu'!l s'adressait a. des con-
temporains capables de comprendre a deml-mot ses alluslOns.
La Rdjatarangint est done une ceuvre historique solidement
informée, bien que, ponr la période ancienne, des données
mythiques ou légendaires y sl:ppléent souvent les informations
positives. Les !le clonnalent aut!:e chose et en
dépit de ses efforts CrItIques, ne pOUVaIt reJeter tout ce qu en son
milieu il élait normal d'admettre. Son ceuvl'e,d'ailleurs, était, dan s
son intention, plus qu'une chronique ; c'était une composition con-
forme aux regles de la poésie savante et ou dominait le sentiment
de l'apaisement des passions (9ántarasa) que doit enseigner
l'exemple des vicissitudes de la fortune. Comme historien, Kalhana
youlait etre exact, comme poete et moraliste, iI pouvait accepter la
légencle.
213. Analyse de la Rajata,rangilll. Le KaQmir, selon lui,
était á l' origine un lac qui fut transformé en pays par le démiurge
KaQyapa. Il est protégé et habité par les N,tga, serpents mythic¡ues
en on a vouln voir des pcuplades ayant le serpent pour
totem et qui, en tout cas, jonent un granel rólc'''tlans les légeneles
indiennes. Gaurl, épouse de Giva, s'y manifeste sous la forme de la
riviere VitasuL La déesse Sarasvati ou Garada, palronne de la litté-
rature, y réside. Les noms eles premiers rois sont oubliés pour la
plupart, pourtant, un certain Gonanda 1'1' aurait commencé son
regne au moment de la grande guerre des Bharata. La date
imputée a cet événement est 653 :le l'age Kali, soit 2449 ay. J.-C.
Elle sert de point ele,'épart it la chronologie de Kalhana mais celui-
ci ne conl1alt une suite réguliere de roia qu'a partir de Gonancla III
qu'il place en 1882 av. J. C. Entre ces deux elates il insere toute
une série de rois sans chl'onologie précise. Agoka et les Kusana y
figurent, les derniers cornrne séparés de la mort du Bucldha par
150 ans seulement. Il est dit el'Agoka qu'il se converlÍt au boud-
elhisme, ce qui le place entre le Buddhaet les Kusaml. De la sorte
le Budelha, AQoka et les Kusalla sont rangés dans un ordre chrono-
logique correct mais gl'oupés dans une périoele beaucoup trop
COul·te et placée beaucoup trop haut. Kalhalla est ensuite obligé
d'alIonger jusqu'á l'impossible des clurées de regncs pou!' rejoil1dre
plus tard des synchronismes exacts.
Le Jivre 1 ayant traité de la clynastic de Gonanda, le Jivre II
el'une dynastie d'autre origine, au livre III la maison Gonandiya
apparaít restaurée, mais, dans un interregne) se place le gouver-
nement d'un poete, i\lat1'gupta, protégé par le roi d'Ujjayini, Vikra-
maelitya Harsa. Kalhana identifie ce dernier avec le Vikramaditya
qui, selon une tradition, aurait vaincu les envahisseurs Gaka et
fondé l'ere r¡alta de 78 ap. J. C., mais le 5
c
successeur de l\fatl'-
gupta est du déhut du Vle siecle et Kalhana, ou un de ses prédéces-
seurs, a comblé l'espace en attribuant 300 ans de regne a un cer-
tain Ranaditya. En réalité, el'apres des indicalions du pelerin chi-

•. 'd. :::: ...• L l1li
LES SOURCES
129
nois Hiuan-tsang, le Vikr;u;u\.ditya question est bien du début
d Vl
e
"iecle et n'a rien it VOlr avec 1 ere gaka.
u Pour les temps plus recents, les erreurs
deviennent moins fréquentes et ?,raves. Au hvre nI paradlt
e dynastie rattachée par son orIgme a un serpent myt uque u
unm de Karkota mais dont l'histoire, telle que la trace Kalhana, est
no d d' d'
relativement corroborée par les autres ont nous .ISpO-
sons, spécialenient par les sourcesdchlllOlslels.bLa chronollog1e ,de
Kalhana n'est que ele 25 ans en sur ce e e.aucoup p us s1Ire
de ces dernieres sources. A partu' de la du IV (Xle s. de
tre ere) Kalhana elonne ses dates dans 1 ere ou eles Sap-
généralement usitée au. Kagmir et, des !ors, ses sources
1 . fournissaient une chronologJe correcte et contlllue.
UlLe livre V contient l'histoire de d'Utpala. (855 a 939)"
le livre VI ceHe el'une suite de de dlverses (939 a
1003), les lines VII et VIII respectlvement une et. une
seconde dynasties originaires de Lohara. C,es eleux dermers
contrastent ayec les précédents par leur etendue double, elu falt
qu'ils traitent de périodes pour lesquelles les elocuments abon-
daient.
214. Suppléments a la -. de
Kalhana a été continuée, Une deUX,leme par J ona-
raja, mort en 1459, luí sert de Jusqu un peu avant.
époque, Grivara, disciple de Jonara]él, une
. t ang';n
f
J'usCTu'en 1486. Enfin une Rajapallpataka par Pra,lya-
ja ar - -, -1 ,.. IC'" , .
bhatta et son disciple Guka relate 1 hlstOlre du agmIl' Jusqu aUSSI-
tot apres sa conquete par l'empereur mongol Alebar en 1586.
Poemes et romans biographiqnes sanskrits.
215. En dehors du KaQmír les chroniques sont moins
en sanskrit. En revanche il existe de no.mbre,ux paneg'y1'lques
saints ou de rois qui sont des ceuvres httéralres ayant tout !nals
ui, dans une certaine mesure et moyennant gl:aneles pt'ecau-
Jons eloivent tenir lieu pour nous des textes 11lsto1'lques absents.
Un' eles modeles du genre est le . « Vie du
Buddha )J, el'Agvaghosa, qui a l'époq?e du 1'01
Kaniska. C'est un des plus beaux po emes lI;rde, la,
de la biographie qu'il est for; sUJette a El.le na
certes pas été altérée il desselll, r; a sans doute
dans sa forme mais la personnahte elu Bueldha etalt de]él entree
dans la légende et c'est, la léger:ele Cfui nous a été et
magnifiquement conservee. Ausst ne de,:ons-nous. retenu lel. le
Buddhacarita que comme un des types anclens et hrdlants des Vles
légendaires.
216. Le Harsacarita, la « Vie de .», de
l'Inde septentrionale de 606 a 648, par Bana Vlvalt a sa COll!',
est une ceuvre en prose melée de quelq,ues el un raffinement
rhétorique inoui. Le héros . est cette .f01S malS
la valeur historique du réclt est moms dans le reclt ltlI-meme que
dans ses concordances avec d'autres sources, avec
les informations du pélerin chinois Hiuan-tsang qm fut reQu et
L'll'wE, tome l.
-------------------____ 1""11 ___ -', lir __ r _______ .!I]lIIIr ___ .-_l1li$" •• l •••• __ .EJ ••• u.-.-1l1l
130 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII· SIECLE)
honoré par Harsa. La plupart des textes du meme genre que le
Harsacarita ne sont, comme lui, utilisables que moyennant des
confirmations extérieures ; c'est le caractere général des sources
indiennes de servir a corroborer les sources étrangeres et d'etre
corroboré es par elles mais de ne pas tracer elles-memes une his-
toire sure et suivie.
217. Composés a la louange d'un personnage éminent, d'un roi,
tout au plus d'une dynastie, les panégyriques intéressent surtout
l'histoire locale ou provinciale de l'Inde et ne l'intéressent que
pour une période limitée. Ils sont plusou moins nombreux pour
chaque région. Tandis que pour l'Orissa par exemple on ne con-
nait guere que le Gangaramrtanucarita par Vasudevaratha Somaya-
jin, composé entre le x· et le XIV· s., on en pos sede un grand
nombre pour l'ensemble du Gujrat, du Malva et du Rajputanli.
Dans le groupe des dynasties Gurjara du Nord, les Cahumana
ant été célébrés spécialement dans le Ptthirirdjarijaya, le « Triom-
phe du roi Prthivl ,) (mort en 1193) qui a été commenté au xv. sie-
ele par Jonaraja le continuateur de Kalhana. Dans le gl'oupe du
Sud, la dynastie des Paramara a été glorifiée vers 1005 par
Padmagupta dans son Narasdhasankacarita, panégyrique du Para-
mara Sindhurajadont Navasahasankaétait le birllda ou « surnom ».
La dynastie des Caulukya surtout a été rendue célebre dans la litté-
rature par nombre d'auteurs. Hemacandra a composé apres 1163,
en prakrit et en sanskrit, son Drydrrayama/lI'ikdrya, « Grand po eme
a deux fins » dont les huit derniers chants constituent le Kllmdra-
pdlacarita a la gloire du protecteur de l'auteur, KumarapaIa
d' Anhilvad. Cette reuvre est un tour de force: elle est dite « a: double
fin » paree qu'en meme temps qu'elle chante une dynastie elle
illustre la grammaire de Hemacandra lui-meme, en sanskrit pour
la partíe sanskrite de cette grammaire, en prakrit (dans le Kllmara-
pdlaca1'ita) pour la partie prakrite. Plus tard J ayasimha, en 1363,
et Jinamandana, en 1435, composerent aussi chacun un Kumdrapd-
lacarÍla. Le sujet el'un poeme célebre devient un sujet classique, les
pandits s'évertuent eles lors a le traiter meme quand l'intéret n' en
est plus actuel et, bien entenelu, il y ajoutent moins d'informations
nouvelles que d'ornements ele rhétorique. KumarapaIa avait été
converti par Hemacandra au jainisme et c'est la protection qu'il
avait ensuite accordée a cette religion qui lui a valu d'etre ainsi
donné en exemple a la postérité.
C'est aussi comme bienfaiteurs ele l'Eglise jaina qu'ont été
brés el'autres rois, des ministres, voire eles particuliers riches et
généreux. La Iartikaumlldi, « Clair de lune ele la gloire », par
Somertvaradeva (ti 79-1262), le Sukrtasa1J1,kirtana, « Glorification
des bienfaits » par Arisimha a la fin du XIII" sieele, le Vastllpdla-
cal'ita el'Harsagani (1440) sont consacrés a Vastupala, ministre de
la maison Vaghela des Caulukya d'Anhilvad. Le meme Vastupala
et un autre ministre, TejahpaIa, sont glorifiés ensemble au
XIII· siecle dans la Vastupalatejahpdlaprarasti, « Panégyrique de
V. et T. », et la Sllkrtaktrtikallolint, « Riviere de la gloire des
bienfaits ». En l'honneur du pieux marchand gujrati Jagaqu, Sar-
vananda a écrit au XIV
e
S. un Jagadúcarita. lVIais les poetes n'ant
pas chanté seulement leurs patrons et les bienfaiteurs de leurs
LES SOURCES
13:'1.
sectes, l'héroYsme épique et parfois sauvage des Ri'Ljput lui aussi les
a inspiré s le Hammil'amahdkdvya de Nayacandl'asuri, au xv. s.,
exalte les hauts faits du dernier souverain de Ranthambor dans sa
lutte malheureuse contre le sultan 'AIa'u-d-din. La majorité des
poemes biographiques reste pourtant due a des poetes de cours ou
de couvents.
Les poetes de cours quittaient volontiers leurs pays pour reeher-
cher les souverains protecteurs des lettres. Le kagmirien Bilhana
écrivit a la cour de Vikramaditya IV, roi CaIukya de Kalyana au
Dekkan entre 1081 et 1089 son VikramdnkaderacarÍfa (ou Vikra-
markao '- Vikramarka = Vikramaditya) , un des meilleurs poemes
biographiques qui concerne surtout, outre Vikramaditya, ses deux
prédécesseurs Somertvara I et n.
Nous retl'ouverons traitées en prakrit et en vernaculaires,
surtout en hindi, nombre des biographies de souvel'ains ou de per-
sonnages iIlustres du Gujrat, elu Malva, du Rajputana OU du
A l'Est, pour le Bengale. il existe aussi des reuvres du
meme, genre, les unes en sanskrit, les autres en vel'naeulaire. Tels
sont en sanskrit le Rdmapdlacal'ita par Sanelhyakaranandin de la fin
du XI" s. et le Balldlacal'ita par Anandabhaita clu XVl
e
S. Ailleurs, au
Sud surtout les romans ou poemes biographiques sont générale-
ment en et non en sanskrit ni en prakrit. Le genre
littéraire n'est done guere représenté en sanskrit que dan s la moitié
nord de l'Inde et il l'est surtout dans le N orel-ouest et dans l'Ouest.
Ce fait tient a un concours de causes eliverses. Partout des pané-
gyriques ont été mais il clair pouvaient
habituellement en sansknt que la ou le sansknt etalt la langue htte-
raire prépondérante. Ce n' était pas le cas dans le Sud OU le
dien, et tout spéeialement le tamoul, avait une littérature propre
que le sanskrit n'a jamais victorieusement concurrencée.
part nous avons vu que le plus ancien poeme biographique connu
était la « Vie du Buddha ,) d'Agvag'hosa. 01' les jaina, comme les
bouddhistes, ont de bonne heure raconté les vies de leur fondateur
et de leurs saints et c'est en milieu jaina qu'au Gujrat et dans les
provinees voisines nous trouvons une abondance particulíere de
poemes biographiques. Ce sont surtout des reuvres bouddhiques ou
jaina qui paraissent avoir servi de prototypes aux poemes histo-
riques ou biogl'aphiques profanes et ces po emes ont été el'abord
composés la plupart du temps dans les langues littéraires que les
Eglises avaient cultivées : sanskrit sous l'infIuence des boudhistes du
Nord-ouest et de l'Inde centrale, sanskrit et prakrit a l'exemple des
jaina de l'Ouest, singhalais et pali chez les bouddhistes de Ceylan.
De plus. les régions du Nord-ouest et de l'Ouest qui offraient les
plus brillants pl'ototypes religieux sanskrits et prakrits pour les
biographies profanes étaient précisément les terres privilégiées de
la culture littéraire sanskrite; il est naturel que ces biographies
aient été composées surtout la et surtout en sanskrit.
j) Textes historiques prakrits et vernaculaires.
219. Généra1ités. Les biographies légendaires prakrites des
maitres ¡aina ont pu par leur existence inciter a compaser des bio-
132
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII8 SIECLE)
graphies de souverains ou de bienfaiteurs, elles n'en ont pas toute-
fois constitué les modeles directs. Les poemes prakrits a contenu
historique sont généralement composés en maharastri, et non pas
dans les prakrits spécifiquement jaina. Le póncipal est le Gaüda-
ralio, « Le meurtre du [roi] bengali», par Bappairíla (sIn-. Vakpa-
tiraja). C'est une histoire romancée de la conquete du Bengale par-
Yac;ovarman de Kanyakubja. La date de ce roi n'est pas indiquée
dans le poeme mais, selon les Annales chinoises des T'ang. il envoya
une ambassade en Chine en 731 et la Rdjatal'angini nous apprend
a la fois que Vakpatirílja était poete asa cour et q u ~ i l fut vaincu par
Lalitaditya Muktílplda du Kac;mir. Des lors le récit du GaÜdaraha.
s'insere dans l'histoire OU il avait négligé de se fixer.
220. Poemes hístoriques hindi. La littérature biographique
et historiqne a été florissante en hindi. Le Pl'ithtl'dj l'asau de Cand
est surtout célebre; c'est le plus ancien monument du dialecte '
braj. Le poete et le ma!tre, Prith!raj de la dynastie des Cílhumana
des Gurjara du Nord, passent pour avoir péri ensemble en 1192.
sous les coups des musulmans. Nous avons mentionné plus haut
un poeme sanskrit consacré au meme roi mais la composition
hindie l' emporte de beaucoup sur luí en célébrité Un lIammíl' rasan
fait pendant au Hammfl'amahdkdrya. La Padmarati de J:1isi exalte'
la reine de Citor qui périt volontairement dans les fIammes en 1303
pIutot que de tomber au pouvoir du sultan 'AIa'u-d-din. Nombre
d'autres textes du meme genre ont permis a James Tod des 1829 de
reconstituer l'histoire du Rajputana. Il est vrai que ces textes con-
tiennent un assez grand nombre d'el'reurs et servent plus a l'his-
toire anecdotique qu'il la chronique des événements. En re van che
ils contiennent souvent des listes dynastiques précieuses. D'ail-
leurs, la OU ils chantent les exploits des Rajput dans leurs luttes
contre les musnlmans, ils peuvent etre utilement confrontés ayer.
les récits musulmans des memes faits.
221. Les Vamg§:vali. En dehors des éloges littéraires de sou-
verains, les vernaculaires ont produit souvent des ram¡;arali ou
c( listes généalogiques >l qui exposent les origines des familles
royales et contiennent aussi d'utiles éléments de leur histoire.
Elles reposent quelquefois sur d'anciens documents similaires sans-
krits quí nous sont rarement conservés. Les plus courtes sont
souvent placées en tete des inscriptions. On en conna!t snrtout dan s
les pays septentrionaux comme le Camhá, le KulUta, le Nepal ou il
en existe deux rédactions, l'une bouddhique, l'autre brahmanique.
Nombre de documents similaires existent ailleurs mais souvent
insérés dans des compilations plus vastes ou dans des ouvrages
qui ne sont pas spécialement consacrés il. l'histoire.
O) Données historiques des textes' religieux, littéraires
et scientifiques. .
Les auteurs des chroniques et des biographies que nous avons
passées en revue montrent trop souve;nt plus tI'art littéraire que de
sens historique; en revanche de nomhreux textes qui ne visent pas
spécialement il. raconter l'histoire lui apportent éventuellement des
eonfinnations et des compléments.
LES SCURCES
133
222. Textes religíeux. Deux granrles religions de I'Inde se
distinguent nettement des autres parce que les personnalités de
leurs fonelateurs y présentent une importance essentielIe. Il n'y eut
pas eu ele bouddhisme ni de jainisme sans le Buddha et sans le
Jina. Les I'si védiques, les maltres du brahmanisme ancien ne sont
au contraire que des noms. Ces noms sont du moins pieusement
conservés; des textes comme la Brhaddl'anyaka-upanisad contien-
nent meme des ram9a, des ( généalogies » spiritueIles, listes des
maltres qui se sont successivement transmis l'enseignement de
l' école et ces listes sont données en garantie de la continuité de la
tradition depuis Brahman, mais Brahman est l'Etre transcendant et
il ne serait pas concevable qu'il eut une biogl'aphie. Le Buddha et
le Jina, hien au contraire, ont vécu et enseigné parmi les hommes,
ils ont été par leur parole des maltres et par leur vie des modeles,
il importait done essentieIlemcnt aux Eglises qu'ils ont fondées de
conserver a la fois la teneur de leurs discours et le souvenir de
leurs actes. Les littératures boudelhique et jaina n'ont pas été seule-
ment didactiques comme la littérature hrahmanique, il leur fallait
encore se faire édifiantes. Aussi ont-elles été volontiers narratives,
donnant en exemples non seulement les vies de leurs fondateurs
mais encore celles de leurs docteurs et de leurs saints. Il est vrai
que les rédacteurs ont souvent mué pieusement l'histoire en
« légeneles dorées >l, mais les merveilles qu'ils ont relatées demeu-
rent fréquemment associées au souvenir d'événements réels et, si
l'hagiographie n'est pas la chronique, elle ne laisse pas de fournir
des synchronismes valables. Une grande prudence est toutefois
néeessaire elans l'utílisation de ces sources qui se contredisent
souvent et nous ne possédons pas toujours, pour choisir entee des
données inconciliables, l'appoint d'informations extérieures qui
viendraient corroborer les unes et infirmer les autres. Nous sommes
fréquemment réduits a la critique interne de nos documents, au
moins cette critique nous donne-t-elle, a défaut de certitudes com-
pletes, des vraisemblances rassurantes.
223. Textes bouddhiques. Les textes bouddhiques nous
appl'ennent orclinairement qu'au temps du Buddha le roi Bimbisára
régnait sur le Magadha et son beau-frere Prasenajit sur le KOQala.
Ils nous donnent sur eux maints détails circonstanciés. Bimbisara
aurait été assassiné par son fils Ajatac;atru qui serait monté sur le
trone a sa place, Prasenajit aurait guel'royé eontre Ajatac;atru
d'ahord malheureusement puis avec succes. Détroné il. son tour par
son fils, Prasenajit se serait réfugié aupres d'Ajatac;atru chez qui il
serait mort. Tout ceci, avec bien d'autres faits, nous est raconté
bien moins pour l'intéret des événements en eux-memes que pour
précise¡' dans quelles occasions le Buddha donna tel ou tel ensei-
gnement a chacun de ces rois. Certaines sources précisent que
Bimhisara et Prasenajjt ainsi que plusieurs autres princes étaient
nés en meme temps que le Budelha. Une autre, la « Légende
d'AQoka », l'A¡;olcdfJadana, donne au contraire une généalogie qui
{ait de Prasenajit le descendant il. la huitieme génération de Bimhi-
sará. Nous n'avons pas de confirmation extérieure de l'une ele ces
informations inconciliahles, mais la seule comparaison de nos
134 L'HISTOIRE tDES ORIGINES AU VII' SIECLE)
sources nous porte d'abord a rejeter la donnée de l'Arokapadana,
ensuite a mettre en doute la contemporanéité des naissances du
Buddha, de Bimbisara et de Prasenajit. L'ArokdfJaddna ne nous
donne en effet qu'une seche liste généalogique; il était facile qu'une
erreur s'y introduisit. Si pourtant cette liste était exacte, il faudrait
que tout un corps de récits cohérents eut été falsifié, car une simple
erreur n'expliqueraít pas qu'on eut faÍl d'un lointain descendant du
roi de Magadha Bimbisara son contemporain comme roi du Kosala
et qu'on eut raconté toute l'histoire de ses rapports avec la dynas-
tie du Magadha. On pourrait, il est vraí supposer que l'Arokdpadana
parlait d'un autre Prasenajit mais les raisons positives feraient
défaut pour étayer cette hypothese. Il est vraisemblable que les
sources les plus nombreuses et les plus circonstanciées contíen-
nent plus de vérité que la source la plus sommaire et la plus aber-
rante. Le Buddha, Bimbisara et Prasenajít ont donc du etre réelle-
ment contemporains. Par contre íl est difficíle d'admettre la tradi-
!ion qui veut les faire naltre tous précisément au meme moment
ainsi que les souverains des pays voisins; on sent que la simulta-
néité de ces naissances n'est alléguée que pour entourer d'un miracle
de plus la naissance toujours présentée comme miraculeuse du
Bu.ddha.
224. Données d'histoire religieuse. On voit par cet exemple
que si les sources bouddhiques nous donnent des informations sur
les événements de l'hiHoire politique, elles n'en sont pas 11l0ins
surtout riches en données d'histoire religieuse. Elles témoignent
constamment du souci d'affirmer la pureté de la transmission de
l'enseig'nement du Maitre. En énonqant chaque prescríptipn disci-
plínaire, en rapportant chaque discours du Buddha, les Ecritures
notent avec soin le niddna, l' « occasion» en laquelle ont été cette
prescription édictée ou ee diseours prononeé. De plus les rédacteurs
des collections canoniques ont eu soin de marquer comment ees
recueils ont été fixés par les principaux docteurs réunis en conciles.
Les deux derniers chapitres du Ct1Zapagga, texte de discipline
(pinaya) du canon palí, décrivent les deux premiers conciles qui
auraient été tmus l'un aussÍtot apre" la mort du Buddha, l'autre
cent ans aprl,s. Ces deux chapitres historiques sont généralement
considérés comme ajoutés apres coup au recueíl disciplínaire.
D'autres parties du canon palí exposent les événements antérieurs
les débuts de la prédication (introduction du Mahdpagga) ou la mort
du Buddha (Mahdparinibbdnaslltta). En mettant bout a bout ces
morceaux on obtiendraít une chronique relatÍvement suivie des
premiers temps du bouddhisl1le ..
225. Textes historiques dans le canon pali. FINOT a émis
l'hypothese que cette chronique avait existé mais avait été démem-
brée pour etre insérée par morceaux en divers imdroits du canon.
Nous aurions donc dans un canon relígieux les vestiges d'une
source proprement historique ancienne. 11 faudrait ajouter que cette
ceuvre seraít antérieure non seulement au canon pali dans sa forme
actuelle, mais encore a la constitution des canons de diverses sectes
bouddhiques. Son démembrement meme et le rattachel1lent de ses
parties a diverses sections déterminées des canons, remonterait au
LES SOURCES
temps de la constituíion de eeux ci. En effet, ce n'est pas seulement
dans le canon pali que l'histoire des conciles est rattachée a la
elle figAur.e dans le Mahdpastu qui est le
hvre dlsclphnalre des Lokottaravadm et dans la section de la disci-
pline du canon des Mulasarvastivadin, perdu en sanskrit mais
conservé en tibétain. Dans ce dernier canon les morceaux qui cor-
respondent .aux autres éléments de la chronique supposée sont
insérés précisément aux memes places que ceux-ci occupent dans
le canon pali. Le récit des débuts de la prédication est aussi dans
la section de la discipline. Un Mahdparinirpdnasiltra, qui fait pendant
an Mahdparinibbdnaslltta pali, est, comme en pali, dan s la section
des exposés doctrinaux (sútra). Ce ne serait pas par hasard que des
morceaux équivalents auraient été découpés de semblable lflaniere
pour etre utílisés pareíllement; le meme démembrement de la meme
chronique serait a la base de la constitution d'au moins deux canons
différents. Cependant l'accord est loin d'etre étroit entre les réeits
des memes événements dans ces deux canons et, s'ils émanaient
d'une meme chronique primitive, il faudrait supposer de grandes
altératíons tiltérieures génératriees de divergences. Le plus proba-
ble est qu'au moment OU les canon s se sont constitués l'iclée était
communément répandue parmi les bouddhistes que certains récits
traditionnels se rattachaient a certaines catégories de texles plus
natmellement qu'a d'autres. Le récit des débuts de la prédicatíon
qui avait fondé la communauté des moines et celui des premiers
actes de cette communauté que sont les conciles n'étaient pas dépla-
cés parmi les textes qui fixaient les devoirs de la cOl1lmunauté et
des moines. Le pieux récit de la mort du Maítre pouvait de son
coté prendre place parmi les enseignements édifiants. Ceci admis,
ehaque canon pouvait fournir des clivers récits sa version propre.
Il n'est pas nécessaire de supposer l' existen ce antérieure d'une
ceuvre proprement historique dont les canon s se seraient aecordées
ponr classer d'une certaine maniere les éléments semblablement
disjoints, sans s'aecorder pour en reproduire la teneur. Dans la
sectíon de la discipline du canon des MulasarvaslÍvadin un récit de
la mort du Buddha précede bien, íl est vrai, celui des conciles mais
le fait s'explique suffisamment par la chronologie des événements
réels et ne suppose pas l'existence d'une chronique antérieurement
constituée.
226. Valeur historique des données palies. n est donc a
craindre que les données historiques des canons bouddhiqnes
reposent sur des traditions fIottantes plutót que sur un Iívre d'his-
toire de bonne heure rédigé. D' autrepart, réagissant contre la
confiance excessive attachée par certains anteurs aux données du
canon pali relatives a la vie du Budc1ha, SENART a montré que la
« légende » du Buddha ne reposait pas seulement sur des faits his-
toriques réels et qu'elle avait emprunté bien des traits a la concep-
tion mythique du souverain universel, du cakrapartin. Il est done
difficile de se fier absolument aux données d'apparence historique
des textes bouddhiques palis. Cependant, beaucoup de détails ne
samaíent avoir été inventés a des fins édifiantes et ne peuvent que
répondre a des souvenirs de faits réels.
136 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn
e
SIECLE)
227. Textes historiques maháyániques. Les textes
dhiques du « Grand Véhi.cule », du Ma.hay¡\na: trop
de légenelespour etre dlrectement utIles a 1 Le
tara célebre yie du Buddha est surtout une descnptlOn eles mlracles
qui marqué cette yie, Le Lankáratáraszítra yeut que le Buelelha
ait donné a Lanka (Ceylan) son enseignement au roi Rayana, mais
Rayana est un etre fabuleux et aucune eles sources elont les infor-
mations sont contrólables ne parle d'un yoyage du Budelha a
Ceylan Cepenelant le .Lankáratdra et d'autre textes le !(al'u-
nápunelal'tkastltra contlennent sous forme de pl'OphetIes des .lllfor-
mations historiques yraisemblables. C'est aussi, en général, sous
forme ele prophéties que des éyénements réels sont narré s elans
quelques textes assez tardifs, elans eles Tantl'a, les
« Liyres )) par excellence. Ces composItlOns sont des sommes de
tout savoir réputé efficient, principalement mystico-magique, mais
elles admettent éventuellement eles elonnées de toutes sortes. Le
Kdlacakl'atantra est elans ce caso Dans le Mañiur;rtmtllakalpa, appa-
renté a cette classe d'ouvrages, le Buddha lui-meme, apres avoir
résumé a grands traits son enseignement, préelit la succession des
rois ele l'avenir jusqu'au ve siecle ele notre ere. Le passage comprend
un peu plus ele 1000 elistiques. Les elonnées qui y sont contenues
concorelent en général assez bien avec celles des autres sources
historiques pour qu'il soit permis d'accorder quelque aux
informations concernant les périodes mal connues par allleurs.
Nous sommes surtout renseignés sur les dynasties Maurya et Gupta
et sur celles de l'Inele centrale, du Magadha et elu Bengale. Il est a
peine question elu Sud, en revanche le Tibet et la Chine sont connus.
228. Textes jaina. - Ce qui est vrai des textes
considérés dans leur intéret historique l'est aussi des textes Jama.
Le canon en prAkrit ardhamAgadhi des CvetAmbara a conservé
maintes informations probables sur la vie du Jina melée s it des
données légendaires ou édifiantes.
L'Aydl'amgasutta et la Bhagaratt sont, parmi les mnga, les
« membres » du canon, ceux qui contiennent le plus de ces inforn:a-
tions. Les Urdsagadasdo et les Anuttal'orardiyadasdo sont remplIes
de légeneles qui se rapportent parfois a des personnages et des
faits réels. Parmi les llramga, les « sous-membres» du canon,
l'Oraráiyam met en se/me le roi Kuniya qui est l'AjataQatru des
bouddhistes car il est fils de Seniya (skr. Crenika) qui esto Bimbi-
sara; les Kappiydo et les Kapparadamsiydo narrent respectlVeI?ent
les légendes des fils et des petits-fils de Seniya. Le Rdyapascnryam
semble faire allusion par son titre au roi Prasenajit. Ces di:ers
rois seraient contemporaius du et, puisqu'ils le S?ut du
Buddha d'apres les sources bouddhIques.' deux q,tll out
donné leul's noms aux deux grandes relIglOns de lInde de fonda-
tion humaine ont vécu en mem,e temps. ..
Ce synchronisme, confirme par les sources qm
eonnaissent un rival du Budelha un peu plus Agé et identIfiable au
Jina Mahavlra, est d'une grande importance. les
Eglises bouddhique et jaina ont été rivales elles aUSSl et, chacune
voulant posséder ce dont se vantait l'autre, elles se sont souvent
mutuellement plagiées. Un texte jaina tres populaire, le Kalpastl-
LES SOURCES
137
tra, attribué a 8haelrabilhu, contient un Jinacal'ita une vie des
Jina, princípalement du Jina Mal1<1.vlra, qui ana-
logies avec la vie du Buddha telle qu'elle est racontée dans le
Buddhacarita. BhadraMhu daterait du n
e
siecIe apres le Mahavira,
mais le Kalpaszltra tel que nous le possédons contient aussi une
Thcl'draU qui donne les biographies des palriarches de la secte
jusque bien apres Bhadrabahu, vers H80 apres la 1110rt du l\Iahil-
vira. Le 1exte actuel est donc postérieur au Budd//Clcarita et, s'il y
a emprunt, c' est du coté du Jinacarita. Cependant il peut y ayoir eu
emprunt d'une légende a l'autre plutót que d'un texte a l'autre, les
deux « vies » peuyent avoir ét6 rédigées indépendamment, mais
sur des elonnées unifiées artificiellemcnt. Il est peu yraisemblable,
en eITet, bien que le Buddha et le Jina aient yécu el préché dans le
meme milieu et le mcme temps, que leul's carricres se soient fait
pendant aussi exactement que ne le ferait croire la comparaison de
leurs biographies. La ou les traits miraculeux concordent, on est
d'ailleurs obligé de voir que les rédacteurs se sont copiés ou ont
copié un meme modele qui n'était pas la réalité.
229. Eléments mythíques dans les biographies. Les bio-
graphies de personnages célebres chez les jaina ne sont quelque-
fois que des légendes mytholog'iques d6marquées. CelIe de Kl'sna
- mythologique dans ses développements, meme si on admet
qu'elle a pu avoir a l'origine un fondement historique - ceHe de
Krsna, le héros dont la secle des Bhagavata a fait le Dieu supreme,
devient dan s les Anuttarovardiyadasdo l'histoire de Kanha, pieux
souverain jaina. En ce cas no as ne risquons point de pl'enelre le
récit au sérieux cal' la légende de KI'sna nous est assez connue par
ailleurs. Mais dans des versions humanisées de cette légende nous
pourrions etre entralnés a voir a tort des son venirs de faits r6els.
Il y aurait relativement peu ele merveilleux a retrancher aux aven-
tures de Jivandhara, populaires chez les Jaina, pour en faire un
récit plausible. Cependant. a bien considérer ces aventures, on ne
manque¡'a pas el'y reconnaitee une foís de plus eelles de Krsna
déja dégagées de leur merveilleux. Comme Krsna, Jlvandhara,
héritier royal, est menacé de mort a sa naissance par un tyran. n a
une mere adoptive, Nanda, comme Krsna un pere adoptif, Nanda.
Comme Krsna, il a toutes les bravoures, toutes les habiletés et
l'ltmour de toutes les belles. Comme lui il renverse et tue le tyran.
Seulement son histoire est l'occasion d'exposés de la religion jaina
et a la fin il devient moine. Selon les analogies de sa biographie
avec la légende de Krsna, on pourrait croire qn'il s'agissait d'un
protecteur historique de l'Eglise jaina, célébré par elle ayec l'econ-
naissance, pourtant ce n'est qll'lln Krsna i'amené it l'échelle de
l'histoire. Il faut cl'aindre qu'il en soit de mrme pour c1'autres
héros de légendes pieuses.
Cepenelant nous avons vu (§§ 216-218) que certains carita (vies)
contenaient des récits authentiques. A cóté ele ceux que nous ayons
cités, il en existe d'autres, tres analog'ues mais plus proprement
religieux. Tel est le cas du Kdlakdcdl'yakathánalia qui donne des
renseignements chronologiques sur les invasiolls des Salea 430).
Tel est aussi le cas du Trisasti9aldkiiplll'llSacal'ita, « Vie des
63 hommes catés », par Hemacandra I,xu
e
s.); on troU\'e a cóté
138
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn" SI));CLE)
d'un Rdmayana jaina purement légendail'e, une vie du Jina, le
Mahariracarita, qui raconte en forme de prophétie le r€wne de
KumarapaIa, patron de I'auteur qui l'a comme on sait,
d'autre part (§ 217) et surtout le Parir;istaparran ou Stharirarali-
carita contenant des biographies de saints et des données chrono-
logiques capitales (§§ 375, 394). .
230. Une de c0!llpos.ition. littéraire jaina, les pra-
bandha, contIent aUSSl des faIts hlstorlques dans un océan de
légendes. Beaucoup ont été compilés en des recueils célebres le
Prabandhacintdmani, « Talisman des p. », par Merutunga en 1306,
le Prabandhaltor;a, « Trésor des p. », par RajaQekhara en 1349.
Tous, c,es textes ont. un,e -:aleur en tant qu'ils rapporteIlt
des pohtIques peu elOignés de leur époque. Pour les
temps anClens les arrangements éclifiants y remplacent trop sou-
vent les informations perdues.
L'histoire ecclésiastique est mieux partagée. Nous avons de
ther.drali, « des anciens », et pattarali, « listes
[tlrees] des archives», qUl nous renseignent sur la succession des
maitr:s et et la fidélité est Souvent garantie par les
donnees d lllscrlptlOns anclennes. Ces documents précieux sont
plus dans !'Inde chez les jaina que chez les bouddhistes
cal' le Jallllsme y a survécu tandis que le bouddhisme en était
chassé. Les équivalents bouddhiques de ces documents ne se
trouvent g'uere ({U'a Ceylan, en Inelochine, au Tibet et en Chine.
231. Textes brahmaniq nes et hindouistes. Les textes
véeliques et brahmaniques ne sont a aucun elegré historiques, ils ne
sont pourtant pas san s intéret pour I'histoire. N ous avons appris
incielemment par le Rgveda un fait el'importance majeure: l'inva-
sion de l'Inde par les Arya. Cette donnée essentielIe reste en l'air
du moins est-elle bien établie. Un systeme de conjectures
el'en fixer en gros, yépoque, la comparaison
des lllellcatlOns fourmes par eles textes el epoques successives con-
duit a en eleviner quelques étapes.
La restitution vraisemblable ele la succegsion des textes, l'éva-
des temps écoulés de la composition el'un groupe dé textes
du SUlvant de chilfrer approximativement
1 epoque des plus anclen s hymnes et conséquemment celle de
I'inyasion aryenne alors récente et encore inachevée. Les noms
géographiques peuvent souvent etre identifiés avec probabilité et
la géographie de chacun des groupes successifs de textes per-
met de se rendre compte de la progression aryenne du bassin
de 1 Indus a celui du Gange jusqu'it la période classique OU les
Ldis de Manu déterminent l'horizon de la culture brahmanique
(II i 7-22).
Quelques faits historiques plus spéciaux sont 1'ob}et d'alIusions
dans le prises de villes sur les aborigenes, les dasyu, par
les conquérants aryens, sectateurs d'Indra, et nommément par
Sudas, roi des Bharata, coalition de dix rois contre Sudas (si le pas-
sage VII, 83, 8, ne doÍt pas etre interpreté mythiquement). Une
courte généalogie de Sudas est meme donnée (VII. 18,22-23). Les
sources plus jeunes, les Samhitd védiques secondaires, les Brah-
LES SOURCES
139
mana, mettent en scene de plus en plus de pel'sonnages, réels selon
toute apparence, et surtout de tribus, Kuru et Pañcala notamment.
Les norns des rois mentionnés se retrouvent dan s les légendes
hindouistes postérieures mais non dans les sources hist,oriqu.'s,
surtout bouddhiques et jaina déjit passées en revue. Ce falt ne va
pas contre leur authenticité, il sou.ligne seyl.ement nos sources,
brahmaniques d'une part, bouddhlstes et JUma de 1 autre, ne sont
pas du meme temps, Un AjataQatru apparalt bien elans un tr::te
védique tardif, la BrhadaranyaTwpanisad, comme dans les récIts
houddhiques mais ceux-ci en font un roi du l\Tagadha et
un roi de (Bénares) ; il peut s'agir d'un homonyme quoique la
date de l' Upanisad puisse a la rigueur descenclre jusqu'un peu apres
celIe de l'AjataQatru des bouddhistes,
232 Les PU.I ana. - On s'attendt'ait a trouver dans les textes
post-védiques sanskrits d'aulant de. historiqnes cor-
roborées par les autres sources qu on arnveralt a des couches plus
récentes de littérature. En fait, la masse el'informations sur les
peuples et les souverains va croissant, mais les préoccupation¡; des
auteurs sont de moins en moins tonrnées vers la chronique des
événements. Les faits récents ou contemporains sont négligés en
faveur des léO'endes qui ont le pl'estige ele I'antiquité ou du mythe.
Les Purana o(§§ 822, 825) fOUl'Il1illent de listes dynastiques et
d'indications utiles a I'histoire. L'origine ele ces listes est ancienne
cal' Mégasthene, a la fin clu lV
e
S. av. J.-C. en a connu. Malheureuse-
mento de graneles altérations de sont introelllites elans les listes et
les discOl'dances des listes actuelles sufiisent a les discréditer On
est souvent tenté de chereher malgré tout a utiliser leur masse
énorme cal' on sait que tout n est pas errollé dans les Purana. On y
releve en efIet, itl'occasion, des concordances avec des données b:en
établies par ailleurs. Cependant nous ne possédons aucun (Títere
pour y disting'uer it priori le yrai clu faux. Nous y retrouyons le
vrai quand nous le savons mais nous ne pouvons pas l'y a pprendre.
La melne OU les données des Purana s'accordent, leur authenticité
reste incertaine cal' la concol'dance prom'e qu'une meme traelitíon
est a la base des versions diverses, mais rienelans les Purclna
memes ne nous garantit la valeur de cette t¡'ad,tion. Si la garantie
nous est donnée, c'est de l'extérieur. Au reste, il ne faut pas oublier
que c'est le Bhdgarataplll'ana qui a fourni le premier le nom ele Can-
dragupta le Maurya, lequel, identifié au Sandrakottos des Grecs
par de Guignes, est le souverain autonr duquel s 'orclonne toute la
chronologie ancienne de lInde. Les donnees chronologiques meme
des Purana ne sont pas a dédaigner. EllesiIllliquent sOllvent des
intervalles plausibles et probablement exacts entre souverains ou
dynasties. Mais la chronologie absolue des Purana qui parfois
contredit la chronologie relatiye, est it rejeter. Elle repose en
elfet, sur la date de début de rage astronornique actuel, date placée
it la fin ele la guerre elu J11ahdbharata et calculé e tardivemenL par
les astronomes (§ 1728).
233 Purana secondaires. Ces remarques s'appliquent d'ail-
leurs surtout aux Purana principaux. Les Purana seconelaíres
locaux, la littérature des mdhatmya ou sthalapurdna qui en fait
HO
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn
e
SIECLE)
partie ou s'y rattache sont relativement riches en formations utili-
sables (§ 827), Ils sont avant tout destinés a exalter l'intéeet reli-
gieux des lieux sacrés et, a ce propos, ils fournissent d'abondantes
données géogeaphiques souvent difficiles a replacer sur la carte
mais qui n' en lUeublent pas moins le cadre de I:hístoire, Ils relatent·
aussi des faits ou y font al/usion et, lorsqn'il s'aO'it de faits peu
.anciens, ils COlistituent des sources historiques Le
est une des sources, de la Rdjatal'angini (§ 211). Le
na aSJ,lamaflatmya et .sa ,cont:e-pal:tle en tamoul, le Tirupileíyáda-
Rpuranarn par (§ 907), reposent sur une source
tamoule plus anclenne, appelée aussi TirllPileiyddaRpuránam due a
PerumbaRRappuliyue Nambi (Ixe_X
a
siecles). Ces trois textes
décrivent les « jeux » de Giva, patron de Maelurei, la capital e du
tamo nI eles Pandya (tamoul pandiyar). Les souverains
Pandya Jouent un grand role elans ces exploits léO'endaires el'autant
plus qu'il arrive que Giva s'incarne sous la de l'un d'eux,
C'est ainsi que Giva fit paraitre ponr récompenser la elévotion ele
Mal.ayadh.vaja Panclya pas d'enfant, une petite fille qui
devlllt reme ;t <;lue le meme 9Iva 'épousa P?nr régner sous le nom
de SundarapandlyaN, Cette legenele pdurraIt représenter un écho
de que rapP?rte M.égasthene (Arrien, VIII-IX; § 464) relative-
ment a une certallle reme filIe et épouse d'Hérakles. Les
mdlultmya de Madurei reposeraient done sur eles matériaux anciens
qui n'en seraien.t pas moins l.égenelaires. Il reste que pour
les temps relatIvement recents eles 1'01 S nous sont mentionnés qui
·ont beaucoup de chances el'etre authentiques.
Be.aucoup ele textes, "imilaires sont malheureusement pauvres en
alluslOns aux souveralllS et se contentent de relater des léO'endes
pi:"uses relatives allX lieme sacrés, aux fonelations re!igieusesDet aux
mlracles. Tel est le cas par exemple du Ka'likhanda, la « Section ele
Bénares )) qui est censé faire partie du Skallclapllrclna (§ 8'd).
. 234. .légeneles laissent eleviner quelques faits histo-
l'IqUOS generaux Importants. Il ressort·· du Rclmdyana que Rama
sa marche vers Lanka a .tra yers Sud de nnde avait été pré-
cede par des brahmanes, ermltes de la,¡ungle, notamment par AO'as-
tya. Agastya pe,ut etre pel'sonnage in.éel, c'est cependant f lui
que, de son cote, la tracl!tlOn tamoule att1'1bue le premier enseio'ne-
ment ele toute science et elle le considere c.omme venu du
Les légeneles se corroborent donc mutuellement et. a les snivre on
peut conclure que l'influence du Nord sur le Sud aété d'abord
fi9:
ue
, q;l'elle a ,ét,é avant d'etre I;>0litique, que le brahma-
n pas ete apport: par des conquerants mais s'est propagé
d.e lm-meme p,ar 1: du savoir qu'il cllltivait. Ce fait histo-
rlque non date malS el Importance générale pour l'histoire indienne
est par l'observation des peogres que Taisait
naguere encore paclfiquement la culture brahmanique chez les demi-
civilisés ele l'Ind.e (Lyall).
En clehors el'inelications générales, les textes brahmaniques et
foumissent a l'histoire des détails spol'aeliques,
partlcuherement sur la Vle des sectes, sur la transmission eles tra-
tidions, sur la biogral)lúe eles saints l)ersonnaO'es. Les bioo'l'aphies
t . , . 11 ::> "
sur out seralent precleuses; e es sont malheureusement plus rares
LES SOURCES
141
que dans le boueldhisme et le jainisme. Elles sont aussi el'ordinaire
plus récentes et, de ce fait, rédigées en langues modernes plus
souvent qu'en sansk1'Ít.
235. Textes littéraires. Les allusions fortuites a des person-
nages et a des faits historiques ne sont pas tres rares dan s la litté-.
ratUl'e en dehors meme des compositions biographiques. Plusieurs
cycles de contes ou de légendes ont pour héros des rois comme
Vikramaditya ou Udayana. n est cependant impossible d'accepter
ce qui en est dit. La seule notion positive qu'on en puisse tirer est
celle de l' existence probable a une date indéterminée ele souverains
portant ces noms. Des textes comme le Bhojaprabandha par Bal-
lala, de la fin du XVI' s., qui se rapprochent des romans biographi-
ques eléja passés en revue, contiennent des données el'histoire litté-
raire mais pleines d'anachronismes et ele fantaisies.
236. Le théatre, qui met volontiers enscene eles héros humains,
est quelquefois une source historique utilisable bien qu'accessoire.
Le Malapik¿¿gmül'a de Kálidasa donne des rellseignements utiles.
sur les Gunga. Le Múdl'artilcsasa a pour principal personnage
Canakya, le Machiavel indien qui porte au trone Candragupta
Maurya et auquel est attribué le fameux traité politique, l'Al't/¡a-
'lastra. La cornposition est toutefois trop loin des événements pou!'
avoir une tres gl'ande valeur. Sans doute moins fantaisiste est le
Prabodhacandl'odaya, écrit pour le roi Candella du Bunelelkhancl,
Kirtivarman (1050 1116), ou il est question du général et ministre
GopaIa (§ 888). On peut encore citer le 1110hardjapardjaya sur
Kumaeap:Ha d'Anhilvacl I§ 889), le Hammil'amaclamadana par Jaya-
simhasuri (1230) sur Hammlra de Rathambor et le Caitanyacandl'o-
daya sur Caitanya i§ 889). Enfin quelques drames a la louange ele
divers souverains ont été gravé s sur pione comrne des inscriptions
laudaLÍves. Le Lalí tarigrahal'aja par Somadeva exalte Vigraha-
rajl IV el'Ajmer et a ce meme prince est attribué un Harakeliniitaka
(H53). La Pdl'zidtamanjari par Maelana ('1213) a été gravée a Dhara
a la louange d'Arjunavarrnan.
237. Textes tamouls. Ces elivers ouvrages littéraires sanskrits
le cedent largemellt pour l'intéret historique a une série de textes
tarnouls, ceux dits elu 3
e
¡;angam ou « groupe acaclémique» de
Madurei. Ces derniers textes sont des recueils de poemes profanes
qui avaient été prirnitivement écrits a eles dates diverses mais com-
prises pour la plupart entre le milieu du le" S. avant notre ere et les
premiers apees. Les principaux sont lePuRandNllRu les
« 400 poemes sur les exploits», l' « AgandNúRu », les « 400 sur les
sentiments ", le NaRHinei, le « Bon genre» et le KuRllndogeind-
NlíRll, les « 400 gronpes courts de vers ll.
238. Ces poemes sont souvent accompagnés de colophons rensei.
gnant sur leurs auteurs et les occasions de leur composition. De
plus et surtout ils conslituent une littél'ature de'cour formée au gré
des circonstances et font maintes allusions aux souverains et aux
événements. Connaissant les autl'urs, sachant qu'un te! est fils d'un
tel et pere ele tel autre. on peut établir leur ordre de succession et,
du meme coup, se trouve établi celui des souverains qu'ils ont
chantés. Les allusions faites aux autres souverains contemporains
!""?' ..
r
1.42 L'BISTOIRE (DES ORIGINES AU VII' Snl:CLE)
fournissent des synehl'onbmes qni ont permis a K. N. SIVARAIA
PILLA! de dresser ues tables dynastiqnes synchrones pour les trois
maisons Pil.ndya, Cola et C,era dnrant dix Le merne
auteur rattache l'ensemble a la chronologte generale en remar-
quant que, d'apres le Périple la M?r El'ythrée, la :égion de Nel-
kynda (au Travancoeej relevart des 01': Pagu,m-
pun alias NedungeLlyaN 111, a conqms cette reglOn. SI les donnees
du Périple datent d'environ 70 ap. J -C. (Pline a cette époqüe donne
d' ailleurs une information sirnilait'e) la conquete est antérieure a cette
date. De plus elle ne saurait etre antérieure de beaucoup. En effet,
le Travancore aurait été conquis par Pagumpun sur les prinres Ayi
et. ponr Ptolémée, vers ViO, Nelkyllda (sous d'autres orthographes)
est chez les A'(o\ qui doivent etre les Ayi. POUl' que le llom de ces
princes soit resté usité pour désigner leur pays, il faut que le sou-
venir de leur dorninatioll effective ajt été encore récent ou que leur
maison ait enCOl'e gouverné COUlme des Pil.ndya; il ne faut
done pas que trop de temps ajt passé depuis leur défaite. Pagumpun
se placerait donc avec vraisemblance vers 50 ap. J.-C. Des lors, en
supposant 25 ans en moyenne pour la durée de chaque génération,
la chronologje des roi6 rnentionnés dan s les poemes du sangam peut
se reconstituet'.
239 D'autres systernes de restitution historique ont été tentés
en utilisant, ontre les donnees des po emes précités, ceHes des col-
lections similaires on eles renvres plus réeentes. Tous se heurtent a
deux grandes difficullés : l'incertitude de la chronologie relative des
sources et l'obscurilé des allusions, les personnages rnentionnés
l' étant sous des noms variés entre lesquels les équivalenees sont
souvent tres délieates a établir
E) Documents diverso
240, Documents sciel1tiflques et techniquef>. Incidemrnent,
les textes scientifiqnes et techniques donnent des indicalions d'in-
téret historique et surtont révelent l'existence ele rapports histori-
ques ele l'Inde avec les autl'es contrées. On a cherché a dater la
grammaire ele Panini et le Mahdblulsya d'apres la teneur de certains
passages, ce qni fournit une date minima pon!' les faits auxquels ces
textes font allusion Mas ce s·nnt surtont les livres astronomiques
qui sont utiles a l'histoire en ce qu'ils donnent la cIé ele l'interpré-
tation de certaines datp.s. Malheu!'eusement ils ont faussé une partie
ele la chronologie en calculant des epoques sans tenil' comple des
faits historiques 1728). On a voulu, de plus, utiliser les donnees
astronomic¡ues du calenelrier védic¡ue concurremment avec des elon-
nées des hymnes pom dater le Rgveda I § 536). La Samhitá astl'ono-
mique de Ga!'ga contient nn bref exposé historique en forme de
prophétie, le YlIga/}(/rilna (§ 419).
241. Documü ts d'archives. La conservation d'archives n'a
pas élé ihconnue dans r [n ele ancienne; les gouvernements de granels
empil'es comme cdui ne pouvaient guere se elispenser de
gar el' une fonle de pieces écrites. En tout cas, a elate plns hasse,
le norn meme des depots el'archives. principalement jueliciaires,
al.sapatala, est alteste elans la Rájatarangint. On trou ve ailleurs
LES SOURCES
143
ponr les noms de l' (. archiviste >J : alcsapatalikd, aksarálin. L' Asie
centrale indianisée a livré réellement des archives qui sont sur bois
(docurnents pril.krits ele Niya, laissez-passer koutchéens) ou sur
papier (comptabilité d'un couvent ele Kucil., pieces tibétaines), mais
l'Inele propre n'en pos sede pas d'anciennes. C'est seulement a
repoque moderne qu'il s'en conserve et surtout par' les soins des
Européens. Ceux-ci ont gardé, outre des elocnments isolés, eles col-
lections de pieces regues eles gouvernements indigenes, telle la
collection Picot formée a Mahé a la fin du XVIII" s. (pieces surtout
en malayil.lam et en hindustani (Bibl. nato Nouvelles acquisitions
frangaises nO' 8992 a 9113). Aussi ces doeuments ne peuvent-ils
généralement servir que pour l'histoire des rapports eles Européens
avec I'lnele. A cet égard, d'ailleurs, ils n'ont pas encore été toujours
suffisamment utilisés. On vient de fonder a Delhi l'Imperial Record
O(fice pour la conservation des archives.
242. Données des préambules et des colophons de
manuscrits. Il faut faire une place spéciale aux indications souvent
prér.ieuses fournies par les introductions et les colophons de bien
des reuvres indiennes. Il est fréquent qu'avant el'entrer en matiere.
un auteur fasse allusion a la cornposition de son livre, au souverain
qui l'a patronné, aux prédécesseurs et aux maitres qui l'ont inspiré,
Ceci perrnet de situer dans le ternps les uns par rapport aux autres,
et parfois par rapport aux événements, les personnages cites. Dans
le S ud, chez les Tarnonls, la regle veut que l'intrbduction donnant
de pareils détails soit composée non par l'auteur du texte mais par
un autre. Si cet autre est conternporain la valeur historiqne des
données reste la lTleme, mais elle devient problématic¡ue si c'est un
commentateur plus recento
Nous avons vu l'importance de certains colophons ele textes
tamouls (§ 238) mais les colophons des autres manuscrits indiens
en ont autant. Outre le nom du texte et celui de son auteur, ils
donnent fréquernment le nom du pere de l'auteur et celui elu souve-
rain elu momento De plus, le copiste ajoute souvent des indications
relatives a lui-meme, a sa lignée, a son école. a la personne pour
qui est faite la copie dont il donne aussi le lieu et la date. Plus
rarement certains manuscrits portent la mentÍon circonstanciée et
datée d'une leeture solennelle qní en a été faite. Quelques souve-
. rains, notamment du Nepil.l, ne sont situés dans la chl'onologie que
par des colophons manuscrits. Il arrive que certains ne soient
pas autrement connus que par des colophons de textes non datés et,
en ce cas, leur date, leur pays meme restent a déterrniner. Tel est le
cas du roi (mahál'dJádldl'dja) Jurnaranandin dont l'existence n'est
révélée que par les colophons d'un commentaire qu'il aurait composé
sur la grammaire de Kramadigvara. Les manuscrits bouddhiques et
jaina sont accornpagnes plus fréquernment encore que les autres de
colophons riches en reperes utiles a la foís pour l'histoire politique
et pour l'histoire religieuse et littéraire.
e;· Soul'ces étrangeres.
243. 0:) Documents sur la proto-histoire des Indo-aryens.
Les documents d'archives de I'Egypte et de l'Asie oeeidentale livrent
des noms propres indo-européens dont certains sont plus spécia-
144 L'HISTOIRE (DES ORTGINES AU VIIe sIlleLE)
1 t d f
. ¡'ennes et dont quelques-uns sont proches de
emen e ormes ¡ran . C d' . . '1
f . d' es Vers le XVIlle S. ay. J.- . une lVllllte
ormes m o-aryenn. "', l' lI' 'd t l
site (ou kusite), SUl'ias, dlYllll!e so aIre" rappe E
e
eYl le
1'1 'd' Surya, Les arclllves trouvees en 1 gypte a e e-
A
SO el ve en akkadien et constituées sous Amenhotep III et
mal'na ecrl h" 'B h IC"
Amenhotep IV, également le.s lvels trou,:eeds a og, az 01; en
t A l· ancien pays des Hlttltes de angue m o-europeenne, Ion
nato ¡e, .. Id"
connaítre des noms royaux et prmcle:s les. e
Il s'agit surtout de noms de souve:a;ns qm
la région du Haut-Euphrate .. Un traIte de 0uppII?lmmas.' 1'01
vec le roi de lVlitanni Matlnvaza nomme parml les dleux pl'lS a
:émoins et apparemment M.itra, .Ies ,Inda; et
les Nasattiyana. Ce sont la des noms mclo-lramens, plutot meme
indo-aryens cal' leurs formes sont surtout proches des formes
védiques Mitra) Varuna, lndra les Nasatya et d'autre part
n'est pas iranien. En revanche Varuna correspond a
l'Oupav6, greco Ces faits pe,:;ent servir de base,s aux
hypothétlques les plus vanees. On peut supposer 1ue le pantheon
du Mitanni avait ernprunté aux ancetres des Indo-aryens alors en
marche yers l'Inde ou cléja arrivés dans I'Inde, ou encore que
Mitanniens et futurs avaient ernprunté a une source
commune etc ...
Documents iraniens.
244. Des inscriptions de l?arius, en font du
et du Sindh (Hidu) une satraple: La fameus:
ne mentionnant pas cette la conqu?te .en aV01r fa:te
entre la date de cette inscriptlOn et ceHe des mS?rlptlOns es
qui la mentionnent. L'Apesta, de son coté, mentlOnne ausslle PanJUb,
Haptahindu, dans une liste de pays qui connu des
auteurs du texte (Vendiddd, 1). Surtout 1 Apesta contlent
mythologie, les conceptions et les une foule ,d?nnees qm
ont des pendants indiens et peuvent etre des lors comme
indo-iraniennes. Sans renseigner aucunement sur 1 hlst01re ,P:op",:'e-
ment dite des événements, l'Apesta est une source hlstolre
de la pensée indienne en ce de. dlStl.ngu:l' ce
qu'elle possede par héritage d une lomtame perlOde
et ce qu'elle a d'eIle-meme plus récemment conQu ou
Une inseription de Sahpuhr. Ier,_ a
Rustam, nous renselgne sur la conquete d une partlc de 1 Indepal ce
prince au lIle S ap. J.-C.
y) Documents grecs.
245. A vantAlexandre. Les sources grecques sont
tance capitale pour l'histoire indienne en rHÍson de leurs preclslOns
nombreuses et des dataLÍons qu' elles fournissent.. .
Avant Alexandre, les Grecs ont eu rInde .des mf?rmatlons
sporadiques et souvent fantaisistes malS non touJours depourvues
d'intéret. La plupart ne nous sont malheurcusernent parvenues que
par fragnients. C'est surtout a la faveur de leurs .l;s
Perses que les Grecs ont cop.nu l'Ind,e. Avant de conquenr le 1 anJUb
Darius fit reconnaitre le cours de 1 Indus par Skylax vers 517 av.
LES SOURCES
145
J .-C. N ous n'avons pas la re latían de son voyage qui dut erre utili-
sée par Hécatée de Mi/et dan s un ouvrage également perdu. Nous
avons, en revanche, conservé dans la Bibliot/¡(:que de Photius (IX' s.),
un fragrnent des de Ktésias. Cet auteur, médecin de l'école
de Knide, s'était rendu en 416 ay. J.-C. a la cour d'Artaxerxes
Mnémon ou il avait résidé 17 ans. Ce qui nous reste de son livre
n'est qu'une suite de descriptions de curiosités, descriptions en
grande partie fantastiques. Hérodote (484-406), bien plus exact, ne
sait toutefois guere autre chose que des contes du meme genre sur
les Indiens, surtout sur ceux du Midi qui n'ont jamais été soumis a
Darius (surtout III, 98-106). Cependant, on peut y démeIer des
informations sérieuses. En tout cas, le fait historique de la conquete
d'une petite partie de I'Inde par Darius est attesté et des informa-
tions plus consistantes sont données sur les peuples des confin s de
l'Inde du Nord-ouest, peuples qui intéressent ou qui, a la date
d'Hérodote, doivent bientot intéresser l'histoire de l'Inde,
246. Documents sur l'expédition d'Alexandre. Avec l'ex-
pédition d'Alexandl'e la connaissance de tous ces peuples et des
Indiens eux-rnemes devint subitement plus riche et plus préeise.
Mais Alexandre n'avait fait que traverser la région du Nord-Uuest,
!'Inde au sens étroit du mot ; le pays de !'Indus. Sous les SéleuciJes,
bien établis aux frontieres, la contrée fut connue plus profondéllJent,
Les renseignements recueillis au moment de l'expédition d'Alexan.
dre et sous les Séleucides nous sont parvenus rnelés dans les reuvres
d'historiens et géographes plus tardifs.
Les principales relations mises en circulation avaient été ccHe du
périple de Néarque qui, sur l'ordre d'Alexandre, descendit l'lndus
et revint par le golfe Persique, les histoires d'Alexandre par Al'is-
tobule de Kassandrée et Onésicrite, qui l'avaient aecompagné, l'nfin
et surtout les 'lvotld de Mégaslhene, envoyé a plusieurs repl'ises
entre 302 et 297 ay. J .-C., par Seleukos Nikator en ambassacle
aupres de Sandrakottos, c 'est-a-dire de Candragupta Maurya dont
l'époque se trouve fixée de ce fait. L'ouvrage de Mégasthene conte-
nait de grands elétails sur les peuples et la société de l'Inde. Des
fragments plus ou moins étendus de ces écrits nous sont 'consel'vés,
reproduits ou analysés notamment par Strabon (63 ay. J.-C. a
21 ap.) dans sa Géograplde (XV, 1), Diodore de Sicile (fin du lel' S.
ap. J.-C.) dans sa Bibliotheque histol'iqlle (11. 35-42) et Al'l'ien!lle s.
ap. J .-C.) dans son Anabase, histoire de l'expédition d'Alexandre,
et surtout dans son 'Iv3tx'f¡,
Eratosthene (276-194 ay. J.-C.) et Agatarchide de Knide (fin du
He S. av.) avaient aussi utilisé ces ouvrages dans leurs géogruphies
aujourd'hui perdues. Au lIe S. de notre ere, Polyen, Dion Cassius
et Clément d'Alexandrie (mort en 217) s' en étaient servis également
dan s leurs écrits heureusement conservés. Le dernier, dans ses
Stromates, rnentionne de plus, pour la premiere [ois en Europe, le
nom du Buddha (Bo\h,a).
Ces textes contiennent peu de faits historiques et un cerlain nom-
bre de légendes, ils n'en sont pas moins d'une valeur inestimable
parce qu'ils donnent des témoignages datés sur des faits et eles états
de clloses qui nous sont généralement mieux COllflUS par les clocu-
ments indiens mais que ceux-ci nous livrent sans date. De plus,
L'[NDE, tome 1.
10
:1.46
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn
8
SlECI.E) .
Polvbe clans son Histoil'8 o'éllél'ale (n
e
s. ay. J.-C.), nou. s a laissé
J , b , l't'
de préeieuses informations,. recoupees ,c0mp e par
ceHes de Stl'abon, sur les eta.ls en mal g;
royaume eles Séleucicles el qUl ont Joue un role uupol'tant dans 1 h1S-
toil'e de l'lnde.
247. Documents et Une
autre catégorie de sources est constJtuée par les mformatIOns des
rnarchanels qui COmlllenCerent a naviguer nombreux: dans l'Océan
lndien apres qu'Hippalos, au début de l'ere chrMienne, eut décou-
vert le régillle des moussons qui perlllettait la traversée aner et
retonr de cct océan en un an. D'autres informations avaient sans
doute été apportéec; a Alex:andrie par les Orientaux qui de bonne
heme y avaient afflué. .
Les écrits qui utilisent ces sources sont le Périple de
la JY1er EI'yth/'ée, 'Ep'J6p'l<; 6'XAHcr:n¡" el la parlie concer-
nant l'lnde chns la Géographie de Ptolérnée.
Le Périple date de la se conde llloitié el,u le, S. J .-C.,
])Ublement d'entre 80 et 80 (C. :MULLEn). C est un g'lllde somma1re a
l'usage des marchands trafiqllant avec l:lnde. Il énurne.re les villes
de la cote, précisant quelles mal'chand1scs ony peut 1rnl(orter ou
faire venir de l'intérieur et parfois indiquant il quel pouv01r le pays
est sournis. Il renseigne clonc de prerniere main sur l'état de l' lnde
a son époque. .
La GéoOTaphie de Ptolérnee (vers 150 ap. J. C.), dans la part1e
consalTée\ l' h1Cle (VII, 1-4) est u;n inventaire tres riche des posi-
tions des points de l'lnde alors cOl;nu.s. ,l.e
Pél'iple, il intéresse 1111st01re surtout par les qu Il
donne sur les peuples qui oceupent et les souverams qUl. gou-
vernent les cliverses l'égions. Ces deux testes sont les témoms de
la répartition ele ces régions entre les pouvoirs politiques.. ,
En partie analogue a ces deux: ouvl'ages la Topo,gl'aphw ch:e-
tienne, de lnchkopleustes (vers
A la meme époque, quelques alluSlOns au eornmerce avec linde
ont été faites par Procope dans son ouvrage sur la guel're des
Perses.
248. Documents diverso Nombre d'écrits de philosophes, his-
tOI' iens, géographes et polygraphes grecs font eneore allusion aux
chosrs de l'Inde mais sont plutot des témoins des eonnaissanees
que les Gl'ecs avaient de rInde que des sources pour l'histoire d.e
eelle-Gi. La sagesse indienne jouissait d'un grand prestige et Il
était souvent question des brahmanes (SL Hippolyte), des gym-
nosophistes. des samanes. Dans les fragments d'Alexanc1re Poly-
histor (ve1's 85 ay. J.-C.) et de Bardesane (n
e
S. ap. J.-C.), les
samanes paraissent bien eort'espondre aux prctl'es
au délmt du me s., a parlé de l'Incle dan s sa Vle
d'Apollonios de thauhlaturge c1u 1" siecle qui aurait V?:f
agé
en de sagesse Jusque les brahmanes. Le roma,?,
sur Alexandl;e du Pseudo-Kalhsthene a plus tard popular1se mam-
tes U'gendes sur l'Inde.
249. Les notions que les Grecs ont eu sur les pays qui inté-
resscnt l'histoire de nnde sont indi1'eetement utiles a eeUe-ci. Des
LES SOURCES
:147
le Pél'iple ils connaissent jusqu'a la 61va, la Chine et la contí-
nentale .et insulaire, c' est-il.-elire l'Indochine et SUlllatra. A partir
de Ptolémée surtout, ([ui el'ailleurs avait utili8é son prédécesseur
Marin de Tyr (ye1's 100 ap. J.-C ) clont l'ceuvre est perdue, on a
plus de détails SUl' les lllemes contrées et on COlllmence iI. bien
connaltre la route de la soie qui traverse l'Asie central e et a été
en sens inverse une des voies de l'expansion indienne, Enfin, les
historiens nous ont laissé des données sur les barbares qui d'Asie
centrale ont défcrlé a la fois sur l'Asie occidentale et sur l'lnde
avant apres l'ere ehrétienne. Strabon a mentionné les "Acr'OL, les
llacnavól; les T6XaPOL, les les Macrcrayé,a, les Les
historiens byzantins, a COlllmencer par Proeope, ont connu les
Huns Hephthalites. La plupart dcs sources grecqnes pour l'his-
toire des Séleucides et des royaumes indo-grecs de Bactriane fonr-
nissent des indications sur ces « Scythes» et ces Huns. Les docu-
rnents syriaqnes et les historiens a1'llléniens cornme lHolse de
Khoren (ve S.) tirentdes sources grccques une parLÍe de leurs
informations sur ces peuples.
8) Documents latins.
250. Moins imp0l'tants que 'les docurnents grecs SUl' lesquels ils
reposeut sou\'ent, les documents lat:ns fournissent pourtant un
appoint notable. .
Trogue-Pompée (Trogus Pompeius), originaire de Gaule (28 ay.
a 14 ap. J.-C.) avaÍt redigé une sorte d'histoire clu monde connu
sons le nom d'Historiae jihilippicae, Cel ouvrage est perdu mais
JusLin (n" s.) nous en a les prologues de ehapÍtI'es et en a
constitué un abrégé, Epitoma Historial'llm philippical'lllll. Ce 80nt lit
des docurnents précieux pour l'histoire des rapports des Séleu-
cides avec I'Inde et pour celle des envahisseurs de la Bactriane et
de nnde. Il ne faut toutefois pas oublier que la OU nous pouvons
vérifier les données de l'Epitoma elles ne sont pas toujours exa(;tes.
Pomponius Mela, au I€" S. ap, J. C., dans son De Chorographia, a
traité de l'Inde en géographe. De meme e 'est il propos de la géo-
graphie de l'Inde que Pline l'Ancien (Caius Plinius Secundus\
1 '" S. ap. J. C., donne des inforlllations sur son état poli tique dads
sa Natul'alis historia ilivre 6). L'ouvrage de Plinc est une compi-
lation inintelligente mais tres riche et dont les sources sont indi-
quées avec soin. Ces sources sont souvent mal rcproduites et lIlal
comprises mais les assel'1Íons de Plíne et cenes c1'autres auteurs,
en particulier de Strabon que Plille n'a pas connu, se corroborent
rnutueIJernent dans bien des caso Nous avons de plus une carte
routiere romaine de la deuxieme moitié du IV" siecle, elite table de
Peutingel' qui comprend l'Inde.
Pline et d'autres attestent l'activité des échanges comrnerciaux
entre l'Inde et l'Italie. Les relations diplornatiques sont connues
par de nombreuses mentions d'alllhassades inc:Íennes ou bac-
triennes dans le testament d'Augustc, dans Suétone et Florus et
chez les historiens dn IV
e
siecle, Spartien (Aelius Spartianus),
Arnrnien Manellin, Aurelius Victor eL Paul Orose. Ces renseigne-
ments sont corroborés généralemcnt par les sources qu'ils com-
plHent.
1.48 L'HlSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
Au n
e
s. ap. J.-C., Quinte-Curce (9ui",:tus, Cnrtius Rufus) 8i
traité incidemment de l'Inde dans son ll¡sto¡re d Ale,xandl'e.
Les empereurs romains paraissel1t avoir revé, surtout au temps
el'AuO'uste d'étendre leur domination jusqu'a l'Indus mais les
'iraniens, parthe puis sassanide, les en ont empeché. Ils
ont du meÍne coup entravé les relations entre le monde gréco-
romain et l'Inde. Les documents tardifs grecs et romains ont de ce
fait peu de et les informations qu'ils-
contiennent sur lInde apres les premlers slecles de notre ere.
e) Documents chinois.
251. A partir du lV
e
S. surtout les documents chinois rendent a
l'histoire indienne le meme service que pour les temps antérieurs
les soui'ces grecques et latines. Les renseignements chinois ne
reprennent pas toutefois la meme OU s'arretent les données clas-
siques. On ne peut reconstruire une histoire de l'Inde continue
d'apres les senles sources étrangeres. Celles-ci donnent seulement
les reperes chronologiques autour desquels on peut ordonner les
faits indiens.
252. Les sources chinoises rejoignent pourtant les sourees clas-
siques pour les pays d'Asie centrale et jettent par la indirecte-
ment un certain j our sur I'his toire de l'Inde qU,i .a subi, les eontre-
coups des mouvements de peuples dans eette reglOn. C est surtout
par les sources chinoises nous quelque chose des
« Scythes ", des ont envahl 1 lnde, par le
Che Id, « MémOlres hlstonques »), de Sseu-ma Ts len (debut du
ler siecle ay. J.-C)., par le 1's'ien-llan chou, « Annales des Han anté-
rieurs» par Pan kou et Pan Tcha:b (fin du l,r S. ap. J.-C.) et le
ChOll, « Annales des Han postérieurs » par Fan Ye (398-
445).
253. Les annales des dynasties ehinoises plus récentes ren-
seignent ensuite mais fré;luemment. les rap-
ports de la Chine 1 lnele et les pays d ,mdlenne. C?
sont surtout le ChOll, « Annales eles Souel » (regne ele 589 a
618), le KieOll 1"ang choll et le Sin 1"ang C/¡Oll (1060(,
ment les « Anciennes » et (( Nouvelles annales eles T ang » (regne
de 618 a 907). Mais les Annales des elynasties, et posté:
rieures ne sont pas elépourvues de donnees mteressant aUSSl
l'Inele. De plus, eles la eles Le!lng el'ou-
vrages isolés avaient été pubhés en a llnele. n
est question ele I'Inele dans eles encyclopeelles boueldhlques co!nme
le Fa yuan tCllOll lin, compilé en 668 par Tao-che, et
reeueils de notiees sur les pays étrangers comme le Pel che pubhe
en 644 par Li Yen-eheou, le Pie n yi tien, seetion ele l' eneyclopéelie
J(OIl kin t'OIl ChOll tsi tc!z'eng (XVIII
e
siecle) qui reproeluit beaucoup
de fragments ele relations aneiennes ele voyageurs et de pelerins.
D'autres elonnées sont encore fournies par eles recueils ele biogra-
phies de bouddhistes eomme le Sill kao seng tclzollan (664-667) et le
Song kao seng tchauan (988) ou eles de pieces chancel-
lerie tels que le 1's'6 fOil yuan (1?13). ele;1ller
contient entre autres un brevet elll1vestIture dehvre par 1 empe-
reur ele Chine au roi lVIuktapida du Kagmll'.
LES SOURCES
254, Les pelerins chinoís. Fa-hien. Les renseignements les
plus importants sont toutefois elonnés par les relations eles pele-
rins bouelelhistes et des ambassadeurs qui parfois el'aiUeurs étaient
préeisément des pelei'ins.
Le religieux Fa-hien a visité l'Inde au elébut du ve s. et laissé le
Fa kOllO ki, ( Relation des royaumes bouddhiques » en 40 cha-
pitres, qui eléerit les étapes de son voyage depuis son départ de la
ville ele Teh'ang-ngan, en 399, jusqu'a son retonr en Chine en 414
par I'Asie centrale, le Nord-ouest de l'Inde, l'Inde centrale, la val:
Jée elu Gange et la voie maritime, en relaehant il Ceylan et a Java.
Dans ehaque royaume traversé il indiquesurtout quels sont les
Eeux saints bouddhiques, quelles reliques existent et quel est l'état
.¡fe la religion. Song-Yun et Houei-cheng ont parcouru entre 518 et
522 l'Uddiyana et le Gandhara.
. 255 .. Au vn
e
s. se le plus granel eles pele-
rll1S ehmOls, HIUan-tsang, homme ele fOI et ele seienee, une eles
plus belles figures elu boudelhisme historique. Parti pour I'Inele
seul et a pied, en 629, en dépit de la défense impériale il traversa
!'Asie centrale, séjourna longuement dans I'lnele,' notamment
aupres elu roi Harsa et visita presque toute la péninsule. n voulut
se renelre a Ceylan mais en fut empeehé par l'éclatement de
troubles politiques dans l'Ile. Reprenant la voie ele terre, il rentre
·en 645 en Chine. Les détails ele son voyage nous sont connus par
sa Vie, écrite par deux de ses disciples, Houei-li et Yen-tsong, Son
propre « Mémoire sur les eontrées d'Oecielent )), le Si yll ki, est
un texta analogue· a celui ele Fa-hien mais infiniment plus riehe
en données historiques. Il rapporte ele nombreuses traditions
indiennes et permet d'établir des synehronismes fondamentaux. A
la suite elu retour en Chine ele Hiuan-tsang" Wang Hiuan-ts'a fut
envoyé a quatre reprises en ambassade dans l'Inele. Nous possé-
don s eles fragments ele sa relation et des informations relatives il ses
voyages et a l'état de choses qu'il trouva dans l'lnde. n a el'ailleurs
joué lui-meme un r61e dans I'histoire de l'Inele en menant une eam-
pa$'ne guerriere eontre un royaume ele l'Inde eentrale. Une compi-
latlOn, contemporaine, le Si yll tche ou Si kouo tche, rédigé par
Yen-t song (mort en 610), repose sur les données de Hiuan-tsang
Wang Hiuan-ts'a, mais elle ntest conservée que elans des
cltatlOns.
256. Un autre grand peIerin, Yi-tsing, fit par mer le
voyage de lInde aller et retour avec longues escales en lndonésie,
alors mais vivace de culture (671-695).
On dOlt a YI-tSll1g, entre autres ouvrages, le 1'a l' ang si yu k'ieOll
fa kao seng (Cizallan, «( Mémoire composé a l' époque ele la grande
dynastie T'ang sur les religieux éminents qui allerent chercher la
Loi elans les pays d'Oceident )) et le Nan hai ki kOllei nei fa tchollan
« Mémoire sur la loi intérieure envoyé eles mers du Sud )).
premier de ces livres elonne la biographie de soixante pelerins et le
seeond est fait pour elonner en exemple aux moines ehinois les
pratiques eles pays bouelelhiques. Il fournit done beancoup de
détails sur l' état du boudelhisme dan s l'Inde ele son temps mais
s'étend aussi sur la littérature sanskrite. Ses inelieations malheu-
100 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
reusement non toujours précises, servent a fixer pour un certain
nombre d'reuvres sanskrites des dates autrement fIottantes.
Apres l'époque de Yi-tsing nous avons encore des itinéraires de
pelerins chinois tels que ceux de Houei-tch'ao retrouvé par PEL-
LlOT a Touen-houang, de Wou-k'ong (751-790) et de Ki-ye (964-
976).
D'autre part les Chinois nous ont conservé nombre de données
sur les lndiens venus en Asie centrale ou en Chine comme mis-
sionnaires ou comme traducteurs des textes bouddhiques. Enfin
les catalogue¡; chinois des traductions d'ouvrages sanskrits ren-
seignent souvent sur l'histoire littérail'e du bouddhisme. Les dates
qu'ils fournissent pour les traductions donnent les limites au des-
sous desquelles on ne peut placer la composition des originaux non
datés. De plus certains textes boudc1hiques intéressant plus ou
moins directement l'histoire ne sont conservés qu'en versions chi-
noises.
q Documents tibétains.
257. La littérature tibétaine bien que généralement inspirée
du sanskrit quand elle n'en est pas directement traduite, a produit
plus souvent que les littératures indiennes des reuvres historiques.
Il s'agit d' ordinaire d'histoires du Tibet lui-meme, mais qui inté-
ressent également !'lnde en raison des rapports étroits qu' elles
mentionnent entre les deux pays. De plus, l'histoire du boud-
dhisme indien a été systématiquement reconstruite et exposée par
les auteurs tibétains.
258. Sources sur les rapports de l'Inde et du Tibet. Les
rapports du Tibet avec l'Inde datent officiellement de l'introduction
du bouddhisme indien au Tibet sous le roi Sron bcan sgan po au
VII" s. de notre ere. Une sorte d'histoire sainte du Tibet, le Mani
b.ka' 'bum, raconte entre autres faits intéressant l'lnde l'ambassac1e
scientifique envoyée du Tibet dans l'Inde pour l'étude de l'écri-
ture et de la geammaire indiennes, puis le mariage du roi Sron
bcan sgan po avec une princesse népAlaise L'ouvrage est parfois
attribué a Sron bcan sgan po lui-meme, mais porte trace d'une
composition bien postérieure et pourrait avoir été écrit par un des
premiers dalar-lama au xv" s. Quoi qu'il en soit, cette source inté-
resse surtout l'histoire de l'expansion de la culture indienne par les
indications, il. la vérité souvent légendaires, qu'elle fournit sur l'in-
troduction du bouddhisme au Tibet.
259. Sources pour l'histoire du bouddhisme. Le Maní
bka' 'bum le cede en importance historique aux ouvrages spéciaux
que les Tibétains ont consacrés a l'origine du bouddhisme dans
l'lnde et a sa propagation au Tibet et en Mongolie. Ces ouvrages
sont tardifs, mais ils se recommandent par l'habileté souvent tres
grande avec laquelle ils ont utilisé les sources tres nombreuses et
d'acces pour nous difficile qu'ils ont dépouillées.
260. L'él'Udit Bu ston (1290-1364) a laissé parmi nombre
d'autres ouvrages un Chos ' byun, {( La naissance de la Loi », en
trois parties. La premiere est une introduction générale OU se
trouve passé en revue l' ensemble de la littérature bouddhique.
La seconde est proprement un exposé, d'ailleurs en partie théo-
LES SOURCES :151
rique et mythique, des débuts du bouddhisme tels qu'on se les
représentait dans les convents tihétains, La denlibre traile du houd-
dhisme au Tibet. Bil ston a été fréquemment w;s a profit et souvent
recopié par ses successeurs. C'est dan s la seconde partie que se
trollve ce qui concerne l'histoire de l'lnde surtout sous forme de
prophéties extraites ele divers ouvrages houddhiques et de données
biographiques et bihliographiques sur les principaux doeteurs
bouddhistes. De nombreux renseignements d'histoire littéraire s'y
trouyent également.
Za lu, ne en 1374, devenu en 1438 abbé du monastere ele Dgal
ldan, est l'auteur cl'un ouvrage, le Gsun 'bum, analogue it celui de
Bu. ston qu'il copie quelquefois.
261. TAranAtha, né en 1575, a achevé en 1608 de rédiger son
Rgya gar chos 'bYlln, « La naissance de la Loi de l'Inde »., C'est un
ou vrage proprement historique par son but et l' auteur n' est pas
responsable du fait qu'une partie des informations qui lui sont par-
venues avaient subi des déformations légendaires. Apres une courte
introduction, le livre est divisé en 4{1 chapitres qui relatellt les
historiques tels que la tradition bouddhique les a con-
servés. n commence au temps du roi AjAtaQatru et s'arrete il. celui
de :Mukundadeva du Magaelha, mort 38 ans avant le moment ou il a
été écrit. n est surlout précieux par les renseignements qu'il donne
sur les maitres bouddhistes et sur la dynastie des PAla.
262. Ye Qes dpal 'byor, né en 170
f
l, abbé de Sum pa (Sum pa
mkhan po), monastere dans la province d'Amdo, a rédigé une
grande histoire du houddhisme dans l'lncle et au Tibet achevée
probahlement en 1748, le Dpag bsam ljon bzan. Une premiere par-
tie donne apres un exposé cosmologique l'histoire du bouddhisme
au Tibet. Comme cette se conde partie décrit en détail les rappOl'ts
du Tibet ayec l'Inde elle intéresse l'histoire de l'Inde.
263. Ouvrages chronologiques. En dehors de ces' ouvrages
historiques les Tihétains out dressé des tahles chronologiques qui
intéressent de merne l'histoire de l'Inde quoique notant surtout les
événements tihétains. Les dates y sont données en années cycliques
répondant aux années du cyc!e sexagénaire ele !'lnde du Sud et
sont désignées concurremment par des noms équivalents de ceux
des années cycliques .chinoises correspondantes. Le premier cycle
tihétain commence en 1027, année qui répond a la 4
e
du cycle alors
en cours (PELLIOT). Le Vaidilrya dkal' po, composé en 1687 par le
régent de Lhasa, Sde srid sans rgyas rgyR mcho, contient une
courte chronologie puhliée et traduite par de KOROS. Par
erreur, les réduetions effectuées par Csoma des dates tibétaines en
dates de l'ere ehrétienne tombent toutes eleux ans trop tot (PELLIOT).
Le Gl'llb milla' r;el kyí me Zon, « Miroir du systeme » dli a ehos kyi
ni ma dpal bzan po, auteur né en 1677, et le Re' II mig, ouvrage ele Ye
Qes dpal 'byor, annexé a son .Dpag bsam Zjon bzan, sont plus riches.
264. <Euvres diverses. Le Gsun 'bum du polygraphe Klon
rdol du XVIII" siecle péut etre utile a l'histoire. NombJ'e d'reuvres
tibétaines faisant état de rapports avec l'Inde contiennent éventuelle-
ment des données intéressant l'histoire indienne, spécialement en
ce qui con cerne le bouddhisme. Enfin, en tibétain comme en chi-
:!tS2 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn" SIECLE)
nois, sont conservés des textes dont les originaux indiens sont per-
dus et qui contenaient des données de valeur pOlir l'h,istoire.
Il reste beaucoup a faire pour l'utilisation des sources tibétaines
gui sont surtout riches en faits pourla période médiévale.
"1)) Documents arabes, persans et turcs.
265. Les auteurs des plus anciens textes musulmans relatifs a
l'Inde ont visé a renseigner sur le pays et ses habitants plutÓt que
sur l'histoil'e proprement dite. Mais a mesure que les conquetes de
l'IsIam ont progressé dans la péninsule, les historiens musulmans
ont multiplié leurs écrits sur l'histoire de l'Inde qui des lors fai-
sait partíe de celle de I'Islam lui-meme. Les ouvrages de la pre-
miere phase sont le plus souvent en arabe, ceux de la seconde
habituellement en persan.
266. Anciens auteurs arabes. Les anciens auteurs arabes
qui ont écrit sur l'Inde, ront eonnne a l'apog'ée du rayonnement
de sa civilisation. Pour Mas'udi, au x· s., elle comprenait iusqu'au
Zabag, c'est-a-dire jusqu'a Jaya qui formait sa limite vers le
monde chinois, mais en relevait encore. Il était impossible d'acqué-
I'ir a fond la connaissance d'un pareil monde; les voyageurs musul-
mans n'ont pu tout d'abord qu'en rapporter des informations de
détail recueillies au hasard. Encore un certain nombre de leurs rap-
ports sont-ils perdus. Un grand recueil bibliographique, le Kitáb
al Fihrist, écrit en 988, nous en conserve il est .vrai parfois la
teneur. C'est ainsi qu'il contient un chapitre sur l'Inde d'apres les
données d'Al Kindí (IX· s,). Ces données sont parmi les plus
anciennes qui nous soient parvenues. De la meme époque (844-848),
date le Li(Jre des I'outes et des p"orinces d'Ibn Hordad beh, relevé
des relais de poste et des montants des impóts selon les provinces,
qui contient des indications sur l'Inde. De la meme époque encore
(851) est la relation célebre du yoyage du marchand Sulayman, aug-
mentée de notes yers 916 par Abu Zayd Hasan, comparable jusqu'a
un certain point au Périple de la mor Erythrée. A la fin du IX
e
s.
appartien1ll1e Kitáb Fotzlh al Boldán par al Beladori, textc historique
celui-la, qui contient un chapitre sur la premiere invasion musul-
mane de la vallée de l'Indus.
267. Au x· s. des informations recueillies dans des Yoyages a
travers l'Inde ont été écrites par nombre d'auteurs. Abu Dolaf
Misar ibn Mohalhal parcourut une partie du Tibet et du Nord-
Ouest de l'Inde en 942 et son livre, aujourd'hui perdu, a été
utilisé au XIII· s. par Yakút dans son 11[0' jam ul boldan, « Diction-
naire des pays », et par al- dans son Atar al bildd, « Monu:
ments des contrées ». Les voyageurs al-Istahri et Ibn Raukal. qUl
se rencontrerent dans le Sind ver s 941, ont laissé une description
du pays, le second n'ayant d'ailleurs fait que reproduire le
premier. Dans le meme temps, un important, Mas'údi,
écrivait une histoire uniyerselle, abrég'ée ensuite en un ouyrage
lui-meme fort long qui seul nous est parvenu et qui est intitulé
]j.[o.nlj al dahab, qu'on traduit inexactement « Les Prairies d'or »
(943). Un chapitre spécial (le 7
e
) y traite de l'Inde mais il en est
question a pIusieurs reprises au cours de l'ouvrage. Trop souvent,
malheureusement, les données de cet écrit célebre sont des
LES SOURCES
!!S3
légendes ou des traits de moours curieuses. C'est un recueil de
récits plus Iégendaires encore et de cllrÍósités que constitue l"A.jdy{¡
al-Hind, « Les Mel'veilles de l'Inde », qui date d'environ 960.
268. Auteurs arabas depuis les conquétes de Mahmftd.
AI-Birftní'. Des les premieres années du XI" s. Mahmud de Ghaz.nt
envahit l'Inde qui, des lors, entre dans l'histoire musulmane. Le
Kitdb al-Yamint d'Otbi relate les événements qui s'y sont passés
jllsqu' en 1022 et il avait été précédé d'une chronique portant le
meme titre, actuellemenf perclue. Le Tárí!J-i Mas 'zldi ou mieux
Tari\}-i Bayhald, en persan, par al Bayhald (995-1077) concerne le
regne de Mahmud et celui de son fils, Mas' ud. Non contents de
narrer la conquete, les auteurs arabes ont enqueté sur l'histoire
ancienne de l'Inde. Des 1.026 fut exécutée la yersion persane d'un
ouYrage arabe traduit lui-meme du sanskrit sur l'hisLOire des rois
de nude. Cette version, due a Abul Hasan Al!, nous est parvenue
insérée dans le Mojmal al-Tawári!J (1116). Il s'agit de légendes du
type de celles qui sont consignées dans le 111ahdbflctrata et les
Purána. Mahmud, de plus, ayait entrainé dans l'Inde a sa suite des
savants désireux d'étudier le vaste champ qu'ouvrait la conquete.
De ce nombre fut le plus grand des índianistes arabes, Abu Hihan
Muhammad al-Birúni, né dans le Hvarism en 973. AI-Biruni yoya-
gea des années dans l'Inde jusqu'a Mathura et Kanyakubja dans
l'Inde centrale. Mort en 1048, il nous a Iaissé, entre autres
ouvrages, une étude de premier ordre sur rInde, le Tárílj al-Hind.
Savant universel, mais versé surtout dans l'astronomie. il apprit
le sanskrit et traduisit des textes scientifiques et philosophiques du
sanskrit en arabe et réciproquement. Son témoignage, abondant et
précis, est surtout précieux sur l'état de la littérature et des
sciences indiennes a son époque et sur leurs développements anté-
rieurs.
269. Auteurs diverso Les grands géographes, cosmographes
et historiens arabes traitent bien entendu de l'Inde, mais générale-
ment de seconde main et trop sommairement pour qu'on puisse les
compter au nombre des sources de I'hi8toire de nnde. Plus
import:mts a cet égard sont, postérleurement it al-Biruni, des rela-
tions de voyages comme celle d' Ibn Battuta et certains ou'vrages
spéeiaux. Ibn Battuta (xlye s.), né a Tanger, fut le plus grand
voyageur de l'Islam. Il parcourut l'Asie enliere et poussa en
Afrique jusqu'au Niger. Dans sa relation il consacre de longues
pages a l'Inde Ol! il arriya en 1333 et fut deux ans au service du
sultan Muhammad Shah. Parmi les traités spéciaux, il faut comptet'
le Kitdb al Mi/al TYa'n-nihal, traité des religions, ele Sarastani (XII" s.)
dont une partíe est consacrée aux croyances indiennes, le Tdrí!J al-
Rokamd d'lbn al-Kifti (XIII
c
s.) et le dictionnaire biographique des
médecins d'Ibn Abí Usaybi 'a (XUloS.) qui donnent d'utiles renseigne-
ments sur les échanges scientifiques entre l'Inde et les pays arabes.
270. Documents persans. A partir des XIII
e
et XIV' S. les écrits
musulmans de premiere main sur l'Inde ont comrnencé a etre récli-
gés plus fréquemment en persan qu'en arabe. Déja, au temps de
Mahmud, gl'ancl poete persan FÍl'dausi (940-1020) avait inséré
dans son Sáh namah, « Livre des Rois )), des légendes sur l'Inde.
154 L'RISTOIRE (DES ORIGINES AU VIle SIECLE)
Ver s 1303, Rasid ed-Din a compris l'Inde dans son Jam¿' at-tawa-
ri!J, « Somme des histoires ». De meme les historiens généraux qui
vinrent ensuite, comme Mirkhond dans son Bauzat as Sara (xv
e
s.)
lui consacrerent des parties plus ou moins importantes leurs
ouvrages.
Mais des renseignements plus détaillés sont contenus elans les
écrits spéciaux consacrés il l'Inde exclusivement ou aux souverains
lllusulmans qui l'ont dominée. Le Cal! ndmah (1216-17) par Ali b.
Hilmiel b. Abí Bakr al Kufi narre comment au vn
e
s. un certain
Cae aurait usurpé le treme elu Sinelh: Au XIV· s. les Tabakdt-i Nasiri
ele Minhij i Sirllj le Till'i!J-i Pil'lizsahi ele Barani, continué au elébut
du regne ele Firuz Tughluq (avenement en 1351) pat' Sams i Sirilj
Afif. Ayin ul Mulk SOIlS Mllhammad et Fidlz Tughluq avait com-
posé un recueil de pieres offieielles, le 11illU.Ydt i ou Insa-i
J\lIahl'll qui intéresse l'histoire par les inelications qu'il fournit sur
l'administration et les conditions de la vie dans l'Inde ele son temps.
Au xv" siecle appartient notamment le Tdl'i!J-i Mubaraksahi ele
Yahyil ibn Ahmad.
271- Au XVIe toule une série el'ouvrages composés sur l'orelre
ou a la louange ele l'empereur Akbar, avant tout l'Akbal' namah
d'Abú'l Faz! Allilmi, le ministre d'Akbar qui l'aida dan s son essai
ele création d'une reiigion syncrétiste et qui, comme ministre, fit
compiler une description complete de l'Inde, l'Ayin- i Akbal'i, les
« Institutions d'Akbal' ». :Mentionnons encore les J1!Iuntahdbll't
tarvd,.t!J d'al Baelaoni et les Tabakdt-i Akb(ll't, de
Ahmad. De plus Ibrdhim ibn Harírl a laissé une histoire ele
rInde et de la conqucte mongole, le Tári!J-i lbl'áhimi ou Tári!J-i
HllIndYlln. Du XVIl
e
S. nous ne retiendrons, bien qu'it cette époque
tardive la procluction historique persane soit tres abondante, que
le Tál'i!J de Ferista (commencé en 1593, allant jusqu'en 1612),
ouvrage célebre ct prl'cieux pour l'histoire elu Delekan. Un traité
sur les religions. spéóalement de l'Inde, le Ddbistán, dli probable-
ment a M obed Sáh, appartient aussi au XVII" s. La valeur de ses ren-
seignements est malhenreusement souvent sujette a caution.
272. Mémoires de Bábur. Il faut faire une place a part et
une place d'honneur dans le tableau eles sources musulmanes ele
l'hisloire de l'Iude au Bábllr námah, « Livre de 13ilbur ", mémoires
remarquables par l'intéret ele lem contenu comme par leur valeur
littéraire, composés par l'empereur lui-meme en tmc oriental au
début elu XVI
e
S. et bientot tl'aduits en persan. Un siecle plus tard,
l'emperenr Jihan Gil' écrivit lui aussi ses mémoires, cette fois en
pusan. .
A partir elu XVII e S. les sources persanes de l'histoire de l'Inele
sont enCOl'e tres nombreuses. Elles perdent toutefois de l'intéret
parce qu' elles se bornent souvent it reproduire les sources anté-
rieures pour les périodes anciennes et parce qu'elles sont pour le
temps llleme auquel elles ont été écrites concurrencées par les
documents europécns.
8) Documents européens tardifs.
273. Voyageurs et missionúaires des XIII" et XIV· s. -
L'Islilm, interposé entre l'Inde et rEurope, a longtemps coupé
LES SOURCES
leurs C:pemlant, de Ioin en loin au Moyen-age
europeen, des mlSSlOnnau'es et des voyageul's ont parcouru rInde
et les contrées voisines et ont rapporté outro des renseignements
sur le pa ys et les mccurs ele ses habitants quelques elonnées histo-
riques tHiles. Au XIII" s., en raison de l'espoir que nourrissait
alors la Papauté ele forme!' avec les Mongols une alliance contre
l'Islilm et de converlir l'Asie au christianismc, eles rapports suivis
s'établirent entre l'Europe et l'Asie orientale. Les rappol'ts com-
merciaux, toujours prets a se nouer ou a se renoue]' entre le
Proche et l'Extreme-Orient, se renforcerent a la mcme époque,
274. Marco Polo. Les freres Polo de Venise, apres un premier
Yoyage a la cour elu granel khan Qubilai, prirent avec eux dans uu
seconel voyage le fils ele l'UIl d'eux, Marco. Parti en 1271, :Ma¡'co
Polo ne revint en Europe qu'en 1295. Son retour s'effectua par
mer et lui donna occasion ele toucher plusieurs fois a la cote acci-
dentale ele l'Inde. Son récit consigné en fl'angais par Rustichello·
ele Pise est une eles relations de voyage les plus justement célebres,
et contient nom]JI'e d'informations sur l'Inele. II c10nne notamment
le nom du roi dcs Pc\ndya régnant 10l's de son passage, Cundara-
bilndieleyar.
275. Míssionnaires franciscains. Plusieurs missionnaires
fl'aneiscains envovés a la fin du Xlll
e
S. et au XIV· en Extreme-Orient
ont visité l'Inde. te seul dont les informations intéressent l'histoire
ele rInde est Oelol'ic de Pordcnone. Ce religieux partit pour rOl'ient
en 1314 ou 1318, traversa la Perse et gagna par mer l'Inde oa
avant de poursuivre vers l'Extl'erne-Ol'Íent, il prit tene a Thána
pres de Bombay apres 1321 Il note que les « Sarrazins », c'est-a-
dire les Musulmans se sonl rendus maltl'CS ':U pays. Ceci ne pent
se rapporter qu'aux C'onquétes d"Alá' n el-dln et de Mubárak au
Rajputáná et dan s le Dekkan, et au l'établissernent de la
lllusulrnane par Ghilzi lvla!ik Tughluq en 1320. apl'cs l'usmpation
de Nilsr-ud-din Khusru qui avait mis it mort lHubarak et l'éagi
contre l'Islam. Nous connaissons ces faits par des témoignages
bien plus cil'constanciés que celui d'OelorÍe, Celui-ci cependant
fournit un recoupement supplémentaire et surtout atteste 'In' en
dépit du trouble de la période, le pouyoir mnsulman n'était pas
contesté elans la région visée par ses informations.
276. Documents s. Dans la périoele model'l1e,
apres l'arrivée eles POl'tugais dans 1 Inele en 1498 les document,;
europécns intéressant l'histoire ele l'Inde sont devenus de plus en
plus abondallts. Ils ont été recueillis tout cl'abord par des histo-
riens portugais, Bal'ros, qui n'alla pas lui-mpme elans l'Inde mais
consigna dan s ses Decadas ele L 552, 1553 et 1563 les événelllents jus-
qu'en 1527 et Couto qui, au contraire, passa la plus grande partie
ele sa vie dans l'Inde et publia une 4" Decada ele Barros (événements'
ele 1527 it 1537) puis 8 Decadas (événelllents jusqu'en 1600) ele 1602
a 1616. .
Cerlaines sourccs Pol'lug'aiscs sont de la plus grande impor-
tance pom l'histoire indienne, teIle la narration de Domingo Paes
(prob. 1520-22) et la chronique ele Fernao Nuniz (prob. 1535-37)
pour l'histoire du royaume indien ele Vij ayanagar.
:1.56
L'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
Nous nOUS bornerons a citer encore parmi les principaux
ouvrages ou recueils plus récents qui font partie des sources de
l'histoire des états indiens et des Européens dans l'Inde les voyages
de Bernier, les Lettres édifiantes, les documents d'archives, le
journal tamoul d'Anandaranga Pillei, ministre de Dupleix a Pon-
dichéry.
d. L'épigl'aphie.
CI.) Généralités.
277. L'épigraphie est, en ce qui concerne l'Inde, la plus impor-
tante des sciences auxiliaires de l'histoire. Les inscriptions sont les
témoins authentiques et directs des faits anciens, la dureté des
matériaux sur lesquels elles sont généralement gravées leur ayant
souvent permis de durer jusqu'a nous. Elles sont extremement
nombreuses, se comptant par milliers. Elles 80nt réparties dans
toute l'Inde et meme en dehors de l'Inde. Il existe au Cambodge et
a la cote orientale el'Annam, l'ancien Campa, un nombre considé4
rabIe d'inscriptions sanskrites, un granel nombre aussi a Java et
quelques-unes a Bornéo.
Le travail ele publication de ces inscriptions est loin d'etre
achevé. Cepen lant des résultats considérables ont été obtenus.
Les inscriptions les plus anciennes surtout ont été recherchées et
publiées. Celles d'Agoka, dont l'intelligence était depuis longtemps
perdue elans l'Inde, ont été déchiffrées par J PRINSEP il y a
plus el'un siecle. Beaucoup d'autres ont paru depuis grace a CUN-
BÜHLEIl, BHAGVAN LAL INDRAJI, FLIlET oU RICE, pour
ne citer que quelques-uns eles plus anciens. Les inscriptions sans-
hites de l'Insulinde ont été publiées surtout depuis Kern qui a le
premier attiré l'attention des inelianistes sur ceHes du Cambodge,
publiées elles-me mes en partie par BARTH, BERGAIGNE, FINOT et
COEDES.
2'78. L'étude en est dans une certaine mesure entravée par l'im-
possibilité ou sont la plupart du temps les savants de les examiner
sur place directement et par l'imperfection des moyens de repro-
duction employés. Les photographies directes ne sont suffisantes
que s'il s'agit- d'inscriptions tres nettes et non elétériorées. Les
copies au trait et les photographies exécutées apres qu'un trait
blanc a été passé sur les caracteres pour les faire mieux appa-
raltre ont l'inconvénient commun ele risquer d'introduire dan s la
reproduction des erreurs de tracé dues il. l'opérateur. Les estam-
pages, il est vrai, sont fieleles et, par leur maniabilité, paríois plus
lisibles que les originaux memes. Ils sont obtenus par deux procé-
dés, celui dit ce il. la chinoise» et celui ele LOTTIN de LAvAL. L'es-
tampage a la chinoise s'obtient en appliquant sur l'inscription un
papier assez fin légerement humiele et en le faisant entrer dans les
dépl'essions au moyen ele petits coups ele maillet il. travers un feutre
interposé. La feu\Ile est ensuite encrée, les parties sailIantes seules
devenant noires et le reste se dessinant en blanco La [euille est
enfin retirée et séchée. Le procédé de LOTTIN ele LAvAL consiste il.
prendre l'empreinte de l'inseription au moyen el'un papier assez
épais et spongieux, appliqué mouillé sur l'inscription et soigneuse-
LES SOURCES
:1.57
ment repoussé elans les creux a petits coups de brosse. La feuille
est retirée une foís séchée sur l'inscription meme. La face tournée
vers les caracteres gravés est ceIle qui les reproduit le plus parfai-
tement mais renversés et devant etrelus elans une glace. De plus
ils sont blancs sur blanco La possession de bons estampages faci-
lite beaucoup le déchiffrement des inscriptions; mais leur repro-
duction photographique est habituellement insuffisante dans les cas
elouteux il. permettre la vérification des lectures de l' éeliteur.
279. Matiere des monuments épigraphiques. Les inscrip-
tions sont la plupart du temps sur pierre. Elles sont gravées sur
des surfaces de rochers choisies aussi unies que possible, paríois
appretées artificiellement d'une maniere généralement grossiere.
Elles sont gravées aussi sur eles piliers, des steles, des monu-
ments, des piédestaux ele statues, des objets de pierre, notamment
des reliquaires en stéatite, pierre facile a fagonner et a inscrire.
Certaines sont encore sur briques, sur terre-cuite. On en connalt
une, de Bhattiprolu (§ 304), elans le bassin de la Krsna, sur cristal.
Beaucoup sont sur métaux, le plus souvent sur des plaques ele
cuivre (taml'apatta) plus ou moins oblongues parfois longues et
étroites comme les feuilles de palmier en usage pour les manus-
crits. Leurs elimensions varient a peu pres dans les memes propor-
tions que celles de nos feuilles de papier usuelles. Leur épaisseur
dépasse souvent 1/2 centirnetre. Elles peuvent etre plus épaissesa
la périphérie pour éviter le frottement des surfaces écrites. Quand
plusieurs plaques sont nécessaires pour con ten ir le texte entier
elles sont réunies par un anneau passé elans un trou percé en haut
ou pres du bord gauche. Le joint de l'anneau est souelé par un
sceau de cuivre. Les lignes peuvent etre pal'alleles il. la plus grande
longueur, comme dans la plupart eles manuscrits, ou it la plus
petite comme elans les steIes elressées. En ce cas la partie supé-
rieul'e percée du trou d'enfilage est souvent arronelie ou tailIée en
ogive. Cet aspect est habituel surtout dans les plaques tarelives,
notamment dans celIes du royaume de Vijayanagar. Autant que
possible les faces extérieures de la premiere et de la elerniere
plaque ne sont pas écrites. Le texte est quelquefois accompagné
de marques d'authentifications et de signatures.
Le bronze est surtout employé pour les sceaux, arrondis ou ova-
laires portant des symboles, spécialement des animaux accompa-
gnés ou non de légendes, ou des légeneles seulement. Ces sceaux
servent, comme il vient el'etre elit, a marquer des empreintes sur
cllivre pour authentifier des elocuments, ils s'appliquent aussi sur
argile. Des sceaux officiels se rapprochent matériellement ceux
qui. servent a inscrire des formules religieuses ou magiques sur
argIle.
Les autres métaux sont moins employés; on connalt des inscrip-
tions sur 01', argent, plomb, laiton et meme fer. Une ele ces der-
nieres est tout it fait remarquable étant gravée sur un pil,ier el'une
seule piece, en fer presque pUl' qui atteint une hauteur de plus ele
7 metres (pilier de Mihrauli pres de Delhi, portant une inserip-
tion gupta d u ve s. ele notre ere).
280. Langues des inscriptions. - Les plus anciennes ins-
criptions sont en moyen indien. Le sanskrit apparait un peu avant
Hi8
L'mSTOlRE (DES OHIGINES AU VII" SIECLE)
notre ere mais surtont aux premiers siecles ele notre ere (§ 293)
pour elevenir elans le N orel la seule langne employée. Dans le Sud,
il est toujours resté en eoneurrenee avee les graneles langues litté-
raires elea vieliennes : tamoul (inser. eles le elébnt ele l' ere ehrétienne),
kannara (inse. elepuis le VI
e
s.) et telugu (plus tarelives). De plus il
existe a date tarelive une abonelante épigraphie musulmane, surtout
persane. Enfin, aceessoires pour le nombre muis impoetantes pour
l'histoire en ce qu'elles prouvent eles rapports avec l'étranger, sónt
des inscriptions araméennes tinser. ele Taxila mentionnant Piyudasi
et de Pul-i-elarunta pres ele Kabul), pehlevies (eroix de San Thomé,
inser. de Kanheri duns la région ele Bombay), ehinoises a Boelh-
gáya, par Li Yi-piao et 'Vang Hiuan-ts'(j (CHAVANNES), hébraYque
(ile de Qinnamangalam, état de Coehin) - (ef. §§ 85, 103).
281 qbjet des inscriptions. - Du point de vne de leur
objet, les inscriptions peuyent se placer sous les chefs suivants :
Proclamations et décrets. - Les inscriptions d'A<.;oka sont poul'
la plupart de eeHe catégorie.
lnscriptiolls commémoratives qui relatent des éyénements, des
fondations, des cOl1structions ou qui pcrpétuent la méUloire de
héros (elans le Suel, en tamonl vlrakkal « pierres de héros » ou
naelugal « pienes dressées ») ou de yenvcs qui se sont brulées avec
le caelavre de lenrs maris (sati).
PanégYl'iques (pl'afasti) qui relatent mais ayec des exagérations
et dans un style souvent conventionnel les exploits des princes.
Telles sont les inscriptions elu roi Kharavela a Hathigumphá au
Kalinga, ou de Samudragupla sur le pilier el'A<.;oka (§ 284, 298,
472).
Chartes de (ondalÍon 01l de donation, extremcment nombreuses,
ordonnant des constructions de rnonasteres, d'hópitaux, des
forages de puits, des arnénagements de pieces d'eau, authentifiant
des donations de villages, des attl'ibutions du produit des impáts
ou au contraire accordant des franchises d'impóts. Dans eette eaté-
gorie on rencontre un ceetain nombre de faux.
Inscriptions votives, qui consaerent un monument, une partíe de
monument, une sculplure comme a Sancl, un l'eliquaire comme
celui de Pipráhvá, pieusement oIferts par un donaleur ou un groupe
de donateurs dont les noms sont généralement indiqués.
Inscl'iptions de piété, qui consistent en formules auspicieuses. A
cette classe appartíentnotarnment celle quon trouve fréquemment
sur le pied des statues houddhiques et qui rappelle en un elistique
la nature de l'enseignement du Budelha. De pareilles inseriptions
peuvent inelirectement servil' a l'histoire, l'époque des caracteres
en lesquels elles sont tracées indiquant au moins la date la plm;
basse it laquelle on peut placer le monument qui les porte.
explicativcs, telles celles qui aceompagnent et dési-
gnent par un litre de nombreuses scenes figurées au st¡{pa de
Bharhut. Certaines de ces inscriptions avaient été gravées il.
l'avance et étaient destinées il. indiquer aux sculpteUl's les scenes
qu'ils deyaient représenter.
Inscl'iptions Enfin tout texte peut etre inserit ; on pos-
LES SOURCKS
sede, outre des gl'afitti de toutes sorte8, des inscriptions galantes
(Sitahengá) et jusqu'a des drames entiers sur pierre.
282. Datation des inscriptions. Les inscriptions sont impor-
tantes autant et plus par les elates qu' elles fournissent que par les
bits qu'elles font connaitre. Lorsqu'elles sont explicitement elatées
elles peuvent 1'otre en années d'une ere clairement indiquée.
peut alors caleuler la date corresponelante ele notl'e ere. Mais sou-
vent l' ere a laquelle se réfere le chiffre n' est pas précisée. Il faut
alors la eléterminer par hypothese. On se guiele alors sur l'
probable de l'inscription, époque qu' on éyalue par la comparaison
de l'écritme avee celle des inseriptions ele dates connues et aussi
par le contenu du texte qui peut fournir des références a des faits
dont la ehronologie est établie. L'époque ele l'inscription une fois
fixée, on rccherche quelle ere présente un point de elépart tel qu'en
lui I'apportant le ehiftre exprimé la date tombe dalls l'époque fixée.
Les inscriptions sans date sont classées chronologiquement el'apres
les caracteres paléogl'aphiques de l' écriture et la teneur du texte.
Principales inscriptions.
283. Inscriptions d'Agoka. Les plus anciennes inscriptions
auxquelles on puisse assigner une date sont celles d'A<.;oka ou
Piyadasi. Elles sont dispersées elans la plus grande partie de
l'Inde, sauf dan s l'Extreme-Sud. Dans le Nord-Ouest elles sont en
écríture araméo-indienne, dite kharosthi, partout ailleurs en indien
commun dit bl'dhmí.
Les plús anciennes sont les diverses rédaetions el'un meme
texte qui proclame une premíere conversion du roí au boudelhisme
plus ele deux ans et demi auparavant et une conversion plus com-
plete plus d'un an et demi auparavant. Elles sont gravées, pres ele
la capitale, Pataliputra, it Sahasram, plus a rOuest il. Rupmlth,
dans le Rajputaná a Bairat, dans le Dekkan a :Maski, Gaylmath et
Palktgundu, au Maisur a Brahmagiri, Qieldapura et Jatingará-
me<.;vara. Vient ensuite un groupe de quatorze édits, les plus
importants, gravés sur roe. On les trouve an Nord-ouest a Shah-
Migari \ édits aneiennement nommés de Kapur-di-giri), a lVIansehra
et IUls!; it l'Ouest il. Gimár au Kathiyavar et it Sopara pres ele
Bombay; a l'Est it Dhauli en Orisa et Jaugada au Kalinga. C'est it
Sháhhazgariet a Mansehrá seulement que le texte est écrit en
caractel'eS araméo-indiens. A Dhauli et J augada les édits 10-:t3
manquent. en revanche, sont ajontés deux édits séparés qui ne
figurent pas ailleurs. A Sopará il n'existe qu'un fragment du
8e édit. L'éelit 4 est daté de 12 ans apres le sacre d'AQoka. L'édit 5
parle de la création 13 ans apres ce meme sacre des fonctionnaires
appelés dhammamahamatra. Les quatorze édits qui fOl'ment un tout
ont done été gravés dans la 13- année du sacre, et les années sui-
yantes.
Le 13e est particulierement important ponr fixer la chronologie
du regne. 11 mentionnc.:que le Kalinga a élé conquis 8 ans apres le
sacre et énumel'e cinC[ rois grecs. L' époque de ces rois nous per-
met de relier la chronologie interne du regne d' A<.;oka a la chrono-
logie générale.
284. Un autre groupe d'édits en comprend six gravés sur
- ------------¡
160
L'nrSTOlRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
piliers (hindi Ut). Le plus important de ces piliers est a Delhí OU
il a été apporté par Firuz-sah, au :;'IV· Topra dans la haute
vallée de la Yamuna ou il se trouvalt pnmItIvement. II porte, outre
les six édits un 7" qui ne se trouve pas ailleurs. Un autre pilier,
apporté de iUrat a Delhí: par Firuz-sah, porte les cinq prellliers
édits mais incomplets. Un troisieme pilier, originellement érigé a
KauQambl mais transporté a Allahabad probablement par Akbar,
porte les six édits, ceux dits « de -la reine» et « de KauQambí: ».
D'autres inscriptions y ont été ajoutées a diverses époques notam-
ment par Samudt'agupta. On retro uve encore les six édits au Nord
a Lauriya-Araraj, Lauriya-Nandangar et Rampurva.
La plupart des piliers portant les six édits étaient surmontés
primitivement de chapiteaux ornés de lions qui traduisent la per-
sistance dan s l'art maurya d'une influence perseo Les édits, 1, 4, 5,
6, sont datés de 26 ans et l' édit supplémentaire de Delhí-Topra de
27 ans apres le sacre. Les six édits alternativement prónent 1'0b-
servance de rOrdre et rappellent les efforts du roi pour le promou-
voir et le faire respecter. Le 6° précise que c'est 12 ans apres son
sacre qu'AQoka a commencé a faire écrire les « inscriptions de
rOrdre », les dhammalipi. Enfin il exÍste un certain nombre d'édits
détachés. Deux se trouvent a la fois a Dhauli et a Jaugada et sont
des mandements aux hauts fonctionnaires. A Sarnath, autre man-
dement aux fonctiomlaires. A Sand rescrit en faveu!' de l'union
dans la communauté bouddhique. A Nigalisagar, commémoration
de I'agrandissement au doubledu stupa du Buddha Konakamana
(éd. daté de 14 apres le sacre). A Rumindeí, 20 ans apres le sact'e,
cOInmémoration d'un pelerinage royal au lieu de naissance du Bud-
dha. A Barabar donation de grottes 12 ans et 19 ans apres le sacre
a la secte des Ajívika.
A Bairat (Rajputana) mais transporté a Calcutta (appelé ancien-
nement édit de Bhabra) un édit indiquant les textes bouddhiques
-recommandés par le roi.
285. La langue des édits varie dan s une certaine mesure avec
les régions OU ils sont gl'avés (§ 102). Leur rédaction est en style
simple, dépourvu des formules protocolaires ambitieuses qui
deviendront de regle plus tard. Leur phrase habitueIle d'introduc-
tion : rajd Mam dha, <i ainsi dit le roi... )) rappelle la formule
correspondante des inscriptions cunéiformes des Achéménides
(SENART). Au Nord-ouest les inscriptions écrites en « kharosthi»
dérivée de l' écriture araméenne introduite par les Achéménides
s'appellent du nom perse dipi au lieu de lipi et sont parfois dites
nipista (( écrites )) au lieu de likllita, meme' sens, de vieux perse ni-
pis. On peut interpréter cela comme le signe de la conservation
dans une région soumise moins d'un siecle auparavant aux Aché.
ménides de quelques termes de leur chancellerie. On l'interprete
plus souvent (SENART, HCLTZSCH) comme !'indice d'une influence
perse sur toute la chancellel'ie d'AQoka. L'idée meme de graver sur
roc peut etre une réminiscence de l'usage (SENART). Entout
Cas par leurs intentions les édits d'AQoka sont assez profondé-
ment originaux.
La datation des édits est régulierement donnée dans un com-
posé formé d'un nombre, du mot année et de l'adjectif verbal de
Ui M 11
LES SOURCES
161
abhi-sic (( sacrer; ») ce composé est construit avec le nom du roi'
ex : dbddasardsdbhisitena derdnamp,>iyena ... }) par le Bien aimé
dieux sacré [depuisJ 12 ans )). Il s'agit des années révolues. Poul'
traduire ces dates dang notre chronologie qui compte par années
en cours, tous les chifl'res doivent donc etre accrus d'une unÍté. Ce
qui s'est passé 12 ans écoulés apres le sacre est pour nous dans la
13" année du sacre.
286. Inscriptions en caracteres araméo-indiens. Apres
AQoka les inscriptions en écriture araméo-indienne elite lchal'ostht
forrnent une série spéciale allant jusqu'il. l'époque des Kuscllla apres
laquelle elles disparaissent. Elles restent surtout confinées au N ord-
Ouest spécialement au Panjab occidental, au Nord et au NordOuest
ele TaksaQila et a cette localité meme. On en a trouvé il. rOuest de
cette région jusqu'& Wardak a rOuest de I(abul sur un objet el'ail-
leurs transportable, un vase; au Nord dans le Svat; au Sud á Máni-
kiaIa. Mais l'aire d'emploi de l'araméo-indien s'est aussi étenelue,
a certaines époques loin de ces limites: á Kbalatse au Ladak, a
Kangra, au Panjah oriental, OU eleux inscriptions sont iJ. la fois en
ara.méo-indien et en indien commun, á Mohan-jo-Daro dans le Sindh
et Jusque dans la région de Mathura. On a trouvé anssi, mais tout
a fait sporadiquement, une inscription ararnéo-indienne a P&lna, sur
une plaque transportée sans nul donte accidentellement. A Cid da-
pura quelques lettres au dessous de l'édit en indien commun el'Acoka
prouvent seulement que le lapicide doit etre venu du N
287. On a recueilli en tout une centaine d'inscl'iptions en
teres araméo-indiens apres celles d'A<.ioka. Toutes sont courles
pal'Íois réduites a un nom sur une cornaline (Bibliothcque
de Paris) et ne dépassant jamais quelques lignes. Une partie d' entre
elles se trouve sur des cachets, des yases, des reliquaires eles pla-
ques de cuivl'e ou d'argent, eles piédestaux de statues ou'des scul-
ptures. Elles sont pour la plupart relatives a des o[J'randes ou a
des de Elles .font aux vamx de et ele
santé une place relatIvernen1 bIen plus grande que les antres in8-
indiennes et c.eci évoque les habitudes de répigraphie
occldentale contemporame (SENART). Il peut y avoir lit un indice
supplémentaire de 1 'iniluence occidentale sur ie milieu qui les a
produites. Elles sont importantes pour 1'histoire par les nom3 de
donateurs et surtout de souverains qu' elles mentionnent. Ces sou-
verains sont des enva.hisseurs Saka, Parthes et Kusana. Les elates y
son1 nombreuses malS malheureusernent posent plutot c¡u' elles ne
résolvent délicats problemes de chronologie. En efl'et les eres
auxquelles 11 faut les rapporter ne sont pas indiquées.
288. Le point du départ du comput peut etre parfois celni de 1'e1'e
Parthes (248 ay. J.-C.), les Caka desqllels émanent les
tIons correspondantes ayant subi profondément l'influence des
Parthes dont ils 50n1 tantót les ennemis, tantot les associés Il faut
alors éventuellement sllpposer que le chiffre des ccntaines n'a pas
été noté, autrement les datations Re trouveraient trop hautes (Fou-
CHER). Une inscriptión du l'oi saka Moa á Taxila est datée de 78.
Elle peut etre ainsi rapporlée a 1 ere parlhe en entendant U ]78,
mais aussi a une ere scythe hypothétique de 150 (RAPSON) ou 155
L'INDE, tome I.
11
r)t1
:162
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AV VII" SIECLE)
(TARN) et que d'autres auteurs ont proposé de fixer a diverses
autres dates voisines (§ 4311. Par ailleurs une inscription de Gondo-
phares (Guduvharal, dite de Taleht-i-Bahí, est datée de la 26e ' unnée
de ce roi et de 103. Il ne peut s'agir ici ele l'ere parthe cal' Gon-
elophares ne saurait etre antérieur a lUoa et, d'apres son synchro.
nisme probable avec St. Thomas, il est postérieur ill'ere chrétienne.
On pense des lors qu'il pourrait s'agir ele l'ere inelienne de 58 ay.
J.-C. dite rikl'ama (§ 430) dont on rapporte parfois la fonelation au
SakaAzes ler (§ 431). On aurait ainsi, pour date de l'inscription, 45
de notre ere et pour l'uyenement de Gondophares, 19 de notre ere,
Il reste .elifficile d'admettl'e que l'ere vihama puisse etre a la fois
eeHe du Saka Aús et ceIle que la tradition jaina considere comme
fondée en commémoration d'une victoire sur les Saka (§ 430).
On a supposé p1r ailleurs que Gondophares comptait d'apres
une ere commengant au moment de l'invasion saka dans lInde entre
90 et 80 ay. J.-C. iSENAwr) ou en 84 av. J.-C. (KONOW) et il fau-
drait renoncer au synchronisrne Gondophares-St. Thomas ou sup-
poser tres long le reg'ne de Gondophares. En effet, si Sto Thomas
s'est rendu aux: Indes, c'est apres la passion de Jésus qui a eu lieu
sous Pilate, procurateur de J udée de 26 a 36.
289. Les Kusana, sous lo regne desquels se placent un bon nom-
bre d'inscriptions ararnéo-indiennes, ont encoro a partir de Kaniska
un autre comput dont le point de départ doit etre 78 ap. J.-C., celui
de l'ere inelienno dite 9aka (§ 430 457). Mais STEN KONOW propose
128-129 comme point de départ de l'ere de Kaniska qu'il distingue
de l'ere c
aka
(§ 439) et GHIRSH;\fAN pl'opose 144 pour cette ere de
Kaniska.
290. Les plus notables inscriptions des Saka sont, outre ceIles
qni vionnent d'étro rnentionnées, celles du « Chapiteau des !ions » a
Mathura. Ce chapiteau est rait de lions adossés sur lesquels l'ins-
cription est grayée directement. La faee inférieure du monument
elle meme en est couverte en sorle qu'une bonne partie en était
nécessairernent eachée. Il s'agit d'une cornmérnoration de fondation
pieuse mentionnant notamment le mahdJrsdtl'apa Rajula, connu
d'autre part par des monnaies sous le nom de Rajuynla (§ 330), le
YUfJaNUa., « », Kharaosta et les moines bouddhistes de l'école
des Sarvastlvadln.
Dans In sério des inscriptions kusana on doit surtout noter celle
du reliqlluire de Kaniska trouvé a Pegayar. C'est une reuyre d'art
assez rernarquable mais exécutée en bronze tl'es médiocre et jadis
doré, faited'aiileurs pour etre entenée. L'inscrip.tion, daté e de 1 ele
Kalliska, mentionne les Sarvastivadin et, semble-t-il, le nom de
l' artíste qui aurait ex:écuté le reliquaire, Agisala, nom en lequel on
pense reconnaitre le grec Ag-ésilas (SPOONEIl). La piel'l'e de Mani-
leiMa, conservée :iU Mllsée du Louvre datée de 18 du regne de
Kaniska, cornmémore un dépót de rolíques.
Les eliyerses ínscriptions non geavées ponl' Mee lues doivent etre
interprétées comme des inscriplÍons magiques, en ce sens du moillS
qu'clles sont votives et destinées non a Pllblier des vreux, mais a en
amonel' la réalisation cn en matérialisant l'expression par l'éeriture.
Lél plus tardiye des inscripti.ons araméo-indienncs datées sernble
LES SOURCES
1.63
etre ceHe de Mamane DheI'i sur le piédestal d'une statue du Buddha
La date est 89 qui, peut s'cntendre uans !'ere gaka ele 78 ap. J.-C'
et corrospondrait a 167 ap. J.-C., ou dans l'el'e de 144
par GHIHSHi\fAN (§ 289), ce qui donnerait 233 ap. J.·C. D'autres
inscriptions a dates exprimées par des chiffres au dessus de 300
sont en réalité plus anciennes, Leurs dateB doivent etre calculées
en prenant des points do départ plus anciens, tels que ceux des eres
séleucide ou arsacide. Autrement on arríve il des datations inyrai-
sernblables. Des le début du me s, ap. J.-C., l'épigraphie araméo-in_
dienne a donc dísparu eompleternent dans nnde.
291. Inscriptions en caracteres indiens communs ago-
kéens. Quel(¡ues inscriptions en caracten:s semhlables a ceux
sont connues. CelIes delVIal;ast,han, la ancienne inscrip-
tlOn du Bengale orelonne il un jjlIahamata de vemr en aide il un clan
ruiné. Trois inscriptions de Dagaratha, succosseur d'Agoka, sont a
Barábar dans le voisinage des inscriptions sirnilaires d'Agoka.
D'autres, profanes celles-ci, ont été trouyées dans les collines de
Ramgar, notarnment dans la grotte de Sttabenga.
292. Inscriptions d'époque gunga. Deux inscl'iptions du
stilpa de Bharhilt se donnent elles-memes COIIllue traeées au tcrnps
des Cunga. A Besnagar, pres de VieliQa, un piJier inscrít par le gree
Heliodoros envoyé d'Antialkidas au roi Bhagahhadra est de l'époque
des caAr An:ialkidas a mourÍI' "ers ay. J.-C. et Bhaga-
bhadra dolt etre 1 avant dernIor Cunga de la lIste puranique appelé
Bhagayata .cette li.ste). Un groupe d'inscriptions d'Uclayagiri
el de Khandagn'l en Onssa est souvent rappOI'lé au début de l'épo-
que Qunga mais il tort. La principale, eelIe de la gl'otte de Hathi-
émane du r?i C'est un panégyrique
en pros: prakrlte ou 1'01. enumere annéc par anllée ses
explOlts. Ce se1'a¡t un documentmestlrnahle s'il n'était extI'ernement
dégradé et en geande partie peulísible. On l'a cru daté de 165 d'une
ere rnaurya qlli aUl'ait comrnencé a l'avenement de Candrao'upta
mais la duo nom de cette es.t en définítive t1'eS
bahle (en de1'mer !Ieu BARDA). En falt, 11 y est question d'un canal
creusé
A
300 ans. (tipasasala CJ.ue certains trad:lÍsont. a tort pa1' 103)
plus tot au Kalmga par le 1'01 N anda. Ce dermer dOlt etre un roi de
la renversée en 313 ay. J.-C, par Calldragnpta et apres
aY,on: dure 100 ans ou 22 ans seloll les sources 3(2) donc l'ins-
cnptlOn se place dans le lel' S. ay .• J.-C. Elle désio'ne a 1'0uest un
roi qui ost un Andlll'a et peut-etre
un 1'01 du Magadha, Bahasatlllllta, qu'on a voulu il tort identifier a
Pusyamitra (§ 413).
293. Le nom de Bahasatímita appai'tient a deux souyerains
connns par des monnaies de Kaugarnbi (§ 327: et se retrouve dans
deu.x inscriptions, l'une do Mora pl'eS de Máthurá en caracteres
anClens (la forme du nom y est Bl'hasvatimita) et une de Pabhosa
pres de Kaugarnbi, en caracteres plus 1'écents. Cette del'l1iere est
elatée de la 10" annéed'nn Uclaka (?) e'est-á-dire, 8elon JAYASWAL,
Odraka (§ 41.3), 50 souverain Cunga, mais l'identification cst tres
incertaine. L'inscription est d'un Ásadhasena qni, dans une Íns-
cription voisine, se dit fils d'un roí Bhagavata dont la généalogie
164
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn
e
SIECLE)
remonte a un roi Conak:1yana d' Adhicha.tra ..
etre le nom du 9" Cunga des PZlrán<;, <J,Ul
dans l'inscl'iption d'Heliodoros. d apr,es la genealogle: 11 dOlt
s'agirici d'un homonyme. et peuvent
dynastes de parage Qunga mal s ne font pas partle des Cunga lmpe-
riaux des Purana. Une inscription de. la d'A'yodhya
pour émaner du 6' l( frere )) de Pusyamltra, « qUl a falt deux fOlS le
sacrifice du cheval» (JAYASWAL) mais « frere ») ne figure pas dans
le texte et il s'agit d'un roi « sixieme de )).
Cette inscription et cPIles de Pabhosa sont en caracteres de type
plus récent que celle cl'Helio.doros (§.415). ,POUl'!ant le 5
e
et
le 6e successeur de Pnsyarrntra seralent n.ecessalrement
a l'avant dernier c¡nnga sous Jequel a gravé son ms-
cription, Il faudrait alors que 1 types gra-
phiques s' est faite plus rapldement en regIOns que dans
d'autres et que l'inscription étalt de conser-
vatrice. Cctte hypothese e.nleveralt une, grande
aux datations paléograI?hlques. Il est a n.oter 1 mSCl'lptlOn du
succeHSel1r de PusyamItra est en sanskrlt qu el.le est une. des
premieres en cette langue: A. son ép?que 1 emplol du sansknt en
épiO'raphie est encore tout a falt exceptlOnnel.
;94, Insoriptions des Saka et Kusána: 1;es. inscrip-
lions des Salea el des Kusana, en ecrlture arameo-mdlenne au
Nord,ouest sont dans rInde centrale, tantat en caracteres araméo-
indiens, en bl'ciI11ni. Plusieurs inscriptions en
sont de la réo'ion de Mathura, par exemple celle d une certame
Amohini, qui b date du temps d'un Codasa de. 72
(LuDERs KONOW contre BÜHLER, RAPSON qUl hsalertt 42) d une ere
non Il' s'agit probablement de l'ere pila·ama. d.e 58 .av:
J.-C. et l'inscription est alors de 15 ap. J .-C. Elle est Fm.a, ams!
que nombre d'autres ele, meme. dans la, meme régIOn. On
trouve aussi a Mathura des mscrlptIOns datees des regnes de
Kaniska et Húviska a Sarnath pres de Bénares, d'autres encore du
reO'ne de Kaniska, 'an 3. De ces diverses inscriptiolls, celles des
Salea sont généralement en prakrit 463), celles de.s KU,sana en
sanskrit mixte, melé de formes pl'.akntes, non par sUlte d
mais par souci de sanskritisatlOn de l' orthographe prakl'lte
(SENAI\T).
295. Inscriptions des Andhrabhrtya. L:s prin,cipa,les, in,s-
criptions des Andhrabhl'tya se trouvent dans 1 Ouest a N anaghatr
N asile et Kilrle dans les Ghat occidentales et a Kanheri (anc.
Kanhagiri) pres de l'actuelle Bombay. A Nanaghat, une
épigraphe de Simuka SátavahaIia SO? lmage, une
inscription de Náyanika, veuve du Sataka1ll fils de Slmuka, et filie
el'un prince IIlcthiil'athi, c'est-a-dire marathe, du temps ele C.ata-
rapana Vasathiputa', et. d'autres. encore. A N áSlk, entre lilS:
criptions des Sataka1ll, on doIt relever celle de qUl
implique une victoire sur les celle de, ,Bala-
siri sa mere daté e de la 19
B
annee de SIl'I PulumaYI
({ui est une' charte de donation mais U?
de Gotamíputa et confir11:e entre faIts cel,Ul de la
sur les Ksaharata. A Karle, on attnbue au meme Gotamlputa
LES SOURCES
i65
une épigraphe renouvelant une donation faite antérieurement par
Usabhadata, gendre du Ksaharata Nahapana renvel'sé, On a en
outre des inscriptions du regne de V ásithiputa Siri Pulumilvi. A
Kanheri des inscriptions de Gotamiputa Siriyafía Satakani qui
porte en outre le titre ele sami (skI'. spdmin) « maitre )).
. On ti ouve encore quelques inscriptions des Anelhrabhl'tya a
Amaravati (§ 449). A Banavasi: et Malavalli (au Maisur) la mention
.de Haritiputa Vinhukada Cutukulananda Siltakani atteste que le
pays environnant était régi par un Satakani de famille eutu. De
plus 011 trouve des inscriptions des dynasties qui ont succédé aux
Andhrabhl'tya: a Nasik cl'un souverain Abhira, a Kanheri, d'un
souverain Traikutaka, a J agayappetta, dans le bassin ele la basse
Krsna, el'un lkhahu, it Nagarjunikonda, pres el'Amaravati, eles in s-
criptions d'autres lkh:ihn.
296. Inscriptions das Ksaharata. Les Ksaharata ont laissé
des inscriptions aux memes lieux que les Anelhrabhrtya ql1i lem en
disputaient la possession et les en ont finalement chassés. A N asik
et a IUrle, Usavaelata ou Usabhadata, gendre ele Nahapilna, a laissé
nombre de témoignages de donations. A Junnar, le ministre elu
me me N ahapana laisse de son coté une inscription de donation,
importante cal' elle indique par sa date la elurée minima du regne
de Nahapana (§ 455).
Ces inscriptions ont été consielérées comme paléographique-
ment plus anciennes que celles du temps de Codasa a Mathura
(D. R. BHANDARKAR) et leurs dates, 41 a 46, ont été supposées en
conséqnence se rapporter au meme comput que le 72 de la tablette
mentionnant eodása !§ 294) ce qui rejetterait Nahapana avant l'ere
chrétienne (J OUVEAU-DuBREUiL). Mais l' examen paléogral'hique
n' est pas décisif et conduit meme pIutat a une conclusion contraire,
il est done loin de nécessiter une refonte de toute la chronologie
des Ksaharata et par contre-coup des Ksatrapa el'Ujjayini et eles
Satakani.
297. Iusoriptions des ksatrapa d'Ujjayini. - La plus
remarquable est celle de Rudradáman a Girnar, gravée sur le
rocher porteur eles 14 édits d'Ac;oka et d'une inscription de Skan-
dagupta (§§ 283, 460). Elle est relative a la réparation el'une digue
élevée SOLlS Candragupta le Maurya et perfectionnée par un vassal
d'AQoka, un Grec au nom iranien de Tusaspha. C'est en meme
temps un panégyrique en poésie sanslcrite raffinée, le premiel' de
cette espece dans l'épigraphie indienne. Elle est datée ele 72 [ralea],
soit 150 al" J. ·C. ,
Plusiems autres inscriptions ont été relevées dans la meme
région, dan s eliverses localités. L'une, d'Andhau, est datée de 52
(i30 ap. J.-C.) et mentionné a la fois Castana et Rudradaman
comme souverains. Une, de Jaselhan, est de 126 ou 127 (204-205
ap .• T.-C.) sons Rudrasena ler. La plupart donnent eles éléments ele
généalogies des souverains.
298. Insoriptions das Gupta. Sous les Gupta sanskrit est
définitivement consacré comme la langue de l'épigraphie, du moins
dans le Nord de l'Inde.
Vaigali: a livré un sceau inscrit au nom ele Ghatotkacagupta, pere
:166 L'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
de Candragupta lel' d'apres les généalogies données par les inscrip-
tions des Gupta postérieurs. Mais l'épigraphie des Gupta com-
menee vraiment avec Samudragupta. Nous avons de lui une ins-
cription a Eran (Airikina) et surtout un panégyrique posthume tres
important g¡'avé sur le pilier d' Agoka originellement érigé a Kau-
gambi et transporté a AllahaMd (§§ 284, 472). De Candragupta II
nous avons deux inscriptions dans des grottes, a u elayagiri elans la
région ele Bhilsa (a ne pas confondre avec l'Udayagiri el'Orissa
§ 292), une a Sanci dans la meme région, une a Mathura et une a
Garva pres d'AllahaMd. De plus, c'est probablement de lui qu'est
l'inscription d'un souverain désigné seulement sous le norn de
Candra sur le pilier ele fer de Mihrauli (§§ 279, 494). Cette inscrip-
tion, pourtant, a été rapportée a Candragupta 1'1', a un Candravar-
rnan du Malava, a un autre Canelravarrnan du Bengale. D'autres
identifications encore ont été proposées. On a quatre inscriptions
du temps ele Kumaragupta et cinq elu temps ele Skanelagupta. La
plus récente des dernieres est daté e de 146 (465 ap. J.-C ). On en
connait encore plusieurs gravées sous les regnes des Gupta plus
récents, notamment ¡celle ele Matrvisnu sous Buelhagupta (§ 476).
Une plaque ele cuivre de Damodarpur date de 543 ou 553 ap. J.-C.
sous un Gupta, une autre, de Gunaighar au Bengale Sud-oriental,
de 507, sous Vainyagupta qui est peut-etre aussi le souverain elont
le nom, perdu par détérioration, doit etre restitué sur la plaque de
Damodarpur (R. BASAK). Nombre de vassaux et successeurs des
grands Gupta ne sont connus que par les inscriptions de leur
temps ou a leur mémoire (§ 477). Une inscription d'Adityasena,
gupta du Magadha, tl'ouvée a Aphsacl, est en caracteres du type dit
a tort kutila. A Manelasor, au Malava occidental ont été trouvées
d'importantes inscriptions ele Yagodharman (§ 485) dont une est
datée de 589 des Malava (533 ap. J.-C.) et a contl'ibué indirec-
tement a permettre de fixer le point de elépart de !'ere gupta
(FLLET).
299. Inscriptions des Huna. - Nous n'avons pas d'inscrip-
tions émanant directement des Huns mais nous en possédons de
princes indiens a eux soumis; une a Eran de Dhanyavisnu sous
Toramana (§ 483) et une autre a Gvallar sous MihirakuJa, due a un
certain Matrceta qui a fait élever un temple au Soleil.
300. Inscriptions de l'Inde du Nord apres les Gupta. Ce
sont surtout des chartes de donations. Elles sont souvent les seuJes
sources qui nous renseignent sur les souverains et leur succession.
Celles des rois de Valabhi sont parmi les plus importantes (§ 487).
Elles sont datées en une ere qui se confond avec celle des Gupta.
Du grand empereur Harsavardhana nous n'avons qu'un sceau en
cuivre, trouvé a Sonpat au Panjab oriental et deux plaques de
cuivre, une de Madhuban dans le district d'Azarngar au Nord de
l'autre de .Bhanskera pres de Cahjahanpur. Elles datent
respectlvement de 2D et 22 de l'ere de Harsa (605-6) donc de 631 et
628 et contiennent a quelques variantes pres le meme texte. C 'est
sous le regne de Harsavarelhana que les inscriptionll chinoises de
Bodh-Gaya ont été gravées par les ambassadeurs qu'il avait regus
de Chine (§ 495). Bodh-Gaya recevait d'ailleurs des pelerins boud-
LES SOURCES
i67
de tous pars. 269 ap: J . .-C.) un 1Í1Oine singhalais,
Mahanaman, y avaIt lalsse deux lIlscrlptlOns sanskrites. Ce Maha-
naman a été identifié (S. LÉVI) avec le moine sing'halais du meme
nom envoyé par l\Ieghavanna de Ceylan a Samudragupta (§ 473) ce
qui oblige a calculer la date de l'inscription de 269 en une
ere que l' e1'e gupta. Mais le type de l' écriture des inscriptions
indique une date plus basse que l' époque de Samudragupta et con-
c.orde a;ec le ca:cul ele la date en ere l'autenr de l'inscrip-
twn dOlt donc etre un homonyme de 1 envoyé de Meghavanna
(V. S:II!TH). ?ans .date mais pl'obablement d'époque voisine sont
des brrques mscrltes de Gopalpur, au Sud-Ouest de Gvaliar dont
l'écriture est tres proche de celle qui a du servir de modere a
l' écri ture . tibétain e.
301. Inscriptions du Nepal. Il faut faire aux inscriptions du
Nepál une place a p1rt pal'mi celles du No¡'d. Elles sont nom-
breus:set on en.possede de presque toutes les époques depuis le
ve s. Jusqu'a nos Jours. Les plus anciennes ont été étueliées surtout
par BHAGVANLAL INDRAJI et S. LÉvr. La plus ancienne est celle du
pilier de Changu Narayan (496 ap. J.-C.). Les datations se font jus-
qu'au IX' s. dans !'ere dite des Licchavi de HO ap. J.-C, (S. LÉVI).
Ensuite c'es.t !'ere de 878 ap. J.-C. qui est usitée jusqu'il l'époque
contemporame.
302. Inscriptions médiévales du Nord-Ouest. Les insr.rip-
tions médiévales ont été nombreuses dan s le Nord-Ouest de l'lnde
mais on n'en po.ssede encore qu'une petite partie. Au Kagmir:
Kalhana déclare s en etre servi pour la rédaction de sa Rajataran-
gint (§ 212) malheureusement la plupart ont été détruites. SAINT-
HUBEHT THEROULDE en 1839 n'a pu en relever qu'un petit nombre
et Sir AUREL STEIN moins enCOl'e a la fin du XIX
e
s. La plus notable
inscriplion, d'ailleurs mutilée, est ele la reine Diddil (fin du x' s.).
L'.état de Camba, au Sud du Kagmir, région de la haute RaVl
(anclenne Iravati), est resté beaucoup plus riche en monuments
épigraphiques; plus de cinquante inscriptions de la période pré-
musulrnane sont conservées. Les plus anciennes paraissent dater
du vn
e
s. (VOGEL). Elles sont malheureusement d'un intéret histo-
rique secondaire.
Dans le district de IUngl'a, voisin au Sud-Est du Camba, on
possMe les pl'arasti de Baijnath qui datent de 1024 ap. J.-C.
. 30? .Inscriptiona primitives du Sud. Les plus anciennes
mscrrptwns du Sud sont en caracteres voisins de ceux de la
brahmi d'Agoka mais, certaines étant rédigées en vieux tamoul,
quelques caracteres ont été ajoutés a ceux d' Agoka pour représen-
ter les phonemes manquant a l'indo-aryen (K. V. SUBRAHMANYA
AYYAR). C'est le cas dans les inscríptions du début du 1"' s. ap.
J.-C., sur poteries, .récemrnent découvertes a Virapatnam.
Elles sont réparties au Pandya, dans des grottes des régions
monlagneuses, ces lieux sont appelés traditionnellement Pañca-
pandavamalei, (e monts eles cinq Pandava ». Ils sont considérés
comme ayant été habités par les Pandava au cours de 1em exil
dont il est question dans le Mahdbharata. Les gl'Ottes ont dil servir
d'ermitages. Des lits de pierre taillés dans le roc s'y rencontrent
168 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII· SIECLE)
la plupart (Iu temps. Quelques-unes des courtes inscriptions, au
nombre de plus de vingt, qui sont gravées dans ces gt'ottes seraient
en paJi selon VENKAYYA. La plupart des autres en tamoul ancien.
Elles indiquent d'ordinail'e simplement les noms de ceux qui ont
creusé les grottes, ou fait des donations. Les principales sont
eelles de Marugaltalei, TirupparanguNRam, KaLugumalei et Cit-
tannavaQal dans l'état de Pudulckóttei. Le nom de KaLllglll71alei
« montagne des vautours )) est a peu pt'es équivalent de Grclhra-
kílta (( Píe des vautours )), nom célebre dans la tradition boud-
dhique d'un site pro che de Rajagl'ha. 11 est possible, si le nom
tamoul en est la réplique et s'il a été choisi palo les premiers occu-
pants des grottes de la colline ainsi désignée, que ceux-ci aient
été des bouddhistes (K. V. SUDRAHMANYA AYYAU).
304. Inscriptions anciennes du Dekkan. Les principales
ont déja été mentionnées a propos des Andhrabhl'tya. Il en existe
nombre d'autres. A Bhattiprolu, pres de l'embouchure de la
Kl'sna, on a recueilli dans les ruines d'un stílpa bouddhique plu-
sieurs cassettes ( ~ 279) portant des inscriptions pra.krites dont les
!)aracteres sont proches de ceux d'AQolca mais présentent quelques
particularités.
305. Inscriptions des Pallava. Ver s la fin du lIle siecle appa-
raissent les premieres inscriptions des Pallava. Ce sont des chartes
prakrites sur cuivre. Une de ces chartes a été trouvée a Mayidavólu
dan s le distt'ict de la basse KI'8/1a, elle émane du YllPamahdrdja
« prince royal », Sivakhamdavamma (skr. Civaskandavarman) des
« Pallava )). Une autre, de la localité de Hlrahaclagalli, dan s le
district de Ballad, émane aussi d'un Sivakhamdavamma qui doit
etre le meme personnage, devenu (( empereur selon l'Ordre »,
dhammamahdl'djdclhirdja, et qui fait donation d'un jardin situé
dan s le Satahanirattha, c'est-a-dire en pays appartenant antérieu-
rement aux Satakani. C'est peut-etre encore le meme souverain
sous le regne duquel une donation (distl'ict de Guntur, immédia-
tement au Sud-Ouest de la basse Krsna) est faite par le yuvamahd-
roJa Vijayabuddhavamma époux de Carudevi, mais ici le nom
apparait sous la forme Vijayakhandavamma (skI'. Vijayaskanda-
varmanl et rien ne prouve absolument que Civaskandavarman ait
remplacé dans son nom Civa par Vijaya.
Plus tard les chartes sur cuivre et inscriptions sur pierre des
Pallava sont en sanskrit. On a notamment les chartes de donations
des villages d'Uruvupalli et de Mangalur qui fournissent des élé-
ments de généalogies. La premiere émane de Visnugopavarman,
fils de Skandavarman [UJ petit-fils de Viravarman, arriere petit-
fils de Skandavarman [IerJ) clharmaYllvamahdl'dja en la 11
e
année du
mahal'aja Simhavarman rierJ. La seconde émane du clharma-
malla/'aja Simhaval'man [nJ, fils du yllvaraja Visnugopa, petit-fils
de Skandavarman [H] et arriere petit-fils ele Viravarman: Il résulte
ele ces données que Visnugopa, qualifié de yuvaraja n'a pas régné
ou n'a exercé qu'une vice-royauté, le roi régnant de son temps
n'était pas de sa lignée, mais que sa lignée a pris le pouvoir
avec son fils Simhavarman n. On voit par eet exemple queHes
précisions fournissent éventuellement a l'histoire les données épi-
graphiques.
LES SOURCES 169
Nombre d'autres inscriptions postérieures fournissent eles
généalogies plus riches, par exemple ceUe ele Vayalur, sur pilier
donne apl'es eles noms mythiques ceux de 36 prMécesseurs d;
Narasimhavarmar: n (690-715). Mais certaiI!es sont des faux, géné-
ralement reconnalssables a ce que leur écrlture ne correspond pas
a celle de leur époque supposée. Les généalogies qu'elles con-
tiennent sont en ce cas fort sujettes a caution quoiqu'elles puissent
reproduil'e des listes traditionnelles. Une inscription sanskrite
d' Amaravati, qui a la particularité de se lire ele bas en haut, fournit
aussi un fragment de généalogie.
306. Inscriptions des Oalukya. Une charte de donation
d'Altelll, dans le distl'ict ele Kolhapur, se présente comme émanant
de PulakeQin 1, mais porte la date de 4'11 raka, soit 489 ap .. T.-C.,
01' cette date est antérieure de 60 ans environ 11 l'époque réelle de
ce prince. Cette charte est clone un faux. Elle n'est pas la seule de
cette espece. Heureusement d'autl'es ne sont pas suspeetes. Une
de Badami est datée de la 5
e
année de lHangaleQa Ranavikranta
et de l'an sidclhartlw du cycle de Brhaspati qui correspond a
525 ralea soÍt 603-4 ap. J .-C. et fournit une généalogie des premiers
Calikya (sic). Nous avons plusieurs inscdptions du temps du
plus grand des Cdlukya, Pulakec;in Il, notammcnt une de Aihole
datée de 556 raka ¡634-5 ap. J.-C.) qui commémore la constrllction
d'un temple jaina. Elle est due au poete Ravildrti (§ 500) qui se
compare lui-meme a IUlidása et Bharavi.
Nombre des inscriptions des C<ilukya occidentaux de Baclami
sont en kannal'a ou bilingues, en sanskrit et en kanna/'a. Elles
coexistent a vec ceUes de diverses dynasties locales et sont chrono-
log'iquement suivies dans l'Ouest du Dekkan par celles des Calu-
kya de Kalyani. A l'Est on a des inscriptions cles Cilukya Ol'ien-
taux précéelées par quelques-unes émanant de princes moins impor-
tants. Une de celles-ci est de Vijayanandivarman, souverain de
Vengl, entre la basse Godavari et la basse Kl'slla au pays andhra
proprcment dit. Cette inscription, une charte sanskrite sur cuivre,
a été iadis considérée par BUHNELL comme remontant au IV
e
s.
et comme étant un des plus anciens et des plus importants monu-
ments. paléographiques du Sud. Dans cette région ol'ientale les
inscl'iptions relativement tardives sont parfois en sanskl'it et en
telugu.
307. Inscriptions médiévales du Sud. Les inscriptions des
royaumes tamouls de Cola, Panclya et Cera sont relativement
tardives, bien qu'il en existe d'anciennes, d'interprétation encore
problématique, au pays Panclya s ~ r t o u t (§ 303). Elles sont la plupart
du temps en tamoul ou en sansknt et tamoul. CeUes des Cola sont
nombreuses surtout 11 partir du x· s. Celle des Pandya et Cera a
pal,tir du XlII' s. Quelques-unes seulement sel'ont mentionnées le
cas échéant, ainsi que certaines des innombrables inscriptions
in 'iennes tardives de toutes provenances (y compris éventueUe-
ment des inscriptions musulmanes) dans le chapitre historique du
t. III. Cel'taines d'entre elles sont aussi étudiées dans le chapitre de
la paléographie.
308. Inscriptions de Oeylan.. L'épigraphie de Ceylan est
170 L'mSTOIRE (DES OJUGINES AU VII' SIECLE)
riche et commence par des documents anciens en caracteres
pro ches de ceux d'Agoka. Les premiers documents remontent
au ter s. av. J.-C. Parmi les plus anciens sont ceux de Toni-
gala dans la région centrale. Ils commémorent la donation
d'un étang au clergé bouddhique par le grand roi (mahdl'ája)
Gamini Abaya, fils de Tisa, nls d'Abaya. Ce Gamini Abaya doit
etre l'Abhaya Vattagamani des chroniques (§ 468). Ils portent le
ehiffre 213 qui doil etre leur date' eomptée depuis l'introduction du
bouddhisme a Ceylan et équivaudrait, en ce cas, a 29 av. J .·C.
Les datations plus récentes, fréquentes il partir du XII" s., soht la
plupart du temps dan s l'ere du Nirvana (543 av. J.-C. j. L'immense
majorité des inseriptions est en vieux singhalais qui tene! au fuI'
et a mesure. qu 'on . descend ver s la période moclerne it se rap-
clu smghalals Elles sont clone. de grancle importance
P?ur eluele de la eeHe langue et ele sa grammaire
Quelques mscrlptlOns sont en tamoul. Elles appar-
tle.nnent au XI' s., époque on Polonnarnva, alors capitale, fut
pl'lse par les Tamouls clu Cola IUjaraja, mais le tamoul a élé
encore employé dans une insel'iption bouclelhiste de Polonuaruva
sous Vijayabahu ler qui venait pourtant ele chasser les Tamouls ele
rUe. Un tres gl'ancl nombre cl'inscriptions singhalaises sont extre-
mement breves, réeluite il des noms suivis d'une indication de
donation.
I.uscriptions religieuses. Il faut fail'e une place a part
aux msenptions relig'ieuses ine!iennes elans quelque région qu' elles
se trouvent Elles sont un des pl'ineipam:: éléments d'intéret de
l:épigy<lphie indiennc. Beaueoup de eeUes qui viennent d'ctl'e men-
pour valeur de documents historiques sont aussi eles
mscrlptlOns re[¡gIeuscs. En tant que telles, elles constituent cles
témoins ele l'extcnsíon des rcligions eliverses a toutes les époques,
elles en commémOl'ent !es ou les réformes que par lit elles
nous apprennent. Les lIlscrlptlOns ele Harsa entre autres attestent
l'existence d'un synCl'élisme religieux on le culte solaire jouait un
granel role et elles marquent une époque ele sa manifestation 493).
La plus granele partie du dépouillement eles inscriptions a cet
égard reste encore a faire.
Beaucoup de renseignements précieux sur les sectes y sont con-
Les jusc¡u'iei sont ceux qui sont relatifs au
FlIllsme. L epIgrilplue Jama en ellet riche et a été spécialement
dépouillée par GUÉnINoT. Les inscriptions jaina qui étaient en 1908
Il.ombre de 850, et qui sont plus nombreuses encore aujour-
hUI, avec une fréquence partieuliere eles listes ele pon-
tlfes (surt), de chefs d'éeole (ganin). ele maitres (ácál'ya') ou ele pro-
fesseurs (llpádliyáyáJ. Elles nous font entrer elans le' détail de la
vie clu j ainisme.
les inscriplions. commémorant eles fonelations pieuses nous
sur la qua]¡té ou le rang des donateurs et des béné-
nClalres et sur l'organisation sociale du milieu et de l'époque aux-
quels elles se rapportent. Parfois les renseignements qui nous sont
donnés sont tres détaillés.
C' est ainsi qu'une inscríption tamoule visnuite elu de
LES SOURCES
i71
Virad.jendra a Tirumukkudal dans la région de Maelras non seule-
ment indique qu'un hópital a élé fOllllé mais précise avec ({uels
moyens et va jusqu'a fournil' la liste des drogues et des vi"res dont
on devait y eli sposer.
310. Inscriptions d'Indochine et d'Indonesie en langues
indiennes. - L'épigl'aphie sanskrite ele IExtreme-Orient es!
d'une granele richesse, particulierement au Camhodge. Elle est
inséparable de l'épigraphic indienne cal' elle atteste l'expansion ele
l'Inde vers rEst et fOUl'llit ainsi des clonnées imporlanles non seu-
lement pour l'histoire de l' 1 nelochine ou de IInelonésie mais pou!'
celle de l'Inele meme. D'ailleurs, outre que par la langue employée
l'épigraphie sanskrite el'Extreme Ol'Íent appartient au elomaine de
l'inelianisme. paléographiquelllent les inscriptions en c¡uestion sont
apparentées a ceHes ele l'lnele, les changements des modes
indiennes se translllettant mihne souvent tres rapielement en Inelo-
chine. Cependant il existe une elifféreRce matérielle visihle it pre-
miere vue entre les inscriplions sanskrites de l'lnde et eelles de
l'Extreme-Orient, du Call1hodge en particulier : ces elernieres sont
en caracteres plus soigneuselllent, plus régulierement et plus élé-
gamment tracés que les inscriptions ele la péninsule indienne. Les
caracteres regoivent aussi parfois des ornelllents particuliers.
311. a) dn Campa. - Les plus ancienncs inscl'iptions sans-
krítes el'Inelochme sont au Campa (cote orientale el'Annam, pro-
noneer Tiampa). Celle de Vo-canh, charte religieuse el\m roi des-
cenelant cl'un roi (:rimára n'cst pas datée mais apparticnt paléo-
graphiquement au lI' ou me s. ap. J.-C. :FINOT). Elle contient eles
metres "asanlalilaka et ¡¡ál'lhlZa"ikl'ielita. Nombre d'autres s'étagent
jusqu'au XlI
e
s., á coté <.rinseriptions en langue indigene, en vieux
campron. tiam). Les plus importantes sont sur roe a Cho'-elinh
(VO s. J, sur steles il Mi-Són (Ve.Xl
e
s.) et au sanctuaire cle Po Nagal'
de Nha Trang (VIllo-XI
e
S ), Elles ont permís a BEHGAIGNE de com-
mencer et ele pousser assez loin la reconstitution ele l'histoire de
1'ancien Campa.
312 b) du Cambodge. - L'étuele des inscI'iptions cambod-
giennes forme une partie importante de l'épigraphie sanskrile en
raison elu granel nombre d'inscriptions cornposées en sanskrit au
pays khmer. Ces inscriptions alternent avec d'autl'es en vieux
khrner, heaucoup sont hilingues. Elles vont clu VIO au XIII
e
S. envi-
ron. A partir ele eette elel'llibre époque l' épigraphie ele"ient plus
purement khmere. Toutefois au début elu XIV" s. commencent a
apparaitre des inscriptions en palio La plus ancienne ele cette sorte
est une inscription royal e de Vat Kúk Khpos émanant de 1230 t;aka
(1308 ap. J.-C.).
Les inscriptions sanskrítes elu Camboelge attestent une profonele·
connaissance elu sanskrit et ele sa littérature dans le royaume
khmer. Les allusions'littéraircs qu' elles font sont parfois utiles
póur confirmer l' existen ce a leur elate ele certaines ceuvres san s-
krites. C'est ainsi que l'ancienneté, autrefois contestée, ele Sugruta
comrne méelecin a été connrmée par la trouvaille ele sa mention
dms une inscríption elu IX· siecle, avant de 1'etre par ailleurs d'une'
faQon plus précise (§ 1635).
I
1,
j
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!

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F

¡
1
172 L'rrrSTOIRE (DES ORIGINES AU Vn
e
SIECLE)
Elles sont surtout importantes pour l'histoire du royaume
khmer. La plupart sont eles panégyriques ele souverains (praqasti),
mais il existe aussi eles chal'tes de fondations et d'une maniere
générale les elivers types d'inscriptions ineliennes sont repl'ésen-
tés. La langue fait fréquemment usage de termes dont l'emploi est
peu attesté elans la littératUJ'e classique mais qui sont relevés elans
les lexiques sanskrits indiglmes. Elles sont généralement en vers
de metres savants. Leurs dates sont volontiers expeimées en
nombres symboliques et rapportées al' ere 9aka.
313 c) d'Indonésie.- Les plus anciennes inscriptions sans-
Jerites el'Indonésie ont été trouvées a Kutei elans l'ile ele Bornéo et
elans la partie occidentale ele ,Java. Elles remontent sans eloute aux
ve, Vl
e
s. A Cangal (prov. ele Keelu it Java) une inscription sans-
krite est elatée de 654 9aka soit de 732 ap. J.-C. Les caracteres
d'une inscription de Kalasan (768 ap. J.-C.) se rattachcnt aux
écritul'es elu Nord de l'Inde; mais dans l'ensemble l'épigraphie
sanskrite de l'Insulinde ne fait qu'un avec celle de l'Indochine et se
rattache aux écritures elu Sud.
e. Numismatique.
314. Généralités. Les monnaies sont par lems légendes et
leurs figures de véritables monuments historiques. Ce sont parfois
les derniers témoins de l'existence el'un regne, ce sont tOlljOUl'S des
docurnents sig·nificatifs. Comme les inscriptions, quoique plus
sommairement, les monnaies indiquent les souverains dont elles
émanent et les titres qu'ils se donnaient. Leur iconographie ren-
seigne sur les religions officielles. Les lieux ou elles abondent
marquent les centres qui les ont émises ou établissent l' existence
de rapports commerciaux entre les contrées d'ou elles proviennent
et ceHes ou on les recueille. Les particularités du monnayage
décelent des imitations et des influences qai prouvent des rapports
cultmels. A l'intérieur d'une me me série la comparaison des
frappes permet quelquefois a elle seule de restituer leur ordre
chl'onologique d'apparition et de fixer ou de confirmer l'orelre par-
fois incertain des souverains. Il arrive qLlC 1'histoire métallique
~ : u [ [ e elynastie soit la seule histoire que nous en posséclions.
315. Apparition de la monnaie dans l'Inde. L'époque
d'apparition ele la monnaie dans I'Inde n'est pas exactement
connue. Il se peut que les sceaux de Mohan-jo-Daro aient repré;'
senté des monnaies, toutefois, comme ils sont d' orelinaire en stéa-
tite et non pas en métaux précieux, l'hypothese est peu probable.
11 faudrait qu'il se fUt agi d'une monnaie fiduciaire a cours arbitrai-
rement fixé. Dans les textes védiques anciens, lorsqu'il est fait aUu-
sion a eles offl'aneles ou aux honoraires d'un sacrifiant. il s'agit
habituelIement d'un certain nombre de vaches. Il est permis de
supposer que pour faciliter les transactions une équivalence était
établie entre la valcUl' de la vache comme unité de mesure et la
valeur cl'une cel'taine quantité el'or ou de matieres préciellses. Mais
l'existence d'une monnaie n'est pas elircctement attestée. Les Bralz-
mana, les Upanisad et les Sútra emploient quelquefois pOUl' dési-
gner des choses précieuses faisant partie el'honorail'es ou de
LES SOURCES
173
récompenses promises des mots qui sont a date plus récente des
noms ele monnaie (niska, sllrarna). Les uns aelmettent sans preuvé
que elans les textes anciens ces mots ont déjil la signification clas-
sique, el'autres sallS plus de preuve qu'ils nc I'ont pas encore. Ces
mentions n'aielent pas a résoudre la question ele la elate el'appari-
tion ele la monnaie puisqu'on ne les interprete qu'en fonction
de l'iclée qu'on se fait a l'avance de cette date. DI!:COURDElIIANCRE
a pensé que le systeme monétaire primitif de l'Inele avait été
copié sur celui des Achéménides (contesté par D, R. BRANDAR-
KAR).
316. Diverses aortes de monnaies. Le monnayage indien
est fait de divers métaux ou aIliages : 01', argellt, cuivre, billon,
potin, plomb et nickel. De plus sont employées comme menue
monnaie les coquilles de Cypraea moneta Lin. elites « cauri)) ou
« cauris » (skI'. lcapal'da, marathe karaclt, hincli kallrt), générale-
roent consielérées comme valant 1/80 de pana de cuivre.
317. Systemes pondéraux principaux. Le principal sys-
teme poncléral en vigueur a été eles les plus anciennes monnaies
celui qui est exposé dans Manu (VIII, 132-137) mais il est appliqué
avec eles changements considérables dan s la valeur des unités de
base selon les temps et les lieux.
Selon Manu, la plus petite unité de poiels est le grain ele pous-
siere visible dans un rais de lumiere. 8 de ces grains = 1 lente.
3 lentes == 1 graine de moutarde noire. 3 ele ces graines =
1 graine ele moutarele blanche. 6 de celIes-ci = 1 grain el'orge.
C'est le grain d'orge qui est l'unité théorique de poiels mais, tanelis
que Manu précise qu'il s'agit elu grain moyen, d'autres partent du
grain d'orge gros ou du grain menu qui sont 1'un par rapport a
1'aut!'e dans le rapport elu simple au elouble. L'unité usuelIe est un
multiple c1u grain el'orge qui en vaut 3, le krsnala, graine el'Abrus
precatorius Lin. appelée dans l'Al'tlzar¿ast/'a gllnjd et ailIeurs
l'aktiA:d (híncll mtte). Le krsnala est encore en usage chez les bij ou-
úers indiens.
Les monnaies sont les suivantes :
~ 1 8 OR (AV) :
Poids moyen
(graIl101es)
fort faible
lcrsnala................... 1 = 0,1185 0,14S1 0,07405
masa..................... 1 5 = 0,592 0,740 0,370
SllS'arna (1 !wrsa en poids).. 1 16 80 = 9,480 11,848 5,924
pala ................... 1 [, 64 320= 37,92047,39223,696
Ilhal'ana ............ 1 10406403.200= 379,20 473,92 236,96
Le systeme ele l'Arlhaqdstra (1I, 19) est le meme.
A ces poids el aux pie ces correspondantes s'en ajoutent d'autres
en elehors du systeme ele Manu (d. 11fitáksClrd sur YdjñMalÁ'yasmrti
1, 3fj2-3(5). Le niska, pesant en moyenne 2 gr., 37 équivaut a 1/5
de suvarna fort, 1/4 ele SUfJarna moyen ct 2/5 de surarna faible.
Sa valeur théorique est donc plus constante que celle clu SUVCtl'na
mais on reconnait aussi un niska de 1/2 SUV[/I'na et d'autl'es équi-
valences. De plus on" compte parfois 5 sural'na dans i pala et
20 mdsa dans un suvarna. A date relativcment tarelive on s'est
servi ele tUndra, nom emprunté au latin denal'ius par l'intermé-
-----....... ..... _-
174
L'mSTOIRE (DES ORIGI:'<ES AU Vn
e
sntcLE)
diaire du grec et qui ne désigne pas toujours une monnaie
déterminée mais s'emploie pour l'argent monnayé en général.
Poi,!s ll10yen fort faible
§ 319. ARGENT (AR) :

krsnala ...... ;............ 1 = 0,1185 0,1481 0,0740
I'aupyamásaka...... ...... 1 2 = 0,237 0,2962 0,1481
dhal'ana ou pUl'ána d'argent. t 16 32 = 3,792 4,792 2,3696
r;atamána d'argent....... 1 10 160 320 = 37,92 47,392 23,696
320. CUIVRE (lE) : 1 karsápana = 80 Icrsnala = 9,480; 11,848;
5,924. Le keil'sdpana est done l'équivalent en poias de cuivre du
surarna et se rattache par la au systeme pondéral des monnaies
d'or. Il suit les variations UU S¡/(J(ll'na, se décoll1posant tantót en 16
tanlót en 20 meisa.
321. Monnaiss primitives poingonnées.L es monnaies les
plus anciennes que nous connaissions sont en argent ou en alliaaes
cupriqucs. Ce sont des scgments de petiles barres
coulées, aplaties mais restant assez épaisses, qu'on coupait a inter-
valles réguliel's. Elles sont done rcelangulail'es ou carrées. Nous
en possédons, dont un ou deux angles ont été abattus et qui pesent
pourtant le poids moyen des autl'es. Ceci tient' a ce qu'on rognait
eelles dont le poids était excessif. renvoyant a la [onte les rognures
et les pieces trop légeres. Elles sont poin<,;onnées au droit ou a la
fois au droit et au reverso Les poinQons sont des symboles, roues,
croix, serpenls enlacés (caducée), rosaces, animaux dont on a
relevé pres de 300 On l'eneontre i'réquemment de petits groupes de
dell1i-cercles empilés en pyramíeles qu'on interprete comme eles
représentations de reliquaires (caitya) Ces monnaies poinQonnées
se rencontrent dans rInele entier.e: Leur ol'igine est incertaine.
Leur forme rappelle celle des sceaux ele Móhen-jo-Daro, d'un autre
cóté leur poids est souvent pl'oche de eeluí des pieces achémé-
nieles qui ontété en usage dans le NOl'cl-ouest aux 6
e
-[1
e
S. ay. J.-C.
Des symboles analogues se trouvent comme contremarques sur
beaucoup de sicles (rlariques el'al'gent) achéméníeles (5 gl'., (01).
Ce sont sans doute des monnaies ele ce genre qui étaient en usage
au temps d'Alexandre,ear Quinte Curce rapporte qu'Omphis (§ 382)
offrit a celui-ci 80 talents d'argent estampillé (signati argenti).
Dans le Sud seulement on trouve des sphérules d'or poinQonnées.
322. Monnaies coulées. Voisines par les symboles qu'elles
portent des monnaies poinQonnées sont les pieces coulées. CelIes-
d, généralement en cuivre, quaelrangulaires ou roncleg, étaient
habituellement coulées dans des moules a cases, multiples d'ou elles
sortaient 1'éunies eil chapelets par des languettes de métal. Elles
étaient ensuite séparées par b1'is de ces languettes mais on en trOln'e
souvent qui sont restées par groupes de deux ou trois (fig. 13. 6).
323. Monnaies frappées. La technique du poin<,;onnage s'est
rapprochée de ceHe de la frappe proprement dite par l'emploi, au
líeu de poinQons marquant en creux, de coins gravés imprimant
dans le rnétal amolli par la ehaleur des lmages en relief comme un
cachet elans la cire (flg 13. 7, 8). Les coins 50nt imprimé s sur une
face ou sur les eleux.

LES SOURCES
:175
.324. Monnayages localisés. Les symboles marqués sur les
pleces eoulées et frappées 80nt varié s mais se retrouvent parfois
avec une fréquence partieuliere sur les monnaies trouvées dans une
meme région. Ils sont alors considérés comme caractéristiques du
monnayage de cette région ou de sa capítale. Le lion eorrespond a
TaksaQila, un arbre entouré d'un grillage a KauQall1bí une croix a
boules a Ujjayini. De plus, des légendes en bl'dhmi 'apparaissent
2 3
6 7
10
Fíg. 13. - Monnaies.
1 a 5. Monnaies Tlrimiti ves poinconnées.
6. Monnaies cOlllées. .
s
7. l\fonnaie frrtppée. Légende en brahml : nerrama.
8. Monnaie frappée de Taxila. "
5
9
9. Monna!e de inscri,ption a dhamapala.
iO. de KlInmda. Legende en brahml a l'avel's, en caracteres araméo-
mdlens an rpvel's.
H. Pbagunimita (Pha!gllnlmitl'a).
sur certaines monnaies inc1iquant l'autorité qui les a émise's tribu
ou confédération locale, roi ou guilde de marchands Une
frap,Pée de EI'an (Malaya oriental) porte le nom de Dhar-
mapala lllscrlt en caracteresbl'á/mzi analogues a ceux d'AQoka mais
et devant etre lus ele dl'oite a gaucl:e, le eoin n'ayant pas
ete grave a rebour!! (fig. 13. 9). Cette 1l10nnale marquait le passage
:1.76 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
du systeme a symboles irrégulierement au type monétaire
arreté, constitué par un de et de
légendes (RAPSON). Des légendes en ecnture araméo -mdlenne 011
khal'ostld remplacent souvent celles en bl'd.hml dan s le N
Certaines pie ces ont une légende nom de tr¡]m (gana)
comme celui des Yaudheya ou des Ar]unayana; on les appelle
souvent « pieces tribales)) étendant meme cette désignation a toutes
les pieces de la époque de, type. y compris
qui sont au nom.d:'111 qu on pUlsse
localiser leuI' orIgme. La deslgnatlOn plus genérale de « mon-
nayages localisés » est plus satisfaisante. .
325. Les monnayages localisés apparaissent aux IV
e
, lIle S. av.
J.-C., en gros vers la période Maurya pour etre ahondants surtout
a partir du n
e
s. et de la période C;unga. Un des plus anciens parait
etre celui d'Eran avec la monnaie a légende en bl'(l!l/ní renversée
qui ne peut guere etre postérieuI'e au lIle S" pourrait meme remon-
ter plus haüt (ALLAN) et, en tout cas, doit etre d'une période assez
voisine de celle d'AQoka (milieu clu me s.).
On peut les répartir en plusieurs groupes :
326. Nord-Ouest. Au Panjah, ils portent souvent des légendes
en araméo-indien en meme temps qu'en bl'dhmi, Ce sont ceux des
Audumbara et Kulfrta, des lUda, Kunilllla (dans la littérature
Kulinda), Rajanya, identifiés avec les Kathaioi ou Ksatriya ou un
groupe de ceux-ci, Trigarta et Yaudheya, de Taksagila (surtout des
j etons de guildes de marchands),
327. Inde centrale. Dans le Madhyadelia, au Nord, on a trouvé
un monnayage spécial a Almora dans le Kumaon. Au Sud-ouest on
a les monnaies des l\Hlava et des Cibi dont les noms répondraiellt,
d'apres la géographie sanskrite ancienne d'accord avec les histo-
riens d'Alexandre qui les nomment Malloi et Siboi, a des peuples
du Panjab et qui sont ou des peuples de memes noms habilant plus
au Sud, on des tribus qn' OIl peut ero ir e émigrées au Sud apres
l'époqne d'Alexandre, peut-etre au moment de la seconde invasion
grecque ou a celui de la constitution des royaumes inclo-scythes.
Dans la meme région de l'actueI Rajputana que les J\Hlava et les
Cibi, on a les monnaies de la capitale du Malava occidental on
Avanti, Ujjayiní et celles d'Eran. Mais le principal groupe de 1l10n-
nayages localisés est celui du Pañcala (capitale Ahicchatra) de Ka-
nyakubja, de Mathura et de Kaugambi. On trouve, en provenance
de ces quatre régions, des monnaies inscrites au nom de sOllverains
qn' on place d' apres l' écritnre de leurs 1l10Ímaies pour la plupart an
n
e
s. ay. J.-C. Un bon nombre de noms de souverains se terminent
par -mitra (ou -mita en prakrit), et plusieurs se retl'ouvent iden-
tiques en denx ou trois lieux, par exemple Agnimitra a Kau9ambi
et au Pañcala, Suryamitra au Pañcala, a Mathnrá et Kanyákubja,
Visnnmitra a Mathura et au Pañcala, Bralunamitra a Kanyaknbja et
Mathurá. Des princes difIérents penvent porter le meme nom et
parfois, d'aprcs les caracteres paléographiques des légendes, deux
monnaies ft'appées an meme nom cloivent appartenir it des époques
différentes, le meme nom corresponcl alors it deux rois distincts, tel
est le cas de Bahasatimita (en skI'. Brhasp1timÍtra (ALLAN). Mais ii
J.ES SOURCES
i77
,vraisemblable qu'nne ,partie au ll1nins des pIeces de ,.
dIsynctes portant nn meme 110m appartiennent a un s 1
qUl rég'nait a' l f' " l" eu prmce
. en ces reglOns e Istmctes mais attenantes et
orclonnaIt des elIl1SSlOns locales an líen d'nnifieI' les nlO
1 ..' nnayao'es
(ans toutes ses possesslOns. Plnsieurs des princes dn pays
12
14
16
12. Snphytes.
13. Dpllletrios.
Fig, 14. - MonnaifS.
14. Menandro3, A droite inscr. aram.-iud,
in, Apollodotos. Revel's iuser. a.ram.-ind.
16. Manes,
13
15
11
n. Kujulakaphsa. Revers inser. aram,-iud. et figul'ation d'[[érakles,
par les n;onnaies sont identifiables avec ceux de la dynastie
Cnnga des Purana JAYASWAL, RAYCHAUDHum).
conteste ces IdentIficatlOllS mais le Pañcala et les régiorÍs
VOlsmes du Madhyadega devaient etre effectivement sons la domi-
L·]NDE. tome 1.
12
178
L'IIISTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
nation des Cunga au temps OU se les en
D'Ayodhy<i on a des monnaies en -nutra parml d
mais les noms de ces princes qUl formalent sans doute une
particuliere, de Kogala,. ne se retrouvent pas sur les des
réD"ions voisines. Du Vldeha et du Magadha on ne possede pas de
mgnnaies contemporaines des precédentes.
328. Est et Sud. - A l'Est du Madhyadega on a des séries
tardives imitées du monnayage indo-scythe, a PUl't en Orisil. Au
Sud du Madhyadega on distingue, encore deux groupes, l'un de Tri-
pur! sur la N armada, l' autre des Aparilnta au Konkan septentrional.
329. MonnayagE1s indo-graos. Les monnayages grecs ont été
importés dans le Nord-ouest de rInde au moment de l' expédition
d'Alexandre et surtout pendant les grandes invasions grecques et
l'établissement des royaumes indo-grecs. De la breve période
d'Alexandre on ne possMe que quelques pieces pieces d'attribution
douteuse mais une monnaie d'un Sophytes qu'sm identifie avec le
Sopheites soumis a Alexandre (§ 384) imite un type athénien en
remplagant au rever s la chouette par un coq et a été frappé d'apres
des modeles séleucides peu apres l'expédition d'Alexandre.
En revanche les monnaies bactríennes indo-grecques sont nom-
breuses Beaucoup sont d'une grande valeur artistique. Elles ont
une grande importance historique cal' un bon nombre de dynastes
indo-grecs ne sont connus que par elles et la numismatique est une
des sources essentielles de l'histoire de la domination grecque dans
l'Inde. Les monnaies bactriennes portent seulement une légende
grecque mais, it partir de Démétrios qui fit les premieres conquetes
bactriennes dans l'Inde, apparaissent des monnaies portant au droit
une légende grecque et au revers la traduction pr<ikrite de la meme
lég'ende en écriture araméo-indienne. Ces légendes sont essentiel-
lement constituées par un nom de souverain au génitif accompagné
ou non d'un ou plusieurs titres. On a par exemple BA1:IAED1:
MErAAOY EYKPATIb.OY et Maharajasa Evukratidasa, « du grand
roi Eukratides ». Mais sur les monnales de Pantaléon et d'Agatho-
kles le caractere indien commun remplace 1'araméo-indien paree
que ces monnaies imitent SlUtOut des monnayages indiens. Un
certain nombre des pieces it double légende, grecqlle et indienne,
sont carrées it la mode de l'Inde. La frappe est imitée des modeles
helléniques mais des motifs et attributs indiens et des figures d' élé-
phants paraissent souyent. De plus les poids des monnaies suivent
l'étalon attique jusc¡u'it Hélioklcs qui commence a le remplacer par
l'étalon perse nsité antérieurement dan s l'Inde.
330. Monnayages saka et pahlava. Les plus anciennes mon-
naies salea ont été trouvées au Panjilb et sont celles, rondes ou
carrées, de Maues c¡ui le premier dans l'Inde s'intitule « roi des
rois )) (BA1:IAED1: BA1:IAED.N MEr AAOY MAYOY, et au revers,
en écriture araméo-indienne rajadirajasa mahatasa JV[oasa). La
plupart des monnaies des autres princes porten! des lors ce titre.
Les types monétaires sont imités des prédécesseurs Grecs ou de
l'Inde et, pouI' les souverains pahlava, des Parthes arsacides. Les
princes salea sont plutOt représentés en pied ou a cheval, les
princes parthes, tels Gondophares, en effigie. Les monnaies de
LES SOURCES
179
Sanabaressont tout a fait arsacides et ne t· -
1
'1 d A 11 se Iouvent pas 1
n e meme, e es sont confinées "U d aAn D fi . ( ans
, • a u ""< • es Igures de d ..
tes gI'ecques ou mdiennes oecllpent en général le revers L ¡::mI-
ne sont pas tontes f¡'8!JpeeS par des rois un ce t . . J es pleces
. , 1 ' l' aln nom )re apI .
tlennent a eurs satrapes ou « strateg'es ¡ L " Jal-
). es prmclpaux satrapes
18
20
21
22
Fig. 15. - Monnaies.
18. Vimakadphises. Au recto Hérakli;s
19, :'im.akadphises. Qiva avec le Nandin.
20. I\al1lska. Au revers le Buddha (BOililO).
21. Andhrabhrtya. Gotamlputa Vilivayakura.
22. - Puluillayi Vasithlputa
23. GondoplllU'es. .
19
23
sont de M.athura et notamment Riljuvula (§ 433) dont le nom
est ecrlt par.fols en caracteres brilhml alor8 que la plupart des
autres monnales ont une légende araméo-inclienne et une léo'ende
grecque. cette de,rniere, le 1: prend souvent, au lieut:> de la
forme ceHe el un e ou la forme carree e fréquente sur
les monnales arsacides.
180 L'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SITWLE)
331. On a rattaché quelquefois aux monnayages saka des pie ces
de cuivre trouvées en Kasgarie qui portent une légende en kharos-
tri et des caracteres chinois indiquant le poids ou la valeur des
pieces. Du moins appartiennent-elles, sernble t-il, 11 des
iraniens orientaux apparentés aux Qaka.
332. Monnayages kusana. Une partie des rnonnaies kusana
continue ceHes des Qaka que les Kusana ont remplacé. Certaines,
anonymes rnais portant un titre, Bcxoúd.; BCXO'tAtlUV Msycx"
semblent érnaner plutót que d'un « roi inconnu », d'un vice-roi ou
d'une suite de « strateges » continuée depuis les c;aka jusque sous
les Kusana (§ 439). Les monnaies royales sont surtout d'or ou ele
cuivre. L'argent a l'époque se raréfie. D'autre part, l'étalon or
romain se vulgarise par le cornmerce jusque dans l'Inele. Selon
Pline, l'Inele enléve annueHement, ele son temps, 50.000.000 de
sesterces a l'Empire rornain (VI, 101). Aussi trouve-t-on ele grandes
rnonnaies el'or correspondant au double statere (Virnakadphises), .
le statere, aureus, ou denal'illS (dtnara), plus commun, pesant
8 gr. 035.. Les souverains sont souvent représentés en pied avec
ele longs manteaux sévasant en bas et de grosses bottes. Les légen-
des sont en grec ou en iranien en caractel'es grecs avec addi1ion.
el'un p modifié par prolongation de la verticale ver s le haut pour
noter le son s. La légende iranienne typique est : saonano sao ...
nom du roi. .. koscmo¡ « Un tel, roi des rois eles Kusa ». Il existe
souvent aussi une légende supplémentaire en écriture araméo-
inelienne ou indienne cornmune. Les elivinités figurées sont ernprun-
tées 11 tous les panthéons connus des Kusana, indien, grec el iranien
(§ 443).
Certaines pieces plus tardives, trouvées surtout en Bactriane,
présentent des caractéristiques sassanides, soit qu'elles provien-
nent de princes sassanides ayant conquis des territoires kusana, soit
que le monnayage kusana tarelif ait subi l'influence ele celui de la
grande monarchiepersane voisine.
333. Monnayages des Ksatrapa d'Ujjayini. Les pieces des
satrapes d'Ujjayini sont imitées de pie ces grecques. Elles sont
généralernent rondes, de petit module, correspondant a l'hérni-
clrachme. Elles portent l' effigie du so uvera in au droit et des sym-
bojes au revers, surtout le symbole proprement indicn dit du caitya
et formé de dcmi-eercles ernpilés en pyramides. Les légendes sont
d'abord en prákrit, écrit en indien cOlllIÍlUn et parfois en araméo-
indien', jusqu'iJ. Castana apres lequell'aramtlo-inclien disparaít. Tres
vite, suetout ¡t partir ele Rudradaman, le prákrit y est ele plus en
plus sanskeitisé et meme éventnelIement remplacé par clu pUl' sans-
keit sur certaines monnaies clu fils de Ruclradarnan, Damaysacla. A
partir de Jivaclaman leurs monnaies portent surtont eles elates.
334. Monnayages des Andhra. Les pieces des Andhra se
rapprochent de celles de l'époque des Qunga (monnayages loealisés
anciens) en tant que pieees propeement indiennes mais en different
par la facture. Elles sont de billon ou de plomb, portant comrne
syrnboles habituels un are avec une fleche, un caitya, un arbre, un
svastika, le symbole dit cl'Ujjayini (fig. 1.5,22). Certaines portent
un navire 11 cleux milts. Leurs légendes sont en écriture andhra
LES SOURCES 181.
{fig.1.5, 21.). Leurs lieux de trouvaiUe sont eompris en gros entre le
Malava au N ord, le Konkan et Madras au Sud.
Monnayages duo Sud. ,Outre les monn.aies pri-
mltIves et les sphérules d 01' pomQonnees on a recueIlli dans
et 11 Ceylan monnaies qu'on rapporte aux Pan-
.dlyar anClens. Elles sont aneplgraphes et portent des symboles que
24 25
e,
26 27
28 29
Fig. i6. - Monnaies.
24. Nahapana.
25. Samudragupta.
26. Candragupta 1
er
et Kumaradevi.
27. Candragupta n, type a l'archer.
28. Cand!agupta JI, type au cavalier.
29. Kumal'agupta i er, type au tueur de !ion.
avons raren1ent le moyen d'interpréter. La science héraldique
reste 11 créer. sont généralernent carrées comrne les
mor;nales du Nord avant l'mfluenee étrangere et frappées d'un seul
cote ou des La facture d'une partie d'entre elles l'appelle
celle des monnales Andhra. semble pas s'etre développé
local Irnportant mspP'é des types de pie ces étran-
geres lmportees. CeHes-ci, tres abondantes, ont été employées
182 L'nrSTOIRE (DES ORIGINES AU VII- SIECLE)
directement ou parfois exactement copiées. Ce sont des monnaies
romaines dont a retrouvé des quantités considérables, deux ou
trois milliers au moins, semble-t-il; pour la plupart d'Auguste et
de Tibere. C'est done vers l'Inde du Sud principalement que se
faisait l'exportation, attestée par Pline, d'une grande quantité d'ar-
gent romain au lel" s. ap. J.-C. L'apport se faisait par mer et tandis
que le monnayage romain venu par cette voie ne pouvait atteinelre
le Centre et le N orel que par les ports ele rOuest comme Bary-
gaza, il était elirectement mis en usage elans les Iiombreux ports elu
Suel et leur arriere-pays. Il s'agit de monnaies d'or et de billon.
L'une el'elles parait etre de Théodose (fin du IV
e
s). Au Vl
e
s. d'ail-
leurs, .le témo.ignage. de Cosmas implique que la
monnale romame etalt. ene ore acceptee dans l'Inele et a Ceylan. Il
a. ce sUJet que l'aeloption par l' lnele des monnayages
etrangers s exphque tout naturellement par le fait que l'Inele,
e.xp?rtant .plus de proeluits ve1's l'Oc.cident qu'elle n'en
tlralt ele IUl, recevaJt en palement les monnales occidentales et
n'expol'tait guere les siennes propres qu'elle a'Vait meme inléret,
afin ele faciliter les transactions, a frapper d'apres les étalons
importés en abondance. _
336. Monnayages gupta. Les plus brillantes suites moné-
taires indigenes de l'lnde sont ceHes des Gupta. Les premiers
types héritent de ceux des Kusana. Le roi est 1'eprésenté en pied
dans un costume a. deux pans rappelant un peu celui eles Kusana
mais plus court. Jusqu'a Skandagupta, l'étalon romain du denarius
est pour 1'0r, mais sous Skandagupta il est remplacé par
celUl du Sll(Jal'na (9 gr., 2 donc un peu inférieur au poids moyen du
Sll(Jal'na selon Manu) peut-etre eléja réintroduit depuis quelque
temps. Dans une meme inscription, probablement de Kumara-
gupta lel', antérieur a Skandag'upta, les termes de dínál'a et de
sont employés l'un et l'autre. Mais il existe de grandes
Val'latlOns.
Les monnaies d'argent sont imitées de celles des Ksatrapa
d'Ujjayinl correspondant a I'hémidrachme mais avec au revers un
paon au lieu d'un caitya.
Le monnayage de cnivre est rare, celui des Kusana, tres abon-
dant au contraire, restait largement en usage et rendait inutiles des
frappes en grandes quantités. Les spécirnens existants montrent
une assez grande originalité. Ils portent généralement une repré-
sentation de Garuda.
Les principaux types de monnaies d'or sont les suivants. Un
premier type représente Candragupta l
e1'
et Kumaradeví en pied
avec mention de la "ieille famille des Licchavi. D'autres types sont
distingués selon les attributs que le roi porte, l'attitude qui lui est
donnée ou les représentations qui l' accompagnent; type a l' éten-
dard, a l'arc, a la hache, au tigre, a la riná, au parasol, au cavalier,
au tueur de tigre. Un type spécial comrnémore un sacrifice du che-
val fait par Samudragupta et a été frappé probablement pour la
distribution de la daksina aux brahmanes. Au revers Lakami est
fréquemment repl'ésentée assise sur un lotus (kal71a[anilayaná) cal'
cette Laksmi, la Fortune. demeure éternellement chez le vainqueur-
par excéllence, Visnu (inscr. de Skandagupta a Junagal'). 01' Visnu
LES SOURCES 183
est le plus granel des Aditya et les Gupta par leurs surnoms sont
des Aditya.
Les légendes sont en sanskrit, en caracteres gupta. Elles sont
souvent tres longues, versifiées (111etre ¡¡pagití) et écrites en
abrégé, les signes vocalisants sont en partie omiso Un bon nombre
peuvent etre restituées, par exemple: samal'al}atarítataríjayo jíta-
l'íplll' ajito clíra111 jayafÍ c( vainqueur dans plus de cent cornbats, ses
ennemis vaincus, invaincu (lui-meme), il vainc le ciel». Le titre
royal habituel est mahál'djádhíl'ája « empereur », littéralement
« grand roi supreme des rois )).
Les monnayages gupta ont considérablement infIuencé ceux des
souverains contemporains ou satellites. tels ceux des rois de Vala-
bhi, des Maukhari du Magadha ou de Caganka du Bengale.
337. Monnayages hunniques. - Les Huns hephthalites ont
un monnayage rare !ion original. Il est copié sur les pieces sassa-
nides contemporaines, parfois meme refrappé sur les pieces sassa-
nides memes. Les effigies des princes huns sont grossieres. Les
légendes sont en pehlevi ou en alphabet grec tres altéré appelé
quelqllefois « Sindo-hephthalite (SPECHT) ». Cet alphabet a été
déchiffré récemment par GHIRSH;\IAN. La langue qu'il recouvre est
iranienne.
338. Monnayages des royaumes du Moyen-Age. Il s'en
faut de beaucoup que nous connaissions le numéraire de chacun des
royaumes importants du Moyen-Age indien, ou que nous sachions a
quel pouvoir attribuer toutes les monnaies recueillies. Souvent
d'ailleurs les memes types restent employés tres longtemps sous
des dynasties successives. C'est le cas par exemple au Kac;mlr OU
un type indo-scythe a été reproduit j usqu'a l'invasion musulmane.
339 Kagmir. -- Au Kagmir a partir de la dynastie des Varman
(IX
e
S ap. J.-C.) il Y a concordance entee les données de la numis-
matique et ceHes de la Rájatál'angíni pour la succession des rois.
On a notamment des rnonnaies tres barbares de la reine Diddil..
Une monnaie de Harsa du Kac;mir au Xl
e
XII" S. est imitée d'une
monnaie du Sud (§ 344).
"40. Udabhánda (Uncl ou Ohind). Le district d'Udabhanda a
livré nombre de monnaies d'argent et de cuivre de Samantadeva,
Spalapati et d'autres souverains de la dynastie dite des k ahí de
IUbul clétruite en i022 par Malu71ud de Ghazni a Udabhilnda OU
eHe s' était réfugiée apres avoir perdu Kábul des 872. Le roi
Samanta et d'autres sont aussi connus par al-Blrunl.
341. Nepal. Les plus anciennes monnaies du Nepal sont en
cuivre, imitées de ceHe des Yaudheya qui dérivent eHes-memes de
celles des Kusana. RIles sont frappées a la c( marque de Cri Mana)),
(fin du IV· et début du ve S. ap. J.-C.) et cette légende
en anka rappeIle certaines légendes gupta (S. LEVI). On a aussi
des monnaies d'Amc;uvarman (7
6
s.). Les plus nombreuses portent
le nom de PaQupati.
342. Monnayages de l'Inde centrale et des Gurjara. Les
attribuées aux PaJa du lVIagadha sont malheureusement
mcertames. De meme a KanyaJmbja celles qui sont rapportées a
184
L'HISTOIRE (DES ORIGINES ÁU Vn
e
SIECLE)
Harsa, mais des monnaies d'argent de fa meme ville, portant la
mention ,(rimad ddipardha « Sa gloire le sanglier primordial II (ava-
tdra de Visnu), appartienncnt a Bhojadeva (fin du IXe s.) et on
poss.ed,e des des T?mara e,t qni ont
domme KanyakubJR. A Delhl et AJmll' les Cahnrnana ont laissé un
30
31
32 33
34 36
l<'ig. n. - Mannales.
30. Huns - Mihirakula.
31. NepA! - AmQuvarman.
32. Udabhanda, Und (Samantadeva).
33. Calukya orientaux - Rajaraja.
34. Padmalanka (( monnaie au lotus ll).
35. pandya.
36. Ceylan - ParakTamabahu.
monnayage qui lcur a survécu quelque temps sous les sultans de
Delhi. An Sud du Madhyade<;a les Kalacuri et les Candella ont
laissé eux aussi des monnaies notables.
Beaucoup des monnaies rnédiévales du Nord de l'Inde pOl'tent
des légendes en gros caracteres occupant toute une face. , .
LES SOURCES
:1.85
343. Monnayages médiévaux du Sud. Une partie des rnon-
nayages médiévaux du Sud est imité e des l1lonnayages du Nord
cornme le pl'ouvent les lllscriptiollS c¡ui sont tres sonvent en écri-
ture de rInde centrale. Mais d'antres sont ele lypes spéciaux au
Sud, notamment des monnaies d'or rondes et en forme de cnpnles.
Ces pieces sont généralement anépigraphes, c¡nelques-unes pré-
sentent tontefois une légende en nagar\. Les plus anciennes ne
sont pas frappées mais marquées par une série de poin<;ons sépa-
rés. Au centre peut clre figll1'é un lotus stylisé et on les nomme
alors padmatanka ou un sanglier (('arcilla) représentant le sanglier
aratdra de Visl1u et caractéristic¡ue des C:Hukya. On les appeHe en
ce cas ('al'cilla (tamoul pa¡'cigam) mot qui a fini par s'applic¡uer il.
toute monnaie d'or pesant de 3 gl'. 25, a 3 gr. 90 environ. Les
monnaies de ce poids sont connues depnis les Portngais sous le
nom de pagoda, en fran<;ais pagodes.· La pagode et, parfois, la
demi-pagode sont dites aussi en tamoul poN « 01' » et en kannal'a
honnll, qui a passé sous la forme hun en hind1. Le poids de la
pagode ne correspond pas a celui des suvarna de Manu ni il. ceux
des systemes grec et romain. Mais au pays tamoull'unité de poids
la plus fréquente pour 1'01' est le mafíjádi, graine d'Adenanthel'a
pavonina Lin. qni vaut 2 kuNRimani ou gl'aines d'Abrus Precato-
rius Lin. c'est-a-dire 2 krsnala dI' Manu; le systeme, dilIérent en
apparence de celui de Manu, s'y ram ene donc en réalité. C'est par
l'emploi de ll1ultiples aun'es que ceux de Manu que les systemes du
Sud se distingnent, la pagode valant 32 kllNRimani alors que le
suvarna de i'danu vaut 80 kl'snala.
En dehors de la págode le panam, mot fran<;isé en fanon, a été
usité dans le Sud comme petite monnaie d'oe ou plus rarement
d'argent avec des valeurs diverses (sollvent :1./10 de la pagode).
Pour l'argent il a été remplacé au Travancore par le cak/'am. Les
inscriptions tamoules emploient aussi pour désigner les monnaies
d'oe le terme de kd911 c¡ui, a l'époc¡ue moderno, est devenu le nom
de la mel1Ue monnaiE; de cuivre (mot anglieisé en cash, francisé en
cache).
344 Les peincipales monnaies médiévales du Sud qui nous sont
eonservées sont celles des trois royaumes tamouls des Pandya,
Kerala et Coja et celles des Pallava et Galukya. CeHes des Pandya
portent notamment des figures de emhlemes assez carac-
téristiques mais usités quelquefois aussi par les Cola. Une monnaie
du Kongude<;a, Maisur occidental relevant des Kerala, est la mon-
naie du Sud qui a été imitée par Harsa du Ka<;mir 339). Impor-
tantes sont ceHes des Cola parrni lesquelles celles de Rajaraja (985-
1035) ont servi de modeles il. celles de Padkramabilhu de Ceylan
au xli" s. La gl'ande extension du pouvoir Cola les a. bien entcndu,
disséminées dan s la plus grande partie du Sud ele l'Inde. Les
pieces deR Pallava et eles Calukya sont parmi les plus anciennes.
Le lion est l'embleme. des PalIava qui ont des pieces avec la figure
d'un navire symbolisant bien leur pnissance mal'Ítime. Les
légencles des monnaies pallava sont en vieux kaunal'a Oll en sans-
hit.
partir du XIV" s. on possede un monnayage abondant du
royaume de Vijayanagar.
186 L'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
345. Monnayages musulmans.' Les Musulmans, comrne les
autres étrangers établis dans l'Inde ava.nt eux, ont battu monnaie
pal'tout ou ils se sont installés. Leurs suites monétaires SOllt nom-
breuses, riches et souvent tres belles, notamment ceUes des dynas-
ties de Delhi, des empereurs rnongols, des sultanats du Beno'ale,
du Malava, du Kagmlr, de Madurei. Une partie de ces
appartient d'ailleurs it l'époque rnoderne.
En raison de la prohibition religieuse des figures, surtout des
figures hurnaines, les souverains n'y sont pas représentés. Les
légendes, en caracteres arabes et éventuellernent en naO'arl, rem-
plissent généralernent les deux faces et sont ou rem-
placées par des motifs floraux et géométriques. •
2. L'UISTOIRE POLITIQUE.
346 Généralités. L'Inde est souvent considérée comrne un
monde a part, derneuré it l'écart du cours général des civilisations.
Ce. caractere tiendrait a ce qu'elle est une péninsule que la plus
pUlssante chalne rnontagneuse du globe sépare du continent auquel
elle est appendue. Cependant nulle contrée n'a été parcourue ou
occupée par plus d'étrangers, nulle part ailleurs il n'a existé, avant
l'Islarn et l'expansion européenne, une civilisation plus largement
Son histoire précisément caractérisée par le fait qu'en
dépIt de sa géographle elle n'a pas été isolée par la montaO'ne et
l'océan. Elle a été envahie successivement par les Aryens sans
parler de peuples plus anriens - par des Perses, des GI'ecs, des
Saka, des Kus&na, des .Huns, des Arabes, des Turca, des Mongols,
des .EuI'opéens. L',Asie centrale, la Chine (etpar celle-ci le .Tapon),
le Tlbet let par 1m la Mongolie), l'Indochine, l'Indonésie lui ont
emprunté des religions, des philosophies, des sciences, des rnaitÍes
des techniques. Elle a accueilli des communautés et
Jmves, elle a connu de bonne heure le christianisme, l'Islám a
fleuri chez elle pendant des siecles Si elle a conservé et fait rayon-
ner malgl'é tout une ci vilisation originale, elle le doit non pas a
son isolernent mais it sa vilalité. Si elle a gardé son génie pl'opre,
ce n'est pas faute d'avoir été soumise it des influences contraires
mais pour leur avoir résisté. '
L:isolement du monde indien est donc un mythe,
malS son lsolernent relatIf par rapport au monde européen a été
longtemps l'éel L'expédition d'Alexandre et la domination séleu-
cide en Asie occidentale n'ont pas établi de contacts durables entre
et l'Inel,e. L'Iran et le mOllde arahe préisla-
mlC{Ue d aborel, 1 IsI&m ensUlle et surtout, ont élevé entre elles une
bal'l'iel'e qui laissait filtrer a peine quelques influences vers l'Inde
et quelques produits comrnerciaux vers l'Europe. C'est ce qui a fait
long'temps considérer par les historiens occidentaux l'Inde comme
étrangere a l'histoire générale .
. C'est la un jugement porté d'un point de vue restreint, particu-
her aux seuls Occidentaux. S'il était accepté, ¡'Inde pourrait sem-
considérer, de son point de vue propre, l'histoire de
1 Europe cornme spéciale et accessoire. En réalité l'histoire n'est
jamais générale quand elle est centrée sur le pays' ele ¡'historien.
L'mSTOInE POLITIQUE
187
Elle ne saurait qu'en tenant compte de tous les groupes de
faits réels, rneme s'Hs sont séparés, et en mesurant it une meme
échelle leurs importances respectives. 01' le groupe des faits
indiens est, dans l'ensemble des faits humains, un de ceux qui
embrassent l' espace de temps le plus grand et l'aire géogl'aphique
la plus vaste. L'histoire de l'Inde propre et ceUe de rInde ci vilisa-
trice sont bien une partie, et une partie considérable, de l'histoire
générale. Par la difl'usion de ses religions et de ses sciences a tra-
vers l'Asie et l'Indonésie, l'Inde a eu un r6le historique pareil a
ceux de l'hellénisme, de la Chrétienté et de l'Islam.
a) La cipilisalion de Mollan-io-Daro.
348. Des diverses couches de civilisations préhistoriques et
proto-historiques de l'Inde, seule la couche des ruines de la vallée
de !'lo d.us a Mohan-J o-Daro et Harappa, a livré assez de vestiges
pOUl' qu'il soit possible d'en inférer quelques données historiques.
Les antiquités probablernent plus anciennes d' Amri nous prouvent
seulernent pour le moment que la civilisation de Mohan-jo-Daro
s'était établie apres une autl'e d'importance notable.
349. Ruines urbaines. La civilisation de Mohan-jo-Daro et
de Harappa est souvent appelée ee civilisation de l'Indus », assez
im pro premcnt puisque les autres civilisations de la rneme région
auraient droit a la meme dénomination. Elle s'étendait sur un vaste
territoire, lvlohan-jo-Daro et Harappa étant dislantes de 700 kilo-
metres. Son époque est fixée par la présence ele quelques-uns de
ses sceaux en Mésopotamie, dan s des couches de 2500 environ·
ay. J.-C. Elle est caractérisée par la variété et la perfection de ses
indllRtries et surtout par de grancls travaux d'urbanisme. Le tracé
régulier des voies publiques, la conslruction de tout un systeme
d' égoút sllpposent des plans qui n'étaient applicables que par une
autori I é officielle supposan! elle-meme une organisation sociale
élevée. 1I ne semble qu'une monarchie ou une théocratie com-
parables a ceUes de l'Egypte ou de la Mésopotamie a la meme
époq ue aient existé. Du moins aUCUll reste de palais ou de temple
n'a été découvert, bien que les fouilles aient été profondes et
étendues. Les seuls grands édifices exhumés, un bain et un marché,
sonl des monuments d'utilité publique banale. II se peut touterois
que des ruines de palais et de temples soient encore cachées ail-
leurs ou aux environs, notarnment sous les fondations actuelles
d'un édifice bouddhique qui couvre une partie des ruines.
Art et religion. L'art, qui avait un développernent
remar'iuable, a livré des l'cprésentations permettant de faire des
conjectllres sur la religion régnante. Un buste d'hornme vetu d'une
robe ornée de Illotifs tt'ifoliés a été considéré, assez gratuitelllent
d'ailleurs, comme une illlage divine. Des figurines représentant des
feDlmes sont souvent interprétées comme attestant le culte d'une
(( Grande Déesse-mere», culte qui, de fait, a été tres répandu en
Asie occidentale et se retrollve dans celui de la 9akti adorée dans
l'Inde classique. Le lien entre cette déesse et les statuettes de
femrnes de Mohan-jo-Daro est toutefois hypothétique.
Les sceaux inscrits qui représentent souvent un animal sauvage
188
L'mSTOIRE (O&S ORIGINES AU VU· SIECLE)
deyant lequel est placée une sorte de mange.oil'e peuyent avoir une
\Taleur religieuse. Il en est de meme, et plus probablement encore,
das sceaux ornés de motifs végétaux, animaliers ou géométriques
quí présentent eles figuratíons el'etres fantastiques. Un sceau rcpré-
sente un personnage assis it l'indienne sur un tabouret large et bas.
Ce personnao'e, a trois visages, cst coiffé d'une coiffure a deux
cornes et el'animaux, un éléphant, un tigre, un rhino-
·céros, un buffle et deux antilopes a longucs cornes. J. MAR-
SHALL a youlu yoil' dans ccUe image une repl'ésentation el'un
pl'ototype de Qiva de l'époque classique et meme de Qiva dans la
forme de PaQupati, le « Seigneur des betes ». Cette conjecture est
fortifiée par le fait qu'on trouve aussi it Mohan-jo-Daro des pierres
polies allongées et coniques qu' on croit etl'e eles l'eprésentations
phalliques, des linga, eomme ceux du Qíyalsme c1assique. La sup-
position qu'il existait it Mohan-jo-Daro une religion qui aurait
.donné plus tarel naissance a ceHe de Qiya est el'ailleurs a priori
vraisemblable. Qiva et sa Qakti n'apparaissent pas dans le Veda,
élaboré par les envahísseurs aryens, maís bíen dans des textes plus
récents, it une époque ou des religi(lns nouvelIes s'étaient eonsti-
tuées par fusion de cultes índigimes avec des croyanees védiques
et brahmaniques. Qiva a elone toutes chances el'ayoir été un elieu
autochtone aneien. Il reste toutefois imprudent d'interpl'éter,
on a quelr¡uefois tenelance a le faire, tous les elétails
des repl'ésentations de Mohan-Jo Daro comme eles traits pré-
curseurs des religions indiennes c1assiques ou modernes. On a été
jusqu'a voir dans la fagon dont se trouve assis le « proto-Qiva »
l'indice qu'il se li vrait a la discipline mystique indienne du Yoga,
mais la po sitio n en question, quoiqu 'usitée dans le Yoga, n' est
pas caraetéristique de cette discipline; c'est une position assise
'tout a fait banale elans l'lnde. On ne peut valablement fonder sur
des indices de ce genre une théorie historique qui ferait remonter
jusqu'a l'époque de la civilisation ele Mohan-jo-Dal'o l'origine du
Yoga. Pal' ailleurs, certaines représentations évoquent la Mésopo-
tamie plutol que ¡'Inde; c'est le cas, entre autres, de ceHe d'un
héros combattant deux tigres qui rappelle le Gilgames sumérien.
351. La présence de sceaux ele l'Indus en Mésopotamie et ceHe de
pl'oeluits étrangers á Mohan-jo-Daro prouvent l'existence d'un com-
merce qui pouvait se faire par voie de terre et aussi par voie de
a trouvé des représentations de hateaux.
:'Aífinités avec d'autres civilisations. Si la civilisatÍon
de Mohan-jo-Daro a été tout a la fois tres avancée, commergante
et adoratrice d'un Pl'oto-(:íva et de sa 9akti, on est tenté de la rap-
procher de la civilisation dravidienne de l'époque historique. Des
deux prineipaux groupes de populations pré-aryenne, les Muncla et
les Dravidiens seuls, en effet, les Dravidiens ont euune ciyilistion
brillar,te et ont eommereé au loin. De plus, le Qivai'sme est particulie-
rement en honneur ehez eux. Enfin leur domaine a du s' étendre it
nnde entiere avant l'invasion aryenne qui les a cantonnés au Sud}
-cal' le brilhUí, idiome dravidien, est eneore parlé au Balucistan
(§ 127). Pour ces raisons et d'autres secondaires, on incline souvent
,3 considérer comme dravidienne la ciYilisation de Mohan-jo-Daro.
L'nrSTOIRE POLITIQUE
189'
Hérodote padant de populations pi'éhelléniques rattachables au
groupe des Phéniciens (lui passent pou!' etre venus du Golfe Pel'si-,
que, cite des noms éyoquant les Dravidiens et plus spéeialement les
Tamouls (Tpep.O,at, roi I1avOt(üv, tamo PancliyaN). De ce fait on a pu
inférer eurieusement que la ciyilisation phénicienne relevait origi-
nellement de ce He des Dl'avidiens, propagée en Méeliterranée orien--
tale par le peuple commerQant de Mohan-jo-Daro (AUTRAN). On R
meme voulu lire en tamoul classique les inscriptions de Mohan-jo-
Daro (HERAS) mais le déchiffl'ell1ent est tout a fait arhitraire.
353. Le rapprochement des signes d'écriture eles sceaux avec
ceux des « bois parlants )) de l'lle de Paques (HEYESY) pousserait Ix
chereher vers le Pacifique les afflnités de la culture de Mohan-jo-
Daro, mais les similitudes relevé es paraissent s'expliquer par un
parallélisme de constitution des formes plutot que par un rapport
ele parenté. L'espace immense quisépare l'lnelus ele I"He de Paques
et surtout l'inten'alle de temps énOI'me qui existe entre les sceaux:
de Mohan-jo-Daro et les ( bois parlants » qui sont moclernes,
renelent en effet pareil rapport peu probable.
354. Plus vraisemblable est la tentative de lecture de HROZNY
qui part du déchiffl'ement de l'unique sceau indien it écriture cunéi-·
forme trouvé á Ur (§ 197). L'inseription cunéiforme se traduirait
« chef du pays Kusi l). Le norn de Kusi, conesponclanl a un peuple
indo·eul'opéen dont le berceau serait entre la Caspienne, le Pam!r
et l' Altai' et qui était connu jusqu'en Egypte, se retrouverait
comme nom ele pays sur les seeaux de Mohan-jo-Daro. L'écriture
de ces sceaux serait apparentée a l'écriture hit tite hiéroglyphique.
La population de Mohan-jo-Daro serait de meme race que les
« Hittites hiéroglyphiques )) J !Cusites eux-aussi. A la vérité les·
signes de l\'Iohan-jo-Daro different assez eonsidérablement des
hiérog'lyphes hittill>S. Les Kusites de l'Indus se seraient done
séparés des « Hittites hiéroglyphiques » a une date antérieure it la
formalion complete du systinne graphique de ces derniers. La
population ele Mohan-jo-Daro aurait compl'is aussi un mélange ele
peuples divers de l' Asie oceidentale ancienne, comme le prouve-
raient eertains noms propres que HROZNY pense retrouvel' sur les
sceaux La langue <,lurait été illdo-européenne eomme le hittite hié-
rog'lyphique. Les Aryens qui ont appol'té le sanskrit n'auraient
done formé qll'une seconde vague cl'invasion indo-européenne dans
l'Inde.
355. Fin de Mohan-jo-Daro. Il est difficile de décider si
celte seconde invasion a détruit la civilisation de Mohan-jo-Daro
ou si celle-ci avait péri avant l'arl'ivée des A. ryens sous les coups
el'alltres comme ceux du Balucistan La d.écou-
verte it .Mohan-Jo Daro de squelettes dans des posItl?ns. qUl font
croire a une mort violente a été interprétée comme slgmfiant que'
la ville avait été ruinée par une invasion. Il est possible
qu'il n'y ait la que les témoins d'un drame local et que les v!lles de
Mohan-jo-Daro et de Harappa aient été par sUlte d'un
changement de climat qui paralt avoir eu lieu. Le Smdh, en effet, a
eu tenclanee a s assécher, si l'on en juge par la faune des sceaux
qui n'est plus que partiellement représentée dans le pays actuel
190 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
devenu trop sec pour elle. Des inondati?ns brusques"cependant,
peuvent avoir causé l'abandon de Mohan-Jo-Daro. Les Aryens t o u ~
tefois ont pu trouver des villes encore debout a: leur entré e dans
l'Inde si le nom de pUl' signifie bien '( ville » dan s le Veda (Indra et
Agni y sont dits puramdal'a, « forceurs de villes »). Seulement ces
viUes peuvent avoil' apparlenu it une civilisation qui aurait sup-
planté celle de Mohan-jo-Daro, par exemple it celle de Jhukar et
Chanhu-Daro dont les vestiges sont dan s des couches de terrain
plus récentes. L'absence d' écrÍture dans cette derniere civilisation
pourrait la faire juger plus barbare quoiqu'elle soit éc{uivalente
dans ses réalisations techniques. 11 est d'ailleul's l:iossible que
Jhukar et Chanhu-Daro aient cté désertées par suite de catastrophes
provoquées par de-; crues de l'Indus et, en ce cas, les envahisscurs
aryens n'auraient pas eu 11. s'y attaquer. Faute de données signifi-
catives l'histoire positive ne peut guere retenir pour le moment 11.
propos de ces villes que le fait meme de leur existence 11. date tres
ancienne.
b) L' Inde rédiq /le et b I'ahmaniq /le.
356. L'invasion áryenne. Les envahisseurs 1l1'yens sont les
premiers peuples de l'Inde dont nous possédions une littérature ;
les textes védiques. Ce sont ces textes memes qui permettent de se
¡;:enelre compte qu'ils étaient des envahisseurs. L'orig'ine des
Aryens s 'infere de consielérations linguistiques. La parenté du
sanskrit védique avec les principales langues el'Europe ayant fuit
supposer l'existence dans la Préhistoire el'une langue indo-euro-
péenne commune, mere eles diverses langues indo-eul'opéennes
attestées (§ 67), on a aussi supposé que le peuple qui parlait eeUe
langue a formé la souche de ceux qui en parlent les dérivées.
Cependant, 11. en juger par l'anthropologie complexe des peuples de
langues indo-européennes, de nombreux groupes allogenes se 80nt
introduits parmi ces peuples en adoptant lems langues. En tout
cas, le sanskrit védique et le vieil iranien étant particulierement
pro ches et de nombreu8es concol'dances existant non seulelllent
entre leurs mots mais entre les idées qu'ils expriment, il est tont a
fuit probable que les anciens Il'aniens et les Ineliens vécliques se
sont détachés cl'un fronc indo-iranien COlllmun.
35
F
¡. Iraniens et Indiens étaient des Blanc8 qui avaient pour se
désigner honorablement un terme remontant a la pél'iode de COlll-
munauté et des 101'8 fixé au sens général de {( nob!e », aÍJ'ya en
apestique, al'ya en sanskrit (cf. § 757) d'ou le nom d'Aryens appli-
qué it ces peuples et, par extension abusive, 11. tous ceux de langues
indo-eul'opéennes (VViros de P. GILES). Leurs rappol'ts avec les
Kassites ou Kusites d'Asie occidentale (et, selon HnOZNY, de la val-
lée de l'Indus meme) l'estent indétel'minés quoiqu'ils soient attestés
par le fait que Kassites et Indiens ont en commun quelques noms
divins (§ 243). Il en est de meme de leurs rappol'ts avec les Mitan-
niens et plus génél'alement avec tous les peuples de langues i n d o ~
européennes. Mais la cOl'l'élation de noms divins du Mitanni avec
des nom8 divins de l'Inde (§ 243) est importante paree qu'elle est
fournie par un document de date connue (XIVo s. ay. J.-C.). A cette
date les dieux en question existaient, mais étaient-ils déjil
L'mSTOTRE POLITIQUE
19.1
192 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VIIe
védiques ? Si 'on admet qu'il s 'agit des lndo.-iraniens en
marche ver s l'Inde, ils ne sont pas encore lIldlens m sans dout e
védiqlles et l'invasion aryenne ¿ans est au
XIV. s. Si on croit que les lndo.aryens. alors dep arnvé.s
dans l'Inde ces dieux peuvent provemr de linde. On poul'raIt
aussi les pour les représentants, les UllS mitanniens, les
autres indiens, d'une religion indo-mitannienne préhistoric¡ue. Mais
la langue du Mit.anni n'était pas indo-européenne et les Mitanniens
ont probablement emprunté les en question comme ils ont
aussi emprunté ceux des Babylomens. .
D'un autre coté le calcul, tout hypothétique mais plausible, fait a
la suite de Max :Müller, de la durée d'élaboration des textes védiques
aboutit a placer la rédaction des hymnes vers 1500 ou 1200
av. J.-C. De plus et surtout, la date qui se déduit des données
puraniques pour le regne de Pariksit et la composition de l'Athar-
vaveda (1400 av. J .-C., ef. § 360 et 3(8) conduit a placer le
Rgreda avant 1500 et rend par conséquent plausible l'hypothefle
que les dieux du Mitanni représentent un écho de la mythologie
védique.
358. Établissement des Aryens dans l'Inde. La région
occupée par les Aryens védiques a été tout d'abord essentiellement
lirnitée a l'Inde proprement dite, l'lnde de l'Indus. Plus exacte-
ment c' était la région des « Sept Rivieres », sapla sindl¡arah, que
l' Avesta connalt sous le nom exactement correspondant en iranien
de Haplahindu, qui a été appelé plus tard Pañcanada, les « Cinc!
Rivieres » et, en persan depuis l'époque moderne, le Panjab.
359. Donnees historiques du Rgveda. Les quelques don-
nées historiques que contient le Rgreda relativement aux luttes des
Aryens avec les aborigenes (Dasa) et il ceHes des clans aryens
entre eux sont résumées §§ 754-755. La valeur réellement histo-
rique de ces données a été contestée; toutefois, chaque fois qu'on
ne peut démontrer qu'il s'agit de récits mythiques, il n'y a pas de
raison de croire qu'elles font aIlusion a des faits inventés it plaisir.
Le trait le plus frappant qui se dégage de leur examen est qu'en
dépit de l'autorité persistante de ce texte, elles ne se sont pas trans-
mises intégralement it la tradition de l'Inde dassique. De la sorte,
11 n'est pas possihle de remonter régulierernent des données abon-
elantes ele l'Epopée et des Pllrána it eeIles tres maigres du Rgveda
pour compléter OH interpréter ces dernieres. La plupart des noms
historiques du Rgveda ne reparaissent pas dans la litlérature ulté-
rieure. Les plus importants reparaissent, il est vrai, mais en géné-
ral pour désigner des personnages fort différents de leurs corres-
pondants védiques. Le nom de la tribu védique eles Bharata a fait
fortune pour entrer clans le nom indigene de l'lnde, Bharatavarsa,
« Contrée de Bharata » et, dans eeHe expression, Bharata est le
nom déjil mentÍonné dans le Rgrecla de l'ancetre éponyme de la
tribu. Mais le souyenir des guerres du roi Sudas des Bharata est
amoindri et défiguré dans les textes post-védiques. La « Guerre
des fils de Bharata » y est une autre guerre et, si la riyalité des
chapelains successifs de Sudas, Vi<;vamitra et Vasistha, s'y trouve
encore contée) e'est dans une affabulation différente oú Suelas est
L'mSTOIRE POLITIQUE
193
effacé. Ceci n'infirme pas les faits, auxquels il est fait allusion dan
le Rgyeda mais souligne leur antiquité par rapport aux récits uIté
rieurs ou ils sont altérés.
360, Do:nnées historiques des Samhita secondaires.
les allusions qui paraissent dans les Samhitá védiques
postérieures au Rgveda, le Yajlls et l'Atharra, la culture védique
gagnait ve1'S l'Est et le Sud-.est au du Les Kuru ou
Kauravya, résultant ele la fuslOn de (.Iyerses tl'lbus dont les Bha-
rata et "les Puru, ennernis au temps du Rgveda, formerent ayee les
Pañcftla, les Knrnpañc:Ua, sur le Gange et la Yimuna supérienrs,
dans le Doilh. Les Kuru, menlionnés, ainsi que leur roi Pariksit,
tout d'abord dans l'Atlwrraveda sont déjil légendaires dans la
Brhadáranyakopanisad plus récente. Dans le kIahábhárata, com-
posé aprcs la période '.'édique, e'esl (lar:s lem que nalt entre
les Kuru propremcnt dIts et leurs eOUSlIlS les Pandava, la grande
guerl'e des Bharata immédiatement apres .laquel.le se p.lace la nais-
sance de Pariksit. 01' cette guerre pourraIt aYOlr eu lIeu. se10n de.s
données puraniques \'ers 1.400 ay. J. C. (§ 368) ce qm placeraIt
Pariksit vers ce temps qui serait aussi de
lequel célebre Pariksiteomme un s?UVeralll vlvant. A partIr de
l'AthQr(!a les données historiques védlques sont donc repnses par
celles de I'Epopée et des :rurana a\'ec ¡me p.lus que
pour le temps trop lointalll du Rgpeda; les Jl1cheatl.ons eplques et
puraniques peuvent alors compléter dans une certame mesure les
allusions védiques.
361. Nous savons encore qu'au temps de l'AthaI'Pc¡¡oeda les
r,égions au Nord-ouest éc.happaient sans a la
nation aryenne et que 1 aryamsatlOn de lInde ne s etenchut pas
encore it la partie orientaledu bassin du Gange. En effet, un hymne
de l'lilharparecla (§ 55\:)), bannissant la fievre ehez des peuplcs
étrangers, l'envoie d'unepart chez ceux clu et c!c Bac-
triane (Bahlika), d'autre part chez les Magadha (Blhar merIdIOnal)
et les Anga (Bengale), " , .
n est probable que, des lors, la culture aryenne s stenllalt aux
pays des Ko<;ala et des Videha, placés entre celui des llcurupañeala
et celui des Magadha et des Anga'
r
En tout ca.s. vers iOO? ou
au temps du 9atapathabráhmana, I\o<;ala et Vldeha sont
cal' Mathava le Videgha, ancetre éponyme des seconds, a;'alt apporte
le feu sacré jusqu'a la Sadanlrá, limite de la contrée qu'!ls occupent
et le brahmanisme avait completement pénétré eeUe contrée.
J anaka est un des rois les plus célehres du Vicleha et son nom
repara!t plus tard dans le Rámáyana OU il est le pere de Sita S 'il
s'aait du meme prinee les faits historiques autour dcsquels les
du Rámáyana )pourraient ayoir été g!,eftées se plaeeraient
en gros vers 1000 ay. J.-C. ou meme un certalll
Nous savons qu'alors l'influence aryenne gagnaIl vers 1 Est; e ,est
donc une époque plausible pour le départ vers le Sud d'une pareIlle
influence que le Rámáyana montre précisément s'étendant dan s
eeUe direction (§ 23!±)ó
362. Aryanisation de l'IndEl a l'issue de la période
védique. Les « Lois de :Manu J) ou ¡1Ildnaradharma;dstra, non
L'[NDE, tome I.
13
1.94 L'RISTOIRE (DES ORIGINES AV vn
e
sntcLE)
Lob TIOT'
Fig. 19. - lude préhislorique et brahmanique.
L'mSTOIRE POLITIQUE
195
datées avec précision mais pouvant etre des environs de l'e1'e ch1'é.
tienne, sont le cocle théorique et idéal du hrahmanisme classique
tel que ce dernie1' a voulu se concevoi1' lui-meme lorsque l' élaho1'a_
tion de sa littérature spécia:e a été achevée, soit un peu avant l' ere
chf'étienne. Il constate officiellement du point de vue hrahmanique
l'aboutissement de la conquete aryenne a ce momento Pour lui
l'Áryavarta est toute l'Inde du Norcl entre les cleux mers a l'Esl et a
1'Ouest, I'Himavant au Nord et les Vindhya au Sud. Entre les
memes limites au N ord et au Sud mais entre la perte de la Saras-
vati (endroit ou la Sarsut! actuelle se perd dans les sables) a l'Est
et le confJuent du Gange et de la Ya muna a l'Ouest est le « pays du
milieu », le MadhyadeQa. Le MadhyadeQa est lui-meme divisé en
deux régions. La plus occidentale, qui est aussi la plus sainte, est
le Brahmavarta, entre les rivieres Sarasvat! et Drsadvat'i (affluent
de la Sarasvati). La partie orientale est le Brahmarsiclega, comprenant
le Kuruksetra, les pays eles Matsya, des Pañcala et des (;urase-
nalca, c 'est-a-elire toute la région du Doáb (§ 27 J. Partout ailleurs
sont eles qui résultent du mélange irrégulier eles castes.
Les limites incliquées au Norel et au Sud sont naturelIes mais a
l'Est et a l'Ouest elles réponelenl exactement a un état de fait histo-
rique: au Xle siecle le pays a 1'Ouest était lombé sous l'influence
étrangere par l'établissement d'une satrapie achéménide tandis que
le pays a l'Est avait vu naitre les religions du Jina et du Buddha,
rivales du brahmanisme.
363. Données historiques extra védiques. _ Le
bharata, le Rdmayana et les Purana contienncnt des généalogies
royales et des légendes pseudo-historiques qui remontent tres haut
dans le passé el se rapportent par conséquent a la période védique.
Les textes védiques ne font toutefois allusion qu'a un petit nombre
ele ces elonnées. Ceei tient a plusieurs causes.lYaborelles textes ulté-
rieurs ont certainement amplifié, tout en les altérant souvent; les don-
nées védiques. Ensuite les textes védiques n'ont pas pour ohjet
de développer ces données 'fui n'y paraissent que tout a fait occa-
sionnellement, et qui ont dli se transmettre aux rédacteurs de
l'épopée et des Purana par une tradition paraIlele a eelle du Veda
mais distincte. Enfin, heaucoup des faits en question se sont pro-
duits en dchors des milicux védiques orthodoxes et il est alors
naturel que les textes védiques les ignorent ou n'y fassent que des
aIlusions fllgitives. La culture de l'Inde a l'époque védique ne
tient pas tout entiere dans le Veda. Dans l'aryanisalion de !'lnde
l'apport védique R'est superposé a l'aequis indigene et s'y est par-
tiellement fonelu. C'est le résultat de eCHe fllsion qui parait dans
l'épopée et les Purdna. C'est ainsi que s'y trouve combiné avec
des données attestées dans le Vecla tout le cycle légendaire du
héros Krsna auquel les textes védiques ne font qu'une allusion
incertaine et tardive (Ghándogyopanisad) et qui se rapporte pour-
tant a une époque ancienne et a des contrées de honne heure
hrahmanisées. .
364. Listes dynastiques. Les listes dynastiques les plus
ancienncs ne relevent pas el'une tradition ullique, ce qui est naturel,
des dynasties diverses ayant régné simultanément en diverses
196 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECU:)
régions. Majs un eHort a été fait pour entrer dan&
({uelques séries seules par la .pré-
valente. Les maisons secondalres, de quelqu orIgme qu elles SOlent,
ont d'ailleurs tendu elles-memes a se rattacher aux lignées illustres.
D'apres les listes ({ui sanctionnent ces rattachements, les grandes
familles de la légende se sont ramifiées en de maiso.ns,
secondaires considérées comme pllls ou moms lmpures par sUlte
de fautes de lllalédictions, et ({ui auraient assuré le peuplement
de l'Inde, En réalité, il s'agit de lllaisons ou de peuples autochtones
({ui ne sont entrés dans l' orbe du brahmanisme que lorsque celui-ci
s'est étendu en tache d'huile a leur pays, L'exposé de l'épopée et des
Purdna renyerse done le sens de l'histoire lllais les peuples et les
roís qu'il mentionne peuvent etre sauf une
construction mythologíque, en s humamsant, s est mtrodm,te la
prétendue hístoire. nous ne d
distingue!' les donnees VerIdlq ues des fausses que SI nous dlSpO-
sons de recoupements extérieurs.
365, Anciennes dynasties. - La légende fait naitre les
h ommes d'une série de Manu, etres humains supériellrs nés des
dieux, Dans la descendance du premier, le Manu Syayambhuva, né
de Svuyambhu (Brahman) se. le r?i Vena, célebre pa; son
impiété, qu'une révolte rehgle.use auraIt abattu et remplace
P¡'lhu censé sorti du bl'as droIt du eadavre de Vena par une ope-
ration' analogue 11 la production du feu par le des a;-ani
(§ 707), ce ([ui exprime probablement le rattachement ntuel d une
nouvelle dynastie a aUl'ait forcé la. a ,nour-
rir son peuple et cree la clvlhsatlOn. ete tIre de la
cuisse clu cadavre de Vena, par la meme operatlOn que Pl'thu de
son hras un autre fils, Nisada, qui avait emporté ayec lui toute
l'impiété' de Vena et sel'vi a .une impure. est
considéré comme le premIer souveralIJ ul1lversel (cakl'nPartln), le
premier roi consaeré par le rájaszíya (§ 725 )',.Mais, faute
pement, nous ne pouvons pas dégager ce qu Il peut y aVOlr de reel
á la base de ces légendes et délel'miner aquel temps elles se l'ap-
porteraient (cf. § 1097),
366 Dynastie solaire. - La Iradition recon,nuit ;ncol'e et sur-
tout deux grandes lignées royales, celle du Sole!l (Suryavamga) et
celle de la Lune (Soma vamga) (cf. § 1094 sq.).
Le J\hnu Vaiyasvala, fils du Soleil (Vivasyant), est
Suryavamga. Iksviiku, Nimi, Sagal'a, Amgumant.' Bhaglratba qUl
est censé avoil' fait descendre le Gange du Clel sur la Terre,
Sudása qualifié d'ami d'Indra et qui répond au Sudas dú Rgf!eda,
Raghu,' Aja, Dagal'atha, roi d'Ayodhya au Kogala, en,fin son
Rama sont ses principaux descendants. Ráma est le heros du Rá-
I7Idyana. Onze générations, soit trois siecles environ le sépareraient
ele Sudás, En plagant Sudas ye1'S 1500 - un peu avant ou un peu
apres, selon qu'on est disposé 11 placer la eomposition des
qui le concernent vers eette date ou un peu plus tarel - on arrlve
pour l'époque approximative des du
pres de l'époque par ailleurs plausIble pour J anaka 1'01 de Vldeha
d apres le 9atapathabrahmana (§ 3(1). Selon le Ramdyana, J anaka est
I
L'mSTOIRE POLITIQUE :197
précisément contemporain de Rama Mais il existe 11 ce propos une
diffieulté qui est un exemple typique de eelles qu'on reneontre dans
l'utilisation pour l'histoire des documents épiques et purániques.
Selon le Visnupurdna) J anaka suecéda directement 11 Nimi. Ceci le
reporte en un temps beaucoup trop reculé pour qu'il ait pu etre le
pere de Sita, épouse de Rama, aussi estoce, el'apres le méme Purana,
un de Bes lointains descendants qui adopte Sita sortie d'un sillon de
'la Terre. D'autre part dans le Ramdyana, Janaka est un suceesseur
non pas immédiat mais lointain de Nimi. Une des deux traditions
.généalogiques est donc gravement altérée, si elles ne le sont toutes
les deux, et nous n'ayons pas le moyen de rétablir la succession
réeHe des souyerains, Il reste cependant que le Ramdyana et le
Visnupurana sont d'aceord au moins pour admettl'e un grand
intervalle de temps entre l'époque de Nimi et celle de Sita. De
toute fagon, Nimi est relégué dans des temps fabuleux. On peut
done aclmettre que le Visnllpul'dna se trompe en faisant de Janaka
le suecesseur irnmédiat de Nimi alors que les données Yédiques
invitent a le placer a la fin du second millénaire avant J .-C., a
une époque plausible pour Rama dont le Rdmayana fait son gendre.
En tout cas, la lignée solaire apparah comme ayant pour empire
une région, eelle du Ko()ala et du Videha, de bl'ahmanisation rela-
tivement tardi ve quoi qu' elle ait pu servir de point de départ a une
seconde vague de brahmanisation. Le héros Rama a ainsi des
chances el'avoir été un hét'os autochtone rattaché secondairement au
brahmanisme en devenant, comme ill'est dans le Rdmdyana et les
Purana, une incarnation de Visnu. Le silence des documents
védiqlles a son égard s ·expliquerait ainsi tout naturellement (les
patl'onymiques qui s'ajoutent aux noms des Rama mentionnés dans
le Veda exclucnt qu'il s'agisse du me me héros).
367. DynaBtie lunaire. Parallelement a la lignée du 80leB
ceHe de la Lune est longuement chantée dans les sources post-
védiques, Le roi Soma ou Candra(mas), la Lune, est son fondateur.
Il eut pour fils Budha qui épousaIla fille du Manu Vaiyasvata, [on-
dateur de la lignée du Soleil. De Budha et Ila naquit Pururavas.
La sixieme génél'ation est représentée par Yayati. L'héritier de
celui-cÍ ne fuI pas son fils a¡né, Yadu, mais un cadet, Puru, qui
avait fait montre d'une piété filiale supérieure. Les descenclants de
Yadu, les Yiidava, ont pourtant constitué une branehe illustre 11
coté de celle des Paurava, descendants de puru. Parmi les Paul'av.a
on doit Doler Dusmanta, l'époux de Cakuntala, Bnarata, leur. fils
qui passe pour le premier des ca!trMartin (bien que dans d'autres
traditions ce soit Pl'llm!, Kuru, éponyme des Kauravya, Dhrta-
rastra et Pándu, illustrés par le Mahdbhdrata. Dans la branehe des
Yadava les principaux rois sont Arjuna IUrtavirya, Vl'sni et
Andhaka, éponymes de deux clans célebres, Kl'sna surtout, né
dans le clan des Vl'snÍ.
La plupart de ces rois, surtout les premiers, sont eompletement
mythiques. Plusieurs figurent eomme tels dans les sources
védiques et n' ont été que seeondairement hurnanisés, Ils ont été
rangés en ordre dynastique en dehors de la littérature védique
mais avant le me siec!e ay. J.-C. ou Mégasthene reproduit la tete
de la liste du SomayamQa,
198
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VIIe SIECLE)
La légende de Krsna (cf. § 1044 sqq:) est remplie d'éléments
mythiques et le héros a été considéré com;n.e une inca:-
nation de Visnu. On ne sauraJt donc accepter les reclts de sa Vle
comme authentiques. Il est d'autre part invraisemblable que le
personnage ait pu etre inventé de toutes pieces, ainsi que la grande
guerre des Kuru et des Pandava a laquelle il aurait pris parto Il
représente sans doute un héros d'origine non bl'ahmanique. Il est
rattaché a la famille des Yadava alors que les Yadva du Rgreda
qui leur correspondent sont dans ce texte considérés tantot comme
amis tantot comme ennemis. Sa légende garde la trace précise
de son opposition au culte d'Indra. Si c'est bien lui qu'il faut
reconnaítre dans la mention de Krsna fils de Devald de la Chdn-
dogyopanisad, il a été connu comme s' occupant de la spéculation
philosophique d'alors, qui n' était déja plus strictement védique. De
fait, il est dans le Mahabhdrata le maltl'e supreme de la sagesse.
368. Sans appartenir aux milieux védiques pl'oprement dits, il
se place chronologiquement dan s la période védique. Son époque
est fixée traditionnellement par le fait que sa mort marquerait le
début de l'age l{aU (3102 ay. J.-C.). Mais la date du début de l'<ige
l{ali, déterminée tardivement par des considérations astronomiques
erronées n'a aucune valeur historique.
Par bonheur, les Purana permettent d'entrevoir une chrono-
logie plus vraisemblable. Présentant sous forme de prophéties les
listes dynastiques futures, plusieurs d' entre eux, censés récités
sous Pariksit a l'issue de la guerre du i1faheíblieírata,
entre cette époque et celle de Candragupta Maurya 1598 ans. MaIS
la premiere dynastie qui occupe cette période est dite devoir
régner 1000 ans. Ce n'est la qu'un chiffre rondo De plus le Bheíga-
ratapul'ana place dans cet espace de temps 21 rois et le Visnupu-
l'ana 16. Une durée de 1000 ans est trop grande pour de si courtes
listes qui correspondraient normalement a quatre ou cinq siccles.
On devrait donc ramener de 1598 a 900 ou 1000 ans en chiffres
ronds l'intervalle de Parlksit a Candragupta lequel date de la fin du
IV
e
s.av. J.-C. et, ceci fixerait Parlksit ver s 1400 ay. J.-C., a
l'époque plausible pour lui d'apres les SOUl'ces védiques (§ 360).
D'ailleurs le Visnupureína lui-meme connaít aussi un systeme chro-
nologique qui compte 1015 ans entre Pariksit et le premier Nanda
lequel aurait précédé Candragupta de 100 ans. D'autres Purana
donnent des chiffres voisins quoiqu'un peu plus forts. De plus, les
Purilna font du petit-fils de Pariksit un élcve de Y<ijñavalkya le
rédacteul' du Yajurveda blanc qui daterait ainsi de 1300 av. ,T.-C.
environ .
....
369. Géographiquement, la souveraineté de la lignée lunaire se
centre autoUl' du Madhyadega, plus précisément meme autour du
Kuruksetl'a qui forme le Nord du Brahmarsidega. Dans ces régions
regne la branche ainée, tandis que les branches cadettessont censées
fOl'mer les royautés de pays environnants de plus en plus nombreux
et éloignés au fuI' et a mesure que la lignée primitive 's'étend et se
ramifie. Non seulement Kilgl, le Magadha, l'Anga, a l'Est, appar-
tiennent a la lignée lunaire, mais c' est a des maisons qui en relevent
qu'est attribuée la souveraineté du Sud et de l'Extreme-Sud, jusques
L'mSTOIRE POLITIQUE
f99
et y compris le pays des Palldya qui sont meme quelquefois consi-
dérés comme des descendants des Pandava. L'expansion de la dynas-
tie lunaire apparait donc comme plus importante que celle de la
dynastie solaire qui tient le Kogala et le Videha. De plus, il faut
remarquer que c'est a la dynastie lunaire qu'appartient le pays par
excellence du brahmanisme classique le Madhyadega, tene des Kuru
et des Pañcilla qui font pendant aux Kogala et aux Videha comme
les deux dynasties opposent elles:memes. Quelqu'arrangement arti-
ficiel qui ait pu présider a ]' établissement des listes dynastiques,
celles-ci mettent en évidence un état réel ; elles attestent l'existence
de deux foyer s distincts de puissance politique, l'un sur le Gange
supérieur et la Yamuná, l'autre au Nord du Gange moyen. Il faut
observer de plus que le roi Sudas dans le Rgrecla combat dix rois
(§ 754). 01' dans les Plll'dna Sudás appartient a la dynastie solaire 6t
cinq ele ces rois font partie de Ia lignée lunaire. Il y a la l'indication
d'une lutte au moins passagere entre ceux qui sont devenus les repl'é-
sentants des deux groupes el ynastiques. Mais le souvenir de cette
lutte elle-meme n'est pas rappelé dans les Pllrána et ces textes, it la
différence du Rgreda, ne localisent pas les tribus correspondantes
au Panjilb mais les tl'ansportent au Madhyadega .
c) L'Inde au temps cl7.1 Budd/la et du Jina.
370. Les Qakya. C'est dans la l'égion qui borde au Nord le
Kogala, dans l'Uttarakogala, qu'est né le bouddhisme. Le pere du
Buddha est (;uddhodana, roi de Kapilavastu, suzerain du clan noble
des (;ilkya. L'épouse de (;uddhodana, la « reine Illusion», May<idevl,
aurait miracnleusement donné le jour au Buddha, sorti de son flane
droit sans lui faire de mal, dans le jardin de Lumbini, aux portes de
Kapilavastu. Un pilif'r commémoratif, élevé plus tard par l' empereur
AQoka, a été retrouvé au site actuel de Rummindei en tenitoire né-
palais et fixe conséquemment l'emplacement de Kapilavastu. Le peln-
ce, dont la naissance avait comblé les vamx du l'oi et qui avait été
nommé pour cela f( But accompli », Siddhilrtha, renonga a la royauté
et au monde et s'enfuit a 29 ans pour chercher la loi du Salut et
devenir plus tard le Budclha, l' « Eveillé ». Les (;akya sont censés
se rattacher it la lignée solaire. La légencle qui établit leur généalog'ie
la fait remonter a un roi Mah<isammata, dont un <lescendant aurait été
Sujilta, roi de (;áketa au Kogala, donné comme appartenant a la
maison d'Iksváku. Ce roi ayant accordé un vreu a une de ses concu-
bines. celIe-ci imposa que la succession royale revlnt a son propre
fils et que fussent exilés les autres enfants du roi. Ceux-ci, cinq fils
et cinq filies, seretil'erent aux confin s de I'Himálaya, pres de l'ermi-
tag'e du rsi Kapila, fondóeent Kapilavastu et, les cinq fl'eres ayant
épousé leurs sreurs, créel'ent le clan des (;ilIcya (.Maheírastu). Les
Purana, de lenr coté, ne refusent pas aux (;akya et a (;uddhodana
l'appartenance it la famille d'Iksvákn mais donnent des généalogies
différentes ou les (;ákya deviennent un roi (;akya, pere de (;uddho-
dana. La légende de l'exil peut avoir été inventé e pour rattacher
secondairement a la dynastie du Kogala un clan étranger de la fron-
tiere. Elle est rendue suspecte du point de vue historique par sa
ressemblance avec une autre plus célebre qui appartient justement
au pays de Kogala et dont elle pourrait etre une réplique, celIe de
l'
,
200 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn
e
SIECLE)
Rama, exilé par suite d'un vreu imprudent accordé par sonpere a
une maratre.
L'orO'anisation sociale des Cakya transparait dans le fait que les
importants eln clan au moins ne paraissent pas soumis a
l'autorité elu roi comme eles sujets a un monarque absolu. Le titre
royal, rdja, correspondait sans doute chez eux a un rang de chef ele
confédérátion.
371. Les confédérations VOl!llnes. A l'Est et au Sud-Estdu
pays des Cakya les peuples n'étaient pas, au temps du Buddha,
soumis a des monarchies mais bien a des régimes de gouyernement
par de nobles ... Les voisins immédiats
des Gakya al Est, et les V':JI (pah VaJJI) plus al Est ene ore se parta-
geaient le Nord de la région du Videha, tandis que les Licchayi en
tenaient le Sud avec pour capital e VaiQali (pili VesaH, site actuel de
Basar). Les textes parlent eles Vrji comme représentant huit clans
(kula) confédérés et il est probable que les Licchavi comptaient parmi
ces clans, cal' VaiQaH appara!t comme capitale des Vl'ji en me me temps
que des Liochavi. Vrji était a la fois l'appellation générique des cJans
confédérés et celle de l'un d' eux, plus spécialement san s doute de
celui qui tenait Mithila, l'ancienne capitale du Videha, au temps du
roi Janaka. D'autres clans de la meme région sont connus, nota m-
ment les U gra, les Bhoga, les Aiksvaka et surtout les J ñitrika chez
lesquels est né le fondateur du jainisme. Mahaylra, le ( Grand Héros »
ou le Jina, le « Vainqueur ", a Kundapura, pres de Vaigáli.
372. Les royaumes voisins. Tous cés clans se partageaient
le Videha et les territoires attenants, c' est-a-dire en gros le pays OU
avait régné la vieille dynastie solaire dont le pouvoir, alors déchu,
s'était émietté entre eux. Le Kogala, pays de Rima, centre meme de
la dynastie solaire, restait cependant constitué en un royaume dont
il semble que les Cakya du Videha relevaient comme vassaux. lVIais
KOQala et Videha, bornés par la montagne au Nord, étaient cl'autr-e
part environnés d'Etats puissants qui aux monarchies
de la dynastie lunaire. C'étaient a rEst l'Anga, le Bengale, capitale
Campa, au Sud-est l'opulent Magadha qui eut d'abord Rajagrha
(mod. Rajgal') puis Pataliputra (mod. Patua) pour métropole, au
Sud le royaume de KaQi, au Sud-ouest le pays des Vatsa ou Vamsa,
capitale KauQimbi, le demi-cercle étant fermé a l'Ouest et au Nord-
ouest sur le KOQala par le pays des Clirasena, des Pañcila et des
Kuru. Plus loin au Sud-ouest étaient en rapport avec les contrées
bouddhiques le royaume des Cedi et surtout le puissant Avanti ou
Malaya, capitale Ujjayini.
373. Les évéllements politiques au temps du Buddha et
du Jina. Divers textes font na1tl'e plusieurs rois célebres au meme
instant que le Budclha. Cette information pourra:it etre une légende
destinée a grouper toutes les célébrités autour du Buddha, mais ces
rois peuyent aussi avoir été réellement ses contemporains. Ce sont
d'apres I'Abldniskramanaslltra, Prasenajit au KOQala, Bimbisára au
Magadha, U dayana chez les Vatsa et Pradyota en A vanti. En fait,
au moment ou le Buddha arl'ive pour la premiere fois au Magadha,
le roi Bimbisara, alias Creniya (paE, pkr. Seniya) regne a Rajagl'ha
qu'il a fondée et tÍent le royaume d'Anga sous sa dominat\on.
.. tLU ka;
L'mSTOIRE POLITIQUE
202
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
Les sources jaina précisent que c'est un royal de
qui gouverne l'Ano·a. A Bimbisilra est manee Cellana, ahas Val-
dehi filIe de un Licchavi qui gouverne Vaigilli et se trouve
etre 'roncle materneI du Jina. Bimbisilra et Cellanil ont un fils,
Ajatagatru (palí Ajiltasattu), alias Kunika (pkr. Kuniya).
Bimbisara est un gTand protecteul' du Buddha mais il est assas-
siné par son fUs Aj<itagatl'u qui monte sur le trone a sa place.
Parricide déIoyal et ambitieux, Ajiltagatru chel'che partout des
conquetes'. n se tourne les états . .v arsa-
leara son ministre, constrmt conlre les VrJI un fort a Piltahgrama
qui deviendrá plus tarel, sous U dil.yibhadl'a, une nouvelle capitale
de Magadha pataliputra. C 'est aussi Varsakal'a qui par ses intl'Íg'ues
divise les Li'cchavi et permet a Ajiltagatru d'arracher Vaigall au clan
de son gTand-pere Cetalea. D'autre part, Ajiltagatru entre en lutte
ayee Prasenajit, le KOQala apres ele Bim?i-
silra dont une des épouses etaIt sreur de PrasenaJlt. D abord
queur, il est ensuite capturé puis remis en .liberté par PrasenaJ,lt et
recoit meme en mal'Íage une tille de ce derl1ler. Le Buddha parvlent,
nO;l sans peine a le convertir et tro11ve ensuite chez lui le meme
úde que chez Bimbisilra. Apres la mort du Bllddha, ,subit
le sort qu 'H a fait lui-meme subir a son pét-e. Il est assaSSlIle par
son fils Udil.yibhadra qui lui succede.
374. Prasenajit, de son coté, est un ami du Buddha et de la com.mu-
nauté. Détroné lui aussi pat' son fils Vil'udhaka, il s'enfuit chez AJilta-
gatru mais meurt a son arrivée. Virudhalea, une fois maitre du Kogala
veut s'agrandir aux dépens des états confédérés voisins, comrne
fait AjiltaQatru et il s'attaque aux parents du Buddha, aux Cilkya, qm
le t'epoussent d'abord mais qu'il flnít par exterminer. La légend.e
bouddhique a de ce fait, voué sa mémoire a l'exécration. E/le le faH
mourir clans incendie, ayec le conseiller qui tenait aupres de lui
le role de Varsakal'a aupres d'Ajiltagatru et tous deux tombent dans
l'enfer Avici selon une pl'édiction du Bueldha.
Udayana des Vamsa el Pradyota sont aussi
mis en rapport par les textes boueldhlques avec le Buddha, mals.lls
ont été de plus l'endus populaires par le cycle de contes de la Brhat-
katM et par la littérature, Udayana passant pour avoir la
filIe de Praelyota. Ce dernier est parfois. elans les textes
appelé Candapradyota, « Praelyota le Féroce )). Il semble ete
beHiqueux ; allusion est faite a des précautions prises fOlS par
Bimbisara au Magadha pour soutenir une attaque posslble de Pra-
dyota.
375. Dates du Buddha et du Jina. Tousces faits, donnés pour .
contemporains du Budclha e t du J ina, se trouvent chronologiquement
fixés par les dates de ces del'niers. La tradition du. bouddhisme de
Ceylan, de Birmanie, du Siam et du Cambodge place la mort. et le
nirvana du Budclha a une date correspondant a 543 av. J. C. qm sert
ele point de départ a une ere usuelle. Chez les jaina, une traditio?
treo; accréditée, et elle aussi demeurée en usage, fixe la mort du Mal-
tre a 527-528 ay. J.-C. Mais, ni chez les bouddhistes ni chez les
jaina, l'unanimité n' existe a ce sujet et diverses dates sont admises
par clifférentes sectes. D'ailleurs les dates de 543 et 527 ne sont
. J 2.
L'mSTOIRE POLITIQUE
203
nues que par l'addition des durées assignées sans certitude a des
souverainetés et 11. des patriarcats entre la mort du fondateul' et le
point de fixation du computo
En ce qui concerne le Jina, J ACOBI a montré qu'au 12° siecle Hema-
candra fournissait les éléments d'un calcul qui fait tombel' sa mort
en 467-468 av. J. C. En effet l'avenement de l'empereur Canelra-
gupta elaterait, selon eles données de Merutunga, ele 255 avant l' ere
ViI.rama (57-58 ay. J. C) soit 312-313av. J. C. eta cemoment155
ans d'arres le Parir¿istaparvan (VIII. 341) se seraient écoulés depuis
la mort du Jina. On reclifle la date elu Buddha par un calcul analo-
gue. Les chroniques singhalaises comptent 218 ans entre le nirvána
du Buddha et le sacre ele l'empereur AQoka et 56 ans entre ce saCl'e
et le début du rE:o-ne ele Canell'agupta, done 162 ans entre la mort du
Buddha et CanelI'?agupta. Max MÜLLER, qui pla<;¡ait Canelragupta en
315, fixait conséquemment le nirvana il 477. On s'aceorde plutot
actuellement a pl'endre 321-322 comme date du début elu regne ele
Candl'ag'upta, ce qui placerait le nirrána en 483 ay. J. C.
376. Le Buddha étant mort a 80 ans et le Jina a 72, on admet
aujoul'd'hui généralement que leul's elates sont :pour le Buddha, 563-
483 ay. J. C. et, poude .Tina, 540-468 (ou 539-467) ay. J. C. Cepe;t-
dant il est impossible d'acceptel' ensemble ;:es couples ele ehIf.
freso L'année de la mort de chaeun est determll1ee pal' la date de
CandraO'upta, mais on n'a pas attribué a eette elate la meme valeur,
selon on ealeulait l' époque ele la mort elu Buddha ou de eeHe du
Jina. Nous reviendl'ons sur la date de Candragupta, clef de la chro-
riologie indienne (§ 394), mais, si on opte pour 312-3, la mort du
BUélelha est de 474-5, celle du Jina de 467-8. Si au eontl'aire on choi-
sit 321-2 le Buddha serait mOl't en 483-4, le Jina en 476-7 ay. J. C.
lVlais la exaete du Buddha dépend aussi de ce He du sacre d'Agoka
(§ 407). .
De toutes facons, l'époque du Jina et du Buddha est a eheval sur
les 6" et 5
e
S. av: J. C. En suivant la chronologie traditionnelle longue
on les ferait naitre a la fin du 7
e
S. etpl'eehel' dan s le 6'. D'autre pal't
tous nos ealeuls s'accordent a placer la mort du
Buddha et ceci est contredit par le canon bouddluque pah (M(W/Il-
manilcdya) selon lequelle nigantha Nataputta,. c'est-a-dire le Jina,
serait mort le premier. Il faut observer to.utefols que le b?ud-
dhique pouvait etre intéressé a faire SUl'VIVre le Buddha a sor; rIval.
Acceptant donc les données numériques précéden;es et dlyerSeS
indications fournies par les textes (surtout IVIahayamsa) sur la
chronologie des événements, noas pouvons dresser pal' rapport au
nirvilna un tableau de reperes chronologiques pour le temps du
Buddha.
Naissance du Buddha :
Naissance de Bimbisilra :
Avenement de Bimbisal'a :
Avenement d'AjiltaQatru :
Nirvilna:
Mort d'Ajiltagatru :
Sacre d' AQoka :
80
75
60
8
O
+ 24
+ 218
204 L'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VII" Sn1;CLE)
d) Les Perses et les Grecs clans l'Inde clu Norcl-Ouest.
377. Tandis que l'Inde centrale se préparaient ou se dérou-
lai.ent !es événements qui viennent d'etr.e .résumés, et tandis
ralSSaIent les grands mouvements rehgleux du bouddhisme et du
jainisme qui inauguraient deux traditions puissantes dans la civili-
sation indienne, celle-ci était menacée au Nord-Ouest par l'entrée en
se/me de conquérants étrangers.
378. Les vieille legende veut que
Cyrus (6' s.) alt tente une expécntlOn d allleurs malheureuse dans
l'Inde comme Sémiramis, reine d'Assyrie, l'aurait fait avant lui sans
plus de sucees. Mégasthime et Strabon refusaient déjit de croire a
-ces récits: El; fait., dan s des vingt trois vice-royantés
AJU etabhes par 1 Inde ne figure pas; il est cependant
pos81ble 1 Indus En tout cas la puis-
sanee achememde etalt dep aux portes de 1 Inde; la Bactriane, le
Gandhara en saleapies. Selon Pline,
Cy,rus detrUlt la de, Caplssa (IUpiQ!, aetuelle Begl'Am,
pres de Kabul). Sous Darms, 1 Inde proprement di te fut envahie.
Selon Hér?dote, Darius. fit l.e COUl'S de l'Indus par Sky-
lax de Karlanda en C,arle et d autres qm ne sont pas nommés, vers
519 av. J. C. Skylax s embarqua dans nnde it Kaspatyros (ou Kaspa-
pyros, Kac;yapapura, l'aetuelle Multan, FOUCHEIl ).lldescendit I'InduB
gagI:a Indien et reyint par 1'Egypte. C'est aussitÓt apres
DarlllS eonqmt la vallée de l'Indus et il se servit des IMs de l'Océan
Indien. Le yoyage de Skylax ayant dmé deux aus et demi, ce 8erait
en 5i 7 ou 516 que se placerait la conquete. On s'est demandé toute-
fois s'il ne faHait pas qu'elle eút eléjit été réalisée pour que le voya-
¡5e ele. SI.cylax se fút. accompli sans encombres (JACKSON). La grande
mscrlptlOn de DarlUs it Bahistán, entl'e 520 et 518, ne mentionne
pas enCOl'e nnde parmi les satrapies, tandis que l'Hidu (Sindh) est
d?nné comme par une inscl'iption de Persépolis qui elate
d entre et une autre. peu apres 515.
La donnee d Herodote se concIhe bien avec ceHe des inscriptiong
si l' elu fait meme elu voyage henreux de
1 I,ndus etalt cOI,?me conquis ou si ce Yoyage fllt l' occa-
SlOn une ImmédIate renelue par la suite plus complete
par 1 du pays, En tout cas il. semble pas que la puis-
sanee perse aIt rencontre grande OpposltlOn.
Hérodote dit encore que les Indiens, le plus nombeeux des peu-
. it !lutant d'illJpóts que tous les autres
et qu lIs etalent ta;ces a 360 talents euborques de poudre d'or,
SOlt plus de 9 tonnes, ehd'fre qui paratt excessif (TARN) mais n'est
pourtant pas impossible (BAZIN-FouCHER).
La P,l'0fondeur de la pénétration du pouyoir achéménide
dans 1 Inde n est pas exactement eonnue. Le centre de la civilisation
indienne était alors loin dans le bassin du Gange en Inde centrale
ou naissait le bouddhisme, et l'horizon de nos g'ources la plupart
bouddhiques, n'atteint pas pour cette période les pays' de l'Ouest
ou, en tout cas, la domination pel'se restait cantonnée.
La durée de cette domination peut s'etre étendue jusqu'a la chute
1
I

L'HISTOIRE POLlTIQUE 205-
des Aehéménides. A la batai1le de Gaugameles ou l'empire s'écroula
eleyant Alexandre par la défaite de Darius III Codoman, en 331 av.
J.C., deux contingents el'Indiens étaienten ligne mais sous le comman-
dement eles satrapes de Bactriane et d'Araehosie. Il n'est pas questíon
el'un satrape de l'Inde, soit parce qu'il n' en existait plus, bien que
des Indiens aient encore pu etre recrutés pour l'armée perse, soit
parce que son contingent avait été rattaehé a, eeux eles satrapes
voisins.
880. L'adminístration achéménide, dont 1'0rganisation et le déve- .
loppement étaient remarquables, a été établie dans la vallée de l'In-
dus et n'a pas été sans influence, meme dans l'Inde centrale. Pres
d'un siecle apres la chute des Achéménides, la chancellel'ie d'AQoka
pal'ait ayoir eu des réminiscences de ceHe des Perses (§ 285). Le
systerue métrique aehéméniele peut -ayoir été ernprunté dans toute
I'Inde, cal' le systeme métrique inclicn présente avec lui eles analogies
(DECOUIIDEMANCHE). L' éeriture araméenne ernployée par l'adminis-
tration perse a servi de modele a une écriture elu N ord-Ouest
iudien, Par ailleurs l'art irauien a fourni des éléments a l'art
indien, notamment en Inde centrale (t. IlI).
381. Alaxandre dans I'Inde. Vainqueur de Darius,
Alexandre devait prendre possession de son empire et ihre fina-
lement amené it envahir jusc¡u'it l'ultime satl'apie de l'Inde .. JHais,
apres la bataille de Gaugameles, Dal'ius en fuite a été fait príson-
uier par eseorte et le satrape de Bactriane, Bessos, s'est mis a
la tete des restes de l'al'mée. Les satrapes d'Arachosie et de J)ran-
giane sont a ses catés. Loin de trouver l'empire entierement i50U-
mis par sa victoire, Alexandre clut en faire la conquete région par
région, conqucte cl'ailleurs facilitée parce que nombre de satrapes
firent leur soumission pou!' garder leurs gouYel'nements.
En 330, Alexundre subjugue I'Arie et l' Arachosie et y fonde des
« Alexanelrie ». En 329 il se dirige ver s le Nord, envahit la Bac-
triane, y fonde une Alexanclrie sous Cauease (Paropanisos ou misos,
actuel Hindilkus). Il pl'end et tue Bessos, puis, eontinuant tou-
jours vers le Nord, conquiert la Sogdiane. C'est alors qu'au comble
ele l' orgueil il se fait adorer comme une divinité.
382. Oampagne de l'Inde. Reyenu en Baetriane, il y étahlit
un eommandant et une pelite garnison puis, en 327 av. J.-C.,
apl'cs le dégel qui ouvre les pass es du Paropanisos, gagne la limite
oriental e cle la pl'ovince des Paropanisades et les abords septen-
trionaux elu Kóphen (skr. Kuhha, riviere de Kábul). L'itinéraire de
ses marches a été reconstitué par A. FOUCHEll. En trois ou
quatre étapes il al'rive au Lampaka (Laghman aetuel), y fait halte
et y fonde une Nikaia. Il clétache ensuite du gros de son année une
colonne volante elont il prend lui-meme la tete et qu'il concluít a
travers les n,ontagnes ele la rive septentrional e du Kaphen pour
réc1nire maintes tribus turbulentes, Cepenc1ant le gros de l'armée,
laissé au commanelement d'Héphaistion et de Perdikkas, passe la
I'iviere et suit sa riye droite vers le Gandhara et !'Indus. n y réc1uit
Peukelaotis (Puskal'aoou PuslcaIavatl) ou Alexandl'e vient le
rejoindre une premiere fois. Il pousse alors yers l'Inc1us sur Jequel
Hephaistion jette un pont de hateaux en un étranglernent au Nord-
206
L'HISTOlRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
est d'Udabhancla (Uncl). Alexandre, de son coté, reprend ses expé-
ditions de montagne pour protéger le flanc gauche de l'a¡·mée. II
regoit la soumission de Nysa et enleve le roc fortifié d'Aornos dans
le massif de Plr-sar (A. STEIN). Ces succes mettent le comble a
son orgueil.
A Nysa on lui dit que la ville a été fondée par Dionysos et on en
Fig. 2l. - Campagnes d'Alexandre.
donne pour preuve qu'il y pousse du lierre et de la vigne sauvage.
De plus on lui montre un sommet voisin qu'on décore du nom,
prestigieux pour les Indiens, de Meru; c'est, lui dit-on, fLT¡pó" la
« cuisse » de Zeus dont Dionysos est né. Enfin on prétend qu'Héra-
kles a échoué devant Aornos dont lui Alexandre s'est emparé.
L'mSTOlRE POLITIQUE

Finalement il rejoint le point OU est établi le pont de bateaux sur
l'Indus. Il le francbit en février 326 et entre dans un royaume dont
la capitale est Taksagila. Le roí Omphis (Ambhi?) ou, comme on
l'appelle plutot du nom de sa ville, Taxile, qui lui était déja gagné
l'accueille (§ 321). Il parvíent ainsi sans encombre a I'Hydaspes;
la Vitasta, ou l'attend la plus dure bataille qu'il aura a livrer durant
la campagne de l'Inde.
383. Bataille de l'Hydaspes. Le prince qui possede la rive
gauche de la Vitasta, Poros, c'est-a-dire un Puru, lointain descen-
dant, prétendu ou réel, des PUl'U védiques, .campe de l'autre coté
du f1euve avec une al'mée imposante comportant, comme il est de
regle dans toute armée indienne, quatre corps : fantassins, cavaliers,
chal's et éléphants. Ces dex'niers surtout paraissent redoutables les
chevaux sont terrOl'isés et les hommes ne sont pas babitués les
combattre. Alexandl'e campe en face du Puru, mais par un mouve-
ment dérobé, l'éussit a passer le fleuve par sUl'prise. L'action s'en-
gage tres violente. Les l'angs macédonicns cedent au choc des élé-
pbants, mais ceux-ci sont cl'iblés tle traits ainsi que leul's conduc-
teurs. Cellx qui sont blessés et sans guide jettent autant de
désordre dans l'armée indienne que dans celle d'Alexandre. Des
renforts arrivent a celui-ci et lui assurent la victoire. Le Puru a
payé de sa personne et s'est battu hérolquement. 'Alexand1'8, qui
admire sa bravoure et veut se l' attacher, 1m rend son pouvoir et
son royaume qu'il lui promet d'agrandir. Cette générosité dans le
triomphe n'est pas sans avantage. Alexandre en l'épargnant res-
pecte le prestige de la royauté, comme il l'avait fait en Iran lors-
.qu'il avait ordonné de faire a Darius vaincu, déchu et assassiné par
les siens, les memes funérailles que s'il eth été dans toute sa gloire.
De plus et surtout, Alexandre aimo mieux faire du Puru un auxi-
liaire qu'une victime. Il inaugure une poli tique qui restera fruc-
tueuse dans I'Inde OU, au XIX" siecle, la Compagnie anglai6e évitera
de détroner les souyerains du pays qu'elle gouvernera par eux en
en leur Iaissant la charge de l'administration et la responsabilité
aux yeux du peuple des actes qui leur sont commandés. Le roi
Abyssares. c'est-a dire Abhis1il'a, ainsi. nommé du nom de son
peuple, instruit par l'exemple du Puru son voisin, vient offr'ir sa
soumission pour garder son royaume, mais un autre Puru, eIlnemi
du premier, s'enfuit. Alexandl'e a terminé une premiere campaO'ne.
Il fonde, a l' endroit ou iI a passé la Vitasta, une ville de Buképhalie
en mémoire de son cheval et ir. l'emplacement du combat une nou-
velle ville de Nikaia.
384. Alexandre espérait que toute la contrée se rangerait sous
la loi du Puru devenu son vassal fideIe, maisil doit intervenir lui-
meme pour l'y réduire entiel'emellt; d'ailIeurs il yeut continuer sa.
marche vers l'Est. Il passe successivement l'Akésines (Asikní), puis
I'Hydraotes (Iravati, ancienne Parusnl), mais entre les deux f1euves
les Kathaioi (KsatriyaP), les Oxydraques (Ksudraka) et les
(Malla ou Malava) se sont·coalisés contro lui et l'attendent sous les
murs de la viHe forte de Sangala (Sagala, modo SiaIkot). II repasse
l'Iravati, les refoule dans leur vilIe qu'il emporte, saccage et rase.
Le Puru, venu ir. la rescoussej l'eQoit la mission d'occllper et de
------_._--_._-------------------_.
(
ES AU VII" SÜ:CLE)
208 L'mSTOIRE DES ORIGIN
. t sur la rive gauche de l'Iravatt
pacifier le pays. Sophytes ¡Saubhuta) et de Phe-
et pousse, a trave:s les eta nt jusqu'a I'Hyphasis (Vipac;a). Aa
gelas (Bhagal
a
) bien administrée. Au dellt
dela est repub lqU
de
. ournées de marche 86 trouve le rays
encore apres a J
ra
les « Orientaux », et des Gandandes
immense des PI' c) '. désigne probablement les popula-·
(ou mieux Gangar.ldLes, n?m qeus1t Xandrames la capitale .des Pracya
. " es\ e 1'01 en '. d 1\1 . dha
tIOnsgangetlqu ,,' . l' pataliputra. Il s'aO'ü donc u 'aga .
est Palibothra, c est-a-( t ent au sanskrif Candramas « Lune »
' 'é d mam es em .. l'
Xandramt:.s r pon d" d t'fi r Xandrames a Candragupta malS ce Ul:
et on seralt tenté Id t: que Justin ne fait paraitre comme 1'01
ci est surement o Xandrames serait alors le prédéces-
qu'apres la mort anda. Le nom de Candramas peut
sem de 1 la.nan, lacluelle se rattachaient les souve-
1
. d 1 lIgnee URalre <L 1 1 h'
etre ce Ul e \ (g 369) Xandrames était toutefois, se on es .IS-
rains du Magadla;-; b: d e la reine avait eu d'un barbler.
toriens classiques, '1 atar i
U
s de souci de s'affirmer de souche
Peut-etre n'en q.ue le dernier Nanda est en tout cas
« lunail'e ». Son indienne ce Nanda est tenu pour
fortifiée par le faIt (e d'autre possible que
homme de basse con ltIOn. . d 'teI'n1Íné la rovauté lunaIre
, 1 t't u'un souveraln e , JI' d
mes déslgne, p u o q d'é t gétiques parmi lesquels ce Ul e
élablie sur le groupe s gan
Pataliputra était pr,épondeltnt. uvelle s'annonce. Cette perspec-
Quoi qu'il en solt, une u:tie ousser jusqu'11 la mer dont il
tive n' al'rete pas Alexandre q t Pnunique a la fois avec la Cas-
croit qu'elle entome l;-t se fatigue, le climat l'acca-
pienne etle golfe murmure d'autantplus qu'elle
hle (nous sommes en JUlllet 32 ), At s de Darius et que, s'il est
se sait arrivée a';l terme dle,s d'en occuper toutes les
. 011' abattu emplre l' 1 d
normal apres av ., de se lancer au de d (ans e
, . s il est lllsense , 1
anClennes possessIOn(F ) Alexandre se réslgne a. ordonner a
nouvelles aventures OUCH,ER 'i 'douze autels immenses au bord.
retraite. Ille fait apres aV0l1r ; eve ele sa conquihe et en abandon-
de l'Hy hasis qui marque e
, pp.' 1 les terres conqUlseS.
nant au urt
, d Alexand1'e ne renonce pourtant
385. d Alexau
l
re
1
:
and
Océano Ille réalisera en des-
pas 11 son,pr0.let t.evenu sur les horfls de l'Hydas-
cendant 1 1 'Üe ui est )1'ete en octohre 326 ..
pes, il éqUlpe a ,q e le 1reste suit les deux rlves.
Une paetle de 1 armee s em laI qu , fluent de la Vitasta et de
, d' 't perdue au con ,
La flotllle manque e re , T' ue le so in de lui faire cont1l1uer·
l'Asikni. Alexandre confie a Nearq d' '11 rs des 101's loin d'etre
" du pays est al eu ,
le voyage. La. travelsee,.' 're des 1\Ulava, peuples. libres
sure On atte1l1t le terI1;OI,r,e, PI 11 ceux qui existalent en
- sans doute clans es a bouddhique _ dont l'h08-
marge des royaumes dans lInde, ce t s ue celle des Ksudraka
tilité s' est déja, lllanifestée enlever Sagala. Bien
et des force d'Alexandre, ces peuplcs
qu'ayant dep eplouve a, L P'n'u vaincu sur la VItasta, s etalt
pas résignés a se soumettl e. e t ,
L'mSTOIRE POLITIQUE
209
sans trop de peine plié, bien que brave, a une vassalité avanta-
geuse. Ceux-ci sont ele la trempe des IUjput qui, bien des siecles
plus tarel, défendront l'Inele contre les Musulmans; dans l'infortllne
des armes, ils incendient leurs villes et périssent au combato
Ainsi font les «( Brahmanes», comme les appellent nos sources
classiques, elans une ville du pays des Malava. Au cours d'une des
actions farouches qui marquent cette campagne, Alexandre mon-
tant le premier a l'assaut de la capitale eles M¡\Java est gravement
blessé. Maitres de la place, les lVIacéeloniens exaspérés massacrent
jusqu'aux femmes et aux enfants.
386. Les 1\ialava et les Ksudraka sont enfin pacifiés par l'exter-
mination ou la terreur et Alexandre reprend sa marche vers le Sucl
en février 325. De nouveau il doit soumettre des peuples hostiles
ou indifférellts et dont l'indifférence l'irrite. C'est un crime aux
yeux d'Alexandre que de ne pas lui faire hommage a son passage.
Plusieurs souverains locaux l'éprouvent. Le principal el'entre eux
parait avoir été Mousikanos, c 'est-a-dire probahlement le roi des
lVIúsika.
Les brahmanes passent pour les instigateurs de sa résistallce. Il
semhle que dans le has Panjab et la vallée ele l'Indus, pays moins
souvent en contact avec l'étranger que les frontieres du Nord-
Ouest, se soit manifestée plus intransigeante qu'ailleurs, elans la
caste eles brahmanes fiel'e de sa science et jalouse du dhal'l71a, de
« l'Ordre » qu'elle a élabli, l'horreur du mlecclla, du barbare.
Fillalement, en juillet 325, Alexandre atleint le delta de l'Inelus,
la Patalene qui a Patala pOU!' capitale et les habitants ont fui a
l'approche des troupes et ele la flotille macédonienlles. Il a déja
renvoyé vers l'Ouest une partie de l'armée sous le commandement
ele Krateros par l'Arachosie et la Drangiane. JI regroupe ses forces
et s'appl'ete a traverser la Gédrosie pour retourner en !rano La
flotille suivra sous le commandement ele N éarque la cote d' ou
l' arniée pourra les ravitailler. N éarque appareille en septembre 325
pour rentrer par le golfe Persique, Alexanclre, le précéelant ele
quelques jours, était entré dalls le pays des Arabeis (Arava) qui
avaient fui comme les hahitants elu delta a son approche. Les
guerres de l'Inele étaiellt terminées mais l'armée devait éprouver
les plus grandes souffrances dans les déserts de Gédrosie, bien que
ces régions, de meme que celles elu Panjab et elu Sud ou Alexanelre
avait pu COllstamment ravitailler ses tl'oupes, fussent alors moins
arides qu' elles ne lesont aujourel'hui.
387. En quittant nnde, Alexandre ne renonc;ait pas a en domi-
ner de loin la partie qu'il avait traversée. Illaissait des vassaux
indigenes au Nord du Panjah et avait rétabli les satrapies aché-
ménides au Sud du Panjáb et clans le Sindh, constituant satl'apes
Philippe chez les Malava et Peithón dans le Sindh. Mais Philippe
était assassiné en 324 et Peithon ne pouvait se maintenir. Eudeme
remplaga Philippe peu avant la mort d'Alexandre en 323, mais les
deux satrapes grecs durent remonter vers le Nord. Eudeme assas-
sina le P{lru en 318 pour s'emparer de son corps d'éléphants et
aller vers 317 chercher fortune dans le partage ele l'empire. Pei-
thon, de son coté, quitta l'Inde en 316 par le Galldhara, Une révolte
L'INDR, tome 1.
210
L'mSTOlRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
conduite al' le futur empereur Candragupta fut sans doule
d
P
, ' 'f qUJ' provoqua le départ des deux chefs grecs. DIX
nement eC1Sl '1 1 '
, ' pres l' entrée d' Alexandre dans 1 nde a pmss
ance
ans a pemee'taait éliminée, L'expédition d'Alexandre, bien quelle
grecque en 'd 'fl ' , . h
, , t' en une suite de victolres, est en e mItlve un ec eco
A
all
t
consllrSe eell renversant l'empire achéménide, a soustrait nnde
exanl , ,',' l' e e
'etements de la pmssance lramenne malS, pour m-m m ,
aux empl , 1" 1 que
il n'a abouti qu'it sans ':f sa e pays
les Achéménides avaIent occupe pres de deux slecles,
388 Effets de l'expédition d'Alexandre, La Grece a
t
' " ' eu de bénéfice de l'expédition. Son contact brntal et bref
re ][ e p. , 'd 't . t' 1
avec la civilisation indienne ne 1m a pas pernIls, .e e u
ment celle-ci. Tout au plus a-t-elle pu apprecler ,e ue
, 1 de l'lnde et admirer le courage que peut msplrer a un
nc lesse , h" ,
indien la philosophie, Elle sait qu un gymnosop lste qm s ,e8,t atta-
che aux pas d' Alexandre, Kalanos - dont l,e nom peut-etl e. une
déformation de la formule par laquelle Il salualt, : « lcalyanam
astil! » - est monté vivant sur un bucher, Elle saIt que ce gy,m-
nosophiste n'était ni le seul, ni le plus gl:an,d d,e son pays, elle n en
demeure pas moins ignorante de la pensee mdlenne, "
389, L'lnde a souffert davantage, Elle ,n avalt
sans doute pas attendu ['invaslOn macedom,enne y?U; les
Gl'ecs. Quelques-uns, comme Skylax, avalent ete mtrodmts
elle par les Perses et c'est sous la forme perse de leur n,om, qU,elle
l s désiO'nait. Yavana est le calque du Yauna pe1'se, forme
s:r le des loniens, L'expéditiori des Grecs, n'a pas me me
app1'is aux Indiens qu'ils se désignaient SOus !e nom
d HelHmes. Les rappol'ts entre, et, Grecs, n ont eu heu que
par des interpretes perses. L admmlstratI?n qu v?ulut
établir était calquée sur celle des, satraples achememdes, LInde
't des Grecs. mais ne recevait rlen de la culture de pays.
voyal , ' d' 1 de son
Il ne faut pas s'étonner qu'elle n alt pas g'ar e e souvemr . ,.
conquérant. En fait, elle ne l'a guere connu. Le ,creur de
tion était alors dans l'Inde centrale et raplde d un
Ya vana aux frontieres occidentales depms peu au I,>0u-
voir il'anien n'a pas été un événement .. Dans leshe.ux
memes qu'il parcourait, son pas.sage, ne pouvaIt lalssel' de
L'élite intellectuelle qui pouvait éCrIre et ,memOlre
tournait son idéal vers l'affranchisserr:ent et falsaIt peu de
s de sa gloire militaire. Les histonens classlques nous ont
le discours par lequelles philosophes indiens n'ont pas cramt
de le lui marquer a lui-meme, ." . "
Mais, si Alexandre n'a pas introdUlt 1 1 11
l'a du moins établi a ses portes apres aVOlr abattu la pms,sanc.e
nienne. L'influence de la Grece sur l'Inde ne qu apres 1m,
elle est malgré tout la conséquence de son actlOn,
e) L'empíre Maurya,
390. Le Magadha. Entre l'époque du et d'Alexan-
dre les événements politiques qui ont eu. heu .1lnde ne sont
guere connus. Il ne semble pas toutefOls qu lIs alent beaucoup
L'mSTOlRE POLITIQUE
2H
changé en un siecle et demi l'organisation du pays, Nous nous trou-
vons, au temps d'Alexandre comme en celui du Buddha, en pré-
sence de royaumes nombreux, plus ou moins puissants, partageant
le territoire avec des états libres, gouve1'nés par des assemblées
aristocratiques. Le royaume du lVlagadha semble l'emporter sur
tous les autres en puissance; c'est lui <lui deviendra le cent1'e du
premier grand empire indien historique.
Les historiens d'Alexandre, qui souvent s'accorélent assez mal
dan s les détails, permettent cependant d'évaluer les forees de Xan-
drames a 150.000 ou 200.000 fantassins, 20.000 cavaliers, 2 000
ehars et 3 it 4.000 éléphants. Le Puru n 'avait pu mettre en ligne a
la bataille de la Vitasta que 30.000 hommes d'infanterie, 4.000 che-
vaux, 300 chars et 200 éléphants.
391. Les (jaÍgunaga. Entre AjataQatru et Xandrames la suc-
cession des rois du Magadha nous est mal connue par suite du
désaccord de nos sources. Les principales listes puraniques font
d' AjataQatru le sixieme monarque d'une dynastie de dix rois, les
Caigunaga, élont le fondateur est CiQunaga et le deuxierne pl'ince
Kakavarna, 01' le J.1![aharamsa place apres AjataQatru un Susunaga
et son fils lCiIasoka. lCikavarna voulant clire ce couleur de corbeau »
et lCilaQoka « AQoka le noir », il doit s'agir d'un seul et meme prince
mais l'une des deux listes dynastiques a brouillé rordre de succes-
sion des rois, D'autres discordances moins importantes existent
aussi.
392. Les Nanda. Cependant les listes s'accordent pour la plu-
part a placer quelques générations apres AjataQatru une série de
princes appelés les Neuf Nallda. Selon les PUl'clna, le del'llier
CaiQunaga, Mahananda a eu d'une femme de la caste des un
fils Mahapadmananda qui a fondé la dynastie des Nanda, C'est un
grand souverain; il aplacé toute la terre sous son parasol, mais il
a détruit la race des ksatriya et inaugw'é le regne des rais Qudra. Il
est clair qu'il faut entendre que la bassesse d extraction de sa mere
l'écartait en principe du trone et qu'il s'en est pourtant emparé, au
détriment sans doute d'une branche légitime, en fondant de ce fait
une dynastie nouvelle. Il a eu a beiser ropposition de la noblesse,
des ksatriya, et il a du meme coup étendu et affermi sa domination,
Ses huit fils ont régné apres lui, mais leur dynastie a été renversée
par Candragupta, fondateur de celle des Maurya.
Par un grave désaccord, le Maharamsa et certains Purana font
régner les Nanda, le premier 22 ans et les derniers 100 ans 368).
Une durée de cent ans est possible pour deux générations de regne,
22 ans est toutefois a priori plus vraisemblable. On peut se deman-
del' si les Nanda ont régné successivement ou se sont disputé le
royaume jusqu'l!. ce que Candragupta ait étabIi it leurs dépens
l'unité du royaume de leur pere. En effet, il est dit dans nos sourees
parfois que Candragupta a détroné le dernier Nanda, Dhanananda,
mais plus souvent a (( détruit les neuf Nanda ». Ceux,ci
peuvent donc avoir régné ensemble ou s'etl'e trouvé en compéti-
tion a l'arrivée de Candragupta. Toutefois si le Xandrames des his-
toriens d'Alexandre est Dhanananda, celuí ci l'avait emporté sur
ses freres avant d'etre renversé par Candragupta.
212 L'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VlIe SIECLE)
393. Candragupta. L'établissement du .p.ouvoir maurya appa-
rait jusqu'a un certain poínt comme un ressalSlssement de la monar-
chie par la noblesse. Candragupta est en eifet ksatriya, il appartient
a un clan mall1'ya (paJi moriya) d'ou le nom qu'il donne il sa dynas-
tie. Certaines sources font toutefois ele sa mere une p1dra qui se
serait nommée Mura. II était peut-etre apparenté aux Nanda. e'est
le brahmane Canakya (pali Canakka) ou Kautilya ou encore Visnu-
gupta, qui lui a permis par stratagemes poli,tiques de s'emparel:
elu pouvoir. A ce brahmane lllustre sont attrlbues des ouvrages qm
nous sont parvenus, un livre de préeeptes, le Nitil¡astra et un impor-
tant traité de politique, l'Artharastra.
Canelragupta est le Sandrakottos ou Sandrogyptos des Grecs,
eontemporain el'Alexanelre et de Seleukos Nikator. Ceite ielentité,
établie pour la premiere fois par ele GUIGNES (et non par vVilliam
J ONES comme on le répete par une erreur traditionnelle), est la base
dé toute la chronologie ancienne ele l'lnde. Canelragupta est el'autre
part le souverain que les Grees ont le inieux eonnu et sur lequel ils
nous ont laissé le plus d'informations.
394. Justin (XV. 4) lui attribue une humhle origine, ce qui peut
s'expliquer paree que sa conelition semblait exclure pour lui tout
espoir en la royauté. n ajoute que eles proeliges ont toutefois
annoncé de honne heure ses gl'aneles destinées. C'est ainsi qu'ayant
offensé Alexandre il chereha son salut dans une fuite précipitée et,
alors que harassé il était endormi, un lion vint le iécher. Cette
légenele ineliquerait au moins que elans sa jeunesse il a connu
Alexanelre. Une correction hardie substitue toutefois dan s le texte
N anelrum il Alexanelrum (GuTscmuD) et N andrum représenterait
Nanela. Mais cette correction n'est pas nécessaire cal' Plutarque
affirme de son coté qu'il a' été en présence cl'Alexandre. Pres
el'Alexanelre, il a pu connaltre le PUl'u, 01' le Mudraraksasa et
Hemacanclra font el'un roi Parvataka son allié. On aelmet souvent
que ce Parvataka n'est autre que le puru. Quoi qu'il En soit, Justin
affirme qu'apres la mort cl'Alexanclre (323) I'Inele secoua le joug et
mit il mort les « préfets » el'Alexanelre, que l' « auteur ele la liberté»
fut Sandracottus mais qu'ilrégna ensuite elespotiquement. C'est
done peu apres 323, soit en 322 ou 321, qu'il commenQa il s'affirmer
eomme chef, et e'est, selon toute prohabilité, en grande partie son
action contre les officiers grecs qui détermina le retrait el'Eudeme
vers 317 et ele Peithon vers 316 (§ 387). Il ne s' ensuit pas qu'il ait
des cette date renyersé les N anela et pris le pouvoir au Magadha.
GEIGEH l'aelmet pourtant, Max MÜLLEH jugeait que l'avenement
datait plus vraisemhlablement de 315 environ. Sa date plus pro-
bable encore est 312-13 (BHATTASALI). En fait, Justin préeise que
Sandracottus avait aequis la royauté et « possédait !'lnde dans le
temps ou Seleueus jetait les bases de sa grandeur future », c'est-a-
dire en 312, date ou Seleukos se taille a Babylone une principauté
inelépendante, et point de d,épart ele !'ere séleucide. 01' c'est en 313-
312 que les données jaina placent l'avenement de Canclragupta
(§ 375). Ces clonnées s'accordant bien avee eeHes de JustÍn doivent
etre acceptées tant que ríen ne vient les démentir et e' est 313 qui a
le plus de ehance d'etre la date exacte, cal' l'année indiquée par le
ealeul jaina (255 ay. rere rikrama) correspond il environ 10 mois
L'mSTOIREl POLITIQUE
213
313 et 2 mois de 312 ay. .-C. ?r si, aussitót apres la mort
d Alexandre, Candragupta a prls la tete du mouvement d'insurree_
tion eontre les préfets dans le Nord-Ouest, il ne pouvait au meme
mom.ent monter sur le trone du M agaclha. Il est probable qu'en-
harch par ses succes eontre les préfets cl'Alexandre iI s' est tourné
apres le l'etrait définitif des Grecs en 316, contre les Nanda dont iÍ
a pris la place au Magadha en 313.
395. Roi du Magadha, Candragupta étenclait néanmoins une
autorité il;npériale sur l'Inde du Nord. Lorsque Seleukos,
devenu 1'01, porta vers lInde pour reconquéril' les provinces un
temps soumlsesyar e'est a sa puissance qu'il se heurta.
Il dut renoneer a son entreprlse et eonclut avee l'ernpereur indien
en. 305 un traité par lequel il lui cédait la partie des provinees rive-
rames de l'lndus qui avaient elépendu antérieurernent des Perses
(Eratosthene dans Strabon, XV. 11, 9), e'est-il-dire le territoire des
satrapies indiennes de Darius, Gandhara et Hidu cette clerniere
no;n seulement ri ;es de l'Indus eneore la par-
tIe de 1 Araehosle et de la Gedl'OSle altenante au bassin de I'lndus.
Le en éehange le clon p.ar Candragupta a SeleuItos
de 500 probablernent ceux qm a la hatailIe d'lpsus (301)
contre Antlgone la victoire au parti de Seleukos. Can-
de plus le jlls connubii. II faut entendre qu'i!
reconnalssalt aux Grees une easte afin de leur permettre de con-
traeter. avee des indiennes des mariages légitimes (FOUCHER). Ceei
revenaIt il cesser de considérer les Grees eomme des mleccha a les
ad.mettre la société inclienne, Apres le traité les deux douve-
l'ams resterent en rapport par Mégasthene, qui en qualité d'am-
bassadeur de Seleukos séjourna il Pataliputra (§ 246).
. Vers le SUll nous rte pouvons préciser jusqu'ou s'étendait l'em-
de 9:'" admet sans certitude qu'il possé-
daIt les reglOns du et de 1 Avantl dont son petit-fils, AQoka,
souveram sans que rien atteste qu'il les ait eon-
qmses.lm-meme. Mais AQoka pourrait aussi bien les avoir reQues
e,n de son pere Bindusara qui peut les avoir annexées il
1 empll'e rnaurya.
.396'. La puissance et l'administration de l'empire maurya ont
Vlvement Grees. Mégasthene et l'Arthar¿astra, ¿ans la
ou eelm-el repl'ésente réellement une ceuvre clu ministre
nous en ont donné un tableau détaillé. Mégasthene a par-
noté nombre de traits de la civilisation inelienne clas-
slque qm sont tres en relief eomme la division sociale en classes
ne peu: marier, auxquelles correspondent des
metlers determmes et qm lmposent une condition de vie particu-
liere a moins qu'on ne devienne « sophiste », e'est-a-elire samnyasin
(§ 1235). Les .sourees grecques attestent que les philosophes ont
une place émmente dans la société, et sont les Brahmanes ou les
Ga.rmanes (= Sarmanes, SCHWANBECK, = Zarmanes, MElLE), ce
qm eorrespond il la distinetion des brahmanes et des Cramana
ceux qui accedent a un haut rang spirituel, les premiers p¿r la
sane.e, les seconds par l'eifort personnel.
DlVers eourants de spiritualité s'entreeroisaient de toutes parts
214 L'HISTOIRE DES ORIGINES AU VII SIECLE) (
. ' \
du Panjab au Bengale. Déja au moment de l'expédition d'Alexandre,
outre le brahmanisme solidement implanté partout, les ascetes nus
ou « » de diverses sectes étaient l.a
rég'ion de TaksaQlliL La concurrence, selon probalJlhte pacI-
fique des religions se faisait largement dans l'empire maurya nais-
sant. 'Les jaina s'honorent d'une tradition qui veut que l'empereur
lui-meme; d'abore! établi sur le tróne par un brahmane, se soit con-
verti a leur religion, ait abdiqué, se soit rendu dans -le Sud en
?ompagnie ¡>atriarche. et se soit dé.truit a la
Jaina, en se laIssant mouru' de faIm a Cravana-Belgola au MaIsur.
397 Bindusára. La durée du regne de Candragupta est unani-
mement fixée a 24 ans. Nous savons relativement peu de chose de
son fils Bindusara, qui, en tout cas, maintint sinon augmenta la
prospérité de l'empire. Le Ma/ulramsa le fait régner 28 ans et les
Purana 25. Les Grecs l' appellent Amitrokhates, mais ce nom, qui
correspond a Amitraghata, « Tueur des ennemis )), ne lui est pas
appliqué par les sources indiennes dont nous disposons. Antio-
chus lelo Soter de Syrie lui envoya un certain Deimakhos comme
ambassadeur. Ptolémée II Philadelphe d'Egypte accrédita un cer-
tain Dionysos en la meme qualité. Lui-meme s'adressa a Antiochus
pour lui demande!' a acheter des figues seches, du vin doux et un
sophiste, mais il lui fut répondu qu'il serait illégal de vendre un
sophiste. Ce menu -fait 8uffit a confirmer que des rapports existaient
entre le souverain du lVlagadha et celui de la Syrie et a montrer que
Bindusara s'intéressait aux choses spirituelles. Le Maháramsa nous
apprend qu'il nourrissait 60.000 brahmanes, mais ceci est une
reuvre pie et n'implique pas nécessairement un intéret spécial pour
la science ou la philosophie.
L'ainé des fils dI:) Bindusara était Sumana. Un autre de ses fils,
AQoka, fut envoyé réprimer une rébellion a TaksaQila (A9olcára-
dána). Plus tard il était chargé du gouvernement de l'Avanti IMahd-
pamsa). Au moment oil la mort de son pere parut imminente,
AQoka quitta l'Avanti, vint a Pataliputra dont il se rendit main'e a la
mort de Bindusara, fit assassiner Sumana et s'empara du pouvoir.
398. Agoka. Le prince qui gagnait l'empire par uncrime allait
devenir le plus vertueux des souverains de l'Inde et l'une eles plus
grandes figures de l'histoire.
Connu des Purana sous le nom d'AQokavardhana, des textes
bouddhiques sous celui d'AQoka ou DharmaQoka s'ils sont en sans-
krit, Asolea ou Dhammasoka ¡¡'ils sont en pali, il est désigné sous
le nom d'Asoka dans une seule de ses propres inscriptions, a
Maskl. D'ordinaire il s'intitule Devanampriya ou °piya (skr. Deva-
nampriyal « Bien aimé des dieux » et Priyadarsi ou Piyadasi (skI'.
PriyadarQin) « Au regard propice )'.
Entre le moment oil il prit le pouvoir et son sacre a PAtaliputra
quatre ans se sont éeoulés (Maháramsa). Monté SUl' le trone par la
violpnce c'est encore par la violence qu'il agrandit tout d'abord son
empire II conquit le royaume du Kalinga sur la cóte orientale dans
la g
e
année de son sacre. Ce fut la l' occasion d'un changernent
profond en lui. Les horreurs de la guerre, partieulierement les
souffrances infligées aux religieux, brahmanes et Qramanes, lui
L'RISTOIRE POLlTIQUE 215
inspirerent des remorels dont il a lui-meme fait graver le
gnage pal' tout l'empire (13
e
éd. sur roc). Ce changement ahoutit en
la 11 e année du sacre a sa conversion complete au bouddhisme
marquée par le fait qu'il (! a été a la Samboelhi ", c'est-a-dire sans
doute a la fois qu'il s'est approché de l'Eveil complet a la vérité
bouddhique et que, cot11me le veut l'AQokáí!addna, il a été visiter le
lieu oil le Buddha acquit la Bodhi (opinion voisine chez LA VALLÉE
POUSSIN). CeLte conversion a été marquée aussi par le début de
pérégrinations pieuses, dhammayátá (8
6
éc1. sur 1'oc). II a pris soin
d'informer tout son peuple et de ceLte conversíon et de la durée de
sa premie.re pérégrination dans une proclamation rÉ'pétée a Rup-
nath, Sahasram etc. (§ 283).
399. C'est du moins a eette conclusion que nous devons
t-il, nOlls arreter, quoique le texte ait preté a des íntel'prétations
tres différentes. De la proclamation en question il reS80rt que le
roi est devenu un lIpdsaka, un disciple lalc du bouddhisme, plus de
deux ans et demi avant le moment ou il écrit, mais qu'il n'a déve-
loppé un grand zele que depuis plus d'un an, elate OU il s'est rap-
pl'oché de la Communauté. Au moment ou il écrit il a paseé 256
nuits (F. vV. TROMAS) en tournée, ce qui correspond au temps
prescrit pour les pérégrinations bouddhiques, le reste de l'année
étant la période normale de re traite durant la saison des pluies
(S. LÉVI), calculée d'apres l'astronomie alors en vogue du Jyoti-
saredánga. La date du rapprochement avec la Communauté, suivi
de l'entreprise d'une pérégrination, est manifestement celle de la
seconde conversion plus complete qu'il place dans la 11 e année de
son sacre, donc les édits de Rupnath gravés apres la pérégrination
de 256 nuits sont de cette meme année ou du début de la suivante.
La premiere adhésion au bouddhisme comme lIpásalca, anté-
rieure de plus de deux ans et demi, est de la 9' année En deux
étapes la crise morale déterminée par le remords de la conquete
du Kalinga avait donc fait d'AQoka un bonddhiste zélé.
400. Selon le Dlparamsa et le Maháramsa, plusieurs membres de
la. ramille royale étaient déja devenus bouddhistes, son nev(tli
NIgrodha dans la 4
e
année du saere, son frere Tissa Moggaliputta
dans la 5" et son fils (ou frere cadet) Mahinda, dans la 7
e
• La neveu
Nigroclha aurait été plus spécialement l'auteur de la conversion
d'AQoka. Selon le Mahdramsa' il était fils de Sumana, le frere
qu'AQoka avait assassiné pour prendre le pouvoir. II était né au
m0ment oil sa mere eneeinte avait fui le drame. Agé de 7 ans, il
avait été admis dans la Communauté par un de ses membres qui
avait observé sur lui les signes de la destinée. AQoka, qui ne le
connaissait pas, le vit un jour passer sous une fenetre du palais;
frapl;lé de son maintien, ill'appela et connut par lui les premiers
enselg'nements du bouddhisme. On a vu souvent la un clésaccord
entre la tradition du J1![aháramsa et les données authentiques des
édits paree qu'on a compris que, selon le Jl!laháramsa, c'était au
moment oa Nigrodha :venait d'etre admis dans la Communauté, au
c.ours de la 4" année du sacre, qu'A<;oka se convertit par lui l au
heu que les édits attestent que la premiere adhésion d' AQoka au
bouddhisme est de la loe année (SENART, F. W. THOl\IAS). Mais le
216 L'mST01RE (DES ORIGINES AU VII" sntcLE)
Fig. 22. - Empires Maurya et Qunga.
L'mSTOIRE POLITIQUE
217
désaccord n'est qu'apparent, le texte du MalIdramsa n'interdisant
pas d'admettre que plusieurs années se sont écoulées entre le
moment ou Nigrodha est entré en noviciat ét celui ou Agoka l'a
apergu.
401. Converti, Agoka, selon les sources bouddhiques, ne se
serait plus guere consacré qu'aux largesses envers la Communauté
et a l'édification de 84.000 monuments bouclllhiques. Sous son
regne se serait tenu un grand concile bouclelhique a Pataliputra,
sous la présielence de son frere Tissa Moggaliputta j son fils
Mahinda et sa fille Sanghamitta auraient fonelé l'Eglise boudelhique
de Ceylan. Les miracles n'auraient pas manqué; a son sacre, pour-
tant antérieur a sa converHion, les elieux et les etres surnaturels
auraient concouru. '
Quelqu'embellissements que la légende ait pu ajouter aux faits,
cette légende n'est pas sans fonelements. Les inscríptions, elocu-
ments irréeusables, attestent qu'Agoka a visité les lieux saints,
Lumbini et sans doute aussi Boelhgaya, qu'il a « doublé )) le monu-
ment d'un Budelha du passé (dont la mention prouve que la légende
était alors déjil. fixéel, qu'il a pl'escrit des mesures contre les moines
dissidents (Sarnath), qu'il se flatte d'avoir « melé )) les dieux aux
hommes et les hommes aux dieux (Rupm\th, Sahasram, etc.) et
obtenu des manifestations elivines (4· éel. sur roe), fait revenir les
temps ou, comme dans les pieuses légendes, les dieux applau-
dissent aux succes du Dharma bouddhique.
402. Le Dharma d' AQoka. Mais le Dharma qu'il professe et
qu'il prone par des édits successifs, les dhammalipi, les {( édits de
l'Ordre », il. partir de la 13
e
année de son saere (6
8
éd. sur pilier),
n'est pas seulement bouddhique, il est en grande partie semblable
au Dhal'ma brahmanique, celui elont tout roi est par le sacre in s-
titué gardien. Ce n' est d'ailleUl's pas seulement un ieléal religieux,
e'est aussi un idéal politique et merne cosmique, e'est l'Ordre nor-
mal au sens le plus large et le plus plein et non pas seulement tel
que l'envisage une secte partieuliere. Quand AQoka exhorte a ne
pas se contenter d'accomplir eles rites (9
8
éel. sur roe) mais a
prendre conscience ele ses péchés (3
e
éd. sur pilier), a pratiquer la
verlu, a etre compatissant, généreux et juste (passim), il ne preehe
pas une religion déterminée et exclusive. Il recommande el'ailleurs
expressément la toléranee mutuelle des sectes (éd. sur roc 7, 12)
et, l'année meme ou iI fait graver ses premiers éelits de l'Ordre, il
accorele a une seete étrangere. au boueldhisrne, les .A:jivika, le elon
de deux grottes, générosité renouvelée dans la 20
e
année du sacre
(Barabar).
403. Le gouvernement d'AQoka.Ce conquérant fratricide,
devenu pacifique et libénl, ne néglige pas les afIail'es du royaume
pour les exerciees ele la piélé. 11 gouverne avee une activité elont
il se fait gloire et par laquelle il paie sa « elette l) envers les etres
vivants (6
6
éd. sur roe). Il ne se bO'rne pas a precher le Bon Orelre,
il veille ¡¡ ee qu'il soh observé. II orelonne dan s la 13
e
année de s,on
sacre des inspections dont sont ehargés elivel's fonctionnaires, les
yllta, (( commis )), les I'djllka, « reeteurs ») et les pl'dclesi1ca, « provin-
ciaux », et qui doivent etre completes ele cinq ans en cinq ans (3
e
éel.
218 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" sntcLE)
sur roe). Dans la 148 année il eré e littérale-
ment « qui ont la grand,e mesure de l Ordl:e », e les ;(
tróleUl's génér'aux de l Ordre )). Ce.s mahamdtra dOlvent
une inspectíon complete tous les CInq ans dans les terr1tOlres qUl
sont dírectement gouvernés par le roi et 10us les trois ans dans les
vice-royautés confiées a des prinees royaux comme celle d'Ujjayini
(10" éd. détaehé de Dhauli), ou sans doute des abus risquent de se
produire plus souvent. Ce sont eux qui 80nt également chargés
d'entretenir des relations avec les étrangers limitrophes pour leur
manifester les dis'positions justes et pacifiques du roi (2" éd. séparé
de Dhauli).
404. Décidant sur leurs rapports et agissant par eux, AQoka,
non seulement met tout en ceuvre pour amener a la [ois le bien
matériel du peuple et son salut spirituel en le disposant a mérite!'
le paradis, le s varga , mais encore il étend sa sollicitude 11. tous les,
etres vivants. Il proscrit le meurtre des animaux meme pour sa
propre table et c'est cn leur faveur, aussi bien que pour les
hommes qu'il [aít distribuer des plantes médicinales et comestibles,
plantel' des arbres qui fourniront de l'ombl'age, creuser des puits
et des abreuvoirs (2° éd. sur roc, 7
e
de Dehli-Topra). Et il ne se
contente pas d'agir aínsi dans S6S propres Etats; des les premieres
années de sa conversion il s'est efforcé d'aider les étrangers a
prendre les memes mesures, cal' il veut remporter au dehors les
« victoires de rOrdre ». (elhammarijaya) qui doivent remplace!'
ceHes de la violence (4" éd. sur roc). Il est essentiel d'ajouter que
sa mansuétude n' est pas faiblesse. Il exige que les condamnés a
mort aient trois jours de sursis afin que, faisant l'aumone ou pra-
tiquant le jeune, ils préparent leur salut, mais il n'interdit pas que
la sentence, pourvu qu'elle soit juste, soit rendue et exécutée
(4
e
éc1. sur pilier).
405. L'empire d'AQoka et ses voisins. Les pays énumérés
comme limitrophes et placés sous la suzeraineté d'AQoka, ou comme
étrangers et non soumis, marquent les limites de l'empire et ses
rapports poli tiques.
Les premiers sont, a rOuest, les Yona (skI'. Yavana), probable-
ment peuples des tel'ritoires céclés a Candrag'upta par Seleukos,
les Gandhara de la vallée de la Kubha, les Kamboja, sans doute
leurs voisins, les Ristika, pput-etre les lVlarathes (R. G. BHANDAR-
KAn), ainsi que leurs voisins Bhoj a et Petenika (5" et 13
e
éd. sur
roe). Fígurent encore parmi les peuples limitrophes les Andhra du
bassin de la Goda\'arl et les Parimda ou Palada qui peuvent etre
rapprochés des Andhra et Pulinda connus de l'Aital'eyabrdhmana
(BÜIILER) ainsi que les N abhaka et N abhapamtí difficiles a localiser
(13' éd. sur roe). Plusieurs de ces noms re<;oivent des ortho-
graphes différentes selon les diverses versions des édits. Il est cer-
tain, en tout cas, que l'autorité d' AQoka allait asséz loin au Midi
pour qu'il ait pu faire graver des édits au Sud meme du pays des
Andhra.
Les peuples étrangers non soumis sont presque tous plus faciles
a identifier. Ce sont au Sud les Coda Pameliya (ou Pada, Pamela)
et Keralaputra (ou Keradaputra, Kelalaputa, Ketalaputa) qui eor-
L 'HISTOIRE POLITIQUE
219
respondent aux trois royaumes tamouls des Cólar (skI'. Cola, Coro-
mandel), PaneliyaI' (skr. Pandya, royaume du Madurei) et Cerar
(skI'. Cera, Maleiyalam). Ce sont aussi le Satiyaputa qui ne peut
trouver place qu'au Nord du Keralaputra et Tambapamni (skI'.
Tamraparni), c'est-a-dire Ceylan.
A rEst et au Nord, aucun peuple n'est mentionné, mais a l'Ouest
AQoka nomme le roi yona Amtiyaka, Amtíyog'a ou Amtiyoka (2< éd.
.!'Iur roc) et il énumere quatre rois « au dela » : Tulamaya ou Tura-
maya, Amtekina, Maga ou Maka et Alikyasudala ou Alikasudara
(13
e
éd. sur roe). Ce sont la Antiochus, Ptolémée, Antigone, Magas
et Alexandrc. Les noms de ces I'oís grecs sont un élément de reeou-
pement capital pour fixer la chronologie d'AQoka.
406 Ohronologie d'AQoka. A priori ces rois peuvent etre :
AntiochllS ler Soter (280-261 J Oll Antiochus II Theos 1261-246) de
Syrie, Ptolémée Philadelphe d'Egypte (285-247), Antigone de
Macédoine (278-239), Magas de Cyrénalque (300-258), Alexandre
d'Epire (272-258), ou Alcxandre de Corinthe 1252-244). L'époque
ou A<;oka s'est mis en rappol'ts avec eux comme avec tous les
étrangers ne peut etre que eelle ou il avait lieu de les croÍre
régnant ensemble, c 'est-a-dire soit celle meme ou ils régnairnt
effectivement ensemble, vers 260, en admettant que l'Alexandre est
celui d'Epire, soit la période immédiatement consécutive pendant
laquelle, en raison des distances et du caractere occasionnel des
relations, l'empereur indien pouvait ignorer la mort de l'un ou de
plusil'urs d'entre eux. D'autre part, A<;oka nomme ces rois dans le
13" édít sur roc qui doit elre de la 14
8
année clu sacre. mais il avait
déja nommé Antiochus et fait allusion 11 ses voisins dans le 2" édit
sur roc, un des premiers des dhamll1alipi qu 'il a commencé 11 faire
graver dans la 13" année du sacre. Son actiol1 diplomatique vel's
eux est done antérieure a cette 13
e
année, mais elle ne saurait avoir
précédé la conversíon qui commence dans la 9' année du sacre;
e'est donc entre la 9' et la 13' année du sacI'e qu'elle se place et le
plus vraisemblablement dans la 9" année, sous le coup du remords
d'avoir recouru a la violence en conquerant le Kaling'11. au début de
cette année.
On a remarqué qu' AQoka ne parle pas de Diodotos de Bactriane
quí, révolté contre Antiochos Il, commenQa a gouverner pou!' son
propre compte vers 250, et qu'apres cette date AQoka l'aurait ren-
contré sur son chemin et nommé (S, NART généralement suivi).
En lout cas, la révolte des Parthes contre les Séleucides s'est
produite en 248-247 et elle a coupé les relations entre l'Inde et
l'Occident. AQoka' n'aurait donc pas pn song-er bien lOl1g-temps
apres cette date a communiquer avec les rois grecs. Les relations
par mer avec l'Egypte restaient possibles, il est vrai, mais alors
c'est Ptolémée et non pas un Antiochus qui eut été mentionné par
A<;oka comme le roi grec au dela duquel sont les autres.
407. Ceci pose, on peut calcule\' la date d'AQoka d apres les don-
nées indiennes. Si l'avt'mement de Candrag-upta comme roi du
Magadha se place en 313, son regne ayant duré 24 ans d'apres
toutes les sources et celui de Bindusara 28 ans selon le Maháramsa
et 25 selon les Purana, AQoka a pris le pouvoir en 261 ou en 264.
220
L'IlISTOIRE (DES ORIGINES AU vne SIECLE)
Son sacre est de 257 ou de 260 et l'époque, de 9 ans postérieure,
. oa il voulait communiquer avec le: rois grecs, se place en 248 ou
251. Puisclue ceHe époqu,e, ralson. ele ,revolte Parthes,
doit se placer 'avant et meme elOlt la prIse de pou-
voir en Bactriane par DJOdotos vers 250, le chIffre le plus probable
est 25L C'est celui qu'on obtient en prenant pour la durée du
reO'ne de Bindusara le compte des purana. Dans ces conditions
l'Alexandre mentionné est probablemerit celui de Corinthe et l'An-
tiochos est certainement AnlÍochus n.
On peut objecter qu'alors Magas était lilort depuis 7 ans, mais
l'objectio
n
n'est pas décisive, cal' il s'agit du souverain de la loin-
taine Cyrénalque, dont on a fort bien pu a Pataliputra ignorer
longtemps la disparition. On pourrait objecter aussi que les don-
nées du Maha<;amsa étant d'ordinaire plus sures que ceUes des
Pllrana, il eut été plus satisfaisant en principe d'adopter pour la
durée du regne de Bindusara le chiffre du Malulpams
a
, A cela on
peut répondre que les Purana, 11. eux seuls, ne l' emporteraient pas,
mais le Mahapamsa a lui seul ne l'emporterait pas davantage, car
il contient des erreurs avérées pour les temps anciens et c'est k
chiffre des Purana qui satisfait aux exigences des autres éléments
de la chronolog
ie
,
L'adoption de ce chiffre doit entrainel', par contre-coup, un ajus-
tement de la datation du Buddha. Si Bindusara a régné 25 ans et
non 28, entre l'avenement de Candragupta et le sacre d'Agoka se
sont écoulés 53 ans et, puisque 218 ansséparent le Nirvana du
Budelha du sacre d'Agoka,on compte 165 ang entre ce Nirvana et
l'avenernent de Candragupta, le Budclha est donc mort en 313+
165
,
soit478 ay. J.-C.
408. Fin du regne d·Agoka. Agoka a régné 37 ans selon les
chroniques singhalaises et 36 d'apres les purana. Il faut évidem-
ment compter ces années 11. partir de l'avenernent et non du sacre,
autrement la chronolog
ie
elynastique présenterait une la cune de
quatre ans entre Bindusara et Agoka, par le fuit que les quatre ans
pendant lesquels Agoka a régné sans etre consacré ne seraient pas
comptés. Il faut donc placer sa mOI·t en 227 ou 226 ay. J.-C.
Nous ne savons rien de précis sur ses dernieres années. KERN,
qui le dénigre avec parLÍalité, a relevé que selon les sources boud-
dhiques surtout sanskl'ites, il apparait comme une sorte de
maniaque de l'aumone, elevenu incapable d'ernpecher une de ses
épouses secondaires, Tisyaraksita, d'abuser cle son sceau pour faire
arracher les yeux 11. son fils Kunala, alor8 vice roi de Taksagila, ou
de faire périr l'arbre de la Boelhi. Mais cesont lit de -pieux romans
qui finissent -par des miracles et surtout il ne faut pas oublier que
la tradition bouddhi(Iue mona¡;¡tique ne s'intéress
e
11. Agoka qn'au-
tant qu'il a protégé la Communauté. Elle ne voit de lui que sa
générosité et sa -piété et elle leS exagere nalvement au del a du vrai-
semblable -pour les donner plus fortement en exemple. Il est d'ail-
leurs possible c{ue l'age ait affaibli l'activité d'Agoka comrne souve-
rain: Il n'en reste pas moins qu'a l'apogée de sa puissance il a été
le plus grand prince de son temps. Ni la Rome du milieu du me s.
ay. J.-C., ni l'Egypte des ptolémées n'atteignent a la grandeur et
a la puissance de l'empire indien, le royaume des Séleucides cede
L'lIlSTOIRE POLlTIQUE
221
s?US la ,P,l';.ssion. des la Chine contre la dynas-
ue des 1 s 111 qUl va lUl donner son umte, SI Agoka est alors
inco
nnu
de touS ces peuples malgré les eflorts qu'il a tenté s du
cOté de c'est qu'a son époque aucun el'eux ne savait ni
ne pou,valt VOlr que lui-J?eme dans. l'hist.oire. Sa puissance, pour-
tant, n est pas son seul tltre de glOlre; blCn peu de princes ont su
apporter dans le gouvernement l'inspiration el'une religion libérale
avec autant de mesure et de foi.
409. Les successeurs d'A90ka. Les sources diverses sont
en désaccord sur la succession des descendants d'Agoka et il est
eles lors impossible de dresser un tableau sur ele la dynastie. n
semble toutefois que le premier héritier du trone fut Kunala le
héros de la légende de Tisyaraksita, et le second Dagaratha
J?-ous avons des inscril)1Íons, donations de grottes 11. la secte des
Ajivika, les memes auxquels Agoka avait déja fait des donations
semblables. Toutefois, le désaccord des sources est du, semhle-t-il
a ce que l' empire a été di visé apres la mort el'Agoka entre ses fils'
en sorte que .les ,listes puraniques. variées ont des chances de
des l.lgnees locales de rOlS au lie;t d'une lignée
lmpcnale umque. Dagaratha peut aV01r ete un fils el Agoka et avoir
rég

en meme temps Il est qu'il régnait
au dans le. tel'rltOlre lllscnptions ont été
tl'ouvees dans. les de Earabar. D auUe part, ce sont des
textes houddlllques, emanant de sectes du N ord-Ouest qui .font de
Kunala le successeur el' Agoka. 11 se peut donc qne Kunala ait hérité
seulement de la partie nord- ouest de l'empire. Toutefois Kunala
est le héros d'uné légencle pieuse, d'apres laquell
e
il a été 'vice-roi
de Taksagila au N Ot'd-Ouest et ceci a pu suffire pour le faire ulté-
rieurement supposer a tort roi dn Nord-Ouest. De son coté, la
Rajatarangini compte nn fils el'Aqoka, Jalauka, parmi les rois du
Kagmir apres Agoka lui-meme, auquel le Kagmir doit avoir effecti-
vement appartenu.
410. Selon les Purana, la dynastie Maurya aurait régné 137 ans
mais de petits pl'inces ont continué longtemps 11. se réclamer
maul'ya; au Konkan, par exemple, il s'en trouve jus-
qu au Xl
e
S. apres J.-C.
Le dernier grand ll'laurya du Magadha est en tout cas Bl'ha-
dratha c{ui passe pour .avoir été assasslllé par son général en chef
pusyanlltl>a ou Puspamltra lors d'une revne militaire, en 176 si la
elynastie Maurya a duré 137 ans comme le veulent les Purana.
. Les Qunga KaI,lva. Pusyamitra est quelquefois con-
SIdere comme le dermer des JVlauryaj plus souvent comme le fon-
datenr de la dynastie eles Cunga. Selon les purana il aurait régné
36 donc de 176 a 140 ay. J.-C., et son fils Agnimitra, 8 ans.
La pleCe ele théiltre de Kalielasa, JIIlalapíkagnimitra, rnonlre Agni-
mitra, roi non pas a Pataliputra, mais a Vidiga, au Malava oriental.
Le de l' empire ne serait donc plus au Magadha mais se
seralt déplacé vers l'Ouest-Sud-Ouest. De fait, pour la période des
Cu;nga nO\lS ne !rouv?I1S pas au. de ulOnUlnents épigra-
phlques 111 nUI1llsmatlques, tanchs qu lis ahondent a l'Ouest du
JVlagadha, spécialernent a Bharhut, au Sud-Ouest de Kaugamhi, ou
222 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII· SIECLE)
deux inscriptions ont été gravées sous les <;unga, et a YidiQa
(Bhilsa, Besnagar) pres de laquelle se trouvent les stupa de S,lfict
(§ 292).
412. A en juger utilisés Kalidasa,
rancien empire n d ras pass.e en au,x
<;unga. Agnimitra va,mcu y m,stalle
peu au Vidarbha et qm .1 d un mmlstre
des Maurya retenu prlSOnl1ler a VldlQil. II y a la la trac,e d u,ne
réaction « légitimiste » contre les <;unga, usurpateurs de 1 cmplre
Maurya De plus, a la.fin del'action: une, de
Puspamitra (Pus:yamltI:a), . son,. pere" s mtItul? geneI al et
annonce qn'il.a éte sacre qu 11 va
et que Vasmmtra son petlt-fils et le fils d Agl1lmItra a .defalt
Grecs sur la rive méridionale du Sindhu (§ 422). Pusyanlltra aurart
donc installé son fils sur le trone du Malava oriental, avant de se
faire l'econnaltre officiellement un enlpire taillé dan s celui des Mau-
rya renversés ". . ..
Le grammairien Patañpli donne u.n exemple gramI?atIcal qm. falt
fortuitement allusion au grand sacrrfice de Pusyamltra. Une lIlS-
eription dit meme que ce a été d.eux (§ 293). La
réalité d'une lutte avec les 'Yavana est certame a cette epoque. Les
grands traits de l'histoire de Pusyamitra donc a.ssez
bien. De plus, il am'ait, selon les sources boucldluques sanskrltes,
été un grand persécuteur des bouddhistes.
413. L'hypotRese d'une lutte de Pusyamitra contre le roi du
Kalinga Kharavela "-qffi l'aurait vaincu au Magadha (JAYASWAL)
repose sur une fausse de l:inscription (§ 292) ou
déclare avoir battu un certam 1'01 de Magadha Bahasatlmlta \skr.
Brhaspatimitra) et sur l'identifica1Íon de ce prince avec
Cette identification se fonde elle-meme snr le fait qu'en astronomle
indienne Pusya est une mansion lunaire en rapport avec Brhas-
pati, Mais il existe au moins deux rois qui précisément,
Bahasatimita et qui sont connus par des monnales (§ 327), Le nom
de Bahasatimita revient encore dans deux inscriptions de dates
différentes (§ 293), La plus récente mentionn.e meme temps
Üdaka (lecture douteuse) que JAYASWAL lm-meme a cherché a
identifier avec Odraka ou Ardraka, cinquieme successeur de Pusya-
mitra dans les listes puraniques. D'ailleurs dans l'inscription de
Kharavela la lecture Bahasatimita est contesté e (ALLAN).
414. Les monnayages localisés du MadhyadeQa (§ 327) prouvent
qu'a l'époque des <;unga des dynasties régnaient
mais devaient pour la plupar.t relever plus on mOlllS des <;unga.
Ceci résulte de la eomparaison des noms qui figul'ent sur les mon-
naies avee ceux des listes puraniques. Non seulement les noms
attestés par les monnaies se terminent généralement en -mitra (pd,-
kril -mita) mais encore ils ont souvent pour premier élément un
nom emp:unté a la mythologie astronomique eomme Jyestha,
Dhruva Phalguni, outre Brhaspati, et meme sans faire état de
Bhanu, 'Surya, Bhadra et Vasu, moins earactéristiques assurément,
mais se pretant tres hien, a une 01',
une partíe des noms qUl figurent dan s les lIstes puramques des
L 'HISTOTRE POLITIQUE
223
'<;unga sont en -mitra ou eontiennent eux aussi un élément
emprllnté.l1 la nomencla.ture tel.s Pusyamitra, Agni-
mitra, SllJyestha, Vasumltra, Ardraka, VaJl'anlltra. En outre, sans
parler ele l'ielentité probable de et de,
ti mitra , le nom d'Agl1lnutra est commun aux lIstes puramques et
aux rnonnaies et on a rapproché Slljyestha du J yesthamitra des
monnaies. L'onomastique des monnaies est done en partie similaire
a eeHe des <;nnga puraniques Ceci s'expliquerait mal s'il s'agis-
sait de part et d'autre de princes completement étrangers et va de
soi au contraire, si tous appartiennent a des lignées parentes OU
les noms sont choisis el'apres une meme tradition. Les; <;unga
apparaissent, dans ces conditions, eomme formant en réalité, non
pas une dynastie 11 tige unique telle que la présentent les Purána,
mais un groupe complexe ele dynastes apparentés, ou suzerains et
vassaux, ;;e partageant l'ancien empire ele Candragupta, chacun
possédant un ou plusieurs l'oyaumes, et partageant sans doute aussi
avec d'autres dynastes étrangers a leur maison.
Non seulement, comme nous l'avons vu, le Magadha n'est plus
le centre de l'empire, mais l'empire meme est émietté. La dynastie
des IUnva qui, seJon la majorité des listes puraniques, aurait régné
pendant 45 ans, apees les 112 années occupées par eelle des C;unga,
semble formée en réalité, elle allssi, de dynastes dont aucun n'a pos-
sédé l'hégémonie et qui meme du régner paralleIement avec
derniers <;unga (RAPSON). Certallls dynastes locaux plus ou moms
apparentés aux <;llnga et aux Kanva ont pu se maintenir apres la
chute de ceux-ei.
415. La perte de la cohésion politique dans les territoires de
l'ancien empire Maurya ne s'est pas accompagnée d'une décadence
dans le domaine de la civilisation et des arts. Les parties des
monuments bouddhiques de Sañci et de Bharhut qui datent des
<;unga en sont le témoignage le plus hrillant. Le premier es sor his-
torique de la religion des Bhagavata date de la meme époque et
eette religion, qui est celle de la Bhagaradgitd et qui sera eelle du
Bhdo'aratapurdna, a c1éja un prestige capable d' entrainer des étran-
gers" tel le Grec Héliocloros (Heliodora), natif de TaksaQila, mes-
sager du roi Antialkidas (Amtalikita, aupres du roi Bhagabhadra
qui a élevé pres de VidiQa un pilier a Garucla qui nous est con-
servé. Mais l'affaiblissement de la 'dynastie devait amener facile-
ment sa ruine, cal' depuis la décadence de l'empire Maurya, !'lnde
suhissait par le Nord-Ouest de nouvelles invasions, plus profondes
eeUe fois qu'au temps d'Alexandre. et d'autre part, plus au Sud,
tandis que s'affaiblissait le pouvoir des <;unga, grandissait celui
des Andhra.
416. La date de la chute des <;unga serait 64 ay. J.-C. et eeUe
de la chute des Kanva, 19 ay. J.-C. d'apres les données pura-
niques. Mais outre que les deux groupes dynastiques ont du régner
simuItanément pour finir ensemble sous la pression des Andhra,
outre qu'il y a des incohérences dans les calculs puraniques, eette
ehronologie est un peu trop longue. En effet, Bhagabhadra, le roi
auquel Antialkidas avait envoyé Héliodore, doit etre le Bhagavata
des listes puraniques qui en font l'avant dernier <;unga et feraient
224 L'HISTOTRE (DES ORIGINES AU VII
e
SIECLE)
. O O Antiallddas ne parait guere pou-
placer son avenement vers 7 '101'0' J -C (TARN'. La fin des pou-
. d 1 d ous de av... I •
VOIl' escenc re au ess 1 d nc en gros dans la premiere mOI-
voirs eunga Kanva se JO -C Si on observe que c'est la
t
· , heu du ler s. a\. . . .. .. 1
le ou au mI '. ka et aussi celIe OU la trachtlOn pIlla pace
des (§ 430), on sera tenté de penser
la reacHon attn 1 K'lnva ont cédé a la fois aux Saka et aux
que les eunga et es ,
Andhra.
f) Les grandes inrasions.
Les invasions greoques. La domination des
41
7. 't' précaire't l'Est. Lo fondateur de la dynastle avaIt du
a touJours e e ., '1' . "1 l' a Can
30'" des la 7· année de l'ere qu'l avaIt lDauguree, cee e -
u;}'ta les provinces limitrophos do les
P avaient commencé a secouer le Joug seleuclele, OUVIant
- el al' l'Etat iranien une longue période ele luttes entre Parthes vou-
l établil' une souvol'aineté iranienne, maitres grocs
'surcroit, envahisseul's venus de I'Asie centrale, Iramens
orientaux pour la plupart.
418 Le ro aume grec de Bactriane. 250 ay. J.-C:, en
meme temps le Pal'the Al'Sakes entreprenaIt les
cieles son action sanctionnée en 248-247 par la fon.ela:lOn, de 1 ere
. ti e le satrape de Bactriane Diodotos se renelaIt
seulement pal'tiellement inelépenelant el AntlO-
Ph 11 E 23" ou 230 son fils Dioelotos II p1'lt lo tItre royal et
c os . n;}, f 't l'
s'allia aux Parthes, mais peu apres ou 227 e
al' Euthyeleme. Antiochos III entrepl'lt une expedItlOn I
a l' obéissance Parthes et satrapes rehelles. Vers.208 11
E tI -deme a Zal'iaspa a rOuest de Bactres, mals
s 206 obtint son retrait en faieant état elu vOlsIllage
neO'OCla e ver . ,. 1 . s
redoutable eles Scythes contro lesquels 11 proteg?al1 , es
Tec ues maie auxquels il pouvait .au s allIer .pour e
g q er', Antl'ochos lui reconnut le tItre de 1'01 et contmua vers
repouss . 'fi . 'G elhara
rE -t une tournée impériale des lors pacl lqUe Jusqu au an ,
, traita avec le roi des Ineliens Sophagasénes
etre ielentifié a Vil'asena, un fils d'AQoka selon Tara-
natha (F VV TROMAS). , l' . Il
'\T , 1'89 Demetrios fils el'Euthydeme, succéela a ce m-cl. mar-
, er s, , '1 . , pas comme
cha bientot a la conquete ele 1 nde, mal S nous n avons " _ .
pour Alexanelre, le récit ele ses campagnes .. Nous en, reelmts
a l'inelication vague eles noms des souverams ou geneI aux grecs et
des succes qu'ils ont obtenus. .
Dans Strabon, Demetrios et Menanelros pour aVOlr
" qu'au Surastra (§ 420) et Menandros
!'Inde plus ele conquetes c,ar I1.
" u'a' l'Isamos sans doute la Yamuna, et meme Jusqu a
pousse Jusq , , l' . t tt 'b ées a
Patali utra. Dans Justin, les grandes expec ltIons son a ? "
A ollEelotos et Menandros, On \ peut entenelre .que DemetIlos,
A
P
olio doto s et Menandros étaient conterr;-porams (R.APSON) et
et Menanelros étaient tout d ahord les heutenants
de Demetrios (TARN).
419. Demetrios et Ménandre. Nous ignorons a quelle elate
L'mSTOIRE POLITIQUE
225
Demetrios est entré dans l'Inde mais nous savons que vers 168,
Eukradites, opérant pour son propre compte ou envoyé par Antio-
ehos IV afin de remplacer Demetrios sous l'autorité séleucide
(TARN), lui enleva de haute luite la Bactriane et établit son autorité
jusqu'au IUpiQa. 01', le YlIgaplll'ana donne du point de vue indien
et sous la forme conventionnelle de prophéties, un résumé el'évé-
nements qui se rapportent évielemment a la conquete d'une partie
de l'Inele par les Grecs et a la lutte de Demetrios et d'Eukratides.
Il dit en elfet que les Yavana envahirent le MaclhyadeQa jusqu'a
Kusumapura (autre nom ele Pataliputraj mais ne se maintinrent pas
dans le pays, une guerre ayant éclaté ch,ez eux. C'est donc vers
168 ay. J.-C. que les Grecs sc retiraient ele la limite extreme elepuis
pen atteinte de leur conquete vers rEsto Demetrios dllt finir peu
apres, mais Ménanelre n'évacua pas totalement l'lnde, il garela un
royaume au Panjab avec pour eapitale Sagala ou eakala dont
Déllletrios avait changé le nom pour celui d Euthydemia. 11 est le
seul prínce grec qui ait laissé un s'ouvenir important elans la litté-
rature indienne. Le ilfilindapaiíha pali, les « Questions ele Milinda »
(transcription palie de Ménandre), le présente interrogeant sans
relache le maitre boueldhiste Nagasena qui donne réponse a tout et
lui fait admirer sa religion. C'est bien Sagala qui est d'apres ce
texte sa capitale. Nombre ele ses monnaies nous sont conservées,
son nom s'y trouve transcrit en araméo-in, :ien sous la forme Mena-
elra. Elles proviennent de toute la région s'étendant elu Gandhara a
Mathura, ce qui indique en gros l'extension, au moins momentanée,
de son royaume. 11 ne faut pas oublier toutefois, qu'un nombre,
meme consielérable, ele pieces el'un souverain trouvées en un
enclroit ne prouve pas irréfragablement que ce souverain ait régné
la. Des trésors alllassés dan s son royaurne out pu etre enterré s au-
dela de sa fl'ontiere des monnaies peuvent etre diffusées
par le commerce en dehors eles états qui les ont émis. En tout cas,
le monnayage inelien trouvé a Mathura ne permet pas de supposer
que cetto ville et sa région soient restées longtemps sous la domi-
nation grecque. La date et la mort de Ménanclre ost incertaine
mais parait se placer entre 150 et 145 ay. J.-C.
420. De son coté, Apolloclotos aurait étendu la conquete grecque
jusqu'au golfe de Call1baye. Tout ce que nous savons est que Stra-
bon, el'apres Apollodoros el'Arternita, dit que Demetrios et Ménan-
dre Ol1t conquis la Patalene (elelta de l'Inclus) el les royaumes de
Saraostos et de Sigerdis. Le elernier n'est pas identifié mais on
pense que le doit etre le Sur{istra, c' est-a-dire la cote elu
golfe ele Cambaye. Puisqlle elans Juslin Apollodotos est nommé au
lieu de Delll etrios comme roi a coté de Mél1andre J et puisque le
nom ele Ménal1dre est par ailleurs associé au Panjab, il est pro-
bable que c' est Apollodotos, agissant au début pour le compte de
Demetrios, qui a marché vers le Sud. TARN tient pour certain qu'il
a elominé la région de Barygaza (Barukaccha, Broach), parce que
l'auteur elu Périple de la il1er E,.yth,.ée atteste que de son temps,
c'est-a-elire ver s la fin du le" S. ap. J.-C., les monnaies d'Apollo-
doto s et Ménanelre y avaient encore cours. Cepenelant ce fait prou-
verait aussi bien que la conquete clu Surastra a été faite par Ménan-
dre et c'est a celui-ci que Strabon l'attribue. D'ailleurs l'usage
L'[NDE, tome 1. 15
226
L'I1ISTOIRE (DES ORIGINES AU vn
e
SIECLE)
dans le grand port commercial de l'Ouest de monnaies vieilles de
deux cents ans, prouve seulement que cell<es-ci avaient été émises
tres nombreuses et qu'elles étaient satisfaisantes pour le titre et
pour le poids. Barygaza,commcr<,¡ant au loin avec l'intérieur de
l'lnde, avait re<,¡u des monnaies de toutes provenances; parmi ces
monnaies les grecqnes avaient élé tout naturellement remarquées
par le marehand gree Il n'y a rien la qui puisse prouver l' établis-
sement prolongé d Apollodotos 11 Barygaza. Apollodotos paralt etre
retourné vers la Bactriane pour combattre Eukratieles et etre mort
peu avant 160 (TARN), Cependant le commerce ele la région ele
Barygaza avec le N ord Ouest est resté extrernement important,
421. Les conquetes de Demctrios, Ménandre et Apolloelotos,
ayant atteint leur extreme limite au moment ou Demctóos dut se
retourner eontre Eukratides ver s 168, se placent sous Pusyamitra
qui doit avoir renversé les Maurya en 176 et etre mort en 140.
Ménandre a régné en meme temps que lui pour finir la meme
année ou peuauparavant, C'est PusyamÍtra, qualifié par la plupart
eles sourees de « général », qui eut a soutenir les luttes eontre les
Yavana, Il est permis de croire que le renversement des Maurya
et les divisions qui s'ensuivirent (§ 412) incitcrent Demetrios a
tenter "1' entreprise devant laquelle, au temps de Candragupta,
Seleukos avait reculé,
La retraite des Yavana au moment de l'action d'Eukratides en
Bactriane permit sans doute a Pusyamitra de reprendre une partie
des territoires un moment perdus, Nous ignoro
ns
si ses armé es
ont aecéléré la ret1'aite, mais il est probable ({u'il a eu au moins
l'apparence de la victoi1'e et c'est ce qui expliquerait qu'il ait pra-
tiqué le sacrifice du cheval, particulierement convenable a un
triomphateu1'.
422. La mention d'une victoire remportée par son petit-fils sur
la rive méridionale du Sinelhu est rapprochée habituellement d' évé·
nements auxquels des exemples grammaticaux de Patañjali se
trouvent faire allusion: « le Grec hloquait Caketa, le Gree bloquait
les Madhyamika)l, Caketa se confond avec Ayodhya, capitale du
Ko<,¡ala, ou, s' en trouve proche, et a du erre attaquée par les Grecs
en marche vers Pataliputra, Mais les Madhyamika ont été ielentifiés
avec les « gens de Madhyamika)), ville du Rajputana (région de
Cittao
r
), L'assertion que les Grecs ont avancé jusqu'au Rajputana
est corroborée par Strabon d'apl'es lequel ils auraient meme atteint
le Sud.stra, Le Sindhu, sur la rive mérielionale duquel ils auraient
essuyé un échec, est identifié généralement a la KaUsindhu, affiuent
de la Carmanvatl et passant a plus de 150 km, a l'Est de Maelhya-
miIza, Le sieg
e
de cette ville et la défaite sur la rive du Sindhu se
rapporteraient a la meme campagne. On a proposé aussi un autre
Sindhu, affiuent de la Yamuna, Selon MAzmIDAR, vivement con-
damné par T AUN, le Sindhu sel'ait plutot le Sindhu proprement dit,
l'lndus, La IUllsindhu, qui court droit du Sud au Nord, n'a pas de
1'ive méridionale, le Sindhu, affiuent de la Yamuna, eoule aussi en
direetion générale du Sud au Norel, mais présente une inflexion
qui lui donne pour un temps une rive sud-orientale, Le petit-fils de
Pusyamitra aurait pu arreter la une incursion grecque, mais l'évé-
L'mSTOIRE POLITIQUJ<; 227
nemcnt se serait alors produit pres de Viclif'a ou elans 1 d "
l
T'l'd' A .. l' " , e rame ele
'La lasa, gmmItra apprenel comme arrivé tres loin S 1
bataille aurait '."" Jieu au moment de la grande inv .' urtout, a
01', selon les dotíiées de IUliclasa e' est ' a 1 occasion adslOll grecquele ;
1 1 d
. , ' ' 'e U passa"'e "U
C leva estme au sacnfice que les Grecs auraient att t;> 1
Indiens et le sacrifice de triomphe ele Pusyamitra ne l}eu't aque es
, , '1 ' ,se conce-
':Oll' arre.s a retra1le grecque. Tout s'explique mieux en déiini-
tlve s s agJt, dans le texte de Kalidasa, toul sil1lplement de 1 Indus
repasse par les Grecs au moment ou Pusyamitra "a ce'le'h
. fi el" , , , 1'1'1' son
sacn ce e L Indus, apres la réunion ele ses oTands
affiuenls, se dIrige ver s le Sud-Ouest et l}l'ésente done lInDe "
S d E t S l' ." llve
,u _ s, ,ur autre rlve,s etendent l'Arachosie et la Gédrosie res-
tees. cel'tamement aux mams des Grecs, C'est prohahlement l' ,
h ' ' '1 ' ' a, SUI
, 1,1ve exposee a mcurSlOns, qu'a eu lieu l'engao'ement avec le
petlt-fils de PusyamItra, b
La fin des l'oyaumes indo" grecs, La plupart eles
prmces grecs, successeurs de Ménanclre, ne nous sont connus e ue
nomo II probable que plusieurs ont régné ensemble dlns
partles du N ord-Ouest, cal' ils sont trop nombreux pour
qu Il y aH place regnes successifs clans la périoele assez
eourte de leur dormnatlOn,
En Bactriane, la d'Eukratid,es ne tarda pas a succomber,
L:s Parthes, aV,ee ,lVlIthrlclate ler, avalent enlevé a Eukratieles lui-
d;s vers .160-159. Son fils, Héliokles, qui, selon
Justm, 1 a assassme, agrandlt ses états aux dépens de Straton s -
eesseur de IVlénandre, mais perdit avant 130 la Bactriane
par, peuple.s d' cen,trale (§ 427) et mourut peu apres,
Ant,lalludas, apres 1m, dut regner sur le Gandhara et le Panjab
occIdental et sans cloute" mourir vers 100 ans au plus tard (TAIIN),
1?:ns 1: royaume de l,a le morcellement a dil
et,1 e tres grand et les generaux ou vice-rois LÍes le
debut la conquete battalent monnaie chacun dans 5a province,
Agathokles, fils de Demetrios, ont du régner succes·
sl,vement malS elans le ,meme temps qu'Apollodotos, Ménandre et
d monnales les rapprochent l'un de l'autre et sont
plus . que celles des autres dynastes indo-grecs. On
locahse ces dynastes hypothétiquement selon lese lieux ou
leurs mO;lllales ont été trouvées le plus fréquemment, De 80
av, J:-C: Jusqu'au déb,ut ele l'ere ch1'étienne, les derniers noyaux de
domm,atlOn dlsparurent dan s les lultes contre les nouveaux
envalllsseurs de l,lnde, l,es Salea, Hippostratos et Nikias furent
sans ,cloute les rOlS grees du Panjab oriental, Hermaios le
dermer du KapIQa. '
Les iv.vasions, Des P?uples « Scythes »,
1I a une epoque anClenlle les territoi1'es
a la perlpherIe de 1 emplre achéménide, Les Salea, qui font partie
?e ee,s peuples, ,sont melltionnés des les inscriptions de Darius ler
a cote des Bactrlens, des Sogdiens et des Gandhariens, Il s'aO'it de
turhulentes, cal' Darius a du réprimer leur révolte en
temps que de la Parthie et de quelques autres pro-
vmces, Sous la dommatlOn hellénique elles restaient insollmises et
228
L'mSTOlRE (DES ORIGINES AV VU
e
SIECLE)
menaQantes (§ 418). Une brusque poussée ver;ue de les, jeta,
au ne s. ay. J.-C., 'sur les royaumes d'Iran Oriental deja Isoles par
. la création du royaume parthe au lIle S.
425. Les Yue-tche et les Saka. Les,lV!émoires histol'iQ.lles de
Sseu-ma Ts'ien et les Annales des Han antenelll'S nous renselgnent
sur cette poussée d'Est en OuesL Pe.u a.va:r:-t.176 ay. J;-C" les,
Hiong-noll, les Huns de. la iVIongohe les
Yue-tche du Kan-sou occIdental et, vers 156, Ils les ecrasel'ent
définitivement, forQant la d'entre Ta Ylle:tche ou
, « Grands Y. »), a émigrer vm:s 1 Ouest, tan dls. qu une petIte.
tion les Siao Yue-tche, « Petlts Y.)), se fixaIt pour des slecles
au Sucl-Est du Kéikéi-nór. Les Ta Yue-tche marchant vers l'Ouest
arriverent dans la réo'ion de l'lssik-kul et y chasserent devant eux
des peuples que les Clünois nonuuent Sai (ancienne prononciation
S;) k ) c' est-a-dire les Saka (,;kr. yaka). !ls eurent a se mesurer
la meme réo'ion avee les HToll-SOllen, peuples aux yeux bleus et a la
barbe rouss"'e, qu'ils défirent mais auxquels les Riong-nou vinrent
preter main-forte. Ils passerent enfin vers 160, en F(;rghana e,n
Sogdiane. refoulant devant eux les Saka. Par la sUlte une melee
confuse de nomades pénétra Bactriane .. Stl'.abor; (Xl. 8, 4¿
dit que la Bactriane fut en.vahle par les ASIOI, Tocharol
et Sakarauloi. Le sommalre de la grande hlslOlre perdue de
Trogue-Pompée indique de s0!l coté, que les et, les Asiani
occupeJ'ent Baetres et la Sogdlane (XLI). Il mer;tlOnne el autre part
« les Asiani, l'ois des Thocari et la destruetlOn des SaraUeffi»
(XLII).
426. On n'a pas de peine a reeonnaltre dans les Asiani les
dans les Toehari, les Tocharoi et dans les Saraueffi, les Sakaraulol.
Il est plus difficile d'établir une entre c10nnées ehi-
noises et oTéco-latines. Les SakaraulOl paralssent repondre (HERIl-
MANN) au bSai-wang des. littéra}e.ment. les « Rois ""
dont le nom répond lUl-meme a une deslgnatlOn saka sanskl'ltlsée
Cakamul'unela, « Princes Saka» (STEN KONOW).
" On rapproche le fait que les Yue-tehe sont venuS du Kan-sou en
v laissant eertains el'entre ,eux et le fait que Ptolémée, quelque deux
et demi plus tard, place des « )) elans l:égion
qui doit etre le Kan-sou. De les ChmOls ont, d,u moms a par-
tir des IV· et v" s. de notre el'e (PELLIOT), appele Yue-tehe les
peuples que les textes sanskrits nommaient Tukhara, c'est-a
Tokhariens. On identifie donc souvent les Yue-tche aux ToeharOl
mais il y a une ecrtaine confusion dans l'emploi clu nom de Yue-tehe
dans les sources ehinoises de diverses époques. D'autres identifiea-
tions sont plus ral'ement acceptées, notamment des vy ou-souen
avec les Asioi et aussi avee les Scytho-sal'mates dlts Alams (CRAR-
PENTIEll). Ce qui e,t sur, e' est que les tribus scythes énumérées par
Strabon comme ayant envahi la Bactriane n' étaient pas eoalisées
mais en l\llte entre elles ou en partie subjuguées les unes par les
autres. De plus elles ont du, comme nous allons le voir, arriver en
Bactriane suceessivement.
427. En ce qui con cerne spécialement Yinvasion ele la Bae-
triane, Sseu-rna Ts'ien dit que les Yue-tehe subjuguerent les Ta-
L'mSTOlRE POLITIQUE
229
Ria au Sud de 1'Oxus, dan s une région qui est bien la Ba t,'
L
" , ,., 2 e llane.
evenement etaJt reeent en 1 8, lorsque l'ambassadeur l' .
'T h 1
7
" • • S T ,. e 11nOlS
c ang a qUl seu-ma s len emprunte ces renseigneme t
. t 'd' '1 1 . n s,
parvm aupres eux; l se pace vralsemblablement vers 130 S 1
1 d
'1' hIT" 1 . . e on
e e.le ang len,. a Yue-tche était au Nord
de 1 Oxus et eeHe des Ta-Hu, qu Ils venalent de soumettre était·
dans des villes et n'avaient pas el'e
TOlS, e et,aJt eonse,quent, tou.te apparence, la population
ou. sedental'lsee depUls plus ou moins longtemps
et qm avalt ete aux Grees. Mais Tchang ICien n'a pas parlé
des Grees,. chasses un peu avant son passage et ayant laissé le pays
pouvolr . central.. Pour MAIIQUAllT, les Ta Hia sont les Tokha-
rlens, seraler:t done. pas les Yue-tehe. Ces derniers qui,
les auralent vameu les Saka et soumis les Ta-Hia
seralent les ASlam de Trogue-Pompée, rois d,es Thocari et destrue-
teurs des Saraueffi.
, 428: T.a-Hia était, un nom de peuple mythique de 1'0uest que
les ChmOls ont eru trouyer en Baetriane (HALOUN) et il
es! probable qu Ils s en sont servIs au n
e
s. av . .J.-C. ponr trans-
'Cn.re par a peu pres le n?m des. Tokhariens (PELLIOT). La théorie
qUl veut que les Tokhanens SOlent les Ta-Hia de Baetriane est
done plausible, mais elle suppose que les Tokhariens, nomades
S!rabon a entrée en Baetriane apres 160, étaient devenus
sedentalres et eltadms avant 128, date oú Tehan
o
' ICien a connu
tels, le.s La, question, eompliquée par d'autres
detaIls et theones, n est pas resolue. En tout cas, Tchang K'ien n'a
pa,s trouvé les Saka en Baetriane en 128. S'ils avaient jamais péné-
treo elans ce pay:s au .moment de la grande migration des Yue-tehe
qUl les refoulalent, lis en avaient du moins été ehassés, De fait
nous savons qu'en 12R précisément ils luttaient a 1'Ouest de
eontre les Parthes et tuaient leur roi"Pl1l'aate II (Jus-
tm, XLII). Les Parthes eependant les contenaient et se hasardérent
années plus tard a attaquer les Tolehariens en Baetriane.
Ils perdlrent la, en 123, leur roi Artaban ler dont le fils Mithri-
date II le Grand (123-88) put en fin conjurer le péril seythe.
429. Les Saka dans l'Inde. Pressés entre les Parthes et les
les Saka. ont pour la plupart émigré vers le Sud pour
se meler Dranglane (skI'. Cakasthana, « séjour des y.»,
moderne ,Selstéln) et en Araehosie a des peuples qui leur étaient
apparentes. De plus, selon les Annales eles Han antérielll's tandis
l.es Yue-Tche subjugaient les Ta-Ria, les Saka le
!Ü-pm. On dIscute pour savoil' si les deux mouvements sont déter-
minés 1'un par ou sont simultanés mais indépendants. La
hypothese est appuyée par le fait que le nom de Ki-pin
les sourees chinoises anciennes le KaQmir (PELLIOT).
Annales des Han antél'ieul's se rapporterait alors
a une mlgratlOn saka différente de ceHe qui est déterminée par les
Yue·tche entre la Baetriane et la Parthie. Cette seeonde vague
salea, indépendante de la premiere, pouvait etre partie de la région
de Khotan et aurait pénétré au KaQmir en fl'anchissant le IUra-
koram. Quoi qu'il en soit des Saka probablement venus de Khotan,
230 L'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VIl
e
SIECLE)
un éc¡uilibre s'étahlit peu a peu entre fes parthe et saka
en Drangiane et en Arachosie. Les Parthes falsalent de suze-
rains mais une fois au moins, en 77, lIs re<;urent leur 1'01 des,Saka-
raula:. Ce roi, Sin<ltruces, était bien un prince parthe, fils d
han II mais iI ayait été exilé chez les Sakaraulao (Pseudo-Lueleu).
Hahituellement des satrapes salea out gouverné sous les Pal'thes.
Les textes sanskrits associent intimement les eleux noms .eles. Saka
et des Parthes, qu'ils appellent r;aka et Pahlava (forme lramenne
de r époque pour « Parthe »).
Finalement, au déhut du \e, S. ayant notre ere, deux gr,oupes et
peut-etre trois groupes " Seythes sont porte.s ele 1 1n:l,e, un
groupe du Sud, les Saka de Drangtane d Arachosle et un gr oupe
du Nord-Ouest, les Tokhariens de Baetnane et peut-etre un grollpe
du Nord, les Saka de Khotan qui déja s'établissent au Ka<;mir:
Apres ces derniers, les deux autres groupes vont entrer sueceSS1-
yement dans l'lnde.
430. Les Salea du Sud ont pénétré par les passes du Balucistan
dans les yallées du has lndus. Le Kdlakdcdl'yakathdnaka conte com-
ment le ma'ltre jaina Kalaka, se trouyant chez les Saka a.u mome.nt
ou un groupe de leurs princes était par. le 1'01 des
aurait entralné ces dans l'Inde ?U reIlverse le
roi el'Uj jayin!, Gardablulla, et se senllent a sa place en
Avanti (MaJava occidental). Vikramaditya, souveralIl dll rOyé:llme
yoisin du Malaya, les auraiL bientot chassés, fondant, en .commemo-
, ration de sa yictoire, l'ere indienne encore en usage qm porte son
nom ou simplement celui de vikl'ama et commence en 58 ay. J.-C.
Dans la 136" année de cette ere, une nouyelle conquete saka ayant
eu lieu l' ere dite r¡aka (78 ap. J.-C.) aurait été inaugurée Cet
exposé 'est plausible (§ 452 et 457). S'il est Yéridique: on pcu,t p,en-
ser que les Saka, de so.nt du A rnollls eta-
blis sur le has Indus. D autre part, rls avalent du remonter llndus
jusqu'au Panjab.
431. Les souverains scytho-parthes. D'apres les m?nnaíes
et les inscriptions. les Iraniens ne tarderent pas il. établIr dans
leurs conquetes un « roí des roi!' )) distinet de. celm ele la Dran-
giane et ele l'Arachosie Des satrapes sa.
raineté. Le prnnier (on un des prenllers) .( 1'01 eles rOls» mdlen
fut Moa ou Moga. appelé, sur ses rnonnaies légendes grecques,
Maues. Une inscription ele son regne, sur cmvre, est datée ele 78
d'une ere non spécifiée. Elle peut etre ele 77,72 ou 70 ay.
(§ 2281. Elle a été trouvée a Taxila. D'autre part, ses 1I10n-
naies Moa semhle avoir occupé le Gandhara tanells que des Grecs
encore a rOuest de ses états au Kapi<;a et il l'Est au
Panjab oriental.
La succession des princes scytho-parthes est surtout connue
grace aux travaux de ·RAPSON. Apres Moa, Azes lel' et Azilizes
semblent avoir acheyé el'éliminer les dynastes grecs. On
souvent il Azes l'r la fondation de l'ere de 58 ay. J,-C. qm est au
contraire donnée par les Jaina COIDme une ere
morant la défaite des SaIca I§ 430). Viennent ensUlte Azes n, pUlS
Gondophares qui, avant d'etre « roi des rois » dans l'Inde, ont dil
L'HISTOIRE POLITIQUE
231
etre vice-rois el'Arachosie, le premicr sous le roi des rois Vonones
le second sous Orthagnes. '
432. Gondopharés . et ses Sl1ccesseurs Gondophares est le
plus connu des souvp,rallls scytho-parthes ou, cOlllme on dit encore
en parlant de sa maison, indo parthcs Son nom se présente avec
de nomhreuses variantes La forme perse originale doit etre Vin-
dafarna. « Qui remporte la victoire »). La forme indienne des ins-
criptions est Guduyhal'a (vha = fa). C'est aupl'es de lui que la
légende fait se rendee l'apotre saint Thomas qui aurait le premier
évangélisé l'lnde, D'apres les Actes de Thomas, le roi Guclnaphar
aurait enyoyé en Occident un marchan el ayec la mission de rame-
ner un architecte et c'est saint Thomas qui serait yenu dans l'Inde
en eette c¡ualité. La demande du roi est tout il fait plausible en soi,
cal' le prestige des arts hellénistiques était granel dans l'Incle
- l'histoire de l'art le pro uve - comme dans le monde iranien
d'alors, hien que la puissanee politique des Grees ait été renversée.
De plus les actes de saint Thomas figurent dans un décret apo-
eryphe du pape Gélase parmi les livres qui auraient été condamnés
en 494 ap. J .-C, comIne entachés de manichéisrne, et e'est la une
présomption non négligeable en fa veu!' d'une ceetaine historicité.
Les rnilieux manichéens connaissaient l'Inde OU l\Hnl avait yoyagé
et a laquelle ils ont fait des ernprunts notables. La légende a du au
moins s effol'cer de leur paeailre yraisemhlable. Si le voyage de
saint Thomas it la cour de Gonclopharcs eut été un anachronisme,
il n' eut pas été possihle d'en faire acccpter le récit. Le regne de
Gondophares occupe donc une bonne partie ele la premiere moitié
du 1" S. de notre ere. Saint Thomas passe pour avoir été assassiné
a Mayilapur (pres dc Madrás), plus tal'd San Thomé, OU se dressent
deux croix dont 1\111e est censée marquer le lieu de sa mort Le
successeur de Gondophares semhle avoir été Paleores dont le pou-
yoir parait avoir eu son centre en Arachosie ou au Panjáb.
433. Sous les Salea et Pahlava le pouyoir effectif parait s'etre
émietté entre des gouverneurs que les rois avaien\. établis sous leur
suzeraineté, satrapes ou « strategoi )), héritiers des fonctions créées
ja is par les Achéménicles et les Grees, ou encore portant des
titres saka comme f'l'j/l1lna « prince )). Nous connaissons par les
inscriptions et les monnaies bon nOIll hre ele >3es princes ou gouyer-
neurs dont certains SOl1t Ires indianisés, a en jugcr par des noms
comrne Aspavarman ou aspa. « cheval », est iranien rnais ou ral'-
man, « cuirasse », est inclien et en principe caraetéristic¡ue de dans
ksatriya. Certains gouvernements de satrapes ont cOl1stitué de véri-
tables royaumes. C'est sans doute le eas de Mathul'a sous le
mahaksatrapa Ráiuvula 290, 330) et son fils (:odasa qui gouyer-
nait en 14 ap. J. C. (§ 294). .
434. Peu apres Gondophares et Paleores, les Saka-Pahlaya du
Nord et aussi de Mathurá ont été renversés par d'autres Iraniens
nouveaux venus dan s ·'1 lnde, les Kusana. Les charges de satrapes
et de strateges semblent ayoir été maintenues lors de ce change-
ment de sllzeraineté. Mais un autre groupe de Saka-Pahlava,
groupe de l'Inde occidentale, celui-Ia constitué par les Ksaharata
et les Ksatrapa d'Ujjayini, ont eu une destinée a part. Probablement
232
L'HISTOIRE (DES AU VII" SIi<:CLE)
sous la suzeraineté des Kusana ils ont fait jusqu' a l' époque des
Gupta face aux états indiens du Leur histoire se rattache
plutót a ceHe de ces états (§ 458 et SUlV.).
435. Les kusana. On a vu que, selon Sseu-ma Ts'ien, les Ta-
Yue-tche vers 130 ay. J.-C. les Ta-Hia, c'esHl-
dire doute les Tokhariens établis en Bactriane (§ 427). Les
Annales des Han antérielll's ajoutent qu'il yavait la cinq ld-heou
titre tex.tes
« princes JI, ce qm cadre bIen avec lmdlcatlOn qu Ils n avalent pas
de grands rois. Mais les des que
ce solent les Ta Yue-tche qUl alent dIvise le pays des Ta-Hla en
cinq principautés apres l'avoir conquis, et ajoutent que « plus de
cent ans » apres, l{'ieou-tsioue-kie, d'abord hi-heou de Kouei-
chouang, aurait fait passer les autres hi-heoll sous son autorité. Le
royauJ1Je aurait alors pris le nom de Kouei-chouang mais les Chi-
nois auraient continué a le désigner comme celui des Ta Yue-tche.
Deux théories principales ont été émises pour interpréter ces don-
nées. L'une s'en rapporte aux indications des Annales des Han pos-
térieurs qui voient dans les hi-heoll des princes Ta Yue-tche. L'autre
soutient que ces indications, plus récentes que celles des Annales
des Han antérieurs, sont des suppositions secondaires et que les hi-
heoll doivent etre Ta-hia. CeHe derniere théorie est la moins vrai-
semblable cal', si le hi-heoll de Kouei-chouang qui a pris le pouyoir
supreme était Ta-hia, il appartenait originellement a l' élément
vaincu de la population bactrienne et il aurait dli d'abord secouer le
joug Ta Yue-tche. Aucune source ne nous apprend qu'il ait eu a le
faire. 11 paralt donc plus probable, dans 1'état actuel de notre docu-
mentation, que le hi-heou de Kouei-chouang était un Ta Yue·tche,
quoique les Ta Yue-tche aient pu consel'Yer une vieille division
Ta-hia du pays. Il est de plus parfaitement possible qu'il y ait eu,
au bout d'un siecle et davantage de domination Ta Yue-tche en
Bactriane, mélange et confusion des éléments Ta Yue-tche et
Ta-hia. Ces éléments étaient d'ailleurs, selon toute probabilité, peu
dissemblables a l'origine et parlaient ¡'un et 1'autre une langue de
l'han oriental, cal' c'est cette langue seule, dans une forme voisine
de celleattestée plus tard a Khotan, qui apparait a tl'avers le grec
et le prakrit de leurs monnaies.
436. Le nom de Kouei-chouang est, dan s le prakrit des mon-
naies, [{usana qui représente un adjectif iranien oriental kusana,
fait sur le nom kusa et signifiant « des Kusa, le Kusien ll. La forme
grecque des monnaies, kosano, répond d'ailleurs a une forme ira-
nienne kllsanu, génitif pluriel de !cusa. La désignation de Kusana ou
!Cusana est demeul'ée en usage pour toute la dynastie de K'ieou-
tsieou-kio. Ce nom du premier des grands Kusana de Bactriane
est, en prakrit, Kujulakasa ou Kuyulakaphsa etc ... , et en gt'ec
Kozoulokadphises etc ... Le nom de Kujulakasa se l'etrOUYe clans
Liaka Kusulaka (§ 454), nom d'un satrape saka du Panjab, dans
l'inscription de Moga clatée de 78 (§ 288). C'est la un indice quí
renforce la présomption de parenté entre d'une part les Saka et
d'autre part les Yue-tche, ou en tout cas les Kusana.
437. Kujulakadphises, comme on a pris abusivement l'habitude
L 'RISTOIRE POLITIQUE
233
d' écrire, a dli établir sa suprématie en Bactriane apres 30 ans av.
J .-C., si la conqucte de ce pays par les Yue-tchedate de 130
et si sa prééminence s'est établie plus de cent ans apres (§ 435).
En fait, il semble n'etre né que vers 10 ap. ,J.-C., et ayoir com-
mencé a régner seulement vers 30 ap. J.-C (GnInSHMAN).
Il n'a pas tardé, selon les Annales des Han postél'icllI'S, a attaquer
les Parthes, le Ki-pin(?) et a prendre Kabul L'attaque des Parthes
n'est pas, semble-t-il, une expédition différente de celle qui l'a
amené a Kabul, alors au pouvoir des Indo-Pa1'thes. En SOl11me il a
franchi 1'Hincllikus en clirection de l'Incle. On a admis qu'il avait
d'áborcl paru a l{abul comme allié du dynaste grec Hermaios, qu'il
aurait ensuite renversé, cal' une partie de son 1110nnayage porte
encore l'effigie d'Heemaios, mais cet argument est sans yaleur, cal'
une autre partie de ses pieces est a une effigie qui rappelle fort
.celle d'Auguste. 11 est infiniment probable qu'Heemaios avait déja
été renversé par les Partho-scythes (§ 423), et qu'en ce CJui con-
cerne le 1110nnayage, Kujulakaphsa a simplement imité les pieces en
cours avant lui ou celles qu'un pl'estige particulier appelaient a son
attention. Celles a l'effig'ie d'Augl1ste sont d'une tres grande impor-
tance, cal' elles témoignent de rapports de l' empire romain ayec la
BactrÍime. 1'appol'ts déjit relevés par REINAUD (qui les plagait a tort
sous Kaniska).
438. De plus, l'effigie est celle des pieces les plus tardives
d' Auguste qui n' ont pu parvenir en Bact1'iane que vers 20 ele notre
ere au plus t6t. Ceci concode bien ayec le témoignage chinois qui
veut que I'unification Kusana se soit faite plus de cent aus apees la
eonquete de la Bactriane par les Yue-tche vers 130 ay. ,J.-C.; et
plus encore avec la chronologie de GHIRSHMAN plagant son ay ene-
ment vers 30 ap. J.-C. Il faut donc entendre que l'unification en
question s'est faite beaucollp plus de cent ans apres la conqUl3te.
Les Annales chinoises nous informent qu!" Kujulakaphsa est
mort octogénaire. Il a donc dtl flnir en 91 ou 92 ap. J.-C., ayant
conquis le Kapiga ve1's 50 et le Gandhara avant 65 et ayant éprouvé
un échec en Asie central e dans une gl1erre contre les Chinois
(GHIRsmIAN, cf. § 4401. Dans l'Inde mcme il paralt avoir pou>,sé
assez loin ses conquetes (§ 457).
439. Vimakadphises. A Kujulakaphsa succéda son fils Vima-
kathphisa, en grec Ooemokadphises (et diverses variantes!. C'est
lui qui établit completement son pouvoir dans l'Inde du N orel, le
substituant a celui des Indo-parthes au Gandhara et au Panjab. Il
donna meme sans cloute la plus grande extension it" sa dornination
dans l'Inde, cal' iI' prit sur ses monnaies le titre de sarvalogif?Val'a,
« Seigneur du monde entier ».
Il ne semhle pas s'etre fixé personnellernent dans l'lnde et y gou:
verna par un vice-roi, peut-etre le Soter Megas des monnaies, SI
eette désignation de «( Granel Sauveur » n'était appliquée qu'a un
seul fonctionnaire supérieur et non a divers satrapes, ainsi qu'on
le croit ordinairemént (§ 332). Cornme son pere, il mourut octogé-
naire. Une inscription de Khalatse au Ladak serait d'une gt'ande
importance pour fixer l'époque de son regne, si elle était d'inter-
prétation tout a fait certaine. C'est une simple date: « An 187 (ou
234
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn
e
snl:cLE)
184) du maharaja Uvimakavthisa)). On poul'l'ait interpréter cette
date dans !'ere scythe des environs de av. J.-C. J§ 288); elle
corresponclrait alors a 34 ou 37 ap. J .-C. Mals une feUllle d argent
inserite, trouvée a Taxila, mentionnant un empereur Kusána non
nommé, serait datée de 136 el'Azes (MARSHALL, suivi en dernier
lieu par KONOW). L'ere d'Azes on ere vikl'al71a, 58-57 ay. J.-C.
(§ [131), aurait done été employée par les Kusana et, si e'est elle
qui est en jeu dans l'inseription ele Khalatse, eelle-ci date de 126
ou 129 ap J.-C. C est ce dernier chiffee qui seul s'aecorele avee la
chl'onologie la plus pl'obable ele la elynastie eles Kusana
Selon STEN KONOW, la soumission de rInde par Vimakadphises
elaterait ele 78 ap. J.-C. et serait le point de dél)art ele l'ere gaka
(§ 430), selon elle daterait ele 9D environ.
440. Nous connaissons, outre les conquetes de l'Inele, des eve-
neme
nts
importante du regne eles Kusana au 1'1' s. de notre el'e,
mais l'incertitude chronologir¡ue empeche souvent de détel'Tniner
s'ils ont eu lieu sous Vimakadphises, sous son pere ou son succes-
seur. Des rappol'ts avec l' empire romain ont eu lieu le plus proha-
blement sous Villlakaelphises, des relations diplomatiques ayec la
Chine ont existé sous les trois princes, mais une guerrc avec les
Chinois doit avoir été menée par Kujulakaphsa. C' est en 90 en tout
cas qHe les Yue-tche envoyerent une armée soulenir les oasis elu
bassin du Tarim, en révolte contre les Chinois qui les avaient
récemment placées sous leur suzeraineté. Le général chinois Pan
Tch'ao, qui faisait alors la loi c1ans l'Asie ccntrale, yenait el'ailleurs
de renYoyer un ambassadeur Yue-tehe demandant la main el'une
pl'ineesse chinoise ponr son maitre. L'expéelilion, attirée elans le
elésel.t et eoupre par Pan Tch'ao de son ravitaillement, échoua sans
cornhattre. Elle atteste elu moihs que les Kusilna ne tournaicnt pas
tous leurs efIorts vcrs l'Inde. Placés en Bactriane au point de con-
tact des trois mondes, parthe, chinois et indien, ils ne pueent pas
empiéter sur la Parthie proprement dite, trop puissante, agirent
contre la Chine en Asie centrale 'nnis ne réussirent que dans
l'Inde.
441. Kaniska Le successeur, non immédiat, de
Vitnakaelphises fut le plus grand des Kusána, Kaniska. On iO'nore
si un lien ele parenté cxistait entre lui et Vimakadphises. b
11 aurait cornmencé, eornme on I'a soutenu, en 78 ou meme plus
tot si I'ere dite gaka de 78 ayait été fonelée par lui, vers 128-129
seulement, si c'était une ere de cette date qu'on lui devait. Mais
GHIRsmIAN a fait valoir qu'avant et apI'es la série eles Kusana
aIlant de Kaniska a Vélsudeva, les inseriptions paraissent se rap-
porter a l'ere d'Azes-Vikrama,laissant un intervalle de 98 ans
dan s lequel se placent les inscriptions de Kaniska a Vasudeva dont
les dates ne comporlent pas de centaines. Il estime que cet inter-
valle eorresponel exaetement a la durée de la 0ynastie ele Kaniska
terminée par la défaite infligée a Vasudeya par Sahpuhr. Il suppose
que la date ele celte dé faite est 252. Celle ele l'ayenement de Kauiska
et du début de son ere serait dOllc '144 ap. J. -C . Cependant, la
s?lution de continuité de 98 elaJ?-s la série eles dates des inserip-
tlOns ne eorrespond pas necessalrement 11. la elurée exacte de la
/
L'mSTOIRE POLITIQUE 231)
elynastie ele Kaniska 11. Vasudeva. Nous pouvons seulement cons-
tater que nous ne connaissons pas cl'inscriptions portant des dates
plus basses dans la série, sans pouvoir affirmer flu'il n'en a pas
existé. De plus et surtout, il n'est pas eertain que Sahpuhr a battu
Vasueleva exaetement en 242. Il n'en reste pas moins qu'un siecl.e
environ s'est écoulé entre l'avenement de Kaniska et la défaite
essuyée par Vásudeva entre 24l et 251. Dans ces conditions, la
date de 1411 est assez probable. L'année 144 ap. J.-C. est la pre-
miere du me s. de !'ere d'Azes-Vikrarna (201). Si Kaniska l'a prise
eomme premiere de son ere, tont se passe simplement eomme si
Kaniska et ses suceesseul'S ayaient daté en ere d'Azes-Vikrama sans
écrire les centaines.
La littérature bouc1Llhique sanskrite a fait, sans doute 11. juste
titre, une légende glorieuse a Kaniska. Elle le rait régner avant
tout au Ganclhára OÚ il aurait eu une capitale d'hiver 1\ PUl'usapura
(Pesavar) tanclis qu'il aurait résiclé ['eté a Kapigá (Begrarn). Elle
le fait maltre elu KaQmlr, tradition qui se retl'OUVC clans la R¡Vnta-
ranginí. Elle lui attribue la conque te de rInde oriental e De fait,
les inscriptions clatées dc son regne se trouvent non seulclllent
dans le Nord-Ouest, mais encore dans l'Inde eentl'ale, 11. j\lathurá
et jusqu'a Sarnath pres de Bénares. Il semblcrait meme qu'il ait
com{uis. au moins par l'intermédiaire de vassaux, une partie elu
Dekkan (§ 457).
442. Nous possédons de Tui une statue inscrite, rnalheureusement
sans la tete ni les bras. Il est representé aussi sur le reliqnaire de
Pesavar (290) et sur ses monnaies. n apparait a prcrniere vue
commc tout a fait étranger 1\ l'lnde. Il pOl'te une barbe hirsute et
son costume est eelui .el'un Scythe (332). Ses tilres ne sont qu'en
partie indiens, il s'intitule ma/¡ill'oja mais ans"i a la maniere
parthe (( roi des rois )), en indien rtijdtirrijá, enfin deVaplltl'Ci. Oe
dernier t,"rme est la tracluction du titre chillOis (, fi's du Cie! )) que
le pehlevi rend a la rneme époCjue par baghplll' et qui coIncide ayee
ce!ui de « Fils de Dieu », répanelu en rneme temps par le ehristia-
nisme (S. LÉVI). Ce trait syrnbolise hien la position de Kaniska
qui, bien loin d'etre un empereur slricternent indien est le maitre
du granel carrefour des ci vilisatioIls actives ele son époque.
443. C'est la civilisation ele l'Inde qui a le plus profité ele eette
po sitio n exeeptionnelIe. La tradition bonddhique fait de Kaniska
un bouddhiste dévót, granel adorateur ele rel iques et fondaleu l' de
stupa (notarnment 11. Pesavar). II est en hit le premier 11. avoir
figul'é sur des monnaies l'image du Budelha mais bien plus sou-
vent des divinités iraniennes y sont rcprésentées. Il n'y a pént-
etre pas a chcl'cher dans son monnayageune inclication l'éelle de
sa religion personnelle. L'hl'ritier du scythe qni battit monllaie 11.
l'eIligie d'Hermaios ou d'Auguste pouvait laisser le ehoix des
frappcs aux divel's partís de son peuple. Ce qui est certain e'est
que la l'éunion sons sOn autorité, assurément hienveillante, de pays
iraniens ouverts sur rAsie central e et d'une parlie de l'Inde ou
flol'issait le bouddhismc a ouvert un charnp imrnense 11. cette reli-
gion et l' a placée sur la route de la Chine. Ce n est pas un hasard
si la seete des Sarvastiváelin, puissanle au NOl'cl-Ouest et favorisée
236
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AV VII
e
SISCLE)
par Kaniska (§ 290) est ceIle que le pélerin chinois Hiuan-tsang
trouvait au VlI
e
siecle bien établie dans les oasis du Tarim OU les
vestiges de ses textes se sont retrouvés.
Kaniska passe tout spécialement pour avoir établi a Khotan,
pays iranien oriental, l'influence indienne et bouddhique. Ceci
s'explique aisément puisque la langue des Kusana, pour autant
qu'elle nous est attestée, est précisément proche de celle de Kho-
tan (§ 435).
444., La culture a trou:,é dans sa conquete partielle par
les Kusana une occaSlOn et une VOle de rayonnement.
Elle a retiré aussi de son contact avec l'étranger des éléments
qui l' ont enrichie. Ce contact a commencé il est vrai bien avant
Kaniska, mais it aucun moment il n'a été plus large que sous les
Kusana. Ce sont les lndo-grecs et les Indo-parthes qui ont été les
porteurs yéritables de l'influence occidentale, spécialement de
l'influence hellénistique dan s l'lnde. L'art du Gandhára s'est formé
au ler S. avant notre ere et a fleuri au l
e
l' s. apres (FOUCHEH), sa
décadence a commencé sous les Kusana mais sa vitalité ne s'est
éteinte qu'a la longue it partir des ne el lile S. Dans le domaine
scientifique les emprunts de l'Inde a l'hellénisme ont débuté sous
la domination indo-grecque mais se son! continués sous les Kusana,
et e'est sous empire, grace a la gl'ande unification que Kaniska
surtout a réahsée, que la gnose alexandrine et les idées iraniennes
ont commeneé a s'infiltrer dan s la pensé e indienne.
La culture sanskrite a été active et bl'illante sous Kaniska. Le
de certaines inscriptions de son temps, notamment ceHe de
est tres sanskritisé. Surtout une tradition veut qu 'il ait
attIre a sa eoUl' le granel poete b6udelhiste A<;vaghosa et le médecin
Caraka. Un concile aurait établi une grande partie des textes sans-
krits des Sarvastivadin.
Kaniska serait mort, assassiné pat' ses officiers alors qu'il faisait
une expéditton militaire dans le N ord.
445. Les successeurs de Kaniska. Les successeurs immé-
diats de Kaniska sernblent avoir été Vásiska son fils, puis Kanis-
ka II fils « de Vajheska)), c'est-a-dire sans doute de Vasiska.
les dates des inscriptions qui les font connaitre, ces deux
pnnces doivent avoir régné it eux deux pendaRt 20 ans environ
apres Kaniska. Huviska ensuite est plus connu. Il est mentionné
par la RdJataranginf eomme roi du KaQmir, sous le nom de Huska.
Un certain Juska mentionné aussi par la meme source n'est pas
identifié avec certitucle. On peut se demander s'il ne s'agirait pas
de Vasuska, successeClr de Huviska. La Rd,jataranginf n'appelle pas
ces rois /(usana mais bien T71rllSka, « Turcs )), eonfondant ainsi
deux sortes de barbares de la Haute-Asie Une série de peinces
mal connus termine la dynastie dans la décadence, apres le regne
de Vasudeva, rival malheureux des Sassanides et dernier des
« grands Kusana)) suceesseurs direets de Kaniska. Ce Vasudeva
est reconnaissable dans le Po-tiao qui, selon le San-kOllO tche,
envoya une ambassade en Chine en 230, et dans le Vehsadjan dont
l'historien arménien Sébéos raconte que le roi d'Arménie Khos-
roes {el' obtint, de 227 a 229, l'alliance contre le fondateur de la
L'HISTOIRE POLITIQVE
237
dynastie sassanide, Ardasir (224-241). Il régnait encore, d'apres
une de ses inscriptions, en 98 de l'ere de Kaniska, et c'est selon
toute apparence SOU8 son regne que se un événement de
grande importance, la défaite des Kusana par Sahpuhr lor. L'inscrip-
tion de ce pt'Ínce trouvee a Naks-i-Ri'tstam I§ 244) fait état de la
conquete sur les Kusana d'une grande partie de l'Asie centrale,
de Pesavar et de l'Hind, c'est-it dire de la vallée de l'Inclus, spécia-
lement du Sindh. Cette conquete se place entre 2M et 251 ap. J.-C.
(GHlBSHMAN). Il se peut qu'elle ait marqué la fin de Vásudeva, iI
se peut aussi que ce dernier ait continué a régner .quelque temps
dan s des possessions réduites. En tout cas, des dynasties Kusána se
sont encore maintenues deux siecIes dans l'Inde du Nord-Ouest.
On ne peut préciser pour le moment pour combien de ternps la
pal"tie de l'lnde tombée au pouvoir des Sassanides resta englobée
dans l' empire iranien, mais il est certain que les échanges cuIturels
entre l'!ran et lInde ont pu etre a cette époque plus importants
que jamais.
446. Selon les Annales chinoises (Pei che), dans la premiere
moitie du ve s. des Ta Yue-tche d'Asie centrale, chassés par la
horde mongole des J eou-J an ou J ouan-J ouan ou par les Hiong-nou,
auraient émigré it Bactres puis envahi l'Incle du N orel.
Le meme mouvement de populations qui avait eu lieu au n
e
S.
ay. J.-C. lors de l'anivée en Bactriane des premiers Yue-tche se
reproduisait done. Cette fois les Ta Yue-tche avaient pour roi un
cerlain Ki-to-lo dont le nom correspond il Kidara, connu par des
monnaies Ils se retrouvent dans l'histoire byzantine sous le nom
de Kidaritai. Selon une autre information du Pei che, Ki-to-to ins-
talla son fils a Fou-leou-eha c'est-a-dire a Pesávar et des lors le
royaume de ce fils fut dit des « Petits Yue-che », Siao Yue-tche.
Les derniers dynastes Kusana disparaissent vees 450 a l'arrivée
de ces Kidarites, destinés eux-memes a etre chassés bientot par les
Huns Hephthalites (§ [182).
g) Les I'oyaumes de tOllest et clu Dekkan
autollr ele l' e¡'e chrétienne.
44'"'. Les Andhrabhrtya. Les Pllr¿{na placent ausssitót apres
les Kanva une dynastie des Andhra ou Andhrabhrtya dont le fonda-
teul' aurait renversé le dernier des Kanva, SUQarman. Les deux
. dynasties des et des Andhrabhrtya seraient done successives
et auraient régné sur le meme pays. Une partie des noms des sou-
verains faisant partie des Andhl'abhrtya dans les listes puraniques
se retrouve dans des inscriptions et sur des monnaies. L'exarnen
de ces documents authentiques montre qu'il y a un fond de vérité
clans les données des Purana rnais qu' on dOit se représenter le
tableau des faits autrement qu'ils ne ront tracé. Ils fournissent
el'ailleurs eux-mcmes jusqu'a un certain point le moyen de préciser
comment on doit les entenclre ..
448. Royaume des Andhrabhrtya. Le centre des grancls
pouvoirs politiques situé au Magadha avant et pendant l'époque
maurya s'était déplacé ver s 1'0uest Sud-Ouest sous les C;unga
(§ 411) et c'est précisément la région de l'Ouest qui pou!' la période
238
L'mSTOIRE (DES OHIGINES AUVIl
e
SÜ:CLE)
consécutive nous a livré le plus grand nombre de monuments. Ceci
peut ten ir aux hasards de la conservation et eles trouvailles, mais
donne il. penser que les événements politiques ont été plus nom-
breux et plus importants lil que dans rEst et le Nord-Est. Celte
présomption est I'enforcée par le fait qn'au Nord-Ouest et a rOnest
sont intervenues des invasions étrangeres qui ont provoqué des
mouvements politiques, suscité des réactions et ouvert des ,"oies
aux échanges commerciaux et culturels. C' est en tout cas dans
rOuest que l'activité des royaumes indiens. apres les (:unga est le
mieux attestée. 01' le nom des Andhra COll1rne détenteurs du pou-
voir principal nous reporterait au contraire au Sud-Esto Le pays
Andhra est proprement le bassin de la Godayari, mais plus spé-
cialement le pays telugu, la région cOll1prise entre la Godayari et
la Kl'sna dans leur cours inférieur.
On en déduit volontiers que le royaume d'Andhra a du s'étendre
vers 1 Ouest considérablement, du pays telugu au pays marathe et
au Konkan, des le début de la dynastie connue des PuMna. En
eitet, les prcmiers souverains de cette dynastie se trouvent déja
mentionnés (BüRLEn) dans des inscriptions de Nanaghat, passe des
Ghilt occidentales qui donne acces a la région de l'actuelle Bombay
(§295) .
449. Origine. Mais les inscriptions anciennes des princes de
la dynastie en question, notamment une inscription de Nasik qui
donne une liste détaillée des possessions de Siri Pulumayi Vasi-
thiputa, ne font pas allusion au pays andhra proprement dit. Une
inscription datée du regne du meme prince et une aut1'e de celui
d'un Siri Sivamaka Sada se trouyent bien aux confins de ce pays
andhra et du Drayida, a Amaravatl, mais des inscriptions de dona-
tions, comme c'est le cas pour la premiere et sans doute aussi pour
la seconde, peuvent etre gravées en un lieu de pélerinage par des
donateurs étrangers datant dans le COll1put de leur pays On a donc
contesté que la dynastie ait été andhra d·origine. On a proposé
d'en placer le herceau a (:atavahanihara dans le district de Ballart
(BellHry), au pays kannara (SUKTHANKAU) ou a Paithana sur la
haute Godavari, chez les Petenika d'A¡;oka ISuBnAHMANIAN)
n faut ohserve1' de plus que les princes en question peuvent
n'i'!tre pas d'origine telugu. En effet, ils sont désignés dans les ins-
criptions et sur les monnaies par les noms de famille de Satakani
ou de Satavahana (skr. (:atakarnin, (:atavahana) ou par le tit1'e de
Vilivayakura. Les deux premiers noms pC)llvent recouvrir des mots
munda signifiant « fils du cheval )) et répondre aux Satiyaputa
d'A¡;oka. Le troisieme se retrouve dans Beleokouros, nom donné
par Ptolémée comme celui du souyerain de la yille royale d'Hippo-
koura (mod. Kolhapue?). Hippo- doit etre la traduction grecque de
« cheval » tandis que koura vOlldrait dire « viII e » (PRZYLUsln). On
comprend des 101's pourquoi les Purana auraient employé la dési-
gnation d' Andhrabhrtya a coté de celle d'Andhra moins précise.
Andhrabhrtya yeut dire « serviteurs des Andhra». Il s'agit done
de vassaux occidentaux des Andhra du Sud-Est, et non d'Andhra
proprement dits. Ces yassaux auraient d'ailleurs éclipsé leurs suze-
rains. On peut noter qu'on serait tenté de rapprocher le terme
L'mSTOfHE POLITIQUE
239
Andhl'abhrtya du composé « qui soigne les en-
:ants ». (et ,non, corome le feralt attenclre la b/¡rtya, « qui doit
e11'e sOlg:ne par les enfants.»). On ?ntend1'alt alors que les princes
en questlOn sont « ceux qm entretlcnnent les Andh1'a». C'est en
effet le corome1'ce de rOuest, dont la grande importance est bien
attcstée au I,r S. ap. J.-C. qui raisait a l'époque la richesse
duo de la YOle des échanges avec rOllest se poursui-
yaIt bien Jusqu au pays des Andhra propl'ement di! et mellle au-
dela. lo influence de l'art gréco-boueldhique du Gandhilra sur celui
d'Amarávatt dans la hasse vallée ele la Kl'sna le pl'ouye a l'évi-
dence, hien qu'il ait existé aussi, a la meme époque, un actif com-
me1'ce maritill1e ayec l'Occident par l'Extreme-Sud de l'Inde.
450. Divisions dll royaume. A s'en rapporter aux indications
de Ptolémée, le royaume des Andhrabhrtya était morcelé de son
temps (vers 150 ap. J.-C. j. Ptolémée distingue nettement Baithana
(Paithana' Pratisthana), ville royale ele Siriptolemaios I Siri Pulu-
mayi), Hippokou1'a, ville royale ele Beleokouros (Vilivayakura) et
les yilles intérieures eles 'AvBpwv ITEtpC('tWV, « eles pirates Anelh;a»
(S. LÉ'VI). On pourrait donc distinguer le royaurne des Satakani
(Siri Pulumayi) de celui des Vilivayakura et de celui des Andhra
proprement elits. Les insc1'iptions ne contredisent pas cette rep1'é-
sentation. Elles connaissent il est yrai un Vasithiputa « fils de
Vasithl J) et un Gotamiputa ( fils de Gotam'i », que' ce1'taines
appellent Vili vayakura, d' aut1'es Satakani, ce qui peut faire penser
que ces titres appartenaient aux memes personnages. Mais les
personnages en qnestion peuyent etre des fl'eres réo'nant sur des
provinces séparées et distingués par les titres an pouyoir
sur ces provinces. Il est possible aussi que certains des Andhra-
aient lem: souyeraineté, a la fin, a deux royaumes dis-
tmcts et touJom's eonslClérés comme séparés quoique réunis sous
un meme sceptre. Les noms tels que Vasithtputa ou Gotamiputa
n'impliquent d'ailleurs pas que ceux qui les portent sont fils ele la
melue Vasithi ou de la meme Gotami. Nombl'e de femmes se sont
appelées ainsi. On peut se demander si la coutume des Satakani de
se désigner comme (1 fils d'une telle» n'est pas hé1'itée d'une
.ancienne habitnde de clans matriarcaux.
451. Principaux souverains. Les inscriptions nous donnent
les noms prakrits réels d'une partie des rois que les Purana
en avec diverses variantes ou corruptions. Ce
sont Slmuka Satayahana, fondateur de la dynastie, son f1'ere Kanha
(Kl'sna), son fils Satalcani. Viennent plus tard Siri Satakani Gota-
miputa et son fils Siri Plllnmayi (ou Pulumayi) Vasithiputa puis
Siya Si1'i Satakani Vasithlputa et Siri Cadasata Vasithiputa,' peut-
etre freres de Sid Pulumayi, puisque tous trois sont dits « fils de
)l. l!n est Vasathiputa, tandis qu'un
Sl1'lyana Satakam est (lit Gotamlputa. Ces denx derniers paraissent
plus récents.
Les plus importants de ces souyerains sont le premier Gotami-
puta et Siri Pulumayi. Mais ils ,sont 20
e
et 21 e dans la liste pura-
niqne la plus longue. Entre le Satakani fils de Kanha et eux un
long intervalle de temps se serait écoulé rempli par 17 regnes.


240
L'mSl'OIRE (DES ORIGINES AV VIIe SIECLE)
Cependant Pulumayi, mentionné par Ptolémée. se place dans
la, premiere moitié n
e
siecle de ere)§ 247), tandis que le
de la dynastle ne remonte qu au le" slecle avant notre ere.
Cet mtervaIle est trop court pour y placer tant de rois intermé-
diaires auquels sont attribués des regnes assez longs. Les Purana
ont sans doute combiné et placé a tort bout a bout des listes de rois
contemporains. Le plus grand des Satakani paraít avoir été un
Gotamíputa si on s'en rapporte a son panégyrique inséré dans une
de sa, me.re a qui énumere ses possessions et
declare qu 11 a cletrmt les etrangers. Salea, Grecs et Parthes, ainsi
qu.e la race des Khakharata 456). A en croire la littérature pra-
lerlte le plus grand des Andhrabbrtya aurait au contraire été H,Ha
Sa!avahana qU! n 'est, connu ni par les inscriptions; ni par les mon-
et qu.e les avant Gotamíputa. La tradition en
falt un prmce lcttre, glOlre de la poésie prakrite auteur d'une
anthologie célebre, la Satlasal. '
452. Rapports avec les royaumes voisins. Les regnes des
Andhrabhrtya O?t été prosperes, mais non sans
guerres. Le panegy.l'lque du 1'01 Kha.ravela du Kalinga (§ 292) nous
que ce a attagué avec succes un Satakani qui doit
etre un de la Mais les luttes principales
durcnt aVOIr lIeu avec !es pouy?lrs étrangers de rOuest, les lesa-
trapa SI la tradltlOn est exacte qui veut que la fon-
datlOn de l'ere de 58 ay. J.-C. commémore la victoire d'un Vilera-
sur l:s Salea qui s'étaient établis a Ujjayin!, le Yikrama-
düya en questlOn est un Andhrabhrtya. L'invasion des Saka par les '
passes du BahlCistan se place dans la premiere moitié du le" S. au
moment ou les données puraniques nous permettent de fixe; la
chute des <;unga et .des Kanva et l'accession des Andhrabhl'tya. Tout
se. passe SI les <;unga, dont le centre de pouvoir était au
Malava, avalent dlsparu; pressés entre les Saka et les Andhrabhl'-
et si un moment maitres d'Ujjayini, en
avalent ete repousses en 08 ay. J.-C. par un des premiers Sata-
ka.ni smnomméyikramad.ity:a, soit qu'il ait pris des lors ce surnom,
SOlt que la le 1m aH plus tard attribué. Des luttes impor-
tantes et mleux attestées eurent lieu uItérieurement a vec les Saka
(§ LiGo.:.
453. de la dyna:stie. Au temps de Gotamíputa, le royaume
comprenaH tout ?u partlC ?e la Godavari, le Surastl'a,l'Apal'anta
(Konkan le Vldarbha, au Nord il englobait le lVIalava,
au Sud.' une du pays kannara avec Vejayanti pour princi-
pale vllle. Mals peu apres, la dynastie ou les dynasties andhra-
bhrtya cédet' le Malava aux ksatrapa (§ l158). A la fin du ne s.
ou au debut du In
e
s. J.-C., le démembrement des possessions
andhrabhl'tya se fit rapldement. Le Sud-Ouest de l'empire andhra-
bhrt,Ya forma guelque temps, autour de Vejayant! (Ptolémée Bana-
basi: modo Banavasí) comme eapitale, un royaume resté en pos-
seSSlOn d'une hranche des Satakani, la « famille Cutu 'J, Cutukula
elI,e-meme remplacé e, sans doute avant 250 environ, par
Kadamba ou Kadamba. Selon les Purana, les Abhira succéderent
aux Andhrabhl'tya. Les Abhira sont localisés par le Pél'iple de lfl.
I
í
L'HISl'OIRE POLIl'IQUE
24f
Mel' El'ythl'ée et Ptolémée dans l'actuel Rajputana et d'autre part
ils ontréO'né au Konkan apres les Satakani. La région de Paithana,
centre Satakani, se trouvant dans l'intervalle a du etre occupée
entre temps et l'indication des PUl'ana est en ce sens exacte. Dans
le pays ándhra propren?e,nt ?it, Si\.takani locale
avoir fini avec un Vasltlüputa saml Slrl Cadasata et un clermer
Pulumavi au début du 1Il' S. Elle a été continuée par une dYl1astie
Ikhi\.hu ou Ikkahu, donc se récIamant de l'ascendance glorieuse
d'Iksvaku (§ 366). e'est sous c:tte dynastie,
pourtant a une famille essen.tlellement qu une
cesse houddhiste fit constrmre ou reconstrmre 1 nuportant stllpa
de Nagarjunikollda un peu en amont d'Amaravatí. A la fin du IV' sie-
cle, sous Samudragupta, nous trouvons dans le pays Andhra un
royaume de Vepgi sous une dyna.stie et .le. de
Pallava constitué des le IHe slecIe contmue la clvlhsatlOn des
Andhra.
454. Les Ksaharáta. La tradition jaina veut qu'une importante
poussée salea ait eu lieu dalls rOuest en 78 de notre ere. Nous
trouvons effectivement dans cette région et a cette époque une
lignée de ksatrapa saka, les Ksaharilta. Le satrape Liaka
du Panji\.b (§ 4361 était dit ksatrapa eles Ksahara. Si ce sont bIen
des Ksaharata qui sont désignés par ce nom, les Ksahal'ata de
rOuest doivent etre venus du N ord-Ouest. II se peut que leur dépla-
cemel1t soit dó a leur refoulement par les KusAna arrivant de Bac-
trian e et qu'ils aient été dans la vassalité de ces Knsana (§ 457).
455. Nahapána. Le titre de Icsaharata appartient au satrape
Bhumaka (§ 459) mais est surtout celui de NahapAna, en iranien
« Protecteur du peuple)J. Ce prince nous esl connu par nombre. de
monnaies et d'inscriptions. Son époque est fixée par la mentlOn
qu'en fait ala fin du le" siecIe le Périple de la 111er El'ythl'ée son s le
nom de Mambanos (BOYEn). Il semble avoir régné longtemp.s .. Les
dates des inscriptions émanant de son genclre ou de son mmlstre
se rapportent a l'ere r;aka de 78 ap. J.-C" quipeut marquerl'année
de son avenement (BOYEn). La derniere de ces inscriptions étant
de la 46° année écoulée de son regne, il aurait régné au moins jus-
qu'a 125 ap. J.-C. Son terrítoire est clairement indiqué par le
Périple, e'est l'Ariake dont la partie cótiere est la Syrastrene, le
Sura.stra et l'arriere pays. l'Aberia ou l'égion des Abhlra. Le grand
port de Barygaza (Bharukaccha, Bharu?) dan s l'esl.uai,re de la
Narmada lui appartient. Sa capItale est Mmnagara, sItuee sans
doute entre Bharukaccha et Ujjayinl Les inscriptions de donations
de son gendre a Nasik et de son ministre. a Junnar datée.s de a 4.6
prouvent qu'a la fin de son regne du moms, son pouvolr attelgnaIt
jusqu'a la haute Godavari et rneme jusqu'au Konkan a la latilude de
Bombay. Il devait alors posséeler le port de Kalyana silué e1an,s le
fond de l'anse de Bomhay. Maitre de Bharukaccha et de Kalyana,
il eontrólait une grande partic du commerce de. I,'Inde,
aussi sa richesse est-ellé restée légendaire dalls la trachtlOn pma.
456. Fin des Ksaharáta. Cctte tradition aussi que
Bharukaccha lui fut disputée et enleyée pal' Salavilhana, c' est-a-dire
les Satavahana ou les Satakani. C' est Gotamlpula Satakani gui le
L'INDJ:, tome l.
16
242 L'mSl'OlRE (DES ORIGINES AU VIl' Sn':CLE)
vainquit cae une inscription de Gotami, mere de ce prince, le
célebre comme le fondateur de la gloire ele la famille des Sata-
vahana, le destructeur des Salea, des Yavana et des Pablava et
l'exterminateúr (nil'arasesakal'a) ele la lignée des Kbakharata en
lesqllels il faut recorrnaltre évidemment les Ksahal'ata. Gotamlputa
dans une inscription ele Nasik de l'an 18 (ecoulé), donc de
la 19' année de son regne, avait de son camp de "ictoire a
Vejayanti orc1onné de changer la destination d un terrain dont
Usabhadata avait antérieurement disposé. Cet Usabhadata est selon
toute probabilité Usavadata, le gendre de Nahapana. L'événement
se place au plus t6t en 46 (écoulé) de Nahapána (125 ap. J.-C.),
derniere date connue des inscriptions de son regne. De fait, lorsque
Ptolémée déerit l'lncle vers 150, d'apres des infol'mations récentes,
ce n'est plus Gotamlputa ¡¡ui regne mais son fils, Siri Pulumayi.
457. Unc indication plus ancienhe clu Pél'iple de la lVlel' El'ythl'ée
complique le probleme historique des luttes entre les Satakani et
les Ksaharáta. Le Pél'iple nous apprenel en effet que Kalliena
(Kalyana) était un port ouvert du temps ele Saraganes l'Ancien, mais
qu'il a été interdit elepuis que Sandanes s'en est emparé. Sandanes
doit representer le sanskrit Candana, qui est un titre Yue-tche,
c'est-a-clire des Kusána. 01', plusieurs sources chinoises veulent
que les Yue,tche aient conquis un moment le Sud de rInde. 11 est
done probable que Sandanes est un Kusana qui aurait alors poussé
ses conc¡uetes au rnoins jusqu'au pays de Saraganes, c'est-a-dire
d'un Satakani, et ceci elans la derniel'e partie du le" s. (S. LÉvI). Il
s'agit done yraisemblablement de Kujulakaphsa (§ 438). Mais il faut
remarquer qu'il serait alors contemporain de Nahapána et aurait
opéré dans la région rneme OU yoyons dominer Nahapana.
Des lors, une bypothesc se présente d'elle-merne: le Saka Naha-
pana qui est un ksatl'apa, et qu'en conséquenee on s'accorde habi-
tuellernent a considérer eomme le yassal d'un roi des l'ois indéter-
miné, était en fait le vassal de Kujulakaphsa. Ceci résoudrait la
question de l' origine de !'ere raka; il s'agirait bien, eornrne le veut
la tradition jaina I§ 430), d'une ere rnarquée par une invasion saka
dans l'Inde occidentale et elle sel'ait tout a la fois l'ere des Saka
(raka) et de Nahapána. En tont cas, sachant que le centre de I'em-
pil'e kusana était a l'Extrcme-N ol'd-Ouest de l'Inde, il parait naturel
que Nahapana ait pu faire figure ele monarque indépendant; mais
s'il était en fait yassal des Kusana eette vassalil é expliquerait qu'il
n'ait pas pris le titre royal et se soit contenté de celui de satrape.
458. Les ksatrapa d'Ujjayini. Gotamiputa Satakani a pu ren'"
verser définitiyement les Ksaharata, il n'a pas réussi a exterminer
les Salea. A peine les documents se taisent-ils sur N ahapana qu'ils
eommenccnt iJ. attester l'existence d'une lignée puissante ele ksa-
trapa salea a Ujjayini et ces ksatrapa, souvent appelés «occiden-
taux », se posent en rivaux redoutables des Satakani. Ils s'intitulent
« rois » en rneme ternps que «, satrapes " mais le rnaintien du titre
de satl'ape donne a penser qu'ils restaient plus ou moins dans la
vassalité des mahdrdja rdjdtil'dja, des « empereurs " Kusana.
459. Castana. Le premier des ksatrapa d'Ujjayini que nous
connaissions est Castana dont l' époque est fixée iJ. la fois par Pto-
T
&::eL $.:s;
L'mSl'OIRE POLITIQUE
243
qui le ,et précise que sa vilIe royale est
Üzene et par une lllscnptlOn de 152 (= 130 ap. J -C ), ou lui-meme
et son petit-fils sont eonjointernent désignés comme souverains
(§ 297).
Son pere s'appelle Ysamotika, norn clont la premiere partie con-
tient un mot iranien signifiant « terre ». Il, est probable que le nom
el'un satrape Bhilmaka « le Ksabarata )) dont on posséde quelques
monnaie;; est une traduction sanskrite d' Ysalllotika, cal' Bhúmaka
est dérivé de bhzlmi .( terre )) (S. LÉvI). S'il en est ainsi, la famille '
,de Castana étaÍt issue des Ksaharata dont elle peut représenter une
branehe qui aurait survécu a celle de N ahapana. Cette branche
peut etre d'ailleurs plus ancienne que celIe de N ahapana ear, selon
RAPSON, les monnaies de Bhílmalea sont antérieures a celles ele
Nahapana. JorvEAu-DuRREUIL pense que e'est Castana qui afondé
l' ere saka ce qui décalerait toute la chronologie. Castana eut pour
fils Jayaclaman et pour petit-fils Rudradarnan.
460. Rudradaman. Ce dernier est le mieux connu et sans
doute le plus important des « rois grands satrapes )). Nous avons
de lui un grand panégyrique sanskrit (§ 297) de 150 ap. J .-C. qui
précise l'extension de son pouvoir. Outre le Malaya, il possede
maints l'oyaumes ou provinces, notamment le Sindh, le Surastra, le
Kaccha et I'Aparanta (Konkan septentrional). Il a vaincu par deux
fois (( Satakarni » qu'il a toutefois épargné en de sa parenté
ayec lui, On pense généralernent que c'est de Plllumáyi Vasithiputa
qu'il s'agit, cal' une inscription de Kanherl désigne l'épouse de
Vásithiputa Satakani cornme fille d'un grand satrape dont le nom
mutilé eommence par Ru. On rcconnait Rudradaman dans ee
satrape et Pulumayi dans le satakani, fils de Vásith1. Ptolémée fait
régner ensemble Castana et Pulumáyi; ainsi ce dernier aurait
épousé I'aniere petite-fille de son contemporain. Le fait est pos-
sible, Castana a díl vivre et régner longtemps puisqu'il est une
[ois désigné comme roí conjointement avec son petit-fils en 130,
461. Successeurs de Rudradaman. La lignée des succes-
seurs de Rudradaman est assez bien connue par les légendes des
monnaies qui donnent le nom de cbaeun avec eelui de son pere et
souvent une date. Mais les faits de leur histoire restent inconnus.
lIs portent soit le titre de ksatrapa, soit celui de maháksatrapa et
souvent les deux successivement. Ces titres cOlTespondent a des
extensions différentes de pouvoir (HAPSON). Des lutles ou des par-
tages du domaine font que souvent plusieurs freres rt'>gnent tour a
tour ou sirn llltanément'. e' est ainsi que Damaysada (ou Damaj ada, ou
Damajadagri) et Rudl'asimha, tous deux fils de Hudradaman, ont
donné le jour, le second a tl'ois branches régnantes, ceHes de San-
ghadaman, Rudrasena et Damasena et le prernier it deux, ceHes de
JivacliÍman et Satyadaman. Le dernier mahaksatrapt a été sans
doute Rudrasimha III, fils de Satyasimha. Ayee lui la dynastie est
renversée par les Gupta ver s 400, cal' une de ses monnaies porte la
date de 310 (avee peut-etre un ehiffre cl'unité), c'est-a-dire 388 de
notre ere.
462. Les in vasions et les échanges cultureis. La domina-
.tÍon des Perses, des Grecs, des Saka, des Pahlava et des Kusana
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VIlO SIECLE)
dans nnde du Nord-Ouest et de rOuest a été pour l'Inde une occa-
sion d' enrichissement et d'e:xpansion. Enrichissement par suite des
emprunts qu' elle a pu faire a l'Occident, spécialement dans les
ordres artistique et scientificlue. Expansion paree qu'elle a exercé
sur ses vainqueurs une influence profonde qu'ils ont propagée dans
leur pays d'origin,e. Dans ,le,s re,ligie.u:x et philosophique
la connaissance napas ete stenle pour I Occldent et surtout, par
la conversion des Inclo-scythes, le bouddhisme a gagné l'Asie cen-
trale et l'E:xtreme-Orient.
463. Les invasions et la culture sanskrite. A l'intérieur du
pays les envahisseurs ont été rapidement indianisés mais leur
incorporation a la société indienne n'a pas été pour celle-ci sans
conséquence. Une tendance a la vulgarisation clu sanskrit, par
e:xernple, semble due pour une part aux éléments étrangers india-
nisés. Le sanskrit était primitivement réservé au:x usages religieu:x,
spécialement brahmaniques. Sous les (:unga c' est e:xceptionnelle-
ment qu'il est employé dans une inscription émanant d'un prince
hrahmaniste (§ 293). Comme en témoigne toute l'épigraphie
ancienne, les pd.krits étaient les langues officieUes. Cependant,le
N orel-Ouest était une des régions 011 le sanshit était le plus cultivé
(Panini était elu Norcl elu Panjab), ce qui le destinait a etre adopté
comme langue littéraire et scientifique. C'était aussi la région des
invasions et par conséquent eles idées antitraditionnelles, elonc la
région 011 ron pouvait avoir le moins de scrupules a le profaner'-
Nombre cl'inscriptions eles Saka et des Kusana, notamment a
Mathura, granel centre de culture sanskrite, sont en prakrit l'empli
de formes sanskrites (§ 294). Les écritures bouddhiques des écoles
du Nord-Ouest sont en sanskl'it, alors que celles des autres écoles
sont en moyen-inelien. Kaniska passe pour avoir patroDné AQva-
ghosa et Caraka. Les satrapes el'Ujjayini semblent avoir contribué
tout spécialement it achever ele elégager le sanskrit de l'usage stric-
tement brahmanique (S. LÉVI). Cet:i les oppose aux Satakani qui
dans les inscriptions et la littérature profane emploient le prákrit.
Mais il faut se g'arder el'exagérer l'opposition. Si e'est sous Ruelra-
daman que le sanskrit classic¡ue, litté¡·aire et raffiné, a élé pour la
premiere fois employé dans une inscl'Íptioll a la louange d'un sou-
verain (§ 297), s'il a remplacé souvent le prakrit dans les légendes
des monnaies, les ksatrapa n'ont pourtant pas entierement répudié
le prakrit. D'un autre eoté, c'est en sanskrit qu'était rédigé le
Suhrllekha, l' " Epitre a un ami », attribué a Né\garjuna et adressé
11. un roi Qatavahana. Il faut aussi, pour expliquer le passage du
sanskrit ele l'état de langue brahmanique it celui de langue littéraire
et scientifique, compter avec la réaction indienne devant l'invasion
étranger¿,. Cette réaction ne pouvait teouvel' de moyen d' expres-
sion plus respectable et plus universellement connu dans le monde
inelien que la vieille langue sacrée, simplifiée elans ses formes et
rajeunie dans ses procédés. Il est probable que les souverains
étrangers ont consacré la vogue elu sanskrit littéraire plutot qu 'ils
ne 1'ont suscitée. La réalité et la puissance de la réaction indienne
'elevant l'invasion étrangere ne saurait etre eontestée; c' est par elle
que la culture du Norel-Ouest et ele rOuest de l'Inde est restée .spé-
cifiquement indienne pendant neuf siecles d'invasions renouvelées
r:mSTOIRE POLlTIQUE
241>
et de soumission pl'esque continue, depuis les Satrapes des Perses
jusqu'it ceux des Scythes.
h) Les royaumes de l'Extreme-Sud et de Ceylan.
464. Les royaumes tamouls. Trois royaumes se sont parta.
gés le pays tamoul ; celui eles Pandi ou Pandiyar (skI'. Pandya
Ptolémée ; Pandion) qui réponel a la partie Ol'ientale de
Sud de la péninsule, celui des Cerar (skI'. Kerala et Cera, Ptolé-
mée ; Kerobothros = Keralaputra) dans l'actuel Travancore et celui
des QóLar (skr. Cola, Ptolémée ; Sorai) au Nord du pays Pamlya
depuis la région ele Tañjavur (Tanjore) jusqu'a la KrS7Hl confinant
au pays andhra. Le nom de (( cóte de Coromanelel» est celui elu
« district eles Qó Lar» r;dLamandalam. La capitale a été en elernier
lieu Madurei (Ptolémée: Modoura), celle des Cera était Karur
(Ptolémée ; Karoura) et ecHe des Cola anciennement UReiyur
(Ptolémée ; Orthoura).
Ces trois royaumes, qui se sont maintenus avec des alternatives
diverses jusqu' aux temps modernes, sont d'origine allcienne. Ils
sont eléjit mentionnés dans les inscl'iptions d'AQoka (§ 405). Celui
des Pandya est meme connu ele Mégasthime qui raconte la légende
de l'établissement par l'Hérakles inelien de sa fille Pandaia (§ 233)
comme reine elu pays du Sud, spécialement du pays on l'on peche
les peeles (cote de la Pecherie). Mégasthene raconte cette légende
a propos de la Mathura des Qúrasena 011 Krsna était adoré, en sorte
qu'il faut reconnaltre ce héros clans l'Hérakles ele Mégasthene, mais
la capitale clu pays Pandya est aussi une Mathura, cal' Maelurei est
la forme tamouIe ele ce nomo En outre, la légende se l'etrouve dans
des sources tamoules du cycle de Civa et non plus de KI'.ma (§ 233).
Il ya dans ces faits la preuve ele relations déja établies au débnt du
llI" s. ay. J.-C. entre les traclitions de l'Inde centrale et ceUes du
pays tamoul. Le nom me me de Pandya peut avoir rapport a celui
des Pandava elu 1lahabharata.
465. Les rapports par mer des royaumes avec l'Occident ont été
tres importants. Le Périple et Ptolémée les attestent formellement.
!ls se faisaient surtont par les ports de Mouziris IMuyiri, modo
IÜ'anganur) et de Kolkhoi (KoRkei, actuellement elans l'intérieur
des terres par suite du retrait ele la mer). Ptolémée connait un tres
grand nombre de noms de lienx a l'intérieur de la Péninsule. n
place ,un « marché)) de Podouke en un point qui peut répondre a
l'actuelle POlldichéry, pres ele laquelle a été trouvé récernment un
gisement considérable de vestiges d'époque romaine. (dont une
intaille d'Auguste) attestant la préRence d'une sorte de factorerie
(JOUVEAU-DuBREUIL). Strabon, de son coté, rapporte qu'Auguste a
reQu une ambassade el'un roi Pandionos. Un temple d'Auguste est
indiqué a l'emplacement de Mouziris par la Table de Pelltinger.
L'histoire des royaumes tamouls aux environs de rere chrétienne
est faite de guerres incessantes entre eux et avec les rois de Cey-
lan, Ce que nous en savons est tiré presque entierement des
«( po emes du Sangam » et sera étudié a propos des origines de la
littérature tarnoule. Notons seulement ici qu'au lIle S., au Nord du
pays Cola, a Kañjlpuram, a été fondée la dynaKtie ultérieure-
246 L'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
ment puissante et de grande importance historique des Pallava-
(§ 498).
466. Ceylan. Comme tam?uls, yil.e de
(skr. pali' Lanka) estA les mscrlptl?nS el A<,;oka
(Tambapamní, skI'. d ou C est le pay.s
indien dont nous avons 1 hlst011'e la plus contmue. Pour les orI-
gines les ch1'oniques ne rapportent toutefois que des légendes,
notamment ceHe d'un roi Vij aya qui aurait fondé la premiere
dynastie dans l'ile, aupa1'avant en possession des Yakkha, « dé-
mons » (skI' Yaksa). Une fille qu'un roi du Bengale avait eue d'une
princesse du Kalinga aurait quitté le royaume paternel pour suivre'
une caravane vers le Magadha puis vers le pays de Lala (skI'. Lata,
la Larike de Ptolémée, le Gujrat). La, enlevée par un lion, elle en
aurait eu un fils, Sihabahu, et une filie, Sihasivali, clont l'union
incestueuse aurait donné le jour a Vijaya. Celui-ci aurait débarqué
a Ceylan au moment meme de la mort du Buddha. En souvenir de
l'ascendance de son premier roi. l'ile aurait re<,;u le nom de Siha-
laclipa, « l'ile clu Lion » (skr. Simhaladvipa, en arabe Serendib j.
Simhala a donné « Ceylan o). La légende peut contenir quelque
trace d'histoire. L'indianisation de Oeylan peut avoir eu son point
de départ dans l'Inde occidentale au v· s. ay. J .-C.
Vijaya aurait obtenu la main de la fille d'un Pandu qui réglwit
sur ie continent, c' est-a-dire une princesse tamoule de la bmille
des pandiyar. En bit. Ceylan est peuplé de trois éléments, runo
aborigene, le second indo-aryen et le troisieme tamoul.
467. Introduction du bouddhisme. L'année de l'avenement
de Devanampiya Tissa, 6
e
roi de Ceylan, le fils (ou frere cadet) et
la fine d'A<,;oka, Mahinda et Sanghamitta, porteurs d'une bouture
de l'arbre sous lequel le Buddha aurait atteint l'Eveil, seraient
venus a Oeylan et y auraient introduit le bouddhisme. On aurait
planté la bouture-relique a la capitale singhalaise Anuradhapura et
fondé le Mahavihara, le « grand monastere ». Les calculs de Gm-
GER fixent les dates de Devanampiya Tissa a 247-207 en prenant la
date de 483 ay. J .-C. comme ceUe du nirvana. En rempla<,;ant cette
date par ceUe de 478 que nous avons adoptée, on obtient pour
Tissa 242-202 ay. J.-C. L' événement ne suivit pas aussitat le début
de l'activité missionnaire d'A<,;oka que nous avons placée en 249.
cal' il est dit que Mahinda fut ordonné dans la 7
e
année du sacre
d'A<,;oka et était dans sa 13
e
année de pretrise (ce qui donne 242
av. J.-C.) au mOll1ent ou il partít pou!' Ceylan. Les édits ou A<,;oka
. parle de Ceylan (2
e
et 1.3
e
sur roc) étant de la 13< année du sacre
(247 ay. J .-C.) et des années ill1médiatell1ent consécutives (§ 283),
la mention de la ll1ission de Mahinda ne pouvait forcéll1ent pas s'y
trouver et son absence ne saurait etre invoquée contre l'historícité
de cette ll1ission.
468. Principaux successeurs de Devanampiya Tissa. Le
quatorziell1e roi de Ceylan, Dutthagall1ani, succéda a un conquérant
tall1oul, cola, Elara, qui avait régné avec justice 44 ans. Il 1l10ntli
sur le trane 136 ans (ou 146 selon certains ll1anuscrits du Mahá-
vall1sa) apres l'avimement de Devanampiya Tissa, c'est-a- dire en
106 ou 96 ay. J.-C. Son regne est marqué par d'ill1portantes cons-
L'HISTOIRE POLITIQUE
247
tructions bouddhiques, spécialell1ent ceHe du Lohapasada destiné
aux assemblées de la COll1munauté. Il dut mourir en 82 ou 72
ay. J -C.
Apres une période troublée, Abhaya Vattag'all1ani saisit le pou-
voir (49 ou 39·av. J.-C.)en tuant un usurpateur, mais le perdit
aussitot par une révolte fomentée dans la pl'ovince méridionale de
Rohana par un brahmane du nom ele Tissa et surtout par une inva-
sion tamoule. Deux rois tall10uls apres une expédition fructueuse
retournerent dans leurs états mais cinq autres se succéderent a
Ceylan, chacun prenant le pouvoir en tuant son prédécesseur, Vat-
tag'arnani put reprendre son trone 15 ans plus tard (34 ou 24 av.
J .-C.?) et régna des lors glorieusernent jusqu'en 22 ou 12 av.
.J.-c. (?). Le couvent d'Abhayagiri fut construit par lui 218 ans en
chiffres ronels apres le MahaviMra, donc en 24 ay. J .-C .. Un grave
conflit religieux eut lieu bientat entre les 1l10ines des deux couvents
et lol's d'un concile réuni pour apaiser la querelle, les Ecritures
bouddhiques furent rédigées .
A Vattagarnani succéderent ses deux fils, Mah¡lculI Mahatissa et
Coranaga, ce derllier ele sinistre méll1oire, grand destructeur de
monasteres (8 av.-4 ap. ou 2-14 ap. J.-C.). Un souverain ultérÍfmr,
le 36°, Arnandagall1ani :88-98 ou 98-108 ap. J.-C.) a été au contraire
un pieux bouddhiste qui a interdít le rneurtre des etres vivants et
prescrit des plantations utiles, renouvelant ainsi les mesures prises
jadis par A<,;oka. Il a lui-meme été assassiné par son frere Kanira-
janutissa qui lui a succédé.
469 Le 44" roi, Vasabha, qui s'était d'abord bit moine, fomenta
une révolte et s'empara du trone. II cOll1pte parmi les souverains
dont l'Eglise vénere la rnémoire (132-176 ou 142-186 ap. J .-O.?).
Le 46", Gajabahukagall1ani í179-201 ou 189-211 ap. J .-C.?) est
important pour l'histoil'e en ce qu'il serait contemporain du roi
Pancliya NecluñjeLiyaN et du roi Cola Nedumudukilli. Les listes du
Dipavamsa et du Mahdvamsa s'al'l'etent a Mahasena (347-374 Ol).
357-384 d'apreR les données du Dtpavamsa, 333-360 ou 343-370
selon ceUes du i11ahávall1sa). Ce prince c¡ui avait d'abord persécuté
le bouddhisme répara pieusement ses torts par la suite. Son suc-
cesseur, connu par le (§ 208), fut Siri Meghavanna, con-
tell1porain de l' empereur Samudragupta (§ 472). Par la suite, selon
les sources chinoises, un roL Mo-ho-nan, le Mahanama du Cala-
vall1sa, aurait envoyé une ambassade en Chine en 428,et Kia-che,
le . Kassapa du C1UaVall1Sa une autre ambassade en 527. Mais ces
dates cadrent ll1al avec ceHes qu'on peut calculer d'apres les chro-
niques pour l'époque des souverains singhalais en question. Les
dates chinoises n' étant pas, semble-t'il, sujettes a caution, il faut
que les durées de regnes, indiquées avec d'ailleurs quelques dis-
cordances par les chroniques singhalaises, contiennent des erl'eurs.
i) Les Gupta.
470. Débuts de la dynastie. La domination achéménide,
l'invasion d'Alexandre et la menace séleucide avaient suscité la
puissante réaction indienne dont Candragupta avait pris la tete.
Ceue réaction s'était appuyée sur la force du Madhyade<,;a orienta
1
248 L'HISTOIRE ORIGINES AU VII" SIECLE)
Fig. 23. - Empires des Alllihrabhltya et Gupta.
L'HISTOIRE POLITIQUE
249
du Magadha, hors d'atteínte des Iraniens et des Grecs La
seconde invasion des Oceidenlaux dans rOuest de l'Inde a été 'sui-
vie d'une l'éaction pareille et de la création d'un empire analogue a.
celui des Maurya. L'intention de restaurer l'empire maurya doit
d'ailleurs avoir été parfaitement consciente; ce n'est sans doute
pas par hasard que le pl'ince qui nous apparait comme le fondateur
réel du nouvel empire est lui aussi un Candragupta.
Les origines de la maison se placent au Magadha, ancien centre
de puissance des Maurya. Les VisnllO et Vdyupurdna prophétisent
que les Gupta régneront sur le lVlagadha et jusqu'au confluent du
Gange et de la Yamuna (Prayaga). Les généalogies données dans
les inscriptions nous réveIent que Candragupta a été precédé de
son grand-pere Gupta ou Gri Gupta et de son pel'e Ghatotkaca,
tous deux mahal'aja, mais dont nous ne savons rien, si ce n'est que
le premier doit étre un roi Che-li Ki-to que mentionne a la fin du
vu
e
s. le pélerin chinois Yi-tsing eomme ayant accordé, plus de
500 ans auparavant, a des religieux: ehinois un terrain dans l'Est
du Magadha pOUl' y batir un temple. Mais Candragupta ler se pla-
Qant au debut du IV· s., son grand-pere ne peut avoir regné dans le
He, l'indication chronologique de Yi-tsing est donc exagérée.
471. Oandl'agupta ler. L'avenement de Candragupta lel' se
place en 320 ap. J. -C. (FLEET) et, ses suceesseurs ayant daté en
prenant ce point de départ, eeUe année marque le début d'une ere
dite gupta.
Nous savons surtout de lui qu'il a épousé KUHl,lrac1evt, une prin-
cesse du clan des Licchavi, clan qui dominait VaiQall au temps du
Buddha et du Jina I§ 371) et dont des descendants, peut-étre rejetés
un jour de la vallée du Gange, régnaient au N epal des avant
l'époque des Gupta. L'accroissement de son pouvoir par rapport a
celui de son pe re et de son gl'anrl-pere est marqué nettement dans
les inscriptions qui le mentionnent avec le titre impérial, mahara-
jddhirdja.
Il mourut sans doute en 335 ap. J.-C.
472. Samudragupta. Son fils, Samudragupta (335-circa 375),
est beaucoup mieux connu grace a son panégyriquc gravé sur un
pilier d'AQoka (§ 284). n se peut qu'un de ses freres, Icaca (P), ait
régné un moment entre Candragupta et lui, mais le nom de l(aca
qui se lit sur quelques monnaies peut le désigner lui-meme. Il
aurait été poete, musicien, conquérant.
Son panégyrique en parle cornme el'un (( elien qui habiterait ce
monde» (lokadhdmno devasya). n énumere en grand détail ses con-
quétes et marque l' étendue de sa suzeraineté et de >1011 prestige.
Les rois de l' Aryavarta ont été (( enlevés de vive force ») (prasa-
bhoddharana) et lenr territoire a été incorporé directement a l'em-
pire gupta. Ceux qui sont énuméres ne sont pas tous ielentifiés. On
en l'econnait cependant plusieurs, notamment Acyuta. connu par des
monnaies d'Ahicchatra, et Ganapatinaga de Padmavati
D'autres ont été captnrés puis relachés par l'empereur. Illes
laisse en fonctions de vassaux dans leurs pays qn'il jugeait san S
doute plus avantageux de faire administrer par eux. Ce sont des
rois ele Kosala (MahakoQala, entre la haute Narmada et la haute
250 L'mSTOIRl!! (DES ORIGINES AU VII· SIECLE)
Mahanadi), de l'Orisa et du Kalinga et meme de contrées plus méri-
dionales, comrne Hastivarman de Vengt, roi d'une dynastie Calan-
leayana au pays andhra, et comme Visnugopa, un des Pal1ava de
Kañci.
473. D'autres ceux; des pays fl'ontieres (pratyantanrpati) ,
n' ont pas été vamcus mals se reconnaissent tributaires. Ce sont
notamment le Nepal.au Nord et le IUmarupa (Asam) al'Est. Dans
le meme cas sont ehvers peuples de l'Ouest dont les Malava les
Arjunilyana: les Yaudheya, les Abhira, ainsi qué les du
et. plus au Nord, au Panjab, les Madraka. Ces
dermeres reglOns ayalent du échapper déj1l. au pouyoir finissant des
et des sa.trapes Salea d'Ujjayini. Enfin plusieurs états sont
falsa,nt des présents et reeevant des ordres. En réa-
lIte 11 s agIt d etats etrangers qui entretiennent seulement des rela-
tions dipl?n:ati,qu,es l'empereur gupta. Ce sont l'état du dai-
sah¿ Sálll, les Cakamurunda et les Saimhalaka. Le
prenuer est le « 1'01 fils de dieu, roi des rois» c 'est-a-dire un suc-
cesseur de Kaniska. Les Caka-murunda, ou le (;akamu-
runda sont les chef" ou le chef Caka d'Ujjayini, ou encore ce sont
le? Caka les Saimhalaka représentent les Singha-
lals. De faIt la l'elatlOn clunOlse des missions de "VanO' Hiuan-ts'o
rappOl:te que le roi de Ce,Ylan, Che-mi-kiao-po -mo
de Cn ql.ll. est le roi Siri Meghavanna du Ma/ul-
a emoy.e .deux relIgJeux, Mo-ho-nan (Mahanaman) et Ou-po
(Upa,L-senaJ), vlsIter le monastere de la Mahilbodhi et qu'ayant
a leul' retoar q:l'il. n'y avait pas la pour les Singhalais de
heu ou. demeurer en palx, ¡[ envoya des présents au roi San-meou-
to-lo-klU-to (Samudl'agupta) pour lui demander l'autorisation de
for;der un eouvent singbalais dans ses étalS. Cetle énumération de
rOls et de peuples rappelle eelle qui se trouye dans les édits
d'Agoka et r,n0ntl'e. que l'empil'e de Samudragupta reeonstituait en
grande pal·tle ce 1m du l\Iaul'ya.
474 Candrn:gupta JI Vikramaditya. Fils de Samudragnpta
de pattadevl, Candragupta II succéda il son pere vers 375 et
J a.sque .. Il. eonsolida l'empire. Vers 390
Il, co.nqmt ,UJjayll1! detru:sant defimtlvernent les satrapes salea. Il
s al1.la, en une prmeesse Kuyeranag-a, it la farnille des Naga,
famIlle qne Samuclrao'upta avait « déracinée » en la personne de
Ganapatinag·a. Il également a celle des Vi¡kataka du Dekkan
central en donnant sa filIe Prabhavati au roi Rudrasena. Si l'ins-
du pilie; de fer d? est gravée en son honneur
(§ 2,98), Il a pousse ses cO,nq,uetes JUsque chez les Bilhlika (Bactriens)
a 1 Onest et au Bengale a 1 Est 11 est probable qu'en tout cas c'est
sous son regne la gupta atteignit son apog-ée. C'est
de son temps aUSSl que la httérature sanskrite' connut une de ses
p.ér}?des, IUlidasa a du etre patronné par lui. Con-
d UJJayull ¡[ est souvent confondu avec le Vikramaditya de
la legende, prot.eeteur de.s I?oetes. Vikramaditya en tout cas a été
SO? sul'I:om. (bu'lida) prmclpal comiTle celui de plusieurs antres
mdlens. Sous son regne permit la
flor alson de toutes les grandes rehglOns. Le bonddhlsme était par-
L'mSTOIAE POLITIQUE 21Si
tout répandu, comme I'atteste le pelerin chinois Fa-hien qui visita
l'Inde a son époque.
475. Kumaragupta ¡ero Son fils, Kumaragnpta ler, dont le
bil'llda principal fut Mahendra.ditya (circa 414-circa 455) eut lui
aussi un regne brillant. Il passe ponr ayoir fondé a Natanda un
couvent bouddhique plus tard célebre. En efret, Hiuan-tsang et
Y-tsing attribuent cette fondation it un roi Che-li Che-kie·louo-tie-
tie, c'est-a dire Cri Cakraditya ; 01' Gakra est synonyme de :Mahen-
dra. Il eut it faire faee aux premiln'es attaques des Huns venus
el'Asie centrale comrne autrefois les Saka et les Kusana. Son fils
Skandagupta Kramaditya les repoussa.
476. Les successseurs de Kumaragupta ler. A partir de
Kumaragupla ler l'histoire se fait plus confuse et on a vouln en
déduire que, des la fin de Skandagupta,l'arrivée des Huns ayait
ébranlé la dynastie qui des lors aurait cessé d' etl'e impériale. Mais
la confusion peut provenil' simplement de ce que le hasard des
trouvailles ne llOUS a pas fourni de données décisives. De ce que
les Huns ont attaqué, d'ailleurs au début sans succes, le Nord-
Onest de l'ernpire il ne s'ensuit pas qne ce dernier se soit eflondré
anssitót. Cerlains admettent en tont cas que le pouvoil' s' e8t, apres
Kumaragupta le", partagé entre deux branehes dynastiqnes, ceHe de
Skandagllpta et ceHe de Pllragupta (BASAK). La premiere, contÍ-
nuée par un Kumaragupta [I1J puis Budhagupla et Bhanugupta,
aurait dominé l'Ouest; la seconde ayec Narasi/1/hagupta puis un
Kurnaragupta llII] aurait régné dans I'Est.
Un seeau trouvé 11. Bhitari atteste que Puragupta était fils de
Kumal'agupta [lel'J, pere ele Narasimhagllpla et grand-pere erun
Kumaragupta. Deux inscriptions sur piliers, une de Bhital'i égale-
ment, l'autre de Bihar, donnent Skandagupta comme flls de Kuma-
ragapta [1""1- Puragupta et Skandagupta étaient donc freres et tons
eleux ont régné. Il ne s'ensuit pas qu'ils ont dominé simnltanément
deux régions diírérentes. Ils ont pu régner successivement ainsi
que Iellrs enfants.
Selon Biuan-tsang, Buddhagupta était fils de Cakraditya, c'est-a-
clire de Knmaragllpta {er. OIl a voulu rejeter comme fausse l'infoJ'-
mation du pelerin, mais Buddhagupta a pu etre un troisicme fils de
Kurnaragnpta le
r
(RAYCHAUDHURI) ayant régné aprcs ses freres,
Skandagllpta et Puragupta. Les inscriplionset les monnaies nous
font ele lenr cOté connaÍtre nn Budhagupta qui cloit étre le meme
que le Bnddhagupta de Biuan tsang. Ce dernier a du remplacer
Eudha, nom de la planete Mercure, par ceIui du Buddha. Pour
FLEET iI s'agiraít de denx souverains différents. Cependant la con-
fnsíon de Budha avec le Buddha s'cxplique tout naturellement chez
Hiuan-tsang uniquemellt préoccupé dn fondateur de sa religion. Il
est donc probable que le roi du Magadha Buddhagupta est le meme
que le roi Budhagupta sous le regne duquel a été grayée en 165
(= 484 ap. J.-C.) Une inscriplion d'Eran au Millava oriental. Maitre
du Magadha et da Malaya oriental, ce souverain était encore en
possession de la majeUl'3 partie :lU moins de l'empire. D'ailIe¡¡.rs,
si l'inscríption ne le désigne pas expressément sous le titre cl'empe-
reur (elle l'appelle bhúpati « maitre de la terre »), équivalent banal
252 L'arSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIi¡;CLE)
de « roí »), elle implique qu'il en a,;ai,t.le rango émane en effet
d'un l1Iahdrdja Matl'visnu, et ce le comme ,suze-
rain puisqu'il précise que l'inscrlptlOn est geavee sous son regne.
477. Apres Buddhagupta, pla,ce u.n
par ailleurs inconnu et un qUI vamcu le Hun i\hhl-
rakula. Baladitya est le bU'llda de Narasllnhagupta, fils de Pura-
gupta. On suppose souvent qu'il asuccédé it son et ceci le
placerait avant Budhagupta, HlUan-tsang se tromperaIt en le pla-
gant apees. Mais les trois freres Purugupta, Skandagupta et Budha-
O'upta ont pu régner successivement avant que le trone passe a la
génération suivante. En d'autres termes, si le regne de l'oncle a
précédé celui du neveu, l'information de Hiuan-tsang n'est pas
erronée. Apres Blldhagupta et Narasimhagupta le souverain le plus
notable paralt etre Bhanugupta. Une inscription d'Eran de 510 ap.
J.-C. est geavée a la gloire du héros Gopadja, mort dans une
bataille qu'il avait livrée avec Bhanugllpta, sans doute contre les
Huns. A cette époque I'empil'e semble bien s'etre divisé en plu-
sieurs royaumes : un gnpta a été coul'onné au Magadha, un antre
au Gauda (Bengale). Le premier doít etre Kl'snagupta, le fondateur
d' Ilne dynastie royale et non plus impéríale de Gupta du Magadha
qui subsiste jusque vel'S la fin du Vll
e
S. et dont nous connaissons
onze l'ois, le dernier étant Jivitagupta n. Au Bengale c'est proba-
blement un Vainyagupta qui a maintenu localement le POUVOil> de la
dynastie. Une chal'te de donation émanant de lui date de 507.
478. Les royaumes locaux de l'époque gupta. La plupart
des royaumes locaux quí nous sont connus dans l'époque gnpta
sont tributaires de l'empire. L'existence de plnsieurs d'entre eux
est attestée avant et apres les Gupta.
Au Malava occidental, spécialernent it Dagapura (Dasor, Manda-
sor), au Nord d'Ujjayini, nous connaissons plusieurs princes vas-
saux des Gupta, Naravarman sous Candragupta n, Vigvavarman
et son fils Bandhuvarman, sons Kumaragupta ler, enfin un souve-
rain plus important Yagodhal'man. Ce dernier, dont une inscription
est de 553, est donné dans une autre inscription comme un souve-
rain plus grand que les empereurs gupta Son royaume s'étendrait
du fleuve Lauhitya (Beahmaputea) it l'océan occidental et depuis
l'Himalaya jusque tres loin dans le Sucl. Il aurait régné sur des
pays que n'avaient pas dominé les Gupta eux·memes et il aurait
regu l'hommage du roi Mihirakula. Un autre souyerain Visnuvar-
dhana, est mentionné de telle fagon qu'il doit s'agir de son vassal.
On admet d'ordinail'e qu'il ya dans le panégyrique de Yagodhar-
man beaucoup d'éloge conventionnel et d'exagération. Il se peut
toutefois qu'en la période ou il se place qui est ceHe de la déca-
dence gupta, il ait prétendu un moment reconstituer a son profit
l'empire gupta et meme l'agrandir.
Au Vidal'bha (Berar) septentrional, une dynastie Vakataka dont
nous connaissons treize rois, qui commence it une date indétermi-
née et disparalt it la fin du ve s., a eu sous Candragupta II l'hon-
neur de s'allier aux Gupta par le mariage du 6
e
roi, Rudrasena, avec
la fille de Candragupta n. Elle a dispal'u au moment et sans doute
par suite de l'apparitíon de la dynastie des Calukya de Vatapi.
L'HI5TOIRE POLITIQUE 203
Au Bundelkhand, entre 475 et 534, ont régné sous la suzeraineté
gupta des rois PUl'ivrájaka a Dabhala et des rois d'Uccakalpa.
479. Dans la région de Gaya et dans eelle du Nord-Ouest de
Bénares, deux clynasties dites Maukhari remontent a une origine
ancienne et sont au premier rang de la noblesse de !'Inde. L'ancetre
traditionnel de la famille est Vivasvat. En tout cas, un sceau en
caracteres acokéens la mentionne sous la forme prakrite (génitif
pluriel) moÚLalinam. Les illaukhari les plus importants sont, a
l'époque gupta, ,ceux d,u N?rd-Ouest de. au
moins ont régne sur 1 anCJen a KanJ:aku,bj3. (mod:
Kanoj). Nous en connaissons au moíns hUIt, le prerrller etant Hal'l-
varman. Les premiers ont épousé des princesses gupta la cour
impériale leur accordait sans doute pour se les cone.lher. Le 8
e
,
Grahavarman, a épousé la soour de (§ Tous
leurs noms sont en -"arman, « cuirasse » et slglllfient « Qm a pour
cuirasse .. », c'est-it-diee « Pl'otégé par ... )), en sorte que cette ter-
minaison équivaut a celle en -gllpla. « Caché par ... ».
Au Kathiyavár,. vers, 490, s'est formé le r0J:au.me au
moment ou les lllvaSlOns des Huns ont affalbh ou elumne dans
l'Ouest les Gupta.
j) Les invasiolls des Huns Hephthalites.
480. Les Huns Hephthalites. A la fin c1u lV
e
siecle, au mo-
ment du début des grandes invasions des Huns en Europe, un
petit peuple appelé HOlla était soumis aux J eou-J an ou J ouan-J ouan
(Avaresl qui occuy.aient un territoire immense au.Nord-Ouest la
Chine. Vers le nlllIeu du IV
e
s., les Houa apparalssent aux confms
orientaux de l'empire perse saEsanide. On les appelle alors les HUlls
Hephthalites, du nom de leur roi nommé Hephthalan?s cl'apres
de Byzance ou plutot du de leur
transcrit Ye-ta par les Annales des T ang. Selon les lllstorlens
arahes et persans, lenl' roi, Aksunvfrr ou Aksunvaz, qui portait sans
doute le nom de famille de Hephthal ou Hethailit, défit et tua en 484
le roi sassanide Peroz (459-484). Ils s'étaient des lors établis forte-
ment sur les pays iraniens du Nord et de rEst, notamment en Sog-
diane et en Bactl'íane. envahissant aussi le Kapiga et le Gandhara.
Ver s 500, leur empire atteigm\it a l'Ouest presqne it la Caspienne
et les Annales des Leang ({ui relatent les faits de la période 502-556
les font étenclre leue autorité ver s l'Est sur le bassin du Tarim,
notarnment jusqu'a K'iu-tseu (KuM) et Yen-k'i (Qarasahr), sur Kas-
gar et sur 'Khotan Nous allons voir jusqu'ou elle atteignit dans
l'Inrle (ti 484).. . . , .
Cet immense emplre dura peu. Au mIlleu du VIe S. les T ou-kme
(Turcsl devinrent en A,sie cAe?tra,le
a\'oir vameu les Jeou-Jan. Le Anuslrvan
s'allia avec eux pour écraser les pe.u avant
568 et dont ils partagerent la partIe de 1 s entee
eux, les autl'es parties devenant plus O? m01l1S et
les Hephthalites restailt aux de Bactrra.nü .Les
Sassanicles eurent la Bactrlane et les 1. ure8 la Sogdlane, ma18 blen-
tot (avant 597), les Tares enleverent la Bactriane aux Per8es tan-
254
L'mSTOlRE (DES ORIGINES AU VIl
e
SIÉCLE)
dis qu'une dynastie turque dite des « J) s'établissait au Kapiga
et au Gandhara.
481. Race des Huns Hephthalites. Bien qu'ils soient con si-
dérés comme des « Huns-)), a la fois par les historien s byzantins
et les Persans et par les écrivains indiens tout a fait indépendants
(Húna en skr.), les Hephthalites se distinguent des Huns tels que
l'Europe les a connus sous Attila. Selon certaines sources ils Hont
sédentairEis ou du moins sédentarisés, cal' une source syriaque dit
qu'ils habitent des tentes et l'ambassaeleur chinois Song Yun les
décrit lui aussi comme nomades Surtout ils sont de teint blanc et
on les nomme fréquemment " Huns blancs », appellation qui se
retrouve en sanskrit sous la forme 9roeta/lllna ou Sitahúna par
oppoútion 1\ des Hdrahzlna, nom sanskrit qui eloit etre la trans-
cripLÍon el'une forme mongole Qara Qun « Huns noirs » IPELLIOT).
Aussi a-t-on émis l'hypothese qu'ils n'étaient pas Huns de race et
pouvaient etre apparentés aux peuples de langue inelo-européennes
du has sin elu Tarim supposés eux-Illemes apparentés aux Yue- tche
(VAN 'VINDEKENS). Les Annales des 7"ang indiquent en eIYet que
les Hephthalites sont ele la race eles Ta Yue-tche de l'époque eles
Han. Nous n'avons toutefois pas de témoignage précis sur leur
langue ol'iginelle qu'on croit plutot avoir été mongole (Pj(LLIOT); et
la langue des Ta Yue-tche de répoque eles Han était sans doute une
forme orientale d'iranien, si les Ta Yu-tche étaicnt des Kusana
(STEN KONOW). En tout cas, la langue qu'ils emploient sur leul's
monnaies et leurs inscriptions est iranienne en écriture grecque
(§ 337).
Selon Song Yun, ils ne croyaient pas au houeldhisme et ceci les
oppose aux peuples du bassin du Tarim bouddhisés bien avant
l'époque ele Song Yun. La question est el'aiUeurs compliquée par le
fait qu'un autre peuple, les "Vou souen, ayant évolué au moins un
temps dans les memes régions et dont on ignore quel rapport il a
pu avoir avec les Hephthalites, est caractérisé comme blond aux
yeux bleus par un texte chinois.
482. Les Huns dans l'Inde. Au milieu du ve s., sous Kumara-
gupta ler, les Huns paraissent dans l'histoire de nnde, mais ils
étaient surtout établis aux portes de nnde proprement elite, détl'ui-
sant les Kidarites (§ 446). Le chinois Song Yun, envoyé dans nnde
pour rechercher des livres houddhiques, voyagea de 518 a 522 J .-C,
dans le Gandhara soumis aux Huns. Le roi eles Huns siégeait pl'eS
de Bamiyan elans une vallée de l'Hindlikus et un de ses officiers
(tegin, titre mongolo-turc) au Gandhara, dont les Huns s'étaient
emparés deux générations plus tot (clone en gros vers 450). Au
moment ou Song Yun vit le tegin du Gandhara, en 520, ce prince
essayait vainement de soumettre le Ki-pin, c'est-a-clire sans doute
le Kagmir. Song Yun ne donne malheureusement pas le nom de ce
tegin. Mais la Rdjatarangint fait de Mihirakula un des rois du Kag-
mil'. On en eléduit rIuelqllefois que Mihirakula était le tegin en ques-
tion, qui aurait réussi apres le passage ele Song Yun a conquérir le
Kagmlr. En tout cas, c'est apres 520 qu'il faut placer l'occupation
de ce pays par les Huns
Bien avant, ils avaient pénétré dans l'Inde puisqu'avant. 455,
I
1,'
L'mSTOlRE POLITIQUE
255
sous le regne de Kumaragupta ler, Skandagupta les avait déja
repoussés.
483. Toramana. N ous ne savons pas aquel moment précis les
Huns ont réussi a s'établir elans nnde, mais ils avaient déja atteint,
quelque temps apres 484, le Malava oriental. En effet, une inscrip-
tion visnuite d'Eran, datée de la premiel'e année du regne ele
l' « empereur » (mahdrdjddhiraja) Toramana, émane ele Dhanya-
visnu frere du mahdrdja décéLlé J\Utrvisnu; 01' ce dernier avait' été
va::sai de Budhagupta 'en 484 (§ 476). Ceci non seulement ineliqué
l'époque approximative du sucees des invasions hunniques, mais
étahlit que les Huns s' étaient contentés de substituer leur suzerai-
neté a celle eles Gupta dans le l\h\lava oriental sans renverser le
pouvoir local. De plus, il est clair que s'ils étaient parvenus jusque
la c'est en s'emparant du Panjab, de la valIée de l'Indus, elu Rajpli-
tana et du Malava occidental. Des monnaies de Toramana sont imi-
tées de celIes de d'autres monnaies apparemment anté-
rieures nomment les Sahi Khingila et Jablivla. Un Toramana parait
dan s l'histoire du Kagmir, mais est placé par la Rájatarangint a une
date notablement plus hasse.
484 Mihirakula. Le fils de Toramana fut Mihirakula comme
nous l'apprenel une inscription de Gvaliar (§ 299:. Le nom de
Mihira équivaut a l'iranien Mithra (skr. Mitra). ¡(¡da ou gula ne
parait pas etre le sanskrit lezda famille et se retrouve elans le nom
de GolIas donné au souverain Hun par Cosmas Indicopleustes selon
lequel il disposait de 2.000 éléphants de guerreo NJihira/wla
rait cepenelant s'interpréter comme signifiant « de la familIe de
Mitra » et une lignée hunnique qui doit etre celle de Mihirakula est
identifiée par FLEET avec les « Maitraka )), auxquels se rattache
vers 500 le fondatellr de la dynastie de Valahhi (§ 487). Selon
Hiuan-tsang, Mihirakula aurait violemment persécuté les houd-
dhistes. BaUditya (§ 477), pieux houddhiste, aurait refusé de lui
payer tribut mais, ne pouvant lui résister, il se serait enfui dans
une He. Relancé la, iI aurait réussi a faire le Hun prisonnier. Il lui
aurait pardonné sur les instances ele sa mere. Réfugié plus tard au
Kagmir, Mihirakula en aurait détroné le roi, aurait détruit les cou-
vents boueldhiqnes, attaqué le Ganelhara et massacré des centaines
de milliers ele personnes. La Rdjalaranginí dit de son coté que la
région du Nord, jalouse de ceUe du Midi dORt Yama, le dieu de la
mort, est le régent, a enfanté Mihirakula. Ccpendant, le Hun n'a pas
persécuté indistinctement tout le peuple. Converti au givalsme il a
favorisé et doté les brahmanes, il passe meme pour avoir rétabli les
pieuses pratiques l'ejetées pae suite ele l'influence des Barhares.
Malgré la concordance des témoignages, de graves ohscurités
demeurent c1ans l'histoire de Mihirakula. C'est ainsi que, selon le
témoignage ele Song Yun, en 520 les Huns possédaient le Ganc1hara
et non le Kagmir. Mihirakula doit avoiJ' conquis plus tal'd ce der-
nier pays mais, selon Hiuan-tsang, il aurait conquis le Gandhara
apres le Kagmir. Faut-il entendre que c'est a un autl'e prince hun
qu'il a enlevé le Gandhara? De nombreuses légenc1es se sont grou-
pées autour ele son nom, en particulier celle d'apres laquelle il
aurait poussé une expédition jusqu'a Ceylan.
1
256 L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
485. La fin des invasions hunniques. En 533 (§ 298), YaQo-
dharman se vante d'avoir reQu hommage de Mihirakula. Celui-ci a
done été vaineu et par Baladitya et par YaQodharman. Ce fait a été
tres diversement interprété. Le témoignage de Cosmas qui atteste
sa puissance serait extremement précieux s'il était exactement daté.
n est évident en tout cas que le pouvoit' des Buns dans l'Inde a
rencontré une résistance tres vigoureuse et n'a pas été de tres
longue durée. Meme en admettant avec BERAS qu'apres la victoire
de YaQodharman Mihirakula a pu, dans une attaque nouvelle, pous-
ser jusqu'au Magadha et s'y faire battr\:' par Baladitya, on ne sau-
rait prolonger la domination d'une partie de l'Inde par les Huns
plus tard que ver s le milieu du Vle siecle. La guerre del'Inde contre
les Huns n'a ras été tout a fait une guelTe de Cent ans. D'ailleurs,
peu apres le moment ou l'Inde repoussait Mihirakula, les Sassa-
nides et les Turcs écrasaient définitivement les Hephthalites au
creur de leur empire, point de départ de leurs conquetes indiennes.
Au !üpiQa et a Kabul s'installa par la suite une dynastie turque,
les Sahi de Kabul, qui ,dura jusqu'en 885, date ou elle fut renversée
par une dynastie de Sahi brahmaniques. Quelques clans de Huns
se maintinrent toutefois au moins jusqu'au vn
e
s, dans le haut Pan-
jab et furent en lutte avec les mis de SthaneQvara.
k) L 'Inde apres les Gupta.
486. Les principaux. royaumes. L'émiettement de l'empire
gupta perrnit l'aceroissement des pouvoirs locaux déja constitués.
Les guerres, souvent heureuses et finalement victorieuses, contre
les Huns développerent la puissance militaire et firent la grandeur
de plusieurs états comme ceux de Valabhi et de SthaneQvara.
D'autre part, a la merne époque d'autres royaumes, en dehors de
l'ernpire gupta et indépendarnment des guerres hunníques, apparu-
rent ou prirent une irnportance plus notable dans l'histoire. C'est
le cas des royaumes du Gauda (Bengale) et du Kamarupa (Asam) a
l'Est, des PalIava et des Calukya au Sud.
Ces divers royaumes se répartissent en deux groupes, celui du
Nord forrné autour de la dynastie prépondérante de Sthi\.neQvara et
celui du Sud on prédominent les Calukya.
:x) Le groupe septentrional de I'oyallmes.
487. Valabhi. Au Kathiyavar, vers 490, a été fondé par Bha-
tarka « Soleil des guerriers )), général (sendpati) des Maitraka, un
l'oyaume dont la capitale est Valabhi. Si les Maitraka sont comrne
on l'a pensé eles Buns de la falllille de Mihirakula, il se peut que ce
Bhatarka ait été lui-merne un eles Hu.ns envahisseurs. Il se peut aussi
qu'il ait été indien puisqu'on sait, par l'exemple de ce qui s'est
passé au i\'lalava oriental, que les Huns, comme jadis Alexandre,
ne répugnaient pas a laisser le pays conquis sous l'autorité de ses
chefs locanx. Dans tous les cas, ce général, comme autrefois Can-
dragnpta le Maul'ya et le général Pusyamitra, a fondé une dynastie.
N ornbre de chefs militaires out dans rInde comme aillenrs acquis
la souyeraineté par un « pronunciamento ,)). La suÍle des rois de
ceHe dynastie est connue par les inscriptions (§ 300), surtant par de
nornbreuses donations dont heaucoup sont en faveur des boud-
L'HISTOIRE POLITIQUE
257
dhistes (S, LÉVI) quoique pour la plupart ces roís fussent QivaItes a
l'exception de quelques-uns, par exemple le 4·, Dhruvasena, dév'ot
de Bhaga.vant" et.le ,5·, Dharapatta, dévot du SoleiL Le 8
e
, <;iladitya
DharJ?adJtya, etalt 1 oncle, du .1O
e
, l?hr.uvas,ena, qui régnait du temps
de HIUan-tsang. 01' le pelerm clllnOls declare que ce Dhruvasena
,le d'un <;¡Uditya M:llava (occidental). Ce dernier
do;t etre le meme que le souvel'am de Valabhi; ce royaurne s'éten-
done, en 641, date du passage de Hiuan-tsang, jusqu 'au :I\Ulava
occldental (S. LÉVI). Les limites de l'état de Valabhi ont .d'ailleurs
fl'équernment s'étendant parfois au Sud jusqu'a Bharukaccha
et Surat. La de a été la plupart rlu
temps pouvOlr d une dynastle gurpra qUl passe pour originaire
de 1 ASle centrale et pour avoir pénétré dans l'Inde avec les Huns.
a s'installer a Bharukaccha vers la fin du Vl
e
s, Son pre-
mler 1'01 connu est Dadda. Elle a duré jusque "e1's 800, date ou elle
fut renversée définitivement par le Rastraklita Govinda IIl.
Les dynastes de Valabhi se rattaehent au groupe septentrional
des royaumes par le fait qu'ils datent leurs inscriptions en années
de 1'ere gupta. Le 11
e
, Dhruvasena II Balil.ditya, a été en lUlte avec
Harsa:'ardhana (§ 492). Leur lignée se prolonge au moins jusqu'au
17- 1'01, <;iladitya VII, et fut détruite par les Musulmans apres 766.
488 .. RoYll;ume de Gauda. r?raume de Gauda (Bengale) est
surtout lllustre par un souveram celebre <;aQanka dont l'histoire
est liée a eelle de son adversaire plus célóbre Harsavar-
dhana. <;ag:'inka est nommé aussi Nal'endragupta (BÜIILER), di'on on
conclut volontiers qu'il était dascendance gupta. II a sans doute
commencé comme mahásdmanta, (( granel felldataire» a Karnasu-
varna, au Bengale occidental, mais a bientót étenclu son autorité
vers,l'Est5usqu'a l'Asam et au Sud sur le Kalinga 011 rég'nait Madha-
yarap.<;allodbhava, qui en 619 se reconnait son vassal. A l'Ouest
11 auralt le M,agadh.a Il aurait régué
17. ans. C etalt un prmce QlVaite mtolerant qUl a persécuté le boud-
dhlsme.
, de Kamarupa. Le Kamarupa, appelé aujour-
d hm AsaJ?' a eté en meme temps que le Gauda le siéo'e d'un
lmportant, avec pour capitale Pragjyotisa. Il été
trlblltalre de SaJ?l!dragupta au IV· siecle. Une dynastie faisant
son orlgme a un héros du Malulbhdl'ata, Bhagadatta,
y regnalt. Un Pusyavarman et son fils Samudravarman ont vrai-
été de Candragupta le. et de Samu-
dragupta, malS le mleUX connu des souverains de la dynastie (ou
tous les noms sont en -¡¡arman) est Kumara Bhaskaravarman allié
de Harsavardhana contre <;aQanka (§ 492). '
Le Kamarupa était depuis le n
e
ay. J.-C. au moins en relations
commerciales avec la Chine malgré une route elifficile. Un ambas-
des T'ang, Li Yi-piao, en mission dans l'Inde (643-646) le
se targua aupres de lui c;l'une lointaille
chmolse et lUl demanda une vel'sion sanslcrite du Tao t6 kincr de
Lao-tseu. b
APr:es. Ku.mara: le fut gouverné par une dynastie qui
se mamtmt Jusqu au mllleu du YlII
e
siécle.
L'INDE, tome I. 17
2!.i8
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU VII
e
SII);CLE)
490. Royaume de l'Inde centrale; ;oyaumes gr,oupe
septentrional apres les Gupta sont touS echpses par celm de l.lnde
centrale formé a Sthane\lvara, transporté plus tard a
Sthane\lvara ou Sthanvl\lvara (mod. Thane\lvar) est sltuee sur
la Sarasvati a la limite du Brahmavarta, occiden!ale .du
Madhyade\la, tenant au panjab sans cesse en prOle
étrangere Ce pays a été un des boulevards de la ClvlhsatlOn mdo-
áryenne qui florissait l'Inde centrale. .'
Une dYllastie de rOlS dont les noms se terroment en -vardhana y
régnait du temps des Uupta. Le premier roi connu en est Naravar-
dhana. Le 3", Adityavardhana (fin du VI
e
siecle), épousa MaMse-
nagupta, princesse gupta. du Le 4
e
,
devint un O'rand sonveram, cal' Bana dans le Harsacarz.ta le repre-
sente redoutalJle auX Huns, aux rois du Gandhára et du
Sindh aux Gurjara, aux Láta et aux Malava. Prabhákaravardhana
avait 'deux fils, Rajyavardhana « Qui accroit le royaume »),
et Harsavardhana « Qui accroitla joie )). ainsi qu'nne fille, RáJYa-
<)rl « Fortune du royaume », qu'il roaria au maukhari Grahavar-
roan de Kanyakubja.
491. A vanemeut dll. Har$avardhana QUaditya.
vardhana mourut en 605. laissant le tróne a Rajyavardhana, malS
la prospéri:é des rois de et de Kanyakubja eX,ci-
tait l'ambitlOn de leurs VOlsms. Grahavarroan est assassme par le
roi du Mlilaya \ oriental sans doute); lan.c
e
alors .'me
expedition pour venger son beau-frere, et .falt prlso
nmer
le rOl du
Malava' roais il est bientót lui· roeme assassmé traltreusement par le
roi du Gauda CaQlinka, dont nouS savons qu'il a conquis le Maga-
dha et qui s' par la vers .1'Ouest. Il est probable que
Ca\lanka et le 1'01 du Mlilava aya¡ent agl de pour
les royauroes de et de etalt
parvenu sans doute Jusqu a cette dermere v111e, cal' Bana nous
apprend que sur ces entrefaites « celui qui a noro s'en
emparait et un ,second noro de 488).
La reine de KanyakubJa, RaJya\ln, la sam: de RaJyavaI
été faite prisonniere au moroent de l'assassmat de son man, malS
elle s' est évadée et a disparu. Les royauroes de et de
Kanyakubja paraissent des lors a la de CaQanka amSI sans
doute que le Mlilava oriental. Pourtant le Jeune Harsavardhana ou
Harsa, comme on dit par abréviation, alor::; agé de 16 .ans, prend
le pouvoir, quoiqu'avec hésitation corome le rapporte Hman-tsang,
et sans prendre le titre royal.
492. Le ragua de Har$avardhana. Deux espoirs
tent a Harsa d'affronter la lutte : s'il retrouve sa sreur RaJyaQrl,
reine de Kanyakubja, il . ce comme sur
celui de SthaneQvara qm lUl reVlent legltlmement, d autre part et
surtout il trouve une aide décisiye dan s une alliance qui s'offre a
lui, celle de Kumara Bhaskal'avarroan du IUmarupa, ennemi de
CaQanka. " .'
A pprenant que RajyaQrl s est enfme dans les monts Vllldhya 11
part a sa rechel'ehe, la retrouve au moment on ,va roonter
le hucher et la ramenc dans l'Inde centrale. Alde du souveram
L'mSTOIRE POLITIQUE 259
du IUmarupa il réussit a repousser Ca\lanka et a le chassel' da
Magadha. guerre, menée avec. une armé.e de 5.000 éléphants,
20.000 cavahers et 50.000 fantasslllS, dura cmq ans au moins. La
prise du pouvoir par Harsa datant de 606, année qui sert de point
de départ a !'ere fondée par lui, c'est done en 611 ou 612 seule-
ment que sa souveraineté fut définitivement établie. II ne semble
pas qu'il ait pris avant le titre royal. Il s'était jusqu'alors faitdési-
gner sous le surnom de « prince », rájakumára, Clladitya. Mais
plus tard il se nomme, dans une inscription de 25 de son regne et
de son ere, « le Supreme Seigneur, Empereur, Sa Fortune Harsa»,
paramabhattárakamahárájddhi/'ájap'iharsa. Hiuan-tsang fut témoin
de sa grandeur. Arrive dans l'lnde en 630, le pelerin bouddhiste
la parcourut jusqu' en 644. Il séjourna longtemps dans les états de
Harsa, fut reQu et pris en amitié par lui. 11 attesta que la capitale
de Harsa était désormais Kanyakubja on sa sreur dans les audien-
ces officielles siégeait derriere lui. D'ailleurs, selon un autre témoi-
gnage, elle partageait l'administration avec lui. Il est clail' que
Rajyagrl, quoique veuve, héritait en fait du royaume de son mari
sous la suzeraineté impériale de son frere. A l'apogée de sa puis-
sanee, Hal'sa possédait une armée comprenant 60.00p éléphants et
100.000 cavaliers. eette armée servit a réduil'e a l'obéissance plu-
sieurs royaumes limitrophes. Entre 633 et 641 Harsa battit le roi
de Valabhi Dhruvasena II Bal:1ditya qui se réfugia chez le gurjara
Dadda IV de Bharukaccha, puis fit sa sournission, fut rétabli dan s
sa souveraineté et 1'eQut meme en mariage une filIe de Harsa En
643 Harsa mena une eampagne contre le souverain du Kongoda,
pays qui avait appartenu a CaQanka (§ 488). Mais antérieurement la
puissanee de Harsa s'était h1'isée contre celle de e:ilukya PulakeQin
qui dominait le Dekkan (§ 499).
493. La persounalité de Har$a. Fidele a la tradition des
grands souverains de l'Inde, Harsa fut le protecteur impartial de
toute spirituelle. Ses ancetres avaient été des dévots du
supreme Aditya (paramddityabhakta) , c'est a-dire de Visnu en tant
que dieu solaire. Il était lui-meme dévot de MaheQvara, done \!ivaHe,
et pourtant favorisait le bouddhisme auquel s'était eonvertie sa
sreur RajyaQrt. Il est vrai qu'au moment ou Hiuan-tsang l'ésidait
aupl'es de lui des brahmanes jaloux de la faveur accordée aux boud-
dhistes et spécialement au pelerin chinois avaient tenté de le faire
assassiner et, si le fait est "rai, il est de nature a faire douter de
son impartialité religieuse. Celle-cÍ cependant demeure étahlie : des
chartes de :tvladhuban et de Bhanskhera prouvent qu'il faisait des
donations aux brahmanes et d'autre part Hiuan-tsang a lui-meme,
en tant que bouddhiste, éprouvé ses bienfaits.
Sa munificenee envers les sectes rivales résulte d'ailleurs moins
d'une impartialÍté naturelle que de la lendanee de son époque au
syncrétisme dans la religion, tendance qni se roanifeste chez lui
par un trait caractéristiqlle. Hiuan-tsang rapporte qu'au moment
de son avenement il a .prié le bodhisattr,Ja AvalokiteQval'a; 01' le
MaheQvara de ses inscriptions ne peut etre que Civa, mais ce Ci"a
est qualifié comme sarr,Jasattr,Janukampin, « compatissant pour tous
les etres )), et par la rejoint l'Avalokite\lvara des bouddhistes.
260
1'HISTOIRE (DES ORIGINES AU VIl
e
SlECLE)
494. Son attitude rappelle a deg-ré celle : il est
libéral, il poursuit la réalisation un dharma, qm,
Agoka, est .1'Ordre naturel parfal;, dans, ses
pourtant non comparables en g-eneral a eelles d Agoka, Il
les bonnes reuvres et proclame qu'on doit se par
par pensée et par parole, a tout ce qui salut?lre CJ.m VIt,
cal' il n'y a pas de rneilleur moyen d obtemr la reahsatlOn de
l'Ordre. '. dI' . d
L'activité littéraire sans doute a été tres brIllante ans a. perlO e
de Harsa qui continue dig-nement celle des oCClelen:aux
et des Gupta. Bana, Mayura, Manatung-a, Bhartrharl sont les
principales g-loires littéraires de son temps. A Harsa 1m
sont attrihuées tI'ois pieces de théatre et deux hymnes bouddhlques
d'une g-rande heauté (t. 11).
495. La civilisation de et l'héritage des Gupta La
personnalité de Harsa est g-randie pour nous d'une. fagon excep-
tionnelle par sa biog-raphie littéraire et par le témOlg-nag-e re<;on-
naissant de' Hiuan-tsang-. Mais elle n'est pas elle-meme
nelle. La g-loire militaire, la ferveur et la tolérance de l' esprIt
relig-ieux, la f1oraison littéraire, la prospérité économig:ue s0:r,tt les
caracteres de la civilisation de son ternps et de son empu'e, malS non
pas les résultats de sa seule action personnelle, quelquheu,reuse
qu'elle ait pu etre. C'est la civilisation Gu}?ta quil a ref?,lse et
soutenue. Le hasard de notre documentatlOn falt que pour 1 epoque
o'upta raction propre de chacun des souverains est moins connue
dans le détail et les dates des poetes et des ne sont
aussi souvent fixées pour le de .. L de la CIVI-
lisation gupta, descriptIble, avec moms de n en eS,t pas
moins fortement attesté. L lude de Harsa ne falsalt que
a la veille de l'anarchie et des invasions musulrnanes, l'Inde lmpé-
dale des Gupta.
Sous les Gupta et sous Harsa, la indienne n'a pas ,ét?
seulernent brillante, localement, elle a pmssamment rayonne a
l'étrang-er. L'empire des Kusana, ,cheval sur et l'Asie cen-
trale avait diffusé dans cette dermere la culture mehenne. L.es rap-
étahlis avec les rég-ions du N ord-Ouest continllerent avec
l'Inde centrale des Gupta qui abondait en lieux s ai.nt.s
dhiques. Outre le pelerin illustre r:omhre de rehgleux Chl-
nois vinrent visiter pieuseme!1t ces heu,x samts et
dans leur pays des informatlOns sur lInde et les Idees
C'est le cas de Tche-mong et de Fa-yong entre autres (ves.). L
était aussi pendant la période gupta en rapP?rts avec 1
ou elle avait déja porté son influence antérleure.ment; malS ces
rapports n'ont pas eu lieuspécialement avec g.upta (t. III).
Aux IVe et v· s. et surtout au VI", nombre de momes mdlens passent
en Asie centrale et en Chine et y traduisent une foule d'ouvrag-es
bouddhiques. Au VI
e
s. aussi, la Perse sassanide a l'lnele
toute une littérature de fables et d'apolog-ues qm passera dans
toutes les lang-ues d'Europe.. . .
Harsa a regu outre le pelerm Hman-tsang, les ambassadeurs LI
Yi-piao Hiuan-ts't) envoyés par l'empereur T'ai-tsong des
1'HISTOIRE POLITIQUE
26i
T'ang-, et Wang Hiuan-ts'o lui a été envoyé une seconde fois, tant
était granel le dé sir d'établir des relations suivies entre les deux
pays, mais la seconde fois il arriva apres la mort de Harsa.
496 Fin de - La mort de Harsa eut lieu en 647 et des
troubles s' ensuivirent. Son fils ne lui succéda pas, soit qu'il fUt
déja mort, soit qu'il ait été évincé. vVang Hiuan-t'so, revenant dans
l'Inde peu de temps apres la disparition de Harsa, n'y trouva déja
plus un g-rand empire bien gouverné mais un pays en anarchie. Il
fut atta qué et pillé par le roi A-lo-na-choen (Arjuna?) de Ti-na-
fon-ti (Tlrabhukti, Tirhut), échappa de justesse et, s'étant réfugié au
Nept\l, y org-anisa aussitót une expédition contre A-lo-na-choen. A
la tete de deux petits contingents fournis l'un par le roi du N epal,
l'autre par celui du Tibet, Sron hcan sg-am po, il fondit sur A-lo-
na-choen qu'il fit prisonniel' et ernmena en Chine. Le roi du Tihet
et celui du N epal étaient en relations étroites avec la Chine, aussi
est-il naturel qu'ils aient aidé l'envoyé officiel de cet empire, mais
les contingents fournis par eux étaient fort modestes : 1 200 Tihé-
tains et 7 000 Népalais I1s n'auraient pu suffire a attaquer un
empire comme celui de Harsa, ils n'ont pu triompher que d'une
puissance dégénérée. Aussitót apres la mort de Harsa son empire
s'était émietté. Pareil empire ne sera reconstitué que plus tard par
les envahisseurs étrangers.
Le grallpe mél'idianal de I'ayaumes.
497. Les Palla va, apparus déj a dans la période précédente, et les
Calukya dont la fortune a commencé plus tard, sont les deux prin-
dpaux pouvoirs qui ont formé, en regard du groupe des royaumes
du N orel ordonnés autour de l'lncle centrale, un g-roupe rival des
royaumes d.u Sud.
498. l.es Pallava. Les Pallava sont quelquefois supposés
tirer leur origine des Parthes. La similituele des noms, Pahlava et
PaUava, est la base de cette hypothese a laquelle la tradition ne
fournit toutAfois aucun applli. La tradition veut que le premier roi
pallava ait été l'époux de la filie d'un roi Nag-a, On interprete
d'ordinaire cette donnée comme lég-endaire, les Naga étant des
« dragons », mais Ndga est aussi ún nom adopté par des familles ou
des individus réeIs. Le fondateur de la dynastie des PaUava au
me s. pourl'ait avoir épousé une princesse marathe de familIe
(JOUVEAU-DuBREUIL). Il s'ag-it de Bappadeva dont le fils fut
Sivaskanc1avarman qui, dan s une charte prakrite (§ 305), clispose
d.'un village en pays andhra et donc dominait sur une partie de ce
pays, tout en ayant sa capitale a IUñjipuram en pays tamou!. Ce
prince déclare appartenir au gotra de Bharadvaja, donc a la caste
brahmanique, N ous avons des généalog-ies eles souverains pallava
dont beaucoup de noms sont en -parman. Plusieurs s'appelIent
Visnugopa et I'un de cellx-ci régnait au temps de Sarnudragupta,
au milieu du IV
e
s. Déja puissants au 5
e
s, les PalIava le sont
devenus plus encore au vIe .. ·Simhavisnu, vers 575, s'est emparé
du pays Cola. Ses successeurs ont lutté, souvent avec succes,
contre les Calukya. Un contemporain de Harsa, Narasimhavarman
(Simhavisnu MahamalIa circa 625-645), défit Pulakegin II ver s 642,
262
L'mSTOIRE (DES ORIGINES AU vn
e
SIECLE)
envahit les royaumes tamouls de l'Extreme-Sud et meme Ceylan.
C'est a son regne que remonte une part imp?rtante des ,sanctuaires
sculptés dans le roc ¡, Mamallapuram, la « Vllle de Mahamalla »: A
son époque la littérature tamoule a connu une de ses plus actIves
périodes de floraison. Apres lui les Calukya vaincus prirent leur
revanche sur les Pallava, mais la elynastie, elont la graneleur persis-
tante est attestée jusqu'au IX
e
S. par les monuments qu'elle a lais-
sés, n'en continua pas moins avec éclat. L'lnelochine inelianisée eloit
-beaucoup a la culture des Pallava (t. IlI).
499 Les Calukya occidentaux. La elynastie des CiUukya,
dits « occidentaux » ou ele Baclámi pour les elistinguer de elynasties
Calukya postérieures, a commencé en pays kannara mais se rat-
tache traelitionnellement au N orel. Sa premiere capitale fut a Ayyá-
volé la « ville des Arya» (mod. Aihole, skr. Aryapura) et les rois
Calukya passent pour issus ele la dynastie solaire d' Ayodhya ou de
clans gurjara. Leur nom est parfois écrit dans les inscriptions
Calikya ou Calikya (§ 306).
Le premier prince mentionné dans est .J aya-
simha. Il se place vers 500, an moment ou dIsparalt la dynastlC des
Vakataka du Vidarbha qui avaient atteint jusqu'au pays kannal'a.
Son fils Ranarága a construit le temple ele Mahakute<,;vara vers 525.
Son petit-fils, Pulake<,;in (l.erJ, « Aux hérissés): '. ou
ker;in, {( aux cheveux de tigre)) (puZt « tIgre » en dravIdIen), s est
installé ver s 550 a Vatápi (mod. Badflmi), conquise sans doute sur
les Kac1amba c1e Banavasl aux c1épens desquels le 4
e
roi, Kirtivar-
man ler Ranaparakrama, agranc1it encore ses états (566-597). Le 5",
Mangale<,;a Prthivivallabha (597-608), aurait soumis un moment tout
le Dekkan d'une cóte a l'autre.
500. Pulakegin n. L'apogée_des Calukya date du 6
e
, Satyá-
Qraya Pulake<,;in n, Pl'thivivallabha (609-642). Le royaume com-
prenait alors tout rOuest du Dekkan du bassin de la Narmaelá a
celui, inclus, de la Krsna, couvrant et dépassant tout le lVlaharastra,
le pays marathe. . .'
Pulaker;in n fut un prmce guerner qm mena des campagnes au
Norc1, a l'Est et au Sud, 11 soumit le pays andhra entre la Goda-
varl et la Kl'sna et établit en 611 son frere Visnuvardhana a Vengi,
OU une dynastie c1e Calukya orientaux devait se maintenir jusqu'au
XII" s. I1 s'empare également de Pittbapuram sur la cote, au Nord
de l'embouchure de la Goc1flvari. Ver s 620, Harsa l'attaqua mais
ne put au témoignage de Hiuan-tsang, réussir ni a le vaincre
ni meme a' le tenir en respecto Une inscription composée par le
poete Ravildrti en 634-5 rapporte ces exploits et nqmbre d'autres
(§ 306). n a pris Banavasi, soumis les Ganga et les Alupa, peuples
du Sud, c1élivl'é les royaumes tamouls de l'Extreme-Sud de la
crainte des Pallava, terrorisé les Kalinga et llOs KOQala. A l'Ouest il
a soumis le Lata, le Malava, le Gurjara, les lVIaurya de Konkall. Il
est certain que ces prétentions ne sont pas exagérées. Le royaume
de Calukya a été sous Pulaker;in II un grand empire, digne pen-
dant au Sud c1es Vinc1hya de celui de Harsa au Norc1.
Rival de celui ele Harsa par la grandeur militaire, cet empire du
Dekkan l'a été aussi par l'activité culturelle et artistique. C' est dans
L'HISTOIRE POLITIQUE 263
son ter rito ir e et a son époque que les grottes d'Ajant"'- ont eom-
meneé d'etre déeorées des fresques qui sont le chef-d'muvre de la
peinture indienne.
La puissance ele Pulakegin 1I, comme celle de Harsa a été connue
a l'étranger. L'historien arabe Tabar! rapporte que le Sassanide
Khusrli ParvIz re<,;ut une ambassade de lui en 625.
501. Les dernieres années de Pulakegin. La fin du regne
de Pulake<,;in fut toutefois malheureuse. Vers 642 les Pallava un
moment abaissés attaquerent l'empire Calukya. Narasimhavarman
aielé par un prince exilé ele Ceylan, Manavamma. avait pu
ter ses forces au point ele vaincre la puissance qui avait fait reculer
Harsa et ele pousser a travers les états de Pulaker;in jusqu'a la
tale. Pulaker;in mournt a cette époque ou peu apres sans que nous
d'information précise de sa fin.
502. L'Inde au VII" s. apres Harf;!a et Pulakegin. Apres
Harsa, l'empire indien septentrional s'est elésagrégé pour n'etre
plus reconRtitué. A ce moment la culture indienne a déj a connu sa
périoele ele plein épanouissement et de maturité complete, aussi le
VIle S. apres Harsa peut-il etre considéré comme marquant pour
cette culture indienne la fin de l'age classique.
Jusqu'alors les activités créatrices de tous les domaines, litté-
raire. philosophique, scientifique, artistique, ont eu leur foyer cen-
tral dan s le N ord d' OU elles ont de bonne heure rayonné, vers le
Sud jusqu'a Ceylan et, par la voie du Nord-Ouest, vers toute
l'Asie. Au Sud elles ont rencontré la civilisation dravidienne et,
loin de l'éclipser, elles lui ont fourni eles éléments nouveaux. Dans
tout le Sud aryanisé, la cuItureelravielienne, tamoule surtout, est
elemeurée vivante a coté ele la culture sanskrite, formant a la fois
sa concurrente et son associée.
Au vne S., l'empire inelo-aryen du Nord une fois disparu, la pré-
ponelérance poli tique passe aux royaumes elu Suel, bien préparés a
perpétuer la culture indo-aryenne adopté e chez eux de longue elate,
mais prets a continuer leur patronage a la cuItúre dravidienne.
TABLEAU HISTORIQUE DE L'INDE DES ORIGINES AU vn
e
SLECLE
L'histoire de l'Inde ancienne apparait c1ans nombre de ses périoeles
comme tres complexe, pleine de lacunes et c1'incertitudes. Cet état
défavorable n'est pas seulement c1li a la médiocrité et a l'insuffisance
de beaucoup ele nos sources, il est dli aussi - et pour une part
qu'il ne faut pas mésestimer - a l'immensité et a la dnrée elu champ
historique que l'Inde constitue. Tant de peuples, divers par la
race, la langue, la culture et l'habitat, sont intervenus dans l'his"
toire de l'lnde qu'il faut moins s'étonner de la trouver si cornplexe
que de voir se dégager malgré tout du chaos des données un tableau
général solielement justiflé. Les témoignages ineliscutables et les
recoupements justificateurs sont suffisamment nombreux pour per-
mettre de tracer les granc1s traits de ce tableau.
503. La civilisation de Mohan-jo-Daro. L'lnde est une des
plus anciennes contrées de haute civilisation. Au 3
e
millénaire av.
J.-C., dans le Panjab et.la vallé e de l'Indus, est établie la civilisation
264 L'arSTOIRE (DES ORIGINES AU VIIe SIECLE)
de Mohan-jo-Daro et Harappa, civilisation en possession d'une
écriture et caractérisée par la constmction de villes immenses ou
l'urbanisme est a un degré de développement qui ne sera guere
atteint ailleurs qu'a l'époque moderne. Cette civilisation a été pré-
cédée et suivie par d'alltres cultures notables.
504. Les invasions aryennes. Vel's le milieu du 2
e
millénaire
ay. J .-e. probablement, l'Inde du N ord·Ouest a été envahie et défi-
nitivement occupée par des tribus « aryennes» élaborant la litté-
rature « védique » en sanskriL, langue apparentée a l'iranien et
aux principales langues européennes.
Les clans aryens ont pénétré toujours plus avant dans l'Inde
passant du haut bassin de l'lndus dans celui du Gange, plus tara
avanQant ver s le Sud. lIs ont introduit dans le pays le culte védique,
établi la suprématie religieuse de la caste des brahmanes qui célé-
brait le culte et élahorait la littérature sacrée tandis que s'ébau-
chaient des cosmologies, des philosophies et des sciences. Les clans
ont été fréquemment en lutte entre eux. Les récits de leurs guerres
dans le haut bassin du Gange ont formé le noyau des légendes
épiques composées plus tard. Deux grands groupes dynastiques se
sonl partagés l'Inde centrale, se réclamant l'un d'une ascendance
lunaire, l'autre d'une ascendance solaire. Le premier occupait spé-
cialement le creur de l'Inde brahmanique, pays .eles Kuru et des
Pañcala. du Gange supérieur et ele son affluent la Yamuna,
le secol1d la région plus orientale, de brahmal1isation plus récente,
située au Norel du Gange moyen, le pays des KOQala et des Vieleha.
505 Les invasions des Perses. A la fin du Vl
e
S. ay. J.-C.,
al'Ouest, les Perses Achéménides envahissent le bassin de l'Indus
et y établissent leurs satr.apes. A l'Est naissent eleux graneles reli-
gions sans rituel qui transformeront profonelément la culture indo-
aryenne mais sans réduire la puissance spirituelle du brahmanisme.
Le pouvoir politique dans rInde centrale est partagé entre des
royaumes, comme le Magadha, et des confédérations régies par
des qlans nobles, eomme ceux des <;:lkya ou des Licchavi.
506. L'invasion d'Alexandre et l'empire Maurya. A la
fin du IV· s. ay. J .-C. Alexandre qui vient ele s' emparer de l' empire
des Achéménieles envahit les régions occidentales de l'Inde qui
avaient été soumises a ces princes. II meurt peu apres et l'Inde se
souleve contre les officiers qu'il y a laissés. Elle est coneluite danfl
cette révolte par Candragupta. Mais illa libere pour la soumettre
a sa loi. Les Grecs une fois chassés, il renverse la dynastie du
Magaelha et fonele l'empire eles Maurya. Bientot apres l'ancien lieu-
tenant d'Alexandre, Seleukos, se eléclare roi a Babylone mais doit
renon.cer a reveneliquer dan s rInele les possessions des Perses et
les conquetes d'Alexandre. Le petit fils de Candragupta, AQoka, au
milieu du JII' s. ay. J.-C., estle plus grand souverain de son époque
et un des plus grands ele tous les temps. Au moment ou l'Occident
et l'Extreme- Orient sont déchirés par des luttes entre pouvoirs
multiples déclinants ou grandissants, AQoka tient fermement un
immense empire dans lequel il s' efIorce, sans exces utopique,
d'établir un Ordre idéal qu'il cherche a propager jusqu'a l'étran-
ger.
L'HISTOIRE POLITIQUE
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50'1. Les Qunga et les royaumes indo-greos. Au début du
n
e
s. ay. J:-C; la Maurya est re.nversée par celle des
(:unga malS 1 empIre se el sa pmssance politique elis-
paratt par la perte de sa coheslOn. Les Grecs de Bactriane ou
Diodotos a fondé un royaume ver s 250 av. J .-C., envahis'sent
rInde. Demetrios, Apollodotoset Ménandros reprennent l'Inde eles
satl'apes achéménieles et el'Alexandre et poussent des incursions
tres avant elans les territoires qui n'ont jamals été conquis. Ils
perdent la Bactriane dont un autre Grec, Eukratides, s'empare. Ils
doivent se retourner ver s l'Ouest et sont repoussés de rInde cen-
trale. Ils se maintiennent dans le Norel-ouest ou Ménanelros regne
grecque sur l'Inde, infime au :emps
d Alexandre, devlent Importante cependant que les dynastes s'India-
nisent elans leurs conquetes.
508. Les royaumes indo-grecs elurent peu. Au milieu du JI' S.
ay. J.-C., des peuples iraniens orientaux, sous la pression d'autres
peuples de l'Asie centrale qui les chassent de leurs territoi l'es,
s'attaquent aux Parthes qui les contiennent et aux Grecs ele Bac-
triane qu'ils détruisent. Certains de ces peuples, les Saka, s'éta-
blissent en Drangiane et en Arachosie, s'assodent a eles Parthes,
puisenvahissent la vallé e ele rIndus dans la premiere partie du
le
r
S. av .. T .-C., y supplantant les Grecs. D'autres, en Bac-
trian e vers 130 ay. J.-C., constituent vers 30 ay. J.-C ,sous l'au-
torité de Kujulakaphsa, un royaume elit des Kusana. Les Kusana
envahissent a leur tour l'Inde aux environs de 1'6re chrétienne, y
détruisant les Saka ou les réeluisant en vasselage au cours du le
r
S.
ap. J -C, Le royaume elevient un empire irnmense, a cheval sur
l'Inde et rAsie centrale. Kaniska est le plus grand des Kusana. Sous
son regne, la partie soumise de l' r nele ne perd pas son caractere
natio?al. Le boudelhisme y est flol'issant et profite de la relation
étabhe entre l'Inele et l'Asie centrale par le pouvoir qui empiete a
la fois sur rune et sur l'autre, pour se propager dans cette Asie
centrale et de la vers l'Extreme-Orient.
Dans l'Ouest de l'Inde, regnent du I
er
au IV
e
S. ap. J.-C. des
satrapes salea, relevant probablement du pouvoir impérial des
Kusana et profondément indianisés, les Ksaharata et les ksatrapa
d'Ujjayini.
509. Les envahisseurs iraniens et l'empire des Sátakani.
Pourtant, durant la période eles graneles invasions successives, la
majeure partie de la péninsule indienne reste indépenclante. De
nombreux pouvoirs locaux sont établis dans ses diverses provinces
et un grand empire s'est crnstitué en rempart contre les envahis-
seurs.
Au début du Ier S. ay. J.-C. le pouvoir prédominant passe des
Gunga a des princes'du Dekkan, les Andhrabhrtya ou SátakanÍ. Les
Satakani luttent contre les étrangers. Ils ruinent les Ksaharata mais
sont tenus en échec par les ksatrapa d'Ujjayini avec lesquels ils
composent Cepenelant, indiens et étrangers Índianisés rivalisent
pour enrichir et affiner la culture indo-aryenne, sanskrite ou pra-
krite. En meme temps dans l'Extreme-Sud une autre culture, elite
« dravidienne », se développe paralleIement, influencée par la précé-
266 L'RISTOIRE (DES ORIGINES AU VII" SIECLE)
dente, mais ,originale par la langue qui lui sert de moyen d'expres-
sion, le tamoul.
Politiquement, est. entre des
dravidiens puissants et belhqueux qm deja ont un .long passe,
cal' au milieu du lIle s. ay. J.-C. Agoka les mentlOnnalt dans ses
inscriptions. L'ile de Ceylan est souvent en butte aux attaques de
ces royaumes et la culture tamoule y est introduite mais elle y cede
le pas a ceHe Nordancienneme.nt importée et, au In
e
s. av. J .:-C.,
renforcée pal' 1 apport du bouddhlsme. Des échanges commel'Claux
et culturels importants entre l'ensemble de la péninsule et l'Occi-
dent méditerranéen ont lien par voie de mer depuis le ler s. ap.
J.-C.
510. Les Pallava, les Gupta, les Huns. De plus au IHe s.
ap. J.-C. commence a se constituer dans le Sud un pouvoir' appelé
a une grandeur durable et a un r61e éminent dans l'indianisation
de 1'Indochine et de l'Indonésie, celui des Pallava. Du IV
e
au VI· s.,
c'est de nouveau, en lnde centrale, l'ancien Magadha impérial des
Maurya, qui devient le principal centre politique de l'Inde. La
dyn¡tstie des Gupta l'egne glorieusement sU!' toute la contrée, moins
le Dekkan, et sOus sa domination la culture classique de l'Inde est
a son apogée.
Les prerniers souverains gupta a la fin du IV
e
S. élirninent les der-
niers ksatrapa occidentaux. AIl mílieu du ve s., les del'niers Kusana
du Nord-Ouest déja en décadence depuis le lIle S. oú les Sassanides
d.'lran leur ont enlevé la Bactriane, sont rcmplacés par les Kida-
r!tes, envahisseurs venus une fois de plus de l'Asie centrale.
Mais, derriere les Kidarites, viennent encore les Huns blancs
Hephthalites qui presque aussÍtót les supplantent et pénetrent
dans l'Inde du Nord-Ouest. Malgré la résistance des Gupta, les
Huns avant la fin du ve s. atteig'nent l'lndc de l'Ouest, le Malava.
IIs établissent un empire indien dont ils laissent, au moins au
Mal.ava, a d'aneiens vassaux des Gupta. Mais les
Indlens reaglssent et repoussent les Huns vers le Nord-Ouest des
le premier tiers du VI· s. alors que, peu apres, les Sassanides, de
concert avec les Tures arrivant a leur tour d'Asie centrale, les
écrasent au Gandhára. Ceux qui restent dans l'Inde pel'dent toute
importance politique.
Les Huns ont subi le sort jusqu'alors éventuel des envahisseurs
.l'Inde. depuis .les Pel'ses. Contenus a l'Est par la résistance
118 ?nt dlsparu sous les coups que leur ont porté s dane la
réglOn de l'Hll1dlikus les peuples de rOuest et ceux d'Asie centrale.
511. L'empire de Har¡;;a. L'empire gupta de son coté flnit
cornme ceux qui l'ont devancé, dans l'émiettement proO'ressif.
sieurs royaumes se partagent ses territoil'es. Au du VII' s.,
l'un d'eux, celui de Sthanegvara, a la limite oecidentale de l'Inde
centrale, prend le pas sur les autres par l' énergie et la fortune de
Harsavardhana et reconstitue un empire presque égal a celui des
n'est pas seulement un grand monar<Iue,
e est un poete et un protecteur des religions et des lettres. Sous
son regne la culture indo-aryenne eontinue de fleurir comme sous
les Gupta. Mais l' ernpire s'effondre des la disparition du souverain.
L'mSTOlRE POLITIQUE

Il est le dcrnier qu'un prince indien ait fondé dans l'Inde centrale
et sa chute marque la fin de la période classique de la civilisation
indienne qui subir a bientot les assauts de l'Islam. Des 101'8, les
grands pouvoirs qui maintiennent la tradition culturelle indienne
seront au Sud oú déja grandit la puissance des Pallava et oú Har-
savardhana lui-meme s'est vainement heurté a celle des Cálukya.
Du 2' millénaire ay. J.-C. au VII' s. apres, la culture indienne s'est
forrnée, a eonquis 1'étendue entiere de la péninsule et a rayonné
dans toute l' Asie orientale, apres s' etre constituée dans sa forme
classique que l' évolution ultérieure n' a pas ceRsé de transforme!' et
d' enriehir tout en la perpétuant.
512.
3500-3000
2500-2000
Avant 1500
1500
Vers lIiOO
1300
1200 a 1000 (?)
lOOO-800
558
540
538
518
486
478
468
454
327
325
323
322
318
316
313
305
289
264
260
251
250
249
2t.8-247
227-226
Entre 189 el 168
Vers 176
Vers 168
Vers 168-145
130
128
Avant 100
Vers 90-80
CHRONOLOGIE SmIMAIRE.
Civilisatíon du BalliCistan.
Civ. de Mohan-jo-Dal'o et Harappa. Sceaux inscrÍts.
Civ. de Jhukar et Chanhu-lJaro.
lnvasion aryenne. - Rgveda.
Guerre des Bhilrata, Kl'sna.
Pariksit - A thal'vaveda.
Yajñavalkya- Yajllrveda blanco
Brahmar isation du Videha.
Janaka, Rama.
9at.apath(tbráhmana, Brhadál'anyakopanisad.
NalSsance du Buddha.
Naissance du Jina.
Avenement de Bimbisara.
Conque te du bassin de l'Indus par Darius ler.
Avl'mement d'Ajata<,;atru.
Mort du Buddha (Nirvana\.
Mort du Jina.
lVlort d'Ajatagatru.
Invasion d' Alexandre.
Départ d'Alexandre.
Mort d'Alexandre.
Débuts de Candragupta Maurya.
Mort du Pi'tru.
Retraite de Peithon.
Chute des N anda. Candragupta roi du Magadha.
Traité de Candragupta et de Seleukos.
AVEmement de Bindusara.
Avenement d' Aíloka.
Sacre d'A<,;oka.
Conquete du Kalinga.
Aíloka devient ztpasáka.
Rapprochement avec la Comm