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Alberto Pimenta

heideggeriana n.º1
Texte paru dans la revue Colóquio & Letras (éditée par la Fondation Calouste Gulbenkian). n.°75, septembre 1983, p. 71-72, puis dans Obra Quase Incompleta, Lisboa, éd. Fenda, 1990.

- Traduit du portugais par Pierre Delgado.

à Carmen M. Radulet

Il fut un temps où seul existait tout-ce-qui-est. c'est-à-dire, tout-ce-qui-est occupait seul l'espace-qu'il-y-a. tout-ce-qui-est occupait l'espace-qu'il-y-a et tout-ce-qui-n'estpas occupait l'espace-qu'il-n'y-a-pas. mais un jour, tout-ce-qui-n'est-pas se plaignit de ce que sa renommée d'être ce qu'il était (ou plutôt, ce qu'il n'était pas) venait du seul fait d'occuper l'espace-qu'il-n'y-a-pas, de même que la renommée de tout-cequi-est venait exclusivement du fait que ce dernier occupait l'espace-qu'il-y-a, raison pour laquelle, disait tout-ce-qui-n'est-pas, si lui, tout-ce-qui-n'est-pas, venait à occuper l'espace-qu'il-y-a, il cesserait automatiquement d'être tout-ce-qui-n'estpas pour devenir tout-ce-qui-est, et de la même manière tout-ce-qui-est, s'il venait à occuper l'espace-qu'il-n'y-a-pas, cesserait d'être tout-ce-qui-est pour devenir toutce-qui-n'est-pas. à ceci tout-ce-qui-est répondit que le raisonnement que tenait tout-ce-qui-n'est-pas était comme d'habitude vicié, puisque l'espace-qu'il-y-a est l'espace-qu'il-y-a grâce au fait d'être occupé par tout-ce-qui-est, et l'espace-qu'il-n'y-a-pas est l'espace-qu'iln'y-a-pas dû au fait d'être occupé par tout-ce-qui-n'est-pas; de cette façon, si toutce-qui-n'est-pas venait à occuper l'espace occupé par tout-ce-qui-est, cet espace deviendrait aussitôt l'espace-qu'il-n'y-a-pas, de même que l'espace-qu'il-n'y-a-pas, s'il était occupé par tout-ce-qui-est, deviendrait l'espace-qu'il-y-a, raison pour laquelle il serait inutile d'échanger les espaces respectifs. face à cela, tout-ce-qui-n'est-pas pris quelques temps de réflexion, après quoi il se présenta à nouveau devant tout-ce-qui-est, cette fois argumentant ainsi : partageons en deux l'espace-qu'il-y-a, de telle sorte que je puisse m'installer dans la moitié de l'espace-qu'il-y-a et toi dans l'autre moitié ! tout-ce-qui-est répondit, premièrement, qu'il avait besoin de tout-l'espace-qu'il-y-a et par conséquent il ne pouvait en céder la moitié et, deuxièmement, si tout-ce-qui-n'est-pas s'installait dans la moitié de l'espace-qu'il-y-a, ce dernier passerait automatiquement dans l'espace-qu'il-n'y-a-pas et réduirait d'autant l'espace-qu'il-y-a.

ou bien encore : il y a tout ce qui est et tout ce qui n'est pas. par exemple : il y a 200 passagers qui attendent un autobus depuis une heure. dit le docteur. et c'est ainsi qu'ils gagnent leur vie tandis que d'autres la perdent. alors je me suis tu. toi tu agrandis ton espace jusqu'à l'espace-qu'il-n'y-a-pas. encore mieux : il y a l'autobus mais il n'est pas (parce qu'il vient déjà plein et ne s'arrête pas).alors tout-ce-qui-n'est-pas pris encore quelques temps de réflexion et revint ensuite en présence de tout-ce-qui-est. et ainsi nous mélangerons nos espaces et n’en ferons qu’un seul espace. et tout-ce-qui-est commença aussi par construire dans l'espace-qu'il-n'y-a-pas : il construisit ce qui est mais qu'il n'y a pas. ou. par principe. dans ce qu'il n'y a pas. et en même temps il n'y a ni ce qui est ni ce qui n'est pas. et peut-être que la solution est d'y aller à pied. Il y a 200 passagers (qui ne sont pas passagers) parce qu'il n'y a pas d'autobus. cet exemple est un tant soit peu simplet et je ne sais s'il convaincra les docteurs. et cette fois-ci tout-ce-qui-est accepta. et ainsi firent-ils. finit également par se manifester aussi bien tout-ce-qui-n'est-pas que tout-ce-qui-est. le contraire non plus n'existe pas. moi. et tu me laisses agrandir mon espace jusqu'à l'espace-qu'il-y-a. ai-je demandé. et tout-ce-qui-n'est-pas commença par construire dans l'espace-qu'il-y-a : il construisit ce qu'il y a mais qui n'est pas. c'est peut-être ce qu'on appelle la loi des compensations. elles sont très difficiles pour les docteurs1. et vice-versa. je dirai que ce qu'il y a est ou n'est pas. quel contraire ?!. tout-ce-qui-est finit par se manifester dans ce qu'il n'y a pas et dans ce qu'il y a. ou alors les unes sont parce que les autres ne sont pas. je ne parle qu'avec des docteurs dialecticiens. ainsi. ça c'est une chose qui n'existe pas. mais où a-t-on jamais vu un exemple qui ait convaincu un docteur ? un jour j'ai dit à un docteur : il était une fois un docteur qui avait un chien qui s'appelait pasteur. et il y en a certaines parce qu'il n'y en a pas d'autres. qui aime simplifier les choses. disant cette fois-ci : agrandissons donc notre espace respectif. tout-ce-qui-est commença par occuper l'espace-qu'il-y-a et l'espacequ'il-n'y-a-pas et tout-ce-qui-n'est-pas s'installa dans l'espace-qu'il-n'y-a-pas ainsi que dans l'espace-qu'il-y-a. en d'autres termes : dans ce qu'il y a finirent par se manifester aussi bien tout-ce-qui-est que tout-ce-qui-n'est-pas et. les choses sont liées les unes aux autres. dit le docteur. et ce qui est ou bien il y en a ou bien il n'y en a pas. c'est pour cela qu'il y a des docteurs qui ne comprennent pas qu'il y ait de la justice mais qui n'en est pas. Il y a ce qui n'est pas et il n'y a pas ce qui est. ce qui arrive toujours avec ces choses c'est que. 1 Dans le sens titulaire d'un doctorat (NdT) . bien qu'elles soient faciles pour marie etelvine. il y a une heure parce qu'il n'y a pas d'autobus. et le contraire.

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