LE PARTAGE DU MONDE ENTRE LES ANIMAUX

Françoise Balibar et Thierry Hoquet Editions de Minuit | Critique
2009/8 - n° 747-748 pages 643 à 651

ISSN 0011-1600

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Balibar Françoise et Hoquet Thierry, « Le partage du monde entre les animaux », Critique, 2009/8 n° 747-748, p. 643-651.

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. Numéro avant-coureur. Les animaux.81.13/06/2013 11h39. « naturellement » inférieur à celui des êtres humains. dans leur titre. The Case for Animal Rights (1983). philosophe australien.Le partage du monde entre les animaux Il y a un peu plus de trente ans. Inspiré par ce courant de pensée. l’« animal » n’était ni le thème de philosophie morale qu’il est devenu depuis. désignant ainsi la catégorie d’individus répondant à cette qualification. mais de façon différente : ceux-là ne cherchaient pas à définir l’animalité. croyance.ENSSIB .13/06/2013 11h39.64.9 . l’autre. un livre qui allait faire date dans le monde anglo-saxon. Critique publiait un numéro spécial intitulé « L’animalité » (no 375-376. dans le numéro spécial de Critique de 1978. trois ans seulement après sa publication aux États-Unis. dont on s’aperçoit aujourd’hui que ceux qui l’avaient conçu avaient su flairer l’air du temps. comme nous. Manière de rappeler que les humains eux aussi sont des animaux. tandis que Regan proposait une version déontologique du droit des animaux.9 . sur ce que doit être une « bonne vie ». désir ». pratiques et éthiques.170. celui de Tom Regan. L’un et l’autre. le livre de Singer fait l’objet. a droit à des droits. car à l’époque.cairn. aussi longtemps du moins qu’ils ne commettent pas d’« excès ».81.64. et à en tirer des conséquences. L’un soutenait que. un petit groupe de jeunes philosophes s’intéressait. lui aussi.170. en tant que tels. en 1975. août-septembre 1978). Animal Liberation.ENSSIB .info . mémoire. dès le début des mêmes années 1970. Numéro d’avant-garde. Ces deux livres n’ont pas connu en France le même retentissement que dans le monde anglophone. À Oxford. suivi bientôt par un autre livre important. les animaux sont capables de sensations et donc d’éprouver de la souffrance – laquelle doit être globalement minimisée . Peter Singer. avait publié. © Editions de Minuit Document téléchargé depuis www. ni la « cause » aujourd’hui défendue par des mouvements politiques qui bénéficient dans l’opinion publique d’un consensus par défaut. dans le sillage de Bentham. Peter Singer. que tout être susceptible d’« émotion.cairn. faisaient un usage typiquement anglo-saxon du mot « animal » : à la fois adjectif qualificatif et substantif. Il est intéressant de noter que. d’une Document téléchargé depuis www. à quelque degré de conscience (self-awareness) que ce soit ».. mais à mettre en cause le statut moral et juridique des animaux. ayant « l’usage de concepts généraux » et le sens de l’« action intentionnelle et du futur.info . se fondait sur l’argument utilitariste du bien-être animal. faisaient ainsi irruption dans le champ de la philosophie morale et politique. © Editions de Minuit . à la question.

© Editions de Minuit (courte) recension. Ce point d’interrogation ajouté vise aussi. réformer Document téléchargé depuis www. La question est bien plutôt de savoir comment prendre en compte « notre » participation commune au monde. avec ce titre... sous la rubrique « La victime ». face à face. renvoie aux différents Fronts de Libération Nationale des peuples colonisés : aux nombreux « FLN » du temps. les Noirs. il n’en va pas de même de celui de Regan. laquelle apparaît ainsi comme une « nouvelle frontière ». à un niveau plus sémantique.ENSSIB . Force est de constater. non pas de l’animalité. Si le livre de Singer a fini par être publié en français en 1993. Sur le fond. L’expression « animal liberation ». à demander quel sens peut avoir cette étonnante formulation. et débouchant sur des interrogations d’ordre pratique intéressant tous les citoyens. Women’s Lib).9 .. mais bien des animaux en tant que tels.64.cairn. trente ans après. pas seulement dans le monde anglo-saxon. Il nous a donc paru important de revenir. Comme s’il fallait absolument rappeler que nous sommes des animaux et qu’il n’y a pas de sens à parler d’« eux » et de « nous ». que cette vision a été largement reprise à la fois par la philosophie. Chemin faisant. dont la traduction existe sous forme de manuscrit. On conçoit. le mot libération est apparu comme un mot d’ordre exigeant une réforme de nos manières de penser adressé tout aussi bien aux opprimés qu’aux oppresseurs. à l’origine. sans distinction d’espèce et par là même.81. l’argumentation de Singer est jugée « déprimante ». d’ordre éthique.info . sur la question. dans ces conditions. faisant preuve d’« un excès de bonne volonté » : en d’autres termes. et plus généralement à la suppression des ghettos et de toute forme d’enfermement.9 . © Editions de Minuit ..644 CRITIQUE Document téléchargé depuis www.81.64. remettant en question des notions telles que celle de justice. et par les militants de mouvements à caractère politique de plus en plus influents – et ce. ce « notre » entre guillemets signalant que le mot « animaux » doit être complété par la combinaison d’épithètes : « humains et/ou non humains ». les gays et lesbiennes. un pas supplémentaire a été franchi avec la question des animaux et de leur « libération ».cairn.170. Libérer les animaux.13/06/2013 11h39. repris de Peter Singer : « Libérer les animaux ? » Le point d’interrogation veut indiquer que ce qui a pu à un moment apparaître comme un simple slogan revendicatif a suscité chez les philosophes un questionnement fondamental. aujourd’hui. que la question importante ne soit plus celle de la différence (ou de la non-différence) entre deux règnes naturels (l’homme et l’animal) – autrement dit. exemplaire d’une certaine « naïveté typiquement américaine » – même si Singer est australien. la littérature. ce serait donc « nous » libérer.170.13/06/2013 11h39. l’explicitation de ce qui constitue le « propre de l’homme ». Elle en est venue ensuite à désigner d’autres mouvements visant à l’émancipation d’autres catégories opprimées : les femmes (MLF.ENSSIB . À cet égard. dont l’essentiel est consacré à décrire les mauvais traitements infligés aux animaux. mais attend toujours qu’un éditeur veuille bien s’y intéresser.info .

Le Paysage animal.81.ENSSIB . sur nos pratiques et nos usages. les animaux.64. C’est du moins ce à quoi nous a accoutumés la tradition philosophique française qui d’Aristote à Heidegger cherche à définir « le propre de l’homme ». les bourgeois à leurs fauteuils en cuir et les familles au gigot du dimanche ? Finis. Eux et non l’animal abstrait : car il ne s’agit pas ici d’interroger la différence de l’homme et de l’animal (« la bête est sans raison ») . cochons.cairn. sans jamais s’appliquer à eux.170. sans veaux. ni de recourir à l’animal pour mieux comprendre ce que nous sommes .64. de nos comportements. 645 * 1.9 . si l’on peut. Comment mettre fin à une domination que nous avons été accoutumés à penser comme naturelle ? Avec toutes les implications que cela suppose. il ne s’agit pas non plus d’entrer dans la tête de l’animal (phénoménologie du vivre animal). d’utiliser. Or ce dont il s’agit aujourd’hui. 2004. humains. mot qui permet de ne pas avoir à considérer que l’homme est un animal.. Paradoxe d’un mouvement qui efface la frontière avec l’animal pour mieux la réaffirmer dans la distinction de deux sphères.81. de vivre avec eux ? Il pourrait sembler que l’on doive en revenir pour cela à une analyse de l’animalité.9 . devenue impossible ou plus dangereuse que la vie dans un zoo. Paris. © Editions de Minuit . de les rendre à la vie « sauvage ». Quelle serait alors la forme de nos campagnes.ENSSIB . poulets ? On trouvera d’intéressants éléments de réflexion à ce sujet dans la magnifique somme du géographe Xavier de Planhol.13/06/2013 11h39.. le débat sur l’animal est éthique et politique : il concerne avant tout la sphère de nos actions. Faut-il cesser toute forme d’exploitation animale : abolir les élevages en batterie bien sûr. Document téléchargé depuis www. si l’on veut libérer les animaux. Document téléchargé depuis www. Fayard. la viande. le cuir mais aussi la soie 1 ? Finalement. vaches. ce n’est pas tant de légiférer sur « eux ».13/06/2013 11h39.170. « Les animaux sentent-ils ? Souffrent-ils ? » sont des questions préalables à la définition de leurs « droits ». autant que juridique. mais bien de réfléchir aux différentes places tenues par les animaux. de tuer les animaux – bref. L’homme et la grande faune : une zoographie historique. à nous humains. et sa qualification de « bête ». interdire les expérimentations animales en laboratoire. d’étudier.. de nous rapporter au monde dans ce « vivre ensemble ». peut-être ? Les rombières devraient-elles renoncer à leurs manteaux de fourrure. L’animal se trouve ainsi coincé entre son abstraction. l’animalité (évidemment opposée à l’humanité). Quelles sont nos différentes manières d’aimer.info .. que sur « nous ». ce n’est pas proposer (comme font semblant de le croire des détracteurs caricaturaux). Se demander si l’on doit.info .cairn. C’est se mettre à réfléchir sur la place des animaux dans notre monde et sur le type de relation que « nous » entretenons avec « eux ».LE PARTAGE DU MONDE. © Editions de Minuit notre manière à nous. ne serait-ce que pour éviter d’y avoir recours. les animaux.

Passé aujourd’hui à d’autres recherches – qui ne sont pas sans rapport avec la libération des animaux : l’éradication de la pauvreté dans le monde – il est sur cette question resté fidèle à la visée politique qui fut toujours la sienne. fermes industrielles ou traditionnelles. voire même adhérer au « véganisme » (proscrivant toute consommation de produits d’origine animale).9 . vécue par les personnages du roman éponyme de J. La sphère du domestique est également celle du privé et donc le Document téléchargé depuis www. demandé à Peter Singer de revenir sur les circonstances dans lesquelles il a écrit son livre Animal Liberation et sur l’évolution des débats au cours des trente-cinq années qui nous séparent de sa publication : comment fonder une politique pour nous. par « honte »). Le « partage du monde » commence à la maison.9 . Car de fait.13/06/2013 11h39. d’entreprendre une brève enquête sur les lieux mêmes où se noue concrètement la relation entre l’homme et l’animal : laboratoires. avec les animaux que l’on dit domestiques.81. mais qui peut facilement dégénérer en violence pure et simple. boucheries.ENSSIB . avant de dessiner un panorama nécessairement incomplet des positions en présence aujourd’hui. de plus.13/06/2013 11h39. nous vivons en permanence avec les animaux. famille. Comment entendre cette appellation ? Que cela plaise ou non. dans une certaine mesure aussi. va jusqu’à suggérer que notre responsabilité morale devrait nous amener à supprimer les animaux domestiques : cette position est analysée et. domus. Kari Weil construit une réflexion sur l’idée de shame (terme malaisément traduisible et que l’on rend. et conforme à l’idée « singerienne » que la « libération » des animaux concerne tout autant les hommes que les autres espèces animales. fictions enfantines. professeur de droit aux États-Unis. pour commencer. sans forcément nous en apercevoir.170.646 CRITIQUE Document téléchargé depuis www. humains. lui semblent relever d’une idéologie de la pureté morale.info .ENSSIB .170.. Avant de décrire la postérité des travaux de Singer et Regan.64. Gary Francione. alcôves. force est de reconnaître que c’est bien de « domestication » qu’il s’agit – autrement dit.64. prônant un pragmatisme unitaire en vue d’une efficacité politique immédiate.cairn. d’une relation que l’on peut qualifier au mieux d’inégalitaire. © Editions de Minuit . urgences hospitalières. chenils. © Editions de Minuit Nous avons. prescriptions qui non seulement risqueraient de ne pas être suivies mais qui. abattoirs. zoos. M. par exemple : devenir végétarien.. faute de mieux. qui prenne en compte la nécessité qui nous est imposée de partager le monde avec les autres animaux ? Il a bien voulu préciser comment il se situe dans le mouvement général de « la cause animale » et des « droits des animaux ».81. compliquée avec élégance. plutôt que ce qu’il considère comme des querelles de chapelles théoriques. salon de l’Agriculture. Coetzee. il nous a paru souhaitable. favorable à toute mesure concrète allant dans le sens souhaité et ne cherchant pas à définir et prescrire des « devoirs ».cairn. qui rencontre l’expérience de la disgrâce. voire en torture physique ou morale.info . par Kari Weil.

Certains ont sauté ce pas – tel Isaac Bashevis Singer. Après le trouble du monde domestique. bien qu’« insensibilisées ». De l’interaction sexuelle à l’exploitation.. ». il est frappant de constater combien il diffère.. la perception de l’abattoir. Quant au statut moral accordé à « l’amour par-delà la barrière des espèces ».info . c’est ce que montre un autre livre de J. Eliszabeth Costello. qui parle d’un « éternel Treblinka ».170.cairn.81. se rebellent. s’étend à l’extérieur du lieu de travail. il est interdit d’avoir des relations sexuelles avec elles..cairn. selon que le mâle humain occupe ou non la position « active » et « dominante » qui est censée lui être naturelle. en l’adaptant. © Editions de Minuit . il n’y a souvent qu’un pas : l’extension du régime de la domination.9 .13/06/2013 11h39.ENSSIB . il conviendrait d’inclure l’effet produit sur ceux qui gagnent leur vie à ce prix.170. La mise à mort ne laisse pas inchangés ceux qui l’accomplissent : il n’est pas rare que les bêtes. La comparaison est périlleuse : elle peut même devenir indécente. Cary Wolfe. Elle s’est intéressée tout autant aux hommes qu’aux bêtes.info .13/06/2013 11h39. La zoophilie – qu’on entende par là l’amour qui lie les animaux domestiques et leurs « maîtres ». lieu de mise à mort industrielle portant sur des millions d’individus sans cesse renouvelés.ENSSIB . Depuis quelques années. La question se pose toutefois de savoir si une comparaison de ces lieux de la souffrance animale aux camps de la mort nazis a un sens. s’est compliquée du fait que les images d’animaux ainsi maltraités et abattus à la chaîne n’ont pas manqué de faire surgir d’autres mémoires. Que la comparaison soit délicate à manier. sans qu’il soit possible de savoir ce que pense l’auteur. expression dont Charles Patterson a fait le titre d’un livre. par contagion. philosophe réfléchissant au statut des droits.64.9 . Thierry Hoquet analyse la manière dont la zoophilie est perçue à la fois par l’opinion et par le législateur.64. revient sur cette comparaison à travers les travaux des philosophes italiens Gior- Document téléchargé depuis www.. parce qu’elles ne sont pas capables de donner leur consentement. le second lieu commun à l’homme et à l’animal est l’abattoir. où l’analogie entre les abattoirs et les camps d’extermination est placée dans la bouche d’un personnage. © Editions de Minuit lieu où les relations entre l’homme et l’animal peuvent se faire plus intimes. dès lors qu’on la transpose des lieux (abattoirs. quand bien même elles sembleraient le donner. la phrase que Voltaire plaçait dans la bouche du Nègre de Surinam : « C’est à ce prix que vous mangez de la viande. camps) aux êtres qui s’y trouvent ou s’y sont trouvés. ou l’activité sexuelle entre individus d’espèces différentes – constitue une forme radicale de destruction de l’anthropocentrisme ou du « spécisme ». M. parce qu’elles ne peuvent être tenues légalement responsables de leurs actes . le traitement juridique de la question suggère que les bêtes ont le même statut que les enfants : on ne doit pas les juger. Coetzee.81.LE PARTAGE DU MONDE. L’anthropologue Catherine Rémy a voulu voir par ellemême ce qu’il en est de ce lieu mythique à bien des égards. forçant les tueurs à entrer dans un combat à mort dont la violence. Toutefois.. Ce serait ici le lieu de reprendre. 647 Document téléchargé depuis www.. Et dans le calcul de « ce prix ».

ENSSIB . © Editions de Minuit . d’un bout à l’autre de l’évolution. Université de tous les savoirs.13/06/2013 11h39. On ne saurait nier que l’idée d’un nouveau partage du monde entre animaux.64. « Qu’est-ce que la vie ? ». « Le monde vivant comprend des bactéries et des baleines. C’est sur elle que se fonde la notion de parenté et d’unité du vivant. Tel est le cas par exemple du 2.81.). Jacob.170. de leur éventuelle « libération ».info . est à la fois motivée et justifiée par la théorie de l’évolution. que l’imaginaire comte Zaroff n’est pas le seul à avoir pratiquée.170. I.ENSSIB . p. on dirait que nous restons confusément conscients de cette solidarité première [imaginée par les Amérindiens] entre toutes les formes de vie 3. Document téléchargé depuis www. 2002. conservées dans leur nature chimique et simplement réarrangées. La Vie.info . des organismes vivant dans les régions polaires à -20o C. enfin. 768 du présent numéro. est un autre de ces lieux de rencontre qu’il convient d’analyser.81. Esposito. 3. Dans le sillage de ses travaux récents sur les « corps vils ». La « science » retrouve ce que le mythe avait pressenti. lieu tout aussi ambigu que celui de la vie domestique.cairn. celui du « most dangereous game ». » Encore faut-il prendre garde de ne pas transformer certains développements de la biologie en mythes modernes auxquels un enrobage numérique tient lieu de scientificité. La chasse.cairn. que sont l’élevage et l’abattage industriels. des virus et des éléphants. L’un et l’autre se situent dans le cadre foucaldien de la biopolitique . dans l’ordre de la biologie. Vol...9 . écrit François Jacob 2.64. F. p. il retrace l’histoire de la chasse à l’homme. écrit-il. Michaud (éd.13/06/2013 11h39. Y. où les corps se mêlent violemment. inédites du point de vue historique. tente de définir le statut politique actuel de ces pratiques. Ce qui distingue un papillon d’un lion ou une poule d’une mouche. Grégoire Chamayou l’aborde par un détour inattendu. en nous obligeant à voir que.648 CRITIQUE * Dans une seconde partie de ce numéro sont exposées diverses manières d’aborder la question des animaux. les braconniers sont abattus à vue.. de la philosophie et de l’éthologie.9 . c’est moins une différence dans les constituants chimiques que dans l’organisation et la distribution de ces constituants ».. 32. Cité par Marie Gaille. partant d’une analyse renouvelée du lien entre racisme et nazisme. ce sont les mêmes molécules qui ont servi. Document téléchargé depuis www. comme le constate également Claude Lévi-Strauss : « Aujourd’hui encore. Paris. Son texte veut rappeler que la défense des animaux semble jouer parfois contre les droits de l’humain : au Zimbabwe. Odile Jacob. Mais tous ces organismes présentent une remarquable unité de structures et de fonctions. © Editions de Minuit gio Agamben et Roberto Esposito. qui ne se ferait pas au bénéfice d’une seule espèce. surpris de « découvrir à quel point les molécules sont conservées au cours de l’évolution ».

649 Document téléchargé depuis www.ENSSIB . féministe et auteur d’un Manifeste Cyborg.64.. Du côté de la philosophie anglo-saxone.info .. Toutes les mutations ne se valent pas du point de vue de l’évolution. Elle s’appuie ici sur les travaux de la biologiste Lynn Margulis portant sur le phénomène de symbiose. Florence Burgat s’efforce d’établir ce qui la distingue du règne végétal. en faveur d’une « rencontre des espèces ».9 . dont le principe repose justement sur l’équivalence supposée des divers pourcents. souvent intriqués. Florence Burgat.LE PARTAGE DU MONDE. Un chimpanzé n’est pas humain à 98.ENSSIB .cairn. biologiste et philosophe.23 % en fait) censé mesurer l’écart entre l’homme et le chimpanzé. Marie Gaille fait ici remarquer qu’un tel questionnement fait écho à la réflexion contemporaine sur la nature développée par certains anthropologues.cairn. En France.13/06/2013 11h39. dans la perspective des « capabilités ». celles qu’elle entretient avec sa chienne. When Species Meet.. lors de relations amoureuses dont elle décrit un exemple. concept qu’elle partage avec Amartya Sen. cherchant à définir l’animal autrement que ne l’a fait la philosophie occidentale dans ce qu’elle appelle l’époque moderne. L’idée d’hybridation.13/06/2013 11h39. dont l’effet serait de contribuer à une hybridation de leurs deux espèces. tel est l’objectif d’un des derniers livres de Martha Nussbaum dont rend compte Olivier Renaut.64. on ne sera pas étonné d’apprendre que l’essentiel de la postérité des travaux pionniers de Singer et Regan concerne les domaines. à l’encontre de toute pensée essentialiste. Partant d’une critique de la justice au sens de Rawls. Plutôt que de chercher à mettre en évidence des caractéristiques qui différencient l’espèce sapiens des autres espèces au sein du règne animal.. particulièrement. © Editions de Minuit fameux 1 % génétique (1. n’hésite pas à étendre au règne végétal l’idée de « solidarité première entre toutes les formes de vie ».81. de l’éthique et du droit. Alain Prochiantz voit dans l’exploitation qui est faite de ce calcul dénué de sens un désir (ou une volonté) de brouiller et estomper les frontières. Ce qui rend inepte toute évaluation en termes de pourcentages. Haraway. © Editions de Minuit . Le biologiste Alain Prochiantz établit le caractère trompeur et inexact de cette assertion présentée comme un résultat scientifique. qui ne prend en compte que les éléments mutationnels simples et ne s’intéresse pas à l’endroit où se produit la mutation (au type de séquence sur laquelle elle intervient). pour plaider.81.170.77 %.info . Il démontre que cette quantification de la « différence ». qui peut éventuellement conduire à comparer des incommensurables – l’horreur des camps d’extermination et l’élevage industriel.9 . Martha Nussbaum cherche à donner à la compassion un statut qui la sorte à la fois du règne de la charité et de son inutilité foncière.170. est au centre du dernier livre de Donna Haraway. empruntée à la biologie. Document téléchargé depuis www. prône depuis longtemps une réinvention de la nature dont l’artificiel ne soit pas exclu. dont rend compte Vinciane Despret. ne correspond à rien. Fonder en droit des notions politiques et analyser de façon aussi concrète que possible les manières de faire société entre animaux (humains et non humains).

lui aussi.64. Paris. et ce n’est certainement pas le fruit du hasard. dont Patrick Talbot fait ici le compte rendu.170. dans un tout autre contexte et en un tout autre sens. etc. Bayard. Il invente alors le vocable « animot » pour faire entendre le pluriel : les animaux et pas l’animal. Jean-Christophe Bailly n’a cessé de s’intéresser à « l’espèce d’existence » qui est celle des animaux – tout particulièrement dans un livre récemment paru. C’est au cœur de ces communautés animales. Le Versant animal. comme les animaux.81. 4. que nous place l’analyse de Frédéric Keck. où la question du « propre de l’homme » est lettre morte.650 CRITIQUE 4.81. les Document téléchargé depuis www. en se référant. utilisé pour désigner « tout le règne animal à l’exception de l’homme ». Il évoque également les travaux de Paul Shepard.170.13/06/2013 11h39.-C. en tant que « jeu de mots » destiné à faire comprendre à des enfants que si les mots ont tous en commun d’être des mots. issu d’une conférence prononcée en 1997. extraits d’un volume illustré publié à 50 exemplaires. S’il a fallu tant de temps pour que la philosophie prenne conscience de la communauté de fait dans laquelle nous nous trouvons avec les animaux. lors d’une décade de Cerisy.info . Derrida réfléchit sur cette « immense dénégation » que constitue le singulier général : l’animal. en raison de l’importance accordée à la question du « propre de l’homme ». Le Pays des animots. sur le thème de la contagion : « vache folle ». et publié en 2006 : il est aujourd’hui prolongé par la publication. L’entretien que nous a accordé le philosophe et éthologue Dominique Lestel permet de bien saisir comment ces deux lignées. À partir d’une expérience intime (être vu nu par sa chatte). pratiquement introuvable aujourd’hui. éthologue américain peu connu en France.ENSSIB . grippe aviaire ou autre.. Il dresse un panorama des positions actuelles.info . qui reprend les cours donnés à l’EHESS en 2001-2002.ENSSIB . Voir J.13/06/2013 11h39. et plaide pour une ouverture aux travaux réalisés au Japon. en France et aux États-Unis. Le texte le plus souvent cité est bien évidemment L’Animal que donc je suis. leurs relations. 2004. c’est.cairn. Document téléchargé depuis www. © Editions de Minuit Mais que ce soit en France ou aux États-Unis.. qui l’ont aidé à formuler le concept de « communauté hybride ».cairn.9 . selon Dominique Lestel. Coïncidence ou non. Bailly. que ce soit pour s’en inspirer ou pour la critiquer.64. et des circulations intercontinentales. l’œuvre de Jacques Derrida est une référence incontournable. entreprise par Marie-Louise Mallet. Or. de La Bête et le Souverain. « Les Petites conférences ». à L’Animal que donc je suis. il se trouve que l’« animot » a été « trouvé » quasi simultanément par Derrida et par l’écrivain Jean-Christophe Bailly. Nous remercions vivement JeanChristophe Bailly de nous avoir généreusement « donné » trois courts textes.9 . © Editions de Minuit . coll. force est de constater que sur la question du partage du monde entre animaux humains et non humains. opèrent dans le champ contemporain de la pensée de l’animal. celle de Singer et celle de Derrida. ils peuvent être caractérisés par leurs espèces.

9 . 651 Françoise BALIBAR et Thierry HOQUET Document téléchargé depuis www..64.. un IPR (Inspecteur Pédagogique Régional).ENSSIB .cairn. Pedro Cordoba nous livre une allégorie jubilatoire des interrogations que suscite la question des animaux. Il s’agit du récit d’une conversation entre amis : un théologien bossu.cairn. sans oublier. © Editions de Minuit hommes menacés (par les microbes ou les hommes) sont aujourd’hui « malades des animaux ». parmi d’autres. Frédéric Keck propose de changer notre ontologie de manière à prendre en compte des ensembles d’entités qui circulent et interagissent. Enfin.170. il faut substituer l’observation des microbes « dans le réservoir animal ». Et propose en même temps d’inverser ce paradigme : à l’ancienne guerre contre les microbes. un deleuzien. ni Jacques Brel ni une collégienne..info . et même les éthologues.. un nouvel humaniste.13/06/2013 11h39. c’est-à-dire l’inclusion des microbes comme nouveaux acteurs. un libérateur des animaux. Il renouvelle par là le geste que Bruno Latour appelle « la pastorisation de la société ». parmi les philosophes.81. Document téléchargé depuis www.64.info . aujourd’hui en France. amenée là par un éthologue..170.LE PARTAGE DU MONDE.ENSSIB .13/06/2013 11h39. © Editions de Minuit . qui caresse son coude nu.81. un lacanien joufflu..9 .