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Legendes Des Croisades c1852 JC de Plancey Legends of the Crusades

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JC de Plancey - Legendes Des Croisades, 1852

Legends of the Crusades
JC de Plancey - Legendes Des Croisades, 1852

Legends of the Crusades

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Que penser des Albigeois, lorsqu'on voit
le comte de Toulouse pousser la barbarie
jusqu'à faire étrangler son propre frère,
parce qu'il s'était reconcilié arec l'Église
catholique ?

Histoire de l'Église

gallicane,

t. X, liv. XXIX.

Nous devons ici nous retirer pour quelques mo-

ments de la Palestine. D'autres ennemis de la foi

font diversion dans cette Europe, si épuisée déjà par

la guerre sainte.

Si les hommes de cœur et les hommes vaillants

combattaient en Orient les ennemis de la foi, les

cœurs lâches lui faisaient dans l'Occident une guerre

sourde qui n'était pas moins funeste. Dès le temps de

la première croisade, des hommes dissolus, voyant

la plupart des seigneurs et des évêques absents, se

répandaient dans les campagnes et dans les villes,

et semaient d'effroyables erreurs. Anvers en fut in-

fecté par Tanchelm (1), que saint Norbert dévoila,

pendant que Pierre le Vénérable combattait les er-

reurs de Pierre de Bruys, qui abattait les églises et

brûlait les croix. Arnaud de Brescia, homme à peu

de chose près dans la même doctrine, fut condamné

en 1139 par le deuxième concile de Latran. L'er-

(1) Voyez la Légende de Tanchelm, dans les Légendes des Péchés

capitaux.

vœu de son mari. Elle mourut peu après à Saint-

Jean d'Acre.

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

227

mite ou moine Henri, aussi dissolu que Tanchelm,

fut, pour les désordres qu'il propageait, emprisonné

à Toulouse, où il mourut en 11 45. Pierre de Valdo

établissait en ce même temps sa secte des pauvres

de Lyon, plus connus sous le nom de Vaudois. De

toutes ces bandes insurgées se forma une confédéra-

tion énorme qui s'épanouit effrontément dans le midi

de la France; on les nomma les Albigeois, parce

qu'ils étaient nombreux surtout dans le diocèse

d'Alby. Mais ils étaient plus nombreux encore dans

les diocèses de Toulouse, de Carcassonne et de

Béziers. Ils se déchaînaient d'un accord unanime

contre le clergé, contre les cérémonies du culte ca-

tholique, contre les reliques et les images des saints,

contre les indulgences. Ils précédaient en cela

Luther.

Ils étaient manichéens modifiés, en ce sens qu'ils

reconnaissaient un Dieu suprême. Mais ils préten-

daient que, ce Dieu ayant produit Lucifer avec tous

les Anges, celui-ci s'était révolté pour se rendre in-

dépendant, et que, chassé du ciel, il avait créé le

monde visible et s'était fait l'auteur du mal; que,

pour le combattre, Dieu avait créé Jésus-Christ, au-

teur de l'ordre et de tout bien; que, ces deux prin-

cipes étant dans une guerre perpétuelle, la perfec-

tion consiste à résister au premier et à s'unir au

second. Mais comment comprenaient-ils cette union?

Ils niaient la résurrection de la chair; ils ensei-

gnaient que les âmes humaines ne sont que des dé-

mons enfermés dans des corps comme dans une pri-

son. Ils condamnaient le mariage, les sacrements,

45.

22S

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

les cérémonies clu culte, le sacrifice, le purgatoire,

comme suite de la création attribuée à Lucifer.

Ces tristes enseignements eurent tant de succès

dans le Midi, qu'on ne pouvait plus citer une ville du

Languedoc et de la Provence où ils n'eussent une

société secrète; et ces choses avaient lieu soixante

ans avant la croisade que nous allons exposer.

On essaya d'abord de les ramener par la parole

évangélique. Saint Bernard, venu dans le Langue-

doc pour arrêter le progrès de cette grande hérésie,

entra dans la capitale des Albigeois le 28 juin \ 147.

Une foule immense, poussée par le désir d'entendre

sa parole, encombra le lendemain la cathédrale, à

tel point qu'elle ne put contenir tous ceux qui

étaient venus. Le saint parla au peuple avec une vive

éloquence; il démasqua si clairement l'hérésie et lui

opposa si dignement la sainteté et la divinité de la

foi catholique, qu'il entraîna tous ses auditeurs; on

n'entendait que ce murmure : « C'est l'Esprit-Saint

qui nous parle ! »

Lorsqu'il vit ce mouvement, il s'écria : « Puisque

» vous détestez l'erreur, faites donc pénitence, vous

» tous qui étiez infectés de l'hérésie; soumettez-vous

» à l'Église et levez au Ciel la main droite, pour

» marque de votre retour. »

Les assistants, la main levée, furent unanimes

pour s'écrier qu'ils reconnaissaient la parole de

Dieu (4).

Mais ce triomphe local n'avait fait qu'un léger

échec à l'hérésie. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny,

(1) M. P. Roger, La noblesse de Fra?ice aux Croisades, p. 280.

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

229

écrivait en cette même année 1147 aux évêques

d'Embrun, de Die et de Gap : « On a vu, par un

» crime inouï chez les chrétiens, rebaptiser les peu-

«ples, profaner les églises, renverser les autels,

» brûler les croix, fouetter les prêtres, emprisonner

» les moines, les contraindre à prendre des femmes

» par les menaces et les tortures... »

Puis, s'adressant aux hérétiques eux-mêmes, il leur

dit : « Après avoir fait un grand bûcher de croix en-

» tassées, vous y avez mis le feu; vous y avez fait

>icuire de la viande, vous en avez mangé le ven-

» dredi saint, en poussant le peuple à en manger

» avec vous... »

Et qu'on n'accuse pas l'Église romaine de préci-

pitation dans ses justes sévérités. Pendant dix-huit

ans encore elle se contenta d'envoyer des pasteurs

à la recherche des brebis égarées. Enfin, en 1165,

un concile tenu à Lombers, bourg situé auprès

d'Alby, condamna formellenient l'hérésie albigeoise.

Le pape Alexandre III envoya des légats à Alby. Ils

trouvèrent les églises saccagées, l'évêque d'Alby

emprisonné, le comte de Toulouse, Raymond VI, et

la plupart des seigneurs du Midi protecteurs de l'hé-

résie. Elle leur permettait de s'emparer des biens de

l'Église et de vivre dans le scandale.

Tout le Midi, à la fin du siècle, était infecté d'a-

bominables doctrines qui ramenaient l'humanité à

l'.état sauvage; et les princes temporels laissaient

aller. Us ne s'émurent que devant les pillages par-

tout répétés, par des hommes qui voulaient, ce que

nous avons vu de nos jours, le socialisme, c'est-

230

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

à-dire tout en commun et les meilleures parts au

plus habile ou au plus fort.

Innocent III, élevé au saint-siége en 1198, com-

prit qu'une dissolution effroyable menaçait l'Europe

chrétienne; la plaie du midi de la France avait en-

vahi l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Suisse et les

Pays-Bas. Il envoya aussitôt des commissaires apo-

stoliques, investis de tous les pouvoirs spirituels.

C'étaient là les avant-coureurs pacifiques d'une véri-

table croisade, si les démolisseurs des églises, les

assommeurs de prêtres, les pillards incendiaires ne

se soumettaient pas.

Saint Dominique, l'un des envoyés du pape, com-

battait l'hérésie partout avec une éloquence entraî-

nante, que secondaient une vie sainte, une angéli-

que mansuétude et des miracles incontestés par ses

ennemis mêmes. Mais il était débordé, et ne pouvait

se faire entendre partout.

Pierre de Castelnau, envoyé comme lui, ne pou-

vant ramener à la foi le comte de Toulouse, qui était

l'appui des rebelles, l'excommunia. Quelques jours

après, le 15 janvier 1208, il fut assassiné par deux

inconnus à qui il dit en expirant : — Que Dieu vous

pardonne comme je vous pardonne; ce qu'il répéta

plusieurs fois.

C'est alors que le pape Innocent III publia la croi-

sade contre les Albigeois.

Il exhortait Philippe-Auguste à s'armer pour l'É-

glise. Philippe rassembla ses guerriers; il en donna

le commandement à son fils Louis, appelé aussi,

mais à plus juste titre, Cœur de Lion, à cause de sa

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

231

valeur et de sa foi inébranlable, époux de Blanche

de Castille et père de saint Louis. Un grand nombre

de seigneurs, presque tous ceux qui n'avaient pu

prendre part à la cinquième croisade générale, qui

nous occupera un peu plus loin, se croisèrent aus-

sitôt.

Nous ne nommerons, parmi les chefs qui marchè-

rent contre les Albigeois, que les plus éminents :

Eudes III, duc de Bourgogne; Robert, comte d'Alen-

çon; Enguerrand de Boves; le duc de Bretagne;

Gui, comte d'Auvergne; le comte de Châlons-sur-

Saône; le comte de Poitiers; Simon de Montfort; le

comte d'Auxerre; Enguerrand de Coucy; Gui de

Lévis; Bouchard de Montmorency; le comte de Fo-

rez; le vicomte de Melun; le vicomte de Château-

dun; le vicomte de Lautrec; Matthieu cle Montmo-

rency, le comte de Nevers; le sire de Dunois; le

seigneur de Croy; le comte de Bar; Guillaume,

comte de Ponthieu; le sire de Navailles; Roger de

Montaut; Arnaud de Comminges; Hugues de Ravi-

gnan; le comte de Saint-Pol; le vicomte de Turenne;

Raymond de Balaruc, et une foule d'autres, à la tête

de leurs vassaux.

Se croisèrent aussi : les archevêques d'Auch, de

Bordeaux, de Bourges, de Narbonne, de Reims, de

Rouen et de Sens, et les évêques d'Agde, d'Agen,

d'Alby, d'Arras, d'Autun, d'Auxerre, de Bazas, de

Beauvais, de Béziers, de Cahors, de Carcassonne,

de Chartres, de Clermont, de Comminges, de Lan-

gres, de Laon, de Limoges, de Lodève, de Nîmes,

de Noyon, d'Orléans, de Paris, du Puy, de Rieux,

232

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

de Rodez, de Saintes, de Senlis, de Toul, de Tou-

louse, de Tournay et d'Uzès.

Les intérêts de la foi animaient les cœurs fidèles.

Les domaines de Raymond, mis en interdit, exci-

taient les ambitieux.

On remarquait parmi les chevaliers croisés un

homme qui devait les conduire. C'était Simon de

Montfort. Il revenait de la Palestine, où il avait fait

vaillamment la guerre sainte. 11 avait porté jusqu'a-

lors la croix sur l'épaule, comme tous les chevaliers

voués à la défense du. saint Sépulcre; il la portera

désormais sur la poitrine, ainsi que le prescrivait la

présente croisade.

L'armée catholique avait fait ses premiers débuts

sous le commandement d'Arnaud, abbé de Cîteaux

et légat du pape. Les intérêts de l'Église ayant seuls

déterminé cette guerre, les seigneurs laïques mar-

chaient volontiers sous les ordres d'un ecclésiastique.

Leur premier exploit avait été la prise de Béziers,

le réceptacle principal des Albigeois.. Cette place

avait été enlevée d'assaut et livrée aux flammes

après un carnage horrible.

Des historiens ont dit que soixante mille habitants

avaient péri dans ce massacre. Mais jamais Béziers

n'a pu posséder la moitié de ce chiffre ('1).

(1) Les historiens hostiles à l'Église ont répété cette autre assertion
que , dans le sac de Béziers, les croisés ne sachant comment distinguer
les catholiques de ceux qui ne l'étaient pas, le légat du pape leur aurait
dit : Tuez-les tous; Dieu connaîtra ceux qui sont à lui. M. P. Roger,
dans son livre de La noblesse de France aux Croisades,

a voulu
rechercher sur quelle autorité s'appuyait ce récit. « Aucun historien de
la croisade n'a rapporté ces paroles. Nous citerons Guillaume de Puy-

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

233

Après la chute de Béziers, Carcassonne se rendit;

le vicomte de Béziers, Raymond-Roger, excommunié

comme le comte de Toulouse, fut pris et jeté en pri-

son, et ses domaines donnés à Simon de Montfort,

devenu le chef de la croisade.

La prise de Carcassonne fit trembler tous les Al-

bigeois. Le nombre des croisés augmentait en raison

de ces premiers succès. Montfort entreprit le siège de

Lavaur, où des masses d'hérétiques s'étaient réfu-

giés; on a remarqué que dans ce siège, comme dans

d'autres rencontres, les croisés priaient et chantaient

des hymnes en combattant. Mais lorsqu'ils étaient

vainqueurs, ils devenaient d'autant plus furieux

qu'ils avaient subi une plus longue résistance : c'est

ce qui arriva à Lavaur. Cette place fut emportée le

3 mai 1211, et presque toute la population fut mas-

laurens, Pierre de Vaux-Cernay surtout, dont le fanatique enthousiasme
ne se fût pas trouvé embarrassé de ce propos, quelque cruel qu'il soit.
Les Gestes glorieux des Français, traduits et publiés par M. Guizot,
n'en font pas mention. L'Histoire

dee Albigeois et des Yaudois ou
Barbets,
publiée en 1641, garde le même silence. Cette remarque
s'applique aussi à VHistoire de la guerre des Albigeois, en langue ro-
mane, imprimée dans les Preuves de l'histoire générale du

Languedoc,
et à la Guerre des Albigeois, écrite en vers provençaux et que M. Fauriel
a publiée. Par quelle singulière préoccupation l'auteur de ce dernier
ouvrage aurait-il pu omettre une circonstance aussi remarquable et qui
servait si bien son dessein, puisqu'il s'était particulièrement proposé de
dépeindre dans son récit les excès des croisés et les rigueurs de l'Église ?»
(La noblesse de France aux Croisades, p. 284.) Eh bien ! ces paroles
impitoyables, que M. Villemain appelait un jour « une horrible impiété
du fanatisme », ne se sont trouvées que dans les récits extraordinaires
d'un Allemand, Césaire d'Heisterbach, mort en 1240, moine trop pieux
et trop doucement bon pour les avoir seulement transcrites ; et on peut
reconnaître, si on le Ut, qu'elles ont été intercalées, par un ennemi de
l'Église, lorsqu'on a imprimé ses récits en Allemagne.

234

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

sacrée. Montfort trouva là de grandes richesses; il

les abandonna à un marchand de Cahors, nommé

Raymond de Salvagnac, qui lui avait fourni de fortes

sommes pour cette guerre.

Poursuivant ses succès, Montfort s'empara ensuite

de toutes les places fortifiées du pays Toulousain,

de l'Agenais et du diocèse de Comminges. Mais on

n'en avait pas fini avec Raymond de Toulouse : le pape

lui avait permis de se justifier dans un concile, qui se

réunit pour cela en 1213. Son obstination ayant

rendu tout accommodement impossible, on dut tenter

le sort des armes. L'armée de Raymond, secondée

par celle de Pierre, roi d'Aragon, son ami dévoué, et

par les troupes du comte de Foix et du comte de

Comminges, alla investir Muret. Simon de Montfort

se porta aussitôt contre les assaillants, une bataille

se livra; Pierre d'Aragon y fut tué, et l'armée de la

croisade victorieuse.

Raymond de Toulouse s'échappa; il disparut de la

contrée : il se rendait secrètement à Rome, où il vou-

lait faire sa paix avec le chef de l'Église. Le légat du

saint-siége, ne sachant ce qu'il était devenu, donna

les domaines du fugitif à Simon de Montfort; mais

sur l'avis du pape Innocent III, le concile de La-

tran (1 ) restreignit ce don au seul domaine de Tou-

louse, et encore n'était-il que provisoire; car si

Raymond demeurait, malgré ses protestations hy-

pocrites, dans l'hérésie albigeoise, le pape voulait

que son fils, qui était tout jeune et dont les disposi-

(1) Douzième œcuménique. Année 1215.

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS.

235

(1) Vie de saint

Dominique.

tions semblaient promettre un fidèle chrétien , héri-

tât des domaines paternels.

Mais le concile avait marqué en même temps la fin

de la croisade ; Montfort se trouva désormais moins

bien servi. Il ne put prendre Toulouse, malgré un

long siège qui dura jusqu'en 4 218.

Le 25 juin de cette année, le comte de Montfort,

suivant sa coutume, assistait à la messe. On vint lui

dire en toute hâte que les assiégés faisaient une sortie

avec de grandes forces et que son armée chancelait.

— Je ne sortirai pourtant pas, répondit-il, que je

n'aie vu le corps de mon Sauveur. Et aussitôt que le

prêtre eut fait l'élévation, il se leva en disant : — Al-

lons à la mort pour Celui qui est mort pour nous.

Il se précipita dans la mêlée, et il combattait vail-

lamment à la tête de ses soldats, lorsqu'un fragment

de roc, lancé par une machine, l'atteignit; il expira

aussitôt.

Ainsi périt Simon, comte de Montfort, le guerrier

le plus accompli de cette époque, et l'homme histo-

rique le plus diversement jugé, parce que les catho-

liques accueillent avec une naïveté souvent impru-

dente les calomnies qui se présentent hardiment

contre eux et les leurs. « On ne pouvait voir, dit le

père Lacordaire (1), un plus hardi capitaine, ni un

plus religieux chevalier que le comte de Montfort; et

s'il eût joint aux qualités éminentes qui resplendis-

saient dans sa personne un meilleur fonds de désinté-

ressement et de douceur, nul des croisés d'Orient

236

CINQUIÈME GRANDE CROISADE.

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