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Boule à mythes, par Bophana Thomas

Boule à mythes, par Bophana Thomas

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Auteure montréalaise de deux précédents romans à fiction, « Secrets d’alcôve » et « La Plage Rouge », publiés aux Éditions Dédicaces, Bophana vous propose sa toute première collection de contes, catégorie jeunesse. Elle vous présente cinq histoires dans son premier tome qui sauront toucher votre cœur sensible et vous emporter ailleurs qu’ici.
De la Sardaigne au cœur de Nottingham, Salomon au pouvoir extraordinaire laisse sa quête de la fameuse pomme à la liseuse de bonne aventure pour un moment de gloire où les valeurs fondées sur la vie, l’amour et la famille règnent. De Montréal à Barcelone, Saul au cœur chancelant trouve sa clé en réalisant son plus grand rêve. Il ouvre la porte à la belle Juliette qui, à son tour, embarque avec un coup de pouce du destin sur un navire peuplé de pirates. Puis, traversant la Normandie, elle fait la rencontre inusitée du marchand de sable qui apprendra à Arthur que le temps est précieux. Nous ne vous en dévoilerons pas davantage. Nous laissons le mystère faire son œuvre.
« La vie ressemble à un conte ; ce qui importe, ce n'est pas sa longueur, mais sa valeur. »
Auteure montréalaise de deux précédents romans à fiction, « Secrets d’alcôve » et « La Plage Rouge », publiés aux Éditions Dédicaces, Bophana vous propose sa toute première collection de contes, catégorie jeunesse. Elle vous présente cinq histoires dans son premier tome qui sauront toucher votre cœur sensible et vous emporter ailleurs qu’ici.
De la Sardaigne au cœur de Nottingham, Salomon au pouvoir extraordinaire laisse sa quête de la fameuse pomme à la liseuse de bonne aventure pour un moment de gloire où les valeurs fondées sur la vie, l’amour et la famille règnent. De Montréal à Barcelone, Saul au cœur chancelant trouve sa clé en réalisant son plus grand rêve. Il ouvre la porte à la belle Juliette qui, à son tour, embarque avec un coup de pouce du destin sur un navire peuplé de pirates. Puis, traversant la Normandie, elle fait la rencontre inusitée du marchand de sable qui apprendra à Arthur que le temps est précieux. Nous ne vous en dévoilerons pas davantage. Nous laissons le mystère faire son œuvre.
« La vie ressemble à un conte ; ce qui importe, ce n'est pas sa longueur, mais sa valeur. »

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BOULE À MYTHES, par BOPHANA THOMAS

Dépôt légal : Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec Un exemplaire de cet ouvrage a été remis à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte

ÉDITIONS DÉDICACES INC 675, rue Frédéric Chopin Montréal (Québec) H1L 6S9 Canada www.dedicaces.ca | www.dedicaces.info Courriel : info@dedicaces.ca © Copyright — tous droits réservés – Éditions Dédicaces inc. Toute reproduction, distribution et vente interdites sans autorisation de l’auteur et de l’éditeur.

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Bophana Thomas

Boule à mythes

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il y a aussi les hommes. là où règnent les chevaliers vaillants. Leurs histoires changeront peut-être. il existe les contes et les légendes. Nous ferons ensemble un voyage inoubliable dans l’univers étonnant et fabuleux des êtres humains où les rêves dépassent parfois la réalité. il existe un secret. – Je vous souhaite une belle lecture. un mystère. votre vie. Aujourd’hui. En chacun de nous.Boule à mythes Depuis la nuit des temps. je vous invite à pénétrer dans ma boule à mythes. Les personnages sont touchants et extraordinaires. une aventure. Venez sans crainte avec moi dans ma boule à mythes. Tournons lentement la page afin de ne pas les effrayer car ils ont l’âme fragile. rendez-vous de l’autre côté ! DE L’AUTEURE 7 . Elles ont fait de notre enfance un havre de paix et de bonheur. Il n’y a pas que les créatures imaginaires qui font rêver. un jour. Elles ont peuplé notre imagination. les sorcières et les loups garous ? Leurs histoires ont fait le tour du monde. Elles ont traversé le temps. Qui ne connait pas le pays des merveilles.

8 .

Il sauta en bondissant sur son lit trop grand. maman ! À demain. Tu es très spécial. C’était comme ça toutes les nuits. Chaque objet prenait soudainement une forme extraordinaire et ses jouets semblaient prendre vie autour de lui. au mois de novembre. Il aimait particulièrement la nuit où il pouvait parler à tous ses amis imaginaires.La pomme de Salomon Dans un petit coin de la ville de Sardaigne. Je t'aime plus que tout au monde. un petit garçon nommé Luigi venait d'enfiler ses petits bas rayés rouges et bleus. Il tomba rapidement dans un profond sommeil. et je te le rappellerai tous les jours de ta vie. Luigi était à présent plongé dans la totale noirceur de sa chambre. – Je t'aime comme l'océan. mon enfant. – Bonne nuit mon ange. Souviens-toi toujours de ce que maman te dit. lui murmura-t-elle à l'oreille avant d'éteindre la lampe de chevet. Il embrassa sa mère qui finit de lui raconter une belle histoire avant de s’endormir. 9 .

Ça arrive même aux adultes. Luigi ? – Pourquoi les autres enfants rient toujours de moi ? – Oh mon fils ! Tu es un garçon exceptionnel. Il ne parlait pas à personne. il embrassa son fils sur le front en lui souhaitant une bonne journée. Il entendit encore ses parents se quereller dans la cuisine.Le lendemain. Fais attention à toi. – Je t’aime mon petit cœur. C’était difficile pour Luigi de comprendre ce qui pouvait bien les acharner à ce point. Pourquoi as-tu des étoiles dans les yeux ? – Je ne sais pas. les enfants font des choses qu’un autre enfant ne comprend pas. Il se leva tranquillement. – Comment a été ta journée mon petit cœur ? lui demanda sa mère en l’aidant à enlever son manteau. Avant de quitter le véhicule. Traversant le couloir qui séparait sa chambre de la salle de bain. À pas de tortue. sa mère s’écria en l’apercevant : – Mon ange. À l’heure de la collation. ce dernier se réveilla en se frottant les yeux avec ses doigts de lutin. mais il ne semblait pas être malheureux. répondit-il en le quittant sans tarder. il alla se brosser les dents en silence. Ne l’oublie jamais. Il arrive que certains enfants rient parce qu’ils ne 10 . Luigi rentra le cœur lourd. son père le reconduisit à l’école. Maman ? – Oui. C’était devenu une habitude de manger tout seul. d’accord ? – Oui papa. Les enfants ne cessèrent de le dévisager parce qu’il était toujours à l’écart du groupe. Luigi était assis au beau milieu d’une immense table. un gamin lui lança des surnoms en passant devant lui. Alors qu’il mordait à pleines dents dans son sandwich que sa mère lui avait préparé avec amour. hésita ce dernier à dire. À son retour de l’école. Il vivait dans son propre petit monde. je suis désolée de t’avoir réveillé ! Luigi l’ignora en refermant tristement la porte derrière lui. Tu sais parfois. Après son petit déjeuner.

jeune garçon ! lui ordonna-t-il en ramassant la pomme. N’as-tu pas encore réussi à en cueillir une parmi tous ces arbres ? Il m’a fallu beaucoup de temps. voire des années. ça fait déjà plusieurs fois que je te vois ici. le regard attendri dévoilant ses rides prématurées sous les yeux. Donnez-moi la pomme ! Luigi lui tendit gentiment sa petite main. – Pardon. son fruit favori. Luigi monta dans sa chambre. Cette pomme est à moi. Il préférait les rouges surtout car elles étaient bien sucrées et croquantes. un homme moustachu. portant un chapeau de magicien. Je l’ai vu avant vous. Il faut préserver la nature et honorer ses beaux fruits qu’elles nous offrent. Il y eut soudainement des enfants qui couraient à sens inverse alors que Luigi marcha seul vers un grand arbre situé à quelques mètres de lui. pour parvenir à les planter un par un. Il reconnut l’odeur des pommes. – Quel est ton prénom ? – Luigi. Alors que Luigi se précipitait pour la ramasser.comprennent pas que les autres enfants peuvent être différents par leur manière de s’habiller. l’arrêta. Ne t’inquiète pas. Il vit une magnifique pomme rouge qui se trouvait par hasard sur l’herbe. – Ah bon ? Qu’en sais-tu ? Tu n’as même pas levé les yeux une seule fois. monsieur. il ouvrit son premier cahier en complétant son devoir. Une heure passa. – Mon cher Luigi. – Moi aussi ! Je vais faire mes devoirs. Par la suite. Il mit son pyjama bleu préféré. Et il arrive que certains enfants rient pour s’amuser entre eux parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire. 11 . – J’ai faim. Les aiguilles de l’horloge posée sur la table de chevet pointèrent sept heures tapant. leur manière de parler ou leur manière de se conduire. – Ce n’est pas vrai. tu es un enfant comme tous les autres et je t’aime.

On aurait dit qu’un miracle s’était produit. monsieur. Depuis. Luigi ? – Les enfants n’ont pas de pouvoir. je te promets des centaines de pommes pour ta famille et toi. mon garçon. pour moi. – Appelle-moi Salomon. Il ne faut rien briser car cette vie est précieuse. Un jour. Chaque partie de cet arbre évoque la vie. on fait tout ce qu’on peut pour l’obtenir. pour le reste de vos vies. Je suis ton ami dès à présent. Je suis trop petit. – J’aimerais que tu ailles me cueillir la plus grosse des pommes dans cet arbre. il ne cesse de grandir et de nous donner des magnifiques pommes. là-bas ? – Oui. – Il y en a tellement. 12 . Si tu réussis. – N’as-tu pas confiance en tes pouvoirs. – C’est trop haut pour moi. Quand on veut vraiment quelque chose. – Vois-tu cet arbre. Il est gigantesque ! – C’est un arbre spécial. Je croyais qu’il allait mourir au fil des saisons alors je l’ai abandonné. Il était malade. Ce sont seulement les magiciens avec de grands et longs chapeaux comme vous qui ont des pouvoirs magiques. comment vais-je reconnaître la plus grosse ? – Tu sauras bien la trouver. Je préfère attendre que les pommes tombent. en une seule nuit. l’arbre m’a montré son désir de survivre.– Je ne peux pas. Au moment où j’ai cru que c’était la fin. je n’y arrive jamais. – Je ne parle pas nécessairement de pouvoirs magiques. une par une. Un vent souffla au loin. l’air attristé. Salomon toucha la tête de Luigi en le regardant droit dans les yeux. – Et si j’échoue ? Salomon recula de quelques pas. je suis arrivé et ses feuilles ont recommencé à pousser.

Il sautilla plusieurs fois sans atteindre une seule pomme. lui dit sa mère en ramassant le magicien qui traîna sur le plancher. exaspéré. faites attention à mon fils ! En plus. tu réussiras. Il faut essayer plusieurs fois et avec patience. – Il ne faut jamais mésestimer les pouvoirs que tu as. Voyons. rien. Je rentre chez moi. La porte de la chambre s’ouvrit promptement. J’abandonne ! lui répliqua Luigi. mon petit. Un silence s’installa. j’ai mal. Luigi prit son courage à deux mains en s’avançant vers l’arbre miraculeux. – Maman ? – Oui mon fils ? Luigi réfléchit quelques secondes en silence. la plus grosse de toutes. – Non. Malheureusement.L’homme au chapeau sourit en s’agenouillant près de Luigi. Son regard brilla et il voulut à tout prix la cueillir. Les parents de Luigi l’emmenèrent ce matin au supermarché du coin. – Euh non. vous ne lui avez pas demandé pardon. Il étendit ses bras courts vers le ciel qui lui parut immense. Je suis désolée. il retomba sur ses fesses en soupirant après quelques échecs. mais j’ai eu l’impression que ce bout de marionnette te parlait. maman est épuisée. Puis il vit une pomme en or. C’est drôle. Le père de ce dernier se retourna en haussant la voix : – Madame. Les enfants jouèrent gaiement dehors. – C’est le temps du repas mon ange. Salomon l’observa au loin en s’écriant : – Exerce tes pouvoirs ! Tu peux y arriver. qui s’apprêtait à le quitter. Une vieille dame bouscula maladroitement le petit garçon avec son charriot. 13 . J’ai faim ! Quelques mois passèrent et le printemps s’installa. je délire maintenant.

Je m’excuse de t’avoir fait de la peine. comme si je suis une sorte de monstre. Ce n’est pas grave. Luigi observa sa mère fondre en larmes dans les bras de son père. le regard vide et sa canne à la main. elle est aveugle. Ne sois pas triste. le plus maigre et le plus faible. Je m’excuse. Ce n’est pas grave. – D’accord. Son visage se raidit subitement. Ses parents l’emmenèrent au 14 . – Luigi. Soucieux. Les feuilles des arbres changèrent de couleurs. Tu me rends très triste quand tu me dis toutes ces choses. tu as raison. En passant dans la cuisine. il appela ses parents en panique. arrête de dire des bêtises ! Je ne veux plus jamais t’entendre parler de cette manière. que se passe-t-il ? lui demanda sa mère en arrivant à toute vitesse. Les murs étaient ornés de jolis tableaux peints à la main. Je suis toujours le plus petit. Emmitouflé dans une épaisse couverture de laine. le plus beau et le plus fort ! La beauté d’une personne se perçoit avec les yeux du cœur. Un monstre. Tous les enfants de ma classe me regardent comme si je ne suis pas normal. – Je m’excuse. Luigi regarda la télévision avec ses parents. ça n’existe pas. Tu es tout à fait normal. Oui. Pourquoi cette question ? – Je sais que je suis différent. M’as-tu bien compris ? Tu es un garçon extraordinaire. il se leva pour aller boire un verre de lait. maman. – Me trouves-tu beau. Tu n’es pas un monstre. Le temps des moissons arriva à grands pas. – Luigi. mon chéri ! Bien sûr que tu es beau. – Papa. Plus tard. maman ? – Oh. Luigi enlaça ses parents avec toute sa force. mon ange. il s’examina dans le miroir qui était accroché dans le couloir. contre son corps minuscule et fébrile.La dame continua son chemin. Luigi. Tu es le plus grand.

Il reprit son élan en sautant de nouveau. il rentra à la maison.lit plusieurs fois ainsi et les nuits s’ensuivirent au gré du temps. quels pouvoirs ? Sur ces derniers mots. Un vent se leva. Il sauta en retombant sur ses fesses. Luigi se donna un grand coup d’élan en sautant le plus haut possible. – N’as-tu pas confiance en tes pouvoirs ? chuchota-til en prenant une grande respiration. Un immense verger s’ouvrit sous ses pas alors qu’il marchait vers l’arbre miraculeux. se répéta Luigi en se souvenant des paroles de Salomon. Luigi eut douze ans vers la fin de l’été. un des nuages prit la forme d’un chapeau. Ce soir. mais il ne parvint pas encore à l’attraper. Luigi étendit son petit bras vers la pomme en or en l’agrippant. Il n’aimait pas la rentrée scolaire. Il gagnait de la maturité en prenant l’allure d’un bel homme. Il s’agrippa avec peine et misère à une des branches branlantes de l’arbre. mais en vain. Il commençait alors à pleuvoir. l’air un peu nostalgique. Il ne faut rien briser car cette vie est précieuse. Il réussit enfin à l’attraper. Il chercha Salomon partout. En regardant un peu plus longtemps. La veille. Il reprit son courage à deux mains en tentant de cueillir la fameuse pomme en or. Ce fut sa première année du secondaire. Après tant de tentatives et de soupirs. On entendit les rires des enfants au loin. Il se fit un chemin entre le feuillage en faisant attention de ne pas briser les branches. sa mère avait soigneusement rangé sa chambre. La voix douce et aiguë d’une petite fille au bas de l’arbre retentit : 15 . Il réussit à effleurer la pomme en or. Ce fut le plus beau moment de sa vie. Je ne comprends pas. Luigi regarda le ciel alors que les nuages se dissipaient lentement. Ce dernier bondit sur son lit en fermant aussitôt les yeux. – Chaque partie de cet arbre évoque la vie. le fruit brilla de tous ses éclats. Au creux de sa main.

Luigi se réveilla en sursautant. tu es venu au monde avec les cheveux foncés. Elle croit que ta naissance est arrivée pour une raison et que rien n’arrive par accident dans la vie. De belles leçons de courage se livrent dans les moments de solitude les plus intimes. juste plus petit. tu avais les bras et les jambes courts comme s’ils n’avaient pas grandi. un visage parfait. mon petit. tous les enfants jouent ensemble dans le respect. Les gouttes de pluie tombèrent sur le visage blême des enfants. mais elle a fini par réaliser que tu étais normal. Je suis très fier de toi ! – Merci. j’ai réussi Salomon ! – Je savais que tu y arriverais tout seul. Tous les enfants doivent rentrer. Il aperçut le visage illuminé de sa mère. Tu étais un bébé en santé et c’est tout ce qui comptait pour tes parents. ils sont des nains comme toi. – Tu peux venir. Son cœur se figea lorsqu’il aperçut son ami Salomon qui lui tendit la main. Le ciel avait prédit ton destin alors que tes parents avaient beaucoup de peine. dix doigts et dix orteils. Tu vois. Un orage gronda au loin. Entre 16 . Tu es devenu sa plus grande joie et une bénédiction. tu n’étais pas un enfant comme tous les autres. À quatre mois. mon petit. – Approche. ici. Ta mère a consulté les meilleurs docteurs au monde qui lui ont dit que ce serait difficile d’avoir un bébé à son âge. les petites personnes arrivent à faire de grandes choses. Elle avait cinquante ans.– Tu dois redescendre ! Il y aura un gros orage. Tes parents souhaitaient avoir un enfant désespérément. l’amour et l’intégrité. Salomon saisit la pomme en or à son tour en souriant à Luigi. le sourire aux lèvres. Tu sais. Luigi discerna plein d’enfants qui l’observaient en silence. Ta mère n’aurait jamais pensé qu’un jour. elle aurait un enfant qui attirerait les regards. Pourtant. Je vais te raconter une histoire. Puis il est survenu un miracle. Regarde autour de toi.

Tu seras content. Au seuil. on voudrait te montrer quelque chose.ses mains. Depuis ta naissance. il faut croire que la vie est belle. Des milliers de flocons de neige tombèrent du ciel en défilant devant ses yeux. Tu nous surprendras toujours. Ton père et moi. Luigi. Il suivit ses parents jusqu’au salon où il s’arrêta. il crut voir le magicien lui faire un clin d’œil. La neige ne cessa de tomber. au milieu de leur jardin. lui répondit son père. j’ai retrouvé ton magicien ! Mon petit cœur. Luigi obéit en prenant soin d’emporter son magicien avec lui. la porte s’ouvrit lentement. 17 . – Je t’assure que oui. papa ? demanda Luigi. Mon magicien me le dit toutes les nuits. habille-toi. – C’est un miracle ! murmura sa mère en larmes. – Voilà. – Ah bon ? enchaîna sa mère. Ce pommier vient de lui. Il y avait. – Oui je sais. Mon magicien a des pouvoirs magiques. Elle l’avait égaré sous le lit en faisant le ménage de sa chambre. Croyez-vous au miracle ? – Oui. À un moment donné. papa. On croit au miracle et tu en es un pour nous. Ce fut une nuit magique. – Maman. voyons. un grand pommier avec des centaines de pommes. Ses parents s’étreignirent en embrassant leur fils sur la tête alors que ce dernier serrait son magicien fermement contre son petit cœur. une nuit que Luigi n’oubliera jamais. ce pommier a repris vie alors qu’on était prêt à s’en débarrasser. On croyait que cet arbre était mort. de si belles choses nous arrivent et aujourd’hui. Les jouets ne parlent pas. J’aimerais que tu viennes avec moi. elle tenait son magicien bleu. – Luigi. mon chéri.

Elle portait toujours un long manteau noir sans capuchon. les gosses la croisèrent en lui jetant du pain au beurre d’arachide qu’elle savoura avec une joie admirable. elle avait un sombrero noir ramassé dans une poubelle publique. – Bonjour mon enfant. Tous les jours après l’école. ni de maison. 18 . dans une ville peuplée d’habitants avides de richesse et de gloire. il semblait triste debout seul sur le bord du trottoir givré. les lèvres gercées. Pour se couvrir la tête dont les cheveux étaient gras. dit-elle en lui souriant. Ce matin. Elle n’avait pas de nom. Toutefois. elle fit la connaissance d’un petit garçon aux yeux angéliques. C’était l’hiver. Les commentateurs à la radio prédirent un mois de janvier glacial. Depuis de nombreuses années. ni de famille. elle rôdait dans le même coin à la quémande de charité et de nourriture.La liseuse de bonne aventure Au cœur de Nottingham à Londres. couleur de l’océan. vivait une vieille femme solitaire. troué jusqu’aux manches. On la surnommait la sorcière de Nottingham.

– S’il-te-plaît. – N’aie pas peur de moi. De sa poche. elle sortit une énorme boule de verre qu’elle nettoya avec sa manche déchirée. pressés par habitude.Le gamin lui jeta un regard austère. l’enfant entendit son ami hurler : – Ne lui parle pas. c’est une sorcière ! Elle est sale et elle va te jeter un mauvais sort. elle quêta de nouveau sur la rue pour de la nourriture. Elle reconnut. As-tu quelque chose à m’offrir ? – Je n’ai rien à donner. La nuit était froide. Plus loin. Je n’ai pas mangé aujourd’hui. mon garçon. Des piétons. Au loin. Il se retourna en tentant de l’ignorer. La pauvre femme dormit sur un tas de boîtes de carton abandonnées à l’entrée d’une ancienne école. je ne te ferai aucun mal. la voiture blanche de son petit garçon. – Je ne suis pas votre garçon ! – C’est une façon de parler. – Bonjour madame la sorcière. Je ne dois pas parler aux inconnus. Le jeune garçon traversa rapidement la rue pour rejoindre son père qui l’attendait dans sa voiture de luxe blanche au coin de la rue. en levant les yeux. lui dit-elle en grattant ses cheveux malpropres. la vieille femme retrouva son coin habituel en s’installant confortablement. La mendiante lui tendit ses bras en tremblant sous son manteau. Elle attendit l’arrivée des enfants. Elle arrêta des piétons pour quelques pièces de monnaie en échange de leur lire l’avenir. À l’aube. – Bonjour Lucas. Comment connaissezvous mon nom ? 19 . Elle mangeait tout ce qu’elle pouvait trouver sur son passage. J’ai faim. la regardaient avec des airs nobles et lassés en s’éloignant d’elle.

– Les sorcières savent tout. Ce n’est pas la première fois que nous nous rencontrons. lui répond ce dernier. je n’ai aucune raison de te mentir. persistant. 20 . – Comment vous appelez-vous ? C’était Lucas avec son sac à dos bleu. l’air confus. Elle attendit impatiemment le retour de Lucas. Les heures s’écoulèrent. Quelque chose glissa soudainement de sa poche. – Mon garçon. – Promets-moi que tu reviendras me voir plus tard. – Je n’ai pas de nom. Le ciel s’assombrit. – Quel est votre nom ? lui redemanda-t-il. La mendiante la reprit rapidement en scrutant Lucas du regard. Celle-ci toucha les joues du gamin qui recula aussitôt. elle remit la photo dans sa poche.Le soleil illumina le visage blême de la mendiante. La mendiante sortit sa boule de verre sans la quitter des yeux. Des adolescents traversèrent le trottoir en la dévisageant. – Tu as les joues douces. Une petite voix surgit derrière elle. Tout le monde a un nom. La sirène d’une ambulance retentit au loin. Appelle-moi ce que tu voudras. Qui êtesvous ? – Je suis la sorcière de Nottingham. Agacée. Le gamin fronça les sourcils. – Je ne vous crois pas. Au revoir ! La mendiante jeta un coup d’œil à son pot rempli de monnaies qui scintillèrent sous les rayons du soleil. – Je ne suis pas votre garçon ! s’écria-t-il. Je quête pour vivre et je lis l’avenir. Il lui tendit la photo de famille qui était tombée sur le trottoir. – Il faut que j’aille à l’école. J’aimerais lire ton avenir. – Je ne vous promets rien. – Cristal. mais la vieille femme continua de marcher.

Lucas baissa les paupières en soupirant sous son foulard orange. Ta mère te manque beaucoup depuis qu’elle est partie. Je vois des tas de magnolias et des orchidées. Les gamins disparurent au loin. Ses tendres souvenirs de jeunesse revinrent à la surface. Elle était alcoolique et elle sortait tous les soirs. il neigeait. mon père lui a ordonné de partir. Elle était trop jeune. une petite voix la fit sursauter. Elle a oublié de prendre soin de nous. Elle sourit timidement. – C’est malheureux. elle est malade depuis un an. – Ta mère ne vous a jamais oubliés. Elle s’arrêta devant une vitrine d’une pâtisserie populaire. Un jour. Ce matin. Il y a des larmes. j’en suis convaincue. alors que ces derniers dénigraient la mendiante en l’insultant de nouveau. – Oui. Lucas revenait souvent voir la mendiante en lui apportant du pain et des fruits. Elle eut l’eau à la bouche en voyant tous ces jolis gâteaux défiler devant elle. Les amis de Lucas vinrent le rejoindre. On ne l’a plus revue depuis cette nuit. Je vois que tu as une petite sœur. – Ma mère nous a abandonnés. mais il était trop tard. Les nuits s’ensuivirent dans le calme et le froid. Il lui a dit de disparaître de nos vies à tout jamais. répondit-elle en souriant au coin des lèvres.– Cristal ? Comme une boule de cristal ? – C’est exact. La mendiante se promenait sur la rue avec sa boule de cristal. Ma sœur nous parle toujours d’elle. Les semaines passèrent et l’hiver s’acheva. – Ah bon ? Qu’en savez-vous ? Vous n’étiez pas là. 21 . Elle a une maladie au cœur. les yeux remplis d’eau. Soudain. une rivière de larmes qui coule à travers tes beaux petits yeux bleus. Je vois que tu vis dans une grande maison avec un grand jardin de fleurs. Ma mère a passé des nuits entières à pleurer en lui demandant pardon. Il y eut un long silence.

L’hiver céda sa place au printemps. la mendiante ne revit plus son petit Lucas. – De rien. Les oiseaux chantèrent sur le haut des toits des maisons. Allons se balader. même si son père lui interdisait de la fréquenter. Ce fut leur routine tous les samedis matin. C’est l’argent que j’ai économisé depuis que maman est partie. – Tu es un gentil garçon. Elle était triste et anxieuse. Une lueur d’espoir parut dans les yeux de Cristal. Pourtant. Ils poursuivirent leur route vers un parc inondé de familles avec leurs enfants. elle était si belle et si jeune. – Vous ne devriez pas porter un chapeau. Sous le soleil radieux. cesse de me faire peur. lui confie Lucas en l’admirant. merci beaucoup. Il voulait à tout prix faire plaisir à Cristal. Pendant plusieurs jours. dit-elle en lui souriant chaleureusement. Ils parlèrent de tout et de rien. Il était très heureux de passer du temps avec elle. La mendiante devint la mère que Lucas n’avait pas la chance d’avoir. 22 . Aucun signe de Lucas jusqu’au soir où ils se croisèrent par hasard devant un centre commercial. Mais où étais-tu passé ? Le père figea soudainement sur place comme une statue de marbre. Ce dernier lança un regard froid en direction de son fils silencieux. Lucas découvrit avec stupéfaction le joli visage de Cristal qu’elle cachait constamment sous son sombrero noir. Lucas les insulta en leur lançant des boules de neige. Je suis timide. mon cœur ! Lucas. Des garnements croisèrent leur chemin en poussant la vieille femme. Cristal. après l’école.– Oh. Lucas acheta deux sous-marins et deux boissons gazeuses avec son argent de poche. – Je n’aime pas montrer mon visage. – Bonsoir Lucas. – Je suis désolé. Les bourgeons par milliers commencèrent à pousser dans les arbres.

23 . Sachez que vous êtes toujours la bienvenue à la maison. Bonne soirée. Je me sens mal de l’avoir fait. devenus complices d’une nouvelle amitié. Ils décidèrent de faire un bout de chemin ensemble. lui lança-t-il. l’appela-t-il à contrecœur. Ils firent des activités de plein air ensemble sans se soucier du temps. Le printemps était sa saison préférée. – Ce n’est pas la peine de me remercier. je suis la petite sœur de Lucas. Lucas était heureux à nouveau. Une fillette vint lui serrer la main en se frayant un chemin entre Lucas et son père. Pendant un mois. Cristal visitait la famille dans leur grande et modeste demeure. Ils sont adorables. – Bonsoir Cristal. Elle s’immobilisa en sortant de sa poche sa photo de famille qu’elle contempla longtemps dans la paume de ses mains. La dame t’a adressé la parole. répliqua Cristal. Rachel parle toujours de vous. J’ai ordonné à Lucas de ne plus vous voir parce que j’avais peur qu’il s’attache à vous. le père des enfants sortit en l’arrêtant. Il ne voulait plus me parler. Lucas leva les yeux vers la mendiante. – Je tiens à vous demander pardon. les larmes aux yeux. – Merci d’être revenue. Il m’en a voulu pendant des jours. C’est impoli de ne pas lui répondre. Alors que Cristal était sur le point de quitter la maison.– Lucas. À demain ! Celle-ci disparut dans le noir. Le petit cœur de Rachel allait de mieux en mieux au fil des jours. C’est tout à fait naturel. – Je m’appelle Rachel. Je réalise aujourd’hui combien il vous adore. – Merci. J’ai porté des jugements à votre égard sans même vous connaître. C’était la pleine lune dans le ciel. Enchantée de vous rencontrer ! Voulez-vous marcher avec nous ? Elle fit sourire instantanément son père et la vieille femme.

je vous en prie. – C’est une boule de cristal que j’ai trouvé dans les vidanges. l’interrompit cette dernière. 24 . mais l’amour que vous avez pour cette famille est inconditionnel. Vous quitterez bientôt la rue car il y a une famille qui vous attend depuis très longtemps. Plus loin. Je n’ai pas les moyens de vous payer. Je ne vous ai rien demandé. La mendiante l’écouta attentivement. Vous êtes en train de changer.Quelques semaines passèrent. Vous avez fait des erreurs dans le passé dont vous regrettez aujourd’hui. C’était l’été d’une nouvelle année. L’essentiel. Cristal tenta de cacher sa boule de verre. Lucas et Rachel jouèrent au ballon avec d’autres enfants au bord la mer. Je ne veux pas connaître mon avenir. Ce que je vais vous révéler changera votre vie. Elle s’arrêta devant une vitrine illuminée où elle aperçut une diseuse de bonne aventure. acquiesça la voyante en lui faisant signe de s’approcher. Ne la laissez pas vous filer entre les doigts cette fois. – Écoutez. Je ressens votre solitude et votre douleur. Elle avait un nom. Tout le monde fait des faux pas. je vois aussi du chagrin causé par un passé qui vous hante. La vie vous a donné une seconde chance. Vous avez acquis de la maturité et votre cœur. Par contre. Elle me fait bien gagner ma vie. Cristal et leur père se promenèrent main dans la main sur la grève. La sorcière de Nottingham n’existait plus. Le temps fila à toute allure. c’est de vous relever la tête haute. la mendiante entra. – Je vois que nous avons une chose en commun. – Arrêtez de parler. On ne l’appelait plus la mendiante. Ce n’est pas grave. Curieuse. ni la vieille femme de la rue. Cristal continua de lire l’avenir des passants sur la rue pour gagner quelques sous de plus. de la bonté. ça fait partie de la vie. mais en vain. – Vous êtes jolie.

de compassion et de sagesse pour regagner la confiance de sa famille. tout le monde commet des erreurs. – Adieu au passé ! Aujourd’hui est un nouveau départ. les querelles et les séparations. Cristal retrouva sa famille qu’elle avait abandonnée pour des folies de jeunesse. un parent ne cessera jamais d’aimer son enfant. Cristal tenu dans ses mains sa vieille photo de famille avec un léger pincement au cœur. – Même dans l’absence. Il arrive parfois qu’une mère ou qu’un père quitte sa famille pour se retrouver ailleurs pour des raisons que les enfants ignorent. Cristal apprit une belle leçon de vie. c’est la vie et l’espoir. – Tu nous as énormément manqué. Elle l’embrassa une dernière fois avant de la jeter à la mer. 25 . Elle renoua ses liens avec son mari et ses deux enfants chéris : Lucas et Rachel. L’absence n’est qu’une faille dans le temps. Tes enfants ont attendu ton retour depuis toujours. Je suis revenue pour rester. La distance finit par ouvrir une porte. Jeune ou adulte. Quelle que soit la raison. Il fallut beaucoup de patience. Il faut savoir pardonner quand on aime parce que la famille. mais l’amour triomphait toujours. je ne vous ai jamais oubliés. Vous êtes toute ma vie et je vous aime de tout mon cœur. L’amour triomphe toujours malgré les diversités. souffla-t-elle dans le vent.une allure élégante et une image parfaitement soignée.

26 . Il participait toujours à plusieurs activités sportives après ses heures de classe.La clé de Saul Habitant dans le quartier huppé de Westmount à Montréal. autour de la table. Ils venaient de célébrer leur nouvelle année. son père lui parlait vivement de faire un voyage pendant le temps des fêtes. Durant un souper du Shabbat. il était un enfant solitaire à la maison. Saul fréquentait la meilleure école de la ville. ce qui sembla déplaire à Saul. Pourtant. un garçonnet nommé Saul et ses parents sortirent ensemble de la synagogue. Il n’interagissait pas beaucoup avec les autres enfants. Il était le capitaine vedette de son équipe de football.

La petite amie de Saul tricha en l’appelant quelques fois sur son téléphone portable. il balaya gaiement le plancher en fredonnant une chanson. lui répondit son fils en mangeant sa salade cuite. Elle débarrassa les entrées et les salades pour servir les plats chauds. – Je vous aime aussi. Te souviens-tu d’elle ? C’est ta tante préférée. Nous sommes fiers de toi ! Tu sais que nous t’aimons beaucoup. À sa grande surprise. mon fils ! poursuit ce dernier en souriant à sa femme. Pendant les six derniers mois. j’ai bien envie. Pendant les jours qui suivirent. Elle ne dit aucun mot. – Ce sera notre cadeau d’anniversaire pour fêter tes seize ans. La soirée fut tranquille. malgré les restrictions. À la fermeture du restaurant. les gros écouteurs sur les oreilles. 27 . Sa mère embrassa son fils sur la joue. – Ce serait amusant. Saul se leva aussitôt pour l’aider. il leva sitôt les yeux en apercevant une femme qui se tenait debout pendant un moment à la porte. ses projets de famille tombèrent toujours à l’eau parce que Saul changeait d’avis à la dernière minute. son père lui coupa la parole. Saul travailla ce jeudi soir. Saul allait à l’école en réussissant tous ses examens avec des notes parfaites. Saul ôta poliment ses écouteurs en la saluant. que se passe-t-il ? N’as-tu pas envie de voyager avec tes parents ? – Oui. Il bossait dans le bistro italien du coin un ou deux soirs par semaine. Son père se décourageait par son désintéressément et son attitude négative face à ses bonnes intentions.– Nous irons visiter l’Europe et voir ta tante Mimi en Italie. – Saul. dit-il en buvant du vin rouge. Mais je voudrais… Avant que Saul finisse sa phrase.

Sa mère ressentit des frissons. Je t’ai entendu chanter. – Enchanté. s’exclama la mère en posant sa main sur le bras de son mari. Saul ramassa ses affaires en quittant le bistro par la suite. – Chéri. C’est juste pour m’amuser. Paola éclata de rire. Paola sembla réjouie par son agréable présence. Il rentra à la maison en chantant. ses parents regardaient leur série télévisée française. la femme du propriétaire. Soudain.– Oh. Entends-tu ? – Mais entendre quoi ? – Écoute ! Je crois que c’est notre fils qui chante làhaut. – Ah bon ! Pourtant. – Ah oui ? – Tu aimes chanter alors ? – J’adore chanter ! s’exclama Saul en souriant. mais on n’a pas eu la chance de se présenter. – As-tu déjà pris des cours de chant ? – Non. Je suis Paola. jamais. tu as une voix incroyable. Saul se tut aussitôt qu’il vit son père 28 . Je m’appelle Saul. La manière dont tu chantes me touche profondément. Paola. Un soir. Oh. lui confia-t-elle en s’approchant de lui pour lui serrer la main. Mais je chante quand je suis seul la plupart du temps. les yeux pétillants. J’ai trop honte de chanter devant les gens. c’est la première fois que je l’entends chanter comme ça. sa mère se redressa sur le divan en tendant l’oreille vers l’étage supérieur. excuse-moi ! Je n’avais pas l’intention de t’effrayer. – J’ignorais qu’il savait chanter. Son mari se leva pour aller voir son fils. Saul. C’est un prénom très original. – Enchantée. Saul finissait tranquillement ses devoirs dans sa chambre. On s’est croisé quelques fois.

Il a toujours dit que ces concours sont une perte de temps et c’est pour les débiles. Saul dévora son sous-marin au poulet que sa mère lui avait préparé avec beaucoup d’amour. on n’arrive pas à écouter notre émission. comment vas-tu ? – Je vais bien et vous ? – Très bien. Il rencontra sa petite amie en fin d’après-midi en lui chantant une chanson en hébreu. – Je sais. Paola lui tendit un pamphlet. Il n’y a aucune place pour le chant dans ma vie. Ce dernier lui jeta un regard réprouvant et autoritaire. Elle lui fit signe de venir la voir. Assis sur un vieux banc d’école. ta mère et moi. C’est inutile. Saul baissa tristement la tête. Il revit la femme du propriétaire. J’ai quelque chose pour toi. l’idée de participer au concours de chant grandit dans l’esprit de Saul. mais je ne veux pas décevoir mon père. – Saul. Saul la quitta. merci. – Bonsoir Saul. – Je suis désolé. mais mon père a sacrifié sa vie pour moi. Il finit sa journée au casse-croûte. ne rentre pas trop tard. Au fil des jours. Je suis enfant unique. Il souhaite que je devienne un avocat ou un ingénieur. 29 . Cependant. Il prit le temps de le lire en soupirant. – Ce n’est pas ton père qui vivra tes rêves pour toi. Ses camarades le saluèrent en passant. C’est un jour d’école demain.ouvrir la porte de sa chambre. Il m’a tout donné. lui répondit-il en baissant la tête. Je n’irai pas. il faut m’oublier. – Mon père ne voudra jamais que je participe à ce concours. c’est promis. J’aimerais bien. – D’accord. – Oui. Je vais prendre l’air. Elle parut heureuse de le revoir. assise seule sur une des tables.

ce fameux concours ? Tout le monde en parle. – Il aime chanter. Je crois que nos voisins ont inscrit les jumelles Saba la semaine dernière. Le grand-père prit une gorgée de vin rouge. le père de Saul ne cessa de dévisager son fils. Entre les discussions. Je trouve ça absurde ! Je ne laisserai personne juger des capacités de mon fils. Un soir. ce sont de biens grands mots. Qui parle ici de chanter pour vivre. – Oui je comprends. Merci de la leçon ! – Je ne t’apprends pas à élever Saul. Mal à l’aise. tu devrais l’écouter. nous l’entendons chanter depuis longtemps et il a une voix incroyable. Je crois que ton fils a un don magni30 . Tu sais. je sais comment élever mon fils.il n’osa pas en parler à ses parents. – Aimer chanter. Saul lança un regard animé en direction de son grand-père. Saul se leva. J’ai entendu dire que Saul aime chanter. Ce dernier obéit sans rouspéter. Il faut le laisser s’épanouir. – Je ne suis pas d’accord avec toi. – Ce n’est pas correct de quitter la table lorsque nous recevons des invités. mais son père l’ordonna de s’asseoir. Je te dis juste qu’il aimerait participer au concours comme tous les autres enfants de son âge. Son grand-père prit la parole en regardant son fils. – Alors. C’est étonnant. Pourquoi ne pas le laisser chanter et participer au concours ? – Papa. – Mon garçon est intelligent et il a tout pour réussir. Mon fils ne chantera pas pour vivre. les grands-parents de Saul se joignirent à la table. ce n’est qu’un concours de chant. Au souper du Shabbat. son père trouva avec stupéfaction le pamphlet qui traînait depuis des jours sur son bureau. Il ne s’embarquera pas dans ces concours de chant qui ridiculise les jeunes de nos jours. mais il est encore jeune.

c’est ton père n’estce pas ? – Mes parents sont traditionnels. Paola le fixa sous ses verres fumés. Ce matin. – Bonjour Paola. dit-il en ôtant ses écouteurs. tu as tout ce qu’il faut pour réussir. J’ai arrêté de chanter. Il n’y a pas beaucoup de gens qui chante comme toi de nos jours. oui et puis ? Des tas de gens chantent. Saul ne chantait plus. – Pourquoi ? Laisse-moi deviner. Celle-ci t’appartient. Mon père a toujours travaillé fort dans sa vie. il croisa Paola sur la rue. 31 . Tu détiens la clé du succès ! Une chance comme ça vient une fois dans une vie. Il faut que tu tentes ta chance et que tu t’inscrives à ce concours. Ils veulent que je réussisse dans la vie. Saul. Les soirées devinrent longues et l’hiver s’installa. – Je sais. Je laisse tomber. mais ils ne gagnent pas leurs vies en chantant. Il cessa de travailler au casse-croûte. – Ah. Il a raison. mais merci de penser à moi. Où es-tu passé ? On ne te voit plus au restaurant. Le chant ne m’amènera nulle part. le regard tourné vers son petit-fils. – Tu te trompes. C’est dommage que tu passes à côté sans le reconnaître. – Salut Saul. – Es-tu prêt pour le concours ? Saul abaissa les paupières. J’aime chanter. Tu as un talent inné. Les devoirs se multiplièrent et les examens arrivèrent. Je dois étudier pour mes examens. l’interrompit Paola en hochant la tête. – Malheureusement. Tu es différent. je comprends ! C’est très bien.fique. J’ai pris des vacances. je ne suis plus intéressé. Ce dernier ricana avec son dentier blanc et parfaitement soigné. Ils veulent que je performe dans mes études pour m’assurer un avenir dans ce monde.

Un silence régna entre eux. le pamphlet glissa subtilement sous ses pieds. Je dois y aller ! 32 . la soirée tira à sa fin. – Mon fils. le gâteau préféré de Saul. Paola et son mari apporta un pavlova aux fraises. Ce fut le signe du destin. la mère de Saul prit la parole. où vas-tu ? – On m’attend ailleurs. Il fit les cents pas dans le parc. – Saul ! Il me semblait que c’était clair entre nous. dit-elle en souriant aux invités. Il ne faut pas que j’arrive en retard. Ce dernier le surprit dans le noir. Son père le suivit à pas de loup. Que tes rêves se réalisent ! Après les conversations et les nombreux plats servis à volonté. je n’ai pas le temps de t’expliquer maintenant. – Saul. La roue de la fortune tourna dans sa tête. lança son père. C’est une soirée très spéciale puisque nous célébrons l’anniversaire de notre cher fils dont nous sommes tous très fiers. Sans répondre. – Papa. À ta santé et à tes prochaines années de bonheur et de succès ! Paola leva à son tour sa coupe de vin rouge. Sur son chemin de retour. Il sortit le pamphlet de son sac d’école en le tenant fermement dans ses mains. Saul célébra ses seize ans en compagnie de sa famille et de sa petite amie. Un après-midi alors que Saul regardait un concours de chant diffusé à la télévision. Saul monta discrètement à sa chambre tandis que les invités allaient au salon. ce qui réjouit ce dernier. Saul ramassa son pamphlet en prenant un air bête. Après la prière. – Joyeuse anniversaire ! Tu mérites tout ce qu’il y a de mieux. Le ciel s’assombrit. Les jours et les nuits s’enchainèrent. Plusieurs semaines passèrent. Saul repensa aux dernières paroles de Paola. – Bienvenue à notre table.

La maison était vide de sens sans Saul. Dehors. Ce dernier prit ses distances. celui-ci quitta son père en lui jetant sa clé de maison. Le concours national de chant avait commencé depuis deux semaines. Si j’apprends que tu chantes à ce concours. La dernière heure avant de remonter sur la scène lui parut une éternité. En route vers Hollywood. Il demeura chez ses grands-parents. mais toujours sans réponse. Saul plongea dans un sommeil profond. Il atteignit la troisième position parmi douze finalistes.– Saul ! répéta son père en prenant un ton autoritaire. Toutes les feuilles des arbres étaient tombées. I dreamed a dream. Il appela à plusieurs reprises ses parents. – Pardonne-moi. L’automne s’acheva pour de bon. Il jeta un coup d’œil entre les rideaux de la scène pour s’apercevoir que la salle était bondée de gens. Sur ces derniers mots. Le soir de la grande finale. Je croyais que les jeunes avaient encore le droit de rêver. Les parents de Saul passèrent les journées à fixer leur grand foyer allumé. L’homme au microphone réclama le second finaliste alors que la foule de spectateurs applaudissaient. Secoué par la route brimbalante. Saul prit une profonde respiration en avançant lentement sur le plateau. Saul fut très nerveux. Tout devint noir devant lui. Sa vie défila dans sa tête comme une bande cinématographique. tu n’es plus le bienvenu dans ma maison. il se réveilla en se tournant vers la vitre brouillée. les enfants du quartier jouèrent à cache-cache. Rêvant de son enfance. Sa voix gran33 . il revit son père qui le bordait pendant des heures en lui chantonnant des airs familiers. il interpréta à la perfection la chanson tirée de la comédie musicale Les Misérables. Saul réussit les auditions en se démarquant des autres concurrents. Son cœur battit la chamade. le temps de laisser tomber la poussière chez lui. Sur chaque note basse et médium. assis seul sur le banc d’autobus.

Dans mon temps. je t’aime maman. j’aime bien la deuxième place. Je suis tellement content de te voir ! Saul serra son père dans ses bras en pleurant. J’ai toujours voulu que mon fils vive mieux que moi et qu’il ait tout ce qu’il désire sans jamais être dans la misère. Les juges furent ravis après les votes. Les deux sourirent en se regardant. Je suis le fils le plus comblé au monde. J’ai oublié ce que c’était d’être jeune. on ne peut pas toujours gagner. Tu es formidable ! Dans la vie. – Non. – Papa. ses parents vinrent le féliciter dans les coulisses. Je n’ai pas eu une vie facile. assis aux premières rangées. papa ! s’écria son fils en lui prenant les mains contre son cœur. 34 . J’ai de la chance d’avoir un père exceptionnel comme toi. Tu m’as toujours appris à avoir confiance en moi. Excuse-moi de ne pas avoir cru en ton talent. – Oh. Je t’aime papa. Je suis un mauvais père. les choses n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Personnellement. Je n’ai pas remporté la première place. Je t’ai empêché de vivre ton rêve. Plus tard. Grâce à toi.diose et unique émut toute la salle. tu sais. Saul aperçut ses parents. tu es magnifique quand tu chantes de l’opéra ! lui dit sa mère en l’embrassant. ne t’excuse pas. je suis rendu là où je suis aujourd’hui. Il versa une larme de joie quand il vit ceux-ci debout en train de l’ovationner. je m’excuse. Le gagnant fut désigné et il neigea des confettis. – Merci. ça fait très longtemps. Je ne voudrais pas que les autres volent toute l’attention que j’ai pour toi. – Je suis celui qui te demande pardon de ne pas t’avoir écouté. À sa grande surprise. – Voyons.

Même si tu n’as pas remporté le premier prix. Saul et ses parents rentrèrent chez eux en discutant d’opéra et de l’avenir sous la première neige qui tombait gracieusement sur l’asphalte. tu es notre champion ! Tu es gagnant à nos yeux parce que tu es allé jusqu’au bout sans jamais baisser les bras. 35 .– Je t’aime beaucoup. mais vivre son rêve’’. ‘‘Il ne faut pas rêver sa vie. tout est possible. Le père remit la clé à son fils. – Bienvenu à la maison ! Ce fut une nuit victorieuse et inspirante. Quand on écoute la musique de son cœur.

Nous allons rencontrer ton futur mari. il faut te laver et t’habiller. Sa vue sur l’océan au loin était majestueuse. nous irons faire de l’équitation avant l’arrivée de Cristian et de ses parents. Il faut faire une bonne impression. une riche famille espagnole hérita de ce prestige. Julieta attendait soucieusement l’arrivée de son futur époux en cette douce matinée du mois de juillet. Dans une des plus belles villes de l’Espagne. Aujourd’hui est un jour important. – Allez. Deux femmes de chambre entrèrent sans cogner à la porte. J’espère que tu as bien dormi et que tu en pleine forme.Pirate de ses rêves Il y eut le règne de la famille aragonaise dirigée par le roi Alphonse II d’Aragon au XIIème siècle. Voici l’histoire de la princesse Julieta. La jeune sœur de Julieta entra à son tour dans la chambre. Ensuite. – Ma chérie. Julieta demeura silencieuse en observant le paysage à travers la grande fenêtre. Sa mère lui apporta le thé. 36 . dit-elle en embrassant sa fille. Durant les siècles qui suivirent la succession des rois d’Aragon. fille aînée du comte Oscar de Barcelone. Nous prendrons le petit déjeuner avec ton père.

Tu es la fille du comte de Barcelone. – Je sais. Il ne faut pas toujours croire au coup de foudre.– Je ne veux pas me marier. dans la vie. Je veux me baigner à la mer et courir après les vagues. – Je n’ai pas envie d’être une femme et une mère à cet âge ! Je suis trop jeune. on te l’a déjà expliqué. Cristian fera un excellent mari pour toi. sa façon de me parler et sa beauté qui n’était pas ce qui m’attirait le plus chez lui. Tu seras une femme et une mère parfaite sans aucun doute. Ce sont des gens éduqués et fortunés. Nous connaissons très bien ses parents. les yeux étincelants. – C’est ce que tu crois. Le temps file. ne recommence pas. – Julieta. maman. J’ai appris à apprivoiser sa manière d’être avec moi. Et si ce garçon ne me plaît pas ? Sa mère s’approcha doucement de sa fille en caressant ses longs cheveux noirs. Nous ne devons pas fréquenter n’importe qui. Je veux danser et faire la fête avec tous mes amis ! – Ce n’est pas possible. – Avant de connaître ton père. 37 . je ne l’ai pas trouvé à mon goût. Je veux sortir et voyager. Julieta. – Et si je ne l’aime pas ? lui répliqua-t-elle. La princesse se retourna vers sa sœur. À tes dix-huit ans. on apprend à aimer l’autre avec les yeux du cœur. tout comme nous. tu es prête pour te marier et fonder ta propre famille. Il ne faut pas juste se fier aux apparences non plus. Nous devons respecter les coutumes. C’est la tradition qui se perpétue. Il faut vite te préparer. n’est-ce pas ? Julieta. j’ai fini par l’aimer. Ton père et moi. Mais avec le temps. je t’assure que nos deux familles vont très bien s’entendre. ma grande fille. Tu sais. mais je suis trop jeune pour me marier. Tu le sais.

juste pour ne pas me marier avec Cristian. La journée frôla la tragédie dans le cœur de Julieta. Alors qu’elle galopait gaiement sur son cheval. La princesse marcha lentement dehors en s’imaginant être libre comme l’air. lui réconforta-t-elle. Un vent se leva. Elle avait une affection particulière pour les chevaux. Le temps n’eut plus d’importance à ses yeux. 38 . Sa mère et sa sœur l’accompagnèrent tranquillement sur leurs grands étalons noirs. de porter les plus belles robes et les plus beaux bijoux. – Chanceuse ? s’écria celle-ci. – Comment te sens-tu ? lui demanda sa mère. elle oublia tous ses soucis. Je n’ai jamais demandé de vivre dans un château. d’avoir des serviteurs et de me marier ! La comtesse se tut en soupirant profondément. Une fois sa toilette terminée. – Julieta ! Montre-nous un peu de gratitude et de compassion après tout ce que nous avons fait pour toi depuis le jour où tu es venue au monde. Julieta versa une larme chaude que sa sœur ne tardait d’essuyer avec son doigt. Elle embarqua en souriant sur son glorieux et magnifique cheval blanc. Ce dernier l’embrassa sur la joue en l’invitant à rejoindre sa mère dans la grande cour. Julieta arrêta brusquement son cheval. – Merci ma petite sœur. Je suis certaine que tout ira bien et que tu sauras quoi faire en temps et lieu. Tu ne sais pas à quel point tu es chanceuse. – Comme une pauvre prisonnière coincée dans un corps de princesse que je n’ai pas choisi ! J’aimerais sauter au-dessus de la clôture avec mon cheval et partir loin de cette vie. – Ne t’en fais pas.Sa mère quitta la chambre et embrassant ses deux filles. Je serai toujours là pour toi. elle descendit au salon pour rencontrer son père qui l’attendait impatiemment. L’équitation était son passe-temps préféré.

ils traversèrent plusieurs étendues d’eau pendant des heures. Il pleuvait à torrents et ton corps était submergé. Les rayons du soleil l’aveuglèrent. ne serait-ce qu’une seule fois dans ma vie. Il a plus de 300 ans. Le cheval de Julieta repartit en course. Cristian et sa famille firent leur noble apparition dans la cour royale. Il rencontra sa future épouse avec le cœur enflammé. blottie contre son cheval blanc. – Tu dormais comme un bébé sous le saule. Je suis encore plus triste de savoir que mes parents veulent ce mariage à tout prix et que je n’ai pas un mot à dire. Bienvenue sur notre bateau ! Où vis-tu. Les deux familles consentirent au mariage qui devait avoir lieu dans une semaine. jeune demoiselle ? – Comment avez-vous osé me kidnapper ? Julieta se leva en furie en tirant sur sa robe. Julieta ferma les yeux.– Maman ! Je suis malheureuse. C’est le plus vieux des saules pleureurs qui existent. Leur première rencontre fut l’apothéose de la journée. Un orage gronda au loin. la future mariée prit la fuite sur son cheval blanc. La petite sœur les interrompit en souriant. Heureusement. 39 . Ils trouvèrent finalement refuge sous un grand saule. l’air désorienté. Dans sa direction. venez. Le bruit des vagues déchainées réveilla subitement Julieta. Je ne veux pas me marier avec un homme que je n’ai jamais rencontré. un homme costaud leva l’ancre. Elle se retrouva soudainement seule sur un navire occupé par des pirates portant des vêtements déchirés et démodés. La princesse entendit une voix rauque derrière elle. Sa sœur promit de ne rien dire à personne jusqu’à son retour. – Papa nous envoie la main. En cette nuit orageuse. Le prince descendit sans tarder de son cheval à la crinière parfaite. nous t’avons repêché au bon moment. Les nuages se dissipèrent lentement alors que le soleil perdait son éclat. Par-delà les marées et les hautes collines.

– Oh. Il détint dans ses mains un collier de perles bleues. lui répondit-il en jouant nonchalamment avec le collier. promise à Cristian. question de profiter de la distraction.– Où est mon cheval blanc ? Le pirate avait le regard profond comme l’océan. – Il est en sécurité dans la cave. rendez-moi mon collier ! Je vous l’ordonne. Tu es la fille d’Oscar. À la tombée de la nuit. Je suis redoutable et malin. mais j’ai jugé bon d’attendre jusqu’au jour de ton mariage. Il enverra ses hommes à ma rescousse. Le bois craqua sous ses pas chancelants. – Ce n’est pas sécuritaire de monter toute seule sur le quai. Vous irez en prison pour le reste de vos jours. Julieta remarqua que le pirate était beau et musclé. la princesse leva le ton. – Je n’ai pas besoin de vos conseils. Merci ! Le pirate quitta aussitôt la princesse en la laissant bouche bée. lui dit-il en la relâchant. Je suis le pirate de Séville ! Tout le monde connaît ma réputation dans le pays. Elle se laissa tomber dans les bras du jeune pirate qui la dévisageait pendant quelques secondes sous la lune qui veillait sur le navire. – Vous osez nous voler en plus de me kidnapper ! Quel genre d’homme êtes-vous ? Vous n’avez aucune éducation. – Je n’ai peur de rien. le futur héritier du trône. Ton cher père ne pourra jamais m’arrêter. Toute ma vie. ni d’aucun homme. – Je vois. Julieta monta sur le quai pour contempler le coucher du soleil. Mécontente. Il m’appartient à présent. Je 40 . Mon père est puissant. – Nous avons voulu dérober votre château le mois dernier. Il dort. Soudain. je garde ton collier en souvenir. En passant. Le jeune homme ricana en levant les yeux au ciel. elle sentit deux grandes mains la saisir par la taille. Je connais très bien ta famille. mes parents m’ont dit ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Il y a une chose. Alejandro regarda la mer au loin. Je ne veux surtout pas rentrer. Tu as voulu partir à l’aventure toute seule. – Ah. Il est parfait. c’est très bien.suis une grande fille maintenant et je peux prendre mes décisions seule. loin de cette vie. loin de tout. – Pourquoi ? Julieta s’assit sur le bord du navire qui flottait paisiblement sur les eaux calmes. – Oui. Mais ce n’est pas l’homme avec qui je voudrais me marier. Un silence s’installa entre eux. – Si je rentre demain. – Je m’appelle Julieta. Tu me donnes l’impression d’être vieux. – Nous avons fait demi-tour pour te ramener chez toi avant le coucher du soleil. Tu as fui le confort de ton château en ne sachant pas ce qui t’attend de l’autre côté. si tu savais ! Je déteste être une princesse ! répondit-elle. Il y a toujours des règles. C’est pour ça que je suis partie seule avec mon cheval. Tu es bien courageuse pour une princesse. – Tu as pris un grand risque. mes parents vont m’obliger à me marier avec Cristian. Je l’ai rencontré hier pour la première fois. Le mariage a lieu la semaine prochaine et je veux l’éviter. beau et riche. – Une princesse a le droit d’être libre. 41 . – Non ! s’écria cette dernière en le suppliant. des manières et des principes que je dois suivre pour plaire à ma famille et bien paraître. – Alejandro de Séville. Mais tu es maladroite ! Je doute fort que tu souhaites mourir noyée ce soir. Julieta redressa sa robe froissée. Qu’est-ce qu’une princesse ? Ce n’est qu’un titre. Enchanté de rencontrer une charmante princesse. Pas maintenant. cesse de me vouvoyer.

Les jours et les nuits passèrent. Julieta partit à la conquête du monde en compagnie de son beau pirate et de sa cavalerie. Elle vécut enfin la liberté. Durant son absence au château, ses parents eurent beaucoup de contrariétés en espérant anxieusement son retour. Or, les préparatifs du mariage allèrent de bon train sans un signe de la princesse. Julieta jeta fièrement sa robe par-dessus bord pour se vêtir à son tour comme un pirate. Alejandro lui montra au fil des jours comment manier une épée et se défendre. Elle sut faire des nœuds de mule par cœur. Sa nouvelle vie de pirate changea sa vision des choses qui l’entouraient. Elle éprouva peu à peu des sentiments amoureux pour Alejandro. Un jour, au coucher du soleil, Julieta lui avoua son amour. – Je renonce à ma vie de princesse, lui confia celle-ci en fixant l’horizon. Tu m’as ouvert les yeux vers un autre monde, d’autres valeurs et une autre vie. Alejandro, je ne veux plus retourner chez moi. Je m’aperçois que ma place n’est pas dans un château. On pourrait me donner tout l’or du monde et la vie parfaite, mais ce n’est pas ce qui me rendrait heureuse. Ma place est ici auprès de toi, pour toujours. – Julieta, personne ne m’a jamais dit de belles choses. Je suis flatté, mais je ne peux pas te garder avec moi. La mer est imprévisible et désobéissante parfois. Je ne veux pas te mettre en danger. Ce navire appartient aux pirates et j’en suis un. Tu es une princesse, une fille de la royauté. Il faut que tu rentres auprès des tiens. Julieta le repoussa tristement. – Les miens n’ont aucune valeur à mes yeux. Ça ne fait de différence. Je suis tombée en amour avec toi. Je sais que tu n’es pas parfait. Tu navigues pour gagner ta vie, tu es entêté et tu voles. Mes parents ne t’aimeront jamais. Mais ce que je sais, c’est que je t’aime. Cette nuit sur le quai où tu as douté que je souhaitais mourir noyée, oui je le souhaitais.
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En réalité, je souhaitais mourir noyée dans tes yeux. Alejandro, tu es le pirate de mes rêves. Au loin, l’océan gobait le soleil qui disparut doucement. Alejandro se pencha vers la princesse pour l’embrasser. Ce fut, pour Julieta, le plus beau jour de sa vie. Elle ferma les yeux en souriant. Le ciel devint soudainement noir autour d’eux. Un orage retentit. La mer se déchaîna violemment en provoquant des secousses au navire. Les pirates crièrent à tue-tête des mots insensés. Agitée par les vagues indociles qui montèrent jusqu’au bateau, les mains de Julieta glissèrent maladroitement. Elle tomba à la renverse en se cognant la tête sur une barrique. Ce fut l’aube. Les oiseaux survolèrent allégrement le haut des collines. Le cheval blanc de Julieta buvait l’eau cristalline du lac alors que cette dernière fut réveillée par un des chevaliers du château qui la repéra. Julieta revit par la suite ses parents avec un léger pincement au cœur. Elle se jeta dans les bras de sa mère et de sa sœur sans un mot. Le jour du mariage arriva. Ce matin, Julieta regarda l’océan du haut de sa chambre en ne voyant aucun navire de pirates sur la mer. Elle prit un air nostalgique. – Ma chérie ? l’appela sa mère en ouvrant la porte de sa chambre. – Oui, je suis prête. Les festivités suivirent leur cours. Les futurs mariés attendaient leur bénédiction devant l’autel en attendant la présence du prêtre. Les invités discutaient depuis une heure. Un des jeunes serviteurs s’approcha du jeune couple et par accident, il renversa la coupe de vin rouge sur la robe de la future mariée. – Oh, pardonnez-moi ! s’empressa de dire le serviteur au regard ardent. – Non, répondit Julieta en lui ordonnant immédiatement de se relever. Ce n’est pas de ta faute. Ce n’est qu’une robe après tout.
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Cristian jeta un regard froid vers sa douce promise. – Pourquoi l’avez-vous tutoyé ? C’est votre serviteur. – Oh, je ne l’ai pas réalisé. Toutes mes excuses. Je suis distraite. La comtesse se précipita vers sa fille en tentant d’enlever la tâche de vin. – Alejandro, lui ordonna la mère. J’ai besoin d’une serviette propre et d’une coupe de vin blanc tout de suite ! Dépêchez-vous. La cérémonie va bientôt commencer. Aussitôt dit, aussitôt fait. Durant la cérémonie, le jeune serviteur ne cessa d’admirer la beauté de la princesse du coin de l’œil. Julieta le regarda timidement à son tour. Il y eut une brève complicité, puis un demi-sourire presque interdit sous le regard de tous les saints et de la royauté. Julieta eut le pressentiment de le connaître. Et pourtant, elle ne lui avait jamais adressé la parole auparavant. Pendant quelques secondes, tout devint clair dans sa tête. Son prénom éveilla ses sens. Elle se souvenait du pirate de ses rêves, ce bel inconnu qui a fait chavirer son cœur sur la mer. Interrompant le prêtre, Julieta se retourna vers Cristian, les yeux mouillés. – Cristian, je vous demande de me pardonner. Je suis sincèrement désolée, mais je ne souhaite pas me marier avec vous. Vous plaisez beaucoup à ma famille, il n’y a pas un doute. Julieta attendit un instant avant de poursuivre. – Je ne suis pas amoureuse de vous. – Que dites-vous ? Vous devez être nerveuse. – Non, je sais exactement ce que je veux. Je suis certaine que vous êtes un homme avec de bonnes valeurs et un grand cœur. Vous êtes tout ce dont une princesse rêverait et vous en rendrez une très heureuse un jour, mais je ne suis pas la femme pour vous. Je ne peux pas continuer à faire semblant pour plaire aux gens autour de moi. Nous devons annuler ce mariage.
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Un long silence s’installa. Ce fut l’émoi et la discorde dans la salle. Les familles des futurs mariés demeurèrent silencieuses face à cette annonce inattendue. Tous les invités offensés se levèrent en criant des insultes à l’égard de la princesse. Alejandro tendit sa main vers Julieta pour l’aider à fuir la foule agitée. Ils se précipitèrent vers la sortie, mais Cristian les arrêta au moment de franchir la grande porte. – Julieta, lui dit le prince. Que se passe-t-il ? Ai-je agi d’une manière audacieuse envers vous ou votre famille pour que vous renonciez à notre mariage ? Permettez-moi de comprendre avant de me quitter. La princesse se tourna vers Alejandro, le cœur serré. – J’ai rêvé d’une autre vie, lui répliqua-t-elle. Une vie que je ne connaissais pas. Je réalise que je n’ai pas envie de vieillir aussi jeune. Je n’ai que dix-huit ans. J’ai tant à découvrir. Je ne veux pas devenir quelqu’un que je ne suis pas, enfermée dans une coquille. Je ne veux pas faire semblant de vous aimer juste pour plaire à ma famille. Je ne veux pas être malheureuse pour le reste de mes jours. Ce serait injuste pour vous et pour moi. Une douce lueur apparut dans les yeux de Cristian. – J’ignorais vos sentiments. Je réalise que je ne vous connais pas. Nous allions nous marier, commettre la plus grosse erreur de notre vie, pour le bonheur de nos familles. Nous voulions bien paraître parce que c’était toujours ainsi. Oui, vous avez raison. Nous sommes jeunes et nous avons toute la vie devant nous. Je comprends tout à fait ce que vous ressentez. Je le ressens aussi, mais j’ai gardé un petit espoir. Je ne peux pas vous empêcher de vivre vos rêves. Courez vers la liberté ! – Je vous souhaite une merveilleuse vie comblée de belles choses. Adieu Cristian. – Adieu Julieta.
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viens avec moi ! J’habite sur la mer. elle pleurait toutes les larmes de son corps. – Sur la mer ? – Oui. Alejandro. sous le saule pleureur. Retournant seule vers les collines. Ne t’inquiète pas pour moi. J’ai toujours voulu visiter Séville. Elle fronça les sourcils. mais je n’arrive pas à me souvenir. là où vit toute ma famille. si tu savais ! Je déteste être une princesse. Sais-tu ce que j’ai remarqué ? J’ai l’impression de te connaître. – Alejandro de Séville. – Je ne m’inquiète pas. 46 . cesse de me vouvoyer. Le bonheur à portée de main. Ce serait un honneur de te recevoir parmi nous. D’accord. – Ah. Julieta sourit au coin des lèvres.Le vol majestueux des cygnes au-dessus du château était spectaculaire. J’aimerais avec plaisir t’accompagner dans ton voyage. Enchanté de rencontrer une charmante princesse. Je repars demain matin à Séville. Ce fut le début d’une nouvelle aventure pour Julieta qui disparut de nouveau sur son cheval blanc. Je vais vous raccompagner. Julieta dévisagea le serviteur. Puis-je vous demander ce que vous faites ici toute seule ? Vos parents doivent être inquiets. ils partirent sur le cheval blanc vers l’horizon rosé. répondit-elle. – Tu es un homme aimable et généreux. surgit une voix rauque et familière. – Je me suis enfuie. elle ferma les yeux. Et je t’en prie. Au coucher du soleil. – Excusez-moi. La princesse se leva en redressant sa robe froissée. – Je m’appelle Julieta.

– Bonjour Arthur ! s’écria le propriétaire aux cheveux gris qui le reconnut aussitôt. Veuf depuis un an. – Monsieur. Quelques passants le saluèrent. 47 . Un matin de janvier.Le marchand de sable Dans une petite campagne de la Normandie. Il attacha gentiment son chien devant le poteau. alors qu’il les ignorait subtilement. Un mur de brouillard vanta son passage à son arrivée devant une boutique d’antiquités. Je vous remercie infiniment. il habitait dans une maison délabrée située au bord de la mer en compagnie de son vaillant chien. un vieil homme solitaire et peu bavard. vivait Arthur. Vous bloquez le chemin aux autres qui désirent entrer. lui dit une vieille femme. il sortit son chien pour une promenade. Une voix le força à entrer malgré lui.

un lieu sacré où il gardait tous ses œuvres d’art. – Merci. – Comment avez-vous fait ça ? lui demanda Arthur en examinant le sablier. – Vous nous visitez plus aussi souvent qu’avant. je vais vous montrer quelque chose. Il y avait des dunes de sable partout et des verres soufflés de toutes les formes et de toutes les couleurs qui ornaient les quatre coins des murs. Les enfants sont partis pour la fin de semaine. Je souffle du verre. Arthur resta bouche bée devant ces objets mystérieux qui semblaient irréels. ma vie a changé. Les villageois du coin me surnomment le marchand de sable. Nous serons ravis de vous recevoir. Le veuf le regarda avec le cœur lourd. – Pourquoi vous presser de rentrer ? Personne ne vous attend à ce que je sache. c’est gentil de votre part. Je ne sors plus. vous verrez. Il réalisa avec sa bouche et ses doigts magiques un sablier qui prenait vie peu à peu sous le regard intrigué d’Arthur. Celui-ci n’est pas comme les autres. – Bienvenue dans ma caverne d’Ali Baba sans les quarante voleurs ! Le propriétaire le suivit en souriant silencieusement. 48 . D’ailleurs. Il rassembla habilement ses deux mains ridées sur un tube en verre en soufflant jusqu’à ce que le verre prenne forme. Venez. Vous êtes un génie ! – Pas tout à fait. Restez à souper avec ma femme et moi ce soir. Je ne fais plus grand-chose. Il lui dévoila son secret. – Depuis le décès de ma femme. il faut que je rentre à la maison avant la tombée de la nuit. Le propriétaire porta ses grandes lunettes et son tablier. Le propriétaire ouvrit la grande porte rouge. Je vous offre le sablier. c’est mon métier et je le perfectionne.Ce dernier fit signe à Arthur de le suivre en arrière de son magasin.

Arthur dépoussiéra délicatement son sablier en faisant tomber quelques grains de sable sur le plancher de bois franc. Après son petit déjeuner. Arthur subit des changements surprenants qui le rendirent inconfortable. Je dois vous poser une question. Il retrouva progressivement la mémoire en se rappelant des souvenirs oubliés. Ce fut une soirée arrosée d’excellents vins et de bonne nourriture. – Vous savez. contrairement à d’autres matins. Arthur se réveilla en pleine forme. parfois. Il retourna son sablier placé sur sa commode en le contemplant plusieurs fois avant de s’endormir. Il croisa une ancienne flamme sur son passage qu’il salua de bon cœur. Malheureusement. Arthur fit une pause en respirant profondément. Il poursuivit. il sortit son chien comme d’habitude. Il ne cessa de l’agiter dans tous les sens. Je n’ai pas eu le temps de dire à ma femme combien je l’aimais. Arthur remercia promptement le couple à la fin de la soirée. Le temps fila à toute allure. on s’en rend compte toujours trop tard. Assommé par l’alcool. Au fil des semaines. Je l’aime toujours même si elle n’est plus de ce monde. Comment allez-vous ? – Je vais très bien. Il retourna chez lui dans le froid glacial avec son chien. il eut soudainement une poussée de cheveux épais et abondants. le vieil homme s’allongea allégrement sur le divan. Il regarda tout d’abord son horloge. Les trois amis d’enfance discutèrent autour de la table de tout et de rien en évoquant leurs joies et leurs folies passées. 49 . Le temps passa. j’aimerais reculer dans le temps et tout recommencer. – Bonsoir Arthur ! s’exclama le propriétaire. il se rendit chez le marchand de sable. Un soir. il parvint à distinguer les aiguilles sans lunettes. lui répondit-il. À sa grande surprise. Ils marchèrent paisiblement sur le bord de la mer.

Arthur reprit sa taille de jeune homme et tous ses cheveux gris disparurent. Le propriétaire sourit amicalement. mais bizarre. au contraire. As-tu pris tes pilules ? Le docteur t’a ordonné de les prendre à la même heure chaque jour. – Êtes-vous en train de me dire que votre ami rajeunit alors que vous vieillissez ? – Oui. Il éclata soudainement de rire. c’est exact ! – À mon avis. Arthur. Que fais-tu ici ? Arthur frissonna sous son pyjama. il a dû boire de la potion magique. Il ne revint plus au magasin. – Ne croyez pas que je vous parle de moi. C’est extraordinaire. Le vieil homme remarqua le regard perplexe de son ami. Ce dernier lui fit un clin d’œil tout en continuant de nettoyer la vitrine derrière le comptoir. c’est tout. Je suis là. voyons. il figea comme une statue de glace. Il traverse des moments difficiles et je lui donne un coup de main. – Simone ! s’exclama-t-il en sursautant. 50 . Arthur finit par quitter la boutique. C’est comme si vous retourniez en arrière et que vous aviez quarante ans de nouveau. je ne suis pas malade ! Il faut que je reste calme. Non. mal à l’aise. t’en souviens-tu ? – Je ne suis pas malade. calmetoi. Devant son miroir. Je suis concerné par rapport à un ami. Plusieurs mois s’écoulèrent. Votre corps vit des transformations périodiques et vous reprenez des kilos à vue d’œil.– Est-il possible de rajeunir en vieillissant ? Je veux dire rajeunir sans avoir recours à une médication ou une chirurgie médicale. L’écho de son rire résonnait dans toute la pièce. – Que m’arrive-t-il ? – On dirait que tu as vu un revenant.

Pendant une longue période. – Mon cher Arthur. La vie est parfois mystérieuse et imprévisible. tu peux me toucher. Un beau matin. 51 . merci. Arthur revivait les plus beaux jours de sa vie en compagnie de son âme-sœur. – Je marche au bord de la mer et je reste à la maison. Je vais te faire une soupe avant de t’endormir. Chaque saison marquait leur amour plus fort que jamais. – Avez-vous des nouvelles de votre jeune ami ? Arthur demeura silencieux pendant quelques secondes. – Mon amour. Arthur croisa le marchand de sable sur la rue. – Mon cher ami se porte de mieux en mieux. Il courut comme un damné vers le salon. Il est plus heureux que jamais. Il eut la chance tous les jours de lui dire combien il l’aimait. Simone tomba gravement malade. Ils se saluèrent chaleureusement. ils ne se lâchèrent plus. – Je ne comprends pas ! s’écria-t-il en reculant. que faites-vous de vos journées ? lui demanda le souffleur de verre. Avant de s’endormir cette nuit. Il faut reprendre tes esprits. tu me fais peur. Sa femme était bel et bien à ses côtés. Et comment allez-vous ? – Je vais très bien. ils défiaient les tempêtes de neige et les orages intermittents. Tu es décédée l’an dernier. Le chien ne cessa d’aboyer. – Je suis content de savoir qu’il va bien. Ce n’était pas un rêve. Les yeux en larmes. Je ne suis jamais partie.Le vieil homme jeta âprement sa brosse à dent sur le plancher. J’étais inquiet pour lui. Tu dois être fatigué après une longue journée. Je suis bien ici. Les jours passèrent. Il a retrouvé sa jeunesse et son premier amour. Ensemble. il retourna son sablier pour au moins la millième fois. Arthur étreignit sa femme sans la relâcher pendant un très long moment.

Ils partirent en vacances au sud pour renouveler leurs vœux de mariage. Vous bloquez le chemin aux autres qui désirent entrer. Devant la boutique d’antiquités. – Bonjour Arthur. Le veuf s’approcha du comptoir poussiéreux. – Vous nous visitez plus aussi souvent qu’avant. De retour à la campagne. lui dit une vieille femme. Sur ces dernières paroles. faites très attention au sablier. l’air triste. des tourbillons de neige dansèrent dans un nuage de brouillard. – Bienvenue dans ma caverne d’Ali Baba sans les quarante voleurs ! Le propriétaire suivit Arthur en silence. tous les jours. C’est un objet particulier. Il attacha gentiment son chien devant le poteau. il ne faut jamais le négliger parce qu’il pourra effacer votre mémoire. Quelques passants le saluèrent. – Excellent ! Un petit conseil. Il marque le temps qui nous reste. 52 . Un matin de janvier. Arthur continua sa route en rentrant tranquillement chez lui. Simone retrouva la santé. Ils firent la fête jusqu’aux petites heures du matin comme de vieux adolescents en quête d’aventure. le marchand de sable le quitta. – Monsieur. Il le chercha partout dans la maison. Toutefois. Arthur ne trouva plus son sablier. dit le propriétaire en souriant à la dame qui fit de même.– Prenez-vous toujours soin de votre sablier ? – Oui. Une voix familière le força à entrer malgré lui. Il finit par oublier son sablier et le temps finit par effacer sa mémoire. mais en vain. alors qu’il les ignorait subtilement. Au courant de la semaine. Le propriétaire ouvrit la fameuse porte rouge. Ce dernier fit signe à Arthur de le suivre en arrière de son magasin. Un léger frisson lui parcourut le dos. Je vous remercie infiniment. il sortit son chien pour une promenade.

Le propriétaire porta ses grandes lunettes et son tablier. l’air confus. c’est moi ! Le vieil homme se mit les mains sur sa tête. Il sursauta en demeurant figé devant un miroir accroché maladroitement au mur. – Depuis le décès de ma femme. – Les choses qui m’arrivent ne sont pas arrivées par accident. Venez. Nous serons ravis de vous recevoir. Il y eut du sable et des morceaux de verre partout. – Je le savais. il faut que je rentre à la maison avant la tombée de la nuit. lui répondit le souffleur de verre sur un ton neutre. Cet ami dont je vous parlais n’existe pas. l’air désemparé. Je ne fais plus grand-chose.Le veuf le regarda avec le cœur lourd. – Le jour où Simone est décédée. elle nous a laissé une belle lettre. Arthur le prit délicatement dans ses mains en le retournant plusieurs fois. Ce dernier sembla perdre connaissance. en attendant une explication. La lettre nous racontait comment votre histoire d’amour a commencé et tous vos voyages. il échappa un sablier sur le plancher. Elle vous 53 . Arthur se rappela de tout en l’espace de quelques minutes. D’ailleurs. Je m’excuse de vous avoir menti tout ce temps. En réalité. Il regarda le propriétaire. Sans faire attention. Il ouvrit discrètement la petite armoire derrière lui pour sortir un sablier indemne à la sienne. Elle disait aussi que nous devions prendre soin de vous après son départ puisqu’elle ne sera plus là pour le faire. le vieil homme s’immobilisa. – Restez à souper avec ma femme et moi ce soir. Je ne sors plus. Soudainement. Les enfants sont partis pour la fin de semaine. ma vie a changé. – Comment le saviez-vous ? Le marchand de sable trouva ses clés dans le fond de sa poche. je vais vous montrer quelque chose.

c’est comment vous vous relevez. Votre femme nous a demandé de continuer le rituel pour elle et voilà. Il n’y a que les faibles qui sont malades ! – Vous avez tort. répondit Arthur. Le souffleur de verre poursuit son histoire. Vous n’êtes plus très jeune. Un nimbe de brouillard traversa la pièce. poursuivit-il dans une grande respiration. Une fois par année. ce sont les vôtres. Le vieil homme finit par oublier 54 . – Ce soir-là où vous êtes venu chez moi. voyons ! – Ils sont le cœur de votre mémoire. nous sommes ici encore une fois. Ce dernier lui présenta l’ensemble de son atelier. Voyez-vous ceci. À vos quarante ans. Arthur. Je crois qu’un miracle est survenu plus qu’une fois. Il y eut une pause. – Je ne suis pas malade. Un sentiment de bonheur envahit les deux hommes qui sourirent amicalement. Le propriétaire se prépara tranquillement à ouvrir les portes de sa boutique en laissant Arthur dans un stade de réflexion profonde. Le sablier a fait le travail pour vous. Arthur se remémora les évènements. Elle ne voulait pas que vous l’oubliiez. la femme du propriétaire et la dame à la porte. Tout le monde tombe un jour. Il faut cesser de croire que vous êtes invincible.aimait beaucoup. mon cher ami. – Ces sabliers ne sont pas tous à moi. vous aviez fait un souhait. – Elle nous disait que vous refusiez de prendre vos médicaments tous les jours pour soigner votre maladie d’Alzheimer. Vous avez une santé fragile et vous devez faire attention. Vous vouliez reculer dans le temps et tout recommencer. elle vous avait offert un sablier pour vous aider à vous rappeler chaque jour de votre vie. les passants. Nous faisons tous partie du rituel depuis le début. à la même heure et à la même date. elle vous offrait un nouveau sablier et vous recommenciez à zéro. Tout finit par prendre un sens dans sa tête. L’important.

Arthur sortit son chien pour une promenade. Plusieurs mois passèrent. Un nuage de brouillard l’accueillit à son arrivée devant une boutique d’antiquités. Un beau matin de janvier. Il quitta les lieux en silence. Il tomba du ciel des milliers de flocons de neige éternels. 55 . le jour de sa fête. Il évita du regard les passants en continuant sa marche.son sablier.

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......................................................................................................Table des matières Boule à mythes......................7 La pomme de Salomon ...............26 Pirate de ses rêves ..............................................................36 Le marchand de sable.......................................................18 La clé de Saul .............................................................................................47 57 ......................................9 La liseuse de bonne aventure ............

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