You are on page 1of 132
L’Argumentation Positions théoriques en confrontation eneasa mr UML SINyAlulx] TAR PPLIAINIT]I IN] O @8 8 @2B 8 B eB w@ f @ fi os ci eee N ett eee TT Cl ed Cet ouvrage a bénéficié du soutien du Laboratoire Communication et Politique (CNRS), de I’Equipe d’ accueil Syst&mes linguistiques, €nonciation et discursivité (université Paris 3) et du Conseil scientifique de l’université Paris 3 — Sorbonne nouvelle. © Presses Sorbonne Nouvelle, 2004 Droits de reproduction réservés pour tous pays 4 Jean-Blaise Grize Pest condition suffisante pour Qet Qest condition nécessaire pour P. Et peu importe ce que signifient P et Q. Il suffit qu’un nombre soit multiple de 6 pour qu’il soit pair mais il peut trés bien I’étre sans cela; il faut qu’un nombre soit pair pour étre multiple de 6, mais cela ne suffit pas. De méme si vis pacem para bellum, et on ne sait que trop que, méme si |’antécédent est faux, l’implication demeure. Enfin une démonstration est une suite ordonnée de déductions qui se présentent sous forme de propositions dont chacune implique la suivante. Je ferai deux remarques: d’une part il s’agit de propositions et pas d’énoncés (on ne voit jamais figurer dans une démonstration des expressions comme « sans doute » ou « je pense » par exemple); d’autre part, aucune proposition n’apporte une information qui n’est pas contenue dans les précédentes. Une démonstration n’agit que sur le statut des propositions, elle les fait passer de la contin- gence ala nécessité. C’est ce que marquait bien la fagon scolaire de les présenter: P. En effet... Donc P. On part de P et on arrive a P. Mais une démonstration n’est pas une preuve, on démontre une proposition mais on prouve quelque chose @ quelqu’un et cela va tout changer, dans la mesure oi il devient indispensable d’en appeler a ce quelqu’un. Cela se fera a l’aide d’un discours. Certes, l’activité de celui qui devient maintenant un interlocuteur est orientée par l’énonciateur. [| n’en demeure pas moins que son activité propre est nécessaire au discours et qu’elle est rendue possible par l’usage de notions en lieu et place de celui de concepts. Une notion se carac- térise, comme je l’ai dit, par ceci qu’elle reste liée aux référents que désignent les signes-mots de sorte que, comme le disait Charles S. Peirce pour une fois en frangais, il faut « concevoir d’une fagon nouvelle le raisonnement comme une opération qui [doit] se faire les yeux ouverts en maniant des objets réels » (op. cit., p. 270). Je parlerai quant a moi d’inférence et non plus de déduction. II s’ensuit