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Cosmopol' - édition 2013

Cosmopol' - édition 2013

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L'édition 2013 du magazine Cosmopol', réalisé par les étudiants en journalisme de l'IEP d'Aix-en-Provence. Un regard novateur sur la crise économique qui secoue l'Europe du Sud, entre souffrances et espoirs.
L'édition 2013 du magazine Cosmopol', réalisé par les étudiants en journalisme de l'IEP d'Aix-en-Provence. Un regard novateur sur la crise économique qui secoue l'Europe du Sud, entre souffrances et espoirs.

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C

>> G  ênes La main tendue aux précaires >>  Barcelone Les utopies actives Entretiens avec…

osmopol’

Le magazine du master journalisme à l’international de IEP d’Aix-en-Provence

>> Marseille l’autogestion renaît à Gémenos
« Les Fralib » ont réalisé à l’entrée de leur usine ce pochoir du « Che »

Trois constats face à la crise

>>  Guillaume Almeras >>  Michel Vauzelle >>  Christine Lagarde

osmopol’ C

sommaire
> La vie sous la crise

16
en marge

36
> Can Masdeu, un mode de vie alternatif à la Barcelonaise

62
41

ÉDITO 3 Pol’Sud 4
> Innovation et technologie - Sur le forum Culture - IEP - Événement - MP 2013 - Sport

Enquête 38
> Debout, pas à genoux - Barcelone : face au chômage la persévérance et la débrouillardise

Chemin de fer
> Voyages buissonniers au cœur de régions en crise > AIx, So British

12

Reportage 44
> S’en sortir à la gênoise

Géopolitique 14
> Barcelone- Marseille-Gênes : si proches et si éloignées

stupéfiant 46
> Rasquera, « Les plants » de sortie de crise

INTERVIEW 16
> L’amère Méditerranée : les rudes constats de Guillaume Alméras

atterissage 48
> Vivement les anglais !

misèria 49
> Occuper, c’est ce qui reste quand on a tout perdu

maritime 20
> Marseille-Fos l’espoir revient au Port > Port de Gênes « Nous sommes plus forts que la crise »

survie 52
> À Barcelone le mouvement « Okupa » n’a pas dit son dernier mot

Industrie 23
> L’héroïque défense d’un « Eléphant » blessé > Pollution sidérurgique : la vie ou l’emploi ?

ZOOM sur les planches
> Le théâtre espagnol ne veut pas couler

54

tourisme 56
> Gênes, sauvée par la culture, mais jusqu’à quand ?

espérance 27
> Eglises et associations : le chemin de croix des précaires

planète sport
> La crise des pourris gatés

57

Le jour d’après
> Campagne catalane : la dette dans les étoiles

30

INTERVIEW 59
> Wladimir Andreff : « Nous sommes a un tournant de l’histoire du football »

échouage 32
> Les populations immigrées, premières victimes collatérales

césure 60
> Entre crise et indépendance, quel avenir pour la Catalogne ?

Portrait 34
> Giuliana rouge cœur

INTERVIEW 62
> Christine Lagarde : « Indispensables les réformes »

Entretien 36
> Michel Vauzelle : « La solution doit être transméditerranéenne »

Cahier anglais
> The English side of Aix-en-Provence

65

Directeur de la publication : Christian Duval Institut d’Etudes Politiques 25 rue Gaston de Saporta - 13625 Aix-en-Provence cedex 1 Tél.: 04 42 17 01 66 - www.sciencespo-aix.fr Rédacteur en chef : Hervé Nedelec Conception et réalisation : Agence Point de vue / Cécile Chatelin www.agencepointdevue.com / cecile.chatelin@mac.com Impression : service de reprographie de l’IEP Rédacteurs - reporters : Clio Bayle, Mélanie Boisliveau, Mathieu Charrier, Milia Colombani, Christelle Dao, Kathrin Faltermeier, Justine Franchina, Marie-Agnès Georges, Marine Girard, Claudine GRAS CharlesVallet, Melina Huet, Marion Icard, Tristan Molineri, Lauriane Morel,

Kévin Noblet, Amandine Pagnon, Astrid Ribois-Verlinde, Mathilde Sagaire, Gaétan Scherrer, Mathieu Tourlière, Clémentine Vaysse Le cahier en anglais a été supervisé par David Coates Crédits photos : Guillaume Alméras, Alexandre Casarin / wikimedia.org, Astrid Ribois, BNF, chjmb2000, Clémentine Vaysse, Flickr.com/emilius da atlantide, Flickr.com/mafe, Flickr/gordonwatts, Flickr/Jacqueline Poggi, Fos Ouest Provence Basket, Gaëtan Scherrer, Justine Franchina, Kathrin Faltermeier, Kenwood, Kévin Noblet, Lauriane Morel, MaireAgnès Georges, Marine Girard, Mathieu Charrier, Mathieu Tourlière, Mathilde Sagaire, Mélanie Boisliveau, Mélina Huet, morshus, NguyenAnh Le, Oliver Zena / wikimedia.org, Paix d’Aix Université Club Handball, PSG World, Sciences Po Aix, Tristan Molineri, Xdr Remerciements au service de communication de Sciences Po Aix

2 Cosmopol’

ÉDITO

sous la crise

La vie

par le professeur Duval directeur de l’IEP d’Aix-en-Provence

A force d’entendre les corbeaux de l’économie régler en quelques secondes le sort des peuples, on s’était pris à penser qu’il n’y avait pas de vie après la crise. Encore moins pendant. Il fallait les voir sur France 2, LCI ou BFM TV annoncer en quelques secondes et deux infographies le sort de la vieille Europe. Hors de leurs cantiques libéraux, que des oraisons funèbres! Les chiffres, les courbes, les analyses étaient aussi sûres que l’oeil morbide mais implacable du croquemort qui toise les nouveaux arrivants dans le village de planches de Lucky Luke. Et de prédire la cure d’austérité. Et de prescrire le régime sans solde. Et de prévoir des lendemains qui déchantent. Et de balayer toute mise en cause des traders, spéculateurs, spoliateurs. Le monde est ainsi fait mon bon monsieur. Les forts, les faibles. Les riches, les pauvres. Les condamneurs, les condamnés. L’équipe de Cosmopol a voulu dépasser cette injonction. Elle a voulu voir s’il y avait encore de la vie sous les chiffres. Elle a souhaité rencontrer les morts vivants de la crise. C’est un voyage pluriel, anarchique, parfaitement improvisé. Avec de belles rencontres, d’étonnants rendezvous, de bonnes surprises. L’arc méditerranéen est touché par la crise. Oui. Gênes, Marseille, Barcelone souffrent c’est vrai. Et pourtant une vertu s’impose partout malgré les menaces, les difficultés, les épreuves. Elle a un joli nom en français comme en espagnol et en italien : résistance, resistenza, resistencia. Et oui la vie résiste. Nous l’avons constaté.

Cosmopol’

3

osmopol’ C

Pol’Sud

innovation et technologie par Mathieu Tourlière

Bienvenue à Shangri-la, 100e entreprise innovante en PACA
L’incubateur Belle de Mai a remis en décembre un trophée à la 100ème entreprise innovante de la région, Shangri-la. Son système Paperus permet, lors d’un achat d’un livre en librairie, de disposer aussitôt de sa version numérique. L’entreprise, créée par Florian Olivier-Koheret, a vocation à devenir rapidement numéro un européen du livre « hybride ». n

PACA

2013 à regarder les étoiles
Plusieurs rendez-vous à prévoir pour les Provençaux amoureux du cosmos en 2013. À Saint-Michell’Observatoire, les curieux utiliseront de puissants télescopes pour observer des constellations les 16 février, 16 mars, 13 avril, 4 mai et 15 juin (sur réservation au 04 92 76 69 69). A Marseille, l’association Andromède proposera le 15 février une conférence sur « les colères méconnues du Soleil », suivie d’observations du ciel. Le 22 mars, elle vous dévoilera tout sur les mystères des supernovae. >> Renseignements au 04 13 55 21 55

n n n Prométhéen

Des aixois plein d’énergie…

solaire

L’entreprise du pays d’Aix Sunpartner parie sur l’avenir, si tant est que le soleil continuera de briller dans les années à venir, en développant des écrans munis de cellules photovoltaïques pour produire de l’énergie. Deux technologies verront leur application concrète en 2013, Wysips Crystal, un nouveau type d’écran capable de recharger l’appareil sur lequel il se trouve lors d’une exposition au soleil, et Wysips Cameleon, qui permettra aux objets statiques, comme les panneaux de signalisation lumineux, de produire l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.

Marseille dans les nuages
La petite révolution de l’information induite par le cloud computing permet aux entreprises et aux particuliers de se débarrasser des disques durs physiques, susceptibles de tomber en panne un jour ou l’autre. C’est à La Ciotat, près de Marseille, qu’ASP Serveur a mis au point le Datacenter le plus moderne et écologique de France. La structure de 3800 m² abrite des milliards de gigaoctets de données sécurisées dans des serveurs reliés entre eux par un réseau de fibre optique. Le centre libère jusqu’à 40 % d’énergie de moins que les plus traditionnels, grâce à une meilleure récupération de la formidable chaleur dégagée par les machines. n

Silicone-rousset

Et la nano-encre coula
De l’encre conductrice et semi-conductrice à base de nanoparticules hybrides organiques et inorganiques, en voilà une bonne idée. Concrètement, la société Genes’ink basée à Rousset offre, grâce aux nouvelles technologies, un moyen de réduire sensiblement l’utilisation de matières premières dans la fabrication des circuits électroniques comme les cellules photovoltaïques ou les écrans tactiles.
4 Cosmopol’

Mélina Huet

Les pays du club Med : késako ?
André Cartapanis dirige le Master « Affaires Internationales » à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. Il est membre du Cercle des Économistes. Pour lui, la formule « Les pays du club Med », dont les journaux raffolent pour qualifier certains pays de la zone euro n’apporte rien. « On ne connaît pas l’auteur de cette expression, on sait simplement qu’elle est partie d’Allemagne au milieu des années 90, lors des discussions autour des pays éligibles à une Union Economique et Monétaire (UEM) européenne » explique-t-il. A l’époque, sont en effet abordés les fameux « critères de convergence », ceux de Maastricht, que doivent respecter les pays candidats à l’intégration de la zone euro : « la Grèce ne les rassemblait pas et l’Italie avait déjà des difficultés » poursuit l’économiste. L’expression concerne encore aujourd’hui les pays de l’arc méditerranéen – Espagne, Portugal, Italie et Grèce : d’où l’expression « club Med », qui ne manque pas de jouer sur le double-sens de la formule. Et la France dans tout cela ? « Elle est entre les deux, poursuit le spécialiste. C’est du moins ce qu’on nous dit. Or ce n’est pas la croissance qui définit si l’on « fait partie de ce club » ou non, car même l’Allemagne n’est pas loin de rentrer en récession aujourd’hui. Ce qu’il faut regarder, ce sont les taux d’intérêt sur l’endettement souverain des Etats. Or la France continue d’emprunter à des taux historiquement bas, et ce, malgré la crise ». C’est en le jugeant sur des critères différents que l’on estampille parfois l’Hexagone de ce label peu flatteur. Mais tous ne sont pas d’accord pour entretenir l’usage de cette expression : « je ne partage absolument pas l’idée de jeter la pierre aux pays qui s’en sortent moins bien. Grèce à part », précise le professeur. Et de conclure : « je dénigre cette formule péjorative qui est à la limite du mépris et n’apporte rien ».

sur le forum

Pol’Sud

Municipales 2014
La succession de Gaudin dans le flou à Marseille
Quatorze mois séparent Marseille des élections municipales de mars 2014. Elles devraient mettre un terme au long règne de Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire UMP, sur la cité phocéenne. Selon une enquête, réalisée entre le 20 et 25 octobre par l’institut OpinionWay, 59 % des sondés ne veulent pas que Gaudin se représente après plus de dix-neuf ans à la tête de la mairie. Qui donc pour lui succéder ? A gauche, on évoque le nom de Marie-Arlette Carlotti, secrétaire d’Etat aux handicapés. Patrick Mennucci, député socialiste est également dans la course. Il a depuis longtemps déclaré son ambition pour accéder au fauteuil de premier magistrat. Eugène Caselli (PS), depuis son poste de président de la communauté urbaine, a par ailleurs annoncé sa candidature. A droite, la situation n’est pas vraiment plus simple. Battu aux législatives de juin 2012, Renaud Muselier, le dauphin naturel de Gaudin, paraît hors course. Le retrait de Muselier a dégagé le terrain pour Guy Teissier, le « dissident ». Mais il n’est pas seul et le nom du sénateur Bruno Gilles circule également, comme celui du député Dominique Tian. Des rumeurs annoncent par ailleurs un éventuel retour de Bernard Tapie, qui souhaiterait se présenter aux municipales de 2014 en étant à la tête d’une liste de coalition et, désormais, d’un groupe de presse. A quatorze mois du scrutin, pas de successeur désigné donc pour Jean-Claude Gaudin mais la bataille sera à l’image de la culture… capitale ! n Marine Girard

Amandine Pagnon Le joint Des salles de shoot à Marseille pour l’année 2013
C’est courant décembre que la MILDT (Mission Interministérielle de la Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie), présidée par Danièle Jourdain Menninger a rendu un rapport favorable au test de salles de consommation légale pour les fumeurs de cannabis dans plusieurs grandes villes (Paris, Marseille et Bordeaux). Elles permettraient un accompagnement médical et social des gros consommateurs, tout en évitant les nuisances publiques liées aux addictions. Reste à savoir si cette initiative, encouragée par le gouvernement, est un premier pas vers la légalisation ou la dépénalisation du cannabis en France, comme l’ont demandé Cécile Duflot puis Vincent Peillon, sans succès jusqu’ici auprès de Jean Marc Ayrault. On attend la fumée blanche venant du Ministère de Marisol Touraine pour accéder au paradis artificiel.

consommation en chiffres
• 41,5 % des jeunes de 17 ans ont expérimenté le cannabis en 2011 (selon le dernier rapport de l’OFDT, l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies) • 6,5 % étaient des fumeurs réguliers en 2011, soit 1,2 millions d’usagers réguliers (selon l’OFDT). • 39 % des jeunes de moins de 16 ans ont déjà pris du cannabis, alors qu’en Europe, la moyenne est de 17 % (Libération) • 65 % des Français sont contre la dépénalisation du cannabis (selon un sondage Harris Interactive publié le 18 octobre 2012)
Cosmopol’

5

osmopol’ C

Astrid Ribois-Verlinde

Pol’Sud

CULTURE
Astrid Ribois-Verlinde

Rencontres Internationales
des Cinémas Arabes
La culture arabe partira à la conquête du cinéma du 28 mai au 2 juin à Marseille. Depuis sa création en 2000, Aflam met à l’honneur la richesse et la diversité des cinémas arabes, mal connus dans la cité phocéenne. Marseille Provence 2013 est l’occasion pour cette association de faire participer les plus jeunes à leurs projets. Au programme : rencontres avec les réalisateurs et regards croisés de cinéastes originaires des régions du Maghreb au Golfe persique. A l’heure où nous mettons sous presse le nom des salles n’était pas précisé à l’exception du CEREM (Villa Méditerranée près du MUCEUM à deux pas du fort St Jean)

à la “friche”

Au delà des barreaux
L ’art, la prison et la société sont trois mondes qui ont parfois du mal à dialoguer. Le défi est pourtant réussi grâce à l’installation Frontières Dedans/Dehors réalisée par des cinéastes européens qui ont mis en scène plusieurs ateliers artistiques autour du thème de la ville et de l’enfermement. Au programme : expositions vidéographiques et visionnages des courts métrages. Rendez-vous du 13 au 30 juin à la Friche Belle de Mai.

n n n Le livre en Paca

Mathilde Sagaire

un secteur tout en nuances de gris
Le marché du livre, de l’édition à la vente, connaît actuellement des turbulences qui menacent son modèle économique traditionnel. La région Paca n’échappe pas à la règle, et subit une tendance de fond préoccupante pour tout le secteur. Les librairies et les maisons d’édition les plus modestes sont particulièrement touchées.
Bonne nouvelle dans un ciel chargé. Malgré un contexte de baisse des ventes de biens culturels, le livre tire son épingle du jeu avec un chiffre d’affaires constant (4,2 milliards d’euros en 2011) et un nombre de publications qui augmente d’année en année. En 2005, environ 300 000 livres - toutes catégories confondues - étaient publiés contre 700 000 aujourd’hui. Pour Olivier Pennaneac’h, chargé de mission Économie du livre, libraires et éditeurs à l’Agence Nationale du Livre à Aix-en-Provence, “le livre est le premier bien culturel. Il n’est pas forcément cher et représente une valeur refuge”. La région Paca s’en sort plutôt bien en se plaçant troisième région de publication au niveau national. L’explication est à chercher du côté des grosses maisons d’édition qui sont installées sur son territoire, le géant Actes Sud évidemment, ou encore la marseillaise Agone. La première, a encore fait un carton plein en 2012 avec un nouveau Prix Goncourt décerné à Jérôme Ferrari pour son Sermon sur la chute de Rome. La “galaxie Actes Sud”, selon l’expression consacrée par Thierry Discepolo, directeur de la maison d’édition marseillaise Agone, pèse ainsi un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros par an et possède une vingtaine de maisons d’édition. Ce sont 3 000 à 4 000 titres qui sont publiés annuellement en France par les grosses maisons d’édition, qui font le maximum de leur chiffre d’affaires des librairies. Les petits éditeurs ont peu de chance de placer leurs livres (moins de 2 %). La réalité du secteur au niveau régional n’est pas à chercher du côté des mastodontes. L’édition régionale se compose en effet pour l’essentiel de petites structures qui publient 1 à 5 livres par an. Le côté associatif de ces structures est primordial. Pour Olivier Pennaneac’h :

6 Cosmopol’

Jazz issimo

Ahmad Jamal , yes Magistral
Claudine Charles-Vallet

impossible de ne pas le voir
Dans son musée de Barcelone, les trésors de la collection privée de l’artiste catalan sont exposés en permanence. A Saint-Paul de Vence, la fondation Maeght dispose d’un fonds riche de 275 œuvres du maître. Au Palazzo Ducale de Gênes, jusqu’au 7 avril 2013, sont proposées les dernières productions de Mirò. Un voyage de « poésie et de lumière » à travers l’arc méditerranéen. n

L ’artiste américain Ahmad Jamal a choisi pour sa dernière création, Blue Moon sur la scène du Grand Théâtre de Provence. A 82 ans, ce pianiste virtuose captive par l’inventivité de son jazz. Dans Blue Moon, il réinvente les standards américains. Inventif et léger, il transporte le spectateur dans des vertiges mélodiques à couper le souffle.

Justine Franchina

Pas à pas
Preljocaj et les Mille et une nuits
Entre les mains d’Angelin Preljocaj, le conte des Mille et une nuits trouve une vie nouvelle. Danse flamboyante et onirique la création prendra vie sur la scène du Grand Théâtre de Provence le 19 et le 20 avril 2013. Les 20 danseurs du ballet donnent corps aux différents récits du texte, emboîtés les uns dans les autres comme des poupées gigognes. n
Justine Franchina

“70 % des éditeurs travaillent dans l’idée de diffuser sans vouloir faire de bénéfices”. Les publications sont également en grande majorité tournées vers les fonds régionalistes, les ouvrages de photos ou “l’ultraqualitatif”. “L’édition est morose mais ne se porte pas mal” Si le nombre de publications augmente, ce n’est pas pour autant un signe de bonne santé pour le secteur. Faits inquiétants : le nombre d’impression diminue, et la crise économique se fait sentir du côté de la consommation. Les ventes en volume baissent (-2,5 %), bien que le chiffre d’affaires se maintienne encore du fait de l’augmentation du prix du livre. Pour Olivier Pennaneac’h : “L’édition est morose mais ne se porte pas mal. Le problème est la librairie, qui est à un réel tournant. Quand la librairie va mal, c’est tout le secteur, dont l’édition, qui va mal”. Au point qu’en Paca depuis 2009, les ouvertures de librairies ne compensent plus les fermetures. Il explique : “Le maillage territorial se disloque. Aujourd’hui, les libraires n’arrivent plus à se payer, surtout depuis trois ans”. Et pour l’édition, cela signifie moins d’espace pour placer des livres. Le secteur entier du livre serait alors face à un effondrement progressif, dont les raisons peuvent se trouver du côté du changement des habitudes de consommation. Avec la

vente de livres sur Internet. Le leader, Amazon fait donc figure de bête noire. Cette migration des librairies aux claviers d’ordinateur est très rapide. En 2007, la vente de livres en ligne représentait en France 7,9 %, contre 13,1 % en 2010. “Ce n’est pas le désamour des librairies, mais le développement d’autres lieux d’achat et applications qui font que la situation se dégrade, témoigne Olivier Pennaneac’h. La crise économique est un épiphénomène qui a accéléré le départ du consommateur”. Côté solutions, le secteur se creuse la tête, mais le remède principal pourrait se trouver du côté du lecteur-acheteur, en délaissant sa souris pour rendre visite à son libraire. Rappelons que depuis 1981, la loi Lang impose le prix unique du livre…
>> Il y a des livres régionaux mais aussi des écrivains vivants en région comme Paule Constant et son dernier livre paru chez Gallimard.

Cosmopol’

7

osmopol’ C

Pol’Sud
Ghesquière

IEP

libéré à l’IEP
Il avait réservé sa première conférence d’homme libre à Sciences Po Aix. Il est revenu un an plus tard faire cours en Master II. Avec le bonheur de raconter à des étudiants conquis, sa joie de servir un métier: celui d’informer. Debout.

premium

Master class de 1re classe
L ’IEP a initié, en cette année universitaire 20122013, un complément pédagogique au cursus des masters. « Nous avons souhaité, explique le directeur Christian Duval, mettre l’accent sur la culture générale qui, nous avons pu le constater à travers les retours que nous font les anciens élèves, reste l’image de fabrique, oserait-je dire, de notre établissement ! ». Si « apprendre à apprendre » est l’antienne sur laquelle repose en partie le processus pédagogique de Sciences Po Aix, il convient aussi, pour ceux qui en ont la charge, de renforcer l’architecture intellectuelle des étudiants en leur apportant des éléments de connaissance pluriels et multipolaires. L ’IEP a établi, dans cet objectif, un beau partenariat avec les Ecrivains du sud présidée par Paule Constant, prix Goncourt, membre du Jury Fémina, professeur honoraire des Universités. Grâce à cette association aux réseaux littéraires riches, les étudiants ont pu, au cours d’une série Master Class, entendre et interpeller tout au long du premier semestre des écrivains, journalistes, essayistes qui occupent ou font l’actualité. Eric Fottorino, ex-directeur du Monde, Christine Angot qui bouscula la rentrée littéraire, Aurélien Bellanger, iconoclaste nouveau venu, Jacques Julliard, éditorialiste et historien des Gauches Françaises, Pierre Assouline, chroniqueur au Monde… autant de moments rares que les étudiants ont pu partager avec un public aixois ravi de côtoyer sur les bancs, de si jeunes et attentifs voisins. Un mariage des différences réussi.

n n n échange

Terres lointaines
Si les partenariats franco-américain et franco-allemand fonctionnent et, d’année en année, renforce une tradition d’échanges féconde, la demande des étudiants étrangers est de plus en plus forte pour entrer et suivre un cursus à l’IEP. L’équipe dirigeante joue les ambassadeurs dans de nombreuses régions du monde, de l’Afrique à l’Océan indien, du Pacifique sud à l’Australie, de l’Amérique du Nord au Maroc… Sans jamais perdre la boussole.

un formateur reconnu
La formation continue s’impose comme une des activités phare de l’IEP. On y forme désormais des chefs de pôles hospitaliers, des directeurs de ressources humaines, des hommes et des femmes politiques. On y enseigne la gestion du personnel, la communication, le management, la médiation interculturelle. n

L’IEP

76,8 %
8 Cosmopol’

Le chiffre

Le service « pilotage » de l’IEP suit de près la sortie et l’employabilité des étudiants. Dernière statistique pour les étudiants du cursus Sciences Po en 5 ans. 159 personnes ont répondu au questionnaire sur 215 interrogées. 59,7 sont en emploi. 76,8% de ces personnes l’ont trouvé en moins de 3 mois après leur diplôme (septembre 2011). Les 20,8% des personnes qui ne cherchent pas d’emploi, sont pour 57,6% d’entre elles en poursuite d’études pour acquérir une spécialité par rapport à un projet professionnel ou bien acquérir une double compétence.

Clémentine Vaysse

Marseille Provence 2013

ÉvÉnement - MP 2013

Pol’Sud

Notre sélection
Plus de 35 000 personnes étaient présentes samedi 12 janvier dans la ville de Cézanne pour la cérémonie d’ouverture de Marseille Provence 2013. Le président de la commission européenne, José Manuel Barroso ainsi qu’Aurélie Filippetti, ministre de la culture. Tour d’horizon de ce qu’il ne faudra pas manquer à Aix-en-Provence et Marseille pour cette année capitale. L’art à l’endroit, jusqu’au 17 février. Mêler l’art contemporain au patrimoine architectural aixois : vous l’avez probablement déjà remarqué, les rues aixoises accueillent des œuvres insolites d’artistes comme Yayoi Kusama, Thomas Houseago ou Ugo Rondinone. L’occasion de flâner un aprèsmidi dans le centre-ville. > Dans tout le centre-ville. Cadavre exquis jusqu’au 13 avril, au Musée Granet. Sur le modèle du jeu favori des surréalistes, chaque artiste viendra apporter sa contribution à l’œuvre collective, sans avoir eu connaissance de ce qui avait été fait par les autres. >M  usée Granet, Place Saint Jean de Malte, Aix-en-Provence Focus – Le grand atelier du midi (du 13 juin au 13 octobre). Evénement phare de cette année capitale européenne de la culture, à cheval entre Aix-enProvence et Marseille, cette exposition rassemblera plus de 200 chefs d’œuvre de l’histoire de l’art, de 1880 à 1960. Si le volet marseillais, au Palais Longchamp, s’intitule « De Van Gogh à Bonnard », celui aixois, au Musée Granet, est baptisé « De Cézanne à Matisse ». Pensez à réserver vos places ! >P  alais Longchamp, Boulevard Jardin Zoologique, 13004 Marseille. >M  usée Granet, Place Saint Jean de Malte, Aix-en-Provence Gratuit pour les moins de 25 ans

MP 2013

Christelle Dao

Camus journaliste
Et qu’aurait écrit Albert Camus sur la polémique qui fit tintamarre quelques mois avant l’année de son centenaire ? Rien assurément. Loin donc de ce « pataqu’Aix » que Pierre Assouline décrivit, navré, dans Le Monde, quelques enseignants en littérature et en journalisme de l’Institut d’Etudes Politiques - Hervé Nedelec et Anne-Sophie Doudet, notamment- allèrent leur chemin. Pour construire, modestement mais passionnément, une évocation de celui qui éclaira Combat puis l’Express de sa présence et de sa plume, comme de sa pugnace croyance au métier d’informer. Une liberté qui se mérite. N’est pas, même si l’expression porte en elle sa fragilité, « historien de l’instant » qui veut. En quelques mots Camus a su résumer combien cette profession était à la fois évidente, exigeante, éphémère. Sciences Po Aix fera donc une incursion, avec l’aide de journalistes, d’écrivains, des artistes du réseau de galeries aixoises Gudgi, dans l’œuvre journalistique du prix Nobel de Littérature. Les 8 et 9 mars avec des rencontres et une exposition à l’IEP de la rue Gaston Saporta, et un concours de nouvelles, puis aussi des lectures d’articles ou d’éditoriaux par le comédien Charles Berling (le 11 mars), mais encore à travers un rendez-vous avec Abd al Malick (le 14 mars) le rappeur qui expliquera sa « rencontre » avec l’auteur de l’Etranger et de la Peste. Les masters 1 en infocom y ont consacré une belle énergie et un magazine, Le Camusard. A voir, à lire, à entendre.
Cosmopol’

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osmopol’ C

Pol’Sud
Migrance

Sport par Tristan Molineri & Gaétan Scherrer

Droit au panier !
Afin de redorer le blason du basket en région PACA, l’équipe de Fos-sur-Mer (Pro B) délocalise pour jouer cinq rencontres en 2013, au Palais des Sports de Marseille. L’objectif, seize ans après le dernier match de basket professionnel organisé dans la cité phocéenne ? Y développer la pratique de la balle orange, car « Marseille rêve d’avoir une grande équipe de basket », estime Maurice Di Nocera, délégué aux grands évènements et aux grands équipements de la Ville. Le Président de la Ligue Nationale de Basket, Alain Béral, a même déclaré que « si tout se passe bien, l’équipe de Fos y sera totalement résidente en 2013-14 ». n

Cap sur Phocée

Challenge

La Grande Boucle maritime
Le « Tour de France » en été, ce n’est pas que sur deux roues, mais aussi à la voile ! Pour sa 36e édition, la course nautique la plus célèbre de France, s’achèvera à Marseille entre le 26 et le 28 juillet 2013. Les participants effectueront un périple d’un mois, au départ de Dunkerque, le long des côtes françaises. Franck Cammas, natif d’Aix-en-Provence et élu « Marin de l’année 2012 », sera de la partie.

Zone rouge pour le hand aixois

Au terme de la phase aller, les handballeurs Aixois s’affichaient à la 13e et avant-dernière place du championnat de France. Champions de la Pro D2 la saison passée, les joueurs du « PAUC » ont peiné à gérer la transition vers l’élite du handball français, incapables de suivre la cadence imposée par les cadors du championnat dans l’armada parisienne, toujours invaincue. Arrivé à Aix mi-novembre, Luka Karabatic - est peut-être son frère Nicolas, doit aider à relancer la machine provençale pour la deuxième moitié de l’exercice 2012-13. Si le « PAUC » ne sort pas de la zone rouge, SaintRaphaël sera encore le seul représentant de la région PACA en Division 1 la saison prochaine.
10 Cosmopol’

n n n REBOND

L’OM, un pauvre au gros cœur
A Marseille, les sardines n’en croient pas leurs yeux. En début de saison, cet OM-là avait tout pour plonger très vite dans la friture. A mi-parcours, il pointait pourtant à la troisième place, à égalité de points avec le Paris-Saint-Germain et l’Olympique Lyonnais. L’été 2012, pendant que le club de la capitale affolait le marché des transferts à grands coups de millions, l’Olympique de Marseille, en proie à de sérieuses difficultés financières, a été forcé de revoir sa stratégie. Et a choisi de faire vibrer la fibre phocéenne. Avec Rod Fanni, les frères Ayew, Florian Raspentino et Kassim Abdallah, le club le plus populaire de France a définitivement pris l’accent marseillais. Résultat : la légèreté de l’effectif et les lacunes techniques sont compensées par une combativité à toute épreuve. Et par le talent, de Mathieu Valbuena, Joey Barton, et André-Pierre Gignac.

Ovalie

Le RCT

au sprint
A la mi saison, la majorité des joueurs qui ont croisé la route du Racing Club de Toulon ont encore de la pelouse entre les dents. Le constat est clair : sur 16 rencontres, l’équipe entraînée par Bernard Laporte s’est imposée 14 fois. Le club toulonnais, qui réalise son meilleur début de saison depuis son retour dans le Top 14, doit sa réussite à son président Mourad Boudjellal, qui a investi des sommes astronomiques depuis son arrivée au RCT en 2006. Avec une politique sportive basée sur le recrutement de stars internationales (Wilkinson, Van Niekerk, Masoe et Michalak), Toulon est en tête du Top 14 et veut plus que jamais le Bouclier de Brennus. L ’arrivée prochaine de la superstar sud-africaine Bryan Habana renforcera le rouleau compresseur. A ce stade, ce n’est plus du rugby, mais du jeu de massacre.

Vagues
Le CNM comme un poisson dans l’eau
Les pensionnaires du Cercles des Nageurs de Marseille ont trusté tous les podiums lors du championnat d’Europe en novembre dernier. Florent et Laure Manaudou, Frédérick Bousquet, ont entre autre, rapporté six médailles d’or à la France, et restent donc sur leur lancée des derniers Jeux Olympiques. Dans l’Hexagone, seul l’Olympic Nice a fait aussi bien. Une manière, pour les nageurs de la région PACA, de ne pas débuter 2012 en queue de poisson. n
Cosmopol’

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Voyages buissonniers
Au commencement il y a l’idée de réaliser un magazine. Pour s’essayer à l’écriture, au reportage, au journalisme. Pour apprendre ! Et puis une petite étincelle, un angle, un filigrane têtu autant que ténu : la crise. Dans cet arc méditerranéen que les étudiants en journalisme de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence sont allés voir de près, de Gênes, à Barcelone en passant par Marseille. Elle est partout, simple toile de fond, cancer social, terreau d’utopies. Il y a les constats, les résistances, des hommes et des femmes qui survivent malgré tout. Sur ce cahier d’écolier les « historiens de l’instant » apportent leurs témoignages, avec quelques belles rencontres, des réalités plurielles, un patchwork humain. Trop humain? Mathieu Tourlière (p. 14 et 15) nous dit les pages riches et complexes de cette partie du bassin méditerranéen où l’Histoire prend racine. Le chercheur Guillaume Alméras a confié à Mélina Huet (p. 16 à 19) ses convictions, à partir de rudes constats sur la situation économique et sociale, de ce qui fut une matrice civilisationnelle. Avec Claudine Gras Charles-Vallet à Gênes (p. 22) elle décrypte les raisons d’espérer, amarrées à la renaissance des ports (p. 20 et 21). Pour lutter contre les

au cœur de régions en crise

par Hervé Nedelec Conseiller éditorial Responsable de la section info-com de l’IEP d’Aix-en-Provence

vents contraires, comme l’a constaté Mathieu Charrier avec les « Fralib » à Gémenos près de Marseille sous l’œil de leur sainte effigie, le « Che » (p. 23 à 25). Ils contestent la logique impitoyable des grands groupes. Contrairement à ceux qui désespèrent en Italie et préfèrent la pollution au chômage selon le constat de Katrin Feltenmeier à Gênes (p. 26). On peut également y laisser sa dignité à moins que l’église ou les associations, comme en Italie, ne tendent une main secourable comme l’ont constaté Astrid Ribois et Justine Franchina (p. 27 à 29). Le pire est pourtant souvent sûr comme l’indique Mathieu Tourlière en auscultant la crise immobilière en Catalogne (p. 30 et 31), ou Kevin Noblet et Marine Girard qui mesurent, en Espagne, les dégâts collatéraux dont sont victimes les immigrés (p. 32 et 33). Des voix comme toujours s’élèvent au cœur du séisme. Des personnages se dressent, indignés, comme cette militante au rouge cœur, Giuliana, écoutée par Katrin Faltenmeier (p.34 et 35). Les politiques cherchent d’autres réponses comme en témoigne Michel Vauzelle recevant Clémentine Vaysse (p. 36 et 37) ou comme l’assure, à Claudine Gras Charles-Vallet, la directrice du FMI, Christine Lagarde lors de son passage à l’IEP dont elle préside le conseil d’administration (p. 62 et 63). Il

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chemin de fer
>>  Et Cosmopol’ vit le jour
Si les reportages en France, en Espagne et en Italie, ainsi que l’ensemble du contenu ont été réalisés par les étudiants en Master II Journalisme à l’International, c’est aux Master II en Communication Institutionnelle que l’on doit le titre « Cosmopol’ » et la dynamique campagne de communication qu’ils ont réalisée sous l’autorité d’Yves Le Floch. Merci à tous pour votre inventivité, votre travail et votre volonté d’apporter un sang neuf aux mondes parallèles de l’information et de la communication. Désormais la section Infocom de l’IEP d’Aix a un magazine.

par David Coates Professeur d’anglais à l’IEP d’Aix-en-Provence

AIx, So British
The south of France has been a popular destination for English-speakers of varying nationalities, ages and backgrounds for many years. Provence in particular has always held a particular attraction for people of all walks of life - artists, writers, politicians, professionals, academics, students, cricketers, holidays-makers… The English-speaking community in Aix-en-Provence is made up partly of those who have chosen to settle here for an indefinite period, sometimes for professional reasons (the “Aixpats”), and partly of those who come for a shorter period of time, perhaps to study for a few months or just to visit. Our intrepid journalists went to seek out some of these English-speakers. What better way to find out more about who they are, where they come from, how long they plan to stay and what they do while they are here than to engage in a series of close encounters of a linguistic kind. The results of their investigation are detailed with brio in the following pages – the English side of Aix-en-Provence (p. 65 to 72).

faudra d’abord être entendu par les jeunes qui sont impactés par les turbulences, comme l’a constaté dans la capitale catalane, Lauriane Morel (p. 38 à 40). D’autres ont choisi de changer de civilisation avec, au sud des Pyrénées, des modes de vie alternatifs, passés à la loupe par Marion Icard (p. 41 à 43), ou de s’accrocher à ce qu’on peut, comme les Gênois rencontrés par Mélanie Boisliveau (p. 44 et 45). De drôle de solutions apparaissent aussi comme dans ce petit village catalan visité par Tristan Molinéri où l’on veut cultiver le « H » (p. 46 et 47). On constate aussi d’étranges dégâts comme cet aéroport fantôme ou a atterri Mathieu Tourlière (p. 48). Renaissent du coup les vieux réflexes anarchistes décrits par Mathilde Sagaire (p. 49 à 51), avec un imaginaire fécond que décrypte Cristelle Dao (p. 52 à 53). Dans cette grisaille, une clarté, la culture qui survit comme le théâtre selon Clio Bayle et Amandine Pagnon (p. 54 à 55) ou le tourisme avec Marie Agnès Georges (p. 56). Seule finalement la planète sport et singulièrement la sphère footeuse jouent avec les nerfs des investisseurs comme l’analysent Gaétan Scherrer et Tristan Molinéri (p. 57 à 59). Une indépendance qui en appelle une autre, plus politique celle-là, comme le dit Milia Colombani (p. 60 et 61). Fin du voyage buissonnier…

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Géopolitique
>> Nouvelle carte de costes de Catalogne, Roussillon, Languedoc, Provence, d’Italie et partie de l’Isle de Corce de Michelot et Bremond, 1718 / © BNF

BarceloneMarseille-Gênes :
La Méditerranée, bassin d’échanges marchands et culturels, berceau de grandes civilisations, crée le lien entre peuples depuis l’invention de la navigation. Mais Barcelone, Marseille et Gênes ne sont devenues de véritables partenaires commerciaux qu’au XIXe siècle, sans que leurs relations ne soient jamais exclusives.
En 218 avant notre ère, un homme avait bien pris la route qui reliait l’actuelle Espagne à l’Italie en passant par la Provence. Un jeune général carthaginois de génie, dont la haine féroce de Rome l’avait poussé à franchir les Alpes avec 37 éléphants. Il répondait au nom d’Hannibal. Mis à part l’itinéraire de ce personnage hors-norme, qui le conduisit à se briser contre l’empire romain, rien ne permet de parler d’un arc méditerranéen « historique » entre les villes portuaires de Barcelone, Marseille et Gênes selon les chercheurs Roland Caty et Eliane Richard.
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blocus anglais
Ces villes se sont développées chacune à son rythme, à son époque et selon son histoire. La cité phocéenne, puis grecque, puis romaine, Massalia, a connu son apogée au IVe siècle avant Jésus Christ. Les chroniqueurs du Moyen-Âge (XIIe siècle) considèrent la mer Méditerranée comme un « lac catalan ». Les tissus en provenance de toute l’Espagne s’y répandent et elle est submergée militairement par une vague de conquêtes de la couronne catalano-arago-

naise. Gênes, quant à elle, attend les XIV et XVe siècles pour s’imposer comme une puissance commerciale méditerranéenne. Il faut attendre la fin des guerres révolutionnaires et impériales françaises pour que Marseille oriente la moitié de ses marchandises vers l’Espagne et l’Italie, alors que ce commerce ne repésentait que 20 % avant la Révolution. Ruinée et contrainte par le blocus anglais, qui a réduit considérablement ses exportations vers l’Orient, elle se replie sur ses partenaires latins.

Mathieu Tourlière
Issu de l’Institut d’Études Politiques de Lyon, il a posé ses valises six mois au bord de la Méditerranée pour suivre le Master de Journalisme Politique à l’International. Après un an au Mexique, où il a réalisé deux documentaires et tenu un blog sur la sorcellerie, il se destine à être pigiste en Amérique Centrale, où il se verrait bien caméra au poing produire des documentaires. Reporter stagiaire au quotidien national mexicain Milenio, il a suivi de près des élections présidentielles mouvementées. Du haut des pentes de la Croix-Rousse lyonnaise, il rédige des articles et participe à l’organisation d’un festival de documentaires latino-américains pour la revue Espaces Latinos. Il collabore en parallèle au mensuel Le Ravi, qui titille le milieu politique provençal pour le meilleur et pour le rire.

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si proches et si éloignées
Les chroniqueurs du Moyen-Âge du XIIe siècle considèrent la mer Méditerranée comme un « lac catalan »
mieux gérer les productions et constituent d’immenses fortunes. L’écrasante majorité de l’immigration qui débarque à Marseille provient précisément d’Italie et d’Espagne. L’essor commercial de Marseille fait d’elle le premier port français et le quatrième mondial dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle se détourne alors des cités portuaires italienne et catalane. Le trafic de passagers est multiplié par cinq tandis que son potentiel navigant augmente plus de treize fois grâce aux bateaux à vapeur.

essor commercial
Les ports deviennent complémentaires, Marseille l’industrielle importe des matières premières comme des vins, de l’huile d’olive italienne, du soufre ou du plomb brut espagnol provenant des ports de Gênes et Barcelone. En retour, elle expédie du savon, des produits chimiques ou encore des machines. Des marchands génois, comme les Borelli et des aciéristes espagnols, la famille Vidal par exemple, s’installent dans la cité phocéenne pour

Construction européenne
L’histoire enseigne que l’arc méditerranéen est une construction européenne relativement récente. Les ports de Gênes, Marseille et Barcelone, s’ils ont su être complémentaires en temps de crise, regardent ensemble dans une même direction, les rivages du Maghreb et du Moyen-Orient. L’avenir est résolument au sud. [ mathieu tourlière ]

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Guillaume Alméras est le directeur d’un ouvrage économique et social très actuel : « L’Europe méditerranéenne en crise », paru en avril 2012. Au sommaire notamment de ce numéro 80 de la revue Confluences Méditerranée : les impacts de la crise économique sur les pays d’Europe du Sud ; une compréhension de la crise espagnole ; l’Italie et sa rigueur. Il revient ici sur la crise en Europe méditerranéenne. Avec un zoom sur les régions du sud de la France et du nord de l’Italie et de l’Espagne.

l’amère Méditerranée

les rudes constats de Guillaume Alméras
Dans votre ouvrage*, l’accent est mis sur l’impact social de la crise en Europe-méditerranée. Est-il plus important, dans les régions nord-méditerranéennes (PACA, nord de l’Italie et de l’Espagne, et Grèce) que dans le reste du continent ?
D’abord, on parle de la crise “de l’Europe” mais l’Europe est prise dans une crise qui la dépasse très largement, même si elle est à l’épicentre en ce moment. Le cœur de la crise, il ne faut jamais l’oublier, ce sont les Etats-Unis : des dettes astronomiques, une monnaie toute prête à s’effondrer, un modèle de croissance en panne. Ces deux dernières années, l’Europe leur a servi de paravent, de sorte qu’en fait de crise peut-être n’a-t-on encore rien vu ! Quoi qu’il en soit, cette crise va refonder, c’est certain, les modèles sociaux sur lesquels ont vécu l’Espagne et la Grèce. Dans le cas grec, il y a eu un afflux d’argent qui a permis d’acheter la paix sociale : c’est terminé. En Espagne, il y a eu une facilité d’endettement, qui est également terminée mais qui a porté le développement espagnol depuis vingt ans. La crise, dans ces deux pays va avoir un impact majeur du point de vue social, comme on ne le retrouvera pas dans d’autres nations sans doute. Sauf peut-être au Portugal. Mais ni en Italie ni en France, car elles ont leur propres modèles sociaux, qui
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Il n’y a plus d’ancrage européen en Méditerranée : c’est l’une des plus grandes leçons du Printemps arabe.

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INTERVIEW
sont certes touchés par la crise mais qui ne vont pas être remis en cause à ce point. Du moins pour le moment.

Les régions ont-elles le pouvoir, à elles seules et par leur propre développement, de faire sortir des pays entiers de la crise économique ?
Non. Quand j’avais vingt ans, je pensais que l’Europe se ferait par les régions. On était un certain nombre à le croire : on pensait notamment qu’il y aurait une grande région du sud qui rejoindrait Turin, Toulouse et Barcelone. On pensait qu’il y aurait une Europe

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Quand j’avais vingt ans, je pensais que l’Europe se ferait par les régions. Une illusion.

MARSEILLE CAPITALE EUROPéenne DE LA CULTURE : un remède
Le chercheur doute de l’impact durable de l’événement Vous parlez dans les avant-propos de cette revue d’une « déception face à la construction européenne ». Pensez-vous que ce sentiment aura un impact sur le bon déroulement de « Marseille, capitale européenne de la Culture » en 2013 ? Je ne pense pas car cela n’a rien à voir. Justement ! Puisque l’Europe va mal financièrement, il ne sera pas difficile de mettre en valeur le côté culturel dans cet événement, comme si l’Europe existait au moins de ce point de vue. Personnellement je suis toujours dubitatif face à ce genre de manifestation : j’ai l’impression que cela se passe dans l’indifférence à peu près complète des populations. « Marseille, capitale européenne de la Culture » très bien, mais je ne pense pas que je serai poussé à m’y rendre particulièrement à ce titre et je ne pense pas être le seul. La déception face à l’Europe est beaucoup plus profonde que cela. C’est plus qu’une déception : c’est un désaccord total entre des élites qui veulent l’Europe et puis le peuple, qui n’est plus du tout sur la même longueur d’ondes. Du coup, Marseille « capitale européenne de la culture 2013 », fausse bonne idée ? L’ancrage européen en Méditerranée s’efface chaque jour un peu plus : c’est l’un des grands constats du Printemps arabe. On pouvait croire qu’un rapprochement naturel de l’Europe devait se faire avec la Méditerranée du Sud, quand on a parlé notamment de l’Union pour la Méditerranée, mais aujourd’hui on n’y croit plus. Dès lors, Marseille, pourquoi là ? Je pense qu’il aurait davantage fallu une ville qui fait le lien entre le nord et le sud de l’Europe, et qui ne soit ni Strasbourg ni Bruxelles. Il y en a d’autres. Si on avait voulu un symbole très fort, on aurait pu faire quelque chose en Grèce. Pourquoi Marseille ? Cela ne s’impose pas aujourd’hui, il n’y a aucun calendrier qui le veuille…

des régions, qui supplanterait à terme une Europe politique des Etats qui n’arriverait jamais à se faire. Aujourd’hui, on se rend compte que les régions européennes n’existent pas. Quant à la possibilité pour une région française – prenons la région PACA par exemple – de faire sortir son pays, la France, de la crise, par son simple développement local (croissance du PIB, baisse du chômage, etc.), je ne pense pas. La croissance en France est très disséminée : où se situe-t-elle exactement ? On n’a plus de véritables centres industriels dans notre pays. Je vois mal la PACA secourir la France car l’ “entreprise France” n’est plus seulement… en France. Ce qui sauvera le pays, ce n’est pas le développement local de ses régions, ce sera plutôt la Chine ! Je plaisante à peine. L’enjeu essentiel pour retrouver de la croissance c’est de nous réinsérer pleinement dans le marché mondial – cela fait des années que nous en sortons tous les ans un peu plus, comme en témoigne la croissance de nos déficits extérieurs. L’enjeu, c’est de nous positionner sur des marchés extérieurs porteurs. Le “miracle” allemand actuel est là. Si l’on regarde les chiffres, notamment d’investissements, les entreprises françaises ont choisi prioritairement le Brésil et c’est sans doute un choix très judicieux. Encore faudrait-il que les autorités françaises s’en rendent compte et passent à la vitesse supérieure concernant nos relations commerciales avec ce pays.

Peut-on craindre, comme en Grèce, un soulèvement des populations du sud de la France face à la montée de la précarité et du chômage (avérés notamment en PACA) ? Vous n’êtes pas très tendre à l’égard de ces peuples, je vous cite, « indignés on ne sait pas trop par quoi. »1
De façon caricaturale on pourrait déjà vous dire : « je ne vois pas qui pourrait faire la révolution dans le sud, parce qu’il n’y a plus que des vieux ! » Plus sérieusement, on n’a actuellement aucun climat insurrectionnel. Pour une raison simple : historiquement, les révolutions ont toujours eu lieu quand il y avait de l’argent à se partager, quand on est en phase de croissance. Il s’agit toujours de gens qui estiment qu’il faut tout changer parce qu’ils pourront faire plus de choses : prendre le pouvoir, se déployer, se développer. Aujourd’hui on n’est plus dans ce cas de figure. On a face à nous des gens qui montrent qu’ils « ne sont pas contents », point. Et de l’autre côté des dirigeants qui disent : « désolé, mais c’est comme ça pour tout le monde, que voulez-vous qu’on fasse ? » Ce qui est grave c’est que les populations découvrent soudainement que la démocratie est une gigantesque plaisanterie, qu’on peut vous changer un Président du conseil italien du jour au lendemain sans demander l’avis au peuple, que l’on prend des décisions dans une

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1 « Absence de volonté, enfin, chez des peuples indignés on ne sait trop par quoi, sinon par les affreux banquiers, les méchants Allemands, le « système ». Encore est-ce trop dire. Souvent, l’indignation retrouve des accents tout à la fois sulpiciens et quarante-huitards, pour condamner de manière encore plus vague les puissants, l’argent et même le prêt à intérêt – on croirait parfois entendre Lamennais, voire les sermons de Bossuet ! » (Avantpropos, in « L’Europe méditerranéenne en crise »).

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INTERVIEW

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absence totale de débat, etc. Pour le moment, les gens en sont encore là et le mouvement des Indignés ressemble beaucoup à l’incantation d’une démocratie perdue.

Vous relevez « l’inquiétante fracture entre pays du Nord et pays du Sud au sein de l’UE ». Existe-t-elle au sein même des trois Etats qui nous intéressent, la France, l’Espagne et l’Italie ?
Je ne crois pas. En France il y a un fort attrait du sud, pas un rejet. Les gens migrent vers le sud, et pas seulement les retraités. En Italie cette fracture Nord/Sud a toujours existé, ce n’est pas nouveau et ça ne va pas s’arranger, surtout en terme de criminalité. Quant à l’Espagne, le problème est autre. C’est un pays qui se centre entièrement sur Madrid, au grand dam de la Catalogne et de Barcelone. C’est un pays qui à l’échelle internationale est trop “petit”, et cela a aussi un impact sur le Portugal. Pour être concret, si une entreprise internationale souhaite s’implanter dans la péninsule ibérique, elle va aller automatiquement à Madrid et pas ailleurs, même plus à Lisbonne. L’Espagne devient autocentrée sur Madrid. Le problème étant qu’à côté existent des régions qui explosent et qui souhaitent être autonomes. Le pays devient de plus en plus régionaliste. Si vous êtes Espagnol catalan, vous aurez beaucoup plus de mal à vous faire rembourser vos soins dans un hôpital de Madrid qu’un Français se soignant au même endroit!

Vous dites donc que les gens s’indignent beaucoup dans le sud, mais qu’ils ne font pas de “vraie révolution” finalement…
Ce sont des attitudes très défensives. Une révolution c’est offensif. C’est « tire-toi de là que je m’y mette ! ». On n’est pas du tout dans ce cas de figure. Indignez-vous ! c’est « allô, maman, bobo », c’est chercher à pleurer dans le giron de maman, parce que ça va mal, parce que les politiques sont méchants, parce que je perds mon boulot, parce que ceci parce que cela. Mais où sont les idées nouvelles ? Qui demande à prendre le pouvoir autrement? On a voté pour un gouvernement qui est politiquement à l’opposé de celui qui précédait mais on a les mêmes hommes dans les administrations : or, aujourd’hui on est tous en train de croire que les mêmes qui nous ont mis dans la merde vont pouvoir nous en sortir. Qui demande à ce que les modes de décision en France

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Où sont les idées nouvelles ? Qui demande à prendre le pouvoir pour changer les mécanismes ?

Jean-François Gayraud évoque, dans un des chapitres, ces réseaux criminels qui savent profiter de la crise, notamment ”la criminalité corso-marseillaise“. Marseille est au cœur du sujet : l’actualité marseillaise est-elle réellement un symptôme de la crise en Europe méditerranéenne ?
Ce que dit Gayraud, c’est que la crise nourrit énormément la criminalité sous des jours que l’on n’imagine même pas et dont on ne parle pas. C’est très simple : si les banques ne prêtent plus, vous aurez toujours des usuriers pour le faire, et ces usuriers… c’est la mafia. Un terreau très fertile pour les criminels de tous bords. Pour prendre un exemple, ce dont on parle peu sous cet aspect et qui aura un impact sur une certaine forme de criminalité, ce sont les prêts en “peer to peer”. Je m’explique : il s’agit de sites qui commencent à se développer et qui permettent de faire des prêts de particulier à particulier. On en parle aujourd’hui, sur le web et dans la presse, comme quelque chose de très favorable. Ce qu’on oublie c’est que c’est un réseau potentiel de blanchiment énorme ! Pour revenir sur Marseille, même si je n’ai pas les outils de réponse, ça m’étonnerait que la crise ait cet impact. Même si elle nourrit bien sûr les opportunités pour les mafieux.

changent ? Personne ! Qui demande d’autres moyens, d’autres profils pour décider des grands enjeux du pays ? Personne ! On demande juste à un gouvernement de nous sauver. Mais ce n’est pas de la révolution ça, c’est « allô, maman, bobo ».

Peut-on faire le lien avec cette attitude consistant à beaucoup critiquer l’Europe sans saisir les moyens existants pour décider de son propre sort – comme le vote européen, très souvent boudé des citoyens ?
Bien sûr ! Et quelque chose d’encore plus incroyable : depuis deux ou trois ans, on se rend compte que quoi qu’on fasse, notre destin passera par l’Europe – pour la refuser, pour la renforcer ou pour la faire autrement. Il faudra donc tenir compte de ce que font nos voisins. Dans ces conditions, quelqu’un devrait dire « ok, le niveau de décision étant européen, on devrait créer un parti européen ». Or, personne n’a énoncé cette idée ! Personne ! Des partis européens dans les pays eux-mêmes on en a, on a même des fédérations de partis, mais un parti européen qui n’ait pas d’assise nationale, ça n’existe pas.

Les pays du sud de l’Europe, Grèce comprise, auraient-ils un intérêt à se fédérer politiquement, socialement, économiquement et ‘citoyennement’ parlant ?
Les pays non, les peuples oui. Les pays non car nous ne sommes pas du tout complémentaires. Economiquement les Etats n’ont pas d’intérêt à se fédérer, mais politiquement, les peuples auraient très intérêt à le faire. Mais tout ceci est à inventer. Ce qui m’étonne, c’est que des gens de vingt ans n’y aient pas pensé, qu’ils ne se soient pas dits : « nous jeunes Français, Espagnols, Italiens, on a la même problématique devant nous, alors pourquoi on n’avancerait pas tous ensemble ? ».

Dans l’ouvrage, la solution ne tient ni à l’isolationnisme des nations (celles du sud de l’Europe, France incluse, ne pouvant pas se le permettre selon vous), ni à la création d’une Europe fédérale. Quelle option préconisez-vous alors ?
Isolationnisme non car on en mourrait. On fait déjà trop de protectionnisme. Une Europe fédérale je veux bien mais ce serait une Europe allemande et les Français seraient les premiers à le décrier. Ce que les Français ne comprennent pas, c’est que l’Europe n’existe pas à cause de la France. Le jour où ils se le seront mis en tête, on aura déjà fait un pas énorme. L’Union européenne, c’est la énième solution qu’a trouvée la France depuis le début de son histoire pour éviter que le continent ne soit allemand. L’Euro a été comparé à la ligne Maginot car, conçu pour nous protéger de la domination allemande, il aura eu à peu près la même utilité !

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L’Europe existera le jour où elle parlera aux gens plutôt que de parler aux Etats
Mélina Huet
Mélina Huet est titulaire du diplôme « Sciences Po » ainsi que du  Master « Journalisme Politique à l’International » de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. Depuis une modeste participation à l’émission de Philippe Meyer sur France Inter à l’âge de 16 ans jusqu’aux Rencontres Economiques d’Aix, en tant que Journaliste Reporter d’Images (JRI) en 2012, son parcours a connu de nombreux supports. C’est en 2010 et 2011, à Johannesburg, que se précisent ses attentes en terme de carrière. Reporter photographe pour un magazine mensuel national sudafricain, en anglais, spécialisé dans les challenges sociaux postapartheid, elle est devenue en parallèle Rédactrice-enchef du Petitjournal de Johannesburg, un média en ligne à destination des francophones expatriés dans la nation arc-en-ciel. C’est pendant cette année qu’elle développera une passion pour le reportage  et l’enquête ainsi qu’un amour pour le continent africain, qui ne la quitteront plus jamais.

On était économiquement dans une zone mark avec le Système monétaire européen, l’Euro nous a redonné voix au chapitre quant à la gestion de notre monnaie et, au total, l’Allemagne dispose aujourd’hui d’une puissance en Europe comme elle n’en a jamais eu. Il faut bien comprendre que sans nous Français, l’Europe serait allemande : c’est la puissance dominante économiquement. Il y a toujours eu un trublion pour empêcher l’Allemagne de dominer : c’est la France. D’où le fait qu’au cours de notre histoire après s’être beaucoup chamaillées, la France et l’Angleterre ont fini par comprendre qu’elles devaient s’unir contre l’Allemagne. Que reste-t-il ? L ’Europe, qui est déjà là ! On ne peut assez souligner que le traitement médiatique qui est fait de la crise va totalement à l’encontre de l’Europe, de l’idée européenne. Que voient les gens ? Merkel, Hollande, des Etats qui n’arrivent pas à s’entendre. Ils oublient donc qu’il existe une entité européenne en tant que telle. Il y a bel et bien un pouvoir, il y a même un Président de l’Europe ! On l’a complètement oublié avec la crise. Ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est que l’Europe trouve non pas un moyen d’exister mais d’affirmer son existence. Or l’Europe le fera le jour où l’autorité européenne telle qu’elle existe aujourd’hui touchera les cas particuliers, au-delà des Etats eux-mêmes. Le jour où l’Europe descendra dans le vécu des gens plutôt que de ne parler qu’aux Etats. En d’autres termes, l’Etat grec a plus que failli ! La Grèce est totalement en faillite. Il s’agirait de le reconnaitre plutôt que de continuer à lui prêter pour qu’elle rembourse des prêts qu’elle ne pourra jamais honorer. Et il s’agit de sauver les Grecs – ce sont eux que les institutions européennes devraient considérer. Encore une fois, ces institutions existent et ne sont pas sans moyens. Il s’agirait de rendre cela palpable. [ propos recueillis par Mélina Huet ]

* La Grèce comme thermomètre
Ce que propose Guillaume Alméras pour prendre la température et s’en sortir
« Faire un rating de croissance en Grèce. Dire : ‘‘l’Europe va directement soutenir 500 entreprises grecques choisies comme cruciales pour que le pays ait une chance de s’en sortir’’ (la proposition est détaillée dans le numéro de Confluences). Ce ne serait pas compliqué à mettre en œuvre, l’Europe peut le faire, et pourtant cela pourrait avoir un impact énorme : cela lui permettrait enfin d’aller sur le terrain. Au lieu d’envoyer des émissaires qui parlent avec le Ministre des Finances grec, en lui demandant de faire des sacrifices. C’est aussi trouver un moyen pour qu’un Grec – une entreprise en l’occurrence - qui ne sait plus à qui s’adresser – car il n’a plus confiance en son Etat ou dans les autres pays –, puisse trouver une autre voie, qui est celle de l’Europe telle qu’elle existe : le Parlement européen, la Cour de justice, ou même le Président de l’Europe, puisqu’on en a un ! Si la Grèce quitte l’Euro, elle quitte l’Europe, et c’en est fini de l’Union. Cela signifierait que l’Europe n’a pas été capable de sauver un pays qui ne représente que 3 % du PIB commun, ce qui remettrait tout en cause et est impensable. »

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maritime

l’espoir revient au Port

Marseille-Fos

Alors qu’il partait à égalité avec ses rivales Barcelone et Gênes, le port de Marseille a perdu un tiers de sa part de marché en terme de trafic global depuis 1990. Mais la crise du Port de Marseille semble s’éloigner en ce début d’année 2013, un an après la mise en application d’une réforme globale des ports français et l’arrêt des conflits sociaux qui freinaient la compétitivité du port phocéen.
La Mare nostrum1 de l’Empire romain – le bassin méditerranéen – a longtemps été la première voie maritime du monde. Aujourd’hui secondaire à l’échelle mondiale, elle reste cependant importante pour le Vieux Continent mais aussi le Proche-Orient. C’est la seconde interface de l’Europe, vitale pour son approvisionnement en pétrole ainsi que pour l’importation des produits venus d’Asie, via le canal de Suez. ce sont essentiellement l’Espagne, avec Barcelone, et l’Italie, avec Gênes, qui disposent de ports majeurs, par leur trafic de conteneurs notamment. Si en 2011, Marseille est le cinquième port en volume d’activité2, il ne se classe que 13e pour le trafic de conteneurs3, derrière Barcelone et Gênes, respectivement neuvième et dixième. Les raisons de ce recul sont différentes selon les interlocuteurs. Depuis quelques années, les conflits sociaux se multipliaient autour du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), entre les syndicats et la direction du port. En 2011 et dans un rapport provisoire, la Cour des comptes observait les conditions de travail et de rémunération très enviables de certains des salariés du GPMM mais aussi un blocage social qui était, selon les magistrats, la cause essentielle du déclin du premier port français.

Un port historique handicapé par des conflits sociaux
Si Marseille en est toujours le port principal, la concurrence est rude à l’échelle européenne. Pour les autres pays du continent,

Un passage au privé mouvementé
Après presque trois ans de négociations et de très nombreuses grèves4, la réforme portuaire entrait enfin en application en mai 2011. A l’origine du transfert des salariés aux entreprises privées, la loi du 4 juillet 2008. Impulsée par Nicolas Sarkozy, lassé des grèves à répétition, elle promettait de relancer les ports français s’enfonçant dans le classement mondial, faute de fiabilité notamment. La réforme de 1992 avait déjà fait passer les ¬dockers marseillais sous la responsabilité des entreprises privées de manutention. Il restait à transférer les portiqueurs et conducteurs de grues, encore salariés des grands ports maritimes. En 2011, c’est chose faite. 2012 apparaît comme l’année de la résurrection. Un an près cette réforme compliquée, le Port de Marseille semble enfin avoir enrayé sa chute dans le classement des ports mondiaux. Jean-Claude Terrier, président du GPMM, précise qu’il ambitionne de reconquérir les parts de marché perdues au profit des ports du Nord de l’Europe. Le Havre ou encore Anvers sont pourtant moins bien placés pour capter le trafic de la Suisse ou de la région Rhône-Alpes. Car si l’arrière-pays du port de Marseille est constitué principalement par la Provence et la vallée du Rhône, il s’étend plus au nord grâce à un réseau de voies de communication étoffé qui le met, de fait,
« Notre mer » Source : ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du  logement, 2011. 3 Ibid. 4 Des grèves qui, début 2011, avaient déjà coûté 800 millions d’euros aux entreprises – source : Le Figaro, 4 février 2011.
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>>  Trafics de marchandises des grands ports français métropolitains et des principaux ports européens en 2008 (source : n°49 des Annonces de la Seine)
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>> S  i les ports méditerranéens ont longtemps compté sur la force de leur réseau de marchandises, ils développent désormais une activité croisière très importante.

en compétition avec les ports de la Manche et de la mer du Nord. En 2012, le port de Marseille-Fos prétend être le premier port de France comme de méditerranée et le troisième port pétrolier mondial, le chemin à parcourir est encore long. Il faut redevenir la porte d’entrée du sud de l’Europe pour les échanges avec l’ExtrêmeOrient ou l’Afrique et faire gagner jusqu’à une semaine de mer aux armateurs par rapport aux concurrents du nord. C’est l’ambition de Jean-Claude Terrier, président du GPMM, qui affirmait à ses clients potentiels en novembre 2012 : « Nous allons faire du bien à vos comptes d’exploitation ».

Améliorer l’image du port en 2013
« Certains «chargeurs», c’est-à-dire les clients finaux, lassés des conflits sociaux à répétition et du manque de compétitivité, ont rayé Marseille de leurs tablettes et organisé leur logistique autrement » assurait ce même article. Pour Stéphane Pellen : « les conflits n’ont jamais eu d’impact négatif sur la signature de contrats. Un déficit d’image il y en a eu oui, mais c’était aussi dû au fait que le port ne semblait pas ouvert au reste du monde, si ce n’est la Méditerranée. Aujourd’hui on travaille pour changer cette image ». Il précise que la mauvaise réputation du port est par ailleurs exagérée : « tous les ans, des enquêtes d’image sont effectuées : elles prouvent que six à sept personnes interrogées sur dix se font une bonne représentation du port de Marseille ». L’intérêt que le GPMM suscite se traduit aussi par des portes ouvertes organisées chaque année en juin : « L’année dernière 8 000 personnes s’y sont rendues en l’espace de quatre jours, et en 2013 les chiffres prévus sont encore plus grands ». Mais c’est Marseille Capitale Européenne de la Culture 2013 (MP13) qui suscite le plus d’espoirs : « On compte beaucoup sur MP13 pour peser encore plus sur notre image. Le port sera l’un des deux seuls sites ouverts à tous lors du weekend d’inauguration les 12 et 13 janvier prochains ». Ludovic Lomeni, lui, est sceptique : « il est clair que cela va attirer de nombreux touristes. Mais les investisseurs, je ne crois pas ». [ Mélina Huet ]
Cosmopol’ 21

Une CGT « assagie » ?
Stéphane Pellen, responsable de la communication du GPMM. Interrogé sur la rude compétition entre les ports européens, ne réflechit qu’en terme de trafic global : « il faut être lucide et objectif : on ne rivalisera jamais directement avec Rotterdam [premier port européen NDLR]. C’est là la conséquence des conflits à répétition. Mais avec des ports comme Barcelone par exemple, c’est un objectif crédible et tout est mis en œuvre cette année pour y parvenir ». Le Figaro, en date du 18 octobre 2012, citant Ludovic Lomeni, secrétaire général de la CGT auprès des dockers, qualifiait la CGT d’“assagie”. Lomeni dément pourtant fermement toute discrétion des syndicats : « malgré les grèves, la réforme de 2008 est passée. On ne peut pas s’arrêter de travailler à cause de cela. Pour autant, nous ne nous sommes pas “assagis” ! Les revendications sont encore nombreuses. Qu’on nous ramène des bateaux, que l’Etat investisse dans les infrastructures! Il faut faire comprendre tout cela à l’autorité portuaire ».

osmopol’ C
maritime

« nous sommes plus forts que la crise »
Luigi Merlo, Président de l’Autorité portuaire de Gênes est un homme heureux. Un record historique de deux millions de containers a été atteint le 21 décembre 2012. Cela vient conforter, malgré la crise les résultats positifs qu’affiche la cité génoise depuis 2007.

Port de Gênes

{
Gênes est le premier port d’Italie et le dixième d’Europe pour les échanges commerciaux. La ville propose une escale polyvalente avec une spécialisation dans le trafic des containers qui en font le neuvième port en Méditerranée dans ce secteur. Cette caractéristique, avec un trafic à l’international puissant, lui a permis d’affronter la crise dans la stabilité. « Le port obtient de bons résultats malgré la crise. Grâce à la riposte des compagnies d’armateurs, les lignes se regroupent sur des navires toujours plus grands qui choisissent nos équipements » constate, non sans fierté, Luigi Merlo. « Décisifs sont les investissements privés, qui ont été attirés par les terminaux dans lesquels la manœuvre de grands navires à fort tirant d’eau est possible. Les capitaux que nous avons investis dans les dragages du port ont été essentiels ». Et d’expliquer que sans cette activité, « des navires de dimensions similaires ne pourraient pas aujourd’hui entrer dans le port ». qui laissait augurer un résultat supérieur à deux millions cette année ». « Le port croît parce que, paradoxalement, il bénéficie de la crise des trafics et des grandes compagnies de navigation, qui spécialement dans le secteur des containers, ont le contrôle de presque la totalité du marché » assure L. Merlo. « Notre effort a porté dans les années du boom économique du port (2000-2007) sur une duplication des lignes et services» indique-t-il. Ce choix a permis à Gênes de résister avec la création d’un « hub di transhipment », soit une plateforme maritime internationale.

35 % des containers qui transitent par Gênes proviennent de l’extrême Orient.

croissance sur les lignes dont le bilan importexport est inférieur. Du côté des passagers, on va essayer d’atteindre le million l’année prochaine ».

globalisation
Gian Enzo Duci, président de l’Assagenti -association des entreprises qui travaillent dans les différents secteurs de l’activité portuaire génoise- souligne que « les armateurs ne sont plus intéressés par les parts de marché mais par la rentabilité. Par conséquent, dans les prochaines années, on verra des navires plus grands, moins de services et une concentration des ports ». De l’adaptation à ces données dépendra la sortie de la crise des ports. « La globalisation du marché doit induire un changement, affirme L. Merlo. Nous ne pouvons pas continuer à raisonner en termes de simple réalité mais nous devons raisonner en terme de système, de plateforme logistique. C’est un changement que nous demandons d’engager dans tout le pays, au Gouvernement, qui ne doit plus penser aux ports, aux aires rétroportuaires, aux infrastructures ferroviaires comme s’ils étaient des réalités séparées, mais à la globalité du système logistique italien ». Et de conclure: « C’est une prospective nouvelle vers laquelle on doit tendre ». [ Claudine GRAS CHARLES-VALLET - VOIR aussi p. 62 ]

million
La conjoncture conduit progressivement les compagnies à réduire les escales. De nombreux services portuaires ont été éliminés, le rôle des « hub » a été redimensionné. Gênes a reconquis le marché grâce à une caractéristique qui avait perdu de son importance : sa position géographique. Les difficultés sont pourtant là, selon Luigi Merlo, « 35 % des containers qui transitent par Gênes proviennent de l’extrême Orient. Cela signifie qu’une part importante du trafic est liée à l’import, en baisse chaque année. En somme, on ne peut pas s’endormir sur nos lauriers, il est nécessaire de diversifier le trafic. L’Italie malgré tout continue à exporter, et Gênes connaît une

Record
Au coeur de la crise internationale, le président de l’Autorité portuaire de Gênes relève que « les chiffres disent que cela n’est jamais allé aussi bien. Ils sont même supérieurs à ceux de la période d’avant 2007. En mars, Gênes a atteint son record historique, 178 000 teus (Teus : unité de mesure de containers correspondant à 33 m3),
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Industrie

d’un « Eléphant » blessé
800 jours que les salariés de Fralib (Gémenos dans les Bouches-du-Rhône) espèrent la reconversion en coopérative de leur manufacture de thé, à l’arrêt depuis 2011. Un projet paralysé par le groupe Unilever, propriétaire de l’Eléphant qui refuse de céder sa marque. Cette bataille, sur fond de crise, est symptomatique de l’affrontement de deux logiques : sociale et patrimoniale d’une part, économique et libérale d’autre part.
Le portrait de Che Guevara est partout à Fralib. Peint au pochoir sur les murs de l’usine, collé par dizaines d’affiches, ou encore sur un paquet de cigarettes épinglé au tableau en liège du QG des délégués syndicaux. Un symbole, qui témoigne ici de la bataille engagée par les salariés pour sauver leur usine, spécialisée dans la production de thé Lipton et des infusions Eléphant. Une activité interrompue en juillet 2011 par le groupe anglo-néerlandais Unilever, propriétaire des deux marques. Les salariés n’ont pas attendu l’arrêt des lignes de production pour résister à la fermeture définitive du site. Le 6 décembre 2012, les « Fralib » soufflaient alors leurs 800 bougies de lutte. Ce jour-là, à la préfecture des Bouches-du-Rhône, ils présentaient devant le comité d’engagement, leur projet de reprise

L’héroïque défense

de l’activité du site sous forme de société coopérative et participative (SCOP). Le comité se compose des représentants des ministères impliqués (redressement productif, travail, économie sociale, agriculture) et des salariés de Gémenos et du groupe Unilever. Un rendez-vous gâché par le PDG de Fralib, Frédéric Faure. Le porte-parole d’Unilever a rappelé que le groupe anglo-néerlandais ne céderait pas la marque Eléphant.

L’espoir d’une SCOP

La motivation des Fralib est restée intacte. Après des mois d’attente, de succès et de déceptions devant les tribunaux, les salariés

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Cosmopol’ 23

>> En attendant le réveil de leur usine, les salariés assurent au quotidien la maintenance de leur outil.

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>>  Repères
•  10 janvier 2011 : la direction annonce un premier plan social avant la fermeture du site en avril •  22 août 2011 : visite de François Hollande à Fralib. Il est alors candidat à la présidentielle •  31 août 2011 : 154 des 182 salariés sont licenciés •  29 septembre 2011 : visite d’Arnaud Montebourg, PS. •  24 octobre 2011 : le tribunal de grande instance de Marseille ordonne le libre accès à l’usine, sous peine d’expulsion des salariés •  7 novembre 2011 : altercation entre des salariés et des vigiles à l’entrée du site •  17 novembre 2011 : jugé « sans valeur », la cour d’appel d’Aix-en-Provence annule le second plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) d’Unilever • 20 avril 2012 : le TGI de Marseille valide le 3e PSE •  2 août 2012 : acquisition du terrain du site industriel par la communauté urbaine marseillaise. Unilever cède ses machines pour un euro symbolique •  31 août 2011 : une délégation des salariés est reçue à l’Elysée •  3 octobre 2012 : un comité d’engagement est réuni pour examiner l’avenir du site •  29 janvier 2013 : la cour d’appel d’Aix-en-Provence examine la validité du 3e PSE proposé par Unilever. Décision mise en délibéré au 28 février 2013.

s’accrochent au projet de reprise de l’activité du site sous forme de coopérative. Le projet paraît en bonne voie malgré l’opposition d’Unilever. En étroite concertation avec les salariés, la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) a acquis pour un euro symbolique, l’ensemble des machines de l’usine, avant de finaliser l’achat du terrain sur lequel se situe Fralib, pour un montant de 5,3 millions d’euros. « C’est une superbe opportunité pour nous » se félicite Johnny Groutsche, délégué syndical CGT. « Certains salariés travaillent ici depuis qu’ils ont quinze ans, pour certains, c’est leur premier emploi. On va pouvoir continuer d’exercer notre métier. On a un outil prêt à démarrer, dès demain. Reste à valider les statuts de la SCOP » mesure-t-il. En attendant la SCOP , l’usine est à l’arrêt. Dans le ventre de l’usine de Gémenos, les rouleaux de sachet de thé attendent de se faire avaler par des machines impeccablement astiquées. Il y règne pourtant « un silence de cathédrale » qui amuse Yannick Vandendriessche. « D’habitude le bruit des machines monte à 90 décibels ». En attendant un redémarrage Yannick assure la sécurité. « On se limite à une maintenance visuelle des machines. Il n’est pas question de les redémarrer. On veut éviter tout accident. » Malgré le silence lourd les salariés anticipent volontiers la naissance d’une SCOP à Fralib. « A moyen terme, l’usine pourra produire des thés et des infusions de qualité, aux arômes naturels, comme on le faisait avant de passer aux arômes chimiques en 2003 » prévoit Robert Vanthournout, opérateur de production. Naguère les thés et infusions Eléphant étaient parfumés naturellement selon un délicat procédé. Sous la pression de la vapeur, les feuilles s’ouvraient pour confiner en leur sein, vanille, sirop de citron et autres essences fraîchement récoltées à Grasse, capitale du parfum. « C’est important pour nous de conserver la qualité des produits Eléphant. La marque a été créée en Provence, il y a plus de cents ans. Unilever ne mérite plus d’être propriétaire de la marque » jure Robert, avant de plonger, dégoûté, sa main dans un sac de billes blanches inodores : des arômes chimiques.

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>> Les rouleaux de sachets de thé et infusions attendent de se faire avaler par les machines à l’arrêt depuis juillet 2011.

Présents 24h/24
Les « Fralib » crient depuis plus de 800 jours, leur attachement à l’usine de Gémenos. La surveillance de « leur outil » a été renforcée suite à l’incident du 7 novembre 2011. Après la décision du tribunal de grande instance de Marseille, ordonnant le libre accès au site par les salariés, la direction du groupe Unilever a installé une dizaine de vigiles afin de filtrer les entrées. Une confrontation musclée entre eux et les employés s’en est suivi. « Une véritable milice patronale » se souvient amèrement Robert Vanthournout, présent le jour de l’altercation. « Depuis, nous sommes présents sur le site 24h/24. On a mis en place un planning, les équipes se relaient. Une équipe de six à quatorze heures, une autre de quatorze à vingt-deux heures et une dernière jusqu’à la relève. On a installé des matelas dans nos locaux. » Une cuisine a été aménagée pour la vingtaine d’employés présents à chaque instant de la journée. Dans le réfectoire, les représentants du personnel tentent d’apaiser les inquiétudes. Au menu des discussions, la dernière tournée d’offres de reclassement que le groupe Unilever doit proposer aux employés licenciés. « Après un CDI à Fralib, on me propose une mission d’intérim pour trois mois renouvelables à Vitrolles, à 69 kilomètres de mon domicile. » Inacceptable pour Rim Hidri, abonnée aux missions d’intérim avant son CDI à l’usine de Gémenos. « Ça me fait bien rire, on me propose des postes de chimiste ou de menuisier » ironise Robert Vanthournout. Sur les 163 salariés licenciés, « deux ou trois personnes ont trouvé des opportunités valables » assure Johnny Groutsche. L ’heure n’est plus au reclassement pour la majorité des « Fralib ». Ils attendent le réveil de l’Eléphant et le renouveau de « leur » usine. [ Mathieu CHARRIER ]

Mathieu Charrier
C’est à Dédougou (Burkina Faso) que Mathieu Charrier fait ses premiers pas dans le journalisme. La radio burkinabé Fréquence Espoir lui ouvre son micro le temps d’un premier stage. Convaincu de faire du journalisme son métier, il poursuit son apprentissage et tape ses premiers papiers. La Provence à Aubagne et Marseille l’hebdo, des rédactions où les rencontres professionnelles confortent son idée d’avoir choisi le meilleur job du monde. Retour à la case radio à France Bleu Vaucluse, puis direction la capitale, dans les studios de Radio France Internationale, où sa passion pour le continent africain se nourrit de l’actualité au quotidien. La boucle est bouclée ? Pas pressé !

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osmopol’ C
industrie

la vie ou l’emploi ?

pollution sidérurgique

ILVA, groupe sidérurgique italien, est au centre d’un débat pour son impact sur l’environnement. Des décennies après Seveso l’Italie polluante est encore active
« Mieux vaut être intoxiqué petit-à-petit que de mourir de faim »
Un coup habile, car face à cette privation de leur activité professionnelle, les travailleurs en colère ont manifesté, fin novembre 2012, dans plusieurs villes d’Italie en déclarant préférer être intoxiqués petit-à-petit que de mourir de faim. Peu après, un décret du gouvernement Mario Monti a permis de redémarrer la production. L ’ancien président du conseil italien a choisi d’être le sauveur des ouvriers métallurgistes, en faisant passer sa décision comme une mesure “Salva ambiente, sanità e lavoro“ (pour le sauvetage de l’environnement, santé et travail). Devant cette connivence politico-économique, l’assainissement du centre de production autant sur le plan de la santé que de l’environnement, n’est pas pour demain. La catastrophe de Seveso et ses milliers d’intoxiqués a disparu des mémoires. [ Kathrin Faltermeier ]

L ’Italie se bat avec les effets secondaires de la production sidérurgique. A Tarente, celle-ci avait systématiquement intoxiqué les habitants avec un trop de dioxine, de poussières fines et de monoxyde de carbone. Telle est l’accusation contre la société ILVA de la holding Riva FIRE qui comptait en 2010 parmi les 20 plus grands producteurs mondiaux d’acier (14 millions de tonnes). D’après plusieurs études épidémiologiques, les émissions de l’usine sont la cause des maladies cardiovasculaires, respiratoires et neurologiques, des tumeurs et des différentes formes du cancer dont souffrent les travailleurs du complexe sidérurgique et le reste de la population à un taux élevé. En 2012, plusieurs poursuites judiciaires en matière de pollution ont abouti à la condamnation de son patron Emilio Riva, et d’autres managers du groupe ILVA dont le chiffre d’affaires s’élevait à 10 milliards d’euros l’année précédente. ILVA a réagit immédiatement avec la fermeture du pôle sidérurgique de Tarente, et ses plus de 20 000 employés. Il s’agissait des cinq hauts fourneaux les plus important d’Europe.

L’expérience gênoise
En 2002 et 2005, les fours de cokéfaction et le deuxième haut-fourneau avaient été fermés à Gênes à cause de leur impact sur la santé. Dans le district de Cornigliano, près de l’usine, le taux de mortalité chez les femmes et chez les hommes a été entre 1988 et 2001 considérablement plus élevé que dans le reste de la ville. Cet accident a mis fin à l’ère de la production chaude de l’acier à Gênes. Les conséquences furent une réduction considérable de la pollution mais aussi une augmentation considérable du chômage.

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espérance

>> Sortez la précarité de nos vies !!

le chemin de croix des précaires
Gênes est parmi les villes les plus prospères d’Italie. La crise est pourtant palpable et touche de plein fouet jeunes, personnes âgées et immigrés. Retrouvant sa fonction d’asile, la communauté chrétienne redouble d’efforts pour venir en aide aux naufragés de l’économie.
C’est un des plus importants pôles économiques d’Italie du nord, pourtant Gênes est frappée par la crise économique. Depuis plusieurs années, la situation mondiale se ressent dans la ville. Tous les quartiers ne sont cependant pas égaux dans cette conjoncture. « Ici c’est un quartier bourgeois » explique le prêtre de l’église du Sacré Cœur. Le contraste est de fait visible entre ces quartiers du centre historique et près du port, ceux où vit une majorité d’ouvriers. Silvano, prêtre de l’église San Teodoro, située dans un quartier populaire, partage cet avis. Il y a de grandes disparités entre les différentes zones de la ville. Il nuance toutefois ce constat : « Cela ne veut pas dire que tout va bien dans les quartiers bourgeois, nuance-t-il. Y hériter d’une vieille demeure familiale peut rapidement devenir un poids si l’on n’a pas les moyens financiers nécessaires à son entretien. Les taxes par exemple y sont beaucoup plus élevées qu’ici ». Plus épargnés, les résidents du centre historique de Gênes ne sont pour autant pas à l’abri. n’ont vraiment rien » explique Simona Merlo bénévole de la Communauté de Sant’Egidio. « Nous aidons des personnes très différentes. Il y a de plus en plus de personnes âgées. Très souvent leur retraite ne suffit pas pour couvrir toutes leurs charges, en particulier s’il faut payer un loyer ». Le prêtre de l’église du Sacré Cœur approuve : « Avant, nous aidions principalement des clochards. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes de la classe moyenne viennent nous demander assistance. Ces gens sont au chômage et n’arrivaient plus à payer toutes leurs factures ». Selon le prêtre, l’endettement, principalement celui des classes moyennes, a augmenté. « Les banques ne prêtent plus d’argent. Cela contribue à l’appauvrissement de cette partie de la population ». Plus de personnes âgées et de classes moyennes, mais aussi plus de jeunes. Pour nombre d’entre eux, le problème principal, est le manque de travail. En Italie comme ailleurs, les jeunes diplômés sont parmi les premiers touchés. Ceux qui ne trouvent pas d’emploi au sortir de leurs études sont plus vulnérables face à la précarité. Pour Maria Rosa, bénévole à l’association Centro Banchi, « la solidarité au sein de la famille fonctionne pour les jeunes.

Eglises et associations

Mais elle a une durée limitée. Même s’ils le souhaitent, les parents ne peuvent pas soutenir leurs enfants indéfiniment. Aujourd’hui, il n’en ont pas les moyens », Cette situation se ressent dans la fréquentation des centres d’aide où les jeunes se font plus nombreux. « Nous aidons plus de personnes. Il n’y a pas plus d’étrangers, l’augmentation est réellement visible concernant le nombre d’Italiens qui viennent nous voir » précise Simona Merlo. Une nouvelle forme de paupérisation, est apparue. A San Teodoro, Silvano insiste aussi sur le sort des immigrés roumains et équatoriens. « Beaucoup d’Equatoriens sont venus chercher fortune ici, à Gênes. Ils ont investi tout ce qu’ils avaient, ont fait des emprunts. Aujourd’hui ils ne peuvent plus les rembourser et n’ont même plus assez d’argent pour retourner dans leur pays. Ils sont victimes et prisonniers, en Italie »

Une nouvelle délinquance
« Il y a une augmentation de la délinquance » confie encore Silvano. La pauvreté amène avec elle son lot de délits. « Même chez les plus hon-

premières victimes : les Jeunes et les personnes âgées
« Ceux qui viennent nous demander de l’aide

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osmopol’ C
espérance >>  Otto per mille
Mise en place en 1985, l’otto per mille (huit pour mille) est une taxe italienne. Elle définit une portion de 0 ,8 % de l’impôt que les contribuables peuvent allouer selon leur choix à la conservation de biens culturels, l’action humanitaire ou à l’un des sept cultes religieux reconnus par l’Etat italien. Les mécanismes de répartition sont tels que l’Eglise perçoit la grande majorité des revenus de cette taxe, près de 85 %. L’otto per mille représente donc aujourd’hui une part importante du financement de l’Eglise italienne.

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>>  Dimanche de la charité, don de vivres pour les pauvres

Sant’Egidio
Fondée à Rome en 1968 par Andrea Riccardi, la Communauté de Sant’Egidio est une organisation laïque d’obédience catholique. présente dans plus de 70 pays, elle œuvre en faveur des plus démunis. L’Ecole de la paix, soutien scolaire pour les enfants des bidonvilles romains, fut la première réalisation de la communauté au début des années 1970. les actions se sont diversifiées. Elles visent un public plus vaste et prennent en charge des formes variées de pauvreté. Distribution alimentaires, repas mais aussi contrôles médicaux gratuits.

nêtes. Ils volent car ils n’ont plus d’argent pour acheter à manger ». A San Teodoro « les vols se font parfois à l’intérieur même de l’église », regrette-t-il. Dans les quartiers du centre historique, la prostitution s’est répandue. Selon le prête, c’est toute une « vie souterraine » qui existe dans les ruelles étroites du centre bourgeois. La communauté chrétienne génoise propose plusieurs alternatives pour venir en aide aux plus démunis. Il existe des actions caritatives à l’intérieur-même du diocèse Génois. Des associations liées aux églises, y participent par le message qu’elles transmettent, mais restent indépendantes. Si Gênes est divisée entre quartiers riches et banlieues pauvres, il en est de même pour les aides allouées aux plus nécessiteux. Dans un quartier bourgeois du sud de la ville, il existe une multitude d’alternatives qui permettent à l’église du Sacré Cœur d’agir. « Nous avons mis à disposition, par l’intermédiaire d’une association, des dortoirs ainsi que des centres d’écoute », explique le curé de l’église. Dans ce quartier riche, les dons des laïcs restent généreux. « Il est très commun ici de voir des personnes continuer à donner à l’église même en temps de crise. Il y a de nombreuses écoles privées aux alentours

et les parents des écoliers ont suffisamment d’argent pour faire des dons. La plus grande partie de notre financement provient de l’otto per mille », poursuit-il. L ’église du Sacré Cœur ne manque pas de moyens. Dans le bureau du curé, de nombreux laïcs viennent pour demander une confession, un renseignement ou pour faire des dons. Un homme d’une quarantaine d’années offre vingt-cinq euros à l’église, « une somme plutôt banale » selon le prêtre. Les églises du quartier ont également mis sur pied un groupe de volontaires formés pour organiser des repas et distribuer des vivres aux sans domiciles « et de plus en plus aux classes moyennes depuis la crise », concède le père de l’église. Les moyens ne sont bien sûrs pas les mêmes au sein des quartiers plus populaires de Gênes. Au nord de la ville, l’église San Téodoro peine à aider les plus démunis par manque de moyens. « Nous n’avons pas établi de programme d’aide spécifique car nous n’en n’avons pas les moyens », affirme le curé Silvano. « Les donations ont diminué mais les frais quotidiens ont augmenté », explique-t-il. Le contraste est effectivement saisissant entre l’église de San Téodoro et l’église du Sacré Cœur. Ayant de plus en plus de difficultés à se financer,

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espérance
>> Publicité de l’église San Teodoro pour récolter des fonds

Astrid Ribois
Astrid Ribois est titulaire du diplôme « Sciences Po » ainsi que du Master « Journalisme Politique à l’International » de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. Elle s’initie au journalisme à dix-neuf ans en participant au Défi L ’Express Grandes Ecoles en tant que rédactrice-reporter. Elle se passionne pour le reportage en 2010 et 2011 alors qu’elle est journaliste et reporter pour Guysen International News à Jérusalem, un site dédié à la communauté francophone d’Israël et à la communauté juive de France. En parallèle, elle travaille pour la chaîne de télévision Guysen TV pour qui elle est rédactrice et présentatrice. Elle y développera un goût pour le travail de terrain à l’international. En 2012, elle est journaliste pour couvrir les Journées des Ecrivains du Sud à Aix-en-Provence ainsi que pour le Sm’art, un salon d’art contemporain.

l’église a recours à la publicité pour espérer se rénover. La paroisse ne délaisse pas pour autant ceux qui sont touchés de plein fouet. « La plupart des personnes nous demandent de l’argent mais nous préférons leur fournir une aide alimentaire, justifie-t-il. Tout d’abord nous ne disposons pas de moyens suffisants pour les aider à payer les choses essentielles et surtout nous voulons les responsabiliser. Nous avons peur que les plus pauvres finissent par acheter des cigarettes ou de l’alcool, c’est pourquoi nous avons opté pour l’aide alimentaire ». Les trois cents familles qui vivent dans le quartier disposent également d’un centre de charité à proximité qui les aide à payer factures de gaz et d’électricité. Au-delà des églises, quelques associations caritatives chrétiennes continuent d’aider les plus pauvres. Maria Rosa est une volontaire du Centro Banchi de l’église San Pietro in Banchi, qui a créé un centre de dialogue pour les habitants du quartier en lien avec d’autres associations de la ville. Dans ce quartier, comme à San Teodoro, ce ne sont pas les plus riches qui donnent le plus à l’église ou à l’association : « la solidarité est plus forte entre les plus pauvres », constate Maria Rosa. Des associations laïques ont également pris de nouvelles initiatives pour aider les plus démunis à dépasser ce moment. Sur la place Ferrari de Gênes l’association laïque Communauté de Sant’Egidio a installé un petit chalet pour

distribuer des vêtements et des paquets alimentaires. « Nous aidons davantage de personnes, admet Simona Merlo, une bénévole de l’association, et ceux qui viennent n’ont vraiment rien ». La Communauté de Sant’Egidio propose également des contrôles médicaux. « Les personnes continuent d’aider et de donner du temps, de l’argent et des cadeaux », admet Simona Merlo. Pour la période de Noël, de nombreux jeunes se sont rendus au chalet pour déposer des présents ou en prendre.

Repenser le sens de la vie
Malgré les difficultés financières, les églises et les associations redoublent d’efforts. Ces temps difficiles sont une occasion pour elles de faire part de leur message auprès des Génois « Cela permet de repenser ce qu’est la vraie richesse », explique le curé Silvano, qui souhaite éviter les lieux communs concernant le message de l’Eglise. « Cette période est utile au niveau des cœurs et de l’esprit, prêche-t-il. L’Homme est égoïste dans le bien-être. Au contraire, la crise nous fait réaliser que l’on est fragile et que d’autres sont dans le besoin ». Conscient de la tension qui règne au sein de la société italienne et de l’incertitude quant à l’avenir politique, il préconise de « comprendre la leçon en trouvant un équilibre entre l’économie et le spirituel ». [ Justine Franchina & Astrid Ribois ]
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Justine Franchina
Justine Franchina est titulaire du diplôme « Sciences Po » ainsi que du Master « Journalisme Politique à l’International » de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. C’est pour écrire, mais aussi découvrir et faire partager qu’elle se tourne vers ce métier. En 2010, lors d’un stage de un an en Inde, elle parcourt le pays et couche par écrit le résultat de ses rencontres et apprentissages pour l’Œil d’Hermès, une association de jeunes reporters. C’est le début d’une longue route, d’une aventure, qui ne fait que commencer.

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Le jour d’après

>> L’avenir de la Catalogne suspendu

la dette dans les étoiles

Campagne catalane :

L’explosion de la bulle immobilière noie la Catalogne sous les dettes. Si Barcelone doit à ses créanciers plus d’un milliard d’euros, dans la campagne certaines communes se trouvent face à un mur : leurs dettes atteignent jusqu’au triple de leur richesse totale.
Avant la crise, la Catalogne ronronnait comme moteur de la croissance économique espagnole. Les banques prêtaient frénétiquement à toutes les entités administratives de la province autonome, dont la dette ne dépassait pas les 4,4 milliards d’euros selon la banque centrale espagnole. Aujourd’hui, elle croule sous plus de 50 milliards d’euros impayés, soit 21 % de son PIB ou un tiers de la dette cumulée de toutes les régions espagnoles. cières plus de trois millions d’euros, quatre fois son budget annuel. Dopée financièrement par la vente des permis de construire dans le village, la coalition Parti Socialiste – Parti Populaire (droite) qui tenait la mairie en 2003 a obtenu d’une banque un prêt de plus de 1,7 millions d’euros pour la réalisation d’un projet censé dynamiser l’économie : une maison de retraite flambant neuve. Mais alors que les travaux étaient à moitié terminés, la coalition politique rompt. Le Parti Populaire prend seul les rênes de la municipalité. Le chantier prend du retard alors que son coût réel dépasse les estimations initiales. Le maire fait le dos rond et vide peu à peu les caisses de la commune. Après de nombreux imbroglios politiques la maison de retraite, qui devait être inaugurée en 2006, ouvre ses portes en 2009. Trois années durant lesquelles le bâtiment resta vide et les vitres cassées, alors que 800 000 euros de contrats non honorés par la mairie restaient à être remboursés. Cette dernière, désespérément en recherche de liquidités, demande un refinancement à la banque qui lui accorde 400 000 euros supplémentaires, alors qu’un accord est trouvé avec l’entreprise qui exploite la maison de retraite. Elle prendra en charge la rénovation de l’édifice mais en contrepartie ne s’acquittera pas durant un an et demie des 22 000 euros de loyer qu’elle doit à la mairie.

85 villages catalans sous perfusion
Une fois le délai dépassé, l’entreprise refuse de payer le loyer. Une clause dans le contrat veut que le groupe privé a au préalable déposé l’équivalent d’un an de caution. Las ! On se rend vite compte que la mairie antérieure n’a pas exigé ladite caution. Le nouveau maire négocie une fois encore avec les banques, porte plainte en justice et augmente les impôts pour la première fois depuis huit ans, ce que ses prédécesseurs n’avaient pas osé. La Fuliola patauge aujourd’hui dans trois millions d’euros de dette. Une grue rouille

Engrenage infernal
Il faut s’engager sur l’autoroute n°7 en direction de Lérida, remonter par la départementale qui s’enfonce dans les rangées de poiriers et pommiers, puis traverser l’immense étendue de champs de céréales sur une trentaine de kilomètres avant d’atteindre le village de la Fuliola. La modeste bourgade de 1324 habitants, pour la plupart paysans, se serait bien abstenue de détenir son record, celui de la commune la plus endettée de Catalogne. Elle doit rembourser aux institutions finan30 Cosmopol’

« L’indépendance serait une solution »
>> C  onstructions arrêtées pour une durée indéterminée

[ Tristan Molineri & Mathieu Tourlière ]

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85 des 947 villages catalans se trouvent au bord de l’asphyxie économique.

À 28 ans, Eduard Pierra Secal, maire non affilié de La Fuliola depuis mai 2011, cherche à résoudre les problèmes qui rongent son village. Comment sauver la Fuliola ? Il existe deux solutions. La première est la privatisation de l’entreprise qui coûte tant au village. La seconde serait l’indépendance de la Catalogne, qui possède suffisamment de richesses pour se relever. Le gouvernement central éponge pourtant une partie des dettes... Mais il se rembourse sur 10 ans ! C’est un laps de temps très court, qui grève notre budget à l’année de 10 %. En privatisant la maison de retraite, nous aurions pu nous en sortir seuls, mais maintenant nous sommes redevables à Madrid, qui ne nous verse plus que 70 000 euros par an, contre 150 000 auparavant. Comment expliquez-vous qu’un jeune comme vous ait été élu maire après la coalition politique PS-PP ? Nous sommes une équipe très jeune. J’ai 28 ans, mais le reste de mon équipe ne dépasse que de peu la trentaine. Le climat politique était très instable, la coalition a fait sombrer le village. Notre jeune âge et notre volonté d’indépendance, vis à vis de l’Espagne ou de quelconque parti, ont joué en notre faveur.

derrière la mairie, érigée au milieu d’un amas de briques et de béton abandonnés. Jamais vraiment sorti de terre, ce qui aurait du être le quartier résidentiel incita la banque à proposer un crédit à la mairie sans même jeter un œil sur ses garanties de paiement. Le village est loin d’être un cas isolé en Catalogne. 85 des 947 villages catalans se trouvent au bord de l’asphyxie économique à cause du surendettement, contraints de privatiser leurs secteurs les plus à la traîne et de restreindre leurs dépenses publiques. S’il n’a pas remboursé leurs dettes, le gouvernement central a au moins épongé toutes les factures en suspens des entités publiques espagnoles. Elles les lui rembourseront fatalement sur les années à venir. Redevable envers Madrid, un cauchemar catalan. [ Mathieu Tourlière ]

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échouage
Longtemps considéré comme un Eldorado aux yeux des populations immigrées, avec la crise, l’Espagne a désormais perdu son attrait si bien qu’aujourd’hui, c’est la volonté de quitter le pays qui domine.

premières victimes collatérales
A la fin 2008, l’Espagne comptait plus de 400 000 chômeurs étrangers, soit une augmentation de 94 % en un an. Si le taux de chômage moyen flirte avec les 14 %, pour les étrangers il dépasse 21 %. Et le revers de l’économie espagnole est à la mesure de son essor enregistré ces dernières années. On estime à cinq millions le nombre d’immigrés qui ont afflué au milieu des années 90, en provenance du Maroc, d’Amérique latine, de Roumanie, de Bulgarie et d’Afrique noire. La Catalogne n’est pas épargnée par la crise. Dans la région, plus de 30 % des immigrés seraient désormais au chômage, d’après les autorités locales. A Barcelone, certains quartiers comme El Raval, concentrent une forte proportion d’immigrés. Le quartier recense près de 50 000 habitants dont la moitié est issue de l’immigration et vient de 30 pays différents. D’après le quotidien El Pais, beaucoup d’immigrés se trouvant au chômage continuent en réalité à travailler pour les entreprises qui les employaient auparavant légalement. Désormais ils effectuent le même travail pour les mêmes entreprises mais au noir. « La crise ici, c’est pire qu’en Afrique » déplore Hassan, un immigré d’origine marocaine arrivé en Espagne depuis treize ans. Une comparaison que confirme Mercé Amor-Sagués, bénévole au sein de l’organisation d’aide aux immigrés Ibn Batouta : « Depuis quelques mois, je sens l’odeur de la misère que j’avais pu sentir quand je travaillais en Afrique auprès des enfants des rues ». dénuement le plus total. Sans salaire ni autre contrepartie il devient très difficile de subvenir aux besoins de tous les jours et même impossible de continuer à payer le loyer. Selon Mercé Amor-Sagués , « les expulsions ont augmenté de 124 % » à Barcelone depuis le début de la crise économique. La descente aux enfers ne s’arrête pas là. Lorsqu’une famille se retrouve à la rue la loi oblige les services sociaux à prendre en charge les enfants. L ’Eldorado espagnol tant rêvé se transforme donc en un véritable cauchemar pour de plus en plus d’immigrés.

Les populations immigrées,

La tendance au retour pour les immigrés
Depuis deux ans, la tendance est donc au retour. Des associations aident désormais financièrement ceux qui le souhaitent à retourner dans leurs pays d’origines. La crise économique a totalement bouleversé le quotidien de ces populations et pourrait même inverser la tendance. L ’année 2013 ne devrait pas marquer une amélioration de cette situation. L ’association Ibn Batouta ne connait pas encore le montant exact de son budget. Cela dépendra des aides accordées en grande partie par l’Union Européenne mais elle s’attend au pire. S’il n’y a plus de fonds, alors l’incertitude sera totale. Il faudra repenser complétement le fonctionnement de l’association selon Mercé AmorSagués : « Recommencer avec des bénévoles ? Mais le problème est que tout le monde a besoin d’argent ». L ’approche de la question de l’immigration à Barcelone a donc totalement changé et pourrait avoir des conséquences durables sur les futures générations issues de l’immigration. Clara Xifra, responsable du secteur Afrique au Fonds Catalan de Coopération au Développement témoigne de ce changement. Avant la crise, les associations barcelonaises regroupant les migrants voulaient développer des projets afin d’aider leurs familles restées à l’étranger. Le Fonds Catalan débloquait alors un financement dans le but de créer des liens entre les instances

Les associations d’aides aux immigrés démunies
A Barcelone, le sentiment d’incertitude domine lorsqu’on évoque le futur des associations venant en aide aux immigrés. Toutes doivent faire face à la grande inconnue du budget 2013 tout en continuant à aider au mieux les nombreux étrangers installés en Espagne. Une baisse drastique de leurs moyens ne fait aucun doute alors même que la situation de cette frange de la population ne cesse de s’aggraver. La plupart des associations venant en aide aux migrants se trouvent dans le quartier populaire d’El Raval. L ’association Ibn Batouta assiste les immigrés marocains de Catalogne dans leur installation en Espagne. Les démarches administratives et l’apprentissage du catalan sont autant d’obstacles à surmonter. Mercé Amor-Sagués, professeur d’espagnol au sein de cette organisation, explique la situation à laquelle elle est confrontée au quotidien. Il y’a « beaucoup d’angoisse » parmi les familles immigrées selon elle. Beaucoup d’entre elles ont subi les conséquences de la crise économique de plein fouet. De nombreuses personnes ne touchent plus aucune aide de la part de l’Etat. Elles se retrouvent alors dans le
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>>  Mariages blancs au rabais
La crise fait perdre des opportunités, mais en offre aussi de nouvelles. Ainsi depuis quelques mois, des centaines d’Espagnols font des propositions étonnantes sur internet: « Vous voulez obtenir vos papiers, vous installer en Espagne. Je vous propose de m’épouser contre la modique somme de 6000 euros. Prix à débattre. » Selon El Periodico qui vient de consacrer une enquête à ce phénomène, les tarifs de ces étranges transactions sont bien moins élevés qu’il y a quelques mois.

« Le bout du tunnel n’apparait pas proche »
Comme de nombreux étudiants espagnols Luis Planas Herrera est incertain quant à son avenir professionnel dans son pays. Quel est votre parcours ? Je suis étudiant à l’école de commerce ESADE Business School (Escuela Superior de Administración y Dirección de Empresas) à Barcelone. En Septembre dernier, après avoir fini ma licence dans cette même école, j’ai commencé un double Master en Gestion Internationale. A partir de février prochain je déménage à Paris afin de poursuivre le programme du Centre d’Etude des Mouvements Sociaux à HEC. En tant qu’étudiant, comment ressentez-vous la crise économique dans votre pays ? Il y a de moins en moins d’offres de travail intéressantes et la compétition dans le processus de sélection est de plus en plus rude. Les aides publiques accordées aux jeunes disparaissent peu à peu et notre pouvoir d’achat diminue. La motivation est très faible et le bout du tunnel n’apparaît pas proche. J’ai beaucoup de mal à visualiser là où je serai dans deux ans à la fin de mon Master. Souhaitez-vous travailler en Espagne une fois vos études terminées ? L’Espagne est un pays incroyable mais ce n’est pas un bon moment pour les jeunes. Les entreprises tirent avantage de la situation pour proposer des stages ou des postes très mal rémunérés et avec très peu de perspectives. Je parle français et anglais je vais donc essayer de commencer ma carrière à l’étranger même si mon objectif final est de revenir en Espagne quand la situation aura changé.

Marine Girard
Après une maîtrise de sciences politiques et sociales obtenue à l’Institut Français de Presse, Marine sera diplômée du Master « Journalisme politique à l’international » de Sciences-Po Aix en 2013, complété par une formation en audiovisuel à l’Ecole de Journalisme de Toulouse. « Porter la plume dans la plaie » : c’est avec cette maxime d’Albert Londres en tête que Marine compte se rendre au Moyen-Orient où elle souhaite s’installer afin de devenir correspondante pour des médias français. Mais surtout Marine adore parler d’elle à la troisième personne !

politiques catalanes, les immigrés et les pays d’origine. Aujourd’hui, les associations se tournent vers le Fonds Catalan pour mettre en place des projets de retour dans les pays d’origine. La demande est de plus en plus forte et semble même satisfaire certains politiques désireux de voir repartir ces populations. Clara Xifra confie qu’en tant que technicienne elle « ne trouve pas ça éthique d’utiliser la coopération pour nettoyer ici ». Elle regrette la perte de vue de l’objectif principal : intégrer les populations immigrées et en faire des citoyens espagnols à part entière. De ses études en France elle se souvient d’une intégration plus poussée. « Dans le métro à Paris tu peux voir un Black habillé en businessman, ici à Barcelone ça n’existe pas. Même à l’université on voit très peu de gens issus de l’immigration ». Avant d’ajouter, « la Catalogne, c’est un peu fermé ». Pourtant, la volonté affichée par les politiques ces dernières années était bien réelle. « On était sur le bon chemin mais avec le changement de gouvernement, et la crise financière tout cela s’est coupé». Mercé Amor-Sagués et Clara Xifra partagent une peur commune : l’impact de la crise économique sur l’ouverture vers l’autre. « Le risque de se renfermer sur nous et de voir l’autre comme un ennemi » est bien présent selon elles. Bien que le discours xénophobe n’ait pas percé en Espagne il existe une « petite minorité faisant preuve d’un peu de xénophobie ». Mercé Amor-Sagués dit se souvenir des antécédents de l’Histoire et avertit : « une population désespérée est une bombe pour un gouvernement ». L ’Espagne n’est ainsi plus l’Eldorado des immigrés qui désormais fuient le pays mais ils ne sont pas les seuls, à l’instar de Luis Herrera, étudiant espagnol qui souhaite s’installer en France en attendant que la situation s’améliore. [ Marine Girard & Kévin Noblet ]

Kévin Noblet
Après cinq années d’études à l’IEP d’Aix-en-Provence, Kévin sera bientôt titulaire du Master 2 « Journalisme Politique à l’International ». Actuellement en stage à la Chaîne parlementaire pour le compte de l’émission Com’ en Politique, il complètera son parcours par le diplôme de l’Ecole de Journalisme de Toulouse (EJT). Passionné par le pouvoir des images et l’actualité, il rédige en 2012 un mémoire intitulé « La liberté d’expression face à la religion en France » suite à l’affaire des caricatures de Mahomet. C’est en 2010, lors d’un échange universitaire dans le Midwest américain, à Truman State University, que Kévin tombe amoureux de l’Amérique du Nord. Il souhaite sur le long terme y travailler en tant que correspondant et mener une carrière dans l’audiovisuel.

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Portrait
Trois passions marquent la vie de Giuliana Sanguineti : la médecine, l’art et la politique. A 69 ans, cette Génoise, médecin à la retraite balance entre son volontariat dans un cabinet médical caritatif, ses sculptures, ses peintures à l’huile et la politique au Parti communiste des travailleurs (Partito comunista dei lavoratori, PCL). Fragments d’une conversation sur les problèmes de Gênes, la crise du capital et l’importance d’une solidarité européenne.

rouge cœur
« Parlare della crisi a Genova ? Ragazza, ragazza ! » (Parler de la crise à Gênes ? Jeune fille, jeune fille !), s’exclame Giuliana Sanguineti en se passant la main dans ses cheveux poivre et sel, coupés courts. La crise à Gênes, ce n’est pas un sujet abordable entre deux portes. Non, ça va prendre un peu de temps. Assez de temps pour qu’entre en jeu la cafetière italienne que Giuliana sort aussitôt du buffet de cuisine de son appartement. Il est à deux pas de la Stazione Principe à Gênes.

Giuliana

L’ELDORADO DU TOURISME
Le tourisme, est-il pour autant un recours face à la crise ou une mauvaise mise ? « Pour se sortir de cette situation, on a parié au début des années 1990 sur le projet de transformer une ville industrielle par excellence en ville touristique. », constate Giuliana. « Gênes est très belle… avec son centre historique, les Palazzi splendides qu’on trouve nulle part ailleurs, sa situation, ses paysages, la mer et les collines, le climat… » Ses mains semblent dessiner dans l’air les contours des édifices historiques Palazzo rosso et Palazzo bianco situés à la via Garibaldi au centre de la capitale ligurienne. Entre temps, Giuliana s’est assise à la petite table de cuisine. Un peu partout dans l’appartement, on peut apercevoir des sculptures et des peintures que cette amatrice des beaux-arts a créées pendant son temps libre. « Ce

les lendemains ne chantent plus
Depuis quelques années déjà, Gênes se trouve dans une situation délicate : les lendemains ne chantent plus pour la ville portuaire. Admettre que sa ville natale est devenue synonyme de la crise indigne en revanche Giuliana. « Il n’y a pas si longtemps que Gênes était une véritable ville industrielle : l’industrie n’y était pas seulement importante, elle y est née. Gênes était la cheville ouvrière de l’Italie il y a 100 ans. Outre les industries et les usines, on avait aussi un port très grand et célèbre, le deuxième port de la Méditerranée [le premier port de la Méditerranée est celui de Marseille, Ndlr]. On pouvait rivaliser avec celui de Rotterdam ! », raconte Guiliana, en tranchant le Panettone, gâteau traditionnel de la région de la Ligurie qu’on sert à l’époque de Noël. Et d’ajouter : « Après la guerre, quand les industries se sont remises à reprendre leur activité, on a commencé de privatiser des structures qui auparavant étaient étatiques. Une poignée de groupes industriels contrôlaient l’industrie de toute l’Italie. Se souvient-elle. Ils ont commencé à vendre des usines, à les fermer. Les fabriques sont mortes. Au début du 20e siècle, Gênes était une grande ville qui comptait un million d’habitants. Maintenant ils n’en restent que 600 000. Regrette-t-elle. En moins de 100 ans, 400 000 habitants sont partis dans d’autres régions. En outre, la population vieillit : en Ligurie et surtout à Gênes, il y a très peu de naissances ! Ce fait est étroitement lié à la situation pitoyable du travail : il n’a plus de travail à Gênes. Et s’il n’y a pas de travail, les gens n’auront pas d’enfants. Aujourd’hui, Gênes est en plein déclin. »

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Le tourisme, le dernier recours face à la crise ou une mise sur le mauvais cheval ?

n’est pas pour gagner de l’argent, c’est par pur plaisir. », précise-t-elle dans un sourire. Elle jette un regard méditatif vers la fenêtre. En bas, on voit quelques grues dans une partie du port – une image qui rappelle que les Palazzi ne sont pas tout Gênes. « Mais tout cela ne change rien au fait que Gênes est depuis le 16e siècle une ville industrielle », poursuit-elle. « Florence a toujours été une ville d’art. Gênes est belle – et basta, c’est tout ! Pour être plus attractive et plus touristique elle devrait être mieux entretenue, tempête la dame. Mais en 40 ans de vie politique les élus n’ont pas accomplis leur mission et n’ont pas agi pour les intérêts de la ville ! »

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Giuliana Sanguineti
parcours d’une vie très politique Née à Gênes le 04 août 1943, Giuliana Sanguineti adhère au Parti communiste italien (PCI) à l’âge de 18 ans. Après son baccalauréat, elle commence à travailler comme infirmière. En même temps, elle fait des études de médecine. elle obtient son diplôme en 1980. En 1983, elle est élue au conseil régional de la circonscription de Sturla où elle travaille avec Enrico Berlinguer, secrétaire général du parti jusqu’à la mort de celui-ci en 1984. cette même année, Giuliana Sanguineti quitte le PCI pour intégrer le mouvement communiste italien Lotta Comunista. arrivée à la retraite, elle rejoint le Parti communiste des travailleurs (Partito comunista dei lavoratori, PCL), mouvement politique italien trotskiste né en 2006. En 2012, elle se présente en tant que candidate syndicale du PCL aux élections municipales à Gênes. à 69 ans, Giuliana Sanguineti est bénévole dans le centre médical caritatif « Ambulatorio Internazionale Città Aperta » à Gênes. Cette association est engagée pour le droit de tous à l’accès aux soins médicaux.

Kathrin Faltermeier
Etudiante du cursus franco-allemand à l’Université Albert-Ludwig de Fribourg-en-Brisgau et à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, Kathrin a fait des allers-retours entre l’Allemagne et la France depuis le début de ses études en 2008. Désirant voir au-delà de l’espace Schengen et de la perspective européenne, elle a passé, en 2010/2011, sept mois à Dakar où elle a travaillé comme journaliste au sein de la rédaction du journal sénégalais « Le Quotidien ». Marquée par ces expériences, Kathrin a intégré en 2012/2013 le Master 2 « Journalisme politique à l’international » à Sciences Po Aix dont le côté cosmopolite l’a attirée tout particulièrement. Née avec une bonne dose de curiosité philanthropique, elle est heureuse lorsque l’occasion se présente de rencontrer des personnages inspirants et intéressants et d’écouter leurs histoires sous le couvert du travail.

>> A gauche : Giuliana Sanguineti, au fond vue sur le port de Gênes >> C  i-dessus : Giuliana Sanguineti, dans la cour du Palazzo reale

Une geste brusque de sa main gauche illustre le mépris de Giuliana à l’égard de ce qu’elle estime être un autre problème italien : « L’Italie est le pays le plus corrompu de l’Europe : nous avons la mafia, et un autre pôle de corruption… qui est le Vatican. » La lutte contre ce fléau est une des grandes motivations qui ont poussé Giuliana à s’engager sur la scène politique locale. « J’essaie de réveiller la conscience politique des travailleurs qui est très faible en Italie. J’aimerais leur montrer qu’il faut être vif d’esprit. » C’est ainsi que Giuliana explique sa mission au sein du Parti communiste des travailleurs italien (Partito comunista dei lavoratori, PCL), dont elle est membre depuis sa création en 2006. « En Italie, rien ne bouge. En fait, il y avait très peu de manifestations par rapport à la crise en Italie. Pour les deux ans passés, il n’y avait que deux grèves générales : une de trois heures, l’autre de quatre heures. Elles sont très fragmentées, il n’y a pas d’unité entre les travailleurs » regrette Giuliana. En dépit de la difficile mobilisation, elle ne perd cependant ni volonté ni espoir : « Mais, il y a quand même eu des gens qui sont sortis dans la rue pour manifester le 14 novembre 2012 (à l’occasion de la « Journée européenne d’action et de solidarité » contre les politiques d’austérité, Ndlr). Ce jour-là, je suis allée à Rome, témoigne-t-elle. Malheureusement, nous étions peu. Je pense quand même que le 14 novembre 2012 a eu une valeur symbolique car, pour la première fois dans l’histoire, il s’agissait de faire une grève générale au niveau européen. Il y a eu des actions en Espagne, au Portugal, en France et même en Allemagne, où les patrons jouent un rôle important. » La solidarité sur le plan européen et international est d’après Giuliana Sanguineti l’outil indispensable pour faire face à la crise et pour atteindre un changement de société.

INéluctable capitalisme ?
Pour l’activiste communiste Giuliana, la crise est une conséquence inéluctable du système économique capitaliste : « Le capital se

trouve, en ce moment, de nouveau dans une situation de crise profonde, irréversible, avance-t-elle. La solution classique pour le capital était le recours à des guerres atroces qui ont fait d’innombrables victimes. Cela fut ainsi pour la Première Guerre mondiale qui a coûté 35 à 50 millions de morts, et aussi pour la Seconde Guerre mondiale dont le nombre de victimes est estimé entre 60 et 70 millions. », assure Giuliana, reprenant une théorie selon laquelle le capitalisme se sert des guerres pour se relancer. Que se passera-t-il donc après la crise qui frappe l’Europe ? « Personne ne sait ce qui va se passer, et s’il y aura un jour une Troisième Guerre mondiale. » Giuliana hausse les épaules. « Il se peut que les gens arrivent à un point où ils pensent « nous devons entrer en guerre ». En réalité, les guerres semblent encore être la seule solution pour le capital de dépasser cette crise. La course à l’armement n’a jamais cessé. « Nous sommes au fait que des gens meurent à cause de la faim. Mais […] avec notre argent, nous finançons un chasseur-bombardier qui coûte 35 millions d’euros », s’insurge-t-elle. Pour Giuliana, ceux qui détiennent le pouvoir ont toujours besoin de ceux qui sont à la base comme le sommet de la pyramide a besoin de son socle. Le café finit par bouillir, comme la voix de la militante, qui se penche en avant comme pour donner plus de poids à ses paroles. « L’absurde est que ce ne sont que 2 % de la population globale qui règnent sur ce monde et sur les autres 98 % ou même 99 %, pour citer les paroles des partisans du mouvement Occupy Wall Street aux EtatsUnis (Giuliana fait allusion au slogan fameux « Nous sommes les 99 % », Ndlr). Et ces 99 % ne sont en vérité que des esclaves. » Giuliana se replie sur son silence. Elle fera de son mieux pour f’aire s’écrouler la pyramide, c’est son devoir citoyen. [ propos recueillis par Kathrin Faltermeier ]
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Entretien

« La solution doit être transméditerranéenne »
Député PS de la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône et président du Conseil Régional depuis 1998, Michel Vauzelle est un acteur historique de la coopération transméditerranéenne. Pour lui, le redressement économique de l’Europe doit passer par le codéveloppement avec les pays de la rive sud de la Méditerranée.
Où en est aujourd’hui la crise économique en Méditerranée ? Comment se traduit-elle ?
Elle est avant tout le fait de plusieurs crises qui se rassemblent en faisceaux dans cette espace méditerranéen. Dans les pays du Sud, il y a d’abord un problème important qui se répercute sur l’économie de ces pays : le Printemps Arabe. Dans ces périodes troublées, l’économie a de grandes difficultés à s’épanouir. On trouve ensuite la cohabitation – présente également sur la rive nord – de la très grande richesse pour certains et de la très grande pauvreté pour beaucoup. Il y a sur la rive sud une capacité formidable au développement économique, raison pour laquelle tous les pays du monde s’intéressent à eux. Sur la rive nord, la situation est liée à la crise mondiale. Elle est liée à des éléments financiers et bancaires dont ne sont pas responsables les peuples et qui tiennent à un monde ultralibéral, sans organisation et où règne la loi de la jungle. En dépit des efforts faits – au niveau mondial et européen – pour essayer de réguler cette crise financière, elle a déclenché une crise économique amenant chômage et problèmes sociaux. Je souhaite démontrer, dans la mission que m’a confiée le président de la République, que la solution ne viendra que d’une discussion euro-méditerranéenne, c’est-à-dire d’un codéveloppement des pays méditerranéens et d’une colocalisation des futures entreprises et de l’emploi. Cela apporterait une réponse à la tentation de l’immigration et permettra pour nous de développer, dans la proximité, des échanges économiques qui relanceront notre capacité de développement. Il est bien plus facile de vendre au Maghreb qu’en Chine. De même il est plus aisé aux Maghrébins de créer des entreprises qui trouveront une clientèle en Europe - qu’ils connaissent bien - que d’exporter vers la Chine.

Michel Vauzelle, Chargé de mission en Méditerranée
Le président du Conseil régional a été désigné par le Président de la République comme chargé de mission en Méditerranée. Pressenti en septembre, ce nouveau rôle a été confirmé officiellement en décembre. « Promouvoir une Méditerranée des projets dans le cadre d’une démarche à la fois ambitieuse et pragmatique, d’abord orientée vers la définition d’intérêts communs et la mise en œuvre de chantiers bénéfiques aux populations des deux rives », tel est l’objectif fixé à l’élu socialiste.
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Clémentine Vaysse
Diplômée de Sciences Po Aix, Clémentine Vaysse a conclu cette année sa scolarité avec un master « Journalisme Politique à l’International » dans ce même établissement. Elle a en parallèle suivi un Master 2 « Nouveau Journalisme » à l’Ecole de Journalisme de Marseille. Après avoir participé au Défi de l’Express Grandes Ecoles en 2010, Clémentine a choisi de partir au Brésil lors de l’année à l’étranger comprise dans le cursus Sciences Po. Elle a ainsi travaillé comme stagiaire pour lepetitjournal.com, un support électronique pour la communauté francophone vivant au Brésil. En juillet 2012, elle enrichit son expérience comme JRI aux Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence. Elle tient aujourd’hui la rubrique « Agenda culturel » du magazine marseillais Toutma. Passionnée par la politique, c’est par un stage dans le journal marseillais en ligne Marsactu, que Clémentine Vaysse a commencé l’année 2013.

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Marseille est le symbole d’une ouverture généreuse vers le sud.

Vous êtes un défenseur historique de la coopération transméditerranéenne. Quelle forme celle-ci doit-elle prendre concrètement ?
Ce sont avant tout les mentalités que nous devons changer : l’époque coloniale est finie, de même que celle néo-coloniale, où les anciennes puissances coloniales continuaient à tirer les ficelles dans ces pays. Nous avons connu par la suite une période où l’on a pensé que ces pays devaient être aidés par une aide financière ou bien des conseils donnés par des Européens ou des techniciens de Bruxelles. Cela n’a pas marché. Ces pays ont leur dignité, leur souveraineté mais aussi une façon de voir les choses. Le processus d’union pour la Méditerranée n’a pas fonctionné dans son ensemble mais certains de ses éléments constitutifs sont restés et permettront de faire cette Méditerranée des projets. Les pays méditerranéens doivent cibler des priorités en matière de développement d’infrastructures routières, de zones industrielles, d’aménagements portuaires qui amèneront un codéveloppement des deux rives de la Méditerranée. Depuis 14 ans que je suis président de la Région, j’ai passé avec tous les pays de la Méditerranée - rive nord et rive sud - des accords de coopération.

Revenons à votre territoire. La contestation à la métropole marseillaise par certains élus locaux, s’appuie sur les pertes potentielles qu’elle occasionnerait pour les zones les plus riches. Pensez-vous que la crise économique a renforcé ces oppositions ?
Si ce phénomène est peut être exacerbé par la crise, elle n’en est pas la cause principale. Avec la crise, les problèmes prennent une dimension plus dramatique. Nous sommes dans une région très méditerranéenne, avec un fond culturel commun. Elle est pour autant très diverse. Marseille a sa propre personnalité, découlant de son histoire de cité maritime tournée vers la mer. Marseille est historiquement une république maritime comme Gênes ou Venise, qui tourne le dos à la région. Se sont alors développées d’autres capitales dans les terres comme Aix-en-Provence, Arles ou Nice. Il faut que l’Etat prenne en compte dans la réforme territoriale en cours ces particularités. C’est tout le problème. Cela interpelle sur le rôle que doit avoir la région dans l’aménagement de l’espace. Il ne faut pas que certains endroits soient favorisés, ni d’autres abandonnés. Outre le défi de la décentralisation, se pose le cas particulier de Marseille qui doit absolument organiser un espace métropolitain, étant entendu qu’il faut faire les choses sans rien imposer. On ne peut pas laisser Marseille et les Bouchesdu-Rhône dans l’état où ils se trouvent aujourd’hui. Il faut que la métropole ne se transforme pas en mégapole qui aspire toutes les ressources de la région, c’est ce que redoutent un certain nombre de maires et d’élus locaux. [ propos recueillis par Clémentine Vaysse ]
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Le 6 novembre dernier, vous avez interpellé le Ministre du Travail dans une question écrite concernant la situation des 6,7 millions de descendants africains sur le marché du travail, sont-ils selon vous particulièrement victimes de la crise ?
Bien sûr. Il y a d’abord les effets du racisme. Nous sommes une région où tous les peuples de la Méditerranée sont représentés. Marseille est le symbole d’une ouverture très généreuse vers le sud. Le miracle de la Provence est d’avoir créé une culture commune. En période de crise, certains accusent les immigrés de manger le pain des Français. Depuis toujours, d’aucuns veulent chasser les étrangers en pensant que cela résoudra les problèmes. C’est facile de dire que les trois millions de chômeurs correspondent aux trois millions d’immigrés. Il faut absolument combattre ce racisme qui a pénétré progressivement via un discours tenu par une partie de la droite et l’extrême droite. Nous avons besoin dans un certain nombre de secteurs de ces travailleurs immigrés. Comme dans les hôpitaux, avec les infirmières et les médecins. A la Timone, les jeunes médecins d’origine algérienne ou syrienne sont indispensables. Arrêtons de penser que les immigrés ou descendants d’immigrés n’occupent que des emplois non qualifiés.

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Enquête
Austérité budgétaire, réforme du marché du travail : avec ces politiques de réponse à la crise, la Génération « nini » est sous les projecteurs espagnols. Elle comprend les personnes qui n’étudient, ni ne travaillent. Le quotidien El Pais précisait en octobre 2012 qu’au cours de l’année, 47 000 jeunes supplémentaires ont rejoint cette catégorie. Dans ce contexte peu favorable à l’emploi, des craintes de la voir se muer en génération perdue s’expriment.

Barcelone : face au chômage la persévérance et la débrouillardise
Comment croire que l’on est fait pour un métier alors qu’il est si difficile de décrocher un premier emploi ? A Barcelone, des titulaires de master ou étudiants en fin de cursus tâchent de ne pas perdre de vue leur ambition première. Leur vision de la situation explique comment ils comptent s’en sortir. « Ni estudian ni trabajan ». A l’office du travail Mallorca de Barcelone, on trouve des chômeurs de tous âges. Venus assister à un premier rendez-vous, habitués ou en reconversion, quelques uns d’entre eux se résignent à élargir le champ de recherche, estimant qu’il faut être « de plus en plus ouvert ». Une vérité, prendre le travail où il est. mistes ». Une solution paraît évidente, une fois que les recherches ont été étendues à toute l’Espagne, mais en vain : partir à l’étranger. Quelques minutes de conversation plus tard, Alicia révèle que l’emploi qu’elle souhaite trouver ne serait qu’un moyen d’aller s’établir ailleurs, « pour étudier quelque chose de sécurisant, en hôtellerie ou en langues, ou encore dans les énergies renouvelables ». Même optique pour Maria, qui, à 29 ans entame sa troisième semaine de chômage : « J’ai toujours vécu à Barcelone, mais s’il n’y a rien ici, j’irai ailleurs ».

Debout, pas à genoux
supérieur en Anglais. Titulaire d’un cycle en administration et secrétariat, Rubi va donc compléter sa formation. Sa motivation ? Voir si là-bas, elle trouve un travail plus intéressant et peut gagner plus d’argent. « Ici je gagne un salaire moyen, de mille ou mille deux cent euros maximum, cela suffit juste à couvrir les dépenses basiques, pour habiter en colocation », explique-t-elle, révélant sa lassitude à se contenter de « vivre au jour le jour ».

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Exil
Si pour certains le projet reste vague, d’autres bataillent pour parvenir à concrétiser leur solution d’exil. Rubi Carbaja Lozano, 33 ans, est chômeuse depuis un mois et demi. Elle a travaillé pendant six ans en tout, en tant que serveuse, comptable et en administration. C’est dans cette dernière branche qu’elle souhaite persévérer. Son espoir est nourri par une sorte d’American dream. « C’est la quatrième fois que je viens dans ce bureau, mon dernier contrat consistait à faire des remplacements, et avant cela j’ai traversé une période de deux ans de chômage. », confie-t-elle. « Je pense chercher du travail à l’étranger, mais ma priorité ce sont les Etats-Unis ». Pour s’installer outre-atlantique, il lui faut acquérir un diplôme technique du

Pessimistes
Alicia Garcia a 26 ans. Elle cherche du travail depuis un an. Après cinq années d’études cumulées, elle possède trois diplômes de l’enseignement professionnel : une licence en esthétique, une en coiffure, et une en gestion d’administration d’entreprise. Alicia n’est pas restée réellement inactive au cours de cette année de recherche. « J’ai pu avoir quelques emplois d’un mois, de manière sporadique », affirme-t-elle. Puis elle ajoute : « On est en train de voir si l’État va donner des aides aux jeunes, mais ils veulent déjà baisser les revenus des personnes âgées, alors on est un peu pessi38 Cosmopol’

>>  Moins de 24 ans, no futur
Au mois de septembre 2012, l’Organisation internationale du travail (OIT) livrait un chiffre alarmant : dans le monde, six millions de moins de vingtquatre ans ont abandonné définitivement la recherche d’emploi. L’OIT estimait à 12,7 % le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans.

>>  1 million d’inactifs
Au début de l’année 2013 en Espagne, plus de la moitié des jeunes de moins de 25 ans est au chômage. Dans tout le pays, on compte 970 200 jeunes inactifs, un chiffre qui a été multiplié par trois depuis 2006. Parmi cette population, 75 % ont entre 20 et 24 ans.

INTERVIEW
Gerardo a 28 ans. L’Université de Barcelone lui a octroyé une bourse d’études trois années consécutives. Titulaire d’une licence en sociologie depuis quatre ans, son parcours connaît de nombreuses remises en question, mais le fatalisme est toujours exclu. Qu’étudiez-vous cette année ? J’ai entamé un master en recherche, dans la continuité de mes compétences en sociologie, mais j’ai abandonné. Je commence désormais un autre master, sur les études de marchés. Quel métier envisagez-vous grâce à cette qualification ? D’une manière générale, j’aimerais trouver du travail en marketing et études de marchés. Si je peux, je resterai à Barcelone. Je pense qu’il est possible de trouver quelque chose ici, mais dans le cas contraire je m’en irai à l’étranger. Au Royaume-Uni ou en Allemagne, peu importe. Je parle plutôt bien anglais, ce qui permet d’ouvrir pas mal de portes. Je parle un peu allemand et un peu français aussi. Cette bourse de vingt-cinq heures par semaine vous aidera-t-elle pour vos recherches d’emploi ? La bourse est surtout un moyen de subsistance et de concilier mes études avec un travail. Elle offre des facilités que je n’aurais pas eu ailleurs, visà-vis des examens par exemple. Cela est bien plus flexible que si j’étais dans une entreprise privée. Bien que vous n’ayez pas encore reçu votre diplôme, vous consultez déjà les offres d’emploi. Comment procédez-vous ? J’effectue mes recherches de façon un peu désorganisée, par période. Je cherche pendant une semaine, puis je laisse cela de côté pendant quelques mois. Lorsque l’on cherche dans un secteur précis, on retombe vite sur les mêmes offres, que ce soit sur un portail internet ou en allant voir un conseiller dans un bureau. Et il y a des tas de candidats pour chaque offre. Donc, à force de voir les mêmes annonces, on finit par se démotiver. C’est pour cela que j’arrête pendant quelques mois et que j’y reviens plus tard, pour voir ce que je trouve.
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>>  De gauche à droite : Eva, 24 ans, étudiante en psychopathologie ; Monchi, 38 ans, diplômée des Beaux-Arts ; Carlos, 24 ans, étudiant en philosophie ; Gerardo, 28 ans, diplômé de sociologie et étudiant en marketing

JUSTITO
A côté de la génération nini, des étudiants de l’Université de Barcelone (UB) s’attachent à concilier cours et travail. Eux aussi vivent « justito », avec le minimum. Pour l’année 2012/2013, le Service d’Attention à l’Etudiant (« Servei d’Atencio a l’Estudiant ») propose quatre-vingt seize bourses d’études, en vue de faciliter l’insertion professionnelle des futurs diplômés. Payés 600 euros par mois, pour vingt-cinq heures hebdomadaires, ces jeunes ont signé un contrat de collaboration. Ce dernier ne les sort pas de leur situation précaire, puisqu’il n’ouvre pas de droit aux prestations sociales. Il satisfait cependant les boursiers, sélectionnés sur le mérite et leurs résultats académiques, parce qu’il offre un certain confort dans la gestion de l’emploi du temps. Ce n’est pas le cas de la majorité des étudiants qui doivent cumuler les petits boulots.

auto-entreprise
Eva et Carlos ont tous deux vingt-quatre ans, et ils ont décidé de postuler pour cette bourse de l’UB. Répondre aux appels dans ce service d’orientation paraît aisé à leurs yeux, comparé aux rythmes qu’ils ont du endurer les années auparavant. « Pendant quatre ans, en parallèle

de mes études, je travaillais dans une boutique. Cela ne correspondait pas du tout à mon cursus, et je faisais trente heures par semaine. J’allais à l’université le matin, et du midi au soir j’étais au travail ». Carlos de son côté a passé les six dernières années à jongler entre la philosophie et le secteur administratif. Il avait dix-neuf ans pour son premier emploi, et se destine désormais au domaine de l’édition, ou bien à apporter ses services dans un centre culturel. Il amorce sa thèse sur la littérature hispanoaméricaine de manière un peu plus confiante, maintenant qu’il sait qu’une nouvelle bourse lui a été attribuée. L ’horizon ne semble pas bouché, puisqu’il étendra ses recherches à tous les pays hispanophones. Eva a quant à elle obtenu un master en psychopathologie clinique en 2012. Elle terminera ses études cette année. Une fois ce diplôme de thérapie en poche, elle compte rester à Barcelone. Consciente du peu d’offres envisageables, la catalane perçoit une porte de sortie alternative : l’autoentrepreneuriat. Elle s’inscrit dans une tendance générale dans le pays, puisque l’Institut National de la Statistique a annoncé pour le dernier trimestre de 2012 une augmentation significative des travailleurs indépendants de moins de vingt-quatre ans. Ce groupe a atteint 71 000 personnes à travers la péninsule ibérique.

d’être épaulé par les parents n’empêche pas d’élaborer des projets de plus en plus internationaux : « J’ai l’impression qu’il y a un an, la priorité était donnée à la famille, aux amis, que les gens ne pensaient pas à bouger parce qu’ils recherchaient davantage de stabilité. Mais apparemment, ce n’est plus le cas aujourd’hui. », remarque l’employée. L’essentiel pour le public qu’elle rencontre, et, de fait, sa mission : faire en sorte que l’espoir en l’avenir reste. En catalogne c’est toujours debout, pas à genoux. [ Lauriane Morel ]

Lauriane Morel
Étudiante en fin de Master 2 « Journalisme Politique à l’International », Lauriane Morel est diplômée de Sciences Po Aix. C’est au Canada, au sein de la radio communautaire CHOQ-FM 105,1 en 2010/2011 qu’elle a commencé à exercer le journalisme, plongée au cœur de la diversité francophone. Reporter et animatrice d’une émission quotidienne sur l’actualité locale pendant neuf mois, est né son goût pour le reportage radio. A la fin 2011, elle s’est prise de passion pour le thème du multiculturalisme, et a étudié le cas de la communauté latino-américaine de Toronto dans le cadre de son mémoire de master. Au cours de cette année 2012/2013, elle a poursuivi l’aventure radiophonique en participant au projet étudiant de Radio Grenouille à Marseille. Grande amatrice de théâtre et de musique, elle se destine à une carrière dans le journalisme culturel.

>> 23,5 % de chômeurs
Au troisième trimestre 2012, la Catalogne enregistre l’une des plus fortes baisses d’activité. Avec 36 300 actifs en moins par rapport au trimestre précédent, la province se place juste derrière l’Andalousie. (Enquête sur la population active publiée par l’Instituto Nacional de Estadistica en octobre dernier).

PARENTS
En attendant de trouver un contrat digne de ce nom, les jeunes Barcelonnais s’inscrivent dans une solidarité intergénérationnelle plus que nécessaire en Espagne. Vivre chez leurs parents leur permet de garder en ligne de mire leur objectif professionnel premier, et cela n’est pas jugé anormal par les pairs, jusqu’à environ trente à trente-cinq ans. Irma Rodriguez Villanueva est responsable de carrières au centre Alumni UB. Elle souligne les deux phénomènes majeurs qui concernent ces futurs actifs : « lorsqu’ils sortent de l’université, les parents apportent les ressources nécessaires à la recherche d’emploi, et éventuellement à la mobilité, quand les enfants n’ont pas assez travaillé pour percevoir le chômage ». Dans la ville qui abrite la Sagrada Familia, l’assurance

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en marge

un mode de vie alternatif à la Barcelonaise
Can Masdeu. Une communauté autogérée sur les hauteurs de Barcelone qui défraye la chronique. Dans le contexte de crise économique, sociale et de perte de légitimité des institutions politiques, un courant de mouvements alternatifs se met peu à peu en place. Certains y voient une solution à la dépression mondiale, d’autres sont amusés par cet imaginaire de vie. Utopie ou réel mode d’existence ? L’exemple de l’ancienne léproserie semble faire recette.
Ligne 3 du métro de Barcelone, dite « ligne verte ». Arrêt « Canyelles ». Après dix minutes de marche, un panneau en bois, d’une certaine ancienneté, indique la direction « Vall de Can Masdeu ». La communauté autogérée se situe dans la périphérie de Barcelone, dans le parc naturel de Collserola. L ’ancienne léproserie abandonnée dans les années 1950 accueille depuis 2002 une vingtaine de « squatteurs » venant en majorité d’autres parties de l’Espagne : d’Andalousie, d’Asturie, de Madrid, du Pays-Basque, mais aussi d’Angleterre, d’Italie et de Hollande. « Comme n’importe quel collectif, organisme vivant, il y a du mouvement. Il y a des gens qui rentrent et qui sortent (…). Un organisme qui reste figé, fermé, est mort », soutient Guillem, résident du lieu 4 mois après son occupation. Les gens viennent ici de tout horizon, mais ce qui les rassemble est leur volonté de changer de mode de vie, d’adopter une vision alternative de la vie en communauté. En onze ans, plus de 100 personnes sont passées par Can Masdeu. Cependant, sur 20 habitants actuels, 7 vivent dans le bâtiment depuis 10 années ou plus. Le groupe s’est consolidé, il se caractérise aujourd’hui par sa stabilité. Un équilibre qui n’a pas toujours été présent.

Can Masdeu

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Comme n’importe quel collectif, organisme vivant, il y a du mouvement. Il y a des gens qui rentrent et qui sortent (…). Un organisme qui reste figé, fermé, est mort.

Un « projet politique ouvert de transformation sociale »
La maison est aujourd’hui très connue à Barcelone et dans ses alentours. Cette célébrité n’a pas été sans mal. Tout a commencé en 2002, lorsqu’un groupe de 11 personnes cherchaient un lieu où créer « une communauté, un projet politique ouvert de transformation sociale », s’enorgueillit l’occupant du squat. L’ancienne léproserie abandonnée dans les années 1950 et totalement délabrée s’est

présentée comme le lieu parfait pour conduire à bien le projet. Mais il fallait « occuper » l’ancien bâtiment public. Bien que la lèpre ne soit plus une maladie très répandue, la léproserie appartient toujours à la fondation de « San Pau », hôpital du centre de Barcelone. L’association religieuse de santé reste gérée par l’organisme MIA, datant du XVIe siècle, et représentée par la mairie de Barcelone, la Generalitat de Catalogne, et l’Eglise d’Espagne. La gestion de la communauté est donc dans le même temps publique. « Ce sont donc la mairie et la Generalitat qui sont responsables de l’abandon de ce lieu pendant 50 ans », accuse l’un des occupants qui a préféré rester anonyme. La fondation est administrée de manière public-privée, ce qui ne facilite pas la gestion de Can Masdeu.

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en marge

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En décembre 2001, l’occupation du lieu débute. La plainte ne se fait pas attendre. Un mois plus tard, le propriétaire dénonce les habitants. Le Code Pénal définit l’occupation comme un délit, tandis qu’il est faute administrative dans le Code Civil. L ’accusateur a choisi le Code Pénal. Pendant la phase d’instruction, et donc avant le procès, l’expulsion préventive a été demandée. « Normalement quand il y a une expulsion préventive dans un processus pénal, ils t’expulsent, détruisent la maison et après un, deux, trois ans, il y a un procès, mais toi, tu es déjà dehors », détaille Guillem non sans un petit sourire au coin des lèvres. Pendant 3 jours, les occupants organisèrent la résistance. Suspendus aux façades de la maison par des cordes d’escalade et des harnais, le mouvement a été qualifié par la presse locale comme « une stratégie de résistance active et non violente ». Participant activement à de nombreux mouvements de lutte sociale dans tout le barrio (quartier), les habitants de Can Masdeu étaient déjà à cette époque connus et reconnus dans le quartier. Les occupants ont ainsi bénéficié d’un grand soutien-citoyen. L ’humanité du juge a primé sur le droit à la propriété. Parce que la vie des personnes suspendues était en jeu, « le droit à la vie était plus important que le droit à la propriété », a déclaré le juge Halphen afin de clôturer le litige. Les policiers ont été retirés du lieu, et les habitants gagnèrent le procès car le propriétaire ne put prouver que les occupants mettaient en péril, abîmaient la propriété ou qu’ils l’empêchaient d’en tirer un bénéfice quelconque. Mais bien au contraire, grâce aux squatteurs, Can Masdeu était en train de retrouver sa jeunesse… Deux mois ont passé. Le propriétaire porte plainte au civil. En 2005, les occupants perdent le procès. Le recours déposé par les habitants contre la sentence ferme d’expulsion n’est à l’heure actuelle toujours pas arrivée à exécution. L ’expulsion n’est ainsi pas pour demain.

Une occupation historiquement politique
Pourquoi les occupants de l’ancienne léproserie n’ont-ils pas été expulsés ? Historiquement, les partis au pouvoir à la mairie de Barcelone étaient des partis de gauche, soutenus par le barrio et par diverses associations ayant par le passé travaillé avec Can Masdeu. « Parce que cette occupation visait à récupérer l’usage social de la vallée et les usages traditionnels de la terre, la proposition a été très bien accueillie par le réseau de collectifs sociaux et politiques », explique Guillem au micro de Sciences Po Aix. De ce fait, « ces partis politiques qui étaient théoriquement de gauche avaient peur du prix politique qu’aurait supposé le fait de nous expulser, parce que cela aurait pu leur faire perdre des votes ». Durant 25 années au pouvoir à la mairie de Barcelone, les partis socialistes, ex-communistes et verts auraient eu du mal à justifier le refus d’un projet comme celui-ci, communautaire et écologiste. De plus, « il n’y avait pas de projet alternatif meilleur que celui qui avait lieu ». Depuis deux ans, la Derecha Nacionalista Catalana (parti de droite) est au pouvoir en Catalogne. Face à la crise économique actuelle touchant de plein fouet l’Espagne, la fermeture de la communauté n’est pas apparue comme étant une priorité. Pour Guillem, « bien qu’ils soient des partis de droite, actuellement comme il y a non seulement une crise économique, écologique ou même démocratique de légitimation des institutions démocratiques, ils ont besoin de légitimité sociale, c’est pour cela qu’ils ne touchent pas à notre bâtisse ». Can Masdeu bénéficie en effet d’une légitimité quasiunanime dans le barrio, sûrement grâce à une organisation qui ferait pâlir plus d’un gouvernement.

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Marion Icard
Marion Icard a suivi le cursus du Master 2 « Journalisme politique à l’International » après avoir eu une première approche des métiers de l’information à travers son mémoire de Master 1 en Relations internationales intitulé : « La liberté de la presse écrite dans la social-démocratie norvégienne ». Elle avait passé auparavant un an dans le Grand nord, en Norvège – d’août 2010 à juin 2011. Son expérience est très diversifiée puisqu’elle va d’un travail dans un marché aux poissons Fisketorget de Bergen (Norvège) à la Banque de France, à Paris où elle a pu assister à la mise en place de TARGET : un programme de regroupement des données financières européennes. Après un passage à la rédaction du journal Windows en 2004 elle compléte son bagage technique avec des logiciels de graphisme. Elle maîtrise l’anglais l’espagnol, l’italien et le norvégien. Pratiquant la harpe et la danse classique elle compte bien faire ses premiers pas dans le journalisme.

Une organisation sur mesure
Une organisation interne. Voilà ce qui caractérise la gestion du squat. Le principe premier est l’équité dans la distribution du travail. « Chacun doit avoir une responsabilité », déclare fièrement Guillem. Les mardis et les jeudis sont consacrés aux travaux collectifs (ménage, amélioration des infrastructures, gestion du centre social, planification et coordination du travail du jardin, etc.). Quatre-vingt voisins des quartiers participent au programme de jardin communautaire. A la tête de « l’éducation à l’environnement », des membres du squat travaillent avec enthousiasme. Tout les dimanches, le centre culturel de Can Masdeu s’ouvre au public afin de faire connaître et expliquer leur projet. S’en suit, un débat ou une discussion sur un thème concret. Et les financements ? L ’économie est collective, mais pas à 100 %. L’économie est donc mixte puisque des activités lucratives sont organisées dans l’ancienne léproserie. Le centre social ouvre son bar tous les dimanches. Quant aux fêtes et à la cuisine communautaire, elles constituent les rentrées principales d’argent pour la communauté. Afin d’avoir un équilibre budgétaire le plus parfait qu’il soit, chaque membre donne 45euros de sa poche par mois pour l’économie collective. Si 90 % des légumes viennent des jardins, le reste est acheté à des producteurs locaux, amis des habitants. Lorsqu’une de nos journalistes demande si elle pourrait intégrer Can Masdeu, Guillem lui répond avec humour : « Si tu me dis, « Bonjour, je veux vivre avec vous », tu ne vas pas poser ton baluchon le jour suivant. Non, ça ne marche pas comme ça ». L’expérience communautaire est essentielle afin d’intégrer la communauté. « Nous sommes un groupe qui a tendance à légiférer, faire des normes et politiques internes de fonctionnement très claires, mais tout cela provient

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Nous sommes un groupe qui a tendance à légiférer, faire des normes et politiques internes de fonctionnement très claires, mais tout cela provient des besoins du groupe.

des besoins du groupe », affirme le jeune homme. La « politique des invités » gérée par Astrid, habitante du squat depuis 5 ans et présidente des assemblées, répond aux besoins de chaque habitant. Can Masdeu. Petit îlot de liberté au sein d’une Catalogne sous l’emprise d’une crise économique, sociale et démocratique sans précédent. Un paradis au sein d’un monde en déclin ? L’équation n’est pas si simple lorsque les luttes sociales et historiques de la communauté sont mises en lumière. Tout accomplissement a un prix. Et les occupants de Can Masdeu semblent en avoir payé un bon. Mais le gouvernement de Mariano Rajoy ainsi que les pouvoirs locaux continueront-t-ils à fermer les yeux sur une communauté qui en influencera sûrement de nombreuses autres ? [ Marion icard ]
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Reportage

S’en sortir à la gênoise
Comment les Italiens vivent la crise ? Comment gèrent-ils leurs dépenses ? Ont-ils des solutions pour économiser ? Aperçu du vécu de la crise chez les Gênois.
Depuis 2008, le mot « crise » est sur toutes les lèvres. Sur fond d’échéances électorales, les hommes politiques se lancent tête baissée dans des promesses de mesures pour mettre fin à cette situation. Et pourtant, qui mieux que l’ouvrier, la mère de famille, le commerçant, le chômeur ou encore l’étudiant sont à même de dire comment ils gèrent la crise. La rencontre de ces « citoyens ordinaires » permet de connaître la gestion de leur crise, leurs éventuelles solutions, leurs inquiétudes, et leurs coups de gueules. calisation, évasion fiscale, augmentation des impôts, baisse du pouvoir d’achat… Rien de bien réjouissant. Et pourtant, à l’origine, toute crise, économique ou non, renvoie à une situation critique dans laquelle il s’agit de faire des choix ayant autant que possible des conséquences positives. Aujourd’hui, pour la plupart des Italiens, à l’évocation de ce mot il n’est plus affaire de choix mais plutôt de catastrophe. Les crises, même celles qui, in fine, ont un résultat positif, induisent spontanément chez la population les mots « perte », « défaite », « mal-être », « déséquilibre », « privation », « dégradation »2. [ Mélanie Boisliveau ]

La crise est une catastrophe
Alors qu’il est dans toutes les têtes, la revue italienne Società Mutamento Politica (SMP1) a souhaité prendre le temps de revenir sur le terme de « crise » et sur les changements sociaux qui y sont associés dans son numéro « Crisi e mutamento sociale » (« La crise et les changements sociaux »). Elle souligne notamment la connotation de plus en plus négative qu’évoque le mot crise dans l’inconscient populaire. Ce qui atteste de l’ampleur sociale et psychologique de la crise actuelle. Vous avez dit crise ? Au programme : réduction des dépenses publiques, crise de la dette, politiques d’austérité, chômage, délo-

Società Mutamento Politica : rivista italiana di sociologia, « Crisi e mutamento sociale », Vol I n°2, 2010, Firenze University Press. 2 COSTABILLE Antonello, Società Mutamento Politica : rivista italiana di sociologia, « Crisi e mutamento sociale », article intitulé « Crisi, scelta e agire sociale nella società contemporanea », Vol I n°2, 2010, Firenze University Press.
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Le moral est-il vraiment au plus bas ? Prise de température chez les gênois : trois italiens disent comment ils ressentent la crise et à quels choix quotidiens elle amène.

>>  Remo Richetti, 44 ans, ingénieur.
Je travaille dans la catégorie profession libérale. Cette année mon salaire a diminué de 25 %. En conséquence j’ai dû changer quelques habitudes comme par exemple le fait de réserver des voyages avec des horaires qui peuvent être différés ; cela permet de payer moins cher. Je ne pars plus en vacances ou presque pas. Les seules que je m’accorde, c’est lorsque je prends ma moto et que je vais voir mes amis. pour économiser je diversifie mes activités. Je suis ingénieur et avant j’exerçais ma profession dans le domaine des voitures industrielles. Aujourd’hui je travaille toujours dans ce secteur mais pour gagner plus d’argent je fais aussi des expositions de design. enfin j’enseigne.
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Mélanie Boisliveau
Mélanie Boisliveau intègre Var-Matin à Toulon de juin à août 2012. Elle a également connu une expérience de secrétariat de rédaction à l’Express du Pacifique, journal francophone de la Colombie-Britannique au Canada à Vancouver de septembre 2010 à mai 2011. Couverture d’évènements culturels francophones ; rédaction d’un dossier sur les médecines alternatives ; revue de presse sur l’information francophone des autres provinces canadiennes ; rédaction de brèves économiques et scientifiques, une expérience riche et diversifiée. Elle a appartenu aussi à l’association étudiante « Dix’it » d’Aix-en-Provence en 2009-2010, comme elle a participé au concours « Défi L ’Express » récompensant le meilleur supplément régional de L ’Express réalisé par 10 étudiants. 12 grandes écoles y participent chaque année. Dans le “défi” elle fut trésorière de l’association et rédactrice du dossier principal du supplément.

>>  2 frères : Corado, 75 ans, retraité et Armando, 65 ans, chauffeur de taxi
Ici c’est la crise, comme dans toute l’Europe, parce qu’il n’y a pas de travail. Mais comme beaucoup d’italiens, nous savons que nous avons la tante, la grand-mère qui ont encore beaucoup d’argent. Ici on s’aide les uns les autres. J’ai des solutions pour résister. Par exemple, ma femme économise beaucoup. Elle va dans un supermarché, elle achète les choses les moins chères. Puis elle va dans un autre et achète des catégories encore moins chères. Mais ce sont les gens qui ont le temps qui peuvent faire ça. En vérité la majorité de ceux qui achètent sans regarder. Ma femme elle ne travaille pas et grâce à ses économies je mange pour pas cher, toujours bien. Les politiques d’austérité sont une réelle injustice. Nous ne sommes pas responsables de cette situation c’est toute la classe politique de ce pays qui l’est. Ce sont les politiciens le mal de l’Italie, tous. Ils sont tous dans l’erreur : ils prennent tout l’argent et ils dépensent trop. Et l’Italie n’ira jamais mieux parce qu’elle a pris ce virage qui fait que les jeunes gens ambitieux partent de l’Italie parce qu’ils veulent gagner de l’argent.

>>  Eleonora Ciciani, 20 ans, étudiante
Je ne travaille pas, ce sont mes parents qui pourvoient à mes besoins. Mais je ressens tout de même la crise en tant qu’étudiante. A l’université, avec mes amis, nous n’allons pas tout le temps manger dehors. pour économiser nous devons amener notre propre nourriture. selon moi, les études universitaires sont trop chères. Quand j’étais petite on avait de l’argent et si on en a encore aujourd’hui je peux voir une différence. J’ai le sentiment que lorsque j’étais plus jeune nous sortions plus pour nous restaurer. je n’ai pas diminué mes activités de loisirs. Par exemple je fais du sport même si c’est onéreux.
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stupéfiant

« Les plants » de sortie de crise
Pour effacer une ardoise de plus de 1,3 millions d’Euros, le troisième village le plus endetté de Catalogne a choisi de miser sur la culture du cannabis. Un projet adopté par référendum en Avril 2012, mais toujours pas appliqué dans les faits.
A 100 Km au sud de Barcelone, des maisons de villages colorées surplombent des champs d’oliviers. Des boules de pétanques claquent, quelques enfants courent les rues, et brisent un silence quasi-permanent. A première vue, Rasquera a tout d’une petite ville paisible, tranquille, sans histoires. A première vue. Il y a un peu plus d’un an, qui aurait pu penser que cette petite bourgade, qui compte plus de tracteurs que de voitures, puisse à ce point déchaîner les polémiques et faire les choux gras de la presse espagnole ?

Rasquera
Incohérences troublantes
Pour mesurer la crédibilité de sa politique, Bernat Pellisa fixe à 75 % de « oui » le seuil nécessaire à la mise en route du programme. Mieux encore, si moins des trois quarts des habitants valident l’initiative du conseil municipal, le maire s’engage à quitter son poste. L’enjeu est de taille pour l’équipe dirigeante, qui risque sa peau dans l’affaire. Le 10 Avril au soir, le verdict tombe. Et il tombe mal : avec 57 % de voix favorables, le projet est en suspens. Le maire élude la question de son départ, et préfère se féliciter du score : « c’est un résultat magnifique. Les gens ont désormais une opportunité de sortir de la crise ». Rasquera est désormais sous le feu des projecteurs. Les habitants favorables à l’application de cette mesure controversée arborent des tee-shirts, où l’on peut y lire l’inscription « we love Rasquera », avec une feuille de cannabis en guise de cœur. Le maire verrait-il dans l’application potentielle de sa proposition un argument commercial ? Touristique, peut-être ? « Non » affirme la serveuse de l’unique restaurant de village. Soudain, la jeune fille se braque : « Et puis, la proposition de Monsieur Pellisa ne m’intéresse pas. Je préfère ne pas en parler. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai des enfants, et que je ne veux pas de cannabis dans mon village. Vous ne devriez pas vous y intéresser. Vos parents n’aimeraient pas vous savoir ici ». Le malaise s’installe. Elle tourne les talons, et trouve refuge dans la cuisine. Un point sensible aurait-il été touché ? Peut-être la serveuse est-elle agacée par les questions incessantes des visiteurs interpellés par le projet du maire ? Son comportement est étrange. Voir incohérent. Car cette jeune femme portait elle aussi un tee-shirt « we weed Rasquera ».

Un « plan anti-crise » inédit
Bernat Pellisa, le maire du village catalan, est à l’origine de cette cacophonie. Soucieux d’éponger la dette colossale qui asphyxie les finances de la commune, il propose à son conseil municipal, le 29 Février 2012, de louer des terres à l’Association Barcelonaise de Consommation Privée de Cannabis (ABCDA) pour y cultiver des plants de chanvre. L ’organisation, qui disposerait de sept hectares, s’engage à verser 550 000 euros par an à la ville de Rasquera. Bien qu’étant inédit, le nouveau « plan anti-crise 2012 » est aussitôt approuvé par la mairie. Dès lors, un nouveau défi s’impose à Bernat Pellisa : il doit convaincre les habitants du village du bien-fondé et de la faisabilité de sa proposition. Pas une mince affaire. Il lui faut d’abord prendre la température. Le maire sort de son bureau, retrousse ses manches, et va affronter les habitants. Il se heurte à quelques réticences, et sent la polémique poindre le bout de son nez. C’est décidé, son projet sera soumis à un référendum local.
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>>  A gauche : Rasquera, un voyage percé. >>  A droite : sur les chantiers abandonnés seuls les graffeurs ont pris possession des lieux. >>  Ci-dessous : de nombreuses maisons sans fenêtres et sans portes attendent l’improbable reprise de travaux pendant que ceux qui s’en croyaient propriétaires tentent de s’en sortir sous la pression des banques.

Un projet tué dans l’œuf ?
Retournement de situation. Visiblement consciente que nous n’étions venus jusqu’à Rasquera pour « acheter », la jeune femme rebrousse chemin, et nous conseille, tout sourire : « Si vous souhaitez obtenir des réponses, allez voir le gérant du restaurant, il n’est pas là aujourd’hui mais c’est le frère du maire ». Initialement confuse, la situation tend maintenant à l’ironie : cette femme est réticente au projet du maire, pourtant elle porte un tee-shirt qui l’approuve. Qui plus est, dans le restaurant tenu par le frère de l’élu. L ’obligerait-il à porter ce vêtement contre son gré, pour diffuser plus largement le message de Pellisa ? Mais que le maire souhaite, ou non, en faire un argument touristique, le « plan-anti crise 2012 » risque de ne jamais voir le jour. Le gouvernement, et surtout la police espagnole, sont sur leurs gardes. Et pour cause : l’accord entre ABCDA et la commune de Rasquera jouent sur l’ambiguïté du code pénal espagnol qui autorise la culture et la consommation privée de cannabis, mais interdit sa commercialisation. De son côté, l’association garantit que le chanvre cultivé dans le village catalan ne sera destiné qu’à la consommation de ses membres, et qu’elle n’a pas l’intention de vendre à des particuliers. Problème : en Mars 2012, la police a interpellé une responsable de l’association pour trafic de drogue, après la découverte d’1,3 kilo de cannabis au siège de l’organisation, à Barcelone. Pour les autorités, l’affaire brouille les véritables intentions de l’ABCDA dans son projet de culture à Rasquera. Aujourd’hui, la concrétisation de la mesure polémique est plus qu’incertaine. Mais si elle est appliquée, la bourgade deviendra le plus grand producteur légal de cannabis en Europe. Les habitants du petit village catalan, eux, auront plus que jamais la main verte. Et ça ne sera pas grâce aux oliviers. [ Tristan Molineri ]
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atterissage

les anglais !
Quelques voitures attendent leur propriétaire. Un calme absolu règne dans l’édifice sombre, faisant écho au silence qui flotte dans les champs aux alentours. Les guichets d’enregistrement se cachent derrière des persiennes fermées alors que dans les écrans LCD des télévisions censées annoncer les départs et arrivées des avions, la souris d’un ordinateur pointe le vide. L’aéroport de Lérida, qui a coûté 90 millions d’euros, n’accueille à l’année que deux aller-retours par semaine vers Palma. La trentaine de travailleurs, en maintenance des pistes, opérateurs dans leur tour de verre ou agents de sécurité, s’occupe comme elle peut. « Nous sommes présentes tous les jours de la semaine, de 9h à 18h, mais au moins nous avons un emploi ! », confient les deux
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Vivement
serveuses de la cafétéria déserte. Si quelquesuns de leurs collègues passent boire un café à l’occasion, elles ont pour seul compagnon quotidien leur transistor. Sa construction avait soulevé une vague de critiques des riverains et des associations écologistes. « C’est toujours mieux que l’aéroport de Castellon [sur la côte de la région de Valence ndlr], qui lui ne reçoit absolument aucun avion », philosophent les serveuses. L’ Espagne, avec 46 millions d’habitants compte 52 aéroports. Seuls huit d’entre eux sont rentables selon le journal « El Confidencial ». L ’Allemagne en abrite 39, quatre fois moins qu’en France. L’hypertrophie aéroportuaire, qui nourrit l’actualité dans un bocage nantais, peut conduire à de belles infrastructures dont l’affluence ne décolle jamais. [ Mathieu Tourlière ]

Dans le nouvel aéroport de Lérida, les travailleurs attendent le vendredi et le dimanche avec impatience. Pressés de finir la semaine ? Qu’elle commence, plutôt. Avec deux vols par semaine, sauf en hiver, le seul aéroport construit et géré par la région catalane est un fiasco.

Huit aéroports rentables
Avec la crise économique, l’aéroport a vu les compagnies aériennes le délaisser pour se concentrer sur celui de Barcelone, à une heure et demie. L ’année dernière cependant, un opérateur de voyage anglais a préféré l’aéroport de Lérida à celui de Toulouse dans son pack pour les skieurs attirés par les Pyrénées, une offre courant du 23 décembre au 17 mars. Un bol d’air frais pour l’aéroport dont personne ne sait exactement quoi faire en Catalogne depuis son inauguration en 2010.

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Occuper, c’est ce qui reste

quand on a tout perdu
Dans le kaléidoscope qu’est le mouvement Okupa, les motivations des occupants sont diverses. Mais à ceux qui recherchent une manière alternative de vivre s’ajoute de plus en plus une autre catégorie d’habitants : les victimes de la crise économique. Des familles expulsées de leur logement, étranglées par les dettes et les hypothèques. Une situation alarmante qui en dit long sur le mal dont souffre la péninsule ibérique.
Barcelone, zone de Nou Barris, connue pour ses champs d’immeubles et sa tradition contestataire. Dans la rue Almagro, en contrebas d’une avenue, un édifice récent s’élève parmi les rangées d’immeubles aux façades vieillies par le temps. S’il n’y avait pas cette pancarte à côté de la porte au nom quelque peu étrange, «15-O », il serait impossible de reconnaître ce squat bien particulier de la masse des résidences alentours. C’est pourtant bien là que le 15 octobre 2011, des Indignés se sont emparés du lieu vide et flambant neuf, propriété d’une banque espagnole, en ont brisé tous les verrous et y ont installé des familles expulsées. Une nouvelle forme d’occupation qui est dramatiquement montée en puissance depuis le début de la crise économique de 2008. Des familiers du mouvement Okupa le confirment sans hésitation. Selon Guillem, habitant de l’Okupa de Can Masdeu : « Il y a plus d’Okupas par nécessité. C’est-à-dire des gens qui ne peuvent pas payer ou s’acheter un logement, et qui donc occupent par besoin car ils n’ont pas d’autre moyen pour accéder au logement ».

Les Okupas « par nécessité », la conséquence de la crise immobilière
Les causes de ces occupations par nécessité sont à rechercher du côté de l’explosion de la bulle immobilière, qui était totalement intégrée au « miracle économique espagnol » avant le déclenchement de la crise en 2008. Les observateurs s’accordent à dire que trois facteurs ont favorisé la création de cette bulle dans les années 1990. Le passage à l’Euro tout d’abord en 1986, qui attira dans le pays les investisseurs étrangers. Ensuite, une modification de la Loi du Sol effectuée en 1998 par le Président de l’époque José María Aznar, dans le sens d’une libéralisation foncière (augmentation des surfaces urbanisables et évaluation de leur prix en fonction uniquement du marché). Enfin, un autre changement légal permettant aux banques de pratiquer un taux variable et non plus fixe sur leurs hypothèques. Ainsi, les années 1990-2000 pour l’Espagne sont synonymes de construction effrénée de logements en tous genres,

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>> A Barcelone, les logements vides en attente de propriétaires ou locataires se multiplient. Ci-contre une pancarte «à louer» d’un immeuble du centre-ville.

créant en parallèle des emplois dans la construction et secteurs d’activité annexes. Le chômage baisse, favorisé par la flexibilisation de l’emploi en 2002, tandis que les salaires stagnent. En parallèle, la forte demande et la spéculation immobilière font grimper les prix. En 1998, le m² coûtait ainsi 1089 €, contre 2909 € en 2008 (selon le cabinet d’expertise « Sociedad de Tasacion »), soit plus du doublement des prix. Afin que ces nouveaux logements trouvent preneurs malgré la perte évidente de pouvoir d’achat des espagnols, les banques réduisent leurs exigences en termes de crédits, et notamment sur les hypothèques. Le principe suivi est que les prix de l’immobilier augmentent toujours, et qu’en cas d’impayé, les contractants peuvent vendre leur maison tout en dégageant une marge bénéficiaire. Le modèle économique espagnol est ainsi lancé, et se fait baptiser le « ladrillo » (la brique). En 2005, le pays construit plus de logements que la France, l’Italie, et l’Allemagne réunies, et la population s’endette jusqu’à quarante années pour accéder à la propriété, alors que les prix de l’immobilier ne cessent de grimper. Guillem déclare : « l’Espagne a connu une bulle immobilière incroyable. Les prix étaient très hauts, il n’y avait presque pas de location. On pouvait seulement s’hypothéquer pour accéder au logement. Les jeunes restaient chez leurs parents jusqu’à leurs 35 ans parce qu’ils ne pouvaient pas partir de chez eux ». Ironie du sort, la mécanique s’enraye en 2008 avec le déclenchement de la crise américaine des subprimes, elle-même d’origine immobilière. La bulle éclate, les prix de l’immobilier baissent, les constructions s’arrêtent, le chômage explose, les espagnols peinent à rembourser leurs crédits, les banques expulsent mais ne parviennent pas à vendre ces logements, tandis que des millions d’autres à peine construits prennent la poussière. Guillem résume : « En 20062007, il y avait 300 000 appartements vides dans l’ère métropolitaine de Barcelone. Et maintenant, en Espagne, il y a un million de logements neufs qui ne se vendent pas, que personne ne peut acheter, qui voient leur prix baisser de plus en plus. Qui en plus sont possédés par des banques qui ne peuvent pas les vendre. Et de l’autre côté il y a des millions de maisons vides abandonnées, que personne ne réhabilite non plus. Il y a un problème énorme d’accès au logement parce que les gens ne peuvent pas payer, ou sont hypothéqués et jetés de leurs maisons ».
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Okupas et mobilisation sociale, la lutte contre la précarisation
Aujourd’hui, on recense au total plus de 3,4 millions de logements vides sur tout le territoire, et 526 expulsions de familles de leur logement par jour, selon le Conseil général du pouvoir judiciaire espagnol. Une autre étude pointe que la Catalogne a été en 2012 la Communauté Autonome où le plus de procédures d’expulsions ont été lancées. Une situation aussi dramatique qu’ubuesque. Pour Guillem : « C’est ça le modèle espagnol, une ‘’locura’’ (folie) totale ! Et la conscience des gens face à cela est de plus en plus forte car c’est tellement fou, on les a traités tellement mal ! Il y a des intérêts spéculatifs et capitalistiques si forts, et tant éloignés des besoins des gens que cela devient évident pour de plus en plus de personnes. Ceci explique aussi pourquoi on voit autant de protestations sociales ces dernières années ». Car les espagnols ont décidé de s’indigner. Outre les démonstrations de force dans la rue, ce sont des petits foyers de lutte qui s’ouvrent chaque jour dès que de nouvelles serrures sont brisées. « Casas sin gente. Gente sin casas » (« Personnes sans logements, logements sans personne »). C’est en se rappelant ce constat amer que les indignés et militants pour le droit au logement réquisitionnent et occupent les immeubles vides d’expulsion ou de spéculation, pour lutter à leur manière contre un système économique qui a plongé les plus petits dans l’angoisse et le dénuement. Si les Okupas existent depuis les années 1980-1990, et ont été qualifiées de « politiques » par leurs objectifs de vie alternative et de transformation sociale, tout n’est plus aussi clair aujourd’hui. « Les occupations par nécessité ont toujours existé, précise Guillem. En général cela concernait surtout les migrants qui le faisaient car ils n’avaient pas d’argent. La vérité aujourd’hui, c’est que cela concerne de plus en plus de personnes, de tous types, et également beaucoup d’espagnols. Ils sont également de plus en plus politisés... Ainsi la frontière entre les deux types d’occupation est plus diffuse. Et nous avons de plus en plus conscience à cause de la crise, de cette escroquerie. Car c’est bien une escroquerie et non pas une crise... Elle est fonctionnelle aux intérêts du capitalisme et des classes dominantes ». Alors on occupe, pour lutter contre la double-peine d’être sansdomicile-fixe et criblé de dettes.

>>  Le climat social est tendu. Ci-contre des messages contestataires laissés sur la vitrine d’une banque. En bas : «ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie», en haut : «ce n’est pas une crise, c’est le capitalisme».

Au « 15 O », ce sont aujourd’hui onze familles qui vivent sans crainte de l’expulsion, grâce à une décision de justice qui pour la première fois a donné raison aux occupants plutôt qu’au propriétaire. Un précédent dans l’histoire de ce vaste mouvement, et peut-être même la reconnaissance tacite de cette précarisation dramatique de la vie des espagnols. Des collectifs et assemblées de quartiers se créent également pour lutter contre les expulsions et apporter une aide juridique aux victimes, à l’image de la Plateforme des Victimes de l’Hypothèque (PAH), qui ne compte pas moins de 100 antennes locales dans toute l’Espagne. Les familles endettées et menacées d’expulsion la sollicitent pour tenter d’empêcher légalement la mise en application de la sentence. La plateforme cherche également « des solutions légales de relogement pour ces personnes. Nous exigeons d’ailleurs que toute personne expulsée soit relogée, explique Laura, militante de la PAH de Barcelone. Nous avons aussi lancé une énorme enquête afin de connaître les chiffres exacts des personnes victimes de l’hypothèque, car les chiffres officiels ne sont pas fiables ». Et rien que pour Barcelone, elle dit avoir un placard entier déjà rempli de classeurs… Grâce à son action, la PAH a déjà permis de suspendre 515 expulsions dans tout le pays depuis sa création en 2009 à Barcelone. Une goutte d’eau dans l’océan face aux 350 000 familles déjà expulsées depuis début 2008, mais une incroyable leçon de lutte et de solidarité. Car solidarité en temps de crise, il y a sans hésiter. Entre collectifs, voisins et amis, qui viennent manifester pour empêcher l’expulsion d’une famille, ou bien même d’une Okupa. Et qui dans le cas des dernières taisent aux curieux leur emplacement exact… Car si elle est une alternative militante qui peut être utilisée comme moyen de lutte face à la crise, elle reste précaire et bien souvent éphémère. « Ça expulse beaucoup, mais ça occupe beaucoup aussi », assure Guillem non sans une pointe de satisfaction. Et il n’a surement pas tort. En 2008, au dernier recensement disponible fait par les activistes des Okupas barcelonaises, on ne dénombrait pas moins de 250 lieux réquisitionnés. Aussi clair que « l’Okupa fait partie du paysage urbanistique de Barcelone » pour l’anthropologue Manuel Delgado, elle est en définitive une réponse locale, à des erreurs nationales, mises au jour par un grand désordre global. [ Mathilde Sagaire ]

Mathilde Sagaire
Vosgienne d’origine et globetrotteuse dans l’âme, Mathilde s’est découvert une passion pour le journalisme après un reportage à Paris… à l’âge de 7 ans. Depuis titulaire du diplôme de l’IEP d’Aix-en-Provence et de son Master 2 « Journalisme Politique à l’international », elle a eu l’opportunité de confirmer cette passion précoce en France et à l’étranger. Attirée par l’Amérique du Sud depuis un voyage au Mexique pendant l’adolescence, elle s’envole pour Buenos Aires (Argentine) en 2010-2011 pour travailler dans un journal web francophone. Elle y développe un goût pour le travail de terrain et les sujets au long court, ainsi qu’une sensibilité particulière pour les problématiques sociales et les sujets alternatifs. Son rêve de carrière : être correspondante permanente sur le continent latino-américain. Mais elle compte bien auparavant l’explorer de part en en part. Si son moyen d’expression favori reste l’écriture, comme en témoigne son expérience en presse quotidienne (l’Est Républicain), la caméra la démange et souhaite avoir l’opportunité un jour de tourner ses propres reportages. Ici, et surtout ailleurs.

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survie

>> Okupa Barrilonia située sur la rambla del Raval, délogée le 21 juillet 2012

le mouvement « Okupa »
n’a pas dit son dernier mot
Loin d’être une simple mouvance temporaire à caractère illégal, le mouvent Okupa se caractérise par son ancrage profond dans la société contemporaine barcelonaise.
Le modèle des Okupas à Barcelone surgit en réplique aux squats anglais développés par les mouvements hippies punk dans les années 1970. Impulsées par la tradition insoumise de la ville catalane, les casas Okupas (« maisons occupées ») naissent dans les années 80 face aux difficultés flagrantes liées au logement. Après les années 1960 et 1970 durant lesquelles les occupations de maisons abandonnées répondaient à l’exode rural, la Okupación marque un tournant primordial en s’inscrivant dans une dynamique politique.
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A Barcelone

La revendication du droit au logement
Le mouvement Okupa replace au cœur des discussions le droit au logement formulé dans la Constitution espagnole. « Tous les espagnols ont le droit de bénéficier d’un logement digne et adéquat », rappelle la loi suprême en son article 17. Pourtant, les pouvoirs publics n’ont cessé de considérer les logements comme étant des actifs économiques, sur lesquels repose la spéculation intrinsèque au modèle libéral espagnol, davantage que comme des objets du droit commun.

Car aujourd’hui des centaines de milliers de logements sont inoccupés, alors même que la crise fait rage et que certains citoyens n’arrivent plus à payer leur habitation.

Le rejet du système : noyau dur de l’occupation
Si le mouvement Okupa revendique une dimension clairement sociale et solidaire, son aspect politique est tout aussi important. Depuis les années 1980, les Okupas se développent dans un contexte de protestation contre un système d’exclusion sociale qui a rendu vulnérables les populations les moins aisées.

>> Okupa Barrilonia située sur la rambla del Raval, délogée le 21 juillet 2012

Les casas okupas répondent à une logique économique, mais aussi politique, culturelle et sociale, offrant un logement à ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas payer les loyers ou les hypothèques qui ne cessent d’augmenter. Derrière cette contestation, c’est le capitalisme tout entier qui est visé, considéré comme un modèle économique ne permettant pas toujours aux travailleurs de payer leur loyer.

Dans cette optique, le groupe de personnes partageant un lieu de vie commun peut décider de fonctionner de manière autogérée : cultures vivrières bio, mutualisation des biens, organisation collective suivant un modèle démocratique… Les facettes d’un tel projet basé sur l’autonomie et sur le travail sont nombreuses. Ces manœuvres marquent un rejet de la société de consommation dans sa globalité.

tout une forme d’expression alternative et critique face à l’ordre actuel des choses. Mais les propriétaires n’ont pas pour autant baissé les bras, et les expulsions sont monnaie courante dans les rues barcelonaises. [ Christelle Dao]

Redonner vie à des lieux abandonnés
Les Okupas peuvent abriter des groupes de personnes, parfois des familles entières. Ainsi, de nombreuses maisons et appartements, hôpitaux ou autres propriétés publiques se sont vus renaître, avec l’arrivée d’individus désireux d’y vivre. Parfois abandonnés depuis près d’un demi-siècle, les lieux sont réhabilités, rénovés et entretenus par les occupants. Les casas okupas peuvent également se révéler être de véritables centres culturels, développant des initiatives locales de regroupement, de rencontre, de production et de diffusion de la culture. Les projets développés permettent non seulement de renforcer un tissu social parfois inexistant, mais aussi de créer des lieux privilégiés de partage. C’est le cas de la maison « Can Pascual » à Barcelone. Celle-ci organise de façon hebdomadaire des ateliers visant à familiariser les volontaires à tous types de travaux ruraux tels que la culture agroalimentaire ou encore la construction de terrasses biologiques. Au delà de la nécessité de trouver un toit pour vivre, les okupas peuvent développer un système alternatif de vie en communauté.

Un cadre juridique biaisé
L’article 245 du code pénal espagnol définit l’occupation comme un délit, faisant des occupants des criminels. Le ou les propriétaires lésés peuvent donc faire appel à la voie pénale ou civile pour disposer de nouveau de leur propriété. Cependant, l’article 33 de la Constitution limite le droit à la propriété privée en lui assignant la nécessité de remplir une fonction sociale. Cette disposition a permis à certains Okupas d’éviter l’expulsion. La lenteur des processus civil et pénal permet parfois d’occuper les lieux de façon plus ou moins pérenne. Selon le code civil espagnol, tant que la propriété n’est pas endommagée par les occupants, l’expulsion de ces derniers n’a pas lieu d’être. Aujourd’hui, il existe près de 70 okupas dans la capitale catalane. –un chiffre qui ne cesse d’évoluer. Certaines d’entre elles ont réussi à attirer la sympathie des habitants car elles développent un projet allant au delà de la problématique du logement. C’est le cas de Can Masdeu, connue et reconnue dans toute la ville pour ses initiatives communautaires et son engagement politique. Le mouvement revendique un processus de transformation sociale, une volonté de changement, et sur-

Christelle Dao
Etudiante à Sciences Po Aix depuis septembre 2008, actuellement en Master II « Journalisme Politique à l’International », elle a un goût prononcé pour le secteur audiovisuel. En 2010, elle travaille plus d’un an aux cotés d’une association engagée en Colombie, dans laquelle elle participe à la réalisation de divers reportages et courts documentaires. Suivant cette direction, elle s’engage à travailler auprès de l’IEP à la conception de diverses pièces audiovisuelles. C’est en réalisant des interviews de politiques, réalisateurs et artistes tels que Mathieu Kassovitz, Marine Le Pen ou encore José Bové qu’elle fait ses premières armes dans le journalisme politique. Après avoir vécu sur trois continents (Turquie, Colombie et Belgique), elle se passionne pour les enjeux contemporains de la géopolitique.

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ZOOM sur les planches

ne veut pas couler
Les tickets pour le Roi Lion ou Chicago s’arrachent à Madrid et à Barcelone. Des œuvres plus sérieuses attirent également de plus en plus de monde. Malgré la crise, les Espagnols se sont rendus nombreux au théâtre en 2012. A Barcelone, le nombre de spectateurs a atteint un record, soit 2,8 millions d’entrées. « Le théâtre à Barcelone est l’un des seuls secteurs qui n’a pas simplement maintenu ses ventes, mais qui les a augmentées » explique Daniel Martinez de l’association catalane commerciale du théâtre à Barcelone. La vente de tickets a augmenté de 8 %, faisant un pied de nez à la baisse de la consommation qui touche tous les autres secteurs de l’économie espagnole.

Le théâtre espagnol

A la suite de coupes budgétaires importantes, le théâtre espagnol a connu un début d’année 2012 difficile marqué par l’annulation de plusieurs représentations, comme au mythique théâtre du Liceu à Barcelone. Malgré des hausses de la TVA, le secteur se maintient cependant à flot grâce à une fréquentation record.
beau affluer, tout le secteur doit se serrer la ceinture pour survivre ». En 2011, 5 000 postes ont ainsi été supprimés à travers le pays. L ’année avait débuté sur une note alarmante, avec l’annonce, en février, de la fermeture pour une durée de deux mois, du grand théâtre du Liceu, la salle de spectacles la plus ancienne et prestigieuse de la ville. Sept spectacles annulés. Adieu Debussy et Zemlinsky, et coupe-rase pour Le barbier de Séville. Si les théâtres publics connaissent les pires difficultés à cause des coupes sur les subventions de l’Etat, le théâtre privé, lui, s’en sort relativement bien, surtout dans les grandes villes où la demande est la plus forte. En province, en revanche, beaucoup de théâtres courent le risque de fermer, d’autant que beaucoup ont été bâtis récemment pendant le boom espagnol de la construction en 2008. « Maintenant que les revenus ont baissé de manière dramatique, des théâtres vont devoir fermer » craint Joan Francesc Marco, le directeur du théâtre du Liceu « la fréquentation n’a pas augmenté de la même manière en dehors des grandes villes ».

La culture pour oublier la crise
Ce regain du nombre de spectateurs peut laisser perplexe face aux difficultés économiques que connait le pays. « Il n’y a pas une seule explication à ce phénomène » selon Daniel Martinez, « notre public se compose surtout de personnes de classe moyenne qui réduisent leurs dépenses sur d’autres produits. Ils n’achètent plus de voitures, ne voyagent pas autant, ils ont donc plus de moyens pour se divertir et oublier leurs problèmes un moment ». La culture garde une place importante avec la crise. Les premières années laissaient déjà présager qu’elle serait, dans la capitale catalane, épargnée par le fléau économique. La Vanguardia citait en 2009 le Français Edouard Herriot qui dans les terribles années 1930, lançait “La culture est ce qui reste quand on a tout oublié”. Une hypothèse relayée par le directeur du théâtre du Liceu,

Un secteur pourtant mis à mal
Ces deux dernières années, la TVA sur les produits culturels a augmenté par deux fois. En 2011, l’Espagne l’avait augmentée de 8 % à 21 %, puis de nouveau de 13 % en septembre dernier. « C’est un coup très dur » confie Daniel Martinez, « les spectateurs ont
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Amandine Pagnon
En suivant le master II journalisme à l’international Amandine Pagnon a conforté un cursus solide (Hypokhâgne et Khâgne puis l’IEP d’Aix-en-Provence). Elle a pu pendant ses études aixoises s’essayer au journalisme en étant engagée au service infocommunication de l’Institut (Interviews vidéo de François Bayrou, Mathieu Kassovitz, Pierre Moscovici, Noël Mamère, Xavier Bertrand, et reportage vidéo sur le Sm’Art, grand rendez-vous de l’art).Des réalisations qui s’ajoutaient à de fécondes autres pages de son jeune CV. Formation accélérée en cinéma d’animation de 6 mois en Inde, à Hyderabad au sein de l’Institut Image : maîtrise du logiciel de 3D Maya (modelling, rigging, texturing) et maîtrise professionnelle de Photoshop. Elle va intégrer désormais l’école de journalisme de Toulouse pour parfaire, après un stage à France Inter son expérience audio-visuelle.

>> Situé sur les ramblas, le théâtre du Liceu est le plus prestigieux de Barcelone.

« Les gens cherchent à comprendre ce qu’il se passe dans le monde à travers d’autres filtres, des filtres alternatifs comme ceux de la culture et des arts ». Autre raison de cette hausse de la fréquentation, le prix d’une place de théâtre a baissé ces dernières années, 25 euros en moyenne,malgré la hausse de la TVA. Tandis que le salaire moyen à Barcelone a augmenté de 5 % en 2012. « Le théâtre est assez abordable. Vous pouvez aller voir une pièce puis sortir manger des tapas et ça ne vous coûtera pas très cher », reconnait Maria Gallego, professeure de Géographie, à la sortie de la représentation de l’Opéra Rusalka au Liceu.

Même tendance en France et en Italie
Alors que l’austérité s’abat sur l’Europe, il n’y a pas que les institutions culturelles et artistiques espagnoles qui souffrent de coupes budgétaires. En Europe, non seulement les théâtres mais les opéras, les orchestres, les galeries et même les musées

affrontent des difficultés financières. Mais pour l’affluence, les chiffres n’ont jamais été aussi bons. Le festival d’Avignon, par exemple, a été un succès en 2012. « Nos artistes jouent dans des salles pleines à 90 %. Les gens se tournent vers les arts pour compenser leurs pertes de repères économiques mais aussi philosophiques et existentiels » assure le co-directeur du festival, Vincent Baudriller. A Rome, le directeur du théâtre Eliseo, Massimo Monaci, signale une augmentation du nombre de spectateurs depuis 2010, « Nous arrivons à maintenir le navire à flot grâce à cette augmentation, sinon avec la baisse des subventions, nous coulerions ». Ces trois dernières années, ses subventions ont baissé de 25 % à cause de la crise. Mais les chiffres officiels en Italie font état, eux, sur les dix dernières années, d’une augmentation de 17 % du public au théâtre. Pas d’avenir noir donc, pour les rideaux rouges. [ Clio Bayle & amandine pagnon ]

Clio Bayle
Etudiante du Master de journalisme de Sciences Po Aix, Clio Bayle a auparavant obtenu un Master en histoire et en sciences politiques à l’université de York en Angleterre et une licence d’Histoire en France. En parallèle de son parcours universitaire, partagé entre la France et le Royaume-Uni, elle a travaillé pour des quotidiens régionaux comme la Marseillaise ou The Press, et dirigé les sections politiques de deux journaux universitaires. Actuellement stagiaire pour la chaîne de télévision Chérie 25, elle s’apprête à passer le diplôme de l’Ecole de Journalisme de Toulouse en audiovisuel.

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tourisme

Gênes,
Depuis la fin des années 1980, la capitale de la Ligurie cherche à diversifier son économie. La puissance portuaire de Gênes remonte au Moyen-Age : étape incontournable dans le commerce de la soie, d’épices, d’or et de pierres précieuses. Christophe Colomb, à la Renaissance, quitte sa ville natale pour ouvrir une nouvelle voie vers les Indes et découvre l’Amérique. La proximité avec les villes industrielles de Milan et Turin fait du port un point stratégique incontournable pour le commerce du nord de l’Italie. A partir des années 1970, le port souffre. Entre 1973 et 1983, il perdra 40 % de son trafic maritime, passant de la deuxième place à la quinzième dans le classement des ports européens1. « Dans la fin des années 1980, beaucoup d’industries avaient déjà fermé, beaucoup de salariés furent licenciés » explique Paola Casubolo, responsable du service tourisme à la mairie de Gênes, « du coup, la ville décide d’investir dans le tourisme pour trouver une échappatoire pour l’économie de la ville ». restauration de la ville. « Tout est investi pour faire connaître la ville à l’étranger » explique Paola Casubolo, « il a fallu remettre en cause un cliché : celui de Gênes comme une ville uniquement industrielle ». Auparavant, les industriels faisaient occasionnellement une petite visite du centre historique. « Or la culture est une véritable composante de la ville et un important volet économique » ajoute-t-elle. Elle compte de nombreux palais et églises, surtout de style baroque. En 2006, l’UNESCO inscrit 42 palais de la ville au patrimoine mondial de l’Unesco, une consécration. Selon Paola Casubolo, la crise de 2008 n’a touché le secteur qu’en 2012. L’Etat a particulièrement augmenté les taxes en 2012, touchant ainsi le revenu des particuliers. Par exemple, la Taxe sur la Valeur Ajoutée, dite TVA, s’élève à 23 % depuis octobre 2012. Les touristes italiens visitent de moins en moins Gênes. Gênes a perdu 4 % de sa fréquentation touristique en 2012

>> Gênes, entre industrie et culture

sauvée par la culture, mais jusqu’à quand ?
Depuis les années 1980, la ville investit dans la culture pour compenser les pertes industrielles. Mais la crise met à mal le secteur du tourisme.
ou consommer » précise Paola Casubolo. La municipalité compte donc développer les circuits touristiques et gastronomiques à Gênes. Un symbole ? Ouvrir aux visites les 42 palais inscrits à l’UNESCO car pour l’heure, seulement trois sont visitables, les autres appartenant à des banques ou des familles privées. Pendant la crise le tourisme prospèrera-t-il ? [ Marie-Agnès Georges - VOIR par ailleurs interview du directeur du port en p. 22 ]

Marie-Agnès Georges
Après le diplôme de l’IEP d’Aix-enProvence en master « Journalisme politique à l’international », MarieAgnès Georges poursuivra une formation en école de journalisme à Marseille. Elle affine ainsi les expériences journalistiques vécues dès la classe de seconde : stage aux Dernières Nouvelles d’Alsace en 2005, deux mois au Progrès à Villeurbanne en 2009. En 2010-2011 Marie-Agnès a passé neuf mois au sein de la rédacion francophone de Radio-Vatican. Une année forte en événements dans l’actualité internationale, qui a confirmé son souhait de devenir journaliste : inondations au Pakistan, crise ivoirienne, printemps arabe, Fukushima, béatification de JeanPaul II, mort de Ben Laden. Autant de sujets qu’elle a pu développer en découvrant la particularité du média radiophonique.

Ouvrir au tourisme
Le premier pas vers le développement touristique a lieu lors de la coupe du monde de football en 1990. « L’État donne de l’argent à la ville pour l’événement. La municipalité n’utilise pas cet argent pour les événements sportifs, mais la grande partie pour commencer la rénovation du centre historique » rappelle Paola Casubolo. En 1992, on fête l’anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. « La ville utilise l’argent pour la rénovation du vieux port » sourit Paola Casubolo, « cela crée la première zone touristique à Gênes ». En 2001 pour le sommet du G8, la municipalité opte pour la même méthode : investir l’argent donné par l’Etat pour rénover le centre historique, notamment la via Garibaldi et les nombreux palais qui la bordent. En 2004, Gênes devient capitale européenne de la culture. Comme précédemment, elle consacre une part minime de son budget aux événements et préfère la
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Gênes tournée vers les brésiliens et russes.
Pour pallier ce manque à gagner, le secteur du tourisme mise depuis deux ans sur les visiteurs brésiliens et russes car il s’agit de deux marchés en croissance. Gênes ne parie pas en revanche sur le tourisme venu d’Asie, contrairement aux tendances européennes. Pourquoi les Brésiliens ? « la plupart des Liguriens ont immigré au Brésil au début du XXe siècle » explique Paola Casubolo. Les petits-enfants reviennent à Gênes et en Ligurie pour découvrir leurs racines familiales, le lieu d’origine de leurs grands-parents. Enfin Gênes pense à la reconversion de son port, comme à Marseille. la capitale ligurienne veut ainsi s’imposer comme ville de culture incontournable lors des croisières en Méditerranée. « Gênes n’est encore qu’une escale trop courte, les visiteurs repartent sans rien acheter

planète sport

DES POURRIS GATÉS
Depuis cinq ans, les plus grandes équipes européennes croulent sous les dettes et accumulent les déficits. Les multimilliardaires propriétaires de clubs au bord de la faillite continuent pourtant de faire des stars du ballon rond des millionnaires aux salaires indécents. Des faiblesses structurelles évidentes qui forment peu à peu une véritable bulle footballistique. Susceptible, elle aussi, d’éclater.

LA CRISE
>>  Les bons élèves
Les grands clubs européens qui atteignent l’équilibre sont très rares. On y retrouve des équipes allemandes de Bundesliga, poussées au désendettement par un système de sanction financière efficace. La formation anglaise d’Arsenal, et c’est plus surprenant, est aussi de ces bons élèves, notamment grâce à sa gestion des actifs immobiliers dont la vente permet de réduire l’endettement. Une stratégie qui paye sur un plan financier puisque le club est largement bénéficiaire, mais qui ralentit considérablement les ambitions sportives des Gunners, incapables de conserver leurs meilleurs joueurs.

L’année 2012 fut faste pour Manchester City et Chelsea. Le premier club a terminé en tête du championnat d’Angleterre, la Premier League, cinq ans après avoir vu son statut sur la scène footballistique européenne transformé par le rachat du cheik Khaldoon Al Mubarak, membre de la famille royale d’Abu Dhabi. Le second, parmi les clubs les plus riches du Monde depuis qu’il est possédé par le milliardaire russe Roman Abramovitch, a remporté la plus prestigieuse des compétitions du Vieux Continent, la Ligue des Champions. Couronnées de succès ces derniers mois, les deux équipes se trouvent pourtant dans une situation financière désastreuse. « City » a cumulé un milliard d’euros de pertes sur les quatre dernières années, malgré les pétrodollars injectés par le propriétaire émirati. Selon le Sun, le club perdrait chaque jour depuis 2008 près d’un demimillion de livres. Pour les Blues de Chelsea, l’addition est encore plus salée. Problème  : ces deux grands clubs richissimes mais déficitaires sont loin d’être des cas isolés.

LES CANCRES SONT ANGLAIS, ESPAGNOLS ET ITALIENS
De l’autre côté de la Manche, dans l’arc Méditerranéen, la situation est loin d’être moins instable : sur les 23 clubs européens déclarés en cessation de paiement, 22 sont espagnols. Les dettes de la meilleure équipe du Monde, le FC Barcelone de Lionel Messi, s’élèvent à 578 millions d’euros, et le contrat publicitaire de 165 millions récemment signé avec la fondation du Qatar (sic) peine à corriger de tels problèmes de trésorerie. Le Real Madrid, malgré des revenus record, souffre d’une dette ahurissante de 600 millions d’euros. En août 2011, les joueurs ont même fait grève afin de créer un fonds de garantie pour les salaires : il faut dire qu’en Espagne, sur fond de plan d’austérité, les clubs de football doivent 752 millions d’euros au fisc. Même constat en Italie où 117 des 132 équipes professionnelles du pays affichent un bilan financier négatif, et où les 20 pensionnaires de première division (la Serie A) cumulent à eux seuls plus de deux milliards

d’euros de dettes. Le championnat français limite les dégâts, mais l’endettement général s’aggrave tout de même d’année en année (107 millions d’euros de déficit net cumulé des équipes de Ligue 1 et 2 pour l’exercice 2011-12, soit une hausse de 65 % par rapport à la saison précédente). Symptomatique de cette évolution : le Paris-Saint-Germain, sous tutelle qatarie depuis mai 2011 et qui dépense sans compter depuis.

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planète sport
Tristan Molineri

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UN RISQUE DE KRACH ?
Ces chiffres sont symptomatiques de la situation dangereuse dans laquelle se trouve le football européen aujourd’hui. Une dérive récente qui ne s’explique qu’en partie par la crise financière mondiale actuelle. Même sans elle, les clubs ont tendance, depuis l’explosion des salaires il y a une quinzaine d’années, à se sur-endetter à outrance en faisant des joueurs de véritables actifs financiers. Un phénomène d’autant plus grave que les prix du marché des transferts dans le football, qui gonflent de mercato en mercato, ne représentent plus la valeur supposée des joueurs. Le journaliste sportif espagnol Javier Gomez, qui commente le football sur la chaîne de télévision La Sexta, explique qu’en Espagne, « il y a eu une bulle économique financière dans l’immobilier qui a explosé. Maintenant, c’est au tour de la bulle du football. Ce n’est pas par hasard si la majorité des propriétaires des clubs de foot sont aussi des constructeurs ». En cela, le marché des footballeurs s’apparente à celui des subprimes… et pourrait bien avoir le même effet dévastateur. Ce risque potentiel est accentuée par l’arrivée grandissante de mécènes dans les clubs, ces patrons milliardaires qui investissent dans de grands projets sportifs, offrent des salaires mirobolants et entretiennent un redoutable jeu spéculatif. C’est l’exemple du Qatar à Paris, dans le football et le handball. Une stratégie extrêmement fructueuse sur un plan sportif. Peu importe le volet financier, tant le manque de contrôle économique et de sanctions pour les clubs est criant.

L’UEFA POUR UN « FAIR PLAY FINANCIER »
La seule nouveauté incitant à l’optimisme est l’attitude de l’UEFA (Union of European Football Associations), enfin prête à mettre de l’ordre dans les comptes des clubs. Son président, Michel Platini, a d’ailleurs fait du « fair-play financier » son projet-phare. Dès la saison 2013-14, il espère obliger les équipes européennes à équilibrer leurs comptes en imposant une règle d’une simplicité désarmante : ne pas dépenser plus d’argent qu’ils n’en génèrent, fixant la limite du déficit à 5 millions d’euros. Problème : si les grands clubs refusent de suivre les nouvelles règles, l’UEFA, qui a tout intérêt à conserver l’attractivité des championnats et de la Ligue des Champions, n’osera pas les sanctionner assez sévèrement pour les forcer à respecter les restrictions. Aussi, les salaires ne seront toujours pas plafonnés. Sanctionner les clubs les plus endettés est donc une solution qui n’attaque pas le problème à sa racine, mais l’UEFA n’ose pas agir sur certains leviers pour éponger ces excès. Comment peut-elle accepter que les salaires des joueurs représentent en moyenne 64 % des dépenses des équipes (plus de 100 % pour 73 clubs) ? La crise du football est bien réelle, mais seule une partie de ses acteurs est pour l’instant concernée. Et l’évolution des dernières années tend à prouver qu’avant la rationalisation surviendra forcément l’éclatement. [ Tristan MOLINERI & Gaétan SCHERRER ]

Titulaire d’un diplôme de CPGE littéraire, d’une licence en Sciences Politiques, d’une maîtrise en communication ( à Paris III Sorbonne) et du Master « Journalisme Politique à l’International » de l’IEP d’Aix-enProvence, Tristan Molineri, malgré un cursus un peu particulier, n’a jamais perdu de vue le journalisme. Sur Paris, il rédige un mémoire sur le traitement de l’affaire DSK par les médias français. En Février 2012, il commence à écrire pour le web-média parisien RadioVL, et en devient le chef du service politique trois mois plus tard. Depuis septembre 2012, il pige pour le quotidien La Provence en parallèle de ses études à Sciences Po. A seulement 22 ans, ce passionné de politique et de sport a déjà à son actif plusieurs expériences professionnelles dans des rédactions de presse écrite (Nice-Matin) et télé (TF1 et prochainement M6). Partisan d’une presse franc-tireuse, il admet aussi être attiré par la Présentation télé.

Gaétan Scherrer
Titulaire du diplôme « Sciences Po Aix » et du Master « Journalisme Politique à l’International » de l’IEP d’Aix-en-Provence, Gaétan Scherrer a toujours rêvé de combiner ses deux passions : le sport et le journalisme. Depuis le Canada et les ÉtatsUnis en 2010, il intègre l’équipe de rédaction de trois magazines sportifs (BasketNews, BAM, Maxi-Basket) et en profite pour s’imprégner de l’atmosphère des parquets NBA, des terrains de football et des patinoires de hockey. De retour en France, il anime « Sciences Po Aix Infos », la newsletter de son école, et poursuit sa contribution pour les trois périodiques. Parallèlement à ses deux dernières années d’études, il y publiera près de 150 interviews, portraits, analyses et reportages. Cette expérience lui permet d’intégrer en 2013 la rédaction multimédia de France Télévisions Sports, où il effectue actuellement son stage de fin d’études.

Quelle solution efficace ?
Les ligues sportives nord-américaines (football MLS, basket NBA) respectent une logique différente en imposant à ses équipes un salary cap, un plafond salarial, dont tout dépassement est sanctionné. Pas de prix de transfert non plus : les joueurs sont échangés contre d’autres joueurs, et les meilleurs jeunes espoirs universitaires sont reversés dans les équipes les plus faibles selon le schéma particulier de la Draft. Un système perfectible mais plus équitable, et dont l’UEFA gagnerait sans doute à s’inspirer.

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INTERVIEW

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Le FC Barcelone en Ligue 1 ? Impossible

Pour Wladimir Andreff, professeur en économie du sport à la Sorbonne et expert à l’UEFA, le fair-play financier obligera les clubs de football européens à être gérés « normalement ». Il évoque aussi la situation financière et l’identité « bafouée » du FC Barcelone.

« NOUS SOMMES A UN TOURNANT DE L’HISTOIRE DU FOOTBALL »
Wladimir Andreff, le fair-play financier est entré en vigueur cette saison. Quelles peuvent être les conséquences d’une mesure si radicale sur le football européen ?
Vous dîtes « radicale », moi je dis « normale ». Comment se fait-il que le football soit la seule industrie au monde où les entreprises peuvent être constamment endettées sans faire faillite ? Vous savez, je compare souvent ces clubs criblés de dettes aux anciennes firmes communistes. Ils dépensent sans compter, et échappent quand même à la banqueroute. Je suis pour que ces entreprises de football soient gérées normalement, et pas anormalement tout simplement.

WLADIMIR ANDREFF
à la fin de la saison doit être sanctionné. L’UEFA devrait fixer une date butoir avec chacun des clubs endettés, et leur dire « si à cette date, les comptes ne sont pas au vert, vous serez punis ». Nous avons une responsabilité énorme. Celle de négocier un tournant important de l’histoire du football.

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Un mot sur le FC Barcelone, qui a signé son premier contrat publicitaire il y a deux ans, avec une firme qatari, Qatar Foundations. Pour certains, le club qui s’était toujours refusé à signer avec un sponsor privé, a vendu son âme. Selon vous, la collaboration était-elle évitable ?
Non. La situation financière du FC Barcelone ne lui permet pas de refuser un tel contrat (165 millions d’euros). Soyez conscient que vous ne choisissez pas le Qatar, c’est le Qatar qui vous choisit. Quand ils choisissent d’acheter le Paris-Saint-Germain, c’est parce qu’en terme de visibilité et de rayonnement médiatique, c’est énorme. Gardez bien en tête que pour les qataris, le sport est l’après-pétrole. Le FC Barcelone ne pouvait pas refuser une collaboration avec les qataris, même s’il perd au passage un peu de son identité.

Vous ne choisissez pas le Qatar, c’est le Qatar qui vous choisit

Risque-t-on de voir les grands clubs disparaitre, sous prétexte qu’ils sont surendettés ?
C’est une possibilité. L’UEFA a convenu que, si un club terminait la saison avec un « découvert » supérieur à 45 millions d’euros, il ne pourrait plus participer à une compétition européenne. C’est une première mesure. Malaga a déjà servi d’exemple, puisque le club ne pourra pas participer à la Ligue des Champions la saison prochaine en cas de qualification, en raison d’une situation financière déplorable. Autant dire qu’à la fin de la saison, certains grands clubs comme le FC Barcelone, le Real Madrid ou Chelsea, risquent de se voir priver de compétitions européennes pour un certain temps.

En Novembre dernier, le maire de Barcelone a déclaré que le club espagnol pourrait rejoindre le championnat français en cas d’indépendance de la Catalogne. L’opération est-elle économiquement réalisable ?
C’est absolument impossible, non pour des raisons économiques, mais politiques. Soyons logiques : pour que le FC Barcelone joue dans le championnat français, il faudrait que la Catalogne devienne une espèce de zone française. Autrement dit, il faudrait qu’elle ne soit plus catalane. C’est totalement incohérent ! Si la Catalogne devient indépendante, elle aura son propre championnat avec Figueres, Lleida et…Le FC Barcelone. Mais économiquement, ça serait une catastrophe pour le football catalan. [ propos recueillis par Tristan MOLINERI & Gaétan SCHERRER ]
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Doit-on s’attendre à ce que l’UEFA prenne des mesures de plus en plus drastiques ?
Evidemment. Pour moi, un club qui présente un budget déficitaire

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césure

>> Manifestation du 11 septembre 2012 à Barcelone, « Catalunya, nou estat d’Europa », (« Catalogne, nouvel Etat d’Europe »)

quel avenir pour la Catalogne ?
Au problème historique de reconnaissance de la nation catalane s’ajoute l’élément actuel de crise économique. Conséquence : un nationalisme grandissant qui irrite la capitale espagnole et un référendum sur l’indépendance en gestation
Journée historique en Catalogne : le 23 janvier 2013, le Parlement de la Catalogne a proclamé son indépendance dans une déclaration symbolique. La communauté historique autonome franchit une étape de plus vers l’indépendance. Ce texte affirme que « tous les moyens juridiques seront mis en œuvre afin de rendre effectif l’exercice du droit de décider ». Il souligne aussi qu’il y aura un dialogue avec « l’État espagnol, les institutions européennes et l’ensemble de la communauté internationale » afin de légitimer le processus. Le texte, sans aucune valeur juridique, est soutenu par Convergencia i Unio (CiU) et Esquerra Republica Catalana (ERC). Les deux partis souvent opposés se retrouvent autour d’un même programme, ou « chemin vers la liberté » qui contient deux engagements : « consulter le peuple de Catalogne durant la législature pour qu’il puisse décider librement et démocratiquement de son futur » et « construire une majorité sociale pour que la Catalogne puisse avoir son propre État dans le cadre de l’Europe ». Artur Mas, chef de la coalition nationaliste de droite CiU n’a pourtant pas obtenu la majorité absolue à l’Assemblée lors des élections anticipées du 25 novembre 2012. Ce revers s’explique
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Entre crise et indépendance,
par la politique d’austérité qu’il a mis en place dans la région, bien avant que le fasse Mariano Rajoy pour le reste de l’Espagne.

volonté du peuple à travers l’association Omnium Cultural
Ce vote contredit pourtant l’évènement du 11 septembre 2012. En ce jour de fête de la nation catalane, les rues de Barcelone étaient submergées par 1,5 millions de manifestants au son de « Yes, we Cat ! ». Depuis le début de la crise économique, les rangs nationalistes semblent s’être gonflés. Muriel Casals, professeur d’économie à l’Université Autonome de Barcelone (UAB), n’imaginait pas une manifestation d’une telle ampleur dans la capitale administrative de la communauté autonome. Présidente de l’association Òmnium Cultural, elle

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soutient l’idée que l’indépendance de la Catalogne est une alternative à la crise économique et financière pour sa région. « Les catalans s’aperçoivent que si l’on veut sortir de la crise, on a besoin d’une administration propre et donc d’un État catalan », expliquet-elle. Le « sentiment anti-catalans » ressenti s’accompagne, selon les indépendantistes, d’une injustice face aux impôts mal redistribués. Pour cette catalane, ce qui a changé depuis 2007 c’est que « La crise [nous] a montré combien il était imprudent de ne pas gérer les impôts localement ». La solution envisagée par cette association culturelle est donc l’indépendance. Celle-ci permettrait à la Generalitat de Catalogne, organe politique, de gérer pleinement le budget de la communauté. En sortant de l’Espagne, les indépendantistes souhaitent plus que jamais être intégrés à l’Europe. Pour Muriel Casals, « au XXIe siècle, une Europe faite de

Les catalans s’aperçoivent que si l’on veut sortir de la crise, on a besoin d’une administration propre et donc d’un État catalan

>> Les Catalans se verraient bien Européens même s’ils se sentent de moins en moins Espagnols.

petits et moyens pays est autant viable qu’une Europe de grandes nations ». Elle estime que l’Union Européenne gagnerait à intégrer une Catalogne indépendante.

estime que « à cause de la procédure normale et avec l’accord des 27 Etats-membres, il s’écoulerait au moins cinq ans ». Ces années qui seraient nocives à l’économie catalane désormais sur le déclin.

Une indépendance envisageable juridiquement ?
Les deux principaux partis catalans, CiU et ERC font maintenant marche côte à côte pour l’indépendance. Ils organisent la consultation démocratique prévue courant 2014. , Selon Francesc de Assis de Carreras, professeur de droit constitutionnel à l’UAB, un référendum consultatif serait viable s’il respecte l’article 92 de la Constitution espagnole de 1978. Cet article prévoit que les décisions politiques de transcendance spéciale pourront être soumises à un référendum consultatif à tous les citoyens. Ce dernier doit être convoqué par le roi d’Espagne sur proposition du Président du gouvernement autorisé auparavant par le Congrès des députés. « Si une majorité claire en ressort, répondant à une question claire, pour des raisons démocratiques, le gouvernement devrait entamer des négociations pour résoudre le problème », indique le professeur catalan. D’un point de vue économique, l’indépendance de la Catalogne serait un désastre selon lui. Deux grandes industries implantées en Catalogne ont déjà annoncé qu’elles quitteraient la région si indépendance il y avait. La maison d’édition Planeta s’installerait à Cuenca, au centre de la péninsule et Volkswagen-Audi Espagne s’implanterait à Madrid. Au sujet d’une future entrée dans l’Union Européenne de la Catalogne comme État à part entière, Francesc de Carreras

Un référendum, et après ?
L’année 2014 sera celle de l’indépendance ou ne sera pas. Trois siècles après la prise de Barcelone par la monarchie espagnole, les catalans seront consultés sur la création d’un État de Catalogne indépendant. Le journal local El Periodico a publié un sondage ce 20 janvier annonçant que 60% des catalans sont favorables à une consultation sur la souveraineté de la Catalogne. Par ailleurs, une étude de l’institut Gesop publiée quatre jours après la surprenante manifestation du 11 septembre 2012, octroie à l’indépendance catalane 51% d’intentions favorables. 68% des personnes interrogées considèrent que la souveraineté « améliorerait l’économie catalane », de même que 29,2 % ne se «sentent pas espagnols». Le pari d’Artur Mas semble gagné d’avance, sans oublier que les sondages ne votent pas, les électeurs, oui. Les indépendantistes québécois n’ont pas échappé à cette réalité des urnes. Le président de la Generalitat devrait garder en mémoire l’échec du Québec souverain. La consultation des électeurs québécois, après son échec à l’isoloir, a vu sa conformité à la Constitution du Canada contestée par la Cour suprême en 1997. En Espagne, les régions n’ont pas le droit de procéder à des référendums sans l’accord de Madrid, à moins qu’une réforme constitutionnelle ne soit engagée. Ce qui suppose un accord entre les deux grands partis nationaux, le

Parti populaire et le Parti socialiste, chose compliquée. Si le « oui » devait l’emporter et Madrid l’accepter, une ultime étape reste à franchir à la Catalogne, son intégration au sein de l’Union européenne. Artur Mas peut présenter sa province en terme de richesse comme « la septième de l’Union européenne », il aura alors besoin de l’accord de tous les États membres, parmi lesquels… l’Espagne. [ Milia Colombani ]

Milia Colombani
Après des études supérieures effectuées à l’Université de Corse, Milia Colombani termine son Master 2 « Journalisme politique à l’international » à l’IEP d’Aix-en-Provence. Le diplôme de l’Ecole de Journalisme de Toulouse (EJT) viendra parfaire sa formation en août 2013. De par ses origines elle est concernée par les minorités,. Elle a rédigé son mémoire sur Arritti, hebdomadaire nationaliste corse. Son intérêt pour les langues l’a conduite plusieurs fois à l’étranger. Sa grande passion n’en demeure pas moins la musique sous toutes ses formes. A travers ses voyages et ses rencontres, elle espère que son métier de journaliste lui permettra d’associer les arts et la musique au fil de l’actualité.

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INTERVIEW

« Indispensables

La Directrice générale du FMI, Mme Christine Lagarde, ancienne élève de l’IEP a distrait quelques heures de son temps pour présider son conseil d’administration préféré. Celui de Sciences Po-Aix. Elle a également répondu à Cosmopol. Exclusif.
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Effacer la dette des pays, est-ce la solution miracle pour en finir avec l’austérité qui provoque malaise social et chômage ?
Décider de restructurer la dette d’un pays, est une décision extrêmement lourde de conséquences. Cela veut dire pour un pays, reconnaître qu’il n’est pas en mesure de faire face à ses échéances et qu’il ne peut pas rembourser ses créanciers. C’est en général une pratique qui a lieu dans le cadre de ce que l’on appelle : le « club de Paris ». Celui-ci s’est adressé, dans le passé, à des pays en voie de développement. On parle, aujourd’hui, de la dette excessive d’un certain

les réformes »
nombre d’Etats d’économies avancées. On pense évidemment à la Grèce. Mais à l’heure actuelle le Japon, comme l’ensemble des pays de la zone Euro et les Etats-Unis ont une dette qui est extrêmement élevée par rapport à leur produit intérieur brut. On parle de ratios qui peuvent aller de 220 % de dette sur PIB pour le Japon à des taux qui tournent autour de 90 %-95 % de dette sur PIB pour des pays au sein de la zone Euro. C’est très élevé. Il y a un rapport étroit entre le poids de la dette, c’est-à-dire la nécessité du remboursement, et la croissance. Un certain nombre d’économistes ont notamment établi des liens entre poids supportable d’une dette et perspective de croissance qui se situent quelque part entre 60 et 80 %. C’est pour ça que pour les pays qui sont confrontés à de très grosses difficultés de consolidation budgétaire dans des cycles de croissance qui sont parfois négatifs, on évoque la nécessité de la restructuration de la dette. Cela ne veut pas dire pour autant que si la dette était restructurée, il ne faudrait pas faire d’efforts importants en matière de consolidation budgétaire, d’amélioration de la compétitivité, de réformes structurelles. Les pays qui sont sous programme FMI, notamment en zone euro, doivent aller en ce sens. Certains d’entre eux ne pourront le faire –je pense encore à la Grèce- qu’avec une dette qui soit soutenable. C’est toute la démarche du FMI que d’essayer de trouver un chemin de soutenabilité pour la Grèce. Aucun effacement total de la dette n’est prévu à l’heure actuelle. On ne peut pas parler de dette de manière générale. Il faut entrer dans les volumes de dette, dans l’analyse des créanciers, par exemple l’Italie a une dette dont la structure est totalement différente de celle de la Grèce. Elle est beaucoup plus due à l’égard des nationaux italiens qui tiennent le papier italien. Donc, c’est une problématique différente.

Est-ce que comme en Italie, un technicien de l’économie serait nécessaire en Espagne ou en France, en cas d’enlisement dans la crise ? Est-il souhaitable de faire primer l’économique sur le politique ?
D’abord, même si tous ces pays appartiennent à une même zone monétaire unique, chacun a sa spécificité, sa souveraineté, sa tradition démocratique et ses organes représentatifs politiques. Je pense que la solution valant dans un pays ne va pas nécessairement valoir dans un autre. Il est clair que pour l’Italie, en tous cas, l’action menée par Mario Monti a été extrêmement bénéfique. Au FMI, nous restons optimistes. Nous pensons que dans la zone euro, la croissance sera de l’ordre de 0,2 %. Dès lors que c’est supérieur à zéro, on considère que c’est de la croissance. Mais d’autres organismes, notamment l’OCDE, prévoient une croissance négative dans la zone euro. Pour la France, le Fonds monétaire international n’envisage aucune reprise pour le moment. [ propos recueillis par Claudine GRAS CHARLES-VALLET ]

Le sort de l’Euro peut-il se décider en France, plutôt qu’en Espagne ou en Italie où on l’attend ?
Le sort de l’Euro se décide collectivement entre les pays membres de la zone euro. Ce sont dix-sept Etats qui ont décidé de créer une zone monétaire unique, d’avoir une politique monétaire commune et ils ne se prononcent ni à Rome ni à Berlin ni à Paris mais quelque part entre Francfort et Bruxelles puisque c’est évidemment la Banque centrale européenne qui est la banque commune. Celle-ci a son siège à Francfort et sous la présidence de Mario Draghi, elle prend des décisions communes en matière de politique monétaire. Le mécanisme européen de stabilité en faveur duquel j’ai plaidé a été dégradé d’un cran par l’agence de notation Moody’s. Cette légère dégradation du mécanisme européen de stabilité (MES) est la conséquence logique de la dégradation par Moody’s de la note française. Au sein du MES, chacun des Etats contribue à concurrence de la participation qu’il a dans la Banque centrale européenne. Grosso modo, l’Allemagne représente 25 % et la France 20 % environ. Par conséquent, si un Etat membre voit sa note dégradée par la deuxième agence de notation après Standard & Poor’s, cela va forcément avoir une influence sur les organismes de type MES. C’est une conséquence inéluctable et logique, chacun s’y attendait.

Claudine Gras Charles-Vallet
Claudine Gras Charles-Vallet est titulaire du Master « Journalisme Politique à l’International » de l’IEP d’Aix-en-Provence, doctorante en Droit Public, licenciée en Histoire, Archéologie et Histoire de l’art. Après avoir participée à des fouilles archéologiques avec l’Ecole Française d’Archéologie à Rome en 1996, elle a poursuivi ses études sur l’architecture antique romaine à Pompéi. Elle a enseigné le Droit constitutionnel et parlementaire à l’IEP d’Aix-enProvence de 2010 à 2012. En 2012, elle a commencé des études de journalisme. C’est durant cette année qu’elle développera une passion pour le reportage d’images et le documentaire. Passionnée par les cultures japonaise et coréenne, elle a réalisé des reportages photos sur les temples bouddhistes.

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The English side of Aix-en-Provence
Aix is a very attractive destination. It captivates not only tourists but also expatriates. Who are the English-speakers in Aix? Tourists can wander in the old town and enjoy its many fountains and cobbled streets. Once the holidays are over, bilingual schools offer to expatriates’ children the opportunity to attend classes both in French and English. To be aware of every event organized by the English-speaking community, associations and their newspapers are a good way to find the latest news.

CONTENTS
news 66 tourism 67
> Guided tour of Aix

study 70
> International schools in Aix: studying in original version at the heart of Provence > Studying in an international school, a former student’s opinion

community life
> News in Provence

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Favorite places

72
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osmopol’ C

NEWS

n n n Sports

238
Figure
that is the number of foreign companies that have chosen to establish their office in Aix and its neighboring area. Among them, 65 are American and 21 are English.

Play at home

>> Hanif and his friend, waiters at The Kashmir and players of the Provence Cricket Club.

Did you know?

The hidden face of the PM
Cezanne was not the only painter to be fascinated by Provence, even if he was the most famous. A lot of artists have been attracted by the natural beauty of the region, and among them someone a little bit particular. Well-known for his political action as the Prime Minister of Great Britain during World War II, Winston Churchill was also in private a prolific painter. In his entire life, he produced more than 500 canvases, and many of them depicted the typical landscapes or architectures of Provence. He liked particularly to relax at the Trois-Sautets Bridge in Meyreuil, next to Aix-en-Provence. A few years after Cezanne, Winston Churchill painted this inspiring place and its classified monument. To him, painting was not only a hobby but a real philosophy, a respite from crowding events and pulsating politics. n

Sport is important to you and you miss practicing with your team? Aix and its surrounding area have many opportunities to offer. Fans of cricket gather with the Entrecasteaux Cricket Club. Waiters of “The Kashmir”, an Indian restaurant in Aix, also formed the Provence Cricket Club and practice in Brignoles. Going there, you will find the genuine enthusiasm of this game. If you are American and when you think “football” you do not mean soccer, the Argonautes is the team you are looking for. They play what French call “American football” at Val de l’Arc’s facility. Many games are scheduled during the season; you will have the opportunity to test your strength with the Argonautes’ ironmen. Pétanque is one of the flagships of French sports, the City of Bath Pétanque Club will agree. Sponsored by the Bath/Aix Twinning Association 3 French “petanquers” visited Bath for a boule tournament in June 2012. Meetings between the 2 teams have been going on for 10 years and are very popular.

Out of the ordinary

The French double-decker

It is red. It is 4 meters high. It was born in 1964 and is as famous as a certain Queen. Indeed, the Londoner doubledecker bus is a real legend on the English roads. But far away from its birthplace, one of them escaped from the fog and since 2005 strides along the Provence roads. Its owner and now its driver, a lover of this impressive machine, bought it at an auction some years ago. At first, it was only designed for setting up a clothes store. But facing an unexpected success, he decided to create London Bus Provence, and to rent his bus for events (birthdays, marriages etc.) or advertisements. Even if it counts already 3 million kilometers, the time for retirement does not seem for tomorrow!

The Saint Sauveur Cathedral celebrates Christmas

Christmas Carols
On 2nd December 2012, the Saint Sauveur cathedral was packed. The International Christian Community of Provence (ICCP) was holding its traditional Christmas Carol Service. Many believers came to listen to the service and no seat was left vacant. Children dressed up as members of the nativity scene opened the ceremony with carols. They were followed by the adult choir that carried the audience into the Christmas spirit with its songs. Soon after,
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the service was held and all the candles were lit, filling the cathedral with light. “I come to the Christmas Carols every year. Christmas is a very important time for my family and me. These gatherings are also the chance to get together with other Englishspeaking people who live here too” says Ana, an American living in Aix-en-Provence for 4 years. “Associations play an important part in expatriates’ life. It is a way to meet people who belong to the same culture as you do, with whom you can talk about home” adds Jeremy, an engineer from Australia.

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Tourism

>> The Fountain of the four dolphins is situated in the heart of the Mazarin quarter.

Guided tour of Aix
Aix is a very popular destination for tourists. “Paris and Provence are the two main touristic spots in France” says Isabelle, a guide from the Tourist Office of Aix. She has been working here since 1994 and has a good experience of English-speaking tourists’ habits. On Wednesdays and Saturdays the office organizes a tour of the old part of town, both in French and English. Isabelle leads one of these visits once a month.
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Tourism
>> Left: Close-up shot of the Vendome Pavilion. Built in 1665 by the Duke of Vendôme, the Pavilion is now a museum. >> Top-right: Close-up shot of a fountain, Aix-en-Provence. >> Right-bottom: Isabelle, a guide from the Tourism Office of Aix-en-Provence, leads visits of Aix in English once a month.

Percentage of tourists visiting Aix with a guide from the Tourisme Office (2012)
Source: Tourist Office, Aix-en-Provence

50 % 45 % 40 % 35 % 30 % 25 % 20 % 15 % 10 % 5% 0%
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According to her experience, visits with foreign tourists are quite different from the ones with French tourists. “With Americans for instance, we have to be more dynamic. The visit should take place at a sustained pace if we do not want them to be bored. I think it really is the sign of a cultural gap. French are more like Italians or Spanish, Mediterranean. They can contemplate a façade for several minutes and it will not bother them. It really is not the same with Americans; the visit has to be efficient.” Myriane, another guide from the Tourist Office agrees: “It is rather slow with French tourists. With English and American it is much faster, more concise. English tourists show more indulgence.” Isabelle shares this point of view: “English tourists will be courteous and conciliating if there is an unexpected issue. Americans are less demanding but there should not be any problem of any kind. They pay to have an enjoyable time so everything should go according to this plan.” Smiling, Myriane adds: “As per the worldwide famous cliché, French would moan.”

at the Atelier Cezanne last year. 65% of the 67 000 tourists who visited in 2011 were foreigners. “Lots of them come from Asia, but there are also a lot of American tourists” she says. “Paul Cezanne is the inevitable celebrity from Provence tourists know. Few have heard of Emile Zola or Frederic Mistral.”

{

I like to remind the tourists that the city has always existed on the same location for more than 2000 years

Some unexpected questions
With its carved wooden doors, the Saint Sauveur cathedral is also a must see. “American evangelists like the baptistery inside the cathedral” says Isabelle. “Sometimes men do not take their hat off, or during summer some women enter the cathedral wearing shorts and tank top. I don’t think it is a lack of respect, but they are on vacation (in holidays), they are relaxing. Maybe it is not the same in the churches they usually go to.” Tourists come here to spend an enjoyable and relaxing holiday, whether they speak English or not. Myriane and Isabelle enjoy sharing with them the secrets of Aix’s narrow streets and cobbled squares. Occasionally they also have to answer some unexpected questions. During a 4-hour excursion in Marseille a woman came to Isabelle and asked if she would see Paris during this time. Myriane says that lots of tourists do not know that Aix-enProvence is actually a town and not a region. Some visitors may even wonder why ancient statues were sculpted without arms or head. Others might want to know if the Eiffel tower they see is the actual one or a replica. Myriane and Isabelle agree: the most important thing is to answer with a smile. [ Justine Franchina ]

A cultural gap
Another difference between French and foreign tourists: the need to put a lot of things related to history back in context. “This happens mostly with tourists from outside Europe, like Americans or Australians for instance” notices Isabelle. “We have to explain what sometimes might seem obvious for us. 17th and 18th centuries for example are evident throughout the old part of town. We need to explain who Louis XIV was, what the Parliament and absolutism were, etc. I am not saying that French tourists know all about this, but they usually have basic notions from what they learnt in school.” Isabelle is amused by this cultural gap and likes to see the reactions of tourists when she insists on it. “When we are in rue d’Italie, the former Roman road via Aurelia, I like to remind the tourists that the city has always existed on the same location for more than 2000 years. It staggers them, mainly the Americans. It amuses me but I understand. In their country the history is completely different and they do not have the same kind of heritage they can discover here.” “They also are interested in different things compared to French tourists” says Isabelle. “Japanese and Americans are really into contemporary art. We adapt the visits according to their tastes.” Myriane worked
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Community life

News in Provence
According to their website “The AAGP is a non-profit organization serving the native English speaking community of Provence and chartered to promote friendly relations with the French host community, provide assistance and information for expatriates and to preserve and promote the Anglophone heritage. The members have a wealth of knowledge concerning all aspects of the life in Provence and are most willing to share it.” In the Anglo American Group of Provence, everyone can have a place of friendship, assistance if necessary, enjoyment and a variety of activities which help them all to find a place within this group. Membership in the association includes a subscription to a monthly magazine. The present association‘s president is Una Hammond to three years. Actually, the editor of the magazine is Steph McLean. Six persons realize each issue but every membership have the possibility to participate. There are competent and talented contributions who guide the people of group to activities and life in the new country. Aix in a good restaurant. The second heading is “Member’s Contributions” with a lot of articles dedicated to Gardens and gardening, Children’s News, Cooking, Restaurant review, Library news, Art and perspective, Marseille gossip or some practical help. There are many diverse articles in each issue. In December, the magazine team proposes a special Christmas edition. Inside, there is plenty on that subject. You’ll read about traditional foods and festivities Provence style in this period. Julia Jones has written a Christmas article on traditions: the Crib and Santons, the Markets, the Midnight Mass, etc. Jennifer Dugdale discovers specials celebrations foods like oysters, smoked salmon, capon, Yule log cake, white nougat, etc. In the meantime, the AAGP’s members write poems of Christmas. In this issue, there is an article on MarseilleCity of culture 2013. To following this year of exhibitions, new installations and celebrations, the magazine publishes a guide to what’s happening. This event begins the 12th January 2013. To get in the mood for this, Lynne Alderson has written a summary of the essentials of the many events which are scheduled, to give an idea of what we can expect. Since forty years, the Anglo-American Group of Provence offers to the newcomers a quick integration into the Aix community with numerous friends and even various activities and news. The proof of success: it’s continuing. [ Claudine Gras Charles-Vallet ]

Every month, the members of the Anglo-American Group of Provence (AAGP) receive the newspaper of the association. With 32 pages of information on the group’s events, local activities, cultural traditions, places to visit member’s suggestions and small ads, this publication is an integral part of group’s communication.

A welcoming woman
Helen Picard joined the AAGP in 1973 when it was the Anglo-American Women’s Group of Provence and the main activity was a monthly meeting where a group of expat wives enjoyed a social time with maybe a speaker or group of discussion over tea and cookies. Eventually the Library was set up and she helped to run this for over 20 years. But Miss Picard is best known amongst more recent members as the organizer of the twice weekly coffee mornings at the “Croquemitoufle café” in Aix which she has been running for 18 or so years now. Here people from all walks of life and nationalities are made welcome with the emphasis on open friendliness coupled with stimulating conversation. Helen Picard is always present to welcome newcomers; she distributes information on cultural events around the group, organizes a different café for the holidays and generally enables this popular gettogether to happen.

A lot of member’s contributions
In this magazine, we find two parts. The first heading concerns “What’s Happening”, what’s meaning the news of the association. For example, Hike around Aix, Play Reading Group in the member’s house to read and explain a book, Computer Club that’s an open forum for anyone to come along with their computer issues and questions or, lunch in

Why I Live Here: Aix-en-Provence
Comments by Sharleen Hunter an American student in Aix during one year.
“All senses are heightened when living in Provence. Life slows down. You learn to look at things a little more closely; you allow your body to linger and move a bit slower; and most importantly, you learn to adapt to that particular “South of France” way of living. As a student in Aix-en-Provence for an entire year, I am fortunate enough to have experienced such an existence. Originally a Roman city, once the capital of Provence, as well as an escape from northern Europe, and a Mecca for artists, Aix is a quaint but historic city-pleased with itself and its role in France. I am one of over 4,000 international exchange students who come to Aix, making it quite the social experience as well as academic. As students, we have all come from different places, sharing opposing or similar views on the ways of the world, but our bond lies in the commonality of leaving the comfort of home to experience life in Provence. We share the struggles of studying French as well as the bliss of living abroad—a type of bliss that anyone who has studied abroad understands. Picking up a local tourist brochure on Aix you’ll read, “But the town also knows how to blend different eras and culture. Open to the world, it is a city of human dimension where the preserved heritage and the city of tomorrow blend perfectly.” A celebration ritual for students, French and foreign, to partake in is an end-of-term swim in the La Rotonde, followed by a splash or two in the other warmer fountains around Aix. This is usually consequence of too much “vin ou bière” after a night dancing at the discotheque but a necessary ritual for a relieved student. I live here because I wanted to adapt to that particular “South of France” life style while finishing my studies. A lifestyle that couldn’t last forever, but one that everyone should know does exist. I’m not romanticizing Aix. These moments unveil themselves on a day-to-day basis in picturesque Provence. Every day I am paying more and more attention, forgetting about any troubles I have, and directing my thoughts to my surroundings, the nature, and the life of Provence”.
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Study

International schools in Aix:

studying in original version at the heart of Provence
Aix-en-Provence is without any doubt, an international city. Wandering in its cobblestone streets is the best way to be convinced, as the stroller hears Shakespeare’s language at every corner. Tourists, foreign students, but also expatriates compose the city’s crowd. Therefore, it is not surprising that plenty of bilingual schools offer their services to foreign residents. They also please the growing wish of French parents to give their children the opportunity to study in an international environment. Quick overview.
Expatriation is both an amazing and stressful thing. Indeed, discovering another country and its culture is fascinating, but can become very quickly a reason for anxiety. The children’s schooling for example, and the questions about the country’s educational system, the recognition of diplomas or the language can be hard to answer. Bilingual schools can offer an alternative to the country’s system. Children have the possibility to follow classes in several languages (mother tongue and the adopted country’s one), and even to prepare international diplomas. French children can also follow these programs, to fight the country’s reputation for having a bad level in English. Most of all it helps them to develop a useful and even necessary ability in this language, which is a synonym of a great career in the 21st Century’s world. every moment of the day. And the culture or traditions are discovered with playful activities. The 180 pupils mostly come from France, Great Britain or the United States. Then, the students can stay in Luynes and continue their curriculum in IBS (International Bilingual School of Provence), a Secondary School partner of the CIPEC. Also private and created in 1984, it hosts 420 boys and girls from 6th grade to 10th grade, and is proud to gather “more than 40 nationalities each year”. Students there have the opportunity to follow the French or British curriculum to prepare the official exams of these countries (Brevet, Baccalauréat, IGCSE) or they can also follow the International Baccalaureate (IB) Program. A wide range of extra curricular activities is available such as tennis, horse riding, dance, martial arts etc. The campus has an audio-visual center, a science laboratory, computer labs, a library, and sports facilities. But this privileged environment has a price. The fees are very high. Parents have to pay from 10 000 € per year for the day student, to more than the double for the full-time boarding. And these prices do not include the entrance fees, the enrolment fees, or the many options available like an extra-language. With this price level, we can fear a kind of selection based on money instead of skills (see our interview with Benjamin on that topic). In addition, the admission requirements are demanding: recommendation letter, marks, cover letter, and interview with the Head Teacher of the IBS International Section.

A mark of social distinction?
Hopefully, other less expensive institutions can provide a bilingual environment, such as certain public schools. The Middle School Mignet in Aix-en-Provence does. Pupils who have a good level in English can enter the International Section after an entrance exam. They follow advanced classes of English and History/Geography is taught in the foreign language as well. The Georges Duby high school in Luynes, opened in 1997 proposes these classes too, and moreover allows its (offers to) students to prepare the British system IGCSE exams. The school hosts 300 students in this international section, including 100 boarders. Admission tests are also held to enter the English section. Even if public schools are not as expensive as private ones, a selection based on English level is made to select the best students. In addition, it is accepted that students from international sections in schools - or bilingual schools - are considered as a kind of “elite” who later enter the best universities and find the best jobs (in money and power). However, giving some students the opportunity to develop their language skills without any pressure of income level can be considered as fairer. The only fly in the ointment is that in general, children who manage a foreign language best come from higher socio-economic family backgrounds. Speaking fluent English in France will be the same as speaking fluent French in the English-speaking countries, a mark of social distinction. The debate launched by French sociologist Pierre Bourdieu about social reproduction is still contemporary. [ Mathilde Sagaire ]

Where to study in Aix?
In Aix-en-Provence, many schools offer international programs, which shows its out-of-borders reputation. There are twelve in the area of Aix-Marseille. As expected, there is a gap between public and private institutions. The bilingual curriculum can start early with the CIPEC (International and Private Center for Education and Culture), even before learning how to read and write in French for little natives. Born in 1984, this school settled in Luynes hosts children from kindergarten to 5th grade. Bilingualism is the motto with the presence of the foreign language (French or English according to the nationality) at
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Study

Studying in an international school,

a former
We met and asked some questions to Benjamin, a 24 year-old engineer who spent his entire schooling in international schools next to Aix-en-Provence. He shared his experience in the CIPEC and IBS, two international schools of Luynes.
Why did you choose to study in these schools?
I did not, my parents did. My parents choose CIPEC (International and Private Center for Education and Culture) for its small size and of course for its bilingual aspect.

student’s opinion
My time in IBS was not as enjoyable as in CIPEC, it felt as if the new students were not picked for their skills, but for their parent’s ability to pay for the school, which resulted in seriously disrupted classes. Nevertheless, the environment was still pretty good even though most of the classrooms were prefabs. Concerning teaching, it was great in CIPEC, insisting on the right topics. It was not as good in IBS, which is why I eventually left in high school. English was properly taught in CIPEC & IBS, with absolutely amazing teachers. In addition, we were lucky to have many English-speaking students, which helped to practice just by playing in the playground (the French-British war did not end, even in the playground). After I left IBS, I went to the Georges Duby’s international high school, also in Luynes.

How long did you stay there?
First of all I want to make a distinction between CIPEC and IBS (International Bilingual School of Provence). It used to be one and only school from kindergarden to high school but when it split into two things changed a bit. I was in CIPEC from kindergarden to 5th grade, and in IBS from 6th grade to 10th grade. Overall I stayed a bit more than 10 years.

{

English was properly taught in CIPEC & IBS, with absolutely amazing teachers.

What do you keep in mind when you think about these years?
I have great memories from my time at CIPEC. Primary school there is absolutely wonderful. Small classes, nice teachers, a school in the middle of the forest, a huge playground in the forest, all the sport facilities needed (now belonging to IBS), traditions that are kept year after year like the Christmas parties with the theatre shows played by the students, the dressed-up Halloween parties with the haunted house, Valentine’s days with the exchange of love letters and confection of love-apples, the Olympic games in the school, the rabbit raising in the school, the sainte barbe wheatgrowing, the end of the year party with the decoration painted by the students... All these traditions made my time there enjoyable. In addition, classes did not change much from one year to another, and it made students close to each other and to their teachers.

What do you do now? Do you think that your studies in international schools influence your career? And in which way?
After high-school, I entered a preparatory class in physics and chemistry, and then studied in an engineering school. I now work as a geoscience engineer for an oil & gas company. I can hardly say my time in IBS oriented me towards the oil & gas industry. However, the way they taught me English and the Cambridge diplomas they forced me to pass when I was pretty young was definitely an advantage during my competitive exams, or when I had to apply for a course in the UK or for a job. [ Mathilde Sagaire ]
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Favorite places

Book review
Lynne, author of the blog aixcentric.com, recommends her favorite books about Aix:
• Two Towns in Provence by M L Fisher is an excellent account of life in Aix just after the last war. • Cézanne by Alex Danchev. This is a new biography which illuminates the life of Cezanne through contemporary writers and artists. • La Seconde et Le Siecle by Henry Ely. This is a book of photos by this well-known local family. It has masses of information about Aix from 1888 onwards and helps me understand how the town has developed. • Murder in the Rue Dumas and Death at the Chateau Bremont, 2 mystery novels by M.L. Longworth. The author is American and has lived in Aix since 1997. The action of her novels is set in Aix and the spot-on descriptions of the town are lively.

Eat and drink
Hungry for a bagel? New York is far away but The Bagel Story offers you a tasty alternative just around the corner, in Aix. > 7 Rue Bueno Carriero

The Bulledogge and barrister offers “probably the best burger in Aix”. At least according to the English owner. > 29 place Miollis

Lots of American students have elected the Wohoo their favorite pub; some may qualify it as the “headquarters of foreign students”. The atmosphere is different every night, depending on the activities organized by the owner. > 25 Rue du Bon Pasteur The ones who like to have a large choice of beers will go to the pub O’Shannon (30 Rue de la Verrerie) or to the O’Sullivan’s (Place des Augustins).

Dress
Looking for original clothes? Timomo is like a little Camden Town in this narrow street of the historical center of Aix. The Londonian rock’and’roll spirit is present in each corner, with a profusion of checked, polka-dotted, leopard pieces, and crazy accessorizes. Their motto: “choose independence, choose style”. > 5 rue de l’Annonciade Aix-en-Provence is a little paradise for every vintage clothes fan. Plenty of shops with different styles wait for the visitor. Blow up is one of the oldest, and offers 130m² of pure vintage in a 50’s atmosphere. Nearby, Marcel et Simone proposes a great variety of styles in a retro “bric a brac” environment. The juke box is quite impressive. > Blow Up: 26 rue Boulegon > Marcel et Simone: 16 rue Matheron

Culture

In Book in Bar you can, off course, buy a book in English. But you also can enjoy a cup of tea and a homemade scone seating at one of the tables of the store. > 4 rue Joseph Cabassol

English bubble is a cultural center opened for all the nationalities, which offers you “a taste of England”. Different workshops and English classes are organized regularly. You can also find typical food in their grocery shop, and the owner Caroline Thorpe can cook something delicious on demand. > 453 avenue Jean-Paul Coste

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