Édition établie par Alain Bergala Maquette : Renée Koch

La Maman et la putain Scénario de Jean Eustache

En couverture :

Françoise Lebrun, Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont
© Cahiers du cinéma 1986 ISBN 2-86642-044-6 Diffusion Seuil 19, nie Jacob, Paris 5«

Cahiers du Cinéma

Un certain nombre de séquences qui avaient été écrites ont disparu dans le film terminé. En conséquence. nous avons modifié le numéro des séquences pour conserver une numérotation continue malgré la disparition de certaines d'entre elles. Le scénario original laisse quelquefois ouverts pour le futur moment du tournage un certain nombre de choix. pour ce film. On sait par divers témoignages qu'il exigea de ses acteurs. soit qu'elles n'aient pas été tournées. parenthèses.AVERTISSEMENT Le texte que nous publions ici est le scénario écrit par Jean Eustache avant le tournage du film. soit que Jean Eustache les ait supprimées au montage.). Nous avons respecté les différentes formes (points de suspension. 1. de nombreuses séquences sont plus courtes dans le film que dans le scénario original. pour avoir été partiellement coupées au tournage ou au montage. etc. émission de radio. Nous avons fait le choix de supprimer dans cette édition du scénario original toutes les séquences et tous les fragments de séquences qui ne figurent pas dans le film terminé. indications d'alternatives) que prennent M . ou de textes impossibles à prévoir car liés à l'actualité immédiate du jour du tournage (programmes de cinéma. 2. Néanmoins. Une différence quantitative importante. Par ailleurs. Ces différences sont de trois ordres. le texte attesté dans le film terminé présente quelques différences avec le scénario original. le plus grand respect du texte qu'il avait écrit.

émission de radio. 3.. du texte écrit dans le scénario. . Il s'agit le plus souvent de minimes différences de détails dues sans doute à d'ultimes modifications au moment du tournage. nous avons reproduit en note le texte des passages laissés « en blanc » par Jean Eustache dans le scénario original : chansons. L'éditeur.dans le scénario original ces choix ou ces éventualités laissés en suspens. C'est le texte du scénario original et non celui attesté dans le mot à mot du film que nous reproduisons ici. etc. mais qui nous ont semblé significatifs. A chaque fois que cela nous a paru important. très souvent. ainsi que le texte de certains rajouts de tournage. Le texte effectivement prononcé par les acteurs dans le film diffère légèrement. non programmés dans le scénario original.

Durée : 3 heures 40. Une femme lui ouvre. Dehors il fait soleil. Rémy Duchemin. Scripte : Irène Lhomme. Il prend la voiture et parcourt des rues assez peu encombrées. Paul Laine. Il parle très bas. Simar Films.M. bien sûr. T U peux me prêter ta voiture ? VOISINE. Format du tournage : 16 mm. Denise de Casabianca. Il se lève doucement pour ne pas réveiller la femme qui dort près de lui. merci. Isabelle Weingarten : GILBERTE. Alors fais attention. ALEXANDRE. Un lit. le clignotant gauche ne marche pas. Les Films du Losange. ALEXANDRE. il . Des piles de disques plus ou moins désordonnées. Tu sais. Oui. Noir et blanc. Tu sais où sont les papiers. Moi j'ai un système. Le garçon se réveille brusquement. Ça va. Il range la voiture dans une rue de Paris. comme au mois d'août ou le dimanche matin. Cinéquanon. Oui. Il passe dans la salle de bains. On y reconnaît l'album de Charles Trenet voisinant avec Don Giovanni. devant un lycée. Jean Douchet : l'homme du Flore. Il ne descend pas. s'habille et sort. fait une toilette rapide. Productions. un electrophone. Voilà les clés. Assistants-réalisateur : Luc Béraud. Production : Elite Films. V. d'un bond. Près du lit. Non. Un couple dort. Jean-Noël Picq : l'amateur d'Offenbach. Format copie standard : 35 mm. je m'arrange pour ne pas tourner à gauche. Immédiatement il tend la main vers une montre et regarde l'heure comme si en dormant il n'avait pas cessé de penser à son réveil. ALEXANDRE. Tu n'en as vraiment pas besoin. Producteur : Pierre Cottrell. SEQUENCE 0 Une chambre. On voit le jour à travers les rideaux de la fenêtre. ainsi que : Jacques Renard : l'ami d'ALEXANDRE. Bernadette Lafont : MARIE.GÉNÉRIQUE La Maman et la putain Scénario et réalisation : Jean Eustache. Françoise Lebrun : VERONIKA. en chuchotant. Interprétation : Jean-Pierre Léaud : ALEXANDRE. A un étage inférieur il frappe à la porte d'un autre appartement. D'accord . Image : Pierre Lhomme. VOISINE. Montage : Jean Eustache. Son : Jean-Pierre Ruh.

attend, il observe. Dans la rue passent des jeunes gens, des étudiants. Au loin apparaît une fille. C'est elle qu'il attendait car il descend de voiture et va à sa rencontre. La fille l'aperçoit. Elle parait crispée mais sourit. Elle s'écarte des gens qui marchaient avec elle et vient vers lui.

Bonjour, que fais-tu là ? ALEXANDRE. Je suis venu assister au cours d'une vieille amie. GiLBERTE. Ça me gêne, ça m'ennuie. C'est la première semaine de mes cours. J e ne suis pas très sûre de moi.
GILBERTE.

// lui tend un paquet ; cela ressemble à un livre (si on lit le titre, ce sera : « Les Malheurs de Sophie »). Elle refuse de la tête. Il insiste.
GILBERTE. Non. ALEXANDRE.

Je t'en prie accepte. Il y a un petit mot.

Elle prend le paquet, lit le mot : « A celle qui chaque nuit vient

me réveiller par un rêve. » GiLBERTE. Moi aussi je fais des cauchemars. J e vois Marie grande comme ça.
Elle fait un geste.

J e te parle de rêve et déjà tu me parles de cauchemar. J e voulais te dire : je suis venu te chercher. GILBERTE. Non. J e ne peux pas. ALEXANDRE. Tu ne m'as pas entendu. J e suis venu te chercher. Je veux t'épouser. GILBERTE. Non. Non. J e n'en suis pas encore là. J e ne suis pas prête. ALEXANDRE. Tu n'es pas prête ? Ça veut dire que tu le seras bientôt. GILBERTE. Je ne sais pas.
ALEXANDRE.

Je ne t'ai pas beaucoup ennuyée ces derniers mois. J e ne t'ai pas couru après. J e n'ai pas cherché à t'empoisonner la vie. GILBERTE. Je sais. ALEXANDRE. Tu as eu le temps de te remettre, de réfléchir. Quel temps perdu. C'était peut-être le temps qu'il fallait pour s'en sortir, pour y voir clair. Maintenant je sais. Chaque matin, chaque jour que nous ne passons pas ensemble est un jour que nous perdons. C'est un massacre. C'est un crime. GILBERTE. Non je ne peux pas. J e ne sais pas. Tu t'en es peutêtre sorti mais pas moi. J'ai encore trop de problèmes. ALEXANDRE. On les résoudra ensemble. Il faut que tu te décides, que tu t'engages. Qu'est-ce que tu attends ? Que les choses se fassent toutes seules. Elles se font puisque je suis venu. Je ne te demanderai rien. GILBERTE. T U n'a rien à me demander. Excuse-moi il faut que j ' y aille. ALEXANDRE. J e viens avec toi. GILBERTE. Non. Je te le demande. ALEXANDRE. Mais écoute. Tu m'as invité cent fois à assister à tes cours. GILBERTE. T U n'es jamais venu. ALEXANDRE. J e viens aujourd'hui.
ALEXANDRE. GILBERTE. Non.

Elle fuit, entre précipitamment dans l'école. Il la suit. Plus tard. Ils sont assis sur un banc au Jardin du Luxembourg ou ailleurs.
ALEXANDRE.

ALEXANDRE. Ah ça suffit. // se détend.

J e ne t'ai pas beaucoup ennuyée ces derniers mois. Je ne t'ai pas couru après. Je n'ai pas cherché à t'empoisonner la vie. GILBERTE. Je sais.
ALEXANDRE.

C'est curieux. Tout était clair ce matin. Les rues étaient calmes. J'étais bien. J e venais te dire : je viens te chercher. Tu aurais dû dire : je t'attendais. Comme dans la chanson de ... je ne sais qui. Tu sais, je te sens en moi si profondément, si proche, que je ne comprends pas que tu ne sentes rien. Mais je ne te crois pas. Tu prétends que tu ne sens rien, ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible. Tu mens. Tu joues la comédie.
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ALEXANDRE.

Non. Ne pars pas. Je peux bien te dire que je veux vivre avec toi. Que je veux te voir t'endormir, te réveiller. Est-ce si désagréable à entendre ? Je veux vivre avec toi.

/ / s'approche, essaie de l'embrasser dans le cou. Elle se contracte. Il caresse ses cheveux.

ta peau. Tu as oublié. J'aime ton cou. Dans les années que nous avons passées ensemble, j'avais progressivement oublié ton visage, l'impression que tu m'avais faite la première fois. Il a suffi que tu partes pour que je te retrouve en moi, intacte, comme au premier jour. GlLBERTE. Il fallait que je parte. ALEXANDRE. T U ne finis jamais tes phrases ; il fallait que tu partes mais pour qu'on se retrouve. GlLBERTE. Allons prendre un café. J e voudrais manger quelque chose. J'ai encore trois heures à faire.
ALEXANDRE. J e n'ai pas d'argent. GILBERTE. Je t'invite. Ils se lèvent. S'éloignent. Dans un café près du Jardin du Luxembourg. Ils sont assis face à /ace.

ALEXANDRE. J'aime

sais, j'avais pensé que tu viendrais avec moi aujourd'hui. J'avais l'intention de demander à des amis, ceux que tu aimes bien, d'être nos témoins, j'étais tellement persuadé... GILBERTE. T U es vraiment naïf. ALEXANDRE. Je me suis trompé. Encore une fois. Mais est-ce que cela veut dire que tu ne reviendras jamais ? Dans trois mois, dans... je ne sais pas. Tu ne me dis pas que tu ne reviendras pas. Tu dis que tu ne sais pas. Tant que tu ne sauras pas, j'attendrai. Dis quelque chose. GlLBERTE. J'ai envie de te dire de ne pas y compter. ALEXANDRE. Ne t'en tire pas comme ça. Réponds-moi. J e préférerais que tu dises nettement : je né reviendrai pas. Note que je préférerais que tu dises : je reviendrai. C'est comme si tu me laissais de côté en attendant de savoir si ça va marcher
ALEXANDRE. T U

ou non avec ton type. Je te pose la question autrement : tu m'aimes encore ou tu ne m'aimes plus ? GlLBERTE. Enfin, c'est ridicule. Dans quel roman te crois-tu ? Tu sais bien que ce n'est pas si simple. ALEXANDRE. T U m'aimes. Je le sais. C'est pourquoi je te demande de prendre une décision... Je t'attends depuis des mois, je suis prêt à t'attendre encore, le temps qu'il faudra. Mais toi, pendant ce temps, tu vis avec un autre type. Si tu étais seule, tu réfléchirais, on pourrait sortir ensemble de temps en temps, tu apprendrais de nouveau à me connaître, tu pourrais juger. Et le temps passant, tu saurais un jour si tu veux vivre avec moi ou avec un autre de tes amoureux. Ce serait bien pour toi. Tu serais une fille qui aurait deux amoureux. GILBERTE. Deux ? Des dizaines. ALEXANDRE. Encore mieux. Au lieu de quoi, tu hésites, tu ne me dis pas non et chaque jour tu le passes avec un autre type. Je ne sais jamais ce que tu fais, si tu fais la cuisine. Tu lui fais la même cuisine qu'à moi. Si tu bois un verre de vin, si tu passes la main sur ses cheveux. Ecoute, puisque tu ne veux pas te décider, je préfère que nous brusquions les choses. Si tu ne viens pas avec moi, marie-toi avec lui. Mariez-vous. Tu t'imagines ce que cela me coûte. Mais si vous êtes de bonne foi, si tu l'aimes, s'il t'aime comme tu le prétends, mariez-vous, je saurais alors que je n'ai plus rien à attendre. Je m'y habituerai. Que vas-tu faire, lui en parler ? D'ailleurs, peut-être en avez-vous déjà parlé. GILBERTE. Oui, nous en avons parlé. ALEXANDRE. Et alors. Il veut t'épouser, qu'est-ce qu'il veut faire ? GILBERTE. Il veut m'épouser. ALEXANDRE. Alors allez-y, qu'attendez-vous, faites, faites. Si vous hésitez, c'est que votre truc n'est pas très solide, et moi, j'attends. Si vous vous mariez, je comprendrai très bien, encore que cela ne prouvera rien, il n'est pas exclu que dans quelques années...

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Écoute. Parle-lui de ça. Dis-lui que je t'ai vue. Que je veux t'épouser. Décidez ensemble ce que vous avez à faire. J e reviendrai te voir. J e sais où te trouver. Tu me donneras la réponse.
Ils marchent. Il la raccompagne à son travail.

Ça m'a fait plaisir de te voir tu sais. J e t'aime bien. J e voudrais vraiment que tu t'en sortes. ALEXANDRE. Oui... Sans toi.
GILBERTE.

Elle approuve de la tête.

ALEXANDRE. Et avec une autre femme. Ça te soulagerait. On dit toujours ça quand on n'aime plus. (Et une autre femme qui ne serait pas Marie, ce serait encore mieux.) C'est curieux. Je n'ai pas cessé de souffrir. J e ne me suis pas accroché à toi mais à ma souffrance. J'ai essayé de la retenir pour te garder près de moi. Pour nous garder. Le jour où je m'en sortirai, comme tu dis, où je ne souffrirai plus, c'est que je serai un autre. Et je n'ai pas envie de devenir un autre parce que ce jour là nous ne pourrons pas nous retrouver. Tu sais, je ne suis pas dupe. Il y a le temps qui passe... Je ne pourrai pas lutter très longtemps contre lui. Aujourd'hui je suis venu te chercher. Si tu ne sais pas ce que tu veux il sera peut-être trop tard quand tu le sauras... Oh, et puis j'en ai assez. Je suis fatigué. Tu te souviens de ce film où Michel Simon disait : « Regardez la femme infidèle, regardez l'ami félon » avec cette grandiloquence un peu ridicule et risible que donne la plus grande douleur ou la mort. Et puis merde. J'en ai assez. Salut.
// s'en va. Elle aussi. Des gens passent.

SÉQUENCE I

Plus tard dans la journée. Alexandre et un ami sont assis à la terrasse d'un bistrot indéfinissable. Ils ont les journaux du jour.

ALEXANDRE. J e viens lire ici l'après-midi... J'ai l'intention de faire ça très régulièrement... Comme un travail. J e ne peux pas lire chez moi. Bernanos disait : « J e ne peux pas me passer longtemps du visage et de la voix humaine, j'écris dans les cafés ». Moi j'en fais un peu moins. J e viens y lire. Il disait aussi qu'il le ferait davantage si les puissantes républiques ne taxaient impitoyablement les alcools. Il faut que je me tire. J'ai un rendez-vous. Qu'est-ce que tu fais plus tard ? L'AMI. J e rentre chez moi. Passe après ton rendez-vous. Sinon ce soir...
Alexandre se lève, passe devant les cafés. Il regarde s'il aperçoit un visage connu, un ami. A une table, une fille seule le regarde passer avec insistance. Il la remarque, s'arrête. Il regarde si une table est libre auprès d'elle. Il n'en voit pas. Il n'y a qu'une chaise vide à côté d'elle. Sur la table un verre presque vide et un paquet de gauloises. Elle continue de le regarder. Il fait quelques pas, regarde la vitrine d'une boutique, il se

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Tu vois ce que je dis. on ne peut pas savoir. Ce n'est ni une boutique. des livres. de la musique de cirque et des vieilles chansons. L'ami que l'on a déjà vu dans la séquence précédente vient lui ouvrir. je ne lui ai demandé que son téléphone. des tangos argentins. C'est BRE 23-27.retourne à nouveau vers la fille.). il y a un poste. La fille marche.. Alexandre boit. Regarde. Elle m'a regardé avec un regard insistant. Jean Eustache a rajouté au tournage la phrase suivante : « Apparaître comme le père Noël. la libéralisation. J'ai envie d'attendre quelques jours avant de lui téléphoner. . Tu veux boire quelque chose ? ALEXANDRE. 16 En effet ! J'ai dragué une fille tout à l'heure. Elle est blonde. Je crois qu'elle a un gros cul mais je . Elle m ' a dit de l'appeler de 8 à 3 heures. On finira par ne plus rien y voir. Les bonnes. Quand il revient. Du cognac.. J'aimerais bien que ce soit une bonne.ne suis pas sûr. je l'ai faite ce matin. Elle avait une robe marocaine et pas de soutien-gorge. cette espèce d'égalité. Évidemment. Il y a du Ricard. Va boire au goulot. SÉQUENCE 2 Un immeuble moderne. De la même façon que je ne peux pas aimer une femme qui ne m'aime pas. J e veux lui faire la surprise (. S'éloigne un peu. L'appartement malgré sa nudité est en désordre. quand je t'ai quitté. ALEXANDRE. ni un bureau. A L E X A N D R E . Elle a les yeux bleus. l'absence de soutien-gorge. J e ne peux m'intéresser qu'à quelqu'un que j'intéresse déjà. je l'ai suivie. Il est très bien. Qu'elle oublie. 17 . Il la voit traverser le boulevard. Il regarde ailleurs. J ' a i déjà fait ça une fois ». Entre. De savoir ce qu'elle fait. Mais je crois que j'ai trouvé le roi des alcools. Il frappe à une porte en scandant ALGÉ-RIE FRAN-ÇAI-SE. L'AMI. Elle me l'a donné.8 à 3 heures. la place de la fille est libre. des verres.E. (1) Ici. Quelle question. Il ne brûle pas du tout.. A terre des journaux.) . Elle fumait des gauloises. Leurs regards se croisent. des disques d'opéra. Elle sourit. les ouvrières. Et si j ' e n crois ta description. Alexandre la suit.. Elle était aux « Deux Magots ». du whisky. Alexandre sort d'un ascenseur.. J'en bois une demi-bouteille comme un rien. Ce beau regard des myopes.d.. tout est pareil. marche à côté d'elle. Elle m'a regardé. Elle me plaît assez. C'est celui de son travail. Qu'est-ce que tu fais. L ' A M I . Fondu. Comme j'étais pressé. ses vêtements. Qu'elle n'y pense plus. il la rejoint. Elle s'est levée. J e ne sais pas ce qu'elle peut faire. ALEXANDRE. J e peux ? L ' A M I . J'ai envie de me renseigner avant de l'appeler. Elle l'a suivi des yeux. sinon je ne l'aurais pas remarquée. du gin que tu peux prendre avec du London Orange Dry. tu as vu ma sculpture. Alexandre prend la bouteille. avec le nivellement. des bouteilles... L'AMI. Ne serait-ce qu'au niveau d'un regard. les bourgeoises. en allusion ironique au film Le Pire Noël a Us yeux bleus qu'il avait tourné en 1966 avec le même Jean-Pierre Léaud (N. les « Deux Magots ». Il prend la même direction.

Marie entre. Qu'est-ce qui vous a pris ce matin. ALEXANDRE. J e fais la vaisselle que vous ne faites pas.. C'est fou l'activité qu'il y a le matin dans les rues. Elle apporte quelques hors-d'œuvres et du vin. Parce qu'en plus de ce que j ' a i dit.. ALEXANDRE.. Vous êtes sorti de bonne heure. Marie repart dans la cuisine. Je viens avec toi. Il met un disque ou allume la Télévision. J e lui ai juste demandé son numéro de téléphone. Ils n'essaient pas de donner le change. Oui. Ils mangent par terre ou sur le lit. Ça. SEQUENCE 3 Alexandre entre dans l'appartement d'où il est sorti au début du film. J'ai dragué une fille cet après-midi. se remuent.. Elle porte des provisions dans un sac. Faire un flip. prend un journal. Il s'assoit sur le lit. comme ces méridionaux. à faire semblant.. et mettre un disque). Puis va porter le sac dans la cuisine. : Oui quelque chose en attendant. MARIE. les gens.. Il fait jour et les fenêtres sont ouvertes. Et le lendemain ils recommencent. ils sont tristes. Est-ce que vous me la présenterez ? ALEXANDRE. J e ne dormais pas. Non. Je vais prendre un café. car la nuit il n'y a plus personne. allume une cigarette. MARIE. Il se sert un verre. à s'engueuler. font des tas de choses. Ils sortent. On mangera plus tard. Les gens travaillent.. Ça a marché.. Oui. MARIE. MARIE. va à la cuisine chercher des glaçons. Personne n'y croit plus. Ça a duré 20 secondes. Rien. Vous êtes là ? Elle vient et l'embrassé. J'avais décidé de ne pas vous le dire. (Il peut allumer la Télévision. Dites-moi. A moins que je ne change d'avis. MARIE : Qu'est-ce que vous faites ? (off). MARIE. de générosité. MARIE MARIE. On entend un bruit de serrure. Elle est jolie. Si. ils font semblant.. avec leur ignoble bonne humeur. VOUS allez l'appeler. MARIE. à se remuer. J'ai fais des courses. En fait. A travers la baie vitrée on voit un vieux quartier de Paris en démolition.. J'ai eu envie de voir les rues. VOUS n'avez pas fait de rencontres ? ALEXANDRE. ALEXANDRE (off). Oui si elle en vaut la peine. couper le son. C'est curieux. Rien. c'est l'avantage de Paris.. 19 . VOUS n'avez même pas pris un verre ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. leur espèce de chaleur humaine. je ne peux rien vous cacher. ALEXANDRE L'AMI. Qu'est-ce que vous avez fait ? ALEXANDRE.. Vous voulez manger maintenant ? 18 / / la rejoint. De garder une histoire pour moi.ta L'ami enfile une veste.

Vous viendrez je déteste qu'on me pose un lapin. Non ? Être content parce qu'on a fait la vaisselle. quand vous voulez.. dites-moi. Ni tract. aux « Deux Magots ». Il compose un numéro de téléphone. ALEXANDRE. oui. ses poussées de fureur. Non. ce film est un vrai film. ni reportage. Fermeture fondu. puis cette impression qu'il éprouve que son cerveau s'évade. 155 s'il vous plaît.. // s'assoit sur le lit. Bonjour. ni exercice de rhétorique. Voulez-vous qu'on boive un verre un de ces jours. ALEXANDRE. si vous voulez. tout en dénonçant les servitudes de la condition ouvrière. Cette satisfaction a quelque chose d'un peu obscène. Allô. c'est-à-dire une œuvre élaborée. 21 20 I . VéRONIKA.d. J e Le même appartement. ALEXANDRE. son âpreté au gain. Bonjour. de démence.~"M J'ai déjà fait la vaisselle. Le sentiment d'être utile. ALEXANDRE. Il commente certaines publicités (voir lejournal du jour). Oui. VéRONIKA.. Puis il jette le journal. Au moins Bellemare et Guy Lux portent leur connerie sur leur figure. MARIE. s'efforce de définir une nouvelle conception des rapports humains. Allô. Film essentiellement politique qui. Oui. Eh bien. Je vous aime vous savez. MARIE. qu'il perd sa conscience d'homme. Véronika s'il vous plaît. ALEXANDRE. ça m'est égal. ALEXANDRE. Il lit une critique du film en ridiculisant l'article^'. préfère encore regarder la télé.. » (N. Il consulte la page des programmes. vieux con. MARIE.. jeudi. VÉRONIKA. rythmée. J e regarde. Oui. ALEXANDRE. Alexandre est seul. Je me souviens très bien. c'est Alexandre. Il fait jour. à 4 heures. composée. Vous n'avez rien à me dire ? ALEXANDRE. vous allez bien ? VÉRONIKA. Un moment de silence. (1) Dialogue attesté dans le film : ALEXANDRE. une fois. Revient dans la chambre. Monte le son de la télévision. J e ne sais pas. Je vais bien et vous ? ALEXANDRE. Je suis très occupée.. parce que. d'Elio Petri.. On trouve une espèce de satisfaction à faire la vaisselle. C'est dégoûtant. VOUS VOUS souvenez de moi ? VÉRONIKA.E. Que voulez-vous faire plus tard. qui nous fait puissamment ressentir les obsessions et les contradictions du personnage principal. Aller au cinéma ? Il y a des choses à voir ? SÉQUENCE 4 Il repart. Alors à 4 heures.). Jeudi ! mais c'est très loin ça. VOUS voulez voir La Classe ouvrière va au paradis ? (il lit :) « La Classe ouvrière va au paradis.. C'est plus franc. la confusion de ses idées. ALEXANDRE. VéRONIKA. Marie l'embrasse.

Comme ça on pourrait faire front. Alors décide si je dois L'AMI. Personne en particulier. C'est la chanteuse que les Allemands ont essayé de lancer. tu la vois ? ALEXANDRE. Attends. Au revoir. il y a des jeux formidables. A jeudi. les jeunes patrons. Oui d'accord. pour remplacer Marlène Dietrich après son départ. ALEXANDRE. « Dans le ghetto de Varsovie. J e ne crois pas. L'AMI. Je l'ai volée l'autre nuit. L'AMI. Ils boivent comme dans la séquence 2. elle est mieux que l'original. Je regrette de ne pas avoir connu le temps où les filles. Fondu. Il faut que tu regardes la grenouille une minute. dans les villes et dans les campagnes se pâmaient devant les soldats. Rien bien sûr.. Elle a fait semblant d'être très occupée.. que fais-tu demain à 4 heures ? L'AMI. ALEXANDRE. Tu vas la voir apparaître. à qui ? ALEXANDRE. T U passes. Je ne sais pas si on a gagné au change..d. Et que veux-tu que je fasse ? ALEXANDRE. A propos. J'ai attendu assez longtemps pour l'appeler et je me demande si je n'ai pas fait une erreur. Himmler prononce son speech sur Henry l'oiseleur en 1936. J e te le dirai. tu regardes. Elle m'a donné rendez-vous demain. Je la vois demain. ALEXANDRE.). L'AMI. Elle ne traîne rien derrière elle. mine de rien. La grenouille ? // lit les légendes de certaines photos w. narguent des L ' A M I . maintenant regarde le plafond.. A un paralytique sans doute.E. Oui c'est ça. T U rabbins. // raccroche. Tu connais ça. Tu crois que c'est la meilleure tactique ? ALEXANDRE.. Non. Maintenant elles se pâment devant les voitures de sport. Il y a une chaise de paralytique sur laquelle l'ami circule. Après tu regarderas le plafond. à la dernière page. Oui. personne. Je passe..D. Non. Qu'est ce que c'est ? L'AMI. L'AMI. T U connais le jeu de la grenouille au plafond ? Regarde dans cette revue. Ne rien faire à la légère. les professions libérales ont remplacé les soldats. Mais peut-être que tu pourrais passer. Le prestige de l'uniforme. J e viendrai. 22 23 . J e veux bien faire ce que tu veux.. Ils écoutent un disque de Zarah Leander. J e ne sais pas. Éventuellement parler entre nous. Et je te vois. je la vois la grenouille (il jubile). (1) Dialogue attesté dans le film : ALEXANDRE. Et comme toutes les imitatrices. (N. Mais il faut que ce soit bien préparé. Ah oui oui. regarde. hé hé la grenouille. Une chaise de paralytique. J'ai téléphoné à la fille de l'autre jour. je compte.. » L'AMI. Pourquoi ? ALEXANDRE.S. Regarde le plafond. SÉQUENCE 5 Alexandre est chez son ami. des hommes du S. Tu ne voudrais pas venir avec moi. ah ah. C'est à 4 heures aux « Deux Magots ». Maintenant les jeunes cadres. as toujours ton livre sur les S. ALEXANDRE.ALEXANDRE. ALEXANDRE. comme si tu cherchais quelqu'un que tu connais. ALEXANDRE. L'AMI. T U l'a volée.

GILBERTE.. Une fille qui assiste au mariage de l'homme qu'elle aime. Il sera d'accord. c'est parfait. GILBERTE. Il essaie de lire mais lève constamment les yeux vers les passants. Oui. Dire : « J e ne suis pas d'accord. Non. ALEXANDRE. Il n'est pas question d'improviser. Si. Tu m'invites ou pas. J e récite. Oui. Que peux-tu faire ? ALEXANDRE. SEQUENCE 6 L'horloge de l'église Saint-Germain-des-Près ou du drugstore marque 15 h 50 lorsque Alexandre s'installe à la terrasse du café. A la fin du mois. Si tu veux que je parle. Oui. ce qui t'arrange.. Tu es vraiment. GILBERTE. 25 . Il suffisait de le dire. J e ne sais pas. 24 De toute façon je plaisante.. viens prendre un verre. T U passais par hasard ou tu venais exprès ? GILBERTE. Je vais me marier. ALEXANDRE. parler. ALEXANDRE. des papiers ? GILBERTE. Le mois prochain. rester debout. Ce n'est pas valable. J e ne voudrais pas t'embêter. J e ne suis pas d'accord avec ce mariage ». Non. Fondu. tu me dis ce que j ' a i à dire. J e sais bien. Elle hésite un peu.m'asseoir. Vous vous occupez des démarches. ALEXANDRE. ALEXANDRE. le plus tôt sera le mieux. si je lui demande. C'est pour quand ? GILBERTE. ALEXANDRE. Tu ne crois pas ? GILBERTE. Et si je faisais opposition à votre mariage. J e ne savais pas que cela allait m'arriver. Venir à la mairie. ou ne rien dire. Combien : cinq ans ? sept ans ? Quelle est la durée moyenne d'un couple ? GILBERTE. n'as aucune raison. // rit. Tu m'invites ? GILBERTE. Et tu m'aimes. A toi de décider. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Pourquoi ? ALEXANDRE. On ne sait pas encore. Si tu veux. C'est en cours. Mais tu n'as pas quelque chose à me dire ? GILBERTE. Eh bien. T U GILBERTE.. Mais à ce moment-là tu comprendrais peut-être que c'est moi que tu dois épouser. Traversant la rue apparaît Gilberte. Je dis ce que tu veux.. Si. GILBERTE. Pour rien. (incorrigible) ALEXANDRE. Oui. J'allais à la librairie. J e suis là. Alexandre lui fait signe.. GILBERTE. En pleine cérémonie. alors. Il place ses livres et journaux sur une chaise voisine. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Parlons sérieusement : si je comprends bien il faudra que je t'attende plus que prévu. N'attends pas de moi autre chose. J e me souviens d'une chanson comme ça dans mon enfance. C'est pour tout de suite. De temps en temps il lève les yeux vers une horloge. Ça ferait de l'effet. Avant de s'asseoir il s'assure par un tour du café que Véronika n'est pas déjà arrivée. Où vous mariez-vous ? Chez tes parents ? GILBERTE. Je t'aime. J e passais par hasard. ALEXANDRE. Il commande quelque chose au garçon.

A ta place je contre-attaquerais. ALEXANDRE. J e crois que je n'aimerai jamais personne comme toi. On disait qu'on l'avait échappé belle. ALEXANDRE. Tes parents apprenaient la langue française aux enfants.. Le parti auquel appartient ton Jules en sait quelque chose.. J e sais. GILBERTE. par exemple. ALEXANDRE. GILBERTE.. T U sais bien qu'on ne rencontre. ALEXANDRE. . Pourquoi ne dis-tu pas : « Enfin j'ai découvert l'amour ! Enfin je sais maintenant ce que c'est que l'amour ! » GILBERTE. ALEXANDRE.. 26 . Mais enfin je ne comprends pas. prestigieuse. Là tu recommences à mentir. Tu as recommencé à vivre sans que l'angoisse t'étreigne.. T U vois. ALEXANDRE. GILBERTE. Avec moi aussi tu pourrais te tenir sur tes gardes. Peux-tu me dire que tu l'aimes plus que moi ? GILBERTE. un travailleur algérien. Toi tu as toujours été très douée pour te convaincre de choses qui n'existaient pas. T U vas vivre avec un homme que tu n'aimes pas parce qu'il est trop difficile de vivre avec l'homme que tu aimes. mais enfin pourquoi m'enlèves-tu tout espoir alors que tu ne sais même pas ce que tu veux vraiment ? Tu ne sais même pas si tu l'aimes vraiment. Qu'on avait eu la chance d'avoir une enfance et qu'on n'était pas sûr que nos enfants en auraient une dans ce nouveau monde où les vieillards ont 17 ans. ALEXANDRE. J e comprends très bien. Ne le niez pas. Non. D'autant plus que tu sais de quel côté te garder. Ils se regardent. J e préférerais que tu dises que tu l'épouses parce qu'il a de l'argent. T U vois bien. Mon amour.) ALEXANDRE. Tout effacer. N'en ayez pas honte.. Tu te relèves comme la France après 68. Tu crois que tu te relèves alors que tu t'accoutumes tout doucement à la médiocrité. Mais c'est bien ainsi.que des gens de sa classe. On peut tout dire. Tu ne peux pas le dire. Maintenant je me méfie. Comme la France après l'Occupation. Je pourrais le dire. Quoi ? Regarde-moi./ / la coupe. Elle le regarde. comme la France après mai 68. Arrête de penser de cette façon. L'argent n'a jamais sali personne. Regarde-moi. A mon avis vous faites semblant d'être un couple. Et pour ne pas vous l'avouer. ALEXANDRE. c'est tout. c'est comme ça. GILBERTE. T U sais bien que pour moi ça n'a pas d'importance. Alors. Une profession. J e pense à moi. Tu as fait attention quand même avant de tomber amoureuse. Evidemment tu es plus tranquille comme ça... Oh. Est-ce que la vie consiste à porter éternellement le poids d'une erreur qu'on a commise ? Peut-être que je n'ai pas assez payé. Tu n'es pas tombée sur un ouvrier portugais. GILBERTE. Ne me dis pas ça à moi. Après les crises il faut vite tout oublier. ALEXANDRE. comment nous sommes-nous connus ? Quelque chose a déraillé.. je t'en prie. Je ne veux pas te chicaner. Je t'ai menti quelquefois mais je ne me suis jamais menti.. Il n'a pas d'argent. Faisaient des leçons de morale. ALEXANDRE.. Tu n'as rien à payer.. Vous ferez 27 GILBERTE... Vous vous jouez la comédie d'un couple. ou même un ouvrier français. Tu n'as rien à te reprocher. Enfin maintenant tu as redressé le coup. Elle détourne la tête. Je me tiens sur mes gardes. GILBERTE. et (bientôt). un jour financier. J e l'aime différemment. il me serait facile de t'attaquer sur les choses sexuelles. vous vous jetez en avant. essaie de l'embrasser. Elle fait non de la tête. Et tu deviens la femme d'un cadre (d'un technocrate). Il s'approche d'elle. Tu veux que je te rappelle certaines choses. Tu te souviens. Mais ça n'a aucun rapport. Un héritage culturel. Elle ne se laisse pas prendre. (C'est la vie. Tu es tranquille.

Ce type recherché qui allait chaque nuit rejoindre sa femme au nez et à la barbe de la police. Elle n'est pas venue. L'ami s'asseoit. Quelle heure est-il ? 10 heures. De toute façon il n'y pas de hasard. Ils partent. ALEXANDRE. et déjà un homme est en prison pour elle. Mais méfiez-vous. triches. la petite fille qu'il avait enlevée aura 18. Très nouvelle société. et Dieu veuille qu'elle le soit. qu'elle te ressemble.. Gilberte s'en va. Ah oui. 29 .. Il supporte mal la lumière.T un couple très moderne. Marie est habillée. reconstituera l'affaire. GILBERTE. L'affaire Fauqueux. J'ai changé de quartier.. J e me suis demandé si ce n'était pas un coup monté. Il est un peu surpris de reconnaître Gilberte. Comme convenu l'ami d'Alexandre passe devant le café et Us aperçoit. Une petite fille grandit. GILBERTE. Elle ouvre les rideaux. Non. Et si elle est belle. ALEXANDRE.. SEQUENCE 7 Tu veux t'asseoir ? L'appartement de Marie. Il y a une chose qui me plaît. C'est ça. Le matin. Tu te souviens. Et je disais qu'elle aura appris. J e crois qu'elle est très bien. A ce soir. Elle fera son enquête. Ils se lèvent. L'AMI. au lycée. tes cheveux. T U vas la rappeler. (à Alexandre) Je vais partir maintenant. je disais que quand Fauqueux sortirait de prison. Oui. ailleurs. ALEXANDRE. 28 Vous partez. qu'un homme est en prison pour elle. Tu te souviens de cette affaire. Il se réveille. Les familles perdent toujours. mais comme son rôle l'exige il vient vers eux. J e ne vois pas ce qu'elle peut faire d'autre. l'embrasse. Il essaie de l'embrasser sur les lèvres. 19 ans. T U ALEXANDRE. Des gens aussi beaux qu'un film de Nicholas Ray. Les gens sont furieux-. à propos de laquelle j'avais écrit un article. On ne te voit plus. moi je trouve ça très bien. Vous bâtissez sur du pourri. ALEXANDRE. Elle se penche sur lui. Un voleur et une criminelle. T U attends encore. Elle tend sa joue à Alexandre. A moins de se transformer elle-même en bourreau... Faites vite une fille. Et dans 17 ou 18 ans on verra. Mais Gilberte est passée.. T U Elle serre la main de l'ami. Absolument. je parie très gros qu'elle l'attendra à la sortie de prison. Au téléphone elle m'a dit qu'elle n'aimait pas les lapins. Qu'elle ait tes yeux. vas bien ? L'AMI. même si ses parents lui cachent.. c'est moi qui triche. GILBERTE. J e te parle de ça parce qu'une idée me venait à l'esprit. L'AMI. MARIE.. ALEXANDRE. Alexandre l'arrête d'un geste avant qu'il parle. Alexandre dort. Vous pouvez demander à Chaban d'être le parrain de votre premier enfant. On voit beaucoup de jeunes filles avec des hommes qui pourraient être leur père..

C'est Véronika Osterwald à l'appareil. Ce n'est pas avec vous que j'ai rendez-vous.. Alexandre entre au café où il a rendez-vous. Il compose un numéro de téléphone. J e vous prie de m'excuser. Non. je ne sais pas. VéRONIKA (off). Il déguise un peu sa voix. Je dirais même que je suis très content. Allume une cigarette. L'Hôpital xxx rue de xxx. je suis en train de vous écrire et j'ai égaré votre adresse. Mais voulez-vous que nous remettions ça. La fille lui demande du feu. ALEXANDRE. Met un disque de Damia : un souvenir. 155 s'il vous plaît. A ce soir. Moi je peux ce que je veux.. Allô. A 5 heures. Nouveau regard entre Alexandre et la fille. Ce n'est pas moi. Ce soir si vous pouvez. Je voudrais parler à Alexandre. ALEXANDRE. Voulez-vous me la rappeler. A deux tables de lui sur la même banquette il y a une jeune fille blonde qui correspond vaguement à la description de Véronika. Et bien. VéRONIKA (off). J'ai été retenue par une urgence. Vous vous moquez de moi. LA FILLE. Marie s'en va. Vous êtes furieux.. Non pas du tout. VéRONIKA (off). ALEXANDRE. / / raccroche puis recompose le même numéro. Allô ! Oui. Puis il prend un livre (?). Je vous assure que ça n'a aucune importance. Oui. Bon je vous remercie. Leurs regards se croisent. . Il est un peu en avance. VÉRONIKA (off).. Il lève les yeux sur elle. je vous remercie. Quand puis-je rappeler ? Pouvez-vous prendre un message ? Qu'elle rappelle Alexandre à FON 95-72. ALEXANDRE. Heu. Bon. Entendu. c'est moi. VÉRONIKA (off). Ça pourrait être vous. Parce que j'ai rendez-vous avec quelqu'un que je ne connais pas. si j'ose dire ? Avec cette petite différence que j'espère que vous viendrez. ALEXANDRE.. 30 31 P . / / raccroche. pourrais-je parler à Véronika.. D'un geste Alexandre l'appelle. Alexandre lit France-Soir. Alexandre tend une boite d'allumettes. regarde par la fenêtre l'hôtel d'en face.Elle lui a apporté une tasse de café. A 5 heures alors. // raccroche. Il la boit. j ' y suis jusqu'à midi. Ça n'a vraiment pas été possible. Je ne vous en veux pas du tout. Oui. Elle vient. Il ne voit pas Véronika. ALEXANDRE. LA FILLE. je suis désolée pour hier mais je n'ai pu me libérer. ALEXANDRE. SEQUENCE 8 Allô ! VéRONIKA (off). Il décroche. Il s'assoit. La fille se lève pour partir. Au revoir. Au même endroit voulez-vous. Il jetU un regard circulaire sur la salle. Elle secoue la tète.. Vous êtes sûre ? ALEXANDRE. Le disque n 'est pas encore fini lorsque le téléphone sonne. C'est de la part d'Alexandre. Au contraire. ALEXANDRE. ne l'ouvre pas. ALEXANDRE. ALEXANDRE.. Excusez-moi.

// s'assoit en face d'elle. Pas du tout... Mais c'est triste. Alors qu'hier je n'avais rien à vous dire. VÉRONIKA. VéRONIKA. J'ai un ami qui pense que les femmes sont faites justement pour lui porter son petit déjeuner. Non. Oui. J'ai attendu très longtemps. ALEXANDRE. De la pluie. du M. comme d'autres mots que l'on n'entend plus. Si. trouvent des sujets de conversation. Vous savez que je suis désolée. ALEXANDRE. VéRONIKA. En ne venant pas hier. ALEXANDRE. Elle s'arrête cherchant à nouveau du feu. Au contraire. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. Sur le Boulevard il suit la fille. Vous l'avez fait resurgir du passé.LA FILLE.. un manteau. Quel plus grand hommage peut-on rendre à un homme qu'on admire que de lui prendre sa femme. Alexandre hésite un peu. j'avais un peu peur de ne pas vous reconnaître. A la place qu'il vient de quitter il y a Véronika. J e pensais à ça en vous attendant. Parce qu'on peut parler d'autre chose. Quand j'aime quelqu'un. posées sur elles comme une robe de chambre. Il entre à nouveau aux « Deux Magots ».. En arrivant j'avais regardé un peu partout. Je ne me trompe pas. Et même quand je ne vous attendais plus car je restais là. Et puis je n'ai jamais compris les gens qui sans se connaître. celui-ci ou celui-là. Il s'approche. Il a déclaré ça 33 . Mais chercher les mots qu'il faut dire. qu'on peut poser sur une autre. VéRONIKA. vous m'avez permis aujourd'hui de parler de votre absence. Alors vous m'avez attendue longtemps. ALEXANDRE. Excusez-moi. Ce sont des femmes qui en ont assez de porter le petit déjeuner au lit de leur mari. du beau temps. Elle sourit. se regarder en silence. Pour voir la tête que vous auriez fait.. Ça m'ennuie. Elle le voit. Ou bien parler beaucoup parce que cela revient au même. j'aime bien lui porter son petit déjeuner. Si ce que je dis vous ennuie. Dehors il y avait un type qui me ressemblait. La fille sort. vous m'arrêtez. Comment peut-on faire ? Vous savez en général les gens.. ALEXANDRE.F. Il y a longtemps qu'on ne m'avait pas posé de lapin. Oui.. Vous avez installé quelque chose entre nous. choisir. Vous ne m'en voulez pas pour hier.. J e crois qu'il faut se taire. VÉRONIKA. Mais ça n'a aucune importance. ALEXANDRE. Je crois qu'elles sont très tristes. VÉRONIKA. VéRONIKA. ALEXANDRE. Elles ont un slogan : « Nous n'avons plus besoin d'hommes sous nos édredons ». ou parce qu'un homme que j'admire est amoureux d'elle. ALEXANDRE. parce qu'elle a joué dans un film de Bresson. Une chose comme ça. Pourquoi. Que vous étiez partie avec lui. Laisse l'argent de sa consommation et sort à son tour. J e pensais : si elle arrive 32 maintenant je vais lui parler de limonade. des raisons qui n'ont rien à voir avec elles. Oh non. Il repart. C'est un mot que j'avais presque oublié. Je ne sais pas.. Une femme me plaît par exemple. J e dirais même que ça m'a arrangé.L. Tout à coup je ne l'ai plus vu. J'ai pensé que vous vous étiez peut-être trompée. J e vous ai dit : ça n'a aucune importance. ALEXANDRE. Je ne me serais pas trompée. Personne ne dit : «J'ai bu une excellente limonade à midi ».. VOUS . Vous ne connaissez pas ? C'est le Mouvement de Libération de la Femme. Par exemple on n'entend plus jamais le mot « limonade ». savez. les femmes me plaisent surtout pour des raisons extérieures. Vous n'avez pas trop attendu j'espère. Alors elles se révoltent. Vous ne croyez pas ? VÉRONIKA.

Téléphonez-moi mardi à 1 heure. être avec des gens.. ALEXANDRE. Le matin. Il achève sa toilette (eau : La Bourboule). Le téléphone sonne. Non. VÉRONIKA. Pour boire. J'ai une chambre d'infirmière sous les combles. J'obéis. Je vais partir. VéRONIKA. J e suis infirmière anesthésiste à l'hôpital (Laennec). Ils se lèvent pour sortir. Je m'appelle Véronika Osterwald. Fondu. s'occuper de ses enfants.. Au revoir.. Vous êtes seule ? VéRONIKA.. ALEXANDRE. Elle n'est pas là. Et puis j'aime bien ma chambre. Voix.L. Oui. Il décroche. ALEXANDRE. Mais elle est à Paris ? ALEXANDRE. C'est du travail noir. Voulez-vous laisser un message ALEXANDRE. Je n'y suis pas beaucoup. Voulez-vous qu'on mange ensemble un soir où vous serez libre. Elle n'y est pas aujourd'hui. Et quand j'ai un peu d'argent. ne pas être seule.F. A propos. Mais après. ALEXANDRE. Il n'y a pas de contact.devant moi à une militante forcenée du M. Je me laisse facilement accoster comme vous avez pu le voir. VÉRONIKA. La nuit. Quand voulez-vous ? VéRONIKA. souvent. Je ne sais pas. Et en fin de compte il a séduit cette fille en lui parlant de sa grand-mère qui a passé sa vie à faire le ménage. Vous n'aimez pas ? ALEXANDRE. FON 95 72 ? ALEXANDRE. Allô. je vais dans les boîtes. Non pas beaucoup. Alio. Non. ALEXANDRE. J ' y habite. J'avais un studio mais c'était trop cher. VéRONIKA. Oui. Vous ne quittez jamais l'hôpital alors. quand je revois les gens. J e veux bien manger avec vous. J e ne sais pas. Voix. Mardi à 1 heure. Vous n'allez pas dans les boîtes ? ALEXANDRE. Oui. 35 . de ses petits enfants. J'adore danser. je le dépense. C'est un nom allemand mais je suis polonaise. Il écoute « La Belle Hélène ». comment vous appelez-vous ? J e n'ai pas très bien compris votre nom au téléphone. Pour danser. Je sors. J'ai cru qu'il allait se passer une scène meurtrière. Non. IPlan ALEXANDRE. Je fais une garde ce soir en banlieue. où vous ne ferez pas de garde ? Ou alors je vous paie une garde pour vous emmener manger. Mais c'est très loin ça. Est-ce que Marie est là ? ALEXANDRE. Elle est à Paris. SEQUENCE 9 VÉRONIKA. il ne se passe rien. de sa famille. Téléphonez-moi. ALEXANDRE. Savez-vous si elle est à la boutique ? Alexandre s'assombrit progressivement depuis le début de la conversation. Il la fascine totalement. Il faut que je passe chez moi me préparer. Depuis elle ne peut se passer de lui. Pourquoi allez-vous dans les boîtes ? VéRONIKA. Alexandre est habillé. Alors téléphonez-moi avant. C'est très mal payé. je fais des gardes. Que vais-je faire d'ici là ? 34 L'appartement de Marie. VOIX D'HOMME (off). VOIX.

.. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. Pouvez-vous lui dire que Philippe Desbon a appelé..... Marie. Vous allez mieux. fait semblant de dormir..Voix. Qu'est-ce que ça veut dire ? ALEXANDRE.. Oui moi aussi.. MARIE.. Ça va. Elle raccroche. Desbon ? ALEXANDRE.. Et ne vous en faites pas pour moi. MARIE. J e ne sais pas. La voix troublée de Marie lui fait comprendre qu'elle parle avec Philippe. MARIE. Matin. Ils dorment. Tu es revenu... je vous remercie. J e pense qu'elle sera ici demain matin. AU revoir. Le téléphone sonne. Aujourd'hui tout va bien. Simplement cela veut dire que je suis très content pour vous. MARIE. Philippe.. 11 heures. dites-le moi vite. 36 37 É .. ALEXANDRE. Non dis-moi. ALEXANDRE. I plan... Faites ce que vous voulez... J e vous embrasse. Oui on m'a dit. Il n'y a rien. J e n'ai pas très bien compris son nom. ALEXANDRE. L'Appartement de Marie.. 10. Fermeture Fondu. Allô.. Fermeture fondu. Ça va bien non ? MARIE. Vous allez bien.. ALEXANDRE. C'est Marie qui se réveille la première et qui décroche. J'ai une bonne nouvelle pour SEQUENCE 9 A MARIE (off).. Voix. Pénombre. ALEXANDRE. si vous voulez que je fasse ma valise. Il n'en est pas question. Oui. MARIE. A 2 heures à la Coupole. Bon. ALEXANDRE. / / raccroche... Non quand tu veux... // raccroche.. Non mais... J e n'ai pas à intervenir dans vos affaires. Philippe vient de vous appeler.... Vous n'avez rien compris. J e lui ferai la commission.. A tout à l'heure... Alexandre compose un numéro au téléphone. Alexandre se réveille également mais ne bouge pas.. vous. Oui moi aussi.. mais son prénom a suffi. Où tu veux. que je sache.

Puis.. J e reste avec vous. J e vis avec vous. MARIE. MARIE. Mais maintenant vous n'allez pas passer votre temps à vous regarder dans le blanc des yeux je suppose. Et moi. Il y a de la musique. C'est tout. J e fais plutôt dans le terre à terre.SEQUENCE 9 B L'appartement de Marie. Réfléchissez. c'est un peu dur. De toute façon tout ça ne change rien. MARIE. VOUS dites vraiment des conneries de temps en temps. C'est une envie qui peut venir très vite. (avec l'infirmière. Oui. ALEXANDRE. Et vous pensez que ça ne changera rien. Quand la femme qu'on aime baise avec un ami. Je n'ai pas baisé avec lui.. Oui sans doute. ou quelqu'un qu'on aime bien. ALEXANDRE. MARIE.. J e ne sais pas. Tout d'abord ils ne parlent pas. MARIE. le banal.) Jour. ALEXANDRE. mais pour moi vous n'y arrivez plus.. Moi je suis occupé ce soir. VOUS arrivez à trouver du fric pour emmener une fille au restaurant. ou se branche dans la tête comme vous dites. et vous savez bien que je ne parle pas de cul. les hautes sphères. et maintenant je ne suis plus avec elle. ALEXANDRE. VOUS ne le connaissez pas. Vous n'avez pas décroché. Il n'y a pas eu d'histoire. Enfin c'est ce que vous m'avez dit. J e ne pense pas du tout à baiser. ALEXANDRE. Que comptez-vous faire. et même si j ' y pensais il faut être deux pour ça.. ALEXANDRE.. J e n'ai pas cherché à comprendre. Ils sont tous les deux. ALEXANDRE. Fin d'après-midi.. Personne n'y a cru. Tout ce que je peux dire là-dedans. ALEXANDRE... MARIE... Votre prochain Jules alors. MARIE. Bon.. Vous ferez ce que vous avez à faire.. MARIE. (18 heures. comme si on était pareil. J e n'ai pas envie de baiser avec lui. ALEXANDRE. Mais quand elle baise. 38 39 . Vous étiez là. Vous sortez avec l'infirmière. Puis-je savoir quelles sont vos intentions. Je n'ai pas de nouveau Jules. ni lui. sur quelqu'un qui est tout ce qu'on déteste.. MARIE. Faites-vous inviter par votre nouveau Jules. dans les hauteurs. ALEXANDRE.... mais on arrive à comprendre.. Et vous irez baiser avec lui de temps en temps. Mais vous refusez de comprendre que moi aussi je puisse m'intéresser à quelqu'un. MARIE. elle vous met sur le même plan que lui. Ou boire un verre.. VOUS J e sais. (Deep Purple ou « Combat de Tancrède et de Clonnde »).. combien de nuits vous ai-je attendu ? ALEXANDRE. VOUS étiez avec Gilberte. J e me souviens que cette nuit-là. ALEXANDRE. J e suis avec vous. Je vous aime.) MARIE. ni moi. MARIE. J e comprends très bien que vous ayez envie de séduire. J'aimerais voir Philippe de temps en temps. VOUS allez manger avec elle. je vous ai téléphoné plusieurs fois. Moi je ne suis pas branché dans la tête.. Vous vous faites une idée de lui complètement fausse. tout ce qu'on a toujours fui. Mais rien n'est changé. ALEXANDRE. J e vis avec vous. n'avez rien compris à ce qui s'est passé entre Philippe et moi. MARIE. l'ordinaire. L'important n'est pas dé séduire une femme mais de la connaître..

ALEXANDRE. VÉRONIKA. Vous êtes toujours libre. Durer. C'est très bien. Ils sont servis.. Je pense que je ne rentrerai pas trop tard. Oh si. C'est fini. J e suis toujours déçue.MARIE. J'attends beaucoup trop des gens. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Cette fois vous êtes en avance. Ou une autre fois si nous en avons l'occasion. vous avez des liaisons. Pour ça je vous fais confiance. On pourrait parler de ça plus tard. Non. Je suis très exigeante. (à Véronika). Alors deux Ricards. Ricard. Alexandre arrive. Un Ricard.. sauf le dernier de Marie. (Le jeu est très calme et uniforme. Vous en voulez un autre ? VÉRONIKA. // sort. Elle lui crie. Un mari ? VÉRONIKA. VéRONIKA. (au garçon). J e le trompais. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Vous paraissez fatiguée. ALEXANDRE. J'espère que cela va durer. ALEXANDRE. rien que de la douceur et de la tristesse. ALEXANDRE. Si c'est le cas on peut se voir un autre jour. Pour rien. VOUS verrez bien. ALEXANDRE. vous n'avez pas vécu avec une femme ? ALEXANDRE. ALEXANDRE.. VÉRONIKA. Pour l'instant je n'ai personne. Vous serez là. Ça va. ALEXANDRE (Jusqu'ici cette partie de la scène pourrait être filmée de loin sans que l'on entende les voix) — 2 versions possibles : Loin et près. MARIE. Amusez-vous bien. Et c'est fini. Oui. Elle regarde devant elle. Il s'assoit à côté d'elle. Mais pourquoi cette question ? VéRONIKA. pourquoi ? Vous sortez d'une grande aventure ? Vous êtes fatiguée ? Vous viviez avec un homme ? VÉRONIKA. / / l'embrasse. Oui j'ai vécu avec un homme. Aucun mot plus haut que l'autre. Mais vous. ALEXANDRE. ALEXANDRE. D'accord. Et puis ça n'a plus marché du tout.) SÉQUENCE 10 Le café « LE SAINT CLAUDE » Véronika est assise sur la terrasse. Et ça ne marchait pas non plus ? Ça dépendait des jours. Et vous. Et c'est bien ? VÉRONIKA. ALEXANDRE (à Véronika qui a un verre vide devant elle). ALEXANDRE. ALEXANDRE. MARIE. Le garçon de café arrive aussitôt. ALEXANDRE. de maîtresse. Vous n'avez pas de femme. 41 . Aucune violence dans cette scène.. d'amie. Ou de mauvaise humeur. La caméra reste un peu sur elle. Vous êtes gentille. Qu'avez-vous pris ? 40 VÉRONIKA... Non.

VéRONIKA (off). avec les gens qui venaient de se lever. (off) A droite les trains. mais j'aimais les femmes belles comme la nuit.. Moi non plus. je déteste cette attitude des gens qui veulent en avoir toujours plus. Ils entrent au Restaurant : « Le Train Bleu ». Vous êtes mal à l'aise. (off) D'ici il semble qu'il n'y ait pas un gramme de terre. J'avais coupé le monde en deux. L'hiver je ne voyais plus le jour. Je suis leur meilleur client. je prenais un dernier verre au comptoir des cafés. Elle se levait pour aller travailler. Petit à petit. elle était belle comme le jour. à fumer. Ce bruit de basse-cour. elle n'a plus rien compris à ma vie. Et je rentrais. C'est la lumière un peu grise d'un ciel d'été à 8 heures du soir. Ils se lèvent.VÉRONIKA. la ville. du béton. J e crois que je confondais le jour et la nuit. Ils sont toujours vus de l'extérieur de la porte tourniquet. Ce n'est pas très brillant. J'aime bien cet endroit. On leur apporte la carte. ALEXANDRE. à faire l'amour. avec leurs gueules d'abrutis pour aller travailler. J e passais mon temps à boire. de volière. VÉRONIKA. Vous n'avez pas l'air bien dans votre peau. 42 43 . c'est comme Paris. ALEXANDRE. Pourquoi ? ALEXANDRE. à jouer. Ça m'est égal. Vous n'avez pas faim ? VÉRONIKA. Elle me réveillait en revenant. Rien que de la pierre. Paris est très beau la nuit. la campagne. VÉRONIKA. quand j'ai de l'argent je ne fais plus rien. débarrassé de sa graisse que sont les voitures. de se laver. Ça ressemble à un film de Murnau. un maître d'hôtel les conduit à une table. Le matin. Il y a tout ça ici. Quand je suis de mauvaise humeur je viens ici. Mais j'ai envie de quitter cet endroit. du jour à la nuit. On voit la ville. Je ne sais pas. ALEXANDRE. On voit la gare. Et puis je n'ai plus eu d'argent. Il laisse de l'argent pour les consommations. J e ne sais pas. Alors elle est partie. Vous voulez rester ici ? VÉRONIKA. J'avais de l'argent. Non. SÉQUENCE 10 A Devant la gare de Lyon. Les rues. Vous savez comme les gens sont beaux la nuit. ALEXANDRE. ni moi à la sienne . Voilà.. Ils s'assoient. J'étais tombé amoureux des gens de la nuit. un peu d'argent. Les trains. Les films de Murnau c'est toujours le passage de la ville à la campagne. (off) A gauche. des voitures. Ils partent. En général il n'y a que des gens de passage. Ils pénètrent dans la salle du restaurant. J e n'aime pas cette lumière.

Quand on entend ce genre de propos. J ' a i entendu une crapule dire ça récemment à la télévision. Qu'est-ce que c'est ? Il est plutôt bien. pas le goût. Ils ont tous un point commun. u n e idée. et dont la qualité essentielle est dans l'ennui.. 44 CHEVEUX FRONT SOURCILS YEUX NEZ BOUCHE BARBE MENTON VISAGE TEINT ALEXANDRE. Et vous. Elle rit. Vous savez quand on mange froid. VÉRONIKA. avec vous. qui êtes-vous. j e suis très organisée. pas le goût. Ils ruminent. pas le goût. Vous me reconnaissez ? C'est mon seul brevet d'existence.. Donc il faut manger tiède et mou. Et j e vous trouve très bien. il fait nuit. O u i .ALEXANDRE. D'ailleurs j ' a i fait mon auto-portrait... leur création.. Ruminer c'est bien. Comment vivez-vous ? ALEXANDRE... Par exemple maintenant. Mais vous êtes fou d'être venu ici. Non... il faut toujours encourager les injustices.. Elle est détendue.. Vous voyez. Excusez moi.. côté rue. ALEXANDRE. le nul. ALEXANDRE. dans votre chambre ? VÉRONIKA. C o m m e cette secte d'hérétiques dont parle Borges j e crois. / / sort une feuille de papier de sa poche et lui montre. Racontez-moi quand vous avez fini votre travail : que faites-vous. j ' a i l'impression de vous ennuyer à mourir. Et ce vin. n'importe quoi. Il y a des gens qui disent : « L'important c'est d'être toujours en accord avec soi-même ». Q u a n d on mange chaud. Q u a n d c'est dur. Ç a va.. J e suis assez d'accord avec ça. J e regarde la télévision d ' u n air morne. Non. J e prends m a douche pendant le journal télévisé. Dessus il y a : CHEVEUX FRONT SOURCILS YEUX NEZ BOUCHE BARBE MENTON VISAGE TEINT ALEXANDRE. Vous avez trouvé un système pour entendre les nouvelles en prenant votre douche. . elle rit. apporter quelque chose. on sent le chaud. du cinéma par exemple. Dans l'ennui. Vous m'avez regardée ? // la regarde.. Cela leur permet de prétendre gagner leur vie. Est-ce que j ' a i la tête de quelqu'un qui s'ennuie ? ALEXANDRE. Ne pas avoir d'argent n'est pas une raison suffisante pour mal manger.. J e prétendais que la pauvreté n'est pas une raison suffisante pour ne pas « se cultiver » Il y a des gens qui ont la chance d'avoir assez d'argent pour vivre sans rien faire et qui font quelque chose. Quoique j ' a i m e bien les ruminants. ALEXANDRE. Qu'ils prennent la place d'autres gens ne me gêne pas. U n côté bovin.... C'est mieux maintenant. . au contraire. Pas dans la foi. 45 . mais les femmes sont tellement menteuses. Parlez-moi de vous. le j o u r a baissé. Quand j ' é t a is enfant. on sent le dur. regardez bien la tête des gens. l'enthousiasme.. VÉRONIKA. Il est pas mal. Mais. d'être ici. V é R O N I K A . en plus. VÉRONIKA. si vous n'avez pas d'argent. Ils font même des choses bien. Dehors. R u m i n e r u n mot. j e volais des livres.. VÉRONIKA.. Assise sur mon grand lit. J e ne suis pas bien dans m a peau. U n peu nerveux peut-être. Elle s'arrête de manger. ALEXANDRE. Mais ils croient. Mais de temps en temps j e suis content.. ALEXANDRE (off).Je suis assez pour l'ennui. enrichir le monde. M ê m e si j ' a i emprunté l'argent pour y venir. on sent le froid. Quel programme ! C'est bon ce que vous mangez..

..connaissez pas les chambres d'infirmières. je vais avec lui. Une heure. maintenant de leur moto. Elle lui prend le bras. Une fois. insensibles. une nuit. J e prends ma trousse sous le bras et j ' y vais. La vie est merveilleuse. Après il a voulu recommencer. une heure.. VÉRONIKA. je m'aperçois que nous n'allons pas du tout à la salle des il avait envie de me baiser et il n'avait rien trouvé de mieux. C'est normal.. VÉRONIKA. j'ai baisé avec ces cons.. 46 47 . accompagnez-moi à la salle des . Pour moi les choses n'ont pas d'importance. Ils boivent... ? un interne me dit : « Véronika. Quand j'étais en salle de garde. je n'ai pas de problèmes. j'avais le souvenir que les infirmières étaient dures. J e lui ai dit : « Non. plus longtemps ? VÉRONIKA. de leur voiture de sport. J'imaginais. se foutant complètement de la souffrance.. J e bois. Ne faites pas cette tête. La vie est belle.. Ils sont dans la rue. ALEXANDRE. Elle est au fond du couloir.. les boîtes. une fois ça suffit ».. j ' a i été enlever mon tampax et j'ai baisé avec lui et je suis redescendue en salle de garde avec ma trousse sous le bras. Vous ne voyez pas ? Regardez ce ciel horrible. Et combien durent ces aventures. Et je n'aime pas les minettes aux cuisses maigres.. VÉRONIKA. je ne faisais pas attention.. Alors je ne me suis pas dégonflée. Mon cou et mes épaules sont très doux. je ne suis pas allé à l'hôpital depuis mon enfance.. Ils partent.. Il fait nuit. J e passe souvent la nuit dans les bars.. J'ai de très jolis seins. Ils ne parlent que de leur patron... Vous ne. une nuit. ALEXANDRE. Il faut déplaire beaucoup à certains. Et moi. Si je rencontre un type. La douche n'est pas dans ma chambre. quand j'étais jeune bleue.. ». je peux baiser avec n'importe qui.. Vous ne pouvez pas savoir comme les internes sont cons. pour plaire à d'autres tellement. des filles qu'ils vont baiser..VÉRONIKA. Quand je sors. ça n'a pas d'importance. Le garçon apporte leurs verres.. Et dans l'ascenceur. je bois toujours le whisky avec du Coca. ALEXANDRE... SÉQUENCE 10 B Ils sont assis dans un bar (genre Rosebud). J e déplais beaucoup à certaines personnes. j ' a i baisé avec un maximum de médecins. Vous aimez ? Il ne répond pas.. que des filles qu'ils ont baisées.. . j'étais en salle de .

ALEXANDRE. VÉRONIKA. Bonsoir. Je fais beaucoup de gardes ces temps-ci. Aller voir un chirurgien. Et les gens viendraient visiter. Comme une religieuse. C'est drôle. ALEXANDRE. Mais pensez-vous qu'un chirurgien accepterait ? VÉRONIKA. C'est facile. Et se faire mettre une main en porcelaine à la place. Dire : « Quel est votre prix . VÉRONIKA. ALEXANDRE. Les quais de la Seine. dans une pièce. mettre sa vraie main dans un bain de formol. Au bord de l'eau. C'est tout rose. voilà ». ALEXANDRE. J e vous revois bientôt ? Ce ne sera pas facile. Partons. je ne crois pas. Mais vous avez raison. Très sérieusement. leur façon de ne pas compatir au malheur des autres. Ils repartent. ALEXANDRE. Ils se lèvent. Oui. être belle. leur dureté. J'en ai assez d'être ici. ALEXANDRE. VÉRONIKA. J e marcherais bien toute la nuit avec vous. Comment êtes-vous avec vos malades ? Vous avez une blouse blanche ? VÉRONIKA. Ils sont arrêtés. C'est exactement comme ça. Bonsoir. Vous voulez dire au bord de la Seine. Pour boire. Non. Non.de la misère du monde et cela me plaisait beaucoup. SEQUENCE 10 C Ils arrivent devant l'hôpital où elle habite. Ils sortent. avec une plaque : Ma main. et un voile aussi. Un poumon non. VéRONIKA. ALEXANDRE. Mais j'ai un ami qui avait une idée formidable : il voulait se faire couper la main droite. C'est très bien. Ils ne parlent pas. J'ai envie d'aller au bord de l'eau. VÉRONIKA. J'ai envie de marcher. Vous n'avez pas quelque chose à vous faire opérer. ALEXANDRE. J'ai besoin d'argent. VéRONIKA. sans rien d'autre. Il lui tend la main. 48 49 . comme une exposition. ALEXANDRE. Si vous voulez. ALEXANDRE. Partons. m'acheter des robes. 1940-1972. Oui. oui. Vous ne voulez pas un autre verre. Un poumon ? Vous savez c'est très joli un poumon. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Et chez lui. Ils sont revenus près de l'hôpital. Ils s'arrêtent contre le mur. Pour boire. J'aimerais beaucoup vous voir dans cette tenue. Je peux vous téléphoner un de ces jours. J e n'ai pas envie de rentrer. VÉRONIKA. au milieu de la pièce.

VOUS SEQUENCE 11 L'appartement de Marie. N'importe où. MARIE. Oui. ALEXANDRE. Les gens n'ont pas d'importance.. Elle disparaît sous le porche sans se retourner. allez-y. Si vous voulez chercher des querelles indignes de nous.. Se penche. MARIE. Je suis souvent amoureuse. MARIE. Contre le mur. Elle rit. » Et j'imaginais que vous auriez tout laissé tomber et que nous serions partis ensemble. MARIE. AU chinois du Panthéon. je suis amoureuse. parce que voyez-vous mon cher. ALEXANDRE. Il la suit des yeux. MARIE. Oui. Ils s'embrassent. ALEXANDRE. Ne me touchez pas. MARIE. MARIE. ALEXANDRE.. C'était bien. VÉRONIKA. MARIE. Vous êtes allé bouffer. Ils sont tendus. J'aimerais que vous le disiez autrement : Pour boire. distants mais on a l'impression qu'ils vont faire l'amour. VÉRONIKA. Je vois que vous vous êtes bien amusé. Je me fous de la dignité. Nuit. devant tout le monde. Elle part vers la porte de l'hôpital. 50 // est allé se laver. 3 mois et je ne l'aime plus.. aussi vite. J e vous aurais dit : « Je vous aime. Oui. Je vous l'aurais dit devant cette fille. ALEXANDRE. Oui. Ils se regardent. être belle. Après. J'ai traîné dans les rues toute la soirée. Vous aussi. Oui. c'est fini. Comme des adolescents. Elle ne dort pas. Alexandre entre. Vous avez gardé mon numéro. Si je vous avais vu je vous aurais dit : «Je vous aime ». Se serrent l'un contre l'autre. 51 . // essaie de l'embrasser. J'aime quelqu'un 1 mois. Une lampe est allumée. Marie est couchée. J'espérais vous rencontrer. Il se couche près d'elle. arrêtez ce cirque. J e méprise les gens qui souffrent en silence. mais ça va comme ça. Et puis vous sentez le parfum « Bandit ». ALEXANDRE. Oui. Téléphonez-moi quand vous voulez. m'acheter des robes. Quand on est bien avec quelqu'un. Oui. VÉRONIKA. 2 mois. Ils s'embrassent violemment. Vous êtes allé au chinois.ALEXANDRE. J e me fous du ridicule. Alors ça c'est bien passé. êtes ridicule. on est bien. Allez vous laver. ALEXANDRE. D'abord c'est vous qui me l'avez dit. // s'approche d'elle. Puis je les oublie. vous allez nous foutre en l'air. J e déteste ce parfum. Je m'attache très vite aux gens. Vous êtes imprégné. MARIE.

A tout à l'heure. écouter la radio ? Attendre que le téléphone sonne ? Appeler l'horloge parlante pour entendre une voix humaine ? Je suis un jeune homme pauvre. Elle est de dos. avec plaisir. Écoute de la musique. ALEXANDRE. Oui. 52 53 . Oui. Quoi faire ? Rester là. Garde l'écouteur. Moi ? Alexandre arrive chez Marie. Et vous savez que je ne pense pas du tout aux choses sexuelles. Je vous l'ai dit. Véronika a téléphoné deux fois. Et bien riez. Que voulez-vous ? Que je n'y aille pas ? Ou que je lui dise : il ne faut plus nous voir. MARIE. pleurer. MARIE. Tout. Comment savoir.. MARIE. ALEXANDRE. Vous pouvez rire. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Il y a longtemps que vous ne m'avez pas parlé aussi gentiment.. C'est ce qui va arriver pourtant. J e vous aime parce que vous me faites rire.. SÉQUENCE 12 MARIE. MARIE. veut me voir. ALEXANDRE. Je n'ai pas remarqué. Oui. Elle lui passe l'appareil. Mais (vous ne la connaissez pas). Oui mais ça fait si mal. (à Alexandre) C'est elle. Le téléphone sonne. ALEXANDRE. Je sais bien. ALEXANDRE. Je vous aime parce que vous êtes la seule femme qui me fassiez rire. Tremper son sexe dans une eau ou dans une autre. Continuez. MARIE. Elle est sur le lit. médiocre. Je n'aime pas du tout le ton de sa voix.. Et bien ça me fait plaisir et je n'y renoncerai pas quoi qu'il arrive. Ça marche bien pour vous. Entendu. Peut-être que je vous parle et que vous ne m'entendez pas. J e ne sais pas. ALEXANDRE. Quelle importance. Alors comment savez-vous que c'est elle ? MARIE. Elle vous a demandé. Elle rappellera. Mais continuez. ALEXANDRE. Qui voulez-vous que ce soit ? Une fille qui refuse de dire son nom. Une jeune fille pauvre. Marie décroche. Vous êtes jalouse. je vous le passe. il est là. Qu'est-ce qu'elle a dit ? Rien. Vous trouvez ? MARIE. VOUS êtes très gentil avec elle... ALEXANDRE. Oui. regarder la télé. Ah oui. Continuez. Elle bouge en mime temps que la musique. Elle ne se retourne pas. C'est bien. cela pose trop de problèmes. Qu'est-ce que vous allez faire avec elle ? ALEXANDRE. Rien. médiocre. J'aime bien quand vous êtes jalouse. Vous avez bien dormi ? Oui. Oui. Sa voix lui va très bien. Quand voulez-vous ? A neuf heures au Flore. Elle n'a pas voulu dire son nom. MARIE. . Pas du tout. Vous lui aviez donné le numéro ? ALEXANDRE. MARIE. MARIE./ / raccroche. ALEXANDRE.

sans rien dire. Non ce n'est pas ça.. j'avais acheté le disque de « La Belle Hélène » d'Offenbach. je ne sais pas si ça va tellement. un garçon qu 'il connaît lui fait signe. s'est installée à une table. C'est " L a Belle Hélène" d'Offenbach.. tu ne veux pas venir l'écouter chez moi ? » Elle m'a dit : « Non. J'ai passé une journée atroce. ALEXANDRE. Je n'ai pas d'argent et je crois que je ne sais pas vivre sans argent. Je lui ai dit : « Et bien je vais te le dire quand même. 8 ou 9 heures du soir. Tu as une nouvelle veste. tu vois. et il était tout en vert. VÉRONIKA. (inaudible). Elle ne remarquait même pas la pochette. (Histoire sur Biaggi qui se termine par je suis en vert et contre tout)<'>. Oui. VÉRONIKA. Quelle drôle de question . il faut que je maigrisse. ALEXANDRE. (N. alors : en noir et contre tout. chaussures vertes. pas où aller. trop ample celle-là. fou de rage. Vous allez bien ? ALEXANDRE. 55 . Ce n'est pas très sérieux. parler..d. Il fumait même des Gauloises vertes. Quand on est bien avec les gens. En fin de compte je lui ai dit : « Tu sais ce que j ' a i 54 (à Véronika). Alexandre va le saluer et s'assoit en face de lui. je rentrais chez moi. "ça v a " ? Tu ne vois pas comment je suis ? J e suis en vert et contre tout. J'ai passé une journée atroce. On s'est arrêtés pour parler. Alors je lui dit : « Ça va ?» Et il me dit : « Comment. J'avais envie de vous voir.. si je vous ennuie. Veste verte. pantalon vert. mais tu vois je suis en noir. Bonsoir. J e voyais très bien que ça ne m'allait pas. J e suis entré dans une boutique et je me suis fait terroriser par un vendeur. J e suis furieux.. Si vous trouvez que je m'impose. A table. Et elle est partie.. Gros et chauve. SÉQUENCE 13 Un café. Excuse-moi. Alexandre s'excuse auprès de son ami et va la rejoindre. quand je rencontre une fille que je n'avais pas vue depuis deux ans. à bientôt. Que voulais-tu que je fasse ? Il m'a imposé ce qu'il a voulu. Du coup je suis allé en acheter une autre.. tu sais. ALEXANDRE. chemise verte. Et pour porter l'autre.. j ' a i rencontré. Véronika n 'est pas encore là.. Ce ne sera pas la première fois. PlCQ. J e lui aurais dit : « C'est " L a Belle Hélène" tu ne veux pas venir l'écouter avec moi ? » Elle ne me demandait rien. j'aimerais bien pouvoir le dire. A moins que vous appréciez la perspective de passer la soirée au fond d'un bistrot.). On peut rester dans un café. Etre gros. Non. bien sûr que non.. Bonsoir. un vrai gros ne me déplairait pas. C'est ALEXANDRE (1) Dialogue atteslé dans le film : Ah. Il faisait au moins deux mètres. Salut. ALEXANDRE. que je grossisse. devant un café.. Mais ça n'a pas d'importance. Être gros c'est bien. PlCQ. Je ne sais pas quoi faire. Vous n'aviez peut être pas envie de me voir. envoyez-moi promener. » Ben j ' a i trouvé ça pas mal. ou se taire.. Mais ce n'est pas si simple. Alors pour porter celle-là. J'espérais qu'elle me demanderait ce qu'il y avait dans la pochette. Oui. je ne crois pas. Alors je suis rentré et j'ai écouté le disque tout seul. Alexandre entre. VÉRONIKA. Et tout est déjà assez difficile comme ça. ALEXANDRE.E. J'ai envie d'être avec vous mais pas d'y être mal. et d'abord je suis pressée ». Véronika est rentrée et sans voir Alexandre..acheté là ? » Elle m'a dit : « Non et ça m'est égal ». Il est un peu en avance.

Il n'y a ni chaises. ALEXANDRE. Elle fait aussi de la très bonne cuisine. Il désigne I'electrophone et les disques. J e vais y aller. La porte. Bon. je vais téléphoner. Oui. // disparaît. recouvert de coussins. Véronika entre dans l'appartement. Voulez-vous venir ? VéRONIKA. Mais je ne vois rien de mieux. glaçons dans la pièce et sert les verres. // met un disque. Alexandre va à la cuisine. Marie retourne dans la cuisine. Wagner. Non je ne crois pas. Il ne fait pas de presentation. elle vient de la cuisine. on peut même regarder sagement la télévision. Alors j'ai pensé à une chose. Entrent Alexandre et Véronika. On ne voit plus que I'electrophone. Elle ouvre la porte. Oui.. Je vous sers un verre.autre chose. A mon avis on a oublié deux choses dans la déclaration des droits de l'homme : le droit de se contredire et le droit de s'en aller. Marie lui fait une petite moue. Ce que vous voulez. bouteilles. ALEXANDRE. vous ferez comme vous voudrez. Il lui désigne les verres. ALEXANDRE.. 56 57 « . Vous en voulez aussi ? Il apporte verres. De la musique. Il répond d'un geste vague. On frappe. ni fauteuils). ALEXANDRE. Fermeture Fondu. du whisky et même du coca. ALEXANDRE. ou « La Belle Hélène » ?) Il met le son assez fort. sort des glaçons du réfrigérateur. VéRONIKA. chez la femme chez qui j'habite (et que vous connaissez peutêtre car je pense que la robe que vous portez vient de sa boutique). Alexandre lui désigne le lit mais elle s'y est déjà installée. VÉRONIKA. Bonjour. J e peux peut-être aider votre amie. (« Don Giovanni ». Marie apparaît. Que voulez-vous entendre ? VÉRONIKA. Il y a du vin. Et la télévision. On reste sur Véronika qui fume et boit. (Le lit est à même le sol. SÉQUENCE 14 Chez Marie. Voulez-vous venir avec moi. Un peu plus tard. C'est bien non ? Et puis si quelque chose vous ennuie vous êtes libre de partir. VéRONIKA et MARIE.

Non. VéRONIKA Et ça vous dérange ? ALEXANDRE. Ils ne vous plaisent pas. Ici ? Oui mais je n'ai pas envie. J e suis furieuse. VÉRONIKA. VéRONIKA. ça me ferait très plaisir. Si vous voulez. / / démarre. J'aime beaucoup vos yeux. Surveillés ? ALEXANDRE. O ù VéRONIKA. Vous ne voulez pas me baiser. ALEXANDRE. SEQUENCE 14 A Dans la voiture. Ça dépend des jours et des opinions. VÉRONIKA. des flics. Vous ne voulez pas venir avec moi dans une boîte. J e voudrais vous raccompagner et si vous avez envie de me téléphoner un de ces jours. Ah non. Moi je ne sais pas. ALEXANDRE. VéRONIKA. Alors emmenez-moi au bord de l'eau. Ce n'est pas si sûr. 59 . ALEXANDRE. ALEXANDRE. Qu'est ce qu'ils ont mes seins. Vous n'avez pas vu. Je ne ris jamais. N'importe où. Mais vous m'auriez baisée tout à l'heure. ALEXANDRE. Et votre sourire. Ils s'assoient sur un banc. Pourquoi pas. ça m'ennuie. Qui sont ces gens ? ALEXANDRE. mais je vous y conduis si vous voulez. alors décidez vous-même. J e fais des conneries de temps en temps. ALEXANDRE. Non. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Elle regarde. ALEXANDRE. Vous ne voulez pas venir avec moi. il y a des gens qui passent et repassent.Je sais. ALEXANDRE. ALEXANDRE. des homosexuels. ai. Ils attendent qu'on fasse l'amour. Si. Non. VéRONIKA. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Je ne sais pas. tout cela à la fois peut-être. J e vais vous paraître très conventionnel mais ça me dérange beaucoup. VÉRONIKA. La voiture est arrêtée près des quais de la Seine. Vous trouvez que mes idées sont mauvaises. nous sommes surveillés. VÉRONIKA. Marchent un peu. Et votre bouche. VÉRONIKA. Je ne vois personne. VOUS avez un très beau sourire. VÉRONIKA. Des voyeurs. Depuis que je vous ai rencontré je me suis fait des petits rêves erotiques avec vous. VÉRONIKA. Ils descendent. Et je ne sais pas. Et je n'ai pas de fric. / / soupire. VÉRONIKA. j'ai l'impression que vous ne devez pas être mal au lit. Vous avez envie de moi. ALEXANDRE. A l'arrêt. voulez-vous aller ? VÉRONIKA. VÉRONIKA. Moi j'en ALEXANDRE. Elle l'embrasse. Ils s'embrassent. VÉRONIKA.

se réveillant avec difficulté. VOUS allez retrouver vos vieux gouins à Londres ? MARIE. Alors. ALEXANDRE. Comment trouvez-vous ses seins ? MARIE. Vous l'avez bien vu. Vous pourrez profiter de l'appartement. Son visage n'est pas mal non plus. MARIE.. ALEXANDRE. Elle est couchée. VOUS croyez ? SÉQUENCE 16 Mais enfin. Désolé de vous décevoir.. Au fond des ombres bougent. mais elle n 'est pas là. L'appartement de Marit. pour la boutique. vous êtes allés baiser ailleurs. ALEXANDRE.. ALEXANDRE. Trois heures pour la raccompagner. ALEXANDRE. baisez-la.Elle met sa tête sur son épaule. MARIE. La lumière est allumée.. Vous savez. Sa peau. Je crois qu'il n'y a pas de secret en flanelle. VOUS dites ça parce que ça n'a pas marché avec vous. J e trouve ça ignoble. Moi je suis restée là. Très bien. J e voudrais un costume comme ça. Je vous raccompagne. Et puis cette façon de dire : « Léger mes amis ».. J e vais faire des courses. Enfin il décroche. Vous me permettez de l'emmener ici ? MARIE. Et moi j'aime bien sa voix. ALEXANDRE. Son gros cul. 61 . MARIE. MARIE. ALEXANDRE. Alexandre se tourne dans le lit. c'est pas mal. J'ai bien vu. ALEXANDRE. Si vous pouvez m'avancer l'argent. que ceux qui les portent ont une élégance naturelle. ALEXANDRE. Elle avait envie de vous. Alors tout se confond. J e vous rembourserai dès que possible. J'en voudrais une marron. Ils se lèvent. A propos. ou bleue avec des rayures blanches. Alexandre entre. MARIE. Vous serez tranquilles. pourriez-vous regarder des flanelles à Londres. Mick Jagger et René Biaggi. C'est la seule chose. Baisez-la pendant que je serai à Londres. C'est purement une question de prix.. Ils attribuent à la personne la distinction qui appartient au costume. SÉQUENCE 15 Alors si elle vous plaît autant que ça. Fermeture Fondu. Dans la pénombre le téléphone sonne. elle ne me plaît pas du tout. Ce genre de costume qui fait croire à la plupart des gens qui n'y connaissent rien. Non. J e n'aime pas sa voix. Il tend le bras vers elle. Il attend que Marie décroche. Le téléphone continue de sonner. Faites ce que vous voulez.

Oui. ALEXANDRE. JESSA. il y a une fille seule. Alors si vous êtes avec un homme. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Flore. / / raccroche. Oui. Et si vous ne voulez pas parler. A une autre table. Vous dites ce que vous voulez. VÉRONIKA. qu'est-ce que je fais ? VÉRONIKA. alors. Non. ALEXANDRE. Le café en question. méchant. d'un autre côté. Il y aura peut-être un homme avec moi. Maintenant que vous m'avez réveillé. J'ai quelques petites courses à faire dans la journée mais je peux être à 7 heures au. venez à notre table. Trouve un mot de Marie pris du lit. Vous ne m'en voulez pas pour hier ? J ' a i dit un maximum de conneries. J'ai cassé un verre. J'espère que j'irai pas trop loin. ALEXANDRE.ALEXANDRE. Non.. Tu attends quelqu'un. Je ne me souviens pas. ne sortez pas en poussant des cris de douleur. Vous savez. Love. // se live. » SÉQUENCE 17 VÉRONIKA. VÉRONIKA. Elle a un pansement qui recouvre une partie d'une de ses mains et son poignet. Vous venez à notre table. il ne restera pas très longtemps. ALEXANDRE. Je viendrai. Il se dirige vers elle. VÉRONIKA. « J e serai de retour dans 2 ou 3 jours. Alexandre entre et jette un regard circulaire sur les consommateurs. ALEXANDRE. Marie. // s'assoit. Arrosez les plantes dans la cuisine. je viendrai de toute façon. Vous avez dit des conneries ? VÉRONIKA. Vous ne vous souvenez pas. quand voulez-vous ? VÉRONIKA. je crois que vous me trottez dans la tête. Il y a un verre de Ricard devant elle. ALEXANDRE. D'accord. où ? quand ? VÉRONIKA. fort. N'ayez pas peur ou alors venez à 7 heures 15 je serai seule. Non. un homme au teint basané.. Je pense à vous. Il aperçoit Véronika qui ne le voit pas. A la table voisine. Oui. J e suis désolée. ALEXANDRE. non ? Oubliez ce que j'ai dit. allez-y. vers 19 heures. Ne faites pas le con. Tant mieux. Il regarde son bandage. ALEXANDRE. Alexandre ! Je vous réveille ? ALEXANDRE. Je peux m'asseoir. J e vous rappelle plus tard. ALEXANDRE. On ne sait pas tris bien s'ils sont ensemble ou pas. ALEXANDRE. Vous êtes sûre qu'il n'est pas grand. D'accord. vous ne dites rien. Oui. Est-ce que je peux vous voir ? ALEXANDRE. es très bien habillée aujourd'hui. dites-moi ce que je dois dire. Alexandre hésite. VÉRONIKA. Je voulais vous dire que j'aimerais bien vous voir. Et qu'est-ce que je dis ? Je ne peux pas inventer. T U 62 . qu'est-ce que tu as fait ? JESSA.

A propos. je n'ai jamais su. Au début l'effort qu'il faisait pour ressembler au vrai était assez ridicule. les cheveux longs. Quand on le veut vraiment on arrive à prendre la personnalité de quelqu'un. Michèle. Qu'est-ce que tu as été faire là-bas ? JESSA. les Black Panthers. pas plus que la mort. il allait très vite.. plus rien. 64 . J e sais. Que sont devenus tous ces gens que l'on voyait il y a quelques années ? Je ne bouge pas. ALEXANDRE. Quand on a fait le film sur « William Wilson » c'est avec eux qu'on aurait dû le faire. rien dans la mode. C'était un vrai ou un faux. et je ne parle pas des choses sexuelles. Oui. Françoise. Et moi. Ecoute. ALEXANDRE. Chaque fois qu'une fille vit avec type. vous volez tous les autres. c'est l'autre qui est le faux. Et depuis deux. Il me suivait. pas sa caricature. les Rolling Stones. Regarde. ce type que je détestais. Qu'est-ce que tu deviens ? Il y a longtemps qu'on ne te voit plus. En disparaissant vous avez emporté un petit peu de ma vie. Tu es toujours avec lui ? JESSA. Non. ça ne leur portait jamais chance. Le sosie de Belmondo. Et puis il s'était marié avec une fille qui était sortie avec moi. Il m'a dit : « Oui. En vous donnant à un seul homme. Mais moi non plus. ou pas moins. JESSA. Oui. son ombre. Martine. Je reste. // rit. . Il est resté là-bas. Une fois j'ai été draguée par un cul-de-jatte. J e lui ai dit : « Non. Alexandre regarde vers Véronika qui parle avec son voisin. ALEXANDRE. Edith Piaf. Tu te souviens de ce type qu'on voyait souvent à Montparnasse. JESSA. Même le jour. j ' a i raté mon suicide. JESSA. ALEXANDRE. Ces filles de tous les jours. Maintenant c'est Belmondo qui est la caricature de son sosie. je ne savais pas quoi dire. 65 Elle le répète en anglais. Un pansement c'est une parure de plus. Françoise vit avec un Américain. Il m'avait fait du tort. je crois beaucoup à ce genre de choses. rien. dans la fleur de l'âge. l'Underground. comme ça. Michèle s'est suicidée. JESSA. J'ai remarqué que les gens qui m'avaient fait du tort.. Je suis persuadé. Et maintenant. La musique pop est devenue religieuse.. c'est parce que je suis cul-de-jatte que vous ne voulez pas venir avec moi ». Toi. Elle a sans doute l'impression d'une renaissance. c'est une ville terrible. c'est parce que je suis fiancée ». trois ans. Il est mort.ffr Ça te va très bien. je n'ai jamais su. Oui. ALEXANDRE. Il avait l'air très méchant. mai 68. je suis toujours là. Et je n'aime que la musique populaire. les Stones. Mais avec une insistance maintenue sur plusieurs années. ALEXANDRE. Tu connaissais Ferrand. J'y suis allée avec un type. Moi. ton curé. j'ai quand même une bonne nouvelle. je n'arrive pas à ne pas prendre le suicide au sérieux. Tu sais. Il n'y a plus personne. D'un recommencement. ALEXANDRE. J'étais aux États-Unis. Dis-moi. il est arrivé à une telle perfection dans la ressemblance. j'étais à New York. non. pas un film. Mais je suis de retour depuis six mois déjà. qu'on appelait « le faux Belmondo ». Il y a eu la Révolution culturelle. à lui voler son âme. Comment faut-il dire ? Alors parle-moi de suicide tant que tu veux mais si j'en ris c'est que j'en ai très peur.. JESSA. Ils ont disparu. Ton curé. que ce qui est arrivé dans le monde ces dernières années est totalement dirigé contre moi. ALEXANDRE.. qu'il est devenu plus vrai que le vrai. ALEXANDRE. Tu ne peux pas savoir. Mozart. JESSA.. elle laisse tout tomber. J'avais peur de sortir. les Palestiniens.

Chez vous. ALEXANDRE. comme des numéros de téléphone. Venez quand vous voulez. ALEXANDRE. il serait ridicule que tu le trompes avec n'importe qui. J e vous ai dit que je ne voulais pas. moi ça me ferait plaisir. téléphonemoi. Mon type est jaloux. il regarde dans la direction de Véronika qui ne l'a pas encore vu. ALEXANDRE. Essayez de m'enlever ce tampax. SÉQUENCE 18 Chez Marie. VOUS étiez seule alors. aller au bord de l'eau. je ne peux pas rester comme ça. Les deux filles se sourient. VÉRONIKA. Je reviens. Vous ne vous êtes pas trompé. J'en ai marre. Et maintenant qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu vas faire ? On se revoit quand ? dans cinq ans ? JESSA. Comment vat-elle ? Arrêtez. // éclate d'un rire qu'il ne peut maîtriser. J e ne sais pas ce que je fais. Alexandre embrasse l'autre fille. Il va encore falloir que j'aille voir un gynécologue. ALEXANDRE. comment trouves-tu cette fille là-bas ? JESSA. ALEXANDRE. Reste debout devant la table de Véronika jusqu'à ce qu'elle lève les yeux. On ne peut pas passer une nuit tranquille. C'était le monsieur dont vous m'avez parlé au téléphone. j'ai perdu mon tampax ». VéRONIKA. je pense. Non. Vous ne vous rendez pas compte. Alexandre se déshabille à son tour et rentre dans le lit. J'ai eu l'impression que vous échangiez des papiers. S'installe à leur table. ALEXANDRE. vous allez enfoncer mon tampax. Oh. Véronika est dans le lit. ALEXANDRE. Non. Il peut me sortir par les narines. Que voulez-vous faire ? Rester ici. Ils se lèvent. Ça y est. 77 regagne l'autre table. J'ai envie d'écouter ce vieux disque de Marlène Dietrich. Que je lui dise avec une petite voix douce : « Je ne sais pas ce qui est arrivé. ALEXANDRE. Elle parle avec son voisin et échange des petits papiers sur lesquels ils écrivent quelque chose. VÉRONIKA. A bientôt. Ses vêtements sont jetés par terre. si tu as envie de le tromper. ALEXANDRE. Elle est à Londres. Allons chez vous. Ils sont l'un contre l'autre. J'ai envie de le tromper. téléphone-moi. Écoute. Elle ne m'a pas vu. On ne sait jamais sur qui on tombe. ALEXANDRE. J'avais rendez-vous avec elle. Alors si tu y penses sérieusement. j ' y vais. Ah merde. 7/ se lève. Faites-moi un toucher. D'un geste elle l'invite à s'asseoir. Pas mal. écouter de la musique chez moi ? VÉRONIKA. Avec votre vieille maîtresse. VÉRONIKA. J e suis là-bas avec une amie. Mais je n'aime pas qu'on me regarde sans que je le sache. Bien. 67 . VéRONIKA. Ils sortent du café. Dis-moi. Oui. ALEXANDRE. Ah ça m'emmerde.De temps en temps. Écoutez. sans baiser. VÉRONIKA. Véronika arrive. Ils s'embrassent. ALEXANDRE. C'est de votre faute. Vous n'aviez qu'à l'enlever.

// se décide. Véronika ! // regarde par terre. Si. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Vous avez de très belles veines. Il se dresse. Tirez. Il n'est pas là. je n'ai pas l'habitude de faire l'amour comme ça. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VÉRONIKA. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Mais. ALEXANDRE. Comment avez-vous dit : « un toucher » ? / / n 'a pas cessé de rire. ALEXANDRE. Me dire au revoir. Il se tourne. Bonjour. (Tout ceci se passe sous les draps). VÉRONIKA.Il éclate de rire à nouveau. se lève. Fermeture Fondu. Ils sont à nouveau l'un contre l'autre dans le lit. Il se recouche. ALEXANDRE. Vous auriez pu me réveiller. J'aime bien les deux. Le jour s'est levé. ALEXANDRE. il compose un numéro de téléphone. là où elle a jeté ses vêtements. non. il faut être plus doux ». je vous assure. J e crois me souvenir que vous préférez vous réveiller seul. Quand elle revient. Arrêtez de rire. Alexandre dort toujours. Il se réveille et décroche. Fermeture Fondu. On entend un bruit de chasse d'eau. VÉRONIKA. 68 Allô ! VÉRONIKA. Vous ne savez donc rien faire ? ALEXANDRE. J'appelle un ami. Dans la pénombre Alexandre se réveille en sursaut. C'est trop drôle. Il tend la main dans la direction de Véronika et s'aperçoit qu'elle n'est pas dans le lit. ALEXANDRE. dites-moi. c'est Véronika. Ça m'est égal. 69 . Alexandre. VÉRONIKA. Une fois une fille m'a dit : « Oh. VéRONIKA. ALEXANDRE. vous préférez tendrement ou violemment. Il n'y a rien. // raccroche. à quelle heure êtes-vous partie ? VéRONIKA. VÉRONIKA. Il faut que tout se sache. Vous n'allez pas raconter ça. SÉQUENCE 19 Elle lui arrache des mains. Vous préférez faire l'amour doucement ou brutalement. Véronika ! Il n'y a personne. Ce n'est pas marrant. Alors dites-moi. Mais je ne sais pas. ALEXANDRE. Non. Mais vous êtes con. ça ne fait pas mal. A 6 heures. VÉRONIKA. Dommage. tirez. ALEXANDRE. Le téléphone sonne. Plus tard. ALEXANDRE. Je vais lui raconter. j'aimerais bien vous faire des piqûres. Ils s'embrassent. J e ne peux pas garder ça pour moi tout seul. Je crois que c'est ça. ElU constate qu 'il a les veines saillantes. Je vais vous faire mal. Ah ! J e sens quelque chose. Fouillez et si vous sentez quelque chose.

Ça ne fait rien. là. VÉRONIKA. VÉRONIKA. A ce soir. j'accepterai de voir un bon film. ALEXANDRE. J'aime bien les films fantastiques. ». J'aimerais bien voir un Fernandel. Mais je ne sais pas s'il y a quelque chose à voir. Les vieux films de vampires. Tous les hélégiaques sont des crapules. Oui. il va être vachement content et tout. Je vous embrasse. ALEXANDRE. je m'étais préparée pour aller travailler. Il y a de la musique. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Quand la séquence commence on a l'impression qu'ils ont déjà fait l'amour. Il aimait les yaourts.. Vous savez le vieil amant avec qui je vivais. ALEXANDRE. ALEXANDRE. « C'est pas normal ». J'habitais dans une chambre dans le dix-septième. Je me souviens j'étais revenue chez moi. Ils sont complètement ridicules. c'est pas normal tous ces yaourts. Pourtant je fais ce que je peux. Fermeture Fondu. Elle maintient les draps à la hauteur de ses seins.. Je ne sais pas Les Visiteurs du soir peut-être. On peut se retrouver à 6 heures au Flore. Une fois il avait la grippe. et il m'a dit « Mais Véronika. J'étais allée dans une sorte de super-marché qu'il y a dans le dix-septième. Moi j'aime bien les films terre à terre. Voulez-vous que l'on se voie après. Qu'entendez-vous par bon film ? VÉRONIKA. bien. // raccroche.. J e travaille jusqu'à 5 heures. D'accord. Fernandel ? Pour vous faire plaisir. VÉRONIKA. Ses cheveux tombent sur ses épaules. c'est qu'on passait notre temps à baiser. Quoi. Elle est assise dans le lit. O ù habitiez-vous ? VÉRONIKA. Non.J'ai encore trop parlé.. ce cœur qui bat. qui bat. rue des Acacias. J'avais pris rien que des yaourts. On pourrait aller au cinéma peut-être. VÉRONIKA. chez Marie. Il aimait les yaourts et j'en avais acheté au moins une trentaine. On réfléchira. Moi qui me disais. titubante. ça va être le pied quand il va ouvrir le réfrigérateur ». SÉQUENCE 20 Ils sont couchés. Ce qui était bien avec lui.. J e me suis fait virer parce que j'avais fait un maximum de bringue. ALEXANDRE. j'avais deux gros paquets énormes. parce qu'il y avait 70 71 . J e vous ai dit que je ne savais pas vivre avec quelqu'un. ALEXANDRE.. Je me disais : « Oh ! là.

juste avant de partir. mes amis. Moi aussi. Et moi je lui disais : « J e t'aime. Il met un disque de vieilles chansons françaises. Il en est qui sont horriblement gras. A titre d'exemple. Alexandre lui fait signe de se taire et d'écouter. Le Prédicateur termine. prenez la peine de contempler ceux qui composent une foule. je bande ».. Je lui ai dit que la veille j'avais fait une garde et que j'avais oublié de me réveiller. . Et je lui dis : « Oui ». VÉRONIKA. je t'aime ».. Alors. vous connaissez celle-là ? Elle chante une vieille chanson(1'. (1) Dialogue attesté dans le film : » Tout simplement comme une rose Que l'on cueille un jour sans raison Vous avez pris mon cœur morose En passant devant ma maison. Pendant quatre ans. il avait dit un truc terrible : « Ton corps est un jardin ». je dirais même qu'ils ne marchent pas assez. c'est quand je suis arrivée dans le service. J e crois qu'il est l'heure du prédicateur du petit matin. Si nous allions prendre le petit déjeuner au Mahieu. J e me souviens. Vous me gênez.d. d'autres encore qui sont extrêmement maigres. chauve. Il a déjà commencé. En cette ère où les machines fonctionnent sous la simple pression d'un bouton. C'est pour cette raison du reste qu'elle a pour titre La pure vérité. Il était au lit et il me dit. des milliers de gens deviennent de plus en plus paresseux..un type dans le service qui me plaisait. l'humanité dégénère graduellement bien que ses connaissances scientifiques augmentent de jour en jour. C'était très marrant. Silence. » (N. il termine de la même façon. d'autres qui sont affligés d'un gros ventre peut-être.). Après j'étais en retard et j ' a i téléphoné à ma surveillante. Et il aimait se perdre dans ce vieux jardin touffu et (merdique). Il n'est qu'une voix.d.. 73 . Je ne sais pas s'il est grand. Quand je ne dors pas. on voit que vous avez bien dormi. Elle écoute. écrivez-nous sans tarder à l'adresse suivante : Le monde à venir. Depuis des années. Comme l'homme du 18 juin. est un siècle de paresse et la plupart des gens ont une occupation sédentaire et ne s'exercent pas suffisamment. » Elle rit. et en fait ça me faisait très plaisir naturellement. Son débit est parfaitement égal. sans opinion préconçue la vérité en toutes choses. je dirais de l'individu moyen. votre revue mensuelle intitulée La pure venté vous aidera à mieux comprendre la façon de mieux connaître et de mieux suivre la voie qui vous mènera au but désiré et qui vous permettra d'avoir tout ce dont vous avez besoin dans votre vie — votre vie est unique en son genre — car elle vous révélera sans ambages. dis-moi que tu m'aimes ».). elle m ' a dit : « C'est vrai Véronika. / / allume la radio. Paris 8". Ce vieil amant. mental et physique.. En somme.. mes amis. gros. 72 Elle s'arrête. A ce propos. . Notre siècle.. / / récite les dernières phrases qu'il connaît par cœur puis : . Quand elle veut parler. Elle rit. ALEXANDRE. . mais le pire c'est l'état mental de chaque individu. . ils manquent d'exercice. (N. Il cherche de poste en poste et trouve enfin le Prédicateur. c'est un bistrot du boulevard Saint-Michel (1) .E. et alors j ' a i baisé avec lui. France. Et ce qui m ' a fait rigoler. j e connais des vieilles chansons. sans parti-pris. . Europe 1. Il trouvait un plaisir sans cesse renouvelé. Mon cœur est une fleur d'automne Sans savoir pourquoi ni comment Vous l'avez pris je vous le donne Tout simplement. J e l'écoute souvent le matin. Observez les tailles et les formes différentes. enfin je ne sais plus : « Regarde. Elle rit. . il n'était qu'une voix. botte postale 150. Il aimait les yaourts et il voulait que je lui dise : « Je t'aime ». ALEXANDRE. depuis longtemps.E. vous avez bonne mine. mes amis. Si vous voulez recevoir gratuitement les publications annoncées. vieux.. Il ne s'écarte pas d'un pouce de sa ligne... . c'est Dipar Apanian qui vous parle et vous dit : au revoir et à bientôt. Il me disait : « Véronika dis-moi que tu m'aimes. Ils écoutent attentivement(1). d'un air con. ALEXANDRE. VÉRONIKA.

c'est ce que je voudrais. Il y avait beaucoup de monde et tout le monde pleurait. Une grenade lacrymogène était tombée. Mais je voudrais y arriver complètement. J'y arrive peut-être un peu. 75 . C'est un administrateur des colonies qui me l'a dit ». Fermeture Fondu. Des gens qui parlent comme des livres. c'est la définition de ce mot qu'ils donnent. A cette heure-là il y a des gens formidables. Ils sont sales. J'ai vu faire comme ça dans un film. C'est le seizième arrondissement.. Si je n'y étais pas allé régulièrement tous les matins. » Il demandait aussi : « Savez-vous quel est le meilleur tiercé ? — Eh bien. non. je n'aurais rien vu de tout ça. le quatrième ?. Quelle drôle de façon de faire un lit. Rien à voir avec le jargon. 74 SÉQUENCE 20 A Le matin. une brèche s'était ouverte dans la réalité. ce n'est pas le premier arrondissement . » Alors les gens : « Ah bon pourquoi ? — Parce que c'est là qu'on enlève la mère Dassault. En prononçant un mot. c'est bien plus important que l'existence de Dieu ». C'était très beau. Dans une conversation. » Il racontait aussi une autre histoire. Un type qui cherchait une chambre s'en prenait à un autre qui parlait de l'existence de Dieu. mais je l'ai oubliée. Ce doit être ça la liberté. ALEXANDRE. J'ai peur. posait des devinettes. j ' y ai vu une chose très belle. J'aimerais arriver à parler comme ça. Vous devriez changer les draps. n'y allons pas. dans le désordre et sans combinaison. ce n'est pas le quatrième arrondissement. J e ne voudrais pas mourir. Lui. il paraît qu'il y fait une chaleur de fournaise. Tandis que là. Un jour de mai 68. Ils sont habillés. à apprendre à vivre. Il demandait : « Quel est l'arrondissement le plus sale de Paris ? » Alors les gens cherchaient : « Le premier ?. J'ai peur. Tout un café pleurait... Il est trop tard. parce que sa tenue ressemble de très près à celle des policiers. autour d'une table avec des gens. dire : / / répète intégralement la phrase mais cettefois sans imiter l'Arabe. à apprendre à faire un lit. Ils sont plein de sang. non. le langage grillagé du Monde ou du Nouvel Observateur. Les films ça sert à ça. Un autre groupe qui semblait comploter et que j'appelais les serbo-croates et qui se sont finalement révélés être des serbocroates. J e me souviens d'un Arabe qui disait en détachant chaque syllabe : « Il parait que les femmes noires font l'amour de façon extraordinaire. VÉRONIKA. sous mes yeux. Il lui disait : « Moi je cherche une chambre Monsieur. Véronika aide Alexandre à faire le lit.qui ouvre à 5 heures 25. VÉRONIKA. Ne parler qu'avec les mots des autres. Au milieu de l'après-midi.. Il y avait aussi un gardien de square qu'on prenait pour un flic. Comme des dictionnaires. J'ai peur de ne plus rien y voir. . Il y avait un groupe de sourds-muets qui faisaient un bruit d'enfer. c'est sa femme. Jour. —• Ah bon pourquoi ? — Parce qu'on peut la toucher dans l'ordre. Quand l'homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme.

Mais il y a son sac de voyage. Il voit que la lumière est allumée. Alors on ne se verra plus ? ALEXANDRE. c'est facile. MARIE. Il va vers elle et l'embrasse. J e crois qu'elle le sait déjà. ALEXANDRE. J e vais lire au Flore l'après-midi. VÉRONIKA. Mais virer les gens au milieu de la nuit. C'est gentil mais je ne pouvais pas deviner. ALEXANDRE. demain. Fermeture Fondu. Ah ça. Non.... Et pendant ce temps. Je ne pouvais quand même pas la mettre à la porte. Bouteilles vides. j'espérais vous voir. Vous me raccompagnez ? ALEXANDRE. Vous pouvez aussi me téléphoner. Vous avez fait la fête. ALEXANDRE. A quelle heure êtes vous rentrée ? A i l heures. Qu'allez-vous lui dire ? ALEXANDRE. Non. Cela pourrait donner des soupçons. VÉRONIKA.. VÉRONIKA. MARIE. 76 Pourquoi ne m'avez vous pas téléphoné ? J e voulais vous en faire la surprise. // démarre. On peut se tirer de chez quelqu'un. J e ne sais pas. J e ne savais pas au juste. SÉQUENCE 21 SÉQUENCE 22 Nuit.. je verrai. MARIE. 77 • . Ils restent un moment en silence. Elle descend de la voiture. ALEXANDRE. moi je pensais à vous.ALEXANDRE. Marie n'est pas là. VÉRONIKA. Il démarre.. Vous avez vu le nombre de bouteilles. Entre à l'hôpital. Vous pouvez passer par là par hasard. tasses de thé.. J e vois que vous ne vous êtes pas ennuyé. ALEXANDRE. Alexandre arrête la voiture devant la maison rue de Vaugirard. Tout l'appartement est imprégné de son parfum. VÉRONIKA. ces tasses de petit déjeuner. Oui. Il stoppe devant l'hôpital. Bon.. Vous ne saviez pas ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Marie arrive. Alexandre entre dans l'appartement. Aujourd'hui. Rentrez bien. Il fait un peu de rangement. J e vois qu'elle a dormi ici.. Elle va s'apercevoir que je suis venue. MARIE. J e suis allée à la Coupole. Je crois que Marie est revenue.. VÉRONIKA. etc. Je ne les changerai pas.

MARIE. La dernière fois que je l'ai vue elle avait un énorme pansement sur la main. ALEXANDRE. Oh ! Même les coussins ont son odeur. Je crois qu'il faut changer les draps. je ne crois pas. Vous n'allez pas me croire mais moi aussi. / / l'embrasse. Je vais dormir dans l'autre chambre. ALEXANDRE. Et bien changez-les. En baisant une autre fille. Fermeture Fondu.. . MARIE. Sur la première page il y a une grande photo dejessa. Elle n'aurait peut-être pas dû. Près de lui une valise ou un sac de voyage. ALEXANDRE. Débrouillez-vous tout seul. Sourires. Le titre indique qu 'elle est recherchée pour meurtre. Il lit France-Soir. Cette photo n'est pas très ressemblante. Elle est un peu raide.. nos ébats. Elle sautait sur 79 . / / change Us draps. Vous n'êtes jamais très sérieuse. Alexandre parcourt rapidement la légende et l'article. Vous avez renversé un cendrier pendant vos ébats.ALEXANDRE... Ils s'embrassent et vont faire l'amour. MARIE. ALEXANDRE. Il la prend dans ses bras. ALEXANDRE. A l'extérieur. SÉQUENCE 23 Ils s'embrassent. ALEXANDRE. s'installe à sa table.. tout est simple. Voyez. MARIE. Dans le drame je suis pas mal non plus. ils sont dans la cuisine. Une fois elle avait mal au pied. Tiens ! ALEXANDRE. ALEXANDRE. c'était un peu léger. Vous souffrez ou vous faites semblant. Votre côté enfant qui fait du charme. MARIE.. Non c'est pas bien.. Le Café habituel (le Flore).. ALEXANDRE. Tu crois qu'elle a bien fait de le tuer ? L'AMI. Non. . Vous me faites vraiment de la peine et vous vous en foutez. Je pense même que c'est pas chic de sa part. Alexandre arrive. MARIE. L'après-midi. Seule. / / la rejoint dans l'autre lit. L'AMI. Elle fait toujours des choses étonnantes. L'ami d'Alexandre est assis. ALEXANDRE. Je connais. Là. Si la police n'a que ça. Vous ne voulez pas m'aider. Ceci se passe entre la chambre et la cuisine. Son ami lui montre France- Soir. Comme il vous plaira. Mieux que ça. ils ne la retrouveront pas.

Il voit Véronika qui est entrée par une autre porte. Entre-temps Alexandre a tendu le journal à Véronika. Ils s'assoient. Vous vous trompez. et plus on va loin. Il y a quelque temps il est allé parler aux ouvriers de Billancourt. (à l'ami). Alexandre voit le sac de voyage. Ils ont fait l'amour. Alexandre regarde à l'intérieur du café. J'ai changé d'avis. Je crois qu'il ne faut absolument pas prendre au sérieux tout ce qu'il dit.. Il y a Sartre dans un coin. ALEXANDRE. Comme le vin. J'étais avec elle. ALEXANDRE. Elle a attendu qu'il s'endorme. Tu t'en vas ? L'AMI. Des gens. Elle se retourne. Tu pourras m'accompagner aux Invalides ou à Orly ? Oui. Elle a toujours quelque chose de nouveau. les femmes que je connais n'hésitent pas à faire le coup de feu quand il le faut. D'un regard il désigne un angle du café. L'AMI. ALEXANDRE. Bonjour. parce que quelque temps avant. Non. l'ivrogne est là. J e me demande comment elle fait. Tu t'en es tiré à bon compte. d'assassins réels.. comme vous. Oui. C'est une amie. A mon avis toutes ses prises de position. Mais ce n'est pas tout à fait vrai. Il sort toujours en titubant. Ils sont allés à l'hôtel. VÉRONIKA. Ils vont à la table de Véronika. J e vais te la présenter. Il fait toujours suivre son tonneau. Elle faisait toujours un numéro extraordinaire qu'elle jouait faux d'ailleurs. Rétrospectivement j'ai eu peur. Bonjour. Dans trois quarts d'heure.. J'ai envie d'aller à Hambourg comme dans la chanson d'Edith Piaf. L'AMI. elle était avec moi. ALEXANDRE. il était juché sur un tonneau. maoïsme. ALEXANDRE L'autre jour j'avais envie de lui dire : « Vous n'avez pas honte de boire comme ça. Regardez. Il picole un maximum.. » L'AMI. Quand même. Et elle lui a tiré une balle dans le cœur. Oui. les assassins sont toujours un peu abstraits dans les journaux. Cause du Peuple. La France plus particulièrement. Véronika est là. Il se penche vers elle et lui parle bas. Pas d'assassins en puissance. Tu as vu. Le faux c'est l'au-delà. L'AMI. Mais vous l'avez vue l'autre jour ici. Elle était infirmière. Oui je l'ai échappé belle. L'AMI. On voit un angle du café. Il commande par demibouteille pour donner le change. Il n'y a qu'une demi-bouteille devant lui. Vous verrez. Après.son seul pied valide. Il est maoïste parce que l'Orient est Rouge. Parce qu'elle n'était pas amoureuse de moi. L'AMI. elle s'en est tirée une dans la bouche. Oui. Il est très malin. T U ALEXANDRE. Mais quand ils entrent dans votre vie ce n'est plus du tout pareil. Mais qu'est-ce qu'il en commande. ne sont que des propos d'ivrogne. Elle a fait un très joli coup. ALEXANDRE. Les faits divers . Ça fait un drôle d'effet de voir quelqu'un qu'on connaît rechercher pour une chose aussi extraordinaire qu'un meurtre. J'ai déjà connu une fille qui a tué un type. ALEXANDRE. Regardez sa table. s'appuyant au mur. 81 80 . ALEXANDRE. L'ami se lève et prend son sac. A quelle heure ? L'AMI. d'un air de conspirateur. Et il n'y a pas de hasard. Tu viens. oui. Mais elle s'est suicidée après. L'AMI. Intérieur café. ALEXANDRE. Et vous savez. Et en fin de compte plus on paraît faux comme ça. Un avantage. Je crois que les rues sont peuplées d'assassins. Tu es en voiture ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. vas toujours à Ostende comme dans la chanson de Léo Ferré. avec votre prix Nobel.

Elle vous plaira peut-être. Au revoir. VÉRONIKA. qui va se cacher. VÉRONIKA. ou un par un. j'espère. Par petits groupes. Toujours un verre de Ricard devant elle. Mais c'est pas vrai.. Et si on considère que l'avortement est un crime. Ils assument. A bientôt. Si l'homme de votre vie passait par là. ALEXANDRE.. (à Véronika) SÉQUENCE 24 Le même café. Et maintenant celle-là.. Un autre jour.. Véronika reste. Us viendraient ici. Comment pourrais-je y voir autre chose.. Aucun remords. L'intérieur. L'AMI. Et vous pouvez rester avec nous. Ils iraient partout. je connais des dizaines. J e suis très grossier. Peutêtre attendez-vous quelqu'un. C'est encore un coup monté contre moi. Peut-être avez-vous envie de rester seule. Il va vers elle. Déferleraient dans les rues. Non. Fermeture Fondu. Ces affaires de police. Et tous les criminels sortiraient. La seule amnistie possible serait qu'on ouvre en même temps les portes de toutes les prisons de France. Quelle horreur.. VÉRONIKA. Et leurs complices. au contraire. Vous vous rendez compte. VÉRONIKA. ALEXANDRE. // l'embrasse sur la joue.. Elle/ait un signe qffirmatif.• Tout ça n'est pas gratuit. J'ai la chance de ne pas avoir de chez moi.. il y a celles qui se sont suicidées. comme des rats. J e peux m'asseoir. vous voyez. vous risquez de ne pas le voir à cause de moi. Mais enfin ! C'est pour rencontrer l'homme de ma vie. ALEXANDRE. J'ai rendez-vous avec une amie. C'est l'heure. Véronika est à une table. Il y a les femmes qui se sont tirées avec des types. Ils descendraient le boulevard Raspail. Pourquoi chez moi. Mais pourquoi pensez-vous que je viens ici tous les jours ? ALEXANDRE. Non. J e vous laisse alors. ALEXANDRE. les rues sont réellement peuplées d'assassins. Alexandre entre. Chez vous. Je ne sais pas. Il a toujours une hésitation avant de s'asseoir. à quoi ça sert ? Quand il y a un nouveau Président on parle d'amnistie. ou qu'on va mettre en prison.. Quoique aujourd'hui j'ai un rendez-vous. ALEXANDRE. Arrêtez. Je m'impose toujours à votre table.. une centaine d'assassins. Mais elle est toujours en retard.. je t'accompagne. Ils sortent. Et ils se sentent très bien. Pourquoi pas chez toi ? ALEXANDRE. un soulagement.. L'AMI. Je prends une lourde responsabilité. Ils s'installeraient. Elk dessinait sur le journal. ils seraient tout à fait stupéfaits.. 83 . Je peux prendre un taxi si tu veux rester.. Excuse-moi. de prisons. Si quelqu'un essayait de leur reprocher quelque chose. Vous ne vous en êtes pas encore rendu compte. VÉRONIKA. Non. de justice. Chez toi.

Les femmes qui ont eu beaucoup d'amants ne sont jamais si jolies que ça. et j'ai tué Jean. Je ne sais pas si vous les préparez à l'avance ou si elles vous viennent comme ça.. Et je l'avais quittée avec l'intention de tomber amoureux de la première fille que je verrais. Attention à ce que vous dites. Mon vieil amour merdique. Non.. Comment aurais-je pu vous retrouver.. Mais en revanche je suis persuadé de la débilité (de ce) qui m'entoure. J'avais parlé avec elle. Dans un mauvais film on appellerait ce que vous venez de dire : un mot d'auteur.. Vous accostez souvent les filles comme vous m'avez accosté ? ALEXANDRE. Comment est-elle ? ALEXANDRE. Oui je crois.. VÉRONIKA.. mais je ne crois pas que vous puissiez tomber amoureuse.. frisoté.ALEXANDRE. Comment voulez-vous qu'une fille sur qui les types . ALEXANDRE.. C'est ce que je pensais. qu'avez-vous pensé ? VÉRONIKA. J'aurais bien aimé qu'elle parte comme ça. je n'ai plus du tout le temps. je crois que c'est votre genre. VÉRONIKA... VÉRONIKA. J'aurais bien aimé.. 84 85 . Je vous ai dit. Je ne croyais pas que vous m'appelleriez. ALEXANDRE. VÉRONIKA.. ALEXANDRE. Mais avec vous je n'avais pas le choix. ALEXANDRE.. ALEXANDRE.. Ce n'était pas un reproche.. Si ce n'est pas indiscret. Vous pouvez peut-être rencontrer un type qui vous plaît.. bronzé. Et elle a beaucoup d'amants. vous pouvez éventuellement coucher avec lui. Elle commande à nouveau un Ricard. Je me souviens très bien. Et je vous ai trouvé moins beau que je ne pensais. Votre vieil amour merdique.. Je me méfie.. Vous savez. Si je réfléchis je vais dire un maximum de conneries dans un minimum de temps. Le café est presque vide. je viens ici pour lire et comme vous êtes là. VÉRONIKA. Elle n'est pas partie comme ça. Silence... avez-vous un numéro de téléphone. ALEXANDRE. J e vous ai menti. quand je vous ai regardé « Aux Deux-Magots ». Je la trouve jolie. Et vous avez été cette première fille. J'irai lire dans un coin. Et je n'aime pas me mêler des conversations des autres. Et je me suis aperçue que vous ne l'étiez pas. Quand je vous ai rencontrée.. Vous savez que vous dites des choses très belles.. ALEXANDRE. Et le reste de la journée. J e n'ai pas le temps. qui est parti. Oui. J e vous ai parlé de cette femme avec laquelle j ' a i passé quelques années. VÉRONIKA. VÉRONIKA. VÉRONIKA. VÉRONIKA. ALEXANDRE. VÉRONIKA... sautent au bout de cinq minutes ne soit pas troublée quand quelqu'un est gentil et qu'il ne cherche pas à la baiser.. ALEXANDRE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J e n'accoste jamais. je ne comprenais pas pourquoi vous ne vouliez pas coucher avec moi. J'ai été très surprise de vous retrouver marchant à côté de moi. VÉRONIKA... Vous croyez. VÉRONIKA. Pas du tout. je voulais tuer le temps en attendant Jean. Vous avez raison. C'est drôle. ALEXANDRE... Vous voulez que je continue. impuissant. Après. je pars ».. quand je vous ai rencontré. Cela vous ennuie. j'étais libre. VÉRONIKA. Vous buvez beaucoup. Je vous laisserai quand elle arrivera. Un brun. En laissant un mot : « Adieu.. Vous me permettez de vous raconter quelque chose. Excusez-moi. Vous êtes très sûr de vous. J'ai fait exprès de ne pas venir au rendez-vous.. Je me disais : il est peut-être malade. Si vous voulez mon avis vous ne le rencontrerez pas ces jours-ci. je venais de la voir. Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit : je n'ai pas le temps de boire un verre avec vous . Je suis un homme très occupé vous savez. Ça vous ennuyait que je ne cherche pas à coucher avec vous. Pour en revenir à l'homme de votre vie.

Et pourquoi ne nous serions-nous pas rencontrés plus tôt ? Un mois. Avant. Je suis devenu très heureux tout à coup. J e laisse le temps le faire. Mais disparaître.. qu'elle ne l'aime plus. je lui ai cassé quelque chose. C'était un sentiment inconnu et très fort. quand vous n'êtes pas venue à notre rendez-vous. Je n'ai jamais quitté personne. Il y a l'orgueil. j'étais dans l'autobus. J e suis sorti. J'ai téléphoné à toutes ses amies. le temps qui passe. Il n'y a pas que l'amour. J e me suis précipité chez elle.. Je ne crois pas que la vie puisse ressembler à ces mondes mystérieux où on ne peut jamais revenir quand les portes s'en sont refermées. je ne sais pas ce qui s'est passé. mais je faisais des cauchemars. Et toujours les femmes se donnent à leur libérateur. Moi je ne fais rien. les nouveaux Chevaliers du Moyen Age.VÉRONIKA.. avoir le goût de travailler. Ça 86 m'a rendu furieux.. ce que je ne faisais plus depuis longtemps . A l'instant où l'homme s'aperçoit qu'il aime une femme. De mélodrame habilement agencé. c'est pareil. il faut dire ce que j'ai dit tout à l'heure : « Adieu. C'est pourquoi on me quitte tout le temps. Et à ce moment-là elle m'a dit qu'elle était enceinte. Une véritable révélation. ALEXANDRE. Ce n'est pas le nom qui convient à cette poussière. font très bien ce travail d'unir ou de séparer les gens. Le bistouri remplace l'épée. on ne sait jamais très bien pourquoi. Alors il se lève. ou de l'autre côté de la rue. Nous naviguions dans les mêmes quartiers. quand on quitte quelqu'un qu'on a aimé. C'est une façon pour elles de. Décidément. Je ne voulais pas qu'elle les jette. je ne sais pas. se cacher comme un criminel. Les femmes qui sont avec des types bien les trompent toujours avec des minus. Et tout à coup.. l'amour-propre. la femme qui l'a aimé jusqu'ici. Je pense que la vie. elle vient. je revenais au milieu de la nuit. Il entend la porte s'ouvrir derrière lui et il reconnaît la voix d'un acteur qui dit : « Chérie. Et j'ai appris plus tard qu'elle avait avorté et qu'elle vivait avec le type qui l'avait avortée ou qui l'avait aidée. laisser un mot... . j'allais chez Marie. mais Us délivrent les femmes de cette chose ignoble qu'elles ont dans le ventre. que je ne peux pas digérer. au dossier très haut. mais je ne savais pas que tu m'aimais assez pour m'appeler Chérie ». La nausée est une sensation noble. Un an. J'essayais de partir... travailler.... tu es seule ? ». J'aurais préféré qu'elle meure.. Assis dans un grand fauteuil. Vous connaissez cette histoire de Sacha Guitry avec sa première femme ? VÉRONIKA. s'affirmer peut-être.. Et vous ne savez pas. La dernière fois que j ' a i fait l'amour avec elle. Et tout recommençait. Il y avait du sang sur les murs parce qu'on se foutait sur la gueule. des derniers mois que j ' a i passés avec Gilberte je ne me souviens que de certains signes.. Je l'ai cherchée partout. J'ai eu l'impression qu'on faisait de moi un personnage de mauvais film. Il n'y avait personne.. je 87 . J'ai fini par savoir. la sonde remplace le sabre. Elle se cachait.. il divorçait. s'aperçoit. J'ai eu très peur. ... Alors que j'aurais pu passer dix minutes après. C'est après cette rupture que je vous ai vue. Après. je n'aime pas les héros. Ils ont changé d'arme. elle. Elle ne voulait plus me voir. Elle s'est fait réparer. Vous ne croyez pas que je vais faire le travail d'un autre. Ensuite vous venez. derrière lequel il disparaissait complètement. Vous comprenez. O u i . Les avorteurs sont les nouveaux Robin des Bois. ALEXANDRE. J e la quitte. J'en avais pris mon parti. qu'elle se suicide. cette honte qui reste dans ma gorge. Ou si on a peur.. . J'ai mis quelques jours à comprendre. je pars ». Un peu plus tard. c'est ignoble. Elle avait disparu. j'ai ressenti très profondément quelque chose. elle ressemblait à Frankenstein. J'ai compris que je pouvais vivre avec elle. J e n'ai jamais compris les gens qui décidaient de quitter les autres. elle est passée et on a bu un verre. Elle est restée 15 jours avec des pansements sur le visage. Une fois. je vous vois. Je ne crois pas au hasard. j'ai frappé très fort. Vous ne venez pas. Elle s'est mise à pleurer. apparaît et dit : « Non je ne suis pas seule. Il était chez lui avec sa femme. Elle disait qu'elle ne m'aimait plus.. Il y avait des bouteilles de whisky qui s'entassaient dans le couloir. Non. Ils ne défendent plus la veuve ou l'orphelin .. avoir cet enfant. Quand quelqu'un nous quitte et qu'on souffre. que je ne peux pas cracher non plus.

ou de souffrir le moins longtemps possible. le monde sera sauvé par les enfants. Il déplaît à Alexandre. Alexandre se lève. SEQUENCE 24 B SÉQUENCE 24 A AUxandre sort du café. Il s'immobilise. Essaie de lire. oui. L'un d'eux s'arrête devant la table des filles. sachant qu'un jour je ne souffrirais plus. Il ouvre son livre.tend Elle tenu la main à Alexandre et embrasse Véronika. VÉRONIKA. la réussite. D'après les mimiques 88 89 . Véronika essaie de U retenir. Alexandre n 'entend pas. il salue d'un petit signe. Alexandre comprend que le type invite Us filùs chez lui à une soirée. Ils marchent enUicés jusqu'à la voiture qu'AUxandre emprunte de temps en temps à sa voisine. dans la rue. Derrière vous. Elle s'assoit à côté d'elle. J e crois que votre amie est arrivée depuis un moment. De temps en temps. Restez un moment. L'homme essaie de se souvenir du nom de Véronika. sauf un mot de temps en temps. Quand AUxandre croise U regard de Véronika ils échangent des sourires. l'amie se lève et vient à leur table. une party. VÉRONIKA. Véronika lève la tête. Effectivement son amie est là depuis un moment. Véronika se retourne. semblant les reconnaître.. Deux hommes passent dans le café. la révolution. N'arrivant à fixer son attention sur sa lecture. VÉRONIKA. Mais quand la terre tremble sous nos pieds. Vous savez. Non. l'embrasse. Non. Elle ne vous a pas vu. ALEXANDRE.m'efforçais de ne pas souffrir. ALEXANDRE.. Il se retourne au moment où elU arrive. Vous pouvez rester. quand l'amour. Il s'assoit à la table des filles. AUxandre se lève et sort. et les quelques mots qu'il entend. Il faut que je vous aime beaucoup pour vous suivre. ne servent à rien. Un peu crispé du côté d'AUxandre. // va s'asseoir dans un coin du café. VéRONIKA. je vais là-bas. Au revoir. Il Ut prend dans ses bras. les soldats et les fous. Il marche dans la rue. Alexandre. Ib montent dans la voiture. Voyant Véronika. En passant devant Véronika. comme ça. il lève les yeux sur les deux filles qui parlent. J e suis fatigué. Il a le genre photographe de mode ou assistant de cinéma. vous partez ? ALEXANDRE. L'homme parle. Tout à coup dans la vitrine d'une boutique il aperçoit U reflet de Véronika qui marche derrière lui. Oui.

91 .. Silence. Mais pas aujourd'hui. VéRONIKA. Pourquoi croyez-vous que j ' a i demandé un grand lit quand je me suis installée ? Mais je ne veux pas que l'homme que j'aime voie l'endroit sordide dans lequel je vis. ALEXANDRE. Vous êtes gentille mais je ne peux pas. Oui. ALEXANDRE. ALEXANDRE.. d'habitude je m'arrange pour que les femmes que je connais aient un appartement. Oui. Non. VOUS savez. plus que moi. ALEXANDRE. Peut-être. VÉRONIKA. C'est un privilège que je suis heureux d'avoir mais. Je peux essayer d'être à minuit au (Flore). Et moi je baise avec un maximum de juifs et d'arabes. Vous savez. J'adore les métèques.. On pourrait aller chez vous. Oui... Ils avaient l'air de vous amuser. ALEXANDRE. Vous faites dans le genre métèque. Je ne couche qu'avec des femmes qui ont un appartement. ALEXANDRE. C'est très bien les hôtels. Pourquoi ne pas le dire ? Les nanas ne le disent pas.. VÉRONIKA. Vous étiez avec des gens.. Si vous êtes occupé maintenant.SEQUENCE 24 C VÉRONIKA. Des conneries sans doute. Toujours. ALEXANDRE. non ? VéRONIKA.. Ça n'avait pas d'importance. Mais toutes les filles le font... A l'heure que vous voulez. Vous ne viendrez pas dans ma chambre... qu'est-ce que vous faites avec moi ? VéRONIKA. Il m'amuse beaucoup. Mais ce n'est pas sûr.. Je ne fais rien mais je vous l'ai dit : j ' a i une vie bien remplie. ALEXANDRE.. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Où irons-nous ? Moi je n'aime pas les hôtels. Il est très con. VéRONIKA. J e suis désolée mais ça me fait plaisir.. J e vous aime et j'ai envie de rebaiser avec vous. Mais alors. puisque je n'en ai pas. VéRONIKA.. VÉRONIKA. Je serai à minuit au (Flore). Et j ' a i assez envie d'aller chez vous. ALEXANDRE. Il se croit irrésistible. Et ça me fait plaisir aussi. Vous respectez les règlements ? VÉRONIKA. Et bien. Pourquoi êtes-vous parti ? J e vous ai demandé de rester. Pourquoi. ALEXANDRE. J'adore baiser avec les métèques.. Mais pourquoi les femmes n'auraient-elles pas le droit de dire qu'elles ont envie de baiser avec un type. J'ai envie de rebaiser avec vous. ALEXANDRE. J e vous ai suivi parce que j'avais envie de rester avec vous. Celles qui ne le disent pas sont des connes.. Et c'est amusant d'entendre des conneries. C'est autre chose. on ne pourait pas se retrouver plus tard. Ce n'est pas très bien.. VOUS avez le droit d'emmener des types dans votre chambre ? 90 Non. ALEXANDRE. Vous avez des choses importantes à faire Alexandre ? J e croyais que vous ne faisiez rien. ALEXANDRE. Ne soyez pas désolée. VÉRONIKA. Ça je ne sais pas.. Et rien n'est résolu. ALEXANDRE. J'ai amené un maximum de types chez moi. VÉRONIKA. VÉRONIKA.

Vous auriez pu rester chez vous tranquillement. VÉRONIKA. ALEXANDRE.. Un interne qui faisait une permanence à l'hôpital Necker. ALEXANDRE.. Quelle horreur. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Venez près de moi. ALEXANDRE.. un réfrigérateur. ALEXANDRE. surtout quand je tombe sur leur femme 92 VÉRONIKA. Véronika conduit Alexandre dans sa chambre. Il l'embrasse. Alors vous ne voulez pas me raconter. Oui. ALEXANDRE. Il a toujours très envie de moi. Ils entrent dans la chambre de Véronika qui ressemble à une chambre de bonne. 93 . un Nescafe. Elle va ouvrir la fenêtre. un poste de télévision. Il y a un canapé dans son bureau. Non. Vous êtes jaloux. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J'avais envie d'une queue. VéRONIKA. Ma chambre sent l'hôpital. Non. VÉRONIKA. Ou me faire baiser comme vous préférez. Il y en a que je dérange beaucoup. Il en avait envie alors. VOUS avez trouvé un lit. J'ai téléphoné à un ancien amant. VÉRONIKA. J'aime bien votre chambre. Mais ça vous ennuie. Regarder la télévision. J'ai insisté. J'avais envie d'être baisée. Je n'aime plus baiser avec lui. etc. Je m'en doutais. Et puis ça a été si vite fait. ALEXANDRE. Je ne sais pas. J e vous l'ai dit. Vous trouvez ? ALEXANDRE. Chez moi. Qu'avez-vous fait depuis cet après-midi ? VéRONIKA. Qu'est-ce que vous avez fait avec votre vieil amant ? Je n'aime pas raconter.. Comment vous avez fait ? VéRONIKA. / / démarre. c'est très bien organisé. Mais je ne suis pas contente. Vous voulez boire quelque chose ? ALEXANDRE. Vous m'avez énervée.. Ils s'assoient sur le lit. J e peux très bien relancer mes vieux amants quand j ' e n ai envie. faites moi un café. Ah oui. Vous avez viré un malade. ALEXANDRE. // l'attire près de lui. Si de l'eau. Votre maquillage est défait. J e suis affreuse.. Ah oui. J e suis allée baiser. J e le faisais toujours bander. Regarder la télévision.^ ALEXANDRE. En fait je crois que j'ai fait ça uniquement contre vous. Ça m'excite plutôt. ALEXANDRE. Pourquoi le faire alors ? VÉRONIKA. Dès qu'il me voyait. Vous n'avez rien d'autre ? VéRONIKA.. Je vous dépose quelque part ? Oui. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Ils parcourent des couloirs et des escaliers d'hôpital. J e peux vous faire un café. Oui. Vous aviez quelques heures à passer.. Elle sent l'hôpital. Il y a un lavabo. . VéRONIKA. Vous m'avez vachement humiliée. J'avais envie d'être avec vous. SÉQUENCE 25 au téléphone. VéRONIKA. Elle se regarde dans la glace. mais vous avez une façon d'être affreuse qui vous va très bien. Oui. ALEXANDRE.

Fais-moi ce que j'aime. ALEXANDRE. Fondu. // l'embrasse. VéRONIKA. Quelle heure est-il ? VéRONIKA. Avant oui. On a le temps de faire l'amour ? VéRONIKA. ALEXANDRE. 95 94 . Pendant que vous ne regardiez pas. Vous pouvez la garder. Mais non. froid. Vous êtes belle. Non. ALEXANDRE. Non. il faut que je descende en salle d'op. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Bon. Jour. Mais non. Le matin. Qui allez-vous tuer aujourd'hui ? VéRONIKA. Arrêtez. Attendez.VÉRONIKA. Qu'est-ce que c'est ? VéRONIKA. VéRONIKA. Plus maintenant. Vous pouvez rester dormir si vous voulez.. Vous permettez. Je n'aime pas raconter. ALEXANDRE. En touchant ses seins. Je vous le fais si vous devinez. alors je m'en vais. Alexandre. il fait : Ouf ! ALEXANDRE. Vêtue de sa tenue d'infirmière. chaud. ALEXANDRE. C'est trop fatigant. je suis superpudique. VéRONIKA. / / touche plusieurs parties de son corps. Et les malades ? Les malades. Je vais travailler. Restez. ALEXANDRE. SÉQUENCE 25 A Dites-moi. VÉRONIKA. J e fais toujours ça. J'éteins la lumière. Quand je ne suis pas complètement ivre. ALEXANDRE. Vous fermerez la porte. Approchez.. VÉRONIKA. Véronika réveille Alexandre. VéRONIKA. Elle éteint la lumière. 7 heures moins le quart. Faites-le moi alors. C'est ma tactique. Non. VéRONIKA. Vous vous êtes servie de quoi ?. Elle se lève. Vous vous êtes déshabillée très vite l'autre jour. Il passe une main sous sa blouse et constate qu 'elle est nue en dessous. Voilà une clé. Les médecins ne vous font pas ça toute la journée. ALEXANDRE. Aidez-moi. Il m'a dit : déshabille-toi. Dégrafe son corsage. ALEXANDRE. Je vais me lever. jamais.

Elle est couchée mais ne dort pas. J'avais un cadeau pour vous. Alexandre la voit se déshabiller. pouvez venir par ici. Elle l'entraîne dans l'arrière-boutique. Marie porte des lunettes noires. MARIE. La cliente s'en va. Ils se détendent. laissant un creux entre eux. Son visage exprime la douleur. Ses yeux sont ouverts. Ils se regardent sans parler. A plusieurs reprises leurs regards se croisent. Il est 7 heures du matin. MARIE. Qu'est-ce que vous en pensez ? / / sourit. J e trouve que ça va bien. Lui aussi. // enfile le foulard qu'elle lui tend. commencent à sourire. Une cliente entre. Un foulard. Il feuillette des journaux féminins. Elle s'écarte. MARIE. je crois qu'il vous ira très bien. Alexandre entre. la prend dans ses bras. l'embrasse. VOUS Alexandre entre chez Marie. Alexandre s'assoit sur un étalage. 97 . s'approche d'elle.Elle l'embrasse et sort. Marie est seule. Elle reste silencieuse. passe dans l'arrière-boutique pour essayer une robe. Fondu. La boutique de Marie. Alexandre sort de l'hôpital. SEQUENCE 26 SEQUENCE 25 Le jour. se rapproche du mur. Il se déshabille et se couche près d'elle.

.. non ? MARIE... Alors. C'était fini. Même s'ils sont mal payés.... J e vous appellerai demain.. MARIE. Pour aller. Mais c'est évident... c'est : « l'homme de la rue ». marchant.. des femmes. Alexandre se réveille ou est réveillé. Moi je n'ai pas l'impression d'être « l'homme de la rue ». que c'était des images. lézardée... Qu'est-ce qu'elle voulait ? Que j'aille la retrouver. des vagabonds.. leur voiture... il va peut-être arriver des choses intéressantes. inutile. MARIE... commencent à « flipper » eux aussi.. pour ailleurs. comme si on pouvait voir le même endroit il y a 1 000 ans. J'ai envie de m'enfermer. Ou au moins. J e me suis endormi quelques instants. des hommes. Ils allaient.ALEXANDRE.. l'ancêtre. Parce que je commençais à en avoir marre que ces gens se sentent si bien. quelque chose comme le vestige d'une civilisation ancienne. à pieds. attendez. SÉQUENCE 27 La nuit. l'autoroute. Elle est ivre. Je pensais que les gens qui travaillaient étaient plus équilibrés que les autres. envahie par les herbes. les usines.. Mais pas pour aller quelque part.. / / raccroche. l'homme de la rue.. des HLM. nulle part. Alexandre prend l'appareil.. Marie insiste. Cette piste de bitume. Une boîte. Et les jeunes ne comprendront pas. je me suis endormi sur l'autoroute. ALEXANDRE. Non je suis fatigué.. Quel est ce bruit. Une fois. qui parlaient. j'aime assez que cette fille se conduise comme ça.. oui. ce n'était pas une idée.. Alexandre refuse de prendre l'appareil. téléphone au milieu de la nuit.. complètement fissurée. se bourre la gueule. Oui.. pas un mirage.... Marie allume une cigarette... les pyramides. .. je dormais. J'ai pensé qu'il n'y en avait plus pour longtemps. leurs vacances. avec leur famille. . Peut-être quelqu'un de très vieux. ALEXANDRE. je ne peux pas sortir. Oui.. Ce sont vos affaires.. pour employer un mot d'une saison et de deux cents personnes. tout était pareil. dans 1 000 ans.. des cinémas. le Parthenon.. Vous êtes aveugle ou quoi. Et j'ai vu. Marie décroche.. Si les gens qui travaillent.. Ça n'a pas d'importance.. Elle est dans une boîte. qu'ils faisaient semblant. Débrouillez-vous. Délabrée.. L'appartement de Marie. Et je me suis réveillé parce que ma voiture a heurté le truc du côté gauche qui sépare les deux sens. se souviendra encore et racontera aux jeunes qu'il y avait des cinémas. C'est Véronika. Elle tend l'appareil à Alexandre. MARIE. Avant me demandais-je : pourquoi continuent-ils à travailler. Ces lignes qui défilent. comme à la fin des films de Chariot. 99 . qu'il en serait bientôt fini de tout ça. j'ai vu. Et sur cette piste. Le téléphone sonne.. Pourquoi ne partent-ils pas... un sac au bord d'un bâton sur l'épaule. Pourquoi ne font-ils pas leur baluchon. Oui. des voitures. MARIE. de goudron. J'ai entendu une formule récemment. Faut toujours donner raison aux autres. essayant de garder les yeux ouverts.. Alexandre et Marie dorment (?) l'un contre l'autre. Elle est un peu paumée.. Je me suis accroché au volant. entre Marseille et Lyon.. qui bougeaient. Même s'ils font un travail merdique. Bonsoir.

ALEXANDRE. On peut tout demander à ceux qui acceptent de l'argent. Les voyous assassinaient au couteau et dans le dos. — l'homme de la rue.. Un nom pour chaque chose. Mon vieux. Ils restent.. Les duels c'était bien. On frappe à la porte. J'y ai souvent pensé. Elle raccroche. on ne peut pas le réveiller. On se battait entre gens de même monde. ALEXANDRE. En échange d'un soi-disant travail. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Marie se lève pour ouvrir. Pourquoi. La seule dignité est la lâcheté. Il y a une autre formule qui m'amuse. Elle va venir. Non.. et dans le dos. frapper à l'improviste.C'est fou ce que vous croyez encore en l'homme. De toute façon elle est tellement ivre.. Être ferme. En quel homme ? « L'homme de la rue ». — les classes les plus défavorisées. Allô ! Il dort. ils reviennent. Alors. Non Véronika. SEQUENCE 28 Le téléphone sonne. Quelle heure est-il ? MARIE. MARIE.. à la terre. Pour jouer la règle du jeu il faudrait avoir les mêmes armes. Ils viennent. — les mères célibataires.... Ils s'embrassent. MARIE. On leur dit : ne viens pas... et puis tu vois. Il fallait refuser.. vos amours commencent à m'emmerder. Je suis assez d'accord avec ça. e t c . Elle entend du bruit. Voyez. MARIE. MARIE. des gens acceptent de l'argent d'autres gens.. Elle n'est pas seule. il y a : — la bourgeoisie du textile. 101 100 .. Vous ne m'aviez jamais dit ça. Si elle a amené quelqu'un. Quand je fais l'amour avec vous. C'est : « les classes les plus défavorisées ». Non je ne peux pas le réveiller. Marie décroche... même de baisser leur pantalon. ALEXANDRE. des cascades ruisselantes.. Vous faites l'amour avec la mort.. MARIE. J'aime bien les gens qui désobéissent. Et savoir s'en servir. Vous n'aviez qu'à lui parler. On les met à la porte. on a envie d'être seuls un peu. On leur dit : partez. je ne pense qu'à la mort.. 4 heures. ALEXANDRE. Tu viens. foutez-les dehors.. Gomme les ivrognes qu'on refoule des bistrots.. Quoi. tu sais bien. .. à la cendre. ALEXANDRE.. Je n'aime pas la dignité. MARIE. MARIE. vous voyez des rivières.

je suis complètement pourrie. elle revient. MARIE. J'ai bu un maximum ce soir. Pure.. Dans mes poches. Elle tombe à genoux sur le lit. Elle ne peut pas payer son taxi. Jour.Marie se couvre d'un châle et ouvre. c'est la chose la plus belle qui puisse exister. C'est que vous baisiez tous les deux. VéRONIKA. Passant son bras sur le corps de Marie. Mais qu'est-ce que vous croyez. (Elle chuchote). la tendre. Véronika les regarde. ALEXANDRE. C'est Véronika qui se retire. J e vous aime comme une vieille folle. Alexandre les regarde longtemps et s'approche d'elles. Véronika a un rictus et répète le mot de Marie.. moi. Des gens qui baisent parce qu'ils s'aiment. Vieil Alexandre merdique... Non je voudrais que vous baisiez tous les deux. Et toi. Et pourtant je n'aime pas les femmes.. VÉRONIKA... MARIE. Quand il fait un geste pour l'enlacer elle se retire. Ils s'embrassent tous les trois. MARIE. la pure Véronika. Quelle heure est-il ? Vous n'allez pas travailler ? VÉRONIKA. Fais pas chier. Vous savez ce qui me ferait plaisir. MARIE. VéRONIKA. Je ne veux pas baiser. Avec mon vieux corps de femme de trente ans. Elle se tourne vers Marie. Tu es très belle. J e téléphonerai. MARIE. il a la queue en forme de bec de théière. Véronika les regarde. Il doit y avoir de la monnaie. Avec tes gros seins de femme de trente ans. VéRONIKA. Le type lui pelotait les fesses. Vieille Marie pourrie. Marie rit. . Alexandre caresse Véronika. 102 103 . Sa bouche rejoint les bouches des filles. Alexandre et Marie continuent à s'embrasser. Tu as vu.. Tu es très belle Marie. si tu veux baiser avec Alexandre. Elle se penche sur Marie. Marie attire Alexandre sur elle.. Ne faites pas attention à ce que je dis.... Alexandre se réveille.. J e peux venir dans votre pieu ? Véronika enlève sa robe. Il n'y a rien à boire ici. Ecoute. Véronika est réveillée. tu es la douce. Marie règle le taxi. Ma chérie je crois que tu as assez bu. Véronika se penche sur Alexandre et l'embrasse. J'en ai rien à foutre. VéRONIKA. VÉRONIKA. Marie dort près de lui. J e vous dérange peut-être. Ma Chérie.. de sa vieille queue. Marie se recouche. SÉQUENCE 28 A Elle se redresse... VéRONIKA. Vous étiez peut être en train de baiser. Il ne demande que ça. Vous vous aimez. J e n'ai pas envie d'Alexandre. ALEXANDRE. VÉRONIKA. VéRONIKA. ah Putain. Tu as vu tes jambes. Véronika entre. Elle l'embrasse sur la bouche. Véronika se penche sur Alexandre. Ils s'embrassent sur le corps de Marie.

105 104 . . ALEXANDRE. Alexandre et Véronikafont des courses. MARIE. ALEXANDRE. Oh ! non.. Ils cherchent le rayon des boissons. déjà en train de préparer le repas. Vous verrez. Dans un super-marché (genre Inno). A la cuisine. Ils y arrivent. Alors on prendra un whisky ordinaire pour boire avec du Coca. VÉRONIKA. Formidable. Avec celui-là c'est criminel. SÉQUENCE 29 Dans la cuisine. 1 VÉRONIKA. Marie a invité des amis. nous allons nous régaler. Véronika sort. 7/ regarde les étalages. Elle est avec son amant dont on ne voit pas le visage.. Voyez. Alexandre regarde la personne qui le pousse. aimez ce whisky ? VÉRONIKA. C'est Philippe. ALEXANDRE. j'en ai parlé à Marie. Alexandre embrasse Marianne comme une vieille amie. Il la serre dans ses bras. L'escalier de l'appartement. MARIE. J e ne supporte le whisky qu'avec du Coca. Non. nous y sommes arrivés directement. Machinalement. Non. Ils entrent. ALEXANDRE. Ils ne diront rien si je suis là. Ecoutez. On ne voit que des cheveux qui sont moyennement longs. Des amis à vous. Qu'est-ce que vous faites ? Un lapin à la moutarde. Dans un panier il y a des légumes et plusieurs bouteilles d'eau minérale. Ils passent entre les rayons en poussant un panier roulant. il y a Marie et Marianne. J e ne me trompe jamais sur la direction à prendre quand je cherche l'alcool. Et celui-là. ALEXANDRE. Choisit un vieux whisky. // déballe. j ' a i promis de m'occuper des boissons. ALEXANDRE. Ils montent les paquets. Je reviens. Il n'y a rien à grignoter en attendant. elle est d'accord. ALEXANDRE. VOUS J'ai une chose à vous dire : il y a un invité supplémentaire. Des gens poussant leur panier passent près d'eux. ALEXANDRE. (à Véronika) Vous allez voir.Il prend aussi une bouteille d'eau de vie de Poire Williams. mais ils sont très bien. vous venez. Il porte un verre à Marie. VÉRONIKA. Qui ? MARIE. Alexandre parait très déçu. On s'est chargé des boissons. Non. j'espère que vous n'allez pas vous conduire comme un con. MARIE. Alexandre débouche une bouteille de vin. Vous le goûterez.. des amis à elle. ALEXANDRE. C'est Gilberte.

ALEXANDRE. Passez une bonne soirée. VÉRONIKA. Vous salissez tout ce que vous touchez. Il prend les deux bouteilles de whisky qu'il fourre dans ses poches. Écoutez Alexandre. Il descend de la voiture. Elle l'insulte. Il n'en est pas question. les traits déformés par la douleur et la colère. Qu'est-ce qui s'est passé ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. A cause de moi. Si vous partez. écoutez.. MARIE. Mais pourquoi ne m'avez-vous rien dit ? MARIE. ALEXANDRE. Elle crache au visage d'Alexandre à travers la vitre. J'ai pris des bouteilles. pomper les gens. C'est un ami de Charles. ALEXANDRE. ALEXANDRE.Alexandre passe de la déception à la colère. Si vous voulez que je m'en aille. Prendre. VéRONIKA. Vous êtes un sale. VÉRONIKA. 107 Marie sort de la maison en proie à une crise de nerfs. Vous ne dites que des choses sales. Taisez-vous. ALEXANDRE. Je ne supporte pas ça. // lui laisse un paquet de cigarettes. Je vous expliquerai. Dans la rue. un paquet à la main. Oui ça. Vous avez des cigarettes. Bon. C'est vous. VÉRONIKA. Je vais revenir. 106 . Il ne la met pas en marche. Il sort. Elle fait très bien le lapin à la moutarde. je ne marche pas. Non. Il presse sa main dans la sienne. Ce que vous avez essayé de faire. pas du tout. Ils vont dans la voiture.. Vous me dégoûtez. J'en ai marre. Vous ne faites jamais rien pour personne. Vous me dégoûtez. MARIE. Partez. Non. C'est eux qui l'ont invité. ALEXANDRE. MARIE. ALEXANDRE. Vous êtes ignoble. Rien du tout. C'est lamentable. Bravo.. détendu. Ils l'ont rencontré. Oh. Allons dans la voiture. MARIE.. Elle est suivie par Marianne qui essaie de la calmer. ce n'est pas sale ? MARIE.. Si ça doit arranger les choses. On va pouvoir se saouler la gueule. Pourtant. effectivement beaucoup trop fort pour moi. Dans l'appartement Marie est assise sur le lit.. Non. Qu'est-ce que vous voulez ? Laissez-moi tranquille. et bien je m'en vais. Non. N'importe où. Ah non. MARIE. // est calme. Alexandre entre et marche de long en large. Elle a invité un type que je ne veux pas voir. C'est dommage quand même. Ce soir tout allait bien. Elles passent devant la voiture. je partirai avec vous. Marianne est assise. Un drame. Il rencontre Véronika qui revient. Elle rentre chez elle toujours suivie de Marianne.. cela aurait été très fort. Alexandre. Allez baiser avec le monde entier. Mais enfin Alexandre. c'est tout ce que vous savez faire. Trop fort pour vous. je suis furieux. Je vous aime. ALEXANDRE. Attendez. MARIE. Non. Mais vous êtes incapable de donner. je ne le savais pas. ALEXANDRE. qu'avez-vous essayé de faire ? Qu'avez-vous voulu prouver ? Vous saviez très bien ce qui allait se passer. ALEXANDRE. Vous voyez je ne crois pas que ça s'arrange. ALEXANDRE. Il faut toujours tout faire pour vous. Marie revient. Bon appétit.. Excusez-moi. Je pensais que pour une fois vous seriez capable de faire quelque chose pour moi. ALEXANDRE. J e ne le savais pas. Il y a un petit changement de programme. Je n'ai pas envie de me saouler.

Non. Véronika s'approche de Marie. vous vous sentez tranquille. pas maintenant. pas nouvelle. MARIE. Il ne savait pas ce qu'il faisait. Vous avez laissé faire les autres. J e vous sers. Les femmes ne parlent pas. Et un jour. (AIME. Elles s'embrassent sur la bouche.. J e t'appellerai. si vous vous sentez mal. VOUS n'aviez qu'à refuser.. vous savez j'aime beaucoup Marie. Marianne prend son manteau. les gens baisaient.. Vous ne savez pas. Marie a changé de visage. il n'y a pas un remède ? des piqûres. ALEXANDRE. Depuis le premier amour. Il faut prendre de la vitamine « M ». Moi non plus. je t'expliquerai. coiffée par Véronika.. souffrir comme ça. Marianne prend le téléphone. Ne bouge pas. Et ça a été le premier amour. VÉRONIKA. embrasse Marie. Véronika s'assoit. Vous savez. ALEXANDRE.. Tout le monde avec tout le monde. C'est très bien. J e t'en prie Véronika. Alexandre rejoint Véronika dans la voiture. MARIE.. Elle s'en va. MARIE. C'est leur « disque ». Véronika commence à maquiller et à coiffer Marie.) Alexandre met quelques instants à comprendre. Alexandre met un disque auquel Marie est sensible. Plus tard. s'accouplaient. pour maigrir. J e suppose que vous n'avez plus faim. C'est le grand jeu. Il y a des gens qui font des tas de choses. allô. qui prennent des tas de trucs pour se couper l'appétit. Elle est plus détendue. parce que vos amis invitent quelqu'un. Vous me faites doucement rigoler tous les deux avec vos histoires. Très détendue. pour lui tout seul. au commencement des temps.. Vous qui opérez des cancers. Celui qu 'ils écoutaient quand ils se sont connus. Merci d'avoir attendu. Ça devait être bien.. Ils devraient faire une bonne séance comme ça de temps en temps. Il a dit : « Elle est à moi. mais vous ne savez pas que l'irresponsabilité aggrave les crimes. Pour le lapin. ALEXANDRE. Alors. Véronika recommence le maquillage. Vous ne l'avez même pas invité par provocation. MARIANNE. peut-être. peut-être à la terrasse. une opération.. Foutez-moi la paix. Qu'est-ce qu'il se passe ? MARIE. avant.. MARIE. On va quand même ouvrir ces bouteilles. Vous ne voyez pas combien vous êtes ridicules tous les deux.. n'y touchez pas ». MARIANNE. Alors. ALEXANDRE. L'estomac noué. Alexandre reste sur le lit. // remplit trois verres. Ils reviennent dans l'appartement. VéRONIKA. Laisse-moi parler. VÉRONIKA. partez. ALEXANDRE. Alexandre s'adresse à Véronika. vous vous sentez le courage.. T U ALEXANDRE. ALEXANDRE. compose un numéro. Vous n'avez jamais cherché un remède pour arrêter cette souffrance. quelqu'un a décidé de garder une femme pour lui. Non. nous allons monter mais si quelque chose ne va pas. Allô est-ce que monsieur Charles Lemoine est là s'il vous plaît. sans problèmes. ce ne sont pas ces querelles qui y changeront quelque chose. J'adore ça. VÉRONIKA. 109 . vous n'y êtes pour rien. VÉRONIKA. Elle n'est pourtant 108 ne veux pas maquiller Alexandre. Impossible de manger.. qui guérissez les douleurs les plus invraisemblables. je viens vous rejoindre tout de suite.. Maquillée. Tu permets que je te maquille.ALEXANDRE.

MARIE. Il écarte les bras. // se tourne. Combien il en faut pour dormir. Alexandre vient sur elle. C'est Veronika qui revient à l'attaque. MARIE. Elle prend une boite de cachets que Veronika a apportée.C. Laissez-la. Ça lui ferait pas de mal. Un ou deux. Elle revient. Il s'est mis contre le mur.. Marie les regarde. vous semblez aimer les gens. Allez baiser n'importe où. Il la repousse. Face à face. Alexandre bondit. Mais foutez le camp. Veronika écarte la main de Marie. je peux aller dans l'autre chambre. C'est votre problème et vous le savez. Partez. il faut faire quelque chose. VERONIKA. Elle se cabre. VÉRONIKA. Excédée. VÉRONIKA. Je vous assure. Il l'accroupit de force sur les W. Et de temps en temps vous êtes gentil. Tais-toi. j'en ai marre. ALEXANDRE. Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir. Marie met une main sur sa poitrine. Alexandre la laisse et revient dans le lit. Faites ce que vous voulez. Non. Foutez le camp tous les deux. Furieusement. Vous ne vous rendez pas compte que vous êtes le plus heureux des hommes. Marie revient chancelante. VÉRONIKA. 110 . Commence à lui faire l'amour. Il se met au milieu. les regarde. VÉRONIKA. Baisez-moi. ALEXANDRE. Il se retourne d'un bond et revient sur elle. ALEXANDRE. Toute la boîte. Les deux filles viennent dans le lit. VÉRONIKA. MARIE.. Allez ! Ouste ! Je liquide. Marie crie. Non. Tout va bien. Vous avez des rapports drôlement merdiques avec les femmes. Voyant le danger écarté. agressivement. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? VÉRONIKA. Alexandre. J'en ai assez. Il faudrait qu'il se fasse un peu enculer. Foutez le camp. Marie commence à vomir. MARIE. Vous devriez essayer. Elle dit à l'oreille d'Alexandre. Ça lui ferait du bien. Elle vomit encore. Si vous sortez comme ça. Plus tard. baisez-moi. Rien. Veronika gémit. Votre 111 Sur les couvertures Veronika cherche à poser sa main sur le sexe d'Alexandre. VÉRONIKA. Vous êtes dans un pieu avec deux nanas qui vous aimentALEXANDRE. Elle fait ce qu'elle veut. . VÉRONIKA. Alexandre. ça vous ira très bien. Ils recommencent à faire l'amour. Maintenant je dors. Mais non. Laissez-moi tranquille. Alexandre est couché. Allez baiser à l'hôpital. Elle embrasse ses épaules. Il prend Veronika dans ses bras. VÉRONIKA. MARIE. s'écarte de lui brutalement. Laissez-moi tranquille. Elle va à la salle de bains. Ne bouge plus. Mettez-vous au milieu. ALEXANDRE. MARIE. Elle avale toute la botte. Alexandre et Veronika sont dans le bar. Je n'aime pas être au milieu. Les deux filles maquillent légèrement Alexandre qui ne réagit pas. Baisez-moi. ça va. Marie se lève. Si je vous gêne. Partez. Il bondit du lit. vous allez exciter un maximum de mecs. Veronika vient sur son épaule. Elle hurle. Elle essaie d'embrasser Veronika qui la repousse. Elle enfonce sa main sous les draps et cherche à nouveau son sexe. Entre les deux filles. mais vous avez des rapports merdiques. ALEXANDRE. Arrêtez de déconner. Ça va pas non. baisez-moi. VÉRONIKA. Calme-toi. Attrape Marie par les cheveux et enfonce violemment ses doigts dans sa bouche.VÉRONIKA. MARIE. Elle jette contre les murs tout ce qui lui tombe sous la main.

Vous vivez avec elle. Et bien. Quelle chose ridicule. Elle m'embrasse. Et oui. mais Marie n'est pas simple. Et on s'est quittés comme ça. elle m'appelle « Ma chérie ». vous vous lavez avec elle. Vous aimez Marie. Je voudrais un autre whisky. vous avez dû la rendre très malheureuse. Souriez. très beau. ALEXANDRE.. Pour qu'elle soit avec cet espèce de mec merdique. Comme je vous déteste. je ne sais pas ce que vous lui avez fait.. Comme vous êtes con. Elle remonte. Non. Je me souviens maintenant de cette histoire que racontait le type du Mahieu et que j'avais oubliée. J'ai pensé à vous dans les chiottes. et vous m'avez fait beaucoup de bien. et la blennorragie est une maladie de la pine. Vous êtes content. mais elle devait vous aimer. ce n'est pas pour elle. VéRONIKA. « Ma rage d'aimer donne sur la mort comme une fenêtre sur la cour » et quelqu'un a écrit dessous « Saute Narcisse ». Elle/ait une grimace grinçante. la mixomatose est une maladie du lapin. Elle ricane.. Et puis vous deviez bien la baiser. ALEXANDRE.Gilberte. c'est simple. Mais vous non plus vous n'êtes pas simple. ou alors folle. Vous êtes bien tous les deux avec vos élans merdiques. VéRONIKA. » Elle ricane. c'est pour vous. Très. VéRONIKA. Si je viens chez vous. c'était très simple. Vous aimez une femme et vous en baisez une autre. Vous êtes arrivé dans ma vie à un moment. Descend aux toilettes. Il y a un graffiti. Oh là. Vous l'avez rendue folle. là. Voulez-vous la faire ? VÉRONIKA. c'est pas merdique. Ces histoires de 5 heures et demie du matin.. Mais vous n'êtes pas bien. Elle se lève. Et l'amour c'est pas ça.. vous chiez avec elle. Vous avez peut-être raison. VéRONIKA. Tout ça à 5 heures 25. VéRONIKA. Mais je vous aime. J e ne suis pas très doué. Vous savez je n'aime pas dire du mal des gens. Vous êtes con ? Et c'est comme ça. Il y a une chose qui me ferait plaisir. Elle l'écarté. parce que vous n'êtes pas mal au pieu. Vous ne m'aimez pas. 112 113 . Parce que je vous aime beaucoup. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. Voilà. Peut-être que je n'ai pas la vocation de la vie. Ça vous a fait penser à moi. VÉRONIKA. quoi que je dise. c'est tout. vous dormez avec elle. Et pourtant je vous aime. Vous pouvez être très gentil. elle prend ma main. J e ne pense qu'à vous. ALEXANDRE. Il disait : « Savez-vous qu'elle est la différence entre la mixomatose et la blennorragie ? » Vous le savez ? Non. Ça vous ressemble non ? ALEXANDRE. Quand je vivais avec l'homme aux yaourts. Surtout si vous l'avez dépucelée. Oui. Même quand ça se termine. 77 tend une main vers elle. Comment peuton dire : « Vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé ». Vous me voyez dire ça : « Alexandre comme vous êtes beau. Et avec Marie vous faites un couple merdique. ALEXANDRE. Moi les histoires de cul me font chier un maximum.. Parce qu'elle aurait dû rester avec vous.

. Il revient dans l'appartement avec deux ou trois roses. qui peuvent claquer.. qui se sent pas gênée du tout.. La garde de nuit qui vient.. qui se fout au lit avec le malade. Bonjour Alexandre. Ce sera de la vôtre.. malade des poumons. MARIE... J e vais acheter des cigarettes. Dans la rue. Je lui ai dit que vous étiez malade. Véronika prépare sa seringue et fait la piqûre à Alexandre. Vraiment. Le soir.. vieux polack. il lui en a fait voir. Une piqûre de quoi ? MARIE. Alexandre ? ALEXANDRE. C'est vraiment pour te faire plaisir. Véronika. discrète. J'ai acheté une bouteille de Ricard pour Véronika. Et Véronika a apporté une bouteille de whisky pour nous.VéRONIKA. vous vous sentirez très bien. J e sais de moins en moins de choses. Marie est très agressive et douloureusement ironique. Il la voit. MARIE. VéRONIKA.. Près de la cheminée. VÉRONIKA. Le métier d'infirmière c'est un métier assez horrible par moment. A partir de quarante-cinq. .. SÉQUENCE 30 Véronika se sert un verre de Ricard. Elle rit. Mais moi. c'était avec des vieux cancéreux qui avaient des trous dans le cou.. Elle boit. il était très mauvais.. cinquante ans. le premier macchabée que j'ai vu. Après. C'est toujours l'hiver.. il a insulté ma vieille grand-mère. Il ne fait pas semblant d'être surpris par la présence de Véronika. Un taxi s'arrête. qui est resté tubar. Elle ne voit pas Alexandre. VéRONIKA. VÉRONIKA. Véronika est à l'intérieur. quand j'étais de garde. Les deux femmes sont sur le lit. Alexandre met les roses dans un vase. Chez Marie.. Je ne sais rien du tout. Elle va venir. Contrairement à ce que pense Alexandre. Vous savez Alexandre. Dans vos belles veines. Assises. Je vais vous faire une piqûre de vitamine C intraveineuse. Véronika a téléphoné. Il a horreur des piqûres. Et sur ce. C'est pas du tout son genre de s'éclipser.. On n'est pas du tout insensible aux gens qui souffrent. ALEXANDRE.. c'était mon grand-père. la blonde slave s'éclipse. Il entre au bureau de tabac. Il sort. s'éclipse.. 115 114 . Et jusqu'à sa mort. Elle boit.. avec une vieille odeur de pourriture et de maladie qui se trimbale. J'aimerais bien tu vois. Mais il était complètement dingue. Où allez-vous ? ALEXANDRE. MARIE.. Vous êtes malade.. MARIE.. Que savez-vous de ce que je pense ? MARIE. qui crachotaient. il s'est mis à égrener son chapelet. Vous verrez. VéRONIKA. il traverse le boulevard et entre chez un fleuriste. Il y a Marie et Alexandre. Vous voulez que je vous fasse une piqûre. Ce ne sera pas de ma faute. Vous allez avoir un petit hématome parce que vous ne vous êtes pas fait une petite pression. qui fait ses piqûres.. qui se fout à poil. Elle portera des médicaments. gargouillaient. Il a peur des piqûres.

Se lave les mains. moi on ne m'a jamais épousée. Il faudrait peut-être le reprendre sous les bras. Véronika et Marie parlent. Moi. qui venaient bouffer un maximum à la maison. Avec vous c'était le superpied. c'est super-suffisant. Véronika pose une main sur les cuisses de Marie.. Vous avez de la chance Alexandre d'avoir deux nanas qui vous aiment et qui ont une histoire entre elles. Il ne faut pas me faire de cadeau. Tu as déjà vu Véronika reprendre quelque chose sous les bras. Je t'ai dit.. J e peux savoir de quoi il s'agit. Silence. avec mes quinze berges. Non. Véronika les écarte d'un geste violent. Alexandre trouve que j'ai le corps d'une négresse... VÉRONIKA. par un vieil externe. Comme c'est amusant et comme je m'amuse. Va à la salle de bains. MARIE. VÉRONIKA. Viens là Véronika. cristallisé parce qu'il a pensé que j'étais une nouvelle Gilberte.. MARIE. Elle est au bord des larmes. sur un fauteuil roulant. etc. MARIE. Elle boit. Quelle chance. VÉRONIKA. je t'aime beaucoup. J e lui ai dit : «Je veux que tu me baises. Tu n'es pas blonde avec les yeux bleus mais tu n'es pas une noire. j'avais quinze ans. MARIE. Tu sais. le cul ballottant un maximum. Alexandre. il a 116 Les deux femmes répondent en même temps. gardé par une supernénette qui vous filera des gouttes dans le nez ou autre part. tout le quartier a défilé. qui faisait un maximum de crédit à ma grand-mère. 117 . à vingt ans. Et ma grand-mère la vieille polonaise superstitieuse le voyait bouger. Un maximum de cinéma. je suis conne. Arrête de déconner. Moi j'ai jamais fait un mariage social. VÉRONIKA. en salle de garde. Et quand il est mort. Il grimace devant la glace pour accentuer sa fatigue. ALEXANDRE. Une nouvelle Gilberte qui se promenait le cul à nu. Vous faites semblant de dormir. les grenouilles de bénitier. On disait : « C'est un Saint qui est mort ». VÉRONIKA. Il revient. Une vieille Gilberte impudique. MARIE.. MARIE. Je me suis fait dépuceler. c'est un super-cadeau. VÉRONIKA. Mais j'ai peur que ce soit un peu grand.. Quand vous serez vieux. VéRONIKA. MARIE. vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé. Boit. Tu as eu de la chance de faire un mariage social. Vous avez rencontré une vieille Gilberte pute. ALEXANDRE. Mais je comprends quand même beaucoup. Il sait très bien que tu n'es pas une négresse. Non. C'est une histoire entre nous. sa douleur. Alexandre cristallise un maximum sur les blondes aux yeux bleus. MARIE.C'était devenu le mystique du quartier. J ' e n veux pas. Marie tend ses bras vers Véronika. Elle éclate de rire. vous ne pouvez pas savoir. Et j'étais là. socialement. Non. Il est toujours en retard celui-là. parce que je suis très aimable. Vous voulez qu'on fasse du cinéma. Elle remplit son verre. Si c'est une histoire entre vous.. VÉRONIKA. Tu m'as raconté. J'avais jamais flirté. Vous avez rencontré une vieille Gilberte non pucelïe. Et l'épicière du coin. mais vous pouvez continuer à parler. le voyait bouger aussi. Tiens un ange est passé. De toute façon. Alexandre se lève. Si vous saviez comme je me sens bien en ce moment. Mais je ne suis pas blonde avec les yeux bleus. J'ai envie de te faire un cadeau. J'ai fait un mariage social. Elle ne finit pas sa phrase. Il y avait un maximum de prêtres qui se faisaient engraisser. tous les deux ensemble. Et je le voyais pas bouger. . je veux que tu me dépucelles ». qui se droguait à l'éther. tu vois. VéRONIKA. Tu sais. Quand il m'a rencontrée.. Mais non.. c'était par hasard. Vous pouvez pas mettre un vieux disque ? ALEXANDRE. Vous savez. VÉRONIKA et MARIE.

tu peux te faire baiser par n'importe qui. qu'est-ce que ça veut dire putain. Votre sexe Alexandre n'a pour moi aucune importance. tu peux toujours causer mais je t'aurai. Non. . De vous deux ou de nous trois. parce que ce que je dis je le pense réellement. Et je le dis devant Marie. je te permets... y a que des sexes. comprends-le.. Elle chante. Devinez qui se prend au sérieux. tu n'es pas une pute. MARIE. Que je vous aime.. qui se fait baiser n'importe comment. Et je pourrais rester tout le temps avec vous tellement je suis heureuse. je ne joue pas la comédie. c'est pas ça. Ce qui n'arrive pas toujours... Est-ce que c'est une pute ? Il n'y a pas de putes. Et l'autre qui me regarde avec les yeux en couilles de mites. . Y a que des cons. . pas de caresses vaguasses. La dernière fois ce n'était pas comme ça.. Alexandre.. j'en ai rien à foutre. Votre petite tête qui comprend tout. Permets-moi. Elle rit. . Regarde-le comme il a un super-complexe avec son sexe. Mais. Comprenez-le au moins une fois pour toutes que j'en ai rien à foutre. d'un air sournois. Pour moi il n'y a pas de putes. VéRONIKA. en pensant : oui ma petite.. Et je me fais baiser par n'importe qui. Comprenez tous les deux une fois pour toutes que pour moi 118 . qui raconte de grands trucs grandiloquants et absolument ridicules. D'Alexandre et de moi. pour une sombre histoire de cul. parce qu'elle n'est pas bien grande votre tête.. MARIE. elle se sert un autre Pernod. VÉRONIKA. Vous avez eu une super-chance d'avoir deux nanas qui vous aiment et qui s'aiment bien. MARIE. 119 . et on me baise et je prends mon pied..... Permets-moi. permets-moi au moins une fois. Mais qu'est-ce que vous croyez ? Enfin en ce qui me concerne. Alexandre s'allonge. Il n'y a pas de putes sur terre. Alexandre caresse les seins de Véronika. Marie. ferme les yeux.. Votre sexe Alexandre qui me fait tant jouir. J e vous en prie Alexandre. . je t'en prie Marie.. hein. ou par son crémier ou par son plombier. Votre sexe. Ce n'est pas triste. et prétentieux. La femme qui est mariée et qui est heureuse et qui rêve de se faire baiser par je ne sais qui. Ce qui est très amusant entre nous.... J e me sens aimée par vous deux.. Elle parle. Qu'est-ce que vous croyez. Et je vous aime..souvenez-vous de ça. c'est qu'il y a quelqu'un qui se prend au sérieux et quelqu'un qui ne se prend pas au sérieux. Et que vous vous baisiez.. VÉRONIKA. Qu'est-ce que tu crois... Tu peux sucer n'importe qui. Elle regarde Alexandre.. putain.. Elle se sert un Pernod et le boit. Et tu le comprends certainement. Pour moi une fille qui se fait baiser par n'importe qui.. je commence à être saoule et je bégaie et c'est absolument horrible. Mais qu'est-ce que vous croyez. les histoires de cul n'ont absolument aucune importance. Elle parle.. Et marquez ça dans votre petite tête. MARIE. qu'en tripotant les seins d'une femme ou son sexe. par le patron de son mari. . VÉRONIKA. Il n'y a pas de putains. ou par je ne sais quel acteur merdique.. De nous deux. Mais je suis bien d'accord. n'est pas une pute. Et sur ce. Regardez. Elle écarte ses mains. c'est super-gai. Violemment Véronika éclat/ en larmes. Elle se tourne vers Marie. c'est tout. Pour moi il n'y a pas de putes.. Et que je suis tellement heureuse avec vous deux. Écoute.

Et on m'a souvent baisée dans le vide. vous allez être bien.. c'est n'importe quoi. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. il faudrait faire un maximum.. Absolument pas. les super-couples libres.. On est superheureux ensemble. Et je me suis fait baiser. si je pleure. parce qu'il m'aimera. Il faudrait m'exciter un maximum. Quelle chose récente. Elle ricane. Rien à foutre. Me faire encloquer. J e ne suis pas saoule. Si vous saviez comme je peux vous aimer tous les deux. Mais c'est pas un reproche que je fais. Et qu'est-ce que tu crois. On m'a désirée parce que j'avais un gros cul qui peut être 120 121 . Et après. pour me le faire enlever et pour me faire baiser. Et je ne suis pas saoule. j'ai un tampax dans le cul. Elle pleure. je crois qu'un jour un homme viendra et m'aimera et me fera un enfant. J e pleure sur toute ma vie passée. tu sais. Si on a envie de faire un enfant. le baisage chronique. Qu'il n'y a qu'une chose très belle : c'est baiser parce qu'on s'aime tellement qu'on voudrait avoir un enfant qui nous ressemble et qu'autrement c'est quelque chose de sordide. Quand mes yeux sont maquillés ils sont pas mal non plus. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Et pourtant le baisage j'en ai rien à foutre. Tu baises d'un côté chéri. Comme les gens peuvent se leurrer. Il n'y a que moi pour être baisée comme ça par toi. c'est très peu. au contraire.. Fondu. je baise de l'autre. Ah ! comme je t'aime. J'ai de très jolis seins qui sont très désirables. T .. Tu me baises bien. à vingt ans. c'est une merde. Tu vois Marie. Il n'y a qu'un toi. Mais putain. tu sais. éventuellement désirable. Marie. Silence. Vous en avez rien à foutre. Si les gens pouvaient piger une seule fois pour toutes que baiser c'est de la merde.. ma vie sexuelle passée. Et beaucoup d'hommes m'ont désirée comme ça. il n'y a qu'un moi. on sent qu'on s'aime. Un couple qui n'a pas envie de faire un enfant n'est pas un couple.. Dix-neuf... tu sais. je te parle parce que je t'aime beaucoup. On se retrouve.. Quelle chose horrible et sordide. Ma tristesse n'est pas un reproche vous savez.. Comme vous pouvez être heureux ensemble. Tant d'hommes m'ont baisée. Et l'amour n'est valable que quand on a envie de faire un enfant ensemble. Comme on est bien. Mais tu sais.... vingt ans.. Il ne faut baiser que quand on s'aime vraiment. Regardez tous les deux. qui est si courte. Pourquoi est-ce que vous accordez autant d'importance aux histoires de cul ? Le sexe.. j'ai pris un maximum d'amants. Et je suis peut-être une malade chronique. Ma bouche n'est pas mal non plus. J e me suis fait dépuceler récemment. Cinq ans de vie sexuelle.. Comme Us peuvent croire. C'est une vieille tristesse qui traîne depuis cinq ans. tu crois que je m'apesantis sur mon sort merdique. On me baisait comme une pute. Quelle chose amusante. Ils m'ont désirée... dans le vide. Et comme ça peut être indépendant d'une histoire de cul. quelle chose sordide et horrible. mais ça me ferait chier un maximum hein ! Là... c'est une poussière. J e ne dramatise pas.

DERNIÈRE SÉQUENCE Ils sont tous Us trois chez Marie../ / ne répond pas. Vous n'avez pas faim. VÉRONIKA. Qu'est-ce que c'est gai. Elle met un disque. Allez ! Tirez votre coup. VÉRONIKA. « Don Juan » ? Marie est sur le lit. Qu'est-ce que tu mets. Mais qu'est-ce que vous écrivez ? Votre vie. Pas de griefs très graves. Silence. MARIE. . J'ai l'habitude. Tu n'as pas faim ? Tu n'as pas envie de manger ? Marie ne répond pas. Elle revient vers le lit. Le disque s'arrête. C'est gai. C'est ça allez-y. Prend son sac. Pas d'ivresse merdique. Alexandre ? 122 (1) Texte de la chanson attesté dans le film. Ça y est. MARIE. Elle reste sur le litw. (« Les amants de Paris ») « Les amants de Paris couchent sur ma chanson A Paris les amants s'aiment à leur façon Les refrains que j'leur dis sont plus beaux qu'les beaux jours Ça fait des tas d'printemps et l'printemps c'est l'amour Mon couplet s'est perdu sur les bords d'un jardin On m'l'a jamais rendu et pourtant je sais bien Qu'les amants de Paris m'ont volé mes chansons A Paris les amants ont de drôl's de façons Les amants de Paris se font à Robinson Quand on marque les points à coups d'accordéon Les amants de Paris vont changer de saison Entraînant par la main mon p'tit brin de chanson Y'a plein d'or plein d'iilas et des yeux pour les voir D'habitud' c'est comm'ça que commenc'nt les histoir's 123 MARIE. MARIE. Alexandre est à son « bureau » il écrit. Elle met un disque d'Edith Piaf. Ras le bol comme disait l'autre. Tapez vous sur la gueule. Vous n'avez pas envie de manger. Prend sa veste. Alors ras le bol. Vous ne voulez pas me raccompagner Alexandre ? Alexandre se lève. Non. Alexandre écrit. Echangez des propos désagréables et tirez votre coup. Véronika va vers Alexandre. Bonsoir.. Ils boivent. VéRONIKA. tu fais tes bagages. C'est beaucoup plus grave (elle rit). . VéRONIKA. Il y a de la musique (?) Ils ont bu. Véronika est la plus ivre.

.Alexandre raccompagne Véronika en voiture. Je suis peut-être enceinte de vous. Elle rit encore. Il traverse la cour de l'hôpital. ALEXANDRE. VéRONIKA. Partez. Vous me dégoûtez. Vous êtes minable. Il veut la retenir. Je vous raccompagne. VÉRONIKA. Alexandre le voit et s'en va. Elle rit hystériquement. 125 . Est-ce que vous m'aimez ? Elle n'arrête pas de rire. J e vous amène jusqu'à votre chambre. ALEXANDRE. Ne me touchez pas. Vous n'êtes même pas capable d'assumer l'ivresse des gens que vous aimez. Il va vers la voiture. Elle a un bras sur son visage. Voulez-vous m'épouser ? // la secoue toujours.. . VÉRONIKA. On ne sait plus si elle rit ou pleure. J e vous aime. Que venez-vous faire ici ? Elle parle comme Madame Bovary. Oui. Lui du sien. Arrêtez.. Qu'est-ce qui vous prend ? VéRONIKA. Lui prend le bras. Elle lefrappeavec son sac. Les amants de Paris se font à Robinson A Paris les amants ont de drôl's de façons J'ai la chaîne d'amour au bout de mes deux mains Y'a des millions d'amants et je n'ai qu'un refrain On y voit tout autour les gars du monde entier Qui donn'raient bien l'printemps pour venir s'aligner Pour eux c'est pas beaucoup car des beaux mois de mai J'en ai collé partout dans leur calendrier Les amants de Paris ont usé mes chansons A Paris les amants s'aiment à leur façon Donnez-moi des chansons pour qu'on s'aime à Paris »• (Paroles et musique Léo Ferré et Eddy Mamay) 124 Elle crie. Il la lâche. VÉRONIKA. Elle descend de son côté. VÉRONIKA. Il arrête la voiture. Puis. Il se met à courir pour la rejoindre. Elle répond. Il reste derrière. elle se raidit. Qu'est-ce que vous faites là ? Laissez-moi. ALEXANDRE. Elle éclate de rire et tombe à la renverse sur le lit. Sa crise continue. Il arrive dans la rue. Dans sa chambre. Vous me dégoûtez. Oui. il repart vers l'hôpital. Elle marche très droit et très vite. Elle répond. ALEXANDRE. Véronika enlève sa robe lorsque la porte s'ouvre brutalement. Ah ça suffit. Elle rit encore un peu et s'arrête. Il la rattrape dans la cour de l'hôpital. Elle la jette. Ma clé. Il s'arrête. Au bout du couloir un homme en blouse blanche vient voir ce qui se passe. en courant. Vous savez je marche très droit quand je suis saoule. VÉRONIKA. Elle crie. Il ne bouge plus. Elle hurle. // s'approche. Alexandre s'accroupit sur le lit et la secoue par les épaules. ALEXANDRE. Si vous voulez. Alexandre entre. Ah oui. Rendez-moi ma clé. VÉRONIKA. ALEXANDRE. VéRONIKA. elle lui arrache la clé. Encore.. Elle rit de plus en plus. Elle le regarde. Elle marche très vite et avant même de disparaître sous le porche Alexandre s'aperçoit que quelque chose lui échappe. Encore votre vieille ivresse. Elle ricane. Lâchez-moi. ALEXANDRE. Marchez pour voir. VÉRONIKA. ALEXANDRE.

Je vais dégueuler. si vous voulez m'épouser. VÉRONIKA. Je n'aime pas qu'on me regarde quand je dégueule. J'ai envie de dégueuler. 126 . Elle vomit longtemps. Son visage se crispe de temps en temps. S'assoit par terre. J e suis malade. Il grimace un peu. On ne voit qu'Alexandre assis par terre. Tournez-vous. Passez-moi une cuvette.VÉRONIKA. Passez-moi une cuvette. Il trouve une cuvette sous le lavabo. / / se tourne dans tous les sens. il lui donne. Ne me regardez pas. rendez-vous utile. Il l'entend qui commence à vomir. Elle n 'en finit pas de vomir. // se tourne.

A. Imprimeur.Achevé d'imprimer le 24 octobre 1990 sur les presses de Corlet. S. Photocomposition : Nord Compo Précédent dépôt : mai 1987 Dépôt légal : octobre 1990 .

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