Édition établie par Alain Bergala Maquette : Renée Koch

La Maman et la putain Scénario de Jean Eustache

En couverture :

Françoise Lebrun, Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont
© Cahiers du cinéma 1986 ISBN 2-86642-044-6 Diffusion Seuil 19, nie Jacob, Paris 5«

Cahiers du Cinéma

pour ce film. Nous avons respecté les différentes formes (points de suspension. Le scénario original laisse quelquefois ouverts pour le futur moment du tournage un certain nombre de choix. En conséquence. soit qu'elles n'aient pas été tournées. Néanmoins. etc. On sait par divers témoignages qu'il exigea de ses acteurs. le plus grand respect du texte qu'il avait écrit. pour avoir été partiellement coupées au tournage ou au montage. Nous avons fait le choix de supprimer dans cette édition du scénario original toutes les séquences et tous les fragments de séquences qui ne figurent pas dans le film terminé. nous avons modifié le numéro des séquences pour conserver une numérotation continue malgré la disparition de certaines d'entre elles. Ces différences sont de trois ordres.). Par ailleurs. émission de radio. 1. parenthèses. ou de textes impossibles à prévoir car liés à l'actualité immédiate du jour du tournage (programmes de cinéma. Un certain nombre de séquences qui avaient été écrites ont disparu dans le film terminé. indications d'alternatives) que prennent M . le texte attesté dans le film terminé présente quelques différences avec le scénario original. Une différence quantitative importante.AVERTISSEMENT Le texte que nous publions ici est le scénario écrit par Jean Eustache avant le tournage du film. de nombreuses séquences sont plus courtes dans le film que dans le scénario original. soit que Jean Eustache les ait supprimées au montage. 2.

C'est le texte du scénario original et non celui attesté dans le mot à mot du film que nous reproduisons ici. ainsi que le texte de certains rajouts de tournage. émission de radio. très souvent.. L'éditeur.dans le scénario original ces choix ou ces éventualités laissés en suspens. mais qui nous ont semblé significatifs. non programmés dans le scénario original. . 3. Il s'agit le plus souvent de minimes différences de détails dues sans doute à d'ultimes modifications au moment du tournage. du texte écrit dans le scénario. nous avons reproduit en note le texte des passages laissés « en blanc » par Jean Eustache dans le scénario original : chansons. A chaque fois que cela nous a paru important. Le texte effectivement prononcé par les acteurs dans le film diffère légèrement. etc.

ainsi que : Jacques Renard : l'ami d'ALEXANDRE. en chuchotant. Rémy Duchemin. T U peux me prêter ta voiture ? VOISINE. Le garçon se réveille brusquement. Simar Films. Interprétation : Jean-Pierre Léaud : ALEXANDRE. Format du tournage : 16 mm. Il range la voiture dans une rue de Paris. ALEXANDRE. Producteur : Pierre Cottrell. Voilà les clés. Image : Pierre Lhomme. Scripte : Irène Lhomme. Des piles de disques plus ou moins désordonnées. Tu sais. d'un bond. Oui. Assistants-réalisateur : Luc Béraud. Format copie standard : 35 mm. Durée : 3 heures 40. Un lit. Une femme lui ouvre. s'habille et sort. Un couple dort. merci. Noir et blanc. comme au mois d'août ou le dimanche matin. Non. Les Films du Losange. Paul Laine. Production : Elite Films. devant un lycée. Son : Jean-Pierre Ruh. SEQUENCE 0 Une chambre. un electrophone. Isabelle Weingarten : GILBERTE. Jean-Noël Picq : l'amateur d'Offenbach. Bernadette Lafont : MARIE. Immédiatement il tend la main vers une montre et regarde l'heure comme si en dormant il n'avait pas cessé de penser à son réveil.M. Il passe dans la salle de bains. Montage : Jean Eustache. Denise de Casabianca. Françoise Lebrun : VERONIKA. Dehors il fait soleil. ALEXANDRE. Ça va.GÉNÉRIQUE La Maman et la putain Scénario et réalisation : Jean Eustache. Il parle très bas. Oui. Alors fais attention. Tu sais où sont les papiers. Près du lit. ALEXANDRE. Cinéquanon. A un étage inférieur il frappe à la porte d'un autre appartement. D'accord . il . VOISINE. Tu n'en as vraiment pas besoin. bien sûr. On y reconnaît l'album de Charles Trenet voisinant avec Don Giovanni. je m'arrange pour ne pas tourner à gauche. fait une toilette rapide. Moi j'ai un système. Il se lève doucement pour ne pas réveiller la femme qui dort près de lui. Il prend la voiture et parcourt des rues assez peu encombrées. V. On voit le jour à travers les rideaux de la fenêtre. Il ne descend pas. Jean Douchet : l'homme du Flore. le clignotant gauche ne marche pas. Productions.

attend, il observe. Dans la rue passent des jeunes gens, des étudiants. Au loin apparaît une fille. C'est elle qu'il attendait car il descend de voiture et va à sa rencontre. La fille l'aperçoit. Elle parait crispée mais sourit. Elle s'écarte des gens qui marchaient avec elle et vient vers lui.

Bonjour, que fais-tu là ? ALEXANDRE. Je suis venu assister au cours d'une vieille amie. GiLBERTE. Ça me gêne, ça m'ennuie. C'est la première semaine de mes cours. J e ne suis pas très sûre de moi.
GILBERTE.

// lui tend un paquet ; cela ressemble à un livre (si on lit le titre, ce sera : « Les Malheurs de Sophie »). Elle refuse de la tête. Il insiste.
GILBERTE. Non. ALEXANDRE.

Je t'en prie accepte. Il y a un petit mot.

Elle prend le paquet, lit le mot : « A celle qui chaque nuit vient

me réveiller par un rêve. » GiLBERTE. Moi aussi je fais des cauchemars. J e vois Marie grande comme ça.
Elle fait un geste.

J e te parle de rêve et déjà tu me parles de cauchemar. J e voulais te dire : je suis venu te chercher. GILBERTE. Non. J e ne peux pas. ALEXANDRE. Tu ne m'as pas entendu. J e suis venu te chercher. Je veux t'épouser. GILBERTE. Non. Non. J e n'en suis pas encore là. J e ne suis pas prête. ALEXANDRE. Tu n'es pas prête ? Ça veut dire que tu le seras bientôt. GILBERTE. Je ne sais pas.
ALEXANDRE.

Je ne t'ai pas beaucoup ennuyée ces derniers mois. J e ne t'ai pas couru après. J e n'ai pas cherché à t'empoisonner la vie. GILBERTE. Je sais. ALEXANDRE. Tu as eu le temps de te remettre, de réfléchir. Quel temps perdu. C'était peut-être le temps qu'il fallait pour s'en sortir, pour y voir clair. Maintenant je sais. Chaque matin, chaque jour que nous ne passons pas ensemble est un jour que nous perdons. C'est un massacre. C'est un crime. GILBERTE. Non je ne peux pas. J e ne sais pas. Tu t'en es peutêtre sorti mais pas moi. J'ai encore trop de problèmes. ALEXANDRE. On les résoudra ensemble. Il faut que tu te décides, que tu t'engages. Qu'est-ce que tu attends ? Que les choses se fassent toutes seules. Elles se font puisque je suis venu. Je ne te demanderai rien. GILBERTE. T U n'a rien à me demander. Excuse-moi il faut que j ' y aille. ALEXANDRE. J e viens avec toi. GILBERTE. Non. Je te le demande. ALEXANDRE. Mais écoute. Tu m'as invité cent fois à assister à tes cours. GILBERTE. T U n'es jamais venu. ALEXANDRE. J e viens aujourd'hui.
ALEXANDRE. GILBERTE. Non.

Elle fuit, entre précipitamment dans l'école. Il la suit. Plus tard. Ils sont assis sur un banc au Jardin du Luxembourg ou ailleurs.
ALEXANDRE.

ALEXANDRE. Ah ça suffit. // se détend.

J e ne t'ai pas beaucoup ennuyée ces derniers mois. Je ne t'ai pas couru après. Je n'ai pas cherché à t'empoisonner la vie. GILBERTE. Je sais.
ALEXANDRE.

C'est curieux. Tout était clair ce matin. Les rues étaient calmes. J'étais bien. J e venais te dire : je viens te chercher. Tu aurais dû dire : je t'attendais. Comme dans la chanson de ... je ne sais qui. Tu sais, je te sens en moi si profondément, si proche, que je ne comprends pas que tu ne sentes rien. Mais je ne te crois pas. Tu prétends que tu ne sens rien, ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible. Tu mens. Tu joues la comédie.
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ALEXANDRE.

Non. Ne pars pas. Je peux bien te dire que je veux vivre avec toi. Que je veux te voir t'endormir, te réveiller. Est-ce si désagréable à entendre ? Je veux vivre avec toi.

/ / s'approche, essaie de l'embrasser dans le cou. Elle se contracte. Il caresse ses cheveux.

ta peau. Tu as oublié. J'aime ton cou. Dans les années que nous avons passées ensemble, j'avais progressivement oublié ton visage, l'impression que tu m'avais faite la première fois. Il a suffi que tu partes pour que je te retrouve en moi, intacte, comme au premier jour. GlLBERTE. Il fallait que je parte. ALEXANDRE. T U ne finis jamais tes phrases ; il fallait que tu partes mais pour qu'on se retrouve. GlLBERTE. Allons prendre un café. J e voudrais manger quelque chose. J'ai encore trois heures à faire.
ALEXANDRE. J e n'ai pas d'argent. GILBERTE. Je t'invite. Ils se lèvent. S'éloignent. Dans un café près du Jardin du Luxembourg. Ils sont assis face à /ace.

ALEXANDRE. J'aime

sais, j'avais pensé que tu viendrais avec moi aujourd'hui. J'avais l'intention de demander à des amis, ceux que tu aimes bien, d'être nos témoins, j'étais tellement persuadé... GILBERTE. T U es vraiment naïf. ALEXANDRE. Je me suis trompé. Encore une fois. Mais est-ce que cela veut dire que tu ne reviendras jamais ? Dans trois mois, dans... je ne sais pas. Tu ne me dis pas que tu ne reviendras pas. Tu dis que tu ne sais pas. Tant que tu ne sauras pas, j'attendrai. Dis quelque chose. GlLBERTE. J'ai envie de te dire de ne pas y compter. ALEXANDRE. Ne t'en tire pas comme ça. Réponds-moi. J e préférerais que tu dises nettement : je né reviendrai pas. Note que je préférerais que tu dises : je reviendrai. C'est comme si tu me laissais de côté en attendant de savoir si ça va marcher
ALEXANDRE. T U

ou non avec ton type. Je te pose la question autrement : tu m'aimes encore ou tu ne m'aimes plus ? GlLBERTE. Enfin, c'est ridicule. Dans quel roman te crois-tu ? Tu sais bien que ce n'est pas si simple. ALEXANDRE. T U m'aimes. Je le sais. C'est pourquoi je te demande de prendre une décision... Je t'attends depuis des mois, je suis prêt à t'attendre encore, le temps qu'il faudra. Mais toi, pendant ce temps, tu vis avec un autre type. Si tu étais seule, tu réfléchirais, on pourrait sortir ensemble de temps en temps, tu apprendrais de nouveau à me connaître, tu pourrais juger. Et le temps passant, tu saurais un jour si tu veux vivre avec moi ou avec un autre de tes amoureux. Ce serait bien pour toi. Tu serais une fille qui aurait deux amoureux. GILBERTE. Deux ? Des dizaines. ALEXANDRE. Encore mieux. Au lieu de quoi, tu hésites, tu ne me dis pas non et chaque jour tu le passes avec un autre type. Je ne sais jamais ce que tu fais, si tu fais la cuisine. Tu lui fais la même cuisine qu'à moi. Si tu bois un verre de vin, si tu passes la main sur ses cheveux. Ecoute, puisque tu ne veux pas te décider, je préfère que nous brusquions les choses. Si tu ne viens pas avec moi, marie-toi avec lui. Mariez-vous. Tu t'imagines ce que cela me coûte. Mais si vous êtes de bonne foi, si tu l'aimes, s'il t'aime comme tu le prétends, mariez-vous, je saurais alors que je n'ai plus rien à attendre. Je m'y habituerai. Que vas-tu faire, lui en parler ? D'ailleurs, peut-être en avez-vous déjà parlé. GILBERTE. Oui, nous en avons parlé. ALEXANDRE. Et alors. Il veut t'épouser, qu'est-ce qu'il veut faire ? GILBERTE. Il veut m'épouser. ALEXANDRE. Alors allez-y, qu'attendez-vous, faites, faites. Si vous hésitez, c'est que votre truc n'est pas très solide, et moi, j'attends. Si vous vous mariez, je comprendrai très bien, encore que cela ne prouvera rien, il n'est pas exclu que dans quelques années...

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Écoute. Parle-lui de ça. Dis-lui que je t'ai vue. Que je veux t'épouser. Décidez ensemble ce que vous avez à faire. J e reviendrai te voir. J e sais où te trouver. Tu me donneras la réponse.
Ils marchent. Il la raccompagne à son travail.

Ça m'a fait plaisir de te voir tu sais. J e t'aime bien. J e voudrais vraiment que tu t'en sortes. ALEXANDRE. Oui... Sans toi.
GILBERTE.

Elle approuve de la tête.

ALEXANDRE. Et avec une autre femme. Ça te soulagerait. On dit toujours ça quand on n'aime plus. (Et une autre femme qui ne serait pas Marie, ce serait encore mieux.) C'est curieux. Je n'ai pas cessé de souffrir. J e ne me suis pas accroché à toi mais à ma souffrance. J'ai essayé de la retenir pour te garder près de moi. Pour nous garder. Le jour où je m'en sortirai, comme tu dis, où je ne souffrirai plus, c'est que je serai un autre. Et je n'ai pas envie de devenir un autre parce que ce jour là nous ne pourrons pas nous retrouver. Tu sais, je ne suis pas dupe. Il y a le temps qui passe... Je ne pourrai pas lutter très longtemps contre lui. Aujourd'hui je suis venu te chercher. Si tu ne sais pas ce que tu veux il sera peut-être trop tard quand tu le sauras... Oh, et puis j'en ai assez. Je suis fatigué. Tu te souviens de ce film où Michel Simon disait : « Regardez la femme infidèle, regardez l'ami félon » avec cette grandiloquence un peu ridicule et risible que donne la plus grande douleur ou la mort. Et puis merde. J'en ai assez. Salut.
// s'en va. Elle aussi. Des gens passent.

SÉQUENCE I

Plus tard dans la journée. Alexandre et un ami sont assis à la terrasse d'un bistrot indéfinissable. Ils ont les journaux du jour.

ALEXANDRE. J e viens lire ici l'après-midi... J'ai l'intention de faire ça très régulièrement... Comme un travail. J e ne peux pas lire chez moi. Bernanos disait : « J e ne peux pas me passer longtemps du visage et de la voix humaine, j'écris dans les cafés ». Moi j'en fais un peu moins. J e viens y lire. Il disait aussi qu'il le ferait davantage si les puissantes républiques ne taxaient impitoyablement les alcools. Il faut que je me tire. J'ai un rendez-vous. Qu'est-ce que tu fais plus tard ? L'AMI. J e rentre chez moi. Passe après ton rendez-vous. Sinon ce soir...
Alexandre se lève, passe devant les cafés. Il regarde s'il aperçoit un visage connu, un ami. A une table, une fille seule le regarde passer avec insistance. Il la remarque, s'arrête. Il regarde si une table est libre auprès d'elle. Il n'en voit pas. Il n'y a qu'une chaise vide à côté d'elle. Sur la table un verre presque vide et un paquet de gauloises. Elle continue de le regarder. Il fait quelques pas, regarde la vitrine d'une boutique, il se

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les bourgeoises. ses vêtements. Il prend la même direction. en allusion ironique au film Le Pire Noël a Us yeux bleus qu'il avait tourné en 1966 avec le même Jean-Pierre Léaud (N. Il y a du Ricard. il la rejoint.E.. De savoir ce qu'elle fait. J'ai envie de me renseigner avant de l'appeler. Il regarde ailleurs. Elle me l'a donné.). les ouvrières. J e ne peux m'intéresser qu'à quelqu'un que j'intéresse déjà.retourne à nouveau vers la fille. Jean Eustache a rajouté au tournage la phrase suivante : « Apparaître comme le père Noël. Elle fumait des gauloises.8 à 3 heures. Elle est blonde. S'éloigne un peu. Elle sourit. Leurs regards se croisent. Ce n'est ni une boutique. je ne lui ai demandé que son téléphone. Quelle question. Évidemment. Quand il revient. avec le nivellement. (1) Ici. Elle m ' a dit de l'appeler de 8 à 3 heures.. J ' a i déjà fait ça une fois ». ALEXANDRE. De la même façon que je ne peux pas aimer une femme qui ne m'aime pas. la libéralisation. Elle s'est levée. Mais je crois que j'ai trouvé le roi des alcools. Il la voit traverser le boulevard. L'AMI. des verres.. la place de la fille est libre. Entre. J'en bois une demi-bouteille comme un rien. L ' A M I . Elle m'a regardé avec un regard insistant. On finira par ne plus rien y voir.. Alexandre prend la bouteille. Elle était aux « Deux Magots ». des tangos argentins.) . .. quand je t'ai quitté. je l'ai suivie. Les bonnes. Il frappe à une porte en scandant ALGÉ-RIE FRAN-ÇAI-SE. Va boire au goulot.. Ne serait-ce qu'au niveau d'un regard. C'est celui de son travail. des disques d'opéra. Regarde. Elle avait une robe marocaine et pas de soutien-gorge. La fille marche. Il est très bien. des livres.. J e peux ? L ' A M I . Alexandre la suit. J'ai envie d'attendre quelques jours avant de lui téléphoner. J e veux lui faire la surprise (. Tu vois ce que je dis. ni un bureau. Et si j ' e n crois ta description. ALEXANDRE. L'ami que l'on a déjà vu dans la séquence précédente vient lui ouvrir. cette espèce d'égalité. 17 . SÉQUENCE 2 Un immeuble moderne. Fondu. Qu'elle oublie. A L E X A N D R E . je l'ai faite ce matin. Elle a les yeux bleus. J'aimerais bien que ce soit une bonne. tu as vu ma sculpture. Qu'elle n'y pense plus. A terre des journaux. Alexandre sort d'un ascenseur. sinon je ne l'aurais pas remarquée. Qu'est-ce que tu fais. Comme j'étais pressé. l'absence de soutien-gorge. Il ne brûle pas du tout. J e ne sais pas ce qu'elle peut faire. on ne peut pas savoir. des bouteilles. L'appartement malgré sa nudité est en désordre. Du cognac. Alexandre boit.d. Elle m'a regardé. 16 En effet ! J'ai dragué une fille tout à l'heure. Tu veux boire quelque chose ? ALEXANDRE. tout est pareil. du gin que tu peux prendre avec du London Orange Dry. L'AMI. marche à côté d'elle.. Je crois qu'elle a un gros cul mais je . Ce beau regard des myopes. il y a un poste. du whisky. C'est BRE 23-27. les « Deux Magots ». Elle me plaît assez.ne suis pas sûr. Elle l'a suivi des yeux. de la musique de cirque et des vieilles chansons.

On mangera plus tard.ta L'ami enfile une veste. Marie repart dans la cuisine. je ne peux rien vous cacher. ALEXANDRE L'AMI. allume une cigarette. Vous êtes sorti de bonne heure. Ils n'essaient pas de donner le change. Faire un flip. avec leur ignoble bonne humeur. MARIE. SEQUENCE 3 Alexandre entre dans l'appartement d'où il est sorti au début du film. Personne n'y croit plus. A moins que je ne change d'avis. J e ne dormais pas. Ça. à faire semblant. Il s'assoit sur le lit.. 19 . c'est l'avantage de Paris. J'avais décidé de ne pas vous le dire. MARIE. Ils mangent par terre ou sur le lit. Ça a marché.. VOUS n'avez même pas pris un verre ? ALEXANDRE. Dites-moi. Elle apporte quelques hors-d'œuvres et du vin.. Parce qu'en plus de ce que j ' a i dit. car la nuit il n'y a plus personne. En fait. à s'engueuler. Vous voulez manger maintenant ? 18 / / la rejoint. Les gens travaillent. Oui. comme ces méridionaux. J e fais la vaisselle que vous ne faites pas. Je vais prendre un café.. MARIE : Qu'est-ce que vous faites ? (off). leur espèce de chaleur humaine. Ils sortent. Qu'est-ce qui vous a pris ce matin. se remuent. Il se sert un verre.. Je viens avec toi. Et le lendemain ils recommencent. Il fait jour et les fenêtres sont ouvertes.. MARIE. J'ai eu envie de voir les rues. Rien. Elle est jolie.. ALEXANDRE. Oui si elle en vaut la peine. A travers la baie vitrée on voit un vieux quartier de Paris en démolition. J'ai fais des courses. MARIE.. ALEXANDRE (off). font des tas de choses. MARIE. ALEXANDRE. Est-ce que vous me la présenterez ? ALEXANDRE.. ils font semblant.. Ça a duré 20 secondes. Elle porte des provisions dans un sac. Rien. C'est fou l'activité qu'il y a le matin dans les rues. Il met un disque ou allume la Télévision. Oui. ALEXANDRE. va à la cuisine chercher des glaçons. prend un journal. de générosité. ils sont tristes. J'ai dragué une fille cet après-midi. Non. MARIE. et mettre un disque). à se remuer. C'est curieux. De garder une histoire pour moi. J e lui ai juste demandé son numéro de téléphone. (Il peut allumer la Télévision.. Vous êtes là ? Elle vient et l'embrassé. Marie entre. MARIE MARIE. Qu'est-ce que vous avez fait ? ALEXANDRE.. On entend un bruit de serrure. couper le son. : Oui quelque chose en attendant. VOUS n'avez pas fait de rencontres ? ALEXANDRE. VOUS allez l'appeler. Si. Puis va porter le sac dans la cuisine. les gens.

Je vous aime vous savez. ça m'est égal.. Au moins Bellemare et Guy Lux portent leur connerie sur leur figure. Il commente certaines publicités (voir lejournal du jour). Cette satisfaction a quelque chose d'un peu obscène. Jeudi ! mais c'est très loin ça. Il lit une critique du film en ridiculisant l'article^'. Alexandre est seul. ALEXANDRE. préfère encore regarder la télé. Que voulez-vous faire plus tard. 21 20 I . Véronika s'il vous plaît. ALEXANDRE. Je suis très occupée. parce que. quand vous voulez. Fermeture fondu. Un moment de silence. rythmée. jeudi. Oui.. VéRONIKA. Revient dans la chambre. J e ne sais pas. vieux con. (1) Dialogue attesté dans le film : ALEXANDRE.. VOUS voulez voir La Classe ouvrière va au paradis ? (il lit :) « La Classe ouvrière va au paradis. // s'assoit sur le lit. ni reportage. Bonjour. Non. Aller au cinéma ? Il y a des choses à voir ? SÉQUENCE 4 Il repart. Monte le son de la télévision.d. MARIE. si vous voulez. son âpreté au gain. Il consulte la page des programmes. la confusion de ses idées. Vous viendrez je déteste qu'on me pose un lapin. oui. Bonjour. On trouve une espèce de satisfaction à faire la vaisselle. Il compose un numéro de téléphone. puis cette impression qu'il éprouve que son cerveau s'évade. s'efforce de définir une nouvelle conception des rapports humains.~"M J'ai déjà fait la vaisselle. VÉRONIKA. J e regarde. Il fait jour. c'est Alexandre. VéRONIKA. MARIE.. à 4 heures. Voulez-vous qu'on boive un verre un de ces jours. une fois. ce film est un vrai film. Allô. VOUS VOUS souvenez de moi ? VÉRONIKA. Vous n'avez rien à me dire ? ALEXANDRE. qui nous fait puissamment ressentir les obsessions et les contradictions du personnage principal. C'est plus franc. qu'il perd sa conscience d'homme. de démence. tout en dénonçant les servitudes de la condition ouvrière. Marie l'embrasse. Alors à 4 heures.). Oui. VéRONIKA. J e Le même appartement. » (N. Puis il jette le journal. Je vais bien et vous ? ALEXANDRE.E. 155 s'il vous plaît. Non ? Être content parce qu'on a fait la vaisselle. ALEXANDRE. Ni tract. ses poussées de fureur. C'est dégoûtant. aux « Deux Magots ». dites-moi. composée. Je me souviens très bien. ALEXANDRE... Eh bien. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Le sentiment d'être utile. ALEXANDRE.. d'Elio Petri. c'est-à-dire une œuvre élaborée. ni exercice de rhétorique. ALEXANDRE. Oui. MARIE. vous allez bien ? VÉRONIKA.. Film essentiellement politique qui. Allô.

Fondu. je compte. Ne rien faire à la légère. Au revoir. L'AMI. J e ne sais pas. L'AMI. C'est la chanteuse que les Allemands ont essayé de lancer. ALEXANDRE. Comme ça on pourrait faire front. Qu'est ce que c'est ? L'AMI. Oui c'est ça. Je regrette de ne pas avoir connu le temps où les filles. personne.. je la vois la grenouille (il jubile). Il faut que tu regardes la grenouille une minute. les jeunes patrons. dans les villes et dans les campagnes se pâmaient devant les soldats. Je l'ai volée l'autre nuit. pour remplacer Marlène Dietrich après son départ. Himmler prononce son speech sur Henry l'oiseleur en 1936. C'est à 4 heures aux « Deux Magots ». ALEXANDRE.. maintenant regarde le plafond.. les professions libérales ont remplacé les soldats. J e ne crois pas.D. Une chaise de paralytique. T U connais le jeu de la grenouille au plafond ? Regarde dans cette revue. » L'AMI.. Elle m'a donné rendez-vous demain. ALEXANDRE. que fais-tu demain à 4 heures ? L'AMI. Éventuellement parler entre nous. A propos. Après tu regarderas le plafond. tu regardes. SÉQUENCE 5 Alexandre est chez son ami. Maintenant elles se pâment devant les voitures de sport. Non. Ils boivent comme dans la séquence 2. Mais peut-être que tu pourrais passer. tu la vois ? ALEXANDRE. Et que veux-tu que je fasse ? ALEXANDRE. A jeudi. Et comme toutes les imitatrices. J e viendrai. T U l'a volée. Attends. hé hé la grenouille. Oui d'accord. Pourquoi ? ALEXANDRE. à qui ? ALEXANDRE. // raccroche. Tu crois que c'est la meilleure tactique ? ALEXANDRE. Non. Tu connais ça. Je ne sais pas si on a gagné au change.. Regarde le plafond.E. A un paralytique sans doute. Elle a fait semblant d'être très occupée. L'AMI. Tu ne voudrais pas venir avec moi. Maintenant les jeunes cadres. Il y a une chaise de paralytique sur laquelle l'ami circule.. ah ah.). Le prestige de l'uniforme.. Oui. ALEXANDRE.d. (N. T U rabbins. Personne en particulier.S. J'ai téléphoné à la fille de l'autre jour. comme si tu cherchais quelqu'un que tu connais. Je passe. regarde. Rien bien sûr. ALEXANDRE. La grenouille ? // lit les légendes de certaines photos w. Ils écoutent un disque de Zarah Leander. J'ai attendu assez longtemps pour l'appeler et je me demande si je n'ai pas fait une erreur. Ah oui oui. des hommes du S. J e veux bien faire ce que tu veux. J e te le dirai. T U passes. (1) Dialogue attesté dans le film : ALEXANDRE.. Tu vas la voir apparaître. Mais il faut que ce soit bien préparé. Elle ne traîne rien derrière elle. as toujours ton livre sur les S. « Dans le ghetto de Varsovie. à la dernière page. ALEXANDRE. 22 23 . mine de rien. Alors décide si je dois L'AMI. narguent des L ' A M I .ALEXANDRE. Je la vois demain. il y a des jeux formidables. L'AMI. Et je te vois. L'AMI. elle est mieux que l'original.

Il sera d'accord. ALEXANDRE. Alexandre lui fait signe. A la fin du mois. ALEXANDRE. J e suis là. Si. J'allais à la librairie. GILBERTE. tu me dis ce que j ' a i à dire. Eh bien. Si. Le mois prochain. des papiers ? GILBERTE. En pleine cérémonie. parler. ALEXANDRE. Oui. ALEXANDRE. J e passais par hasard. 25 . alors. Non. Si tu veux que je parle. C'est pour quand ? GILBERTE. J e me souviens d'une chanson comme ça dans mon enfance. Venir à la mairie. De temps en temps il lève les yeux vers une horloge. Si tu veux. J e récite. Il commande quelque chose au garçon. Que peux-tu faire ? ALEXANDRE. Une fille qui assiste au mariage de l'homme qu'elle aime. Pour rien. SEQUENCE 6 L'horloge de l'église Saint-Germain-des-Près ou du drugstore marque 15 h 50 lorsque Alexandre s'installe à la terrasse du café. J e ne savais pas que cela allait m'arriver. Fondu. ou ne rien dire. GILBERTE. Je vais me marier. Oui. (incorrigible) ALEXANDRE. Pourquoi ? ALEXANDRE. Elle hésite un peu. C'est pour tout de suite. Je dis ce que tu veux. J e ne sais pas.. 24 De toute façon je plaisante. Ça ferait de l'effet.m'asseoir. Ce n'est pas valable. GILBERTE. J e ne suis pas d'accord avec ce mariage ». ALEXANDRE. le plus tôt sera le mieux. Et si je faisais opposition à votre mariage.. rester debout. Traversant la rue apparaît Gilberte. Oui. Il n'est pas question d'improviser.. Combien : cinq ans ? sept ans ? Quelle est la durée moyenne d'un couple ? GILBERTE. ALEXANDRE. C'est en cours. Tu ne crois pas ? GILBERTE. A toi de décider. ALEXANDRE. Tu es vraiment. GILBERTE. Non. Il place ses livres et journaux sur une chaise voisine. Je t'aime. viens prendre un verre. Oui.. Avant de s'asseoir il s'assure par un tour du café que Véronika n'est pas déjà arrivée.. ce qui t'arrange. Mais à ce moment-là tu comprendrais peut-être que c'est moi que tu dois épouser. Il suffisait de le dire. Et tu m'aimes. Il essaie de lire mais lève constamment les yeux vers les passants. T U GILBERTE. si je lui demande. On ne sait pas encore. N'attends pas de moi autre chose. n'as aucune raison. Tu m'invites ? GILBERTE. J e ne voudrais pas t'embêter. Parlons sérieusement : si je comprends bien il faudra que je t'attende plus que prévu.. ALEXANDRE. J e sais bien. Où vous mariez-vous ? Chez tes parents ? GILBERTE. Vous vous occupez des démarches. Mais tu n'as pas quelque chose à me dire ? GILBERTE. ALEXANDRE. Tu m'invites ou pas. ALEXANDRE. Dire : « J e ne suis pas d'accord. c'est parfait. ALEXANDRE. GILBERTE. // rit. T U passais par hasard ou tu venais exprès ? GILBERTE.

par exemple. N'en ayez pas honte. T U vois bien. Ils se regardent. Tout effacer. Regarde-moi. Faisaient des leçons de morale. J e crois que je n'aimerai jamais personne comme toi. Vous vous jouez la comédie d'un couple.. ALEXANDRE. Un héritage culturel. Ne me dis pas ça à moi. Evidemment tu es plus tranquille comme ça. Une profession. ALEXANDRE. Tu te relèves comme la France après 68. On disait qu'on l'avait échappé belle. un travailleur algérien. T U vois. Peux-tu me dire que tu l'aimes plus que moi ? GILBERTE. Et tu deviens la femme d'un cadre (d'un technocrate). Toi tu as toujours été très douée pour te convaincre de choses qui n'existaient pas. GILBERTE.. Elle ne se laisse pas prendre.) ALEXANDRE. Comme la France après l'Occupation. Tu te souviens. Ne le niez pas.que des gens de sa classe. Elle détourne la tête.. Qu'on avait eu la chance d'avoir une enfance et qu'on n'était pas sûr que nos enfants en auraient une dans ce nouveau monde où les vieillards ont 17 ans. prestigieuse. Je me tiens sur mes gardes. GILBERTE. Le parti auquel appartient ton Jules en sait quelque chose. Tu n'es pas tombée sur un ouvrier portugais. ALEXANDRE.. Elle le regarde. A ta place je contre-attaquerais... J e comprends très bien. GILBERTE. Tu ne peux pas le dire. c'est tout. ALEXANDRE. ou même un ouvrier français. Mon amour. A mon avis vous faites semblant d'être un couple. ALEXANDRE. . Oh. Quoi ? Regarde-moi. Je ne veux pas te chicaner. Là tu recommences à mentir. Je pourrais le dire.. On peut tout dire. un jour financier. 26 . D'autant plus que tu sais de quel côté te garder.. Avec moi aussi tu pourrais te tenir sur tes gardes. J e pense à moi. c'est comme ça. Tu veux que je te rappelle certaines choses. comme la France après mai 68. Tes parents apprenaient la langue française aux enfants. ALEXANDRE.. ALEXANDRE. et (bientôt). comment nous sommes-nous connus ? Quelque chose a déraillé. T U sais bien que pour moi ça n'a pas d'importance. Tu n'as rien à payer. Enfin maintenant tu as redressé le coup. Pourquoi ne dis-tu pas : « Enfin j'ai découvert l'amour ! Enfin je sais maintenant ce que c'est que l'amour ! » GILBERTE. Et pour ne pas vous l'avouer. ALEXANDRE. GILBERTE. J e préférerais que tu dises que tu l'épouses parce qu'il a de l'argent. ALEXANDRE. Alors. T U vas vivre avec un homme que tu n'aimes pas parce qu'il est trop difficile de vivre avec l'homme que tu aimes. Tu as fait attention quand même avant de tomber amoureuse. Mais enfin je ne comprends pas. Vous ferez 27 GILBERTE. ALEXANDRE. Est-ce que la vie consiste à porter éternellement le poids d'une erreur qu'on a commise ? Peut-être que je n'ai pas assez payé. Tu as recommencé à vivre sans que l'angoisse t'étreigne. J e sais. Mais ça n'a aucun rapport. (C'est la vie. mais enfin pourquoi m'enlèves-tu tout espoir alors que tu ne sais même pas ce que tu veux vraiment ? Tu ne sais même pas si tu l'aimes vraiment.. Mais c'est bien ainsi. Tu crois que tu te relèves alors que tu t'accoutumes tout doucement à la médiocrité. Tu es tranquille. T U sais bien qu'on ne rencontre... je t'en prie. Elle fait non de la tête./ / la coupe. GILBERTE. essaie de l'embrasser. Maintenant je me méfie. Non. Tu n'as rien à te reprocher. Après les crises il faut vite tout oublier. il me serait facile de t'attaquer sur les choses sexuelles.. L'argent n'a jamais sali personne. vous vous jetez en avant. Je t'ai menti quelquefois mais je ne me suis jamais menti. J e l'aime différemment. Arrête de penser de cette façon. Il n'a pas d'argent. GILBERTE.. Il s'approche d'elle.

je parie très gros qu'elle l'attendra à la sortie de prison. mais comme son rôle l'exige il vient vers eux. ALEXANDRE. Vous bâtissez sur du pourri.. Alexandre l'arrête d'un geste avant qu'il parle. L'affaire Fauqueux. GILBERTE. GILBERTE. T U Elle serre la main de l'ami. Très nouvelle société. ALEXANDRE. 19 ans. reconstituera l'affaire. Les gens sont furieux-. Des gens aussi beaux qu'un film de Nicholas Ray.. Ils partent. Marie est habillée. Mais Gilberte est passée. T U attends encore. Quelle heure est-il ? 10 heures. moi je trouve ça très bien.. J e ne vois pas ce qu'elle peut faire d'autre. T U ALEXANDRE. Il se réveille. triches. Oui. Ce type recherché qui allait chaque nuit rejoindre sa femme au nez et à la barbe de la police. Il supporte mal la lumière. Gilberte s'en va. Elle tend sa joue à Alexandre. (à Alexandre) Je vais partir maintenant. Il est un peu surpris de reconnaître Gilberte. J'ai changé de quartier. Une petite fille grandit. J e me suis demandé si ce n'était pas un coup monté. Tu te souviens de cette affaire. Faites vite une fille. J e crois qu'elle est très bien. ailleurs. et Dieu veuille qu'elle le soit. et déjà un homme est en prison pour elle.. 29 . Tu te souviens. Le matin. Elle se penche sur lui. je disais que quand Fauqueux sortirait de prison. Un voleur et une criminelle. Les familles perdent toujours. J e te parle de ça parce qu'une idée me venait à l'esprit. Non. De toute façon il n'y pas de hasard. Elle ouvre les rideaux. Absolument. Ah oui. L'AMI. L'ami s'asseoit. A ce soir. ALEXANDRE. GILBERTE. ALEXANDRE. qu'un homme est en prison pour elle. Il essaie de l'embrasser sur les lèvres.. MARIE. Il y a une chose qui me plaît. la petite fille qu'il avait enlevée aura 18.. On voit beaucoup de jeunes filles avec des hommes qui pourraient être leur père.. Et si elle est belle. Vous pouvez demander à Chaban d'être le parrain de votre premier enfant. au lycée. T U vas la rappeler. Ils se lèvent. Elle n'est pas venue. 28 Vous partez. vas bien ? L'AMI. L'AMI. Mais méfiez-vous.T un couple très moderne. c'est moi qui triche. SEQUENCE 7 Tu veux t'asseoir ? L'appartement de Marie. A moins de se transformer elle-même en bourreau. On ne te voit plus. Comme convenu l'ami d'Alexandre passe devant le café et Us aperçoit. Et dans 17 ou 18 ans on verra. Au téléphone elle m'a dit qu'elle n'aimait pas les lapins.. à propos de laquelle j'avais écrit un article. Elle fera son enquête. C'est ça. qu'elle te ressemble.. même si ses parents lui cachent. Et je disais qu'elle aura appris. ALEXANDRE. tes cheveux. Qu'elle ait tes yeux. l'embrasse. Alexandre dort..

. je suis désolée pour hier mais je n'ai pu me libérer. Alexandre lit France-Soir. Au contraire. Le disque n 'est pas encore fini lorsque le téléphone sonne. Il la boit. VÉRONIKA (off). . Ça n'a vraiment pas été possible.Elle lui a apporté une tasse de café. A 5 heures alors. pourrais-je parler à Véronika. Allô ! Oui. A ce soir. Il jetU un regard circulaire sur la salle. je vous remercie. Bon. Je ne vous en veux pas du tout. Je dirais même que je suis très content. C'est Véronika Osterwald à l'appareil. Il lève les yeux sur elle. Il est un peu en avance. J e vous prie de m'excuser. Marie s'en va. ALEXANDRE. je suis en train de vous écrire et j'ai égaré votre adresse. A deux tables de lui sur la même banquette il y a une jeune fille blonde qui correspond vaguement à la description de Véronika. VéRONIKA (off). ALEXANDRE. Et bien. Vous êtes furieux. ALEXANDRE. Moi je peux ce que je veux. Allô. ALEXANDRE. si j'ose dire ? Avec cette petite différence que j'espère que vous viendrez. j ' y suis jusqu'à midi. je ne sais pas. Non pas du tout. J'ai été retenue par une urgence. Ce soir si vous pouvez. Je vous assure que ça n'a aucune importance. Leurs regards se croisent.. Elle vient. Vous vous moquez de moi. Ça pourrait être vous. Quand puis-je rappeler ? Pouvez-vous prendre un message ? Qu'elle rappelle Alexandre à FON 95-72. 30 31 P . VéRONIKA (off). LA FILLE.. regarde par la fenêtre l'hôtel d'en face. Heu. VéRONIKA (off). SEQUENCE 8 Allô ! VéRONIKA (off).. Alexandre entre au café où il a rendez-vous. Excusez-moi. Au même endroit voulez-vous. Voulez-vous me la rappeler.. // raccroche. Parce que j'ai rendez-vous avec quelqu'un que je ne connais pas. ne l'ouvre pas. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Il décroche. LA FILLE. Entendu. Nouveau regard entre Alexandre et la fille. Vous êtes sûre ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. / / raccroche. Alexandre tend une boite d'allumettes. ALEXANDRE. Oui. Il s'assoit. Met un disque de Damia : un souvenir. Bon je vous remercie. Il compose un numéro de téléphone. Je voudrais parler à Alexandre. La fille se lève pour partir. C'est de la part d'Alexandre. D'un geste Alexandre l'appelle. Il déguise un peu sa voix.. Au revoir.. Oui. Ce n'est pas moi. L'Hôpital xxx rue de xxx. Mais voulez-vous que nous remettions ça. ALEXANDRE. VÉRONIKA (off). c'est moi.. Elle secoue la tète. 155 s'il vous plaît. A 5 heures. ALEXANDRE. Allume une cigarette. Puis il prend un livre (?). Il ne voit pas Véronika. / / raccroche puis recompose le même numéro. La fille lui demande du feu. Non. Ce n'est pas avec vous que j'ai rendez-vous.

. Il s'approche. du beau temps. des raisons qui n'ont rien à voir avec elles. Oh non. Pas du tout. posées sur elles comme une robe de chambre.. Dehors il y avait un type qui me ressemblait. J'ai un ami qui pense que les femmes sont faites justement pour lui porter son petit déjeuner. J e pensais à ça en vous attendant. Vous avez installé quelque chose entre nous. Mais chercher les mots qu'il faut dire. Excusez-moi. Laisse l'argent de sa consommation et sort à son tour. Quel plus grand hommage peut-on rendre à un homme qu'on admire que de lui prendre sa femme. qu'on peut poser sur une autre. C'est un mot que j'avais presque oublié. VéRONIKA. Je ne sais pas. vous m'avez permis aujourd'hui de parler de votre absence. Elle s'arrête cherchant à nouveau du feu. Une chose comme ça. Mais ça n'a aucune importance. Elle le voit. J e crois qu'il faut se taire. vous m'arrêtez. Je ne me trompe pas. J e dirais même que ça m'a arrangé. VÉRONIKA. Que vous étiez partie avec lui. choisir. ALEXANDRE. Une femme me plaît par exemple. Ça m'ennuie. Alors vous m'avez attendue longtemps. savez. Pour voir la tête que vous auriez fait. Alors elles se révoltent. J'ai pensé que vous vous étiez peut-être trompée. trouvent des sujets de conversation. Comment peut-on faire ? Vous savez en général les gens. du M. Non. Vous savez que je suis désolée. Et puis je n'ai jamais compris les gens qui sans se connaître. Mais c'est triste. Pourquoi. Sur le Boulevard il suit la fille. ALEXANDRE. se regarder en silence. VéRONIKA. Elle sourit. les femmes me plaisent surtout pour des raisons extérieures. parce qu'elle a joué dans un film de Bresson.. Si ce que je dis vous ennuie. Vous ne connaissez pas ? C'est le Mouvement de Libération de la Femme. ALEXANDRE. Par exemple on n'entend plus jamais le mot « limonade ». VéRONIKA.. Vous l'avez fait resurgir du passé. VÉRONIKA. VÉRONIKA.. ALEXANDRE. J e vous ai dit : ça n'a aucune importance. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. Je crois qu'elles sont très tristes. En arrivant j'avais regardé un peu partout. Ce sont des femmes qui en ont assez de porter le petit déjeuner au lit de leur mari. ou parce qu'un homme que j'admire est amoureux d'elle. Il repart. celui-ci ou celui-là. j'avais un peu peur de ne pas vous reconnaître. Personne ne dit : «J'ai bu une excellente limonade à midi ». Parce qu'on peut parler d'autre chose. J e pensais : si elle arrive 32 maintenant je vais lui parler de limonade. Alors qu'hier je n'avais rien à vous dire. Ou bien parler beaucoup parce que cela revient au même. Au contraire. Vous ne croyez pas ? VÉRONIKA. De la pluie.F. Tout à coup je ne l'ai plus vu. Il entre à nouveau aux « Deux Magots ».. j'aime bien lui porter son petit déjeuner. Il y a longtemps qu'on ne m'avait pas posé de lapin. Je ne me serais pas trompée. En ne venant pas hier. Et même quand je ne vous attendais plus car je restais là.. comme d'autres mots que l'on n'entend plus. // s'assoit en face d'elle. Quand j'aime quelqu'un. VOUS . A la place qu'il vient de quitter il y a Véronika. Oui. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J'ai attendu très longtemps. Alexandre hésite un peu.L.LA FILLE... ALEXANDRE. Il a déclaré ça 33 . ALEXANDRE. un manteau. Vous ne m'en voulez pas pour hier. La fille sort.. ALEXANDRE. Si. Oui. VéRONIKA. Vous n'avez pas trop attendu j'espère. Elles ont un slogan : « Nous n'avons plus besoin d'hommes sous nos édredons ».

je fais des gardes. ALEXANDRE. Elle n'est pas là. Que vais-je faire d'ici là ? 34 L'appartement de Marie. J'ai une chambre d'infirmière sous les combles.. ALEXANDRE. 35 . Le téléphone sonne. Il écoute « La Belle Hélène ».devant moi à une militante forcenée du M. Je fais une garde ce soir en banlieue. Non.F. J'obéis. VOIX. Oui. Il la fascine totalement.L. C'est un nom allemand mais je suis polonaise. Allô. Est-ce que Marie est là ? ALEXANDRE. Je sors. Voix. Je me laisse facilement accoster comme vous avez pu le voir. Je vais partir. Ils se lèvent pour sortir. Oui. C'est du travail noir. je le dépense. Voulez-vous laisser un message ALEXANDRE. Il n'y a pas de contact. Vous ne quittez jamais l'hôpital alors. ALEXANDRE. Voulez-vous qu'on mange ensemble un soir où vous serez libre. Je n'y suis pas beaucoup. Alio. Elle est à Paris. Non.. Vous n'allez pas dans les boîtes ? ALEXANDRE. Et en fin de compte il a séduit cette fille en lui parlant de sa grand-mère qui a passé sa vie à faire le ménage. VéRONIKA. Mardi à 1 heure. souvent. ALEXANDRE. il ne se passe rien. de sa famille. Je m'appelle Véronika Osterwald. La nuit. de ses petits enfants. J e suis infirmière anesthésiste à l'hôpital (Laennec). VÉRONIKA. Pourquoi allez-vous dans les boîtes ? VéRONIKA. VOIX D'HOMME (off). Au revoir. J'ai cru qu'il allait se passer une scène meurtrière.. SEQUENCE 9 VÉRONIKA. J ' y habite. être avec des gens. Alors téléphonez-moi avant. s'occuper de ses enfants. ne pas être seule. C'est très mal payé. Alexandre est habillé. Savez-vous si elle est à la boutique ? Alexandre s'assombrit progressivement depuis le début de la conversation. VéRONIKA. Je ne sais pas. Depuis elle ne peut se passer de lui. Vous êtes seule ? VéRONIKA. FON 95 72 ? ALEXANDRE. Oui. Le matin. Elle n'y est pas aujourd'hui. Non pas beaucoup. Il faut que je passe chez moi me préparer. J e ne sais pas. J e veux bien manger avec vous. Voix. Non.. Mais elle est à Paris ? ALEXANDRE. Mais après. quand je revois les gens. Téléphonez-moi. ALEXANDRE. Téléphonez-moi mardi à 1 heure. ALEXANDRE. Mais c'est très loin ça. Vous n'aimez pas ? ALEXANDRE. Pour danser. A propos. J'adore danser. je vais dans les boîtes. J'avais un studio mais c'était trop cher. VÉRONIKA. Quand voulez-vous ? VéRONIKA. IPlan ALEXANDRE. Il achève sa toilette (eau : La Bourboule). où vous ne ferez pas de garde ? Ou alors je vous paie une garde pour vous emmener manger. Il décroche. Pour boire. comment vous appelez-vous ? J e n'ai pas très bien compris votre nom au téléphone. Fondu. Et quand j'ai un peu d'argent. Et puis j'aime bien ma chambre.

J e ne sais pas. // raccroche. Ça va. Oui. Non dis-moi. Non mais. Vous allez bien. Desbon ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Fermeture Fondu. Oui moi aussi.. MARIE. I plan. L'Appartement de Marie. Il n'y a rien... AU revoir. Philippe.. A tout à l'heure.. Vous n'avez rien compris. Ils dorment. Il n'en est pas question... MARIE.. mais son prénom a suffi.... 11 heures. Simplement cela veut dire que je suis très content pour vous. Le téléphone sonne.. MARIE. Marie... Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. 10.. fait semblant de dormir. J e lui ferai la commission. Faites ce que vous voulez. ALEXANDRE. Alexandre se réveille également mais ne bouge pas. ALEXANDRE. J'ai une bonne nouvelle pour SEQUENCE 9 A MARIE (off). Allô... 36 37 É . Pénombre. Matin.. MARIE. que je sache.. Pouvez-vous lui dire que Philippe Desbon a appelé. Bon.. je vous remercie.. dites-le moi vite.Voix. Où tu veux. ALEXANDRE. ALEXANDRE.. Fermeture fondu.. J e pense qu'elle sera ici demain matin.. Philippe vient de vous appeler. Aujourd'hui tout va bien. si vous voulez que je fasse ma valise. Elle raccroche. ALEXANDRE. Qu'est-ce que ça veut dire ? ALEXANDRE. J e n'ai pas très bien compris son nom.... A 2 heures à la Coupole. C'est Marie qui se réveille la première et qui décroche... Ça va bien non ? MARIE.. J e vous embrasse.. vous.. Oui moi aussi. La voix troublée de Marie lui fait comprendre qu'elle parle avec Philippe. J e n'ai pas à intervenir dans vos affaires. Voix.. MARIE. Vous allez mieux. Et ne vous en faites pas pour moi.. Alexandre compose un numéro au téléphone... Oui on m'a dit. / / raccroche. Tu es revenu.. Non quand tu veux..

J e ne pense pas du tout à baiser. (avec l'infirmière.. ALEXANDRE. ALEXANDRE.. mais on arrive à comprendre. Et vous irez baiser avec lui de temps en temps.. Ou boire un verre. MARIE.. MARIE. Moi je ne suis pas branché dans la tête. VOUS étiez avec Gilberte. Et moi.. Moi je suis occupé ce soir. J e n'ai pas cherché à comprendre. ALEXANDRE.) Jour. ALEXANDRE. Bon. Oui sans doute. MARIE. Mais vous refusez de comprendre que moi aussi je puisse m'intéresser à quelqu'un. Personne n'y a cru. n'avez rien compris à ce qui s'est passé entre Philippe et moi. ou se branche dans la tête comme vous dites. comme si on était pareil. Quand la femme qu'on aime baise avec un ami. VOUS dites vraiment des conneries de temps en temps. J e comprends très bien que vous ayez envie de séduire.. ALEXANDRE. VOUS allez manger avec elle. MARIE. dans les hauteurs. ALEXANDRE. Et vous pensez que ça ne changera rien. C'est une envie qui peut venir très vite. Mais maintenant vous n'allez pas passer votre temps à vous regarder dans le blanc des yeux je suppose. J e me souviens que cette nuit-là. ALEXANDRE.. De toute façon tout ça ne change rien.. Puis. VOUS ne le connaissez pas.. VOUS J e sais. Mais rien n'est changé. Votre prochain Jules alors. ALEXANDRE. Fin d'après-midi. Je n'ai pas de nouveau Jules. Puis-je savoir quelles sont vos intentions.) MARIE. J e vis avec vous. MARIE... Tout ce que je peux dire là-dedans. (18 heures. Mais quand elle baise. Vous n'avez pas décroché. J e ne sais pas. MARIE. C'est tout. MARIE. 38 39 . J e suis avec vous. Vous étiez là. et vous savez bien que je ne parle pas de cul. je vous ai téléphoné plusieurs fois. ni moi. Vous ferez ce que vous avez à faire. tout ce qu'on a toujours fui.. et même si j ' y pensais il faut être deux pour ça. MARIE. (Deep Purple ou « Combat de Tancrède et de Clonnde »).. MARIE. et maintenant je ne suis plus avec elle. Je vous aime.. l'ordinaire. Réfléchissez.. Que comptez-vous faire. c'est un peu dur.. Je n'ai pas baisé avec lui. Faites-vous inviter par votre nouveau Jules. Il y a de la musique. Il n'y a pas eu d'histoire. ALEXANDRE.SEQUENCE 9 B L'appartement de Marie. Vous vous faites une idée de lui complètement fausse. les hautes sphères. MARIE. mais pour moi vous n'y arrivez plus. MARIE. Ils sont tous les deux. J e n'ai pas envie de baiser avec lui. elle vous met sur le même plan que lui. Oui... VOUS arrivez à trouver du fric pour emmener une fille au restaurant.. ni lui. Vous sortez avec l'infirmière.. J'aimerais voir Philippe de temps en temps. J e reste avec vous. ALEXANDRE.. sur quelqu'un qui est tout ce qu'on déteste. combien de nuits vous ai-je attendu ? ALEXANDRE. L'important n'est pas dé séduire une femme mais de la connaître.. J e fais plutôt dans le terre à terre. ALEXANDRE. Enfin c'est ce que vous m'avez dit. J e vis avec vous. ALEXANDRE. MARIE. le banal. ou quelqu'un qu'on aime bien. Tout d'abord ils ne parlent pas.

/ / l'embrasse. ALEXANDRE. sauf le dernier de Marie. vous n'avez pas vécu avec une femme ? ALEXANDRE. Non. La caméra reste un peu sur elle. Pour l'instant je n'ai personne. 41 . // sort. vous avez des liaisons. J e suis toujours déçue. Il s'assoit à côté d'elle. Et vous. Vous en voulez un autre ? VÉRONIKA. Je pense que je ne rentrerai pas trop tard. ALEXANDRE. Elle lui crie.. de maîtresse. Et ça ne marchait pas non plus ? Ça dépendait des jours. J e le trompais. Et puis ça n'a plus marché du tout. Aucune violence dans cette scène. (à Véronika). Oh si. ALEXANDRE. d'amie. Le garçon de café arrive aussitôt. Pour ça je vous fais confiance. Aucun mot plus haut que l'autre. ALEXANDRE. J'attends beaucoup trop des gens. ALEXANDRE. Oui j'ai vécu avec un homme. Vous serez là. Amusez-vous bien. Oui. VéRONIKA. D'accord. Durer. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Mais vous.. MARIE. Ou de mauvaise humeur. Vous paraissez fatiguée. Vous êtes gentille. VÉRONIKA. MARIE. Ricard. Et c'est fini. ALEXANDRE.. Je suis très exigeante. ALEXANDRE (à Véronika qui a un verre vide devant elle). Ils sont servis. Si c'est le cas on peut se voir un autre jour. ALEXANDRE. VÉRONIKA. ALEXANDRE. On pourrait parler de ça plus tard. Vous n'avez pas de femme.. rien que de la douceur et de la tristesse. C'est très bien. Vous êtes toujours libre. pourquoi ? Vous sortez d'une grande aventure ? Vous êtes fatiguée ? Vous viviez avec un homme ? VÉRONIKA.. Ça va. Pour rien. Un mari ? VÉRONIKA. Elle regarde devant elle. VOUS verrez bien. Ou une autre fois si nous en avons l'occasion. Alexandre arrive. (au garçon). ALEXANDRE (Jusqu'ici cette partie de la scène pourrait être filmée de loin sans que l'on entende les voix) — 2 versions possibles : Loin et près. Qu'avez-vous pris ? 40 VÉRONIKA.. (Le jeu est très calme et uniforme. Alors deux Ricards. J'espère que cela va durer. Non. VÉRONIKA. C'est fini. Mais pourquoi cette question ? VéRONIKA. Et c'est bien ? VÉRONIKA.MARIE. Un Ricard.) SÉQUENCE 10 Le café « LE SAINT CLAUDE » Véronika est assise sur la terrasse. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Cette fois vous êtes en avance.

avec les gens qui venaient de se lever. Voilà. ALEXANDRE. mais j'aimais les femmes belles comme la nuit. Non. ALEXANDRE. la campagne. En général il n'y a que des gens de passage. On leur apporte la carte. elle était belle comme le jour. Vous n'avez pas faim ? VÉRONIKA. (off) A droite les trains. (off) A gauche.VÉRONIKA. VÉRONIKA. Je suis leur meilleur client. du béton. 42 43 . Quand je suis de mauvaise humeur je viens ici. Ils entrent au Restaurant : « Le Train Bleu ». Il laisse de l'argent pour les consommations. J'avais de l'argent. Ils partent. débarrassé de sa graisse que sont les voitures. à jouer. avec leurs gueules d'abrutis pour aller travailler. Ce n'est pas très brillant. je prenais un dernier verre au comptoir des cafés. J e n'aime pas cette lumière. Ils pénètrent dans la salle du restaurant. Paris est très beau la nuit. elle n'a plus rien compris à ma vie. Ils sont toujours vus de l'extérieur de la porte tourniquet. Je ne sais pas. Ils s'assoient. à fumer. SÉQUENCE 10 A Devant la gare de Lyon. J'étais tombé amoureux des gens de la nuit. ALEXANDRE. Elle me réveillait en revenant. J e ne sais pas. je déteste cette attitude des gens qui veulent en avoir toujours plus. L'hiver je ne voyais plus le jour. Les films de Murnau c'est toujours le passage de la ville à la campagne. On voit la gare. c'est comme Paris. Ils se lèvent. un peu d'argent. à faire l'amour. de volière. Le matin. J'avais coupé le monde en deux. Elle se levait pour aller travailler. ni moi à la sienne . la ville. VÉRONIKA. Vous n'avez pas l'air bien dans votre peau. Vous êtes mal à l'aise. Il y a tout ça ici. du jour à la nuit. (off) D'ici il semble qu'il n'y ait pas un gramme de terre. J'aime bien cet endroit. J e crois que je confondais le jour et la nuit... Et je rentrais. Pourquoi ? ALEXANDRE. Petit à petit. Les trains. Vous voulez rester ici ? VÉRONIKA. VéRONIKA (off). On voit la ville. C'est la lumière un peu grise d'un ciel d'été à 8 heures du soir. Ça ressemble à un film de Murnau. Moi non plus. de se laver. Vous savez comme les gens sont beaux la nuit. Ça m'est égal. Mais j'ai envie de quitter cet endroit. Ce bruit de basse-cour. des voitures. un maître d'hôtel les conduit à une table. Les rues. Rien que de la pierre. ALEXANDRE. J e passais mon temps à boire. Et puis je n'ai plus eu d'argent. quand j'ai de l'argent je ne fais plus rien. Alors elle est partie.

regardez bien la tête des gens. Q u a n d on mange chaud.. Non. Ils ruminent. C o m m e cette secte d'hérétiques dont parle Borges j e crois.ALEXANDRE.. Ç a va. Ils ont tous un point commun. pas le goût. avec vous. VÉRONIKA. VÉRONIKA. le j o u r a baissé... Ruminer c'est bien. VÉRONIKA. ALEXANDRE.. pas le goût.. Mais de temps en temps j e suis content. ... Est-ce que j ' a i la tête de quelqu'un qui s'ennuie ? ALEXANDRE. u n e idée. Excusez moi. Quoique j ' a i m e bien les ruminants. Cela leur permet de prétendre gagner leur vie. apporter quelque chose. . Quel programme ! C'est bon ce que vous mangez. ALEXANDRE. J e regarde la télévision d ' u n air morne. Qu'est-ce que c'est ? Il est plutôt bien. V é R O N I K A .. Dessus il y a : CHEVEUX FRONT SOURCILS YEUX NEZ BOUCHE BARBE MENTON VISAGE TEINT ALEXANDRE. ALEXANDRE... Elle est détendue.. enrichir le monde. Il est pas mal.. pas le goût. Racontez-moi quand vous avez fini votre travail : que faites-vous. Il y a des gens qui disent : « L'important c'est d'être toujours en accord avec soi-même ». Ils font même des choses bien. Mais ils croient. Vous voyez.. O u i . Comment vivez-vous ? ALEXANDRE. Non. et dont la qualité essentielle est dans l'ennui. J e suis assez d'accord avec ça... Et j e vous trouve très bien. Quand on entend ce genre de propos. VÉRONIKA.. Et ce vin. le nul. Ne pas avoir d'argent n'est pas une raison suffisante pour mal manger. R u m i n e r u n mot. Mais. Elle rit. C'est mieux maintenant. Vous savez quand on mange froid. Pas dans la foi. si vous n'avez pas d'argent. du cinéma par exemple. U n côté bovin. J ' a i entendu une crapule dire ça récemment à la télévision. Parlez-moi de vous. Mais vous êtes fou d'être venu ici. 45 . ALEXANDRE.. Quand j ' é t a is enfant. Vous m'avez regardée ? // la regarde. Donc il faut manger tiède et mou. Et vous. qui êtes-vous. ALEXANDRE (off). on sent le dur. j e suis très organisée.Je suis assez pour l'ennui. n'importe quoi. j ' a i l'impression de vous ennuyer à mourir. 44 CHEVEUX FRONT SOURCILS YEUX NEZ BOUCHE BARBE MENTON VISAGE TEINT ALEXANDRE. J e prends m a douche pendant le journal télévisé.. Dans l'ennui. d'être ici... Vous me reconnaissez ? C'est mon seul brevet d'existence. J e prétendais que la pauvreté n'est pas une raison suffisante pour ne pas « se cultiver » Il y a des gens qui ont la chance d'avoir assez d'argent pour vivre sans rien faire et qui font quelque chose. elle rit. on sent le chaud. il fait nuit. U n peu nerveux peut-être. côté rue. Vous avez trouvé un système pour entendre les nouvelles en prenant votre douche. J e ne suis pas bien dans m a peau.. j e volais des livres.. Dehors. au contraire. Elle s'arrête de manger. leur création. M ê m e si j ' a i emprunté l'argent pour y venir. Par exemple maintenant. mais les femmes sont tellement menteuses. Qu'ils prennent la place d'autres gens ne me gêne pas. dans votre chambre ? VÉRONIKA. en plus. il faut toujours encourager les injustices. D'ailleurs j ' a i fait mon auto-portrait. / / sort une feuille de papier de sa poche et lui montre. Assise sur mon grand lit. l'enthousiasme. on sent le froid. Q u a n d c'est dur.

VÉRONIKA. VÉRONIKA.. Vous ne voyez pas ? Regardez ce ciel horrible. j'ai baisé avec ces cons. une fois ça suffit ». je m'aperçois que nous n'allons pas du tout à la salle des il avait envie de me baiser et il n'avait rien trouvé de mieux... j ' a i été enlever mon tampax et j'ai baisé avec lui et je suis redescendue en salle de garde avec ma trousse sous le bras. Elle est au fond du couloir. Ils partent. Vous ne pouvez pas savoir comme les internes sont cons. Et je n'aime pas les minettes aux cuisses maigres. J e bois. de leur voiture de sport. Ils ne parlent que de leur patron. Et combien durent ces aventures.. je vais avec lui. je n'ai pas de problèmes. pour plaire à d'autres tellement. ». Une fois. Et moi. Le garçon apporte leurs verres. ? un interne me dit : « Véronika... Pour moi les choses n'ont pas d'importance. Alors je ne me suis pas dégonflée.. se foutant complètement de la souffrance. les boîtes. ça n'a pas d'importance. ... je ne suis pas allé à l'hôpital depuis mon enfance... maintenant de leur moto. Vous aimez ? Il ne répond pas. J e prends ma trousse sous le bras et j ' y vais.connaissez pas les chambres d'infirmières. une nuit.. Mon cou et mes épaules sont très doux. Une heure. je bois toujours le whisky avec du Coca.. Il faut déplaire beaucoup à certains.. ALEXANDRE. insensibles. Ils sont dans la rue. Elle lui prend le bras. J e lui ai dit : « Non. C'est normal. Si je rencontre un type. J'imaginais... plus longtemps ? VÉRONIKA. ALEXANDRE. que des filles qu'ils ont baisées.. Ne faites pas cette tête.. Vous ne. SÉQUENCE 10 B Ils sont assis dans un bar (genre Rosebud). La vie est merveilleuse. Quand je sors. une heure.. La douche n'est pas dans ma chambre. 46 47 .. je peux baiser avec n'importe qui. J e déplais beaucoup à certaines personnes. une nuit. ALEXANDRE. Quand j'étais en salle de garde... quand j'étais jeune bleue. J e passe souvent la nuit dans les bars. des filles qu'ils vont baiser. VÉRONIKA. Il fait nuit. je ne faisais pas attention. J'ai de très jolis seins. j'avais le souvenir que les infirmières étaient dures. Ils boivent. j'étais en salle de . Après il a voulu recommencer. Et dans l'ascenceur. VÉRONIKA.. j ' a i baisé avec un maximum de médecins.. accompagnez-moi à la salle des ... La vie est belle.

Mais j'ai un ami qui avait une idée formidable : il voulait se faire couper la main droite. C'est facile. Et les gens viendraient visiter. C'est tout rose. J'en ai assez d'être ici. leur dureté. ALEXANDRE. Très sérieusement. Oui. être belle. C'est exactement comme ça. je ne crois pas. Oui. Non. Ils sont arrêtés. SEQUENCE 10 C Ils arrivent devant l'hôpital où elle habite. VÉRONIKA. voilà ». ALEXANDRE. VéRONIKA. Dire : « Quel est votre prix . VÉRONIKA. Partons.de la misère du monde et cela me plaisait beaucoup. J e vous revois bientôt ? Ce ne sera pas facile. Bonsoir. VÉRONIKA. Et chez lui. Un poumon ? Vous savez c'est très joli un poumon. ALEXANDRE. 48 49 . Ils se lèvent. Si vous voulez. ALEXANDRE. mettre sa vraie main dans un bain de formol. Les quais de la Seine. ALEXANDRE. VéRONIKA. au milieu de la pièce. sans rien d'autre. C'est très bien. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Ils ne parlent pas. C'est drôle. VÉRONIKA. dans une pièce. ALEXANDRE. Vous voulez dire au bord de la Seine. J'ai besoin d'argent. Bonsoir. Partons. comme une exposition. Ils sont revenus près de l'hôpital. Je peux vous téléphoner un de ces jours. VÉRONIKA. Un poumon non. Pour boire. Il lui tend la main. VÉRONIKA. Vous ne voulez pas un autre verre. Aller voir un chirurgien. Mais vous avez raison. VÉRONIKA. Et se faire mettre une main en porcelaine à la place. Vous n'avez pas quelque chose à vous faire opérer. Non. ALEXANDRE. Ils s'arrêtent contre le mur. 1940-1972. Comment êtes-vous avec vos malades ? Vous avez une blouse blanche ? VÉRONIKA. Au bord de l'eau. leur façon de ne pas compatir au malheur des autres. J e marcherais bien toute la nuit avec vous. J'ai envie de marcher. Mais pensez-vous qu'un chirurgien accepterait ? VÉRONIKA. m'acheter des robes. ALEXANDRE. Je fais beaucoup de gardes ces temps-ci. Ils repartent. avec une plaque : Ma main. Ils sortent. J e n'ai pas envie de rentrer. Pour boire. J'aimerais beaucoup vous voir dans cette tenue. Comme une religieuse. J'ai envie d'aller au bord de l'eau. et un voile aussi. oui.

Je me fous de la dignité. êtes ridicule. Téléphonez-moi quand vous voulez. Ils s'embrassent violemment. J e me fous du ridicule. être belle. Oui. aussi vite. J e déteste ce parfum. Se penche. je suis amoureuse. Oui. m'acheter des robes. J e vous aurais dit : « Je vous aime. Alexandre entre. Vous aussi.. MARIE. c'est fini. Il se couche près d'elle. N'importe où. VOUS SEQUENCE 11 L'appartement de Marie. MARIE. Nuit. Oui. ALEXANDRE. J'aime quelqu'un 1 mois. Vous avez gardé mon numéro. Je suis souvent amoureuse. devant tout le monde. Je vois que vous vous êtes bien amusé. Il la suit des yeux. Elle ne dort pas. Les gens n'ont pas d'importance.. Quand on est bien avec quelqu'un. Et puis vous sentez le parfum « Bandit ». Si je vous avais vu je vous aurais dit : «Je vous aime ». Elle disparaît sous le porche sans se retourner. VÉRONIKA. distants mais on a l'impression qu'ils vont faire l'amour. ALEXANDRE. » Et j'imaginais que vous auriez tout laissé tomber et que nous serions partis ensemble. Marie est couchée. MARIE. Ils sont tendus. J'aimerais que vous le disiez autrement : Pour boire. Oui. Une lampe est allumée. Oui. vous allez nous foutre en l'air. Alors ça c'est bien passé. Elle part vers la porte de l'hôpital. J'espérais vous rencontrer. allez-y. Comme des adolescents. ALEXANDRE. J e méprise les gens qui souffrent en silence. MARIE. Se serrent l'un contre l'autre. MARIE. Contre le mur. ALEXANDRE. MARIE. parce que voyez-vous mon cher. // s'approche d'elle. 2 mois. Ils se regardent. mais ça va comme ça. 50 // est allé se laver. J'ai traîné dans les rues toute la soirée. VÉRONIKA.. Ils s'embrassent. ALEXANDRE. Ne me touchez pas. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Oui. Si vous voulez chercher des querelles indignes de nous. Oui.. AU chinois du Panthéon. 51 .ALEXANDRE. Vous êtes allé au chinois. C'était bien. Après. Elle rit. MARIE. MARIE. arrêtez ce cirque. 3 mois et je ne l'aime plus. Vous êtes allé bouffer. ALEXANDRE. Je m'attache très vite aux gens. MARIE. D'abord c'est vous qui me l'avez dit. Puis je les oublie. // essaie de l'embrasser. Vous êtes imprégné. Je vous l'aurais dit devant cette fille. Allez vous laver. on est bien.

Oui mais ça fait si mal. Mais continuez. écouter la radio ? Attendre que le téléphone sonne ? Appeler l'horloge parlante pour entendre une voix humaine ? Je suis un jeune homme pauvre. Pas du tout. Alors comment savez-vous que c'est elle ? MARIE. Moi ? Alexandre arrive chez Marie. Ah oui. MARIE. Oui. Et vous savez que je ne pense pas du tout aux choses sexuelles. Et bien ça me fait plaisir et je n'y renoncerai pas quoi qu'il arrive. Elle est sur le lit. MARIE. J'aime bien quand vous êtes jalouse. ALEXANDRE. SÉQUENCE 12 MARIE. Et bien riez. veut me voir. Quoi faire ? Rester là. Que voulez-vous ? Que je n'y aille pas ? Ou que je lui dise : il ne faut plus nous voir. Elle n'a pas voulu dire son nom. Marie décroche. Quelle importance. ALEXANDRE. Elle ne se retourne pas. Ça marche bien pour vous. Peut-être que je vous parle et que vous ne m'entendez pas. Oui. Tremper son sexe dans une eau ou dans une autre./ / raccroche. Continuez. Je vous aime parce que vous êtes la seule femme qui me fassiez rire. (à Alexandre) C'est elle. Oui.. Oui. avec plaisir. Qu'est-ce qu'elle a dit ? Rien. ALEXANDRE. MARIE. Qu'est-ce que vous allez faire avec elle ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. C'est ce qui va arriver pourtant. Je vous l'ai dit. MARIE. Je n'ai pas remarqué. Sa voix lui va très bien. Rien. Tout. je vous le passe. Une jeune fille pauvre. Vous pouvez rire. cela pose trop de problèmes. ALEXANDRE. Vous lui aviez donné le numéro ? ALEXANDRE. pleurer. ALEXANDRE.. MARIE. Vous avez bien dormi ? Oui. médiocre. 52 53 . Mais (vous ne la connaissez pas). Il y a longtemps que vous ne m'avez pas parlé aussi gentiment. VOUS êtes très gentil avec elle. C'est bien.. A tout à l'heure. Elle est de dos. Écoute de la musique. Elle lui passe l'appareil. Je n'aime pas du tout le ton de sa voix.. . Le téléphone sonne. Continuez. J e vous aime parce que vous me faites rire.. Garde l'écouteur. MARIE. MARIE. ALEXANDRE. médiocre.. ALEXANDRE. Elle bouge en mime temps que la musique. Je sais bien. Qui voulez-vous que ce soit ? Une fille qui refuse de dire son nom. ALEXANDRE. MARIE. Quand voulez-vous ? A neuf heures au Flore. Elle rappellera. Entendu. ALEXANDRE. il est là. Comment savoir. Elle vous a demandé. J e ne sais pas. Vous trouvez ? MARIE. Vous êtes jalouse. regarder la télé. ALEXANDRE. Véronika a téléphoné deux fois. Oui.

C'est ALEXANDRE (1) Dialogue atteslé dans le film : Ah. Tu as une nouvelle veste. Bonsoir. chaussures vertes. J'espérais qu'elle me demanderait ce qu'il y avait dans la pochette. J e lui aurais dit : « C'est " L a Belle Hélène" tu ne veux pas venir l'écouter avec moi ? » Elle ne me demandait rien. Excuse-moi. J'ai passé une journée atroce. Et pour porter l'autre. Alors pour porter celle-là. je rentrais chez moi. J'ai envie d'être avec vous mais pas d'y être mal. (inaudible). Gros et chauve. Oui. A moins que vous appréciez la perspective de passer la soirée au fond d'un bistrot. A table. alors : en noir et contre tout. PlCQ. j ' a i rencontré. Ce ne sera pas la première fois... un vrai gros ne me déplairait pas. ALEXANDRE. Il fumait même des Gauloises vertes. fou de rage. un garçon qu 'il connaît lui fait signe. et d'abord je suis pressée ». Je ne sais pas quoi faire..).. Je n'ai pas d'argent et je crois que je ne sais pas vivre sans argent. je ne sais pas si ça va tellement.. Mais ce n'est pas si simple. Il faisait au moins deux mètres. On peut rester dans un café. parler. Ce n'est pas très sérieux. Alors je lui dit : « Ça va ?» Et il me dit : « Comment. Véronika est rentrée et sans voir Alexandre. VÉRONIKA. Non. On s'est arrêtés pour parler. si je vous ennuie. Vous allez bien ? ALEXANDRE. (Histoire sur Biaggi qui se termine par je suis en vert et contre tout)<'>.acheté là ? » Elle m'a dit : « Non et ça m'est égal ». Veste verte. tu sais. Oui. Et tout est déjà assez difficile comme ça. devant un café. » Ben j ' a i trouvé ça pas mal. que je grossisse.. Si vous trouvez que je m'impose. s'est installée à une table. je ne crois pas. pas où aller... tu ne veux pas venir l'écouter chez moi ? » Elle m'a dit : « Non. PlCQ. Alors je suis rentré et j'ai écouté le disque tout seul. et il était tout en vert. Il est un peu en avance. j'avais acheté le disque de « La Belle Hélène » d'Offenbach. trop ample celle-là.d. mais tu vois je suis en noir. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Mais ça n'a pas d'importance. Alexandre entre. bien sûr que non. Être gros c'est bien. Quand on est bien avec les gens. ALEXANDRE. Je lui ai dit : « Et bien je vais te le dire quand même. ALEXANDRE. Que voulais-tu que je fasse ? Il m'a imposé ce qu'il a voulu.. Etre gros. tu vois. Alexandre va le saluer et s'assoit en face de lui. J e suis entré dans une boutique et je me suis fait terroriser par un vendeur. ALEXANDRE. J e suis furieux.. 55 . J'avais envie de vous voir. J e voyais très bien que ça ne m'allait pas. 8 ou 9 heures du soir. Véronika n 'est pas encore là. Salut. j'aimerais bien pouvoir le dire. Et elle est partie.. En fin de compte je lui ai dit : « Tu sais ce que j ' a i 54 (à Véronika). Vous n'aviez peut être pas envie de me voir. (N.. chemise verte. "ça v a " ? Tu ne vois pas comment je suis ? J e suis en vert et contre tout. il faut que je maigrisse. Alexandre s'excuse auprès de son ami et va la rejoindre. ou se taire. Bonsoir. quand je rencontre une fille que je n'avais pas vue depuis deux ans. sans rien dire.E. Non ce n'est pas ça. envoyez-moi promener. Quelle drôle de question . VÉRONIKA. Du coup je suis allé en acheter une autre. SÉQUENCE 13 Un café. Elle ne remarquait même pas la pochette. J'ai passé une journée atroce. pantalon vert.. C'est " L a Belle Hélène" d'Offenbach. à bientôt.

// met un disque. Il désigne I'electrophone et les disques. Alexandre va à la cuisine. vous ferez comme vous voudrez. Il n'y a ni chaises. Que voulez-vous entendre ? VÉRONIKA. Vous en voulez aussi ? Il apporte verres. Je vous sers un verre. Voulez-vous venir ? VéRONIKA. La porte. Entrent Alexandre et Véronika. A mon avis on a oublié deux choses dans la déclaration des droits de l'homme : le droit de se contredire et le droit de s'en aller. Bonjour. J e peux peut-être aider votre amie. Voulez-vous venir avec moi. Il lui désigne les verres. du whisky et même du coca. ALEXANDRE. je vais téléphoner. Il répond d'un geste vague. ALEXANDRE. sort des glaçons du réfrigérateur.. Marie retourne dans la cuisine. On frappe.. De la musique. VéRONIKA. recouvert de coussins. On ne voit plus que I'electrophone. On reste sur Véronika qui fume et boit. chez la femme chez qui j'habite (et que vous connaissez peutêtre car je pense que la robe que vous portez vient de sa boutique). ou « La Belle Hélène » ?) Il met le son assez fort. ALEXANDRE.autre chose. 56 57 « . Marie apparaît. ALEXANDRE. J e vais y aller. Bon. Wagner. SÉQUENCE 14 Chez Marie. // disparaît. Oui. Véronika entre dans l'appartement. (Le lit est à même le sol. VéRONIKA et MARIE. Non je ne crois pas. glaçons dans la pièce et sert les verres. elle vient de la cuisine. Il ne fait pas de presentation. Ce que vous voulez. ALEXANDRE. Elle fait aussi de la très bonne cuisine. Alors j'ai pensé à une chose. (« Don Giovanni ». Marie lui fait une petite moue. ni fauteuils). Alexandre lui désigne le lit mais elle s'y est déjà installée. on peut même regarder sagement la télévision. Mais je ne vois rien de mieux. C'est bien non ? Et puis si quelque chose vous ennuie vous êtes libre de partir. Fermeture Fondu. Elle ouvre la porte. Il y a du vin. Oui. Un peu plus tard. Et la télévision. bouteilles. VÉRONIKA.

Ils s'embrassent. VÉRONIKA. Des voyeurs. Marchent un peu. A l'arrêt. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Non. Je ne ris jamais. Et je n'ai pas de fric. Non. Vous ne voulez pas me baiser. Ici ? Oui mais je n'ai pas envie. VÉRONIKA. Alors emmenez-moi au bord de l'eau. il y a des gens qui passent et repassent. ALEXANDRE. alors décidez vous-même. ALEXANDRE. VÉRONIKA. ALEXANDRE. VÉRONIKA. VéRONIKA. Vous ne voulez pas venir avec moi. VÉRONIKA. des homosexuels. Mais vous m'auriez baisée tout à l'heure. Si vous voulez. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Et votre bouche. j'ai l'impression que vous ne devez pas être mal au lit. ALEXANDRE. Pourquoi pas. N'importe où. Ce n'est pas si sûr. VOUS avez un très beau sourire. VéRONIKA. La voiture est arrêtée près des quais de la Seine. J e fais des conneries de temps en temps. 59 . Moi je ne sais pas. Vous avez envie de moi. Je ne sais pas. Ah non. Et votre sourire. Non. mais je vous y conduis si vous voulez. Ils s'assoient sur un banc. Si. Ça dépend des jours et des opinions. des flics. ai. SEQUENCE 14 A Dans la voiture. J e vais vous paraître très conventionnel mais ça me dérange beaucoup. voulez-vous aller ? VÉRONIKA. Je ne vois personne. ça me ferait très plaisir. Qui sont ces gens ? ALEXANDRE. Vous n'avez pas vu. Ils attendent qu'on fasse l'amour. ALEXANDRE. O ù VéRONIKA. Ils ne vous plaisent pas. ALEXANDRE. VÉRONIKA. / / démarre. Elle regarde. Vous trouvez que mes idées sont mauvaises. Vous ne voulez pas venir avec moi dans une boîte. J'aime beaucoup vos yeux. ALEXANDRE. VÉRONIKA.Je sais. ça m'ennuie. VÉRONIKA. ALEXANDRE. J e suis furieuse. tout cela à la fois peut-être. Moi j'en ALEXANDRE. VÉRONIKA. / / soupire. ALEXANDRE. Et je ne sais pas. ALEXANDRE. Elle l'embrasse. VéRONIKA. nous sommes surveillés. Surveillés ? ALEXANDRE. Depuis que je vous ai rencontré je me suis fait des petits rêves erotiques avec vous. Ils descendent. VéRONIKA Et ça vous dérange ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Qu'est ce qu'ils ont mes seins. J e voudrais vous raccompagner et si vous avez envie de me téléphoner un de ces jours.

. SÉQUENCE 15 Alors si elle vous plaît autant que ça. Son gros cul. Trois heures pour la raccompagner. baisez-la. Elle est couchée. pour la boutique.. Je crois qu'il n'y a pas de secret en flanelle. Désolé de vous décevoir. que ceux qui les portent ont une élégance naturelle. MARIE. MARIE. Mick Jagger et René Biaggi. Ce genre de costume qui fait croire à la plupart des gens qui n'y connaissent rien. J e vous rembourserai dès que possible. 61 . Vous l'avez bien vu. ALEXANDRE. Vous savez. Non. Et puis cette façon de dire : « Léger mes amis ». Baisez-la pendant que je serai à Londres. Alors. Comment trouvez-vous ses seins ? MARIE. VOUS croyez ? SÉQUENCE 16 Mais enfin. C'est la seule chose.Elle met sa tête sur son épaule. MARIE. Vous me permettez de l'emmener ici ? MARIE. Et moi j'aime bien sa voix. MARIE. Il attend que Marie décroche. VOUS allez retrouver vos vieux gouins à Londres ? MARIE. Moi je suis restée là. elle ne me plaît pas du tout. J'en voudrais une marron. Alors tout se confond. mais elle n 'est pas là. Ils attribuent à la personne la distinction qui appartient au costume. Son visage n'est pas mal non plus. Sa peau. ALEXANDRE. ALEXANDRE. se réveillant avec difficulté. J e vais faire des courses. Je vous raccompagne. L'appartement de Marit. ALEXANDRE. vous êtes allés baiser ailleurs. Très bien. ALEXANDRE. J e n'aime pas sa voix. Au fond des ombres bougent. A propos. ALEXANDRE.. J'ai bien vu.. Fermeture Fondu. Ils se lèvent. La lumière est allumée. MARIE. Si vous pouvez m'avancer l'argent. ALEXANDRE. Vous pourrez profiter de l'appartement. VOUS dites ça parce que ça n'a pas marché avec vous. Le téléphone continue de sonner.. Alexandre entre. Enfin il décroche.. pourriez-vous regarder des flanelles à Londres. ALEXANDRE. ou bleue avec des rayures blanches. C'est purement une question de prix. c'est pas mal. J e trouve ça ignoble. J e voudrais un costume comme ça. Il tend le bras vers elle. Elle avait envie de vous. Alexandre se tourne dans le lit. Faites ce que vous voulez. Vous serez tranquilles. ALEXANDRE. Dans la pénombre le téléphone sonne.

Je ne me souviens pas. je crois que vous me trottez dans la tête. Je peux m'asseoir. il y a une fille seule. Vous venez à notre table. N'ayez pas peur ou alors venez à 7 heures 15 je serai seule. VÉRONIKA. d'un autre côté. Il regarde son bandage. Non. ALEXANDRE. A une autre table. Maintenant que vous m'avez réveillé. VÉRONIKA. Et qu'est-ce que je dis ? Je ne peux pas inventer. J'ai quelques petites courses à faire dans la journée mais je peux être à 7 heures au. un homme au teint basané. vers 19 heures. où ? quand ? VÉRONIKA. Alexandre ! Je vous réveille ? ALEXANDRE. // se live. Oui. qu'est-ce que je fais ? VÉRONIKA.. dites-moi ce que je dois dire. ALEXANDRE. J e suis désolée. Tu attends quelqu'un. Vous dites ce que vous voulez. ALEXANDRE. / / raccroche. allez-y. qu'est-ce que tu as fait ? JESSA. ALEXANDRE. J'espère que j'irai pas trop loin. vous ne dites rien. il ne restera pas très longtemps. » SÉQUENCE 17 VÉRONIKA. Vous ne m'en voulez pas pour hier ? J ' a i dit un maximum de conneries. Oui. Vous ne vous souvenez pas. VÉRONIKA. Non. D'accord. Flore. J e vous rappelle plus tard. Il y aura peut-être un homme avec moi. fort. Est-ce que je peux vous voir ? ALEXANDRE. Vous êtes sûre qu'il n'est pas grand. Oui. ne sortez pas en poussant des cris de douleur. On ne sait pas tris bien s'ils sont ensemble ou pas. Alors si vous êtes avec un homme. ALEXANDRE. Trouve un mot de Marie pris du lit. VÉRONIKA. es très bien habillée aujourd'hui. Marie. quand voulez-vous ? VÉRONIKA. Alexandre entre et jette un regard circulaire sur les consommateurs. VÉRONIKA. D'accord. Love. venez à notre table. // s'assoit. Arrosez les plantes dans la cuisine. Alexandre hésite. Il y a un verre de Ricard devant elle.ALEXANDRE. « J e serai de retour dans 2 ou 3 jours. Ne faites pas le con. non ? Oubliez ce que j'ai dit. Le café en question. Je pense à vous. A la table voisine. Vous savez. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Oui. Et si vous ne voulez pas parler. VÉRONIKA. Tant mieux. Il se dirige vers elle. T U 62 . alors. ALEXANDRE. Non. JESSA. Je viendrai. ALEXANDRE. Elle a un pansement qui recouvre une partie d'une de ses mains et son poignet. J'ai cassé un verre. je viendrai de toute façon.. Je voulais vous dire que j'aimerais bien vous voir. Il aperçoit Véronika qui ne le voit pas. méchant. ALEXANDRE. Vous avez dit des conneries ? VÉRONIKA.

Que sont devenus tous ces gens que l'on voyait il y a quelques années ? Je ne bouge pas. JESSA.ffr Ça te va très bien. les Stones. Regarde. Comment faut-il dire ? Alors parle-moi de suicide tant que tu veux mais si j'en ris c'est que j'en ai très peur. Non. Et depuis deux. que ce qui est arrivé dans le monde ces dernières années est totalement dirigé contre moi. ALEXANDRE. 64 . J'étais aux États-Unis. rien dans la mode. non. JESSA. trois ans. Moi. Au début l'effort qu'il faisait pour ressembler au vrai était assez ridicule. Qu'est-ce que tu deviens ? Il y a longtemps qu'on ne te voit plus. Et maintenant. je n'ai jamais su. l'Underground. Martine. Ils ont disparu. A propos. je n'ai jamais su. Une fois j'ai été draguée par un cul-de-jatte. Edith Piaf. Je suis persuadé. Oui. ALEXANDRE. c'est l'autre qui est le faux. c'est une ville terrible. Qu'est-ce que tu as été faire là-bas ? JESSA. Tu es toujours avec lui ? JESSA. Il m'avait fait du tort. pas sa caricature.. j'étais à New York. J'avais peur de sortir. Il y a eu la Révolution culturelle. Tu ne peux pas savoir. Tu te souviens de ce type qu'on voyait souvent à Montparnasse.. dans la fleur de l'âge. c'est parce que je suis cul-de-jatte que vous ne voulez pas venir avec moi ». qu'il est devenu plus vrai que le vrai. Oui. Toi. Ton curé. je ne savais pas quoi dire. J'ai remarqué que les gens qui m'avaient fait du tort. pas un film. Et je n'aime que la musique populaire. Un pansement c'est une parure de plus. JESSA. . Michèle s'est suicidée. je n'arrive pas à ne pas prendre le suicide au sérieux. il allait très vite. Il est mort. ce type que je détestais.. ALEXANDRE. Il est resté là-bas. Quand on le veut vraiment on arrive à prendre la personnalité de quelqu'un. En vous donnant à un seul homme. // rit. ALEXANDRE. Alexandre regarde vers Véronika qui parle avec son voisin.. il est arrivé à une telle perfection dans la ressemblance. Tu connaissais Ferrand. c'est parce que je suis fiancée ». Mais je suis de retour depuis six mois déjà. Michèle. ALEXANDRE. j'ai quand même une bonne nouvelle. ALEXANDRE. rien. Il me suivait. comme ça. Il m'a dit : « Oui. Je reste. En disparaissant vous avez emporté un petit peu de ma vie. je suis toujours là. Mais moi non plus. Chaque fois qu'une fille vit avec type. ALEXANDRE. D'un recommencement. son ombre. Dis-moi. J'y suis allée avec un type. Ces filles de tous les jours. les Rolling Stones. Et puis il s'était marié avec une fille qui était sortie avec moi. Même le jour. plus rien. et je ne parle pas des choses sexuelles. Elle a sans doute l'impression d'une renaissance. JESSA. ou pas moins. j ' a i raté mon suicide. Quand on a fait le film sur « William Wilson » c'est avec eux qu'on aurait dû le faire. mai 68. vous volez tous les autres. J e sais.. les Black Panthers. C'était un vrai ou un faux. les cheveux longs. elle laisse tout tomber. ALEXANDRE. Ecoute. Et moi. à lui voler son âme. ça ne leur portait jamais chance. 65 Elle le répète en anglais. pas plus que la mort. Il n'y a plus personne. Mozart. JESSA. ALEXANDRE. JESSA. Françoise. Le sosie de Belmondo. ton curé. je crois beaucoup à ce genre de choses. J e lui ai dit : « Non. Maintenant c'est Belmondo qui est la caricature de son sosie. Mais avec une insistance maintenue sur plusieurs années.. Oui. les Palestiniens. La musique pop est devenue religieuse. Françoise vit avec un Américain. Tu sais. qu'on appelait « le faux Belmondo ». Il avait l'air très méchant.

je pense. Vous n'aviez qu'à l'enlever. Oh. Allons chez vous. Ils sortent du café. VéRONIKA. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Que je lui dise avec une petite voix douce : « Je ne sais pas ce qui est arrivé. J e vous ai dit que je ne voulais pas. J'ai envie d'écouter ce vieux disque de Marlène Dietrich. Ah merde. il regarde dans la direction de Véronika qui ne l'a pas encore vu. Véronika est dans le lit. C'est de votre faute. A bientôt. Et maintenant qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu vas faire ? On se revoit quand ? dans cinq ans ? JESSA. vous allez enfoncer mon tampax. Écoute. Vous ne vous êtes pas trompé. si tu as envie de le tromper. Les deux filles se sourient. Chez vous. téléphonemoi. Mon type est jaloux. ALEXANDRE. Elle est à Londres. ALEXANDRE. Pas mal. 7/ se lève. écouter de la musique chez moi ? VÉRONIKA. j ' y vais. ALEXANDRE. On ne peut pas passer une nuit tranquille. VÉRONIKA. Que voulez-vous faire ? Rester ici. Oui. J'ai envie de le tromper. SÉQUENCE 18 Chez Marie. Essayez de m'enlever ce tampax. Faites-moi un toucher. J'ai eu l'impression que vous échangiez des papiers. 67 . Alexandre embrasse l'autre fille. Véronika arrive. Ils sont l'un contre l'autre. comment trouves-tu cette fille là-bas ? JESSA. Elle ne m'a pas vu. VÉRONIKA. Reste debout devant la table de Véronika jusqu'à ce qu'elle lève les yeux. Venez quand vous voulez. ALEXANDRE. J'avais rendez-vous avec elle. Ils se lèvent. Alors si tu y penses sérieusement. j'ai perdu mon tampax ». Non. VOUS étiez seule alors. Il va encore falloir que j'aille voir un gynécologue. ALEXANDRE. Ils s'embrassent. S'installe à leur table. Mais je n'aime pas qu'on me regarde sans que je le sache. D'un geste elle l'invite à s'asseoir. Comment vat-elle ? Arrêtez. ALEXANDRE. moi ça me ferait plaisir. Ah ça m'emmerde. C'était le monsieur dont vous m'avez parlé au téléphone. ALEXANDRE. Écoutez. Ça y est. J e ne sais pas ce que je fais. aller au bord de l'eau. // éclate d'un rire qu'il ne peut maîtriser. VéRONIKA. ALEXANDRE. Je reviens. Alexandre se déshabille à son tour et rentre dans le lit. comme des numéros de téléphone. VÉRONIKA. Dis-moi. VÉRONIKA. Vous ne vous rendez pas compte. Avec votre vieille maîtresse. Ses vêtements sont jetés par terre. Non. téléphone-moi. sans baiser.De temps en temps. ALEXANDRE. On ne sait jamais sur qui on tombe. Il peut me sortir par les narines. Bien. il serait ridicule que tu le trompes avec n'importe qui. 77 regagne l'autre table. J e suis là-bas avec une amie. je ne peux pas rester comme ça. Elle parle avec son voisin et échange des petits papiers sur lesquels ils écrivent quelque chose. J'en ai marre.

Vous ne savez donc rien faire ? ALEXANDRE. C'est trop drôle. J e crois me souvenir que vous préférez vous réveiller seul. ALEXANDRE. c'est Véronika. dites-moi. Vous avez de très belles veines. Il n'est pas là. Il faut que tout se sache. Comment avez-vous dit : « un toucher » ? / / n 'a pas cessé de rire. ALEXANDRE. 69 . Vous préférez faire l'amour doucement ou brutalement. Il n'y a rien. Arrêtez de rire. VÉRONIKA. Mais. VéRONIKA. ALEXANDRE. VÉRONIKA. // raccroche. Mais je ne sais pas. ALEXANDRE. Je crois que c'est ça. ALEXANDRE. il faut être plus doux ». // se décide. Fermeture Fondu. ElU constate qu 'il a les veines saillantes. Le jour s'est levé. A 6 heures. ça ne fait pas mal. Fermeture Fondu. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Ce n'est pas marrant. VÉRONIKA. là où elle a jeté ses vêtements. Il tend la main dans la direction de Véronika et s'aperçoit qu'elle n'est pas dans le lit. Ah ! J e sens quelque chose. Il se dresse. Plus tard. ALEXANDRE. ALEXANDRE. je vous assure. Ils sont à nouveau l'un contre l'autre dans le lit. Alors dites-moi. VÉRONIKA. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Ils s'embrassent. Dans la pénombre Alexandre se réveille en sursaut. Non. Il se réveille et décroche. J'appelle un ami. Mais vous êtes con. (Tout ceci se passe sous les draps). tirez. Fouillez et si vous sentez quelque chose. ALEXANDRE. Alexandre. Il se tourne. Le téléphone sonne. Bonjour. ALEXANDRE. je n'ai pas l'habitude de faire l'amour comme ça. Véronika ! Il n'y a personne. Vous auriez pu me réveiller. non. à quelle heure êtes-vous partie ? VéRONIKA. il compose un numéro de téléphone. Tirez. Me dire au revoir. SÉQUENCE 19 Elle lui arrache des mains. Je vais vous faire mal. ALEXANDRE. Si. ALEXANDRE. Ça m'est égal. Dommage. 68 Allô ! VÉRONIKA. Alexandre dort toujours. ALEXANDRE. J e ne peux pas garder ça pour moi tout seul. Quand elle revient. vous préférez tendrement ou violemment. se lève. Il se recouche.Il éclate de rire à nouveau. VÉRONIKA. Vous n'allez pas raconter ça. On entend un bruit de chasse d'eau. j'aimerais bien vous faire des piqûres. Véronika ! // regarde par terre. J'aime bien les deux. Une fois une fille m'a dit : « Oh. Je vais lui raconter.

ALEXANDRE. titubante. On peut se retrouver à 6 heures au Flore. Ils sont complètement ridicules. On pourrait aller au cinéma peut-être. Voulez-vous que l'on se voie après. ALEXANDRE. O ù habitiez-vous ? VÉRONIKA. ça va être le pied quand il va ouvrir le réfrigérateur ». Ses cheveux tombent sur ses épaules. ALEXANDRE. qui bat. ». VÉRONIKA.. Je me disais : « Oh ! là. Les vieux films de vampires. On réfléchira. SÉQUENCE 20 Ils sont couchés. D'accord. Je ne sais pas Les Visiteurs du soir peut-être. Il y a de la musique. J e travaille jusqu'à 5 heures. Moi j'aime bien les films terre à terre. j'accepterai de voir un bon film. bien. ALEXANDRE. rue des Acacias.. Elle est assise dans le lit. j'avais deux gros paquets énormes. c'est qu'on passait notre temps à baiser. J'habitais dans une chambre dans le dix-septième. VÉRONIKA. Vous savez le vieil amant avec qui je vivais. VÉRONIKA. J'étais allée dans une sorte de super-marché qu'il y a dans le dix-septième. et il m'a dit « Mais Véronika. Oui. parce qu'il y avait 70 71 . Pourtant je fais ce que je peux. là. chez Marie. Elle maintient les draps à la hauteur de ses seins. c'est pas normal tous ces yaourts. « C'est pas normal »... il va être vachement content et tout. Quand la séquence commence on a l'impression qu'ils ont déjà fait l'amour.J'ai encore trop parlé. Non. Une fois il avait la grippe. ALEXANDRE.. je m'étais préparée pour aller travailler. Mais je ne sais pas s'il y a quelque chose à voir. Tous les hélégiaques sont des crapules. Il aimait les yaourts. ALEXANDRE. J e me suis fait virer parce que j'avais fait un maximum de bringue. Qu'entendez-vous par bon film ? VÉRONIKA. Moi qui me disais. Il aimait les yaourts et j'en avais acheté au moins une trentaine. Quoi. // raccroche. ce cœur qui bat. Fernandel ? Pour vous faire plaisir. J e vous ai dit que je ne savais pas vivre avec quelqu'un. Je me souviens j'étais revenue chez moi. VÉRONIKA. VÉRONIKA. A ce soir. ALEXANDRE.. Je vous embrasse. J'aime bien les films fantastiques. Fermeture Fondu. Ça ne fait rien. J'avais pris rien que des yaourts. J'aimerais bien voir un Fernandel. Ce qui était bien avec lui.

Il aimait les yaourts et il voulait que je lui dise : « Je t'aime ». il avait dit un truc terrible : « Ton corps est un jardin ». vieux. c'est Dipar Apanian qui vous parle et vous dit : au revoir et à bientôt. / / allume la radio. gros. écrivez-nous sans tarder à l'adresse suivante : Le monde à venir. Quand je ne dors pas. Après j'étais en retard et j ' a i téléphoné à ma surveillante.. Il me disait : « Véronika dis-moi que tu m'aimes. Il a déjà commencé. je t'aime ». (1) Dialogue attesté dans le film : » Tout simplement comme une rose Que l'on cueille un jour sans raison Vous avez pris mon cœur morose En passant devant ma maison. Et ce qui m ' a fait rigoler. mes amis.. A titre d'exemple.d. Observez les tailles et les formes différentes. mes amis. . ils manquent d'exercice. depuis longtemps. sans opinion préconçue la vérité en toutes choses. . d'un air con. vous connaissez celle-là ? Elle chante une vieille chanson(1'. j e connais des vieilles chansons. sans parti-pris. VÉRONIKA. Et il aimait se perdre dans ce vieux jardin touffu et (merdique). botte postale 150. Comme l'homme du 18 juin. Il en est qui sont horriblement gras. Et moi je lui disais : « J e t'aime. Paris 8". Ce vieil amant. Ils écoutent attentivement(1). chauve. Moi aussi. J e crois qu'il est l'heure du prédicateur du petit matin. Depuis des années. elle m ' a dit : « C'est vrai Véronika. Il trouvait un plaisir sans cesse renouvelé. Alors. votre revue mensuelle intitulée La pure venté vous aidera à mieux comprendre la façon de mieux connaître et de mieux suivre la voie qui vous mènera au but désiré et qui vous permettra d'avoir tout ce dont vous avez besoin dans votre vie — votre vie est unique en son genre — car elle vous révélera sans ambages. Le Prédicateur termine... et en fait ça me faisait très plaisir naturellement. Si nous allions prendre le petit déjeuner au Mahieu. Je ne sais pas s'il est grand. (N.E. d'autres qui sont affligés d'un gros ventre peut-être. mental et physique. est un siècle de paresse et la plupart des gens ont une occupation sédentaire et ne s'exercent pas suffisamment. enfin je ne sais plus : « Regarde. Je lui ai dit que la veille j'avais fait une garde et que j'avais oublié de me réveiller.). . Quand elle veut parler.d. l'humanité dégénère graduellement bien que ses connaissances scientifiques augmentent de jour en jour.E.. En somme. Elle rit. Il n'est qu'une voix. prenez la peine de contempler ceux qui composent une foule. et alors j ' a i baisé avec lui. Pendant quatre ans. je dirais de l'individu moyen. .. ALEXANDRE. En cette ère où les machines fonctionnent sous la simple pression d'un bouton. Vous me gênez. . c'est un bistrot du boulevard Saint-Michel (1) . A ce propos. Il était au lit et il me dit. il n'était qu'une voix.. Son débit est parfaitement égal. France.). Il met un disque de vieilles chansons françaises. mais le pire c'est l'état mental de chaque individu. il termine de la même façon. 73 . Alexandre lui fait signe de se taire et d'écouter. » (N. ALEXANDRE.. / / récite les dernières phrases qu'il connaît par cœur puis : . Silence. des milliers de gens deviennent de plus en plus paresseux. J e l'écoute souvent le matin. C'était très marrant. Notre siècle. d'autres encore qui sont extrêmement maigres.. vous avez bonne mine. je bande ». Elle écoute. J e me souviens. on voit que vous avez bien dormi. Si vous voulez recevoir gratuitement les publications annoncées. Elle rit. Mon cœur est une fleur d'automne Sans savoir pourquoi ni comment Vous l'avez pris je vous le donne Tout simplement. je dirais même qu'ils ne marchent pas assez. Il ne s'écarte pas d'un pouce de sa ligne. Il cherche de poste en poste et trouve enfin le Prédicateur.un type dans le service qui me plaisait. mes amis. ALEXANDRE. c'est quand je suis arrivée dans le service. Europe 1. » Elle rit. . VÉRONIKA. dis-moi que tu m'aimes ». . juste avant de partir. Et je lui dis : « Oui ». 72 Elle s'arrête.. C'est pour cette raison du reste qu'elle a pour titre La pure vérité.

C'était très beau. J'y arrive peut-être un peu. En prononçant un mot. non. J'ai peur. —• Ah bon pourquoi ? — Parce qu'on peut la toucher dans l'ordre. Il demandait : « Quel est l'arrondissement le plus sale de Paris ? » Alors les gens cherchaient : « Le premier ?. Lui. c'est ce que je voudrais. j ' y ai vu une chose très belle.qui ouvre à 5 heures 25. Vous devriez changer les draps. ce n'est pas le quatrième arrondissement. Il y avait aussi un gardien de square qu'on prenait pour un flic. c'est bien plus important que l'existence de Dieu ». Ils sont sales. Il y avait un groupe de sourds-muets qui faisaient un bruit d'enfer. J'aimerais arriver à parler comme ça. Véronika aide Alexandre à faire le lit. A cette heure-là il y a des gens formidables. Les films ça sert à ça. non. Fermeture Fondu. VÉRONIKA. une brèche s'était ouverte dans la réalité. à apprendre à faire un lit.. Des gens qui parlent comme des livres. Si je n'y étais pas allé régulièrement tous les matins. ce n'est pas le premier arrondissement . parce que sa tenue ressemble de très près à celle des policiers. J e ne voudrais pas mourir. à apprendre à vivre. » Alors les gens : « Ah bon pourquoi ? — Parce que c'est là qu'on enlève la mère Dassault. Il lui disait : « Moi je cherche une chambre Monsieur. Jour. Ils sont habillés. Il est trop tard. autour d'une table avec des gens. Tandis que là. 75 . Un jour de mai 68. 74 SÉQUENCE 20 A Le matin. c'est sa femme. Une grenade lacrymogène était tombée. Mais je voudrais y arriver complètement. je n'aurais rien vu de tout ça. Ne parler qu'avec les mots des autres. dans le désordre et sans combinaison. Ce doit être ça la liberté. Rien à voir avec le jargon. posait des devinettes. Quelle drôle de façon de faire un lit. Un type qui cherchait une chambre s'en prenait à un autre qui parlait de l'existence de Dieu. » Il racontait aussi une autre histoire.. c'est la définition de ce mot qu'ils donnent. n'y allons pas. Ils sont plein de sang. il paraît qu'il y fait une chaleur de fournaise. le langage grillagé du Monde ou du Nouvel Observateur. VÉRONIKA. J'ai peur de ne plus rien y voir.. J'ai peur. Comme des dictionnaires. Tout un café pleurait. Dans une conversation. sous mes yeux. Un autre groupe qui semblait comploter et que j'appelais les serbo-croates et qui se sont finalement révélés être des serbocroates. dire : / / répète intégralement la phrase mais cettefois sans imiter l'Arabe. C'est un administrateur des colonies qui me l'a dit ». C'est le seizième arrondissement. » Il demandait aussi : « Savez-vous quel est le meilleur tiercé ? — Eh bien. le quatrième ?. mais je l'ai oubliée.. . J'ai vu faire comme ça dans un film. J e me souviens d'un Arabe qui disait en détachant chaque syllabe : « Il parait que les femmes noires font l'amour de façon extraordinaire. Quand l'homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme. Il y avait beaucoup de monde et tout le monde pleurait. ALEXANDRE. Au milieu de l'après-midi.

.. Vous avez fait la fête. Elle va s'apercevoir que je suis venue. Il démarre. J e crois qu'elle le sait déjà. 77 • . ces tasses de petit déjeuner. Bon.. etc.. Je crois que Marie est revenue. ALEXANDRE. Vous ne saviez pas ? ALEXANDRE. Non. Rentrez bien. Je ne pouvais quand même pas la mettre à la porte. Mais il y a son sac de voyage. Il stoppe devant l'hôpital. Alexandre arrête la voiture devant la maison rue de Vaugirard. Ils restent un moment en silence. ALEXANDRE. ALEXANDRE. On peut se tirer de chez quelqu'un. J e ne savais pas au juste. Je ne les changerai pas. VÉRONIKA. c'est facile. Il va vers elle et l'embrasse. A quelle heure êtes vous rentrée ? A i l heures. SÉQUENCE 21 SÉQUENCE 22 Nuit. J e suis allée à la Coupole. VÉRONIKA. j'espérais vous voir. J e ne sais pas. moi je pensais à vous. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Alexandre entre dans l'appartement. VÉRONIKA. je verrai. Vous avez vu le nombre de bouteilles. MARIE. Bouteilles vides.. 76 Pourquoi ne m'avez vous pas téléphoné ? J e voulais vous en faire la surprise. Elle descend de la voiture. ALEXANDRE..ALEXANDRE. Il voit que la lumière est allumée. Mais virer les gens au milieu de la nuit. J e vais lire au Flore l'après-midi. J e vois qu'elle a dormi ici. Oui. // démarre... C'est gentil mais je ne pouvais pas deviner. Alors on ne se verra plus ? ALEXANDRE... Tout l'appartement est imprégné de son parfum. Et pendant ce temps. MARIE. Fermeture Fondu. J e vois que vous ne vous êtes pas ennuyé. Il fait un peu de rangement. Aujourd'hui. Marie arrive. tasses de thé. MARIE. Vous pouvez aussi me téléphoner. Vous pouvez passer par là par hasard. Entre à l'hôpital. Cela pourrait donner des soupçons. Qu'allez-vous lui dire ? ALEXANDRE. VÉRONIKA. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Non. demain. Marie n'est pas là. Vous me raccompagnez ? ALEXANDRE. Ah ça. MARIE.

Oh ! Même les coussins ont son odeur. tout est simple. L'ami d'Alexandre est assis. . MARIE. La dernière fois que je l'ai vue elle avait un énorme pansement sur la main. En baisant une autre fille. / / change Us draps. Si la police n'a que ça. Sourires... Le Café habituel (le Flore). ALEXANDRE. ALEXANDRE. Ils s'embrassent et vont faire l'amour. Une fois elle avait mal au pied. ils ne la retrouveront pas. Votre côté enfant qui fait du charme. ALEXANDRE. / / l'embrasse. Débrouillez-vous tout seul. Vous n'allez pas me croire mais moi aussi. MARIE. s'installe à sa table. Je vais dormir dans l'autre chambre. Sur la première page il y a une grande photo dejessa.. Son ami lui montre France- Soir. Cette photo n'est pas très ressemblante. nos ébats. Fermeture Fondu. . Non. Elle n'aurait peut-être pas dû. Vous avez renversé un cendrier pendant vos ébats. A l'extérieur.. Il lit France-Soir. Et bien changez-les. Ceci se passe entre la chambre et la cuisine. Alexandre arrive. Seule.ALEXANDRE. ALEXANDRE.. Elle est un peu raide. ALEXANDRE. Vous souffrez ou vous faites semblant. MARIE. ils sont dans la cuisine. Là. Il la prend dans ses bras. Mieux que ça.. Le titre indique qu 'elle est recherchée pour meurtre. Tiens ! ALEXANDRE.. Dans le drame je suis pas mal non plus. Tu crois qu'elle a bien fait de le tuer ? L'AMI. Elle fait toujours des choses étonnantes. MARIE. ALEXANDRE. Je pense même que c'est pas chic de sa part. Vous ne voulez pas m'aider. L'après-midi. Je crois qu'il faut changer les draps. / / la rejoint dans l'autre lit. Vous me faites vraiment de la peine et vous vous en foutez. c'était un peu léger. SÉQUENCE 23 Ils s'embrassent. Elle sautait sur 79 . ALEXANDRE. MARIE. je ne crois pas. Vous n'êtes jamais très sérieuse.. Non c'est pas bien. ALEXANDRE. Alexandre parcourt rapidement la légende et l'article. ALEXANDRE. Je connais. MARIE. Voyez. Comme il vous plaira. Près de lui une valise ou un sac de voyage. L'AMI.

Tu es en voiture ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Elle se retourne. ALEXANDRE.. Regardez. Il est maoïste parce que l'Orient est Rouge. vas toujours à Ostende comme dans la chanson de Léo Ferré. Ils vont à la table de Véronika. et plus on va loin. Mais ce n'est pas tout à fait vrai. J'ai changé d'avis. Il y a quelque temps il est allé parler aux ouvriers de Billancourt. J e vais te la présenter. Non. avec votre prix Nobel. Parce qu'elle n'était pas amoureuse de moi. Regardez sa table. La France plus particulièrement. Mais qu'est-ce qu'il en commande. Il se penche vers elle et lui parle bas. Les faits divers . elle s'en est tirée une dans la bouche. Et elle lui a tiré une balle dans le cœur. d'un air de conspirateur. Véronika est là. elle était avec moi. Il y a Sartre dans un coin.son seul pied valide. Cause du Peuple. Mais elle s'est suicidée après. Il picole un maximum. L'AMI. Vous vous trompez. Oui je l'ai échappé belle. Et il n'y a pas de hasard. 81 80 . Tu t'en es tiré à bon compte. Elle était infirmière. Alexandre regarde à l'intérieur du café. oui. Oui. d'assassins réels. Et vous savez. Mais quand ils entrent dans votre vie ce n'est plus du tout pareil. Il fait toujours suivre son tonneau. comme vous. Pas d'assassins en puissance. Le faux c'est l'au-delà. L'ami se lève et prend son sac. L'AMI. (à l'ami). maoïsme. ALEXANDRE. Entre-temps Alexandre a tendu le journal à Véronika. les assassins sont toujours un peu abstraits dans les journaux. L'AMI. J e me demande comment elle fait. Il n'y a qu'une demi-bouteille devant lui. ALEXANDRE. Tu t'en vas ? L'AMI. Comme le vin. Elle a fait un très joli coup. A mon avis toutes ses prises de position. J'ai envie d'aller à Hambourg comme dans la chanson d'Edith Piaf. Tu pourras m'accompagner aux Invalides ou à Orly ? Oui. Il voit Véronika qui est entrée par une autre porte. ne sont que des propos d'ivrogne. Je crois qu'il ne faut absolument pas prendre au sérieux tout ce qu'il dit.. Bonjour. Et en fin de compte plus on paraît faux comme ça. Il commande par demibouteille pour donner le change. Elle faisait toujours un numéro extraordinaire qu'elle jouait faux d'ailleurs. parce que quelque temps avant. Bonjour. Après. Des gens. Un avantage. J'étais avec elle. Quand même. VÉRONIKA. Vous verrez. Tu viens. ALEXANDRE. » L'AMI. ALEXANDRE. Ça fait un drôle d'effet de voir quelqu'un qu'on connaît rechercher pour une chose aussi extraordinaire qu'un meurtre. Il est très malin. L'AMI. Oui. Elle a attendu qu'il s'endorme. s'appuyant au mur. Elle a toujours quelque chose de nouveau. On voit un angle du café.. ALEXANDRE. Alexandre voit le sac de voyage. L'AMI. L'AMI. Dans trois quarts d'heure. Tu as vu. les femmes que je connais n'hésitent pas à faire le coup de feu quand il le faut. J'ai déjà connu une fille qui a tué un type. D'un regard il désigne un angle du café. ALEXANDRE L'autre jour j'avais envie de lui dire : « Vous n'avez pas honte de boire comme ça. Ils s'assoient. ALEXANDRE. l'ivrogne est là. A quelle heure ? L'AMI. Je crois que les rues sont peuplées d'assassins. Intérieur café. Il sort toujours en titubant. Ils sont allés à l'hôtel. ALEXANDRE. Rétrospectivement j'ai eu peur. il était juché sur un tonneau. Oui.. T U ALEXANDRE. Ils ont fait l'amour. C'est une amie. Mais vous l'avez vue l'autre jour ici.

il y a celles qui se sont suicidées. Véronika reste. Mais pourquoi pensez-vous que je viens ici tous les jours ? ALEXANDRE. VÉRONIKA. Quoique aujourd'hui j'ai un rendez-vous. Si quelqu'un essayait de leur reprocher quelque chose. Aucun remords. Un autre jour. L'intérieur. La seule amnistie possible serait qu'on ouvre en même temps les portes de toutes les prisons de France. // l'embrasse sur la joue. Ils s'installeraient.. Déferleraient dans les rues. C'est encore un coup monté contre moi. ALEXANDRE... Toujours un verre de Ricard devant elle. je t'accompagne. Si l'homme de votre vie passait par là. J e vous laisse alors. Mais enfin ! C'est pour rencontrer l'homme de ma vie. Chez toi. Et leurs complices. Mais elle est toujours en retard. Et vous pouvez rester avec nous. Je peux prendre un taxi si tu veux rester. J'ai la chance de ne pas avoir de chez moi. J e peux m'asseoir. J e suis très grossier. Il a toujours une hésitation avant de s'asseoir. comme des rats. Ils iraient partout. VÉRONIKA. Elle/ait un signe qffirmatif. Véronika est à une table. qui va se cacher. Pourquoi chez moi. un soulagement. au contraire. Je prends une lourde responsabilité.. ils seraient tout à fait stupéfaits. Vous vous rendez compte. ALEXANDRE. Us viendraient ici. Vous ne vous en êtes pas encore rendu compte. Peutêtre attendez-vous quelqu'un. Et tous les criminels sortiraient. Non. une centaine d'assassins. Peut-être avez-vous envie de rester seule. ou un par un. VÉRONIKA. Fermeture Fondu. ALEXANDRE. A bientôt. VÉRONIKA. Arrêtez.. Par petits groupes. Au revoir. J'ai rendez-vous avec une amie. L'AMI. Et ils se sentent très bien.. (à Véronika) SÉQUENCE 24 Le même café. de prisons. vous voyez. Excuse-moi. vous risquez de ne pas le voir à cause de moi. L'AMI. Quelle horreur. Ils sortent. Non.. Chez vous. VÉRONIKA.. Ils assument. C'est l'heure.• Tout ça n'est pas gratuit. Ils descendraient le boulevard Raspail.. Il va vers elle. Elk dessinait sur le journal. Pourquoi pas chez toi ? ALEXANDRE. Je m'impose toujours à votre table. Alexandre entre. Et si on considère que l'avortement est un crime. Je ne sais pas. 83 . ou qu'on va mettre en prison. je connais des dizaines. j'espère. Non. ALEXANDRE. Elle vous plaira peut-être. les rues sont réellement peuplées d'assassins. à quoi ça sert ? Quand il y a un nouveau Président on parle d'amnistie. Mais c'est pas vrai.. Comment pourrais-je y voir autre chose. Ces affaires de police. Et maintenant celle-là. Il y a les femmes qui se sont tirées avec des types.. ALEXANDRE.. de justice...

VÉRONIKA. VÉRONIKA.. VÉRONIKA. je n'ai plus du tout le temps. En laissant un mot : « Adieu. Silence. mais je ne crois pas que vous puissiez tomber amoureuse. Elle commande à nouveau un Ricard. VÉRONIKA.. Vous croyez. C'est drôle. impuissant. Vous savez que vous dites des choses très belles. Vous êtes très sûr de vous.. Si vous voulez mon avis vous ne le rencontrerez pas ces jours-ci. Comment voulez-vous qu'une fille sur qui les types . VÉRONIKA. VÉRONIKA. ALEXANDRE... J e n'accoste jamais. Ça vous ennuyait que je ne cherche pas à coucher avec vous. Je vous ai dit.. Oui je crois.. ALEXANDRE.. Et vous avez été cette première fille. quand je vous ai rencontré.. je crois que c'est votre genre. Votre vieil amour merdique.. Un brun.. Et je l'avais quittée avec l'intention de tomber amoureux de la première fille que je verrais.. J'aurais bien aimé qu'elle parte comme ça. Si ce n'est pas indiscret. Pas du tout. qu'avez-vous pensé ? VÉRONIKA. VÉRONIKA. Ce n'était pas un reproche. Vous buvez beaucoup.. je viens ici pour lire et comme vous êtes là. bronzé. je venais de la voir.. Quand je vous ai rencontrée. Mais avec vous je n'avais pas le choix. je pars ». ALEXANDRE.. Je me méfie.. Vous me permettez de vous raconter quelque chose. J'irai lire dans un coin. Oui. Et je me suis aperçue que vous ne l'étiez pas.. Excusez-moi. je voulais tuer le temps en attendant Jean. ALEXANDRE. ALEXANDRE. 84 85 . VÉRONIKA. Mon vieil amour merdique. Comment aurais-je pu vous retrouver.. Et je vous ai trouvé moins beau que je ne pensais. Attention à ce que vous dites. VÉRONIKA.. Le café est presque vide. ALEXANDRE. Cela vous ennuie. ALEXANDRE. Vous accostez souvent les filles comme vous m'avez accosté ? ALEXANDRE. C'est ce que je pensais. et j'ai tué Jean. je ne comprenais pas pourquoi vous ne vouliez pas coucher avec moi. Je vous laisserai quand elle arrivera. ALEXANDRE.. Vous savez. Si je réfléchis je vais dire un maximum de conneries dans un minimum de temps. quand je vous ai regardé « Aux Deux-Magots ». ALEXANDRE. vous pouvez éventuellement coucher avec lui. Elle n'est pas partie comme ça. j'étais libre. Je me disais : il est peut-être malade. Comment est-elle ? ALEXANDRE. VÉRONIKA. Je ne croyais pas que vous m'appelleriez. VÉRONIKA. Pour en revenir à l'homme de votre vie. qui est parti. VÉRONIKA.. Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit : je n'ai pas le temps de boire un verre avec vous . J'avais parlé avec elle. Et le reste de la journée.. Vous pouvez peut-être rencontrer un type qui vous plaît.. J e vous ai parlé de cette femme avec laquelle j ' a i passé quelques années. sautent au bout de cinq minutes ne soit pas troublée quand quelqu'un est gentil et qu'il ne cherche pas à la baiser. Les femmes qui ont eu beaucoup d'amants ne sont jamais si jolies que ça. Je la trouve jolie.. J'ai fait exprès de ne pas venir au rendez-vous. Je suis un homme très occupé vous savez. Après... Mais en revanche je suis persuadé de la débilité (de ce) qui m'entoure. VÉRONIKA. avez-vous un numéro de téléphone. ALEXANDRE. Je me souviens très bien. Dans un mauvais film on appellerait ce que vous venez de dire : un mot d'auteur... J e n'ai pas le temps. Vous voulez que je continue.ALEXANDRE.. Non.. ALEXANDRE. ALEXANDRE.. J'aurais bien aimé. Et je n'aime pas me mêler des conversations des autres.. J e vous ai menti. Je ne sais pas si vous les préparez à l'avance ou si elles vous viennent comme ça. Vous avez raison. Et elle a beaucoup d'amants. J'ai été très surprise de vous retrouver marchant à côté de moi. frisoté.

. Je ne crois pas au hasard. Une fois. Il n'y a pas que l'amour. mais Us délivrent les femmes de cette chose ignoble qu'elles ont dans le ventre. Quand quelqu'un nous quitte et qu'on souffre. il faut dire ce que j'ai dit tout à l'heure : « Adieu.. Moi je ne fais rien. mais je ne savais pas que tu m'aimais assez pour m'appeler Chérie ». Je suis devenu très heureux tout à coup. La nausée est une sensation noble.. J'ai eu très peur. Le bistouri remplace l'épée. Vous comprenez. Une véritable révélation. j'étais dans l'autobus. Il y avait du sang sur les murs parce qu'on se foutait sur la gueule.. Et à ce moment-là elle m'a dit qu'elle était enceinte. je n'aime pas les héros. l'amour-propre. Elle est restée 15 jours avec des pansements sur le visage. je ne sais pas. Et pourquoi ne nous serions-nous pas rencontrés plus tôt ? Un mois. . Je l'ai cherchée partout. s'aperçoit. que je ne peux pas cracher non plus. font très bien ce travail d'unir ou de séparer les gens.. J'aurais préféré qu'elle meure. C'est une façon pour elles de. mais je faisais des cauchemars. laisser un mot. J e la quitte. elle. ou de l'autre côté de la rue. ce que je ne faisais plus depuis longtemps .VÉRONIKA. cette honte qui reste dans ma gorge. Et tout recommençait. J'ai eu l'impression qu'on faisait de moi un personnage de mauvais film. C'était un sentiment inconnu et très fort. quand vous n'êtes pas venue à notre rendez-vous. J'ai mis quelques jours à comprendre.. Avant. J'ai téléphoné à toutes ses amies. Elle ne voulait plus me voir. je vous vois. . Elle s'est mise à pleurer. elle ressemblait à Frankenstein. j'allais chez Marie. qu'elle se suicide. le temps qui passe. elle vient. j'ai ressenti très profondément quelque chose. au dossier très haut. Ça 86 m'a rendu furieux. tu es seule ? ». Alors il se lève. ALEXANDRE.. Ensuite vous venez. je ne sais pas ce qui s'est passé. Ils ne défendent plus la veuve ou l'orphelin .. se cacher comme un criminel. Il y a l'orgueil. la femme qui l'a aimé jusqu'ici. Et toujours les femmes se donnent à leur libérateur.. ALEXANDRE. Les avorteurs sont les nouveaux Robin des Bois. Il n'y avait personne... travailler. A l'instant où l'homme s'aperçoit qu'il aime une femme.... Non. De mélodrame habilement agencé. la sonde remplace le sabre.. Ou si on a peur. Décidément... je revenais au milieu de la nuit. . Nous naviguions dans les mêmes quartiers. Je ne crois pas que la vie puisse ressembler à ces mondes mystérieux où on ne peut jamais revenir quand les portes s'en sont refermées. C'est après cette rupture que je vous ai vue. Mais disparaître. Je n'ai jamais quitté personne. avoir le goût de travailler. Je pense que la vie. J e n'ai jamais compris les gens qui décidaient de quitter les autres. qu'elle ne l'aime plus. s'affirmer peut-être. Un peu plus tard. Je ne voulais pas qu'elle les jette. je pars ». que je ne peux pas digérer. C'est pourquoi on me quitte tout le temps. avoir cet enfant. O u i . Il entend la porte s'ouvrir derrière lui et il reconnaît la voix d'un acteur qui dit : « Chérie. il divorçait. J e me suis précipité chez elle. Un an.. on ne sait jamais très bien pourquoi. Les femmes qui sont avec des types bien les trompent toujours avec des minus. Et tout à coup. La dernière fois que j ' a i fait l'amour avec elle. des derniers mois que j ' a i passés avec Gilberte je ne me souviens que de certains signes. Vous connaissez cette histoire de Sacha Guitry avec sa première femme ? VÉRONIKA. Après. Il y avait des bouteilles de whisky qui s'entassaient dans le couloir. Et j'ai appris plus tard qu'elle avait avorté et qu'elle vivait avec le type qui l'avait avortée ou qui l'avait aidée. J'ai compris que je pouvais vivre avec elle. Alors que j'aurais pu passer dix minutes après. Assis dans un grand fauteuil. quand on quitte quelqu'un qu'on a aimé. derrière lequel il disparaissait complètement. Ils ont changé d'arme. j'ai frappé très fort. Vous ne venez pas. J'en avais pris mon parti. je lui ai cassé quelque chose. J e suis sorti. J e laisse le temps le faire. Il était chez lui avec sa femme.. Elle s'est fait réparer. les nouveaux Chevaliers du Moyen Age. je 87 . c'est ignoble. J'ai fini par savoir. Vous ne croyez pas que je vais faire le travail d'un autre... elle est passée et on a bu un verre.. Elle disait qu'elle ne m'aimait plus. Elle se cachait. Elle avait disparu. Et vous ne savez pas. J'essayais de partir. c'est pareil. Ce n'est pas le nom qui convient à cette poussière. apparaît et dit : « Non je ne suis pas seule.

je vais là-bas. une party. Voyant Véronika. semblant les reconnaître. Deux hommes passent dans le café. le monde sera sauvé par les enfants. Il a le genre photographe de mode ou assistant de cinéma. comme ça. VÉRONIKA. l'embrasse. Oui. quand l'amour. Il ouvre son livre. Il Ut prend dans ses bras. Vous pouvez rester. N'arrivant à fixer son attention sur sa lecture. Derrière vous. Non. Au revoir. L'un d'eux s'arrête devant la table des filles. L'homme parle. Alexandre n 'entend pas. Vous savez. D'après les mimiques 88 89 . vous partez ? ALEXANDRE. Non. L'homme essaie de se souvenir du nom de Véronika. Ib montent dans la voiture. sachant qu'un jour je ne souffrirais plus. Mais quand la terre tremble sous nos pieds. Elle s'assoit à côté d'elle. oui. ALEXANDRE. Il déplaît à Alexandre. VÉRONIKA. la réussite. Véronika essaie de U retenir. // va s'asseoir dans un coin du café. De temps en temps. VéRONIKA. les soldats et les fous. Il marche dans la rue. Véronika se retourne. Ils marchent enUicés jusqu'à la voiture qu'AUxandre emprunte de temps en temps à sa voisine. ou de souffrir le moins longtemps possible. Tout à coup dans la vitrine d'une boutique il aperçoit U reflet de Véronika qui marche derrière lui. VÉRONIKA. la révolution. En passant devant Véronika. Alexandre se lève. Quand AUxandre croise U regard de Véronika ils échangent des sourires.. Effectivement son amie est là depuis un moment.m'efforçais de ne pas souffrir. il salue d'un petit signe. AUxandre se lève et sort. ALEXANDRE. Il s'immobilise. Essaie de lire. Restez un moment. SEQUENCE 24 B SÉQUENCE 24 A AUxandre sort du café. Il se retourne au moment où elU arrive.tend Elle tenu la main à Alexandre et embrasse Véronika. J e crois que votre amie est arrivée depuis un moment. Alexandre comprend que le type invite Us filùs chez lui à une soirée. Véronika lève la tête. Alexandre. dans la rue. Un peu crispé du côté d'AUxandre. Il faut que je vous aime beaucoup pour vous suivre.. Elle ne vous a pas vu. il lève les yeux sur les deux filles qui parlent. sauf un mot de temps en temps. ne servent à rien. et les quelques mots qu'il entend. l'amie se lève et vient à leur table. Il s'assoit à la table des filles. J e suis fatigué.

Je ne fais rien mais je vous l'ai dit : j ' a i une vie bien remplie. Je peux essayer d'être à minuit au (Flore). Il m'amuse beaucoup. Silence.. Ça n'avait pas d'importance. Vous avez des choses importantes à faire Alexandre ? J e croyais que vous ne faisiez rien. Vous faites dans le genre métèque. Je ne couche qu'avec des femmes qui ont un appartement. ALEXANDRE. Et bien.. Pourquoi ne pas le dire ? Les nanas ne le disent pas. Ils avaient l'air de vous amuser. Non. Mais pas aujourd'hui.. J e vous aime et j'ai envie de rebaiser avec vous. VÉRONIKA. Vous respectez les règlements ? VÉRONIKA. On pourrait aller chez vous. VéRONIKA. VéRONIKA... Vous ne viendrez pas dans ma chambre. Ça je ne sais pas. Si vous êtes occupé maintenant. J'adore les métèques.. C'est autre chose. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Celles qui ne le disent pas sont des connes. C'est très bien les hôtels. Et rien n'est résolu. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Pourquoi. ALEXANDRE.... J'ai envie de rebaiser avec vous. Je serai à minuit au (Flore). Vous êtes gentille mais je ne peux pas. Vous savez... d'habitude je m'arrange pour que les femmes que je connais aient un appartement.SEQUENCE 24 C VÉRONIKA. Mais ce n'est pas sûr... qu'est-ce que vous faites avec moi ? VéRONIKA. Et ça me fait plaisir aussi.. Toujours. VÉRONIKA. ALEXANDRE. non ? VéRONIKA. Ne soyez pas désolée. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Oui. ALEXANDRE. Vous étiez avec des gens. VOUS avez le droit d'emmener des types dans votre chambre ? 90 Non. Oui. Mais pourquoi les femmes n'auraient-elles pas le droit de dire qu'elles ont envie de baiser avec un type. Pourquoi croyez-vous que j ' a i demandé un grand lit quand je me suis installée ? Mais je ne veux pas que l'homme que j'aime voie l'endroit sordide dans lequel je vis. J'adore baiser avec les métèques. J e vous ai suivi parce que j'avais envie de rester avec vous. on ne pourait pas se retrouver plus tard. Où irons-nous ? Moi je n'aime pas les hôtels. VÉRONIKA. VÉRONIKA.. Ce n'est pas très bien. Des conneries sans doute. VÉRONIKA. puisque je n'en ai pas. Oui. 91 . plus que moi. Et moi je baise avec un maximum de juifs et d'arabes. VÉRONIKA. Il est très con. J'ai amené un maximum de types chez moi. A l'heure que vous voulez. Il se croit irrésistible. Pourquoi êtes-vous parti ? J e vous ai demandé de rester. Peut-être. VéRONIKA. Et j ' a i assez envie d'aller chez vous. J e suis désolée mais ça me fait plaisir.. ALEXANDRE. C'est un privilège que je suis heureux d'avoir mais. Et c'est amusant d'entendre des conneries. VÉRONIKA. VOUS savez. ALEXANDRE... ALEXANDRE. Mais alors. Mais toutes les filles le font...

mais vous avez une façon d'être affreuse qui vous va très bien.^ ALEXANDRE. Quelle horreur. Ils parcourent des couloirs et des escaliers d'hôpital. un poste de télévision. Ah oui. J e peux vous faire un café.. Il y en a que je dérange beaucoup. ALEXANDRE. ALEXANDRE.. VÉRONIKA. Oui. J'aime bien votre chambre. ALEXANDRE. un Nescafe. Vous voulez boire quelque chose ? ALEXANDRE.. Elle sent l'hôpital. Un interne qui faisait une permanence à l'hôpital Necker. J'ai téléphoné à un ancien amant. Vous trouvez ? ALEXANDRE. etc.. Non. VÉRONIKA. Il l'embrasse. Regarder la télévision. c'est très bien organisé. ALEXANDRE. Il y a un lavabo. Si de l'eau. Il a toujours très envie de moi. J e vous l'ai dit.. Venez près de moi.. Comment vous avez fait ? VéRONIKA. J'ai insisté. ALEXANDRE. Elle se regarde dans la glace. Chez moi. Ils s'assoient sur le lit. En fait je crois que j'ai fait ça uniquement contre vous. Véronika conduit Alexandre dans sa chambre. ALEXANDRE. Ou me faire baiser comme vous préférez. J'avais envie d'être avec vous. . Oui. VÉRONIKA.. Vous aviez quelques heures à passer. ALEXANDRE. Vous avez viré un malade. Vous auriez pu rester chez vous tranquillement. Mais ça vous ennuie. Je ne sais pas. Ah oui. Je m'en doutais. ALEXANDRE. Il y a un canapé dans son bureau.. Vous êtes jaloux. ALEXANDRE. Votre maquillage est défait. VéRONIKA. Ma chambre sent l'hôpital. Mais je ne suis pas contente. Regarder la télévision. Oui. J e peux très bien relancer mes vieux amants quand j ' e n ai envie. surtout quand je tombe sur leur femme 92 VÉRONIKA. J'avais envie d'être baisée. faites moi un café. VOUS avez trouvé un lit. VÉRONIKA. J e le faisais toujours bander. Non. Alors vous ne voulez pas me raconter. VéRONIKA. Ça m'excite plutôt. ALEXANDRE. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Qu'avez-vous fait depuis cet après-midi ? VéRONIKA. Je n'aime plus baiser avec lui. Dès qu'il me voyait. Qu'est-ce que vous avez fait avec votre vieil amant ? Je n'aime pas raconter. J'avais envie d'une queue. Vous n'avez rien d'autre ? VéRONIKA. Je vous dépose quelque part ? Oui. 93 . Pourquoi le faire alors ? VÉRONIKA. VÉRONIKA. Il en avait envie alors. // l'attire près de lui. J e suis allée baiser. Vous m'avez vachement humiliée. ALEXANDRE. un réfrigérateur. J e suis affreuse. Ils entrent dans la chambre de Véronika qui ressemble à une chambre de bonne. / / démarre. VéRONIKA. Et puis ça a été si vite fait. Vous m'avez énervée. Elle va ouvrir la fenêtre. SÉQUENCE 25 au téléphone.

Je n'aime pas raconter. C'est trop fatigant. VÉRONIKA. Fais-moi ce que j'aime. Il m'a dit : déshabille-toi. Je vais travailler. Je vous le fais si vous devinez. Vous êtes belle. Non.VÉRONIKA. ALEXANDRE. 7 heures moins le quart. ALEXANDRE. Fondu. ALEXANDRE. Mais non. Plus maintenant. Vous pouvez la garder. Aidez-moi. Alexandre. froid. Vous pouvez rester dormir si vous voulez. Bon. Les médecins ne vous font pas ça toute la journée. Faites-le moi alors. jamais. Jour. Approchez. 95 94 . Avant oui. alors je m'en vais. Le matin. je suis superpudique.. VéRONIKA. Et les malades ? Les malades. VÉRONIKA. Voilà une clé. Mais non. Attendez. J'éteins la lumière. Il passe une main sous sa blouse et constate qu 'elle est nue en dessous. SÉQUENCE 25 A Dites-moi. Vêtue de sa tenue d'infirmière. // l'embrasse. ALEXANDRE. Non. Quelle heure est-il ? VéRONIKA. VéRONIKA. C'est ma tactique. En touchant ses seins. Je vais me lever. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VéRONIKA. Elle se lève. ALEXANDRE. Non. il faut que je descende en salle d'op. Vous vous êtes déshabillée très vite l'autre jour. ALEXANDRE. ALEXANDRE. il fait : Ouf ! ALEXANDRE. Qui allez-vous tuer aujourd'hui ? VéRONIKA. Véronika réveille Alexandre. Qu'est-ce que c'est ? VéRONIKA. chaud. Restez. J e fais toujours ça. Dégrafe son corsage.. / / touche plusieurs parties de son corps. Vous fermerez la porte. Vous permettez. Elle éteint la lumière. On a le temps de faire l'amour ? VéRONIKA. ALEXANDRE. Vous vous êtes servie de quoi ?. VéRONIKA. Pendant que vous ne regardiez pas. VéRONIKA. Quand je ne suis pas complètement ivre. Arrêtez.

J e trouve que ça va bien. MARIE. la prend dans ses bras. Elle s'écarte. Alexandre la voit se déshabiller. commencent à sourire. Alexandre sort de l'hôpital. Fondu. se rapproche du mur. Ses yeux sont ouverts. Marie porte des lunettes noires. l'embrasse. SEQUENCE 26 SEQUENCE 25 Le jour. Une cliente entre. Marie est seule. je crois qu'il vous ira très bien. Son visage exprime la douleur. pouvez venir par ici. VOUS Alexandre entre chez Marie. Alexandre entre. // enfile le foulard qu'elle lui tend. Il feuillette des journaux féminins. Elle l'entraîne dans l'arrière-boutique. MARIE.Elle l'embrasse et sort. 97 . Il se déshabille et se couche près d'elle. La boutique de Marie. J'avais un cadeau pour vous. Un foulard. laissant un creux entre eux. Elle reste silencieuse. Qu'est-ce que vous en pensez ? / / sourit. Alexandre s'assoit sur un étalage. La cliente s'en va. passe dans l'arrière-boutique pour essayer une robe. Ils se regardent sans parler. Elle est couchée mais ne dort pas. MARIE. Il est 7 heures du matin. Ils se détendent. Lui aussi. A plusieurs reprises leurs regards se croisent. s'approche d'elle.

. pour ailleurs.... Marie insiste. Mais c'est évident. . J'ai envie de m'enfermer. qui parlaient. Faut toujours donner raison aux autres. Oui.. de goudron. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Que j'aille la retrouver. Débrouillez-vous.. j'ai vu. MARIE. avec leur famille. Le téléphone sonne... pour employer un mot d'une saison et de deux cents personnes. Ils allaient.. Je me suis accroché au volant. quelque chose comme le vestige d'une civilisation ancienne. leurs vacances. Et j'ai vu. Marie allume une cigarette. L'appartement de Marie. Et sur cette piste. lézardée. / / raccroche. se bourre la gueule. il va peut-être arriver des choses intéressantes. MARIE. ALEXANDRE. Elle est dans une boîte. Oui.. Vous êtes aveugle ou quoi. Quel est ce bruit. ce n'était pas une idée.. commencent à « flipper » eux aussi. Je pensais que les gens qui travaillaient étaient plus équilibrés que les autres. Elle est un peu paumée. à pieds. les usines. Alors... Ces lignes qui défilent.. Bonsoir.ALEXANDRE. tout était pareil. complètement fissurée.. nulle part. . Oui.. un sac au bord d'un bâton sur l'épaule. comme si on pouvait voir le même endroit il y a 1 000 ans. Et je me suis réveillé parce que ma voiture a heurté le truc du côté gauche qui sépare les deux sens. l'ancêtre.. Moi je n'ai pas l'impression d'être « l'homme de la rue ».... téléphone au milieu de la nuit. Pourquoi ne font-ils pas leur baluchon. des voitures. J e vous appellerai demain. attendez. Elle est ivre.. comme à la fin des films de Chariot. qu'ils faisaient semblant. Délabrée. Avant me demandais-je : pourquoi continuent-ils à travailler. J'ai pensé qu'il n'y en avait plus pour longtemps. Alexandre refuse de prendre l'appareil. des hommes. SÉQUENCE 27 La nuit. j'aime assez que cette fille se conduise comme ça. Ça n'a pas d'importance. marchant. le Parthenon. des vagabonds. Non je suis fatigué.. J e me suis endormi quelques instants. Et les jeunes ne comprendront pas. dans 1 000 ans. Pour aller.... se souviendra encore et racontera aux jeunes qu'il y avait des cinémas. oui. Marie décroche.. Ce sont vos affaires... 99 .. Une boîte. Alexandre prend l'appareil. l'homme de la rue.... des femmes. Alexandre et Marie dorment (?) l'un contre l'autre. qu'il en serait bientôt fini de tout ça. que c'était des images.. non ? MARIE. Une fois. MARIE.. essayant de garder les yeux ouverts. Elle tend l'appareil à Alexandre. des HLM.. J'ai entendu une formule récemment. Mais pas pour aller quelque part. Pourquoi ne partent-ils pas.. Même s'ils font un travail merdique. Si les gens qui travaillent. des cinémas. Alexandre se réveille ou est réveillé. C'était fini.. Peut-être quelqu'un de très vieux. Ou au moins. je ne peux pas sortir. Même s'ils sont mal payés. envahie par les herbes... je me suis endormi sur l'autoroute.. Cette piste de bitume.. entre Marseille et Lyon. Parce que je commençais à en avoir marre que ces gens se sentent si bien. qui bougeaient. C'est Véronika. je dormais. ALEXANDRE. MARIE. inutile. pas un mirage...... c'est : « l'homme de la rue ». leur voiture. les pyramides.. l'autoroute...

ALEXANDRE. On les met à la porte. Marie se lève pour ouvrir. Elle entend du bruit. Quoi. Non Véronika. Les duels c'était bien. Alors. On frappe à la porte. — les mères célibataires. J'aime bien les gens qui désobéissent. ALEXANDRE. Je suis assez d'accord avec ça. on ne peut pas le réveiller.. C'est : « les classes les plus défavorisées ». Être ferme. tu sais bien. MARIE. et puis tu vois. on a envie d'être seuls un peu. Pourquoi.. Non je ne peux pas le réveiller... MARIE. Pour jouer la règle du jeu il faudrait avoir les mêmes armes.. Allô ! Il dort. 4 heures. à la terre. et dans le dos. Je n'aime pas la dignité.. Ils restent. En quel homme ? « L'homme de la rue ».C'est fou ce que vous croyez encore en l'homme. Vous n'aviez qu'à lui parler. Elle n'est pas seule. Elle va venir. ALEXANDRE. Quand je fais l'amour avec vous. Marie décroche. On se battait entre gens de même monde. MARIE.... — les classes les plus défavorisées. je ne pense qu'à la mort. des cascades ruisselantes. Voyez.. Si elle a amené quelqu'un. ALEXANDRE. Tu viens. La seule dignité est la lâcheté.. SEQUENCE 28 Le téléphone sonne.. On peut tout demander à ceux qui acceptent de l'argent. foutez-les dehors. ALEXANDRE. frapper à l'improviste. On leur dit : partez.. Ils s'embrassent. des gens acceptent de l'argent d'autres gens.. vos amours commencent à m'emmerder. . MARIE. vous voyez des rivières. — l'homme de la rue.. Et savoir s'en servir. à la cendre. MARIE. Vous ne m'aviez jamais dit ça. J'y ai souvent pensé. MARIE. Un nom pour chaque chose. ALEXANDRE. ils reviennent. 101 100 ... On leur dit : ne viens pas. En échange d'un soi-disant travail. Elle raccroche. Ils viennent. Non... Les voyous assassinaient au couteau et dans le dos. Il fallait refuser. ALEXANDRE. Vous faites l'amour avec la mort. e t c . Gomme les ivrognes qu'on refoule des bistrots. Quelle heure est-il ? MARIE. il y a : — la bourgeoisie du textile. Mon vieux. MARIE. De toute façon elle est tellement ivre.... même de baisser leur pantalon. Il y a une autre formule qui m'amuse.

. VÉRONIKA. Elle tombe à genoux sur le lit. Le type lui pelotait les fesses. Ils s'embrassent tous les trois. Avec tes gros seins de femme de trente ans. SÉQUENCE 28 A Elle se redresse. Mais qu'est-ce que vous croyez. VéRONIKA. Alexandre se réveille. J e vous aime comme une vieille folle. 102 103 . c'est la chose la plus belle qui puisse exister.. Et toi.. Avec mon vieux corps de femme de trente ans. elle revient.. Véronika se penche sur Alexandre et l'embrasse. Des gens qui baisent parce qu'ils s'aiment. MARIE. Vous savez ce qui me ferait plaisir. Sa bouche rejoint les bouches des filles.Marie se couvre d'un châle et ouvre. Tu es très belle. VéRONIKA. Ils s'embrassent sur le corps de Marie. Pure.. Marie rit. tu es la douce. MARIE. Il doit y avoir de la monnaie. Véronika a un rictus et répète le mot de Marie. Passant son bras sur le corps de Marie. C'est Véronika qui se retire. VéRONIKA. Alexandre caresse Véronika. Non je voudrais que vous baisiez tous les deux. Ma chérie je crois que tu as assez bu. Dans mes poches... Vieille Marie pourrie. la tendre. si tu veux baiser avec Alexandre. Véronika les regarde. Marie attire Alexandre sur elle.. VÉRONIKA. Tu es très belle Marie.. Alexandre et Marie continuent à s'embrasser. Elle se penche sur Marie. Marie règle le taxi. J e vous dérange peut-être. J e peux venir dans votre pieu ? Véronika enlève sa robe. Je ne veux pas baiser. Vieil Alexandre merdique.. VéRONIKA. Il n'y a rien à boire ici. J'en ai rien à foutre. moi. Elle ne peut pas payer son taxi. Vous étiez peut être en train de baiser. C'est que vous baisiez tous les deux.. Ma Chérie.. Quand il fait un geste pour l'enlacer elle se retire.. J e n'ai pas envie d'Alexandre. J e téléphonerai. Elle se tourne vers Marie. Et pourtant je n'aime pas les femmes. MARIE. . Ecoute. Marie se recouche. ALEXANDRE. Vous vous aimez.. Alexandre les regarde longtemps et s'approche d'elles. VéRONIKA. Tu as vu tes jambes. de sa vieille queue. Véronika est réveillée. Il ne demande que ça. Fais pas chier. ALEXANDRE. Véronika les regarde. Tu as vu. ah Putain. J'ai bu un maximum ce soir. VéRONIKA. je suis complètement pourrie. Quelle heure est-il ? Vous n'allez pas travailler ? VÉRONIKA. VÉRONIKA. MARIE... il a la queue en forme de bec de théière. Véronika entre. la pure Véronika. Marie dort près de lui. Elle l'embrasse sur la bouche. MARIE. Véronika se penche sur Alexandre. Jour. Ne faites pas attention à ce que je dis. (Elle chuchote).

. Des amis à vous. ALEXANDRE. MARIE. MARIE. Dans un panier il y a des légumes et plusieurs bouteilles d'eau minérale. ALEXANDRE. des amis à elle. déjà en train de préparer le repas. Non. C'est Gilberte. Véronika sort. Dans un super-marché (genre Inno). 7/ regarde les étalages. ALEXANDRE. Marie a invité des amis. Alexandre et Véronikafont des courses. Ils montent les paquets.. ALEXANDRE. Vous le goûterez. Non. . ALEXANDRE. VÉRONIKA. Vous verrez. ALEXANDRE. Avec celui-là c'est criminel. J e ne me trompe jamais sur la direction à prendre quand je cherche l'alcool. A la cuisine. Elle est avec son amant dont on ne voit pas le visage. ALEXANDRE. C'est Philippe. Il n'y a rien à grignoter en attendant. On ne voit que des cheveux qui sont moyennement longs. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Ils ne diront rien si je suis là. j'en ai parlé à Marie. Il porte un verre à Marie. Alexandre parait très déçu. On s'est chargé des boissons. Ils entrent. Alors on prendra un whisky ordinaire pour boire avec du Coca. // déballe. nous allons nous régaler. Choisit un vieux whisky. elle est d'accord. Ils y arrivent. Alexandre embrasse Marianne comme une vieille amie. Non. Ecoutez. nous y sommes arrivés directement. aimez ce whisky ? VÉRONIKA. MARIE. vous venez. il y a Marie et Marianne.Il prend aussi une bouteille d'eau de vie de Poire Williams. (à Véronika) Vous allez voir. Des gens poussant leur panier passent près d'eux. 105 104 . Alexandre débouche une bouteille de vin. VÉRONIKA. L'escalier de l'appartement. Oh ! non. SÉQUENCE 29 Dans la cuisine. Ils cherchent le rayon des boissons. j ' a i promis de m'occuper des boissons. Et celui-là. j'espère que vous n'allez pas vous conduire comme un con. 1 VÉRONIKA. Alexandre regarde la personne qui le pousse. VOUS J'ai une chose à vous dire : il y a un invité supplémentaire. Qui ? MARIE.. mais ils sont très bien. Formidable. Voyez. J e ne supporte le whisky qu'avec du Coca. Je reviens. Ils passent entre les rayons en poussant un panier roulant. Il la serre dans ses bras. Qu'est-ce que vous faites ? Un lapin à la moutarde. Machinalement.

MARIE. Vous avez des cigarettes. ALEXANDRE. Ah non. MARIE. C'est vous. Si vous voulez que je m'en aille. MARIE. // est calme. 107 Marie sort de la maison en proie à une crise de nerfs. Ce soir tout allait bien. ALEXANDRE. effectivement beaucoup trop fort pour moi.. Qu'est-ce qui s'est passé ? ALEXANDRE. On va pouvoir se saouler la gueule.. Oh. Trop fort pour vous. Alexandre. ALEXANDRE. Vous êtes ignoble. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Bon. Rien du tout. les traits déformés par la douleur et la colère. Dans l'appartement Marie est assise sur le lit. ALEXANDRE. MARIE. VÉRONIKA. ce n'est pas sale ? MARIE. C'est lamentable. Je ne supporte pas ça. Elle fait très bien le lapin à la moutarde. et bien je m'en vais. Elle a invité un type que je ne veux pas voir. Bon appétit. Il descend de la voiture.. Il ne la met pas en marche.. Il n'en est pas question. Vous êtes un sale.Alexandre passe de la déception à la colère. ALEXANDRE. Il prend les deux bouteilles de whisky qu'il fourre dans ses poches. Si ça doit arranger les choses. Mais enfin Alexandre. ALEXANDRE. pas du tout.. Alexandre entre et marche de long en large. je suis furieux. // lui laisse un paquet de cigarettes. ALEXANDRE. Partez. Il faut toujours tout faire pour vous. C'est un ami de Charles. Je vous aime. Je vais revenir. A cause de moi. Mais pourquoi ne m'avez-vous rien dit ? MARIE. MARIE. Il y a un petit changement de programme. Bravo. Elle crache au visage d'Alexandre à travers la vitre. Je pensais que pour une fois vous seriez capable de faire quelque chose pour moi. Un drame. J'en ai marre. Elle est suivie par Marianne qui essaie de la calmer. Vous ne faites jamais rien pour personne. Dans la rue. Qu'est-ce que vous voulez ? Laissez-moi tranquille. je partirai avec vous. Il rencontre Véronika qui revient. Vous voyez je ne crois pas que ça s'arrange. Non. Mais vous êtes incapable de donner. Non. détendu. N'importe où. J'ai pris des bouteilles. je ne le savais pas. Ils l'ont rencontré. Excusez-moi. Oui ça. VÉRONIKA. c'est tout ce que vous savez faire. Vous me dégoûtez. ALEXANDRE. Elle l'insulte. Écoutez Alexandre. Elle rentre chez elle toujours suivie de Marianne. pomper les gens. Je n'ai pas envie de me saouler. Passez une bonne soirée. J e ne le savais pas. Marie revient. Attendez. Vous ne dites que des choses sales. Non. qu'avez-vous essayé de faire ? Qu'avez-vous voulu prouver ? Vous saviez très bien ce qui allait se passer. C'est eux qui l'ont invité. C'est dommage quand même. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Vous salissez tout ce que vous touchez. Allons dans la voiture. ALEXANDRE. Prendre. MARIE. Si vous partez. Il sort. Non. Il presse sa main dans la sienne. 106 . Pourtant. Ce que vous avez essayé de faire. Marianne est assise. Taisez-vous. je ne marche pas. cela aurait été très fort... ALEXANDRE. un paquet à la main. Elles passent devant la voiture. Vous me dégoûtez. Ils vont dans la voiture. écoutez. Non. Allez baiser avec le monde entier. Je vous expliquerai. VéRONIKA..

vous vous sentez le courage. Vous me faites doucement rigoler tous les deux avec vos histoires. VÉRONIKA. qui guérissez les douleurs les plus invraisemblables. J'adore ça. je t'expliquerai. Ça devait être bien.. vous n'y êtes pour rien. pour maigrir. 109 . Véronika commence à maquiller et à coiffer Marie. pas nouvelle. Tu permets que je te maquille. C'est très bien. Il ne savait pas ce qu'il faisait. partez. Elle s'en va.. vous savez j'aime beaucoup Marie.ALEXANDRE.. MARIANNE. embrasse Marie. ALEXANDRE. si vous vous sentez mal. qui prennent des tas de trucs pour se couper l'appétit. sans problèmes. allô. Les femmes ne parlent pas. Très détendue.) Alexandre met quelques instants à comprendre. Elles s'embrassent sur la bouche. Vous savez. Alexandre s'adresse à Véronika. Marianne prend son manteau. compose un numéro.. Pour le lapin.. Véronika s'approche de Marie. MARIE. Depuis le premier amour. Alexandre met un disque auquel Marie est sensible. Plus tard. Ne bouge pas. // remplit trois verres. Alexandre rejoint Véronika dans la voiture.. pas maintenant. Qu'est-ce qu'il se passe ? MARIE. mais vous ne savez pas que l'irresponsabilité aggrave les crimes. souffrir comme ça. VÉRONIKA. Et ça a été le premier amour. C'est le grand jeu. MARIE. ALEXANDRE. Alors. Celui qu 'ils écoutaient quand ils se sont connus. parce que vos amis invitent quelqu'un. Et un jour. Marie a changé de visage. Ils devraient faire une bonne séance comme ça de temps en temps. coiffée par Véronika. Il a dit : « Elle est à moi. VéRONIKA. Laisse-moi parler. ALEXANDRE. J e t'appellerai. Maquillée. s'accouplaient. Marianne prend le téléphone.. T U ALEXANDRE. les gens baisaient. vous vous sentez tranquille. Merci d'avoir attendu. Vous ne savez pas. ce ne sont pas ces querelles qui y changeront quelque chose. MARIE. ALEXANDRE. MARIANNE.. Vous qui opérez des cancers. Elle est plus détendue. Vous avez laissé faire les autres.. Vous ne l'avez même pas invité par provocation. Elle n'est pourtant 108 ne veux pas maquiller Alexandre. Non. VÉRONIKA. (AIME. L'estomac noué. VOUS n'aviez qu'à refuser. peut-être à la terrasse. J e suppose que vous n'avez plus faim. je viens vous rejoindre tout de suite. pour lui tout seul. On va quand même ouvrir ces bouteilles. quelqu'un a décidé de garder une femme pour lui.. nous allons monter mais si quelque chose ne va pas. une opération. ALEXANDRE. Foutez-moi la paix. Moi non plus. Vous n'avez jamais cherché un remède pour arrêter cette souffrance. C'est leur « disque ».. Alexandre reste sur le lit. Vous ne voyez pas combien vous êtes ridicules tous les deux. J e t'en prie Véronika. il n'y a pas un remède ? des piqûres. Il y a des gens qui font des tas de choses. Alors. Allô est-ce que monsieur Charles Lemoine est là s'il vous plaît. Véronika recommence le maquillage. Non. Véronika s'assoit. peut-être. J e vous sers. avant. n'y touchez pas ». Il faut prendre de la vitamine « M ». Ils reviennent dans l'appartement. MARIE.. Tout le monde avec tout le monde. Impossible de manger.. au commencement des temps. ALEXANDRE. VÉRONIKA..

VÉRONIKA. 110 . Elle hurle. Allez baiser à l'hôpital. Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir. Si vous sortez comme ça. Marie met une main sur sa poitrine. Elle avale toute la botte. Elle revient. ça va. Marie revient chancelante.. C'est votre problème et vous le savez. ça vous ira très bien. je peux aller dans l'autre chambre. Vous ne vous rendez pas compte que vous êtes le plus heureux des hommes. Je n'aime pas être au milieu. Arrêtez de déconner. Tais-toi. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Partez. Alexandre est couché. Elle va à la salle de bains. agressivement. Baisez-moi. Elle jette contre les murs tout ce qui lui tombe sous la main. Marie se lève. Alexandre la laisse et revient dans le lit. Il l'accroupit de force sur les W. Alexandre vient sur elle. baisez-moi. Elle se cabre. Tout va bien. Non. Un ou deux. Les deux filles maquillent légèrement Alexandre qui ne réagit pas. Laissez-moi tranquille. VÉRONIKA.VÉRONIKA. J'en ai assez. VÉRONIKA. Vous êtes dans un pieu avec deux nanas qui vous aimentALEXANDRE. ALEXANDRE. Marie crie. il faut faire quelque chose. Marie commence à vomir. Il bondit du lit. Ça lui ferait pas de mal. baisez-moi. Calme-toi. Alexandre bondit. Veronika gémit. Combien il en faut pour dormir. Votre 111 Sur les couvertures Veronika cherche à poser sa main sur le sexe d'Alexandre. Veronika vient sur son épaule. Les deux filles viennent dans le lit. Baisez-moi. Attrape Marie par les cheveux et enfonce violemment ses doigts dans sa bouche. VERONIKA. Il s'est mis contre le mur. MARIE. Veronika écarte la main de Marie. Si je vous gêne. Non. Vous avez des rapports drôlement merdiques avec les femmes. Ne bouge plus. j'en ai marre. mais vous avez des rapports merdiques. Marie les regarde. ALEXANDRE. Vous devriez essayer. Elle embrasse ses épaules. VÉRONIKA. Toute la boîte. vous allez exciter un maximum de mecs. Foutez le camp. ALEXANDRE.C. VÉRONIKA. Alexandre. VÉRONIKA. MARIE. Commence à lui faire l'amour. MARIE. Ça va pas non. VÉRONIKA. . Je vous assure. vous semblez aimer les gens. Il se met au milieu. Ils recommencent à faire l'amour. Allez baiser n'importe où. Elle essaie d'embrasser Veronika qui la repousse. Alexandre. Il prend Veronika dans ses bras. MARIE. Partez. Maintenant je dors. Elle enfonce sa main sous les draps et cherche à nouveau son sexe. MARIE. Il se retourne d'un bond et revient sur elle. // se tourne. Mettez-vous au milieu. Furieusement. Entre les deux filles. ALEXANDRE. Il écarte les bras.. Il la repousse. Voyant le danger écarté. Mais foutez le camp. Alexandre et Veronika sont dans le bar. Elle fait ce qu'elle veut. Faites ce que vous voulez. Laissez-la. les regarde. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? VÉRONIKA. Rien. Face à face. Plus tard. Laissez-moi tranquille. Elle vomit encore. Elle dit à l'oreille d'Alexandre. Elle prend une boite de cachets que Veronika a apportée. MARIE. Excédée. C'est Veronika qui revient à l'attaque. Ça lui ferait du bien. s'écarte de lui brutalement. VÉRONIKA. Il faudrait qu'il se fasse un peu enculer. Foutez le camp tous les deux. Allez ! Ouste ! Je liquide. Mais non. Et de temps en temps vous êtes gentil. MARIE.

Quand je vivais avec l'homme aux yaourts. Vous êtes content. là. Parce qu'elle aurait dû rester avec vous. Elle remonte. Oh là. Elle se lève. c'est simple. et la blennorragie est une maladie de la pine. Je me souviens maintenant de cette histoire que racontait le type du Mahieu et que j'avais oubliée. ou alors folle. 77 tend une main vers elle. Et pourtant je vous aime. parce que vous n'êtes pas mal au pieu. ALEXANDRE. je ne sais pas ce que vous lui avez fait. Même quand ça se termine. Mais je vous aime.. Quelle chose ridicule. Vous aimez une femme et vous en baisez une autre.. Il y a un graffiti. Vous savez je n'aime pas dire du mal des gens. VéRONIKA. Surtout si vous l'avez dépucelée. Pour qu'elle soit avec cet espèce de mec merdique. Vous êtes con ? Et c'est comme ça. Vous êtes arrivé dans ma vie à un moment. Elle ricane. ALEXANDRE. Moi les histoires de cul me font chier un maximum. mais elle devait vous aimer. Très. Non. J e ne pense qu'à vous. Vous vivez avec elle. Ces histoires de 5 heures et demie du matin.. vous dormez avec elle. VéRONIKA. très beau. VéRONIKA. « Ma rage d'aimer donne sur la mort comme une fenêtre sur la cour » et quelqu'un a écrit dessous « Saute Narcisse ». Ça vous ressemble non ? ALEXANDRE. Souriez. Voulez-vous la faire ? VÉRONIKA. et vous m'avez fait beaucoup de bien. J'ai pensé à vous dans les chiottes. Vous aimez Marie. elle m'appelle « Ma chérie ». Mais vous n'êtes pas bien. elle prend ma main. Ça vous a fait penser à moi. Mais vous non plus vous n'êtes pas simple. Il y a une chose qui me ferait plaisir. VéRONIKA. Elle m'embrasse. Comme je vous déteste. Tout ça à 5 heures 25. Et on s'est quittés comme ça. la mixomatose est une maladie du lapin. Comme vous êtes con. c'était très simple. vous avez dû la rendre très malheureuse. Vous l'avez rendue folle. Il disait : « Savez-vous qu'elle est la différence entre la mixomatose et la blennorragie ? » Vous le savez ? Non.Gilberte.. Si je viens chez vous. Et puis vous deviez bien la baiser. ce n'est pas pour elle. c'est pour vous. vous vous lavez avec elle. Elle l'écarté. 112 113 . Vous pouvez être très gentil. Parce que je vous aime beaucoup. Elle/ait une grimace grinçante. mais Marie n'est pas simple. J e ne suis pas très doué. Descend aux toilettes. Et avec Marie vous faites un couple merdique.. Vous avez peut-être raison. Oui. VÉRONIKA. Comment peuton dire : « Vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé ». Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. Et l'amour c'est pas ça. Peut-être que je n'ai pas la vocation de la vie. Je voudrais un autre whisky. ALEXANDRE. Vous me voyez dire ça : « Alexandre comme vous êtes beau. Et oui. c'est pas merdique. Voilà.. vous chiez avec elle. VéRONIKA. Vous êtes bien tous les deux avec vos élans merdiques. quoi que je dise. » Elle ricane. ALEXANDRE. Vous ne m'aimez pas. c'est tout. Et bien.

Mais moi. c'était mon grand-père. Il entre au bureau de tabac. SÉQUENCE 30 Véronika se sert un verre de Ricard. Je vais vous faire une piqûre de vitamine C intraveineuse. Et sur ce. Vous verrez. . C'est toujours l'hiver. J'aimerais bien tu vois. Chez Marie.. VéRONIKA. Après.. cinquante ans. Ce ne sera pas de ma faute. qui se fout à poil.. Dans vos belles veines. Et jusqu'à sa mort. J e vais acheter des cigarettes. Vous voulez que je vous fasse une piqûre. VÉRONIKA. Dans la rue. La garde de nuit qui vient. MARIE.. malade des poumons. Il y a Marie et Alexandre.. J e sais de moins en moins de choses. s'éclipse.. il lui en a fait voir.. VéRONIKA. Il a peur des piqûres. Elle boit. Alexandre ? ALEXANDRE... Elle portera des médicaments. il traverse le boulevard et entre chez un fleuriste. qui crachotaient. il était très mauvais. vieux polack. c'était avec des vieux cancéreux qui avaient des trous dans le cou. Où allez-vous ? ALEXANDRE. Elle va venir. Véronika prépare sa seringue et fait la piqûre à Alexandre.. VéRONIKA.. C'est vraiment pour te faire plaisir..VéRONIKA... VÉRONIKA. qui peuvent claquer. Les deux femmes sont sur le lit. MARIE. Que savez-vous de ce que je pense ? MARIE. Elle rit. il s'est mis à égrener son chapelet.. la blonde slave s'éclipse. Le métier d'infirmière c'est un métier assez horrible par moment. MARIE. Contrairement à ce que pense Alexandre.. avec une vieille odeur de pourriture et de maladie qui se trimbale. Il a horreur des piqûres. gargouillaient. Vraiment. Elle boit. Vous êtes malade. On n'est pas du tout insensible aux gens qui souffrent. 115 114 . qui se sent pas gênée du tout. Véronika a téléphoné. Marie est très agressive et douloureusement ironique. discrète. il a insulté ma vieille grand-mère. Il ne fait pas semblant d'être surpris par la présence de Véronika. vous vous sentirez très bien.. Un taxi s'arrête. Près de la cheminée. A partir de quarante-cinq. Le soir. Il sort. quand j'étais de garde. Alexandre met les roses dans un vase. qui est resté tubar. Mais il était complètement dingue.. Il la voit. Je ne sais rien du tout. Une piqûre de quoi ? MARIE. Elle ne voit pas Alexandre. Assises. ALEXANDRE. Et Véronika a apporté une bouteille de whisky pour nous. Véronika est à l'intérieur. Vous allez avoir un petit hématome parce que vous ne vous êtes pas fait une petite pression.. le premier macchabée que j'ai vu. Ce sera de la vôtre. J'ai acheté une bouteille de Ricard pour Véronika. Véronika. Il revient dans l'appartement avec deux ou trois roses. C'est pas du tout son genre de s'éclipser.. Je lui ai dit que vous étiez malade.. Vous savez Alexandre. MARIE. qui se fout au lit avec le malade.. Bonjour Alexandre. qui fait ses piqûres.

VéRONIKA. ALEXANDRE. le cul ballottant un maximum. Alexandre. Silence. Non. Vous voulez qu'on fasse du cinéma. Quand vous serez vieux. ALEXANDRE. Une vieille Gilberte impudique. avec mes quinze berges. MARIE. Mais je comprends quand même beaucoup. le voyait bouger aussi. Mais je ne suis pas blonde avec les yeux bleus. Elle ne finit pas sa phrase.. Il revient. c'est un super-cadeau. qui faisait un maximum de crédit à ma grand-mère. Je t'ai dit.C'était devenu le mystique du quartier. Et ma grand-mère la vieille polonaise superstitieuse le voyait bouger. sa douleur. Il est toujours en retard celui-là.. cristallisé parce qu'il a pensé que j'étais une nouvelle Gilberte. Véronika et Marie parlent. tous les deux ensemble. VéRONIKA. MARIE. c'est super-suffisant. Va à la salle de bains. Vous avez rencontré une vieille Gilberte pute. Non. Viens là Véronika.. moi on ne m'a jamais épousée. Alexandre trouve que j'ai le corps d'une négresse. Non. MARIE. gardé par une supernénette qui vous filera des gouttes dans le nez ou autre part. Et l'épicière du coin. Et j'étais là. qui venaient bouffer un maximum à la maison. On disait : « C'est un Saint qui est mort ».. Alexandre cristallise un maximum sur les blondes aux yeux bleus. MARIE. mais vous pouvez continuer à parler. socialement. Avec vous c'était le superpied. Elle éclate de rire. VÉRONIKA. je suis conne. Tu sais. Véronika pose une main sur les cuisses de Marie. Arrête de déconner. VÉRONIKA. Vous savez. les grenouilles de bénitier. VÉRONIKA. je veux que tu me dépucelles ». VÉRONIKA. VÉRONIKA et MARIE. Moi. c'était par hasard. Boit. Il ne faut pas me faire de cadeau. C'est une histoire entre nous. vous ne pouvez pas savoir. Il sait très bien que tu n'es pas une négresse. Comme c'est amusant et comme je m'amuse. Tu n'es pas blonde avec les yeux bleus mais tu n'es pas une noire. Mais j'ai peur que ce soit un peu grand. Il faudrait peut-être le reprendre sous les bras. . Marie tend ses bras vers Véronika. J e lui ai dit : «Je veux que tu me baises. VÉRONIKA. Une nouvelle Gilberte qui se promenait le cul à nu.. MARIE. J e peux savoir de quoi il s'agit. MARIE. Vous avez de la chance Alexandre d'avoir deux nanas qui vous aiment et qui ont une histoire entre elles. Tiens un ange est passé. Vous faites semblant de dormir. j'avais quinze ans. De toute façon. Vous avez rencontré une vieille Gilberte non pucelïe. Vous pouvez pas mettre un vieux disque ? ALEXANDRE. tout le quartier a défilé. parce que je suis très aimable. 117 .. Tu as déjà vu Véronika reprendre quelque chose sous les bras. Quand il m'a rencontrée. MARIE. Il grimace devant la glace pour accentuer sa fatigue.. Je me suis fait dépuceler. J ' e n veux pas. qui se droguait à l'éther. sur un fauteuil roulant. Elle remplit son verre. Elle boit. Il y avait un maximum de prêtres qui se faisaient engraisser. Tu sais.. Et quand il est mort.. Mais non. VÉRONIKA. je t'aime beaucoup. Tu m'as raconté. Un maximum de cinéma. à vingt ans. Alexandre se lève. Quelle chance. J'ai fait un mariage social. tu vois. Moi j'ai jamais fait un mariage social. Véronika les écarte d'un geste violent. Et je le voyais pas bouger. Si vous saviez comme je me sens bien en ce moment. etc. Tu as eu de la chance de faire un mariage social. J'avais jamais flirté. il a 116 Les deux femmes répondent en même temps. J'ai envie de te faire un cadeau. VÉRONIKA. Se lave les mains. Elle est au bord des larmes. en salle de garde. vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé. MARIE. Si c'est une histoire entre vous.. par un vieil externe.

Comprenez-le au moins une fois pour toutes que j'en ai rien à foutre. D'Alexandre et de moi. Et je me fais baiser par n'importe qui. Non. J e me sens aimée par vous deux. Alexandre caresse les seins de Véronika. Mais qu'est-ce que vous croyez. .. hein. c'est pas ça. Et je pourrais rester tout le temps avec vous tellement je suis heureuse. elle se sert un autre Pernod. VéRONIKA. Il n'y a pas de putains. Ce n'est pas triste. parce que ce que je dis je le pense réellement. Marie. Permets-moi. c'est super-gai. je ne joue pas la comédie. Violemment Véronika éclat/ en larmes... c'est qu'il y a quelqu'un qui se prend au sérieux et quelqu'un qui ne se prend pas au sérieux. les histoires de cul n'ont absolument aucune importance. Et je vous aime.. Mais qu'est-ce que vous croyez ? Enfin en ce qui me concerne.. par le patron de son mari.. je commence à être saoule et je bégaie et c'est absolument horrible.. Elle écarte ses mains. Elle parle. Y a que des cons.. J e vous en prie Alexandre. Alexandre s'allonge.. . Elle se sert un Pernod et le boit.. Ce qui est très amusant entre nous. Devinez qui se prend au sérieux. Et tu le comprends certainement. qui se fait baiser n'importe comment. Votre sexe Alexandre qui me fait tant jouir. Votre petite tête qui comprend tout. Et que je suis tellement heureuse avec vous deux. Est-ce que c'est une pute ? Il n'y a pas de putes.. . Elle se tourne vers Marie.... tu peux te faire baiser par n'importe qui. pour une sombre histoire de cul. j'en ai rien à foutre. et prétentieux. comprends-le. VÉRONIKA. Qu'est-ce que tu crois. 119 . c'est tout. Permets-moi. La femme qui est mariée et qui est heureuse et qui rêve de se faire baiser par je ne sais qui.. je te permets. parce qu'elle n'est pas bien grande votre tête. Tu peux sucer n'importe qui. y a que des sexes. VÉRONIKA. qui raconte de grands trucs grandiloquants et absolument ridicules. Elle regarde Alexandre. De nous deux. Regarde-le comme il a un super-complexe avec son sexe. Pour moi une fille qui se fait baiser par n'importe qui. Qu'est-ce que vous croyez.souvenez-vous de ça. Votre sexe Alexandre n'a pour moi aucune importance.. Regardez.... tu n'es pas une pute. qu'est-ce que ça veut dire putain. n'est pas une pute. MARIE. en pensant : oui ma petite.. Et l'autre qui me regarde avec les yeux en couilles de mites.. ... De vous deux ou de nous trois. qu'en tripotant les seins d'une femme ou son sexe. Comprenez tous les deux une fois pour toutes que pour moi 118 . Écoute. je t'en prie Marie. Que je vous aime. tu peux toujours causer mais je t'aurai. . Mais je suis bien d'accord. Il n'y a pas de putes sur terre.. Pour moi il n'y a pas de putes. Elle rit.. VÉRONIKA. La dernière fois ce n'était pas comme ça. . permets-moi au moins une fois.. d'un air sournois. Pour moi il n'y a pas de putes. Vous avez eu une super-chance d'avoir deux nanas qui vous aiment et qui s'aiment bien. putain. Et marquez ça dans votre petite tête. ou par je ne sais quel acteur merdique. MARIE. Alexandre. Mais.. Et sur ce.. ferme les yeux. Votre sexe. Ce qui n'arrive pas toujours. Elle parle. Et que vous vous baisiez. pas de caresses vaguasses. ou par son crémier ou par son plombier.. MARIE. MARIE. et on me baise et je prends mon pied. Elle chante. Et je le dis devant Marie..

éventuellement désirable. Quelle chose amusante. qui est si courte. tu crois que je m'apesantis sur mon sort merdique. pour me le faire enlever et pour me faire baiser. Mais putain.. Et l'amour n'est valable que quand on a envie de faire un enfant ensemble.. J'ai de très jolis seins qui sont très désirables. vingt ans. Et beaucoup d'hommes m'ont désirée comme ça. Il n'y a que moi pour être baisée comme ça par toi. Comme on est bien. Et je me suis fait baiser.. Vous en avez rien à foutre. tu sais. Rien à foutre.. Et comme ça peut être indépendant d'une histoire de cul. Ah ! comme je t'aime. c'est une merde.. on sent qu'on s'aime. J e ne suis pas saoule. Et pourtant le baisage j'en ai rien à foutre.. Et je suis peut-être une malade chronique. les super-couples libres. On est superheureux ensemble. C'est une vieille tristesse qui traîne depuis cinq ans... Tu vois Marie.. J e me suis fait dépuceler récemment. c'est très peu. Comme les gens peuvent se leurrer. je baise de l'autre. j'ai un tampax dans le cul.. Elle pleure. c'est n'importe quoi. au contraire. On se retrouve. j'ai pris un maximum d'amants.. c'est une poussière. Elle ricane.. Dix-neuf. Cinq ans de vie sexuelle. Si vous saviez comme je peux vous aimer tous les deux. vous allez être bien... Mais c'est pas un reproche que je fais. Tu baises d'un côté chéri. Quelle chose horrible et sordide. le baisage chronique. Quelle chose récente. Comme vous pouvez être heureux ensemble. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Marie. Fondu. Quand mes yeux sont maquillés ils sont pas mal non plus. tu sais. J e ne dramatise pas.. Tant d'hommes m'ont baisée. mais ça me ferait chier un maximum hein ! Là. J e pleure sur toute ma vie passée. Et après. je crois qu'un jour un homme viendra et m'aimera et me fera un enfant. Et qu'est-ce que tu crois. Me faire encloquer. Regardez tous les deux. Ma bouche n'est pas mal non plus. On me baisait comme une pute. il n'y a qu'un moi. à vingt ans. Il ne faut baiser que quand on s'aime vraiment. T .. Il faudrait m'exciter un maximum. Ils m'ont désirée.. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça.. ma vie sexuelle passée. Comme Us peuvent croire. Si on a envie de faire un enfant. Qu'il n'y a qu'une chose très belle : c'est baiser parce qu'on s'aime tellement qu'on voudrait avoir un enfant qui nous ressemble et qu'autrement c'est quelque chose de sordide. Il n'y a qu'un toi. si je pleure. Absolument pas... Et on m'a souvent baisée dans le vide. parce qu'il m'aimera. Silence. Ma tristesse n'est pas un reproche vous savez. Si les gens pouvaient piger une seule fois pour toutes que baiser c'est de la merde. je te parle parce que je t'aime beaucoup. tu sais. Pourquoi est-ce que vous accordez autant d'importance aux histoires de cul ? Le sexe.. dans le vide. Mais tu sais. quelle chose sordide et horrible. Tu me baises bien. On m'a désirée parce que j'avais un gros cul qui peut être 120 121 . il faudrait faire un maximum. Et je ne suis pas saoule. Un couple qui n'a pas envie de faire un enfant n'est pas un couple.

MARIE. Ils boivent. Tu n'as pas faim ? Tu n'as pas envie de manger ? Marie ne répond pas. Elle met un disque d'Edith Piaf. (« Les amants de Paris ») « Les amants de Paris couchent sur ma chanson A Paris les amants s'aiment à leur façon Les refrains que j'leur dis sont plus beaux qu'les beaux jours Ça fait des tas d'printemps et l'printemps c'est l'amour Mon couplet s'est perdu sur les bords d'un jardin On m'l'a jamais rendu et pourtant je sais bien Qu'les amants de Paris m'ont volé mes chansons A Paris les amants ont de drôl's de façons Les amants de Paris se font à Robinson Quand on marque les points à coups d'accordéon Les amants de Paris vont changer de saison Entraînant par la main mon p'tit brin de chanson Y'a plein d'or plein d'iilas et des yeux pour les voir D'habitud' c'est comm'ça que commenc'nt les histoir's 123 MARIE. « Don Juan » ? Marie est sur le lit. Tapez vous sur la gueule. VéRONIKA. C'est gai. Véronika est la plus ivre. Pas de griefs très graves. Elle reste sur le litw. Véronika va vers Alexandre. Alors ras le bol. Alexandre ? 122 (1) Texte de la chanson attesté dans le film. VéRONIKA. Vous ne voulez pas me raccompagner Alexandre ? Alexandre se lève. Elle met un disque. C'est beaucoup plus grave (elle rit). Qu'est-ce que c'est gai. Qu'est-ce que tu mets. Vous n'avez pas faim. VÉRONIKA. . Mais qu'est-ce que vous écrivez ? Votre vie. . Vous n'avez pas envie de manger. Pas d'ivresse merdique. Elle revient vers le lit. Ras le bol comme disait l'autre. VÉRONIKA. tu fais tes bagages. Prend son sac. C'est ça allez-y. Il y a de la musique (?) Ils ont bu. Alexandre est à son « bureau » il écrit. Echangez des propos désagréables et tirez votre coup. Le disque s'arrête. Ça y est. Non. Bonsoir. Silence. MARIE. Alexandre écrit. Allez ! Tirez votre coup. DERNIÈRE SÉQUENCE Ils sont tous Us trois chez Marie. MARIE./ / ne répond pas.. Prend sa veste. J'ai l'habitude..

Elle la jette. ALEXANDRE. Sa crise continue. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Il la lâche. Elle crie. Vous me dégoûtez. // s'approche. Ne me touchez pas. Arrêtez. Elle a un bras sur son visage. elle se raidit. Il la rattrape dans la cour de l'hôpital. . Les amants de Paris se font à Robinson A Paris les amants ont de drôl's de façons J'ai la chaîne d'amour au bout de mes deux mains Y'a des millions d'amants et je n'ai qu'un refrain On y voit tout autour les gars du monde entier Qui donn'raient bien l'printemps pour venir s'aligner Pour eux c'est pas beaucoup car des beaux mois de mai J'en ai collé partout dans leur calendrier Les amants de Paris ont usé mes chansons A Paris les amants s'aiment à leur façon Donnez-moi des chansons pour qu'on s'aime à Paris »• (Paroles et musique Léo Ferré et Eddy Mamay) 124 Elle crie. ALEXANDRE. Il reste derrière. Ah ça suffit. VÉRONIKA. Elle rit encore. Rendez-moi ma clé. J e vous aime.. il repart vers l'hôpital. Lui prend le bras. Au bout du couloir un homme en blouse blanche vient voir ce qui se passe. VÉRONIKA. VéRONIKA. 125 . VÉRONIKA. Il se met à courir pour la rejoindre. Ah oui. Elle marche très droit et très vite. Lâchez-moi. Elle ricane. Alexandre le voit et s'en va. Elle rit hystériquement. Il arrive dans la rue. Lui du sien. Puis. en courant. Elle lefrappeavec son sac. Il traverse la cour de l'hôpital. Je suis peut-être enceinte de vous. Encore votre vieille ivresse. J e vous amène jusqu'à votre chambre. Il arrête la voiture. Vous êtes minable.. Qu'est-ce qui vous prend ? VéRONIKA. Elle répond. VÉRONIKA. Si vous voulez. Véronika enlève sa robe lorsque la porte s'ouvre brutalement. Que venez-vous faire ici ? Elle parle comme Madame Bovary. On ne sait plus si elle rit ou pleure. Vous n'êtes même pas capable d'assumer l'ivresse des gens que vous aimez. ALEXANDRE. Elle rit encore un peu et s'arrête. elle lui arrache la clé. Elle le regarde. Il s'arrête. Vous savez je marche très droit quand je suis saoule. Ma clé. Oui. Il veut la retenir. VÉRONIKA. Voulez-vous m'épouser ? // la secoue toujours. Est-ce que vous m'aimez ? Elle n'arrête pas de rire. Il va vers la voiture. Alexandre entre. Elle descend de son côté. ALEXANDRE. ALEXANDRE..Alexandre raccompagne Véronika en voiture. ALEXANDRE. Vous me dégoûtez. Qu'est-ce que vous faites là ? Laissez-moi. Elle éclate de rire et tombe à la renverse sur le lit. Marchez pour voir. Encore. VéRONIKA. Je vous raccompagne. Elle rit de plus en plus. Oui. ALEXANDRE. Elle répond. Dans sa chambre. Elle hurle.. Il ne bouge plus. ALEXANDRE. Partez. Elle marche très vite et avant même de disparaître sous le porche Alexandre s'aperçoit que quelque chose lui échappe. Alexandre s'accroupit sur le lit et la secoue par les épaules.

Son visage se crispe de temps en temps. Je n'aime pas qu'on me regarde quand je dégueule. VÉRONIKA. 126 . S'assoit par terre. si vous voulez m'épouser. il lui donne.VÉRONIKA. J e suis malade. Tournez-vous. Il l'entend qui commence à vomir. On ne voit qu'Alexandre assis par terre. Je vais dégueuler. Elle n 'en finit pas de vomir. / / se tourne dans tous les sens. Il grimace un peu. J'ai envie de dégueuler. Elle vomit longtemps. Passez-moi une cuvette. Passez-moi une cuvette. // se tourne. Il trouve une cuvette sous le lavabo. rendez-vous utile. Ne me regardez pas.

S. Imprimeur. Photocomposition : Nord Compo Précédent dépôt : mai 1987 Dépôt légal : octobre 1990 .A.Achevé d'imprimer le 24 octobre 1990 sur les presses de Corlet.

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