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UNIVERSITATEA SPIRU HARET

FACULTATEA DE LIMBI ŞI LITERATURI STRĂINE

Prof. univ. dr. ION MURĂREŢ

STYLISTIQUE II
PROBLÈMES THÉORIQUES DE LA STYLISTIQUE

EDITURA FUNDAŢIEI ROMÂNIA DE MÂINE Bucureşti, 2002

© Editura Fundaţiei România de Mâine, 2002 ISBN 973-582-474-4

TABLE DES MATIÈRES

STYLISTIQUE ET RHÉTORIQUE ………………………………………………... STYLISTIQUE ……………………………………………………………………… LA STYLISTIQUE EXPRESSIVE …………………………………………………. Charles Bally ……………………………………………………………….….. Remarques sur les théories stylistiques de Charles Bally ………………. La stylistique comparée ou externe ………………….………………….. Jules Marouzeau ………………………………………………………………. Marcel Cressot ………………………………………………………………… LA STYLISTIQUE GÉNÉTIQUE ………………………………………………….. Leo Spitzer ……………………………………………………………………... LES ÉCOLES DE LINGUISTIQUE D’OÙ SONT ISSUS LE STRUCTURALISME ET LA STYLISTIQUE STRUCTURALE ……………... L’École de Prague ……………………………………………………………... L’École de Copenhague ……………………………………………………….. Le distributionnalisme ………………………………………………………... Le générativisme ………………………………………………………………. LE FONCTIONNALISME ET LA STYLISTIQUE FONCTIONNELLE …………. La communication …………………………………………………………….. Formes et fonctions ……………………………………………………………. Les embrayeurs ………………………………………………………….. Le style direct, le style indirect et le style indirect libre ………………… La métaphore et la métonymie …………………………………………... Bernard Dupriez ………………………………………………………………. LA STYLISTIQUE STRUCTURALE ……………………………………………… Pierre Barucco ………………………………………………………………… Lubomir Dolezel ………………………………………………………………. S.K. Levin ……………………………………………………………………… Michael Riffaterre …………………………………………………………….. Georges Molinié ……………………………………………………………….. Problèmes concernant le style et la stylistique (le colloque Qu’est-ce que le style?); Paris, Presses Universitaires de France, 1994) ……………………….... Jean Molino (Université de Lausanne) ………………………………………… Dominique Combe (Université d’Avignon) …………………………………... Jean-Michel Adam (Université de Lausanne) ………………………………… Pierre Larthomas (Université Paris IV - Sorbonne) …………………………... Georges Mounin et les problèmes de la stylistique ………………………….. Bibliographie ………………………………………………………………………..

5 5 6 6 16 17 18 21 26 26 32 32 34 36 38 39 39 42 42 43 47 48 50 50 52 54 55 59 61 61 66 67 70 72 75 3

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des œuvres littéraires composées selon certaines règles en vue de persuader les auditeurs (ou les lecteurs d’une œuvre littéraire) de la justesse d’une cause. la continuation sur d’autres bases de la troisième partie de la rhétorique. mettre en ordre ce qu’on a trouvé). des expressions spécifiques de la langue française. Quelque sujet qu’il traite l’orateur (et aussi l’écrivain) a nécessairement trois opérations à faire: 1. Taxis).STYLISTIQUE ET RHÉTORIQUE La stylistique est. car elle enseigne la démarche rationnelle que doit suivre l’esprit pour atteindre la vérité ou la démontrer quand il l’a trouvée. Elocutio. dans chaque cas. Lexis)1. C’est l’Invention (lat. C’est la Disposition (lat. peut être propre à persuader”. 3. Au XIXe siècle.. les pensées de l’auditoire. des figures de stylistique. etc. La troisième est de les bien exprimer (ornare verbis. Inventio. STYLISTIQUE Le terme de stylistique est attesté en français en 1872. ce terme employé au pluriel désigne des méthodes élaborées en vue de compléter les connaissances de grammaire des apprenants au moyen de l’étude des gallicismes. employé pour la première fois à la fin du XVIIIe siècle par Novalis dans Stylistik oder Rhetorik (Stylistique ou Rhétorique). 5 1 . C’est l’Élocution (lat. l’Élocution et les figures de style. Dispositio. trouver quoi dire). 2. en quelque sorte. Il remonte au mot allemand Stylistik. La seconde est de les mettre dans un ordre convenable (inventa disponere. Ion Murăreţ et Maria Murăreţ. À cette époque-là. La rhétorique est un art dans le sens qu’elle produit des discours. Stylistique. Editura Fundaţiei România de Mâine. gr. ajouter l’ornement des figures). La première est de trouver les choses qu’il doit dire (invenire quid dicas. Il souligne que cette discipline „semble être la faculté de découvrir spéculativement sur toute donnée. „la rhétorique est la faculté de découvrir spéculativement ce qui. gr. Euresis). 1999. I. la stylistique s’occupe surtout de l’étude v. p. le persuasif ”. gr. Dire quelque chose provoque souvent certains effets sur les sentiments. elle est une méthode. Suivant Aristote (Rhétorique. 76). l’Élocution. La rhétorique possède un champ d’observation autonome concernant les effets de langage et surtout les actes perlocutoires qui consistent dans l’obtention de certains effets par la parole.

d’une part une stylistique de l’expression. L’une est descriptive. l’autre este génétique” (P. Charles Bally. Pierre Guiraud souligne qu’au début du XXe siècle „naissent deux disciplines qui sous le nom de stylistique. dans sa chaire de linguistique générale à l’Université de Genève. étude des rapports de la forme avec la pensée et correspondant à l’élocution des Anciens. 6 2 . D’autre part. Paris. 3 Charles Bally. 1972. PUF. Guiraud.... Disciple de Ferdinand de Saussure. . les procédés généraux employés par elle pour rendre par la parole les phénomènes du monde extérieur aussi bien que les idées. constituent deux études distinctes. p. des constructions propres à la langue française). La stylistique descriptive étudie les structures et leur fonctionnement à l’intérieur du système de la langue. Précis de stylistique. cit. une stylistique de l’individu. 7. elle cherche à déterminer les lois et les tendances que suit cette langue pour arriver à l’expression de la pensée sous toutes ses formes. Eggimann. des locutions. Charles Bally essaya d’étudier toutes les ressources expressives du français au point de vue synchronique. cette espèce de stylistique est une stylistique des effets et relève surtout de la sémantique. Il inventoria tous les moyens dont disposait le français pour exprimer l’affectivité du locuteur. La stylistique. 36). Celui qui a jeté les bases de la stylistique descriptive ou de la stylistique de l’expression a été Charles Bally. Elle recherche enfin une méthode propre à faire découvrir ces moyens d’expression. Esquisse d’une méthode fondée sur l’étude du français moderne. Genève. 1905.. la même idée. op. p. LA STYLISTIQUE EXPRESSIVE Charles Bally (1865-1947) Charles Bally a été le fondateur de la stylistique linguistique. étudie les moyens d’expression dont dispose une langue. dit-il. il lui succéda en 1913.de la phraséologie (= ensemble des expressions. étude des rapports de l’expression avec l’individu ou la collectivité. Elle observe les rapports qui existent dans une langue donnée entre les choses à exprimer et leur expression.. à les classer et à en montrer le juste emploi”3. 185. p. les sentiments de notre vie intérieure.. en fait une critique du style. Il donna une première définition de la stylistique dans le Précis de stylistique2: „La stylistique. La stylistique descriptive est l’étude des valeurs expressives qui sont liées à l’existence de variantes stylistiques. Il consacra une partie de ses études à la langue parlée et tout spécialement lorsque celle-ci était soumise aux tensions émotionnelles.. à les définir. c’est-à-dire de différentes formes pour exprimer un même contenu sémantique.

8.6 À l’instar de Ferdinand de Saussure qui avait divisé la linguistique en linguistique interne et linguistique externe. 87-126) il avait distingué la stylistique interne. des circonstances où ils ont leur emploi convenable. ou bien comparer entre eux les principaux types expressifs de la même langue. „elle doit constamment s’occuper de ces disciplines pour les empêcher d’envahir son domaine propre”. On y remarque que Bally a accordé une très grande attention à la fonction émotive ou expressive du langage. 5 Ibidem. ni avec l’histoire de la langue. les caractères distinctifs d’un idiome”. dans le Précis de stylistique il fournit un premier exemple de fait stylistique afin d’illustrer les fins que cette discipline se propose: „Dans le vers de Racine: „Moi. une seule chose intéressera la stylistique: la nuance d’expression inhérente à ce tour de syntaxe. I. de la sémantique. Payot. 128. 6 Charles Bally. en tenant compte des milieux auxquels ils appartiennent. en outre „elle ne se confond ni avec l’art d’écrire. 105. Paris. cependant. Traité de stylistique française. des effets qu’ils produisent sur la sensibilité des sujets parlants et entendants”. „qui étudie la langue comme système de faits expressifs et de réactions impressives.5 Selon Charles Bally la stylistique doit être placée à côté de la grammaire. Klincksieck. elle reconnaît une valeur expressive à ces faits grammaticaux et les étudie d’un tout autre point de vue que le grammairien”. p. Traité de stylistique. Le Langage et la Vie. ni avec la littérature. et enfin et surtout.7 Bally accorde une importance toute particulière à la stylistique interne: „La stylistique interne cherche à fixer les rapports qui s’établissent entre la parole et la pensée chez le sujet parlant ou entendant: elle étudie la langue dans ses Charles Bally. 1909. p. il formula une définition plus brève de la stylistique par rapport à celle formulée dans le Précis. 7 Charles Bally. Charles Bally divisa la stylistique en stylistique interne et stylistique externe ou comparative: „Ainsi il y a deux manières très différentes de dégager les caractères expressifs d’une langue: on peut ou bien comparer ses moyens d’expression avec ceux d’une autre langue. Dans l’article „Stylistique et linguistique générale” (în Archiv für das Studium der neuren Sprachen und Literaturen. de la stylistique externe „qui dégage. dit-il. au mode du verbe. En 1905. p.Dans le Traité de stylistique française. observant que la surprise et l’indignation qui se dégagent de ce vers ne sont pas dans les mots. vol. t. À son avis. 16. Heidelberg. dans l’ellipse. à la nature de l’ellipse que suppose la conjonction que. 7 4 . mais dans la forme de la phrase. que j’ose opprimer et noircir l’innocence?” le grammairien s’attachera. I. 1912. de la lexicologie. p. par des procédés essentiellement intellectuels. 1926. la stylistique est une discipline linguistique qui étudie „les faits d’expression du langage organisé au point de vue de leur contenu affectif c’est-à-dire l’expression des faits de la sensibilité par le langage et l’action des faits de langage sur la sensibilité”4. Winter et Paris. dans le tour interrogatif. à la forme de la phrase. des intentions qui les font choisir dans chaque cas. p. IX-X. tels qu’ils se montrent à la réflexion intérieure ou introspection”.

qu’un état de langage peut être envisagé en lui-même et pour lui-même (abstraction faite du passé). cit. vol. p. l’existence d’un état de langue est une abstraction. 9 8 8 . p. en réalité. p... c’est-à-dire que la pensée qu’elle y trouve exprimée est presque toujours affectée de quelque manière”. Traité de stylistique. À moins d’être un érudit. celle-ci „n’est que la logique appliquée au langage”. cet état est une réalité. Il avertit cependant ses lecteurs qu’ils ne doivent pas croire que la stylistique se limite seulement à l’observation de la langue de tous les jours. parce que. 12 Charles Bally. À son avis. 110. 113. cit. 13 Ibidem.. 1-18): „La grande innovation consistera à reconnaître qu’il y a. car l’évolution est ininterrompue. elle a des vues plus générales: „Elle embrasse tous les phénomènes linguistiques. p. Traité de stylistique. supra. depuis les sons jusqu’aux combinaisons syntaxiques les plus complexes”. en dehors de l’histoire.12 Il souligne cependant qu’il faut se garder de séparer les éléments intellectuels des éléments affectifs et d’accorder la priorité absolue aux premiers: „Une étude du langage qui n’est guidée que par la logique demeure une étude incomplète: tout un domaine de l’expression linguistique reste inaccessible par les procédés purement intellectuels qui ont résumé jusqu’ici toute la science du langage”. Théoriquement.11 Charles Bally précise qu’il y a dans la langue des éléments affectifs et des éléments intellectuels. 1911. Il entend par ces derniers les éléments qui sont étudiés par la grammaire. I.. éd.9 L’objet de la stylistique est constitué par l’étude d’un état de langue faisant partie du domaine de la stylistique synchronique: „Le sujet qui parle spontanément sa langue maternelle a tout le temps la conscience d’un état.8 Bally précise que l’une des tâches importantes de la stylistique interne est de découvrir „les germes du style” qui se trouvent cachés dans langue parlée dans les formes courantes du langage. 156. 3. p. p.13 Ibidem. cit. une science théorique de l’expression qui étudie les formes linguistiques des faits de sensibilité. Cette double étude viendra se placer à côté de la linguistique historique. Ibidem. nullement d’une évolution ni d’une perspective dans le temps. mais pour l’éclairer et lui fournir de nouveaux éléments d’information”. mais pratiquement. I. justifiée par la lenteur de l’évolution et par l’instinct des sujets parlants”. 19. 10 Charles Bally. 11 Art. „tous les faits linguistiques quels qu’ils soient peuvent manifester quelque parcelle de la vie de l’esprit et quelque mouvement de la sensibilité”. dit-il. et en second lieu.rapports avec la vie réelle. 21. il vit dans l’illusion que la langue qu’il parle a toujours existé telle qu’il la parle. non pour la supplanter.10 Cette idée de l’étude synchronique des phénomènes stylistiques est reprise dans l’article intitulé „L’étude systématique des moyens d’expression” (in Die neuren Sprachen. éd. p. vol. 155.

dit-il que le langage affectif existât indépendamment du langage intellectuel. la langue écrite ne peut pas faire voir les véritables caractères d’une langue vivante. que la langue écrite doive rester en dehors de l’étude stylistique.17 Suivant Bally.Selon Charles Bally. tandis que l’étude du style concerne les particularités individuelles reflétées dans la parole. 17 Ibidem. Cependant. il affirme que la stylistique s’intéresse dans une même mesure aux éléments intellectuels et aux éléments affectifs du langage: „Je n’ai jamais prétendu. 18 Ibidem. 114. art. attendu que l’œuvre littéraire ne représente qu’une „parole” individuelle: „On s’étonnera de voir négliger ici l’aspect esthétique du sujet. il y a une relation étroite entre les éléments intellectuels et les éléments affectifs du langage. elle y joue même un rôle fort utile dès qu’elle est étudiée en fonction de la langue parlée”. p. Le Langage et la Vie.. elle les étudie tous deux dans leurs rapports réciproques et examine dans quelle proportion ils s’allient pour composer tel ou tel type d’expression”. p. p. et cela sous sa forme la plus spontanée qui est la langue parlée”. 131. et l’on nous pardonnera de prendre nos exemples dans les parties les plus diverses du trésor expressif”3).15 Bally explique cette préférence pour la langue parlée par le fait que chaque locuteur porte en soi „dans la langue qu’il emploie à tout instant et qui exprime ses pensées les plus intimes. éd. car par son essence même elle est en dehors des conditions de la vie réelle. il est conscient du fait que la langue écrite est à l’origine de la culture humaine et qu’ elle est la gardienne de l’héritage culturel de l’humanité. les éléments de l’information la plus fructueuse”.16 Dans le domaine de la langue parlée. dit-il. la stylistique ne peut pas manifester un trop grand intérêt pour le côté esthétique du message. le côté style. 132. p. Selon Charles Bally. Il précise que chaque locuteur possède une capacité qui lui est propre de se servir de la langue maternelle. dans certaines circonstances le sujet parlant fait subir à la langue des déviations (des écarts) portant sur la 14 15 Charles Bally. 132. poésie. Ibidem. 16 Ibidem. on doit examiner d’abord les expressions figurées: „Quiconque veut connaître la manière dont un peuple voit la vie doit écarter la langue écrite et étudier les images les plus banales du langage courant”. p.14 L’un des principes directeurs empruntés par Charles Bally aux théories de Ferdinand de Saussure a été celui de la primauté du code oral sur le code écrit („la précellence du parler sur l’écrit”) : „La stylistique ne saura mieux commencer que par la langue maternelle. 9 . et que la stylistique étudiât le premier à l’exclusion du second. 154.18 Bally souligne que la stylistique étudie les éléments communs de la langue d’un groupe social. „Il ne s’ensuit pas. cit.

les tendances se manifestent dans certaines conditions spatio-temporelles. cit. 22 Ibidem. p. Ces déviations qui sont intervenues dans l’idiolecte19 doivent être examinées attentivement car elles peuvent engendrer avec le temps des modifications dans la structure de la langue du groupe. 10 . on ne peut mesurer d’une manière scientifique les déviations de la norme faites par un écrivain car celui-ci fait de la langue un emploi volontaire et conscient (bien que les anciens ouvrages de poétique parlent de l’importance de l’inspiration dans la création littéraire): „Dans la création artistique la plus spontanée en apparence. p.. selon ce linguiste le langage exprime des idées. Traité de stylistique.21 Il y a donc une opposition entre l’intention non esthétique du locuteur qui parle librement la langue maternelle et l’écrivain qui s’efforce de créer une œuvre où les qualités esthétiques soient prédominantes: „L’intention esthétique.23 La stylistique de Bally a des implications pragmatiques. mais il véhicule aussi des sentiments. les innovations individuelles dans la langue parlée peuvent être adoptées par la collectivité. éd. etc. p. dès qu’il (= le langage) se met volontairement au service de l’expression du beau. il cesse d’être le sujet de la stylistique. dans le cadre d’une deixis. en employant des moyens expressifs que l’allocutaire est capable de comprendre. l’écrivain emploie la langue dans une intention esthétique: „Il (= l’écrivain) veut faire de la beauté avec les mots comme le peintre en fait avec les couleurs et le musicien avec les sons”. Charles Bally. 21 Ibidem. quoi qu’on en dise. les désirs. l’ordre des mots. Le langage est un phénomène social et le locuteur dévoile ce qu’il sent et ce qu’il pense dans une certaine situation. la morpho-syntaxe..... le lexique. Bally souligne que l’analyse du style d’un écrivain est tout à fait différente de celle de la langue parlée par un locuteur. il appartient à la littérature et à l’art d’écrire”. En revanche. I.prononciation.22 Bally pense que l’étude du style d’un écrivain ne relève pas de la stylistique mais de la critique.20 En outre. si les circonstances sont favorables. mais sa fonction naturelle et constante n’est pas d’exprimer la beauté.”. Bally souligne que les éléments intellectuels et les éléments affectifs d’ordre pragmatique coexistent dans le langage où ils sont inséparables. 181. il y a toujours un acte volontaire. 23 Ibidem. il fait ressortir le côté affectif de l’être humain. de l’art de juger les œuvres littéraires: „Le langage spontané est toujours en puissance de beauté. lorsqu’on étudie la langue d’un sujet parlant on peut mesurer les écarts de son expression individuelle par rapport à la norme. 19. cependant les impulsions. Comme nous l’avons déjà montré. 16. qui est presque toujours celle de l’artiste n’est presque jamais celle du sujet qui parle spontanément sa langue maternelle”. Bally fournit l’exemple suivant en vue d’appuyer ses assertions: 19 20 On entend par idiolecte l’ensemble des usages d’une langue propre à un sujet parlant.

on fait peur. elles servent à réaliser les intentions du sujet parlant. Imaginez maintenant une proportion toujours plus grande d’émotion dans le fait de pensée et vous obtiendrez une gradation parallèle dans l’expression: „Tiens! Vous êtes ici?” „Comment ! vous ici?” – „Vous !”. Par ces espèces d’actes. L’acte perlocutoire consiste dans l’obtention de certains effets par la parole. jusqu’à ce qu’enfin l’émotion. ne trouvant plus d’expression adéquate. 27 Ibidem. la surprise causée par cette rencontre pourraient être énoncées sous forme de jugement. on flatte. en parlant des types expressifs qui servent à rendre les mouvements de la pensée et des sentiments des sujets parlants. au lieu de voguer par ses propres moyens. dans les mots s’extériorise dans une exclamation pure. Il arrive même que dans certaines circonstances. au lieu de communiquer entièrement la pensée. Encore faut-il. influe sur celle-ci au fur et à mesure qu’elle se produit. la réalité extralinguistique dans laquelle baigne le discours. ce qu’il se propose en parlant c’est de modifier en quelque manière la pensée. 144. cit.. etc. se limite à attirer l’attention sur tel ou tel aspect de la situation: „La parole est alors. 24 25 Ibidem. les pensée de l’auditoire. 7. p. rencontrant une autre personne à un endroit où sa présence n’était pas attendue. L’orateur peut aussi parler dans le dessein de susciter ces effets dans l’âme et dans l’esprit de ses auditeurs. l’expression de ce jugement serait à peu près celle-ci: „Je suis étonné de vous rencontrer ici”. 26 Ibidem. on persuade. Le Langage et la Vie. telle que: „Oh !”. Or. la langue. les coordonnées spatio-temporelles jouent un rôle important dans le déclenchement d’une émotion esthétique: „Une forte émotion esthétique. éd. dit Bally.„Supposons..26 Bally est un précurseur des théoriciens qui étudieront les actes de langage. p. Dire quelque chose provoque souvent certains effets sur les sentiments.27 Charles Bally a jeté aussi les bases de la théorie des actes perlocutoires. elles ont un caractère pragmatique. la sensibilité.. p. Charles Bally. le vent (dans l’espèce: la situation) pour se porter tantôt d’un côté. le contexte dans lequel a lieu l’énonciation permet le plus souvent de sous-entendre la plus grande partie de ce qu’on veut faire comprendre.24 Bally montre que la situation. 146 11 . exprime son étonnement de cette rencontre: la perception de la personne. tantôt d’un autre”. que l’intonation soit assez inexpressive pour ne révéler aucune trace d’ élément affectif ou émotif. peut s’exprimer par des mots sans chaleur. il suffit que l’objet de notre admiration soit présent: „Cette église est très belle” est un tour parfaitement neutre: mais prononcée devant la Cathédrale de Chartres cette phrase peut rendre et communiquer une forte vibration émotive”. pour que cette forme de pensée soit exclusivement intellectuelle. dit-il. la volonté du sujet entendant”. que quelqu’un. s’adapte à une force extérieure. dit Bally. comme un bateau à voiles qui. il souligne que „les expressions employées sont des moyens d’action.25 Bally observe que la situation dans laquelle a lieu l’énonciation.

éd. 58) où il souligne que „la valeur expressive d’une tournure est expliquée par son intonation”. est le commentaire perpétuel de la parole et. qui a fait de la phrase «Sauve qui peut !» un tout indécomposable. Ainsi tous les aspects qui caractérisent le sujet parlant dans son origine sociale. Bally a accordé une attention toute particulière à l’accent affectif qui se marque par un renforcement de la première syllabe d’un mot commençant par une consonne. p. il faut procéder d’abord à la délimitation des faits La phonostylistique est une partie de la phonologie qui étudie les éléments phoniques ayant dans le langage humain une fonction expressive (émotive) ou appellative (conative). p.. 29 Charles Bally. dit-il. 31 Charles Bally. sa provenance géographique. c’est-à-dire qu’il devient expressif et a une signification”. 30 Note. Il montre que dans une étude stylistique.. elle accompagne la parole intérieure comme le langage articulé. la première consonne du mot s’allonge et se renforce30. 94.. 32 Ibidem. penser sans parler. par exemple. lorsqu’on dit d’un bâtiment qu’il possède des proportions colossales. Il a constaté que les éléments émotifs qui accompagnent le message tendent à donner à celui-ci une forme synthétique: „C’est l’émotion.. Au contraire. dit Bally. étant donné qu’ici. L’accent affectif modifie le prémier chaînon explosif (la première consonne croissante ou le prémier groupe de consonnes croissantes). Bally précise que celui-ci est un supplément subjectif ajouté à l’information neutre d’un énoncé. l’adjectif colossal aura l’accent tonique normal sur la dernière syllabe sonore si cet adjectif est employé dans un sens technique. esthétiques par lesquels les sentiments et les émotions s’unissent à l’expression des idées: „L’intonation. l’accent affectif est „un cas où l’accent est en même temps intonation.29 La même idée est reprise par Bally dans Le Langage et la Vie (éd. cit. dans un rapport concernant le résultat de certaines fouilles archéologiques. nous ne pouvons consciemment. son sexe. ce mot est nécessairement frappé par l’accent affectif. 12 28 . p. Le Langage et la Vie. „colossal est un adjectif de pure intensité et que cette intensité présente une teinte affective”. dans certaines situations sur la structure syntactique de la phrase. dit Bally. sous l’impact de l’accent affectif. I. connotatifs. cit. une phrase à un élément”. 59.32 En étudiant le contenu stylistique du message. Traité de stylistique. p. Dans le cadre des remarques ayant trait à la phonostylistique. cit. éd. de sorte que la pensée elle-même porte une intonation”. Selon Bally. 125. son degré de culture.Charles Bally accorde une grande importance à la phonostylistique. de la pensée. Dans la phrase „Il a trouvé dans les ruines d’un édifice romain une statue colossale de Vespasien”. comme serait le cas. son appartenance à un groupe d’âge déterminé. par conséquent.31 Bally a aussi étudié l’influence exercée par l’émotion. il a précisé que cet élément suprasegmental représente un code qui renferme les éléments d’information affectifs. t.28 Il a souligné le rôle important des éléments prosodiques codés en langue et surtout le rôle joué par l’intonation.

13 . cit. Dans ce cas. vol. La comparaison entre le fait de langage observé et le terme d’identification c’est-àdire le terme synonyme ou l’expression équivalente fait mieux voir dans le fait observé la présence ou l’absence d’éléments affectifs. synonyme du mot dénouement est le mot fin. Délimiter un fait expressif c’est tracer ses limites. pourrait être représentée par le mot prodigue. La seconde opération consiste dans l’identification du fait expressif. elle a pour but de faire découvrir un mode d’expression intellectuel. Si l’on rencontre. Celui-ci est formé par la lexie complexe panier percé (de). que cette métaphore est chargée d’affectivité. par contraste. la valeur affective des faits de langage. Selon Bally l’identification est une opération de logique linguistique. comment gouvernez-vous ce petit désespoir? Êtes-vous toujours furieux contre votre panier percé de gendre?” L’analyse stylistique de la seconde phrase de ce texte doit commencer par la délimitation du fait expressif qui dans ce cas est une métaphore in praesentia. qu’elle représente un élément comique. 87. p. dans un texte l’expression le dénouement d’un drame. éd. I. L’identification est le procédé qui conduit le plus directement à l’observation des caractères stylistiques. c’est-à-dire „ce qui dans un contexte parlé ou écrit correspond à une unité indécomposable de la pensée”.33 L’un des critères de délimitation c’est la possibilité ou l’impossibilité de remplacer une locution par un mot unique que l’auteur appelle „terme d’identification”. par exemple. Traité de stylistique. l’expression manière d’agir correspond à procédé. Dans l’exemple cité la notion équivalente.expressifs et ensuite à leur identification. Par l’identification du fait d’expression. on précise donc la valeur du terme (ou du syntagme) analysé. Bally montre comment on peut pratiquer la délimitation et l’identification au moyen de l’exemple suivant extrait de la pièce d’Émile Augier le Gendre de Monsieur Poirier: „Eh bien! cher beau-père. servant à déterminer. Il s’agit donc de délimiter „une unité lexicologique”. le terme d’identification. en faveur d’un ami signifie pour un ami. Le procédé essentiel dans une étude stylistique demeure l’identification. il faut trouver quel est le concept équivalent ou l’expression équivalente qui corresponde au fait expressif visé. celles qui permettent de l’assimiler à l’unité de pensée dont il est l’expression. On va comparer ensuite. à la suite de la comparaison de celui-ci avec le terme (ou le syntagme) qui serait usité si l’on voulait abolir l’expressivité et n’exprimer que la notion: 33 Charles Bally. Le problème de la délimitation des faits expressifs est résolu lorsqu’on a trouvé les limites de l’unité qui doit être étudiée. l’expression prendre la fuite équivaut sensiblement au terme d’identification fuir. ainsi. d’affectivité zéro. le plus intellectuel et le moins affectif. à celle exprimée par la locution figée panier percé.. le fait expressif panier percé avec le terme presque synonyme prodigue et on tirera la conclusion que la lexie complexe employée frappe l’imagination. par exemple. on doit parcourir le champ des expressions synonymes jusqu’à ce que l’on ait trouvé le terme d’identification contenant le sens fondamental commun à tous les synonymes et présentant ce sens sous l’aspect le plus objectif.

c’est-àdire dans sa nature stylistique”. éd. dites maintenant: „Je ne crois pas le premier mot de ce que vous dites”. il y a une différence d’intensité affective). mais aussi très intellectuelle.. soit l’argot.. cit. La notion d’intensité est le principe général de classement des faits expressifs qui engendrent des effets naturels.. elle est extrêmement jolie et elle est jolie à croquer. I. La stylistique de Bally est une vaste étude de synonymes. opinion. 36 Charles Bally. Dans son Traité de stylistique. p.„Ces deux opérations (= la délimitation et l’identification d’un fait d’expression) en permettant la comparaison constante de n’importe quel fait de langage avec le terme d’identification d’une notion simple.36 Ibidem. soit par évocation35. etc. conduisent naturellement à faire deux sortes d’observations: 1) Le fait de langage étudié arrive à être défini. l’ensemble des faits stylistiques sont autant d’effets marqués par des indices. 14. ce linguiste a enseigné l’art d’établir des séries synonymiques. les expressions. et même certaines structures grammaticales peuvent présenter des degrés variés d’intensité affective: „Si l’on dit: Je ne crois absolument pas ce que vous dites”. Ainsi point de vue peut être remplacé.34 Pour Bally le contenu affectif de tout fait de langage ne peut être défini que par comparaison avec le contenu intellectuel du terme d’identification. Les mots. Traité de stylistique. Toutefois. par avis. idée. etc. sans que le sens en soit gravement altéré. Ce dernier fait partie le plus souvent du domaine des synonymes. soit un dialecte. En théorie sémantique moderne. Les effets naturels. 139. la négation est rendue d’une façon très intensive. Les effets par évocation sont éveillés par la conscience ou la reconnaissance du milieu où s’emploient typiquement les mots ou les tournures en question. Cette analyse permet de caractériser les synonymes dans la mesure où les unités contiennent les mêmes traits définitoires. Ces effets sont soit naturels ou directs (entre terrible et formidable. Selon Bally. 2) Le fait de langage peut être déterminé dans ses caractères affectifs. la dose affective est déjà bien plus forte”. sentiment. le style peut être déterminé par ses caractères dominants. soit les langues de spécialité. deux unités ne sont synonymes que si elles ont le même sens structural défini au moyen d’une analyse componentielle rigoureuse. c’est un cas d’exagération familière. p. 14 35 34 . la conception de Bally sur les synonymes n’était pas encore assez avancée vu que les méthodes employées par la linguistique générale à cette époque-là n’étaient pas encore assez développées. c’est-à-dire qu’ils expriment l’appartenance à un milieu où l’on utilise soit la langue populaire.

accompagné d’une espèce de honte.Lorsque l’intensité affective a atteint un haut degré. 54. 39 Ibidem. 69. les voyant renversés on ne sait plus que faire. penaud implique le désagrément d’avoir été attrapé. une tâche malaisée ou délicate dit moins que la première expression”. p. lequel emporte souvent une nuance d’ironie. par exemple! ou bien: Moi. etc. regorge d’éléments affectifs. tandis que femmelette (= femme faible et craintive. on dit la chose telle qu’elle est. et que. déconfit ajoute à l’idée de déconvenue celle d’embarras. homme mou et sans courage) possède une valeur dépréciative. des projets. confondu marque un grand trouble de l’âme. pantois est un synonyme d’interdit. dit Bally. il représente l’accablement. pour un temps du moins: désemparé suppose un abandon. p. Un fait d’expression peut se présenter sous une forme atténuée: „Si l’on parle d’une tâche difficile.39 La nuance affective engendrée par le diminutif peut être de deux sortes. Bally constate qu’elle ne pourrait devenir un facteur de classement parce que pour les locuteurs les préoccupations esthétiques sont accidentelles et qu’elles demeurent au second plan: „Le langage naturel. c’est d’être déconcerté. décontenancé suppose le plus souvent un interlocuteur. En analysant les aspects linguistiques de la notion de valeur. démonté dit plus. l’habileté peut se transformer en ruse. de ressource qui déconcerte à l’extrême. la dépense devient prodigalité. p. mais ils permettent d’en saisir les variétés d’une manière claire”. ou bien elle est laudative ou bien elle est dépréciative: maisonnette (= une jolie petite maison) a une nuance laudative. croire cela? Allons donc!”.38 L’atténuation peut encore être obtenue au moyen de diminutifs: „les diminutifs ne sont qu’une forme restreinte de l’atténuation. il suppose un certain ridicule. mais rarement on constate une intention esthétique et littéraire dans l’emploi de ces expressions. il y a toujours quelques termes qui sont plus intensifs que les autres. désarçonné est synonyme de démonté. Ibidem. 63. Cette intensité peut être plus ou moins d’ordre affectif comme dans la série suivante: déconcerté implique que l’on avait formé des plans. il emporté l’idée d’un trouble qui ne permet plus de se ressaisir. 37 38 Ibidem. Bally montre que cette notion est liée à la notion d’intensité: l’exagération d’une qualité est conçue comme un défaut. perdre contenance devant quelqu’un. que je croie ce que vous dites? Ah! ça non. Un gamin des rues emploie des mots pittoresques et façonne ses phrases d’une manière imprévue et piquante: il fait du style sans le savoir”1). consterné enrichit sur confondu. l’absence de protection. En s’arrêtant sur la valeur esthétique des faits d’expression. la tristesse profonde résultant d’un grand malheur inattendu.37 Dans une série synonymique. interdit montre l’impuissance où l’on est de dire un seul mot. 15 . on peut être en présence des phrases telles que: „Moi. l’économie poussée trop loin aboutit à l’avarice.

pourvu que notre esprit associe le mot à l’idée de cette occupation: „Je ne sais pas très bien ce que c’est qu’une varlope.. la notion d’effets par évocation est liée à la différenciation sociale en classes et en groupes sociaux. dit Bally.40 En outre. par là. 16 . p. position supérieure ou inférieure par rapport à la sienne. le locuteur a en vue la condition sociale de l’interlocuteur. Ce phénomène linguistique est analysé par Bally dans un chapitre de son Traité de stylistique intitulé Effets par évocation. Selon Bally chaque terme. ceux qui l’entendront riront à ses dépens. chaque expression figée appartient à un niveau de langue. souligne que Charles Bally. nous parlons d’effets d’évocation”. ou élude ce classement en s’adaptant au langage d’un autre milieu: „Supposons. il se classe. qu’un étranger ait entendu à plusieurs reprises... 263 sq. même s’il nous est imparfaitement connu dans sa signification. la stylistique en tant que discipline faisant partie des sciences humaines a déterminé par ses théories 40 Ibidem. publié dans Qu’est-ce que le style? Paris. dans son Précis de stylistique. ces effets sont définis par ce linguiste de la façon suivante: „Lorsque nos impressions résultent indirectement des formes de vie et d’activité associées dans l’esprit aux faits de langage. le malheureux ne songe pas que. ce processus agit à son tour sur l’expression de la pensée. Selon Bally. s’il ne tient pas compte du milieu et des circonstances où le mot a été employé. 1994. il pourra s’imaginer que c’est un terme usuel. mais des lectures et des conversations m’ont toujours fait voir cet outil quel qu’il soit entre les mains d’un menuisier. Les effets par évocation sont engendrés par les faits de langage produits par un groupe social dans certain milieu. évoque le milieu spécial à ce métier.. le verbe bouffer pour manger. fondant en 1905. b) il faut que le fait de langage ait un rapport quelconque avec les choses relatives à ce milieu. Durant tout le processus de l’énonciation. Ces considérations engendrent à leur tour des sentiments d’un ordre spécial qui viennent s’ajouter aux sentiments individuels et exercent sur eux une influence déterminante. À son avis. p. il n’en faut pas davantage pour que ce mot ait dans mon esprit une valeur évocatrice”. sa position dans la société.. dans certaines situations. un individu se classe par le langage de son milieu.”2).. et se classe fort mal . Pour qu’un fait de langage évoque un milieu. 79. PUF. certaines conditions sont nécessaires: a) il faut qu’une représentation de ce milieu existe dans la conscience des locuteurs. un simple terme de métier.On rencontre chez Bally une conception très claire concernant la relation sociale qui existe entre le locuteur et l’interlocuteur au moment de l’énonciation. fait qui se manifeste par un langage qui porte une empreinte spécifique. Remarques sur les théories stylistiques de Charles Bally François Rastier dans l’article „Le problème du style pour la sémantique du texte”.

La plupart de ces auteurs prennent explicitement pour objet l’étude de la littérarité. Les valeurs sémantiques. Il désirait ainsi isoler le style et la stylistique. Didier. L’ouvrage de J.. au sens saussurien du terme. et la Stylistique comparée du français et de l’allemand. ce dernier a un caractère individuel car il ne relève pas de la langue. 1966. dans un processus d’agencement. Les langues confrontées n’ont souvent le même système de représentation. Les aspects lexicaux. 1958. Le deuxième plan englobe les unités soumises à la confrontation et qui s’ordonnent horizontalement. Vinay. Didier. Vinay. 354 p. sur les fondements de laquelle il pût établir la stylistique. afin de restreindre ses recherches à l’étude de l’usage affectif du code oral dont l’un des traits caractéristiques est la spontanéité.une double rupture dans ce domaine: d’une part il a voulu imposer le détachement de ce qui est individuel dans l’expression des faits stylistiques et de l’autre il a refusé d’admettre la présence de l’esthétique dans ce domaine. par J. le choix des niveaux.P. par Alfred Malblanc. 2. Bally s’est demandé à plusieurs reprises si la stylistique va trouver son objet dans une langue particulière ou dans le système d’expression d’un individu isolé. Elle est fondée sur le confrontation des systèmes expressifs de deux ou plusieurs langues. 330 p.P. La stylistique comparée ou externe La stylistique comparée ou externe est issue des travaux de Charles Bally et de ses continuateurs. Darbelenet et J. Paris. Darbelenet et J. par des changements de forme (morphologie) et par un certain ordre dans l’agencement (syntaxe). Rastier précise que Charles Bally a séparé le style de la stylistique parce qu’il croyait que l’écrivain faisait de la langue un emploi volontaire et surtout qu’il employait la langue dans une intention esthétique. ni les mêmes ressources. Paris. Le Lexique (Plan du réel et plan de l’entendement. Rastier montre que Bally a essayé de construire une linguistique de la parole. les transitions ou l’ordonnance des charnières qui contribuent au déroulement sans heurt de l’énoncé. Du message font partie les éclairages particuliers ou les tonalités. Stylistique comparée des espèces. la valeur et la fonction des unités mentionnées sont mises en relief durant l’énonciation par des marques spécifiques. c’est-à-dire sans tenir compte des contextes où ils apparaissent d’ordinaire. la Stylistique comparée du français et le l’anglais est divisé en trois parties: 1. Le troisième plan est celui du message proprement dit. Parmi les plus importants ouvrages de stylistique comparée il faut mentionner la Stylistique comparée du français et le l’anglais. stylistique comparée des catégories). mais de la parole et ne dépend des faits de structure que dans la mesure où le choix d’un système linguistique oblige l’usage de tenir compte de certains schémas. La stylistique externe comprend trois plans: le premier plan contient l’ensemble des signes considérés en eux-mêmes. L’agencement (La transposition. 17 .. Lexique et mémoire). Cependant les stylisticiens contemporains n’ont pas admis cette position de Bally à l’égard de la langue des œuvres littéraires.

l’ordre des mots et la démarche. 3. Il considère trop étroite la définition de la stylistique donnée par Charles Bally et remplace le terme d’affectivité par celui de choix. Suivant Marouzeau.41 Jules Marouzeau Jules Marouzeau a consacré un ouvrage et plusieurs études à la sytilistique42. Stylistique). le verbe. La stylistique comparée du français et de l’allemand d’Alfred Malblanc comprend trois parties. Il souligne que le style est l’aspect et la qualité qui résultent du choix fait entre ces moyens d’expression. 187-213 (chap. p. variations sur quelques exemples significatifs. représentée par l’inventaire que fournit le dictionnaire et la systématisation que constitue la grammaire”44. il sera possible d’étudier les analogies ou les différences qui la rapprochent ou la séparent de celles des langues soeurs ou d’une autre famille. les conjonctions. p. 1941. IX. l’adjectif. 18 41 . p. Paris. Cressot a plaidé en faveur de la stylistique comparée: „Quand on aura dégagé les lois qui régissent l’expression de la pensée française. la préposition. le style prétentieux. PUF. de préférence. L’agencement (les temps personnels du verbe. la langue est un fonds commun. 1974. 2. les auxiliaires de mode). une langue négligée. Notre langue. Paris. les termes de langue et de style sont souvent confondus. etc. le „Français moderne”. Le lexique (Divergence des aires sémantiques. 42 Précis de stylistique française.. Masson. organisation interne. Précis de stylistique. dans les conférences portant sur la stylistique et même dans le processus d’enseignement. raison suffisante. Essayant de distinguer la langue du style. il faut établir une distinction précise entre la langue et le style. Marouzeau. l’adaptation et la métalinguistique). du verbe impersonnel. En outre. la langue serait rigide et ne se prêterait pas au jeu du style qui est essentiellement fondé sur le choix. si le mot avait un sens strictement déterminé et que son emploi fût rigoureusement fonction de ce sens. l’articulation de l’énoncé. un répertoire immense de possibilités. les faits prosodiques. Marouzeau définit la langue comme „la somme des moyens d’expression dont nous disposons pour mettre en forme l’énoncé”43. Comment aborder l’étude du style. Paris. 1965.3. 11. 1943. comme si on pouvait employer ces deux termes sans tenir compte du fait qu’ils ne sont pas interchangeables. Infrastructure et message (Vue objective. car on dit: la langue d’un auteur. l’abstraction allemande). 1955. la composition et la dérivation). 5e éd. mis à la M. Il remarque que dans les communications scientifiques. 51-56. 6). 1950. Selon ce linguiste „la langue est le catalogue des signifiants et de leurs rapports au signifié. 1. l’équivalence et l’allusion dans le message. Paris. Le message (Message et situation. l’adverbe. À son avis. Masson. la construction. la modulation dans le message. les formations prédicatives et formations attributives. 43 J. vue subjective. Ce sera la stylistique comparée” (Le style et ses techniques. p. 10 44 Ibidem. les déictiques.

”48. 1955. je m’en souviens. p.. ce n’est plus le style. le choix n’est pas libre entre les verbes parler et palabrer: ces deux verbes n’ont pas le même sens. Le champ stylistique soumis à la recherche gagne en étendue si l’on étudie les phonèmes en rapport avec les lexèmes et les phrases dont ils font partie. Jules Marouzeau pense que le style peut être aussi défini comme „l’attitude que prend l’usager écrivant ou parlant. produisent toute une gamme d’effets. il entendait la mise en œuvre méthodique des éléments fournis par la langue. au vocabulaire et à la grammaire”49. Marouzeau. 1926. l’auditeur pourrait tirer certaines conclusions de nature 45 46 Ibidem. du péndant je me le rappelle ou du poétique il m’en souvient): „Dès que l’auteur ou le destinataire de l’énoncé ont conscience d’une incorrection. p. il n’est plus question ni de langue ni de style. 133. vis-à-vis du matériel que la langue lui fournit”. Par conséquent. la stylistique doit aussi étudier les procédés d’expression phonique qui. 48 Ibidem. Cependant. Payot.47 2. La faute de langue est condamnée (par exemple l’emploi du vulgaire je m’en rappelle. 49 Charles Bally. Par exemple. Le Langage et la Vie. pour étayer son affirmation. Marouzeau attire l’attention sur le fait que le choix présente un certain nombre de limites: 1. au lieu du banal. Il cite à ce propos Charles Bally qui avait affirmé que l’étude de l’expressivité affective devrait embrasser toute la langue et faire „la part égale à la phonétique. ce choix classe son énoncé dans la catégorie représentée par la langue familière. Pour souligner les conséquences du choix au point de vue stylistique. Notre langue. la morphologie. 19 . Marouzeau fait toute une série de remarques concernant le lexique. c’est la langue qui est en cause”. employés par le locuteur. b) remarques concernant la morphologie: selon que les locuteurs prononcent je peux ou je puis.disposition des locuteurs qui les exploitent suivant leurs nécessités d’expression „en pratiquant le choix. La faculté du choix est limitée par la nécessité d’exprimer d’une façon concrète le message. Delagrave. 47 J. Marouzeau fait ressortir le fait que le domaine du style est très étendu parce que la matière qui peut se prêter au choix est inépuisable: cela est dû au fait que tous les éléments expressifs indifféremment à quelle catégorie ou structure grammaticale ils appartiennent peuvent faire l’objet du choix. Paris. c’est-à-dire le style. Paris. Ibidem. la syntaxe et l’ordre des mots: a) remarques portant sur le lexique: si le locuteur choisit d’employer le pronom démonstratif ça au lieu du démonstratif ce ou cela.. dans la mesure où le leur permettent les lois du langage”45. 190. Leo Spitzer qui avait dit que par le mot style.46 Il cite. La faculté de choisir est limitée en outre par des raisons d’ordre sémantique: „Dès l’instant que l’expression choisie ne répond pas exactement à la pensée qu’on veut exprimer.

Notre langue. p. ni réaction affective . Geuthner. en partie. éd. par exemple. Selon Marouzeau l’attitude que prend l’auteur de l’énoncé à l’égard de son message. le style est la „qualité de l’énoncé résultant d’un choix que fait des éléments constitutifs d’une langue donnée. son tempérament déterminent la qualité du style. p.stylistique: „ici encore. Les impressions „nettes et réfléchies” ou „vagues et intuitives” exprimées par l’interlocuteur ou par le lecteur en ce qui concerne le message. dit Marouzeau. Le choix est fonction enfin des conditions dans lesquelles se trouve placé l’auteur de l’énoncé”. Jules Marouzeau a élaboré parmi les premiers la notion de degré zéro de l’écriture: „L’attitude de l’auteur de l’énoncé pourrait se définir d’une façon générale à partir d’une sorte de degré zéro. le produit de la vie affective: il s’agit d’une „méthode d’analyse interne qui conduit à l’expression en partant de la pensée”2). sa formation..51 Cette notion de choix est employée par Marouzeau pour définir la notion de style dans son Lexique de la terminologie linguistique. d) observations ayant trait à l’ordre des mots: le tour inversif peut-être vaudrait-il mieux est plus „élégant” que la construction „banale”. raffinée. Ce jugement comporterait l’emploi d’épithètes 50 51 J. selon qu’est riche ou rudimentaire ce qu’on peut appeler son bagage ou sa conscience linguistique. suivant le cas. imparfait du subjonctif (forme qui est correcte et savante) au lieu du présent du subjonctif soit qui représente une tolérance de l’usage.50 c) remarques concernant la syntaxe: la qualité du style dépend de la syntaxe. J. éd. cit. 195. inférieure. Suivant cet auteur. ce dernier présente des formes multiples suivant qu’on emploie le code oral ou le code écrit. en prenant comme élément de comparaison une forme de langue aussi peu caractérisée que possible. Paris. art.. 1950. Suivant Marouzeau. fût. Marouzeau. on verrait se diversifier les aspects de l’énoncé suivant les intentions et les impressions du sujet énonçant les circonstances et les influences auxquelles il est exposé”1). Par rapport à cette sorte d’état neutre. 13. qu’on s’adresse à un seul interlocuteur ou qu’on parle à un auditoire: „Le processus du choix est fonction aussi des facultés offertes à l’auteur de l’énoncé qui sont très variables. si l’on emploie.. suivant qu’il est de culture moyenne. de même que sa culture. Marouzeau. cit. dans le sens de la familiarité ou de la destination: il y a ainsi une stylistique des formes”. le style peut être mis à nu si l’on étudie la psychologie de l’auteur car le style est. style. propre à permettre la stricte compréhension sans provoquer ni jugement de valeur. la qualité de l’énoncé diffère. Marouzeau précise qu’„un jugement de style ne comporte pas nécessairement un appel à l’esthétique”3). il vaudrait peut-être mieux. celui qui l’emploie dans une circonstance déterminée”. Précis de stylistique. 20 . peuvent devenir des jugements de style parce que chacune de ces impressions représente un jugement de qualité..

Suivant Cressot le fait stylistique a une triple nature. l’émetteur introduit dans son message une intention. on opère un choix.. par certains endroits.appartenant au genre démonstratif dont l’objet est le blâme ou les louanges: „style agréable.U. Les appréciations d’ordre esthétique sont d’autant plus difficiles à faire que la stylistique ne suppose pas établi le critère du beau.. agencement des propositions. il est à la fois linguistique. les emprunts aux langues spécialisées. les archaïsmes et la néologie. les emplois particuliers des parties du discours. P. Jules Marouzeau a jeté les bases de l’analyse stylistique fondée sur des oppositions et des comparaisons.F. La stylistique de Marouzeau est importante par l’élaboration des concepts de choix et de degré zéro de l’écriture. P. ses théories se rattachent à la stylistique fonctionnelle. p. Cressot pense lui aussi que le principe fondamental de la stylistique c’est d’interpréter le choix pratiqué par l’auteur. Le style et ses techniques. Selon Cressot l’expression de la pensée devant un interlocuteur ou dans les pages d’un livre à l’intention d’un lecteur est une communication: le sujet parlant déploie une activité émettrice. Marcel Cressot Dans le Style et ses techniques. 9. l’emploi des artifices de construction. Paris. etc. le désir d’impressionner le récepteur. catégories grammaticales. Mais souvent. Selon ce linguiste. 8e éd. Il faut aussi prendre en considération l’existence de la hiérarchie sociale car elle oblige que l’on hiérarchise les modes d’expression: on ne parle pas de la même manière à un supérieur ou à un égal. 21 . mais aussi d’après la conscience que nous supposons qu’en a le destinataire de l’énoncé”52.F.U. les coordonnées spatio-temporelles exigent une certaine hiérarchisation des modes d’expression: un discours prononcé lors d’une réunion académique ne pourrait avoir le même contenu qu’un plaidoyer. tandis que le récepteur procède au décodage du message. 1947. lexique. non seulement d’après la conscience que nous avons nous-mêmes de ce système. il fait une analyse exhaustive de tous les moyens linguistiques susceptibles de produire un écart: sons. le choix ou la sélection que l’on doit opérer dans les structures et le système de la langue est 52 M. En outre. etc. dit-il. Le cadre de la communication. les chercheurs devraient élaborer des monographies de procédés stylistiques et étudier dans l’œuvre d’un écrivain certains aspects du style tels que: le rôle du concret et de l’abstrait. Dans son Précis de stylistique française. Cette communication peut être purement intellectuelle. déplaisant”. La conscience linguistique du récepteur n’est pas le seul facteur dont on doit tenir compte dans le processus de communication où apparaît le fait stylistique. sans qu’elle contienne quelque élément affectif. la doctrine stylistique de Marcel Cressot est redevable en grande partie à celle de Marouzeau. Cressot. gauche. à une personne étrangère ou à un intime. 1974. social et psychologique. Cressot montre que l’émetteur exploite les signes linguistiques au point de vue qualitatif et quantitatif et les emploie dans certains types de phrases afin d’influencer le récepteur: „dans le matériel offert par le système général de la langue. l’intensité ou l’atténuation. 1974. le rythme et le mouvement de la phrase. Paris.

s’est clarifiée. ces matériaux extraits des œuvres des grands auteurs sont d’une qualité incontestable parce qu’ils contiennent des faits de 53 54 Ibidem. de l’ordre des mots et de la phrase? Le style est plus que tout cela. la syntaxe. je ne saurais. pas d’ordre de mots qui soient exactement équivalents”53. Marcel Cressot critique Charles Bally pour avoir exclu du domaine de la stylistique l’expression littéraire où est contenue l’intention esthétique de l’écrivain. 22 . la première forme appartient au français courant. même à fond. 55 Ibidem. Étant donné qu’a la base du style se trouve le choix. pas de constructions syntaxiques. par le plaisir que ressent le destinataire tandis qu’il procède au décodage du message. l’on vous ouvrira. Nous n’avons pas le droit d’en exclure toute la vie latente de l’œuvre depuis la naissance d’une vision confuse sui generis. Il précise que l’œuvre littéraire n’est pas autre chose que communication et que „toute l’esthétique. entre je ne peux pas. l’énoncé est intellectuel et objectif. 10. Cressot souligne que l’adhésion du récepteur au message est surtout déterminée par le fait esthétique. Suivant Cressot l’œuvre littéraire met à la disposition du stylisticien les matériaux qui seront employés pour ses analyses. 56 Ibidem. 11. je ne puis. Il y a aussi des différences d’ordre stylistique entre les phrases si vous frappez. le critique doit essayer d’interpréter le choix fait par l’auteur dans tous les compartiments de la langue. l’utilisation du vocabulaire et des images. par exemple. Dans la première phrase. Dans toute analyse stylistique. il faut donc avoir en vue la présence de l’élément esthétique étant donné que l’adhésion du récepteur au message n’est pas seulement déterminée par la solidité des arguments. la deuxième est recherchée et la troisième est précieuse. Il croit que le style est étroitement lié à la vie de l’œuvre littéraire depuis sa genèse jusqu’à sa complète élaboration: „Qui prétendrait avoir défini le style de Flaubert dans Salammbô parce qu’il aurait étudié. par le charme de la communication. Ibidem. qu’y fait rentrer l’écrivain n’est en définitive qu’un moyen de gagner plus sûrement l’adhésion du lecteur”54. mais aussi par la beauté du style. a pris forme dans la conscience de l’écrivain. Il y a des nuances stylistiques.limité par les contraintes grammaticales: on doit observer strictement les règles concernant la morphologie. l’ordre des mots. Cressot veut démontrer au moyen de ces exemples qu’„il n’y a pas de termes. p. stylisée pour devenir la chose qui sera l’objet de la rédaction”. du matériel grammatical. Le souci de persuader le lecteur est plus systématique dans l’œuvre littéraire par rapport à la langue courante: „Nous dirions même que l’œuvre littéraire est par excellence le domaine de la stylistique précisément parce que le choix y est plus volontaire et plus conscient”. tandis que dans le second tour un appel direct s’ajoute à l’éventualité.55 Cressot souligne que le but de la stylistique n’est pas seulement celui d’étudier les styles littéraires car „il y a dans le style quelque chose qui dépasse le fait d’expression”56. p. ou frappez et l’on vous ouvrira. qui peu à peu.

on doit ensuite tenter de découvrir l’intention de l’auteur qui est à l’origine de la présence de ce fait stylistique dans le texte et montrer en outre pourquoi l’écrivain s’est arrêté sur ce choix. et Bossuet: Restait cette redoutable infanterie d’Espagne”. De même. est influencé dans son écriture par les préférences linguistiques de l’école littéraire à laquelle il appartient. „l’unité de la méthode n’est pas en cause”.59 Ces deux phrases représentent des figures de style. Cependant. par exemple. Cressot attire l’attention sur le fait que dans la mesure où l’écrivain reflète cette préférence. par les préférences de son époque. la seule voie pratique consiste à s’inspirer de ceux qui ont effectivement obtenu des résultats. Cressot. En ce qui concerne la démarche d’une analyse stylistique. il s’appliquera à la dégager d’après le choix du lexique. À son avis. Marcel Cressot montre que les points de départ peuvent varier mais comme ils visent tous le même but. d’une époque. lorsqu’il fait son choix dans les éléments offerts par la langue. 23 57 ..57 Selon Cressot.58 Le stylisticien essayera de faire apparaître d’une façon plus marquante cette préférence. des hyperbates. 59 Ibidem.. Paris. Musset écrit: T’aimera le vieux pâtre. du mouvement et de la musicalité de la phrase. sa préférence (sa sensibilité) peut jouer un rôle actif et il pourra influencer ainsi son milieu littéraire: „On ne peut nier qu’il y ait eu. 58 M. Cependant Cressot souligne que les inversions ont été plus fréquentes durant la période du moyen français sans qu’elles fussent perçues comme figures de style. on peut étudier les moyens d’expression d’un écrivain. 5.style volontaires et conscients. L’étude stylistique d’un texte est justifiée car il y a presque toujours plusieurs expressions pour exprimer la même idée entre lesquelles on peut opérer un choix: „Il est admis. dit Cressot. La méthode employée pour les études de langue et de style ne peut être que la synthèse des réflexions faites après coup lorsque les problèmes concrets ont été résolus et d’après les enseignements tirés de cette résolution même”. SEDES. Le style et ses techniques. Paris. La stylistique pourra donc offrir un tableau exact de la manière d’écrire d’un écrivain mais son véritable but est plus vaste. la stylistique devrait déterminer les lois générales qui conditionnent le choix de l’expression littéraire. p. il apporte sa contribution au renforcement des formules stylistiques. cette sensibilité. d’une école littéraire. aboutissement de formules stylistiques individuelles mais aussi générateur d’une nouvelle sensibilité linguistique”. PUF. p. 1974: „Pour s’initier aux études de langue et de style. un style romantique. il y a eu ensuite une période de transition au cours de laquelle les sujets parlants ont pu En s’inspirant des préceptes formulés par Marcel Cressot en ce qui concerne l’analyse stylistique. Frédéric Deloffre écrira plus tard dans son ouvrage Stylistique et poétique françaises. Cressot précise qu’on peut commencer par analyser le fait linguistique générateur d’une valeur stylistique. du matériel grammatical. L’écrivain. qu’en indépendante normale le sujet précède le verbe: c’est un fait d’une stabilité en apparence indiscutable. 5. de l’ordre des mots. 1959. quelles que fussent leurs méthodes . cette sensibilité linguistique.

61 Suivant P.. Il précise que l’action de parler est fondé sur le choix. 6. la langue nous offre plusieurs façons différentes de le dire. ce mot n’impliquant pas qu’on se limite au présent. souligne que certains auteurs considèrent le style comme le résultat d’un choix. Tout le problème du style est là. Le stylisticien peut également étudier les changements qui ont eu lieu dans le contenu affectif de certaines structures linguistiques. Selon Pierre Guiraud l’opération du choix a lieu en deux étapes: le premier choix effectué par le sujet parlant dans la langue est déterminé par le système de celle-ci et concerne la grammaire et le lexique. Pierre Guiraud dans Essais de stylistique. S’il y a plusieurs façons de dire une même chose. elle consiste à choisir dans la langue des formes que l’on combine dans le discours. puis tout ce qui n’est pas chanteur. la stylistique deviendra ainsi historique ou diachronique: „elle sera la synthèse des monographies entreprises sur le plan synchronique. tout comme on peut analyser du même point de vue l’œuvre moderne d’un Péguy”. Pierre Guiraud. En effet. Selon Cressot. p. le second choix dépend des conditions d’utilisation du mot et il engendre le style: „Chaque fois. Paris. de sa fonction et de son origine”. puis tout ce qui n’est pas noir. que nous avons quelque chose à dire. Klincksieck. Essais de stylistique.”4). On peut analyser stylistiquement la Chanson de Roland. Pierre Guiraud se sert de cette ressemblance pour faire ressortir le mécanisme du choix: „Une classificatrice électronique peut nous fournir le nom d’un oiseau noir chanteur par un balayage de sa mémoire qui élimine tout ce qui n’est pas oiseau. tandis que d’autres y voient un écart par rapport à une norme. ces variantes ne peuvent être que des connotations. 1969. au point de vue diachronique.. Suivant Guiraud l’opération du choix faite par un ordinateur ressemble en quelque sorte au choix opéré par le sujet parlant dans la langue. mais qu’on aborde le problème avec la mentalité d’un contemporain de l’époque. cela postule la possibilité d’un choix. Suivant Guiraud les notions de choix et d’écart sont complémentaires. car les dénotations différentes réfèrent à des choses différentes. le choix est déterminé par un ensemble de facteurs: a) le type de signes employés 60 61 Ibidem. dit-il. Guiraud. 61 24 . Paris. elles découlent de la polyvalence des signes. l’usage représente le choix opéré par le plus grand nombre de locuteurs dans le matériel offert par le système général de la langue. Ce choix peut être déterminé parfois par „quelques fortes personnalités”. le problème du stylisticien est donc bien de juger de la nature de ce choix. 1969. s’il y a plusieurs façons de dire „la même chose”. p. nous obtenons ainsi un terme comportant toutes les dénotations requises.60 Remarques sur la notion de choix I.exercer librement leur choix avant que l’usage consacrât l’emploi de la séquence progressive sujet-verbe-complément ou sujet-verbe-attribut. Klincksieck.

). à plus d’une centaine de phrases qui toutes maintenaient constantes les conditions de vérité”. celle d’un genre ou celle d’une époque). reformulation sur des bases logiques: Si l’on veut vivre. c) la destination du message.. professeur à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV). L’argent est tout de même nécessaire pour vivre. le sujet parlant peut avoir pour but d’informer de quelque chose son allocutaire. des connotations. entre plusieurs types de phrase. montre que la notion de choix est étroitement liée à la notion de référence.62 Selon Robert Martin certaines de ces périphrases présentent des faits stylistiques dans la mesure où leur forme contient de l’imprévisible. Presses Universitaires de France. Dans un article publié dans le volume Qu’est-ce que le style? Paris. en cumulant les propositions des uns et des autres. 1994. dit-il. Suivant Robert Martin. de l’émouvoir. in Qu’est-ce que le style? Paris. etc. 10 25 . est aussi un facteur qui conditionne le choix. Il remarque aussi que la possibilité de choix entre plusieurs items. p. il te faut quand même un peu de sous. II. 1993. La finalité du message est étroitement liée aux intentions du locuteur à l’égard de l’interlocuteur. l’existence du style est conditionnée par des régularités dans le choix qui puissent permettre de caractériser une écriture (l’écriture d’un auteur. etc. cette potentialité périphrastiques joue dans la stylistique un rôle qu’on ne doit pas négliger.. il faut tenir compte du critère des régularités caractéristiques. b) la personnalité du locuteur La personnalité du locuteur représente un autre facteur qui détermine le choix. 62 Robert Martin.Le type de signes employés dépend du contenu sémantique du message: on n’emploie pas le même type de signes pour exposer une théorie scientifique. c’est-à-dire qu’on peut choisir entre plusieurs référents. communications synonymiques de tous ordres: Si tu veux vivre. dit-il. s’il n’existait qu’une seule manière de dire ce que nous avons à dire le problème du style ne se poserait pas”1). Ce dernier est conditionné par la culture. PUF. le tempérament et l’expérience du locuteur. un peu de pognon. nous en sommes arrivés. Voici les conclusions de Robert Martin tirées à la suite de cet exercice: „En combinant toutes les procédures possibles (simple changement dans l’ordre des mots: Tout de même. il faut de l’argent pour vivre. c’est-à-dire sa fonction. Pour faire ressortir cette capacité périphrastique du langage. il faut tout de même de l’argent. Selon cet auteur. de lui persuader quelque chose. des séries. dans l’identification d’un fait de style. Préliminaire. En outre. formuler un ordre. la notion de choix est liée à la propriété du langage naturel de former des périphrases. „car. il avait proposé à ses étudiants de licence de trouver le plus grand nombre possibles de périphrases d’un énoncé élémentaire: „Il faut tout de même de l’argent pour vivre”. relater un événement. représente la condition même du style. Robert Martin.

En outre. fut l’élève de Meyer-Lübke à Vienne. 26 . Leo Spitzer qui adopta en partie les théories et les méthodes de Karl Vossler. Dans tous les cas. dit Bernard Pottier. Cet ouvrage enrichissait le domaine de la stylistique. morphologique. 1993. puis son assistant à Bonn. il y a. L’un des représentants de la stylistique génétique a été Leo Spitzer. une masse de référence par rapport à laquelle. Robert Martin dans l’article cité ci-dessus. on dispose actuellement de corpus gigantesques. dit-il. 1973 a critiqué la théorie du style fondée sur l’écart par rapport à la norme: „Le style. syntaxique. 63 R. le problème demeure entier: quel est l’étalon? À quoi compare-t-on ces divergences? S’agit-il de l’intuition de celui qui décrit. souligne que la notion d’écart s’est heurtée à l’objection que le degré zéro d’écriture (le style neutre) n’a pas d’existence réelle. Préliminaire.Remarques sur la notion d’écart Bernard Pottier. in Qu’est-ce que le style? Paris. on peut recourir à des masses textuelles où. par l’abondance même des faits qu’elles contiennent. Klincksieck. Robert Martin précise qu’en stylistique française. doit faire considérer la notion d’écart d’un nouveau point de vue. le stimulus. sémantique. s’agit-il d’un certain type de langue? S’agit-il de la langue orale ou de la langue écrite? Jusqu’à présent aucune réponse satisfaisante n’a été donnée à ces questions”. C’est un travail sur l’invention verbale chez Rabelais. Robert Martin précise cependant que la découverte de Michael Riffaterre de l’écart par rapport au macrocontexte c’est-à-dire l’émergence de celui-ci d’un fait imprévisible. „le fait stylistique prend un relief objectivement appréciable”. Il commença son activité scientifique par la publication d’un ouvrage consacré à la stylistique. immédiatement accessibles par les moyens informatiques. Martin mentionne que le corpus FRANTEXT de l’INALF fournit à partir de millions d’occurrences et de milliers de textes. Paris. PUF. Martin. Il devint ensuite professeur à l’Université de Marburg am Lahn. Elle cherche à percer le secret du génie d’un style. des procédés statistiques qui peuvent mettre en évidence l’écart: „Au lieu de se référer à un texte qui serait stylistiquement incolore.63 LA STYLISTIQUE GÉNÉTIQUE Leo Spitzer La stylistique génétique se propose de découvrir d’où vient qu’un auteur possède un tel style. la langue de cet écrivain y est saisie dans le processus de transformation permanente. ceux-ci se compensent et en quelque sorte s’annulent”. 1910. ancien professeur à l’Université Paris-Sorbonne dans son ouvrage Le Langage. à l’heure actuelle. à l’Université d’Istambul (1933-1936) et à Baltimore aux États-Unis. Halle. professeur à l’Université de Cologne. est souvent présenté comme un écart par rapport à l’usage courant et les figures de rhétorique sont décrites comme des écarts sur le plan phonétique. discipline qui venait de se constituer. à trouver ses traits caractéristiques. Die Wortbildung als stilistisches Mittel exemplifiziert an Rabelais.

chaque fois que le Locuteur L désire communiquer cette signification ou ce message. 1973. Hermann. 125. 1948. tout individu a dans tous les cas la possibilité de s’exprimer librement et pleinement. Univ. 64 65 L. telle que ℰ soit l’expression exacte ou la formulation exacte de X”. Paris.R. p. la possibilité d’un effort verbal subsiste en vue de rendre exprimable son „expérience intérieure”. ses sentiments et ses pensées. Suivant Spitzer tant qu’il y a un locuteur. 66 Leo Spitzer. Paris. Oratio vultus animi (le discours est l’image de l’âme). (lat. 1970. Press. Suivant ce principe. Ce principe souligne que le style est la manifestation extérieure de l’intériorité spirituelle d’un auteur. Lingvistics and Literary History. dit Spitzer. Gallimard. que la stylistique droit prendre l’œuvre d’art concrète comme point de départ. 27 . Voici quelques principes de la méthode d’analyse stylistique de Leo Spitzer: 1. Cela signifie que pour expliquer une œuvre littéraire. (J. 56). de immanere „résider dans”. comme le disait Buffon dans son Discours sur le style. La critique doit rester immanente65 à l’œuvre d’art et en tirer ses propres catégories”. Spitzer. pour trouver sa signification. Princeton.Les contributions de Leo Spitzer dans le domaine du français sont exposées dans l’ouvrage. Études de style. Études de style. „stylistique” des locuteurs. il précise que cet aphorisme est réversible et qu’on peut dire qu’il n’y a rien dans l’âme de l’auteur qui ne soit „actuellement” dans le style. Searle nommera ce principe. À son avis. L’intérêt et la passion de Spitzer pour le stylistique furent tellement grandes qu’il fut toujours tenté d’expliquer tous les phénomènes linguistiques comme étant dus à l’activité affective. Selon Spitzer il n’y a rien dans le texte qui ne corresponde à un mouvement de l’âme de l’écrivain. la stylistique doit combler l’intervalle qui sépare l’histoire littéraire et la linguistique. on doit essayer de découvrir la technique littéraire que celui-ci a mise au point afin d’imprimer sa subjectivité. Actes de langage. dit Searle. Selon ce principe. conformément à ce principe toute langue dispose d’un ensemble de mots et de constructions syntaxiques au moyen desquels le locuteur peut s’exprimer: „Pour toute signification ou message X. Searle. et de les communiquer à un interlocuteur: „Le style apparaîtra. que „le style c’est l’homme même”. Paris. 22. le principe de l’exprimabilité.64 Ce principe souligne que l’analyse stylistique doit tirer ses catégories de valeur de l’œuvre elle-même. 1970. p. Gallimard. critères d’ordre biographique ou sociologique: „Je répète. comme un compromis entre l’unicité de l’expérience intérieure et les contraintes formelles de sa manifestation extérieure”. Étant donné qu’on peut retrouver l’écrivain dans son style.66 2. on peut retrouver ou deviner la personnalité de l’auteur derrière son style. il est possible qu’il existe une expression ℰ. il ne faut pas obligatoirement recourir à des critères extérieurs à l’œuvre. Immanens. Individuum non est ineffabile. ineffabilis = qu’on ne peut pas exprimer). p. dit-il. On dit encore que l’on reconnaît un auteur à son style. et non quelque point de vue a priori extérieur à l’œuvre.

Étant donné que toute œuvre représente un tout où chaque détail contribue à son unité. celle d’un genre littéraire. sans voir les autres aspects antinomiques (= contradictoires. applique une règle qui peut à chaque instant être réutilisée. mais je les développe moins. de saisir l’ensemble d’une création artistique à partir de points de détail.67 La méthode d’analyse stylistique de Leo Spitzer comporte deux phases : la première est inductive.68 Selon Spitzer. au moyen d’un détail on peut accéder au centre de l’œuvre. à son étymon spirituel. d’anaphore. 162. dit Spitzer. En fait.3.69 Il faut souligner que „les détails” de même que l’impression esthético – psychologique dominante apparaissent clairement après des lectures successives du texte. la norme représentée par l’usage). toute étude philologique doit partir d’une critique des beautés en assumant la perfection de l’œuvre à étudier et dans une entière volonté de sympathie. en un mot une théodicée. 198. d’épanalepse. 69 Ibidem. ce doit être une apologie. Le critique doit évaluer cet écart et qualifier sa signification expressive: „Quand je lisais. la seconde est déductive. des romans français. en outre. Ibidem. Ce qui importe. toute implication de texte. Le fait de style peut apparaître comme répétition sous la forme d’anadiplose. la philologie a son origine dans l’apologie de la Bible ou des classiques”. à son principe inspirateur. d’ailleurs tout comportement linguistique tend à la répétition parce qu’il crée. j’avais pris l’habitude de souligner les expressions dont l’écart me frappait par rapport à l’usage général. Le trait particulier que je dégage semble parfois exagéré. p. faisant confiance à une synthèse ultérieure à faire par d’autres chercheurs qui devra effectuer le dosage adéquat entre les différents aspects. c’est de préparer pour la recherche un nouveau matériel d’observation”. 28 . p. une anomalie par rapport à une norme (la norme d’une époque. 160. surtout si ces détails se répètent à un certain intervalle. En lisant le roman Bubu de Montparnasse de Charles-Louis Philippe. opposés) ou convergents. un fait linguistique ne devient fait stylistique que par les relations qu’il entretient avec d’autres faits linguistiques: „Je tente. Certains critiques en concluent que je n’ai vu que cet aspect de l’œuvre. Le critique pendant une lecture attentive de l’œuvre littéraire qu’il analyse cherche à y trouver un fait linguistique présentant un écart. En réalité. on peut être renseigné sur le style d’un auteur en étudiant les détails qui nous frappent pendant la lecture. à mes yeux. je n’accorde la première place au point que je fais ressortir que parce qu’il me semble avoir été négligé jusqu’ à présent: les points plus connus sont traités également. Le fait de style peut apparaître aussi en tant que répétitions de certaines structures grammaticales. 67 68 Ibidem. d’antanaclase. caricatural. L’analyse stylistique doit être fondée sur la sympathie du stylisticien à l’égard de l’œuvre qu’il examine et à l’égard de son auteur: „En vérité. dit Spitzer. et souvent les passages ainsi soulignés semblaient une fois réunis prendre une certaine consistance”. etc. p.

54. Spitzer écrit: „Des écrivains plus académiques auraient dit en se rappelant les réveils d’autrefois. Suivant Spitzer l’emploi de à cause de. Spitzer remarque en tant que trait stylistique. et parce que c’était sa femme à lui. dans ce fragment il s’agit d’un souteneur et de son amour pour Berthe. Une locution très fréquente utilisée par Charles-Louis Philippe dans son roman et dont l’emploi a frappé Spitzer est à cause de. le langage et les habitudes d’un locuteur ordinaire.romancier de la fin du XIXe siècle.” Un autre exemple donné par Spitzer où apparaît la locution à cause de est le suivant: „Il y a dans mon cœur deux ou trois cents petites émotions qui brûlent à cause de toi”. p.70 La cause est exprimée dans cette phrase au moyen d’une coordination où est employée la conjonction car. la conjonction car (jonctif causal): „Les femmes l’entouraient d’amour comme des oiseaux qui chantent le soleil et la force. il manifeste sur le mode humoristique une sympathie résignée. parce que c’était plus fin. l’emploi fréquent de certaines conjonctions et locutions conjonctives de cause. 56. L’auteur mentionné par Spitzer emploie aussi afin d’exprimer la cause. car leur vie. Ibidem. à moitié compréhensive. plus forte et plus belle. à moitié critique. parce que. parce que c’était plus fin. au souvenir des réveils. parce que c’était sa femme à lui) une validité objective. Spitzer souligne que dans le style soutenu on eût dit „qui brûlent pour toi”. En outre.71 70 71 Ibidem. Il était un de ceux que nul ne peut assujettir. voici un passage on l’on trouve parce que. p. et pour toutes les raisons qu’ont les bourgeois d’aimer leurs femmes”. Spitzer souligne que Charles-Louis Philippe se sert de ce perce que pour accorder à ces arguments (parce que c’était plus doux.1 En signalant cet écart par rapport à la langue littéraire. Spitzer montre qu’une locution conjonctive de cause employée en chaîne et formant des épanalepses dans le roman mentionné ci-dessus est parce que. Charles-Louis Philippe semble lui reconnaître une force de contrainte objective dans leurs raisonnements qui sont parfois plats. dans son récit. car est déterminé par la conception de la causalité que possède l’écrivain: „Quand il présente un rapport de causalité qui a valeur pour ses personnages.. Il aimait cela qui la distinguait de toutes les femmes qu’il avait connues parce que c’était plus doux. comporte l’amour du danger”. la locution à cause de suggère que l’écrivain reprend à son compte. parfois semi-poétiques. l’expression à cause de suggère l’existence d’une causalité. Suivant ce styliste. pour les erreurs de ces individus interlopes qu’écrasent des forces sociales inexorables”. locution appartenant au français familier et surtout au code oral: „Les réveils de midi sont lourds et poisseux.. 29 . On éprouve un sentiment de déchéance à cause des réveils d’autrefois”. sa maîtresse: „Il aimait sa volupté particulière quand elle appliquait son corps contre le sien. Il l’aimait parce qu’elle était honnête et qu’elle en avait l’air.

Andromaque en s’adressant à Pyrrhus utilise. 7).: Quels charmes ont pour vous des yeux infortunés/Qu’à des pleurs éternels vous avez condamnés ?” (Racine. à Oreste qui exige qu’on livre aux Grecs Astyanax. en employant la troisième personne. le roi de l’Épire. Phèdre. c’est un procédé d’atténuation. Celui-ci répond. Andromaque. Au moyen de ce procédé. 4). 7) l’emploi de certains noms abstraits au pluriel qui estompent les contours et empêchent une détermination trop nette de l’attitude des personnages: 30 . 6) la personnification des noms abstraits. Josabeth en s’adressant à Joas dit: „De votre nom Joas. En voici un autre exemple donné par Leo Spitzer: Ex. on est frappé de plusieurs détails qui créent dans le style de cet auteur un effet de sourdine. on ne t’écoute pas!” 3) l’emploi du déterminant démonstratif ce au lieu du déterminant possessif.” (Racine. / Vous fasse ici chercher une triste princesse?” (Andromaque. on introduit un certain éloignement entre celui qui montre l’objet ou l’être et les objets ou les êtres qui subissent le résultat de cette action. Andromaque. Pyrrhus. importune à moi-même/ Pouvez-vous souhaiter qu’Andromaque vous aime?” 5) l’emploi du nom du pays au lieu du nom du roi qui dirige ce pays : „L’Épire sauvera ce que Troie a sauvé”. ces derniers sont mis à la place des personnages. L’article indéfini est une sorte de sourdine pathétique qui apparaît lorsque le personnage essaie de voiler son Moi. il Phèdre emploie le pronom indéfini on au lieu du nom propre Hippolyte. II. qu’un reste de tendresse. Par ces paroles. Selon Spitzer. Dans la tragédie Andromaque. mais des forces abstraites qui meuvent les personnages: „Un désordre éternel règne dans son esprit / Son chagrin inquiet l’arrache de son lit: Elle veut voir le jour: et sa douleur profonde / M’ordonne toutefois d’écarter tout le monde. le fils d’Hector. Pyrrhus prononce ces paroles en s’adressant à Andromaque: „Je viendrai vous prendre / Pour vous mener au temple où ce fils (= votre fils) doit m’attendre” (Racine. „Le croirai-je. une impression de retenue. construite au moyen de l’article indéfini: Ex. Dans la pièce Athalie (IV. afin de parler d’elle-même. Voici quelques procédés employés par Racine afin d’obtenir cet effet de sourdine: 1) l’emploi de l’article indéfini Andromaque en parlant d’elle-même à Pyrrhus emploie une synecdoque particularisante. I. 2). 2). 4) l’emploi de la troisième personne au lieu de la première personne. 4). seigneur. je sauverai ce que les Troyens ont sauvé de la cité de Troie” (Racine. Pyrrhus veut dire: „Moi. la troisième personne: „Captive. Oenone! On me déteste. „Mais déjà tu reviens sur tes pas. afin qu’il soit mis à mort. je puis donc vous nommer”. dit Pyrrhus. Phèdre s’écrie: Ex. Andromaque. 2) l’emploi du pronom indéfini on au lieu de moi (je).Leo Spitzer précise que si l’on étudie les tragédies de Racine. En voyant Oenone revenir trop vite de sa rencontre avec Hippolyte. I. I. 2). Racine fait ainsi agir non ses personnages. „Joas ne cessera jamais de vous aimer”. III. toujours triste.

Spitzer a montré qu’après avoir repéré les faits linguistiques présentant quelques déviations par rapport à la norme.. de Jules Romains. de devoirs j’allais sacrifier! / Quels périls . dans l’étude d’une œuvre d’un détail bien observé. L’aposiopèse est une figure par laquelle celui qui parle s’arrête avant d’avoir achevé l’expression de sa pensée. de Marcel Proust. Un grand nombre d’études stylistiques élaborées par Leo Spitzer sont consacrées à la langue littéraire ou à certaines particularités linguistiques des œuvres littéraires.. je les rappelle toutes” (Racine. Dans les vers suivants. Leo Spitzer caractérise la démarche concernant l’analyse stylistique de la façon suivante: „Partir. les troubles que j’évite. Dans l’exemple suivant l’expression ce que est combinée avec une épizeuxis: „Il peut seigneur. Il interrompt brusquement l’énumération des maux qui peuvent être la conséquence de son amour pour Andromaque : „Considère Phoenix. dit Esther. / Que d’amis. dans un article publié dans la revue Langage. Andromaque. 13). joue un rôle d’atténuation. qui ensuite devra être contrôlée par d’autres observations de détail”. la syntaxe. un regard m’eût tout fait oublier . ensuite en déduire une vue d’ensemble hypothétique d’ordre psychologique. la sémantique. 9) l’emploi d’une aposiopèse. Phèdre. I. il peut dans ce désordre extrême / Épouser ce qu’il hait et perdre ce qu’il aime” ((Racine. / Quelle foule de maux l’amour traîne à sa suite. Conclusion L’activité scientifique de Leo Spitzer s’est déployée dans les domaines les plus variés de la linguistique qui étaient en étroite liaison avec la stylistique: la lexicologie. de Michel Butor. Il a cherché la clé de l’originalité d’une œuvre littéraire au moyen d’une analyse stylistique approfondie. le stylisticien doit se servir de la connaissance ainsi acquise de l’œuvre pour mettre en valeur certains détails du texte. 8) l’emploi de l’expression ce que qui introduit des structures imprécises en ce qui concerne l’indication quantitative. en 1943. dans ce but. le critique doit chercher les raisons de ces déviations et tenter d’atteindre le centre de l’activité créatrice de l’écrivain. de Racine. Il paraphrase la maxime de Locke Nihil est in intellectu quod non antea fuerit in sensu de la manière suivante: Nihil est in syntaxis quod non fuerit in style (Il n’y a rien dans la syntaxe qui ne fût d’abord dans le style). Après avoir appréhendé la signification de l’œuvre après des relectures attentives. par exemple. tout en laissant clairement entendre ce qu’il ne dit pas. Pour souligner une attitude modeste. Pylade adresse ces paroles à Oreste)).. IV. il étudie quelques faits de style où il montre l’importance de l’étude de la syntaxe. » (Racine.„Je connais mes fureurs. Andromaque. II. 5) Cette interruption après „quels périls » est due au choc émotionnel déterminé par le souvenir d’Andromaque dont un seul regard aurait pu lui faire oublier tous les dangers qu’il aurait pu courir. il a étudié d’une manière originale le style de Henri Barbusse. Racine atténue une idée par l’emploi au pluriel d’un nom abstrait : „De mes faibles attraits le Roi parut frappé”.. il doit essayer de s’aider de tous renseignements fournis par l’œuvre littéraire. 31 . 3). de Rabelais. Pyrrhus s’adresse à Phoenix.

74 LES ÉCOLES DE LINGUISTIQUE D’OÙ SONT ISSUS LE STRUCTURALISME ET LA STYLISTIQUE STRUCTURALE L’École de Prague Ferdinand de Saussure. ne s’est jamais servi du terme de structure. la langue. est une espèce de système solaire dans l’orbite duquel sont attiré toutes sortes de choses. Bari. À un moment précis. vice versa. Suivant Spitzer. chimiste. p. Il souligne que le rythme saccadé dans un passage caractéristique de Diderot doit être interprété comme étant dû à un rythme intérieur. 1966. c’est l’étape déductive”. Paris. son esprit constituant le principe de cohésion de l’œuvre: „L’esprit d’un auteur. 1970. ce serait croire qu’on peut commencer par les termes et construire le système en faisant la somme. 32 . p. 74 Frédéric Deloffre. 72 73 Ibidem. qui expriment la sensibilité d’un écrivain ou d’un poète. Leo Spitzer. Laterza. p. En parlant de la doctrine stylistique de Leo Spitzer. c’est ainsi que procède tout homme de science. dit Spitzer.73 Selon cet auteur. le sujet. la confiance dans les ressources de l’esprit humain et le sens de la diversité des genres littéraires permettent de donner son efficacité à l’analyse stylistique”. d’une tension émotionnelle. pour ensuite vérifier mon hypothèse au moyen de beaucoup d’autres passages. physicien. c’est de lire leurs textes sans répit jusqu’à ce qu’une particularité du style frappe notre attention. à son avis représentait une notion essentielle. Il a employé fréquemment le terme de système qui. Critica stilistica e semantica storica. la langue forme un système de signes arbitraires dont toutes les parties peuvent être considérées dans leur solidarité synchronique. Frédéric Deloffre en souligne l’importance de la façon suivante: „La méthode de Leo Spitzer montre qu’une vaste culture. d’ordre érotique dans l’âme de l’écrivain: „c’est l’étape inductive de l’investigation. un écart vis-à-vis du langage usuel est l’indice d’un état psychique inhabituel.72 Suivant Spitzer. alors qu’au contraire c’est du tout solidaire qu’il faut partir pour obtenir par analyse les éléments qu’il renferme”. SEDES. Le définir ainsi ce serait l’isoler du système dont il fait partie. précurseur du structuralisme moderne. une œuvre littéraire représente un tout au centre duquel se trouve cristallisé l’art de l’écrivain. étymologiste. il a souligné la primauté du système sur les éléments qui le composent: „C’est une grande illusion de considérer un terme simplement comme l’union d’un certain son avec un certain concept. 72. l’intrigue ne sont que les satellites de cette entité mythologique”. l’œuvre semble se révéler à la suite d’une espèce de déclic mental. 68. 34.Selon Spitzer. le moyen le plus sûr pour découvrir les passages qui renferment des faits stylistiques. Selon lui. Stylistique et poétique françaises. Ce dernier signale que le fait de style et l’ensemble ont trouvé un commun dénominateur. à toute émotion ou à tout écart correspond dans le domaine expressif un écart par rapport à l’usage linguistique normal. En outre. critique littéraire.

Psychologie du langage. Oxford. L’École de Prague a élaboré les thèses linguistiques suivantes qui ont servi à orienter les recherches des linguistes: synthèse de la théorie structurale et du fonctionnalisme. de même que les monèmes ne peuvent se combiner librement dans la chaîne parlée pour former des phrases. Son ouvrage. il participe à la fondation et aux travaux du Cercle linguistique de Prague. Karcevsky. En relation avec R. Jakobson depuis 1920. Influencé par Baudouin de Courtenay et par Saussure. 1960. a employé le terme structure en 1933 dans La phonologie actuelle. 1971). La phonologie part du système comme d’un tout organique dont elle étudie la structure”. Éléments de linguistique générale. Nikolaï Sergueïevitch Troubetzkoï (Moscou 1890 – Vienne 1938). Les travaux du Cercle linguistique de Prague comprennent huit volumes d’ouvrages scientifiques et ont été publiés entre 1929 et 1939.Pour la première fois le terme de structure dans le domaine de la linguistique apparaît dans le titre d’un manifeste linguistique publié en 1929. Le Cercle linguistique de Prague connu aussi sous le nom d’École de Prague admet les distinctions faites par Saussure entre langue et parole. Martinet (membre lui aussi du Cercle linguistique de Prague). Essai pour une histoire structurale du phonétisme français (Paris. Il s’installe en 1922 à Vienne où il enseigne jusqu’en 1938. selon l’École de Prague la structure est caractérisée par la régularité2 des phénomènes linguistiques. 1970)). les phonèmes d’une langue ne peuvent se combiner sans restriction pour former des monèmes. C’est par ces thèses qu’a été inaugurée l’activité du Cercle linguistique de Prague. Nikolaï Sergueïvitch Troubetzkoï. voir aussi Haudricourt et Juilland. 1933: „Définir un phonème. c’est indiquer sa place dans le système phonologique. Klincksieck. il souligne que la structure est formée par un réseau de relations et il accorde une attention toute particulière aux éléments entre lesquels ces relations s’établissent.1 Ce manifeste qui contenait les thèses élaborées pour le premier Congrès des Philologues slaves était intitulé Problèmes de méthode découlant de la conception de la langue comme système. il définit la notion de phonème et établit la distinction entre la phonétique et la phonologie. 1962. examen au point de vue dichronique7 non seulement synchronique du système de la langue ((voir les ouvrages de A. mais il précise que ces distinctions ne doivent pas être traitées séparément. Klincksieck. synchronie et diachronie. par l’existence des classes3 linguistiques. Troubetzkoï. à Prague par trois linguistes: R. Les phénomènes linguistiques obéissent à des règles qui régissent des ensembles. Comparaison structurale et comparaison génétique. A Functional View of Language. S. 33 . Principes de phonologie (1939) a jeté les bases de la phonologie en tant que discipline scientifique. Économie des changements phonétiques. 2. ce qui n’est possible que si l’on tient compte de la structure de ce système. linguistique interne et linguistique externe. par la primauté4 du système4 ou de l’ensemble sur l’élément constitutif (ou sur l’unité linguistique). Notes 1. des structures. Jakobson. Paris. N. Paris. compréhension du rapport entre la langue et la parole6 en tant que rapport entre le général et le particulier. Paris.

qu’elle est constituée par un réseau de relations. toute diachronie est une succession de synchronies. Cours de linguistique générale. l’existence même des unités linguistiques. Le principe selon lequel le système l’emporte sur l’unité. il découvre à l’intérieur de ces deux parties du signe. tels qu’ils sont aperçus par la même conscience collective. Colin. op. 37). expression – contenu. p. la forme du contenu et la substance du contenu). sur l’élément est l’un des principes de base du structuralisme. Au contraire. en 1931. forme – substance). on doit tenir compte des relations que les unités linguistiques entretiennent dans le cadre du système. Martinet. Paris. Les classes sont des ensembles d’unités définis sur la base de leurs propriétés communes. Payot. L’École de Copenhague Au début. de Saussure. mais celle-ci est nécessaire pour que la langue s’établisse. Louis Hjelmslev ne s’arrête pas a la distinction entre le signifiant (le plan de l’expression) et le signifié (le plan du contenu). 4. sont étroitement liées et se supposent l’une l’autre: la langue est nécessaire pour que la parole soit intelligible et produise tous ses effets. „La langue et la parole. L’une des grandes distinctions conceptuelles que Saussure a introduites dans la linguistique moderne a été la distinction entre l’étude synchronique et l’étude diachronique de la langue. 1955. historiquement. Brøndal. le locuteur n’a pas conscience de l’évolution de la langue: „Pour le sujet parlant la succession des faits de langue dans le temps est inexistante: il est devant un état. 7. Cette théorie soutient que l’essence de la langue est formelle. cit. La linguistique structurale s’est rendue compte de l’importance présentée par la taxinomie et a essayé de jeter les bases d’une théorie de la classification. Selon Saussure la linguistique synchronique s’occupe des rapports logiques et psychologiques reliant des termes coexistants et formant système. cette École a jeté les bases de la Glossématique1 dont le contenu a été exposé par Louis Hjelmslev (1899-1965) dans un ouvrage publié en danois en 1943 et traduit en français en 1968 (Prolégomènes à une théorie du langage). „le code étant l’organisation qui permet la rédaction du message et ce à quoi on confronte chaque élément d’un message pour en dégager le sens” (A. des structures est considérée comme le résultat de l’existence de ce système de relations. La glossématique est une tentative de formalisation stricte des structures linguistiques ainsi qu’un approfondissement des concepts saussuriens (langue – parole. le fait de parole précède toujours” (F. Ensuite sous l’influence du néopositivisme. 1980. 5. Paris. Éléments de linguistique générale. selon Hjelmslev les glossèmes sont les plus petites unités linguistiques que l’analyse détermine comme invariants irréductibles sur le plan de l’expression comme sur la plan du contenu. la présence de deux nouvelles couches: la forme et la substance2 (la forme de l’expression et la substance de l’expression. de Saussure. 6. la doctrine de cette École ne se distinguait pas beaucoup de celle de l’École de Prague. 25). des termes. 157). Le terme de glossématique provient du mot glossa qui en grec signifie „langue”. p.. L’opposition qui est traditionnelle entre langue et parole peut aussi s’exprimer en terme de code et de message.” (F. p. On peut s’apercevoir de cette orientation en étudiant les travaux de V. 34 .3. elle s’inscrivait dans la lignée de l’enseignement de Ferdinand de Saussure. dans leur définition. dit Ferdinand de Saussure. les unités linguistiques ne peuvent pas être définies comme étant des éléments isolés. l’un des fondateurs de l’École de Copenhague.

chacune des parties d’un texte ne se définit que par les relations qui peuvent être établies entre chaque partie et les autres parties d’un même niveau. par exemple. par exemple. établie par la solidarité qui existe entre ces deux espèces de formes est appelée fonction sémiotique. c’est une unité porteuse de contenu)). il y a rection quand une unité en implique une autre. La glossématique a mis en relief le fait que l’essentiel dans le processus d’analyse n’est pas de diviser un texte en parties. La rection peut être unilatérale ou bilatérale (ou mutuelle). a toujours un nombre et un cas. Il souligne que la Glossématique est une linguistique immanente étant donné qu’elle exclut toute préoccupation transcendante (extralinguistique). Le plérème est l’élément de contenu comparable aux sèmes ((gr. 3. Les dépendances où les deux termes (éléments ou parties) se présupposent mutuellement s’appellent interdépendances. plein). kenos. il y a une rection entre certaines catégories de prépositions et certains cas grammaticaux des noms. Les dépendances où deux termes sont dans un rapport réciproque sans que l’un présuppose l’autre sont appelées constellations. des dépendances qui existent entre ces parties. 2. les catégories grammaticales du nombre et du cas entrent dans une rection mutuelle à l’intérieur du nom latin. l’existence de ces cas est la condition nécessaire de la présence de certaines prépositions. Un nom latin. Le signe jument analysé en cénèmes donnera [ž] + [y] + [m] + [ã] et analysé en plérèmes: cheval + genre „elle”. la structure de base du langage est caractérisée par certains traits : 1. Les axes de l’analyse paradigmatiques (associations in absentia selon Saussure) et syntagmatiques (associations in praesentia chez le linguiste genevois) sont nommés par Hjelmslev „fonction ou-ou” ou encore système et fonction et-et ou encore processus. Le linguiste danois entend par signe linguistique l’unité constituée par la forme de l’expression et la forme du contenu. sont appelées déterminations. L’existence de deux axes: le texte ou procès linguistique et la langue ou système linguistique. Une rection bilatérale (ou mutuelle) concerne la relation entre deux unités. Suivant Hjelmslev. Hjelmslev a créé des termes de linguistique tels que cénème et plérème. les dépendances unilatérales où l’un des termes seulement suppose l’autre. Cette unité ainsi formée. L’opposition langue – parole dont parle Saussure dans son Cours devient l’opposition entre schéma et texte ou usage dans la Glossématique. La rection unilatérale peut se représenter par une flèche dirigée vers l’unité régie: proposition principale → proposition subordonnée. le plan du contenu) c’est la forme qui remplit le rôle essentiel. des relations. La présence de deux plans: le contenu et l’expression. gr. 35 . pleros. Dans les langues comme le latin. mais de mener l’analyse de façon à tenir compte des rapports. de telle sorte que l’unité impliquée est une condition nécessaire pour que l’unité qui l’implique soit présente. Il emploie le terme cénème (unité vide de sens.Dans le cadre de chaque plan (le plan de l’expression. vide) à la place du terme phonème pour désigner les unités distinctives minimales au plan de l’expression. L’existence de relations bien définies entre les unités linguistiques.

Hjelmslev pratique une distinction nette entre les rapports paradigmatiques (des rapports dans le système) et les rapports syntagmatiques (des rapports dans le texte). la réaction linguistique (réponse linguistique) du locuteur au stimulus constitue pour l’allocutaire un stimulus linguistique (s) qui est à l’origine d’une réponse pratique (R). le langage c’est la possibilité que possède Jill lorsqu’il voit une pomme. propose dans son ouvrage intitulé Language une théorie générale du langage qui. à des situations. formelle entre deux termes. La communication est ainsi réduite au schéma S-R (stimulus-réponse) ou plus exactement au schéma: S. On trouve l’application de cette théorie dans les Travaux du Cercle linguistique de Copenhague. une théorie psychologique qui explique les phénomènes linguistiques en analysant les comportements et en les ramenant à des réponses. Hjelmslev emploie le terme de fonction pour désigner une relation abstraite. 1968. il appelle corrélations les rapports paradigmatiques. au lieu de la cueillir lui – même. la fonction sémiotique et celles qui en découlent déterminent sa forme. de Minuit. Le sens devient chaque fois la substance d’une forme nouvelle et n’a d’autre existence possible que d’être la substance d’une forme quelconque” (Hjelmslev. par exemple. Selon Bloomfield un acte de parole n’est qu’un comportement d’un type particulier. ce désir – stimulus est S. p. Le béhaviourisme précise que 36 . André prie son père de lui acheter une bicyclette. cette théorie présente beaucoup d’analogies avec la doctrine linguistique de Ferdinand de Saussure et surtout avec la glossématique. sous le nom de distributionnalisme a dominé la linguistique américaine jusqu’en 1955. Hjelmslev remarque que la substance dépend de la forme et qu’on ne peut lui prêter d’existence indépendante: „Tout comme les mêmes grains de sable peuvent former des dessins dissemblables. 2. Éd.On appelle combination la relation qui existe entre deux unités sans qu’il y ait entre elles de rection. Leonard Bloomfield (1887-1945) spécialiste des langues indo-européennes. La théorie de Bloomfield est fondée en grande partie sur le béhaviourisme. Paris. 151). tandis que les rapports syntagmatiques sont nommés relations. c’est l’acte linguistique r qui répond à ce stimulus S. de demander à Jack de la cueillir. le désir d’avoir une bicyclette „se fait sentir” chez Paul. Seules les fonctions de la langue. Le distributionnalisme Le descriptivisme américain (ou le distributionnalisme) a influencé lui aussi les recherches dans le domaine de la stylistique structurale. Bloomfield considère que les facteurs S et R sont des données extralinguistiques.r. alors que r et s sont des éléments de l’acte linguistique: ainsi. r agit comme stimulus linguistique s qui détermine le père de promettre d’acheter la bicyclette (R). En 1933. et le même nuage prendre constamment des formes nouvelles.R. c’est le même sens qui prend des formes différentes dans les différentes langues. À son avis. publiés à partir de 1944. Les deux termes entre lesquels une telle fonction existe sont appelés fonctifs. Prolégomènes à une théorie du langage. Les situations représentent des stimuli qui provoquent les réponses linguistiques ou le comportement linguistique du sujet. Notes 1. ((un stimulus externe (S) détermine quelqu’un à parler (r)).s.

elle aussi. dit-il. Sa théorie concernant les constituants immédiats se trouve à la base des études grammaticales américaines: „Tout locuteur de langue anglaise. qui s’intéresse à ce sujet nous dira à coup sûr que les constituants immédiats de Poor John ran away sont les deux formes Poor John et ran away. qui sont les constituants immédiats de ce constituant immédiat et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on arrive aux unités minimales. thèse qui s’oppose au mentalisme selon lequel la parole doit s’expliquer comme un effet des pensées. doit être expliquée par des conditions externes. Bloomfield demande qu’on se contente au début de décrire les paroles qui entrent dans la formation du corpus . morphème. chacune d’entre elles constituant à son tour une forme complexe. indépendamment de tout facteur interne. et away. 1970. des sentiments. Pour identifier les unités minimales sur le plan des unités signifiantes. forme complexe dont les constituants sont les morphèmes a – et way. le sens d’une unité linguistique c’est la somme des situations où elle apparaît comme stimulus et des comportements – réponses que ce stimulus entraîne de la part de l’allocutaire. Selon Jean Dubois l’analyse distributionnelle suppose l’existence de quelques principes: 1. Bloomfield réduit le langage à une somme de stimuli. Bloomfield applique aussi la commutation: ces unités sont appelées morphèmes. Ce n’est que de cette façon qu’une analyse appropriée… conduira aux morphèmes fondamentalement constituants”. les distributionnalistes refusent de poser le problème du sens. afin que cette description ne soit pas influencée par des préjugés. il emploie la méthode de la distribution dans la chaîne parlée. p. des intentions. on appelle constituants immédiats d’une construction. Paris. Le langage. L’analyse en constituants immédiats qui amène à attribuer à la phrase une construction hiérarchique consiste à décomposer d’abord l’énoncé en quelques segments assez vastes qui sont appelés ses constituants immédiats puis à subdiviser chacun de ceux-ci en sous-segments. les blocs constituants que l’on rencontre dans la couche immédiatement inférieure dans le processus d’analyse et de décomposition qui va de la phrase dans sa totalité aux unités les plus petites. Les distributionnalistes négligent l’étude du sens des structures parce que. Étant donné l’impossibilité de connaître complètement les situations où apparaît cette unité linguistique. Payot.le comportement humain est explicable à partir des situations dans lesquelles il apparaît. le corpus est formé de l’ensemble des énoncés qui ont servi effectivement à la communication 75 L Bloomfield. il demande qu’elle ait lieu en dehors de toute considération mentaliste et notamment qu’elle évite de faire allusion au sens des paroles prononcées. Ce non-recours au sens est critiqué par ceux qui ne veulent pas dissocier dans l’analyse le code et le sens. Bloomfield conclut de là que la parole. 153.75 Par conséquent. Bloomfield analyse les phonèmes au moyen de la commutation et les oppose à l’aide de leurs traits distinctifs. Lorsqu’il s’agit de les définir. 37 . et que les constituants de poor John sont les morphèmes poor et John. à leur avis. Il appelle cette thèse le mécanisme. que les constituants immédiats de ran away sont ran. Le premier principe est celui du caractère achevé du corpus.

elles sont équivalentes au point de vue distributionnel. une fois né. après s’être intéressé lui-même à la formalisation des éléments distributionnalistes de base a élaboré une conception linguistique nouvelle. Indiquer l’environnement d’une unité a dans un énoncé E c’est indiquer la suite d’unités a1…. Cet échantillon de langue recueilli est considéré représentatif de l’ensemble de la langue. Ce système permet au sujet 76 Zellig S. c’est. Structural Linguistics.entre des locuteurs appartenant au même groupe linguistique. On essaie de faire ressortir les régularités qui existent dans le corpus afin de donner à la description linguistique un caractère ordonné et systématique. Selon Chomsky l’enfant serait doué. Ce dernier pourrait subir un processus de maturation physiopsychologique qui permettrait à l’enfant d’identifier le type de langue auquel il devrait s’habituer. On suppose que ce corpus possède une certaine homogénéité et qu’il appartient au même groupe socio-culturel. Toute unité linguistique au-dessous du niveau de la phrase a une distribution caractéristique. a + 2… qui la suit. Le recours à la signification étant exclu. Or cette situation n’est connue que dans la pratique sociale. c’est-à-dire des phrases qui ne sont pas semblables à celles qu’il a entendues auparavant.a2 qui précède cette unité et la suite a + 1. La compétence est un système de règles possédé par les locuteurs et formant leur savoir linguistique. 3. Si des unités linguistiques apparaissent dans la même série de contextes. University of Chicago Press. grâce à ce système. Noam Chomsky. si elles n’ont aucun contexte commun. Chomsky a élaboré les concepts de compétence et de performance. notamment Zellig Sabbetai Harris76 à s’appeler distributionnalistes).Harris. les sujets parlants sont capables de prononcer ou de comprendre un nombre infini de phrases nouvelles. Un autre problème qu’il essaie de résoudre est celui de l’aptitude du locuteur à produire et à comprendre des phrases nouvelles. Le générativisme Élève de Zellig S. la seule notion qui serve de base à cette recherche des régularités est celle de contexte linéaire ou d’environnement.à-dire la description des éléments par leurs positions dans la chaîne parlée. Chomsky soutient l’hypothèse innéiste sur l’origine et le fonctionnement du langage. 38 . 2. 1968. après avoir entendu les messages émis par ceux qui l’entourent. Le troisième principe est celui de l’analyse syntagmatique des segments. d’un mécanisme qu’il nomme linguistic acquisition device. elles sont en distribution complémentaire.Harris. Le deuxième principe est que le sens d’un message linguistique ne peut être valablement défini que par la situation dans laquelle un locuteur émet ses énoncés et par les comportements réponses que ces énoncés provoquent chez l’auditeur. L’environnement sert aussi à définir la distribution d’une unité: c’est l’ensemble des environnements où on rencontre cette unité dans le corpus (Le rôle fondamental de cette notion a conduit les linguistes qui se réclament de Bloomfield. ces segments ne sont pas indépendants étant donné que des contraintes séquentielles s’exercent sur eux. dite générative.

dans les phrases réalisées par ceux-ci dans les situations diverses de communication. Paris. cette double notion de structure et de fonction a déterminé un renouvellement partiel de la stylistique: „L’idée de fonction stylistique. La forme de celles-ci est déterminée par leurs fonctions. est déjà chez Bally. 34. La réalisation concrète de la langue est l’acte de parole. dont la Stylistique est conçue comme „l’étude des faits d’expression du langage du point de vue de leur contenu affectif” opposé à „leur contenu rationnel ”. la disparition de la déclinaison des cas latins en français a été déterminée surtout par 77 P. 1972. les comparatistes au XIXe siècle considéraient au contraire que ce rôle de communication était une cause de dégénérescence de toutes les langues. dit Pierre Guiraud. Le linguiste américain a aussi conçu les notions de structure profonde et de structure de surface qu’il a intégrées dans sa grammaire générative. et une compétence particulière.Guirand. formée de règles innées qui sous-tendent les grammaires de toutes les langues. La Stylistique. L’analyse de l’acte de parole nous renseigne sur les fonctions du langage. La structure de surface est la structure syntaxique de la phrase telle qu’elle apparaît à première vue. Les comparatistes ont affirmé à maintes reprises que les lois phonétiques détruisaient progressivement les structures grammaticales de la langue qui étaient soumises à leur action. ces règles sont apprises grâce à l’environnement linguistique constitué par les sujets parlants. PUF. LE FONCTIONNALISME ET LA STYLISTIQUE FONCTIONNELLE Certains linguistes ont affirmé que la langue est un ensemble systématique de signes dont les valeurs sont mises en évidence par leurs relations dans le cadre des structures spécifiques. par exemple. c’est l’ensemble des actes langagiers qui donnent à autrui des informations sur notre propre pensée et en sens inverse nous donnent des informations sur celle d’autrui. La communication chez Ferdinand de Saussure L’une des innovations de la linguistique saussurienne a été de déclarer essentiel à la langue son rôle d’instrument de communication.77 La communication La fonction essentielle du langage est de communiquer.parlant de porter un jugement de grammaticalité sur les énoncés présentés. 39 . La structure profonde est l’expression de cette phrase à un niveau abstrait avant qu’aient lieu les opérations de transformation qui réalisent le passage des structures profondes aux structures de surface. formée des règles spécifiques d’une langue.Il y a une compétence universelle. La communication dont le sens est l’objet. p. sur les facteurs qui y concourent et sur la nature des signes qui y sont employés. Chomsky souligne que la performance est l’expression de la compétence des locuteurs concrétisée dans leurs multiples actes de parole.

Entre deux personnes qui parlent s’établit un circuit de la parole. deux phénomènes physiologiques (la phonation et l’audition) et un phénomène physique de nature acoustique (les ondes sonores). Ces différents facteurs de la communication peuvent être représentés schématiquement comme suit: Destinateur (Émetteur) 40 contexte message contact code Destinataire (Récepteur) . un aperçu sommaire portant sur les facteurs constitutifs de tout procès linguistique est absolument nécessaire. Soient deux personnes qui s’entretiennent: A est le locuteur et B l’interlocuteur. la transmission se faisant cette fois du cerveau de B à sa bouche puis à l’oreille de A et enfin au cerveau de celui-ci et ce processus continue tant que dure la conversation. Ces sons sont transmis par l’intermédiaire des ondes sonores de la bouche de A à l’oreille de B. Pour faire ressortir la nature de ces fonctions. La communication est présentée par Ferdinand de Saussure comme un événement social. un canal physique et une connexion psychologique entre le destinateur et le destinataire. Selon les fonctionnalistes l’étude d’un état de langue au point de vue de la fonction des éléments qui la constituent indépendamment de toute considération historique doit aboutir à l’explication des changements phonétiques et morpho-syntactiques qui ont lieu dans la langue.la chute de la partie finale des lexèmes latins. Ferdinand de Saussure identifie un phénomène psychologique (le concept et l’image acoustique qui se trouvent dans le cerveau). Le circuit de la parole peut prendre naissance dans le cerveau de A où „les faits de conscience que nous appellerons concepts se trouvent associés aux représentations des signes linguistiques ou images acoustiques servant à leur expression”. Si B répond à ce message. due à l’évolution phonétique.). Le groupe de linguistes de l’École de Prague (ou le Cercle de Prague) fondée par N. R. enfin le message requiert un contact. puis à son cerveau. Pour être opérant. Cette partie finale des mots latins contenait le plus souvent les marques des cas. contact qui leur permet d’établir et de maintenir la communication. Dans le cerveau de A une impulsion est donnée aux organes de la parole pour qu’ils produisent les sons nécessaires à la compréhension du message.S. Selon Roman Jakobson le langage doit être étudié dans toute la variété de ses fonctions. ensuite le message requiert un code commun au destinateur et au destinataire (à l’encodeur et au décodeur du message). Troubetzkoï et Roman Jakobson ont mis l’accent dans leurs recherches sur la notion de fonction (fonction du langage comme système de communication. un deuxième acte de parole se produit. certains disciples de Ferdinand de Saussure que l’on a nommés fonctionnalistes ont considéré l’étude d’une langue comme la recherche des fonctions des éléments qui forment le système de celle-ci. Jakobson envisage le cas où le destinateur (l’émetteur) envoie un message au destinataire (le récepteur). fonction de divers éléments à l’intérieur du système. etc. Partant de la thèse que la langue est un instrument de communication. Dans ce circuit. le message requiert un contexte auquel il renvoie et qui est saisissable par le destinataire (le récepteur).

p. vous m’entendez? Dites vous m’écoutez? etc. 5.15. Roman Jakobson a souligné que „la fonction poétique projette le principe d’équivalence de l’axe de la 41 . à attirer l’attention de l’allocutaire (ex. Que voulez-vous dire?” demande le destinataire au destinateur.: „Je ne vous suis pas. La fonction émotive qui est évidente dans les interjections colore presque tous les propos des sujets parlants. à vérifier si le circuit fonctionne. Le code peut être un procédé technique qui permet de transformer un message composé dans une langue naturelle en signaux qui ne sont plus directement compréhensibles (on dit que le message est codé). Suivant ce linguiste la littérarité relève de la fonction poétique du langage. puis à partir de ces signaux de reconstituer le message initial. 1973. Remarques. elle vise à une expression directe de l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle. Paris. Seuil. La fonction émotive est représentée dans la langue par les interjections. ex. grammatical et lexical.). La fonction phatique est exprimée par les messages qui servent exentiellement à établir. 2. le discours est centré sur le code: dans ce cas. La fonction métalinguistique. Roman Jakobson a précisé que l’objet de la science de la littérature est la littérarité. l’orientation vers le contexte. Roman Jakobson distingue les fonctions du langage suivantes: 1. Par le terme poétique il faut surtout entendre littéraire. l’accent mis sur le message pour son propre compte est ce qui caractérise la fonction poétique du langage. prolonger ou interrompre la communication. aux niveaux phonique. Elle tend à donner l’impression d’une certaine émotion.: Allo. il remplit une fonction métalinguistique (ou de glose).Chacun de ces six facteurs donne naissance à une fonction linguistique différente. La fonction dénotative (cognitive ou référentielle) qui consiste dans la visée du référent. c’est-à-dire ce qui fait d’une œuvre donnée une œuvre littéraire. Cette fonction ne peut être étudiée avec profit si on perd de vue les problèmes généraux du langage et d’un autre côté une analyse minutieuse du langage exige que l’on prenne sérieusement en considération la fonction poétique. Elle est exprimée surtout au moyen des phrases injonctives. ce qui fait qu’un message soit littéraire. Le destinateur peut aussi s’enquérir auprès du destinataire s’il a compris le message: „Est-ce que vous avez compris ce que je veux dire?” 6. La visée du message en tant que tel. 10 Par code dans le communication il faut entendre la langue (anglais. 20 Le contexte désigne la situation spatio-temporelle dans laquelle se trouvent le destinateur et le destinataire (les communicants). Dans les Questions de poétique. La fonction poétique. 3. français) dans laquelle est composé le message. La fonction expressive ou émotive qui est centrée sur le destinateur. La fonction conative qui est orientée vers le destinataire trouve son expression grammaticale dans le vocatif et l’impératif. Chaque fois que le destinateur et /où le destinataire jugent nécessaire de vérifier s’ils utilisent le même code. Celles-ci possèdent une configuration phonique particulière et peuvent jouer un rôle syntaxique (une interjection est l’équivalent d’une phrase complète). 4. vraie ou feinte.

de Minuit. de Minuit. L’axe des combinaisons est nommé axe syntagmatique. Éd.78 Roman Jakobson souligne que les particularités des divers genres poétiques impliquent la participation des autres fonctions du langage à côté de la fonction poétique. Formes et fonctions Les embrayeurs. que ici signifie place de la Concorde et que par demain Dupont entend le 3 décembre 2001. 42 . L’axe paradigmatique c’est l’axe vertical des rapports virtuels entretenus par les unités susceptibles de commuter: „Soit enfant. Les vers de la poésie lyrique qui concernent la 2e personne sont marqués par la fonction conative. Otto Jespersen (1860-1943) a donné le nom de shifters (changements de vitesse) aux embrayeurs. gosse. la construction de la séquence repose sur la contiguïté”. 1963. Paris. Coupé des circonstances de son énonciation. Je serai ici demain ne signifie rien si vous ne savez pas que c’est Dupont (je) qui parle. le problème des embrayeurs en étroite liaison avec les faits stylistiques. mioche. orientée vers la première personne est étroitement liée à la fonction émotive. Le terme d’embrayeurs est la traduction en français du nom shifters. comme nous l’avons déjà montré. repose. La sélection est produite sur la base de l’équivalence. de la similarité et de la dissimilarité. Les embrayeurs sont des mots qui n’ont pas de sens en eux-mêmes. c’est l’axe horizontal des rapports entretenus par les unités linguistiques dans la chaîne parlée. p. tous plus on moins équivalents d’un certain point de vue. mais désignent la chose ou la personne signifiée en fonction de leur place dans l’énoncé: „Tout code linguistique. la combinaison est le processus par lequel une unité de la langue entre en relation sur le plan de la parole avec d’autres unités elles aussi réalisées dans le message. 221. contient une classe spéciale d’unités grammaticales qu’on peut appeler embrayeurs: la signification générale d’un embrayeur ne peut être définie en dehors d’une référence au message”. La poésie épique qui emploie d’habitude la 3e personne met à contribution la fonction référentielle. Paris. Le terme métaphorique d’embrayeurs suppose que l’on articule deux plans distincts: d’un certain point de vue les embrayeurs constituent des signes linguis78 R. dit Jakobson. sommeille. tels que enfant. Roman Jakobson a aussi étudié. somnole. Jakobson. Essai de linguistique générale. la poésie lyrique. Les deux mots choisis se combinent dans la chaîne parlée. Éd. le discours contenant des embrayeurs ne peut pas être interprété. tandis que la combinaison. et Émile Benveniste les a nommés indicateurs. le thème du message: le locuteur fait un choix parmi une série de noms existants plus ou moins semblables.sélection sur l’axe de la combinaison”. Il faut entendre par sélection l’opération par laquelle le sujet parlant choisit une unité linguistique sur l’axe paradigmatique. dans Essais de linguistique générale. 1963. il fait choix d’un des verbes sémantiquement apparentés – dort. Les embrayeurs représentent une catégorie de signes qui n’ont pas de contenu référentiel. dit Jakobson. ensuite pour commenter ce thème. gamin.

de l’énonciation historique ((la troisième personne. Z donne des ordres (il ordonne). 1. fr. Dans le style direct le rapporteur s’acquitte objectivement de sa tâche lorsqu’il répète textuellement ce qu’un actant a dit. aujourd’hui). oratio directa. un temps périphrastique. Y fait des réflexions sur… (il pense). de présent. Ils permettent la conversion de la langue comme système de signes potentiels en parole (discours par lequel le destinateur et le destinataire confrontent leurs dires sur le monde). les temps verbaux. Exemples d’embrayeurs: les pronoms personnels. un récepteur) et un énoncé. sans ajouter sa propre opinion. certains adverbes de lieu et de temps. cette division qui concerne le style a pour fondement la nature et la fonction de la communication. le style indirect et le style indirect libre. un destinataire (un interlocuteur. ils appartiennent au code de la langue. sémiologie verbale d’impératif. discours direct) rend les pensées et les paroles de quelqu’un telles qu’elles ont été formulées. en plus de la troisième. La citation littérale des paroles et des pensées d’un personnage ou du narrateur constitue dans ce type de discours une mimesis pure selon la théorie de Platon exposée au troisième livre de la République. Benveniste) de plus – que – par fait. à ces temps. le nom le lendemain ayant une valeur adverbiale)) et les embrayeurs du discours (première et deuxième personnes. sémiologie verbale d’imparfait. d’imparfait. Il faut aussi souligner le fait que la distinction fondamentale qui oppose les fonctions cognitive et expressive apparaît comme un embrayage qui fait possible le passage du plan de la chose désignée à celui du locuteur. demain. et le prospectif. un émetteur). de plus – que – parfait. que le rapporteur est subjectif lorsqu’il fait des remarques sur l’énoncé qu’il reproduit au point de vue de sa véracité. Celle-ci comporte un destinateur (un locuteur. il faut ajouter le futur dans le passé exprimé au moyen du conditionnel. inscrits par leur occurrence dans un réseau déterminé de coordonnées spatiales et temporelles. ce dernier. de passé composé. On distingue aussi des embrayeurs du récit. Le style direct (lat. Le style direct. la personne dont on parle et qui peut être absente est représentée par il. comporte un sujet (ou un prime actant) qui peut être le locuteur. ou dictum. Celui-ci peut être représenté par je. Le style direct s’insère ainsi dans le texte narratif au moyen d’un signe de 43 . le style indirect et le style indirect libre La grammaire et la stylistique distinguent le style direct. par exemple. l’interlocuteur peut être représenté par tu. mais en même temps ils constituent des faits concrets. les démonstratifs. X prononce des paroles (il dit).tiques. on dit. série adverbiale du type ici. substitut du futur formé d’un auxiliaire de mode (devoir ou aller) à l’imparfait (l’auxiliant) et d’un verbe à l’infinitif. de passé simple (nommé „aoriste” par É. l’adverbe là. au contraire. On appelle modus l’ensemble de ces indications pragmatiques qui marquent que le locuteur assume l’énoncé et qui montrent parfois l’attitude que celui-ci manifeste à l’égard du contenu de ce qu’il dit. il peut spécifier la nature de cet énoncé. Cependant le message n’est altéré dans sa structure ni dans ce second cas: le narrateur ne s’en tient pas à introduire le personnage dont il reproduit l’énoncé.

mais je ne suis pas obligé de la croire”. à cause de Mme de Chevreuse dans le complot du comte de Chalais. il s’adresse à sa femme). (Louis XIII avait beaucoup d’aversion pour la reine. de froidure et de pluie” (Charles d’Orléans. à ceux qui vivent. /Je pense à ceux qui ne sont plus !” (V. / Il dit „Je songe à ceux que l’existence afflige. / À ceux qui sont. Gallimard. Benveniste. c’est ce qui est communément appelé discours indirect”. etc. Des verbes tels que penser. À quoi songeaient les deux cavaliers dans la forêt). „Le vent nous apportait de lointains angelus. – Moi. 2. elle avait été impliquée. 1966. Hugo. mais à les rapporter par l’intermédiaire d’un subordonnant qui les rattache au verbe (le modus) qui les annonce. lat. Le passage du style direct au style indirect peut entraîner toute une série de modifications morphosyntaxiques concernant la personne. douter. La garde viendra à onze heures et je vous mènerai au train de midi”. Ex. oratio obliqua). On appelle aussi le style indirect. Le style indirect (discours indirect. il peut être enchâssé dans l’énoncé sous la forme d’une incise. etc.79 Le style indirect consiste à ne pas citer textuellement les paroles d’une personne. la reine (Anne d’Autriche) ayant fait porter au roi qui était gravement malade des paroles de regret. le suppliant surtout de ne pas croire qu’elle eût jamais conspiré contre sa personne.transposition qui indique le changement de niveau narratif. supposer. 44 . La Peste). ou bien il peut être placé à la fin du discours reproduit. où le discours est rapporté en termes d’événement et transposé sur le plan historique. Paris. Il savait que son épouse entretenait des intelligences avec les Espagnols. s’imaginer. employés uniquement par le discours indirect en tant qu’introducteurs ou transposi79 E. Le modus peut se trouver avant les paroles ou les pensées rapportées. Problèmes de linguistique générale. et surtout avec ses frères. Louis XIII déclara au comte de Chavigny: „En l’état ou je suis. „Dors si tu peux. parce qu’il est repris en main par le narrateur et intégré dans son récit. je lui dois pardonner. De plus. discours narrativisé. 242. lui dis-je. la substance des paroles d’un locuteur. Les paroles d’un locuteur peuvent être rapportées indirectement: „L’énonciation historique et celle du discours. La renonciation à la reproduction textuelle peut être considérée comme une tendance à l’abstraction. discours narrativisé. „Un jour. Le style indirect emploie comme introducteurs ou transpositeurs. juger.: „Il n’y a bête ni oiseau /Qu’en son jargon ne chante ou crie”: / „Le Temps a laissé son manteau /De vent. Le Printemps). peuvent à l’occasion se conjoindre en un troisième type d’énonciation. écrit Émile Benveniste. constituant le modus ou la copule logique. Le style indirect rapporte seulement le sens. dit-il (c’est le docteur Rieux qui parle. des verbes qui sont exclusivement à sa disposition. (Camus. le plus souvent un verbe déclaratif (verbe transpositeur). maître de la grande-robe du roi Louis XIII). le roi Philippe IV et le Cardinal Infant. les modes et les temps des verbes. croire.

Ex.: „La comtesse de Carlisle s’aperçut bientôt qu’il (= le duc de Buckingham) affectait de porter des ferrets de diamants qu’elle ne connaissait pas” (langage intérieur). Verbe transpositeur: défendre. 67. appréhender. le discours indirect permet d’exprimer mieux l’attitude du rapporteur à l’égard des paroles ou des pensées rapportées. Ex. et jugeant d’abord que la comtesse de Carlisle avait pris les ferrets. Verbe transpositeur : s’apercevoir. P. presque tous leurs éléments affectifs: „Le style indirect. 80 P. p.: „Elle (la reine) m’assura même plusieurs fois qu’il allait de son honneur que je fusse content d’elle et qu’il n’y avait rien d’assez grand dans le Royaume pour me récompenser de ce que j’avais fait pour son service”1. 7. Ex. 91. Mais le discours indirect enlève aux paroles rapportées. Verbe transpositeur (ou introducteur): accuser. 3. Ex. ou dictum.80 Voici quelques phrases extraites des Mémoires de La Rochefoucauld où l’auteur emploie le style indirect: 1. 4. Verbe transpositeur: assurer. Ce dernier a plus d’importance dans le style indirect que dans le style direct. puisque apparemment elle ne les ferait pas changer”. 39. p. 65. 6. il (le duc de Buckingham) dépêcha à l’instant même un ordre de fermer tous les ports d’Angleterre et défendit que personne n’en sortît”. p. 5.: „Le Cardinal (Richelieu) accusa la Reine d’avoir concerté cette entreprise avec le duc de Buckingham.: „Le duc de Buckingham s’aperçut le soir de ce qu’il avait perdu. 8. p. pour faire la paix des huguenots et pour lui donner prétexte de revenir à la cour et de revoir la Reine” (p. Ex. 39. Ex. écrit Pierre Guiraud. rapporte un énoncé in absentia auquel sont déniées toutes les marques prosodiques de la phrase locutive qui sont le propre d’un énoncé in praesentia … Le locuteur principal n’a pas la possibilité de prêter sa voix au locuteur secondaire”. 2.: Un jour le Roi (Louis XIII) était renfermé seul avec la Reine. Guiraud. Verbes transpositeurs: juger. Ex.F.: „Je lui conseillais (à Mme de Chevreuse) de suivre les goûts de la Reine. 40).: „Dans cette extrémité. Verbe transpositeur: conseiller . Verbe transpositeur: déclarer. Verbe transpositeur: avertir. elle renouvela ses plaintes contre le Cardinal et déclara qu’elle ne le pourrait plus souffrir dans les affaires” (p. 1972. 40. Paris.U. p. 39. Ex. 45 .: „La Reine mère (Marie de Médicis) avertit le Roi que le Cardinal était amoureux de la Reine sa femme”. il appréhenda les effets de sa jalousie et qu’elle ne fût capable de les remettre entre les mains du Cardinal pour perdre la Reine” (langage intérieur). La stylistique. Verbe transpositeur: demander. ont en commun la particularité de mettre le rapporteur en évidence. 41). 9. p.teurs. p.

en s’asseyant. Employé surtout dans la langue écrite et en particulier dans la narration littéraire. „Rieux lui demanda comment il allait. la faute en était à quelques mutins qui par leurs violences avait effrayé Carthage. Par le style indirect libre. Ensuite. bougonna qu’il allait bien et qu’il irait encore mieux s’il pouvait être sûr que personne ne s’occupât de lui. c’était certain!” (Flaubert. les inversions et l’emploi d’autres éléments expressifs exclus de la phrase subordonnée employée dans le style indirect. il bavarderait. Son père l’avait conduit en pèlerinage au temple d’Ammon. Cottard. D’ailleurs personne n’habitait aux environs. par aucun subordonnant. id. (Camus. Cette forme de style n’est introduite par aucun verbe (absence du modus).Ex. La meilleure preuve de ses bonnes intentions c’était qu’on l’envoyait vers eux. Son trésor était vide. En général. Rieux fit observer qu’on ne pouvait pas toujours être seul”.: „Emma se repentit d’avoir quitté si brusquement le précepteur. tout le monde sachant bien à Yonville que la petite Bovary. associations d’idées). Mme Bovary). La Peste). donc. l’ancien commandant des mercenaires. Salammbô). Le style indirect libre autorise les exclamations. avait deviné d’où elle venait. ce chemin ne conduisait qu’à la Huchette. le narrateur adhère le plus étroitement possible aux paroles du personnage.). Le style indirect libre peut servir à présenter brièvement la biographie d’un personnage: „Mâtho finit par s’émouvoir de ces prévenances et peu à peu il desserra les lèvres: Il était né dans le golfe des Syrtes. La Peste). Sans doute. Autres exemples de style indirect „Doucement. 3.: „Il (Louis XIII) parut même disposé à chasser le Cardinal et demanda à la Reine mère qui on pourrait mettre à sa place dans le ministère”. Le style indirect libre ne se situe pas sur le même plan que le style direct et le style indirect. on peut reproduire le langage intérieur d’un personnage (souvenirs.: „Il blâma les torts de la République et ceux des Barbares. il cherchait seulement à savoir si le témoignage de Rambert pouvait ou non être sans réserves” (Camus. il constitue une technique élaborée qui combine les formes du style direct et les formes du style indirect. Dans le style indirect libre. Le discours de Giscon. l’éternel 46 . Au moyen du style indirect libre. Le style indirect libre a été nommé la parole et la pensée représentées. Rieux dit qu’en effet une pareille condamnation serait sans fondement. Puis il avait chassé les éléphants dans les forêts de Garamantes. Le tribut des Romains l’accablait” (Flaubert. L’histoire de la nourrice était la pire excuse. on peut rendre succinctement le contenu du discours de quelqu’un: „Il (le suffète Hannon) exposait au capitaine les charges infinies de la République. lui. il allait faire des conjectures défavorables. Binet. depuis un an était revenue chez ses parents. mais qu’en posant cette question. et il ne se tairait pas. envoyé par Carthage pour payer la solde à ceux-ci est brièvement rendu par Flaubert au moyen du style indirect libre. Ex. 41. les injonctions. au moyen du style indirect libre. p. il s’était engagé au service de Carthage…” (Flaubert. Ex. on rapporte les pensées et les paroles d’une personne à l’aide de propositions indépendantes.

On peut rendre par le style indirect libre les raisonnements des personnages.adversaire du suffète Hannon. on les avait tués. soit de la faculté de sélection et de substitution.81 Il a montré aussi les rôles joués par la fonction métaphorique et la fonction métonymique dans tous les processus de symbolisation: dans les rêves. Essais de Linguistique générale. 1963. certains que le secours / Serait prêt dans quatre ou cinq jours” (La F. Éd. il l’amusait par des paroles soumises et galantes” (La Rochefoucauld. Autres exemples de style indirect libre „Il (Raymond Rambert) alla droit au but. / Ils demandaient fort peu. (Camus. 47 . Roman Jakobson a remarqué que les troubles aphasiques qui sont un signe de l’altération du langage dévoilent que le malade est atteint soit de trouble de la similarité (choix des mots) soit de trouble de la contiguïté (incapacité de construire des phrases): „Toute forme de trouble aphasique. soit de celle de combinaison et de contexture. La relation de similarité est supprimée dans le premier type et celle de contiguïté dans le second. „Cependant Mme de Chevreuse commençait à s’impatienter: on ne faisait rien pour elle ni pour ses amis. Ils se rappelèrent que plusieurs d’entre eux. / Attendu l’état indigent / De la république attaquée. les mythes et dans la littérature et les arts: 81 R. „Un jour au dévot personnage / Des députés du peuple rat / S’en vinrent demander quelque aumône légère: / Ils allaient en terre étrangère / Chercher quelque secours contre le peuple chat. (Flaubert. le pouvoir du Cardinal augmentait tous les jours. dit Jakobson. sans doute” (Flaubert. La métaphore devient impossible dans le trouble de la similarité et la métonymie dans le trouble de la contiguïté”. 61. La métaphore et la métonymie Dans ses Essais de linguistique générale (éd. cit. de Minuit. Salammbô). Paris. Ces deux tropes (ou métasémèmes) ont à leur base deux types d’associations verbales: la similitude des termes (c’est le cas de la métaphore) et leur contiguïté (c’est le cas de la métonymie). Jakobson. Ils ne devaient point supposer au peuple l’ineptie de vouloir irriter les braves ni assez d’ingratitude pour méconnaître leurs services”. Le rat qui s’était retiré du monde).. Mémoires). consiste en quelque altération plus ou moins grave. p. Il enquêtait pour un grand journal de Paris sur les conditions de vie des Arabes et voulait des renseignements sur leur état sanitaire”. raisonnements du type enthymème: „Mais la fureur des Barbares ne s’apaisa pas. tandis que la seconde altère le pouvoir de maintenir la hiérarchie des unités linguistiques. / Ratopolis était bloquée: / On les avait contraints de partir sans argent. La Peste). Roman Jakobson a fait ressortir la valeur fonctionnelle de la métaphore et de la métonymie. Salammbô). La première affection comporte une détérioration des opérations métalinguistiques.). partis pour Carthage n’en étaient pas revenus.

l’auteur réaliste opère des digressions métonymiques de l’intrigue à l’atmosphère et des personnages au cadre spatio-temporel. Ibidem. 63. mais on n’a pas encore suffisamment compris que c’est la prédominance de la métonymie qui gouverne et définit effectivement le courant littéraire qu’on appelle réaliste. qui appartient à une période intermédiaire entre le déclin du romantisme et la naissance du symbolisme et qui s’oppose à l’un comme à l’autre.„La compétition entre les deux procédés. la question décisive est de savoir si les symboles et les séquences temporelles utilisés sont fondés sur la contiguïté („déplacement” métonymique et „condensation” synecdochique freudiens) ou sur la similarité („identification” et „symbolisme” freudiens). C’est aussi que dans une étude sur la structure des rêves. 1969. métonymique et métaphorique. elle peut utiliser les concepts de ces sciences mais non pas les méthodes employées par celles-ci. l’attention artistique de Tolstoï est concentrée sur le sac à main de l’héroïne. Paris. Dans la scène du suicide d’Anna Karénine. la stylistique est une science tournée exclusivement vers l’étude du style littéraire Elle doit essayer de retrouver dans un texte littéraire la marque personnelle et originale d’un auteur. Didier. p.83 Jakobson souligne que la métaphore joue un rôle important dans la poésie surréaliste et dans la poésie en général et il met en évidence le fait que la critique littéraire a trop mis l’accent sur la fonction de la métaphore dans les textes. au lieu de remarquer que la métonymie détient un rôle prépondérant par rapport à la métaphore. différentes raisons peuvent déterminer le choix entre ces deux tropes. qu’il soit intrasubjectif ou social. 332 p. 48 . est manifeste dans tout processus symbolique. Les études des styles. Suivant la voie des relations de contiguïté. dit-il. Bernard Dupriez Bernard Dupriez84 souligne que la tâche de la stylistique est de décrire et d’interpréter les signes du style. Les principes qui commandent les rites magiques ont été ramenés à deux types: les incantations reposant sur la loi de similitude et celles fondées sur l’association par contiguïté”. Il est friand de détails synecdochiques. et dans Guerre et Paix les synecdoques „poils sur la lèvre supérieure” et „épaules nues” sont utilisées par le même écrivain pour signifier les personnages féminins à qui ces traits appartiennent”.82 Roman Jakobson explique ensuite comment la métaphore et la métonymie (auxquelles il ajoute la synecdoque) sont employées dans la poésie et dans le roman: „Dans la poésie. 82 83 Ibidem. La primauté du procédé métaphorique dans les écoles romantiques et symbolistes a été maintes fois soulignée. 84 B. Dupriez. Bien que la Stylistique ait des rapports assez étroits avec la linguistique. la psychologie et avec d’autres sciences humaines. À son avis.

les sonorités (figures de rhétorique: allitérations.). étude des rimes). analogiques. plus touchantes ou plus belles que le texte original. Dictionnaire de linguistique. s’il y a lieu. affectif ou évocateur).. il faut chercher par quoi chaque élément du texte pourrait être remplacé. – fonctions et formes grammaticales. dessins de mots). on doit d’abord choisir une phrase clé qui renferme des traits spécifiques du style de l’écrivain. Paris. I. Il ne faut pas nécessairement que les variantes trouvées soient plus justes. Dubois. car selon Dupriez il serait absurde de vouloir corriger un texte littéraire. Au niveau de la deuxième articulation du langage: – les graphies (majuscules. L’auteur remarque que la longueur du texte qu’on doit segmenter et soumettre à l’opération de commutation doit être limitée pour des raisons pratiques. C. Les éléments de style découverts peuvent être étudiés: A. car l’analyse d’une oeuvre en entier exigerait plusieurs années d’étude: „mais. elle se définit simplement par l’aptitude à entrer dans les mêmes constructions (J. Larousse. Dans la recherche de variantes linguistiques. ponctuation. Histoire du texte et apparat critique. on doit trouver des variantes. il ne représente qu’une étape de l’analyse (le texte à étudier doit être toujours considéré comme un modèle). homoïotéleutes. on doit employer des dictionnaires explicatifs. La commutation est l’opération par laquelle le linguiste vérifie l’identité paradigmatique de deux formes de la langue. Selon Dupriez une analyse stylistique doit commencer par une segmentation du texte en éléments aussi réduits que possible. – ordre des mots (constructions de phrases).Dans l’analyse stylistique. 1993). opération qui consiste à établir pour chaque unité ou élément du texte les variantes stylistiques possibles (les stylèmes) dans lesquelles l’auteur a fait un choix. La commutation permet de retrouver ces choix. Il affirme que dans un chef-d’œuvre presque toutes les phrases sont des phrases-clés. Cette identité paradigmatique doit être distinguée de l’identité formelle ou sémantique. ensuite de les interpréter. description. on peut connaître une personne à un seul de ses gestes surtout si ce geste est typique et intégré dans toute une action et bien observé”. des dictionnaires de synonymes. dialogue. Dupriez propose que l’on emploie la commutation85. Au niveau de la première articulation du langage: – lexèmes (sémantisme intellectuel. À son avis. Choix d’un fragment (de préférence quelques lignes seulement). etc. – la nature de l’exposé (narration. etc. 49 85 . etc. l’auteur précise que l’établissement des variantes n’a pas pour but une ré-création du texte. celles-ci doivent être littéraires c’est-à-dire qu’elles doivent entrer dans la ligne générale spécifique du texte étudié. B. – rythmes. Au moyen de ces instruments de travail. Au niveau spécifiquement littéraire: – procédés (images. figures de pensée. – les phonèmes. Pour chaque élément. dit-il. Dupriez a dressé un tableau concernant la démarche de l’analyse.). etc.

dans Éléments de stylistique. sonorités. Insérer les variantes une à une dans le contexte (là où il y a variante. Interprétation des stylèmes. Segmentation. rythmes (phénomènes intéressant la sémiotique et la rhétorique). Explication du passage. L’analyse des mots au point de vue lexicologique et sémantique. Études des formes grammaticales et des constructions.42 sq. Il fait ressortir le fait que des linguistes tels que Ferdinand de Saussure. IV. Selon cet auteur. la stylistique structurale s’occupe surtout des structures de type syntagmatique. Roudil. Gustave Guillaume. 1972. p. Barucco montre que depuis longtemps la notion et le terme de structure appartiennent aux langues de spécialité. mais à leurs relations. Suivant ce stylisticien. Barucco précise que le structuralisme entend par le terme structure une relation de type abstrait. Paris. Trouver le motif du choix. œuvre b) Explication interne: graphies. Principe constant: ne relever que les éléments utiles à la compréhension du texte. V. Point de vue rhétorique ou poétique Le texte: point de vue théorique et littéraire Résumé des résultats III. a souligné que la stylistique est structurale dans la mesure où elle n’attache pas de valeur stylistique aux mots eux-mêmes.. et cependant c’est de la parole que s’occupe les théories ayant trait à la stylistique. il y a choix de la part de l’auteur) pour en apprécier la valeur. telles qu’elles apparaissent dans le texte. la stylistique structurale part d’un principe très simple suivant lequel les éléments d’un texte ou d’un message ne doivent jamais 50 . avec les variantes possibles. Suivant Barucco. c) dans le domaine de la chimie. on parle de la structure d’une cathédrale. L’auteur souligne que la structure ne se situe pas sur l’axe horizontal syntagmatique qui est l’axe de la combinaison et qui concerne la parole et non pas la langue. Barucco. la relation structurale dans la langue se situe sur l’axe vertical des paradigmes dans ce qu’on a appelé aussi „la réserve” où puise le locuteur les éléments nécessaires à la construction des séquences syntagmatiques. Louis Hjelmslev n’ont pas posé le problème d’une structure de la parole. Commutation. Énumérer les éléments commutables. des relations qui s’établissent entre différents éléments linguistiques dans la parole (dans le discours). b) la biologie emploie l’expression „la structure d’une cellule”.II. on trouve l’expression „la structure de la molécule de l’eau lourde”. a) Explication externe: biographie. a) dans le domaine de l’architecture. d) la géologie utilise l’expression „ la structure de l’écorce terrestre”. LA STYLISTIQUE STRUCTURALE P. à la différence de la linguistique structurale qui étudie les structures paradigmatiques en langue. Barucco P. etc. ancien professeur à l’Université de Nice.

il souligne que tout d’abord il faut établir une description de tous les éléments du texte considéré au plan phonique. Éléments de stylistique. Par conséquent. Barucco. on constate alors qu’à cet entrelacement de rapports internes correspondent aussi des rapports équivalents au niveau sémantique. c’est pourquoi le commentaire stylistique doit tenir compte de l’organisation du texte et employer des méthodes d’analyse spécifique. p. L’auteur précise que les articulations internes du texte doivent être analysées en tenant compte des principes d’identité et d’opposition: „De même qu’un phonème. dans cette opération on doit tenir compte de chacun des plans du langage et des connexions qui existent entre eux. métrique). lexique. L’analyse stylistique dont parle l’auteur a été mise en pratique par R. le signe ne peut tirer ses effets stylistiques de sa forme ni de sa substance. Jakobson et C. mais uniquement de ses relations avec les autres signes présents dans le texte. il faut accorder une égale importance aux relations marquant les différences et aux relations marquant les similitudes des unités stylistiques: „Quand on aura distingué.87 Barucco met en évidence le fait que l’analyse stylistique concerne aussi le niveau sémantique. délimitables) avec les autres éléments contigus d’un message. tout d’abord à l’intérieur de chaque plan et ensuite d’un plan à l’autre. phonologie. dit-il.86 L’indication des articulations fonctionnelles des unités stylistiques ne saurait se faire isolément. L’auteur indique comment on doit procéder lorsqu’on veut pratiquer une analyse stylistique. 51 . l’œuvre). mais se combinent entre eux pour constituer de par leur convergence ce conglomérat stylistique selon l’expression de Riffaterre”. morphologie. Ibidem. LeviStrauss dans le commentaire qu’ils ont fait sur le sonnet Les Chats de Baudelaire: 86 87 P. dès que l’analyse formelle a rendu compte par la description des symétries et des asymétries du fonctionnement de telle ou telle séquence au niveau des microstructures (le mot. la phrase) et à celui des macrostructures (le chapitre. Il précise qu’un texte littéraire ne saurait être réduit à la somme de ses composantes. dit-il. on restituera la complexité du texte par la mise en relation des différents niveaux de langue entre eux.. p. On constatera ainsi que les différents moyens stylistiques non seulement s’ajoutent séparément l’un à l’autre. Il pense que l’étude de la langue poétique n’aboutit au niveau structural que lorsque les composantes individuelles en sont examinées d’abord dans leurs corrélations et ensuite dans leur relation avec la totalité structurale du texte. de même le fait stylistique se constitue aussi comme unité distinctive”.être envisagés isolément mais toujours comme étant les composants d’un ensemble organique. On doit mettre en relief le réseau de relations qui unissent ces formes entre elles. 46. cit. d’un système. ces relations aux différents niveaux linguistiques autonomes (syntaxe. mais surtout de mettre en relief la fonction stylistique telle qu’elle est engendrée par les articulations du texte. il s’agit non seulement de faire l’inventaire des figures de stylistique. au point de vue structural. 46. Suivant Barucco. éd. fonctionne en qualité d’unité distinctive par ses contrastes discrets (= distincts. au plan morphosyntaxique et au plan lexical. Suivant Barucco un même signe peut avoir des valeurs non seulement différentes mais contradictoires selon sa distribution.

Ceux-ci sont ensuite mis en communication. La structure du message littéraire est une liaison dialectique de deux niveaux: le niveau de la structure linguistique et celui de la structure littéraire. Ceux-ci sont définis comme ayant plusieurs niveaux hiérarchisés constitués par des éléments mérismatiques. la structure du message littéraire se caractérise par rapport à la structure d’un message non littéraire. sémantique. le style étant analysé comme un langage spécifique à l’intérieur même de la langue”. phonématiques. le rôle de traits distinctifs relevants. Barucco montre que la visée critique se situe au centre de l’œuvre: „L’œuvre. éléments textuels. prosodique) comme un véritable système et ont tracé les relations qui s’instauraient de système à système: relation entre la versification et la syntaxe.„Le sonnet y est d’abord décrit. syntaxique. syntaxiques. ces éléments peuvent jouer dans ce cas. comme un système d’identités et d’oppositions distinctives dans ses différents plans. dit Barucco. Levi-Strauss ont procédé à l’établissement des équivalences de même niveau.89 Lubomir Dolezel (membre de l’École de Prague) Suivant Lubomir Dolezel qui a essayé de formuler quelques principes fondamentaux concernant la théorie de la stylistique structurale. ils ont envisagé chaque niveau (phonique. est abordée comme un objet clos dont on étudie le fonctionnement interne.88 Dans l’analyse du sonnet Les Chats. p. Jakobson et C. En faisant des remarques sur les traits caractéristiques de l’analyse stylistique de type structural. Un caractère de distribution: ce caractère concerne le mode de liaison d’un élément donné avec d’autres éléments de même niveau. chaque message est formé d’une suite d’éléments segmentaires et suprasegmentaires. relation entre la syntaxe et la sémantique. dit Barucco. 88 89 Ibidem. Un caractère ayant trait à la fonction externe linguistique. tandis que le caractère de la fonction interne linguistique et le caractère de la fonction externe sont nommés „caractères fonctionnels”. Selon L. R. morphématiques. par l’existence d’un système plus compliqué des caractères fonctionnels des éléments textuels. 2. l’analyse débouchant enfin sur une interprétation sémantique”. Les éléments textuels possèdent les caractères suivants: 1. 52 . „caractères formels”. Ibidem. etc. 47. L’auteur nomme le caractère de stratification et le caractère de distribution. 4. 3. supra-syntaxiques (contextuels). Un caractère ayant trait à la fonction interne linguistique: ce caractère est mis en évidence par la participation d’un élément donné à l’expression des éléments des niveaux supérieurs. Un caractère de stratification: les éléments d’un niveau donné sont constitués d’éléments de différents niveaux inférieurs. Il appelle ces éléments. sémantique. Dolezel une attention toute particulière doit être accordée aux caractères fonctionnels des éléments textuels dans les ouvrages littéraires.

I. Tel mot du message littéraire en tant que motif dans l’édification de la structure littéraire offre un caractère de fonction esthétique”. 53 . Le caractère constant. de syntagme) accuse un caractère de fonction linguistique. il justifie cette démarche par le fait que l’analyse des plans supérieurs du message linguistique rend plus facile la compréhension des caractères fonctionnels des moyens d’expression des niveaux inférieurs. comme les caractères du texte entier. comme l’est une métaphore. L’élément textuel possédant des caractères formels l et des caractères fonctionnels Si s’appellera moyen linguistique avec une fonction stylistique.Les éléments de la structure littéraire sont exprimés à l’aide des éléments de la structure linguistique mais ces éléments revêtent un nouveau caractère fonctionnel car ils participent de manière essentielle à la structure littéraire. c) sémantique externe: „tel mot du message littéraire en tant qu’élément de proposition (ou. Nous appellerons l’élément textuel dont les caractères formels et fonctionnels ont la nature des caractères l moyen linguistique. Exemple de moyen stylistique: un néologisme poétique”.91 Suivant Dolezel la stylistique doit se proposer d’abord pour but la description des moyens stylistiques et des systèmes qui emploient ces moyens. au contraire.Dolezel. nous le définissons comme le caractère de l’élément textuel par qui il est marqué dans tous les domaines du réseau de communication K. la proposition „l’élément textuel révèle les caractères formels variables” est équivalente à la proposition „l’élément textuel n’existe que dans un certain domaine du réseau de communication”. éventuellement.90 Lubomir Dolezel expose ensuite sa théorie concernant les caractères textuels constants et variables. Le système des caractères fonctionnels des éléments textuels du message littéraire est formé donc par trois fonctions essentielles: a) linguistique interne. l’analyse stylistique doit s’occuper d’abord du domaine des moyens suprasyntaxiques. 257 sq. le moyen linguistique. À son avis. p. Travaux linguistiques de Prague. Ibidem. b) esthétique interne. a le caractère de fonction sémantique. nous convenons de l’appeler moyen stylistique. 1966. l’élément de texte possédant des caractères formels et fonctionnels Si. Un exemple de moyen linguistique est fourni par un mot qui possède une signification conventionnelle (indirecte). Tel mot du message littéraire en tant que dénommant un élément de la réalité extralinguistique. constants (les caractères l ) et variables (les caractères Si). Car les caractères formels sont les caractères constituants de l’élément textuel. 90 91 L. le moyen stylistique et il montre ensuite quelle est la tâche fondamentale de la stylistique: „Les caractères des éléments textuels …sont. c’est-à-dire dans un ou plusieurs secteurs de communication Ki. le caractère variable n’est coordonné à l’élément textuel que dans un certain domaine du réseau de communication. il propose l’utilisation des méthodes exactes par lesquelles la linguistique structurale a l’habitude de décrire les moyens linguistiques. une figure. On appelle fonction esthétique le caractère fonctionnel spécifique des éléments textuels du message littéraire. Pour cette description.

des positions équivalentes engendrées par des constructions parallèles ne sont pas nécessairement contenues dans la même proposition ou phrase. Levin souligne.K. Ex. Les adjectifs grand et beau.: un grand (A) et (C) beau (A) monument (N). S. 33 sq. la structure poétique est „une structure dans laquelle les formes équivalentes du point de vue du sens et (ou) du point de vue du son sont placées dans des positions syntagmatiques équivalentes.92 Afin d’exemplifier la théorie de Jakobson suivant laquelle „la fonction poétique projette le principe d’équivalence de l’axe de la sélection sur l’axe de la combinaison”. par exemple. Elles sont. tandis que dans une position „parallèle” chaque adjectif détermine un nom différent. Afin d’illustrer cette affirmation. tall et wooden se trouvent dans des positions comparables.K. Il y a position comparable lorsqu’il y a une structure du type A (adjectif) + C (conjoction) + A (adjectif) + N (nom) = ACAN. il y a deux types d’équivalences positionnelles selon que les positions sont comparables ou parallèles. Suivant Levin. p. Levin Selon Levin. Gravenhague. qu’à son avis. Levin donne pour exemple l’extrait suivant d’un poème de William Carlos Williams (Theocritus: Idyl I): If the Muses choose the young ewe you shall receive a stall-fed lamb as your reward but if They prefer the lamb you shall have the ewe for second prize.S.: une grande tour et une belle colonnade A N C A N Exemple de Levin: good food and soft music A N C A N Dans une position „comparable” les deux adjectifs déterminent le même nom. les formes ainsi placées constituant des types particuliers de paradigmes”. Exemple de Levin: tall (A) but (C) wooden (A) bildings (N). Levin. Lingvistic Structures in Poetry. 1962. 92 S. qui essaie d’illustrer la théorie de Jakobson concernant la fonction poétique. 54 . Des constructions parallèles en positions équivalentes peuvent être formées des verbes à l’impératif et des noms ayant la fonction de complément d’objet direct. Il y a position parallèle lorsqu’il y a une structure du type A (adjectif) + N (nom) + C (conjonction) + A (adjectif) + N (nom) = ANCAN. Ex. du type V N C V N (verbe + nom + conjoction + verbe + nom) Exemple: bring me a newspaper and buy me a cigar (apporte-moi un journal et achète-moi un cigare).

Qu’en d’autres termes.Traduction du fragment: „Si les Muses/choisissent la jeune brebis/ vous recevrez/ un agneau engraissé à l’étable/ pour votre récompense/mais si/elles préfèrent l’agneau/vous/ aurez l’agneau pour/second prix”. l’habitude de prendre en considération seulement les figures de rhétorique présentes dans le message. selon lui. Riffaterre.94 Michael Riffaterre Selon M. young ewe et lamb. une première opération qui s’imposerait serait de rassembler tous les éléments marqués au point de vue du style et ensuite de les analyser au moyen des méthodes linguistiques. 55 . „l’appréciation esthétique a priori” ont longtemps entravé le développement de la stylistique considérée comme science des styles littéraires. et de la nature positive ou négative des réactions du lecteur. la critique impressionniste des textes littéraires. Suivant Riffaterre les faits stylistiques possèdent un caractère spécifique sinon on ne pourrait pas les distinguer des faits linguistiques. Tout ce passage est un complexe de parallélismes: C N V N .93 Ce système de couplage représente un système de sélection de structures équivalentes qui donne naissance à un sous-code poétique à l’intérieur de la langue commune. affectif ou esthétique ajouté à l’information transmise par la 93 94 Ibidem. Levin souligne que ce passage est un exemple de couplage „c’est-à-dire de structure dans laquelle des formes de nature équivalente (en l’occurrence sémantique) arrivent dans des positions équivalentes”. as your reward et for second prize sont en constructions parallèles avec / stall-fed/lamb et ewe. Il précise que le style qui est compris comme un soulignement expressif. est littéraire tout texte qui s’impose à l’attention du lecteur par sa forme indépendamment ou non de son contenu. La plupart des formes placées dans ces positions équivalentes sont sémantiquement équivalentes: choose et prefer. receive (recevrez) et have (aurez) arrivent en constructions parallèles avec (stallfed) lamb (agneau engraissé) et ewe (brebis). L’auteur conclut de ces faits que „en lisant un poème nous constatons que les syntagmes engendrent des paradigmes particuliers et que ces paradigmes à leur tour engendrent les syntagmes.N V N P N but (mais) C N V N – N V N P N. ancien professeur à l’Université Columbia des États-Unis. il est normal que les méthodes linguistiques puissent être utilisées pour la description objective de la façon dont la fonction littéraire du langage est employée par un écrivain. Ibidem. Riffaterre décrit la littérarité exclusivement en termes d’effet. Dans ce fragment choose (choisissent) et prefer (préfèrent) se trouvent dans des constructions parallèles avec young ewe (jeune brebis) et lamb (agneau). Si l’on tient compte du fait qu’entre le langage et le style il y a une étroite parenté. receive et have reward. le poème engendre son propre code dont le poème est le message unique”. Pour procéder à une analyse stylistique.

Paris. tandis que dans le code oral. pour triompher de l’inertie ou de la distraction du destinataire n’a pas à sa portée les moyens extralinguistiques d’expression (gestes. L’imprévisibilité obligera le lecteur à l’attention et c’est ce phénomène qui provoque l’effet de style et non pas l’écart par rapport à la norme. L’effet stylistique de surprise est engendré par l’imprévisibilité d’un élément du texte par rapport à un élément antérieur. L’écrivain pour transmettre son message et. Dans le vers suivant du Cid de Corneille. est forcé de comprendre naturellement. 1971. les éléments qu’il veut mettre en relief doivent être imprévisibles. il est très attentif à la rédaction de son texte. en même temps. l’écrivain contrôle le décodage étant donné qu’il encode là où il considère nécessaire les éléments qui attireront brusquement l’attention du lecteur quel que soit l’état de fatigue de celui-ci. par conséquent. En outre.structure linguistique sans altération du sens. l’écrivain est conscient de la nécessité de rendre son message persuasif. 56 . le locuteur a une tâche plus facile car il peut sur-le-champ adapter ses paroles aux réactions de son interlocuteur (allocutaire). par exemple. De cette façon. „Cette obscure clarté qui tombe des étoiles”. consiste dans la mise en relief de certains éléments de la séquence verbale afin de les imposer à l’attention du décodeur. Flammarion.95 Si l’émetteur désire que ses intentions soient perçues par le récepteur. Essais de stylistique structurale. Le syntagme obscure clarté est un oxymoron. l’écrivain doit donner à son message une efficacité maximale qui soit valable pour tous les récepteurs. Ce n’est pas seulement la signification du message qu’est transmise au lecteur. intonation) dont dispose un locuteur. la compréhension du message transmis. dit Riffaterre. 95 M. L’écrivain qui joue le rôle d’encodeur doit prévoir l’inattention du décodeur (le lecteur) ou le désaccord de celui-ci à l’égard du message encodé. ou un ordre de mots inhabituel. c’est –à – dire du lecteur. c’est pourquoi l’auteur de l’œuvre littéraire doit substituer à ces moyens des procédés d’insistance de nature stylistique. 33. surtout des figures de style. mais aussi de partager les vues de l’auteur quant à ce qui est important et ce qui n’est pas dans son message”. p. ces éléments sont rangés et encodés de telle manière que celui-ci ne puisse les omettre sans déformer le sens du texte. mais aussi l’attitude de l’auteur à l’égard du texte émis: „Le lecteur. un procédé stylistique constitué par la jonction de deux lexèmes incompatibles par leur sens. Riffaterre souligne que c’est par le langage qu’on exprime un énoncé mais que c’est par le style qu’on met en valeur certaines parties de celui-ci. Riffaterre. le lexème clarté est au point de vue sémantique imprévisible par rapport à obscure. aux opérations d’encodage car il doit rendre plus facile le décodage. en conséquence. En outre.

La variabilité du contexte peut expliquer „pourquoi une unité linguistique acquiert. L’analyse stylistique doit aussi porter son attention aux éléments non marqués. étranger au code employé: Ibidem. le lexème ignorant. Le macrocontexte est la partie du message littéraire qui précède le procédé stylistique et lui est extérieure. dans cet exemple. Riffaterre a remplacé la notion de norme par celle de contexte stylistique qui se caractérise par les traits suivants: 1º le contexte „est automatiquement pertinent” (pertinent se dit de tout élément d’une langue qui joue un rôle dans la communication). un prêtre incrédule” (Balzac. ce qui représente la structure stylistique d’un texte c’est une séquence d’éléments marqués en contraste avec des éléments non marqués au point de vue stylistique. On appelle pattern un modèle spécifique représentant d’une façon schématique une structure de la langue. 98 M. L’élément imprévisible (le stimulus) est. il y a deux types de macrocontexte: A. Riffaterre nomme microcontexte l’endroit dans un contexte où se trouve le stimulus. Exemple de stimulus: „Ce pyrophore humain est un savant ignorant. 2º le contexte „est immédiatement accessible parce qu’il est encodé”. un mystificateur mystifié. Suivant Riffaterre. le microcontexte est limité dans l’espace et peut être constitué par une seule unité linguistique.cit. p. l’élément non prévisible (l’élément qui crée la surprise). Le microcontexte qui contient le stimulus est représenté par un savant ignorant (c’est un oxymoron). en outre. En général. 57 97 96 . Contexte → procéde stylistique → Contexte Ce premier type se caractérise par le retour du pattern contextuel qui avait préparé le procédé stylistique. Illustre Gaudissart). 65. En voici un exemple où l’on trouve l’insertion d’un mot. le microcontexte a une fonction structurale comme pôle d’un groupe binaire dont les composantes sont en opposition. p. Riffaterre.98 Le style n’est pas constitué par une succession de figures. op. modifie ou perd son effet stylistique en fonction de sa position. 64. il s’agit souvent de groupes binaires dont les pôles (contexte et contraste) sont inséparables. de tropes. c’est la forme simple de l’adjectif qui est expressive. 3º le contexte „est variable et forme une série de contrastes avec les procédés stylistiques successifs”. de procédés. pourquoi chaque écart à partir de la norme n’est pas nécessairement un fait de style et pourquoi effet de style n’implique pas anormalité”.96 Le contexte est défini par Riffaterre comme un pattern97 rompu par un élément imprévisible. dans un contexte où il y a beaucoup d’adjectifs au comparatif et au superlatif..Riffaterre précise que le lecteur est une sorte de cible visée par le procédé stylistique dont le but est d’agir sur le récepteur sans que celui-ci puisse se garder de son impact.

Les indications se renforcent par leurs convergences”.. „Qu’il y ait erreur ou préjugé est sans importance. était considéré comme un indice suffisant. à son tour permettra de nouveaux contrastes”. après un procédé stylistique produit par un archaїsme). 45. op. 58 . Getting Married) B. M.Pecksniff est présenté comme un criminel. tout commentaire attaché à un endroit précis du texte. Le fait même de dénier toute valeur stylistique à un élément quelconque peut impliquer une valeur stylistique”. commente de la façon suivante la création de cette notion d’archilecteur par Riffaterre: „L’indice du style étant pour lui l’effet produit sur le lecteur. 1985. alors qu’il n’est qu’un très typique paterfamilias anglais qui assure sa pitance et celle de ses filles” (G. Duculot. annihile leur capacité à accentuer un point particulier du texte. ce contexte. l’archilecteur peuvent être engendrés par: a) des commentaires critiques faits par des spécialistes b) des jugements de valeur portés sur des passages bien précis. 87. p. dit Riffaterre.Shaw.„Le pauvre M. en général. Une mauvaise interprétation des faits indique tout de même des faits. la saturation qui en résulte conduit ces procédés stylistiques à perdre leur valeur de contraste. un instrument qui permette que l’interprétation stylistique se fasse sur l’ensemble des faits stylistiques et non sur les réactions trop subjectives d’un seul lecteur. étude insérée dans l’Introduction aux études littéraires. l’élément imprévisible engendre de nouveaux éléments du même genre qui ne seront plus imprévisibles. leur contenu étant déjà connu. après un procédé stylistique formé par une antithèse. Riffaterre. Paris. p.100 99 100 Ibidem. 83. et les réduit au rôle de composants d’un nouveau contexte. p. qu’il soit positif ou négatif. d’autres antithèses constitueront un nouveau contexte qui pourra permettre de nouveaux contrastes. Les réactions aux stimuli encodés dans le texte et qui constituent. Il a nommé ce procédé lecteur moyen „appelé ensuite „archilecteur” („le groupe d’informateurs utilisé pour chaque stimulus ou pour une séquence stylistique entière sera appelé „archilecteur”1). c’était aux lecteurs multiples que Riffaterre demandait d’indiquer les endroits du texte où se produisait cet effet. Contexte → procédé stylistique qui est le point de départ d’un nouveau contexte → procédé stylistique. cit. Riffaterre décrit ce type de macrocontexte de la manière suivante: „Le procédé stylistique engendre une série de procédés stylistiques du même genre (par exemple. En fait.99 Le nouveau type de macrocontexte est donc formé par un accroissement exagéré du procédé stylistique qui étendant ses limites à la suite d’un emploi répété constitue un nouveau pattern: par conséquent. Delacroix dans La Stylistique. par exemple.B. Riffaterre a imaginé un „outil” destiné à relever les stimuli stylistiques d’un texte d’une façon plus objective.

comme programme prioritaire.c) des notes portant sur le texte contenues dans les apparats critiques. elle entretient d’étroites liaisons avec la sémiotique et la critique littéraire: „La sémiotique explore la portée significative vers l’extérieur – la significativité – d’un système sémiologique donné: le langage . mais cette opération n’a d’intérêt que si on peut aussi mesurer le degré du marquage langagier repéré en l’occurrence. cit. Paris. À son avis. 36. afin de déterminer comment est exprimée la littérarité. 211 p. PUF. 1986. de transformer des jugements de valeur en jugements d’existence „en négligeant le contenu du jugement de valeur et en le traitant comme un simple signal”. Molinié précise: 101 102 Ibidem. En 1989. de valeurs significatives sont au cœur de la problématique stylistique: décrire le fonctionnement d’une métaphore ou l’organisation d’une distribution de phrase. Suivant cet auteur. Ibidem. La Stylistique. c’est-à-dire la spécificité du fait littéraire et comment un texte acquiert la qualité d’être littéraire. la recherche scientifique du domaine de la littérature au moyen des outils employés par la linguistique.. En outre. Il précise que l’objet de la stylistique structurale est „la recherche du caractère significatif dans une pratique littéraire”103.102 Georges Molinié Georges Molinié. d) des réactions des natifs dotés de la conscience du langage – objet après avoir lu le texte. professeur de stylistique française à l’Université ParisSorbonne (Paris IV) a fait paraître en 1986 un ouvrage consacré à la stylistique intitulé Éléments de stylistique française. La stylistique est une science du langage étant donné qu’elle s’occupe de l’investigation systématique et technique d’un domaine particulier de l’activité humaine représenté par le langage. 103 G. Molinié. Eléments de stylistique. e) des remarques d’ordre stylistique faites à la suite de l’examen d’une traduction: „un exemple de traduction libre. PUF. Paris. 42. Molinié..104 En ce qui concerne les contacts établis entre la stylistique et la critique littéraire..101 Par l’emploi de l’archilecteur. Riffaterre a essayé de transformer les jugements résultés de l’examen des réactions au style d’un auteur qui étaient subjectives en un instrument objectif d’analyse afin de trouver des constantes derrière la variété des jugements. c’est nécessaire. 10. il a publié dans la collection Que sais-je ? (Presses universitaires de France) un opuscule portant le titre: La Stylistique. Les questions de représentativité. Et cette mesure de près ou de loin est d’ordre sémiotique”. p. la stylistique structurale a formulé. pourrait nous indiquer qu’existe en ce point précis un procédé stylistique qui défie une traduction littérale”. 104 G. 59 . la stylistique peut être envisagée sous un double aspect : elle est en même temps une discipline et une pratique. p. 1991 (première édition). éd. dit Riffaterre. p.

qui cerne la littérarité de ces discours. mais dans la théorie stylistique de Molinié. par „la masse du public”. des tournures spécifiques dans la présentation des faits). responsable à la fois du modèle générique choisi et du récit exposé .105 Selon George Molinié. les actants sont des pôles fonctionnels dans l’échange discursif. Le terme d’actant a été emprunté à l’ouvrage de Lucien Tesnière. L’émetteur I peut marquer sa subjectivité dans les préfaces. G. Il est possible qu’on relève des traces de l’émetteur dans son énoncé (par exemple. Les réseaux actantiels se hiérarchisent à l’intérieur de trois grands niveaux : un niveau α (alpha) dont l’émetteur est l’instance productive du discours littéraire (scripteur). il y a une surabondance de marques de littérarité. la surdétermination. Cette surabondance de marques constitue la surdétermination. il a reçu un autre contenu sémantique : en stylistique actantielle. Molinié a jeté les bases de l’analyse stylistique actantielle. le marquage suppose un repérage des faits ou des traits stylistiques qui relèvent de la mise en oeuvre de la fonction poétique. G. L’étude de la répétition des faits stylistiques est un moyen important employé pour caractériser un style. Molinié montre que le stylème est un fait stylistique (ou une détermination langagière) qui a une fonction dans une perspective de littérarité. La réunion d’un ensemble de traits stylistiques assortis à une thématique et constituant une caractéristique du texte forme ce que Molinié nomme une dominante. Le niveau II représente les actes de parole effectués entre les personnages mis en scène (les diverses formes du discours rapporté dans les romans. Molinié précise que le rapport des deux pôles actantiels de ce niveau n’est pas textuellement réversible. ou par les intrusions du Je dans le corps du texte. 60 . Éléments de syntaxe structurale. le récepteur est représenté par „la masse des consommateurs”. La science de la littérature. parmi ces moyens qui vont de l’histoire littéraire à l’esthétique. le stylème. le récepteur est le public qui prend contact avec ces productions. il y a un phénomène de surmarquage lorsque dans un texte. la répétition.„La critique est un discours sur le discours littéraire . Molinié souligne que le discours littéraire est perçu par rapport à deux pôles constitutifs: le pôle émetteur du destinateur (actant E) et le pôle récepteur du destinataire (actant R). le récepteur est conscient du déploiement discursif des éléments à valeur esthétique. un poète. la sociologie. Au niveau I. la dominante. 105 Ibidem. rencontre forcément les déterminations stylistiques des genres et des procédés”. la stylistique est surtout une praxis. Molinié souligne que par la présence de ces traits. elle est aussi la somme des moyens utilisables pour tirer un discours toujours plus éclairant et toujours plus intéressant. figure la stylistique. le texte des pièces de théâtre). un dramaturge. en passant par la grammaire historique. Suivant ce stylisticien. la psychologie et quantité d’autres approches. G. 1959. Klincksieck. Paris. etc. l’émetteur est l’énonciateur patent du discours: un romancier. appliquée à la formation concrète du discours étudié. Il précise que le stylème est la plus petite unité significative stylistiquement c’est-à-dire la plus petite unité de caractérisation de littérarité. Cet auteur montre que les principaux concepts stylistiques employés dans une analyse sont : le marquage.

Le fait stylistique n’est pas seulement propre aux textes littéraires. la signification ne peut rester absolument la même lorsqu’on pratique le choix entre les éléments du discours et alors. mais qu’il y a aussi un certain nombre de pratiques stylistiques. Il souligne qu’on peut dire du style ce que disait Arletty dans un film: „Il y a trente-six façons de dire: je vous aime”. 216. malgré la diversité des théories concernant la stylistique qui les sous-tendent : „Les analyses stylistiques les plus opposées sur le plan des principes se fondent sur un ensemble largement cohérent d’opérations communes”. Perec dans les pastiches d’articles scientifiques107. L. 213 sq. Bien entendu. p. on le retrouve aussi dans les textes scientifiques comme l’a démontré G. Molino. Paraphrasant une maxime de La Rochefoucauld. p. Il constate dès le début.Problèmes concernant le style et la stylistique (le colloque Qu’est-ce que le style?) (Paris. de méthodes d’analyse qui se caractérisent par le fait qu’elles diffèrent assez peu entre elles. PUF. Pour une théorie sémantique du style. on ne peut nier l’existence du fait stylistique. entre des tournures distinctes si l’on maintient presque invariable la signification de cette idée. L’intérêt d’une telle démarche consiste dans la création d’une grille d’analyse qui puisse permettre une comparaison des procédés employés sans tenir compte des doctrines stylistiques qui les utilisent. 61 106 .108 C’est pourquoi il se propose d’entreprendre une analyse des analyses stylistiques telles qu’elles sont couramment pratiquées. Molino montre que le stylisticien doit lire à maintes reprises les textes qu’il se propose d’analyser et qu’il doit essayer de relever les traits caractéristiques de ceux-ci: par conséquent. son évidence s’imposant partout. 1991.. intellectuelle et des significations accessoires qui viennent s’y ajouter. que leur réalité est irréfragable. in Qu’est-ce que le style?. il y a donc fait de style lorsqu’on peut dire la même chose d’une infinité de façons. J. 107 G. Presses Universitaires de France. afin d’essayer de construire une „stylistique empiriquement validable”. Paris. il procède à un inventaire stylistique dont l’intention est descriptive. on peut avoir le choix entre des mots. Molino dit que le style est l’hommage que le fond rend à la forme. en échange. et autres écrits scientifiques. Molino. Molino observe qu’il n’y a pas seulement la certitude que les faits de style existent. on est astreint à identifier une signification fondamentale presque invariante. que si l’on éprouve bien des difficultés à bâtir une théorie acceptable de la stylistique. la valeur de ces nouvelles significations est ornementale et affective. op. Paris. Seuil. 1994. 1994) Jean Molino (Université de Lausanne) Jean Molino a essayé d’établir une théorie sémiologique du style106. Cantatrix Sopranica. Perec. 108 J. Si l’on veut exprimer quelque chose. cit.

tant qu’une théorie linguistique cohérente et unifiée n’est pas construite. des concepts et des outils appartenant à la linguistique récente. genre.. Molino distingue trois catégories d’outils d’analyse: a) les catégories linguistiques. le style du théâtre de Racine. Le stylisticien emploie une certaine stratégie et doit disposer d’une multitude de connaissances concernant la stylistique et les domaines qui s’y rattachent (il doit disposer d’un ensemble de savoirs). l’analyse littéraire) car elle ne dispose pas d’outils spécifiques. le style burlesque au XVIIe siècle.). mais l’ont ouvert. 62 . c) les catégories rhétoriques. b) les textes d’un genre littéraire pour déterminer un style générique. b) Les catégories rhétoriques locales. b) la constellation de traits qui caractérisent un style donné: on tente de définir le style d’un poème de Hugo. il faut cependant souligner que les courants de la linguistique contemporaine n’ont pas substitué un nouveau système de catégories au système traditionnel. développée dans les travaux de Vossler ou de Bally. de celle-ci aux œuvres correspondant à une étape de la carrière d’un écrivain ou d’un musicien (on parle des trois styles de Beethoven). c) les texte d’une période afin d’établir le style d’une époque. consonne. puis à ses oeuvres complètes et on se situe ainsi dans des cercles concentriques d’ampleur croissante ou même à la notion de style de langue. nom. poétiques et linguistiques globales. dit Molino. Levi-Strauss qui passe pour être une analyse structuraliste repose à peu près exclusivement sur des notions traditionnelles de grammaire (phrase. nombre. b) les catégories rhétoriques locales. Cela signifie que la stylistique se trouve dans l’impossibilité d’employer l’ensemble des théories. Jakobson et par C. la stylistique doit se contenter des catégories de la grammaire enrichie localement d’instruments nouveaux au statut incertain”. prédicat. Il peut choisir un texte en vue de l’analyser. sujet. etc. complété: „. voyelle. la rhétorique. Selon Molino l’explication du poème Les Chats de Baudelaire par R. Une autre stratégie adoptée par le stylisticien consiste à donner la primauté à l’analyse d’un phénomène stylistique particulier ou à la constellation de traits qui caractérisent un style donné: a) un phénomène stylistique particulier: le lexique. Molino insiste sur le fait qu’entre ces espèces de textes il n’y a pas d’opposition mais un continuum qui va du texte isolé à l’œuvre dont il fait partie. adjectif. (par exemple un poème de Heredia ou une nouvelle de Mérimée) ou un groupe de textes: a) les textes d’un auteur pour analyser le style de celui-ci. Ces démarches expliquent en partie l’aspect divers des analyses stylistiques qui emploient cependant des instruments de recherche communs. Un nombre extrêmement restreint de catégories linguistiques sont empruntées à la linguistique récente.. la poétique. objet direct. la phrase ou les figures rhétoriques d’un auteur. enrichi. a) Les catégories linguistiques sont empruntées en général à la grammaire traditionnelle. La stylistique emploie des outils empruntés à d’autres disciplines (la linguistique.1.

l’écart est analysé comme un fait de style). sa surface linguistique si l’on veut. la clarté. le style bas. Dictionnaire de linguistique. poético-littéraires et linguistiques globales. l’écart résulte alors d’une décision du sujet parlant. les phénomènes stylistiques. si l’on dit l’astre des nuits (ou „le char vaporeux de la reine des ombres”) au lieu de dire la lune. mais. Parmi ces qualités il faut citer: la pureté. la convenance. qu’est-ce que tu crois?» au lieu de dire „tu as eu tort de faire cela». Les analyses stylistiques peuvent tirer profit non seulement des préceptes de l’élocution. il faut étudier les qualités du style. Didier. Lorsque cette décision a une valeur esthétique. / Doit éclater sans pompe une élégante Idylle: / Son tour simple et naïf n’a rien de fastueux. Dans une analyse stylistique.109 La poétique qui a eu des rapports étroits avec la rhétorique110 peut offrir des instruments pour l’analyse globale des œuvres littéraires groupées selon le genre auquel elles appartiennent. Suivant l’art poétique. 1970. dans un domaine encore flou. le style moyen. La théorie des trois styles. où le tri n’a pas encore été fait entre les divers héritages et où se posent surtout de nouveaux problèmes. Assez récemment. l’harmonie. Il y a aussi écart si l’émetteur s’écarte de la forme la plus neutre de l’expression et s’il dit par exemple. l’élocution enseigne l’emploi des figures de rhétorique. le style élevé (sublime). commune à l’ensemble des locuteurs. Le collecte des données Le stylisticien rassemble ensuite les traits qui caractérisent le style. Il y a par exemple écart si on emploie dans une intention stylistique une expression qui s’écarte de la façon la plus simple de s’exprimer. c’est-à-dire un usage général de la langue. c) Les catégories rhétoriques. Kibédi Varga. on appelle écart tout acte de parole qui apparaît comme transgressant une de ces règles d’usage. En outre. Rhétorique et littérature. un domaine de la linguistique a essayé de passer de l’étude de la phrase considérée jusque là comme la dernière unité linguistique supérieure au texte et de se transformer en grammaire de texte et en analyse du discours. 5-8). mais aussi de ceux qui concernent l’invention et la disposition. 2.La stylistique a pris la place de la troisième partie de la rhétorique appelée elocutio. mais lorsqu’on veut employer les outils de ces nouvelles disciplines à l’étude du style. Il a à sa disposition deux instruments qui sont capables de l’aider dans son entreprise: l’écart et la répétition. L’élocution enseigne à exprimer les pensées par la parole. celui en particulier des relations à établir entre les mots du texte. aimable en son air. Dubois et alii. 63 110 109 . et surtout des catégories de l’argumentation et de l’organisation du discours. (Selon J. „Non. dit Molino. mais humble dans son style. Paris. l’élégance. se situe à l’un des points de contacts de la rhétorique et de la poétique. et les contenus qui s’expriment à travers le texte». / Et n’aime point l’orgueil d’un vers présomptueux» (II. chaque genre se définit par des traits caractéristiques ayant trait à la forme et au fond (voir par exemple la définition de l’Idylle par Boileau dans son Art poétique: „Telle. on se heurte à une série de difficultés: „On se trouve ici (= dans le domaine de l’analyse du discours). quand on définit une norme.

cit. Molino. dit Molino. n’écrit pas comme Stendhal. correspondant à une grille systématique d’analyse. parce qu’il applique. Mahmoudian. si l’on veut. la grammaire apparaît comme l’enregistrement ordonné des régularités du langage. la complexité des phrases. 64 112 111 . des usages moyens. Molino montre que les données. À l’extérieur de ce noyau. p. XVI. procédure essentielle de l’analyse linguistique. op. 223). en lisant attentivement une oeuvre littéraire. les usages sont beaucoup plus libres. p.. On emploie la démarche intuitive lorsque. il y a fait de style „lorsqu’on a le choix entre plusieurs expressions offertes par les marges de variation. p.En ce qui concerne la répétition. Les faits de style résultés de l’écart par rapport à la norme dans un corpus. La Linguistique. modifie ou crée une règle qui peut à chaque instant être réutilisée. l’analyste voit peu à peu se dégager un détail récurrent considéré comme caractéristique. doivent être comparés à d’autres faits de style employés dans d’autres œuvres pour que le stylisticien puisse dégager les traits spécifiques d’un auteur: „Je caractérise l’usage d’un auteur. à son propre usage dans d’autres œuvres où encore à l’usage d’aujourd’hui” (op. de la norme et en même temps du noyau le plus solide dans le fonctionnement du langage. traditionnelles ou nouvelles. les faits de style que l’on a trouvé dans les textes doivent être traités au sens informatique du G. là où les règles sont les plus contraignantes et se trouvent le plus largement respectées112. parce qu’ils ne sont soumis qu’à un ensemble de contraintes plus lâches » (op. par le jeu laissé au locuteur par les règles du langage”. On emploie une démarche systématique lorsqu’on relève tous les phénomènes stylistiques. 1980. Molino souligne que le style peut se présenter non seulement comme une variation et comme une différentiation individuelle mais aussi comme un choix opéré dans „un ensemble de possibilités limitées par des contraintes”: „Si Balzac. 223). c’est qu’à une même époque locuteurs et écrivains jouissent d’une importante marge de manœuvre. 3. vol. Essai d’une philosophie du style. Traitement et interprétation. p. toute communauté emploie et réemploie sans cesse les même formes d’expression. l’auteur remarque que la place des mots. par rapport à la moyenne des usages contemporains. cit. habituelles ou originales” (Molino. courant. Selon l’auteur de l’article mentionné. 224). soigné. cit. dit Molino.. 1. fasc. 5-36. Structure linguistique: problèmes de la constance et des variations. Pour rassembler les faits stylistiques on peut employer une démarche systématique et une démarche intuitive. n’a de sens que parce que tout locuteur. l’utilisation du lexique et des différents niveaux de langage (littéraire. Gilles-Gaston Granger. montre que celle-ci est la contrepartie de l’écart: tout comportement linguistique tend à la répétition. C’est dire que la langue n’est pas un code au sens strict du terme ou qu’elle est. Paris. écarts et répétitions.. familier. 1968. populaire) ne sont pas strictement codifiés. Colin. caractérisée par l’existence d’une pluralité de codes111. À cet égard. Ce qui explique et la fréquence des répétitions dans l’ensemble du comportement humain et le fondement qu’elles offrent à la description de ce comportement: la mise en série. M.

l’écart est encore important entre les programmes informatiques très sophistiqués employés. Il y a trois types d’expressivités qui montrent en quel sens on doit interpréter les faits stylistiques. 114 H. parce qu’elle veut interpréter les phénomènes concernant le style en leur donnant un sens. par exemple.. Gardin et alii. Linguistic Structures in Poetry. L’histoire littéraire aujourd’hui. il y a expressivité mimétique lorsque des éléments linguistiques ou rhétoriques. La logique du plausible. 1973. Mouton. L. a) Expressivité mimétique Par ce syntagme. S. 1990. 5) évoquent et peignent les serpents qui apparaissent. L’analyse du style structurale essaie de rester au plus près du texte dont la structure. Seuil.”116 Molino souligne que l’analyse stylistique ne se satisfait le plus souvent ni d’une description structurale. no 25. Fayolle. En hommage à Charles Muller. être soumises à un traitement statistique113. Paris. Problèmes et méthodes de la stylistique linguistique. les [s] du vers de Racine „Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?” (Andromaque. Méthodes quantitatives et informatiques dans l’étude des textes. 2 vol. Molino souligne cependant que v. Paris. 116 v. cit. op. 415): „Toute la difficulté est de savoir si les configurations dégagées dans l’analyse sont pertinentes. Jakobson. un article publié en Computers and the Humanities. 1980 .terme et ensuite interprétés. ni une d’étude quantitative. Cependant les études de stylistique quantitatives se trouvent aux prises avec deux grandes difficultés: il y a d’un côté l’attitude prudente des critiques littéraires à l’égard de cette méthode basée sur des calculs et d’un autre côté. Béhar et R. Paris – Genève. et la pauvreté des modèles et des résultats obtenus. 115 v. Le poème serait formé de systèmes d’équivalences qui s’emboîteraient les uns dans les autres et qui offriraient dans leur ensemble l’aspect d’un système clos (v. sur la querelle provoquée par l’étude des Chats de Baudelaire par Jakobson et Lévi-Strauss. Delacroix (M) et Geerts (W) Les Chats de Baudelaire: une confrontation de méthodes. Les données recueillies peuvent. 1960. p. La technique d’analyse employant la statistique a pris un nouveau départ avec l’utilisation des ordinateurs (computers). éditeurs. J-Cl. v. 1986. De même. Levin. Paris. sont censés représenter. 393400. 1992. c’est pourquoi il cherche d’abord à interpréter au point de vue sémantique les données recueillies. La Haye. 65 113 . p. V. Guiraud. peindre la réalité évoquée par le texte: par exemple. 1962. PUF. l’organisation même serait signifiante. On peut prendre pour exemple la méthode exposée par Jakobson dans Questions de poétique. l’alternance des vers courts et des vers longs dans les Fables de La Fontaine est souvent utilisée dans une intention descriptive. Milic. à son avis. v. P. Selon ce linguiste les catégories linguistiques et rhétoriques sont distribuées dans un texte de façon systématique et sont en particulier couplées avec des places marquées115 – débuts et fins d’unités rythmiques. Slatkine-Champion. Molino entend la valeur expressive des sons du langage. PUF.114 Molino observe que l’analyste s’intéresse avant tout à la signification. Paris. Colin.

b) Expressivité subjective On étudie l’expressivité subjective lorsqu’on essaie de mettre en relation un fait stylistique sur la personnalité de l’écrivain. Ce détail peut avoir été créé involontairement par l’écrivain ou bien encodé d’une façon préméditée par celui-ci. cit. regrets. Molino montre que pour Riffaterre c’est cet effet sur le lecteur qui permet de définir le fait de style. New-York. il a consacré un cours à Ferdinand de Saussure. il faut voir comment les faits stylistiques sont en harmonie avec la vie intérieure des personnages. Il y discute les thèses saussuriennes et il y fait l’analyse de l’ouvrage de Vendryes. le relient aux configurations de l’inconscient individuel et collectif.. Les derniers ouvrages de Merleau-Ponty sont consacrés aux problèmes du langage. p. désirs. Cette doctrine philosophique s’appuie sur de solides références linguistiques et elle prend explicitement le style pour objet. Il y a aussi des méthodes qui. les faits stylistiques doivent être mis en relation avec les états psychiques de l’écrivain (émotions. on retrouve la perspective de la rhétorique traditionnelle ouverte vers le récepteur. il a donné un cours à l’Université de Lyon consacré au langage et à la communication (Langage et communication). En 1948-1949. c) Expressivité pragmatique Un détail formel à effet stylistique sera interprété à la lumière des réactions qu’il est susceptible de produire sur le lecteur.l’on est encore loin de savoir définir avec précision ce que c’est que la valeur expressive d’une configuration phonétique ou ce qui pourrait être la musicalité des vers. 135).). Barbara Standing dans Stilistik Sprachpragmatik Grundlegung der Stilbeschreibung (Berlin. Dominique Combe (Université d’Avignon) Dominique Combe dans l’étude intitulée Pensée et langage dans le style1 montre qu’une théorie du style comme pensée a été élaborée par Merleau – Ponty dans sa phénoménologie. Sous l’influence de la pragmatique linguistique. Il a donné ensuite plusieurs cours au Collège de France parmi lesquels il faut mentionner „Le problème de la parole” (1953-1954). Par exemple. 66 . Dans une tragédie de Racine ou dans un roman de Balzac. Merleau-Ponty a été préoccupé par les problèmes de linguistique. Dans l’année universitaire 1947-1948. 1. en particulier l’ouvrage La prose du monde. 1978) a essayé de reconstruire théoriquement la stylistique à partir de fondements pragmatiques. Merleau-Ponty est aussi un critique littéraire avisé. en ce dernier cas. en analysant le texte. la stylistique s’est efforcée d’intégrer dans son domaine des notions comme acte de langage et énonciation. etc. de Gruyter. Qu’est-ce que le style? (éd. lorsqu’un texte relève de la poésie lyrique ou de la confidence personnelle. à l’École Normale Supérieure. Le langage.

qui formule pour la première fois. toute parole est née dans les pensées et finit en elles” (Signes. Valéry et d’autres auteurs en vue d’illustrer ses théories exposées dans la Phénoménologie de la perception. 114). et une expression seconde. une parole sur des paroles. Paris. Toute pensée vient des paroles et y retourne. Jean-Michel Adam. s’invente des moyens d’expression et se diversifie selon son propre sens. éd. Paris. stimulus l’une pour l’autre. Chez l’écrivain la pensée ne dirige pas le langage du dehors: l’écrivain est lui-même un nouvel idiome qui se construit. III-IV). qui sont à l’origine de l’expression stylistique: „Les opérations expressives se passent entre parole pensante et une pensée parlante. de la critique littéraire et de la linguistique l’ont puissamment aidé à formuler sa théorie du style.Il a attentivement étudié Stendhal. souligne que certains linguistes affirment que „la stylistique peut ne pas avoir pour objet le discours littéraire”. 1945. cit. 25). qui fait l’ordinaire du langage. dit-il. Charles Bally a cerné 67 . Le concept de signification se trouve au centre de sa théorie philosophique concernant le style: „La signification. un exemple rimbaldien. Gallimard. 1960. p. cit. p. Ses vastes connaissances dans les domaines de la philosophie. Il y a selon Merleau – Ponty une „parole pensante” et une „pensée parlante”.. entre pensée et langage” (Signes. éd. Proust. p.. Selon Merleau-Ponty il y a une unité indissoluble entre la pensée et la langue: „Elles (la pensée et la parole) se substituent continuellement l’une à l’autre. Jean-Michel Adam (Université de Lausanne) Dans l’introduction à son article intitulé Style et fait de style.. 1969. de distinguer une parole authentique. 82).... p. et non pas.. Ce qu’on appelle poésie n’est peut – être que la partie de la littérature où cette autonomie s’affirme avec ostentation. 81). 26). La phénoménologie de Merleau-Ponty distingue soigneusement la parole „poétique” de la parole ordinaire. p. Suivant Merleau – Ponty. Paris.. (La prose du monde. „le style est ce qui rend possible toute signification”. p. Elles sont relais. Gallimard. (Sur la phénoménologie du langage. Seule la première est identique à la pensée” (Phénoménologie de la perception. Gallimard.” (La prose du monde. la parole poétique étant issue de la pensée au moyen de l’inspiration ou de l’intention: „Il y a lieu . La description phénoménologique de l’écriture a une grande importance pour le stylisticien: „Le langage n’est jamais le simple vêtement (Humboldt disait l’enveloppe) d’une pensée qui se posséderait elle-même en toute clarté. comme on le dit légèrement. Le sens d’un livre est premièrement donné non tant par les idées que par une variation systématique et insolite des modes du langage et du récit ou des formes littéraires existantes. anime la parole comme le monde anime mon corps par une sourde présence qui éveille mes intentions sans se déployer devant elles”.

en s’appuyant sur les réflexions théoriques d’Émile Benveniste et de Gérald Antoine. Le style est caractérisé par des faits de texture. le style. I. d’une répétition de faits de texture précis. Le texte dont parle Antoine est une unité de mesure du fait de style et aussi le lieu ou ce fait se manifeste. qui peut s’appliquer à des objets divers: dialectes. Paris. Tamine et J. Adam précise que la notion de texte a le sens d’énoncé produit. en sport. Antonie le fait de style est issu d’un acte de style et il identifie (un peu rapidement.le champ de la stylistique linguistique et a montré qu’il y avait une différence importante entre le langage de l’art et le langage de la vie. J. objet de la stylistique littéraire doit être considérée „dans la spécificité de son contexte artistique de production et de réception”. on localise la perception du fait de style par le lecteur – interprétant (niveau (D) de G. PUF. Antoine étudiant „la validité et les limites d’une stylistique littéraire. Adam essaie de distinguer la notion de fait de style du style proprement dit. disent les auteurs mentionnés plus haut. le fait de style est un fait de texture. dit N. Cette discipline occupe un plan spécifique entre les études littéraires et la linguistique.Genette (dans Fiction et diction. Afin de cerner le notion de fait de style. Plus récemment J. à son tour. Selon G. p. Le Seuil. d’une école (une famille d’œuvres). lorsqu’on parle du style d’une œuvre littéraire. par un acte de style (B). en anthropologie. Antoine) dans une dimension microlinguistique appelée par G. dit Adam) le fait de style et le texte en précisant que „Le texte sans doute représente pour des linguistes le donné sur lequel on doit travailler”. dans le domaine de la mode. Ces faits sont des traits linguistiques évidents ou bien difficiles à percevoir („Il y a des propriétés stylistiques tout à fait signifiantes qui sont si subtiles qu’elles ne sont découvertes qu’au terme d’un long effort”.Goodman dans Esthétique et 68 . doit être appréhendé par le sensibilité et la capacité réceptrice de l’auditeur ou du lecteur (D)”. c’est-à-dire un phénomène linguistique identifiable à un niveau microstructural.M. de corpus. Suivant Jean-Michel Adam. 1982 ont même déclaré qu’ils ne croyaient pas qu’il existât une stylistique indépendante de la linguistique. p. ces auteurs placent la stylistique à l’intérieur d’une linguistique des variations discursives englobante. langues littéraires ou oeuvres de langage”.). par un ensemble de traits microlinguistiques. 49-60). on indique qu’il s’agit d’une multitude de faits de texture. G. „Il n’y a qu’une linguistique. d’un auteur particulier. De plus. d’objet empirique.Molino dans l’Introduction à l’analyse linguistique de la poésie. Ce stylisticien précise que la stylistique est une science qui possède son propre objet d’étude et que „la linguistique n’est qu’une des disciplines auxiliaires de l’analyse littéraire. Après avoir montré que le mot style est employé dans beaucoup de domaines d’activités humaines (ce terme est utilisé en sociologie. son texte (C) qui. place le fait de style dans ce qu’il appelle le „cycle de la création littéraire”: „La sensibilité et la faculté créatrice de l’écrivain interviennent pour tirer de la langue (A). un fait de style. Suivant cet auteur. 1991. Paris. etc.Adam remarque que dans un article de la Revue de l’enseignement supérieur de 1959 (vol. d’un genre littéraire. 143) texture.

Paris. la phrase en général. On peut. montrer que les historiens de l’art savent que pour attribuer une oeuvre à un auteur. Adam appelle „une linguistique du texte – discours au projet résolument descriptif”. Benveniste.connaissance. op. que J. Suivant Benveniste.117 Afin de montrer que l’„art de style” est pleinement sémantique et qu’il engage un sujet parlant dans un acte de référence et d’énonciation. 1974. Adam souligne que ce fait est „un fait ponctuel de texture attendu ou inattendu au regard du style d’une oeuvre. p. tandis que la dimension sémantique (le sémantique) „résulte d’une activité du locuteur qui met en action la langue”. la linguistique sémantique. Cette linguistique est une linguistique „externe” qui se propose de décrire des pratiques discursives singulières. Adam précise que la dimension sémiotique (le sémiotique) se caractérise comme une propriété de la langue. 80. Citant Benveniste.2 Ainsi. est une expression sémantique. En essayant de donner plus de précision à la définition du fait de style. 64. elle se caractérise par son système „clos par définition”. la langue en tant que sémiotique et la langue en tant que sémantique118. par comparaison. t. elle essaie de décrire et d’expliquer la diversité des faits de langue produits durant le fonction- 117 118 E. d’un auteur. à son avis. 1990).M.Antonie selon laquelle „l’ouvrage accompli résulte d’un effort de l’écrivain aux prises avec ne donnée: la langue”. il faut prêter attention plus aux détails qu’ à l’ensemble de l’œuvre. Gallimard. le fait de style a une dimension petite. Par conséquent. Problèmes de linguistique générale. de L’éclat. à une école. d’un auteur. p. locale et non pas globale. 69 . 119 E. ou d’une école donnés”. d’une différence par rapport à des régularités microlinguistiques observées et attendues d’un texte. de deux domaines. Or dire que durant l’élaboration de son oeuvre l’écrivain est aux prises avec la langue c’est affirmer que l’acte de style est un fait énonciatif issu de „la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation”. production du discours. c’est l’actualisation linguistique de la pensée du locuteur. Adam remarque que le style et les faits de style sont des éléments énonciatifs. d’un genre. il s’appuie sur une affirmation de G. Adam souligne que suivant la théorie de Benveniste la langue se caractérise par l’existence de deux dimensions. la perception d’un fait de style est. c’est un „mode spécifique de signifiance engendré par le discours”119.Benveniste. Paris. par définition. le produit d’une attente ou d’une rupture ponctuelle de cette attente. d’une école. la linguistique sémantique est une linguistique du discours. cit. Pour développer cette idée. Ces domaines délimités nettement ont engendré deux linguistiques distinctes: la linguistique décrite par Saussure est une linguistique sémiotique. Éd. II. „La langue est un système dont la signifiance s’articule sur deux dimensions”. Selon Adam un fait de style est le produit perçu d’une récurrence ou d’un contraste. d’un genre. est de plein droit intéressée à étudier le style et le fait de style.

si elle en est une. qu’elle ne possède pas d’objet déterminé et qu’elle n’a pas de méthode propre a fait croire. Cressot. Dans Le style et ses techniques. que la poésie moderne n’admet pas l’analyse stylistique. 122 M. Salammbô) qui suivent et complètent son exposé théorique. 1994. quels rapports on peut établir entre cette science et la linguistique. Préface. dans une grande mesure. de porter un jugement de valeur”). Larthomas montre que le stylisticien s’est dès le début trouvé dans une situation inconfortable. Il observe qu’il y a des auteurs qui affirment qu’ à partir du XIXe siècle. ayant trait à la stylistique. choix qui. 1969. 271. laisse voir qu’il se trouve sous l’emprise d’un sentiment de quasi culpabilité engendré par la pensée et la crainte qu’il pourrait mécontenter les littéraires par ses analyses („Aux littéraires. l’analyse rhétorico – stylistique de la poésie devient impossible. Le linguiste considérait que les analyses stylistiques étaient peu scientifiques. Or c’est précisément par leur diversité que se caractérisent les faits de style. PUF. étant donné qu’il était coincé entre le linguiste et le littéraire. Michel Arrivé soutenait-il que L’article de Jean-Michel Adam a été publié dans l’ouvrage collectif Qu’est-ce que le style? Paris.122 La conviction que la stylistique n’est pas une discipline indépendante. qu’on avait ensuite quelque peu délaissés redeviennent essentiels. 70 120 . Il constate que les concepts d’écart et de choix qui étaient très employés dans les années 50 et. etc. tandis que le littéraire estimait qu’elles étaient trop redevables de leurs démarches à la linguistique. Il remarque avec regret que les notions d’énonciation et de genre n’apparaissent pas dans les travaux récents consacrés à la stylistique: „Les conditions mêmes et les caractères de l’acte d’énonciation supposent chaque fois le choix d’un genre. des valeurs opératoires de telle ou telle notion. 1956. in Qu’est-ce que le style? Paris. il s’agit des rapports de la pensée et du langage. de la validité de la distinction entre fond et forme. Le style et ses techniques. on se demande encore si la stylistique est une science et. à la fin de ses deux études de style (ou commentaires stylistiques: H. PUF. Flaubert. Les spécialistes se heurtent encore à des problèmes qui concernent la stylistique en tant que discipline. Marcel Cressot. dit-il. PUF. 1994. 121 Pierre Larthomas. Larthomas pense que la poésie moderne est un genre qui pose des problèmes très difficiles parce que l’utilisation du langage y est la plus éloignée de l’usage courant. dans la revue Langue française no 3. détermine le style”. dans l’article „Postulats pour la description linguistique des textes littéraires”. Cet auteur croit que l’évolution de la poésie à l’heure actuelle exige l’emploi des méthodes nouvelles d’analyse. de Balzac. il y a une vingtaine d’années. Le Père Goriot et G. p. aussi. Paris. que la stylistique ne pouvait pas aspirer au titre de science. p.nement de la langue. 2.120 Pierre Larthomas (Université Paris IV – Sorbonne) Selon Larthomas121 il y a toujours un petit nombre de problèmes qui se posent.

en fonction du genre „Langue française” no 3 „Postulats pour la description linguistique des textes littéraires”. en général. etc. de même que les linguistiques française. la linguistique générale peut rendre service à la stylistique générale. allemande. Geets. Michael Riffaterre a dénoncé lui aussi la méthode employée dans l’analyse du sonnet les Chats et a précisé qu’„aucune analyse grammaticale d’un poème ne peut nous donner plus que la grammaire du poème”. dit Larthomas. 325). Jakobson et C. PUF. 13. (op. la pragmatique. Il s’agit en stylistique de tout autre chose. Paris. Cette dernière phrase du roman est inséparable de la première. la sémiotique. du point de vue de la critique génétique.. ce sont des différences à la fois d’objets et de points de vue. elle peut faire appel comme toutes les autres sciences à des disciplines annexes. que doit être posé le problème des rapports de la linguistique et de la stylistique” (op. 124 Il s’agit du sonnet Les Chats de Baudelaire expliqué par R. la sémantique. Il contredit Delas qui a écrit dans un article sur la stylistique que cette discipline n’était plus capable de se suffire à elle-même. Questions de poétique. Pour le linguiste la phrase. Flammarion. 1971. p. qu’elle est capable de faire la synthèse des moyens utilisés et des résultats acquis. Il vient de recevoir la croix d’honneur est parfaitement isolable: elle permet à elle seule de poser les problèmes des rapports sujet-verbe et verbe-complément et de l’expression de passé immédiat par une périphrase verbale. Suivant Larthomas. dans sa réponse. En outre..5). Larthomas croit fermement que la stylistique est une science indépendante ayant son propre champ d’action et ses propres méthodes d’analyse. Une confrontation de méthodes. Sans doute ces rapports sont-ils très étroits et tous les domaines de la linguistique (c’est-à-dire la phonétique. la phonologie. l’étude proprement linguistique dans un but stylistique doit être dépassée: „Ce qui sépare les deux disciplines. comme le constate Jakobson lui-même. Essais de stylistique structurale.) peuvent être utiles durant les recherches entreprises par le stylisticien. 1980. p. 499). c’était l’irruption des linguistes dans le sanctuaire de la poétique (v. p.la stylistique semblait „à peu près morte”. ou plutôt le caractère à la fois insuffisant et déformant de la description purement linguistique”. Post-scriptum. p. (v. il affirmait en guise de conclusion: „Nous ne voyons aucun inconvénient à utiliser le terme stylistique avec le sens de description linguistique du texte littéraire”123.7). on peut aussi se demander pourquoi Flaubert a choisi finalement de terminer ainsi son oeuvre. Delacroix et W. dit Larthomas. Voir M. cit. la lexicologie. la morphosyntaxe. dit-il. cit. LeviStrauss. p. Les chats de Baudelaire.. Paris. vu qu’aucune science. Or si la stylistique est une science. etc. favorisent le développement des stylistiques particulières à chaque langue. La conclusion qu’on peut déduire de ces remarques est qu’on doit éviter la confusion entre analyse linguistique et analyse stylistique. Ce choix pose enfin.. ce que la plupart des critiques dénoncèrent. Cette assertion n’a pas pu être étayée par des preuves solides d’autant plus que quelque temps auparavant l’analyse linguistique d’un texte littéraire effectuée par deux savants dans un but stylistique avait soulevé des réactions passionnées et provoqué des critiques sévères124: „. anglaise. 71 123 . ne peut se suffire à elle même: „c’est de ce point de vue.

Georges Mounin a essayé d’esquisser les directions de développement de la stylistique en tant que science humaine. en général. D’autres stylisticiens examinent la psychologie de l’auteur et cherchent dans l’inconscient de celui-ci d’où naissent les caractéristiques de son style. la stylistique est une science critique car. Il montre que les stylisticiens se divisent selon le but qu’ils poursuivent dans leurs recherches scientifiques. elle porte des jugements sur les oeuvres littéraires. le plus souvent. les styliciens font preuve ordinairement d’une réserve injustifiée et dans le choix des textes et dans leur interprétation. une étude stylistique complète doit finir. cit. cit. les défauts de l’une permettant de mieux voir les mérites de l’autre .. dit-il. des états successifs d’un texte. de Ponson du Terrail?” Faire ces choix. 72 125 . comme le font certains sous prétexte de rigueur scientifique. c’est admirer le premier et condamner les deux autres pour de solides raisons que la stylistique doit légitimer125. p.romanesque. 7). ” (op. Il distingue tout d’abord ce qu’il nomme des stylistiques génétiques. 8). un problème qui intéresse d’abord la narratologie. Larthomas remarque que cette science ne doit pas négliger l’étude des niveaux de langue.” (op. Gaston Bacheland a essayé d’expliquer les caractéristiques d’un style en faisant appel à l’étude de l’inconscient universel. Marie Bonaparte (la critique psychanalytique) et Charles Mauron (la psychocritique). Il y des stylisticiens qui se proposent de découvrir d’où vient qu’un auteur ait un certain style. d’ailleurs.. des suppressions et des additions faites par l’auteur afin de surprendre celui-ci en train de chercher „le bon écart” et de construire des phrases qui produisent sur le lecteur un certain effet. les arts plastiques et la musique d’autre part.” (op. Il s’agit des chercheurs tels que Leo Spitzer (la critique idéaliste). Mounin mentionne d’abord l’histoire littéraire lansonnienne et postlansonnienne qui exige l’examen des manuscrits. cette fonction (= la fonction critique). Après avoir souligné les mérites d’une démarche comparative qui élargirait le champ de la stylistique dite littéraire. au cours de ce siècle. G. des variantes du texte. fonction qui justifie souvent le choix de l’énoncé étudié ? Sinon pourquoi.. Georges Mounin et les problèmes de la stylistique Dans une étude consacrée à la stylistique publiée dans Aencyclopedia universalis. 7).. p. En ce domaine. cit. Larthomas montre que parmi les sciences humaines. par un jugement de valeur: „Pourquoi nier. p. et tout particulièrement l’étude du français parlé dans ses rapports avec le code écrit. tant d’études sur le style de Flaubert et aucune ou si peu sur le style d’Eugène Sue.. Suivant Larthomas si la stylistique est une science fondée sur la critique elle devrait avoir des rapports très étroits avec l’esthétique et l’histoire de l’art: „Mallarmé n’a-t-il pas voulu donner à son Coup de dés tous les caractères d’une partition? La stylistique littéraire à tout à gagner à ses rapprochements entre la littérature d’une part. Qui lit Racine doit aussi lire Pradon et tirer parti de la comparaison des deux Phèdre.

Georges Mounin étudie ensuite les stylistiques descriptives. Les stylisticiens qui représentent ce courant ont mis plus fortement l’accent „sur la nécessité de décrire en quoi consiste le style”. Il remarque que la stylistique génétique a été depuis sa création la préoccupation des chercheurs littéraires, tandis que la stylistique descriptive a été créée par des linguistes. Un représentant célèbre de la stylistique descriptive a été Charles Bally qui a inventorié tous les moyens dont dispose la langue française pour exprimer l’affectivité du locuteur. Georges Mounin considère que Bally est aussi le fondateur de la stylistique comparée, domaine où se sont distingués J. P. Vinay et J. Darbenelet (Stylistique comparée du français et de l’anglais). G. Mounin souligne que Jules Marouzeau, dans son Précis de stylistique française donne une moindre importance à l’expression de l’affectivité; en échange, il étudie tous les moyens linguistiques qui peuvent produire des écarts. Mounin précise qu’après 1950, tous les linguistes qui se sont occupés de stylistique (S. R. Levin, M. Riffaterre, R. Jakobson) „ont privilégié méthodologiquement le moment descriptif dans leurs analyses stylistiques.” En étudiant les stylistiques signalétiques, Mounin considère que la stylistique statistique appelée aussi stylistique quantitative représente la pointe extrême du descriptivisme stylistique. L’un des fondateurs de la stylistique statistique a été Pierre Guirand qui a montré dans son ouvrage intitulé Les Caractères statistiques du vocabulaire l’intérêt constitué par des index du vocabulaire d’une oeuvre; il a indiqué aussi le profit qu’on peut tirer d’une étude des fréquences relatives des mots employés par un auteur. Mounin montre que des chercheurs américains ont essayé de systématiser les matériaux analysés par la stylistique quantitative grâce aux calculatrices en créant une „stylistique computationnelle”. Cette espèce de stylistique permet de déterminer l’ensemble des traits caractéristiques d’une œuvre, son signalement stylistique. Au moyen de ce signalement, on peut trouver la date de la composition d’une œuvre (par exemple l’Iphigénie de Racine) ou attribuer à un auteur une œuvre anonyme. Georges Mounin analyse ensuite ce qu’il appelle „la stylistique esthétique126. Il remarque que dans le groupe de stylisticiens, on peut distinguer des „descriptivistes purs » qui évitent au moins provisoirement de faire des spéculations sur les effets produits par l’emploi de certains procédés stylistique utilisés dans une œuvre littéraire et les esthéticiens, ceux qui pensent qu’ils doivent interpréter les relations existantes entre les moyens stylistiques utilisés et les fins que cette œuvre se propose d’atteindre. Ces stylisticiens expriment surtout des jugements esthétiques. La stylistique esthétique qui est une stylistique des effets concerne surtout le récepteur. Elle a été étudiée par certains formalistes comme Jakobson et Ruwet; ces linguistes pensent que les structures ou les formes qu’ils mettent en relief dans une oeuvre littéraire sont précisément celles qui en expliquent la beauté. Mounin souligne que le plus grand des stylisticiens qui ont étudié la stylistique des effets centrée sur le décodeur a été Michael Riffaterre Ce dernier a
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La stylistique des effets centrée sur le décodeur. 73

conçu une procédure d’investigation stylistique nommée archilecteur (= la somme des réactions exprimées sur une œuvre pour analyser leurs divergences et leurs convergences). Georges Mounin remarque que dans la plupart des travaux consacrés à la stylistique on trouve un dosage variable de stylistique génétique, de stylistique descriptive et de stylistique esthétique. En ce qui concerne les stylisticiens, Mounin distingue les traditionnels, les thématiciens, et les formalistes. Les traditionnels sont représentés par Charles Bally, Jules Marouzeau et Marcel Cressot ; une place à part doit être faite à Maurice Grammont qui dans son Traité de phonétique a caractérisé d’une manière scientifique les propriétés articulatoires et acoustiques des sons et a créé une phonétique impressive et une phonétique expressive. Les thématiciens en s’inspirant des travaux de Bachelard, ont voulu trouver un moyen de renouveler l’analyse stylistique en centrant l’étude d’une œuvre littéraire sur ses thèmes. Georges Poulet, Jean-Pierre Richard, Charles Mauron ont pratiqué de telles analyses, mais celles-ci se sont révélées subjectives. Cependant Charles Mauron qui a emprunté ses concepts à la psychanalyse a donné des interprétations de nature thématique avec une rigueur méthodologique plus grande que les autres thématiciens; les thèmes mis en évidence par celui-ci lui sont révélés par les récurrences de métaphores ou d’images obsédantes qui dessinent le mythe personnel de l’écrivain. Georges Mounin montre que par formalistes il entend les stylisticiens qui ont essayé de dévoiler le secret de la composition de l’œuvre littéraire en étudiant seulement les formes et les structures de cette œuvre: Influencés par les théories linguistiques de Roman Jakobson, les linguistes Levin, Ruwet, J. Cohen, ont tenté d’établir des corrélations entre les propriétés formelles d’un texte (récurrences et symétries, parallélismes phoniques, lexicaux, grammaticaux, etc.) et sa beauté. Selon Mounin, les formalistes n’ont fait autre chose que redécouvrir les anciennes règles mnémotechniques qui sont à l’origine des structures de transmission orale de la littérature.

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www.75 Format: 16/70x100 Editura şi Tipografia Fundaţiei România de Mâine Splaiul Independenţei nr. Fax. 313.P. Sector 6. O.spiruharet.2002.ro 76 . 78 Telefon: 410 43 80.Redactor: Janeta LUPU Tehnoredactare: Brînduşa DINESCU Bun de tipar: 23. Bucureşti. 411 33 84. Coli tipar: 4.07.

Les embrayeurs 2. 1994) Jean Molino (Université de Lausanne) Dominique Combe (Université d’Avignon) Jean-Michel Adam (Université de Lausanne) Pierre Larthomas (Université Paris IV .Table des matières Stylistique et rhétorique La stylistique expressive: Charles Bally (Charles Bally et la stylistique comparée ou externe) Jules Marouzeau Marcel Cressot La stylistique génétique Leo Spitzer Les écoles de linguistique d’où sont issus le structuralisme et la stylistique structurale L’École de Prague L’École de Copenhague Le distributionnalisme Le générativisme Le fonctionnalisme et la stylistique fonctionnelle I.K. le style indirect et le style indirect libre 3. Formes et fonctions: 1. Paris. Levin Michael Riffaterre Georges Molinié Problèmes concernant le style et la stylistique (le colloque Qu’estce que le style ?). Presses Universitaires de France.Sorbonne) . La communication II. La théorie des stylèmes La stylistique structurale Pierre Barucco Lubomir Dolezel S. La métaphore et la métonymie Bernard Dupriez et la théorie de la commutation appliquée à la stylistique. Le style direct.

Georges Mounin et les problèmes de la stylistique Bibliorgaphie .