Le LAND ART en quelques images

Ce diaporama, élaboré pour le stage « Territoires et Arts Visuels - 2008 » a pour objectif de montrer en quelques images les œuvres majeures et les artistes fondateurs de ce mouvement artistique. Il n’est pas exhaustif car beaucoup d’artistes n’y figurent pas. Des références bibliographiques sont jointes en annexe.
A. M. Amoretti

Michael HEIZER : Crevasses (Rift) – 1968

158 m X 4,5 m X 3 m au fond d’un lac asséché du Nevada Ŕ L’œuvre est détériorée.

Le travail réalisé veut témoigner du pouvoir de transformation de la nature; les formes creusées s’estompent progressivement avec l’érosion du temps: le site est alors repris par la nature. L’artiste crée une relation dynamique entre l’espace et le temps; l’œuvre vit et se transforme pour finalement disparaître-.

Mile Long Drawing (dessin d’un mile de longueur) - 1968

Walter de MARIA – Michael HEIZER :

L’œuvre est détruite: il s’agit d’un dessin à la craie de 2 lignes d’un mile de longueur, sur le fond désertique d’un lac asséché. Cette œuvre montre la relation de l’artiste avec le terrain, le lien symbolique qui l’unit à la terre: il était nécessaire, selon les artistes, de parcourir le mile de l’œuvre pour faire l’expérience de la spécificité du lieu.

Denis OPPENHEIM : Annual rings - 1968

Cette œuvre suit le tracé de la frontière entre les USA et le Canada et dessine dans la neige des cercles inspirés de ceux qui marquent la croissance annuelle des arbres. La frontière invisible est l’élément conceptuel qui donne à l’œuvre sa connotation politique: en 1968, les jeunes américains franchissaient cette frontière pour ne pas faire la guerre du Vietnam. Les cercles deviennent le symbole du temps, de la jeunesse et de sa destruction potentielle. On soulignera le caractère éphémère de l’œuvre qui ne résistera pas au passage des saisons.

Asphalt Rundow (déversement d’asphalte) - 1969
Smithson est une des figures emblématiques du Land Art américain. Cette œuvre a été décriée, notamment par les écologistes, l’accusant de faire le contraire de ce qu’il voulait dénoncer. Il s’agit d’un déversement d’asphalte effectué sur la pente d’une colline érodée, dans le secteur abandonné d’une gravière; en s’écoulant, l’asphalte se mélange à la terre et remplit les ravines. L’artiste peint avec l’asphalte sur le paysage, il le sculpte, le façonne, le modèle.

Robert SMITHSON :

Grass Grows (l’herbe pousse) - 1969

Hans HAACKE :

Œuvre présentée à Ithaca (état de New -York) Terreau et ray-grass

Ithaca est la «terre de naissance » du mouvement du Land Art américain. Le titre de l’oeuvre indique à lui seul le sujet et le propos: voir dans la croissance organique une composante essentielle de l’écosystème a été l’une des premières propositions de ces artistes, propositions explorées par la suite avec des œuvres d’art « écologiques » plus élaborées.

Michael HEIZER : Double négative – 1969/1970
Cette œuvre célèbre le déplacement. L’artiste a fait creuser au bulldozer deux tranchées de 15 m de profondeur, de part et d’autre d’un étroit ravin au bord de la Virgin River Mesa. Une ligne imaginaire (large de 13 m et longue de 457 m) fut ainsi tracée, une partie de l’abîme remblayée, et plus de 244800 tonnes de grès et rhyolithe furent déplacées. La galerie Dwan finança l’œuvre (10 000 dollars) et en fit don au Los Angeles of Contemporanity Art. La structure a été créée en partant du vide et non du solide. L’ampleur de l’œuvre rivalise avec l’immensité de la nature. La spectateur peut se promener dans la nature comme s’il s’agissait d’un bâtiment. L’œuvre a été décriée par les écologistes de l’époque. L’exposition des photos prises de l’intérieur de la tranchée fut très controversée. Un critique jugea que cela « blessait le terrain». Heizer a déclaré: « j’ai commencé à faire ce truc en pleine guerre du Vietnam. Il semblait alors que le monde allait à sa fin, au moins pour moi. C’est pourquoi je suis allé dans le désert et ai commencé à salir les choses »

Robert SMITHSON : Spiral Jetty - 1970
Lac salé, Utah: rochers, terre, cristaux de sel, eau Ŕ 450 m X 45 m La forme de l’œuvre est influencée par site d’où l’on extrayait autrefois du pétrole, et par une légende selon laquelle un tourbillon existerait au milieu du lac. Elle reflète également la configuration des cristaux de sel qui recouvrent les rochers. L’artiste a été attiré par la couleur rouge du lac Salé et fasciné par les forces de transformation de la nature: en effet l’œuvre est modifiée par l’action de l’environnement, elle est submergée par les eaux et, périodiquement, elle reémerge. Il a fallu remuer 6783 tonnes de pierres et près de 900 heures de travail ont été nécessaires.

Robert SMITHSON : Spiral Jetty - 1970

L’œuvre de Smithson vue d’avion: on constate que la plus grande partie est immergée, mais on perçoit bien la forme de la spirale et la couleur rouge, caractéristique des cristaux de sel du lac.

Buried poems (the last map) – 1969/1971
Carte topographique annotée à la main Les Buried poems (poèmes enfouis) sont des œuvres d’art privées. Nancy Holt (qui est la femme de Robert Smithson) les a dédiés à 5 artistes (Heizer, Leider, André, Perrault, Smithson) et a choisi des lieux d’enfouissement en fonction de caractéristiques d’espace et d’atmosphère qui, selon elle, évoquaient le dédicataire. Les poèmes ont été déposés dans des caissons sous vide, et une carte, donnant des indications permettant de les trouver et de les exhumer, a été dressée: elle portait à la fois la localisation matérielle et les caractéristiques de la personne concernée. Elle était aussi un espace symbolique dans lequel on pouvait donner une forme à la signification des poèmes. Nancy Holt fournissait aussi des détails sur l’histoire, la géologie, la flore et la faune du lieu, ainsi que des cartes, photos et spécimens de roches et végétaux.

Nancy HOLT :

Buried poems (the last map) – 1969/1971

Nancy HOLT :

Carnet contenant un « buried poem »: dessins, annotations, cartes, croquis…

Robert MORRIS : Observatory - 1971
Diamètre: 70 m Ŕ Pays-Bas Œuvre majeure du Land art qui ne soit pas installée sur le territoire des USA L’œuvre est constituée de deux anneaux de terre concentriques: l’anneau intérieur est formé de terre empilée contre une palissade de bois; l’anneau extérieur est constitué de 3 banquettes et 2 canaux. On accède à l’œuvre via un passage triangulaire ménagé dans la banquette ouest. A l’intérieur de la palissade, 3 ouvertures sont accessibles: l’une est orientée à l’est, selon 2 canaux parallèles terminé par 2 plaques d’acier disposée en diagonale (l’intervalle entre ces plaques marquant la position du soleil aux équinoxes); les 2 autres ouvertures indiquent la position du soleil aux solstices d’été et d’hiver. L’œuvre est conçue pour que l’on en tire une expérience esthétique, liée aussi à l’existence physique et temporelle; elle est envisagée comme monument et comme positionnement de l’homme dans le cosmos. « Observatory » fait référence à des monuments néolithiques, tels « Stonehenge », censés (selon une théorie populaire) avoir servi de calendrier. Elle est censée provoquer diverses prises de conscience du temps: le temps de la visite du site, le temps de l’histoire de l’homme.

Whirpool, eye of the Storm – 1973

Denis Oppenheim :

Tourbillon, l’œil du cyclone Avion, émission de fumée (secteur 1206 m X 6406 m), durée 1 heure Ŕ Californie
Un pilote d’avion, suivant les instructions radio données à partir du sol, a tracé dans le ciel le dessin d’une tornade grâce à un jet de fumée émis par l’appareil.

ANT FARM (Chip Lord, Hudson Marquez, Doug Michels): Cadillac Ranch - 1974
Installation réalisée au Texas Ŕ USA L’œuvre est constituée de 10 Cadillac différentes, à demi enfouies dans un champ de blé; l’installation est montée en 4 jours et inaugurée le cinquième. Elle se rapproche des « ready-made » car elle est composée d’éléments de production de masse emblématiques. La Cadillac est le symbole d’un certain statut social aux Etats – Unis dans les années 60, elle met en avant la réussite et l’aisance financière de son propriétaire. L’œuvre est comme une sorte de cimetière; elle stigmatise les valeurs sociales de l’époque et la manière dont l’objet de consommation pollue définitivement l’environnement.

The lighning Field (le champ de foudre) - 1977
400 piquets inoxydables plantés sur un terrain de 1mile X 1 Km L’installation est située dans le centre-ouest du Nouveau Mexique, à 2195 m d’altitude et 18,5 Km de la ligne de crête des Rocheuses. Les piquets sont polis et dotés de pointes aiguisées et disposés selon un quadrillage rectangulaire. L’électricité atmosphérique doit être à environ 61 m au-dessus de l’œuvre pour détecter les piquets et déclencher la foudre. Faire l’expérience de cette œuvre en relation directe avec la nature- les lumières changeantes, l’espace mouvant, la chaleur et l’attente de l’évènement – exalte les sens et donne au spectateur une perception différente de l’espace et du temps.

Walter de MARIA:

Betty BEAUMONT : Ocean Landmark Project – 1979/1980
Vues aériennes, cartes sous-marines, collages, photos: New-York Ŕ Etats-Unis Installation sous-marine expérimentale située au fond de l’Atlantique, constituée de 510 tonnes de déchets de charbon, un polluant potentiel, qui, grâce à un processus de transformation planifiée, est devenu le centre d’un écosystème prospère. Ces déchets alimentent à présent un florissant jardin sous-marin: 17 000 briquettes de ce type de charbon ont été fabriquées puis expédiées par bateau et immergées dans l’océan, sur le plateau continental à 64 km du port de New York. L’œuvre a commencé à modifier l’environnement sous-marin en 1980, créant un site favorable à la vie sous-marine, que l’on peut alimenter à loisir. L’œuvre a été enregistrée sur archives sonores, vidéos, photos et textes.

Ocean Landmark Project : The object – 1979/1980

Betty BEAUMONT :

Tas de briquettes de charbon: 366 X 152 X 71 cm Les briquettes ont été exposées avec le projet d’installation de l’œuvre sous-marine.

Richard LONG : Ligne d’ardoises - 1985
Musée d’art Contemporain de Bordeaux Une bonne partie de l’œuvre de R. Long repose sur son activité de marcheur: pendant plusieurs jours et dans des contées lointaines où l’homme a laissé peu de traces. C’est en 1967 qu’il effectue, comme il le dit lui-même « son premier chemin vers nulle part »; son intention était de marcher « en tant qu’art ». Dans ses premières œuvres, R. Long traçait des marques éphémères dans le paysage, réalisait des sculptures avec des matériaux naturels trouvés sur place; il a ensuite imaginé des sculptures de paysage, évoquant ses marches, plaçant des pierres dans une configuration géométrique simple (ligne droite, spirale, cercle), ces pierres étant les marques du temps ou de la distance. Ses marches sont aussi décrites dans l’œuvre par des cartes, des photos, des textes. Vers les années 70, il commence à transposer son travail « à l’intérieur », dans les galeries et les musées.

CHRISTO et JEANNE CLAUDE : Surrunnded islands – 1980/1983
Les îles entourées Ŕ 603 850 m²de tissu flottant autour de 11 îles à Biscayne Bay en Floride Christo et Jeanne-Claude sont mariés et collaborent depuis 1958 sur tous les projets; Christo est l’artiste et Jeanne-Claude l’organisatrice. Leur travail est monumental et éphémère; pour Christo, ce qui est important c’est « l’interactivité verbale avec le public qui fait partie intégrante de sa créativité. Un des œuvres les plus spectaculaires réalisée par Christo. Les 11 îlots étaient la décharge des habitants de Miami; elles furent nettoyées de 40 tonnes de déchets! La couleur rose n’est pas due au hasard, elle est représentative de la région et évoque la crème glacée, c’est la couleur des loisirs, du soleil, de l’artifice et de l’euphorie. L’installation évoque les « nimphéas » de Monet et prend toute sa dimension vue d’avion.

CHRISTO et JEANNE CLAUDE : Le Pont Neuf empaqueté – 1985

Christo et Jeanne-Claude ont travaillé sur tous les continents, à l’inverse des Land artists à l’initiative du mouvement dont le territoire de prédilection était les Etas-Unis. Pour le couple, l’œuvre est faite pour impressionner le public et lui donner une nouvelle vision: en effet, quand un monument est emballé, il recouvre une tout autre forme, une autre identité; on ne le reconnaît plus.

CHRISTO et JEANNE CLAUDE : Le Pont Neuf empaqueté – 1985

Le Pont neuf est le plus vieux pont de Paris, il est chargé d’histoire et de culture; de nombreux artistes l’on peint.
Le projet a été beaucoup controversé, il a fallu 10 ans pour le réaliser: emballé, le pont perd toute son histoire et son ancienneté pour devenir un édifice à l’architecture moderne; Il est empaqueté dans 40 876 m² de toile de polyamide dorée retenue par 13076 m de corde et 12 tonnes de chaînes d’acier.

CHRISTO et JEANNE CLAUDE : Le Reichstag – juin 1995

Berlin - Allemagne L’empaquetage du Reichstag a une valeur très symbolique. Cinq millions de personnes se sont déplacées pour admirer l’oeuvre

Patricia JOHANSON : Fair Park Lagoon – 1981/1986
Dallas Ŕ Etats-Unis Béton peint, eau, plantes aquatique Commande du Dallas Museum of Art. L’artiste s’est rendue compte en travaillant à son projet que le secteur était à l’origine un écosystème d’habitat humide très vivant. Après avoir nettoyé la lagune étouffée par les algues, l’artiste a réintroduit des plantes, des poissons et des reptiles pour rééquilibrer les chaînes alimentaires. A chaque extrémité du parc, un ensemble de sentiers, de passerelles et de bancs en béton peint dont la forme s’inspire des plantes aquatiques voisines incitent le spectateur à regarder, explorer, comprendre le lieu.

Patricia JOHANSON : Fair Park Lagoon – 1981/1986

Dessin préparatoire à la réalisation du parc. Sur le dessin, la forme des sentiers et passerelles ressemble à un végétal ou un animal sous-marin!

« Nid à saumons » bois flotté: 1987

Andy GOLDSWORTHY :

Les oeuves d’Andy Golsworthy s’inscrivent dans le paysage car, de manière générale, ses créations sont réalisées à partir de matériaux trouvés sur les lieux même où il les installe. Souvent éphémères, elles sont présentées en général sous forme de photos. Les interventions de l’artiste dans le paysage exaltent la beauté de la nature, mais aussi sa longévité ou sa brièveté. « …chaque œuvre croît, demeure et se dégrade, partie intégrante d’un cycle que la photo capte à son apogée, au moment où l’œuvre est la plus vivante;;;Processus et dégradation sont implicites… » A.G.

Andy GOLDSWORTHY :

Cairn ou Sentinelle

L’œuvre de Goldsworthy est jalonnée de sentinelles qui sont le fruit de ses rencontres avec des territoires et des hommes . Il les a construites au hasard de ses voyages (et commandes) avec les matériaux du lieu. On en trouve en Angleterre, mais aussi en France dans la vallée de l’Asse et dans la région de Dignes. La forme de la Sentinelle dépend de la nature de la pierre, même si une grande ressemblance existe entre les différents cairns. Le cairn apparaît comme un gardien, un protecteur du lieu et un repère important pour l’homme car sa fonction originelles est de baliser un chemin.

Andy GOLDSWORTHY : Stalactites de glace - 1987

Dumfriesshyre- Angleterre Ŕ janvier 1987 Des pointes épaisses de glace sont plongées dans la neige, puis dans l’eau et maintenues jusqu’à ce qu’elles tiennent ensemble. Pour la construction A. Goldsworthy utilise parfois des bâtons fourchus comme soutien, jusqu’à la prise de la glace.

Andy GOLDSWORTHY : galets autour d’un trou - 1987

Kinagashima-cho Ŕ Japon 7 décembre 1987 Plusieurs œuvres sont construites sur ce même principe d’un trou entouré de feuilles , de galets, de mousse… L’entassement, l’empilement des matériaux renforce le « noir » du trou, donne cette impression de profondeur et semble « aspirer » le regard du spectateur.

Quelques repères bibliographiques:
Land Art et Art environnemental – PHAIDON Christo et Jeanne-Claude – TASCHEN Art, Nature et Paysage – G. A. Tiberghien – ACTES SUD

Andy Goldsworthy – A. GOLDSWORTHY
L’artiste contemporain et la nature – Colette Garraud – HAZAN Rivers and Tides – film de Thomas RIEDELSHEIMER (sorti en 2001)

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