Hydraulique souterraine

L’hydraulique souterraine est la discipline géomécanique qui étudie mathématiquement l’écoulement gravitaire naturel (nappe aquifère…) ou provoqué (drainage, pompage…) de l’eau souterraine libre – ni adsorbée, ni capillaire - dans les milieux perméables, sous l’effet d’un gradient de charge ou de pression ; elle utilise des modèles théoriques de forme et de comportement hydrodynamiques qui doivent être compatibles avec les modèles réalistes de réseaux naturels que décrit l’ hydrogéologie ; cette dernière étudie qualitativement la présence d’eau libre dans le sous -sol, en s’attachant à la nature lithologique (grave, sable, grès, calcaire…) et à l’état (poreux, fissuré, karstique…) des matériaux aquifères, et à sa circulation dans les réseaux souterrains réels, organisés selon la structure géologique des formations aquifères superficielles (nappes alluviales…) ou profondes (nappes captives…). Ainsi, l’hydraulique souterraine et l’hydrogéologie sont indissociables, inter-dépendantes et complémentaires. On procède à l’étude d’un massif de matériau perméable aquifère pour l’exploiter par pompage dans un puits ou un forage, pour le drainer, pour y assécher une fouilles dont le fond est sous le niveau phréatique, pour y prévenir ou résorber une pollution, pour construire un barrage… Le but de cette étude est de définir le dispositif à mettre en œuvre - type, implantation, programme -, afin d’obtenir le débit d’exploitation souhaité, le rabattement du niveau phréatique nécessaire dans l’ensemble d’une zone de tr avaux, en contrôlant éventuellement les effets lointains de l’opération sur la nappe (diminution voire tarissement de sources, puits, forages…) ou le débit de fuite minimum d’un barrage. Les massifs karstiques de calcaires, gypse…, dont les vides sont très grands et organisés en galeries en charge ou non sont évidemment perméables, mais les écoulements qui s’y produisent sont généralement rapides, turbulents et très variables dans l’espace et le temps. Ainsi, les problèmes hydrauliques des réseaux karstiques dénoyés ne peuvent pas être traités par l’hydraulique souterraine ; ils peuvent l’être qualitativement par l’hydrogéologie.

Historique
La loi de Darcy a été exprimée en 1856 ; elle rend compte de l’écoulement de l’eau dans un milieu aquifère sous faible gradient et en régime permanent ; elle définit la perméabilité du milieu, paramètre liant linéairement le débit au gradient de charge hydraulique ou de pression. La théorie générale de l’écoulement laminaire en régime permanent d’une nappe aquifère dans un milieu infini homogène a été présentée en 1863 par Dupuit, à propos de la tranchée drainante. En 1880, à la suite de la ruine du barrage de Bouzey, Dumas définit la sous-pression, pression hydrostatique de l’eau souterraine sous les ouvrages enterrés au-dessous du niveau phréatique.

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Darcy a mesuré le débit de l’eau en régime permanent Q à travers un filtre à sable vertical de 2.003Q² : le terme du second degré était effectivement assez faible pour être négligé aux faibles débits . quand le niveau de l’eau dégringole brusquement à proximité du débit limite de l’ouvrage. cette loi très déterministe ne l’est donc pas tant que cela : pour qu’elle soit valable. le terme du second degré qui traduit un écoulement turbulent devient de plus en plus influent et on ne peut plus le négliger . a été développée dans les années 194-/5. plus ou moins perméables. l’imprécision de ses résultats pour une vingtaine de mesures est de l’ordre de 15 % . Évidemment. les écoulements doivent être laminaires et permanents. à mesure que le débit augmente. plus ou moins aquifères . leur interconnexion et leur état de saturation. En fait. Houpper… La loi de Darcy La théorie de l’hydraulique souterraine est fondée sur la loi de Darcy qu’il a établie pour calibrer les filtres à sable de l’usine de distribution d’eau potable dont il avait la charge à Dijon. en plus ou moins grande quantité selo n 2|Page .3Q + 0.par Muscat. la hauteur de matériau filtrant (longueur de percolation) L. eau) dans les milieux poreux. Thiem a permis de tenir compte des conditions aux limites d’une nappe aquifère en régime permanent. il en déduit avec une prudence dont nous avons oublié la pratique : « Il parait donc que pour un sable de même nature. la charge d’eau Δh . on peut admettre que le volume débité est proportionnel à la charge et en raison inverse de l’épaisseur de la couche traversée. La perméabilité Tous les géomatériaux sont poreux ou fissurés. le problème de l’écoulement en régime transitoire de la nappe aquifère a été traité par Theis dans le courant des années 193-. l’ eau y est plus ou moins mobile : l’eau libre les remplit plus ou moins et peut y circuler sous l’effet d’un gradient . l’eau capillaire tapisse les parois des vides non saturés sous l’effet de la tension superficielle. » . selon son auteur lui-même. en négligeant ce terme. de sorte que l’on peut encore évaluer la pertinence de cette loi : Lors des quatre expériences dont il rend compte. gaz. Abordé sans suite pratique par Boussinesq au début du XXe siècle. La théorie générale de l’écoulement des fluides (pétrole. ce dont on a fait une condition nécessaire de validité de la loi de Darcy dans les conditions de son utilisation actuelle. selon les dimensions des vides.35 m de diamètre(surface S). Il a minutieusement décrit ses expériences et leurs résultats. les résultats de la première expérience portant sur dix mesures peuvent se mettre sous la forme Δh ~ 0.5 m de hauteur et de 0. en faisant varier la nature et la granulométrie du sable. on constate facilement cela en fin d’essais Lefranc ou de pompages dans les forages.En 1906. il a calculé les rapports Q/Δh correspondants et en a déduit la relation Q ~ k*Δh*S/L.

caractérise la facilité d’écoulement de l’eau à travers lui. n’est mobilisée que par des variations extrêmes des conditions physiques . y compris les argiles les plus sèches. uniforme et donc que le gradient et la vitesse physique de l’eau soient faibles et pratiquement constants . permanent. tous les géomatériaux. dans l’unité de temps. nature. le gradient naturel dépasse rarement 2/1 000 . dimensions et indice des vides .les conditions de température et de pression . ont de tels vides qui contiennent de l’eau plus ou moins libre et donc peuvent être plus ou moins perméables.Formes de l’eau souterraine Un matériau est perméable si ses pores ou fissures sont ouverts e t interconnectés de sorte que l’eau libre peut y circuler . la valeur dépend seulement du matériau aquifère. l’eau adsorbée fixée aux parois par attraction moléculaire. l’eau de constitution intégrée à un réseau cristallin. Le coefficient de perméabilité est un paramètre empirique et composite de calcul pratique dont par convention. la vitesse peut aller de quelques m/j dans les aquifères très perméables à moins de 0. Vides des roches . avec I = Δh/L gradient hydraulique et V = Q/S vitesse d’écoulement . Le coefficient de perméabilité k d’un matériau saturé. La loi de Darcy définit le coefficient de perméabilité k = (Q/S)/(Δh/L) ou k = V/I. il a les dimensions [L. En fait. elle implique que le régime d’écoulement soit laminaire. structure. V n’est pas la vitesse physique effective d’écoulement de l’eau dans le matériau mais une abstraction commode pour remplacer dans les calculs tensoriels le rapport Q/S.T−1] mais pas la nature d’une vitesse . le calibre utile d’une veine d’eau et donc la vitesse réelle d’écoulement.01 m/j dans les aquifères pratiquement imperméables. ne peut être mobilisée que par une réaction chimique. dépendent de l’indice des vides du matériau : la perméabilité d’un matériau diminue si 3|Page . sous l’effet d’un gradient hydraulique. quantité d’eau qui passe à travers la surface unité de matériau p erpendiculaire aux lignes de courant.

les équipotentielles sont verticales et les lignes de courant sont horizontales . la solution analytique de deux équations définissant le vecteur vitesse d’écoulement permet de construire un réseau de deux familles de courbes perpendiculaires. tranchées drainantes. il ne s’établit 4|Page . L’écoulement de l’eau dans un milieu perméable Dans un milieu perméable. dont la perméabilité vaut 10-9 m/s. ce qui est considérable à l’échelle d’un bassin sédimentaire et du temps géologique . le débit d’écoulement est pratiquement nul si le gradient est faible et/ou s’il ne règne qu’un court laps de temps .. partant de là. À nos échelles de surface et de temps. Le régime permanent d’écoulement ne s’établit évidemment pas instantanément – en fait. un matériau est pratiquement perméable pour k >10-4 m/s et imperméable pour k <10-6 m/s. de telles conditions pourraient être celles de l’imperméabilité pratique du géomatériau qui n’est jamais totale. au moyen de méthodes spécifiques. y1 et y2 distances à l’ouvrage. il est évidemment négligeable à l’échelle d’un site et du temps géotechniques. Dupuit admet qu’à une certaine distance y de l’ouvrage. soumis à une charge hydraulique de 1 b. z1 et z2 hauteurs d’eau au-dessus du mur imperméable horizontal. en fonction de pertes de charges dans des domaines et pour des conditions aux limites simples.son indice des vides diminue par compression – les géomécaniciens définissent ainsi la consolidation du matériau qu’ils modélisent par l’essai œdométrique. les lig nes de courant et les lignes de niveau ou de pression . et si le débit permanent d’un puits est au plus égal à l’apport permanent à la limite de la zone d’écoulement perturbé par le prélèvement. la composante verticale de la vitesse d’écoulement est nulle et donc que la vitesse est constante en grandeur et direction sur une même équipotentielle : dans un plan vertical. Les dispositifs d’ouvrages complexes sont modélisés comme de grands ouvrages simples : tranchée drainante pour une file de puits. puits. mais ce n’est pas toujours simple à faire . Néanmoins. on a alors Q = πk*(z2²-z1²)/ln(y2/y1). en introduisant évidemment des hypothèses simplificatrices : si le niveau statique de la nappe à surface libre et son mur sont horizontaux. est d’environ 3 000 m³/ha/an. l’eau libre peut circuler très lentement dans des matériaux de beaucoup plus faible perméabilité : le débit à travers un banc marneux épais de 1 m. puits de très grand diamètre pour un rabattement de nappe de grande fouille… Le résultat de ce calcul ne s’applique en principe que pour une durée infinie de pompage à débit constant.. la résolution de n’importe quel problème d’écoulement souterrain est en principe possible si l’on a établi un bon réseau. si la surface et la durée de percolation sont très grandes. on préfère donc résoudre les problèmes débit/rabattement qui se posent souvent et qui s’y prêtent. Pour les faibles perméabilités. l’écoulement de l’eau est supposé régi par la loi de Darcy dans le cadre de la théorie de l’hydraulique générale . La plus simple et la plus commode est celle de Dupuit pour le calcul du débit permanent d’ouvrages élémentaires d’épuisement. avec Q débit permanent de l’ouvrage.

mais les résultats de ce type d’essai ne sont pas très convaincants. comme cela est logique mais hypothétique. essai Lefranc ou de perméabilité. on pompe ou on injecte de l’eau à débits et niveaux constants progressifs. On réalise un essai Lefranc à l’avancement en fond de forage en cours d’exécution. dans des matériaux boulants. car ils sont influencés par la physico-chimie de l’eau utilisée et par le contact matériau/paroi de l’appareil qui est une zone d’écoulement privilégié . On applique la formule de Dupuit aux différences de niveaux mesurées sur tous les 5|Page . que l’on ne peut pas échantillonner correctement. sur un puits filtrant entouré de piézomètres. ou fragiles comme les roches fissurées. Pour cela. on provoque ainsi un rabattement de nappe. On y parvient en ré alisant un essai de pompage à débits et niveaux constants croissants. isolé par un obturateur simple ou double.même jamais. même en les multipliant dans un site donné. L’écoulement devient turbulent si le gradient dépasse le gradient de Sichard . dans un segment de forage non tubé. Mesure de la perméabilité Les géomatériaux naturels à très faible cohésion comme les sables et graves aquifères sont quasiment impossible à carotter . Pour réaliser un essai Lugeon dans des roches fissurées peu perméables. on ne peut donc pratiquement pas mesurer leur perméabilité au laboratoire. par injection. la perméabilité du matériau varie avec sa compacité. car le niveau de l’eau dans le puits tend théoriquement vers une valeur asymptotique . on vérifie aussi que. Les essais in situ. on crée sous le sabot du tubage une lanterne plus ou moins haute selon la stabilité du matériau. le problème de l’écoulement en régime transitoire se traite par la méthode de Theis . la loi de Darcy n’est alors plus applicable et les calculs d’hydraulique souterraine sont inadéquats. on injecte de l’eau à pressions et débits constants croissants puis décroissants. De cette façon. un œdomètre aménagé peut être utilisé comme perméamètre à charge variable en cours d’essai de compressibilité . si possible répartis régulièrement sur l’ensemble du secteur étudié . cela se justifie rarement en pratique : on peut plus simplement admettre que le rabattement et le rayon d’influence croissent comme la racine ou le logarithme du temps. essai Lugeon et essai sur puits filtrant permettent de mesurer la perméabilité des matériaux boulants comme les sables et les graves. aquifères. et selon le niveau piézométrique naturel. il est difficile d’estimer globalement la perméabilité moyenne du matériau aquifère contenant une nappe ou même d’un de ses secteurs peu étendu. Les essais au laboratoire de matériaux carottables plus ou moins argileux sont difficiles à réaliser et leurs résultats sont incertains. Les essais Lefranc et Lugeon sont ponctuels . par paliers si possible stabilisés. à la pression atmosphérique. On peut réaliser des essais analogues dans des matériaux secs. par ces seuls procédés.

Types d’extraction Les études portent sur le dispositif à mettre en œuvre. on peut avoir intérêt à effectuer des calculs 6|Page . en contrôlant éventuellement les effets lointains de l’opération sur la nappe. les paramètres utilisés dans les calculs d’hydraulique souterraine sont le gradient d’écoulement qui se mesure facilement à partir d’un réseau de piézomètres établi autour du point d’extraction et le coefficient de perméabilité du massif aquifère qui ne se mesure correctement qu’in situ. implantation. débit. afin d’obt enir le débit d’exploitation ou le rabattement du niveau de la nappe nécessaire dans l’ensemble d’une zone de travaux. pour calculer la perméabilité moyenne du matériau entre chaque appareil. Pour les projets complexes et les opérations durables aux effets très perturbateurs. le puisage ou l’épuisement d’eau souterraine pose un problèm e de relation débit/rabattement dans un ouvrage et une situation donnés . type. Extraction de l’eau souterraine En pratique.couples puits/piézomètre et piézomètre/piézomètre dont on dispose.

on doit toujours prévoir des ouvrages surabondants si l’épaisseur. au départ. pour les études courantes d’épuisement de fouilles temporaires. on les valide et on les précise sur le terrain au moyen d’essais de pompage sur les ouvrages pour ajuster les dispositifs à la demande. 7|Page . ou l’imposent (épuisement).numériques par éléments finis. on peut se contenter de tracés approchées des lign es d’eau par des calculs manuels aux différences finies sur des réseaux schématiques . pour dégrossir ceux-là et en étudier de moins complexes. établir les programmes d’exploitation et moduler les débits . la perméabilité et l’alimentation de l’aquifère le permettent (exploitation). Les imprécisions sur les données de terrain et sur les hypothèses de calcul sont telles que les indispensables résultats des calculs d’hydraulique souterraines ne sont que des ordres de grandeurs largement suffisants pour définir les principes et méthodes d’interventions pratiques . à partir de réseaux d’écoulement détaillés . on obtient plus facilement des estimations acceptables de débits au moyen de formules généralement issues de la méthode de Dupuit.

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