Édition établie par Alain Bergala Maquette : Renée Koch

La Maman et la putain Scénario de Jean Eustache

En couverture :

Françoise Lebrun, Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont
© Cahiers du cinéma 1986 ISBN 2-86642-044-6 Diffusion Seuil 19, nie Jacob, Paris 5«

Cahiers du Cinéma

le texte attesté dans le film terminé présente quelques différences avec le scénario original. Par ailleurs. soit qu'elles n'aient pas été tournées. Une différence quantitative importante. de nombreuses séquences sont plus courtes dans le film que dans le scénario original. Nous avons respecté les différentes formes (points de suspension. nous avons modifié le numéro des séquences pour conserver une numérotation continue malgré la disparition de certaines d'entre elles. Ces différences sont de trois ordres. le plus grand respect du texte qu'il avait écrit. pour ce film. pour avoir été partiellement coupées au tournage ou au montage. parenthèses. émission de radio. 1. On sait par divers témoignages qu'il exigea de ses acteurs.AVERTISSEMENT Le texte que nous publions ici est le scénario écrit par Jean Eustache avant le tournage du film. Le scénario original laisse quelquefois ouverts pour le futur moment du tournage un certain nombre de choix. Nous avons fait le choix de supprimer dans cette édition du scénario original toutes les séquences et tous les fragments de séquences qui ne figurent pas dans le film terminé. Néanmoins. Un certain nombre de séquences qui avaient été écrites ont disparu dans le film terminé. 2.). soit que Jean Eustache les ait supprimées au montage. ou de textes impossibles à prévoir car liés à l'actualité immédiate du jour du tournage (programmes de cinéma. etc. indications d'alternatives) que prennent M . En conséquence.

etc. L'éditeur. 3. nous avons reproduit en note le texte des passages laissés « en blanc » par Jean Eustache dans le scénario original : chansons.. C'est le texte du scénario original et non celui attesté dans le mot à mot du film que nous reproduisons ici. du texte écrit dans le scénario. . mais qui nous ont semblé significatifs. Le texte effectivement prononcé par les acteurs dans le film diffère légèrement.dans le scénario original ces choix ou ces éventualités laissés en suspens. très souvent. ainsi que le texte de certains rajouts de tournage. non programmés dans le scénario original. A chaque fois que cela nous a paru important. émission de radio. Il s'agit le plus souvent de minimes différences de détails dues sans doute à d'ultimes modifications au moment du tournage.

Image : Pierre Lhomme. Noir et blanc. ainsi que : Jacques Renard : l'ami d'ALEXANDRE. Production : Elite Films. Scripte : Irène Lhomme. Oui. Montage : Jean Eustache. devant un lycée. en chuchotant. Moi j'ai un système. merci. Tu n'en as vraiment pas besoin. Jean-Noël Picq : l'amateur d'Offenbach. Il range la voiture dans une rue de Paris. il . Alors fais attention. Rémy Duchemin. Tu sais. Bernadette Lafont : MARIE. Paul Laine. Une femme lui ouvre. Françoise Lebrun : VERONIKA. Tu sais où sont les papiers.GÉNÉRIQUE La Maman et la putain Scénario et réalisation : Jean Eustache. Format copie standard : 35 mm. Dehors il fait soleil. V. Des piles de disques plus ou moins désordonnées. Le garçon se réveille brusquement. VOISINE. un electrophone. Il ne descend pas. A un étage inférieur il frappe à la porte d'un autre appartement. bien sûr. Immédiatement il tend la main vers une montre et regarde l'heure comme si en dormant il n'avait pas cessé de penser à son réveil. D'accord . Simar Films. Près du lit. ALEXANDRE. d'un bond. Il passe dans la salle de bains. Il parle très bas. Denise de Casabianca. Jean Douchet : l'homme du Flore. Son : Jean-Pierre Ruh. Un couple dort. Il prend la voiture et parcourt des rues assez peu encombrées. fait une toilette rapide. Producteur : Pierre Cottrell. T U peux me prêter ta voiture ? VOISINE. je m'arrange pour ne pas tourner à gauche. s'habille et sort. Isabelle Weingarten : GILBERTE. Voilà les clés. Les Films du Losange. le clignotant gauche ne marche pas. Assistants-réalisateur : Luc Béraud. Cinéquanon. Productions. Durée : 3 heures 40. ALEXANDRE. Ça va. On y reconnaît l'album de Charles Trenet voisinant avec Don Giovanni. Il se lève doucement pour ne pas réveiller la femme qui dort près de lui. SEQUENCE 0 Une chambre.M. Interprétation : Jean-Pierre Léaud : ALEXANDRE. Un lit. comme au mois d'août ou le dimanche matin. ALEXANDRE. On voit le jour à travers les rideaux de la fenêtre. Format du tournage : 16 mm. Non. Oui.

attend, il observe. Dans la rue passent des jeunes gens, des étudiants. Au loin apparaît une fille. C'est elle qu'il attendait car il descend de voiture et va à sa rencontre. La fille l'aperçoit. Elle parait crispée mais sourit. Elle s'écarte des gens qui marchaient avec elle et vient vers lui.

Bonjour, que fais-tu là ? ALEXANDRE. Je suis venu assister au cours d'une vieille amie. GiLBERTE. Ça me gêne, ça m'ennuie. C'est la première semaine de mes cours. J e ne suis pas très sûre de moi.
GILBERTE.

// lui tend un paquet ; cela ressemble à un livre (si on lit le titre, ce sera : « Les Malheurs de Sophie »). Elle refuse de la tête. Il insiste.
GILBERTE. Non. ALEXANDRE.

Je t'en prie accepte. Il y a un petit mot.

Elle prend le paquet, lit le mot : « A celle qui chaque nuit vient

me réveiller par un rêve. » GiLBERTE. Moi aussi je fais des cauchemars. J e vois Marie grande comme ça.
Elle fait un geste.

J e te parle de rêve et déjà tu me parles de cauchemar. J e voulais te dire : je suis venu te chercher. GILBERTE. Non. J e ne peux pas. ALEXANDRE. Tu ne m'as pas entendu. J e suis venu te chercher. Je veux t'épouser. GILBERTE. Non. Non. J e n'en suis pas encore là. J e ne suis pas prête. ALEXANDRE. Tu n'es pas prête ? Ça veut dire que tu le seras bientôt. GILBERTE. Je ne sais pas.
ALEXANDRE.

Je ne t'ai pas beaucoup ennuyée ces derniers mois. J e ne t'ai pas couru après. J e n'ai pas cherché à t'empoisonner la vie. GILBERTE. Je sais. ALEXANDRE. Tu as eu le temps de te remettre, de réfléchir. Quel temps perdu. C'était peut-être le temps qu'il fallait pour s'en sortir, pour y voir clair. Maintenant je sais. Chaque matin, chaque jour que nous ne passons pas ensemble est un jour que nous perdons. C'est un massacre. C'est un crime. GILBERTE. Non je ne peux pas. J e ne sais pas. Tu t'en es peutêtre sorti mais pas moi. J'ai encore trop de problèmes. ALEXANDRE. On les résoudra ensemble. Il faut que tu te décides, que tu t'engages. Qu'est-ce que tu attends ? Que les choses se fassent toutes seules. Elles se font puisque je suis venu. Je ne te demanderai rien. GILBERTE. T U n'a rien à me demander. Excuse-moi il faut que j ' y aille. ALEXANDRE. J e viens avec toi. GILBERTE. Non. Je te le demande. ALEXANDRE. Mais écoute. Tu m'as invité cent fois à assister à tes cours. GILBERTE. T U n'es jamais venu. ALEXANDRE. J e viens aujourd'hui.
ALEXANDRE. GILBERTE. Non.

Elle fuit, entre précipitamment dans l'école. Il la suit. Plus tard. Ils sont assis sur un banc au Jardin du Luxembourg ou ailleurs.
ALEXANDRE.

ALEXANDRE. Ah ça suffit. // se détend.

J e ne t'ai pas beaucoup ennuyée ces derniers mois. Je ne t'ai pas couru après. Je n'ai pas cherché à t'empoisonner la vie. GILBERTE. Je sais.
ALEXANDRE.

C'est curieux. Tout était clair ce matin. Les rues étaient calmes. J'étais bien. J e venais te dire : je viens te chercher. Tu aurais dû dire : je t'attendais. Comme dans la chanson de ... je ne sais qui. Tu sais, je te sens en moi si profondément, si proche, que je ne comprends pas que tu ne sentes rien. Mais je ne te crois pas. Tu prétends que tu ne sens rien, ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible. Tu mens. Tu joues la comédie.
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ALEXANDRE.

Non. Ne pars pas. Je peux bien te dire que je veux vivre avec toi. Que je veux te voir t'endormir, te réveiller. Est-ce si désagréable à entendre ? Je veux vivre avec toi.

/ / s'approche, essaie de l'embrasser dans le cou. Elle se contracte. Il caresse ses cheveux.

ta peau. Tu as oublié. J'aime ton cou. Dans les années que nous avons passées ensemble, j'avais progressivement oublié ton visage, l'impression que tu m'avais faite la première fois. Il a suffi que tu partes pour que je te retrouve en moi, intacte, comme au premier jour. GlLBERTE. Il fallait que je parte. ALEXANDRE. T U ne finis jamais tes phrases ; il fallait que tu partes mais pour qu'on se retrouve. GlLBERTE. Allons prendre un café. J e voudrais manger quelque chose. J'ai encore trois heures à faire.
ALEXANDRE. J e n'ai pas d'argent. GILBERTE. Je t'invite. Ils se lèvent. S'éloignent. Dans un café près du Jardin du Luxembourg. Ils sont assis face à /ace.

ALEXANDRE. J'aime

sais, j'avais pensé que tu viendrais avec moi aujourd'hui. J'avais l'intention de demander à des amis, ceux que tu aimes bien, d'être nos témoins, j'étais tellement persuadé... GILBERTE. T U es vraiment naïf. ALEXANDRE. Je me suis trompé. Encore une fois. Mais est-ce que cela veut dire que tu ne reviendras jamais ? Dans trois mois, dans... je ne sais pas. Tu ne me dis pas que tu ne reviendras pas. Tu dis que tu ne sais pas. Tant que tu ne sauras pas, j'attendrai. Dis quelque chose. GlLBERTE. J'ai envie de te dire de ne pas y compter. ALEXANDRE. Ne t'en tire pas comme ça. Réponds-moi. J e préférerais que tu dises nettement : je né reviendrai pas. Note que je préférerais que tu dises : je reviendrai. C'est comme si tu me laissais de côté en attendant de savoir si ça va marcher
ALEXANDRE. T U

ou non avec ton type. Je te pose la question autrement : tu m'aimes encore ou tu ne m'aimes plus ? GlLBERTE. Enfin, c'est ridicule. Dans quel roman te crois-tu ? Tu sais bien que ce n'est pas si simple. ALEXANDRE. T U m'aimes. Je le sais. C'est pourquoi je te demande de prendre une décision... Je t'attends depuis des mois, je suis prêt à t'attendre encore, le temps qu'il faudra. Mais toi, pendant ce temps, tu vis avec un autre type. Si tu étais seule, tu réfléchirais, on pourrait sortir ensemble de temps en temps, tu apprendrais de nouveau à me connaître, tu pourrais juger. Et le temps passant, tu saurais un jour si tu veux vivre avec moi ou avec un autre de tes amoureux. Ce serait bien pour toi. Tu serais une fille qui aurait deux amoureux. GILBERTE. Deux ? Des dizaines. ALEXANDRE. Encore mieux. Au lieu de quoi, tu hésites, tu ne me dis pas non et chaque jour tu le passes avec un autre type. Je ne sais jamais ce que tu fais, si tu fais la cuisine. Tu lui fais la même cuisine qu'à moi. Si tu bois un verre de vin, si tu passes la main sur ses cheveux. Ecoute, puisque tu ne veux pas te décider, je préfère que nous brusquions les choses. Si tu ne viens pas avec moi, marie-toi avec lui. Mariez-vous. Tu t'imagines ce que cela me coûte. Mais si vous êtes de bonne foi, si tu l'aimes, s'il t'aime comme tu le prétends, mariez-vous, je saurais alors que je n'ai plus rien à attendre. Je m'y habituerai. Que vas-tu faire, lui en parler ? D'ailleurs, peut-être en avez-vous déjà parlé. GILBERTE. Oui, nous en avons parlé. ALEXANDRE. Et alors. Il veut t'épouser, qu'est-ce qu'il veut faire ? GILBERTE. Il veut m'épouser. ALEXANDRE. Alors allez-y, qu'attendez-vous, faites, faites. Si vous hésitez, c'est que votre truc n'est pas très solide, et moi, j'attends. Si vous vous mariez, je comprendrai très bien, encore que cela ne prouvera rien, il n'est pas exclu que dans quelques années...

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Écoute. Parle-lui de ça. Dis-lui que je t'ai vue. Que je veux t'épouser. Décidez ensemble ce que vous avez à faire. J e reviendrai te voir. J e sais où te trouver. Tu me donneras la réponse.
Ils marchent. Il la raccompagne à son travail.

Ça m'a fait plaisir de te voir tu sais. J e t'aime bien. J e voudrais vraiment que tu t'en sortes. ALEXANDRE. Oui... Sans toi.
GILBERTE.

Elle approuve de la tête.

ALEXANDRE. Et avec une autre femme. Ça te soulagerait. On dit toujours ça quand on n'aime plus. (Et une autre femme qui ne serait pas Marie, ce serait encore mieux.) C'est curieux. Je n'ai pas cessé de souffrir. J e ne me suis pas accroché à toi mais à ma souffrance. J'ai essayé de la retenir pour te garder près de moi. Pour nous garder. Le jour où je m'en sortirai, comme tu dis, où je ne souffrirai plus, c'est que je serai un autre. Et je n'ai pas envie de devenir un autre parce que ce jour là nous ne pourrons pas nous retrouver. Tu sais, je ne suis pas dupe. Il y a le temps qui passe... Je ne pourrai pas lutter très longtemps contre lui. Aujourd'hui je suis venu te chercher. Si tu ne sais pas ce que tu veux il sera peut-être trop tard quand tu le sauras... Oh, et puis j'en ai assez. Je suis fatigué. Tu te souviens de ce film où Michel Simon disait : « Regardez la femme infidèle, regardez l'ami félon » avec cette grandiloquence un peu ridicule et risible que donne la plus grande douleur ou la mort. Et puis merde. J'en ai assez. Salut.
// s'en va. Elle aussi. Des gens passent.

SÉQUENCE I

Plus tard dans la journée. Alexandre et un ami sont assis à la terrasse d'un bistrot indéfinissable. Ils ont les journaux du jour.

ALEXANDRE. J e viens lire ici l'après-midi... J'ai l'intention de faire ça très régulièrement... Comme un travail. J e ne peux pas lire chez moi. Bernanos disait : « J e ne peux pas me passer longtemps du visage et de la voix humaine, j'écris dans les cafés ». Moi j'en fais un peu moins. J e viens y lire. Il disait aussi qu'il le ferait davantage si les puissantes républiques ne taxaient impitoyablement les alcools. Il faut que je me tire. J'ai un rendez-vous. Qu'est-ce que tu fais plus tard ? L'AMI. J e rentre chez moi. Passe après ton rendez-vous. Sinon ce soir...
Alexandre se lève, passe devant les cafés. Il regarde s'il aperçoit un visage connu, un ami. A une table, une fille seule le regarde passer avec insistance. Il la remarque, s'arrête. Il regarde si une table est libre auprès d'elle. Il n'en voit pas. Il n'y a qu'une chaise vide à côté d'elle. Sur la table un verre presque vide et un paquet de gauloises. Elle continue de le regarder. Il fait quelques pas, regarde la vitrine d'une boutique, il se

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je l'ai faite ce matin. Ce n'est ni une boutique. Tu veux boire quelque chose ? ALEXANDRE. J'ai envie d'attendre quelques jours avant de lui téléphoner.ne suis pas sûr. Je crois qu'elle a un gros cul mais je . A L E X A N D R E . des tangos argentins. Alexandre boit. les ouvrières. quand je t'ai quitté. tu as vu ma sculpture.. ALEXANDRE. (1) Ici. les « Deux Magots ». 17 . Il ne brûle pas du tout. Les bonnes.. tout est pareil.E... De la même façon que je ne peux pas aimer une femme qui ne m'aime pas. J e ne sais pas ce qu'elle peut faire. Elle avait une robe marocaine et pas de soutien-gorge. C'est BRE 23-27. C'est celui de son travail. Elle est blonde. Alexandre la suit.. J'ai envie de me renseigner avant de l'appeler. La fille marche. L'ami que l'on a déjà vu dans la séquence précédente vient lui ouvrir.). Va boire au goulot. Elle l'a suivi des yeux.8 à 3 heures. L ' A M I . Jean Eustache a rajouté au tournage la phrase suivante : « Apparaître comme le père Noël.. L'AMI. Elle a les yeux bleus. De savoir ce qu'elle fait. J e peux ? L ' A M I . sinon je ne l'aurais pas remarquée. . Il est très bien. J'en bois une demi-bouteille comme un rien. il y a un poste. S'éloigne un peu. L'appartement malgré sa nudité est en désordre.d. Comme j'étais pressé.. Et si j ' e n crois ta description. des bouteilles. Alexandre prend la bouteille. on ne peut pas savoir. Du cognac. L'AMI. Qu'elle n'y pense plus. J e ne peux m'intéresser qu'à quelqu'un que j'intéresse déjà. Leurs regards se croisent. A terre des journaux. Il y a du Ricard. Qu'est-ce que tu fais. Elle m'a regardé avec un regard insistant. Regarde. Il la voit traverser le boulevard. cette espèce d'égalité. J e veux lui faire la surprise (. Elle sourit. ALEXANDRE. Alexandre sort d'un ascenseur. je l'ai suivie. Qu'elle oublie. du gin que tu peux prendre avec du London Orange Dry. Elle me l'a donné. de la musique de cirque et des vieilles chansons. Ne serait-ce qu'au niveau d'un regard. Entre. la place de la fille est libre. Tu vois ce que je dis. ses vêtements. Elle fumait des gauloises. ni un bureau. Elle me plaît assez. Ce beau regard des myopes. On finira par ne plus rien y voir. Il frappe à une porte en scandant ALGÉ-RIE FRAN-ÇAI-SE. la libéralisation. Mais je crois que j'ai trouvé le roi des alcools. J'aimerais bien que ce soit une bonne. Elle était aux « Deux Magots ». des disques d'opéra. en allusion ironique au film Le Pire Noël a Us yeux bleus qu'il avait tourné en 1966 avec le même Jean-Pierre Léaud (N. Elle s'est levée. SÉQUENCE 2 Un immeuble moderne. l'absence de soutien-gorge. des livres. 16 En effet ! J'ai dragué une fille tout à l'heure. Quand il revient. des verres. Fondu. les bourgeoises.. avec le nivellement. marche à côté d'elle. Il prend la même direction. du whisky. Elle m ' a dit de l'appeler de 8 à 3 heures. je ne lui ai demandé que son téléphone.) . Elle m'a regardé. il la rejoint. Quelle question. Il regarde ailleurs. Évidemment. J ' a i déjà fait ça une fois ».retourne à nouveau vers la fille.

font des tas de choses. VOUS n'avez pas fait de rencontres ? ALEXANDRE. Il fait jour et les fenêtres sont ouvertes. J e fais la vaisselle que vous ne faites pas.. de générosité. avec leur ignoble bonne humeur. Je vais prendre un café. Ils sortent. à se remuer. VOUS allez l'appeler.. En fait.. MARIE. prend un journal. A moins que je ne change d'avis. 19 . Marie entre. à faire semblant. les gens. Non. J e ne dormais pas. (Il peut allumer la Télévision. C'est curieux. Oui. Il s'assoit sur le lit. couper le son. Ils mangent par terre ou sur le lit. ALEXANDRE. Si. Vous êtes là ? Elle vient et l'embrassé. Les gens travaillent. se remuent. J'ai dragué une fille cet après-midi. MARIE. VOUS n'avez même pas pris un verre ? ALEXANDRE. A travers la baie vitrée on voit un vieux quartier de Paris en démolition. ALEXANDRE L'AMI. Est-ce que vous me la présenterez ? ALEXANDRE.. J e lui ai juste demandé son numéro de téléphone. Qu'est-ce qui vous a pris ce matin. leur espèce de chaleur humaine. Ça a marché. On mangera plus tard. Et le lendemain ils recommencent. Je viens avec toi. Faire un flip. Ils n'essaient pas de donner le change. MARIE. et mettre un disque). Parce qu'en plus de ce que j ' a i dit.. C'est fou l'activité qu'il y a le matin dans les rues. MARIE : Qu'est-ce que vous faites ? (off). ALEXANDRE. Elle porte des provisions dans un sac. c'est l'avantage de Paris. Personne n'y croit plus. Rien. Oui si elle en vaut la peine. ils sont tristes.. Puis va porter le sac dans la cuisine.. MARIE. : Oui quelque chose en attendant. On entend un bruit de serrure.. J'avais décidé de ne pas vous le dire. va à la cuisine chercher des glaçons. ils font semblant. SEQUENCE 3 Alexandre entre dans l'appartement d'où il est sorti au début du film.. Dites-moi. J'ai fais des courses.. Vous voulez manger maintenant ? 18 / / la rejoint. à s'engueuler.. ALEXANDRE (off). Il se sert un verre. je ne peux rien vous cacher. comme ces méridionaux. allume une cigarette. MARIE.ta L'ami enfile une veste.. Elle apporte quelques hors-d'œuvres et du vin. MARIE. Il met un disque ou allume la Télévision. car la nuit il n'y a plus personne. Qu'est-ce que vous avez fait ? ALEXANDRE. Vous êtes sorti de bonne heure. Marie repart dans la cuisine. ALEXANDRE. Rien. J'ai eu envie de voir les rues. De garder une histoire pour moi. MARIE MARIE. Ça a duré 20 secondes. Ça. Elle est jolie. Oui.

155 s'il vous plaît. préfère encore regarder la télé. Je vais bien et vous ? ALEXANDRE... vieux con. Que voulez-vous faire plus tard. VOUS VOUS souvenez de moi ? VÉRONIKA. Eh bien. MARIE. c'est Alexandre. qu'il perd sa conscience d'homme. oui. parce que. composée. Il commente certaines publicités (voir lejournal du jour). une fois. Alors à 4 heures. J e Le même appartement. Je me souviens très bien. Fermeture fondu. (1) Dialogue attesté dans le film : ALEXANDRE.d. Le sentiment d'être utile. jeudi. Il fait jour. Je vous aime vous savez.. Il lit une critique du film en ridiculisant l'article^'. // s'assoit sur le lit. Monte le son de la télévision. Vous viendrez je déteste qu'on me pose un lapin. s'efforce de définir une nouvelle conception des rapports humains. à 4 heures. On trouve une espèce de satisfaction à faire la vaisselle. Allô. Jeudi ! mais c'est très loin ça. dites-moi. VéRONIKA. C'est dégoûtant. Bonjour. si vous voulez. ALEXANDRE. MARIE. VéRONIKA. ALEXANDRE. rythmée. » (N. Aller au cinéma ? Il y a des choses à voir ? SÉQUENCE 4 Il repart. Cette satisfaction a quelque chose d'un peu obscène. Oui. Voulez-vous qu'on boive un verre un de ces jours. ça m'est égal. puis cette impression qu'il éprouve que son cerveau s'évade. d'Elio Petri.). MARIE. ALEXANDRE. ses poussées de fureur. ALEXANDRE. VéRONIKA. aux « Deux Magots ». Il compose un numéro de téléphone. c'est-à-dire une œuvre élaborée. Oui.. de démence.. VÉRONIKA. Film essentiellement politique qui. ALEXANDRE. J e regarde. vous allez bien ? VÉRONIKA.. ALEXANDRE. Au moins Bellemare et Guy Lux portent leur connerie sur leur figure.. Il consulte la page des programmes. VOUS voulez voir La Classe ouvrière va au paradis ? (il lit :) « La Classe ouvrière va au paradis. Non ? Être content parce qu'on a fait la vaisselle. Vous n'avez rien à me dire ? ALEXANDRE. Un moment de silence.E. quand vous voulez.~"M J'ai déjà fait la vaisselle. ni exercice de rhétorique. la confusion de ses idées. son âpreté au gain. Puis il jette le journal. Véronika s'il vous plaît. Oui. Alexandre est seul. ALEXANDRE. Ni tract. tout en dénonçant les servitudes de la condition ouvrière. 21 20 I . Je suis très occupée. ni reportage. ce film est un vrai film. Allô. qui nous fait puissamment ressentir les obsessions et les contradictions du personnage principal. C'est plus franc. J e ne sais pas. Revient dans la chambre. Bonjour. Marie l'embrasse. Non.. ALEXANDRE.

. je la vois la grenouille (il jubile). Éventuellement parler entre nous. Elle m'a donné rendez-vous demain. tu regardes. Regarde le plafond. dans les villes et dans les campagnes se pâmaient devant les soldats. J'ai attendu assez longtemps pour l'appeler et je me demande si je n'ai pas fait une erreur. Attends. A jeudi. Oui.ALEXANDRE. » L'AMI. tu la vois ? ALEXANDRE. J e te le dirai. J e viendrai.. Alors décide si je dois L'AMI. elle est mieux que l'original. Mais peut-être que tu pourrais passer. Maintenant les jeunes cadres.E. C'est à 4 heures aux « Deux Magots ». T U rabbins. J e ne crois pas.. Je regrette de ne pas avoir connu le temps où les filles. ALEXANDRE. Oui d'accord. C'est la chanteuse que les Allemands ont essayé de lancer. à la dernière page. je compte. Et je te vois... Elle ne traîne rien derrière elle. des hommes du S. Tu ne voudrais pas venir avec moi. mine de rien. T U connais le jeu de la grenouille au plafond ? Regarde dans cette revue. les jeunes patrons.. que fais-tu demain à 4 heures ? L'AMI.. Et que veux-tu que je fasse ? ALEXANDRE. Je la vois demain. // raccroche. Une chaise de paralytique. Tu vas la voir apparaître.). Oui c'est ça. Je ne sais pas si on a gagné au change. hé hé la grenouille. Rien bien sûr. T U l'a volée. les professions libérales ont remplacé les soldats. (N. Personne en particulier. Au revoir. regarde. narguent des L ' A M I . « Dans le ghetto de Varsovie. Tu crois que c'est la meilleure tactique ? ALEXANDRE. ALEXANDRE.. ah ah. Le prestige de l'uniforme.d. Fondu. Non. comme si tu cherchais quelqu'un que tu connais. personne. à qui ? ALEXANDRE. Pourquoi ? ALEXANDRE. Ils écoutent un disque de Zarah Leander. Qu'est ce que c'est ? L'AMI. Ne rien faire à la légère. Je l'ai volée l'autre nuit. ALEXANDRE. (1) Dialogue attesté dans le film : ALEXANDRE. Mais il faut que ce soit bien préparé. Je passe. Il faut que tu regardes la grenouille une minute. Après tu regarderas le plafond. as toujours ton livre sur les S. Himmler prononce son speech sur Henry l'oiseleur en 1936. A propos. SÉQUENCE 5 Alexandre est chez son ami. Comme ça on pourrait faire front. L'AMI. J e ne sais pas. L'AMI. Et comme toutes les imitatrices. Ah oui oui. J'ai téléphoné à la fille de l'autre jour. L'AMI.D. Elle a fait semblant d'être très occupée. A un paralytique sans doute. J e veux bien faire ce que tu veux. Tu connais ça. Ils boivent comme dans la séquence 2. ALEXANDRE. il y a des jeux formidables. Non. ALEXANDRE. Maintenant elles se pâment devant les voitures de sport. La grenouille ? // lit les légendes de certaines photos w. L'AMI. pour remplacer Marlène Dietrich après son départ. maintenant regarde le plafond. L'AMI. Il y a une chaise de paralytique sur laquelle l'ami circule. ALEXANDRE. 22 23 . T U passes.S.

SEQUENCE 6 L'horloge de l'église Saint-Germain-des-Près ou du drugstore marque 15 h 50 lorsque Alexandre s'installe à la terrasse du café. ALEXANDRE. GILBERTE. rester debout. Fondu. Oui. J e ne suis pas d'accord avec ce mariage ». T U passais par hasard ou tu venais exprès ? GILBERTE. On ne sait pas encore. des papiers ? GILBERTE. Alexandre lui fait signe. Je dis ce que tu veux. ALEXANDRE. Il place ses livres et journaux sur une chaise voisine. T U GILBERTE. Il sera d'accord. ALEXANDRE.. Si. viens prendre un verre. Où vous mariez-vous ? Chez tes parents ? GILBERTE. Si tu veux. Je t'aime. A toi de décider. ALEXANDRE. GILBERTE. J e sais bien.. Le mois prochain. Venir à la mairie. Pourquoi ? ALEXANDRE. Il n'est pas question d'improviser. Si tu veux que je parle.. J e récite. n'as aucune raison. C'est en cours. De temps en temps il lève les yeux vers une horloge. ou ne rien dire.. Oui. J e ne sais pas. Il essaie de lire mais lève constamment les yeux vers les passants. Tu m'invites ? GILBERTE. GILBERTE. A la fin du mois. Il suffisait de le dire. GILBERTE. Tu ne crois pas ? GILBERTE. J e suis là. alors. Oui. ce qui t'arrange. En pleine cérémonie. J e passais par hasard. le plus tôt sera le mieux. ALEXANDRE. (incorrigible) ALEXANDRE. Non. Tu es vraiment. Et tu m'aimes. Ça ferait de l'effet. Non. // rit. Mais à ce moment-là tu comprendrais peut-être que c'est moi que tu dois épouser. 24 De toute façon je plaisante. C'est pour quand ? GILBERTE. parler. C'est pour tout de suite. Et si je faisais opposition à votre mariage. J e ne voudrais pas t'embêter. J e ne savais pas que cela allait m'arriver. Que peux-tu faire ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Si. Elle hésite un peu. Avant de s'asseoir il s'assure par un tour du café que Véronika n'est pas déjà arrivée. GILBERTE. Ce n'est pas valable.. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Oui. N'attends pas de moi autre chose. c'est parfait. Dire : « J e ne suis pas d'accord. si je lui demande. 25 . Je vais me marier. J e me souviens d'une chanson comme ça dans mon enfance. Tu m'invites ou pas. ALEXANDRE.m'asseoir. Combien : cinq ans ? sept ans ? Quelle est la durée moyenne d'un couple ? GILBERTE.. Il commande quelque chose au garçon. ALEXANDRE. Une fille qui assiste au mariage de l'homme qu'elle aime. Pour rien. Eh bien. J'allais à la librairie. tu me dis ce que j ' a i à dire. ALEXANDRE. Traversant la rue apparaît Gilberte. Parlons sérieusement : si je comprends bien il faudra que je t'attende plus que prévu. Mais tu n'as pas quelque chose à me dire ? GILBERTE. Vous vous occupez des démarches.

que des gens de sa classe. ALEXANDRE. Tu as recommencé à vivre sans que l'angoisse t'étreigne. GILBERTE. GILBERTE. 26 .. Tu te relèves comme la France après 68... il me serait facile de t'attaquer sur les choses sexuelles... ou même un ouvrier français. Il s'approche d'elle.. Tu veux que je te rappelle certaines choses. par exemple. D'autant plus que tu sais de quel côté te garder. J e sais. GILBERTE. Est-ce que la vie consiste à porter éternellement le poids d'une erreur qu'on a commise ? Peut-être que je n'ai pas assez payé. Elle détourne la tête.) ALEXANDRE. comme la France après mai 68. L'argent n'a jamais sali personne. ALEXANDRE. Pourquoi ne dis-tu pas : « Enfin j'ai découvert l'amour ! Enfin je sais maintenant ce que c'est que l'amour ! » GILBERTE. T U vas vivre avec un homme que tu n'aimes pas parce qu'il est trop difficile de vivre avec l'homme que tu aimes. A mon avis vous faites semblant d'être un couple. Ne me dis pas ça à moi. ALEXANDRE. Tu n'as rien à te reprocher. On disait qu'on l'avait échappé belle. J e l'aime différemment.... On peut tout dire. Je me tiens sur mes gardes. J e préférerais que tu dises que tu l'épouses parce qu'il a de l'argent. GILBERTE. Avec moi aussi tu pourrais te tenir sur tes gardes. ALEXANDRE. Tu n'es pas tombée sur un ouvrier portugais. J e pense à moi. Après les crises il faut vite tout oublier. Un héritage culturel. T U sais bien que pour moi ça n'a pas d'importance. GILBERTE. Evidemment tu es plus tranquille comme ça. ALEXANDRE. Faisaient des leçons de morale. Il n'a pas d'argent. T U vois. Maintenant je me méfie. un jour financier. Elle le regarde. Et pour ne pas vous l'avouer. c'est comme ça. Tout effacer.. N'en ayez pas honte. Qu'on avait eu la chance d'avoir une enfance et qu'on n'était pas sûr que nos enfants en auraient une dans ce nouveau monde où les vieillards ont 17 ans. comment nous sommes-nous connus ? Quelque chose a déraillé. essaie de l'embrasser. un travailleur algérien. Une profession. c'est tout. . je t'en prie. (C'est la vie. Peux-tu me dire que tu l'aimes plus que moi ? GILBERTE.. Mais enfin je ne comprends pas. ALEXANDRE. Tu es tranquille. Regarde-moi. T U sais bien qu'on ne rencontre. Quoi ? Regarde-moi. J e comprends très bien. et (bientôt). Tu ne peux pas le dire. Mais c'est bien ainsi. ALEXANDRE.. Et tu deviens la femme d'un cadre (d'un technocrate). Tu as fait attention quand même avant de tomber amoureuse.. Ne le niez pas. Vous ferez 27 GILBERTE. Tes parents apprenaient la langue française aux enfants. GILBERTE. T U vois bien.. Alors. Le parti auquel appartient ton Jules en sait quelque chose. Mais ça n'a aucun rapport. A ta place je contre-attaquerais. mais enfin pourquoi m'enlèves-tu tout espoir alors que tu ne sais même pas ce que tu veux vraiment ? Tu ne sais même pas si tu l'aimes vraiment./ / la coupe. prestigieuse. Toi tu as toujours été très douée pour te convaincre de choses qui n'existaient pas. Vous vous jouez la comédie d'un couple. ALEXANDRE. Tu n'as rien à payer. ALEXANDRE. Elle fait non de la tête. Je t'ai menti quelquefois mais je ne me suis jamais menti. Oh. Là tu recommences à mentir. Elle ne se laisse pas prendre. Arrête de penser de cette façon. Comme la France après l'Occupation. Tu crois que tu te relèves alors que tu t'accoutumes tout doucement à la médiocrité. Je pourrais le dire. Je ne veux pas te chicaner. ALEXANDRE. Non. Enfin maintenant tu as redressé le coup. vous vous jetez en avant. J e crois que je n'aimerai jamais personne comme toi. Tu te souviens. Ils se regardent. Mon amour.

Et dans 17 ou 18 ans on verra. Elle tend sa joue à Alexandre. A ce soir. Il se réveille. T U ALEXANDRE. C'est ça. ALEXANDRE. Vous pouvez demander à Chaban d'être le parrain de votre premier enfant. Marie est habillée. Gilberte s'en va. Tu te souviens de cette affaire. et Dieu veuille qu'elle le soit.T un couple très moderne. J e te parle de ça parce qu'une idée me venait à l'esprit. mais comme son rôle l'exige il vient vers eux. l'embrasse. Des gens aussi beaux qu'un film de Nicholas Ray. Mais Gilberte est passée. Il est un peu surpris de reconnaître Gilberte. De toute façon il n'y pas de hasard. L'ami s'asseoit. Les gens sont furieux-. Elle fera son enquête. Il y a une chose qui me plaît. Comme convenu l'ami d'Alexandre passe devant le café et Us aperçoit. On ne te voit plus. GILBERTE. 28 Vous partez. Les familles perdent toujours.. la petite fille qu'il avait enlevée aura 18. Très nouvelle société. Elle n'est pas venue. Ils partent. GILBERTE. tes cheveux. J e ne vois pas ce qu'elle peut faire d'autre. A moins de se transformer elle-même en bourreau. Ah oui. Ce type recherché qui allait chaque nuit rejoindre sa femme au nez et à la barbe de la police. ALEXANDRE. J e crois qu'elle est très bien. au lycée. T U attends encore. J'ai changé de quartier. je parie très gros qu'elle l'attendra à la sortie de prison. (à Alexandre) Je vais partir maintenant. je disais que quand Fauqueux sortirait de prison. Au téléphone elle m'a dit qu'elle n'aimait pas les lapins. qu'un homme est en prison pour elle. Et si elle est belle. à propos de laquelle j'avais écrit un article. L'AMI. Non... Absolument. Quelle heure est-il ? 10 heures. Vous bâtissez sur du pourri. ALEXANDRE.. Alexandre l'arrête d'un geste avant qu'il parle. reconstituera l'affaire. vas bien ? L'AMI. Un voleur et une criminelle.. c'est moi qui triche. Alexandre dort. Elle ouvre les rideaux. Le matin. MARIE. qu'elle te ressemble. triches.. Il essaie de l'embrasser sur les lèvres. 29 .. Elle se penche sur lui. L'AMI. Une petite fille grandit. ALEXANDRE. même si ses parents lui cachent. Oui. L'affaire Fauqueux. moi je trouve ça très bien. ailleurs. Tu te souviens. Faites vite une fille. Et je disais qu'elle aura appris.. et déjà un homme est en prison pour elle. Mais méfiez-vous. T U Elle serre la main de l'ami. Qu'elle ait tes yeux. GILBERTE. 19 ans. SEQUENCE 7 Tu veux t'asseoir ? L'appartement de Marie.. ALEXANDRE. Ils se lèvent. J e me suis demandé si ce n'était pas un coup monté.. Il supporte mal la lumière. T U vas la rappeler. On voit beaucoup de jeunes filles avec des hommes qui pourraient être leur père.

je suis désolée pour hier mais je n'ai pu me libérer. Il jetU un regard circulaire sur la salle. ALEXANDRE. ne l'ouvre pas. Elle secoue la tète. Ça pourrait être vous. VéRONIKA (off). C'est Véronika Osterwald à l'appareil. Moi je peux ce que je veux. je ne sais pas. ALEXANDRE. regarde par la fenêtre l'hôtel d'en face. Il compose un numéro de téléphone. 155 s'il vous plaît. A 5 heures alors. VÉRONIKA (off). c'est moi. Il la boit. Oui. je vous remercie. J e vous prie de m'excuser. Vous vous moquez de moi. VÉRONIKA (off). Allô. Je dirais même que je suis très content.. Le disque n 'est pas encore fini lorsque le téléphone sonne. Je ne vous en veux pas du tout.. ALEXANDRE. Il ne voit pas Véronika. ALEXANDRE. A 5 heures. Heu. Au revoir. D'un geste Alexandre l'appelle. Puis il prend un livre (?). A ce soir. Excusez-moi. Non pas du tout. Marie s'en va. VéRONIKA (off). Allume une cigarette... Parce que j'ai rendez-vous avec quelqu'un que je ne connais pas. Alexandre entre au café où il a rendez-vous. Entendu. Ce n'est pas avec vous que j'ai rendez-vous. Il décroche. Quand puis-je rappeler ? Pouvez-vous prendre un message ? Qu'elle rappelle Alexandre à FON 95-72. 30 31 P . Je vous assure que ça n'a aucune importance. Bon je vous remercie. si j'ose dire ? Avec cette petite différence que j'espère que vous viendrez. Il déguise un peu sa voix. J'ai été retenue par une urgence. pourrais-je parler à Véronika. Au même endroit voulez-vous. ALEXANDRE. Voulez-vous me la rappeler. La fille lui demande du feu. je suis en train de vous écrire et j'ai égaré votre adresse. // raccroche. LA FILLE. . ALEXANDRE. C'est de la part d'Alexandre. Ça n'a vraiment pas été possible. Et bien. Il est un peu en avance.Elle lui a apporté une tasse de café. Leurs regards se croisent. ALEXANDRE... Ce soir si vous pouvez. LA FILLE. Ce n'est pas moi. Met un disque de Damia : un souvenir. / / raccroche puis recompose le même numéro. j ' y suis jusqu'à midi. Alexandre lit France-Soir. Vous êtes sûre ? ALEXANDRE.. La fille se lève pour partir. / / raccroche. Vous êtes furieux. L'Hôpital xxx rue de xxx. A deux tables de lui sur la même banquette il y a une jeune fille blonde qui correspond vaguement à la description de Véronika. Oui. Bon. VéRONIKA (off). Elle vient. Nouveau regard entre Alexandre et la fille.. Au contraire. Non. ALEXANDRE. Je voudrais parler à Alexandre. Mais voulez-vous que nous remettions ça. Il lève les yeux sur elle. Allô ! Oui. Alexandre tend une boite d'allumettes. ALEXANDRE. SEQUENCE 8 Allô ! VéRONIKA (off). Il s'assoit. ALEXANDRE.

comme d'autres mots que l'on n'entend plus. Vous ne connaissez pas ? C'est le Mouvement de Libération de la Femme. j'aime bien lui porter son petit déjeuner.LA FILLE. Oh non. Oui.. C'est un mot que j'avais presque oublié. Pas du tout. Vous avez installé quelque chose entre nous. VÉRONIKA. De la pluie. vous m'arrêtez. Mais c'est triste. ALEXANDRE. VéRONIKA. Je ne me trompe pas. J'ai pensé que vous vous étiez peut-être trompée. J e pensais à ça en vous attendant.. A la place qu'il vient de quitter il y a Véronika. VOUS . celui-ci ou celui-là. Sur le Boulevard il suit la fille.. VéRONIKA. Je ne me serais pas trompée. Il y a longtemps qu'on ne m'avait pas posé de lapin. Une femme me plaît par exemple. vous m'avez permis aujourd'hui de parler de votre absence. Excusez-moi. Pourquoi. Il a déclaré ça 33 . Non. ou parce qu'un homme que j'admire est amoureux d'elle.L. Il entre à nouveau aux « Deux Magots ». Ce sont des femmes qui en ont assez de porter le petit déjeuner au lit de leur mari. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. Vous savez que je suis désolée. La fille sort. Laisse l'argent de sa consommation et sort à son tour. Au contraire. J e pensais : si elle arrive 32 maintenant je vais lui parler de limonade.. un manteau. Il repart... savez. Alors qu'hier je n'avais rien à vous dire.. Quand j'aime quelqu'un. posées sur elles comme une robe de chambre. En ne venant pas hier.F.. Parce qu'on peut parler d'autre chose. j'avais un peu peur de ne pas vous reconnaître. parce qu'elle a joué dans un film de Bresson. VÉRONIKA. Si. Oui. Comment peut-on faire ? Vous savez en général les gens. ALEXANDRE. Elle sourit. J e crois qu'il faut se taire. Vous ne croyez pas ? VÉRONIKA. Mais ça n'a aucune importance. ALEXANDRE. choisir. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Elles ont un slogan : « Nous n'avons plus besoin d'hommes sous nos édredons ». J'ai attendu très longtemps. Mais chercher les mots qu'il faut dire. Elle s'arrête cherchant à nouveau du feu. Pour voir la tête que vous auriez fait. J'ai un ami qui pense que les femmes sont faites justement pour lui porter son petit déjeuner. VéRONIKA. trouvent des sujets de conversation. Personne ne dit : «J'ai bu une excellente limonade à midi ». Et puis je n'ai jamais compris les gens qui sans se connaître. du beau temps. En arrivant j'avais regardé un peu partout. les femmes me plaisent surtout pour des raisons extérieures. Vous ne m'en voulez pas pour hier. Si ce que je dis vous ennuie. se regarder en silence. Tout à coup je ne l'ai plus vu. Dehors il y avait un type qui me ressemblait. Quel plus grand hommage peut-on rendre à un homme qu'on admire que de lui prendre sa femme. ALEXANDRE. Ça m'ennuie. Je crois qu'elles sont très tristes. ALEXANDRE. Vous n'avez pas trop attendu j'espère. qu'on peut poser sur une autre. Une chose comme ça. Alors vous m'avez attendue longtemps. Par exemple on n'entend plus jamais le mot « limonade ». VÉRONIKA. Alors elles se révoltent.. Il s'approche. du M. Alexandre hésite un peu. J e dirais même que ça m'a arrangé. J e vous ai dit : ça n'a aucune importance. Ou bien parler beaucoup parce que cela revient au même. // s'assoit en face d'elle. Que vous étiez partie avec lui.. Vous l'avez fait resurgir du passé. Je ne sais pas. Et même quand je ne vous attendais plus car je restais là. VéRONIKA. ALEXANDRE. des raisons qui n'ont rien à voir avec elles. ALEXANDRE. Elle le voit.

IPlan ALEXANDRE. Vous êtes seule ? VéRONIKA. je vais dans les boîtes. Vous n'allez pas dans les boîtes ? ALEXANDRE. La nuit. je fais des gardes. Mardi à 1 heure. Alexandre est habillé. Ils se lèvent pour sortir. Il écoute « La Belle Hélène ». Pour boire. Téléphonez-moi mardi à 1 heure. Elle n'est pas là. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Mais après.. Allô. Elle est à Paris. Elle n'y est pas aujourd'hui. Voulez-vous qu'on mange ensemble un soir où vous serez libre. C'est un nom allemand mais je suis polonaise.. Quand voulez-vous ? VéRONIKA. VÉRONIKA. Depuis elle ne peut se passer de lui. ALEXANDRE. J'avais un studio mais c'était trop cher. quand je revois les gens. Et quand j'ai un peu d'argent. J'ai une chambre d'infirmière sous les combles. C'est du travail noir. Il n'y a pas de contact. Oui. Je me laisse facilement accoster comme vous avez pu le voir. Mais elle est à Paris ? ALEXANDRE.. Le matin. J'ai cru qu'il allait se passer une scène meurtrière. Au revoir. Que vais-je faire d'ici là ? 34 L'appartement de Marie. Je n'y suis pas beaucoup. Il achève sa toilette (eau : La Bourboule). Il la fascine totalement. SEQUENCE 9 VÉRONIKA. VOIX D'HOMME (off). être avec des gens. Mais c'est très loin ça. il ne se passe rien. de ses petits enfants. où vous ne ferez pas de garde ? Ou alors je vous paie une garde pour vous emmener manger. Et puis j'aime bien ma chambre. Il faut que je passe chez moi me préparer. Voulez-vous laisser un message ALEXANDRE. Non.L. 35 . J e suis infirmière anesthésiste à l'hôpital (Laennec). VéRONIKA. VéRONIKA.. Vous n'aimez pas ? ALEXANDRE.F. Pourquoi allez-vous dans les boîtes ? VéRONIKA. ALEXANDRE. Non. ALEXANDRE. ne pas être seule. Alors téléphonez-moi avant. Le téléphone sonne. Je fais une garde ce soir en banlieue. Il décroche. je le dépense. A propos. Je m'appelle Véronika Osterwald. Vous ne quittez jamais l'hôpital alors. s'occuper de ses enfants. Je vais partir. Téléphonez-moi. Est-ce que Marie est là ? ALEXANDRE.devant moi à une militante forcenée du M. Je sors. J ' y habite. comment vous appelez-vous ? J e n'ai pas très bien compris votre nom au téléphone. Alio. Oui. Et en fin de compte il a séduit cette fille en lui parlant de sa grand-mère qui a passé sa vie à faire le ménage. J e veux bien manger avec vous. Voix. ALEXANDRE. de sa famille. Je ne sais pas. Pour danser. J e ne sais pas. C'est très mal payé. J'adore danser. Non pas beaucoup. Savez-vous si elle est à la boutique ? Alexandre s'assombrit progressivement depuis le début de la conversation. Oui. J'obéis. Non. VOIX. Fondu. FON 95 72 ? ALEXANDRE. VÉRONIKA. souvent. Voix.

Il n'y a rien. MARIE. fait semblant de dormir.. Oui moi aussi.. Non quand tu veux. Matin. Bon. Marie.. Qu'est-ce que ça veut dire ? ALEXANDRE. Elle raccroche. Ça va. A tout à l'heure. je vous remercie.. / / raccroche.... MARIE.. Oui. que je sache. Vous n'avez rien compris... J e n'ai pas très bien compris son nom.. Oui moi aussi. // raccroche. Fermeture Fondu... Alexandre compose un numéro au téléphone. Ça va bien non ? MARIE.. 36 37 É . J e vous embrasse. Le téléphone sonne. Pouvez-vous lui dire que Philippe Desbon a appelé. Non dis-moi. C'est Marie qui se réveille la première et qui décroche. Fermeture fondu.. ALEXANDRE. Alexandre se réveille également mais ne bouge pas. 11 heures. Faites ce que vous voulez... si vous voulez que je fasse ma valise.. Vous allez mieux. Philippe vient de vous appeler. Philippe.. vous. ALEXANDRE. Aujourd'hui tout va bien.. I plan. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE.. J'ai une bonne nouvelle pour SEQUENCE 9 A MARIE (off).. Et ne vous en faites pas pour moi.. ALEXANDRE. Il n'en est pas question. mais son prénom a suffi. MARIE. Ils dorment. Allô. ALEXANDRE.. MARIE.. J e n'ai pas à intervenir dans vos affaires.. AU revoir.... Simplement cela veut dire que je suis très content pour vous. J e pense qu'elle sera ici demain matin... L'Appartement de Marie. Oui on m'a dit.. dites-le moi vite.. J e lui ferai la commission. Tu es revenu. J e ne sais pas. Desbon ? ALEXANDRE. Où tu veux.. ALEXANDRE. 10. A 2 heures à la Coupole. Non mais.. ALEXANDRE..Voix. Voix. Vous allez bien. Pénombre. MARIE... La voix troublée de Marie lui fait comprendre qu'elle parle avec Philippe.

J e comprends très bien que vous ayez envie de séduire. ALEXANDRE. MARIE. VOUS ne le connaissez pas. Mais vous refusez de comprendre que moi aussi je puisse m'intéresser à quelqu'un. (avec l'infirmière.. J e vis avec vous. J e suis avec vous. VOUS J e sais. les hautes sphères.. ALEXANDRE. J e reste avec vous. Il y a de la musique. ALEXANDRE. et même si j ' y pensais il faut être deux pour ça. Votre prochain Jules alors. ni moi. Vous ferez ce que vous avez à faire. ALEXANDRE. J e vis avec vous.. De toute façon tout ça ne change rien. MARIE. Je vous aime. ou quelqu'un qu'on aime bien. Tout ce que je peux dire là-dedans. Oui.. Moi je suis occupé ce soir. Puis. Et moi. Réfléchissez. Il n'y a pas eu d'histoire. n'avez rien compris à ce qui s'est passé entre Philippe et moi. Mais rien n'est changé. Vous vous faites une idée de lui complètement fausse. MARIE. et vous savez bien que je ne parle pas de cul.) Jour.. J e ne pense pas du tout à baiser. Ils sont tous les deux. Que comptez-vous faire.. VOUS étiez avec Gilberte. je vous ai téléphoné plusieurs fois. Quand la femme qu'on aime baise avec un ami. MARIE. C'est une envie qui peut venir très vite. J'aimerais voir Philippe de temps en temps. Tout d'abord ils ne parlent pas. Mais maintenant vous n'allez pas passer votre temps à vous regarder dans le blanc des yeux je suppose. Bon.. Ou boire un verre... ni lui. Moi je ne suis pas branché dans la tête.. mais on arrive à comprendre.. tout ce qu'on a toujours fui.. ALEXANDRE. Je n'ai pas baisé avec lui. Enfin c'est ce que vous m'avez dit. Je n'ai pas de nouveau Jules.. MARIE. Puis-je savoir quelles sont vos intentions. mais pour moi vous n'y arrivez plus. ALEXANDRE.. VOUS dites vraiment des conneries de temps en temps. Faites-vous inviter par votre nouveau Jules. Personne n'y a cru.. L'important n'est pas dé séduire une femme mais de la connaître. Fin d'après-midi. Et vous pensez que ça ne changera rien. J e ne sais pas. ou se branche dans la tête comme vous dites. Et vous irez baiser avec lui de temps en temps. VOUS allez manger avec elle. c'est un peu dur. MARIE. elle vous met sur le même plan que lui. Vous n'avez pas décroché. 38 39 . Oui sans doute. MARIE.. Mais quand elle baise.. et maintenant je ne suis plus avec elle. Vous étiez là. ALEXANDRE. VOUS arrivez à trouver du fric pour emmener une fille au restaurant.SEQUENCE 9 B L'appartement de Marie. J e n'ai pas cherché à comprendre. MARIE.) MARIE. combien de nuits vous ai-je attendu ? ALEXANDRE. sur quelqu'un qui est tout ce qu'on déteste.. ALEXANDRE... MARIE. ALEXANDRE. MARIE. dans les hauteurs. (18 heures. ALEXANDRE. le banal. comme si on était pareil. C'est tout. MARIE. J e me souviens que cette nuit-là. (Deep Purple ou « Combat de Tancrède et de Clonnde »). l'ordinaire. J e fais plutôt dans le terre à terre... ALEXANDRE. ALEXANDRE. J e n'ai pas envie de baiser avec lui. Vous sortez avec l'infirmière. MARIE.

J e le trompais. Il s'assoit à côté d'elle. Aucune violence dans cette scène. VÉRONIKA. Non. ALEXANDRE. On pourrait parler de ça plus tard. Alors deux Ricards. MARIE. MARIE. ALEXANDRE (à Véronika qui a un verre vide devant elle). J'attends beaucoup trop des gens. Elle regarde devant elle. Vous en voulez un autre ? VÉRONIKA.. d'amie. C'est très bien. VéRONIKA. Le garçon de café arrive aussitôt. Aucun mot plus haut que l'autre. Mais vous. Je suis très exigeante. Oui. Qu'avez-vous pris ? 40 VÉRONIKA. pourquoi ? Vous sortez d'une grande aventure ? Vous êtes fatiguée ? Vous viviez avec un homme ? VÉRONIKA. sauf le dernier de Marie.. Vous paraissez fatiguée. ALEXANDRE. Mais pourquoi cette question ? VéRONIKA. rien que de la douceur et de la tristesse. VÉRONIKA. Ou une autre fois si nous en avons l'occasion. Ricard. ALEXANDRE. Pour l'instant je n'ai personne. Oh si. ALEXANDRE (Jusqu'ici cette partie de la scène pourrait être filmée de loin sans que l'on entende les voix) — 2 versions possibles : Loin et près. Vous êtes toujours libre. Elle lui crie. Vous serez là. ALEXANDRE. Oui j'ai vécu avec un homme. ALEXANDRE. (Le jeu est très calme et uniforme. de maîtresse. ALEXANDRE. Et c'est fini. / / l'embrasse. Non. Un Ricard. ALEXANDRE. // sort. D'accord. Durer. Et c'est bien ? VÉRONIKA. Ou de mauvaise humeur. (au garçon). ALEXANDRE.MARIE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. C'est fini. Un mari ? VÉRONIKA. ALEXANDRE. Si c'est le cas on peut se voir un autre jour.. Et ça ne marchait pas non plus ? Ça dépendait des jours. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Cette fois vous êtes en avance. Je pense que je ne rentrerai pas trop tard. Ils sont servis.. Ça va. Vous êtes gentille. vous avez des liaisons. ALEXANDRE. (à Véronika). VOUS verrez bien. Amusez-vous bien... VÉRONIKA. La caméra reste un peu sur elle. J'espère que cela va durer. Pour rien. vous n'avez pas vécu avec une femme ? ALEXANDRE. Alexandre arrive. Pour ça je vous fais confiance.) SÉQUENCE 10 Le café « LE SAINT CLAUDE » Véronika est assise sur la terrasse. Vous n'avez pas de femme. 41 . Et vous. J e suis toujours déçue. Et puis ça n'a plus marché du tout.

ALEXANDRE. la campagne. avec les gens qui venaient de se lever. VÉRONIKA. On voit la gare. Ils sont toujours vus de l'extérieur de la porte tourniquet. J e n'aime pas cette lumière. Je ne sais pas. ALEXANDRE. SÉQUENCE 10 A Devant la gare de Lyon. Les films de Murnau c'est toujours le passage de la ville à la campagne.. la ville. Moi non plus. 42 43 . c'est comme Paris. du béton. C'est la lumière un peu grise d'un ciel d'été à 8 heures du soir. du jour à la nuit. Et je rentrais. J e ne sais pas. Et puis je n'ai plus eu d'argent. Voilà. Quand je suis de mauvaise humeur je viens ici. On leur apporte la carte. En général il n'y a que des gens de passage. je déteste cette attitude des gens qui veulent en avoir toujours plus. Il laisse de l'argent pour les consommations. Les rues. un peu d'argent.. Paris est très beau la nuit. Ça ressemble à un film de Murnau. J'aime bien cet endroit. de se laver. Elle se levait pour aller travailler. J e passais mon temps à boire. L'hiver je ne voyais plus le jour. à faire l'amour. VéRONIKA (off). des voitures. Vous savez comme les gens sont beaux la nuit. de volière. Les trains. ALEXANDRE. débarrassé de sa graisse que sont les voitures. à fumer. J'étais tombé amoureux des gens de la nuit. (off) A droite les trains. Ils se lèvent. elle n'a plus rien compris à ma vie. Mais j'ai envie de quitter cet endroit. quand j'ai de l'argent je ne fais plus rien. VÉRONIKA. mais j'aimais les femmes belles comme la nuit. Vous n'avez pas faim ? VÉRONIKA. J'avais coupé le monde en deux. Alors elle est partie.VÉRONIKA. J'avais de l'argent. Non. Rien que de la pierre. Vous voulez rester ici ? VÉRONIKA. elle était belle comme le jour. ni moi à la sienne . Vous êtes mal à l'aise. Ils partent. Ce n'est pas très brillant. Je suis leur meilleur client. Ce bruit de basse-cour. Le matin. (off) D'ici il semble qu'il n'y ait pas un gramme de terre. avec leurs gueules d'abrutis pour aller travailler. Ils entrent au Restaurant : « Le Train Bleu ». ALEXANDRE. Vous n'avez pas l'air bien dans votre peau. (off) A gauche. à jouer. un maître d'hôtel les conduit à une table. Pourquoi ? ALEXANDRE. On voit la ville. J e crois que je confondais le jour et la nuit. Elle me réveillait en revenant. Il y a tout ça ici. Ils s'assoient. Ça m'est égal. Petit à petit. Ils pénètrent dans la salle du restaurant. je prenais un dernier verre au comptoir des cafés.

Elle s'arrête de manger.. . Racontez-moi quand vous avez fini votre travail : que faites-vous. côté rue. J e ne suis pas bien dans m a peau. Il y a des gens qui disent : « L'important c'est d'être toujours en accord avec soi-même ». Vous voyez. Et ce vin. et dont la qualité essentielle est dans l'ennui. Mais de temps en temps j e suis content. D'ailleurs j ' a i fait mon auto-portrait. Dessus il y a : CHEVEUX FRONT SOURCILS YEUX NEZ BOUCHE BARBE MENTON VISAGE TEINT ALEXANDRE. j e suis très organisée. Dans l'ennui.. Il est pas mal.Je suis assez pour l'ennui. Comment vivez-vous ? ALEXANDRE. il faut toujours encourager les injustices.. V é R O N I K A . / / sort une feuille de papier de sa poche et lui montre.. Dehors. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Ils font même des choses bien. j e volais des livres. avec vous. pas le goût. J e prends m a douche pendant le journal télévisé. Elle rit. Ne pas avoir d'argent n'est pas une raison suffisante pour mal manger. mais les femmes sont tellement menteuses. le nul.. apporter quelque chose.. j ' a i l'impression de vous ennuyer à mourir. Donc il faut manger tiède et mou. u n e idée. Cela leur permet de prétendre gagner leur vie. C'est mieux maintenant. Q u a n d c'est dur. Quand j ' é t a is enfant. O u i . Pas dans la foi.. Par exemple maintenant. on sent le dur.. Parlez-moi de vous... si vous n'avez pas d'argent. l'enthousiasme. Mais ils croient.. Non. enrichir le monde. Ils ont tous un point commun. dans votre chambre ? VÉRONIKA. le j o u r a baissé. U n peu nerveux peut-être. Et vous. Ç a va. VÉRONIKA. J e regarde la télévision d ' u n air morne. VÉRONIKA. Qu'est-ce que c'est ? Il est plutôt bien. 44 CHEVEUX FRONT SOURCILS YEUX NEZ BOUCHE BARBE MENTON VISAGE TEINT ALEXANDRE. au contraire.ALEXANDRE. VÉRONIKA. M ê m e si j ' a i emprunté l'argent pour y venir. en plus.. on sent le chaud. Mais vous êtes fou d'être venu ici... R u m i n e r u n mot. 45 . Elle est détendue. leur création. . ALEXANDRE.. regardez bien la tête des gens. Mais... U n côté bovin. n'importe quoi. Quand on entend ce genre de propos. Q u a n d on mange chaud. Excusez moi. ALEXANDRE (off)... Est-ce que j ' a i la tête de quelqu'un qui s'ennuie ? ALEXANDRE. elle rit. Vous m'avez regardée ? // la regarde. il fait nuit. pas le goût. Ils ruminent. J e suis assez d'accord avec ça.. qui êtes-vous.. VÉRONIKA. Assise sur mon grand lit. Qu'ils prennent la place d'autres gens ne me gêne pas. du cinéma par exemple. Quel programme ! C'est bon ce que vous mangez. d'être ici. ALEXANDRE.. J e prétendais que la pauvreté n'est pas une raison suffisante pour ne pas « se cultiver » Il y a des gens qui ont la chance d'avoir assez d'argent pour vivre sans rien faire et qui font quelque chose. pas le goût. Vous avez trouvé un système pour entendre les nouvelles en prenant votre douche. Vous savez quand on mange froid. Vous me reconnaissez ? C'est mon seul brevet d'existence. on sent le froid. J ' a i entendu une crapule dire ça récemment à la télévision.. C o m m e cette secte d'hérétiques dont parle Borges j e crois. Non. Et j e vous trouve très bien. Quoique j ' a i m e bien les ruminants. Ruminer c'est bien.

Ne faites pas cette tête. Vous aimez ? Il ne répond pas. Si je rencontre un type. Vous ne pouvez pas savoir comme les internes sont cons. ça n'a pas d'importance. Mon cou et mes épaules sont très doux. Alors je ne me suis pas dégonflée.. La vie est merveilleuse. je vais avec lui. J'ai de très jolis seins. ». les boîtes. pour plaire à d'autres tellement. J e bois. J'imaginais.. Et dans l'ascenceur.. j ' a i été enlever mon tampax et j'ai baisé avec lui et je suis redescendue en salle de garde avec ma trousse sous le bras.. j ' a i baisé avec un maximum de médecins.. Elle est au fond du couloir. Elle lui prend le bras. Il faut déplaire beaucoup à certains.. des filles qu'ils vont baiser.. maintenant de leur moto.VÉRONIKA. que des filles qu'ils ont baisées. je peux baiser avec n'importe qui. J e déplais beaucoup à certaines personnes.. Et combien durent ces aventures.. Quand j'étais en salle de garde. plus longtemps ? VÉRONIKA.. Et je n'aime pas les minettes aux cuisses maigres. je bois toujours le whisky avec du Coca. insensibles... . une nuit. C'est normal. Et moi. une nuit.. ALEXANDRE. Ils boivent. ALEXANDRE. Vous ne voyez pas ? Regardez ce ciel horrible. Une fois... je ne faisais pas attention.. J e passe souvent la nuit dans les bars... VÉRONIKA. La vie est belle. Pour moi les choses n'ont pas d'importance. une fois ça suffit ».. J e prends ma trousse sous le bras et j ' y vais. je n'ai pas de problèmes. SÉQUENCE 10 B Ils sont assis dans un bar (genre Rosebud). Ils ne parlent que de leur patron. Après il a voulu recommencer. Ils sont dans la rue. Ils partent. VÉRONIKA. je ne suis pas allé à l'hôpital depuis mon enfance. j'ai baisé avec ces cons. j'étais en salle de . accompagnez-moi à la salle des .. de leur voiture de sport.. se foutant complètement de la souffrance. je m'aperçois que nous n'allons pas du tout à la salle des il avait envie de me baiser et il n'avait rien trouvé de mieux. La douche n'est pas dans ma chambre. Une heure... VÉRONIKA. j'avais le souvenir que les infirmières étaient dures. ? un interne me dit : « Véronika.connaissez pas les chambres d'infirmières. Le garçon apporte leurs verres. Il fait nuit. Vous ne. quand j'étais jeune bleue.. J e lui ai dit : « Non. Quand je sors. ALEXANDRE. 46 47 .. une heure..

Je fais beaucoup de gardes ces temps-ci. voilà ». et un voile aussi. C'est drôle. ALEXANDRE. Aller voir un chirurgien. ALEXANDRE. Au bord de l'eau. ALEXANDRE. Il lui tend la main. Ils ne parlent pas. VéRONIKA. J e marcherais bien toute la nuit avec vous. VÉRONIKA. Ils repartent. VÉRONIKA. leur dureté.de la misère du monde et cela me plaisait beaucoup. Ils sont revenus près de l'hôpital. mettre sa vraie main dans un bain de formol. C'est tout rose. Ils s'arrêtent contre le mur. Je peux vous téléphoner un de ces jours. Vous ne voulez pas un autre verre. dans une pièce. Si vous voulez. je ne crois pas. Dire : « Quel est votre prix . 1940-1972. VÉRONIKA. J e n'ai pas envie de rentrer. Ils sont arrêtés. Oui. Bonsoir. VÉRONIKA. J'aimerais beaucoup vous voir dans cette tenue. ALEXANDRE. VÉRONIKA. J'ai envie de marcher. Pour boire. Très sérieusement. avec une plaque : Ma main. C'est exactement comme ça. Ils sortent. Et les gens viendraient visiter. 48 49 . au milieu de la pièce. être belle. Les quais de la Seine. J'ai besoin d'argent. ALEXANDRE. J'en ai assez d'être ici. Et chez lui. ALEXANDRE. Bonsoir. J'ai envie d'aller au bord de l'eau. ALEXANDRE. ALEXANDRE. oui. Pour boire. m'acheter des robes. Partons. Un poumon non. C'est très bien. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Ils se lèvent. Mais vous avez raison. Comment êtes-vous avec vos malades ? Vous avez une blouse blanche ? VÉRONIKA. Comme une religieuse. Non. SEQUENCE 10 C Ils arrivent devant l'hôpital où elle habite. ALEXANDRE. C'est facile. Un poumon ? Vous savez c'est très joli un poumon. Non. J e vous revois bientôt ? Ce ne sera pas facile. Mais pensez-vous qu'un chirurgien accepterait ? VÉRONIKA. sans rien d'autre. Oui. Mais j'ai un ami qui avait une idée formidable : il voulait se faire couper la main droite. Et se faire mettre une main en porcelaine à la place. Vous voulez dire au bord de la Seine. Vous n'avez pas quelque chose à vous faire opérer. comme une exposition. VÉRONIKA. leur façon de ne pas compatir au malheur des autres. VéRONIKA. Partons.

Une lampe est allumée. Elle part vers la porte de l'hôpital. MARIE. 50 // est allé se laver. devant tout le monde. » Et j'imaginais que vous auriez tout laissé tomber et que nous serions partis ensemble. MARIE. Si vous voulez chercher des querelles indignes de nous. distants mais on a l'impression qu'ils vont faire l'amour. // essaie de l'embrasser. 3 mois et je ne l'aime plus. C'était bien. MARIE. Je suis souvent amoureuse. D'abord c'est vous qui me l'avez dit. arrêtez ce cirque. êtes ridicule. allez-y. J'espérais vous rencontrer. Téléphonez-moi quand vous voulez. Ils s'embrassent. Puis je les oublie. J e me fous du ridicule. MARIE. VÉRONIKA. Oui. Vous êtes imprégné. VÉRONIKA. MARIE. Oui. je suis amoureuse. Oui.. vous allez nous foutre en l'air. MARIE. Ne me touchez pas. Se penche. Les gens n'ont pas d'importance. parce que voyez-vous mon cher.. Après. Nuit. Alexandre entre. Je me fous de la dignité. Oui. Ils sont tendus. J'aime quelqu'un 1 mois. Je m'attache très vite aux gens. Oui. on est bien. Ils se regardent. Vous êtes allé bouffer. N'importe où. Contre le mur. Il se couche près d'elle. MARIE. ALEXANDRE. AU chinois du Panthéon. Alors ça c'est bien passé. mais ça va comme ça. J e déteste ce parfum. ALEXANDRE. VOUS SEQUENCE 11 L'appartement de Marie. Elle rit.ALEXANDRE. Vous aussi. ALEXANDRE. aussi vite. Oui. Vous avez gardé mon numéro. m'acheter des robes. ALEXANDRE. Je vois que vous vous êtes bien amusé. Quand on est bien avec quelqu'un. J'aimerais que vous le disiez autrement : Pour boire. J'ai traîné dans les rues toute la soirée. Comme des adolescents. J e méprise les gens qui souffrent en silence. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Il la suit des yeux. // s'approche d'elle. Je vous l'aurais dit devant cette fille. être belle. Vous êtes allé au chinois. J e vous aurais dit : « Je vous aime. Allez vous laver. Marie est couchée.. 51 . Ils s'embrassent violemment. Se serrent l'un contre l'autre.. Elle disparaît sous le porche sans se retourner. Oui. MARIE. 2 mois. c'est fini. ALEXANDRE. Si je vous avais vu je vous aurais dit : «Je vous aime ». Et puis vous sentez le parfum « Bandit ». Elle ne dort pas. MARIE. ALEXANDRE.

Vous êtes jalouse. J e vous aime parce que vous me faites rire. ALEXANDRE.. avec plaisir. Et bien ça me fait plaisir et je n'y renoncerai pas quoi qu'il arrive. je vous le passe. Je n'ai pas remarqué. Oui. C'est ce qui va arriver pourtant. Elle ne se retourne pas. MARIE.. médiocre. MARIE. il est là. Tremper son sexe dans une eau ou dans une autre. . ALEXANDRE. MARIE. Quoi faire ? Rester là. 52 53 . Oui. Quand voulez-vous ? A neuf heures au Flore. J e ne sais pas.. ALEXANDRE. MARIE. ALEXANDRE. Vous pouvez rire. Qu'est-ce que vous allez faire avec elle ? ALEXANDRE. J'aime bien quand vous êtes jalouse. écouter la radio ? Attendre que le téléphone sonne ? Appeler l'horloge parlante pour entendre une voix humaine ? Je suis un jeune homme pauvre. Quelle importance. Ça marche bien pour vous. ALEXANDRE. C'est bien. Qu'est-ce qu'elle a dit ? Rien. VOUS êtes très gentil avec elle. Garde l'écouteur.. Elle vous a demandé. Vous avez bien dormi ? Oui. SÉQUENCE 12 MARIE. Elle rappellera. Et vous savez que je ne pense pas du tout aux choses sexuelles. Elle lui passe l'appareil. Elle est sur le lit. Oui. Écoute de la musique. Entendu. Elle est de dos. cela pose trop de problèmes. Je vous l'ai dit. Continuez.. veut me voir. Il y a longtemps que vous ne m'avez pas parlé aussi gentiment. Que voulez-vous ? Que je n'y aille pas ? Ou que je lui dise : il ne faut plus nous voir. MARIE. MARIE. Elle n'a pas voulu dire son nom. ALEXANDRE. regarder la télé. MARIE. MARIE. Oui mais ça fait si mal. Marie décroche. (à Alexandre) C'est elle. Continuez. Sa voix lui va très bien. ALEXANDRE. Véronika a téléphoné deux fois. Oui. ALEXANDRE. Le téléphone sonne. Rien. Vous trouvez ? MARIE. ALEXANDRE. Vous lui aviez donné le numéro ? ALEXANDRE. Qui voulez-vous que ce soit ? Une fille qui refuse de dire son nom. Une jeune fille pauvre. pleurer. ALEXANDRE. Tout. Je vous aime parce que vous êtes la seule femme qui me fassiez rire. Oui. Pas du tout. Et bien riez./ / raccroche. Mais continuez. Peut-être que je vous parle et que vous ne m'entendez pas. Elle bouge en mime temps que la musique. Je sais bien. médiocre. Je n'aime pas du tout le ton de sa voix. Mais (vous ne la connaissez pas). Ah oui. A tout à l'heure.. Comment savoir. ALEXANDRE. Moi ? Alexandre arrive chez Marie. Alors comment savez-vous que c'est elle ? MARIE.

» Ben j ' a i trouvé ça pas mal. A moins que vous appréciez la perspective de passer la soirée au fond d'un bistrot. Je n'ai pas d'argent et je crois que je ne sais pas vivre sans argent.. Et elle est partie. J e lui aurais dit : « C'est " L a Belle Hélène" tu ne veux pas venir l'écouter avec moi ? » Elle ne me demandait rien. Gros et chauve. Véronika n 'est pas encore là. Alexandre s'excuse auprès de son ami et va la rejoindre. Et pour porter l'autre. Ce ne sera pas la première fois.. SÉQUENCE 13 Un café. ALEXANDRE. Tu as une nouvelle veste. si je vous ennuie.. Et tout est déjà assez difficile comme ça. Oui. J'avais envie de vous voir. J'ai envie d'être avec vous mais pas d'y être mal.. ALEXANDRE. tu ne veux pas venir l'écouter chez moi ? » Elle m'a dit : « Non. Mais ça n'a pas d'importance.acheté là ? » Elle m'a dit : « Non et ça m'est égal ». Veste verte. Elle ne remarquait même pas la pochette. tu vois. Quelle drôle de question . Si vous trouvez que je m'impose. Véronika est rentrée et sans voir Alexandre. VÉRONIKA. chemise verte. Salut.. ou se taire. et il était tout en vert. On peut rester dans un café. ALEXANDRE. Il fumait même des Gauloises vertes. devant un café. J e suis furieux. Alexandre entre. J'espérais qu'elle me demanderait ce qu'il y avait dans la pochette. fou de rage. tu sais. Mais ce n'est pas si simple. Excuse-moi. je ne crois pas. Non ce n'est pas ça. VÉRONIKA. j ' a i rencontré. quand je rencontre une fille que je n'avais pas vue depuis deux ans. A table.. Je lui ai dit : « Et bien je vais te le dire quand même. J e suis entré dans une boutique et je me suis fait terroriser par un vendeur. ALEXANDRE. que je grossisse.. Du coup je suis allé en acheter une autre. "ça v a " ? Tu ne vois pas comment je suis ? J e suis en vert et contre tout. Alors je lui dit : « Ça va ?» Et il me dit : « Comment. Bonsoir. Oui. Il faisait au moins deux mètres. Vous n'aviez peut être pas envie de me voir. (N.. envoyez-moi promener. Non. J'ai passé une journée atroce. mais tu vois je suis en noir. et d'abord je suis pressée ». pantalon vert. J'ai passé une journée atroce.. sans rien dire. Je ne sais pas quoi faire. Alors pour porter celle-là. Bonsoir. (Histoire sur Biaggi qui se termine par je suis en vert et contre tout)<'>. je ne sais pas si ça va tellement. Alexandre va le saluer et s'assoit en face de lui. Que voulais-tu que je fasse ? Il m'a imposé ce qu'il a voulu. parler. ALEXANDRE.. PlCQ.. à bientôt. C'est ALEXANDRE (1) Dialogue atteslé dans le film : Ah. Quand on est bien avec les gens. Etre gros. un garçon qu 'il connaît lui fait signe. 55 . Ce n'est pas très sérieux. Être gros c'est bien. PlCQ. Il est un peu en avance. (inaudible).. C'est " L a Belle Hélène" d'Offenbach. il faut que je maigrisse. En fin de compte je lui ai dit : « Tu sais ce que j ' a i 54 (à Véronika). s'est installée à une table. je rentrais chez moi. pas où aller.d. trop ample celle-là. j'avais acheté le disque de « La Belle Hélène » d'Offenbach. alors : en noir et contre tout. bien sûr que non. VÉRONIKA.). 8 ou 9 heures du soir. Vous allez bien ? ALEXANDRE.. On s'est arrêtés pour parler. chaussures vertes. J e voyais très bien que ça ne m'allait pas.E. un vrai gros ne me déplairait pas. Alors je suis rentré et j'ai écouté le disque tout seul. j'aimerais bien pouvoir le dire.

Alors j'ai pensé à une chose. Mais je ne vois rien de mieux. (Le lit est à même le sol. Un peu plus tard. SÉQUENCE 14 Chez Marie. vous ferez comme vous voudrez. Je vous sers un verre. Que voulez-vous entendre ? VÉRONIKA. Il lui désigne les verres. ALEXANDRE. Oui. J e vais y aller. Et la télévision. Fermeture Fondu. Marie retourne dans la cuisine. Il y a du vin. Il désigne I'electrophone et les disques. Wagner. Il ne fait pas de presentation. A mon avis on a oublié deux choses dans la déclaration des droits de l'homme : le droit de se contredire et le droit de s'en aller. Bonjour. VéRONIKA. Marie lui fait une petite moue.. // disparaît. La porte. Alexandre va à la cuisine. ni fauteuils). On frappe. VéRONIKA et MARIE. Entrent Alexandre et Véronika. sort des glaçons du réfrigérateur. Alexandre lui désigne le lit mais elle s'y est déjà installée. (« Don Giovanni ». VÉRONIKA.. ALEXANDRE. recouvert de coussins. ALEXANDRE. Il n'y a ni chaises. Bon. Marie apparaît. Véronika entre dans l'appartement. Vous en voulez aussi ? Il apporte verres. De la musique. 56 57 « . Elle fait aussi de la très bonne cuisine. du whisky et même du coca. glaçons dans la pièce et sert les verres. bouteilles. elle vient de la cuisine. chez la femme chez qui j'habite (et que vous connaissez peutêtre car je pense que la robe que vous portez vient de sa boutique). // met un disque. Il répond d'un geste vague. ou « La Belle Hélène » ?) Il met le son assez fort.autre chose. Ce que vous voulez. Oui. je vais téléphoner. J e peux peut-être aider votre amie. Non je ne crois pas. On reste sur Véronika qui fume et boit. ALEXANDRE. Voulez-vous venir ? VéRONIKA. Voulez-vous venir avec moi. ALEXANDRE. on peut même regarder sagement la télévision. On ne voit plus que I'electrophone. C'est bien non ? Et puis si quelque chose vous ennuie vous êtes libre de partir. Elle ouvre la porte.

Et je n'ai pas de fric. J'aime beaucoup vos yeux. ALEXANDRE. des homosexuels. ALEXANDRE.Je sais. VÉRONIKA. VOUS avez un très beau sourire. Ils descendent. il y a des gens qui passent et repassent. Ils s'assoient sur un banc. / / soupire. des flics. La voiture est arrêtée près des quais de la Seine. Non. ai. voulez-vous aller ? VÉRONIKA. Ils attendent qu'on fasse l'amour. Pourquoi pas. J e vais vous paraître très conventionnel mais ça me dérange beaucoup. VÉRONIKA. Ça dépend des jours et des opinions. Vous avez envie de moi. Vous ne voulez pas venir avec moi. J e voudrais vous raccompagner et si vous avez envie de me téléphoner un de ces jours. VÉRONIKA. nous sommes surveillés. Qu'est ce qu'ils ont mes seins. O ù VéRONIKA. ALEXANDRE. Si. ALEXANDRE. Moi j'en ALEXANDRE. VéRONIKA. ALEXANDRE. Si vous voulez. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Non. VÉRONIKA. ça me ferait très plaisir. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Surveillés ? ALEXANDRE. Elle l'embrasse. Des voyeurs. VÉRONIKA. VÉRONIKA. tout cela à la fois peut-être. VéRONIKA. ALEXANDRE. SEQUENCE 14 A Dans la voiture. Elle regarde. Depuis que je vous ai rencontré je me suis fait des petits rêves erotiques avec vous. Qui sont ces gens ? ALEXANDRE. Alors emmenez-moi au bord de l'eau. VÉRONIKA. Et je ne sais pas. Je ne ris jamais. ALEXANDRE. Vous ne voulez pas me baiser. Je ne vois personne. ALEXANDRE. Mais vous m'auriez baisée tout à l'heure. alors décidez vous-même. Ils ne vous plaisent pas. Moi je ne sais pas. A l'arrêt. Non. N'importe où. ALEXANDRE. Marchent un peu. J e suis furieuse. VÉRONIKA. / / démarre. ça m'ennuie. Vous n'avez pas vu. Ce n'est pas si sûr. Et votre sourire. 59 . Ils s'embrassent. VÉRONIKA. Vous ne voulez pas venir avec moi dans une boîte. mais je vous y conduis si vous voulez. j'ai l'impression que vous ne devez pas être mal au lit. Ici ? Oui mais je n'ai pas envie. J e fais des conneries de temps en temps. Et votre bouche. ALEXANDRE. Vous trouvez que mes idées sont mauvaises. VéRONIKA. Je ne sais pas. ALEXANDRE. VéRONIKA Et ça vous dérange ? ALEXANDRE. Ah non.

Fermeture Fondu.Elle met sa tête sur son épaule. pourriez-vous regarder des flanelles à Londres.. pour la boutique. Mick Jagger et René Biaggi. Faites ce que vous voulez. vous êtes allés baiser ailleurs. MARIE. Je crois qu'il n'y a pas de secret en flanelle. MARIE. VOUS allez retrouver vos vieux gouins à Londres ? MARIE. MARIE. Il attend que Marie décroche. Trois heures pour la raccompagner. Si vous pouvez m'avancer l'argent. Désolé de vous décevoir. MARIE. Alexandre se tourne dans le lit. se réveillant avec difficulté. Son visage n'est pas mal non plus. Son gros cul. Enfin il décroche. Sa peau. Elle avait envie de vous. 61 . VOUS dites ça parce que ça n'a pas marché avec vous. Alexandre entre. ALEXANDRE. Baisez-la pendant que je serai à Londres. Alors tout se confond. L'appartement de Marit. Très bien. Et moi j'aime bien sa voix. J e n'aime pas sa voix. Moi je suis restée là. Ils attribuent à la personne la distinction qui appartient au costume. ALEXANDRE. SÉQUENCE 15 Alors si elle vous plaît autant que ça. Je vous raccompagne. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J e vais faire des courses. c'est pas mal. ALEXANDRE. J e voudrais un costume comme ça. J'en voudrais une marron. ALEXANDRE. ou bleue avec des rayures blanches. ALEXANDRE. La lumière est allumée. C'est la seule chose. Ils se lèvent. Il tend le bras vers elle. C'est purement une question de prix. Elle est couchée. MARIE. Vous savez. Au fond des ombres bougent. J e vous rembourserai dès que possible. J'ai bien vu.. J e trouve ça ignoble. elle ne me plaît pas du tout. Dans la pénombre le téléphone sonne. Et puis cette façon de dire : « Léger mes amis ». Vous me permettez de l'emmener ici ? MARIE. Ce genre de costume qui fait croire à la plupart des gens qui n'y connaissent rien. ALEXANDRE. mais elle n 'est pas là. VOUS croyez ? SÉQUENCE 16 Mais enfin. Vous l'avez bien vu. Alors... Le téléphone continue de sonner. baisez-la. Non. A propos. ALEXANDRE. Comment trouvez-vous ses seins ? MARIE... Vous pourrez profiter de l'appartement. Vous serez tranquilles. que ceux qui les portent ont une élégance naturelle.

J e vous rappelle plus tard. Oui. il y a une fille seule. Non. Alexandre hésite. J e suis désolée. Flore. dites-moi ce que je dois dire. Oui. non ? Oubliez ce que j'ai dit. Est-ce que je peux vous voir ? ALEXANDRE. où ? quand ? VÉRONIKA. Il y a un verre de Ricard devant elle. « J e serai de retour dans 2 ou 3 jours. ALEXANDRE. Alors si vous êtes avec un homme. Ne faites pas le con. Marie. je viendrai de toute façon. vous ne dites rien. // s'assoit. Vous venez à notre table. J'espère que j'irai pas trop loin. Je pense à vous. Il aperçoit Véronika qui ne le voit pas. VÉRONIKA. D'accord. Oui.ALEXANDRE. On ne sait pas tris bien s'ils sont ensemble ou pas. VÉRONIKA. allez-y. J'ai quelques petites courses à faire dans la journée mais je peux être à 7 heures au. je crois que vous me trottez dans la tête. Non. JESSA. Elle a un pansement qui recouvre une partie d'une de ses mains et son poignet. un homme au teint basané. Oui. fort. Je peux m'asseoir. VÉRONIKA. N'ayez pas peur ou alors venez à 7 heures 15 je serai seule. VÉRONIKA. venez à notre table. es très bien habillée aujourd'hui. il ne restera pas très longtemps. Vous êtes sûre qu'il n'est pas grand.. Il y aura peut-être un homme avec moi. / / raccroche. D'accord. ALEXANDRE. Il se dirige vers elle. Alexandre entre et jette un regard circulaire sur les consommateurs. d'un autre côté. ne sortez pas en poussant des cris de douleur. Tu attends quelqu'un. Je ne me souviens pas. Trouve un mot de Marie pris du lit. Vous avez dit des conneries ? VÉRONIKA. A la table voisine. ALEXANDRE. ALEXANDRE. méchant. Vous ne vous souvenez pas. qu'est-ce que tu as fait ? JESSA. quand voulez-vous ? VÉRONIKA. » SÉQUENCE 17 VÉRONIKA. ALEXANDRE. VÉRONIKA. T U 62 . Arrosez les plantes dans la cuisine. alors. Maintenant que vous m'avez réveillé. Je viendrai.. vers 19 heures. Et si vous ne voulez pas parler. Non. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Tant mieux. ALEXANDRE. Alexandre ! Je vous réveille ? ALEXANDRE. ALEXANDRE. Vous dites ce que vous voulez. A une autre table. Vous ne m'en voulez pas pour hier ? J ' a i dit un maximum de conneries. Je voulais vous dire que j'aimerais bien vous voir. ALEXANDRE. J'ai cassé un verre. Vous savez. // se live. Love. Il regarde son bandage. Et qu'est-ce que je dis ? Je ne peux pas inventer. qu'est-ce que je fais ? VÉRONIKA. Le café en question.

Et moi. Qu'est-ce que tu as été faire là-bas ? JESSA. c'est parce que je suis cul-de-jatte que vous ne voulez pas venir avec moi ». ou pas moins. rien.. Le sosie de Belmondo. Un pansement c'est une parure de plus. Mais je suis de retour depuis six mois déjà. Quand on le veut vraiment on arrive à prendre la personnalité de quelqu'un. Tu te souviens de ce type qu'on voyait souvent à Montparnasse. ce type que je détestais. les cheveux longs. Regarde. je ne savais pas quoi dire. vous volez tous les autres. Il avait l'air très méchant. J'ai remarqué que les gens qui m'avaient fait du tort. JESSA. J e sais. Ils ont disparu. comme ça. Et je n'aime que la musique populaire. ALEXANDRE. Oui. // rit. je n'ai jamais su. 65 Elle le répète en anglais. son ombre. Françoise vit avec un Américain. je n'ai jamais su. En disparaissant vous avez emporté un petit peu de ma vie. je suis toujours là. Il m'avait fait du tort. pas sa caricature. Moi. Michèle. 64 .. les Black Panthers. JESSA. je n'arrive pas à ne pas prendre le suicide au sérieux. Tu es toujours avec lui ? JESSA.. D'un recommencement. Il y a eu la Révolution culturelle. JESSA. Françoise.. Il est resté là-bas. Comment faut-il dire ? Alors parle-moi de suicide tant que tu veux mais si j'en ris c'est que j'en ai très peur. Non. Ecoute. ALEXANDRE. à lui voler son âme. j ' a i raté mon suicide. Tu connaissais Ferrand. les Stones. Qu'est-ce que tu deviens ? Il y a longtemps qu'on ne te voit plus. Maintenant c'est Belmondo qui est la caricature de son sosie. et je ne parle pas des choses sexuelles. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Il me suivait. Michèle s'est suicidée. j'étais à New York. J'y suis allée avec un type. plus rien. Chaque fois qu'une fille vit avec type. Dis-moi. Elle a sans doute l'impression d'une renaissance. Oui. ça ne leur portait jamais chance. Mozart. JESSA. Et depuis deux.ffr Ça te va très bien. Il m'a dit : « Oui. trois ans. Ces filles de tous les jours. JESSA. ALEXANDRE. Oui. Et puis il s'était marié avec une fille qui était sortie avec moi. Je suis persuadé. Alexandre regarde vers Véronika qui parle avec son voisin. non. JESSA. il est arrivé à une telle perfection dans la ressemblance. qu'il est devenu plus vrai que le vrai. . La musique pop est devenue religieuse. les Rolling Stones. c'est parce que je suis fiancée ». Mais moi non plus. ALEXANDRE. qu'on appelait « le faux Belmondo ». Même le jour. ALEXANDRE. c'est l'autre qui est le faux.. pas plus que la mort.. Martine. Ton curé. il allait très vite. Que sont devenus tous ces gens que l'on voyait il y a quelques années ? Je ne bouge pas. Quand on a fait le film sur « William Wilson » c'est avec eux qu'on aurait dû le faire. En vous donnant à un seul homme. J'avais peur de sortir. j'ai quand même une bonne nouvelle. l'Underground. A propos. C'était un vrai ou un faux. pas un film. Au début l'effort qu'il faisait pour ressembler au vrai était assez ridicule. dans la fleur de l'âge. je crois beaucoup à ce genre de choses. Je reste. rien dans la mode. J e lui ai dit : « Non. ton curé. c'est une ville terrible. Tu sais. Mais avec une insistance maintenue sur plusieurs années. Edith Piaf. mai 68. Il est mort. ALEXANDRE. Il n'y a plus personne. ALEXANDRE. Une fois j'ai été draguée par un cul-de-jatte. Toi. que ce qui est arrivé dans le monde ces dernières années est totalement dirigé contre moi. elle laisse tout tomber. Tu ne peux pas savoir. Et maintenant. J'étais aux États-Unis. les Palestiniens.

il serait ridicule que tu le trompes avec n'importe qui. On ne peut pas passer une nuit tranquille. ALEXANDRE. Oui. Oh. On ne sait jamais sur qui on tombe. Écoute. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Écoutez. VÉRONIKA. Ils se lèvent. il regarde dans la direction de Véronika qui ne l'a pas encore vu. je ne peux pas rester comme ça. J'avais rendez-vous avec elle. 7/ se lève. SÉQUENCE 18 Chez Marie. VéRONIKA. Bien. téléphonemoi. Elle est à Londres. Et maintenant qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu vas faire ? On se revoit quand ? dans cinq ans ? JESSA. S'installe à leur table. Alors si tu y penses sérieusement. Il va encore falloir que j'aille voir un gynécologue. 77 regagne l'autre table. Alexandre embrasse l'autre fille. Elle parle avec son voisin et échange des petits papiers sur lesquels ils écrivent quelque chose. je pense. Ils s'embrassent. J'ai envie d'écouter ce vieux disque de Marlène Dietrich. Avec votre vieille maîtresse. sans baiser. écouter de la musique chez moi ? VÉRONIKA. Comment vat-elle ? Arrêtez. Vous n'aviez qu'à l'enlever. ALEXANDRE. Véronika arrive.De temps en temps. Ils sont l'un contre l'autre. J e ne sais pas ce que je fais. Venez quand vous voulez. Que je lui dise avec une petite voix douce : « Je ne sais pas ce qui est arrivé. Les deux filles se sourient. J'en ai marre. Faites-moi un toucher. VÉRONIKA. comment trouves-tu cette fille là-bas ? JESSA. vous allez enfoncer mon tampax. C'est de votre faute. Non. Je reviens. J'ai eu l'impression que vous échangiez des papiers. J'ai envie de le tromper. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VéRONIKA. 67 . moi ça me ferait plaisir. VÉRONIKA. téléphone-moi. D'un geste elle l'invite à s'asseoir. si tu as envie de le tromper. // éclate d'un rire qu'il ne peut maîtriser. Ses vêtements sont jetés par terre. Non. A bientôt. ALEXANDRE. Dis-moi. Mon type est jaloux. Elle ne m'a pas vu. Essayez de m'enlever ce tampax. ALEXANDRE. Reste debout devant la table de Véronika jusqu'à ce qu'elle lève les yeux. Que voulez-vous faire ? Rester ici. ALEXANDRE. VÉRONIKA. j ' y vais. Pas mal. Il peut me sortir par les narines. Mais je n'aime pas qu'on me regarde sans que je le sache. Vous ne vous rendez pas compte. ALEXANDRE. J e vous ai dit que je ne voulais pas. J e suis là-bas avec une amie. Allons chez vous. Ah ça m'emmerde. Ah merde. Véronika est dans le lit. Ça y est. C'était le monsieur dont vous m'avez parlé au téléphone. Chez vous. aller au bord de l'eau. comme des numéros de téléphone. Ils sortent du café. VOUS étiez seule alors. j'ai perdu mon tampax ». ALEXANDRE. ALEXANDRE. Vous ne vous êtes pas trompé. Alexandre se déshabille à son tour et rentre dans le lit.

je n'ai pas l'habitude de faire l'amour comme ça. vous préférez tendrement ou violemment. tirez. ALEXANDRE. J e crois me souvenir que vous préférez vous réveiller seul. ElU constate qu 'il a les veines saillantes. 69 . Fermeture Fondu. ALEXANDRE. C'est trop drôle. Plus tard. Le jour s'est levé. dites-moi. // se décide. c'est Véronika. Mais. ça ne fait pas mal. Non. Me dire au revoir. ALEXANDRE. Il se dresse. VÉRONIKA. (Tout ceci se passe sous les draps). Ils sont à nouveau l'un contre l'autre dans le lit. Vous n'allez pas raconter ça. Il n'est pas là. Ah ! J e sens quelque chose. VÉRONIKA. J'aime bien les deux. il compose un numéro de téléphone. je vous assure. VÉRONIKA. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Une fois une fille m'a dit : « Oh. J'appelle un ami. On entend un bruit de chasse d'eau. ALEXANDRE. Vous avez de très belles veines. Le téléphone sonne. à quelle heure êtes-vous partie ? VéRONIKA. Si. il faut être plus doux ». Tirez. ALEXANDRE. Il se recouche. Ce n'est pas marrant. Quand elle revient. Bonjour. Je vais vous faire mal. VÉRONIKA. VÉRONIKA. là où elle a jeté ses vêtements. ALEXANDRE.Il éclate de rire à nouveau. Comment avez-vous dit : « un toucher » ? / / n 'a pas cessé de rire. Dans la pénombre Alexandre se réveille en sursaut. Il n'y a rien. A 6 heures. Il faut que tout se sache. // raccroche. Alexandre dort toujours. non. VÉRONIKA. Dommage. Mais je ne sais pas. ALEXANDRE. Alexandre. Arrêtez de rire. Mais vous êtes con. ALEXANDRE. Je crois que c'est ça. Vous ne savez donc rien faire ? ALEXANDRE. Alors dites-moi. Il se réveille et décroche. Véronika ! // regarde par terre. j'aimerais bien vous faire des piqûres. Ils s'embrassent. Vous préférez faire l'amour doucement ou brutalement. SÉQUENCE 19 Elle lui arrache des mains. Il se tourne. Ça m'est égal. 68 Allô ! VÉRONIKA. Je vais lui raconter. ALEXANDRE. VÉRONIKA. VéRONIKA. ALEXANDRE. Véronika ! Il n'y a personne. Fouillez et si vous sentez quelque chose. Il tend la main dans la direction de Véronika et s'aperçoit qu'elle n'est pas dans le lit. Vous auriez pu me réveiller. se lève. J e ne peux pas garder ça pour moi tout seul. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Fermeture Fondu.

ALEXANDRE. titubante. J'étais allée dans une sorte de super-marché qu'il y a dans le dix-septième. ». Je me souviens j'étais revenue chez moi. j'avais deux gros paquets énormes. Les vieux films de vampires. Fermeture Fondu. Je vous embrasse. Je ne sais pas Les Visiteurs du soir peut-être. J'avais pris rien que des yaourts. On pourrait aller au cinéma peut-être. et il m'a dit « Mais Véronika. VÉRONIKA. il va être vachement content et tout. Quoi. Il y a de la musique. parce qu'il y avait 70 71 .. ALEXANDRE. j'accepterai de voir un bon film. A ce soir. Tous les hélégiaques sont des crapules. ça va être le pied quand il va ouvrir le réfrigérateur ». Ils sont complètement ridicules. J e me suis fait virer parce que j'avais fait un maximum de bringue. J e travaille jusqu'à 5 heures. VÉRONIKA. Elle est assise dans le lit. On réfléchira. je m'étais préparée pour aller travailler. J'aimerais bien voir un Fernandel. O ù habitiez-vous ? VÉRONIKA. Moi qui me disais. c'est qu'on passait notre temps à baiser. ALEXANDRE. « C'est pas normal ». SÉQUENCE 20 Ils sont couchés.. Vous savez le vieil amant avec qui je vivais. là. J'aime bien les films fantastiques. Il aimait les yaourts et j'en avais acheté au moins une trentaine. c'est pas normal tous ces yaourts. VÉRONIKA. Fernandel ? Pour vous faire plaisir. Elle maintient les draps à la hauteur de ses seins. Une fois il avait la grippe. Quand la séquence commence on a l'impression qu'ils ont déjà fait l'amour. Non. // raccroche. ALEXANDRE.. D'accord. Ça ne fait rien. Pourtant je fais ce que je peux. ALEXANDRE. Moi j'aime bien les films terre à terre. rue des Acacias. Voulez-vous que l'on se voie après.. ce cœur qui bat. qui bat. ALEXANDRE. VÉRONIKA. chez Marie. Oui. Ce qui était bien avec lui... bien. Je me disais : « Oh ! là. Mais je ne sais pas s'il y a quelque chose à voir. Qu'entendez-vous par bon film ? VÉRONIKA. Il aimait les yaourts. J e vous ai dit que je ne savais pas vivre avec quelqu'un. Ses cheveux tombent sur ses épaules. VÉRONIKA. On peut se retrouver à 6 heures au Flore.J'ai encore trop parlé. J'habitais dans une chambre dans le dix-septième. ALEXANDRE.

mais le pire c'est l'état mental de chaque individu. et en fait ça me faisait très plaisir naturellement. des milliers de gens deviennent de plus en plus paresseux. Depuis des années. . Paris 8". En cette ère où les machines fonctionnent sous la simple pression d'un bouton. » Elle rit. il n'était qu'une voix. j e connais des vieilles chansons. depuis longtemps. Pendant quatre ans. / / allume la radio. ALEXANDRE.E. Quand je ne dors pas. Comme l'homme du 18 juin. . .. C'était très marrant. . je dirais même qu'ils ne marchent pas assez. Je lui ai dit que la veille j'avais fait une garde et que j'avais oublié de me réveiller.. Et il aimait se perdre dans ce vieux jardin touffu et (merdique). (N..d. sans opinion préconçue la vérité en toutes choses. mes amis. Si vous voulez recevoir gratuitement les publications annoncées. ils manquent d'exercice. Il met un disque de vieilles chansons françaises. Vous me gênez. d'autres encore qui sont extrêmement maigres. il avait dit un truc terrible : « Ton corps est un jardin ». Il aimait les yaourts et il voulait que je lui dise : « Je t'aime ». Et je lui dis : « Oui ». Elle rit. je t'aime ». Il a déjà commencé. prenez la peine de contempler ceux qui composent une foule. c'est quand je suis arrivée dans le service. Quand elle veut parler. elle m ' a dit : « C'est vrai Véronika. Il trouvait un plaisir sans cesse renouvelé.un type dans le service qui me plaisait. Elle écoute. Il ne s'écarte pas d'un pouce de sa ligne. c'est un bistrot du boulevard Saint-Michel (1) . Moi aussi. Alexandre lui fait signe de se taire et d'écouter. sans parti-pris. . France. est un siècle de paresse et la plupart des gens ont une occupation sédentaire et ne s'exercent pas suffisamment. et alors j ' a i baisé avec lui. votre revue mensuelle intitulée La pure venté vous aidera à mieux comprendre la façon de mieux connaître et de mieux suivre la voie qui vous mènera au but désiré et qui vous permettra d'avoir tout ce dont vous avez besoin dans votre vie — votre vie est unique en son genre — car elle vous révélera sans ambages. (1) Dialogue attesté dans le film : » Tout simplement comme une rose Que l'on cueille un jour sans raison Vous avez pris mon cœur morose En passant devant ma maison. c'est Dipar Apanian qui vous parle et vous dit : au revoir et à bientôt. je dirais de l'individu moyen. A titre d'exemple. vous avez bonne mine. Observez les tailles et les formes différentes. mental et physique. Et moi je lui disais : « J e t'aime. Mon cœur est une fleur d'automne Sans savoir pourquoi ni comment Vous l'avez pris je vous le donne Tout simplement. Je ne sais pas s'il est grand. enfin je ne sais plus : « Regarde. Ils écoutent attentivement(1). ALEXANDRE. botte postale 150. je bande ». Europe 1.. J e l'écoute souvent le matin. / / récite les dernières phrases qu'il connaît par cœur puis : . J e crois qu'il est l'heure du prédicateur du petit matin. Silence. Il était au lit et il me dit. Il n'est qu'une voix. Ce vieil amant. on voit que vous avez bien dormi.. VÉRONIKA. Alors. 73 . En somme.. J e me souviens.. chauve. Notre siècle. » (N. vous connaissez celle-là ? Elle chante une vieille chanson(1'. l'humanité dégénère graduellement bien que ses connaissances scientifiques augmentent de jour en jour. ALEXANDRE. mes amis. gros. juste avant de partir. Et ce qui m ' a fait rigoler. mes amis...). . . Si nous allions prendre le petit déjeuner au Mahieu. Elle rit. d'autres qui sont affligés d'un gros ventre peut-être. vieux. Après j'étais en retard et j ' a i téléphoné à ma surveillante. Il en est qui sont horriblement gras. 72 Elle s'arrête. d'un air con. A ce propos.d. écrivez-nous sans tarder à l'adresse suivante : Le monde à venir. il termine de la même façon.. Il cherche de poste en poste et trouve enfin le Prédicateur. Son débit est parfaitement égal.). C'est pour cette raison du reste qu'elle a pour titre La pure vérité.E. Le Prédicateur termine. dis-moi que tu m'aimes ». Il me disait : « Véronika dis-moi que tu m'aimes. VÉRONIKA.

C'était très beau. à apprendre à faire un lit. Mais je voudrais y arriver complètement. Il y avait aussi un gardien de square qu'on prenait pour un flic. Quand l'homme introduit son organe sexuel dans le vagin de la femme. J e ne voudrais pas mourir.. VÉRONIKA. le langage grillagé du Monde ou du Nouvel Observateur. Il est trop tard. Une grenade lacrymogène était tombée.. j ' y ai vu une chose très belle. Un type qui cherchait une chambre s'en prenait à un autre qui parlait de l'existence de Dieu. Un autre groupe qui semblait comploter et que j'appelais les serbo-croates et qui se sont finalement révélés être des serbocroates.. c'est la définition de ce mot qu'ils donnent. Fermeture Fondu. Jour.. Il lui disait : « Moi je cherche une chambre Monsieur. je n'aurais rien vu de tout ça. » Il demandait aussi : « Savez-vous quel est le meilleur tiercé ? — Eh bien. J'ai vu faire comme ça dans un film. Dans une conversation. une brèche s'était ouverte dans la réalité. Un jour de mai 68. Vous devriez changer les draps. J'ai peur de ne plus rien y voir. » Il racontait aussi une autre histoire. . dire : / / répète intégralement la phrase mais cettefois sans imiter l'Arabe. Lui. —• Ah bon pourquoi ? — Parce qu'on peut la toucher dans l'ordre. Ce doit être ça la liberté. posait des devinettes. ALEXANDRE. sous mes yeux. à apprendre à vivre. autour d'une table avec des gens. » Alors les gens : « Ah bon pourquoi ? — Parce que c'est là qu'on enlève la mère Dassault. Rien à voir avec le jargon. Au milieu de l'après-midi. parce que sa tenue ressemble de très près à celle des policiers. C'est un administrateur des colonies qui me l'a dit ». J e me souviens d'un Arabe qui disait en détachant chaque syllabe : « Il parait que les femmes noires font l'amour de façon extraordinaire. Ne parler qu'avec les mots des autres. Il y avait un groupe de sourds-muets qui faisaient un bruit d'enfer. A cette heure-là il y a des gens formidables. Véronika aide Alexandre à faire le lit. J'ai peur. Il demandait : « Quel est l'arrondissement le plus sale de Paris ? » Alors les gens cherchaient : « Le premier ?. ce n'est pas le quatrième arrondissement. le quatrième ?. n'y allons pas. J'aimerais arriver à parler comme ça. Ils sont plein de sang. Des gens qui parlent comme des livres.qui ouvre à 5 heures 25. c'est sa femme. c'est ce que je voudrais. Tandis que là. Si je n'y étais pas allé régulièrement tous les matins. Il y avait beaucoup de monde et tout le monde pleurait. Ils sont sales. En prononçant un mot. ce n'est pas le premier arrondissement . C'est le seizième arrondissement. Tout un café pleurait. mais je l'ai oubliée. Comme des dictionnaires. Quelle drôle de façon de faire un lit. J'y arrive peut-être un peu. c'est bien plus important que l'existence de Dieu ». Ils sont habillés. Les films ça sert à ça. VÉRONIKA. il paraît qu'il y fait une chaleur de fournaise. 74 SÉQUENCE 20 A Le matin. dans le désordre et sans combinaison. non. non. 75 . J'ai peur.

77 • . Alors on ne se verra plus ? ALEXANDRE. Marie n'est pas là. Qu'allez-vous lui dire ? ALEXANDRE. Ils restent un moment en silence. Vous avez fait la fête. Mais virer les gens au milieu de la nuit. moi je pensais à vous. MARIE. MARIE. Marie arrive. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Mais il y a son sac de voyage. J e vois qu'elle a dormi ici.. ALEXANDRE. ALEXANDRE. c'est facile. C'est gentil mais je ne pouvais pas deviner. Cela pourrait donner des soupçons. A quelle heure êtes vous rentrée ? A i l heures. On peut se tirer de chez quelqu'un. Vous avez vu le nombre de bouteilles. Il voit que la lumière est allumée. VÉRONIKA. Non.. J e vais lire au Flore l'après-midi. MARIE. Bon... je verrai. Vous ne saviez pas ? ALEXANDRE. ALEXANDRE.. Rentrez bien. Alexandre arrête la voiture devant la maison rue de Vaugirard. Bouteilles vides. J e suis allée à la Coupole. J e vois que vous ne vous êtes pas ennuyé. Vous pouvez passer par là par hasard. ALEXANDRE. J e ne savais pas au juste.. Aujourd'hui. Tout l'appartement est imprégné de son parfum. 76 Pourquoi ne m'avez vous pas téléphoné ? J e voulais vous en faire la surprise. SÉQUENCE 21 SÉQUENCE 22 Nuit. etc. ALEXANDRE. Vous me raccompagnez ? ALEXANDRE. J e ne sais pas. Je ne les changerai pas... Elle va s'apercevoir que je suis venue. Il fait un peu de rangement. j'espérais vous voir. tasses de thé. Et pendant ce temps. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Alexandre entre dans l'appartement. demain. MARIE. VÉRONIKA. Oui. Elle descend de la voiture. J e crois qu'elle le sait déjà.. Il stoppe devant l'hôpital. Vous pouvez aussi me téléphoner. Je ne pouvais quand même pas la mettre à la porte. // démarre. VÉRONIKA. Fermeture Fondu.ALEXANDRE.. Je crois que Marie est revenue. Non. Entre à l'hôpital. Il démarre. Ah ça. Il va vers elle et l'embrasse. ces tasses de petit déjeuner.

. L'AMI. je ne crois pas. SÉQUENCE 23 Ils s'embrassent. Tu crois qu'elle a bien fait de le tuer ? L'AMI. Près de lui une valise ou un sac de voyage. ils ne la retrouveront pas. MARIE... / / l'embrasse. / / change Us draps. Vous souffrez ou vous faites semblant. Si la police n'a que ça. Le titre indique qu 'elle est recherchée pour meurtre. Votre côté enfant qui fait du charme. Non c'est pas bien. Son ami lui montre France- Soir. MARIE. Sur la première page il y a une grande photo dejessa. La dernière fois que je l'ai vue elle avait un énorme pansement sur la main. Débrouillez-vous tout seul. ALEXANDRE. Vous n'allez pas me croire mais moi aussi.. ALEXANDRE.ALEXANDRE. Elle sautait sur 79 . L'ami d'Alexandre est assis. Vous avez renversé un cendrier pendant vos ébats. Vous ne voulez pas m'aider. ALEXANDRE. . Comme il vous plaira. Il lit France-Soir. Elle fait toujours des choses étonnantes. Sourires. Mieux que ça. Elle n'aurait peut-être pas dû. Elle est un peu raide. Vous me faites vraiment de la peine et vous vous en foutez. s'installe à sa table. Tiens ! ALEXANDRE. MARIE. tout est simple. Fermeture Fondu. Voyez. Vous n'êtes jamais très sérieuse. Je vais dormir dans l'autre chambre. Je pense même que c'est pas chic de sa part. Et bien changez-les. Ceci se passe entre la chambre et la cuisine. Non... ALEXANDRE. Oh ! Même les coussins ont son odeur. MARIE. Alexandre arrive. Dans le drame je suis pas mal non plus. ALEXANDRE. Une fois elle avait mal au pied. ALEXANDRE. . Je connais. MARIE. ALEXANDRE. Là. MARIE. ils sont dans la cuisine. Je crois qu'il faut changer les draps.. Ils s'embrassent et vont faire l'amour. Le Café habituel (le Flore). Cette photo n'est pas très ressemblante. ALEXANDRE. Alexandre parcourt rapidement la légende et l'article. c'était un peu léger. Seule. / / la rejoint dans l'autre lit. nos ébats.. A l'extérieur. Il la prend dans ses bras. ALEXANDRE. L'après-midi. En baisant une autre fille.

Bonjour. Il commande par demibouteille pour donner le change. Il est très malin. Mais qu'est-ce qu'il en commande. D'un regard il désigne un angle du café. C'est une amie. Je crois que les rues sont peuplées d'assassins. Et il n'y a pas de hasard. Elle faisait toujours un numéro extraordinaire qu'elle jouait faux d'ailleurs. Véronika est là. il était juché sur un tonneau. A mon avis toutes ses prises de position. J'ai envie d'aller à Hambourg comme dans la chanson d'Edith Piaf. L'AMI. Vous vous trompez. Il y a quelque temps il est allé parler aux ouvriers de Billancourt. T U ALEXANDRE. d'un air de conspirateur. Oui je l'ai échappé belle. Je crois qu'il ne faut absolument pas prendre au sérieux tout ce qu'il dit. Il picole un maximum. Les faits divers . Bonjour. ALEXANDRE. Et vous savez. Un avantage. Elle a toujours quelque chose de nouveau. J'ai déjà connu une fille qui a tué un type. L'AMI. comme vous. ALEXANDRE. s'appuyant au mur. Regardez. Elle a attendu qu'il s'endorme. Ils sont allés à l'hôtel.. J e me demande comment elle fait. Parce qu'elle n'était pas amoureuse de moi.. ALEXANDRE. Mais vous l'avez vue l'autre jour ici. Ils ont fait l'amour. Alexandre voit le sac de voyage. vas toujours à Ostende comme dans la chanson de Léo Ferré. Oui. Oui. oui. parce que quelque temps avant. Et en fin de compte plus on paraît faux comme ça. ALEXANDRE. La France plus particulièrement. les assassins sont toujours un peu abstraits dans les journaux. VÉRONIKA. Intérieur café. J'étais avec elle. Après. Elle a fait un très joli coup. Tu t'en vas ? L'AMI. maoïsme. L'AMI. Entre-temps Alexandre a tendu le journal à Véronika. L'AMI. Tu pourras m'accompagner aux Invalides ou à Orly ? Oui. ALEXANDRE. d'assassins réels.. l'ivrogne est là. ALEXANDRE. ALEXANDRE. L'AMI. Elle était infirmière. J e vais te la présenter. ne sont que des propos d'ivrogne. ALEXANDRE L'autre jour j'avais envie de lui dire : « Vous n'avez pas honte de boire comme ça. Oui. et plus on va loin. Tu es en voiture ? ALEXANDRE. Le faux c'est l'au-delà. Il sort toujours en titubant. ALEXANDRE. Ça fait un drôle d'effet de voir quelqu'un qu'on connaît rechercher pour une chose aussi extraordinaire qu'un meurtre. Tu t'en es tiré à bon compte. J'ai changé d'avis. » L'AMI. Il se penche vers elle et lui parle bas. A quelle heure ? L'AMI. 81 80 . Il y a Sartre dans un coin. Pas d'assassins en puissance. Tu as vu. Cause du Peuple. Ils s'assoient. Tu viens. On voit un angle du café. Dans trois quarts d'heure. Elle se retourne. Mais quand ils entrent dans votre vie ce n'est plus du tout pareil. les femmes que je connais n'hésitent pas à faire le coup de feu quand il le faut.. Il n'y a qu'une demi-bouteille devant lui. Il voit Véronika qui est entrée par une autre porte. Ils vont à la table de Véronika. L'AMI. Des gens. elle s'en est tirée une dans la bouche. Vous verrez. Quand même. Regardez sa table. (à l'ami). L'ami se lève et prend son sac. Rétrospectivement j'ai eu peur. avec votre prix Nobel. Alexandre regarde à l'intérieur du café. Il fait toujours suivre son tonneau. Et elle lui a tiré une balle dans le cœur. Il est maoïste parce que l'Orient est Rouge. Mais ce n'est pas tout à fait vrai. elle était avec moi. ALEXANDRE.son seul pied valide. Mais elle s'est suicidée après. Comme le vin. Non.

J e vous laisse alors. Mais pourquoi pensez-vous que je viens ici tous les jours ? ALEXANDRE. il y a celles qui se sont suicidées. de justice. Vous vous rendez compte. Ils s'installeraient.. ils seraient tout à fait stupéfaits. Ils sortent. J'ai rendez-vous avec une amie.. ALEXANDRE.. La seule amnistie possible serait qu'on ouvre en même temps les portes de toutes les prisons de France.. vous voyez. VÉRONIKA. Quoique aujourd'hui j'ai un rendez-vous. ALEXANDRE. Véronika reste. Aucun remords. comme des rats. L'AMI. vous risquez de ne pas le voir à cause de moi. L'intérieur. je t'accompagne. Arrêtez. Us viendraient ici. Fermeture Fondu. Toujours un verre de Ricard devant elle.. Si quelqu'un essayait de leur reprocher quelque chose. Alexandre entre. J'ai la chance de ne pas avoir de chez moi. J e peux m'asseoir. Peutêtre attendez-vous quelqu'un. Ils iraient partout. Je peux prendre un taxi si tu veux rester. Mais enfin ! C'est pour rencontrer l'homme de ma vie.. les rues sont réellement peuplées d'assassins. Chez vous. C'est encore un coup monté contre moi. Vous ne vous en êtes pas encore rendu compte. Non. A bientôt. Elle/ait un signe qffirmatif. Et leurs complices. Ils assument. Et si on considère que l'avortement est un crime. Mais elle est toujours en retard.. Véronika est à une table. Il va vers elle. Peut-être avez-vous envie de rester seule. Il y a les femmes qui se sont tirées avec des types. VÉRONIKA. Et ils se sentent très bien.. Déferleraient dans les rues. Excuse-moi. Elle vous plaira peut-être. Non. qui va se cacher. // l'embrasse sur la joue. Non.. Au revoir. Si l'homme de votre vie passait par là. Mais c'est pas vrai. 83 .. Je prends une lourde responsabilité. je connais des dizaines.. J e suis très grossier. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Comment pourrais-je y voir autre chose. Quelle horreur. ou qu'on va mettre en prison.• Tout ça n'est pas gratuit. VÉRONIKA. L'AMI. ou un par un. à quoi ça sert ? Quand il y a un nouveau Président on parle d'amnistie. Un autre jour. Ils descendraient le boulevard Raspail. une centaine d'assassins. Par petits groupes. un soulagement. Pourquoi chez moi. Ces affaires de police. au contraire. de prisons. C'est l'heure.. Elk dessinait sur le journal. Et maintenant celle-là. j'espère. Chez toi. ALEXANDRE. Je ne sais pas. Je m'impose toujours à votre table. Pourquoi pas chez toi ? ALEXANDRE. Et vous pouvez rester avec nous. Et tous les criminels sortiraient.. (à Véronika) SÉQUENCE 24 Le même café.. VÉRONIKA. Il a toujours une hésitation avant de s'asseoir.

Vous accostez souvent les filles comme vous m'avez accosté ? ALEXANDRE. Vous êtes très sûr de vous. Votre vieil amour merdique. VÉRONIKA. Vous avez raison. Et je l'avais quittée avec l'intention de tomber amoureux de la première fille que je verrais. VÉRONIKA. Vous buvez beaucoup. Vous croyez. ALEXANDRE. Excusez-moi.. 84 85 .. VÉRONIKA. ALEXANDRE. sautent au bout de cinq minutes ne soit pas troublée quand quelqu'un est gentil et qu'il ne cherche pas à la baiser. Elle n'est pas partie comme ça. Et vous avez été cette première fille. Comment aurais-je pu vous retrouver.. VÉRONIKA. Ça vous ennuyait que je ne cherche pas à coucher avec vous.. ALEXANDRE.. ALEXANDRE. mais je ne crois pas que vous puissiez tomber amoureuse. J'aurais bien aimé. VÉRONIKA. Oui je crois. vous pouvez éventuellement coucher avec lui. ALEXANDRE. Vous pouvez peut-être rencontrer un type qui vous plaît. ALEXANDRE. et j'ai tué Jean. Je me disais : il est peut-être malade. ALEXANDRE. Un brun. VÉRONIKA. Et elle a beaucoup d'amants. Vous savez que vous dites des choses très belles.. Quand je vous ai rencontrée.... ALEXANDRE. En laissant un mot : « Adieu. je venais de la voir. Les femmes qui ont eu beaucoup d'amants ne sont jamais si jolies que ça. J'ai été très surprise de vous retrouver marchant à côté de moi. Et je vous ai trouvé moins beau que je ne pensais. Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit : je n'ai pas le temps de boire un verre avec vous . Non. Je vous laisserai quand elle arrivera. VÉRONIKA. Si ce n'est pas indiscret. Comment voulez-vous qu'une fille sur qui les types . Et je n'aime pas me mêler des conversations des autres. Cela vous ennuie. ALEXANDRE. avez-vous un numéro de téléphone. Vous savez. J e n'ai pas le temps. Vous voulez que je continue. Oui. VÉRONIKA. Je ne croyais pas que vous m'appelleriez. qui est parti. Elle commande à nouveau un Ricard. Mon vieil amour merdique. VÉRONIKA. frisoté. quand je vous ai rencontré. je n'ai plus du tout le temps. VÉRONIKA... VÉRONIKA. Silence. Je suis un homme très occupé vous savez. Pour en revenir à l'homme de votre vie. je viens ici pour lire et comme vous êtes là. Ce n'était pas un reproche. je pars ». J'ai fait exprès de ne pas venir au rendez-vous... J'avais parlé avec elle.. Je la trouve jolie.. ALEXANDRE.. VÉRONIKA.. je crois que c'est votre genre... Pas du tout. J e n'accoste jamais... je voulais tuer le temps en attendant Jean.. impuissant. Comment est-elle ? ALEXANDRE. qu'avez-vous pensé ? VÉRONIKA. C'est drôle. J e vous ai parlé de cette femme avec laquelle j ' a i passé quelques années. je ne comprenais pas pourquoi vous ne vouliez pas coucher avec moi. Mais avec vous je n'avais pas le choix. Mais en revanche je suis persuadé de la débilité (de ce) qui m'entoure. Et le reste de la journée. Vous me permettez de vous raconter quelque chose. Et je me suis aperçue que vous ne l'étiez pas. bronzé. Après. Le café est presque vide.... Je me souviens très bien.ALEXANDRE. ALEXANDRE. J'aurais bien aimé qu'elle parte comme ça. J'irai lire dans un coin... Je ne sais pas si vous les préparez à l'avance ou si elles vous viennent comme ça. Je me méfie. VÉRONIKA.. Attention à ce que vous dites. ALEXANDRE... Je vous ai dit. Si je réfléchis je vais dire un maximum de conneries dans un minimum de temps. j'étais libre. J e vous ai menti.. Dans un mauvais film on appellerait ce que vous venez de dire : un mot d'auteur. C'est ce que je pensais. quand je vous ai regardé « Aux Deux-Magots ».. Si vous voulez mon avis vous ne le rencontrerez pas ces jours-ci.

Et toujours les femmes se donnent à leur libérateur. Elle ne voulait plus me voir. mais je ne savais pas que tu m'aimais assez pour m'appeler Chérie ». s'affirmer peut-être. Il y a l'orgueil. je pars ».. je lui ai cassé quelque chose. J'ai eu très peur. Après. avoir le goût de travailler. Ce n'est pas le nom qui convient à cette poussière.. Elle est restée 15 jours avec des pansements sur le visage. J'ai fini par savoir.. De mélodrame habilement agencé. J'en avais pris mon parti.. Ensuite vous venez.. Alors que j'aurais pu passer dix minutes après. .. Un peu plus tard. l'amour-propre. Elle disait qu'elle ne m'aimait plus. J e me suis précipité chez elle. . Non. Et vous ne savez pas. Je ne crois pas au hasard.. Le bistouri remplace l'épée. Ils ne défendent plus la veuve ou l'orphelin . J'ai compris que je pouvais vivre avec elle.. C'est après cette rupture que je vous ai vue.. c'est ignoble. elle. ou de l'autre côté de la rue.. derrière lequel il disparaissait complètement.. les nouveaux Chevaliers du Moyen Age. qu'elle ne l'aime plus. mais je faisais des cauchemars. J e suis sorti. Mais disparaître. J'essayais de partir. je revenais au milieu de la nuit. j'étais dans l'autobus. Et pourquoi ne nous serions-nous pas rencontrés plus tôt ? Un mois. on ne sait jamais très bien pourquoi.. Je ne crois pas que la vie puisse ressembler à ces mondes mystérieux où on ne peut jamais revenir quand les portes s'en sont refermées. Je l'ai cherchée partout.VÉRONIKA. Je suis devenu très heureux tout à coup. Il entend la porte s'ouvrir derrière lui et il reconnaît la voix d'un acteur qui dit : « Chérie. laisser un mot. elle vient. Il n'y a pas que l'amour. je n'aime pas les héros. ALEXANDRE. que je ne peux pas cracher non plus. Il y avait des bouteilles de whisky qui s'entassaient dans le couloir.. la femme qui l'a aimé jusqu'ici. Assis dans un grand fauteuil.. Vous comprenez. Et à ce moment-là elle m'a dit qu'elle était enceinte. J'ai mis quelques jours à comprendre. quand vous n'êtes pas venue à notre rendez-vous. J'ai téléphoné à toutes ses amies. travailler. J'aurais préféré qu'elle meure. au dossier très haut. des derniers mois que j ' a i passés avec Gilberte je ne me souviens que de certains signes. Vous connaissez cette histoire de Sacha Guitry avec sa première femme ? VÉRONIKA. il divorçait. tu es seule ? ». le temps qui passe. Je pense que la vie. C'était un sentiment inconnu et très fort. j'allais chez Marie.. Elle s'est mise à pleurer.. quand on quitte quelqu'un qu'on a aimé. mais Us délivrent les femmes de cette chose ignoble qu'elles ont dans le ventre.. Moi je ne fais rien. je ne sais pas ce qui s'est passé.. Et j'ai appris plus tard qu'elle avait avorté et qu'elle vivait avec le type qui l'avait avortée ou qui l'avait aidée. Un an. cette honte qui reste dans ma gorge. Et tout à coup.. ce que je ne faisais plus depuis longtemps . Vous ne croyez pas que je vais faire le travail d'un autre. il faut dire ce que j'ai dit tout à l'heure : « Adieu. A l'instant où l'homme s'aperçoit qu'il aime une femme. c'est pareil. Quand quelqu'un nous quitte et qu'on souffre. je vous vois. je 87 . La dernière fois que j ' a i fait l'amour avec elle. . qu'elle se suicide. Je n'ai jamais quitté personne. j'ai frappé très fort. Alors il se lève. Nous naviguions dans les mêmes quartiers. C'est une façon pour elles de. avoir cet enfant. j'ai ressenti très profondément quelque chose. Je ne voulais pas qu'elle les jette. J e n'ai jamais compris les gens qui décidaient de quitter les autres. Ils ont changé d'arme. apparaît et dit : « Non je ne suis pas seule.. La nausée est une sensation noble. Une fois. O u i . Et tout recommençait.. J e la quitte. la sonde remplace le sabre. Avant. elle est passée et on a bu un verre. ALEXANDRE. J e laisse le temps le faire. J'ai eu l'impression qu'on faisait de moi un personnage de mauvais film.. Il était chez lui avec sa femme. Une véritable révélation. je ne sais pas. Elle se cachait. que je ne peux pas digérer. Il y avait du sang sur les murs parce qu'on se foutait sur la gueule. Les femmes qui sont avec des types bien les trompent toujours avec des minus. C'est pourquoi on me quitte tout le temps. s'aperçoit. Vous ne venez pas. Les avorteurs sont les nouveaux Robin des Bois. font très bien ce travail d'unir ou de séparer les gens. Il n'y avait personne. Décidément. se cacher comme un criminel. Elle s'est fait réparer. elle ressemblait à Frankenstein. Elle avait disparu. Ça 86 m'a rendu furieux. Ou si on a peur.

il salue d'un petit signe. la réussite. sachant qu'un jour je ne souffrirais plus. Véronika se retourne. Alexandre comprend que le type invite Us filùs chez lui à une soirée. Effectivement son amie est là depuis un moment. Tout à coup dans la vitrine d'une boutique il aperçoit U reflet de Véronika qui marche derrière lui. Il s'immobilise. l'amie se lève et vient à leur table. dans la rue. Ils marchent enUicés jusqu'à la voiture qu'AUxandre emprunte de temps en temps à sa voisine. quand l'amour. ALEXANDRE. ne servent à rien. Un peu crispé du côté d'AUxandre. VÉRONIKA. VéRONIKA. Alexandre. Non. ou de souffrir le moins longtemps possible. une party. Il s'assoit à la table des filles.m'efforçais de ne pas souffrir. Au revoir. Alexandre se lève. VÉRONIKA. Il faut que je vous aime beaucoup pour vous suivre. Ib montent dans la voiture. et les quelques mots qu'il entend. J e crois que votre amie est arrivée depuis un moment. oui. Mais quand la terre tremble sous nos pieds. comme ça. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Voyant Véronika. Deux hommes passent dans le café. Vous pouvez rester. le monde sera sauvé par les enfants. sauf un mot de temps en temps. vous partez ? ALEXANDRE. Il ouvre son livre. je vais là-bas. Quand AUxandre croise U regard de Véronika ils échangent des sourires. Derrière vous. L'homme essaie de se souvenir du nom de Véronika. l'embrasse. De temps en temps. Il déplaît à Alexandre. D'après les mimiques 88 89 . Non. la révolution.. Oui.. Il se retourne au moment où elU arrive. L'homme parle. Essaie de lire. En passant devant Véronika. Il marche dans la rue. // va s'asseoir dans un coin du café. il lève les yeux sur les deux filles qui parlent. L'un d'eux s'arrête devant la table des filles. AUxandre se lève et sort. Alexandre n 'entend pas. semblant les reconnaître. J e suis fatigué.tend Elle tenu la main à Alexandre et embrasse Véronika. les soldats et les fous. Restez un moment. Elle s'assoit à côté d'elle. Il a le genre photographe de mode ou assistant de cinéma. Elle ne vous a pas vu. Il Ut prend dans ses bras. N'arrivant à fixer son attention sur sa lecture. Vous savez. Véronika essaie de U retenir. Véronika lève la tête. SEQUENCE 24 B SÉQUENCE 24 A AUxandre sort du café.

C'est très bien les hôtels. Je peux essayer d'être à minuit au (Flore). Ça je ne sais pas.. A l'heure que vous voulez. ALEXANDRE. VOUS savez. Il se croit irrésistible. C'est un privilège que je suis heureux d'avoir mais. Et j ' a i assez envie d'aller chez vous. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J'ai amené un maximum de types chez moi. Je serai à minuit au (Flore). Mais pourquoi les femmes n'auraient-elles pas le droit de dire qu'elles ont envie de baiser avec un type. J'adore baiser avec les métèques. C'est autre chose. ALEXANDRE. Oui.. On pourrait aller chez vous. VÉRONIKA. Mais alors. J e suis désolée mais ça me fait plaisir... Non. Celles qui ne le disent pas sont des connes. Il m'amuse beaucoup.. VOUS avez le droit d'emmener des types dans votre chambre ? 90 Non.. ALEXANDRE. Et rien n'est résolu... Mais ce n'est pas sûr. Mais pas aujourd'hui. Vous ne viendrez pas dans ma chambre. Peut-être.. Vous avez des choses importantes à faire Alexandre ? J e croyais que vous ne faisiez rien. non ? VéRONIKA. Ne soyez pas désolée. ALEXANDRE... ALEXANDRE.. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Pourquoi croyez-vous que j ' a i demandé un grand lit quand je me suis installée ? Mais je ne veux pas que l'homme que j'aime voie l'endroit sordide dans lequel je vis. ALEXANDRE. Je ne couche qu'avec des femmes qui ont un appartement.. Pourquoi êtes-vous parti ? J e vous ai demandé de rester.. VÉRONIKA. Si vous êtes occupé maintenant. VÉRONIKA. puisque je n'en ai pas. Vous faites dans le genre métèque. Ils avaient l'air de vous amuser. Ça n'avait pas d'importance. VÉRONIKA. ALEXANDRE. Il est très con. qu'est-ce que vous faites avec moi ? VéRONIKA. Vous êtes gentille mais je ne peux pas. Pourquoi ne pas le dire ? Les nanas ne le disent pas. Oui. ALEXANDRE. ALEXANDRE. VéRONIKA. J'adore les métèques.. Mais toutes les filles le font. Silence. VÉRONIKA. VéRONIKA. Où irons-nous ? Moi je n'aime pas les hôtels... d'habitude je m'arrange pour que les femmes que je connais aient un appartement. Vous respectez les règlements ? VÉRONIKA. ALEXANDRE. Des conneries sans doute. plus que moi. Oui. VÉRONIKA. ALEXANDRE.. J e vous ai suivi parce que j'avais envie de rester avec vous.. 91 . Et moi je baise avec un maximum de juifs et d'arabes.. Et c'est amusant d'entendre des conneries. J e vous aime et j'ai envie de rebaiser avec vous. Et bien. Je ne fais rien mais je vous l'ai dit : j ' a i une vie bien remplie. Toujours. VéRONIKA. J'ai envie de rebaiser avec vous. on ne pourait pas se retrouver plus tard. Vous étiez avec des gens. Et ça me fait plaisir aussi. Ce n'est pas très bien. Vous savez. Pourquoi. VÉRONIKA.SEQUENCE 24 C VÉRONIKA.

VéRONIKA. c'est très bien organisé. VéRONIKA. Vous m'avez énervée. Oui. ALEXANDRE. Il l'embrasse. Oui. ALEXANDRE. etc. Mais ça vous ennuie. En fait je crois que j'ai fait ça uniquement contre vous. Ça m'excite plutôt.. Je m'en doutais. Oui. VéRONIKA. Elle va ouvrir la fenêtre. Vous êtes jaloux. Et puis ça a été si vite fait. Pourquoi le faire alors ? VÉRONIKA. Véronika conduit Alexandre dans sa chambre. / / démarre. Vous auriez pu rester chez vous tranquillement. ALEXANDRE. J e suis affreuse. VÉRONIKA. Il y en a que je dérange beaucoup. Vous trouvez ? ALEXANDRE. Comment vous avez fait ? VéRONIKA. J'ai insisté.. Je ne sais pas. Dès qu'il me voyait. Vous m'avez vachement humiliée. ALEXANDRE. Il en avait envie alors. ALEXANDRE. un Nescafe. J'avais envie d'une queue. Si de l'eau. Ou me faire baiser comme vous préférez. Chez moi. Il y a un canapé dans son bureau. 93 . ALEXANDRE. VÉRONIKA. Non. J e peux très bien relancer mes vieux amants quand j ' e n ai envie. Ils entrent dans la chambre de Véronika qui ressemble à une chambre de bonne. Je n'aime plus baiser avec lui.. faites moi un café. Regarder la télévision. Il a toujours très envie de moi. ALEXANDRE. // l'attire près de lui. J'avais envie d'être avec vous. Ils s'assoient sur le lit. J e vous l'ai dit.. VÉRONIKA. Elle se regarde dans la glace. Vous n'avez rien d'autre ? VéRONIKA. J e suis allée baiser. J e peux vous faire un café. ALEXANDRE. mais vous avez une façon d'être affreuse qui vous va très bien. Quelle horreur. ALEXANDRE. J'avais envie d'être baisée. surtout quand je tombe sur leur femme 92 VÉRONIKA. J'ai téléphoné à un ancien amant. Qu'avez-vous fait depuis cet après-midi ? VéRONIKA.. Mais je ne suis pas contente. Ils parcourent des couloirs et des escaliers d'hôpital. Vous aviez quelques heures à passer. Alors vous ne voulez pas me raconter. ALEXANDRE. Vous voulez boire quelque chose ? ALEXANDRE. J e le faisais toujours bander. un réfrigérateur. Venez près de moi. Il y a un lavabo. ALEXANDRE.. Je vous dépose quelque part ? Oui. . VOUS avez trouvé un lit. VÉRONIKA. VÉRONIKA. Ah oui... Non. Vous avez viré un malade. SÉQUENCE 25 au téléphone. un poste de télévision. Ma chambre sent l'hôpital. ALEXANDRE. J'aime bien votre chambre. Regarder la télévision. Un interne qui faisait une permanence à l'hôpital Necker. Ah oui. Qu'est-ce que vous avez fait avec votre vieil amant ? Je n'aime pas raconter. Elle sent l'hôpital. Votre maquillage est défait. VÉRONIKA.^ ALEXANDRE.

VÉRONIKA. je suis superpudique. Pendant que vous ne regardiez pas. Le matin. ALEXANDRE. // l'embrasse. Mais non. Voilà une clé. jamais. Approchez. Elle éteint la lumière. Jour. ALEXANDRE. Qui allez-vous tuer aujourd'hui ? VéRONIKA.. VéRONIKA. il faut que je descende en salle d'op. Vous fermerez la porte. VéRONIKA. Il passe une main sous sa blouse et constate qu 'elle est nue en dessous. ALEXANDRE. En touchant ses seins. Bon. Avant oui. Plus maintenant. C'est trop fatigant. ALEXANDRE. Alexandre. J e fais toujours ça. Qu'est-ce que c'est ? VéRONIKA. Quelle heure est-il ? VéRONIKA. VéRONIKA. Dégrafe son corsage. Les médecins ne vous font pas ça toute la journée. chaud. il fait : Ouf ! ALEXANDRE. ALEXANDRE. Aidez-moi. Non. Faites-le moi alors. ALEXANDRE. Mais non. 95 94 . Vous pouvez la garder. Et les malades ? Les malades. VéRONIKA. Je vous le fais si vous devinez. Vous êtes belle. 7 heures moins le quart. Il m'a dit : déshabille-toi. Vous vous êtes servie de quoi ?. Restez. froid. Non. Je vais me lever. VéRONIKA. Je vais travailler. / / touche plusieurs parties de son corps. Vêtue de sa tenue d'infirmière. C'est ma tactique. ALEXANDRE. J'éteins la lumière. alors je m'en vais. VÉRONIKA. Fais-moi ce que j'aime. Vous vous êtes déshabillée très vite l'autre jour. Véronika réveille Alexandre. ALEXANDRE. Attendez.. ALEXANDRE. Vous pouvez rester dormir si vous voulez. SÉQUENCE 25 A Dites-moi.VÉRONIKA. ALEXANDRE. Fondu. Non. Quand je ne suis pas complètement ivre. Arrêtez. Vous permettez. Je n'aime pas raconter. Elle se lève. On a le temps de faire l'amour ? VéRONIKA. ALEXANDRE.

Ils se détendent. laissant un creux entre eux. MARIE. je crois qu'il vous ira très bien. MARIE. Fondu. s'approche d'elle. La boutique de Marie. Ils se regardent sans parler. Alexandre s'assoit sur un étalage. 97 . J e trouve que ça va bien. Alexandre entre. // enfile le foulard qu'elle lui tend. J'avais un cadeau pour vous. l'embrasse.Elle l'embrasse et sort. Lui aussi. Elle reste silencieuse. Alexandre sort de l'hôpital. SEQUENCE 26 SEQUENCE 25 Le jour. Elle s'écarte. MARIE. A plusieurs reprises leurs regards se croisent. Il est 7 heures du matin. Ses yeux sont ouverts. Elle est couchée mais ne dort pas. Alexandre la voit se déshabiller. Un foulard. commencent à sourire. Qu'est-ce que vous en pensez ? / / sourit. Il feuillette des journaux féminins. pouvez venir par ici. Marie est seule. se rapproche du mur. passe dans l'arrière-boutique pour essayer une robe. Il se déshabille et se couche près d'elle. Une cliente entre. Son visage exprime la douleur. VOUS Alexandre entre chez Marie. Marie porte des lunettes noires. La cliente s'en va. la prend dans ses bras. Elle l'entraîne dans l'arrière-boutique.

. un sac au bord d'un bâton sur l'épaule.. leur voiture. Non je suis fatigué. Elle est ivre. Débrouillez-vous. Même s'ils font un travail merdique.. qui parlaient. Vous êtes aveugle ou quoi. Le téléphone sonne. les pyramides. nulle part. Oui. des voitures.. des cinémas. ALEXANDRE. Si les gens qui travaillent. complètement fissurée..... Et les jeunes ne comprendront pas. pour ailleurs. Alexandre refuse de prendre l'appareil. de goudron. les usines. Peut-être quelqu'un de très vieux. Avant me demandais-je : pourquoi continuent-ils à travailler... se souviendra encore et racontera aux jeunes qu'il y avait des cinémas. qu'il en serait bientôt fini de tout ça... Et j'ai vu. J e vous appellerai demain. oui.. des vagabonds. attendez. Je me suis accroché au volant. j'ai vu. qui bougeaient... Bonsoir. comme à la fin des films de Chariot. Marie allume une cigarette.ALEXANDRE.. Oui. Elle est un peu paumée.. 99 .. Et je me suis réveillé parce que ma voiture a heurté le truc du côté gauche qui sépare les deux sens. j'aime assez que cette fille se conduise comme ça. il va peut-être arriver des choses intéressantes.. C'était fini.. Pourquoi ne partent-ils pas. Parce que je commençais à en avoir marre que ces gens se sentent si bien. comme si on pouvait voir le même endroit il y a 1 000 ans. leurs vacances.. des HLM.. tout était pareil. ... Marie décroche... l'ancêtre. Et sur cette piste. Mais c'est évident. MARIE. Une boîte. L'appartement de Marie.. Alexandre et Marie dorment (?) l'un contre l'autre. Pour aller.. je dormais. l'autoroute. des femmes. entre Marseille et Lyon. Faut toujours donner raison aux autres. J e me suis endormi quelques instants. quelque chose comme le vestige d'une civilisation ancienne. Alexandre se réveille ou est réveillé. téléphone au milieu de la nuit. MARIE. Oui. Elle tend l'appareil à Alexandre. J'ai entendu une formule récemment.. / / raccroche. envahie par les herbes. SÉQUENCE 27 La nuit. Ces lignes qui défilent.... Cette piste de bitume. J'ai envie de m'enfermer... Délabrée. .. ALEXANDRE. c'est : « l'homme de la rue ». Ça n'a pas d'importance. Ce sont vos affaires. Quel est ce bruit.. Ou au moins.. des hommes. je ne peux pas sortir.. dans 1 000 ans. pas un mirage. avec leur famille.. Alors.. inutile. Moi je n'ai pas l'impression d'être « l'homme de la rue ». MARIE. non ? MARIE. se bourre la gueule. Pourquoi ne font-ils pas leur baluchon.. C'est Véronika. que c'était des images. Qu'est-ce qu'elle voulait ? Que j'aille la retrouver. Je pensais que les gens qui travaillaient étaient plus équilibrés que les autres... Même s'ils sont mal payés. J'ai pensé qu'il n'y en avait plus pour longtemps. à pieds. Elle est dans une boîte. Une fois. Mais pas pour aller quelque part.. pour employer un mot d'une saison et de deux cents personnes. lézardée.. essayant de garder les yeux ouverts... l'homme de la rue. Marie insiste. qu'ils faisaient semblant.. marchant. Ils allaient. MARIE.. je me suis endormi sur l'autoroute. ce n'était pas une idée. le Parthenon. Alexandre prend l'appareil. commencent à « flipper » eux aussi.

et dans le dos. On frappe à la porte.. tu sais bien. Ils s'embrassent. Non Véronika.. même de baisser leur pantalon. Elle va venir. MARIE. J'y ai souvent pensé. Ils restent. Les voyous assassinaient au couteau et dans le dos.. vos amours commencent à m'emmerder. En échange d'un soi-disant travail. C'est : « les classes les plus défavorisées ». Voyez.C'est fou ce que vous croyez encore en l'homme. — les classes les plus défavorisées. De toute façon elle est tellement ivre. Elle n'est pas seule. Vous ne m'aviez jamais dit ça. Vous faites l'amour avec la mort. MARIE.. — l'homme de la rue. ALEXANDRE. ALEXANDRE. J'aime bien les gens qui désobéissent.. SEQUENCE 28 Le téléphone sonne. Tu viens. En quel homme ? « L'homme de la rue ». Il y a une autre formule qui m'amuse. on ne peut pas le réveiller. MARIE. Gomme les ivrognes qu'on refoule des bistrots. On leur dit : partez. Elle raccroche. On leur dit : ne viens pas. Il fallait refuser. La seule dignité est la lâcheté. Je n'aime pas la dignité.. Marie se lève pour ouvrir... On peut tout demander à ceux qui acceptent de l'argent. 4 heures. On se battait entre gens de même monde. e t c . — les mères célibataires. on a envie d'être seuls un peu. frapper à l'improviste. On les met à la porte. ALEXANDRE. et puis tu vois. à la cendre. Marie décroche. .. Non. ils reviennent.. Quelle heure est-il ? MARIE. Ils viennent. Les duels c'était bien. ALEXANDRE. MARIE. ALEXANDRE.. Vous n'aviez qu'à lui parler.. ALEXANDRE. Quand je fais l'amour avec vous.. vous voyez des rivières. Pourquoi. Allô ! Il dort.. Pour jouer la règle du jeu il faudrait avoir les mêmes armes. Mon vieux. à la terre. Et savoir s'en servir.... Être ferme... 101 100 . Un nom pour chaque chose. Alors. Elle entend du bruit. foutez-les dehors. MARIE. des gens acceptent de l'argent d'autres gens.. il y a : — la bourgeoisie du textile.. ALEXANDRE. MARIE. je ne pense qu'à la mort.. Non je ne peux pas le réveiller. Quoi. MARIE. Je suis assez d'accord avec ça. Si elle a amené quelqu'un. des cascades ruisselantes.

. Le type lui pelotait les fesses. Marie attire Alexandre sur elle. Avec tes gros seins de femme de trente ans. de sa vieille queue. Ma chérie je crois que tu as assez bu. Marie rit. Vous savez ce qui me ferait plaisir. MARIE. Ecoute. SÉQUENCE 28 A Elle se redresse. Véronika se penche sur Alexandre et l'embrasse. J e vous dérange peut-être. Ils s'embrassent tous les trois. MARIE. Quand il fait un geste pour l'enlacer elle se retire.. Marie dort près de lui. J e téléphonerai. VéRONIKA. Sa bouche rejoint les bouches des filles. . Jour.. (Elle chuchote). Pure. Marie se recouche. VÉRONIKA. VéRONIKA. la pure Véronika. moi.. Il ne demande que ça. VéRONIKA. Elle ne peut pas payer son taxi. Elle se tourne vers Marie. Vous vous aimez. ALEXANDRE. Véronika les regarde.. Véronika est réveillée.. J'ai bu un maximum ce soir. il a la queue en forme de bec de théière. c'est la chose la plus belle qui puisse exister.. Tu as vu. J e vous aime comme une vieille folle. Quelle heure est-il ? Vous n'allez pas travailler ? VÉRONIKA. Alexandre se réveille. Et pourtant je n'aime pas les femmes. MARIE.. J'en ai rien à foutre.. Vieille Marie pourrie. 102 103 . Mais qu'est-ce que vous croyez. Elle se penche sur Marie.. Tu as vu tes jambes. MARIE. Dans mes poches. Non je voudrais que vous baisiez tous les deux. MARIE. Elle tombe à genoux sur le lit... elle revient. J e n'ai pas envie d'Alexandre. Et toi. si tu veux baiser avec Alexandre. Alexandre et Marie continuent à s'embrasser. Véronika les regarde. VÉRONIKA. ah Putain. Marie règle le taxi. Ma Chérie.. ALEXANDRE. Tu es très belle Marie. je suis complètement pourrie. C'est que vous baisiez tous les deux. Vieil Alexandre merdique. Ils s'embrassent sur le corps de Marie. VéRONIKA. Il n'y a rien à boire ici. Je ne veux pas baiser. J e peux venir dans votre pieu ? Véronika enlève sa robe. Elle l'embrasse sur la bouche. Des gens qui baisent parce qu'ils s'aiment. Avec mon vieux corps de femme de trente ans. Véronika se penche sur Alexandre. VéRONIKA. Ne faites pas attention à ce que je dis. VéRONIKA. Alexandre caresse Véronika. Alexandre les regarde longtemps et s'approche d'elles. Passant son bras sur le corps de Marie. Tu es très belle.Marie se couvre d'un châle et ouvre.. tu es la douce. Véronika entre. C'est Véronika qui se retire. VÉRONIKA. Fais pas chier. Il doit y avoir de la monnaie.. la tendre. Vous étiez peut être en train de baiser.. Véronika a un rictus et répète le mot de Marie.

ALEXANDRE. (à Véronika) Vous allez voir. Qui ? MARIE. MARIE. Dans un panier il y a des légumes et plusieurs bouteilles d'eau minérale. des amis à elle. // déballe. Choisit un vieux whisky. 1 VÉRONIKA. C'est Philippe. Véronika sort. VÉRONIKA. C'est Gilberte. SÉQUENCE 29 Dans la cuisine. Dans un super-marché (genre Inno). Alexandre parait très déçu. . Qu'est-ce que vous faites ? Un lapin à la moutarde. elle est d'accord. Avec celui-là c'est criminel. aimez ce whisky ? VÉRONIKA. Ils y arrivent. Et celui-là. Il n'y a rien à grignoter en attendant. j'espère que vous n'allez pas vous conduire comme un con. Elle est avec son amant dont on ne voit pas le visage. Ils cherchent le rayon des boissons. Ils montent les paquets. ALEXANDRE. Oh ! non. Ils passent entre les rayons en poussant un panier roulant. ALEXANDRE. Non. Il la serre dans ses bras. Des amis à vous. vous venez. VÉRONIKA. L'escalier de l'appartement. Marie a invité des amis. nous allons nous régaler. 7/ regarde les étalages. J e ne supporte le whisky qu'avec du Coca. ALEXANDRE. Il porte un verre à Marie. On ne voit que des cheveux qui sont moyennement longs. Formidable. il y a Marie et Marianne. Machinalement. J e ne me trompe jamais sur la direction à prendre quand je cherche l'alcool. Ils ne diront rien si je suis là. On s'est chargé des boissons. j'en ai parlé à Marie. ALEXANDRE. Non. MARIE. 105 104 . Alexandre regarde la personne qui le pousse. Alexandre débouche une bouteille de vin. VOUS J'ai une chose à vous dire : il y a un invité supplémentaire. Ecoutez. ALEXANDRE.. ALEXANDRE. Voyez.. Alexandre et Véronikafont des courses. Je reviens. A la cuisine. Ils entrent. j ' a i promis de m'occuper des boissons. Vous verrez. mais ils sont très bien. déjà en train de préparer le repas. Alexandre embrasse Marianne comme une vieille amie. Vous le goûterez. Non.Il prend aussi une bouteille d'eau de vie de Poire Williams. Des gens poussant leur panier passent près d'eux. ALEXANDRE. nous y sommes arrivés directement. MARIE. Alors on prendra un whisky ordinaire pour boire avec du Coca. ALEXANDRE..

ALEXANDRE. ALEXANDRE. // est calme. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Alexandre entre et marche de long en large. ALEXANDRE. qu'avez-vous essayé de faire ? Qu'avez-vous voulu prouver ? Vous saviez très bien ce qui allait se passer. ALEXANDRE. Partez. VÉRONIKA. On va pouvoir se saouler la gueule. Dans la rue. C'est dommage quand même. Bon. je ne marche pas. Vous salissez tout ce que vous touchez. Il y a un petit changement de programme. MARIE. Écoutez Alexandre. Il faut toujours tout faire pour vous. Ce que vous avez essayé de faire. effectivement beaucoup trop fort pour moi. Prendre. Je ne supporte pas ça. Vous voyez je ne crois pas que ça s'arrange.. C'est eux qui l'ont invité. Si vous partez. les traits déformés par la douleur et la colère. MARIE. 106 .. Vous êtes ignoble. MARIE. Non. Marie revient. Vous ne dites que des choses sales.Alexandre passe de la déception à la colère. je suis furieux.. Elle crache au visage d'Alexandre à travers la vitre. c'est tout ce que vous savez faire. Passez une bonne soirée. Excusez-moi. Allons dans la voiture. cela aurait été très fort. Il ne la met pas en marche. Vous êtes un sale.. Bravo. MARIE. ALEXANDRE. ALEXANDRE. Non. Je vous expliquerai. Pourtant. Bon appétit. Oui ça. détendu. Elle fait très bien le lapin à la moutarde. Il prend les deux bouteilles de whisky qu'il fourre dans ses poches. J'en ai marre. Elles passent devant la voiture. Vous me dégoûtez. Non. Taisez-vous. Ils l'ont rencontré. écoutez. ce n'est pas sale ? MARIE. J'ai pris des bouteilles. Je vous aime. Oh. ALEXANDRE. C'est vous. Dans l'appartement Marie est assise sur le lit. Je pensais que pour une fois vous seriez capable de faire quelque chose pour moi. // lui laisse un paquet de cigarettes. ALEXANDRE. Attendez. Elle a invité un type que je ne veux pas voir. je partirai avec vous. Mais enfin Alexandre. Vous ne faites jamais rien pour personne. Je n'ai pas envie de me saouler. Si vous voulez que je m'en aille. Alexandre. Rien du tout. Je vais revenir. Qu'est-ce qui s'est passé ? ALEXANDRE. Marianne est assise. ALEXANDRE. Il rencontre Véronika qui revient. Elle rentre chez elle toujours suivie de Marianne. Ah non. un paquet à la main. VÉRONIKA. Allez baiser avec le monde entier. Trop fort pour vous. Non.. Qu'est-ce que vous voulez ? Laissez-moi tranquille. je ne le savais pas.. A cause de moi.. pas du tout. Un drame. Ils vont dans la voiture.. N'importe où. Il descend de la voiture. Vous avez des cigarettes. Ce soir tout allait bien. ALEXANDRE. ALEXANDRE. C'est lamentable. MARIE. Elle est suivie par Marianne qui essaie de la calmer. J e ne le savais pas. C'est un ami de Charles. Mais pourquoi ne m'avez-vous rien dit ? MARIE. et bien je m'en vais. Il n'en est pas question. Vous me dégoûtez. 107 Marie sort de la maison en proie à une crise de nerfs. pomper les gens. VéRONIKA. Il presse sa main dans la sienne. MARIE. Elle l'insulte. VÉRONIKA. Non. Il sort. Si ça doit arranger les choses. Mais vous êtes incapable de donner.

Impossible de manger. Vous ne savez pas. Allô est-ce que monsieur Charles Lemoine est là s'il vous plaît. je t'expliquerai. Véronika commence à maquiller et à coiffer Marie. Elles s'embrassent sur la bouche. ALEXANDRE. Ne bouge pas. Ils devraient faire une bonne séance comme ça de temps en temps. On va quand même ouvrir ces bouteilles.. Vous avez laissé faire les autres. Véronika s'approche de Marie. nous allons monter mais si quelque chose ne va pas. Les femmes ne parlent pas. n'y touchez pas ». Et un jour. Alexandre reste sur le lit. les gens baisaient. (AIME. MARIANNE. MARIE. Véronika recommence le maquillage. si vous vous sentez mal. Elle s'en va. Marie a changé de visage. Foutez-moi la paix. vous vous sentez le courage. ALEXANDRE. au commencement des temps. allô. vous savez j'aime beaucoup Marie. Plus tard. vous n'y êtes pour rien. Vous me faites doucement rigoler tous les deux avec vos histoires. Tu permets que je te maquille. T U ALEXANDRE. VÉRONIKA. Vous savez. Qu'est-ce qu'il se passe ? MARIE.. pas nouvelle. ALEXANDRE. avant.) Alexandre met quelques instants à comprendre. Et ça a été le premier amour. Non. Non. J e t'en prie Véronika. Celui qu 'ils écoutaient quand ils se sont connus. qui guérissez les douleurs les plus invraisemblables. L'estomac noué. une opération. Merci d'avoir attendu. C'est leur « disque ». sans problèmes. ce ne sont pas ces querelles qui y changeront quelque chose.ALEXANDRE. ALEXANDRE. je viens vous rejoindre tout de suite. Il faut prendre de la vitamine « M ». C'est le grand jeu. quelqu'un a décidé de garder une femme pour lui. Ils reviennent dans l'appartement. parce que vos amis invitent quelqu'un. vous vous sentez tranquille. VÉRONIKA.. Elle est plus détendue. Vous ne l'avez même pas invité par provocation. Il ne savait pas ce qu'il faisait. Laisse-moi parler. C'est très bien.. Tout le monde avec tout le monde. VOUS n'aviez qu'à refuser.. Alexandre rejoint Véronika dans la voiture. Alexandre s'adresse à Véronika. Marianne prend le téléphone. peut-être à la terrasse.. Elle n'est pourtant 108 ne veux pas maquiller Alexandre... J e t'appellerai. 109 . souffrir comme ça. MARIE.. Alexandre met un disque auquel Marie est sensible. mais vous ne savez pas que l'irresponsabilité aggrave les crimes.. J e vous sers. coiffée par Véronika.. qui prennent des tas de trucs pour se couper l'appétit. MARIANNE.. partez. compose un numéro. peut-être. VÉRONIKA. Véronika s'assoit. // remplit trois verres. Vous ne voyez pas combien vous êtes ridicules tous les deux. MARIE. Il y a des gens qui font des tas de choses. VÉRONIKA. Alors. J e suppose que vous n'avez plus faim. VéRONIKA. pas maintenant.. Très détendue. ALEXANDRE. Vous qui opérez des cancers. Pour le lapin. Alors. pour lui tout seul. s'accouplaient. il n'y a pas un remède ? des piqûres. Moi non plus. Vous n'avez jamais cherché un remède pour arrêter cette souffrance. Depuis le premier amour. ALEXANDRE. Marianne prend son manteau. pour maigrir. MARIE. Il a dit : « Elle est à moi. Ça devait être bien.. embrasse Marie. Maquillée. J'adore ça.

Elle dit à l'oreille d'Alexandre. Tout va bien. Toute la boîte. VÉRONIKA. Marie revient chancelante. Partez. Furieusement. Ne bouge plus. Marie se lève. Mettez-vous au milieu. Veronika écarte la main de Marie. ALEXANDRE. MARIE. Partez. Laissez-la. Si je vous gêne. . baisez-moi. Un ou deux. Je n'aime pas être au milieu. VÉRONIKA. MARIE. Attrape Marie par les cheveux et enfonce violemment ses doigts dans sa bouche. VÉRONIKA. Elle va à la salle de bains. Marie commence à vomir. C'est Veronika qui revient à l'attaque. mais vous avez des rapports merdiques. 110 . VÉRONIKA. Elle essaie d'embrasser Veronika qui la repousse. ALEXANDRE. // se tourne. Elle prend une boite de cachets que Veronika a apportée. Elle enfonce sa main sous les draps et cherche à nouveau son sexe. MARIE. Non. ça vous ira très bien. Laissez-moi tranquille. Alexandre et Veronika sont dans le bar. Il prend Veronika dans ses bras. Vous êtes dans un pieu avec deux nanas qui vous aimentALEXANDRE. Vous avez des rapports drôlement merdiques avec les femmes. Commence à lui faire l'amour. Et de temps en temps vous êtes gentil. Maintenant je dors. Alexandre vient sur elle. Allez ! Ouste ! Je liquide. VÉRONIKA. Rien. Les deux filles maquillent légèrement Alexandre qui ne réagit pas. Foutez le camp. Veronika gémit. Alexandre la laisse et revient dans le lit. Je vous assure. Ça va pas non. s'écarte de lui brutalement. Foutez le camp tous les deux. Elle vomit encore. Faites ce que vous voulez. Laissez-moi tranquille. Plus tard. VÉRONIKA. Mais non. C'est votre problème et vous le savez. Face à face. Excédée. MARIE. Marie met une main sur sa poitrine. Il l'accroupit de force sur les W. je peux aller dans l'autre chambre. MARIE. VERONIKA. Elle hurle. Ça lui ferait pas de mal. baisez-moi. Il écarte les bras. il faut faire quelque chose. J'en ai assez. Calme-toi. Non. Elle se cabre. ALEXANDRE. Il la repousse. Elle avale toute la botte. Il se retourne d'un bond et revient sur elle. Arrêtez de déconner. Vous devriez essayer. agressivement. Alexandre est couché. Alexandre bondit. Ça lui ferait du bien.VÉRONIKA.C. vous allez exciter un maximum de mecs. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? VÉRONIKA. Il bondit du lit. les regarde. Voyant le danger écarté. Allez baiser n'importe où. VÉRONIKA. Marie crie. Marie les regarde. Elle fait ce qu'elle veut. Baisez-moi. Si vous sortez comme ça. MARIE. Tais-toi. Veronika vient sur son épaule. Combien il en faut pour dormir. Les deux filles viennent dans le lit. Allez baiser à l'hôpital. VÉRONIKA. Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir. VÉRONIKA.. Entre les deux filles. j'en ai marre. Il s'est mis contre le mur. Elle embrasse ses épaules. Elle jette contre les murs tout ce qui lui tombe sous la main. Il faudrait qu'il se fasse un peu enculer. Alexandre. Alexandre. ALEXANDRE. Il se met au milieu. Mais foutez le camp. Elle revient. ALEXANDRE. MARIE. Ils recommencent à faire l'amour.. ça va. vous semblez aimer les gens. Votre 111 Sur les couvertures Veronika cherche à poser sa main sur le sexe d'Alexandre. Baisez-moi. Vous ne vous rendez pas compte que vous êtes le plus heureux des hommes.

mais elle devait vous aimer. la mixomatose est une maladie du lapin.Gilberte. vous dormez avec elle. Oui. c'est tout. Ces histoires de 5 heures et demie du matin. » Elle ricane. Elle m'embrasse. J'ai pensé à vous dans les chiottes. ALEXANDRE. mais Marie n'est pas simple. Parce qu'elle aurait dû rester avec vous. Mais vous n'êtes pas bien. Elle/ait une grimace grinçante. Si je viens chez vous. Vous pouvez être très gentil. J e ne pense qu'à vous. Et oui. Et avec Marie vous faites un couple merdique. Elle se lève. et la blennorragie est une maladie de la pine. Vous aimez une femme et vous en baisez une autre. Mais je vous aime. vous chiez avec elle. VÉRONIKA. Vous êtes arrivé dans ma vie à un moment. Même quand ça se termine. ALEXANDRE. Oh là. Vous êtes bien tous les deux avec vos élans merdiques. Elle l'écarté. Qu'est-ce que c'est ? ALEXANDRE. elle prend ma main. Peut-être que je n'ai pas la vocation de la vie. c'était très simple. Comme je vous déteste. Vous êtes con ? Et c'est comme ça. Vous êtes content. je ne sais pas ce que vous lui avez fait. c'est pas merdique. Souriez. Il y a une chose qui me ferait plaisir. Comment peuton dire : « Vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé »... Vous l'avez rendue folle. Vous avez peut-être raison.. Très. Comme vous êtes con. Elle remonte. VéRONIKA. Voulez-vous la faire ? VÉRONIKA. Non. Ça vous ressemble non ? ALEXANDRE. Surtout si vous l'avez dépucelée. Elle ricane. Pour qu'elle soit avec cet espèce de mec merdique. là. 77 tend une main vers elle. ALEXANDRE. Mais vous non plus vous n'êtes pas simple. quoi que je dise. VéRONIKA. parce que vous n'êtes pas mal au pieu. Ça vous a fait penser à moi. c'est simple. Et on s'est quittés comme ça. Quelle chose ridicule. et vous m'avez fait beaucoup de bien. elle m'appelle « Ma chérie ». Vous aimez Marie.. Je me souviens maintenant de cette histoire que racontait le type du Mahieu et que j'avais oubliée. ou alors folle. vous avez dû la rendre très malheureuse. Parce que je vous aime beaucoup. c'est pour vous. Et l'amour c'est pas ça. ce n'est pas pour elle. Moi les histoires de cul me font chier un maximum. vous vous lavez avec elle. Il y a un graffiti. J e ne suis pas très doué. Il disait : « Savez-vous qu'elle est la différence entre la mixomatose et la blennorragie ? » Vous le savez ? Non. 112 113 . Vous vivez avec elle. Vous savez je n'aime pas dire du mal des gens. VéRONIKA. Quand je vivais avec l'homme aux yaourts. Descend aux toilettes. très beau. Tout ça à 5 heures 25. VéRONIKA. Et pourtant je vous aime. Vous ne m'aimez pas. « Ma rage d'aimer donne sur la mort comme une fenêtre sur la cour » et quelqu'un a écrit dessous « Saute Narcisse ». Voilà.. VéRONIKA. Et bien. Vous me voyez dire ça : « Alexandre comme vous êtes beau. ALEXANDRE. Et puis vous deviez bien la baiser.. Je voudrais un autre whisky.

avec une vieille odeur de pourriture et de maladie qui se trimbale. Il sort. Il revient dans l'appartement avec deux ou trois roses. . il lui en a fait voir.. Elle boit. quand j'étais de garde. vous vous sentirez très bien. A partir de quarante-cinq. vieux polack.. La garde de nuit qui vient.. c'était mon grand-père. J e sais de moins en moins de choses. Véronika prépare sa seringue et fait la piqûre à Alexandre. Mais il était complètement dingue.. Assises. qui fait ses piqûres. discrète.. Le soir. Dans la rue.. Marie est très agressive et douloureusement ironique. Et jusqu'à sa mort. Véronika a téléphoné. On n'est pas du tout insensible aux gens qui souffrent. Une piqûre de quoi ? MARIE. Vous voulez que je vous fasse une piqûre. MARIE. Il la voit. 115 114 . Je ne sais rien du tout. s'éclipse. il s'est mis à égrener son chapelet. Ce ne sera pas de ma faute. Il y a Marie et Alexandre. qui est resté tubar. Elle boit. Il a horreur des piqûres. VéRONIKA. MARIE. Véronika est à l'intérieur. Mais moi. Contrairement à ce que pense Alexandre. C'est vraiment pour te faire plaisir. Près de la cheminée. VéRONIKA. Vous allez avoir un petit hématome parce que vous ne vous êtes pas fait une petite pression. Les deux femmes sont sur le lit. Le métier d'infirmière c'est un métier assez horrible par moment. VéRONIKA. C'est toujours l'hiver. ALEXANDRE. MARIE.. Alexandre met les roses dans un vase. qui se fout à poil. Un taxi s'arrête.. Elle rit. malade des poumons. VÉRONIKA.. Et sur ce. le premier macchabée que j'ai vu. J e vais acheter des cigarettes. qui crachotaient. Véronika. VÉRONIKA. Elle ne voit pas Alexandre.. Chez Marie. Vous verrez.. Il ne fait pas semblant d'être surpris par la présence de Véronika. Je lui ai dit que vous étiez malade. gargouillaient.... qui peuvent claquer. Vous êtes malade. qui se sent pas gênée du tout. Que savez-vous de ce que je pense ? MARIE. Elle va venir.. J'aimerais bien tu vois. c'était avec des vieux cancéreux qui avaient des trous dans le cou. C'est pas du tout son genre de s'éclipser. Dans vos belles veines. Vous savez Alexandre. Bonjour Alexandre. Alexandre ? ALEXANDRE.VéRONIKA. il était très mauvais.... Vraiment. Elle portera des médicaments. qui se fout au lit avec le malade. Il entre au bureau de tabac. MARIE... il traverse le boulevard et entre chez un fleuriste. Je vais vous faire une piqûre de vitamine C intraveineuse. Et Véronika a apporté une bouteille de whisky pour nous... J'ai acheté une bouteille de Ricard pour Véronika. Ce sera de la vôtre. il a insulté ma vieille grand-mère. Après. Où allez-vous ? ALEXANDRE. SÉQUENCE 30 Véronika se sert un verre de Ricard. cinquante ans. Il a peur des piqûres. la blonde slave s'éclipse.

Quand vous serez vieux. Vous faites semblant de dormir. c'est un super-cadeau. Avec vous c'était le superpied. Mais non. Et je le voyais pas bouger. Tu as eu de la chance de faire un mariage social. Va à la salle de bains.. Alexandre. Une vieille Gilberte impudique.. qui venaient bouffer un maximum à la maison. Alexandre se lève. Alexandre trouve que j'ai le corps d'une négresse. Elle est au bord des larmes. Vous avez rencontré une vieille Gilberte non pucelïe. On disait : « C'est un Saint qui est mort ». Mais je ne suis pas blonde avec les yeux bleus. VÉRONIKA. moi on ne m'a jamais épousée. sa douleur. Véronika et Marie parlent. Mais j'ai peur que ce soit un peu grand. en salle de garde. Il sait très bien que tu n'es pas une négresse. Je t'ai dit. Si vous saviez comme je me sens bien en ce moment. socialement. Viens là Véronika. Marie tend ses bras vers Véronika. ALEXANDRE. avec mes quinze berges. Il est toujours en retard celui-là. vous ne pouvez pas savoir. Vous avez de la chance Alexandre d'avoir deux nanas qui vous aiment et qui ont une histoire entre elles. VÉRONIKA. Il revient. J'ai fait un mariage social. Arrête de déconner. VÉRONIKA. Tu sais. VÉRONIKA et MARIE. Véronika les écarte d'un geste violent. sur un fauteuil roulant. Et l'épicière du coin. je veux que tu me dépucelles ». J e peux savoir de quoi il s'agit. je t'aime beaucoup. Et j'étais là.. Moi j'ai jamais fait un mariage social.C'était devenu le mystique du quartier. Il faudrait peut-être le reprendre sous les bras. je suis conne. Tu as déjà vu Véronika reprendre quelque chose sous les bras. c'est super-suffisant. MARIE. Tu sais. Il grimace devant la glace pour accentuer sa fatigue. j'avais quinze ans. VÉRONIKA. le cul ballottant un maximum. Elle éclate de rire. MARIE... J'ai envie de te faire un cadeau. tous les deux ensemble. Il y avait un maximum de prêtres qui se faisaient engraisser. Tu m'as raconté. vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé. J'avais jamais flirté. VÉRONIKA. Alexandre cristallise un maximum sur les blondes aux yeux bleus. Non. MARIE.. à vingt ans. Quelle chance. Et quand il est mort. il a 116 Les deux femmes répondent en même temps. MARIE. . Boit. Quand il m'a rencontrée. Et ma grand-mère la vieille polonaise superstitieuse le voyait bouger. Véronika pose une main sur les cuisses de Marie. Vous voulez qu'on fasse du cinéma. Elle ne finit pas sa phrase.. Si c'est une histoire entre vous. parce que je suis très aimable. Moi. c'était par hasard. J e lui ai dit : «Je veux que tu me baises. qui faisait un maximum de crédit à ma grand-mère. tu vois. VéRONIKA. Vous savez. par un vieil externe. Une nouvelle Gilberte qui se promenait le cul à nu. Il ne faut pas me faire de cadeau. Mais je comprends quand même beaucoup. Tu n'es pas blonde avec les yeux bleus mais tu n'es pas une noire. VÉRONIKA. Non. MARIE.. les grenouilles de bénitier. Tiens un ange est passé... 117 . Elle remplit son verre. J ' e n veux pas. Elle boit. cristallisé parce qu'il a pensé que j'étais une nouvelle Gilberte. mais vous pouvez continuer à parler. Je me suis fait dépuceler. Comme c'est amusant et comme je m'amuse. MARIE. MARIE. Vous pouvez pas mettre un vieux disque ? ALEXANDRE. Non. le voyait bouger aussi. VéRONIKA. etc. tout le quartier a défilé. Vous avez rencontré une vieille Gilberte pute. gardé par une supernénette qui vous filera des gouttes dans le nez ou autre part. Se lave les mains. VÉRONIKA. Un maximum de cinéma. qui se droguait à l'éther. Silence. De toute façon. ALEXANDRE. C'est une histoire entre nous. MARIE.

.souvenez-vous de ça.. Regarde-le comme il a un super-complexe avec son sexe. parce qu'elle n'est pas bien grande votre tête.. je ne joue pas la comédie.. et prétentieux.. VÉRONIKA. Alexandre caresse les seins de Véronika. Regardez.. ou par son crémier ou par son plombier. Y a que des cons.. Et que vous vous baisiez. d'un air sournois. c'est super-gai. ou par je ne sais quel acteur merdique. tu peux te faire baiser par n'importe qui. qui se fait baiser n'importe comment. c'est qu'il y a quelqu'un qui se prend au sérieux et quelqu'un qui ne se prend pas au sérieux. ferme les yeux. Et marquez ça dans votre petite tête.. Violemment Véronika éclat/ en larmes. Et l'autre qui me regarde avec les yeux en couilles de mites. Elle chante.. Permets-moi. putain. Mais qu'est-ce que vous croyez ? Enfin en ce qui me concerne. par le patron de son mari. Est-ce que c'est une pute ? Il n'y a pas de putes. Alexandre.. tu peux toujours causer mais je t'aurai.. permets-moi au moins une fois.. MARIE. Elle écarte ses mains.. Devinez qui se prend au sérieux.. Ce n'est pas triste... je te permets. Et je me fais baiser par n'importe qui. et on me baise et je prends mon pied.. Il n'y a pas de putes sur terre. Elle parle. . Vous avez eu une super-chance d'avoir deux nanas qui vous aiment et qui s'aiment bien. La femme qui est mariée et qui est heureuse et qui rêve de se faire baiser par je ne sais qui. Qu'est-ce que tu crois. J e vous en prie Alexandre. VÉRONIKA. Elle se tourne vers Marie. Pour moi une fille qui se fait baiser par n'importe qui. J e me sens aimée par vous deux. Qu'est-ce que vous croyez. . Tu peux sucer n'importe qui. qu'est-ce que ça veut dire putain. . y a que des sexes. Et tu le comprends certainement. Marie. Pour moi il n'y a pas de putes. Votre sexe. VéRONIKA. tu n'es pas une pute.. hein. Et je pourrais rester tout le temps avec vous tellement je suis heureuse. Votre sexe Alexandre qui me fait tant jouir. qui raconte de grands trucs grandiloquants et absolument ridicules.. Elle parle. D'Alexandre et de moi.. MARIE. . . comprends-le. Que je vous aime.. pas de caresses vaguasses.. Ce qui est très amusant entre nous. MARIE. je t'en prie Marie. Et je vous aime. pour une sombre histoire de cul. j'en ai rien à foutre.. 119 . les histoires de cul n'ont absolument aucune importance. je commence à être saoule et je bégaie et c'est absolument horrible. .. parce que ce que je dis je le pense réellement. en pensant : oui ma petite. c'est tout. Comprenez-le au moins une fois pour toutes que j'en ai rien à foutre. Elle rit. MARIE. Permets-moi. Ce qui n'arrive pas toujours. Mais. Et sur ce. Alexandre s'allonge.. Comprenez tous les deux une fois pour toutes que pour moi 118 . qu'en tripotant les seins d'une femme ou son sexe. Elle se sert un Pernod et le boit. Mais qu'est-ce que vous croyez. De vous deux ou de nous trois.. Mais je suis bien d'accord. Votre sexe Alexandre n'a pour moi aucune importance. Et que je suis tellement heureuse avec vous deux. Écoute. Votre petite tête qui comprend tout. n'est pas une pute. Non. Et je le dis devant Marie.. Elle regarde Alexandre. VÉRONIKA.. De nous deux. c'est pas ça. Il n'y a pas de putains. Pour moi il n'y a pas de putes.. elle se sert un autre Pernod.. La dernière fois ce n'était pas comme ça.

Et comme ça peut être indépendant d'une histoire de cul. mais ça me ferait chier un maximum hein ! Là. Ma tristesse n'est pas un reproche vous savez. vingt ans. ma vie sexuelle passée... C'est une vieille tristesse qui traîne depuis cinq ans. pour me le faire enlever et pour me faire baiser. Il ne faut baiser que quand on s'aime vraiment.. Quand mes yeux sont maquillés ils sont pas mal non plus.. Comme les gens peuvent se leurrer. je crois qu'un jour un homme viendra et m'aimera et me fera un enfant. quelle chose sordide et horrible. Et l'amour n'est valable que quand on a envie de faire un enfant ensemble. tu sais. je baise de l'autre.. Elle pleure. Il faudrait m'exciter un maximum. Pourquoi est-ce que vous accordez autant d'importance aux histoires de cul ? Le sexe. Mais c'est pas un reproche que je fais. Et on m'a souvent baisée dans le vide. Et beaucoup d'hommes m'ont désirée comme ça. Ah ! comme je t'aime. Tu baises d'un côté chéri. Si on a envie de faire un enfant. Mais tu sais. Me faire encloquer. Et je suis peut-être une malade chronique.. dans le vide. Quelle chose horrible et sordide. j'ai un tampax dans le cul. T . On se retrouve. J'ai de très jolis seins qui sont très désirables. Cinq ans de vie sexuelle.... J e ne suis pas saoule. Et qu'est-ce que tu crois. tu sais. Comme vous pouvez être heureux ensemble. c'est n'importe quoi.. Et après. les super-couples libres. on sent qu'on s'aime.. tu sais. éventuellement désirable. Ils m'ont désirée. Tu me baises bien.. le baisage chronique. Elle ricane. Il n'y a qu'un toi. parce qu'il m'aimera. Et je ne suis pas saoule. si je pleure. Comme on est bien. j'ai pris un maximum d'amants. Fondu. Ma bouche n'est pas mal non plus. Dix-neuf. Absolument pas. qui est si courte. On est superheureux ensemble. à vingt ans.. c'est très peu... J e pleure sur toute ma vie passée.. c'est une merde. Et pourtant le baisage j'en ai rien à foutre. J e me suis fait dépuceler récemment. tu crois que je m'apesantis sur mon sort merdique. Silence. il faudrait faire un maximum. Et je me suis fait baiser. Un couple qui n'a pas envie de faire un enfant n'est pas un couple. Si les gens pouvaient piger une seule fois pour toutes que baiser c'est de la merde. On m'a désirée parce que j'avais un gros cul qui peut être 120 121 . c'est une poussière. Vous en avez rien à foutre. Comme Us peuvent croire. il n'y a qu'un moi. J e ne dramatise pas. Tu vois Marie.. Rien à foutre. Quelle chose récente. Mais putain. Qu'il n'y a qu'une chose très belle : c'est baiser parce qu'on s'aime tellement qu'on voudrait avoir un enfant qui nous ressemble et qu'autrement c'est quelque chose de sordide. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Regardez tous les deux. au contraire. je te parle parce que je t'aime beaucoup. Marie. Quelle chose amusante. Il n'y a que toi pour me baiser comme ça. Si vous saviez comme je peux vous aimer tous les deux.. Tant d'hommes m'ont baisée... Il n'y a que moi pour être baisée comme ça par toi. On me baisait comme une pute. vous allez être bien..

Echangez des propos désagréables et tirez votre coup. Elle revient vers le lit. Alexandre écrit. Bonsoir. VÉRONIKA. C'est beaucoup plus grave (elle rit). Elle met un disque d'Edith Piaf.. (« Les amants de Paris ») « Les amants de Paris couchent sur ma chanson A Paris les amants s'aiment à leur façon Les refrains que j'leur dis sont plus beaux qu'les beaux jours Ça fait des tas d'printemps et l'printemps c'est l'amour Mon couplet s'est perdu sur les bords d'un jardin On m'l'a jamais rendu et pourtant je sais bien Qu'les amants de Paris m'ont volé mes chansons A Paris les amants ont de drôl's de façons Les amants de Paris se font à Robinson Quand on marque les points à coups d'accordéon Les amants de Paris vont changer de saison Entraînant par la main mon p'tit brin de chanson Y'a plein d'or plein d'iilas et des yeux pour les voir D'habitud' c'est comm'ça que commenc'nt les histoir's 123 MARIE. . Vous n'avez pas envie de manger. MARIE. Tapez vous sur la gueule. Véronika va vers Alexandre. tu fais tes bagages. MARIE. Elle reste sur le litw. Alexandre ? 122 (1) Texte de la chanson attesté dans le film. Alexandre est à son « bureau » il écrit. Véronika est la plus ivre. DERNIÈRE SÉQUENCE Ils sont tous Us trois chez Marie. Alors ras le bol. Ça y est. MARIE. Allez ! Tirez votre coup. Qu'est-ce que tu mets. Prend sa veste. Mais qu'est-ce que vous écrivez ? Votre vie. Ras le bol comme disait l'autre. C'est ça allez-y. « Don Juan » ? Marie est sur le lit. . Pas de griefs très graves. Ils boivent. Il y a de la musique (?) Ils ont bu. Le disque s'arrête. Vous ne voulez pas me raccompagner Alexandre ? Alexandre se lève.. Vous n'avez pas faim. J'ai l'habitude. Qu'est-ce que c'est gai. Pas d'ivresse merdique. Silence. C'est gai. VéRONIKA./ / ne répond pas. Tu n'as pas faim ? Tu n'as pas envie de manger ? Marie ne répond pas. Non. VéRONIKA. Prend son sac. VÉRONIKA. Elle met un disque.

Est-ce que vous m'aimez ? Elle n'arrête pas de rire. Elle rit encore un peu et s'arrête. Elle descend de son côté. Sa crise continue. Encore. Il traverse la cour de l'hôpital. elle se raidit. Il veut la retenir. Elle lefrappeavec son sac.. Ne me touchez pas. ALEXANDRE. Vous n'êtes même pas capable d'assumer l'ivresse des gens que vous aimez. // s'approche. Ah ça suffit. Elle hurle. Elle la jette. Ma clé.. Elle crie. Arrêtez. Alexandre entre. Il va vers la voiture. Elle marche très vite et avant même de disparaître sous le porche Alexandre s'aperçoit que quelque chose lui échappe.. VéRONIKA. Vous savez je marche très droit quand je suis saoule. ALEXANDRE. Il se met à courir pour la rejoindre. VéRONIKA. Oui. Il la lâche. Elle répond. Il ne bouge plus. Encore votre vieille ivresse. Qu'est-ce qui vous prend ? VéRONIKA. Qu'est-ce que vous faites là ? Laissez-moi. ALEXANDRE. Au bout du couloir un homme en blouse blanche vient voir ce qui se passe. Il s'arrête. Elle rit de plus en plus. Dans sa chambre. Elle ricane. ALEXANDRE. Il reste derrière. VÉRONIKA. il repart vers l'hôpital. Vous me dégoûtez. Voulez-vous m'épouser ? // la secoue toujours. Il la rattrape dans la cour de l'hôpital. en courant. VÉRONIKA. Je suis peut-être enceinte de vous. VÉRONIKA. J e vous aime. Elle le regarde. elle lui arrache la clé. Il arrête la voiture. Lâchez-moi. Elle marche très droit et très vite. J e vous amène jusqu'à votre chambre. Vous êtes minable. Lui du sien. Alexandre s'accroupit sur le lit et la secoue par les épaules. Elle éclate de rire et tombe à la renverse sur le lit. Je vous raccompagne. Les amants de Paris se font à Robinson A Paris les amants ont de drôl's de façons J'ai la chaîne d'amour au bout de mes deux mains Y'a des millions d'amants et je n'ai qu'un refrain On y voit tout autour les gars du monde entier Qui donn'raient bien l'printemps pour venir s'aligner Pour eux c'est pas beaucoup car des beaux mois de mai J'en ai collé partout dans leur calendrier Les amants de Paris ont usé mes chansons A Paris les amants s'aiment à leur façon Donnez-moi des chansons pour qu'on s'aime à Paris »• (Paroles et musique Léo Ferré et Eddy Mamay) 124 Elle crie. Vous me dégoûtez. ALEXANDRE. VÉRONIKA. Alexandre le voit et s'en va. Ah oui. ALEXANDRE. Que venez-vous faire ici ? Elle parle comme Madame Bovary. 125 .Alexandre raccompagne Véronika en voiture. Véronika enlève sa robe lorsque la porte s'ouvre brutalement. Lui prend le bras. Marchez pour voir. Puis. VÉRONIKA. On ne sait plus si elle rit ou pleure. Elle rit hystériquement. VÉRONIKA. Elle a un bras sur son visage. Rendez-moi ma clé. Il arrive dans la rue. Elle répond. Oui. ALEXANDRE.. Partez. Elle rit encore. VÉRONIKA. Si vous voulez. ALEXANDRE. .

Elle vomit longtemps. Passez-moi une cuvette. 126 . Il l'entend qui commence à vomir. J'ai envie de dégueuler. Elle n 'en finit pas de vomir. Je vais dégueuler. // se tourne. J e suis malade. si vous voulez m'épouser. Ne me regardez pas. rendez-vous utile. VÉRONIKA.VÉRONIKA. il lui donne. On ne voit qu'Alexandre assis par terre. Je n'aime pas qu'on me regarde quand je dégueule. S'assoit par terre. / / se tourne dans tous les sens. Passez-moi une cuvette. Il trouve une cuvette sous le lavabo. Tournez-vous. Il grimace un peu. Son visage se crispe de temps en temps.

A.Achevé d'imprimer le 24 octobre 1990 sur les presses de Corlet. Photocomposition : Nord Compo Précédent dépôt : mai 1987 Dépôt légal : octobre 1990 . Imprimeur. S.

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