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Le premier samba de carnaval : Pelo Telefone Il manquait un rythme pour mettre de l’ordre dans le carnaval, et la Marcha et le samba, ces

deux genres de musiques urbaines reconnues comme authentiquement cariocas, vont éclore de cette nécessité. Au début du XXe siècle, la création d’une musique carnavalesque capable d’exprimer les goûts et attentes de chaque couche sociale ne fut pas facile. En ce temps là, les classes les plus pauvres (ou dit autrement, les noirs récemment libres, car la fin de l’esclavage est tardive au Brésil et ne date que de 1888) défilaient Praça Onze, celle des employés et artisans le long de l’Avenida Central (aujourd’hui l’Avenida Rio Branco), alors que les gens de la haute société se pavanaient dans les “corsos”, où garçons et filles se jetaient à la figure confettis et serpentins, ou bien dans des bals privés de clubs et théâtres. C’est en 1917 que Donga, neveu de Tia Ciata, une bahianaise descendante d’esclave et pionnière des ranchos carnavalesques, et Mauro de Almeida, un journaliste blanc amateur de musique noire, vont donner naissance à Pelo Telefone, une chanson qui connaîtra un immense succès au carnaval de cette année là. Pelo Telefone est historiquement considéré, bien qu’il y ait de nombreuses controverses, comme le premier samba de l’histoire et c’est en tout cas le premier samba enregistré juridiquement comme tel. Mais c’est bien au sein de la maison de Tia Ciata, où se mélangeait la jeunesse musicale noire (des musiciens comme Pixinguinha, João da Bahiana...) et des intellectuels bohèmes blancs que s’élabore le genre. C’est à partir du succès de Pelo Telefone que le carnaval commencera à connaître des thèmes musicaux propres et que le samba deviendra un genre à part entière. En peu de temps, la mode gagne les bals et le samba devient alors la référence de la musique populaire brésilienne et le mot “samba” lui-même prend du sens et il s’insère dans le langage commun de la presse et du peuple.