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L Anti Calife

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Exposé de la Doctrine ésotérique du Vieux de la Montagne par HK alias Peter Lamborn Wilson
Exposé de la Doctrine ésotérique du Vieux de la Montagne par HK alias Peter Lamborn Wilson

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L'Anti-Calife Extrait du EzoOccult le webzine d'Hermès http://www.esoblogs.

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L'Anti-Calife
- Mystique & Religion - Etudes Générales -

Date de mise en ligne : lundi 9 avril 2007

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L'Anti-Calife

Notes du traducteur
Ce texte de Peter Lamborn Wilson a pour objet principal la mystique du Shi'isme ismaélien, et plus particulièrement du groupe des Nizaris. Son accès est assez difficile et c'est pourquoi il nous semblait important, outre la traduction, de fournir au lecteur quelques notes introductives ainsi que des notes explicatives de certains termes propres à l'Islam et à la mystique de l'Homme Vert.

Peter Lamborn Wilson

Tout d'abord essayons de voir qui est Peter Lamborn Wilson, que le public francophone peut ne pas connaître sous ce nom. En réalité, Wilson est connu principalement sous le pseudonyme de Hakim Bey, auteur des « Zones Autonomes Temporaires ». Wilson est avant tout défini comme un anarcho-soufi de l'underground. Il est l'auteur de nombreux travaux sur la mystique moyen-orientale, le soufisme et l'ismaélisme.

La réputation de Peter Lamborn Wilson remonte aux années soixante lorsqu'il voyagea en Afrique du Nord, en Inde et en Asie, passant de longues années en Iran où il étudia les textes hérétiques de l'ismaélisme et du soufisme. Wilson traduisit de la poésie perse, écrivit sur les anges et sur l'anarchisme, oeuvres qui sont publiées par Autonomedia à New York. Son dernier ouvrage, non traduit en français, est « Sacred Drift ».

La secte des Nizârites

Les Nizârites, Hashâchines, ou Assassins, étaient une secte militante musulmane du shii'sme ismaélien active du VIIIe siècle au XIVe siècle.

Mais c'est surtout à partir du XIe siècle (en 1094, à la suite d'une scission importante dans le courant ismaélien) et pendant tout le Moyen Âge, en Perse et en Syrie, que se firent le plus remarquer les Hashâchines (ou « H'ashashines », nommés ainsi par les Croisés), sous l'influence de leur chef Hassan al Sabah' (aussi appelé le « Vieux de la Montagne », ou le « Vieil Homme de la Montagne »), à partir du fort Alamut, au Sud-ouest de la mer Caspienne. À la fin du Moyen Âge, leur quasi-disparition a coïncidé avec l'essor de la branche principale (quinze millions de fidèles de nos jours) de l'ismaélisme.

Les débuts avec Hassan ibn al Sabah

Hassan ibn al-Sabbah (1034 ? - 1124), surnommé « le Vieil homme de la Montagne », était le chef charismatique des Nizârites, la secte des Assassins. On retrouve différentes écritures de son nom, comme Hassan i Sabbah, Hassan ibn Sabbah, Hassan al Sabah', Al-Hasan ibn al-Sabbah ou Alaodin.

Hassan est né à Qom (en Iran) d'une famille chiite, mais il grandit à Ray, près de Téhéran. À l'âge de 17 ans, il rencontre pour la première fois un missionnaire ismaélien, qui, malgré tous ses efforts, ne réussit pas à le convertir à l'ismaélisme. Plus tard il tombe gravement malade, et effrayé à l'idée de mourir sans connaître la Vérité, il reprend contact avec un autre ismaélien et finit par se convertir à l'âge de 35 ans (vers 1071).

Il créa alors sa secte des Hashashins (assassins), et installa sa base dans la légendaire forteresse imprenable d'Alamut, lieu situé à 100 Km de Téhéran, qu'il obtint en rusant.

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A partir de cette base il commença alors à organiser sa secte. Il est rapidement remarqué par un dignitaire ismaélien de passage à Ray qui l'envoie quelques années plus tard au Caire, en Égypte. Probablement à la suite de problèmes politiques, il est obligé de revenir en Iran en 1080. Il y passera plusieurs années très actives à parcourir le pays pour propager la foi ismaélienne avec un groupe d'hommes sous ses ordres, dont le nombre sera de plus en plus important. Il sera alors considéré comme dangereux par les autorités sunnites, et sera recherché activement par leur vizir, Nizam al-Mulk.

En 1094, suite à une querelle de succession sur le choix du prochain Imam, l'ismaélisme se divise en 2 branches ; l'une en Égypte les Mustaliens, et l'autre en Iran. À partir de cet instant les ismaéliens iraniens (devenus donc Nizârites) sous la direction de Hassan ibn al-Sabbah se retrouvent livrés à eux-mêmes. Il faut noter que Hassan ne revendiquera pas le titre d'Imam pour lui-même.

C'est sous le règne d'Hassan que vont se développer les assassinats politiques. La première victime de marque sera le vizir Nizam al-Mulk. Ces assassinats étaient effectués par un groupe d'initiés conditionnés. Marco Polo décrira sa forteresse comme un véritable paradis assorti d'un magnifique jardin, de belles demoiselles, et de quatre fontaines d'où jaillissaient du vin, du lait, du miel ou de l'eau. D'après cette légende, il conditionnait ses hommes en leur faisant consommer de nombreuses drogues. Les meurtriers (fedai) sont généralement abattus sur-le-champ. La manière sereine dont ils se laissent massacrer a fait penser aux contemporains qu'ils étaient drogués au haschisch, d'où le surnom de « haschischiyoun » ou « haschaschin » (mangeurs d'herbe), qui donnera Assassin (en réalité, Assassin découlerait en fait du mot « Assas », qui signifie l'Essence, ici, essence de la religion, retour aux fondements). Le premier meurtre sera exécuté en 1092.

En 1094, à la mort du calife ismaélite Al-Mustansir Billah au Caire, une guerre de succession éclate entre ses deux fils Nizar et Al-Musta'li. Hassan al Sabbah prend le parti de Nizar. Mais les partisans de Nizar sont défaits en Égypte et c'est la rupture entre ceux d'Alamut et la majorité des ismaéliens. De là vient l'usage du terme Nizârites. Quoiqu'il en soit, les Nizârites prospèrent sous le règne sévère de Hassan.

Hassan al Sabbah meurt en 1124 à Alamut. Son second Bozorg-Ummid (« Grand Espoir ») lui succède, puis le fils de celui-ci, Mohammed I, en 1138.

Hassan était un homme austère et dur, qui faisait appliquer la loi islamique sans concessions. Il fit exécuter ses deux fils, l'un pour avoir bu du vin et l'autre suite à une accusation de meurtre. On raconte qu'il quittait très rarement sa maison et qu'il a beaucoup écrit. Malheureusement presque toutes ses oeuvres furent perdues lors de la destruction d'Alamut par les Mongols en 1256.

Le déclin

En Iran, après le règne insignifiant de l'instable et violent Imam Mohammed III jusqu'en 1255, son fils Khur Shah est confronté à un ennemi redoutable : l'armée mongole, menée par Hulagu Khan, petit-fils de Gengis Khan, en route pour conquérir et piller le Moyen-Orient. Malgré plusieurs tentatives d'assassinats infructueuses, les troupes d'Hulagu assiègent le château où Khur Shah s'est réfugié. Il finit par se rendre et mourra sur le chemin de la Mongolie. Malgré une résistance sporadique, les autres places fortes tombent ou déposent les armes ; Alamut est rasée et sa précieuse bibliothèque détruite. De nombreux nizârites sont massacrés, y compris toute la famille de l'Imam ; sauf un fils de Khur Shah qui aurait été mis à l'abri à temps pour assurer la succession de l'Imamat.

L'Ismaélisme

Histoire

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L'origine de l'ismaélisme remonte à la mort en 765 du sixième Imam chiite et des querelles à propos de la succession qui s'ensuivit. Ja`far as-Sâdiq avait désigné son fils aîné Ismâ`il pour lui succéder, mais celui-ci mourut quelques années avant lui. Une partie de la communauté chiite qui formera ultérieurement la branche imamites choisit son autre fils Mûsâ al-Kâzim comme septième Imam. Les futurs ismaéliens quant à eux rejetèrent cette décision et se rassemblèrent autour du fils d'Ismâ`il, Muhammad ben Ismâ`il qui devint leur nouvel imam. D'autres qui n'admettaient pas la mort d'Ismâ`il répandirent la croyance de son occultation et la promesse de son retour sous les traits du Mahdi. Persécutés, les ismaéliens continueront à vénérer secrètement leur imam tout en déployant un prosélytisme (da'wa) très actif d'abord au Moyen-Orient puis à travers tout le monde musulman. Ils parviendront ainsi à s'établir au Maghreb parmi les berbères puis se lanceront à la conquête de l'Égypte où ils fonderont la glorieuse dynastie fatimide. D'autres ismaéliens aux idées révolutionnaires, les qarmates qui récusaient le pouvoir des califes-imams fatimides, créeront un État à Bahrein et marqueront l'histoire par leur usage excessif de la violence. Les ismaéliens connaîtront durant le califat fatimide une nouvelle rupture en 1094, à la mort du calife Al-Mustansir Billah qui engendrera deux groupes rivaux : les Nizârites et les Musta'liens.

Théologie

Des ismaéliens professent des doctrines très complexes influencées par les néo-platoniciens, le gnosticisme, le manichéisme ainsi que par des croyances empruntées aux autres confessions. Très tôt, ils se sont distingués par leur façon très particulière de concevoir la religion. Pour eux, l'islam renferme deux principes complémentaires, l'un exotérique (zâhir) représenté par le prophète et la sharia, l'autre ésotérique (bâtin) personnifié par l'imam et l'interprétation mystique de la loi islamique. Les ismaéliens sont donc adeptes de l'interprétation allégorique des textes qui doit mener les croyants à la connaissance de la vérité suprême. À Alamut, les Nizârites réformeront l'ismaélisme, en abandonnant définitivement les prescriptions rituelles islamiques pour se focaliser uniquement sur le côté ésotérique de leur foi.

I. et Khezr [1], le Prophète Occulte, l'Homme Vert, le Roi de l'Hyperborée, l'astucieux serviteur de Moïse, la maître-tricheur d'Alexandre, le Khezr qui but à la Fontaine de la Vie dans le Pays des Ténèbres. Les fleurs et les herbes poussent sous ses pas, et il marche sur les eaux, s'acheminant vers le vaisseau d'Ibn Arabî [2], se rapprochant ; sa robe verte traînant sur les ondes vertes. Ou bien Khezr apparaît dans le désert avec de l'eau et une initiation pour les immatériels, les fous et les maudits, les uniques... « Et trois choses de cette vie valent la peine d'être vues : l'eau, les choses vertes et un joli visage... » et l'Imam Caché qui disparut dans une grotte, peut-être à Samara, peut-être au Yémen, qui vit au-delà des Isthmes de la Similitude au milieu de la Mer des Images, sur une île d'émeraude, avec des arbres d'émeraude et des fleurs de béryl vert, des palais de jaspe ou de jade - le jeune homme vêtu en noir qui apparaît aux alchimistes dans leurs rêves, qui initie par les rêves...

Et Uways al-Qarani [3], l'ermite du Yémen qui rencontra le Prophète - mais uniquement en rêves - celui qui releva la Maison d'Ali - qui apparaît en rêves à ceux qui n'ont point de maître et qui les initie au sein de l'Ordre de l'Ovaysiyya.

II. La Silsilah [4].

Sohrawardi al Magtul [5], qui fut exécuté pour hérésie, établit pour lui-même une silsilah ou chaîne initiatique constituée de maîtres qu'il rencontra lors de visions ou de rêves - c'est-à-dire, qu'il rencontra dans le Royaume Imaginal. Suit alors une liste, sans ordre particulier, de noms qui constituent chacun un lien dans une telle chaîne imaginale ou imaginaire...

Mansur ibn al-Hallaj [6], exécuté pour hérésie pour avoir prêché « Je suis la Vérité », défenseur de Satan en tant qu'« amant parfait », supporter de la rébellion Zinjarite des esclaves noirs, condamné au gibet par ordre de son propre maître soufi ;

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Hafez Shirazi [7], qui recommanda que nous « teignons nos tapis de prière avec du vin » ;

Mohamed Shabistari [8], qui dit « si les musulmans comprenaient réellement l'Islam, ils seraient idolâtres » ;

Ahmad Ghazzali, Fakhrodin Iraqi & Awhadoddin Kermani, les trois poètes du Jeu des Témoins ou de la « Contemplation du Glabre » ;

Cheikh Hussaïn Kashefi, patron des alchimistes et Saint de Hérat ;

Lal Shabazz Qalandar, le « Faucon Rouge » du Sindh, cheikh des derviches sans loi et des Assassins ;

Hassan i Sabbah, le Vieux de la Montagne d'Alamut, fondateur des Assassins [9] ; et son descendant Hassan II, la Paix soit sur Lui, qui déclara que « les chaînes de la loi étaient rompues » ;

L'Anti-Calife fatimide égyptien Hakim qui écrivit un traité sur l'alchimie et ordonna que le jour soit nuit et la nuit soit jour au Caire, et qui disparut dans le désert ;

Sunan Kalidjaga [10], qui introduisit l'islam ésotérique à Java et qui inventa le théâtre de marionnettes Wayang Kulit, théâtre basé sur l'épique hindoue ;

Mushtaq Ali Shah le musicien fou qui fut lapidé à mort à Kerman pour avoir joué l'appel à la prière sur sa sitar ;

Mohiyoddin Ibn Arabî, initié par Khezr, chassé du Caire pour avoir écrit des poèmes amoureux à une jeune fille de quatorze ans, fondateur de l'École de l'Unité de l'Être.

En invoquant chacun de ces personnages afin d'obtenir une baraka spéciale sur cette présente oeuvre, nous en avons dit assez à ceux qui sont familiers avec leurs noms, ce qui va suivre sera presque superflu. On rencontre ces cheikhs lors de pèlerinages sur leurs tombes, ou par leurs livres (car les cénotaphes et les divans sont tous deux des objets carrés qui semblent retenir l'esprit vivant) - ou par des visions ou des rêves - et pratiquement tout ce que nous dirons ici est déjà absorbé par leur présence.

« La Théorie de la Catastrophe » est une science qui s'occupe des changements soudains et drastiques dans quelque processus d'un système donné, comme la tectonique des plaques ou la société humaine. Dans l'usage populaire le mot catastrophe a une connotation « négative », mais des changements soudains peuvent également être expérimentés comme étant positifs. La Révélation elle-même pourrait s'appeler une catastrophe. La vision mystique ou la Sagesse (hikmah) peut également oeuvrer de manière catastrophique dans le système que l'on appelle la « conscience humaine ».

Les érudits se limitent généralement à la description des changements tandis que les mystiques et les poètes préfèrent participer ou même précipiter les catastrophes de la conscience. Ce qui suit ne peut être classé ni de manière universitaire ni de manière mystique ou poétique ; c'est plus un prolégomène à l'étude de certaines potentialités catastrophiques au sein des enseignements d'Ibn Arabî et de la tradition hérétique. Ici, nous ne sommes concernés ni par les faits ni par la poésie per se, mais par les faits poétiques - des informations qui, dans une certaine densité, peuvent causer des changements soudains ou des brisures dans la frontière entre la conscience ordinaire et l'alam-i-khyyyal ou Monde de l'Imagination.

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Ce qui suit est presque plus une histoire qu'un texte universitaire - l'idée de la « fiction » aidera à fournir un « biseau » à notre confusion, notre hyperbole et rhétorique, à notre orientalisme, à nos scandaleuses et infondées assertions. Ce texte peut se pousser lui-même jusqu'à pointe du discours, mis en danger d'un crash à la « Humpty-Dumpty [11] » dans une sémantique arbitraire (« les mots signifient ce que je veux qu'ils signifient ! »). Comme un poète persan (Salman Savaji) l'a dit : « Qui ne connaît pas ma mauvaise réputation est comme une gouttière tombée du toit ! »

III. Ibn Arabî et l'Hérésie.

Dans sa longue et belle introduction à son « Imagination Créatrice dans le Soufisme d'Ibn Arabî », Henri Corbin résuma, en fait, une philosophie idiosyncrasique de la « Sagesse orientale » qui illumina toute son oeuvre. Cet essai se présente lui-même comme prenant ses racines dans une tradition : Corbin mentionne tous ses personnages favoris (dont nombre sont cités dans le paragraphe Silsilah). L'essai de Corbin se focalisait sur certains événements de la biographie du Cheikh al-Akbar [12], mais le texte sous-jacent est en fait une autobiographie spirituelle. Comme il le dit, il a vécu certains événements, temporels et intemporels, historiques et spirituels. La ta'vil [13] dans ce contexte sert plus que de simple outil de l'intellect ou même de l'imagination : il agit comme un bathysphère, il offre la possibilité de plonger totalement son « moi », corps inclus, dans les profondeurs - une Machine à Catastrophes !

Un de ces événements, l'anniversaire de Ibn Arabî, provoque en Corbin un enthousiasme dans la simple synchronicité occulte, la célébration d'une coïncidence qui revêtait pour lui une importance archétypale. Selon le calendrier lunaire, cet anniversaire (17 Ramadan 560 / 28 juillet 1165) marquait le premier anniversaire de la proclamation de la Grande Résurrection d'Alamut [14] (17 Ramadan 559 / 8 août 1164). L'exquise hagiographie de Corbin nous invite à méditer sur ce double anniversaire, ce jour saint, mais il n'arrête pas de nous expliquer pourquoi. Une clé a été offerte, ou, peut-être, qu'une des obsessions de Corbin a fait brièvement et mystérieusement surface. Qu'était la Grande Résurrection [15] et quel lien pouvait-elle avoir avec Ibn Arabî en dehors d'une coïncidence de date ?

Corbin lui-même avait beaucoup à dire sur ce sujet dans d'autres livres, que l'on ne peut que fortement recommander. Ici cependant, une autre version est proposée, une version basée sur la signification littérale de la Grande Résurrection du Ruz-i-Qiyamat [16]. Brièvement, Hassan II, le Pîr ismaélien d'Alamut, proclama ce jour comme celui de l'abrogation ésotérique générale de la Shariah [17]. Le voile de la dissimulation (taqiyya) fut levé de sur les lettres de la Loi, et sa forme extérieure fut détruite. « Les Chaînes de la Loi furent rompues ». Le dévoilement de la signification ésotérique de la Révélation résulte en une inversion bénigne de son symbolisme extérieur ; ceux qui participent à cette gnose sont libérés à la fois de la signification littérale et des obligations légales de la religion organisée. Dans les deux sens du terme, ils ont cassé le code. Les Ismaéliens (ou Assassins) d'Alamut signalèrent cette amnistie générale de la tyrannie de l'Autorité Exotérique en buvant du vin lors d'un repas pris en plein Ramadan ; ils brisèrent ainsi leur abstinence pour toujours.

L'Islam exotérique devait considérer le Qiyamat (Résurrection) comme antinomienne, hérétique et révolutionnaire et, effectivement, c'est ce qu'il fit avec raison. Il n'y a aucun doute, comme Corbin le souligne, que l'ismaélisme était au départ une Gnose, une Sagesse Orientale - mais qu'il a aussi agit par une terreur militante et clandestine afin de faire sa propre propagande. Dans l'Islam, où la politique et la religion sont des parties conjointes de la vie et de la culture, l'« hérésie » fonctionne à la fois en tant que critique et que polémique, en tant que discours et en tant que guerre. L'hérésie parle le même langage que sa culture environnante mais insiste sur le fait que certains mots possèdent une signification catastrophique : des significations cachées capables de transformer soudain un monde entier de l'intérieur, tel un phénix auto-résurrecteur.

La Qiyamat, donc, représente une brisure radicale avec l'Islam institutionnel, rituel et traditionnel - une rupture qui ne peut être attribuée à Ibn Arabî. Ses écrits autobiographiques portent témoignage d'une intention soufie classique d'intensifier l'aspect rituel de l'Islam. Néanmoins, les ultra-orthodoxes ont toujours regardé le Cheikh comme

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dangereux, si ce n'est suspect.

Par exemple, alors qu'il vivait en Égypte, il publia son « Interprète des Désirs », un livre de poèmes célébrant son amour pour une jeune fille qu'il rencontra lors de sa circumambulation de la Kaaba à La Mecque. L'uléma local sentit le blasphème ; Ibn Arabî se retira hâtivement en Syrie - et nous pouvons remercier les mollahs outragés de lui avoir inspiré son oeuvre future, « L'Interprète de l'Interprète », dans lequel il défend ses ambiguïtés érotico-mystiques avec une érudition illuminante. Des siècles plus tard (il y a quelques années) Ibn Arabî eut encore des ennuis avec l'Egypte : la Fraternité des frères musulmans et autres réactionnaires inspirèrent une loi bannissant la publication de ses « Révélations de La Mecque ». Et des érudits tels Fazlur Rahman le blâment aujourd'hui encore de la ruine du soufisme orthodoxe.

La masse continentale d'Ibn Arabî, pour nous exprimer ainsi, couvre trop de territoires pour coller à n'importe quelle carte. Ses écrits ont été utilisés afin d'offrir un support au plus pur mysticisme orthodoxe - comme dans les ordres soufis d'Afrique du Nord par exemple - aussi bien qu'à de nombreux types d'ésotérismes islamiques, certains n'étant pas du tout orthodoxes. Des traités tels le R. al-ahadiyya (basé sur le Hadith [18] « Ceux qui connaissent le Seigneur »), qui présente un monisme pur et radical, pourraient aussi bien servir les buts illégaux des métaphysiciens ismaéliens. En réalité, Corbin montre que les Ismaéliens ne firent pas une telle utilisation des enseignements d'Ibn Arabî sur la ta'vil, l'Homme Parfait, l'Unité de l'Être etc. Les Nizaris d'Alamut expérimentèrent la Grande Résurrection en tant que moment historique et comme Archétype mystique ou imaginal ; ce qu'Ibn Arabî leur offrit fut un vocabulaire nouveau avec lequel ils étendirent leurs exégèses de la Qiyamat et de ses ramifications radicales.

Aux poètes perses, le Cheikh (Ibn Arabî) offre encore une autre carte, une carte qui commence son projet cartomancien avec des textes comme « L'Interprète des Désirs » et le 28e chapitre du Fusus al-Hikam (basé sur le hadith « Trois choses de ce monde sont dignes d'amour : les femmes, le parfum et la prière »). Ici, l'amour est déclaré comme l'équivalent ou le supérieur de la religion ; l'être aimé devient un Témoin (shahed), une Théophanie du Réel. A nouveau, les poètes reçurent d'Ibn Arabî un langage du discours avec lequel ils étendirent leur compréhension d'un complexe déjà central à leur être : l'éros, le désir et la frontière entre la conscience érotique et mystique.

D'une telle spéculation naît une pratique spirituelle, le « Jeu du Témoin », qui utilise le Yoga Imaginal afin de transmuter le désir érotique en conscience spirituelle. Les moyens comprennent l'improvisation poétique et musicale, la danse et l'observation chaste des jeunes garçons (d'où la pratique connue comme « Contemplation du Glabre », du sans barbe).

Cet enseignement fut perfectionné dans les siècles qui suivirent la mort d'Ibn Arabî par une série de poètes talentueux fortement associés à son Ecole - Fakhroddin Iraqi, Awhadoddin Kermani et Abdul Rahman Jami, pour nommer trois des plus connus. Sans référence spécifique au Jeu du Témoin, d'autres poètes tels Mahmud Shabistari et Shah Nematollah Vali synthétisèrent la métaphysique d'Ibn Arabî en un symbolisme poétique et romantique général. Tout ceci constitue ce que l'on peut appeler une « École de l'Amour » persane au sein du contexte général de l'École de la wahdat al-wujud [19].

Il est inutile de dire, bien que des poètes du Jeu des Témoins suivirent à la lettre la Shariah et son code textuel, que leur jeu dangereux de la Sublimation fut condamné comme hérésie par des gens tels Ibn Taymiyya [20], qui se plaignit « Ils embrassent un enfant esclave et proclament avoir vu Dieu ! » Aussi orthodoxe ou non que les soufis puissent avoir été dans leurs vies privées, leur poésie aida grandement les « véritables hérétiques » tels les ismaéliens, qui prirent, bien sûr, à la lettre les lignes suivante de Iraqi :

"Oublie la Kaaba : Les portes du vignoble sont ouvertes !"

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En dépit des protestations des érudits comme Ivanov et même Corbin, les derniers ismaéliens (post-Alamut) n'adoptèrent pas le soufisme perse des derviches comme un simple masque. Ils incorporèrent des poètes tels Shabastari et Shah Nematollah dans leur grande synthèse, juste comme ils le firent avec la métaphysique plus austère d'Ibn Arabî.

En dressant la carte de l'influence d'Ibn Arabî sur la tradition hérétique, nous voyons son langage (ou marque de fabrique) repris par les philosophes rebelles, cosmopolites et érudits, ainsi que par les poètes soufis. Mais tandis que cette synthèse se meut de l'Est vers l'Andalousie au travers de l'Égypte et de la Perse, elle commence à acquérir un aspect plus populaire et cultuel. Les sectaires chiites tels les Qizilbashi, les Hurufi, les Alevis, les Bekhtashi, les Ahl-i-Haqq, les Ali Hahi, les Kakhsari, les Ovaysi - et les alchimistes chiites - héritent tous de ce mélange. En Afghanistan et dans le Nord de l'Inde, la tradition comprend les Ordres Derviches Sans Lois tels que les Qalandars, les danseurs travestis et les fumeurs de haschich, les ordres soufis hétérodoxes tels les Shattariyya (« Voie Rapide ») et certaines branches de la Sohrawardiyya ; ainsi que des sectes syncrétistes telle celle de l'Empereur Akbar Din i Hahi, ainsi que de nombreuses combinaisons populaires de l'ismaélisme, de l'hindouisme tantrique, du Yoga Bakhti, du Shi'isme millénariste et de la folie derviche.

Tous ces noms ne sont pas donnés simplement pour remuer la poussière mystico-académique mais afin de pointer vers un projet ; une tradition a été invoquée ici afin que nous nous posions la question de savoir si elle existe toujours, si elle possède une vitalité pratique et ésotériologique. Imaginons que cette tradition, qui ne sera plus identifiée seulement avec Ibn Arabî, puisse être personnifiée ou poétisée. Appelons-la « l'Anti-Calife », avec des références à ses antécédents hérétiques et en l'honneur des « Anti-Califes » Ismaéliens Fatimides d'Égypte tels Hakim Billah, l'alchimiste dont le nom « le Sage » fait écho au thème de notre article. Ce personnage de fiction, l'Anti-Calife, qui est également un texte, sera la bannière de notre résurrection imaginale de la tradition qu'il évoque.

L'Anti-Calife n'existera qu'au sein des confins de ce texte, là où il agira en tant qu'oracle, répondant à certaines questions au sujet du passé, du présent et du futur. L'Anti-Calife peut être antinomien, hérétique, fou, blâmable mais il demande à être reconnu pour sa propre « autorité traditionnelle » et il tourne ses réponses en référence a son propre passé authentique et cohérent.

Nous voulons connaître la signification du passé, mais encore plus - si nous pouvons opérer une petite phénoménologie herméneutique [21] et vivre au moins une heure au sein du monde de l'Anti-Calife - nous demanderons à connaître ce qu'il peut nous enseigner ici dans ce plan hautement mystérieux (la vie de tous les jour) et en cet instant très précieux, le présent. Lorsque ce texte sera lu, nous pourrons lui permettre de retourner vers le Monde Imaginal - et peut-être de retenir de lui quelques faits poétiques.

IV. Le Temps Cyclique.

Pour l'Ismaélisme, l'histoire prend place au sein de cycles. C'est une manière d'évaluer le Temps, de symboliser la voie dans laquelle le signifiant pénètre le temps. Mais les ismaéliens ne mettent aucune emphase sur le déclin (comme dans le mythe de l'Age d'Or, d'Argent, de Bronze et de Plomb) autre que comme un changement en lui-même. Pour l'esprit conservateur, les choses deviennent toujours pires : la perfection repose dans le passé doré. Le radical voit la matière de manière plus complexe : le passé englobe une certaine primordialité, les origines et les révélations, mais le temps peut aussi présenter certaines ouvertures, certains processus ou progressions. La notion moderne du « progrès » n'a rien à voir avec cette ouverture ; une conception cyclique du temps n'admet aucun point omega, aucune perfection ultime non plus dans le passé ou le futur.

Chaque sous-cycle dans la gnose ismaélienne est « dirigé » par un Prophète qui représente l'aspect extérieur de la Révélation, et par un Saint (ou asas, d'où le mot « Assassins ») qui représente le côté intérieur. Moïse, par exemple, apporta la Loi - Aaron enseigna sa signification ésotérique. Jésus parlait en paraboles - Saint Jean Baptiste (ou

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quelque autre figure gnostique) dévoila leur signification cachée aux Élus. Mahomet apporta le Coran et la Shariah ; Ali dévoila leurs significations secrètes.

L'Islam Orthodoxe proclame - comme toutes les religions établies - qu'il est le cycle final de la Révélation. Reconnaître un Prophète après Mahomet c'est par conséquent cesser d'être un musulman. Les ismaéliens acceptent cela, mais ils maintiennent que le cycle de la prophétie a été remplacé par le cycle des interpréteurs ésotériques. En un sens, cela ne représente pas un déclin de la qualité du temps, mais plutôt un avancement, ou au moins une chance extraordinaire : la signification interne de la révélation enseignée auparavant aux Élus sera le sentier extérieur accessible à tous. Le temps est tourné sens dessus-dessous, la Révélation et la Loi regorgent de significations si cachées qu'elles semblent transformer chaque mot et ordonnance en leur contraire.

Pour les ismaéliens, ce dévoilement commence avec Ali, passe aux six premiers imams chiites, ensuite de Jafar al-Sadeq à son fils Ismaël, le septième Imam - ensuite aux « Anti-Califes » égyptiens de la dynastie Fatimides.

Les Fatimides croyaient que leurs Califes étaient du sang des descendants d'Ali et du Prophète au travers de Fâtima [22] : ceux-là étaient les Imams, les dirigeants du monde séculier et du monde spirituel : des rois et des saints. Les initiés de haut rang se voyaient enseignés les secrets ésotériques de l'ismaélisme mais extérieurement, la Shariah était toujours respectée. Pour le cercle intérieur, cette conformité extérieure était appelée « taqiyya » ou « dissimulation » ; les daïs [23] fatimides ou missionnaires (tels Nasir-i-Khusraw) étaient autorisés à pratiquer la taqiyya, prétendant ainsi être sunnites ou chiites orthodoxes si nécessaire.

Les ismaéliens perses ou Nizari, les Assassins, se séparèrent des Fatimides sur une question de légitimité - i.e. quant à la succession du Califat - Imamat. Ici réside un problème confus : l'Aga Khan actuel, chef des ismaéliens nizaris, proclame qu'il descend du prétendant Fatimides Nizar, qui à son tour prétendait descendre d'Ali. Les Nizaris maintiennent que leur fondateur, Hassan i Sabbah, fit secrètement sortir du Caire le fils de Nizar, l'emmena à Alamut et l'éleva en secret. Cet Imam caché se maria et eut un fils qui se maria et eut un fils qui fut Hassan II, sur Lui soit la Paix, celui qui proclama la Qiyamat de 1164. Selon l'Aga Khan, l'abrogation de la Shariah coïncidait ainsi avec la manifestation ouverte de l'Imam légitime. Cette prétention fut soutenue devant un tribunal britannique de Bombay au 19e siècle.

Du fait que les Mongols ont brûlé la grande bibliothèque d'Alamut, l'histoire ismaélienne fourmille de lacunes. Aucune preuve réelle ne supporter l'histoire de l'enfant de Nizar. Quelques historiens croient que cette prétention à la légitimité a été forgée de toute pièce. Mais qui aurait monté un pareil canular ? Hassan i Sabbah ? Apparemment il prêchait seulement au nom du prétendant assassiné et n'a jamais mentionné aucun enfant sauvé du massacre. L'auteur du canular fut-il Hassan II, le Maître de la Qiyamat ? Non. Dans les descriptions les plus anciennes de la Qiyamat, il se présente lui-même comme parlant au nom de l'Imam. Apparemment, ce n'est qu'après sa mort violente, quelques années après la Qiyamat, qu'il se proclama ouvertement Imam.

Ces problèmes historiques vexants doivent être soulevés si la véritable nature de la Qiyamat doit être dévoilée. Corbin croyait, avec justesse, que la Qiyamat était un événement purement ésotérique, et qu'elle n'avait rien à voir avec la légitimité. Il sentait que les prétentions subséquentes de légitimité constituaient en fait une trahison du sens le plus profond de la Qiyamat, un essai à forcer la libre esprit à entrer dans un dogme, un culte et une histoire.

Par opposition au concept de la légitimité du sang, Corbin mit l'accent sur l'adoption sur un plan spirituel, la vision initiatique qui peut relier deux âmes en une seule, même si elles sont séparées par le temps, l'espace et la génétique. De plus, Corbin introduit le concept typiquement ismaélien de « l'Imam de son propre être » : tout qui a la gnose de soi-même, a la gnose de l'Imam archétypal et, en effet, « devient » ainsi l'Imam. Dans l'hypothèse de Corbin, une telle vision théophanique permet à Hassan II de parler « au nom de l'Imam, afin de lever les voiles de la taqiyya pour toujours et pour tous les gnostiques, d'abroger la Shariah et de proclamer sa signification cachée. » En

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fait, même si le Qa'im ou Saheb-i Qiyamat a parlé pour lui-même en tant qu'Imam, il peut l'avoir fait avec le plus grand droit selon les doctrines de l'adoption spirituelle et de la réalisation de l'Imam intérieur. Un événement tel la Qiyamat consiste en une intersection entre l'histoire et le « Maintenant toujours » intemporel ; le replacer au niveau du sang c'est le ruiner. En un sens, tout le monde peut être l'Imam ; en un sens, tout le monde est déjà l'Imam.

Avec tout le respect pour l'Aga Khan (et tout particulièrement pour le troisième, ce bon vivant [24] qui a donné son poids en diamants et écrivit un traité sur Hafz) le présent texte préfère suivre la version corbinienne de la Qiyamat : une totale ouverture de la vérité ésotérique qui libéra ses sectateurs de toutes formes extérieures d'autorité relevant de la Révélation, de la Loi ou du sang.

Chaque adhérent à la Qiyamat ne devient pas soudainement et miraculeusement un saint parfait. Mais les chaînes de la Loi furent rompues pour tous ceux qui adhèrent et entendent, pour tous ceux qui savent. Un nouveau cycle a été inauguré ; ceux qui le réalisent sont en lui ; le temps a une valeur différente pour eux. Au sein de ce cycle, de différents chercheurs atteignent différents degrés de réalisation. Cependant, pour chacun le sentier commence maintenant par une interprétation ésotérique (ta'vil). Les significations du Coran et de la Shariah sont à présent intériorisées.

La prière commence tout processus ou acte qui sert à ouvrir la conscience à l'« Imam de son propre être » ;

l'abstinence devient l'évitement de tout ce qui empêche cet accroissement de la conscience ;

le pèlerinage signifie des efforts majeurs afin d'unifier la conscience individuelle avec sa manifestation ultime en tant que Soi ;

la croyance en Allah, aux Prophètes, aux Anges signifie une compréhension ésotérique de la théologie en tant que symbolique ;

la charité signifie la générosité de soi, l'interdépendance ouverte et la réalisation mutuelle de toute vie (tout particulièrement de la conscience qui peut être donnée et partagée) ;

la justice (sixième pilier du Shi'isme) signifie la réalisation simultanée du Soi en soi et dans les autres, dans toute vie ;

le Jugement Dernier signifie la Résurrection telle qu'enseignée par le Pîr Hassan II. L'Enfer et le Paradis sont vus comme des états présents et intérieurs ; l'eschatologie en son sens littéral est niée ou ignorée.

Ce nouveau Cycle témoigne d'une élévation dans la politique aussi bien que dans la théologie. Si toute personne est potentiellement l'Imam et participe à l'autorité de l'Imam au travers de la Qiyamat, alors chaque individu est son propre dirigeant - un système qui pourrait être taxé d'anarcho-monarchisme paradoxal ! Nous pouvons à peine imaginer ce que cela pourrait signifier pour les gens d'Alamut, qui, dans tous les cas, n'ont joui que de quelques années de révolution totale. Hassan II fut probablement assassiné par des éléments conservateurs au sein de la communauté ismaélienne, éléments incapables de partager sa vision utopique.

Mais, pour ce texte - l'Anti-Calife - la Qiyamat signale le commencement d'un Cycle qui est toujours en cours de dévoilement. Suivant Corbin, nous pouvons expérimenter la Qiyamat dans le alam-i-mithal ou Plan Imaginal, et recevoir sa gnose directement et sans médiateur. La Qiyamat survit et nous pouvons y participer.

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Au travers de la Qiyamat, le « Maintenant éternel » reste toujours accessible ; de plus, l'histoire elle-même est à présent définie pour nous par notre conscience-qiyamat. Ainsi, nous apparaissons comme d'authentiques interpréteurs de la Qiyamat, capables d'en expliquer le dévoilement passé et le présent, ses stratégies sans cesse changeantes, ses énergies perpétuellement révolutionnaires.

Par exemple : que dirait aujourd'hui la Qiyamat au sujet de... la libération sexuelle ? au sujet de la révolution sociale ? au sujet de la voie spirituelle authentique actuelle ? En utilisant ces questions en tant qu'exemples, traitons l'Anti-Calife comme une boule de cristal et mettons-nous en transe avec les images, les flashes et les lumières prismatiques.

V. La Sexualité et l'Herméneutique.

La plupart des sectes antinomiennes [25] ont été accusées de licence sexuelle, de sexualité polymorphe et perverse, et de nombreux cultes ont en fait pratiqué des variantes de l'« amour libre ». Les Adamites [26] et les Familles de l'Amour ne contractaient jamais de « mariages avec les cieux » afin de signifier qu'ils ne prenaient aucun mariage ici sur terre puisque pour eux le Millenium était déjà là. Pour Alamut aussi le Millenium était déjà arrivé, et bien que nous ne sachions quasiment rien au sujet de l'amour parmi les Assassins, nous pouvons aisément l'extrapoler. La philosophie Qiyamat mène logiquement à une position contemporaine extérieure similaire à celle tenue par les libérationistes sexuels les plus radicaux.

Une des incompréhensions les plus communes au sujet de l'antimonianisme veut qu'il cause (ou soit synonyme de) libertinisme - de faire « tout ce que l'on veut sans égard aux autres », à leurs valeurs ou à leurs vies. Heureusement, Nietzsche (cet islamophile) résolut ce point une fois pour toute et pour tous, sans égard à leur secte ou croyance : « par delà le bien et la mal » ne signifie rien sans cette « auto-amélioration » ou « sublimation » qui rend impossible la banalité d'un « mal » inutile et auto-destructeur. L'antinomien peut commettre des crimes aux yeux de la société ou de la loi, mais seulement d'un point de vue éthique personnel qui va bien au-delà de tout code moral. L'éthique antinomienne agit ainsi précisément car elle est Imaginale, « construite » par l'individu, personnel et central.

L'Islam débute comme une des très rares religions pro plaisir sexuel que l'humanité a connue. Paul peut dire qu'il est meilleur de se marier que de brûler, mais le Prophète conseille à un disciple de « se marier à une jeune femme afin de jouir de la vie » - et dit encore « j'aime trois choses dans ce monde : les femmes, le parfum et la prière ». Il se maria onze fois, permettant à ses disciples de prendre chacun quatre femmes et d'innombrables concubines ; une fois, il institua un « mariage temporaire », qui est toujours pratiqué par les chiites. Il permit le contrôle des naissances (mais non de l'avortement). Cette très haute mise en valeur du plaisir sexuel a mené à un aspect « tantrique » de la spiritualité islamique, exemplifiée par l'exposé d'Ibn Arabî (dans Chatons de la Sagesse) de la relation sexuelle en tant que forme suprême de la contemplation :

"Mais tandis que la Réalité Divine est inaccessible en rapport de l'Essence, et qu'il y a contemplation uniquement dans une substance, la contemplation de Dieu dans les femmes est des plus intenses et des plus parfaites ; et l'union qui est la plus intense... est l'acte conjugal.

... Dieu fait germer les formes du monde par la projection de Sa Volonté et par le Commandement Divin... qui se manifeste lui-même en tant qu'acte sexuel dans le monde des formes constitué par les éléments, comme la volonté spirituelle (al-himmah) dans le monde des esprits de la lumière, et en tant que conclusion logique dans l'ordre discursif, la chose entière n'étant qu'un acte d'amour du ternaire primordial se reflétant lui même dans chacun de ses aspects.

Les gens savent bien que je suis amoureux ; seulement il ne savent pas de qui...

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Cela s'applique bien à celui qui aime seulement la volupté, c'est-à-dire celui qui aime le support de la volupté, la femme, mais reste inconscient dans le sens spirituel de ce dont il est réellement question. Si il le savait, il connaîtrait par la vertu de ce dont il a joui, et qui (réellement) jouit de la volupté ; ensuite il serait (spirituellement) parfait".

Aussi révolutionnaire que cela puisse l'être, Ibn Arabî écrit toujours d'un point de vue essentiellement masculin, point de vue qui imprègne tout le Coran et les Hadiths. Les femmes sont vues en elles-mêmes comme des individualités avec des âmes, mais aussi en tant que propriété virtuelle des hommes. Le « Principe Féminin » est de façon notoire très difficile à localiser dans l'Islam. On trouve toutes sortes d'indices et d'échos de l'Anima, au niveau mystique et populaire et syncrétique, : le culte de Buraq [27], le culte de la Bien-aimée dans la poésie perse. La femme voilée et recluse devient le symbole de tout ce qui est ésotérique et caché. Mais, de manière ouverte, en termes contemporains - les femmes sont simplement opprimées. Des exemples de ce fait sont déjà bien connus et constituent une charge majeure contre l'Islam orthodoxe. Comment un mystique contemporain de la Qiyamat traiterait-il ce problème ?

Une liberté ou un plaisir qui repose sur l'esclavage ou la misère d'autrui ne peut finalement satisfaire le moi car il est une limitation et une restriction du moi, une admission de l'impuissance, une offense contre la générosité et la justice. Notre liberté dépend de celle des autres, car nos destins sont inextricablement liés avec ceux des autres, tout particulièrement avec ceux que nous aimons. Notre texte - l'Anti-Calife - recommanderait sans aucun doute (avec l'abrogation de la Shariah) l'abolition de toutes formes de mariage, de mariage temporaire, de concubinage et d'esclavage, de toutes relations humaines exprimées en termes de propriétaire / propriété (comprenant la relation parent / enfant). Maintenant, selon l'Islam orthodoxe, le résultat de cette libération serait simplement un état de péché débridé et de désordre. Mais, en renversant la Shariah, les ésotéristes ont, non seulement supprimé, mais en fait intériorisé sa signification. Ils ne veulent plus trouver refuge dans la forme vide lorsque l'essence d'une relation (amour, amitié, avantage mutuel) a été empoisonnée par l'animosité et la possessivité. Cette signification spirituelle du plaisir sexuel met une barrière pour eux à toutes attitudes égoïstes, à toutes violences, à tous ressentiments et fétichismes froids - bref, à tout libertinage.

En outre, la polarité masculin / féminin peut à présent être vue et expérimentée comme étant inversée ; l'Anima acquiert maintenant une certaine ascendance (et c'est la signification des sectes islamiques syncrétistes du Bengale et de Java qui adorent des déesses telles Kali ou Loro Kidul [28]. On dit qu'une fois le Prophète permit à deux déesses païennes de survivre en tant que consorts d'Allah - et donc cet Islam « féminin » peut être considéré comme authentique et même « pré coranique » !). Dans la pratique, cette féminisation de l'Islam ou renversement des polarités doit impliquer un code de comportements sexuels à la fois éthiquement élevé et hautement humain, comprenant une forte mise en valeur du plaisir et de la convivialité (« vivre ensemble ») en tant que pratiques spirituelles, en tant que « vie saine », virtuellement comme buts en eux-mêmes.

La Shariah confère de nombreux privilèges au mâle adulte hétérosexuel, mais peu aux autres. L'homosexualité, par exemple, est strictement interdite. Les dévots du Jeu des Témoins, en théorie, reste chastes, maintenant que le désir pour un garçon est permis même si une union sexuelle est interdite. Certains hadiths semblent supporter ce point de vue ; par exemple, on dit que ceux qui aiment mais restent chastes et meurent à cause de leur frustration, doivent être considérés comme de saints martyrs. Iraqi et Kermani croyaient aussi dans l'efficacité yogique ou alchimique de la chasteté - mais, clairement, dans une perspective psychologique, leur voie doit en fait avoir semblé une sorte de martyr... et leur poésie contient des éléments de répression et de mélancolie.

Une telle poésie, cependant, atteint souvent une certaine opacité de code ; de plus, de nombreux textes hérétiques ont disparu. Un mystique est-il déjà tombé sur l'idée de combiner le Jeu du Témoin avec la Qiyamat, avec l'abrogation de la Shariah ? Quelques derviches montrèrent ouvertement une joie allant au-delà des « regards » ou même des baisers. Pourquoi n'auraient-ils pas joui d'une philosophie - une herméneutique spirituelle du sexe - avec laquelle comprendre leurs pratiques et construire leur apologie ?

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Une telle philosophie pourrait, bien sûr, intéresser tous ceux qui croient dans la liberté sexuelle, et non pas seulement quelques mystiques amoureux de jeunes garçons. Si nous combinons les enseignements « tantriques » d'Ibn Arabî avec la pratique réelle du Jeu du Témoin (le yoga de la musique, de la poésie, de la danse, du vin et de l'amour) sous le signe de la Qiyamat, nous arrivons à une nouvelle valuation de toutes les variétés de la sexualité - à la fois en tant que « volupté permissive » et en tant que pratique spirituelle.

Cette mise en valeur éradique toute morale orthodoxe - mais même du point de vue moderne de la « Libération Sexuelle » elle apparaît hautement radicale également. La moralité religieuse condamne le sexe non ordinaire comme péché et criminel, mais le matérialisme vulgaire condamne la sexualité elle-même à une marchandisation sans joie, à la fétichisation du désir, à la prolifération d'une pornographie de violence et à la publicité. Sans une « dimension spirituelle », la révolution spirituelle ne peut que se trahir elle-même en devenant libertinage et autres déviances.

L'Anti-Calife ose soutenir que sa nouvelle valuation de la sexualité transcende à la fois la morale religieuse et le matérialisme vulgaire. Il affirme la réalité et la centralité de l'amour physique, et en même temps, il identifie cet amour à la forme la plus élevée de l'expérience spirituelle. Il libère chaque individu amoureux d'une myriade de variété d'oppression, que ce soient les chaînes de la loi ou la bêtise de l'aliénation. Sa pierre de d'angle est la joie, et l'accord de deux monarques souverains pour la partager. Le corps et l'âme sont uns - l'érotique constitue l'essence de la spiritualité.

VI. La Justice Sociale.

A l'exception du Califat d'Ali (et de certaines autres périodes dans l'histoire islamique) les Chiites ont généralement existé en tant que minorité sans pouvoir au sein de l'Islam, et, par conséquent, ils ont élaboré un enseignement particulièrement intéressant quant à la Justice Sociale, allant même jusqu'à en faire le Sixième Pilier de l'Islam [29]. En termes politiques (bien que l'on ne puisse jamais entièrement séparer le théologique du politique dans l'Islam) le Shi'isme commence comme une forme de monarchisme mystique, une ligne de Prétendants au Califat déposés et qui prétendent à une légitimité du sang mais aussi à une prééminence spirituelle. Socialement, le Shi'isme était constitué d'aristocrates Hachémites [30] et de groupes marginaux tels les Perses aryens, des bandes de pauvres paysans, des « communistes primitifs » (tels les Qarmates [31] qui réussirent même à dérober la Pierre Noire de la Kaaba de La Mecque), des mystiques clandestins et des intellectuels dissidents (tels l'alchimiste Jabir ibn Hayyan ou la secte secrète des scientistes, « Frères de la Pureté », Ikhwan al-Safa). La Révolution, ou du moins l'espoir d'une révolution, devint le principe shi'ite. Après Ali, aucun des douze Imams orthodoxes n'a jamais régné - mais les bannières noires du Shi'isme furent portées par les Abbassides dans leur révolte réussie contre les Ommeyyades, par les Fatimides qui conquirent l'Égypte et construisirent le Caire, par les victorieux Safavides en Iran, par les innombrables rebelles d'Afrique du Nord, de Syrie, de Perse et des Indes.

Les Assassins établirent un « état » Shi'ite révolutionnaire qui consistait non pas en un unique pays dirigé par un roi, mais par un réseau de châteaux autonomes et de places fortes séparés par des milliers de kilomètres, défendus par aucune armée mais par des fedayin-terroristes, par la propagande secrète ; dévoués à l'étude de la science et à l'enseignement, et dirigés par une hiérarchie basée sur une élévation spirituelle. Avec la totale abrogation de la Shariah et avec l'enseignement de l'« Imam de son propre être » au sein de la Qiyamat, cet « état » ou réseau de communes armées doit avoir atteint un haut degré de liberté inconnue ailleurs et depuis lors dans l'Islam. Les Califes de Bagdad échouèrent à les détruire et seule l'avalanche des Mongols réussit à enterrer Alamut et ses alliés.

Au 20e siècle, les modernistes et réformateurs sunnites ont essayé de prendre exemple sur les modèles occidentaux tels le protestantisme et la démocratie. Les penseurs shi'ites, cependant, ont montré un certain intérêt dans des philosophies plus révolutionnaires. Le docteur Ali Shariati, qui est dit avoir été assassiné par la SAVAK [32], tenta un rapprochement brillant mais tendancieux entre le Shi'isme et le Socialisme qui inspira la révolution (de 1979) à de

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nombreux iraniens : les Moujaheddin ou Guerriers Saints, redoutés à la fois par le Shah, l'Ayatollah et le Département d'Etat américain. La révolution de Komeyni demande un Shi'isme « pur », sans mélange avec l'influence étrangère ou de l'ismaélisme extrémiste hérétique. Komeyni qui lui-même fut considéré parfois comme un mystique fou (il écrivit un traité sur Ibn Arabî) et un rebelle dans sa jeunesse, renforça la Shariah par l'exécution publique de femmes « trop libérées », de dissidents, de Mujaheddin, d'homosexuels, de drogués, de ba'hais, de soufis, de juifs, d'ismaéliens, de chrétiens, de kurdes, de monarchistes, de communistes, ... un liste presque sans fin de boucs émissaires. La plupart des traces de l'expérience sociale utopique shi'ite a été mise hors-la-loi ou fut renvoyée à plus tard suite à la guerre dans le Kurdistan et en Iraq, qui consume maintenant des enfants de treize ans comme un Moloch fou. Le théâtre, la musique, la peinture, la danse et la poésie subversive sont bannis. Le Shi'isme triomphant s'est transformé en terreur comme si Cotton Mather [33] et le docteur Mengele l'avaient chauffé à blanc pour tourmenter un ennemi vaincu.

Quelle autre force du monde islamique aurait pu attirer un ésotériste intéressé dans la justice sociale ? Le Pakistan et le mouvement réformiste ? L'Arabie Saoudite avec son pétrole et son wahabisme [34] ? Khadafi ? Peut-être les rebelles afghans ?

Il se peut que certains mystiques ressentent même une once de nostalgie pour les monarques corrompus et vénaux de l'ancien temps comme Farouk d'Egypte ou Zahir Shah d'Afghanistan ou Idris de Libye ou les Qajars perses mauvais comme ils le furent, ils n'eurent au moins jamais aucune idéologie afin de pousser la « purification de la Foi » ! En réalité, le monarchisme traditionnel trouve toujours faveurs chez certains mystiques tels les soufis guénoniens ou les adhérents javanais du « Roi Juste » - mais même en leur accordant une quelconque sincérité et des intentions humaines, leurs idées ne sont pas praticables, et répugnantes à l'esprit libertaire de la Qiyamat.

On pourrait retirer une grande joie de la contemplation - imaginant - une version contemporaine du concept de justice sociale telle que propagée par Alamut. L'abolition de la Loi caractérise uniquement un autre « système politique » : l'anarchisme. De plus, l'idée de l'« Imam-de-son-propre-être » implique l'idée d'autogestion, d'autarcie : chaque être humain est un « roi » potentiel, et les relations humaines entretenues comme mutualité de « seigneurs libres ». Bien sûr, Alamut conserve une hiérarchie - mais l'armée anarchiste de Nestor Makhno le fit également. En outre, le communisme économique et la coopération entre des forteresses autonomes qui caractérisèrent la société nizarî ressemble quelque peu à certaines idées telles le syndicalisme et le « conseil des ouvriers ». En même temps, un mélange curieux d'anarchisme individualiste, de bakounisme et de mysticisme antinomien résume Alamut dans un langage politique moderne.

En « mettant à jour » la révolution d'Alamut, nous pourrions également essayer d'imaginer une version contemporaine valide du concept Alamut lui-même - l'enclave autonome protégée d'esprits libres, de guerriers et d'érudits. A l'âge des avions, des bombes et du contrôle étatique universel du territoire et des ressources, la notion semble assez impossible. L'or et les dagues ne suffisent plus à terrifier un monde qui est devenu insensible à force de marchandises sans fin et de génocides ; les déserts et les montagnes sont tous cartographiés, pas une seule vallée ou île isolée ne reste sans protection ou non taxée. Qu'en est-il alors des cachettes des survivalistes ? des îles artificielles ? des réseaux informatiques undergrounds ? de l'Antarctique ? des sous-marins ? des stations spatiales ? de la ceinture d'astéroïdes ?

En dehors des histoires de science-fiction et par manque de quelque changement catastrophique dans l'ordre général du monde, aucune de ces versions d'Alamut ne semble pratique ou faisable. Cependant, quelques bribes de la praxis ont survécues parmi les éléments de l'utopie. On peut toujours essayer autant d'amour, de liberté de pensée et d'expression, de justice et de tolérance que possible pour soi et les quelques rares personnes qui partagent notre vie. Être un « seigneur libre » en secret est préférable à être un esclave public, un complice volontaire de la répression et de l'injustice. Pour une lutte plus générale, l'histoire ismaélienne offre une réponse à la question de la tactique révolutionnaire en des temps d'impuissance apparente : la propagande. Selon la doctrine de la taqiyya ou de la Dissimulation, les ismaéliens sont autorisés à jouer la comédie ou à se déguiser à volonté afin de

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propager le message à garder en vie. Dans une telle situation, l'attentat ou l'assassinat politique, le terrorisme et la propagande par les faits peuvent se révéler très contre productifs. Ce qui compte c'est l'action à un niveau personnel et culturel - un « terrorisme poétique » si vous préférez - mais également de porter témoignage.

Par dessus tout, les derniers dévots d'Alamut peuvent avoir presque ressenti une obligation (si un esprit libre peut admettre un quelconque devoir) d'expérimenter la joie, et de ne pas la remettre à une vie après la mort ou à un quelconque futur. Dans cet « impératif » repose le besoin de se faire justice à soi-même, car ceux qui trichent envers eux-mêmes peuvent difficilement s'attendre à connaître comment interagir de manière juste (et belle) avec les autres. Ici encore l'ésotériste est capable d'imaginer une éthique qui demande beaucoup plus que toute loi morale ou civile, précisément car elle est basée sur l'expansion du moi afin d'inclure les autres plutôt que de les nier. Une pratique de cette sorte de politique de l'éros ne peut être totalement supprimée même par nos technarchies actuelles, par les mandarins inquisiteurs et les commissaires du désir hystérique.

Afin de libérer la « vie de tous les jours », de reprendre possession de notre histoire des mains de la société du Spectacle - l'Empire des Mensonges - ce projet commence avec l'extériorité individuelle et spirituelle dans l'amour afin d'embrasser les autres. Des ruines d'Alamut, l'Anti-Calife créé une archéologie catastrophique du désir - et à partir de cela, notre insurrection se créé elle-même.

VII. Le Goût.

Ici, des mots comme rituel, mysticisme et religion ne peuvent être pris dans leur sens exotérique usuel de sacrifice obligatoire, de piété irraisonnée et d'assombrissement organisé. L'Anti-Calife ésotéricise ces termes, les retourne, opère sur eux une inversion. Il se modèle en quelque langage paléolithique qui n'a pas encore différencié le rituel et l'art, le mysticisme et la conscience personnelle, la religion et la vie harmonieuse de la tribu. Seuls de tels mots antédiluviens remontés à la surface satisferaient nos besoins précis (et seule la poésie peut espérer les recréer).

Dans une société qui a utilisé un tel langage, l'artiste (comme A.K. Coomaraswamy l'a souligné) ne serait pas un type de personne spécial, mais chaque personne serait un type d'artiste spécial. En effet, comme le pamong javanais ou maître de la secte Sumarah m'a exhorté par des hyperboles, « chacun doit être un artiste ! » Dans la société javanaise ou balinaise, cette maxime devient un axiome culturel. Un terrible prestige s'attache aux arts du théâtre de marionnettes, de la danse, du gamelan [35], du batik [36], etc. La kebatinan [37] ou culte « ésotérique pur » (qui se sont coupés de l'Islam et de l'Hindouisme orthodoxe) enseigne souvent à ses dévots rien de plus que des techniques de méditation et d'appréciation de l'art. La danse de transe résume cette voie : l'identification totale de soi avec l'action esthétique. La javanais ou le balinais qui manque de talent est comme un Sioux Lakota sans quête de vision, ou comme un Senoi malaysien qui ne peut rêver, ou comme un pygmée africain sourd à la musique de la forêt. A Java, cet idéal a survécu depuis l'indépendance en tant que réalité partielle grâce aux efforts de renaissance que les ésotéristes ont produit afin de conserver la culture vivante, compréhensible et accessible à tous. Plutôt que de regarder vers l'ouest, beaucoup de jeunes artistes indonésiens expérimentent avec élégance de nouveaux syncrétismes du traditionnel et du moderne (la « Danse du Singe » de Bali, par exemple, fut introduite dans les années 30) ; les pures formes classiques sont perçues comme des sources d'inspiration qui doivent être renforcées plutôt que comme des poids morts qui doivent être abandonnés.

De tels résidus de culture paléolithique furent enterrés, parmi nous les occidentaux, il y a fort longtemps par l'Eglise, l'Empire et la Machine. Notre cliché [38] de l'artiste est un individu étranger et isolé qui trahit ou expose continuellement nos idéaux culturels comme une honte ou bien qui se prosterne vers eux en produisant de la merde élitiste. Avec les Romantiques - le premier groupe artistique complètement marginalisé - nous pouvons commencer à retracer l'idée de l'artiste en tant que révolutionnaire (soit progressiste soit réactionnaire), la voix disant « Non » à cette société que la vision de l'artiste n'esquisse plus ou ne créé plus. Dans notre siècle, tout art, pour quelque raison que ce soit, se tient contre la société moderne - en fait, ce mouvement spécifique constitue ce qui est appelé

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Modernisme. Même les Futuristes qui aimaient les machines désirent la révolution. Avec le Dadaïsme, l'art fut déclaré mort et simultanément il fut annoncé comme seule révolution possible. Les Surréalistes reprirent l'idée mais la vendirent pour un potage vienno-moscovite. Dans les années 50 et 60, les Lettristes et les Situationnistes déterrèrent à nouveau la notion et la polirent en une déclaration des artistes en tant que modèle de la conscience révolutionnaire - encore un lien étroit avec le « législateur non désiré » de Shelly. Dire que notre Art du Consensus est mort - et c'est ce que dit cette école de pensée - signifie qu'à présent tout le monde peut être un artiste. Le credo paléolithique renaît. Le modernisme et la tradition sont tel un Ouroboros [39].

Une fois encore (comme avec l'utopisme d'Alamut) notre ère semble particulièrement impropre pour ce rêve, qui apparaît comme un nouveau désir sans espoir à ajouter à notre liste de misères. Comment pouvons-nous transformer nos villes en Java ou en Bali ? Même Bali n'est plus Bali, polluée qu'elle est par des Kentucky Fried Chicken et le tourisme de masse. Après tout, les artistes ne choisissent pas l'aliénation - ils veulent ajouter au stock-image tribal - c'est leur vocation. Mais la société moderne elle-même décrète l'aliénation par l'enseignement à ses enfants que le jeu et le travail s'excluent mutuellement et sont des réalités hostiles, que la vision et la pratique sont à jamais inconciliables. Où pouvons-nous voir l'espoir (en dehors du passé légendaire ou de l'orient exotique ou du Futur Parfait) pour une société d'artistes-visionnaires, pour un monde qui n'a pas de mots distincts pour jeu et travail ?

Comme pour les questions de justice sociale, chaque ère créé des possibilités et détruit les autres, offre certaines tactiques et retire d'autres. Les chances pour l'action ici sont exactement les mêmes que dans le champ de la justice : le travail sur soi et la propagande.

Le travail artistique sur soi inclut l'art en tant que méditation et la méditation en tant qu'art ; il inclut mise en forme de l'environnement personnel ; il inclut la communication directe et belle avec les camarades proches ou avec les collaborateurs choisis en tant que but primordial profond dans la vie ; il inclut à la fois les artefacts visibles et invisibles en tant qu'expressions des états spirituels, en tant qu'« auto-expression » ; il inclut l'adoption d'un code de l'artiste qui a en lui quelque chose de l'antique code de l'honneur ou code du duel, mais il confère l'expérience et la grâce à toutes les libertés non conventionnelles.

Cet art nouveau implique un certain « infantilisme spirituel », ce que le dramaturge Zen Zeami appelait la « Première Fleur » - « l'Esprit de celui qui Commence » - la capacité de voir et d'agir avec spontanéité ; tout ce qu'il contient est la promesse d'une simple maturité, plutôt qu'une sorte de maturité mortifère qui prépare à présent le monde pour la décérébration robotique et la guerre infernale.

A ce niveau, l'art a peu à voir avec les choses, mais il est plutôt concerné par un état de l'esprit, un manière d'être, un geste qui ne peut être trahi, une vie.

Lorsque nous considérons l'art comme constitué de chose cependant, la possibilité pour une théologie naît - la possibilité d'un but, d'une utilité de l'oeuvre d'art. Pour la tribu paléolithique, ce but reste transparent et n'est pas remis en question : toutes les choses fabriquées ont un but, toutes les choses sont de l'art. Une telle culture ne possède ni le concept d'« utilitarisme » ni le concept « d'art pour le bien de l'art ». Nous avons , cependant, vécu avec toute cette merde jusqu'à un point de suffocation et de claustrophobie, rabaissés par des monuments excrémentiels et des musées mausoléoïdes emplis de pièces isolées et immobiles, aliénées et séparées d'art mort. Mis à part le charmant culte ésotérique personnel de l'artiste souligné dans les derniers paragraphes, quel but peut servir à présent notre art ? Pourquoi le faire ? et pour qui ?

Si nous retournons à présent au monde de la « propagande », il doit être évident que nous voulons charger ce terme de plus que la portée habituelle de sa signification. Dans les nations totalitaires, la censure travaille par le diktat ; dans les nations démocratiques, le Marché accomplit la même finalité, puisque toutes choses qui échoue en tant que

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marchandise ne peut causer de dommages à l'Empire. L'avant-garde et le « peuple » ont tous deux été réduits à des fournisseurs d'images pour la publicité ; le temps mort entre la naissance d'une nouvelle forme d'art et de son appropriation par le Média du Consensus a déjà cessé d'exister. Dans une telle situation, tout art qui réussit à passer entre les mailles du filet du monolithe ou à survivre dans une existence marginale ne peut avoir qu'un seul but : la propagande, la propagande insurrectionnelle.

Cela ne signifie pas que 'l'art est au service de la révolution« - une tyrannie impossible - ni un »Réalisme Social« , ni toute forme reconnaissable d'art politique. L'ordure est l'ordure, peu importe combien pures sont ses intentions. Non, pour l'Anti-Calife, l'art est la politique, l'art est la révolution, l'art est la religion. L'art qui réussit dans la beauté et ne peut être absorbé par la Machine est déjà de la propagande pour la vérité, qu'importent son style et son contenu, car il est déjà une manifestation de la vérité sous une forme ordonnée et connaissable. Que la populace prenne ces mots dans leurs sens platoniques : par »vérité" nous ne signifions pas un Idéal abstrait et sans corps, ni même un sentiment mystique non verbal. C'est quelque chose de plus simple et cependant de plus difficile à expliquer ou à définir, quelque chose pour laquelle nous utiliserons le mot arabo-persan de zawq [40] et le terme sanskrit/javanais rasa [41] :

GOUT, INTUITION - SENTIMENT - CATEGORIE ESTETHIQUE - l'intériorisation d'une perception (« devenir le bambou » comme le dit la Jardin du Grain de Moutarde) - donc une sorte d'état de conscience mystique / esthétique - un sens que ce qui « convient » - la faculté de choisir ou de discriminer, choisir cette couleur ou cette note ou ce mot et pas cet autre - mise en valeur artistique, « bon goût » - la qualité d'une représentation ou d'une oeuvre d'art un « goût » comme expérience directe, certitude expérimentale...

Ici, nous atteignons la point central de l'exercice de la propagande ésotérique, le terme clé du texte et la plus proche approximation d'une voie spirituelle réelle « recommandée » par l'Anti-Calife : la culture du goût à la fois en tant que travail sur soi et en tant que propagande pour la cause « ésotérique ». Pour réveiller dans autrui le désir pour ce qui peut difficilement se dire par les mots si ce n'est par des clichés ou des noms divins - le désir pour le désir, l'Eros fils du Chaos - le goût pour la vie elle-même et pour aucune autre de ses représentations bon marché ou substituts mensongers : le désir d'être l'art, spontanément et absolument.

Pour le futur, donc, l'Anti-Calife recommande que chacun soit un artiste. D'abord, certains arts traditionnels doivent être repris, telle la musique classique de Perse et du nord de l'Inde, la poésie, les arts martiaux de l'Extrême-Orient, la danse javanaise, la musique et la calligraphie. De telles traditions ne méritent pas la préservation par quelque bonté d'âme mais en tant que possibilités vivantes. Comme parler une autre langue, ils nous aident à sortir de notre peau culturelle - et ils fournissent le terrain pour une inter fertilisation et pour le syncrétisme. Toute la Sagesse Orientale a été rendue accessible à notre siècle ; la culture cosmopolite sans racine du futur créera des mosaïques et des mandalas sans fin à partir des milliers de tribus et de civilisations.

L'Adab, qui signifie à la fois « bonnes manières » et « culture esthétique » aussi bien que littérature et voie spirituelle, est une qualité qui semble appropriée à l'artiste et à l'anarchiste. Emma Goldman a dit une fois que dans une société anarchiste, tout le monde serait un aristocrate : « l'aristocratisme radical » comme Nietzsche l'a formulé.

L'art de l'amour est conjoint aux autres arts et est également leur « Muse » en chef : le sama [42] soufi interprété comme fête d'amour esthétique et érotique ; l'intoxication de la musique, de la poésie, de la danse, de la présence du bien-aimé ou de la bien-aimée.

L'hospitalité en tant que forme d'art. Les javanais offrent des « Banquets de Paix » (slametan) afin d'apaiser les esprits, de célébrer la chance ou des rites de passage, comme excuse pour la bonne chair et l'amusement, mais avec un but spirituel. Les voisins et les passants sont invités dans un esprit de convivialité et d'ouverture.

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Des salons, des musicales, des symposium, des pèlerinages vers des lieux de beauté géomantiques ou de pouvoir baroque et excentrique ; des célébrations publiques du grand oeuvre de l'art ou de l'exquise folie - finalement la création d'un refuge dédié aux moments de libertés esthétiques et de « goût » mystique.

Le « Terrorisme Poétique » - l'art en tant que propagande par les faits - l'assassinisme-esthétique. L'art propagandiste puissant devrait produire de puissantes émotions ou rasa - aussi puissantes que la terreur ou la joie déchirant violemment les voiles de l'inattention, de la stupidité inesthétique, de l'égoïsme traître à lui-même et de l'oubli par des actes d'art inattendus - une sorte de « Théâtre de la Cruauté » sans les murs.

Et comme suggestion finale (avant que l'Anti-Calife retourne dans le Monde des Archétypes) : la création des jours de fêtes, de purs actes de célébrations. Par exemple, le 17e jour de Ramadan, anniversaire Ibn Arabî et anniversaire de la Qiyamat - un banquet pour proclamer l'Unité de l'Être, la Sagesse Intérieure, la brisure des chaînes de la Loi.

[1] Ou encore Al-Khidr ( 'D.61) ou « Homme Vert » (Khidr, Khezr, Khizr, Khadir, Al-Khadir, et El-Khidr). On suppose que l'on se réfère à lui dans le Sourate du Coran Al-Kahf (18:66), relatant sa rencontre avec Moïse. [2] Mohammed Ibn 'Arabî (E-E/ '(F 91(J), connu sous son seul nom de Ibn 'Arabî (1165, Murcie dans le pays d'al-Andalûs - 1240, Damas). Appelé aussi « Cheikh al-Akbar » (« le plus grand maître », en arabe) , il est un mystique, auteur de 846 ouvrages. Son oeuvre aurait influencé Dante et Saint-Jean-de-la-Croix. Dans ses poèmes il traite de l'amour, de la passion, de la beauté et de l'absence. Pour Ibn 'Arabî, la voie mystique n'est ni rationnelle ni irrationnelle : l'esprit s'échappe des limites de la matière. Contrairement à la philosophie, elle se situe hors du domaine de la raison. Ainsi, contrairement à la scission dessinée par Averroès entre foi et raison, la profondeur d'Ibn 'Arabî se situe dans la rencontre entre l'intelligence, l'amour et la connaissance. Aujourd'hui encore, Ibn 'Arabî est un auteur controversé dans l'Islam. Ses approches exégétiques, sa conception du messianisme à travers la figure emblématique du Mahdi suscitent des polémiques. Il reste une référence pour les écoles soufies qui voient en lui l'héritier spirituel de Mahomet. C'est à l'Espagnol Asin Palacios que l'on doit la redécouverte en occident des ouvrages d'Ibn Arabi, ainsi qu'à Henry Corbin. Ses oeuvres principales sont : La vie merveilleuse de Dhû-l-Nûn l'Egyptien - Le livre de l'Extinction dans la Contemplation - Le Traité de l'Amour - Le Traité de l'Unité - Le Voyage vers le Maître de la Puissance - Les Soufis d'Andalousie - Les Illuminations de la Mecque - La Sagesse des Prophètes - L'Alchimie du Bonheur parfait - L'interprête des désirs - L'Arbre du Monde - « Le dévoilement des effets du voyage », édition du texte arabe, traduction introduction et notes de Denis Gril, Editions de l'Eclat, 1994 et « La production des cercles », édition du texte arabe Nyberg, traduction et introduction Paul Fenton et Maurice Gloton, Editions de l'Eclat, 1996. [3] mystique musulman qui fit partie de la génération qui suivit immédiatement le Prophète. Il fut un des martyrs de la Bataille de Siffin qui vit la défaite du Calife Ali. [4] Silsilah ( 3D3D) ) signifie « chaîne ». Les Soufis utilisent ce mot afin de signifier un lignage de Cheikhs au sein d'un ordre soufi particulier. [5] Suspecté de propager la théosophie ismaélienne en Syrie, Soharwardi est arrêté sur l'ordre de Salah al Din (Saladin) et exécuté en la citadelle d'Alep le 5 Rajab 587 de l'Hégire (29 juillet 1191). Né trente six ans plus tôt à Sohraward au nord-ouest de l'Iran, ce philosophe pratiquant le soufisme et inspiré par l'oeuvre de Platon et d'Aristote est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages dont « Le livre de la sagesse » est considéré comme le chef-d'oeuvre. La pensée de Sohrawardi s'inscrit dans la tradition initiée par Al Farabi et Ibn Sina. Il a été démontré tardivement que sa pensée a influencé l'oeuvre de Rabbi David Maïmonide, chef de la communauté juive d'Egypte au XIVème siècle. Alors que l'oeuvre de Sohrawardi a occupé une place significative dans le monde arabe, il est remarquable qu'elle ne soit connue de l'Occident que depuis une période récente. [6] Mansur al-Hallaj en entier Abu al-Mughith al-Husayn ibn Mansur al-Hallaj, né vers 858 (ou 245 de l'Hégire), mort en 922 (ou 309 de l'Hégire) à Bagdad, était un poète mystique soufique, auteur d'une abondante poésie tendant à renouer avec la pure origine du Coran et son essence verbale. [7] Hafez de son vrai nom Khouajeh Chams ad-Din Mohammad Hafez-e Chirazi (en persan : .H',G 4E3'D/ÌF E-E/ -'A8 4Ì1'2 ) est un poète et un mystique persan né autour des années 1310-1337 à Chiraz (Iran) et mort à l'age de 69 ans. Il serait le fils d'un certain Baha-ud-Din. Hafez est un mot arabe, signifiant littéralement gardien qui sert à désigner les personnes ayant mémorisé par coeur l'intégralité du Coran. Il est surtout connu pour ses poèmes lyriques, les ghazals, qui évoquent des thèmes mystiques du soufisme en mettant en scène les plaisirs de la vie. Son mausolée est au milieu d'un jardin persan à Chiraz et attire encore aujourd'hui de nombreuses personnes, pèlerins ou simples amoureux de poésie, venus

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lui rendre hommage. [8] A'd od-Din Mahmoud Chabestari est un mystique soufi iranien ayant vécu au XVe siècle de l'ère chrétienne. On ne sait pas grand-chose sur sa vie, mais son oeuvre principale, la Roseraie du Mystère (Golchan-e raz), est un des classiques du mouvement auquel il appartient. C'est un poète encore très apprécié dans son pays d'origine, où se trouve son tombeau. [9] Le terme assassin, sous lequel on qualifie également la secte (La secte des assassins), aurait la même racine que haschish, une des drogues que le Vieil Homme aurait utilisées pour conditionner ses disciples. En effet, en arabe, « mangeurs de haschish » se dit aaaa+n (-N4NQ'4PJF ou -4'4JF sans les diacritiques). Cette hypothèse étymologique est cependant contestée par certains arabisants comme Amin Maalouf, qui donne dans son roman Samarcande (mettant en scène, entre autres, Hassan ibn al-Sabbah), une étymologie différente et somme toute moins évocatrice : le mot proviendrait de assâs, qui signifie « base, fondement ». Voir introduction [10] Sunan (Roi) Kalidjogovan (également appelé Kalidjaga) est crédité par certains pour avoir donné au jeu antique de Wayang sa forme actuelle. [11] personnage de Lewis Carroll : il apparaît dans « Au travers du Miroir », dans lequel il discute de sémantique et de pragmatisme avec Alice. « When I use a word, » Humpty Dumpty said, in rather a scornful tone, « it means just what I choose it to mean — neither more nor less. » [12] Ibn Arabî, voir note ii. [13] exégèse. [14] Alamut, le nom de la vallée où se tenait autrefois une forteresse réputée inexpugnable qui servit de base à la secte chiite hérétique des Nizârites, aussi appelée secte des Assassins. Alamut n'est pas le nom de la forteresse ; la forteresse s'appelle Qasir Khan, elle se trouve dans une vallée secondaire, à côté du village du même nom. Bien que cela soit une erreur, La forteresse est appelée communément Alamut (qui est en fait le nom de la vallée). Alamut est une vallée du massif de l'Elbrouz au sud de la mer Caspienne, près de la ville de Qazvin dans le nord-ouest de l'Iran actuel. L'origine du nom est incertaine, une signification possible étant « nid d'aigle ». Voir introduction [15] La « Grande Résurrection » : en 1162, Hassan II succède à son père Mohammed I. Il va totalement bouleverser les conceptions religieuses des nizârites. Lors du ramadan de 1164, il annonce au nom de l'Imam caché la « Résurrection » (qiyama), et abroge la loi islamique, notamment l'interdiction de boire du vin et le carême. Son règne sera bref, il est assassiné dix-huit mois plus tard par un opposant à la nouvelle doctrine. Son fils Mohammed II va consolider la nouvelle foi ; il ira même plus loin en se proclamant descendant direct de Nizar, ce qui ferait de lui un Imam (qui est le « vrai guide spirituel et temporel de toute la communauté islamique »). Hassan III met fin à cette hérésie et réinstaure la charia dès la mort de son père en 1210. Toutefois, à la différence de l'époque de son père, les nizârites se conforment désormais au rite sunnite, et abandonnent le chiisme. [16] qiyamat signifie « résurrection » et ruz est l'« année » on peut penser que cela se traduit par « année de la résurrection ». [17] La sharîa (charî'a , arabe : 4N1PJ9N) = la voie) est le code de jurisprudence religieuse musulman. Le terme est aussi utilisé en arabe pour : « ce qui a été légiféré [par Dieu] ». On a coutume de désigner sharîa en Occident sous le vocable de loi islamique. [18] Hadith (arabe : -/J+ , hadith ; tradition du prophète, pl. #-'/J+) est un terme arabe qui désigne des paroles ou actes de Mahomet considérés comme des exemples à suivre par les musulmans. [19] La notion de wahda al-wujûd (HP-/N)O 'DHO,OH/P ) est l'affirmation que la création est en Dieu et que Dieu est dans Sa création. Cette notion est en totale opposition avec le Dogme Islamique qui considère que Dieu est trop noble pour être dans Sa création, et que celle-ci est trop vile pour être en Dieu. [20] Ahmad ibn `Abd al-Halim ibn `Abd Allah ibn Abi al-Qasim ibn Taymiyya, Taqi al-Din Abu al-`Abbas ibn Shihab al-Din ibn Majd al-Din al-Harrani al-Dimashqi al-Hanbali (661-728). Un des érudits les plus influents de l'école Hanbali. [21] L'herméneutique (du grec hermeneutikè, art d'interpréter et du nom du dieu grec Hermès, nom du messager des dieux et interprète de leurs ordres) est l'interprétation de tout texte nécessitant une explication, notamment dans la critique littéraire ou historique et dans le droit ou même dans le cadre de la psychanalyse. On parle d'herméneutique pour l'interprétation des textes, en général, anciens, en particulier, voire de toute oeuvre que son herméneutique, dans le cas de l'art contemporain par exemple, est parfois appelée à recouvrir. Celle des écritures saintes qu'il s'agisse de Bible ou de Coran est un sujet qui demeure délicat. On désigne aussi par herméneutique la réflexion philosophique interprétative sur les symboles religieux et les mythes. [22] Fâtima (A'7E) [fTima], qui est sevrée), fille de Mahomet et de sa première femme Khadija, est née à La Mecque vers 606 et morte à Médine en 632.

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[23] Le dâ`i (arabe :/'9 [d`i], agent recruteur ; propagandiste ; apôtre) est un missionnaire chargé de créer un réseau de partisans. Cette technique de propagande religieuse s'appelle da`wa. Ce type d'organisation a été utilisé par les kharijites pour s'installer au Maghreb (VIIe siècle). Ce sont les ismaéliens au Xe siècle qui vont systématiser cette technique jusqu'à l'instauration de la dynastie fatimide depuis la basse Kabylie. [24] en français dans le texte. [25] Du grec Koine ±½Ä¹, contre, et ½¿¼¿Â, loi, ou sans loi (±½¿¼¹±), dans la théologie elle relève de l'idée que les membres d'un groupe religieux particulier ne sont sous aucune loi ou obligation d'obéir, ou sous aucune morale ou éthique. Les Antinomiens sont les opposés du légalisme. [26] Les adamites (ou adamiens) étaient un mouvement religieux intermittent inspiré par la nostalgie du Jardin d'Eden. Rattachés au christianisme, les Adamites tentaient d'imiter Adam avant la chute. Observant une abstinence sexuelle stricte, ils rejetaient le travail et vivaient nus le plus souvent possible. Après une notoriété rapidement éclipsée dans l'Antiquité (IIe siècle après J.-C.), les Adamites réapparaissent en Europe vers la fin du XIIIe siècle, en Autriche, en Bohème et en Flandres mais les pillages dont ils se rendent coupables ainsi que leur doctrines théologiques indisposent les autorités. Persécutés, les Adamites tentent de survivre mais, avant la fin du XVe siècle, ils auront tous disparu. Le fond de leur proposition était que « l'homme doit être aussi heureux ici-bas qu'il sera un jour dans le ciel » (Campanella (1568) Cite du Soleil) [27] Le Bouraq ((1'B [buraq], éclair) est un animal fantastique ailé représenté dans l'imagerie populaire avec le corps d'une cavale et le visage d'une femme. Il porte Mahomet de La Mecque à Jérusalem puis de Jérusalem au ciel au cours de l'épisode dit Isra et Miraj (signifiant respectivement en arabe : « voyage lointain » et « ascension »). [28] Nyai Loro Kidul (« Reine du Sud, » aussi connue sous le nom de Kangjeng Ratu Kidul) est une déesse javanaise de la Mer du Sud. [29] L'Islam orthodoxe comporte « 5 piliers » qui sont 5 obligations importantes qui doivent être respectées par toute personne responsable (pubère, saine d'esprit et ayant entendu l'appel de l'Islam). Le premier pilier, la Chahada, est l'attestation de foi de la croyance en Dieu, c'est la plus importante. Les prières : 5 quotidiennes (Salat, As-salaat). L'aumône : la zakat (Az-zakaat) est l'aumône aux plus pauvres dans les proportions prescrites. Le jeûne du mois de ramadan : (saoum, As-siyam) du lever du soleil à son coucher, le jeûne est prescrit. En cas de maladie qui l'empêcherait ou en état d'impureté (non tahar) (menstruation par exemple), ces jours doivent être rattrapés au cours de l'année. Il est recommandé de lire le Coran dans son intégralité durant ce mois, ainsi que l'a fait Mahomet. Le pèlerinage à La Mecque : (hadj, Al hajj) au moins une fois dans sa vie si le croyant ou la croyante en a les moyens physiques et matériels. [30] La dynastie des Hachémites, est une famille de bédouins descendant du Prophète Mahomet régnant sur la Jordanie depuis le 10ème siècle environ. [31] Les Qarmates ou (rarement) Karmates (arabe 'DB1'E7) ) sont une branche dissidente de l'ismaélisme. Ils sont tantôt décrits comme des révolutionnaires « communistes », tantôt comme une secte guerrière. [32] La SAVAK (Persan : 3'H'©, acronyme de 3'2E'F '7D'9'* H 'EFÌ* ©4H1 Sazeman-i Ettelaat va Amniyat-i Keshvar, Organisation pour l'Intelligence et la Sécurité Nationale) était le service de sécurité domestique et le service de renseignement de l'Iran entre 1957 et 1979. [33] Cotton Mather (12 février 1663, Boston, Massachusetts, États-Unis - 13 février 1728, Boston, Massachusetts, États-Unis) était un ministre du culte puritain, auteur prolifique et pamphlétaire, fils du révérend Increase Mather. Cotton Mather appuya son père lorsque celui mettait en garde les juges des procès des sorcières de Salem contre la recevabilité des témoignages de spectres (témoignages de victimes de sorcellerie affirmant avoir été attaquées par un fantôme prenant la forme de quelqu'un qu'elles connaissaient). Il eut également un rôle éminent dans la promotion du vaccin contre la variole, bravant la désapprobation de la communauté puritaine et allant jusqu'à inoculer son propre fils, qui faillit en mourir. [34] Le wahhabisme est une forme rigoriste de l'islam sunnite qui se fonde sur l'enseignement de Mohamed ibn Abd al-Wahhab (1703 - 1792) ; elle est dérivée du hanbalisme. Il s'agit de la principale forme de fondamentalisme musulman dans le monde contemporain. Le texte fondateur de cette forme de l'islam est le Kitab at-tawhid (en arabe, le Livre du monothéisme). Le mot wahhabisme (wahhabiyyah en arabe) a été forgé par les détracteurs soufis d'Ibn Abd-Al Wahhab, reprenant le nom d'une ancienne secte kharidjite. Ses adeptes ont toujours refusé cette appellation. [35] Le gamelan est un ensemble instrumental indonésien, de type traditionnel, composé principalement de percussions : parmi celles-ci des gongs, des métallophones, des xylophones, des cymbales, des tambours, parfois des flûtes. Ce terme s'applique à la fois au groupe d'instruments que pour les joueurs des dits instruments. [36] Le batik (mot javanais) est une technique d'impression des étoffes pratiquée dans des pays tels que le Burkina Faso, la Chine, l'Indonésie, l'Inde, le Sri Lanka etc. Le procédé consiste à appliquer une teinture sur un tissu après avoir masqué certaines zones avec de la cire de manière à les préserver. Après séchage, la cire est fondue puis l'opération peut être renouvellée avec une autre couleur et ce autant de fois que nécessaire. Au final on obtient un tissu où se mèlent différents tons juxtaposés ou superposés.

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[37] La Kebatinan est un ensemble de pratiques traditionnelles qui enseigne la réception et la mise en valeur de la réalité (le mot dérive de batin, réalité). Les différentes disciplines sont destinées à aider à connaître et à utiliser les sens mieux et de percevoir la réalité plus clairement. La forme traditionnelle de la kabatinan est une série de tapa (jeûnes, disciplines et austérités) qui sont généralement pratiquées en secret, avec la relation entre le maître et l'élève (guru et murid) qui doit rester secrète. [38] en français dans le texte. [39] Ouroboros désigne le dessin d'un serpent ou d'un dragon qui se mord la queue. Il s'agit d'un mot de grec ancien ¿ÅÁ¿²¿Á¿s, latinisé sous la forme uroborus qui signifie littéralement « qui se mord la queue ». Ce symbole apparaît souvent sous la forme d'un double serpent se mordant respectivement la queue l'un de l'autre. [40] saveur [Zawq] : terme technique dans le soufisme qui signifie le « goût » de l'expérience mystique, souvent une qualité qui ne peut être décrite par les mots. « Celui qui ne goûte pas, ne sait pas » (dicton arabe). [41] émotions, sentiments [42] Mot arabe qui renvoie à la notion d'audition spirituelle. Le sama fait partie des pratiques spirituelles du soufisme, parmi lesquelles on trouve notamment le dhikr (invocation des noms divins), la lecture du Qur'an, la récitation de prière sur le prophète Muhammad. Les séances de sama constituent une modalité particulière de l'invocation divine au sein des confréries soufies. La poésie mystique chantée a capella dans le sama associe les thèmes de l'amant et de l'aimé, de l'ivresse spirituelle, de la nostalgie de la séparation...

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