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Les Enseignements du Papillon

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Vers 1860, un fils de pasteur qui avait fait de l'étude de la nature son occupation principale, réfléchissait au mode de reproduction de l'ichneumon. Cette espèce de guêpe, au dard extrêmement dur, pond ses œufs dans le corps d'un autre animal, et notamment des chenilles. Lorsque les larves éclosent, elles dévorent ensuite leur hôte de l'intérieur (une chrysalide qui a été ichneumonée donnera donc naissance à un ichneumon, et non à un papillon). Le spectacle de la lutte pour la vie dans toute sa cruauté, suffit alors pour que celui qui y songeait, renonce définitivement à croire en un Dieu tout-puissant et plein de bonté, qui aurait créé le monde. Ce jeune homme s'appelait Charles Darwin.

Sans préjuger de la valeur de son travail subséquent, qu'on lise à l'opposé ce qu'écrit Alexandre Morel sur la relation entre l'ichneumon et le papillon, et les applications spirituelles qu'il en tire à propos de l'âme humaine. Quelle que soit la conviction que chacun en retirera, il devra convenir que l'examen des papillons, pour frêles et éphémères que soient ces petites bêtes, ne va sans entraîner de grandes pensées. Comme le fait remarquer Alexandre Morel, les Grecs avaient fort à propos désigné d'un même mot l'âme et le papillon : Psyché.
Vers 1860, un fils de pasteur qui avait fait de l'étude de la nature son occupation principale, réfléchissait au mode de reproduction de l'ichneumon. Cette espèce de guêpe, au dard extrêmement dur, pond ses œufs dans le corps d'un autre animal, et notamment des chenilles. Lorsque les larves éclosent, elles dévorent ensuite leur hôte de l'intérieur (une chrysalide qui a été ichneumonée donnera donc naissance à un ichneumon, et non à un papillon). Le spectacle de la lutte pour la vie dans toute sa cruauté, suffit alors pour que celui qui y songeait, renonce définitivement à croire en un Dieu tout-puissant et plein de bonté, qui aurait créé le monde. Ce jeune homme s'appelait Charles Darwin.

Sans préjuger de la valeur de son travail subséquent, qu'on lise à l'opposé ce qu'écrit Alexandre Morel sur la relation entre l'ichneumon et le papillon, et les applications spirituelles qu'il en tire à propos de l'âme humaine. Quelle que soit la conviction que chacun en retirera, il devra convenir que l'examen des papillons, pour frêles et éphémères que soient ces petites bêtes, ne va sans entraîner de grandes pensées. Comme le fait remarquer Alexandre Morel, les Grecs avaient fort à propos désigné d'un même mot l'âme et le papillon : Psyché.

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Alexandre Morel

Les Enseignements du Papillon

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ISBN : 978-2-36260-089-0

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L ES E NSEIGNEMENTS DU PAPILLON OU L ES J OIES D ’ UN V IEUX C OLLECTIONNEUR PAR A LEXANDRE M OREL 1924 ♦ ♦ ♦ T HÉOTEX E xuvies E books – 2011 – .

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et plusieurs de ses sermons furent publiés.♦ 1 Notice On se souvient en Suisse d’Alexandre M OREL (1856-1929) comme un pionnier de la Croix-Bleue. dont il a été président. Ancien élève de Frédéric Godet à la Faculté de théologie de Neuchâtel. son origine. cette œuvre protestante dédiée au secours et à la guérison des alcooliques. Alexandre Morel a écrit une histoire de la Croix-Bleue. et enfin à Berne. une profonde unité sous-tend ce recueil du début à la fin . comme il s’y attendait peut-être. Outre ce très original petit livre sur les leçons évangéliques qu’il a su tirer de l’observation des papillons. apparaît réellement comme une parabole vivante que le Créateur adresse aux hommes qui savent voir. son . En lisant les Enseignements du Papillon chacun constatera qu’ils ne sont pas. Non. après chacun des courts chapitres. sa prédestination. jusqu’à la fin de ces jours. le lecteur sérieux restera pensif sur les profonds mystères qui enveloppent la destinée de tout être humain. puis une vingtaine d’années à Moutier. elle provient tout simplement du sujet même : l’existence du papillon. une collection disparate de curiosités naturelles propre à distraire l’auditoire en illustrant quelque sermon. il a commencé par exercer son ministère pastoral dans le Tarn. Aussi. sa naissance et son développement à travers toute la série de ses métamorphoses.

ne va sans entraîner de grandes pensées. suffit alors pour que celui qui y songeait. . et notamment des chenilles. un fils de pasteur qui avait fait de l’étude de la nature son occupation principale. Lorsque les larves éclosent.♦ but. sa lutte avec le péché. les Grecs avaient fort à propos désigné d’un même mot l’âme et le papillon : Psyché. 19 octobre 2011 T ISSERAC. pond ses œufs dans le corps d’un autre animal. qui aurait créé le monde. et non à un papillon). Comme le fait remarquer Alexandre Morel. et les applications spirituelles qu’il en tire à propos de l’âme humaine. réfléchissait au mode de reproduction de l’ichneumon. son salut. au dard extrêmement dur. Quelle que soit la conviction que chacun en retirera. Ce jeune homme s’appelait Charles D ARWIN. il devra convenir que l’examen des papillons. qu’on lise à l’opposé ce qu’écrit Alexandre Morel sur la relation entre l’ichneumon et le papillon. Cette espèce de guêpe. elles dévorent ensuite leur hôte de l’intérieur (une chrysalide qui a été ichneumonée donnera donc naissance à un ichneumon. . sa mort et sa résurrection. . Sans préjuger de la valeur de son travail subséquent. 2 Vers 1860. pour frêles et éphémères que soient ces petites bêtes. renonce définitivement à croire en un Dieu tout-puissant et plein de bonté. Phoenix. Le spectacle de la lutte pour la vie dans toute sa cruauté.

Psaume.19.4 . ce ne sont pas des paroles dont le son ne soit pas entendu.♦ 3 Ce n’est pas un langage.

la Bible et la nature . un vieil ermite. pouvaient éveiller en quelqu’un. « J’ai deux livres écrits de la main de mon Père céleste. Pourquoi je m’occupe des papillons. célèbre par sa piété. Est-ce le moment d’en parler ? Appartient-il à un messager de la bonne nouvelle. ce que j’ai lu dans la nature. dans les temps graves où nous sommes. Job. Combien je serais heureux si ces quelques pages.12.7 Plusieurs de mes lecteurs trouveront sans doute étrange qu’un pasteur s’attarde à aborder un sujet aussi vain que celui des papillons. Interroge les bêtes. non en savant. et cela me suffit. je voudrais le dire ici. » C’est dans ces deux livres que j’essaie également d’apprendre à lire. Un jour. elles t’instruiront. Ce que j’ai trouvé dans la Bible. vivait dans les contrées de la Thébaïde. de perdre son temps à pareille futilité ? On raconte que. mais en simple amateur. le goût de la nature et le goût des choses de Dieu ! . dans les premiers siècles de notre ère. je le dis. lui exprima son étonnement de ne point lui voir de bibliothèque. tout à la fois. un savant d’Alexandrie étant venu le visiter. dans mes prédications . répondit l’ermite. j’ai appris à lire dans les deux. écrites avec amour. le dimanche.♦ 4 1.

l’édification profonde surtout que j’ai trouvé dans la contemplation de ces petits êtres si . si incomparablement belle que. aux quatre ailes ornées d’un œil noir .♦ 5 Alors que. C’était l’Aglia Tau. je gravissais. Cette merveille du monde des insectes. du coup. si possible. dont la prunelle blanche est à peu près semblable à un Tau grec. Je résolus de concentrer désormais mon attention. sur ce monde si gracieux des papillons. un certain matin du mois de mai. chatoyant en bleu. les tressaillements d’adoration. l’une de nos montagnes jurassiennes. le secret de leur mystérieuse existence. tout jeune pasteur. je fus gagné à l’entomologie. un papillon tout frais qui venait de sortir de sa chrysalide. m’apparut si radieuse. si pure. au bord du chemin. en cette matinée de printemps. L’A GLIA TAU Il y a de cela quarante ans ! Je ne saurais dire les jouissances pures. lors de mes courses pastorales à travers champs et bois. de façon à leur arracher. je vis. ce beau bombyx d’un jaune-fauve.

♦ fragiles, mais d’un intérêt si palpitant.

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Il m’a semblé que le moment était venu pour moi de sortir quelque chose de ces trésors de beauté et d’en parler. Natura maxima in minimis miranda, disait le grand Linné. C’est dans les plus petites choses que la nature fait voir ses plus grandes merveilles. Henry Drummond, le célèbre professeur de l’Université de Cambridge, donnait à ses étudiants un cours de sciences naturelles et parlait, le dimanche, à un auditoire composé principalement d’ouvriers, de sujets d’un caractère moral et religieux. Pendant un certain temps, il avait réussi à caser ces deux choses disparates, la science et la religion, dans un compartiment différent de son esprit. Mais, peu à peu, le mur de séparation céda et le moment vint où il parla aux ouvriers de la même manière qu’il parlait à ses étudiants. En d’autres mots, Drummond arriva à la conviction que les lois de la nature se prolongent jusque dans le monde spirituel, dont les réalités peuvent être formulées exactement dans les mêmes termes que celles de la biologie. J’ai expérimenté à maintes reprises quelque chose de pareil : ce que j’ai trouvé dans la Bible m’a paru être la continuité de ce que j’avais observé dans le livre de la nature. Ce n’était pas seulement des images ou des paraboles ou de frappantes analogies. Entre les deux règnes, j’ai souvent constaté une vraie similitude de lois ; certains phénomènes du monde spirituel m’apparaissaient comme le prolongement de ceux de la nature.

7 Vous représentez-vous la joie que l’on éprouve lorsqu’une hy-

pothèse se vérifie, qu’un mystère s’éclaircit ou qu’un problème du monde spirituel se résout par la simple contemplation de la Création ? Ce genre de découvertes fait chanter.

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L E S YLVAIN AZURÉ

comme en une superbe illustration.46-49 On a dit que les papillons. Les sages de tous les siècles . chez les Grecs déjà.15. ne sont qu’un objet de luxe dans la nature et que le monde tournerait sans eux. De même que nous avons porté l’image du terrestre. Ce n’est pas pour rien que. J’ai idée. le mot Psyché désignait tout à la fois le papillon et l’âme. c’est ce qui est animal . n’étant pas essentiels à notre vie. Le premier homme. est terrestre . au contraire. le second homme est du ciel. 1Corinthiens. nous porterons aussi l’image du céleste. Je ne le crois pas. Le témoignage du papillon Ce qui est spirituel n’est pas le premier. que le Créateur a permis que le papillon fût si brillant pour attirer plus directement notre attention et mieux nous faire comprendre les précieuses leçons biologiques qu’il a à nous donner . tiré de la terre. ce qui est spirituel vient ensuite. car il semble que ce soit justement dans cet être délicat entre tous que Dieu à voulu. esquisser tout son plan d’amour à notre égard et nous faire toucher du doigt les phases successives de l’évolution magnifique par laquelle il nous élèvera de notre berceau à son trône.♦ 9 2.

G ELEY. comme la nymphe immobile. un phénomène infiniment mystérieux qui s’appelle l’histolyse. consacre un chapitre intéressant à ce qu’il appelle le témoignage de l’insecte. — Le D R . — sa mort et son réveil — ne semblent pas avoir leur représentation admirable dans la vie. l’homme se traîne sur la terre . Les savants les plus modernes reviennent eux-mêmes à la contemplation de l’insecte pour mieux se rendre compte des lois de la vie. Qu’on le veuille ou non. l’homme dort dans sa tombe . en effet. Ou bien il faut se contenter de s’incliner devant le mystère et le déclarer . qui. L’animal fond en une sorte de bouillie uniforme dans laquelle s’évanouissent les uns après les autres toutes ses distinctions organiques et spécifiques. une élaboration étrange. l’homme renaît à la vie par la résurrection d’entre les morts. ses tissus disparaissent les uns après les autres jusqu’à ce qu’il ne reste d’eux aucun élément cellulaire visible. est quelque chose de stupéfiant. le témoignage de pareils faits est le renversement total de la physiologie matérialiste et de toutes les conceptions biologiques classiques. à ses yeux. insecte aux ailes d’or et d’azur. le sommeil léthargique et le réveil du papillon ? Comme la larve rampante. et. dit le savant que nous citons. Et voilà que de cette substance amorphe se dégage la plus brillante des créatures.♦ 10 ont été frappés de cette analogie. comme l’amant des fleurs. Le corps de l’insecte se dématérialise et se désagrège complètement . Dans l’enveloppe protectrice de la chrysalide se passe. dans son volume De l’Inconscient au Conscient. Est-ce que la vie de l’homme.

pour en faire des fils de Dieu ! Cette vertu d’en haut qui s’appelle l’Esprit mène les vies à leur but. vous fixez votre attention sur tout ce qui vole en ces belles journées de mai. de cette « dominante ». au mois de septembre. dans la première phase de son existence brouta de l’herbe et.♦ 11 impénétrable. La contemplation du papillon va nous montrer ce dynamisme supérieur à l’œuvre et nous expliquer du même coup comment s’opère le développement biologique du nouvel homme. comme vous et moi. orné de brandebourgs noirs piqués de points rouges . et si. ou bien il faut admettre l’existence d’un dynamisme supérieur à l’organisme ou d’une dominante directrice qui modèle la matière. dans la seconde. au printemps suivant. vous observez certaines de nos plantes ombellifères. se délecte du nectar . nous autres chrétiens. passant par les mêmes lisières. qui. Nous savons quelque chose. Si. aux nervures noires avec de grandes taches bordées de bleu qu’on appelle le Machaon : Eh bien ! cette chenille verte du mois de septembre et ce papillon jaune du mois de mai. en vous promenant à la lisière de nos forêts. un des plus beaux de notre zone. lui procure sa force et ses attributs et la mène à un but bien défini. vous y apercevrez certainement une belle chenille d’un vert velouté. comme la carotte sauvage. jaune. vous verrez un magnifique papillon. de ce « dynamisme supérieur ». c’est le même animal : un animal qui commence par ramper et finit par voler . oui de cette « idée directrice » qui façonne des êtres amorphes.

même de la bouche des enfants. c’est ce qui est animal . « le premier homme tiré de la terre est terrestre. il est corruptible. une des beautés de la nature arrachant des cris d’admiration. comment s’opère cette transformation. plein de force et d’apparaître corps spirituel. héritier du Créateur des cieux et de la terre. ce passage d’une existence à l’autre ? Comment nous représenter le voyage qui. corps animal . par la majesté de son vol. qui fut d’abord un objet de dégoût pour ceux qui le rencontrèrent et devint. Il commence son existence par un mode de vie absolument amorphe . l’élu de Dieu. mène à l’homme céleste ? Le papillon nous l’enseignera. avant d’être incorruptible.♦ 12 des fleurs les plus parfumées . Ainsi en est-il du racheté de Jésus-Christ. car ce n’est pas ce qui est spirituel qui est le premier. le second est du ciel ». infirme. glorieux. méprisable. de l’homme terrestre. . Or.

♦ 13 L E M ACHAON .

Ce n’est qu’après avoir traversé toutes ces vies antérieures. Il est rare qu’il vive plus de trois ou quatre semaines. Quand je n’étais qu’une masse informe. mais en se perfectionnant . Psaume. Il y a là un grand encouragement et une leçon de patience singulièrement réconfortante pour nous qui nous agitons si facilement et perdons patience à cause de la lenteur de notre évolution et l’extrême éloignement du but. alors que.♦ 14 3.14-16 Le papillon croît. Mon corps ne t’était point caché. tes yeux me voyaient. il devient chenille. de la chenille et de l’œuf. des années même. L’origine première du papillon est donc très modeste. comme toutes les . des mois. il faut des semaines.139. souvent même quelques heures. enfin. pour le développement complet de la chrysalide. œuf d’abord. non en grandissant. et passe par plusieurs phases avant de se transformer en chrysalide. toutes ces préparations. sa vie est éphémère : quelques jours. Il commence par être infiniment petit : un œuf qui. lorsque j’ai été fait. L’œuf du papillon Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. en cette merveille de beauté. qu’il se métamorphose.

avec une symétrie souvent remarquable. ceux des échassiers piriformes. fait parfois penser à de vrais chapelets de joaillerie. Celui de l’autruche mesure 15 cm. ces chefs-d’œuvre d’élégance sont enduits d’une matière gluante. de la forme et de la grandeur sont représentées. Toutes les gammes de la couleur. Quant à leur position dans le nid. Au moment de la ponte. oblongs ou hémisphériques. ils offrent les formes. Et pourtant. Samuel R OBERT parle de la variété infinie des œufs d’oiseaux. qui sert à les fixer aux tiges. Les oiseaux nichant dans les trous pondent des œufs blancs. M. ouvrage d’art exquis avec ses fines moulures ciselées. Certains papillons. aux rameaux et aux feuilles des végétaux. insoluble dans l’eau. n’a pas la dimension d’un pommeau d’épingle. les couleurs et les grandeurs les plus variées.♦ 15 semences. comme les œufs des oiseaux. ce berceau du papillon. l’œuf du casoar est noir verdâtre. et celui de l’oiseau-mouche a la grosseur d’un pois . ceux des gallinacés ovoïdes et ceux des palmipèdes allongés. celui du pic d’un blanc lustré. d’autres sont placés verticalement. Ne croyez pas qu’ils soient tous semblables. Sphéroïdes. d’autres enfin sont collés au nid pour qu’ils ne soient pas emportés et brisés par le vent. les uns sont arrangés de telle sorte que les pointes sont tournées vers le centre. Bien au contraire. quelle merveille qu’un œuf de papillon ! Dans son ouvrage sur les oiseaux et leurs nids. Les œufs des rapaces sont sphériques. Artistement guilloché. leur coque offre souvent les cannelures les plus gracieuses. au tronc. Ainsi en est-il des œufs du papillon. pour proté- .

possèdent à l’extrémité de leur abdomen une grosse touffe de poils soyeux qui se détachent au moindre attouchement et dont ils recouvrent leurs œufs pour les garantir du froid et de l’humidité ou les faire échapper aux yeux de leurs ennemis. quelques jours rapides. ne pourvoirait pas à notre défense ! Ah ! pauvres incrédules que nous sommes ! Combien nous avons besoin de réapprendre les leçons du Maître disant : « Considère. les mésanges et les ichneumons. Est-ce que le spectacle d’une pareille protection ne devrait pas nous libérer des multiples appréhensions qui tourmentent tant de chrétiens fervents ? Comment ! Le Créateur aurait pourvu d’une manière si délicate aux tout premiers commencements de l’être le plus fragile de la Création. qui « nous a élus avant la fondation du monde et nous a prédestinés dans son amour à être ses enfants ». que la vitalité des œufs est si grande. à la façon des éphémères. au contraire. le germe soit détruit. qu’ils peuvent supporter une température de 50 à 60 centigrades au-dessus ou au-dessous de zéro. On prétend qu’un hiver rigoureux tue les infiniment petits . . et notre Père céleste. pour cela. sans que. et crois » ! . . qui vit sur cette terre. nous affirmons.♦ 16 ger leur ponte.

♦ 17 L A M ÉLITÉE ORANGÉE .

Jamais ils ne le font avec précipitation. appelé semi-argus. Quand on l’étudie de près. a l’habitude de pondre ses œufs. coïncidant exactement avec celle de . fait remarquer que l’oiseau établit toujours son nid à l’endroit où la nourriture qui lui convient est la plus abondante.22. c’est bien la ponte du papillon.♦ 18 4. Ils cherchent à placer leurs œufs dans les conditions les plus favorables au développement de la future chenille. il avait soin de choisir longuement et patiemment un trèfle ni trop vert ni trop avancé dans son développement. M. tu as été mon Dieu. partant de l’idée assez juste que. Samuel Robert. moins il y aura de courses à faire. Prédestination Dès le sein maternel j’ai été sous ta garde. de telle sorte que l’éclosion de l’œuf. loin de les déposer à la hâte sur la première fleur venue. dès le ventre de ma mère. Psaume.11 Une des choses les plus passionnantes à observer. J’ai passé de longues heures au bord des champs de trèfles où l’élégant Lycène Bleu. dans l’ouvrage cité plus haut. J’ai remarqué que. Ainsi en est-il des papillons. on constate le soin délicat avec lequel la femelle choisit l’emplacement de ses œufs sans jamais rien livrer à l’aventure. le temps perdu et de dangers à éviter. plus près on sera du buffet aux provisions.

dans toutes les parties de la fleur. Il faut ensuite qu’il sache à quel endroit précis il pourra confier son trésor. il se livre à une nouvelle investigation pour savoir auquel des capitules qui le composent il confiera son œuf. On le voit promener ses antennes à droite et à gauche. par les poils tactiles dont il est muni. procède le beau Lycène. quêtant flairant. D’un vol spécial. L E LYCÈNE BLEU Voici comment. trouvé exactement la place favorable. seulement alors il incruste son trésor et s’en va. qui est bien celui du chercheur. car le papillon a plusieurs espèces de vols. jusqu’à ce qu’il ait. et. Ce n’est pas tout. . enfin. Cette fleur de trèfle trouvée. trouver à sa portée une nourriture tendre et délicate. jusqu’à ce qu’il ait trouvé la fleur de son choix. il va d’une touffe à l’autre. Il arque donc son abdomen. il se met à palper et à tâter la petite tige.♦ 19 la fleur. d’après mes observations. jusqu’à ce qu’il l’ait découvert. la petite chenille pût immédiatement.

L’E UMEDON Un des plus fins observateurs de la société lépidoptérologique de Genève. dans la fleur de laquelle un papillon appelé Eumedon a déposé son œuf. Elle y est. prête à la métamorphose. Il a choisi. Les récits qu’il nous . R EHFOUS. Son avenir est désormais assuré. non pas un endroit quelconque de la fleur. mais bien l’entrée de la capsule pleine de graines qui constituent précisément la nourriture de la petite chenille. Elle va s’y introduire. a concentré son attention d’une manière très particulière sur la ponte des papillons. j’ai sous les yeux une plante de géranium sauvage. Elle ressortira de ce grainier grosse et dodue. J’observe cette chenille qui vient de sortir de son œuf. M. Un pas seulement la sépare de son garde-manger.♦ 20 Tandis que j’écris ces lignes.

Les inflorescences dans lesquelles il a vu pondre sont de formes très variées. Ou Argus vert ou encore Thécla de la ronce. la femelle 1. Ce détail montre l’importance que les femelles semblent attacher au choix de l’emplacement des œufs. M. Il prend comme exemple le Lycénide rubi 1 . (T HÉO TEX) . par un été remarquablement chaud dont la sécheresse avait jauni toutes les pelouses.♦ 21 donne de ses nombreuses et patientes observations sont pleins de charme. Il raconte. Rehfous a remarqué une véritable adaptation des femelles. La femelle qu’il observait ne confia cependant ses œufs. une femelle avait pondu en sa présence onze œufs en moins de cinq minutes. A ces différences dans la forme des inflorescences. S’agit-il d’introduire un œuf dans un épi d’esparcette. comment un certain jour il se tenait lui aussi au bord d’un champ de trèfles. correspond une différence dans la façon de pondre. alors qu’en temps normal. Cela est particulièrement remarquable pour les femelles qui confient leurs œufs à des inflorescences. Voici un autre fait intéressant concernant l’instinct des papillons. Il n’y avait plus beaucoup de trèfles en fleurs dans ce champ et presque aucun bouton. ceux d’hélianthème et de lothier sont groupés en une petite tête . Les boutons d’esparcette et de genêt sont étagés en épis . mais il lui fallut un quart d’heure pour pondre trois œufs. chose admirable. par exemple. ceux de la sauge sont carrés et perpendiculaires à leur tige. selon son habitude. qui savent combiner leurs mouvements et leur attitude avec la forme de la partie de la plante sur laquelle elles déposent leurs œufs. qu’à des capitules non épanouis .

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se tient la tête dirigée vers le sol ; elle recourbe à angle aigu son abdomen, dont l’extrémité devient parallèle aux boutons ; l’œuf peut ainsi être glissé presque au centre de l’inflorescence. Pour cacher son œuf au centre des boutons d’hélianthème, la femelle se perche sur l’extrémité d’une tige florifère, recourbe son abdomen à angle droit et parvient ainsi à coller son œuf à la partie inférieure d’un bouton. La façon de procéder diffère encore s’il s’agit des boutons carrés d’une sauge. C’est alors, posée sur la tige, la tête en haut que la femelle pond. Sans difficulté, l’œuf vient alors se placer contre la tige, entre deux boutons.

L’A RGUS VERT

23 Il y a deux conclusions directes à tirer de toutes ces observa-

tions. Voici celle de M. Rehfous : « Les papillons ont la faculté, en déposant leurs œufs, de s’adapter aux milieux les plus différents. Un choix est possible pour eux. Aussi cette simple constatation m’apparaît comme une objection sérieuse au cartésianisme et aux doctrines plus modernes des mécanistes. » Voici la nôtre : « Si un papillon, image de la légèreté met tant de soin à sauvegarder ce qu’il a de plus précieux au monde : son œuf, en le déposant toujours à l’endroit le plus favorable, à combien plus forte raison notre Père qui est dans les cieux s’occupe-t-il du milieu où doivent croître et grandir ses fils, livrant celui-ci à telle école et celui-là à telle autre, sans jamais les abandonner au hasard ou à l’aventure des circonstances. Avec le roi David je répète : « Mes destinées sont dans ta main. » Je crois à la prédestination des fils de Dieu.

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L E C HIFFRE

ce même observateur constatera aussi. Voici l’explication qu’il en donne : « La plupart des feuilles. . se mettent à grignoter. en coupant circulairement avec ses mâchoires la coque de l’œuf.♦ 25 5. nous donne une leçon d’amour. qu’il existe un certain nombre de chenilles qui.3 Si le premier acte de l’histoire de l’œuf : sa ponte au lieu le plus favorable. par exemple. Eclosion Vous que j’ai portés dès le sein de votre mère. de manière que le dessus forme une espèce de couvercle ou de lucarne qu’il n’a plus qu’à soulever pour s’évader. Toutefois. chose étrange.46. mais que le nouveau-né lui-même pratique une ouverture de sortie. les belles mitres toujours debout d’où elles viennent de sortir. l’éclosion. s’il pousse sa perquisition plus à fond. Esaïe. du sommet à la base. Le célèbre entomologiste Fabre s’est demandé de quelle utilité était pour la chenille naissante « le repas rituel de ce singulier gâteau ». Tout observateur qui a le bonheur d’assister à l’éclosion d’un œuf de papillon s’apercevra qu’il ne s’ouvre pas comme les graines arrivées à maturité. le dernier acte de sa vie. nous donne une leçon de prévoyance. comme celles du chou. avant de descendre sur leur feuille nourricière stationnent à l’endroit même de leur naissance. et. jusqu’à ce qu’il ne reste que les empreintes rondes de leur base.

Y pâturer sans péril de chute. qui va les produire sinon la coquille de l’œuf de nature cornée comme la soie ? Oui. Et vous croyez que Celui qui. et je veux encore vous porter. dès notre naissance. dès notre origine. appelait. presque toujours inclinées. à moins d’amarres qui donnent un appui stable. dans son langage expressif. » Certes. à ces multiples miracles de délivrance dont la trame de notre vie est tissée. ne sera pas le même jusqu’à notre vieillesse ? « Vous que j’ai porté dès le sein de votre mère. mais je crois aussi aux amarres éternelles qu’un prophète. Je l’ai fait. dit le Seigneur. n’est guère possible. vernies de cire.♦ 26 ont des surfaces glissantes. Quelle harmonie magnifique entre le Créateur et sa créature ! Si nous ignorons avec quels tendres soins fut préparée notre entrée dans le monde et de quel édredon délicat fut tissé notre berceau. c’est en s’attaquant aux reliefs même de son œuf pour s’en faire des fils de soie que la petite chenille va consolider ses premiers pas dans la vie. je crois à la prédestination. nous prit à sa charge et. à ces amarres sûres. Et ces brins de soie. qui serait fatale dans l’extrême jeune âge. amarres sous la forme de brins de soie tendus où puissent se cramponner les petites pattes. des « cordeaux d’amour » ! . vous soutenir et vous sauver. jusqu’à votre vieillesse je vous soutiendrai. songeons à ces petits brins de soie. sut nous porter. à ces secours inattendus.

♦ 27 L E D EMI -D EUIL .

Son fils. Chrétien consacré. Elle ne vit que pour manger.♦ 28 6. composé sur le même plan.org) qu’ont été extraits les dessins qui agrémentent le texte d’Alexandre Morel. Son estomac en travail continuel. l’avènement du Christ. Quant aux différentes photographies de papillons. de leurs couleurs ci ne tarderont pas à modifier leur jugement. ressemblant à celle des broyeurs. Voracité Va et mange avec joie. purs chefs-d’œuvre de beauté que notre peintre aimé a consacrées aux chenilles de notre pays. Après avoir voyagé pendant une année en Palestine il en a ramené une collection de notes et de croquis. Ecclésiaste. de nuit 2. ses toiles représentent principalement des scènes allégoriques : les âges de l’Humanité. la chenille est.. les Chenilles de M. Puis en 1934 Les papillons. et illustré de 64 autres planches en couleurs. . de leurs dessins. je crois. fit paraître en 1931 un livre intitulé Les chenilles. elle mange plus du double de son poids. de visiter.7 Je conseille fortement à toute personne que la vue d’une chenille effraye. Mais il reste surtout connu pour ses aquarelles d’oiseaux et de chenilles. et nous profitons de cette note pour en remercier vivement les auteurs. ces quelques centaines d’aquarelles tout à fait étonnantes. l’Humanité blessée. la plus vorace. elles ont été trouvées en libre téléchargement sur le web. De toutes les bêtes de la création. . Ils admireront la variété de leurs formes.9. la chenille. contenant 64 planches en couleurs de son père. En vingt-quatre heures. . en a une très grande. Léo Paul R OBERT (1851-1923) était un peintre suisse et entomologiste amateur. C’est de cet ouvrage (disponible sur archive. par contre. si possible. Paul Robert 2 . Si le papillon n’a pas de bouche. la justice divine. Paul-André Robert.

se transporter d’une plante à l’autre. s’amasser des réserves d’où proviendra le papillon. comme les teignes. Malheur à elle si elle ne mange pas ! Le papillon s’en ressentirait. comme les gourmands. tout son éclat. et vit partout. De notre réponse (Psa. C’est pour cela. dans le gazon. est une officine où les aliments ne font que passer. de déguster ici et là les sucreries de la Bonne nouvelle. Manger et digérer. qu’elle a seize pattes. dans la terre. et. de fruits. Je ne sais de quel pas nous marchons nous autres pour aller en quête de ce « pain des forts » dont parle l’écrivain sacré. il faut que la chenille broute. sans perdre de temps. Pour qu’il ait toute sa dimension. est l’unique affaire d’une chenille. même dans nos vêtements. d’où son nom d’Arpenteuse ou de Géomètre. sans doute. de graines.♦ 29 comme de jour. plus fermes. toute sa dose. Nous ne serons dans l’au- . dans les roseaux. Elle se nourrit de tout : d’herbe. toute sa fraîcheur.78. dans les racines et la moelle du bois. dans les gousses et les capsules des plantes. Nous contentonsnous. Notre corps de résurrection dépend de la fidélité avec laquelle nous aurons su le nourrir dans ce monde. jour et nuit. sur les arbres les plus élevés. qui lui permettent d’enjamber et d’arpenter le sol à la façon d’un géomètre . de fleurs. ou quatre. soyez sûrs que nous n’irons pas bien loin dans ce qu’un apôtre appelle « l’acquisition du salut ». afin de pouvoir plus facilement.25) dépend tout notre avenir.

Pour arriver « à la mesure de la stature parfaite du Christ ». hélas ! dans leur marche vers la gloire. auront. Les fines bouches qui ne savent que butiner n’iront pas bien loin. ami lecteur. brouté toute leur dose. C’est pourquoi. je te le dis. sur cette terre. de tout l’éclat de la vie incorruptible. se baisser et « ramasser un omer débordant » de manne. « Les arbres de l’Éternel se rassasient ». disait le roi David. qui est la mesure du régime des fils de Dieu. Ne brilleront dans le siècle à venir.♦ 30 delà que ce que nous aurons commencé à être ici-bas. il faut savoir aussi. si j’ose dire ainsi. chaque matin. que ceux qui. « va et mange avec joie ! » .

♦ 31 L’A GRESTE .

4. oui. et elle est réellement malade. immobile. Parfois sa . Et. de poils. la peau se fend et la chenille sort telle quelle avec poils neufs. On aperçoit derrière la tête. elle se transforme de fond en comble. Les mues de la chenille Vous avez été instruits à vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt et à revêtir l’homme nouveau. elle est comme malade. s’allongent. de pattes. C’est une épreuve.♦ 32 7. pattes neuves et tête neuve. changeant de peau. au moment de la mue. elle reçoit une nouvelle tête ! Et cela cinq fois de suite. qui pousse et avance de plus en plus La chenille a cessé de manger . Entre ses mues qui s’opèrent tous les huit à dix jours. Son développement se fait par étapes successives — on en compte d’ordinaire cinq entre lesquelles ne s’effectue aucune croissance. elle reste exactement identique à elle-même (le nombre des mues varie selon les espèces). grossissent. même de tête . Ce changement se fait d’une façon assez particulière. Nos membres grandissent. Ephésiens. la nouvelle. Le troisième jour (l’état de l’atmosphère accélère ou peut retarder jusqu’à une dizaine de jours l’éclatement de la pellicule). peau neuve. Il n’en est pas ainsi de la chenille.22 La chenille n’a pas de membres qui croissent incessamment comme les nôtres. nuit et jour. plus de croissance jusqu’à la nouvelle mue. sans arrêt. Mais.

C’est ainsi que croît l’homme de Dieu. la chenille s’orne d’une parure impeccable.♦ 33 livrée reste semblable . il lui faut la cinquième pour devenir un papillon. . même pour les états transitoires. n’avancent que par bonds. d’autres encore qui versent en nous tout le trésor de la grâce de Dieu. pour arriver à ce que saint Paul appelle « la rédemption de notre corps ». un rayon divin glisse dans notre être et l’illumine d’un vif éclat. trois et même quatre mues successives . Ce sont également tous les chapitres du plan divin que nous devons faire passer dans la trame de notre vie. mais. Puis la vision pâlit insensiblement. le plus souvent. car. Cette histoire du développement de la chenille. d’une vérité vécue à une autre vérité vécue. Ainsi. Seulement après arrive une seconde vérité. mais elle attend que nous la traduisions en réalités. d’acte d’obéissance en acte d’obéissance. allant d’une expérience à une autre expérience ou plutôt. fait singulièrement penser au développement des hommes de Dieu qui. Il va d’étape en étape. en fait d’expérience et que nous la fassions passer dans la trame de notre vie. puis une troisième. Est-ce à dire qu’elle se soit éteinte ? Nullement ! Elle est toujours là au fond de nous-mêmes. elle gagne en éclat . Une chenille aurait beau passer par deux. de révélation en révélation. par crises successives. eux aussi.

♦ 34 L E N ÉMUSIEN .

. C’est un temps de souffrance et de dépouillement qui commence. D’autres entrent dans le sol. tissent leur cocon sous cet élégant abri si plein de poésie. repliant en forme de toit une feuille de roseau. Daniel. puis. elle se met à brouter avec une voracité toute particulière.12. ou bien encore. . Celles-là s’entourent d’un filet délicat ou s’introduisent entre deux feuilles qu’elles attachent ensemble par des fils de soie. cherchant un coin tranquille où elle pourra se retirer. puis se traîne misérablement. Telle autre. Sommeil Ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront.2 Lorsque la chenille a passé par sa dernière mue. . d’autres bâtissent un cocon solide en terre. Elle se met en devoir de faire elle-même ses préparatifs de sépulture. elle devient même terne et livide.♦ 35 8. comme si elle avait une dernière force à saisir. tout en se suspendant par la queue. en soie ou en poils qu’elles s’arrachent. Telle chenille prépare un petit amas de soie auquel elle se fixe par les crochets des pattes de derrière. Elle perd ses brillantes couleurs. C’est la fin de la chenille. s’arrête. fait encore passer un fil de soie en forme de ceinture autour du corps pour mieux se consolider.

♦ 36 Puis s’opère la chrysalidation. et la chrysalide paraît comme par une subite explosion. vous fixait de son beau regard . l’épreuve des gelées blanches et même des hivers les plus sibériens ! Jusqu’à ce que. hier encore. cette merveille de la Création ouvre ses ailes pour s’élancer dans le ciel bleu. s’ouvre sa prison et que. puis. parlait bien. La peau. glisse le long de l’abdomen et s’amasse en bourrelets. la chenille est perdue. les yeux deviennent ternes. Vous représentez-vous la vitalité de ce petit être bravant l’humidité du sol. tout à coup. ses anneaux se tuméfient légèrement. Voilà un homme qui. Si elle tarde. Après s’être enveloppée de son linceul et avoir construit son cocon dans lequel elle s’enferme comme dans un cercueil. Je songe alors à la chenille arrivée au bout de son évolution. J’éprouve toujours un sentiment de poignante tristesse quand. par une belle matinée de printemps. rapetissée. parée d’un vêtement de gloire. elle s’endort d’un sommeil qui peut durer quinze jours. et le voilà terrassé ! Cette brillante intelligence s’atrophie. . se tenait droit. trois semaines. Cette opération critique s’effectue en général en quelques secondes. les mots à exprimer n’arrivent plus. un hiver. on ne se comprend plus. La chenille se rapetisse. appelé au chevet d’un mourant. On cite même une chrysalide du Bombyx lanestris qui est restée sept ans plongée dans son sommeil. se ratatine. repliée et roulée sur elle-même comme un store. terne. sa peau se fend sur la nuque. j’assiste à l’extinction graduelle d’une belle vie. quelquefois deux.

et je me dis : C’est vrai ! « Le corps est semé corruptible.♦ 37 immobile. il y a aussi un corps spirituel. il est semé infirme. mais il ressuscitera plein de force . mais il ressuscitera incorruptible . il est semé méprisable. il est semé corps animal mais il ressuscitera corps spirituel. mais il ressuscitera glorieux . » . Car s’il y a un corps animal.

♦ 38 L E T IRCIS .

il est un sujet d’une sombre réalité que je dois aborder avec détails. de coléoptères plus voraces et insatiables que les lynx et les panthères. de fourmis. d’autres insectes s’efforcent de les saisir.♦ 39 9. C’est l’enfant. c’est celui de ses ennemis. qui ne saurait faire de mal à personne a.25. fourmille de noires araignées. L’herbe. Les ennemis du papillon Vois combien mes ennemis sont nombreux. les terribles carabes. dit Frédéric de R OUGEMONT. c’est le collectionneur. courent après la proie et se jettent avec une avidité vraiment féroce sur tout ce qu’ils rencontrent. de nombreux et terribles ennemis. N’ai-je pas vu un jour de mes propres yeux un de ces gros carabes. que l’on appelle ici Cheval Martin. au printemps. en effet. Psaume. les affreux staphylins qui. faire un saut en l’air de . ils sont happés au passage par la rapide hirondelle. « Volent-ils dans les airs.19 Avant de parler du réveil du papillon et de son entrée dans la gloire. Le papillon. et de quelle haine violente ils me poursuivent. c’est l’animal sous toutes ses formes. sans cesse. Rasent-ils le sol ou se posent-ils à terre. Passentils entre les buissons ? C’est la perfide toile d’araignée qui les arrête et les perd. ou bien c’est une grosse et brillante libellule qui fond sur eux comme un oiseau de proie et les transperce et les dévore de ses mandibules puissantes.

la couleur verte de son corps. enfin. W ULL SCHLEGEL . vient se poser sur la fleur. la mort guette les pauvres papillons. Le malheureux ! A l’instant même. absolument immobile. C’est ainsi que de toutes parts. . cette mouche allongée. il enfonce sa trompe de droite. et de nuit et de jour. pour saisir au vol un papillon qui passait sans défiance au-dessus de lui ! Enfin. l’ichneumon. roussâtre. Il y a quelques années encore. dissimulée au milieu de l’ombelle de fleurs de cette patte d’ours. les fleurs même sur lesquelles les papillons aiment à venir se reposer. les redoutables tenailles se ferment. le ressort se détend. a le corps transpercé. qui. Voyez-vous cette petite araignée verte à longues et fortes pattes qui se tient cachée. sans défiance. Et pourtant je ne vous ai pas encore parlé de son plus terrible ennemi. cachent parfois dans leur sein un ennemi mortel. C’est un piège vivant. mais à la chenille.♦ 40 deux décimètres de hauteur. il l’enfonce de gauche. de cette grande valériane ou de cette scabieuse ? Son immobilité parfaite. Laissez-moi vous raconter comment je fis sa connaissance. . les ailes étendues. grêle. inerte. à la façon du célèbre . la font échapper à tous les regards. non au papillon. armée d’une longue tarière qui s’attaque. M. il vient se placer au-dessus de l’araignée aux aguets. il avance. il recule. la tête en l’air. il se débat en vain. vidé et bientôt ce n’est plus qu’un triste cadavre qui reste là sur la fleur. Le papillon. il est sucé. saisi par dessous les ailes. ses grandes pinces ouvertes comme des tenailles. vivait à Martigny. un entomologiste distingue. le papillon.

Et alors. Nous allions nous asseoir sur les rochers arides du Fully où dardent les rayons d’un soleil tropical. Il était agité. il publia un volume. Wullschlegel me dit : « Vous allez voir ! A trois centimètres de profondeur doit se . savait lire les secrets de la nature.♦ 41 FABRE. il évoquait devant moi de véritables drames. sa petite tête s’inclinait pour écouter ou sentir ce qui se passait dans la poussière de la route. et. de sa voix tranquille . nous vîmes un ichneumon. il y avait je ne sais quel frétillement dans tout son être. franche de toute exagération. La Faune des Macrolépidoptères du Valais. J’avais l’habitude d’aller le voir au premier printemps. d’un genre spécial. un jour que nous étions assis au bord du chemin. M. se poser sur le sol durci de ce chemin. je lui demandais de me raconter l’histoire de toutes les petites bêtes qui passaient devant nous. L’I CHNEUMON Ainsi.

Cet ichneumon l’a perçue. que la petite larve. » Et. suspendue à un léger fil de soie. l’ichneumon. Alors. au sommet de l’encolure. brisant la porte de sa prison. du coup. grâce à l’injection de la goutte anesthésique qui. qu’il avait fabriquée sur la branche d’un buisson. Il l’introduisit dans cette amphore. Alors. il plongea son dard sous la peau de la malheureuse victime et lui inocula une goutte de je ne sais quel soporifique qui. Wullschlegel m’expliqua que l’éclosion de l’œuf s’opérerait une dizaine de jours plus tard environ. jusqu’à ce que cette cachette à provisions fût pleine. s’en emparant à la manière d’un vautour qui s’élance sur un oiseau. à longue encolure. et qu’enfin. parvenue à sa taille normale. grattait le sol de ses pattes avec une ardeur grandissante. pendant tout ce temps. Il la transporta alors dans une espèce de petite amphore mastiquée. il ne quittera pas le terrain qu’il ne l’ait saisie. s’envolerait pour recommencer une nouvelle chasse et faire de nouvelles victimes. maintient la fraîcheur de la chenille. en effet. descendrait le long de l’encolure. avec d’autres chenilles. il eut mis la chenille à nu. jusqu’au cellier rempli d’une provision absolument intacte. Puis.♦ 42 trouver la chenille de telle noctuelle. cacheta l’orifice et s’en alla. l’ichneumon pondit son œuf. . M. jusqu’à ce que. l’anesthésia. ayant creusé une fosse de trois centimètres. elle se transformerait en nymphe. qu’elle s’attablerait à son copieux festin. reprenait son travail de perforation. puis en ichneumon qui. il écoutait. qui avait flairé une proie sûre.

c’est celle dont parlait Jésus lorsqu’il disait : « Le voleur ne vient que pour dérober. égorger et détruire . Nous nous croyons à l’abri quand. Jésus disait : « Il est meurtrier dès le commencement » . sous l’épaisse muraille de nos systèmes philosophiques. je leur donne la vie. il est « tueur d’hommes ». . Il flaire toutes les cachettes et les découvre. elles ne périront jamais et nul ne les ravira de ma main. je suis venu afin que les brebis aient la vie. Il n’y en a qu’une qui soit invulnérable. littéralement.♦ 43 En parlant du diable. Hélas ! l’ichneumon. mais moi. » . Oui. il y a un tueur d’hommes qui nous guette et nous épie jour et nuit. . qui cherche toujours à tuer l’homme. nous avons caché notre tête. est plus rusé que tout cela.

♦ 44 L E M YRTIL .

23 Voulez-vous une preuve définitive de la perversité de l’ennemi ? Il y a dans les pâturages du Haut-Valais un très beau papillon. porte au centre un V argenté. elle fait ses mues. par le moyen de sa longue tarière. et me rend captif. d’où son nom de V-argenteum. . enfermées dans de délicats cocons de soie jaune et transparents. à insérer son œuf sous la peau de la chenille. me réjouissant de ces cinq éclosions.7. L’ange ou la bête ? Je vois dans mes membres une autre loi. une Plusie. Rom. elle mange avec voracité. jusqu’à ce qu’il soit arrivé. J’avais appris qu’à la fin de juin.♦ 45 1O. et j’attendis le grand jour de la métamorphose. elle construit son cocon. appelée le Thalictrum Jœtidum. d’un magnifique pourpre foncé saupoudrée d’or. Les cocons furent soigneusement placés au fond d’une boite. à trouver. il y avait possibilité de trouver sa chenille ou son cocon sur une plante alpine. elle se chrysalide même. cinq chrysalides en parfaite santé. qui lutte contre la loi de ma raison. Hélas ! j’avais compté sans la perfidie d’un ichneumon très friand de la chenille du V-argenteum qui vole autour des touffes du Thalictrum. elle grossit. Et la chenille ainsi ichneumonée continue à vivre comme si rien n’était . Je me mis en quête et finis. dont l’aile. après de patientes recherches. en effet.

tout en la laissant vivre. Cette larve grossit à son tour. J’attendais donc avec impatience le jour de l’éclosion. sous sa peau. devait donner naissance à un papillon. elle porte un terrible ennemi qui. cette substance mystérieuse qui.ARGENTEUM La malheureuse ne se doute pas qu’elle est une possédée et que. Enfin il . En effet. il ne reste qu’une forme de chenille ou de chrysalide dans laquelle a grandi et prospéré la nymphe de l’ennemi. elle s’étale dans son ambulante demeure et finit par remplir de sa présence tout le contenu de la chenille. dans la pensée du Créateur. à tel point que. transforme sa destinée du tout au tout. le premier être ayant passé dans le second. ou plutôt. passe tout entière dans le corps de cette petite larve et devient la substance d’un ichneumon.♦ 46 L A P LUSIE V. la détruit lentement.

Deux êtres se disputent la place. et du second. qui occupe la place centrale ? Toi ou Lui ? Le vieil ou le nouvel homme ? Ah ! comme l’observation de la nature nous fait rentrer en nousmêmes et nous humilie par ses paraboles ! Sous notre peau se passe. voué au déshonneur et à la ruine. tu te rassasies même des promesses divines. tu médites. et. qu’est-ce qui vit ? L’ange ou la bête ? Tu t’occupes de religion. cherche à établir sa suprématie. l’usurpateur. De deux choses l’une. prédestiné à être semblable à l’image de son Fils ». ou bien c’est l’homme nouveau qui engloutira l’usurpateur. Mais. « le vieil homme corrompu par les convoitises trompeuses ». le propriétaire légitime. un drame. ô horreur ! Du premier cocon sortit. l’intrus. avait commencé un drame sanglant : le germe de la mouche avait englouti le germe du papillon. grandit et marche à son terme. . en toi. Comprenez-vous la question grave qu’automatiquement je me posai ! Et sous ta peau. sous cette peau. ou c’est l’usurpateur qui aura façon du roi légitime. en effet. C’est un duel à mort. l’un ou l’autre se développe en nous. l’homme normal « créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables. mais il se fait. un ichneumon . Cet engloutissement de l’un par l’autre ne se fait pas en un jour. Par le processus d’une évolution lente et graduelle. un ichneumon ! Il n’y eut qu’un seul cocon sur les cinq qui me donna le papillon que j’espérais. me demandai-je. .♦ 47 arriva. L’autre. L’ennemi avait été subrepticement introduit sous la peau de la chenille. cherche à marcher pour arriver à son terme. Mais. L’un. tu pries. .

croîs et grandis en moi. fils d’Adam qui vis. que sortira-t-il de notre enveloppe ? Un être spirituel portant l’image « du céleste » ou un être animal continuant à porter l’image « du terrestre » ? Est-ce toi. . ou est-ce Lui.♦ 48 Je pose donc la question : au grand jour de la rédemption fi- nale. le Fils de Dieu ? Il vaut la peine que nous nous le demandions.

♦ 49 L E T RISTAN .

la chenille soit capable de les . nous raconte les hauts faits d’une espèce de moustique appelé Microgaster. C’est ce que va nous apprendre l’histoire tout à fait dramatique de la chenille du chou. ayant la taille d’un médiocre moucheron.♦ 50 11. dans le fouillis des viscères noyées dans un liquide jaune clair qui est le sang de la bête. qui. car il est d’une nécessité absolue que. le sang de leur victime . Jean. grouillent des vermisseaux. nous verrions que. déjà cité. plutôt qu’ils ne mangent. à l’état de laves.44 Si l’ennemi dont nous parlons n’introduisait son œuf que sous la peau de ses victimes. mais c’est jusque dans l’œuf du papillon qu’il cherche à déposer le sien. pendant les quatre semaines environ que réclame la croissance complète des microgasters.8. il y aurait peut-être moyen de combattre sa diabolique possession. Jusqu’à l’œuf Il est meurtrier dès le commencement. sucent. empoisonnant ainsi les sources mêmes de la vie du papillon. dans leur état larvaire. Si. J’emprunte ici ma description au célèbre naturaliste Fabre. avec une pointe d’aiguille. nous ouvrions le ventre de telle chenille du chou. dans un opuscule sur la Chenille du chou. Ce sont les fils du microgaster qui. dont le métier est précisément d’exploiter l’œuf de la chenille du chou.

Sur les flancs de la chenille agonisante. Ils n’ont donc ni crocs. eux aussi. en effet. Il y introduisit une feuille de chou peuplée de chenilles. Lorsque la chenille cesse de manger et fait ses préparatifs de métamorphose. sortir. Dans une lente oscillation de tête. que c’était là une erreur. prêtes à se chrysalider à leur tour. mûrs pour l’exode. nous fait observer que les deux calendriers de la chenille du chou et du microgaster sont remarquablement synchroniques. arrêteraient le fonctionnement des sources sanguines. accompagné d’une bandelette de papier miellée. une brèche s’ouvre. cherchant à se chrysalider. Mais Fabre a démontré. jamais sur le dos. ivres du sang de leur victime et. qui devait leur . qui hume . sort toute la horde des petites larves.♦ 51 alimenter. par cette unique ouverture. eux aussi. car il ne faut pas que la chenille soit compromise par des blessures intérieures qui. et. d’une manière qui me paraît irréfutable. puis lâcha dans l’appareil un essaim de microgasters. leur bouche est un pore dépourvu d’armature propre à déchirer. C’est le moment où les parasites vont. les parasites sont. Et bien ! il est une question tragique qui se pose ici : Comment ces œufs du microgaster ont-ils été introduits dans les flancs de la chenille du chou ? La plupart des livres d’histoire naturelle nous disent que le microgaster inocule directement ses œufs dans le corps de la chenille. on voit la chenille moribonde poser le fil de son tapis de soie. même minimes. Fabre. ni mâchoires . Il prit un bocal de la capacité d’un litre environ. Et voici comment il fit sa démonstration.

le microgaster n’attaque jamais les chenilles. ne semblaient nullement songer à mal. puis. Alors. Les microgasters. elles appliquaient rapidement sur l’œuf choisi l’extrémité du ventre. par le moyen d’un subtil . il fit une autre expérience. mais sans accorder le moindre attention au troupeau de chenilles dévorant leur feuille de chou. La conclusion à laquelle arriva Fabre fut donc formelle : pour inoculer ses germes. ils allaient et venaient. muni d’une plaque d’œufs jaunes. Il prit un autre bocal. c’est peut-être dans l’œuf même du papillon que le microgaster dépose son œuf ? Pour s’en assurer. se dit l’illustre savant. tressaillaient des ailes et se brossaient l’une contre l’autre les pattes d’arrière. insoucieuses de leur terrible entourage. qui d’ici. puis il introduisit un essaim de microgasters accompagné de nouveau d’une bandelette de papier miellée. Une fois le bocal fermé. Immédiatement les femelles se précipitèrent sur la plaque des œufs jaunes. de leur côté. et. Elles auscultaient l’amas. Ils se restauraient à la bandelette miellée. en sondaient les intervalles avec les antennes. au point de les noircir complètement. et tapotaient les pièces du bout des palpes . « Très affairées. Eh bien ! les chenilles continuèrent à paître tranquillement. qui de là.♦ 52 servir de réfectoire. elles inspectaient le trésor. Il y mit un fragment de feuille de chou. fraîchement pondus . dit-il. signe de vive satisfaction. s’il le fallait. tumultueux. il n’y avait plus qu’à laisser faire et à surveiller assidûment des jours et des semaines. pour voir si les petits moucherons déposaient leurs œufs dans le corps des chenilles mises ainsi à leur portée.

même il lui arriva d’en rencontrer jusqu’à soixante-cinq ! Fabre déclare qu’il déposa sa loupe. sans que je puisse préciser la fin de ces visites au même œuf. selon le naturaliste que nous citons. « endiablé » dès l’œuf ! Mais comme cela nous fait penser aussi à Celui qui a dit qu’il était venu « pour détruire . lui répondit-il. il n’avait entrevu le savant brigandage de la vie. Où l’une avait passé. paraît-il. pensif et quelque peu troublé. il y a de vraies possessions. » Oui. Chaque fois le bistouri plongeait. lors même que de nombreuses pondeuses travaillaient à la fois. même chez les moindres créatures. demanda Jésus au démoniaque de Gadara ? « Légion est mon nom. une seconde passait. parce que c’est à la source même de la vie que le « tueur d’hommes » cherche à introduire son germe de mort. « Comment t’appelles-tu ». remplacée par une troisième. c’est d’ouvrir plus tard les chenilles infestées et de compter les vers inclus. Jamais. introduisaient leur germe sous la pellicule de l’œuf. Il oscille. comme dans les œufs de papillons. chez les hommes. une quatrième et par d’autres encore. de façon aussi lucide que dans son tube de verre de la grosseur du doigt. car nous sommes plusieurs. introduisant un nouveau germe. Et comme cela fait penser aux origines de notre pauvre monde qui. Cela se faisait avec calme. méthodiquement. nous apparaît comme ayant été ichneumoné et. lui aussi. autour de la vingtaine . on peut bien de dire. » Un bon moyen d’évaluer le nombre des germes inoculés dans le même œuf.♦ 53 bistouri d’inoculation.

♦ les œuvres du Diable » ! 54 L E P ROCRIS .

3. accrochées aux écorces des arbres .♦ 55 12. Mimétisme Devenant conforme à Lui. Elle nous dit qu’elle emploie deux moyens principaux pour se garer des assauts de son terrible ennemi : le mimétisme et la vie cachée. des murs. d’abord. étalées ou fermées. mais. Ainsi il y a des papillons qui ont la couleur des plantes. Dans l’île de Sumatra vivent les curieux Kallima. cette ressemblance que prennent certains êtres avec le milieu dans lequel ils vivent afin de se protéger. avec ses nervures et souvent même ses taches . la teinte des ailes. des troncs ou des lichens où ils ont l’habitude de se poser. à s’y méprendre. Ce sont des papillons très vifs en couleurs. Philippiens. dans la position du repos. les ailes fermées. certaines noctuelles vivent pendant le jour. cet insecte ressemble.3 Y a-t-il possibilité de se protéger contre l’inoculation des œufs d’ichneumon ? Question capitale au premier chef ! Mais ici encore la chenille a quelque chose de précieux à nous apprendre. est brune ou grise ainsi que celle de ces écorces et elles présentent comme celles-ci des marbrures plus ou moins nettes. Le mimétisme. des rochers. à une feuille morte attachée à une petite branche.

Le déguisement ne saurait être plus complet pour favoriser la conservation de l’insecte. une tige parfaite à cette feuille . K ALLIMA FERMÉ Mais il n’y a pas que les papillons qui se déguisent . J’ai eu l’occasion d’observer. la tête et les antennes sont dissimulées entre les ailes. Me trouvant au mois d’avril à Sierre. le cas suivant qui me paraît un des plus typiques. qui savent si bien prendre la couleur. à plus d’une reprise. je . la forme et la rigidité d’une petite branche que les oiseaux les plus friands de chenilles n’arrivent pas à les discerner. grâce à une petite échancrure à la base de celles-ci. en touchant la branche.♦ 56 de rouille et sa teinte grisâtre ou rougeâtre. les chenilles le font également. La queue des ailes inférieures forme. Il y a les Arpenteuses.

Le bourgeon. Parallèlement à cette évolution du végétal. En examinant de plus près. je remarquai une double transformation s’accomplissant parallèlement dans le bourgeon du chêne et dans le papillon. je constatai que : c’était une petite chenille.♦ 57 K ALLIMA OUVERT vis sur les bourgeons du chêne. également verte et brune . de plus en plus et verdissait dans sa partie supérieure. une petite proéminence exactement du même brun roux que le bourgeon. verte dans sa partie supérieure et brune dans sa partie inférieure. . Quelques jours après. par sa mue. Je l’emportai avec la branche de chêne. qui jusqu’alors avait été tout brun. son adaptation avec le milieu devint si parfaite. exactement comme le bourgeon . que l’œil le plus exercé ne saurait discerner la moindre divergence. la petite chenille devint. se gonflait.

♦ 58 Ce n’est pas tout. Est-ce que tout le salut annoncé par l’Evangile ne revient pas à . A l’éclosion. pour fuir l’attaque de l’ichneumon toujours aux aguets. L E B ICOLORANA OU H ALIAS DU CHÊNE Voilà donc une chenille qui. à son tour. Au terme de son évolution. elle s’enferma dans un élégant petit cocon en forme d’étui. Plus tard. ce beau bombyx vert et blanc d’une si éclatante fraîcheur. lorsque le bourgeon éclata. je m’aperçus que la merveille que j’avais observée dans toute son évolution n’était autre que la Bicolorana. s’adapte à la perfection à son milieu. on ne vit plus qu’un vert tendre frangé de blanc qui coïncida d’une manière frappante avec une nouvelle mue de la chenille devenue. Le bourgeon du chêne qu’elle ne quitte plus et aux couleurs duquel elle s’identifie jusque dans le détail. toute verte avec de fines lignes blanches.

à « devenir un avec Lui ».♦ 59 cela . quand il nous invite à « nous rendre conforme à l’image de Christ ». ou « à nous revêtir de Lui » ? O merveilleuse harmonie entre les choses d’en bas et celles d’en haut ! . . .

À .♦ 60 L E D É .JOUER .

Comme j’ai eu l’occasion d’observer plus particulièrement les mœurs de l’une des plus intéressantes du genre. Ce végétal est la plante nourricière de la chenille d’un des plus beaux papillons du Valais. de Martigny à Brigue. ces débris de rochers offrent au botaniste une riche moisson. c’est le Silène otites. Colossiens.3. Parmi les représentants de cette flore méridionale. une plante de modeste apparence domine les autres . aussi longtemps que vole l’ennemi. aussi longtemps que luit le soleil. et de ne brouter que la nuit.♦ 61 13. qu’on appelle lucifuges. s’enfoncent même dans la terre. au pied de leurs plantes nourricières. Toutes les plantes héliophiles y prospèrent. l’Enterpia laudeti. immédiatement au pied des Alpes bernoises. Ces chenilles-là. au-dessus de la région des vignobles. s’adosse un long talus d’éboulis. sous les feuilles mortes. je voudrais vous en parler avec quelques détails et vous transmettre le double enseignement que nous laisse cette brillante noctuelle. se réfugient.3 Il y a un autre moyen de défense pour la chenille. Véritables fournaises en été. Chenille lucifuge Votre vie est cachée avec Christ en Dieu. sous les pierres. Représentez-vous un morceau de satin saupoudré de rose et vous aurez une idée de la fraîcheur et de . Le long de la vallée du Rhône. l’Enterpia laudeti. c’est de se tenir cachée pendant le jour.

cette noctuelle a aussi élu domicile dans notre patrie. plus tard rebondies. mais grâce aux terrains ensoleillés du Valais. Mais. Toutefois. le moment arrive où. grossie et développée. le beau papillon aux ailes de satin empourpré a soin de pondre son œuf dans les jeunes capsules encore vertes.♦ 62 la pureté de son aile. teintées de grenat ou d’un brun doré du Silène otites. le Caucase et l’Asie Mineure . dès son éclosion. Aucun trou. C’est dans cette poétique et sûre retraite. la laudeti a un terrible ennemi sous la forme de ce funeste et perpétuel ichneumon qui guette sa chenille jusqu’à ce qu’il ait réussit à introduire son œuf sous sa peau. aucune perforation ne décèlent sa présence. L’E NTERPIA LAUDETI OU H ADÈNE DE L AUDET Mais. la jeune chenille se met à consommer les graines qui sont à sa portée. pour sauvegarder sa progéniture. La laudeti habite d’ordinaire la Bulgarie. la chenille . comme tout ce qui est beau et pur. semblable à une forteresse que.

par malheur. toute désorientée. c’est l’autre. Aussi. complètement déviée de sa destinée première. elles ont été ichneumonées. de ne manger et. aux yeux de lynx de son ennemi ! En quelques instants. celles de la laudeti en particulier. a-t-elle soin. qui devait donner naissance à un magnifique papillon. elle se cache sous les pierres. de ne circuler que de nuit. De jour.♦ 63 ayant épuisé son garde-manger. comme quel- . semblent-elles dire ? Il n’en vaut plus la peine ! C’est trop tard ! J’ai eu le malheur d’être contaminée ! L’ennemi a plongé son dard en moi ! Je suis possédée ! Ce n’est plus moi qui vis. qui me remplit d’émotion la première fois que je pus l’observer moi-même : si. A quoi bon continuer à me cacher. ne se donnent plus la peine de se dissimuler durant le jour. parasitées ou possédées par l’ennemi. doit sortir de sa cachette en quête d’autres capsules. certaines chenilles lucifuges. C’est le moment critique qu’épie l’ichneumon aux aguets. Malheur à la pauvre vagabonde si. elle se verrait brutalement assaillie par la redoutable tarière. ne produira plus. hélas ! Pourquoi continuer la lutte ? Et la malheureuse. elle allait s’exposer. hélas qu’une mouche dangereuse — la malheureuse. ichneumonée et condamnée à porter désormais dans ses flancs le germe fatal qui. en suçant sa substance. par conséquent. Mais voici une particularité tout à fait étrange. sous les débris de végétaux ou dans les fentes des rochers. dans son imprudence. en plein midi. erre à l’aventure. puisque toute sa substance. la chenille. d’un jaune de cire clair. l’annihilerait complètement.

Il n’y a pas que le papillon qui ait à redouter l’attaque du destructeur. de puissances ténébreuses et d’esprits malins qui. qui me . afin de pouvoir résister dans le mauvais jour et rester debout après avoir tout surmonté. une cruauté consommées. et ce sinistre intrus que je ne voulais pas mais qui est là. se font valoir et passent leur temps à raconter leurs hauts faits courent les plus grands dangers. dit l’Evangile. de décomposition en décomposition.♦ qu’un qui aurait perdu sa dernière espérance. revêtez-vous d’humilité ! Mais alors. tout à la fois. je roulerai dans les abîmes de la pourriture la plus infecte. et l’œuf à éclos. je suis perdu ! Il n’y a plus d’espoir pour moi ! L’Ichneumon a déposé son œuf en moi. Il y a partout toute espèce de dominations. Ah ! misérable que je suis. s’écriera quelqu’un. cachez-vous. J’entrevois le moment où. graduellement évidé de tout ce qui constituait ma personnalité. Tous ceux qui s’étalent. 64 Vous saisissez le solennel avertissement et la suprême consolation. se tenant à l’affût. Nous ne vivrons en sécurité que dans la mesure où « notre vie restera cachée avec Christ en Dieu ». allant d’appauvrissement en appauvrissement. Le brigandage de la vie s’exerce dans toutes les régions de la Création. grandit et m’annihile de plus en plus. que nous donne l’Enterpia laudeti. Le solennel avertissement d’abord. avec une ruse. Effacez-vous. nous guettent et s’apprêtent à s’élancer sur nous pour nous détruire. se développe. d’autorités. Malheur à celui qui ne sait pas s’emparer de toutes les armes de Dieu.

pas de Sauveur pour la libérer de sa possession. croyons au miracle libérateur de Christ et mettonsnous bien dans l’esprit que les ailes de satin saupoudrées de rose de l’Enterpia laudeti ne sont qu’une pâle image de l’œuvre de gloire que Jésus-Christ désire achever en nous ! . pauvres ichneumonés que nous sommes. Il a paru afin de détruire toutes ses œuvres ! » O. en effet. c’est trop tard ! Pauvre désespéré. . écoutez la suprême consolation que nous donne l’Evangile. Dieu soit à jamais béni ! « Il a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth pour guérir tous ceux qui sont sous l’empire du diable. Si la chenille parasitée n’a. . nous en avons un.♦ 65 délivrera de ce corps de mort ! Il ne vaut plus la peine de continuer la lutte.

♦ 66 L E S PHINX DU T ROÈNE .

s’épaissira. Ce n’est que plus tard. Il vaut la peine de citer ici. on aperçoit tout ce qui formera les ailes. de Rougemont se révèle comme un des plus fins et des plus sagaces observateurs de la nature. C’est ici que F. Pour la formation de l’œil nouveau. toutes les gaines solides dans lesquelles se formeront plus tard ses divers membres. Quoique pleine d’un liquide informe. « La chrysalide. se matérialisera. absolument amorphe. point de trompe et voici une longue gaine parfois extérieure. on voit un liquide crémeux. les pattes et les ailes.21 Un des moments les plus palpitants à observer dans l’évolution du papillon. c’est bien sa métamorphose ou son apparition comme être parfait. verdâtre. .♦ 67 14. longtemps plus tard qu’il se formera. Métamorphose Il transformera notre corps misérable par le pouvoir qu’il a de s’assujettir toutes choses. une page trouvée dans ses notes. Avec des instruments délicats. les antennes. elle possède déjà tous ses éléments constitutifs.3. Et tout est déjà préparé d’avance. de même pour les antennes. Mais ce sont les yeux qui se forment avant tout. Philippiens. les pattes. tout entière. dit-il présente d’avance la forme future du papillon. La chenille n’a point d’yeux et voici deux petites boucles. les yeux.

frêle comme du papier de soie. un nouvel effort intérieur du papillon fait sauter toutes les coutures. puis. tout à coup un léger mouvement de la partie antérieure attire votre regard. voici des lignes. puis des taches. en même temps noirâtre. un liquide la pénètre. l’abdomen s’allonge. délicate. les petites plumes et les écailles colorées du papillon . déjà les franges se distinguent. Il semble que rien que le fait de trop souvent le regarder. sous l’enveloppe fine et transparente de la chrysalide. le papillon pousse sa tête en arrière. la chrysalide devient plus fine . formera le fard.♦ 68 Puis. Le papillon est prêt à éclore. la tête et les pattes. Mais nous touchons à l’instant critique. s’est fendue. Le voici qui se tend . Ici l’arrêt d’une ou deux secondes . le blanc. en se desséchant. un instant de repos. le souffle de l’examinateur suffit à le faire périr. Déjà le papillon s’entrevoit à travers la fente entrebâillée. les anneaux se marquent . qui permettent de distinguer déjà le futur papillon. elle se durcit peu à peu. la rend légèrement humide. vous pouvez poursuivre de jour en jour le développement . Le grand moment approche. ses . prend de la consistance . le noir. au milieu. Vous. le vert. ne voyez plus rien. leur dessin se marque. Ne le touchez pas. foncées ou claires. Il aime le mystère. une fente s’est produite. et se raidit. De nouveau. la plaque triangulaire de la chrysalide qui recouvre le thorax. Maintenant. le mouvement de la boîte qu’on remue. sous cette membrane la couche de pâte d’un blanc jaunâtre. voici maintenant quelques traits formés qui apparaissent . le rouge. sur la nuque.

Si on le dérange. perpendiculaire ou. avec de simples moignons d’ailes . C’est la poussée de la sève qui va se faire un suc verdâtre. ne le troublez pas dans l’acte si important qui va s’accomplir où il recevra ses ailes. ne le gênez pas. En effet. le malaise qu’il éprouve s’il est dérangé. Pourtant encore un repos. les développe. il risque de rester estropié toute sa vie. le brin d’herbe solide auquel il peut s’accrocher. le papillon a enfin trouvé l’écorce. grandissent. dégage ses pattes. en s’introduisant dans les ailes. Après tant d’efforts le nouveau-né a besoin de reprendre haleine. les ailes . Il le sent. C’est fait ! Il se sent assez reposé. Le voilà maintenant tranquille ! Mais. La victoire est gagnée. on devine l’angoisse. et avec quelle volupté il reprend son ancienne position immobile. il se retourne sur son ventre et sort. avec un effort vigoureux de sa gaine. les petits moignons d’ailes de chaque côté. encore mieux. Il faut que les ailes se forment. saisit un objet quelconque bat les airs. sortant comme une source abondante de je ne sais quelle poche cachée. de grâce.♦ 69 pattes en avant pour se débarrasser de la plaque triangulaire qui le gêne . C’est ce suc qui. Un dernier effort et les ailes se dégagent . monte à ce moment et pénètre tous les organes du papillon. il dégage ses antennes. Après une course rapide et agitée que rien ne calme. la pierre. Le voilà éclos ! Mais il n’est encore qu’un vilain avorton. car le sang fait vivre. tandis que ce suc n’a pour but que de développer les ailes. qu’il ne faut pas confondre avec le sang. suspendu. bonhomme en petit veston.

et encore. Puis. à son tour. le papillon reste immobile. il abaisse et étale ses quatre ailes. la sève pénètre jusqu’aux extrémités . puis. le papillon paraît plongé dans un profond sommeil ou de vagues rêveries. parfois un quart d’heure. regarde. Le travail se fait lentement. Alors le papillon se trémousse.♦ 70 ne croissent pas dans le sens ordinaire du mot. L’extrémité des ailes reste encore étroite et serrée. Quel contraste avec son existence larvaire. ce ne sera pas long. les étend. mais. les allonge. peu à peu. Si c’est un papillon de jour et s’il fait du soleil. elle a comme des boursouflures. mouillée. L’aile a tout son développement . en retombant. les ouvre. puis se pose sur une fleur pour commencer sa nouvelle existence. prendraient un mauvais pli. observons en silence et attendons. c’est simplement la membrane qui se déploie comme une étoffe fortement serrée et finement replissée qu’on étire et allonge démesurément. Cela a pris dix minutes depuis l’éclosion. les appuyant les unes contre les autres et les serrant ferme. le bord externe de l’aile s’élargit. les ailes étroitement plaquées l’une contre l’autre. des gonflements . La sève. les raidit. bosselée. molle comme du papier. que nul ne le dérange : ses ailes. à mesure qu’elle pénètre dans tous les canaux. afin qu’elles deviennent bien plates et unies. alors . mais à vue d’œil. il se remue tout à coup. soudain redresse ses ailes sur son dos. Laissons-le tranquille. il voltige un instant. Pendant dix minutes. il ne se forme pas une écaille colorée de plus. les élève et les rabaisse une couple de fois. enfin. En restant ainsi complètement immobile. mais comme si ce monde nouveau lui était parfaitement connu. mais. puis part d’un vol encore mal assuré.

Qu’on s’en tire comme on voudra. de Rougemont. merveilleux. . le monde des insectes en particulier. les causes finales existent incrustées avec une telle puissance. admirable ! La nature. que rien. ajoute F.♦ qu’il ne savait que se traîner sur le sol ! » 71 « Cela est étonnant. aucune critique ne parviendra à les faire disparaître. » Nous n’avons rien à ajouter. inexplicable sans les causes finales. jusque dans les moindres détails de notre organisme. est incompréhensible. Elles triompheront toujours. On n’étudie pas cinquante ans la nature sans rencontrer partout ce mystère. écrites en lettres majuscules et comme en lettres de feu.

♦ 72 L A S MÉRINTHE DU PEUPLIER .

la solution par la chrysalide et la solution par le papillon lui-même. C’est un couvercle retenu par quelques fils seulement. . et pourtant la chenille a eu la précaution de ménager une ouverture hermétiquement fermée. On peut cependant les ramener à trois. Celle du Carpini construit de vrais ressorts qui éclatent au moment de l’éclosion. c’est la sortie du papillon de sa prison. mais qui existe. A la première poussée. Marc. comme chez le Brephos. Il y a la solution par la chenille. tisse un cocon solide en forme de tonneau composé de fils et de gomme.♦ 73 15. elle songe à sa future sortie et y pourvoit. Qui roulera la pierre du sépulcre ? Il fait tout à merveille.7. comment cet être fragile parvient-il à percer son cocon ? Les solutions sont infiniment variées. En façonnant son cocon ou sa chrysalide. ou ménage un trou à fleur du bois. Comment un être aussi délicat. que nul ne peut apercevoir. le cocon s’ouvre et le papillon sort. Celle du Lanestris par exemple.37 Une question captivante se pose au sujet de la métamorphose. sans force aucune. Telle autre dresse des portières qui s’ouvrent à deux battants. ils sautent. dont les pattes ne sont pas plus résistantes que celles d’une mouche. comme chez la Prasinana. Il y a la solution par la chenille. On ne discerne aucune issue apparente.

car elle tomberait. par laquelle le papillon pourra sortir. C’est F. Et ainsi de suite. sinon ses pattes seraient prises . mais d’une nasse à rebours. Là elle s’arrête. celle de la Sésie ou du Cossus. mais avec un opercule si fragile. le cocon a la forme d’une nasse. anguleuse. ni trop peu. D’autre fois. Elle sort sa partie antérieure. juste ce qu’il faut. Quand le papillon éclot. sachant bien que le papillon ne le pourrait pas. celle du Versicolore. avait pratiqué ce couloir. se tourne et se retourne dans son cocon. de Rougemont qui nous a initiés à la plupart de ces observations si captivantes. Il en est qui. Les obstacles les plus variés sont vaincus par les moyens les plus ingénieux. pas trop. comme par le moyen d’une vrille.♦ 74 Il y a ensuite la solution par la chrysalide. Mais c’est la solution par le papillon lui-même qui offre les aperçus les plus magnifiques. grimpent le long du couloir de bois où elles ont été déposées. laissé ouvert à son extrémité . Leur chenille. la chrysalide s’avance tout le long d’une galerie étroite où le papillon ne pourrait pas bouger. il peut se développer sans difficulté aucune. D’autres fois. se retourne sur elle-même dans son étroit couloir. mais par laquelle aucun ichneumon n’entrera. dure. la chenille avant de se chrysalider. Voici en effet le problème dans toute . exactement comme des ramoneurs dans leurs cheminées. Ou bien. Après avoir percé sa galerie. et arrive à l’issue extérieure. que la moindre poussée intérieure l’ouvrira. jusqu’à ce que. elle ait coupé tous les fils. Il n’a qu’à ouvrir son aile et s’en aller. toutes bosselées. entre autres. c’est plus merveilleux encore. rugueuse. puis elle ferme soigneusement l’orifice.

La goutte du corrosif. nous nageons en plein pays des merveilles. appartenant au genre des Notodontes. Mais voici ! Au moment de son éclosion. agissait en amollissant. Les chenilles de cette famille s’enferment dans des cocons extrêmement durs que l’on aperçoit parfois sur le tronc des arbres. . et. il resterait verrouillé dans son sépulcre. ici encore. n’a que la consistance d’une patte de mouche. elle qui. — car il y a des papillons qui ont la régularité des chronomètres — je les plaçai bien en vue. Sans une intervention tout à fait extraordinaire. aux environs de 3 heures de l’après-midi. que le papillon venait de projeter.♦ sa simplicité : 75 Comment une frêle créature. comme je le disais. j’aperçus tout à coup une tache grisâtre sur la partie supérieure du cocon. enfermée dans un cocon dur comme de la pierre. Sachant cela. Un certain jour vers 3 heures. sous la forme de rugueux renflements d’écorce. Il n’en a qu’une ! Malheur à lui s’il ne parvenait pas à la lancer au bon moment. il est matériellement impossible que le papillon puisse jamais se dégager d’un cachot pareil. afin de les observer de près. je me procurai six cocons du Bicuspis. il projette une goutte d’un corrosif très violent contre la paroi de son cocon. le Bicuspis qui va nous le révéler et nous montrer comment. où il ne tarderait pas à périr misérablement. et s’élancera-t-elle dans le monde de la lumière ! C’est un bombyx. apprenant que leur éclosion s’opérait vers la fin de juin. réussira-t-elle à sortir de sa prison ? Par quelle poussée vigoureuse soulèvera-t-elle la lourde plaque de son tombeau.

qui tous entrèrent dans la vie avec la même salutation. me demandai-je. qui nous donne la victoire par notre . Pourquoi brun. apparut un point brun.♦ 76 L A H ARPYE BICUSPIDE le cocon qui prenait la consistance du papier mâché. selon le même rite. Et la chose se reproduisit exactement de la même façon et. soudain. chez les cinq autres cocons. en examinant de plus près. et sous la protection de laquelle il se poussait pour se dégager de sa cellule. sans froisser son fin duvet Quand. eut dégagé ses deux pattes de devant. Puis. où est ton aiguillon ! Grâces soient rendues à Dieu. je m’aperçus que ce point brun n’était autre que l’extrémité de la chrysalide que le papillon gardait sur sa tête comme une calotte de vacher. puisque le papillon du Bicuspis est d’un beau gris cendré ? Mais. à moitié sorti. premier geste fut d’enlever sa calotte et de saluer le monde. le papillon. où est ta victoire ! O sépulcre. par cette trouée. « O mort.

♦ Seigneur Jésus-Christ ! » 77 L A Z YGÈNE DE LA FILIPENDULE .

8 Essayons maintenant d’additionner la somme des valeurs acquises par le papillon au cours de sa longue évolution. et nous montrerons comment. Sous sa seconde forme. roulée en spirale que l’insecte parfait enfonce dans le nectar des fleurs . Chez elle. Ecclésiaste. mais une analogie très frappante. nous portons dès à maintenant audedans de nous. très élégante. cette mâchoire disparaît. comme du reste le système digestif — le papillon n’en a point — et se trouve remplacée par une simple trompe. les rapports qui existeront entre notre corps nouveau et notre corps actuel. Premier contraste. elle n’est qu’un corps animal. reconnaissons-le. Contrastes Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement.♦ 78 16. Sous sa forme inférieure. tout est pour la bouche. La chenille n’est qu’un système digestif.7. l’éclosion du papillon n’est pas une preuve de notre résurrection. ce nouvel homme destiné à ressusciter un jour en gloire. Nous trouvons toute une série de contrastes frappants qui nous permettront peut-être d’établir par analogie. sans nous en douter. le papillon broute de l’herbe. ayant pour organe central une mâchoire de broyeur. car lorsque le papillon est arrivé au terme . quoique.

nous serons des exemples superbes de promptitude et de vélocité ! Troisième contraste. Sous sa première forme. d’une pureté de lignes. il se mêle à tous les limons. elle marche si lentement et d’une manière si hésitante. Devient-il papillon ! Le Syrichtus passe comme l’éclair. qu’il lui faut bien vingt minutes pour avancer de quelques centimètres. il n’a plus besoin de se nourrir pour grandir. je ne conteste pas le fait. il entre dans la terre. Le contraste est ici frappant. mais il traverse la poussière des chemins. C’est le plus vif des papillons. est bien celle qui se meut avec le plus de peine . qui le lancent dans l’espace et lui permettent de planer. à son existence idéale. dit F. nous nous traînons péniblement là-haut. il y séjourne même. Si encore il ne faisait que se traîner d’une herbe à l’autre. Ses seize pattes le rapprochent singulièrement du reptile. à toutes les boues.♦ 79 de son développement. Je citerai l’exemple de la chenille du Syrichtus qui. de Rougemont. d’une harmonie de couleurs tout à fait incomparables. mais vingt-cinq ans . Sous sa première forme le papillon est aveugle. de toutes les chenilles. Y aura-t-il dans l’au-delà un nectar pareil pour l’entretien de ce que saint Paul appelle « les corps spirituels » ? Deuxième contraste. au lieu de pattes voici quatre ailes d’une fraîcheur. le papillon rampe. Mais vienne le jour de sa métamorphose. Le corps définitif n’a besoin que de se sustenter. « Les savants affirment que les chenilles ont des yeux . Est-ce peut-être aussi quelque chose de pareil qui caractérisera l’allure de notre homme nouveau dans le monde supérieur Ici-bas.

je connais en partie. que tout son corps éprouve et surtout les courants d’air auxquels elle est tout particulièrement sensible et qui lui font sentir de quel côté se trouvent les fenêtres. il se trouve enrichi d’un sens nouveau représenté par les antennes. mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu. sous sa forme supérieure. . les impressions lumineuses. la science me donnera raison. si semblables à celles de la télégraphie sans fil. C’est ainsi que le papillon. les portes. Que sera-ce quand notre œil s’ouvrira à son tour ? « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir. ces yeux ne sont d’aucune utilité pratique pour la chenille. elle se trouve pourvue d’yeux merveilleux. l’entomologiste suisse Martin L ÜSCHER mettait en évidence ces molécules appelées phéromones. d’une manière obscure. et détectées par d’autres. grâce à ses antennes. émises par des êtres vivants. tôt ou tard. la liberté. Sous sa forme inférieure. aujourd’hui. notre lumière est en avant ! Quatrième contraste. Environ une trentaine d’années après ces lignes. 3. si ces organes sont véritablement des yeux. disait l’apôtre. » Tressaillons d’allégresse. (T HÉO TEX) . et. le papillon ne possède guère que des organes de locomotion et de digestion. Cela je l’affirme avec une certitude absolue. puisqu’elles lui permettent de percevoir à d’immenses distances la présence d’un congénère perdu dans le fouillis d’un buisson 3 . mais alors nous verrons face à face . peut localiser un partenaire à plus de dix kilomètres de distance. . » Et.♦ 80 d’études sur le vif m’ont prouvé que. qui ne se dirige que par le toucher. les trous. et d’une fonction sans doute analogue. les fentes. Mais la chenille ne distingue rien visuellement. le grand air. Sous sa forme supérieure.

aux Catagrammes en particulier. nous n’avons aucune idée de ce qui nous attend ! Cinquième contraste. Non.♦ 81 Nous n’avons aucune idée des perceptions nouvelles dont sera également doué notre corps nouveau. nous ne devrions jamais l’oublier. dont les dessous sont parfois de vraies féeries ! Et alors je fais le raisonnement suivant : Si ce qui caractérise souvent ici-bas notre être actuel. Elles lui permettront peutêtre de se rendre compte de ce qui se passe aux confins de l’univers. le dessous de l’aile est tout aussi parfait que le dessus et parfois plus brillant encore. Mais chez le papillon. en attendant que nous soyons revêtus d’un corps glorifié où le réel aura pris la place des apparences ! « Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement ». dès maintenant. ne devons-nous pas. c’est la disproportion et la contradiction. le dessus est d’ordinaire toujours plus beau que le dessous. Chez nous autres. faire tout l’effort possible pour nous équilibrer parfaitement. Je pense à certains exemplaires des tropiques. nous autres chrétiens ! . disait le vieil Ecclésiaste .

DE .NUIT .♦ 82 L E PETIT PAON .

entre les lois du monde de la nature et celles du monde spirituel. en effet. pour bien établir le rapport étroit que j’aperçois entre ces deux domaines. en écrivant ces pages. Vous faites sortir de votre poitrine quelques sons d’une mélodie aimée : après un silence de quelques secondes.7 J’ai eu constamment devant les yeux. de larmes et de prières.♦ 83 17. toutes nos supplications. un double but : Allumer en mes lecteurs l’envie d’épeler à leur tour le livre admirable que le Créateur nous a donné dans la nature . de plus brutal qu’une loi de la nature. toutes nos larmes ne modifieront pas d’un iota l’immutabilité d’une loi naturelle. Mais tous nos efforts. on réussira peut-être à amollir son cœur et à arracher un adoucissement au supplice qu’il pensait infliger. Et. je terminerai mon exposé en parlant de la fixité. A force de supplications. l’écho vous répétera ce . j’allais dire de la brutalité des lois de ces deux domaines. Galates. en face d’une paroi de rocher. appelé à de si hautes destinées. Semailles et moissons Ce qu’un homme aura semé. Vous êtes dans les Alpes. puis stimuler en eux le désir ardent de cultiver leur « homme intérieur ». Il n’y a rien.6. il le moissonnera aussi. Il y a possibilité de vaincre parfois un monstre.

Blessez la peau d’une chenille. elle est partie. atrophiée. trouée. ne fût-ce qu’avec la pointe d’une fine aiguille. L’astronome prédit quelle sera dans dix mille ans la position de tous les astres de notre système solaire. disait Jésus. la pierre qu’il a lancée du haut d’un rocher atteindra le fond du précipice. Il résulte de là que l’un des caractères de la loi est la prophétie. Mais lancez une fausse note dans votre chant tous vos efforts ne pourront ni la modifier. ni l’arrêter. ce gland un chêne et non un palmier. C’est une loi de la nature. Le physicien prédit en combien de secondes et avec quel accroissement de vitesse. la tige a été tranchée fatalement la fleur se fanera. toutes ses plaintes ne réussiront pas à réparer le dégât . aussi bien que cette certitude que deux et deux font quatre et non cinq. ni la rappeler à vous . elle ira jusqu’à la paroi et vous reviendra telle quelle. Vous la verrez chiffonnée. » Le papillon est une des illustrations les plus frappantes de cette vérité. Un faucheur donne un coup de faux maladroit dans une touffe de fleurs rares . tous ses regrets. Le naturaliste prédit que cet œuf qu’il tient dans la main produira une poule et non un crocodile. empêchez-la simplement de brouter toute sa dose.♦ 84 refrain avec une netteté absolument irréprochable. « On ne cueille pas. vous ne verrez au jour de son éclosion qu’un papillon rapetissé et diminué. c’est sur l’aile que vous retrouverez les traces de cette égratignure. On a même essayé de couper quelques-unes des six pattes écailleuses que la chenille porte à la . des figues sur des chardons. Affamez une chenille ou limitez sa nourriture.

nourrissez dans votre cœur les convictions religieuses les plus orthodoxes. et faire une exception pour vous. En contester l’évidence ou raisonner comme si elle devait manquer à l’application. nous nous consolons aisément de nos défaillances par cette pensée que la vie future nous rachètera des imperfections et des misères de la vie présente. plus la nourriture est abondante et savoureuse. aura malmené son corps. Ainsi. plus la couleur du papillon tend à être vive. ici-bas. puisse espérer avoir au jour de la résurrection un corps pareil à celui d’un vainqueur ! Dites ce que vous voudrez. il est partout reconnu que. c’est ce qu’il moissonnera aussi ». Les spécialistes qui étudient le mystère de la coloration des ailes de papillon sont arrivés à établir certaines règles précises. . c’est ce que saint Paul appelle « se moquer de Dieu ». rattachezvous à l’Eglise de vos rêves. Il y aura correspondance parfaite entre la vie terrestre que nous aurons menée et la vie de l’au-delà qui nous attend. Ah ! « ce qu’un homme aura semé.♦ 85 partie antérieure de son corps. qui. Un printemps pluvieux n’influe pas seulement sur la plante. vous ne changerez en rien la rigoureuse et fatale exactitude de cette loi : « un homme qui sème pour la chair. faites ce qu’il vous plaira. on a retrouvé les traces de cette mutilation sur les membres de l’être parfait. faute de discipline. Je vais même plus loin. moissonnera de la chair la corruption ». Nous faisons facilement fi de certaines phases de notre vie . Etrange illusion ! J’ai peine à croire qu’un être humain.

pour que le pastel que nous sommes en train d’esquisser rentre parmi les plus glorieux. vous trouverez des ailes de papillon absolument glorieuses où s’unissent aux teintes les plus vives. Suivant la chaleur et la saison. puis sur la chrysalide et enfin sur le papillon. là des bandes de velours ou de soie chatoyantes. par exemple. c’est un pastel ! » Oui. le brillant de la nacre et l’éclat des pierres précieuses. brunes et surtout noires des espèces de l’Europe septentrionale. On a compté trente-six couleurs ou nuances différentes dans le seul genre Papilio de l’Amérique du Sud. le reflet des métaux. Ici. » Quel stimulant ! . les teintes foncées. des séries d’yeux comme sur la queue d’un paon. Ce qui faisait dire à Victor Hugo : « Le papillon. Tout dépend de la distance et des intermittences que nous tolérons encore entre nous et Celui qui a dit : « Je suis la lumière de la vie. des Colias edusa passant du jaune paille au jaune doré et même violacé. Descendez aux tropiques. vont en diminuant de plus en plus jusqu’à disparaître. on a pris. un pastel ! Et je crois qu’il dépend beaucoup de notre fidélité ici-bas. grises.♦ 86 mais sur la chenille. Il y a une autre loi assez générale d’après laquelle les couleurs deviennent plus claires à mesure que l’on s’approche du Sud où brille un soleil plus intense .

♦ 87 L A C IDARIE MOIRÉE .

♦ 88 18. c’est là que vit un des plus rares papillons de la Suisse. à des linges pliés. pour la première fois. on s’écrie : Je crois au Saint-Esprit ! Il y a dans le Valais. d’étape en étape. un col de 3000 mètres environ. on a élevé une chenille. Je crois au Saint-Esprit. Je crois à la vie éternelle. involontairement on songe à une pierre roulée. le Cervini. qu’on a suivi son développement et qu’un matin de printemps on aperçoit une ouverture béante à l’extrémité du cocon. on s’aperçoit qu’il est au bénéfice d’une énergie vitale. de l’œuf à la métamorphose. et nous introduire dans la gloire. hnatecki. nous travaille. et l’on dit : Je crois à la résurrection des morts ! Quand on observe de près l’évolution d’un papillon. Et alors. var. dans l’univers. et qu’après l’avoir bien examiné. qui le balayent parfois avec violence. mais qui. entre deux chaînes de montagnes. Credo Je crois à la résurrection. exposé à tous les vents. dont il ne se rend pas compte. nous cherche. le conduit à la gloire. songeant à cette autre énergie qui. on constate qu’il est vraiment vide. de perfectionnement en perfectionnement. Lorsque. pour nous élever d’étape en étape. Et pourtant. . plus trace de vie apparente làhaut. Plus de végétation.

à un endroit si inhospitalier. et voir surtout. . OU L’É CAILLE DU C ERVIN Un certain matin d’été. Les grosses pierres qui recouvrent le sol sont des plaques schisteuses. elle y creuse des galeries qui lui permettent d’aller grignoter sur les bords de la plaque la fraîche petite végétation qui y croît encore.♦ 89 L E C ERVINI H OLOARCTIA . elle grandit. tandis que soufflent vents et tempêtes. très minces. Et. sous elles. pouvait exister une si frêle créature. J’en découvris un exemplaire que je conserve dans ma collection. qu’il neige et qu’il gèle. une douce chaleur. qui se chauffent rapidement au soleil et entretiennent ainsi. par moi-même. Je fus bien vite renseigné. se chrysalide. La chenille du Cervini vit et prospère sous cet abri naturel . et finit par se transformer en un petit bombyx tout à fait distingué. je me rendis à ce col désirant faire la connaissance de cette rareté. opère ses cinq mues. comment.

En redescendant les pentes de cette montagne.♦ 90 Je compris alors que ceux de mes semblables qui passent par les grandes bourrasques et dont les conditions d’existence sont particulièrement difficiles. parce qu’elles sont faites d’oppositions parfois formidables. peuvent devenir. et peut-être mieux que les autres. je me dis : Je crois à la vie éternelle ! . des créatures célestes d’une rare distinction. eux aussi.

♦ 91 L A M ARIÉE .

Voracité 7.Table des matières Couverture Notice 1. Eclosion 6. Le témoignage du papillon 3. Les mues de la chenille 1 1 4 9 14 18 25 28 32 . L’œuf du papillon 4. Prédestination 5. Pourquoi je m’occupe des papillons 2.

Mimétisme 13. Chenille lucifuge 14. Les ennemis du papillon 10.8. L’ange ou la bête ? 11. Contrastes 17. Semailles et moissons Credo 4ième de couverture 35 39 45 50 55 61 67 73 78 83 88 94 . Sommeil 9. Jusqu’à l’œuf 12. Métamorphose 15. Qui roulera la pierre du sépulcre ? 16.

au dard extrêmement dur. ne va sans entraîner de grandes pensées. qui aurait créé le monde. Comme le fait remarquer Alexandre Morel. pond ses œufs dans le corps d’un autre animal.Vers 1860. suffit alors pour que celui qui y songeait. les Grecs avaient fort à propos désigné d’un même mot l’âme et le papillon : Psyché. et notamment des chenilles. réfléchissait au mode de reproduction de l’ichneumon. qu’on lise à l’opposé ce qu’écrit Alexandre Morel sur la relation entre l’ichneumon et le papillon. renonce définitivement à croire en un Dieu tout-puissant et plein de bonté. et non à un papillon). Quelle que soit la conviction que chacun en retirera. et les applications spirituelles qu’il en tire à propos de l’âme humaine. Sans préjuger de la valeur de son travail subséquent. Lorsque les larves éclosent. il devra convenir que l’examen des papillons. un fils de pasteur qui avait fait de l’étude de la nature son occupation principale. Cette espèce de guêpe. Le spectacle de la lutte pour la vie dans toute sa cruauté. elles dévorent ensuite leur hôte de l’intérieur (une chrysalide qui a été ichneumonée donnera donc naissance à un ichneumon. ISBN-PDF 978-2-36260-089-0 . Ce jeune homme s’appelait Charles Darwin. pour frêles et éphémères que soient ces petites bêtes.

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