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S A P E U R

N° 5
Sommair e
ÉDITORIAL du Général CHINOUILH commandant l’ESAG ................................................................ 3
Juin 2005

ÉTUDES ET PROSPECTIVE

Forces terrestres futures 2025 : perspectives et défis ........................ LCL SOREAU .................. 7

Politique d’équipement du domaine « systèmes de combat » .... LCL FOUILLAND .......... 11

De l’utilité des officiers du domaine de spécialité « sécurité »


dans les instances européennes de sécurité civile… ........................ COL PARISSE .................. 15

L’appui Génie de la brigade blindée Leclerc .............................................. COL MARTIGNY .......... 21

L’évolution du Génie dans la perspective des nouveaux


textes doctrinaux .......................................................................................................... LCL PERCHE .................... 25

SAPEUR Le combat en zone urbaine : nouveau paradigme


et opportunité à saisir .............................................................................................. CBA CRACH .................... 29
Revue d’études
du génie militaire français
publiée par la direction
DOSSIER : LE GÉNIE EN OPÉRATIONS
des études et de la prospective
de l’école supérieure
et d’application du génie Place et rôle du génie en opérations .......................................................... COL SZWED .................... 37
106, rue Éblé - B.P. 34125
49041 ANGERS CEDEX 01 Le système de planification et de génération de forces .............. COL GLIN .......................... 41

Infrastructure opérationnelle de l’Armée de l’Air .............................. COL BILBAULT .............. 49


Directeur de la publication objectif NRF 5
Général Jean-Loup CHINOUILH (article écrit en collaboration avec le LCL RUVIRA et le CBA CULIOLI)
Rédacteur en chef
Colonel Didier SIMON
Le service du génie en opérations extérieures :
Rédacteurs en chef adjoints le soutien au stationnement .............................................................................. COL WATTRELOS ........ 53
Chef de bataillon Denis LOPEZ
Lieutenant Anne-Lise LLOUQUET
Le soutien énergie en opérations dans le cadre
Impression : PIR ESAG
du soutien au stationnement des forces .................................................. COL KEROUAULT ........ 57
Dépôt légal à parution
ISSN en cours
Le 13 au Kosovo ........................................................................................................ COL RAVIER .................... 61

Renfort national : un savoir être ...................................................................... LCL(TA) GUION de MÉRITENS 63

Le service du génie au sein d’un état-major OTAN :


le project officer au sein de la KFOR à Pristina .................................. CEN PINCZON DU SEL .. 67

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S A P E U R

ÉQUIPEMENTS ET STRUCTURES

La rédaction du besoin militaire ................................................................ COL LAPARRA ...................... 73

Le 25e Régiment du Génie de l’Air en 2005 :


adaptation permanente de l’outil au besoin .................................. COL HENRY ............................ 75

L’appui futur à la mobilité « franchissement et contre-minage » .... LCL GOURDIN ...................... 79

Ternarisation des compagnies de combat du génie .................... LCL CAYUELA ...................... 85

Un guide d’emploi pour le détachement d’intervention


héliporté des formations militaires de la sécurité civile .............. CBA BONFILS ........................ 87

La montée en puissance du GDNBC en 21e R.D. ........................ CNE BOIREAU ...................... 91

FORMATION

Le rôle de l’école du génie dans la participation


à la préparation opérationnelle des forces .................................... COL GRÉGO ............................ 95

La formation opérationnelle au sein des formations DT


et mastère .................................................................................................................. LCL LESENFANS ................ 99

Le combat en zone urbaine : une occasion de repenser


la formation .............................................................................................................. LCL GALLINEAU ..................101

L’appui des plongeurs de l’armée de terre dans le combat


en zone urbaine ; les réseaux suburbains ...................................... CNE BALLA ..............................103

La simulation JANUS et le SIR au profit de la formation


et de l’entraînement .......................................................................................... CNE ECHARD ........................107

LE GÉNIE DANS L'HISTOIRE

L’uniforme des hommes du génie jusqu’à 1789 ........................ CDT GARNIER-DE-LABAREYRE 113

L’expédition de la Baltique .............................................................................. M. FOUGERAY ......................119

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S A P E U R

Général
Jean-Loup
CHINOUILH

Éditorial
Le général Jean-Loup CHINOUILH
commande l'école supérieure
et d'application du génie depuis A la lumière de l’expérience française des OPEX et des enseignements
août 2003. tirés du conflit en Irak, mais aussi en prenant en compte l’évolution des
menaces et des techniques, ce numéro 5 de Sapeur propose des
Entré à Saint-Cyr en 1969, il sert réponses à quatre questions portant sur nos prochains engagements :
comme chef de section au 13 e régi- quelles actions du génie ? quels sapeurs ? quelles structures ? quels
ment du génie et commandant équipements ?
d'unité au 17 e régiment du génie
parachutiste, où il revient en 1988 Les nombreux articles qui suivent ont été rédigés par les officiers les
au poste de chef du bureau opéra- mieux placés pour présenter un point complet des études en cours.
tions-instruction. Je voudrais cependant donner les principales orientations de nos
réflexions.
Il est chef de corps du 6 e régiment
du génie de 1994 à 1997. Dans les prochaines années, le génie continuera à remplir les mêmes
missions qu’actuellement, mais nous serons davantage sollicités pour
Il a commandé la brigade du la protection de nos troupes, qu’il s’agisse de neutraliser les charges
génie d'août 2001 à août 2003. explosives placées sur les itinéraires et commandées à distance, de
réaliser des abris face aux tirs indirects ou d’interdire une pénétration
Il est breveté de l’école de guerre, de kamikazes motorisés, la parade doit être à la mesure de la menace
diplômé de l’institut d’adminis- et le béton armé devra souvent remplacer le sac à terre.
tration des entreprises de Paris.
Lors de la génération de force, le choix entre sapeurs polyvalents et
sapeurs spécialistes ne doit pas être sans nuance : tous ont leur place,
les premiers en début d’opération, au sein des compagnies de combat
renforcées du génie, les seconds «à la carte» et dès que possible, pour
obtenir l’effet majeur ou asseoir le dispositif dans la durée.

Au moment de l’engagement, la position de nos unités n’est pas


encore tranchée avec nos partenaires de l’infanterie et de l’arme blin-
dée. A priori une compagnie de combat du génie figurera d’emblée au
sein de chaque groupement tactique interarmes, sans pour autant
interdire par la suite une réarticulation en un bataillon du génie, seul
capable de concrétiser un effort sur le terrain. Par ailleurs, pour des
actions offensives décentralisées comme en zone urbaine, il devient
envisageable de détacher moins d’une section de combat du génie, en
l’occurrence un groupe, auprès d’un petit détachement interarmes.

Enfin, concernant les équipements, la répartition entre lourds et


légers sera longtemps débattue. Pour les OPEX loin de nos bases, les
matériels aérotransportables sont évidemment à privilégier. Mais en
Afrique ou en Asie, la terre est aussi difficile à remuer qu’en France et
nos enginistes devront disposer d’une puissance suffisante sous
leurs manettes pour fournir un travail de professionnels et non de bri-
coleurs. Là encore, selon les phases de l’opération, un bon dosage
sera la règle.

L’École, quant à elle, avec l’équipe de la direction des études et de la


prospective, veille à la cohérence de l’ensemble et sert de plaque
tournante à toutes les idées qui pourraient améliorer le rendement de
nos sapeurs sur le terrain.

le général CHINOUILH
commandant l'école supérieure
et d'application du génie

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Études
et
pr ospective

Forces terrestres futures 2025 : perspectives et défis .............................................................................................. LCL SOREAU ...................................................... 7

Politique d’équipement du domaine « systèmes de combat » .......................................................................... LCL FOUILLAND .............................................. 11

De l’utilité des officiers du domaine de spécialité « sécurité »


dans les instances européennes de sécurité civile… .............................................................................................. COL PARISSE ...................................................... 15

L’appui Génie de la brigade blindée Leclerc .................................................................................................................... COL MARTIGNY ................................................ 21

L’évolution du Génie dans la perspective des nouveaux textes doctrinaux .............................................. LCL PERCHE ........................................................ 25

Le combat en zone urbaine : nouveau paradigme et opportunité à saisir .............................................. CBA CRACH .......................................................... 29

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Lt-colonel LES FORCES TERRESTRES


Pascal
SOREAU
FUTURES 2025 : PERSPECTIVES
ET DÉFIS

The French Army Staff is currently building the Future Land Forces
concept, which will be operational in 2025.
Saint-cyrien de la promotion
Cadets de la France libre (1985- This project takes place into the future strategic context (symme-
1988), le LCL SOREAU est depuis try/dissymmetry, multi-national operations) and lays on the
l’automne 2004 officier de la fonc- European defence building and the joint dimension of operations (in
tion opérationnelle « agencement order to share capabilities between the services and between
de l’espace terrestre » au sein du European countries as well). This intent is, in accordance with the
bureau de conception des sys- French willingness, to lead coalitions including a first entry capabi-
tèmes de forces de l’EMAT. lity. The future technological prospect must be also considered. This
dimension could allow increasing the future weapon systems protec-
Affecté en sortie d’école au 9 e RG tion and firepower, reducing their weight in the same time.
en tant que chef de section puis
officier adjoint. Il a, par la suite, The Future Land Forces System is designed around a median forces
commandé la 6 e compagnie de core, completed by a heavy component (including the Main Battle
combat du 34 e RG. Tank Leclerc) and a light, mainly airmobile component. This three-
some design contributes to build polyvalent, network centric warfare
Engagé, à compter de 1994, capable forces, in accordance with the prospective Army Operational
dans le cycle de l’enseignement Contract. Thanks to the these evolutions, the French Land Forces will
militaire supérieur, il sort diplômé meet three of the operational superiority factors :
ingénieur civil de l’école nationale - The information superiority through a controlled and relevant
des ponts et chaussées (promo- sharing of information,
tion 1998) puis suit le collège - The manoeuvre superiority through a control of the tempo,
interarmées de défense (6 e pro-
- The effects superiority through a control of stand off, precise and
motion).
decisive effects.
Affecté au centre d’entraînement
This project must consider the financial and human issues and, from
des PC de Mailly en 1999 comme
now on, will have some critical impacts on the equipment policy.
officier de marque, il effectue un
séjour de 6 mois en BOSNIE
The Engineer Corps will not be disordered by the Future Land Forces
comme assistant militaire du
project. But everyone must understand that one of the main chal-
général (NL) en charge du « joint
lenges for the Army is to manage the transition between today’s and
military affairs ». De retour en
2025 land forces.
France, il est affecté en 2002 au
13 e RG où il occupe la fonction de
chef de BOI jusqu’en 2004. Cette
année là, il sert au KOSOVO comme Le bureau conception des sys- la consolidation du statut de
chef opération du bataillon français, tèmes de forces de l'Etat-Major puissance de la France et de
juste avant de rejoindre l’état major. de l'armée de terre a entrepris l’Europe avec l'objectif de pou-
de bâtir un projet d'ensemble voir entrer en premier sur un
pour le système de force ter- théâtre d'opération. Cet engage-
restre futur, valide à l'horizon ment implique une capacité de
2025 : FTF 2025. les capacités de « projectabilité ». Créer FTF 2025
ce système de force devront per- suppose donc, entre autre, de
mettre, à la France, de faire face dimensionner les équipements,
à un panel d’engagements très en leur donnant accès notam-
variés. En tout premier lieu, il ment au nouvel avion de trans-
s’agit d’agir simultanément en port stratégique, l'A 400M. Le
coercition de forces comme en recentrage de la force sur l'action
maîtrise de la violence, sur un au contact, le cœur de contact,
théâtre d'opération extérieur avec une capacité d'agression
comme sur le territoire national, accrue, mais aussi avec une
avec des armes létales comme charge logistique réduite, va
avec des armes à létalité réduite. devenir une évidence pour
Elles devront aussi participer à toutes nos forces futures.

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FTF 2025, UN ENVIRONNE- les pays européens et à la raient être des forces « polyva-
MENT COMPLEXE volonté de construction de lentes » organisées autour
l'Union Européenne, il est envi- d'une mise en réseau des struc-
La sécurité nationale redevient sageable de mettre en place des tures, les systèmes de comman-
une préoccupation majeure. Nos partages, voire des abandons dement par exemple, et des
forces futures doivent pouvoir capacitaires dans des domaines plates-formes, comme les chars
être rapidement engagées aussi très ciblés. par exemple, constituant ainsi
bien sur un théâtre d'opération des forces « réseau-centrées ».
extérieur que sur le territoire Enfin, le partage, la « mutualisa- Ce terme de « polyvalence », lui
national. Il faut par ailleurs tenir tion », voire l'abandon capaci- aussi sujet à polémique, veut
compte d'un élément essentiel : taire, ne doivent pas seulement simplement mettre en avant
les engagements extérieurs au être envisagés au niveau euro- l’idée selon laquelle une même
territoire national devront se péen, ils doivent aussi l'être au famille de matériels doit pouvoir
faire dans un cadre « dissymé- niveau interarmées. être engagée sur un spectre de
trique » avec un risque de glis- mission le plus large possible.
sement vers « l'asymétrique », FTF 2025, UNE TECHNOLO- Ces forces polyvalentes auront la
situation la plus défavorable GIE AU SERVICE D'UNE capacité à participer à une opéra-
pour nos forces. De plus, l'enga- FORCE POLYVALENTE tion de coercition de forces avec
gement de la France sur un « entrée en premier », comme
théâtre d'opération extérieur ne Le dernier facteur et non des « nation cadre », cette configura-
saurait se faire en dehors d'une moindres qui fonde ce projet FTF tion étant jugée la plus dimen-
coalition multinationale, en par- 2025, est d’ordre technologique. sionnante pour ces forces.
ticulier dans des actions de coer- En effet, il est raisonnable de
cition de force. Dans ce cadre, la penser, qu'à l'horizon 2025 et
France doit pouvoir se position- grâce à la rupture technologique
ner en tant que nation cadre. attendue, les technologies per-
mettront de modifier très sensi-
La volonté de la France de jouer blement le rapport performance,
un rôle clef au multinational masse et encombrement et donc
comme au niveau européen diminuer le poids de la logis-
avec la notion de « nation cadre » tique. Concrètement, il s'agit de
et « d'entrée en premier », gagner en puissance de feu et en
implique, en particulier, de pou- protection des personnels tout
voir disposer de force alliant en allégeant le système d'arme.
L'évolution des technologies et
protection, capacité de projec- Si le slogan « un char Leclerc
des doctrines devra être inté-
tion et puissance de feu. Cela se pesant 25 tonnes » peut appa-
grée et exploitée par les forces
traduira aussi par la nécessité de raître comme provocateur, il est
terrestres futures. Cette évolu-
pouvoir faire face à un large tout de même révélateur des
tion est basée sur deux facteurs
spectre de situations. opportunités offertes par les évo-
majeurs que sont la numéri-
lutions technologiques. Plus
sation et la miniaturisation.
Pour toutes ces raisons, FTF légers, plus précis, les systèmes
Cependant, des effets de cette
2025 ne peut que s'inscrire dans devront aussi être moins gour-
évolution pourraient découler
un projet d'ensemble des sys- mands en ressources. Les pro-
les trois principaux facteurs de
tèmes de forces de « maîtrise du grès de la technique conféreront
supériorité opérationnelle. Il
milieu aéroterrestre », mais il également une protection accrue
s'agit d'abord du partage
doit également s'inscrire dans aux équipages ainsi qu'une plus
contrôlé et en temps utile des
les autres systèmes de forces, grande mobilité tactique et opé- informations. Ce partage implique
comme la « maîtrise du milieu rative. En parallèle, la numérisa- au préalable la maîtrise de
aérospatial », « projection et tion de l'espace de bataille, alliée celles-ci. Le second facteur est la
mobilité » ou « C3R » par à la maîtrise de l'information, maîtrise du « cadencement de la
exemple. devrait permettre d'acquérir une manœuvre aéroterrestre ». Il
supériorité opérationnelle. s'agit, ici, de pouvoir contrôler
Il est également nécessaire de le tempo de la manœuvre en
prendre en compte les dévelop- Face à cet environnement, le l'accélérant ou en le ralentis-
pements capacitaires interar- projet d'ensemble des forces sant. Ce facteur est fondé sur la
mées, ne serait-ce que pour des terrestres futures devra s'adap- capacité à mener des actions au
problèmes d'interopérabilité des ter et prendre en compte ces exi- contact avec une concentration
systèmes d'information et de gences parfois contradictoires. rapide et la plus tardive possible
commandement par exemple. La solution qui est envisagée, des moyens ; la durée d'action
Car, eu égard aux contraintes est la polyvalence des moyens. doit être la plus brève possible
financières qui pèsent sur tous A l'horizon 2025, les FTF pour-

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S A P E U R

et la dispersion tout aussi rapide. S'ENGAGER DANS UNE CRISE LES CONTRAINTES QUI PÈSENT
Elle se double d'une optimisation RÉGIONALE MAJEURE SUR FTF 2025
d e l a manœuvre des effets. Ce
facteur de supériorité repose Le projet d'ensemble de FTF Il en existe deux types d'astreintes
sur la capacité que pourraient 2025 repose sur la maîtrise des sur un tel projet : les finances et
avoir les forces, de dissocier les grands équilibres capacitaires. les ressources humaines. Face à
capteurs, d'un coté, des sys- Pour cela le bureau conception d'éventuelles difficultés budgé-
tèmes qui produisent des effets, des systèmes de forces de l'Etat- taires, le projet FTF 2025 devra
de l'autre, à l'instar de l'artillerie Major de l'armée de terre a bâtit rester cohérent. Pour cela il
qui a depuis longtemps dissocié un idéal type. Sa base est le devra être basé sur un socle
les éléments d'observation et contrat opérationnel prospectif d'équipement raisonnable, réa-
les canons. de l'armée de terre. L'hypothèse liste et suffisant pour atteindre
d'engagement retenue, car la sa mission tout en restant suffi-
Enfin, le troisième facteur de plus probable et la plus exi- samment souple pour s'adapter
supériorité opérationnelle est le geante en termes de cohérence, aux montants des crédits alloués.
« contrôle des effets à distance ». est l'hypothèse T21 à savoir une FTF 2025 sera construit sur un
Ce contrôle permettra de prépa- « crise majeure régionale ». socle matériel complété par des
rer, faciliter voire garantir les
options dont la mise en oeuvre
actions au contact. Il s'agit, ici, Un tel engagement signifie sera rythmée par les choix finan-
d'atteindre et de neutraliser, concrètement le déploiement de ciers. De plus, l'armée de terre
dans la totalité du théâtre, les 30 000 hommes dans une phase devra faire le choix de la juste
points décisifs adverses qu'ils d'imposition de 6 mois et de suffisance technologique. C'est-à-
soient matériels, PC ou concen- 14 000 hommes dans une seconde dire, qu'elle devra limiter au strict
tration de blindés, ou immaté- période pour stabiliser le pays besoin opérationnel les technolo-
riels, réseaux informatiques par ou la région. Ce contrat opéra- gies des différents systèmes
exemple. tionnel fixe un premier cadre à d'arme. Ces limites permettront
ce que pourraient être les forces de nous prémunir d'un épuise-
terrestres futures. Un second ment des ressources budgétaire
découle, d'une part, de la poly- dans une escalade technologique
valence qui est l'un des prin- entre alliés. Cependant, l'interopé-
cipes des FTF 2025 et, d'autre rabilité devra être assurée jusqu'à
part, des capacités actuelles de un certain niveau à déterminer.
nos forces, de l'existant. Il s'agit,
ici, de prendre en compte l'exis- S'agissant des ressources humai-
tant pour aller vers le projet FTF nes, celles-ci ne sont pas exten-
2025. Ainsi, le cœur de la force, sibles du fait, bien sûr, des
dit cœur médian, qui est constitué contraintes budgétaires mais
Les forces terrestres futures des forces disposant de la capa-
pourraient s'articuler de la façon aussi du fait de la concurrence
cité à être projeté, est complété des autres secteurs de l'écono-
suivante : par des forces lourdes et légères mie. Cette concurrence sera
- l'action au contact prendra la qui constituent les extrêmes de d'autant plus forte que l'écono-
place centrale où l’on retrou- ce cœur. Ces ailes doivent per- mie se portera bien et que nos
vera, en particulier, les unités mettre de faire face aux situations systèmes d'arme nécessiteront
de combat du génie ; extrêmes, le scénario 6 du livre une technicité de plus en plus
blanc par exemple. L'ensemble élevée. Enfin, l'évolution de nos
- les trois grandes catégories constitue une force polyvalente.
capacitaires, que sont l'action sociétés rend de moins en
L'équili-bre entre forces légères, moins acceptable la notion de
à distance, le renseignement lourdes et le cœur médian devra
et les actions d'environne- pertes humaines. La protection
être déterminé en fonction des du personnel sera donc la pre-
ment, faciliteront cette action évolutions technologiques.
au contact ; mière des priorités. Il faudra
ainsi développer la notion de
- les catégories capacitaires de protection différenciée. Celle-ci
soutien, la logistique et le vise à mettre en place une pro-
mouvement permettront la tection de l'habitacle propre-
manœuvre ; ment dit la plus élevée possible,
- les catégories capacitaires alors que le reste de l'engin
« englobantes », le comman- (moteur, châssis, armement,...)
dement et la protection, per- aura une protection inférieure.
mettront d'assurer la cohé- Il est acceptable de perdre le
rence et la coordination. moteur d'un véhicule, pas
l'équipage.

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S A P E U R

rées, modernisées. Il s’agit


aussi, dans les équipements
futurs, de faire porter l’effort
technologique sur les fonction
pour lesquelles l’investissement
sera le plus rentable : l’investis-
sement sera, par exemple, plus
intéressant sur la fonction pro-
tection par rapport à la fonction
mobilité. Enfin, il conviendra de
privilégier la dualité d'un sys-
tème, c'est-à-dire sa capacité à
disposer d'armements létaux ou
à létalité réduite, en coercition
de force ou en maîtrise de la vio-
lence, sur un théâtre d'opération
extérieur ou sur le territoire
national.

Les conséquences pour le génie


des forces terrestres futures
n'ont été que très brièvement
décrites car il est encore trop tôt
Le projet d'ensemble du sys- peut être aussi des châssis com- pour en tirer de plus précises.
tème de force terrestre futur tel muns entre des engins de com- Cependant, les premières ana-
qu'il vient d'être décrit aura des bat du génie et de l'infanterie. lyses devraient permettre dans
conséquences sur toutes les L'objectif est, d'une part, de limi- un avenir assez proche de déga-
fonctions opérationnelles de ter les coûts d'acquisition et, ger de grandes tendances en
l'armée de terre. « L'agencement d'autre part de réduire le poids matière de capacité. Quoi qu'il
de l'espace terrestre » devra de la logistique. en soit, le génie ne devrait pas
prendre en compte ce projet. être bouleversé par le projet
L'allégement de la logistique, d'ensemble F T F 2 0 2 5 . En
par ailleurs, constitue une autre revanche, ce projet pourrait être
ADAPTER LES ÉQUIPEMENTS
orientation générale découlant remis en cause par plusieurs
POUR RÉDUIRE LES COÛTS de FTF 2025. Cet allégement événements majeurs. Parmi
concerne la charge logistique ceux-ci, il est possible de noter
Même s'il est encore trop tôt
globale d'un système d'arme, la résurgence d'une menace
pour tirer des conclusions sur le
par exemple le carburant, mais majeure, imposant la révision
modèle capacitaire élaboré dans aussi le besoin en approvision- de l'analyse stratégique, l'affais-
ce projet FTF 2025, il n'en reste nement spécifique. Ce dernier sement notable de l'effort de
pas moins que, d'ores et déjà, sera acquis par la précision des défense, pouvant se traduire par
certaines orientations valables effets du système d'arme ; c'est, une contrainte majeure sur les
pour toutes les fonctions opéra- par exemple, la précision des effectifs ou sur le budget, un
tionnelles peuvent en être tirées. munitions d'artillerie qui per- recul important de l'Europe de la
Ces règles découlent des prin- mettra de réduire le nombre défense et enfin un coût d'acces-
cipes et des facteurs de supé- d'obus tirés, donc d'alléger la sion aux hautes technologies
riorité opérationnelle présentés logistique. Le maintien à un prohibitif ou une absence d'évo-
ci-dessus. Une première règle niveau technologique différen- lution technologique nous inter-
consiste à limiter le nombre de cié des systèmes existants est disant de mettre en oeuvre ce
familles de système, en particu- aussi une règle commune à projet de forces futures. Au-delà
lier en termes de plates-formes, toutes les fonctions opération- de ces facteurs de remise en
de calibres, de composants ou nelles. Cette différenciation cause, l'un des enjeux majeurs
sous-systèmes. Par exemple, technologique consiste à pro- des forces terrestres futures
une plate-forme commune pour longer la durée de vie d'un sys- sera de gérer la transition entre
le futur engin de transport des tème d'arme tout en lui permet- les forces de 2005 et celles atten-
groupes de combat du génie et tant de mettre en oeuvre des dues en 2025.
de l'infanterie est envisagée. Ce munitions sans cesse amélio-

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S A P E U R

Lt-colonel POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT


Rémi
FOUILLAND
DU DOMAINE « SYSTÈMES DE COMBAT »
The procurement policy for the “battlefield exploitation” function,
which is developed within the Army Staff/Weapon systems, is based
on seven main representative domains, namely countermining, river
crossing, aid to deployment, counter-mobility, combat systems,
NRBC and geography.
Saint-cyrien de la promotion
général MONCLAR (1984-1987), As far as combat systems are concerned, the aim of the equipment
le lieutenant-colonel FOUILLAND policy by 2010 is:
est, depuis l’été 2002, officier de - to implement the “weapon systems” part of the overall batt-
synthèse de la fonction « agen- lespace exploitation system (SYGOGNE-T) by manufacturing the
cement de l’espace terrestre » equipment for the preparation-protection module (rapid engineer
au bureau systèmes d’armes de protection vehicle, engineer preparation vehicle) and that of the
l’EMAT. heavy support module (upgraded armoured engineer vehicle);
- to enhance the subsets of the combat group in order to adapt
Il a auparavant servi au 11 e, 9 e et them to the new conditions of engagement.
34 e régiment du génie comme
chef de section et commandant In the long run (2011-2020), the “weapon systems” part of
d’unité ainsi qu’à l’école supé- SYGOGNE-T (procurement of the engineer dismounted combat sup-
rieure et d’application des trans- port vehicle, procurement of the urban area multi-effect weapon,
missions en tant que directeur development of future vehicles for the heavy support module) will
d’études du diplôme technique have to be finalised and consolidated.
« électronique-informatique »
(1999-2002). Cet article s’inscrit dans la conti- combat débarqué, combat
nuité de ceux proposés dans les embarqué, combat indirect,
Ingénieur de l’école supérieure revues SAPEUR n° 3 et n° 4. Il a défense sol-air, aéromobilité,
d’électricité (1997), il a suivi la pour but de rappeler les princi- agencement de l’espace ter-
scolarité de la 111 e promotion paux objectifs de la politique restre, mobilité-commandement
du cours supérieur d’état-major d’équipement de la fonction et domaines spécifiques (2).
et de la 6 e promotion du collège opérationnelle « agencement de
interarmées de défense (1997- l’espace terrestre » et de la pré- Situées à la convergence des
1999). senter de façon plus détaillée aspects opérationnels, financiers,
dans le domaine des systèmes politiques et industriels, ces poli-
Il a servi en Bosnie-Herzégovine de combat du génie. tiques d’équipement, mises à jour
comme assistant militaire du annuellement, ont pour objectif
général adjoint de la SFOR et LA POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT d’assurer une cohérence et une
REPFRANCE, de décembre 2000 continuité dans la conception, la
À L’EMAT
à juillet 2001. réalisation et l’utilisation des équi-
La mission du bureau systèmes pements sur la période 2005-2020.
d’armes (BSA) de l’état-major de
l’armée de terre (EMAT) est d’as- LA POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT DE
surer la mise à disposition des
équipements et de leur environ-
LA FONCTION OPÉRATIONNELLE
nement au profit des forces ter- « AGENCEMENT DE L’ESPACE
restres. TERRESTRE »

A ce titre, il élabore le volet Dans ce cadre général, la politique


« systèmes d’armes » de la poli- d’équipement de la fonction
tique d’équipement de l’armée opérationnelle « agencement de
de terre (1) qui se décline en dix l’espace terrestre » (3) est articulée
politiques d’équipement relatives en sept domaines : le contre-
aux fonctions opérationnelles minage, le franchissement, l’aide
renseignement, C2/simulation, au déploiement, la contre mobi-

1) Qui comprend également un volet « systèmes d’information et de communica-


tion », de la responsabilité du BSIC.
2) Comprenant l’équipement des unités spécifiques (BFST) et les équipements
spécifiques à certains milieux (montagne, amphibie, nautique, aérotransport).
3) La première version de la politique d’équipement de la fonction opérationnelle
« agencement de l’espace terrestre »a été diffusée en avril 2004.

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S A P E U R

lité, les systèmes de combat, le cacité au génie dans sa mission gration du PR4G et du SITEL).
NRBC et la géographie. d’appui direct.
Le SDPMAC est un système de
A court terme et à moyen terme LA POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT contre minage, destiné à offrir
(2005-2010), la politique d’équi- aux régiments du génie des bri-
DU DOMAINE « SYSTÈMES DE
pement vise à faire effort sur gades blindées et mécanisées
l’appui des unités au contact. COMBAT » une capacité ponctuelle d’ouver-
Elle a pour objectif d’accroître ture d’un couloir à travers une
les capacités détenues, par la Des études récentes ont mis en
zone minée. Il est constitué du
poursuite d’opérations d’amélio- évidence la nécessité d’adapter
dispositif de déminage pyro-
ration des matériels en service les capacités du génie aux nou-
technique israélien CARPET, uti-
et l’acquisition d’équipements velles dimensions du combat de
contact. lisant la technique du « fuel air
disponibles sur « étagère » ou explosive », intégré sur un châs-
nécessitant peu de développe- sis EBG.
ments. S’agissant du combat dans la
profondeur comme en zone
urbaine, il est apparu nécessaire Le module d’appui en zone
A l’horizon 2015-2020, il s’agira urbaine est dédié à l’appui au
de moderniser certains équipe- de pouvoir conduire un combat
embarqué et un combat débar- combat débarqué et aux actions
ments majeurs et d’acquérir des de maîtrise de la violence. Il
moyens adaptés aux nouvelles qué. L’ensemble du système de
combat futur a ainsi été redéfini comprendra un seul système,
conditions d’emploi des forces, l’engin génie d’appui au combat
tel que le système de protection au travers du concept de système
global de gestion de l’espace ter- débarqué (EGACOD)(8). De concep-
des éléments terrestres (SPECTRE),
restre (SYGOGNE-T), qui intègre tion nouvelle et possédant des
destiné à assurer la protection de
plusieurs modules, constitués cha- capacités spécifiques à la zone
dispositifs déployés du niveau
cun d’un ou plusieurs systèmes urbaine, l’EGACOD offrira notam-
section.
d’armes (5). ment la possibilité à des com-
battants d’accéder directement
Tout en consolidant la mise en
De fait, SYGOGNE-T est articulé par l’extérieur aux étages d’un
place du système SYGOGNE-T (4),
en quatre modules majeurs et bâtiment et permettra la mise en
il s’agira également de réaliser
d’autres « systèmes d’équipements » un module complémentaire. œuvre de divers outils sous pro-
couvrant l’ensemble d’un domaine, tection.
comme le système de contre Le module d’appui lourd est des-
mobilité réactif (SYCOMORE) ou tiné à appuyer les unités blin- Le module d’accompagnement
le système de déminage rappro- dées, dans un environnement de groupe vise la pérennité d’une
ché (SYDERA). coercition. Jusqu’à l’horizon 2020- capacité de transport protégé
2025, il se composera de l’engin des groupes de combat du génie
Si les programmes et les opéra- blindé du génie valorisé (EBG VAL) engagés en premier échelon au
tions prévus au titre de la loi de et du système de déminage pyro- côtés des unités au contact.
programmation militaire 2003- technique des mines antichar Jusqu’à l’horizon 2020, il repo-
2008 sont effectivement réalisés, (SDPMAC) (6). sera sur le VAB génie (9).
les forces terrestres dispose-
ront, à l’horizon 2010-2012, d’un L’opération de valorisation de Le module d’aménagement pro-
appui dimensionné au « juste l’EBG porte principalement sur tection constitue une compo-
besoin » mais cohérent, dans le la fonction observation (aptitude sante apte à organiser le terrain
domaine de l’agencement de au combat nocturne et tout en premier échelon, en facilitant
l’espace terrestre. C’est notam- temps, télémétrie), la fonction le déploiement, les mouvements
ment à cette échéance que les protection (amélioration de la et la protection d’une force
principaux systèmes d’armes de protection balistique, intégra- engagée, particulièrement en
SYGOGNE-T devraient être en tion du système DEDALE (7)) et la zone urbaine. Ce module sera
service, donnant sa pleine effi- fonction communication (inté- centré autour de deux engins :

4) SYGOGNE-T : système global de gestion de l’espace terrestre.


5) Le schéma directeur de SYGOGNE-T a été réalisé en septembre 2004.
6) En 2025, un engin génie d’appui au combat embarqué (EGACE) devrait succéder à l’EBG VAL et un démineur d’appui direct
(DEMAD) devrait remplacer le SDPMAC.
7) Le fonctionnement du démineur par duplication à leurrage électromagnétique (DEDALE) consiste en l’émission d’un signal
en avant de l’engin équipé, pour déclencher les mines à allumeurs à influence magnétique actifs et passifs. La notification
du marché DEDALE est prévue en 2005.
8) Bien que n’ayant pas les mêmes fonctionnalités, l’EGACOD est le successeur des MPG des compagnies de combat.
9) Le VAB génie sera remplacé par le véhicule de transport de groupe (VETRAG), qui n’est pas à considérer comme un engin
spécifique génie et qui devrait être réalisé sur la base d’un futur engin blindé médian, développé à compter de 2010.

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S A P E U R

- l’engin génie rapide de pro- Les systèmes cités ci-dessus combat entre 2005 et 2007,
tection (EGRAP), qui pourra forment un ensemble cohérent pour une mise en service à
se déplacer rapidement d’un mais appellent des réponses compter de 2006.
point à un autre pour aména- spécifiques, compte tenu de leurs
ger les premiers emplace- différences en termes de difficul- A long terme (2011-2020), il
ments de combat des unités tés techniques et d’avancement conviendra de finaliser et de
appuyées, l’accent étant mis dans le temps. consolider le volet « systèmes
sur les fonctions chargeuse d’armes » de SYGOGNE-T, ce
et pelle ; A court terme et à moyen terme qui se traduira par :
(2005-2010), l’objectif consiste à :
- l’engin génie d’aménagement - l’acquisition de 118 EGACOD,
(EGAME (10)), qui sera en me- - mettre en œuvre le volet système pour lequel un
sure d’intervenir lorsque les « systèmes d’armes » de démonstrateur franco-italien
délais seront moins contraints, SYGOGNE-T en réalisant les doit voir le jour d’ici 2007 et
l’accent étant porté sur la équipements des modules un développement pourrait
capacité optimale de poussée. d’aménagement protection débuter dès 2007, en vue de
et d’appui lourd ; premières livraisons envisa-
L’arme multi-effets de zone - valoriser les lots du groupe gées en 2012 ;
urbaine (ARMURE) représente de combat, afin de les adapter
un module complémentaire de - l’acquisition du système
aux nouvelles conditions d’en- ARMURE pour lequel les
SYGOGNE-T. Système nouveau, gagement.
intégré à certains engins (11) et données relatives aux per-
débarquable, ARMURE doit per- formances, aux cibles, aux
Cet effort se traduit par : délais et aux coûts restent à
mettre d’appuyer le combattant
débarqué en zone urbaine, en - l’acquisition de 35 EGAME entre préciser ;
dispensant des effets gradués. Il 2005 et 2008, pour une mise en - le développement du succes-
devra offrir la possibilité d’ou- service à compter de 2008 ; seur des EBG VAL et des SDP-
vrir des cheminements au tra- - l’acquisition de 92 EGRAP entre MAC, dont le contour reste à
vers d’infrastructures verticales 2005 et 2008, pour une mise en définir.
et horizontales, de disloquer des service à compter de 2007 ;
obstacles et de mettre hors de CONCLUSION
combat du personnel débarqué - la mise en service opérationnel
ou retranché. de 12 SDPMAC, pour lesquels Les actions menées dans le
un marché relatif à l’acquisition domaine des systèmes de
Par ailleurs, une opération des systèmes CARPET et des combat s’inscrivent parfaitement
consistant à faire évoluer les munitions associées, ainsi qu’à dans l’axe principal à moyen
lots des groupes de combat du l’intégration sur EBG, a été noti- terme de la politique d’équipe-
génie, est lancée. Les nouveaux fié fin 2003. Les livraisons sont ment de la fonction opération-
lots ont été notamment conçus prévues dans les régiments nelle « agencement de l’espace
pour les engagements en zone entre 2006 et 2008 (12) ; terrestre », visant à faire effort
urbaine, dans le cadre des mis- sur l’appui des unités au contact.
- la valorisation de 42 EBG VAL
sions d’appui direct. Cette opé- Elles sont clairement destinées à
(et 12 SDPMAC) entre 2005 et
ration, qui s’inscrit bien dans le conférer aux unités du génie des
2010, pour une mise en service
cadre du volet « systèmes de capacités d’appui direct adap-
à compter de 2008 (13) ;
combat » de la politique d’équi- tées aux nouvelles conditions
pement, n’entre pas dans le - l’acquisition de 14 nouveaux d’engagement, particulièrement
périmètre de SYGOGNE-T. lots au profit des groupes de en zone urbaine.

10) L’EGAME et l’EGRAP sont destinés à remplacer des MPG, des EMAD et des bouteurs au sein des régiments du génie.
11) Typiquement l’EBG VAL et son successeur ainsi que l’EGACOD.
12) 3 SDPMAC sont prévus au 3e RG, au 13e RG, au 19e RG et au 31e RG.
13) 9 EBG VAL sont prévus au 3e RG, au 13e RG, au 19e RG et au 31e RG, le reliquat étant destiné aux écoles et à la réserve de
maintenance.

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S A P E U R

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S A P E U R

Colonel DE L’UTILITÉ DES OFFICIERS


Dominique
PARISSE DU DOMAINE DE SPÉCIALITÉ « SÉCURITÉ »
DANS LES INSTANCES EUROPÉENNES DE
SÉCURITÉ CIVILE…
A l’issue de sa scolarité à l’ESM
de Saint-Cyr (promotion général Pushed by the extent of the disaster which left a tremendous trail of damage
Rollet), le colonel PARISSE choi- in the south of Asia in December 2004, the European Union (UE) decided to
sit l’infanterie. thrust as "regional pole of competence of civil defence", according to the
concept and the terminology of United Nation (UN). The expected purpose
Dès 1984, il rejoint la brigade consists in laying out a European Civil Defence Rapid Reaction Force
des sapeurs pompiers de Paris (ECDRRF) made up with 2500 civilian and military specialists in rescue ready
où il effectuera alors toute sa to be committed everywhere in the world within 24 hours. As part of this
carrière d’officier, d’abord en high readiness task force, the assignment of officers belonging to the field of
compagnie d’incendie, puis à
"safety" in the European civil defence organization, as of now, would be use-
l’état-major et enfin en tant que
ful for Europe, strongly thinkable for France and necessary for the Army.
chef de corps du 2e groupe d’in-
cendie (2000-2002).
The UE would clearly find its interest in term of availability, expertise and com-
De 1992 à 1994, il est stagiaire petence. The Army provides high value officers in the field of civil defence
de la 106 e promotion de l’ESG et ready to plan, to train, to control, to dispatch, to support and command on ter-
de la 1 re promotion du CID rain in order to work in the future impending ECDRRF. Also, according to the
specific qualities of the French officers, a double powerful vocational training
Il est diplômé de l’institut des and a significant background acquired both in France and abroad, the safety
hautes études de la sécurité skilled officers unquestionably constitute a pole of expertise as well as a rare
intérieure (1997) et certifié du resource and a great efficiency which could usefully be employed by the
centre des hautes études sur European authorities within their own civil defence organization build-up.
l’Afrique et l’Asie moderne
(CHEAM - 1997-1998).
France would affirm during international interventions its capacity to hold the
Aujourd’hui, le colonel PARISSE place to which it can legitimately claim regarding its human, technical and
est chef du bureau coordination operational potential. By positioning officers of the Army coming from safety
des carrières et de la mobilité de field within the European civil defence framework, France would keep any
la DPMAT. possibility of asserting the role of nation leader at the time of a greater civil
defence operation led into multinational environment by the EU, while per-
manently putting forward the quality of its know-how and while influencing
the possible evolutions of the regulations on the matter as well.

The Army could afford to perfect its fundamental positioning in the French
and European defence asset. Indeed, the appointment of safety skilled offi-
cers within the European civil defence authorities would be likely to still
increase the ascendancy of the Army while enabling him to post in a more
visible way the importance of its involvement in internal security, simulta-
neously by ensuring the advanced training of its officers and by improving its
acknowledgement as one of the leader within the EU.

Therefore, so that France and the Army could become one of the essential
nations of the European civil defence build-up, and particularly of the ECDRRF
at January 1, 2007, the officers of the Army, and more specifically those of the
field of "safety", must as fast as possible integrate the European civil defence
department which is growing up in Brussels.

Dimanche 26 décembre 2004, Richter, balaye les côtes de nom-


7 heures du matin, heure locale : breux pays de l’océan Indien. Près
un raz-de-marée d’une rare violence de 300 000 morts seront décomptés.
provoqué par un séisme de magni- Dans les heures qui suivent l’an-
tude 9,3 sur l’échelle ouverte de nonce de la catastrophe, l’Union

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S A P E U R

Européenne (UE) décide l’envoi force multinationale engagée à plu-


d’une force multinationale de sécu- sieurs milliers de kilomètres de ses
rité civile(1) placée sous la coordina- bases. Or, le domaine de spécialité
« sécurité » de l’armée de terre
tion d’un officier de sapeurs-pom-
constitue une ressource importante
piers civils français. en officiers particulièrement compé-
tents pour ce type de missions.
A la lumière de tels événements,
dont la récurrence élevée (2) et les
Ce sont, tout d’abord, des officiers
conséquences humaines et écono-
parfaitement formés d’un point
miques(3) sont désormais immédia-
de vue militaire : commandement,
tement connues des décideurs et
l’UE, l’affectation d’officiers de l’ar- langues étrangères, techniques et
des populations par une médiatisa-
mée de terre française et plus parti- travaux d’état-major, méthode de
tion omniprésente, l’UE a décidé
culièrement de ceux du domaine de planification opérationnelle en usage
d’anticiper les dispositions prévues
spécialité « sécurité » dans les ins- tant au sein de l’OTAN que de l’UE,
à l’article III-284 du projet de Traité
tances européennes de sécurité conduite des opérations en milieu
établissant une constitution pour
civile, actuelles ou en construction, interarmées et surtout interalliés.
l’Europe (4) et de s’ériger en « pôle
serait à la fois utile pour l’Europe, Appartenant tous à l’armée de terre,
régional de compétence de sécurité
souhaitable pour la France et néces- sévèrement sélectionnés tant au
civile », au sens onusien du terme.
saire pour l’armée de terre. recrutement initial que tout au long
Son objectif affiché est de pouvoir
de leur carrière, ils suivent, comme
disposer, dans moins de deux ans,
les autres officiers de l’armée de
au 1 e r janvier 2007, d’une Force UTILE POUR L’EUROPE… terre, le cursus habituel des officiers
d’Intervention Rapide Européenne
de cette armée : école de formation
de sécurité civile (FIRE) composée Le nouveau projet de l’UE en
initiale puis école d’application, où
de 2 500 secouristes et sauveteurs, matière de force de sécurité civile
leurs sont inculqués les fondamen-
civils et militaires, capable d’être est ambitieux. Il dépasse le « méca-
taux de l’état d’officier : rigueur,
projetée, sous 24 heures, partout nisme renforcé de protection civile »
disponibilité, discipline, initiative.
dans le monde. Pour coordonner cet créé conformément aux dispositions
A l’issue de leur temps de comman-
ensemble, planifier et conduire ces autorisées par l’article 308 du traité
dement d’unité élémentaire, après
actions, l’UE ne dispose, pour l’ins- de Maastricht, et nécessitera de dis-
donc environ sept années passées
tant, que d’un nombre réduit d’or- poser, outre de réservoirs nationaux
au contact de « la troupe », durant
ganismes, servis par un nombre de forces de sécurité civile disponibles
lesquelles ils auront en moyenne
très restreint de personnels(5). et dûment entraînés, d’un encadre-
participé à une ou deux opérations
ment de grande qualité. En effet, à
extérieures (OPEX), le plus souvent
Devant le challenge que constituent l’instar de ce qui existe déjà pour les
dans un contexte multinational,
la conception, la mise sur pied et forces militaires engagées au titre de
ils s’engagent dans la scolarité de
l’engagement d’une telle force ainsi la Politique Etrangère et de Sécurité
l’Ecole d’Etat-Major (EEM), puis
que la montée en puissance des Commune (PESC), cet encadrement
pour les meilleurs dans celles du
organismes de coordination, mais devra être capable de planifier,
Cours Supérieur d’Etat-Major (CSEM)
aussi les enjeux de pouvoirs qui se entraîner, contrôler, projeter, soute-
puis du Collège Interarmées de
dessinent entre les quatre futurs nir et commander sur le terrain,
Défense (CID). Durant ces années,
grands contributeurs (6) au sein de pour une durée indéterminée, une

1) Dans un souci de simplification, on utilisera indifféremment, pour cet article, les termes « protection civile » et
« sécurité civile », sans tenir compte des nuances de sémantique spécifiquement françaises qui contribuent encore
aujourd’hui à nourrir de nombreux débats dans les cercles spécialisés. Pour l’auteur et conformément aux disposi-
tions de la loi du 22 juillet 1987 et à celle du 13 août 2004, la sécurité civile a pour objet la prévention des risques de
toute nature ainsi que la protection des personnes, des biens et de l’environnement contre les accidents, les
sinistres et les catastrophes. Ses missions sont assurées principalement par les sapeurs-pompiers professionnels et
volontaires des services d’incendie et de secours ainsi que par les personnels de l’Etat et les militaires des unités qui
en sont investis à titre permanent.
2) 900 séismes ayant entraîné des tsunamis ont été enregistrés au XXe siècle dans le seul océan Pacifique. Par ailleurs,
75 % de la population mondiale a été soumise à au moins un risque majeur naturel au cours des 20 dernières années
(Colloque sur les tsunamis organisé par le haut comité français pour la défense civile, Ecole militaire, le 9 mars 2005,
exposé de monsieur Schindele, géophysicien)…
3) En moyenne, les 40 catastrophes les plus importantes survenant chaque année sur la planète sont responsables de
60 000 morts et de 14 milliards de dollars de dégâts (La documentation française, n° 908 de janvier 2005, article de
madame Jocelyne Dubois-Maury).
4) Titre III : politiques et actions internes ; Chapitre V : domaines où l’Union peut décider de mener une action de coor-
dination, de complément ou d’appui ; Section 5 : protection civile ; Article III-284 : « (…) L’action de l’Union vise à :
(…) b) favoriser la cohérence des actions entreprises au niveau international en matière de protection civile ».
5) L’unité de protection civile, qui dépend de la Direction Générale (DG) « Environnement », comprend 14 personnes et
met en œuvre le « Monitoring Information Center » (MIC), centre européen de suivi des crises de sécurité civile armé
par 3 personnes.
6) Italie, Allemagne, Espagne et France.

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S A P E U R

ils perfectionnent leur connaissance reconnue et dispensés par des offi- nification d’urgence de sa zone d’ac-
des langues étrangères et plus parti- ciers expérimentés, les moyens tion, le commandement de plus de
culièrement de l’anglais opération- pédagogiques les plus modernes 1 800 personnels et le suivi de près
nel, enrichissent leur culture géné- sont mis en œuvre, notamment la de 400 opérations de secours par
rale et apprennent l’ensemble des simulation informatique, mais aussi jour(8), parmi lesquelles 5% de feux
techniques de travail en état-major des exercices grandeur nature sur le et 70 % de secours à victimes. Un
et de planification opérationnelle. terrain : feux d’hydrocarbures, feux commandant d’unité des UIISC
Les connaissances acquises par ces d’immeubles de grande hauteur aura eu, quant à lui, l’occasion d’in-
scolarités successives et les riches (IGH), interventions sur le réseau tervenir en renfort, sur très court
expériences recueillies au cours des ferré (Interfer), plan rouge. La qua- préavis, partout sur le territoire
nombreuses affectations en unités lité de la formation délivrée est national et à l’étranger tant lors des
opérationnelles ou en état-major les incontestablement l’un des facteurs feux de forêts, que lors de tremble-
rendent rapidement et naturelle- clefs de la réputation de ces unités ments de terre ou autre situation de
ment aptes à la planification et à la qui accueillent, d’ailleurs, de nom- catastrophe majeure. Eu égard au
conduite des opérations en milieu breux autres stagiaires civils et mili- contexte d’emploi et aux zones d’ac-
international. taires, français et étrangers. tion des unités que sont les UIISC
et la BSPP, réserve nationale
Ce sont, enfin, des officiers qui, par d’emploi entre les mains du
leurs affectations successives dans ministre de l’Intérieur pour les pre-
les UIISC et/ou à la BSPP ont acquis, mières, défense de la Capitale et de
au fil des années, une expérience sa Petite Couronne sous l’autorité
considérable dans la conduite des directe du Préfet de police pour la
opérations de secours et donc dans seconde, l’expérience acquise par
la gestion des risques de toutes les officiers qui y servent est
natures : risques de la vie quoti- incomparable, tant les interven-
dienne, risques sociaux(7), risques tions sont nombreuses, variées et
technologiques et RNBC, risques dans certains cas à typologie
naturels, et qui, de surcroît maîtri- unique.
Ce sont, également, des officiers sent le contexte particulier de la
parfaitement formés aux techniques gestion des crises et de la coopéra- Forts des qualités propres aux mili-
de l’urgence, propres aux forces de tion civilo-militaire. Ainsi, un com- taires français, d’une double forma-
toutes natures concourant à la sécu- mandant d’unité de la BSPP est un tion performante et d’une expé-
rité civile. En effet, à l’issue d’une jeune officier qui aura eu la respon- rience importante acquise tant en
période minimum de deux années sabilité d’assurer, durant au mini- France qu’à l’étranger, les officiers
passées dans une unité des forces, mum deux années, 24 heures sur du domaine « sécurité » constituent
les officiers du domaine « sécurité » 24, tous les jours de l’année, la pro- indéniablement un pôle d’expertise
sont affectés soit en Unité d’Instruc- tection d’une population souvent ainsi qu’une ressource rare et d’une
tion et d’Intervention de la Sécurité équivalente voire supérieure à celle grande efficience qui pourrait utile-
Civile (UIISC) soit à la Brigade de de la plupart des départements fran- ment être employée par les autori-
Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP). çais, et à « gérer » quotidiennement tés européennes au sein de leurs
Durant une période variant de une à quelques 35 à 40 interventions de propres instances de sécurité civile
deux années, une formation spécia- toutes natures, dont en moyenne au en cours de montée en puissance.
lisée initiale, de nature similaire à moins deux feux. Si la majorité de
celle dispensée aux officiers de ces interventions est du domaine du SOUHAITABLE POUR LA FRANCE…
sapeurs-pompiers civils, leur est classique, certaines auront néces-
délivrée, en alternance avec des sité de sa part un engagement per- Dans le jeu des contributions natio-
périodes de mise en pratique dans sonnel conséquent dans des cir- nales aux différentes actions euro-
les différentes unités. Puis, tout au constances souvent dramatiques, péennes, le risque pour la France
long de leur carrière au sein de ces toujours dangereuses et caractéri- serait de se voir cantonnée, dans le
unités, et en fonction des responsa- sées par un stress intense, les atten- domaine de la sécurité civile, au
bilités susceptibles d’être tenues, tats en étant vraisemblablement, rôle réduit de simple contributeur
des formations complémentaires avec les incendies de grande inten- de forces. Or, au sein des armées, le
leur sont délivrées : stages des offi- sité, les cas les plus représentatifs. poids des forces militaires fran-
ciers de permanence, feux de forêts, Quant à son chef, le commandant çaises de sécurité civile est loin
sauvetage déblaiement, traitement de groupement d’incendie, du d’être négligeable : elles représen-
de l’eau, RNBC, futurs comman- grade de lieutenant-colonel ou colo- tent, en effet, près de 12 000 person-
dants d’unité, commandants des nel, il aura eu la responsabilité de nels(9) toutes armées confondues,
opérations de secours (COS), etc... plus de deux millions d’habitants, la dont une partie, UIISC et détache-
Au cours de ces stages à la qualité réalisation de l’ensemble de la pla- ments d’intervention catastrophes

7) En particulier les attentats…


8) A titre de comparaison, le département de Meurthe-et-Moselle (54) effectue 100 interventions par jour.
9) BSPP : 8 000 hommes, UIISC : 1 500 hommes, BMPM : 2 000 hommes.

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S A P E U R

aéromobile (DICA) de la BSPP et du tirées des deux grands conflits mon- mettant en permanence en exergue
bataillon de marins-pompiers de diaux, amène le médecin à la vic- la qualité de ses savoir faire et en
Marseille (BMPM), est immédiate- time afin d’en assurer une prise en influant sur les évolutions possibles
ment disponible et projetable(10), en charge et une stabilisation précoce. des réglementations en la matière.
mesure d’être engagée dans la C’est encore la planification des
durée avec une notion de relève dif- secours d’urgence avec comme NÉCESSAIRE POUR L’ARMÉE DE
férée, ce qui est loin d’être toujours meilleur exemple le désormais
le cas des diverses organisations célèbre « plan rouge ». Conçu dans
TERRE…
civiles concourant elles aussi à la les années 1970 par la BSPP, il a fait Le positionnement d’officiers du
sécurité civile. Dans ce contexte, et ses preuves notamment lors des domaine de spécialité « sécurité »
à l’image de ce qui prévaut déjà vagues d’attentats ayant frappé au sein des instances européennes
pour les opérations militaires Paris dans les années 1985 et 1995 de sécurité civile permettrait à l’ar-
conduites tant par l’UE que par et fut très rapidement adopté
mée de terre d’affirmer encore plus
l’OTAN, il apparaît très souhaitable comme plan national. Simple d’em-
son actuel rôle d’acteur majeur en
pour la France d’obtenir en contre- ploi, modulable à souhait, fondé sur
terme de sécurité civile. En effet, on
partie d’une éventuelle mise à dis- une organisation performante du
ne sait pas assez que sur les
position de forces militaires natio- commandement, il « s’exporte »
quelques 12 000 militaires concou-
nales de sécurité civile, des postes avec beaucoup de facilité dans les
rant à la sécurité civile en France,
de responsabilités au sein des ins- pays touchés par tout type d’acci-
10 000 appartiennent à la seule
tances européennes de sécurité dent susceptible d’entraîner de
armée de terre, soit près de 8 % de
civile pour les officiers relevant des nombreuses victimes, y compris en
ses effectifs totaux. Que l’armée de
unités susceptibles d’être mises à République Populaire de Chine…
terre est donc bien, au sein des
disposition et donc engagées. Un tel
forces armées françaises, la seconde
positionnement permettra ainsi à la Outre ce faire valoir indispensable
France de briguer, le moment venu principale contributrice à la sécurité
au renom de la France au sein de
et avec beaucoup plus de facilité, le intérieure derrière la gendarmerie
l’UE et du monde, le positionne-
rôle de « nation cadre » pour une ment d’officiers du domaine « sécu- nationale. Sait-on d’ailleurs que les
opération européenne de protection rité » au cœur du dispositif de effectifs de la BSPP assurent à eux
civile et d’obtenir des postes clefs réflexion et d’élaboration de la poli- seuls la protection de 10 % de la
tique européenne de sécurité civile population française et de plus de
permettrait de mieux connaître les 25 % de l’ensemble de la richesse
tendances lourdes en gestation en nationale ? Sait-on que la BSPP qui
terme de réglementation et de pla- ne représente que 3 % des sapeurs-
nification, d’anticiper les évolutions pompiers français effectue à elle
positives, d’infléchir voire, le cas seule 12 % des interventions du
échéant, de contrecarrer les muta- pays ? Sait-on que les 1 500 person-
tions susceptibles de s’avérer nels des UIISC constituent la seule
néfastes tant d’un point de vue opé- réserve nationale de sécurité civile
rationnel qu’en terme de formation immédiatement disponible entre les
ou d’équipements, et dont les mains du gouvernement ? Non seu-
en état-major opérationnel, dans les conséquences ne sont jamais lement l’armée de terre est l’armée
organismes de gestion de crises, de neutres en termes budgétaires. En la plus présente au sein des OPEX,
commandement voire de coordina- la matière, la politique de « la chaise mais également la plus importante
tion européenne. vide » serait véritablement suicidaire contributrice aux opérations intérieures
Une telle politique permettrait éga- et la France perdrait, sous les coups (OPINT) avec plus de 11 000 person-
lement à la France de mettre en d’une réglementation européenne à nels engagés en permanence(11) sur
exergue ses propres concepts d’em- l’élaboration de laquelle elle n’au- le territoire national ! Ainsi, dans le
ploi en matière de sécurité civile. rait pas voulu participer, une part de poids que souhaitent peser les diffé-
Ceux-ci sont en effet nombreux et sa spécificité et de sa renommée. rentes composantes militaires et
apparaissent souvent originaux au civiles qui concourent à la sécurité
sein de procédures dominées par En positionnant des officiers du civile en France, l’armée de terre est
une culture anglo-saxonne omni- domaine sécurité de l’armée de bien la seule armée en mesure de
présente. Ce sont, par exemple, les terre au sein des instances euro- répondre immédiatement et pleine-
techniques de sauvetage déblaie- péennes de sécurité civile dont la ment au souhait exprimé par le
ment qui ont fait la renommée des montée en puissance sera inéluc- Président de la République dans les
équipes françaises de secours inter- table, la France garderait ainsi toute jours qui ont suivi la catastrophe
venues lors du tremblement de possibilité de revendiquer le rôle de survenue le 26 décembre dernier
terre de Mexico en 1985. C’est éga- nation cadre lors d’une opération dans le sud-est asiatique deman-
lement le concept de médicalisation majeure de sécurité civile conduite dant la création d’une véritable
de l’avant qui, inspiré des leçons en multinational par l’UE, tout en force européenne de sécurité civile.

10) Les UIISC, la BSPP et le BMPM peuvent mettre sur pied au total 4 DICA à 60 hommes chacun, dans un délai de 3 heures.
11) 1 700 dans le cadre de Vigipirate, 1 500 des UIISC et 8 000 de la BSPP.

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S A P E U R

D’autant que l’affectation d’officiers nouveau moyen pour poursuivre CONCLUSION :


du domaine « sécurité » au sein des son intégration au sein des institu-
instances européennes de sécurité tions de l’UE. Elle y trouverait là un Au moment où les événements
civile ne constituerait en aucun cas nouveau levier pour affirmer ses internationaux récents précipitent le
une contribution à « fonds perdus ». justes prétentions tant en interar- sens de l’Histoire, où la sécurité
En effet, les connaissances et l’ex- mées qu’en interalliés. De plus, en civile européenne se façonne et
périence qui ne manqueraient pas manifestant son réel poids dans la prends corps de manière inexo-
d’être acquises par ces officiers au défense globale, au sens de l’article 1er rable, les officiers de l’armée de
sein de ces institutions pourraient de l’Ordonnance du 7 janvier 1959 terre, et plus spécifiquement ceux
utilement être utilisées dans le portant organisation générale de la du domaine de spécialité « sécurité »,
doivent intégrer au plus vite les struc-
cadre des opérations strictement défense(12), elle pourrait occuper au
tures de sécurité civile existantes ou
militaires conduites par l’UE, que ce sein de l’UE une niche de compé-
en construction à Bruxelles : l’Union
soit dans la conduite des travaux tence pour laquelle elle dispose
Européenne y trouverait nettement
de planification dont les principes, d’officiers très qualifiés et qu’elle ne
son intérêt en terme de disponibi-
voire les procédures, sont simi- saurait laisser exclusivement entre
lité, d’expertise et de compétence,
laires, que ce soit dans la conduite les mains d’officiers de corps de
la France la possibilité de tenir dans
des opérations durant lesquelles la sapeurs-pompiers civils dont elle a le domaine de l’intervention inter-
gestion des crises de toutes natures été et demeure la référence tant nationale le rang auquel elle peut
est une constante, que ce soit lors organisationnelle qu’opérationnelle. légitimement prétendre, et l’armée
du déploiement des spécialistes des de terre l’occasion de parfaire son
Affaires Civilo Militaires (ACM) dont La mise en place d’officiers du positionnement fondamental dans
l’emploi quasi systématique est domaine « sécurité » au sein des ins- l’outil de défense français et euro-
devenu une réelle nécessité. Une tances européennes de sécurité civile péen. A défaut, le risque est consi-
telle polyvalence, acquise à peu de serait donc de nature à accroître dérable de voir la France et son
frais, ne saurait laisser indifférent le encore le rayonnement de l’armée de armée de terre réduites à ne jouer
gestionnaire du personnel officier terre en lui permettant d’afficher de que le rôle de simple contributeur
de l’armée de terre à un moment où manière plus visible l’importance de de forces, peu en rapport avec son
les besoins en officiers aux compé- sa participation à la sécurité inté- histoire, ses capacités et ses ambi-
tences multiples s’accroît. rieure et donc aux OPINT, tout en tions …
multipliant les cultures acquises par
Enfin, l’armée de terre trouverait, ses officiers et en poursuivant son
par ce biais et en toute légitimité, un lobbying au sein de l’UE.

12) Article 1er : « La défense a pour objet d’assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d’agres-
sion, la sécurité et l’intégrité du territoire, ainsi que la vie de la population ».

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S A P E U R

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S A P E U R

Colonel L’APPUI GÉNIE DE LA BRIGADE


Serge
MARTIGNY
BLINDÉE LECLERC

The recent equipment of the 7th armoured brigade with the main
battle tank LECLERC is a new challenge for the engineer support pro-
Le colonel Serge MARTIGNY vided by the 19th engineer battalion. Have we just to adapt this sup-
est le chef de corps du 19 e RG port to a new MBT or is it the beginning of a real revolution? Both
depuis l’été 2004.
must be taken in count: adaptation because the terrain and the tasks
of the engineer units are unchanged, but also a revolution because
Saint-cyrien de la promotion
Grande Armée (1981-83), il sert the courses of action will be totally different.
successivement au 71 e RG, au
11 e RG, puis après une formation
L’arrivée du Leclerc à la 7e brigade Toutefois, cet article propose quel-
à l’ESGM de Versailles, à l’EG
blindée suscite de nombreuses ques pistes et quelques aspects
de Limoges. Admis à l’EMSST
réactions chez le sapeur du 19e pratiques pour l’entraînement.
en 1993, il est diplômé ingénieur
régiment du génie : envie, à l’ins-
de l’école nationale des ponts et
tar de ses anciens alors équipés
chaussées en 1995.
d’AMX13 VTT et VCG qui avaient
L’ADAPTATION DES MISSIONS
vu arriver l’AMX30, enthousiasme ET DE L’ARTICULATION GÉNIE
Breveté de l’enseignement mili-
et impatience à l’idée d’appuyer
taire supérieur (109 e promotion
des unités blindées équipées de L’organisation et les moyens
du CSEM et 4 e promotion du
la dernière génération de XL, enfin actuels du régiment du génie de
CID), il occupe le poste de chef
interrogation sur ses propres capa- BIA lui permettent d’assurer à la
du BOI du 19 e RG de 1997 à 1999,
cités à assurer cet appui génie dans fois l’appui direct à la manœuvre
puis est affecté à l’état-major
de bonnes conditions. Alors révolu- des unités engagées et l’appui
interarmées de planification opé-
tion ou adaptation de l’appui génie ? général à la grande unité
rationnelle de Creil, où il est
déployée dans sa zone d’action.
chargé des engagements multi-
La réponse est probablement L’arrivée du XL à la brigade ne
nationaux dans les Balkans.
mitigée. Révolution tout d’abord, semble pas devoir remettre cette
car les performances et les carac- répartition en cause. Elle ne doit
Il a été de 2002 à 2004 le chef du
téristiques du XL induisent des pas non plus faire oublier que les
bureau doctrine de la direction
modes d’action nouveaux, qui GTIA mécanisés doivent continuer
des études et de la prospective de
imposent à leur tour un emploi du à bénéficier d’un appui génie
l’ESAG.
génie révisé, avec les moyens « classique ». Pour ce qui concerne
actuels ou disponibles à très le Leclerc, reprenons quelques
court terme. Adaptation ensuite, unes des missions générales
car malgré la numérisation du du génie et amorçons quelques
champ de bataille, les espaces pistes de réflexion.
lacunaires, la zone urbaine et la
« three blocks war », le terrain et Deux missions semblent essen-
les missions générales du génie tielles pour appuyer au mieux une
restent des invariants : le génie grande unité équipée de Leclerc :
fera pendant encore longtemps le renseignement milieu et l’appui
de la mobilité, de la contre-mobi- à la mobilité.
lité, de la sauvegarde et de la pro-
tection, de l’aide au déploiement L’appui à la mobilité, tactique ou
et de l’organisation du terrain, de opérative, repose en effet d’abord
la reconnaissance du terrain et du sur la connaissance du milieu,
milieu, ainsi que parfois de la connaissance documentaire d’abord
déception. puis reconnaissance terrain. Il faut
donc que la cellule 2D de l’état-
Le but de ce propos n’est pas major de la brigade, les DLRG du
d’apporter des réponses toutes RGBIA, mais aussi les comman-
faites. Il appartient en effet aux dants d’unité et chefs des sections
DEP des écoles d’armes et au génie apprennent à voir et à
CDEF de définir l’appui génie reconnaître le terrain « pour le
d’une grande unité blindée équi- Leclerc », en s’aidant d’un système
pée de Leclerc et de produire les d’information opérationnel adapté
documents d’emploi ad hoc. (SICF, puis SIR et SIT).

- 21 -
S A P E U R

En matière d’appui à la mobilité Dans d’autres phases de la de combat pour canaliser et


tactique, l’EBG actuel des unités manœuvre, il faudra également arrêter un ennemi dans une
de combat du génie aura vrai- appuyer la mobilité opérative zone de destruction. Les unités
semblablement du mal à tenir le des unités Leclerc pour les pro- de combat du génie ont l’habi-
rythme de la manœuvre des XL jeter rapidement sur d’autres tude de ces détachements de
en offensive ; le détachement zones d’engagement. De la barrage, avec cependant des
des unités génie jusqu’au plus même manière, il faudra alors limitations propres à chaque
petit niveau interarmes (niveau disposer de détachements de type de détachement. Le DIHG
SGTIA et DIA) ne semble donc mobilité opérative, combinant ou détachement d’intervention
pas souhaitable lors de telles toujours unités de combat du héliporté du génie, s’il est apte à
actions. En revanche, l’engin de génie, moyens de rétablisse- réagir rapidement et sur de
franchissement de l’avant (EFA) ment d’itinéraires (MPG, bull- grandes distances, dispose d’un
est un outil parfaitement adapté dozer D6 ou D9) et porte-engins pouvoir d’arrêt limité par sa faible
au Leclerc : excellente mobilité blindés. capacité d’emport en mines et par
tactique, rapidité de mise en la disponibilité des aéronefs pour
œuvre et franchissement de cou- Les autres missions générales du ces missions.
pures dans la foulée. On peut génie que sont la contre-mobilité
donc envisager des détache- et l’aide au déploiement peuvent A l’opposé, les quatre enfouis-
ments de mobilité tactique inté- également être adaptées à l’envi- seurs de mines dont dispose le
grés au sein d’un GTIA XL et ronnement Leclerc. régiment du génie des brigades
employés de façon centralisée, blindée ou mécanisée permet-
combinant unités de reconnais- En matière de contre-mobilité, tent de réaliser plusieurs kilo-
sance terrain et d’orientation même si la défense ferme avec mètres de bande minée, mais
(circulation), unités de combat unités embossées sur une ligne ont besoin de délais de réalisa-
du génie et moyens de franchis- de terrain reste une possibilité, tion plus importants.
sement tactique. Bien que non en l’action du génie doit plutôt
dotation dans les RGBIA (ils appar- s’orienter vers la mise ne œuvre Un bon compromis consisterait
tiennent à la brigade du génie), de détachements de barrage, également à panacher enfouis-
des chars démineurs AMX30B2 DT aptes à réaliser rapidement des seurs et disperseurs de mines.
pourraient compléter ces détache- systèmes d’obstacles de couver- Ces derniers moyens en dotation
ments de mobilité, notamment ture - pour protéger le flanc d’une dans les régiments du génie des
pour les opérations de bréchage zone de contre-attaque par exem- brigades légère blindée ou d’in-
ou de désengluement. ple - ou des systèmes d’obstacles fanterie se posent en intermé-

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S A P E U R

diaire entre le DIHG et la pose par franchissement de vive force, ÉVOLUTION NÉCESSAIRE DE
enfouissement. Plus réactifs que pourrait être régulièrement pra- L’ARTICULATION, DES MOYENS
les enfouisseurs, ils sont parfaite- tiquée face à un adversaire dis-
ment adaptés aux actions d’op- symétrique, notamment dans la ET DES PROCÉDURES
portunité ou de ciblage qu’une zone des approches des centres
brigade Leclerc serait amenée à urbains. En attendant le futur Les pistes théoriques et les quel-
conduire. équipement SDPMAC-CARPET, ques aspects pratiques évoquées
le renforcement d’une compa- montrent que si le régiment du
L’aide au déploiement et la sauve- gnie de combat du génie par les génie d’aujourd’hui n’est pas tota-
garde-protection enfin ne sont pas chars démineurs AMX30B2 DT lement adapté en terme d’organi-
des mission génie spécifiquement de la brigade du génie permet- sation et de moyens pour appuyer
dédiées aux unités Leclerc. Ces trait de réaliser cet entraînement la brigade Leclerc, il peut moyen-
dernières peuvent également en et de rôder les procédures. Le nant quelques renforcements
bénéficier dans certaines phases désengluement (extraction d’une venant du niveau supérieur et
de la manœuvre moins dyna- unité surprise dans une zone pol- une réarticulation interne par-
miques : aménagement de zones luée par un tir d’artillerie avec faitement assurer l’appui direct
de remise en condition après une sous-munitions minées) fait éga- et général de la brigade inter-
lement partie des actions pos- armes équipée Leclerc et de
action ou aménagement de plates-
sibles avec les mêmes moyens. tous ses GTIA.
formes d’embarquement VF par
exemple.
La compagnie de combat du
Les matériels qui équiperont dès
génie dispose aujourd’hui de
L’ENTRAÎNEMENT ET LA 2007 les RGBIA permettront de
quatre EBG capables de tirer
COOPÉRATION INTERARMES répondre parfaitement au besoin
chacun vingt mines AC dispersa-
de mobilité requis par le Leclerc.
bles à 200 mètres ; les brefs délais
Ces pistes théoriques doivent Ainsi, le SPRAT - système modu-
de changement des conteneurs
être étudiées plus en détail et lance-mines permettent de répé- laire de pose rapide de travure,
validées. Sans attendre, on peut ter plusieurs fois ce tir ; le régi- brèches de 14 et/ou 28 mètres en
néanmoins orienter l’entraîne- ment du génie dispose enfin de classe 70) - doit succéder dans
ment et la coopération inter- douze EBG. Pour pallier l’ab- quelques années au PAA des
armes vers des actions simples sence de disperseurs de mines années 70, à raison de quatre
et concrètes. au niveau de la brigade Leclerc, systèmes (poseur plus travure
on peut envisager de mettre en supplémentaire) par RGBIA
Le franchissement tactique œuvre un détachement de bar- lourd. Il en est de même pour le
décentralisé des unités de combat rage à base d’EBG afin de déter- SDPMAC - système de déminage
Leclerc - mais c’est aussi valable miner les délais de réalisation pyrotechnique de mines anti-
pour les unités mécanisées - doit d’un système d’obstacles d’op- chars, à base de roquettes fuel-
être couramment pratiqué et ne portunité à base de mines dis- air explosive - qui permettra le
pas être considéré comme une persables, sa valeur d’arrêt, bréchage et l’ouverture de zones
« manœuvre de corps d’armée ». d’estimer la logistique néces- minées, à raison d’un SDPMAC
L’intégration d’une compagnie saire et de valider la procédure
de combat du génie renforcée par compagnie de combat du
de réalisation. génie.
de moyens de reconnaissance
(groupe PAT) et de franchisse- Enfin l’entrée en zone urbanisée
ment (EFA et PAA travure MLC Les progrès les plus importants
de chars - Leclerc ou autres - pose
70) au sein d’un GTIA XL doit restent néanmoins à réaliser : la
toujours la question de la vulné-
être recherchée pour évaluer les rabilité de ces moyens dans un coopération interarmes aux petits
besoins du GTIA et sa capacité à terrain qui leur est moins favora- niveaux ne saurait fonctionner
assurer seul le franchissement ble. Les RETEX étrangers (Israël, de façon réactive sans un sys-
de ses escadrons sur une cou- UK et US) ont montré tout l’inté- tème d’information opérationnel
pure moyenne (25-50 mètres). rêt de l’accompagnement des et des procédures cohérents. Le
Ceci permettra également d’éva- chars par des moyens lourds SIR (SIR Leclerc et autres SIR)
luer la capacité des moyens génie type bouteur. L’EBG, même s’il doit donc être parfaitement intégré,
à suivre la manœuvre des Leclerc n’a pas la puissance d’un engin pour toutes les fonctions opéra-
et à déterminer leur positionne- de terrassement (D9 blindé par tionnelles, AGESTER compris, et
ment dans le dispositif (compro- exemple), peut remplir en partie pour tous les niveaux d’emploi,
mis délais-discrétion-protection). ce rôle. Là encore, il importe de du GTIA jusqu’au DIA.
déterminer comment la coopé-
L’entraînement au passage en ration interarmes doit se prati-
force dans une zone supposée quer : quel niveau d’intégration,
minée ou bréchage doit également quelles procédés d’exécution,
être réalisé. Cette opération, quelles liaisons et quelles procé-
risquée et organisée comme un dures pour ce type d’action ?

- 23 -
S A P E U R

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S A P E U R

Lt-Colonel L’ÉVOLUTION DU GÉNIE DANS LA


Ludovic
PERCHE
PERSPECTIVE DES NOUVEAUX
TEXTES DOCTRINAUX
Engineers are sometimes misunderstood by others arms especially
because of, firstly, the separation between combat engineers and
infrastructure engineers, secondly the “weight” of the engineer’s
Le LCL PERCHE est Saint-Cyrien voice in staffs and finally the complexity concerning our missions.
(85-88), breveté de l’enseigne- The response to these issues exists inside the NATO publications,
ment militaire supérieur et ingé- especially ATP 52 and AJP 3.12. That is the reason why, considering
nieur de l’école supérieure our involvement in EU defence and NATO standards, it is high time
d’électricité. we took these texts in account.

Actuellement chef du bureau Moreover we have to adapt our doctrine to the new type of conflicts.
études générales-doctrine de la Concerning the missions, we have to develop our involvement in
DEP il a tenu précédemment des mobility and survivability tasks while our structures must evolve and
postes dans la composante we must accept that the rule for our combat engineers companies is
combat (71e RG – état-major de now the integration in battle groups.
la brigade du génie – BATGEN
en BOSNIE et au Kosovo) et
infrastructure (STBFT – division « Par nature, le combat est inter- notre effort doit porter avant
de l’enseignement scientifique armes(1) » : le génie en est donc tout sur notre capacité à parler
de l’ESAG). un acteur privilégié. Toutefois, d’une seule voix, celle ci devant
les sapeurs constatent que la être « du bon niveau ». Une fois
place qui leur est accordée en que nous serons capables de
opérations est à la fois très nous faire entendre, il faudra
réduite et parfois très éloignée que notre discours soit clair et
de leur spécificité. Ces faits sont cohérent. Enfin, sa pertinence
régulièrement exposés dans le sera assurée s’il est adapté aux
cadre de dialogues interarmes ; besoins de l’interarmes.
il nous est alors répondu que
cela est principalement dû à un Ces trois points seront abordés
manque de lisibilité sur notre successivement.
organisation, notre emploi et
nos capacités. *
* *
Au regard des nombreuses
Pour l’interarmes, tous les
publications officielles sur l’em-
sapeurs se ressemblent(2) et sont
ploi ou le commandement du
interchangeables. Ils oublient
génie, ce constat peu paraître
que le génie présente la particu-
surprenant mais il est bien réel.
larité de réaliser des missions au
Par conséquent, cet article a
niveau tactique (au contact ou
pour objet de présenter l’état
hors des contacts) mais aussi
des réflexions menées au sein
opératif (APOD, SPOD, VF, axes
de la DEP pour améliorer la lisi-
logistiques…) voire stratégique
bilité du génie. Il apparaît que
(implication dans la CIMIC,
acheminements…). En outre, il
apporte une grande contribution
aux éléments du soutien national.

Certes, cette diversité est valori-


sante pour notre arme mais elle
a tendance à disperser les
niveaux de responsabilité et sur-
tout de favoriser l’émergence de

1) Conférence de tactique générale de la 116e promotion du CSEM.


2) D’ailleurs les GEN 100 et AGESTER 101 affirment clairement que le génie
est un ensemble unique et cohérent pouvant provenir des trois compo-
santes (combat, infrastructure et sécurité).

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S A P E U R

plusieurs « chefs » ou spécia- sent, ils se régleront au sein de Une autre caractéristique des
listes aux avis parfois diver- ce bureau et le chef ne fera sapeurs, partagée avec d’autres
gents. Toutefois, si la confronta- entendre qu’une seule voix. armes cette fois, concerne notre
tion génère le progrès, notre référence à l’emploi et la mise
crédibilité saura d’autant plus La création de ce bureau génie en œuvre. Ces deux notions
grande que nous saurons parler présente un deuxième avantage sont correctement prises en
d’une seule voix. de poids : dorénavant le repré- compte par l’interarmes et ne
sentant du génie aura un niveau sont absolument pas remises en
Cette « unicité » du génie est sou- hiérarchique qui lui permettra cause dans un PC.
haitée de tous, régulièrement de se faire entendre parmi ses
évoquée mais rarement réalisée. pairs des bureaux conduite, En revanche, si l’on descend au
Aujourd’hui nous disposons des plan, logistique… niveau de l’unité élémentaire ou
leviers pour arriver à nos fins de la section, les travaux sur les
grâce à l’implication croissante Toutefois, il faut noter que cette engagements futurs montrent
de la France dans les organisa- solution n’est qu’un premier pas qu’il sera de plus en plus délicat
tions internationales (OTAN, UE). et qu’il reste à coordonner les pour le même officier de
En effet, la récente ratification de actions des sapeurs entre les conseiller sur l’emploi et de don-
l’AJP 3.12 relative au génie inter- actions qui sont du ressort de la ner des ordres de mise en
armées et les travaux en cours force et celle qui relève du sou- œuvre à son unité. En effet, en
sur la certification du PC CRR tien national. Néanmoins, la cla- phase d’intervention ou de sta-
conduisent au regroupement de rification est en marche, le PC bilisation avec fort risque de
toutes les expertises génie au CRR nous ouvre la voie. La pro- réversibilité, la constitution de
sein d’une « engineer branch(3) ». chaine étape concernera les GTIA pour la durée de l’engage-
Désormais, la planification, la EMF et d’ailleurs les premiers ment devient la norme. La prin-
con-duite et la logistique dans le enseignements de l’exercice cipale conséquence pour les
domaine du combat et l’infra- GUIBERT 2005 soulignent la per- sapeurs porte sur la présence
structure sont regroupés aux tinence, pour un PC de niveau 2, permanente d’un officier sapeur
ordres d’un chef unique : le du regroupement des acteurs du au PC GTIA, d’un niveau hiérar-
« chief Engineer ». Par consé- terrain au sein d’un même chique et possédant des compé-
quent, si des différends apparais- bureau génie. tences en cohérence avec la

3) Ou bureau génie.

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S A P E U R

taille de l’élément génie(4). Le l’ATP 52 (STANAG 2394 : « doc- que le concept initial de PRO-
commandant d’unité ne pouvant trine du génie des forces ter- TERRE est parfois dévoyé. Pour
assurer cette permanence, il res- restres ») montrent que la mobi- les sapeurs, cela se concrétise
tera donc à la tête de sa compa- lité, la contre-mobilité, la sauve- par deux positions opposées.
gnie et produira les ordres de garde-protection et l’appui Certains avancent qu’ils sont capa-
mise en œuvre. Quant au sapeur général (permettre à la force de bles de faire du « PROTERRE+ » en
se trouvant au PC GTIA, il est durer) suffisent à la description assumant des missions d’infan-
évident que pour des raisons de de nos missions. terie, d’autres du « PROTERRE+ »
lisibilité voire de crédibilité vis- en assumant des missions tech-
à-vis de l’interarmes, il doit être Ces quatre termes permettent niques de sapeur après avoir
d’un niveau supérieur à celui de de décrire de façon exhaustive accompli leurs MICAT. Ces deux
commandant d’unité. De surcroît, les missions qui peuvent être positions, au demeurant parfai-
ses propositions ou conseils confiées : tement compréhensibles, brouil-
auront beaucoup plus de poids au lent un peu plus l’image du
- à tous les sapeurs (les trois
sein du PC. sapeur. Dans le premier cas, la
composantes) ;
fonction combat débarqué a la
Il est d’ailleurs intéressant de - à tous les niveaux (stratégique sensation que l’on veut lui
noter que cette nouvelle organi- - opératif - tactique) ; prendre ses missions et réagit en
sation, initialement controver- - dans tous les types d’engage- cherchant à s’équiper ou se struc-
sée, est régulièrement confortée ments (coercition/maîtrise de turer pour être le plus autonome
par les RETEX les plus récents. Il la violence - offensive/défen- possible (les travaux actuels sur
convient donc de la promouvoir sive/sécurisation/assistance) ; le combat en zone urbaine,
le plus vite possible. notamment sur les volontés affi-
- dans toutes les phases (opé- chées par l’infanterie de s’équi-
Cette clarification sur les res- ration d’entrée/stabilisation/ per en lot génie en sont le plus
ponsabilités et attributions des désengagement…) ; bel exemple). Dans le deuxième
chaînes hiérarchiques doit être - dans tout type de terrain cas, l’article du colonel GLIN
étroitement liée à un effort d’ex- (ouvert, zone urbaine, mon- « les systèmes de projection et
plication sur nos missions. tagne, désert…). de planification de forces »
montre qu’à vouloir faire des
Le génie souffre d’un mal que missions propres au génie sans
l’on pourrait qualifier de syn- en avoir les matériels ou maté-
drome de l’arme d’appui. En riaux, c’est la compétence du
effet, les armes de la fonction sapeur qui est remise en cause,
contact mettent régulièrement à même si à l’origine il s’agit
jour leurs documents doctrinaux d’œuvrer pour le bien commun.
et les sapeurs s’évertuent à
combler leur temps de retard(5) En faisant référence au triptyque
en essayant de faire preuve « soldat-sapeur-spécialiste », il
d’imagination et surtout d’adap- s’agit maintenant de bien faire
tation. À cette fuite en avant, il comprendre à l’interarmes qu’un
convient d’ajouter la « digestion sapeur peut, en cas de néces-
difficile » de la fonction opéra- sité, donner la priorité à ses
tionnelle AGESTER (qui génère compétences de soldat mais que
encore bien des doutes dans les l’inverse n’est absolument pas
esprits), de la description des pertinent.
missions décrites dans le GEN
100 sans oublier celle de l’inter- Revenir aux fondamentaux tout Ces efforts de clarification sur
face aide au déploiement/sou- en s’appuyant sur les publica- nos missions et notre volonté
tien au stationnement. tions que nous rédigeons avec d’améliorer notre lisibilité ne
nos Alliés ne pourra que clarifier sont pas suffisants, il faut égale-
Cela est la raison pour laquelle, notre discours. ment que les capacités du génie
à ce jour, les discussions sur les correspondent à l’évolution de
missions du génie relèvent de Parallèlement aux missions combat de la fonction contact.
l’expertise et laissent nos cama- dévolues au sapeur, l’accom-
rades interarmes très dubitatifs. plissement des MICAT au sein Aujourd’hui, il est communé-
En fait, une analyse fine de tous de structures PROTERRE prend ment admis que le combat futur
les types de missions propres au de l’ampleur. Après quelques sera caractérisé par la numérisa-
génie au travers du prisme de années d’application, on constate tion et l’engagement en zone

4) Typiquement, il s’agira d’une compagnie de combat du génie.


5) L’exemple le plus récent concerne le débat en cours sur la nécessité de redéfinir les missions du génie au regard de
la nouvelle classification produite par l’infanterie (sécurisation, contrôle et choc en remplacement de l’offensive, la
défensive, la sécurisation et l’assistance).

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S A P E U R

urbaine. Les premiers travaux sur tion…), il doit en permanence tion( 8 ) de compagnies de com-
l’engagement en zone urbaine s’inscrire dans la perspective de bat du génie au sein de GTIA, les
mettent en exergue des besoins la transition aide au déploie- moyens les plus spécialisés res-
en équipements spécifiques(6) et ment-soutien au stationnement. tant au niveau du BATGEN de la
une forte décentralisation dans la Cela ne pourra que faciliter la brigade.
mise en œuvre(7). Toutefois, il n’y prise en compte des missions
a pas de modification majeure relatives à l’infrastructure opéra- Il faut maintenant faire com-
dans le domaine de l’emploi du tionnelle par les spécialistes de prendre à l’interarmes que le
génie. En revanche, la numérisa- l’infrastructure en opérations (cf génie n’est pas l’arme des délais
tion et son corollaire qu’est la article du colonel WATTRELOS sur mais l’arme de l’anticipation, avec
volonté d’imprimer un rythme le soutien au stationnement). des structures lui permettant
très élevé à la manœuvre nous d’optimiser son articulation en
impose de revoir nos priorités. Ces nouvelles priorités en appui fonction des besoins de la force.
Aujourd’hui, nos propositions génie ne doivent pas nous faire *
d’emploi et le développement de oublier nos documents doctri- * *
nos capacités futures doivent naux. Le GEN 100 réaffirme que L’amélioration de notre lisibilité
résolument se tourner vers l’appui l’emploi du génie repose sur vis-à-vis de l’interarmes pourra
à la mobilité. Par ailleurs, dans un deux principes : l’optimisation et s’appuyer en premier lieu sur les
contexte de moyens comptés, il l’anticipation. Les engagements travaux que nous menons dans
faut faire comprendre à l’inter- actuels montrent que l’optimisa- le cadre de l’OTAN ou l’Union
armes que la sauvegarde-protec- tion est toujours de rigueur car, Européenne. Certes l’ATP 52 et
tion doit être une de ses priorités. même si la situation tend à l’AJP 3.12 n’apportent pas toutes
s’améliorer, les places de sapeurs les réponses à nos questions
En revanche, la contre-mobilité, sont très peu nombreuses lors mais ils étayent notre argumenta-
qui fit les beaux jours du génie des projections ce qui impose tion visant à permettre au génie
dans les exercices sur cartes de d’optimiser l’emploi de moyens de s’exprimer d’une seule voix,
la DB73 ou 84 passe maintenant comptés. avec le « poids » qui lui revient de
au second plan. Cela ne signifie droit tout en décrivant nos mis-
pas qu’il faille consentir un D’autre part, le fameux temps sions de façon simple et compré-
abandon capacitaire mais qu’il d’avance du sapeur n’est rien hensible pour l’interarmes.
faut intégrer l’interdiction d’em- d’autre que l’affirmation de la
ploi des mines dans notre envi- nécessité de faire preuve d’anti- Par ailleurs, notre capacité de
ronnement juridique et surtout cipation, d’autant plus que la réaction doit nous permettre de
concevoir en priorité les actions numérisation fera fondre les nous adapter facilement aux
de contre-mobilité en réaction, délais disponibles pour la réali- nouveaux besoins de l’inter-
le plus souvent dans un cadre sation des travaux. armes en appui génie en faisant
offensif. effort sur l’appui à la mobilité et
Les spécificités du génie (opti- la sauvegarde-protection, réali-
Enfin, bien que l’appui général misation et anticipation) ainsi sés par des unités élémentaires
ait une importance inégale en que l’adaptation aux structures intégrées dans les GTIA, éven-
fonction du niveau d’engage- et besoins de l’interarmes nous tuellement renforcés par des
ment (tactique/opératif) ou de la imposent tout naturellement de éléments d’appui adaptés au
phase (entrée en 1er, stabilisa- nous engager dans l’intégra- niveau des brigades.

6) Lots de combat en zone urbaine, mobilité verticale, armes à létalité réduite…


7) Mise sur pied de détachement interarmes (DIA) de circonstance du niveau section, renforcé d’un groupe de combat
du génie.
8) L’intégration comprend le pion de base de l’élément de combat que constitue la compagnie de combat du génie
(CCG), un élément de commandement permanent au PC GTAI (d’un niveau supérieur à celui du CDU) et un soutien
spécifique.

- 28 -
S A P E U R

Chef de bataillon LE COMBAT EN ZONE URBAINE :


Jean-Philippe
CRACH
NOUVEAU PARADIGME ET
OPPORTUNITÉ A SAISIR
In September 2006, the French urban operations training center
(CENZUB) will welcome a first combined arms company.
Le chef de bataillon Jean-Philippe
CRACH est officier rédacteur au We could think that urban environment demands a specific type of
sein du bureau doctrine de la operation. In fact, urban environment should be considered only as a
direction des études et prospec- type of terrain. But, this specific demanding terrain reveals all the
tives de l’ESAG depuis septembre need of a present time army. At the tactical level, operations in an
2004. Il est plus particulièrement urban environment will normally require the deployment of integra-
en charge des études AZUR ted all arms teams. Close support engineers may need to be repre-
(« action en zone urbaine »). sented as low as platoon or section level. And even if it is normal to
be careful not to divide too much engineer resources, the best use of
Après avoir été chef de section combat engineer assets is often gained by using small teams to sup-
au 10e régiment du génie à Spire port fighting.
de 1992 à 1994, il a commandé
une compagnie de combat au Anticipation is still the key word to offer the right support in urban
6e régiment du génie à Angers. operations. In a 3 Block War(1), rival works will be asked to engineers.
Triple trading must be the rule and mixed recce teams including com-
Il a également servi comme chef bat, infrastructure, NBC and geographic skills must be trained toge-
de section élèves à l’ENSOA de ther in peace time.
Saint-Maixent, et officier adjoint
au 3e bataillon de l’Ecole Spéciale Most of all, engineer should bring a different point of view about
Militaire de Saint-Cyr. cities and the way they are organised. They should be interested in
networks, and the hidden plan of towns in order to enlight differently
Le CBA CRACH est saint-cyrien, the tactical preparation of the operation.
de la promotion Général DELES-
TRAINT (1988-1991), et a suivi
l’enseignement du CSEM et du Le 11 septembre 2006, un premier génie est grand : il s’agit de
Collège Interarmées de Défense. sous-groupement tactique inter- démontrer encore une fois toute
armes (SGTIA) à dominante infan- la pertinence de son engagement
terie sur roues sera accueilli au à tous les niveaux d’une force,
CENZUB (Centre d’Entraînement incluant en l’occurrence le plus
au Combat en Zone Urbaine) à bas niveau tactique. Le combat en
SISSONNE. Ce SGTIA inaugurera zone urbaine risque fort de struc-
deux semaines d’instruction et turer en partie l’organisation et
d’entraînement en zone urbaine l’emploi des forces terrestres dans
dans ce qui devrait être à terme les années à venir et de s’affirmer
un site unique entièrement dédié comme un nouveau paradigme. Il
à ce type de combat(2). apparaît en effet comme une des
formes d’engagement les plus
L’importance du chantier, les contraignantes, les plus probables,
moyens financiers engagés pour et il est propre à servir de support
le réaliser, reflètent la priorité à des réflexions sur les niveaux
accordée par l’armée de terre au d’interarmisation et de comman-
combat en zone urbaine. Au sein dement. Etre partie prenante dans
du SGTIA, une section du génie cet engagement, c’est l'assurance
sera instruite et entraînée avec ses d’être au cœur des réflexions et
camarades fantassins, cavaliers et des évolutions que conduira l’ar-
artilleurs. L’enjeu pour l’arme du mée de terre. Les réflexions de

1) Selon l’expression du général USMC KRULAK, la « three block war » est


caractérisée par la simultanéité et la co-localisation d’actions de combat,
d’interposition et d’assistance humanitaire, menées avec les mêmes
troupes.
2) En septembre 2006, la zone A (première tranche) du CENZUB devrait être
livrée ; il s’agit du centre ville, d’une zone moderne (19 bâtiments), et d’une
zone commerciale. Cette zone sera complétée par la suite par l’apport des
tranches de travaux successives.

- 29 -
S A P E U R

l’arme du génie doivent porter


sur les capacités et l’emploi les
plus pertinents qu’elle doit déve-
lopper et proposer afin de conti-
nuer à appuyer efficacement les
unités interarmes.

Acceptant d’être intégré aux plus


petits échelons, le génie doit parti-
culièrement s’attacher à répondre
aux enjeux de la réactivité et de la
vitesse, mais le sapeur doit sur-
tout apporter une plus-value à la
manœuvre en proposant une
autre vision de la ville.

UN COMBAT DE LIEUTENANTS
ET DE CAPITAINES
Tout d’abord, il s’agit de com-
faire effort sur les niveaux opé- termes de combat en zone
battre toute tentation d’éloigner
ratifs et stratégiques(5), notam- urbaine, l’évolution s’inscrit très
le génie de la zone des contacts et
ment en concentrant les moyens clairement dans une dynamique
de l’intégrer aux plus petits éche-
sur de véritables « zones d’effort « du bas vers le haut ». Les innova-
lons tout en tirant des conclu-
génie »(6). La vocation indénia- tions des commandants d’unité,
sions de ce fait pour ses équipe-
blement interarmées du génie chefs de section, voire des chefs
ments et son emploi.
peut alors être confondue avec de groupe, font évoluer l’em-
un emploi l’excluant du niveau ploi des unités(11) de façon assez
Aujourd’hui, la tentation est
tactique. Or, le combat en zone rapide. Le génie doit donc s’in-
grande d'éloigner le génie de la
urbaine est par nature un com- tégrer au sein des petits
zone des contacts. Les effectifs
bat des petits échelons. Il est le échelons interarmes.
sont comptés, et le volume de
royaume du SGTIA(7). Durant
sapeurs au sein des forces pro-
l'intervention sur FALOUDJA, La réponse à ce besoin est la
jetées est restreint(3). En paral-
le brigadier américain comman- décision de détacher les groupes
lèle, l’importance de la mobilité
dait même directement à de du génie au niveau des DIA.
et de la réactivité au niveau
puissants SGTIA, « sautant » Jusqu’à présent, le niveau mini-
opératif impose de disposer de
ainsi le niveau bataillon. La mum de détachement était la
moyens « en mesure de » et
nécessité de doter de capacités section. Certes, il était déjà envi-
donc d’hypothéquer les forces
interarmes des éléments de plus sagé de scinder ce niveau afin
du génie en les conservant aux
faibles effectifs et de leur offrir d’appuyer au mieux les unités
ordres. L’arrivée du LECLERC et
ainsi d’une autonomie bienve- de mêlée(12). Cependant l’officia-
de sa vitesse rendent délicat
nue en zone cloisonnée est lisation de cette décision était
l’appui au plus près des unités
même ressentie. Ceci aboutit à attendue. Quelles capacités atten-
blindées qui en sont équipés(4),
la création de structures ad hoc dre de ces groupes détachés ? Le
et la volonté d’exploiter au
dédiées à une mission particu- chef du DIA ne doit pas attendre
maximum le potentiel du sys-
lière : les DIA(8). Ils peuvent par du chef de groupe génie des
tème d’armes LECLERC pousse
exemple regrouper une section propositions en termes d’effets
à ne pas l’encombrer de moyens
d’infanterie, une patrouille de tactiques. Il ne possède pas la
d’appui qui le ralentiraient. Les
blindés( 9 ), un EO( 1 0 ), et un formation pour les exprimer. En
forces terrestres américaines
groupe génie renforcé d’un ou revanche, il proposera une pa-
pensent à limiter la présence du
plusieurs engins. De plus, en lette de solutions techniques
génie au niveau tactique et à

3) Plus de génie combat au KOSOVO jusqu’en mai 2005, une section de génie par GTIA en Côte d’Ivoire.
4) Ce problème dépasse largement le cadre du dialogue cavalier-sapeur et se pose également aux autres armes quand
elles sont associées aux unités Leclerc.
5) Appui au mouvement, soutien au stationnement des bases logistiques, aménagement des APOD et SPOD.
6) Grands regroupements de D9 par exemple.
7) Sous-groupement tactique interarmes : Elément interarmes de niveau compagnie.
8) Détachements interarmes : éléments interarmes de niveau section.
9) Deux engins.
10) Éléments d’observation d’artillerie.
11) Cette capacité d’adaptation des acteurs, marque non exclusive des armées de culture occidentale, est vérifiée
actuellement par les Américains en Irak.
12) GEN 214, édition 1990.

- 30 -
S A P E U R

aux problèmes de ce chef( 13 ). d’autres sont à développer. L’EBG VITESSE ET ANTICIPATION


Une autre solution que le déta- ou le MPG permettent déjà un
chement de groupes génie serait appui à la mobilité en ouvrant Les délais demeurent, pour de
la création au sein des unités des cheminements à travers des nombreux officiers de l’inter-
d’infanterie de « groupe de pion- barricades par exemple. Les lots armes, l’unique caractéristique
niers » fantassins, équipés en de contrôle en milieu urbain, de l'arme du génie. Cette notion
particulier de moyens d’aide à la livrés dans les régiments à partir de délais, mal comprise, porte
mobilité(14). Mais outre le poids de la fin de l’année, apporteront préjudice à notre emploi, notam-
de ces équipements, et le fait que une vraie plus-value au combat ment à une époque où la vitesse,
le nombre de fusils serait ainsi débarqué. Des efforts restent à la prise d’initiative et le principe
diminué d’autant, la présence de faire en terme de protection sous de foudroyance sont présentés
sapeurs au sein du DIA, en plus blindage et de transmissions comme l’alpha et l’oméga du
des compétences obligatoirement débarquées. Les futurs EGRAP et combat. Où il faudrait traduire
plus étendues qu’elle procure, EGAM(18) devront être blindés. Le anticipation pour permettre la
permet surtout de posséder le PRI doit pouvoir être distribué souplesse et l’appui à la prise
spécialiste qui connaît les capaci- d’une façon ou d’une autre aux d’initiative, il est compris pesan-
tés du niveau supérieur en ren- sapeurs en attendant les pro- teur et manque de réactivité. Le
forcement et envisage donc une grammes AUFELI(19) qui permet- milieu urbain ne fait pas exception.
série plus vaste de solutions. tront l’intégration avec le FELIN. Et pourtant, l’histoire montre bien
que la progression en zone urbaine
Jusqu’où aller ? Faut-il détacher Le génie doit s’adapter afin d’ap- se fait à un rythme plus faible
des équipes ? Des trinômes ? La porter au contact et aux plus petits qu’ailleurs. Cependant, les évé-
question est : à quel moment le échelons l’appui nécessaire à ce nements récents ont accrédité
sapeur de combat(15) cesse-t-il type de combat. Il doit en particu- l’idée d'opérations menées à
d’être un sapeur ? Il ne faut pas lier répondre à une attente grande vitesse en ville. Les
le considérer comme un « cou- ancienne mais particulièrement urban forray américains servent
teau suisse », mais bien comme forte actuellement : la réactivité. de modèles(20). C’est oublier que
un élément spécialisé permet-
tant l’appui à la mobilité de la
section ou du groupe d’infante-
rie par exemple. Pour accomplir
cette tâche, un effectif minimum
est nécessaire. Il semble que cet
effectif soit actuellement celui
du groupe(16).

Ces éléments génie détachés


apportent des capacités qui se
doivent d’être complémentaires
de celles des fantassins et des
cavaliers. En se plaçant délibéré-
ment dans une approche inter-
armes du combat(17), un certain
nombre de ces capacités ont pu
être listées. Certaines sont déjà
détenues et seront améliorées
grâce à de nouveaux matériels,

13) Pour ouvrir une porte, il pourra par exemple proposer des moyens mécaniques ou explosifs gradués en fonction de
l’effet recherché et des contraintes de l’opération.
14) Lots d’investigation, béliers, masses, pinces…
15) Il n’est pas question ici du cas des spécialistes qui amènent leur compétence particulière (EOD, enginistes…).
16) 0/1/7. ce qui n’exclut pas de scinder ce groupe en deux trinômes géographiquement séparés (de part et d’autre de
la rue par exemple), mais toujours sous les ordres du chef de groupe.
17) L’INF 213 traitant du combat de l’infanterie en zone urbaine (décembre 2003) définit 3 scenarii d’engagement : A/
sécurisation ; B/ contrôle ; C/ choc. Cette analyse découle en partie du concept de three block war. Le génie peut
parfaitement décliner ses capacités au sein de ces trois scenarii, bien que ces derniers ne soient pas encore validés
par le CDEF.
18) Engin Génie d’Aménagement et Engin Génie Rapide de Protection qui prendront le relais partiellement des MPG.
19) AUtre que FELIn.
20) Il s’agit de raids blindés menés à partir de périphéries contrôlées vers des objectifs précis situés au cœur des villes.
Cette tactique utilisée lors de la prise de BAGDAD a été inspirée par les succès britanniques dans le sud au début de
l’engagement.

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S A P E U R

ces opérations ne sont que la


conclusion de tout un travail en
amont de contrôle et d’appui à
la mobilité afin de permette le
déplacement d’un dispositif opé-
rationnel cohérent en mesure de
s’engager. Pour permettre aux
échelons de tête d’atteindre le
cœur de BAGDAD, l’Army a uti-
lisé en appui direct la totalité de
ses moyens de franchissement
de brèche.

Cependant, et bien qu’il existe peu


d’exemple où l’action du génie ait
réellement ralenti le rythme d’une
opération, il s’agit de répondre au
souci de vitesse de mise en œuvre
et de réactivité de l'interarmes.
Les capacités à développer sont
l’ouverture de portes ou d’itiné- terroristes ou de malveillance UNE AUTRE VISION DE LA CITE
raires à pied à travers les murs à mettant celle-ci en danger.
distance et sans délais de mise Rétablir au plus tôt l’électricité, Au-delà d’une compétence ciblée
oeuvre d’explosifs, le déminage à l’eau courante, les routes, au sur le milieu urbain, le sapeur
partir de véhicules, l’ouverture de cours de l’« heure dorée(24) », cet doit à présent amener une nou-
brèche ou d’itinéraire à distance. état de grâce de quelques jours velle vision de la ville, celle des
L’arrivée en 2006 du SDPMAC(21) où tout est encore possible, est réseaux, afin que celle-ci puisse
puis du SDPMAP( 22 ) permettra une responsabilité que les être intégrée au raisonnement
d’acquérir certaines de ces capaci- sapeurs peuvent endosser en tactique.
tés. Des études concernant de relation avec les ACM(25). Mais
nouvelles munitions sont égale- pour cela, il s’agit de créer et Tout d’abord, le sapeur est celui
ment en cours en complément d’entraîner des DLRG multi- qui doit voir ce que tous voient,
des charges formées déjà exis- expertise AGESTER aptes à mais avec les yeux de l’expert
tantes. L’accès rapide aux étages effectuer des reconnaissances technique. En zone urbaine, il
supérieurs d’un bâtiment peut dans les domaines de l’infra- devra se prononcer rapidement
être accompli en utilisant un EBG structure, des risques technolo- sur la viabilité d’un bâtiment,
ou un MPG, mais devrait être sur- giques, des relevés cartogra- sur ses possibilités de durcisse-
tout une des capacités du futur phiques en plus des domaines ment, voire conseiller sur son
EGACOD(23). Un moyen de réac- traditionnels du génie combat utilisation. Quel type de bâti-
tion dans le cadre du contrôle de (dépollution, appui à la mobi- ment est le plus apte à recevoir
foule afin d’interdire rapidement lité…). La mise en place de un PC, un stock logistique, une
une direction est également en ces éléments reste une volonté zone vie de bataillon. En pre-
recherche. affirmée. mière approche, l’étude de
structure types et quelques
Enfin, si l’anticipation est bien En anticipant sur les besoins de la règles de durcissement peuvent
au cœur du métier de sapeur, il force et des populations locales, suffire, mais là encore, l’utilisa-
n’est pas possible de faire abs- et en développant équipements et tion de DLRG multi expertise
traction des populations qui se emploi des unités tournées vers la prend tout son sens et la polyva-
trouveront en zone urbaine. réactivité et la rapidité de mise en lence sinon des hommes, du
Elles seront souvent le véritable œuvre, le génie répond aux carac- moins de l’arme, permet cette
centre de gravité de l’opération, téristiques de la zone urbaine et compétence. La présence dès le
et la prise en compte de leurs aux demandes de l’interarmes. temps de paix de spécialistes en
besoins permettra en particulier Mais un milieu si particulier, si riche infrastructure au sein des BOI
d’empêcher le développement pour le sapeur doit le conduire à des régiments du génie serait un
d’un ressentiment à l’encontre de rechercher une nouvelle approche pas important vers l’acquisition
la force qui ferait le lit d’actions du terrain. de cette compétence.

21) Système de déminage pyrotechnique de mines antichar (monté sur EBG).


22) Système de déminage pyrotechnique de mines antipersonnel.
23) Engin du Génie d’appui au combat débarqué.
24) Cahier de la DREX « La guerre après la guerre », avril 2005.
25) Actions Civilo-militaires.

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S A P E U R

Mais surtout, une ville est établie à la lecture des plans de réseaux l’Aube au lac du Der Chantecoq
sur un plan invisible : celui des électriques, hydrauliques ou avec un de ses réservoirs d’eau ».
réseaux. Il recoupe partiellement autres, et à l’identification som- La compréhension d’une ville,
ou bien ne recoupe pas du tout le maire des équipements indiquant de ses montagnes que sont les
plan visible, celui des immeubles, leur présence en surface. immeubles, des ses vallées,
des rues et des ponts. Le réseau a larges avenues, ou de ses sou-
même souvent précédé l’installa- Cette approche et ces compé- terrains et ses réseaux, leur
tion des hommes(26) et en est la tences peuvent être utilisées exploration ou leur contrôle,
cause. Densifiés par des réseaux, afin de conseiller au plus tôt le seront de la responsabilité du
certains quartiers sont rendus commandement et d’être partie sapeur. Il pourra ainsi devenir
attractifs et se peuplent plus faci- prenante au cours de la MEDO un acteur majeur du raisonne-
lement. Dès lors, le contrôle de précédant une action. L’étude ment tactique et une force de
quelques réseaux, leur interdiction terrain chère au sapeur n’est proposition dépassant la seule
ou au contraire leur rétablissement plus un simple approfondisse- capacité de réaction à un inci-
devient un enjeu primordial. ment d’une carte que tous ont dent. L’anticipation retrouvera
Les Français ont pu l’observer à sous les yeux, mais une vision tout son sens et ne sera plus
BEYROUTH comme à SARAJEVO. nouvelle, permettant d'imaginer confondue avec la perte de
Il est possible d’en emprunter de nouveaux centres plus sub- temps.
certains, comme les réseaux tils à contrôler, un dispositif
d’évacuation d’eau ou les égouts lacunaire où l’économie des Cette approche aura certainement
que les PAT(27) seront plus parti- moyens peut être appliquée, des répercussions sur le déroule-
culièrement chargés d’explorer. une approche indirecte complé- ment d’une MEDO. En cela aussi,
D’autres sont inaccessibles. Pour mentaire d’actions plus clas- le combat en zone urbaine peut
les contrôler, une capacité de siques. permettre une évolution qui s’ap-
reconnaissance non humaine, pliquerait plus largement à toutes
robotique, sera nécessaire pour Le LCL MARTIN, du STBFT, écri- les formes d’engagement.
le génie(28). De manière générale vait dans le Sapeur n° 3 de juin
il convient de former les sapeurs 2003 : « Paris commence dans

26) L’urbanisme des réseaux, Colin ROWE.


27) Plongeurs de l’armée de terre.
28) Des équipements adaptés tels que le DRAC (Drône de Renseignement Au Contact) ou des mini-robots seront indis-
pensables pour collecter des informations en zone inaccessible par moyen humain, et pourraient équiper prioritai-
rement les DLRG.

- 33 -
S A P E U R

- 34 -
S A P E U R

Le génie en opérations

Place et rôle du génie en opérations ................................................................................................................................ COL SZWED ............................................................ 37

Le système de planification et de génération de forces .................................................................................... COL GLIN .................................................................. 41

Infrastructure opérationnelle de l’Armée de l’Air.................................................................................................... COL BILBAULT ...................................................... 49


(article écrit en collaboration avec le LCL RUVIRA et le CBA CULIOLI)

Le service du génie en opérations extérieures : le soutien au stationnement .............................. COL WATTRELOS ................................................ 53

Le soutien énergie en opérations dans le cadre du soutien au stationnement des forces .. COL KEROUAULT ................................................ 57

Le 13 au Kosovo .............................................................................................................................................................................. COL RAVIER ............................................................ 61

Renfort national : un savoir être ............................................................................................................................................ LCL(TA) GUION de MÉRITENS ...................... 63

Le service du génie au sein d’un état-major OTAN :


le project officer au sein de la KFOR à Pristina ........................................................................................................ CEN PINCZON DU SEL .......................................... 67

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S A P E U R

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S A P E U R

Colonel PLACE ET RÔLE DU GÉNIE


Henri
SZWED
EN OPÉRATIONS

The French wish to participate in crisis prevention and control,


Admis en 1976 à l’école spéciale influencing its interests or peace in the world, energizes the military
militaire de Saint-Cyr, il choisit action.
l’arme du génie à sa sortie et
effectue son stage d’application The armed forces function is not only to be able to engage units in a
à Angers de 1978 à 1979. conflict immediately, but especially to limit the expansion and all
consequences of a crisis. In such a international context, it is right
Sa carrière d’officier se partage and convenient to identify the best use of each component of the
alors entre des affectations en
armed forces (particularly about organisation and equipment), in
régiment, en école ou en orga-
order to achieve our largest missions that is to say overseas and
nisme interarmées.
home operations.
Il sert aussi à plusieurs reprises
au 17e RGP, comme chef de sec- Engineer units conduct two kinds of operations, when they are invol-
tion, puis commandant d’unité ved in crisis management process : those at interagency level whose
et au 2e RG comme chef du BOI. aim is to prevent conflicts, humanitarian actions and peace keeping
Il commande le 17e RGP de 1998 operations, and those managed purely by the minister of Defence,
à 2000. namely peace restoration operations

Après une scolarité à l’école La volonté de la France de parti- sent leur champ d’action tradition-
nationale supérieure des tech- ciper à la prévention et à la maî- nel. Leur engagement se déroule
niques avancées de Paris, il trise des crises, qui mettent en presque toujours dans un cadre
intègre la 106e promotion de jeu ses intérêts ou la paix dans interarmées et multinational, géné-
l’école supérieure de guerre, le monde, donne à l’action mili- ralement sous l’égide de l’ONU ou
puis la 1re promotion du CID. taire un aspect renouvelé. d’organisations de sécurité régio-
Il est auditeur de la 52e session nales (OTAN, UE, …).
Le rôle des forces armées vise
du CHEM et de la 55e session de
désormais non seulement à pou- Il est donc plus que jamais de
l’IHEDN.
voir s’engager d’emblée dans un notre devoir collectif d’optimiser
conflit, mais surtout à limiter - à données budgétaires fixées -
Depuis 2003, il est l’adjoint terre
l’expansion et les manifesta- les choix capacitaires de notre
au CPCO à l’EMA.
tions diverses d’une crise.
arme d’appartenance, à un moment
Le colonel SZWED a participé à où une polémique tend à s’ins-
de nombreux OPEX (Liban, Dans un tel contexte politico-
taurer par médias interposés sur
Tchad, Bosnie) et plus récem- militaire et à une époque où la
le pourcentage de nos forces
ment au Kosovo (1999-2000) réforme de l’Etat exige même
armées engagées en opérations
comme chef du bataillon du d’intégrer le contrôle de gestion
pour valider l’engagement de par rapport au format global de
génie de la BMN.
ses moyens militaires, il paraît l’outil militaire (1).
légitime et opportun de cerner le
meilleur emploi possible (donc La gestion des crises, à laquelle
les structures et équipements participent les unités du génie,
associés) de chaque composante repose sur des opérations de
des armées à travers le cœur de deux types : celles que la Défense
notre métier que constituent les mène conjointement avec d’autres
opérations tant extérieures que ministères et qui ont pour objet
sur le territoire national. la prévention des conflits, les
actions humanitaires et les opéra-
La contribution des armées s’insère tions de maintien de la paix, enfin
en effet dans un ensemble d’actions celles qui restent du ressort exclu-
politiques, diplomatiques, écono- sif des armées, les opérations de
miques et médiatiques qui élargis- rétablissement de la paix.

(1) A ce titre, la Brigade des sapeurs pompiers de Paris, qui est toujours en
opérations, constitue une exception.

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S A P E U R

1) LA PRÉVENTION DES En effet, les armées ont des apti- envoyés progressivement par
CONFLITS tudes qui leur permettent de les autres « acteurs humani-
s’adapter à la brutalité des situa- taires », sont autant de raisons
Parmi les actions de prévention tions et à l’ampleur des catas- justifiant le déploiement limité
des conflits, il faut noter l’impor- trophes de toutes natures, d’ac- de sapeurs dans de telles cir-
tance de la coopération militaire céder aussi et de durer dans les constances (cf. opération Béryx
qui sous sa forme la plus répan- zones particulièrement difficiles. en janvier 2005, en Asie du sud).
due, se traduit par une assis-
tance militaire de la France Sur le territoire national, les
auprès de pays signataires d’ac- Dans ce domaine, le génie détient forces armées apportent aussi
cords de défense. les capacités nécessaires pour leur concours aux pouvoirs
intervenir au titre de l’urgence, publics, pour appuyer leurs
A ce titre, le génie pourrait ren- afin de porter assistance aux actions dans le cadre de l’ur-
forcer sa présence dans la phase populations éprouvées en atten- gence à l’occasion des catas-
de stabilisation de pays en crise, dant la réorganisation des ser- trophes naturelles ou technolo-
en créant par exemple des déta- vices publics du pays dévasté ou giques.
chements d’instruction opéra- la prise en compte de ces mis-
tionnelle en déminage qui, non sions par les OI / ONG : évacua- Nous avons tous en mémoire la
seulement marqueraient la posi- tion de réfugiés, sauvetage de lutte contre les feux de forêt
tion de la France ayant ratifié la victimes, dégagement d’itiné- dans le sud de la France (parti-
Convention d’Ottawa au titre de raires, réfection de pistes d’accès, culièrement oppressante à l’été
l’élimination des mines antiper- construction de ponts, création 2003), les inondations ou tem-
sonnel, mais aussi optimise- de zones de poser d’aéronefs, pêtes (décembre 1999) cycliques
raient l’emploi de nos person- réhabilitation d’infrastructures, dans notre pays, les marées
nels expérimentés sur le plan épuration d’eau, rétablissement noires en Bretagne, …
MINEX ; d’ailleurs, ces sapeurs des réseaux élec-triques, dépollu-
de combat se sentent souvent tion de sites, … sont autant d’ac-
frustrés dans leur domaine d’ex- tions clefs dévolues aux sapeurs
pertise, puisque les actions de dans de telles circonstances.
dépollution de zone ne peuvent
être conduites par les unités
françaises en opération que
dans les secteurs utilisés par la
force d’intervention .

Elles sont l’apanage des unités


d’intervention de la sécurité Complémentaires des actions de
civile, mais font aussi appel aux prévention conduites par nos
capacités des compagnies de armées au titre de la posture
travaux, des sections d’organi- permanente de sûreté (cf. dispo-
sation du terrain et de pontage, sitif Vigipirate), ces opérations
des unités d’aide au déploie- nationales valorisent l’impact de
ment, sans oublier les capacités l’outil de défense vis-à-vis de
2) LES ACTIONS du service constructeur en la population française ; très
mesure d’assurer le relais avec médiatisées, elles suscitent un
HUMANITAIRES les entreprises civiles prêtes à intérêt considérable au niveau
investir des moyens dans la politique et nécessitent de plus
Les actions humanitaires sont zone concernée. en plus une profonde concerta-
généralement conduites par des tion interministérielle pour assu-
organisations non gouvernemen- Cependant, les coûts importants rer leur gestion.
tales ; pour renforcer leur effica- de la projection et de la mise en
cité, il peut être fait appel aux œuvre de telles capacités mili- L’emploi du génie s’y intègre
armées qui leur apportent les taires dans le cadre de l’ur- sans difficulté grâce à ses com-
moyens complémentaires d’une gence, la nécessité de ne pas pétences particulières représen-
logistique puissante et des struc- s’inscrire dans la durée afin de tées notamment au sein des
tures de commandement efficaces ne pas faire ingérence dans les UIISC ou de ses compagnies
en garantissant la sécurité des affaires intérieures de l’Etat d’appui.
opérations. hôte, les moyens conséquents

- 38 -
S A P E U R

3) LES OPÉRATIONS DE pour favoriser la relance des Elles permettent donc l’emploi
MAINTIEN DE LA PAIX services publics locaux et la des armes, mais chaque fois que
« reconversion » potentielle des possible avec modération. Leurs
Ces opérations visent à limiter ex-belligérants. buts peuvent être la protection
d’un pays victime ou menacé
toute escalade, à interdire ou au
C’est dans une telle perspective d’une agression, la défense d’in-
moins circonscrire tout affronte-
que la seule participation fran- térêts nationaux ou communs à
ment direct, à faire baisser les
çaise retenue début 2004 pour la plusieurs pays, le maintien ou le
tensions et à permettre une
force de l’ONU en Côte d’Ivoire, rétablissement de la souverai-
reprise du dialogue. neté nationale d’un pays avec
se situa à hauteur d’une compa-
lequel nous sommes liés par des
Elles reposent sur le respect de la gnie de travaux du génie .
accords de défense (cf. la force
souveraineté des Etats, la concer- française Licorne en RCI, qui agit
tation et la négociation entre les en qualité de « force de réaction
parties, l’emploi minimum de la rapide » au profit des troupes de
force. Elles ne visent pas à impo- l’ONUCI et au sein de laquelle
ser une solution, mais seulement est intégrée une compagnie du
à créer les conditions nécessaires génie à dominante combat).
à son élaboration et à sa mise en
œuvre. Cependant, même si les événe-
ments de mars 2004 au Kosovo
Les modes d’actions les plus fré- et ceux de novembre en RCI ont
quents sont l’aide au processus démontré que la réversibilité
politique en faveur de la paix, De même, compte tenu des des situations était un trait
l’application et le contrôle d’un besoins permanents de moyens majeur des crises dans lesquelles
du génie en phase de stabilisa- est engagée l’armée de terre,
cesser le feu, l’interposition.
tion au Kosovo, il a été décidé il faut noter que la probabilité
d’en intégrer une compagnie d’un combat interarmées de
Ces opérations, qui comprennent
parmi les capacités de la Task haute intensité et s’inscrivant
une multiplicité de tâches (infor-
Force devant succéder (avec des dans la durée est faible, les
mation, rapatriement des ressor- actions de coercition se limitant
tissants, élection sous contrôle effectifs plus réduits) d’ici fin
2005 à la Brigade multinationale souvent pour les sapeurs à une
international, encadrement de la utilisation de moyens d’appui à
nord-est.
police locale, surveillance du res- la mobilité en phase « d’entrée »
pect des droits de l’homme, …), sur le théâtre d’opération.
Enfin, pour faciliter la sortie de
impliquent une coopération et
crise et si les infrastructures du
une coordination étroites entre Dans ce cadre d’emploi et
pays d’accueil le permettent, le
les civils et les militaires. compte-tenu des coûts de pos-
service constructeur du génie est
session des matériels du génie
à même de solliciter massive-
Le génie y est concerné notam- réalisés généralement en petite
ment les entreprises régionales, série, le maintien à niveau du
ment par la mise en œuvre de
ce qui a pour double avantage de spectre capacitaire complet des
processus DDR (désarmement
limiter l’emploi des moyens mili- sapeurs (appui à la mobilité,
des factions, démobilisation,
taires tout en favorisant le redé- protection, aide au déploie-
réinsertion des combattants), qui
marrage de l’économie locale, ment,…) peut sembler illusoire
exige des capacités de sortie de
gage d’une pérennisation de l’ac- s’il n’est pas en partie externa-
crise et de relance de la vie éco-
tion initiée. lisé ou multinationalisé.
nomique et sociale du pays hôte.

Ce constat explique le retard


Le Département des opérations
pris dans le remplacement de
de maintien de la paix (orga- 4) LES OPÉRATIONS DE
certains matériels : PAA devenu
nisme de l’ONU) statuant sur la RÉTABLISSEMENT obsolète depuis des années,
contribution de chaque Etat vou- EBG qui n’est pas en mesure de
DE LA PAIX
lant participer à la force d’inter- suivre le rythme des unités blin-
vention, les compétences génie dées équipées de chars Leclerc,
Elles s’inscrivent généralement
les plus prisées à travers le pro- aucun lance projectiles incen-
cessus multinational de généra- dans le cadre du chapitre VII de
diaires pour fournir l’allonge
tion de force, sont celles qui ont la charte de l’ONU et consistent
nécessaire au sapeur de combat
trait à l’aide au déploiement à imposer, par la force, une en offensive à la place de nos
et à l’organisation du terrain, solution aux protagonistes d’une vieux lance flammes qui vien-
compte tenu de leurs intérêts crise. nent d’être reversés …

- 39 -
S A P E U R

Conséquences pour le génie : compte tenu de l’engagement • enfin, demain plus encore
actuel et potentiel de nos qu’aujourd’hui, le génie sera
Dans un tel contexte opérationnel, forces, plus sollicitées dans le indispensable à la mise sur
quelques pistes de réflexion appa- cadre d’opérations de main- pied de modules projetables,
raissent : tien de la paix ou humani- notamment dans le cadre de
• suite au choix d’une option stra- taires que dans des actions de missions d’aide aux popula-
tégique par le Chef d’état-major coercition. Afin d’anticiper sur
tions. En outre, le dévelop-
des armées lors de chaque crise toute nouvelle restructuration
pement actuel du nouveau
pour laquelle la France décide organique, il s’agit non seule-
ment de veiller à la préserva- concept de l’OTAN relatif aux
d’intervenir, le Centre de planifi-
tion des effectifs de sapeurs, différentes formes « d’assis-
cation et de conduite des opéra-
tions mandate les armées afin mais participer plus aux tance de sécurité », y compris
qu’elles proposent des capaci- fonctions opérationnelles pour la période post conflit,
tés permettant d’atteindre l’ef- émergentes (actions civilo- et ouvrant sur des tâches de
fet final recherché sur le plan militaires, capacités NRBC, « stabilisation et de reconstruc-
militaire. Quelle concertation info ops, …) dans la gestion tion », plaide pour un génie
mener alors dans l’armée de des crises et rééquilibrer sous performant, prêt en perma-
terre, entre les instances enveloppe le poids relatif des nence à intervenir dans de
concernées (EMAT, CFAT, composantes du génie. A cet telles missions. De même,
Brigade du génie, ESAG, DCG, égard, ne serait-il pas judi-
COMFORMISC, CDEF, …), afin l’idée de créer une Force d’ac-
cieux de marquer la priorité
d’optimiser l’emploi du génie tion rapide humanitaire euro-
sur les unités d’appui, d’aide
en opérations ? au déploiement et de sécurité péenne, émise par le Président
plutôt que sur les compagnies de la République en début
• il faut aussi réfléchir à l’évolu-
tion souhaitable des struc- de combat … qui comparati- d’année, constitue une autre
tures capacitaires du génie et vement interviennent de opportunité pour utiliser à
des programmes à multinatio- moins en moins dans leurs plein les savoir-faire du génie
naliser au niveau européen, métiers de base ? arme, service et sécurité.

- 40 -
S A P E U R

Colonel LE SYSTÈME DE PLANIFICATION


Gilles
GLIN
ET DE GÉNÉRATION DE FORCES

Operational planning and force generation are the two critical phases
Chef du bureau appuis leading to the commitment of “ready to use” and accurate effect
Division PLANS based tailored land forces aboard or because of Homeland defence
Commandement de la force matters .
d’action terrestre
The French Land Command (CFAT) and Combat Service Support
Command (CFLT) are key players involved during the achievement of
those. Officers of these two main operational commands participate
in the so call combined operational planning group (GPPO), an ad hoc
Saint cyrien de la promotion staffing structure homed by the land command HQ in LILLE. As soon
as the joint planning staff issues its joint planning guidance, rewrit-
Général ROLLET (1978-1980), le
ten at the ARMY level, GPPO staff officers starts the operational plan-
colonel GLIN a servi au sein des
ning process implementing the NATO guidelines for operational
trois composantes du Génie. En
planning (GOP) as a tool to analyse operational situation and elabo-
effet, il a servi comme chef de rate proposals to the Army chief of staff.
section d’une CGDI au 71 e RG,
comme chef du bureau maîtrise CFAT engineer specialists are part of the planning process and
des coûts au STBFT, et comme because of their knowledge of land unit training rhythm and readi-
commandant d’unité et chef de ness statuses, there are able to submit realistic solutions to meet
corps à la BSPP. engineer combat support needs. Maintaining close links with their
land force counterparts, they are well aware of the status of AGES-
Il est ingénieur civil des mines et TER assets and personnel. The accuracy of their proposals relies on
a suivi la scolarité du CSEM this tight relationship.
(108 e promotion) et du CID
(3 e promotion). Après son temps The current task sharing organisation is efficient but time consuming
de commandement de chef de especially as far as contingency planning is concerned. Planners need
corps, il a obtenu un mastère de time to involve subordinate unit staffers throughout the whole plan-
stratégie à l’issue de sa scolarité ning process. Time could be saved, issuing joint guidance while brie-
à l’US ARMY WAR COLLEGE de fing GPPO key leaders.
Carlisle aux USA.
If logistics and strength constraints lead the land command to over-
En 1996-1997, il participa aux rule AGESTER support proposals and therefore to accept the risk of
travaux de planification des opé- initial AGESTER support shortfalls, CFAT engineer staffers will try to
rations dans les BALKANS au renew and refresh the planning process. But nevertheless, the joint
command will be keen to accept GPPO renewed proposals only if
sein de la cellule de planifica-
they are baked by expeditionary force commander. In this matter,
tion stratégique du Combined
force commander AGESTER adviser has a key role to play.
Joint Planning Staff du SHAPE.
“Train as you fight” is a well known principle. But as far as engineer
Il est affecté depuis septembre support is concerned, “fight as you train” could be a more effective
2002 au CFAT où il occupe les motto to explain to supported unit commanders.
fonctions de chef du bureau
APPUIS de la division PLANS.
Préalables à tout déploiement de Compte tenu des compétences du
forces en opérations, qu’il soit exté- CPCO vis-à-vis des théâtres d’opéra-
rieur au territoire national ou sur tions, le rôle du conseiller génie du
celui-ci, les processus de planifi- COMFORCE est aujourd’hui primor-
cation opérationnelle (qu’elle soit dial pour participer à l’adaptation de
d’anticipation ou de mise en œuvre) l’appui AGESTER à l’évolution de la
et de génération de force consti- situation sur un théâtre.
tuent deux étapes clés. Ces proces-
sus sont mis en œuvre, pour les UN SCHÉMA APPLICABLE À
forces terrestres, par le CFAT et le TOUTE PROJECTION…
CFLT, sous la direction du CCOAT .
Dans ce cadre l’implication d’experts L'engagement opérationnel s’ar-
AGESTER est à même de garantir la ticule autour de trois grandes
pertinence de l’analyse du besoin étapes mais dans le cadre de cet
et donc la définition de modules article, nous ne décrirons que
d’appui adaptés à la force projetée. les deux premières :

- 41 -
S A P E U R

particulier).

Un expert génie et un expert


NRBC participent systématique-
ment aux travaux du GPPO. Un
expert géographie/météo est
associé aux études. C’est à ce
niveau qu’intervient la première
analyse AGESTER dans le cadre
du déroulement de la méthode
d’analyse de situation opéra-
tionnelle (méthode MARS ou
plus généralement au CFAT,
le respect de la méthode ota-
nienne, la GOP (Guidelines for
Operational Planning).

Ces officiers sont issus du corps


des officiers des armes et diplô-
• la planification opérationnelle, cessus préparatoire à l'engage-
més d’état-major. Ils participent
ment. Il peut être également
• la constitution d'une force opé- dés leur affectation au CFAT à un
activé dans le cadre d’une étude
rationnelle terrestre (FOT), stage de formation à la conduite
de planification d’anticipation
de la planification opération-
• l'acheminement et le déploie- (RESEVAC, plans de défense…).
nelle organisé par le bureau pla-
ment sur le théâtre, nification de la division plans du
Le GPPO et le COMP ( 2 ) , orga-
CFAT. La co-localisation au CFAT
à l’issue desquelles, les forces nismes temporaires, constitués
des fonctions emploi (program-
sont mises à disposition du de manière quasi systématique
mation et entraînement) et plans
COMANFOR (TOA). par des personnels du CFAT et
(planification, expertise appuis
du CFLT, peuvent être renforcés,
et soutien) leur permet une
De façon à prendre en compte autant que de besoin, à partir de
excellente connaissance de la
l'ensemble du processus, les personnels extérieurs. (ex : four-
capacité opérationnelle de la
commandements de la chaîne nis par l’EM « parent de la FOT »
« boîte à outils AGESTER ».
des forces (CFAT et CFLT) génè- et les RT). A l’issue du transfert
rent deux organismes tempo- progressif des responsabilités
Leurs contributions aux travaux
raires particuliers qui, pour des aux autorités de commande-
du GPPO sont ainsi réalistes car
raisons de cohérence opération- ment de la FOT, le COMP est
basées sur une disponibilité réelle
nelle, sont placés sous la res- désactivé et le suivi du théâtre
des moyens à engager et sur une
ponsabilité du COMFAT : est transféré aux structures per-
connaissance des effets produits
manentes de veille générale de
par les modules à projeter.
• le groupe pluridisciplinaire l’activité des forces (COFT en
de planification opérationnelle
(GPPO) qui a un triple rôle de
planification de l'engagement
des forces terrestres, de géné-
ration de la FOT et de rédaction
des documents de planification
et des ordres (SUPLAN, OPLAN,
OPO…) ;
• le centre opérations de montée
en puissance(1) (COMP) dont la
mission est de conduire cette
phase au profit de la FOT à
partir des travaux du GPPO
approuvés par le CEMAT.

Le GPPO est une structure ad


hoc de conception et d’aide à la
décision du commandement qui
est activée dans le cadre du pro-

1) Parfois appelé Co d’engagement (COE).


2) un mémento précise l’organisation et le fonctionnement de ces deux structures.

- 42 -
S A P E U R

QUI DÉBUTE PAR UNE PHASE


DE PLANIFICATION OPÉRA-
TIONNELLE…

Le processus d'engagement est


abordé selon un ordre chronolo-
gique correspondant à un scéna-
rio applicable à toute projection
(extérieure ou intérieure) décidée
par le haut commandement natio-
nal. Selon les engagements (type,
localisation, délais, degrés d’ur-
gence), il peut connaître des varia-
tions, certaines phases pouvant
être permutées ou omises. A titre
d'exemple, il est peu probable que
des forces passent en camp de
mise en condition opérationnelle
ou en ZRA avant un engagement
dans le cadre de la défense sur le
Le GPPO élabore, si nécessaire, La force à projeter est mise sur
territoire.
tous les documents préparatoires pied principalement à partir des
à l'engagement des forces ter- unités de l’armée de terre, arti-
Par délégation du CEMAT, le CFAT
restres: concept d’opérations, plan culées selon des structures défi-
et le CFLT au sein du Groupe
Pluridisciplinaire de Planification d'emploi, plan d'opération pro- nies par l’EMA (IM 10.000 pour
Opérationnelle (GPPO) réalisent pose les priorités d’acheminement la projection) et conformément
toutes les études de planification et si les délais le permettent, à leurs contrats opérationnels.
nécessaires pour l'engagement conduit les reconnaissances. Les modules, précisés dans l'IM
des forces terrestres. Le CCOAT 10 000(4), sont en principe consti-
émet les directives du CEMAT ou Le CCOAT est tenu en perma- tués à partir de la composante
les orientations nécessaires pour nence informé du processus de « mission majeure » des forma-
leur poursuite et valide les propo- planification et, chaque fois que tions, fixée par les documents
sitions du CFAT . cela est nécessaire, transmet les uniques d’organisation (DUO).
directives ou orientations du Ces modules sont adaptés
Ces études revêtent trois formes : CEMAT utiles pour la poursuite annuellement afin de répondre
des travaux. à des besoins capacitaires nou-
• participation aux travaux de EN VUE DE LA CONSTITUTION veaux ou pour tenir compte du
planification opérationnelle, retour d’expérience lié à des
D'UNE FORCE OPÉRATION-
pilotés par l’EMA CPCO,
NELLE TERRESTRE ADAPTÉE… opérations récentes à l’étranger
• organisation et conduite de comme sur le territoire national.
la planification de l'engage- Dans le cadre général de la montée
ment des forces terrestres, en puissance, différentes étapes En cas de projection nouvelle, la
soit dans un cadre national, sont nécessaires pour réaliser la désignation initiale des unités et
soit dans un cadre multina- constitution d'une force. Nous ne des individuels est effectuée, dans
tional, lorsque la France est rappellerons que celle conduisant à le cadre des travaux menés par le
nation-cadre pour les forces la génération de la force. GPPO, par le COFT de la division
terrestres, emploi du CFAT en liaison avec
• participation aux travaux de A la différence de la réaction le CFLT. S’enclenche ensuite une
planification multinationale, immédiate constituée à partir d’un succession de phases :
lorsque la France n'est pas dispositif de forces en alerte avec
nation-cadre. astreinte (GUEPARD), la réaction La phase de montée en puissance
rapide s’appuie sur un processus
Le CFAT et le CFLT associent, de génération de force en puisant, La montée en puissance qui
systématiquement les futurs selon le besoin, dans le réservoir consiste en un processus normé
commandants de la force, des forces disponibles. Cette géné- visant à réaliser, dans des délais
l’ADCON France(3) et autant que ration de force peut être anticipée déterminés, l'adéquation des
de besoin les états-majors de la pour gagner du temps ; c’est la cas moyens à la mission opération-
chaîne des forces, aux travaux de la NRF ou Nato Response Force. nelle envisagée, comporte un
de planification. enchaînement ordonné d’activi-

3) Dès leur désignation.


4) IM 10 000 : Instruction relative à la planification et à la conduite des actions en cas de crise extérieure. Ces
modules sont chargés sur la base numérisée DBM de la division plans du CFAT.

- 43 -
S A P E U R

été attri- défense sur le territoire, …) et


b u é s de mener, si nécessaire en vue
dans les d’atteindre l’efficacité nominale
DUO et TUE attendue pour la force, un entraî-
des terri- nement particulier des unités en
toires et vue de leur futur engagement.
théâtres Elle comprend :
considé-
• l’adaptation opérationnelle de
rés.
la force à sa mission qui consiste
à prélever des modules consti-
Pour les
tués et adaptés à partir de ceux
relèves
organisés par les RT et en pre-
des for-
nant en compte le niveau réel
mations
de la capacité opérationnelle
consti-
des formations concernées, à
tuées et le
ajuster leurs structures, effec-
personnel
tifs, matériels et dotations
tés ayant pour but l’organisation isolé à projeter sur un théâtre, le
(TUEM définitifs) et à les re-
des différentes composantes de CFAT est l'unique point d'entrée
grouper en ensembles inter-
cette force puis sa mise sur pied pour l'armée de terre. C'est lui qui
armes cohérents aux ordres
(processus de génération de pilote la prospection du person-
d’un même chef,
forces mené en parallèle de la nel et qui valide les désigna-
planification opérationnelle). tions(5). • la mise en condition opération-
nelle, qui consiste à parfaire
Le contrôle global de ce proces- Dans le cadre des pré-achemine- l’entraînement spécifique, à
sus est de la responsabilité de la ments, le COMP suit les mouve- développer la cohésion et à
chaîne des forces. A cet effet le ments des formations consti- compléter l’autonomie initiale.
CFAT et le CFLT arment conjointe- tuées. Il est responsable de la
ment un centre opérationnel mise en route du personnel isolé Cette mission est une responsa-
dédié, le COMP, auquel toutes les en liaison avec le BTMAS, le bilité de la chaîne des forces qui
parties prenantes dans le proces- COTIA et le DTP. s’appuie sur les RT et les directions
sus doivent être associées. centrales pour son exécution.

La phase de désignation des unités La phase d’organisation Le contrôle des unités


L’organisation a pour but de réa-
Dans le cadre des travaux du La montée en puissance fait
liser les matériels et ressources
GPPO validés par les structures l'objet d'un contrôle de capacité
pour chacune des composantes
compétentes et la programmation opérationnelle, qui se distingue
de la force ou des modules opé-
des activités en cours, la désigna- du suivi permanent qu'exercent,
rationnels mis en alerte, selon
tion initiale des unités est effec- dans leurs domaines respectifs,
les besoins exprimés. Elle relève
tuée par le bureau programmation les différentes chaînes.
en priorité de la responsabilité
de la division emploi du CFAT, en
des régions Terre et implique, si
liaison étroite avec le CFLT et les Le contrôle de capacité opéra-
nécessaire, la participation des
directions centrales pour les unités tionnelle, placé sous la respon-
commandements fonctionnels.
logistiques, ceci afin de préserver sabilité de la chaîne des forces,
autant que possible la continuité vise à vérifier, avant engage-
du soutien en métropole. La phase de mise sur pied ment, le degré de réalisation des
moyens et le niveau de prépara-
Pour les individuels, chacun des La mise sur pied est l’ensemble tion opérationnelle par rapport
deux commandements, CFAT des mesures permettant d’adap- au contrat opérationnel fixé.
et CFLT, recherche et désigne le ter les moyens (systèmes de Ses objectifs et indicateurs sont
personnel correspondant à son commandement, forces, soutien) définis par les commandements
domaine de compétence e n au strict besoin d’une projection des forces (CFAT et CFLT). Les
f o n c t i o n d e s postes qui lui ont (nouvel engagement, OPEX, MCD, régions Terre peuvent, dans leur

5) Pour l’état-major de l’ADCONFRANCE la responsabilité sur la logistique étant primordiale, la désignation des per-
sonnels s’effectuera de manière préférentielle mais non exclusive par le CFLT.
Pour ce qui est des PC logistiques (COMSOUT, ZLT et GL), des unités de soutien logistiques et des personnels iso-
lés occupant un poste logistique, le CFLT reçoit délégation du CFAT pour désigner le personnel et les unités cor-
respondants. Pour les cellules logistiques des états-majors de force (J4, G4, B4), le CFAT est responsable des dési-
gnations en étroite liaison avec le CFLT. Dans ce cadre, le CFLT est systématiquement informé des postes à pour-
voir et des désignations envisagées dans ce domaine.
Dans tous les cas, le CFLT est l'interlocuteur de la chaîne des forces pour la désignation du personnel ressortissant
aux directions centrales des services de l’armée de terre (DCCAT, DCMAT, DCG).

- 44 -
S A P E U R

domaine de compétence, y être Veille de théâtre. répartition des responsabilités


associées. entre le CEMAT et le COMFAT et
Dans leurs domaines de respon- enfin de l’implication du CFLT.
Suivent les phases d’engage- sabilités respectifs, le CFAT et le
ment, avec en particulier l’acti- CFLT, suivent la situation sur les Comme nous l’avons vu, et
vation de ZRA, l’organisation théâtres où des forces terrestres conformément aux textes en
des mouvements-transports et sont engagées. Le CFLT effectue vigueur, les planifications opéra-
transits pour assurer l’achemi- un suivi détaillé de la situation tionnelles d’anticipation ou de
nent de la force. logistique, dont il transmet les mise en œuvre, sont déclenchées
données synthétiques au CFAT. auprès des composantes par une
Evolution des structures en directive initiale de planification
opérations. de l’EMA/CPCO sous forme de
OPTIMISATION DU SYSTÈME mandat. Par délégation du CEMAT
Une évolution des structures en DE PLANIFICATION OPÉRATION- qui enrichit le mandat de l’EMA (à
opération peut être initiée par le charge du CCOAT) avec des direc-
NELLE ET DE GÉNÉRATION DE
commandant de la force proje- tives et des orientations, le CFAT
tée sur mandat de l’EMA/CPCO FORCE... en coordination avec le CFLT, est
ou de l’EMAT ou encore provo- alors chargé de conduire les
quée sur proposition d’un orga- Le système de planification opé- études de planification néces-
nisme de la chaîne des forces à rationnelle de l’armée de terre sa i r e s à l ’ e n g a g e m e n t d e s
la lumière des enseignements défini par la charte de fonction- forces terrestres.
tirés des interventions passées nement de l’armée de terre, et
ou en cours (exploitation du que nous venons partiellement A cette fin, les planificateurs du
RETEX par exemple). de décrire, est bien adapté au CFAT étudient la faisabilité et la
système de modularité retenu validité des dispositifs terrestres
Toute évolution entraînant des par l’armée de terre et peut être pour une opération donnée. Ils
évolutions d’effectifs est propo- particulièrement performant conduisent donc une planification
sée au CFAT qui transmet à comme l’ont prouvé les engage- essentiellement capacitaire qui se
l’EMAT pour validation, le CFAT ments récents des forces terrestres nourrit de compétences tactiques
étant le seul responsable du en RCI (LICORNE), en République incluant les capacités de toutes les
suivi et du respect de l’ordre de du Congo (ARTEMIS), et en
fonctions opérationnelles et prin-
bataille de la force. Macédoine (CONCORDIA), pour
cipalement de celles du C2, des
ne citer que les plus complexes
différents appuis dont l’AGESTER,
Dans ce cadre, s’il s’agit de faire et les plus contraintes en
et des besoins logistiques pour
évoluer les structures de com- matière de planification. Il s’ins-
répondre aux conditions d’enga-
mandement logistiques, le CFLT crit en synergie avec la planifica-
gement. Mais elle se fait égale-
pilote fonctionnel, associe systé- tion amont de l’EMA, du respect
ment à partir de la connaissance
matiquement le CFAT/B.LOG. de l’esprit et de la lettre de la
de la disponibilité des états-
majors et des unités de l’armée
de Terre au regard de leurs
activités programmées (bureau
programmation de la division
emploi du CFAT) et du niveau
technique de leurs équipements
(bureau logistique de la division
plans du CFAT en liaison avec le
CFLT).

La pertinence de la planification
visant à mettre en œuvre un
système modulaire complexe
repose donc bien sur la parfaite
connaissance du vivier des
forces qui s’enrichit quotidien-
nement des interactions entre
les divisions du CFAT et des
interactions entre le CFAT et ses
subordonnés.

6) le LCL GAUTHIER et le CNE VIDAL pour la section génie et le LCL CUNY, le CNE LOCUSSE, et l’ADC MANNEBARTH pour
la section NRBC.

- 45 -
S A P E U R

santes de travailler au plus tôt


avec l’échelon stratégique sur
une base de travaux itératifs et
donc à leurs planificateurs de
disposer d’un mandat écrit
validé par les chefs d’état-major.

L’amélioration du système actuel


pourrait viser à dégager le plus
de temps possible au profit des
planificateurs trop souvent sou-
mis à des conditions de travail
trop contraintes, aussi bien au
niveau de l’EMA qu’à celui des
composantes. Cela passerait par
l’envoi au plus tôt de directives
initiales de planification rédigées
Par exemple, imprégné de l’en- paraît pas devoir être remis en avec des représentants des
semble de ces informations qui cause. Il est à appliquer systé- composantes et un système de
peuvent suivre des boucles très matiquement en cas de projec- validation accéléré. Pour l’armée
courtes, les planificateurs des tion de force pour permettre de de terre, dans le cadre de la subsi-
sections Génie et NRBC (6) du bien prendre en compte tous les diarité cela veut dire la présence
bureau appuis de la division problèmes et de se préparer à d’un représentant du CFAT dès la
plans du CFAT, sont-ils à même les assumer dans la durée pour phase de conception du mandat
d’adapter au mieux la consti- éviter « l’effet rustine ». Il peut de l’EMA au côté de celui du
tution de l’appuis AGESTER de néanmoins être amélioré en CCOAT qui prépare les éven-
la force projetée aux besoins cherchant à donner du temps tuelles orientations ou directives
nécessaires au futur chef de aux planificateurs dont la qualité du CEMAT au COMFAT.
l’opération pour remplir ses du travail influera notoirement
missions et aux impératifs de sur la qualité de l’engagement Dans cette lutte permanente des
tout ordre du CEMAT. de nos forces. planificateurs contre le temps,
l’éloignement entre le CFLT et le
Toutefois, forts de leur connais- Cet objectif peut être atteint en CFAT constitue une autre diffi-
sance de la boîte à outils AGESTER réduisant le temps imparti aux culté qui n’est que partiellement
et de la co-localisation avec les processus d’appropriation et de occultée par le recours aux
acteurs de la FAT en charge de la validation en jouant totalement visioconférences. La cohérence
programmation et de l’entraîne- la subsidiarité et la plus-value de la planification de la logis-
ment, ils sont à même de faire des entre les échelons de commande- tique opérationnelle exige un
propositions réalistes. Celles-ci ment compte tenu de la complexité engagement résolu des planifi-
prennent en compte les caracté- des éléments d’information néces- cateurs des deux états-majors
ristiques de l’action AGESTER, saires en termes de capacités et lors des générations de force.
à savoir principalement, une d’interactions propres en interne à
action consommatrice de délais l’armée de terre et à ses forces En matière d’appui, les travaux
et nécessitant une anticipation terrestres. conduits au CPCO n’ont de
systématique. Ils s’attachent d’une réponse AGESTER qu’au niveau
part à proposer la projection Aussi, tout engagement des du CFAT. Lorsqu’il s’agit d’une
d’emblée de moyens nécessaires forces doit-il être considéré dès planification de mise en œuvre,
à la réalisation des effets terrain l’origine comme une opération les experts AGESTER comme
conditionnant l’atteinte de l’effet majeure nécessitant des direc- les autres planificateurs sont
final recherché, et, d’autre part, de tives et des ordres de l’EMA pré- conduits à travailler dans des
planifier de façon optimale leur parés avec l’apport des compo- délais hyper contraints. Il leur
emploi en faisant converger per- santes pour fixer une ligne de est donc souvent difficile d’élar-
sonnels formés et entraînés et cohérence (ou ligne d’opération) gir le cercle des réflexions à
leurs matériels et équipements et prendre en compte leurs capa- d’autres experts AGESTER de la
pour optimiser des capacités cités réelles au regard des effets à FAT. De plus, la confidentialité
certes en nombre limité mais à obtenir et de leurs contraintes en qui entoure certains travaux de
forte valeur ajoutée. matière de programmation. planification d’anticipation peut
Certes, le processus de planifi- limiter de la même façon la par-
Le système de planification opé- cation peut sembler long et par- ticipation d’acteurs extérieurs
rationnelle instauré entre l’EMA fois peu adapté à la réactivité au GPPO.
et les composantes est viable et nécessaire pour faire face aux
a déjà prouvé son efficacité. Son crises. La planification de mise Mais quelle que soit la qualité du
schéma de fonctionnement ne en œuvre demande aux compo- travail de nos experts du CFAT, les

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S A P E U R

contraintes d’effectifs et de logisti- De plus celui-ci peut favoriser permet, que de projeter des soldats-
que peuvent conduire le comman- l’utilisation détournée de moyens sapeurs sans équipements qui n’au-
dement à faire des choix. Lorsque PROTERRE issus de formations du ront pas les moyens de mettre en
le nombre de mètres linéaires est génie en moyens d’appui génie de œuvre leur savoir-faire métier dans
compté et qu’il ne permet que circonstance. Un « bricolage » qui l’urgence.
l’embarquement des moyens pro- peut satisfaire un commandant
pres aux fonctions opérationnelles d’unité car il permet de sortir ses
de contact, les moyens AGESTER personnels de tâches ne faisant CONCLUSION
ne sont pas toujours prioritaires. pas appel à des savoir-faire
métier. Un bricolage qui peut Le système actuel de planification
Il est alors possible de les faire satisfaire le chef interarmes car il opérationnelle et de génération de
évoluer une fois le dispositif initial lui permet de répondre à un force fondé sur le respect des
projeté. Les experts AGESTER besoin ponctuel et limité et ce à niveaux de responsabilité et l’appli-
du CFAT s’y emploient. Mais, le moindre coût. Mais cela conduit à cation du principe de subsidiarité
CPCO étant devenu, le point une pratique qui va à l’encontre
fonctionne efficacement comme
d’entrée unique des théâtres en d’une réversibilité bien comprise.
l’ont prouvé tous les engagements
matière de conduite et de plani- Certes, comme le rappelle le
fication, le rôle du « conseiller » général DORANGE-PATTORET, de forces terrestres qui en ont
génie du COMFORCE est aujour- actuel commandant de la brigade suivi le processus, mais il deman-
d’hui primordial pour initier ou du génie, nos personnels doivent de une grande discipline de chacun
relayer les corrections à apporter être des soldats, des sapeurs et des acteurs concernés pour éviter
au dispositif AGESTER sur ces des spécialistes (les 3S). Mais d’en revenir à la planification du
théâtres. Faute d’un expert appui sans leurs équipements et maté- « coin de table » sous prétexte de
génie de bon niveau, les demandes riels ils ne sont que des soldats. contrainte de temps.
du CPCO vers le CCOAT peuvent se
traduire par des inventaires à la Enfin, cela peut conduire à négli- Ce système intègre au mieux la
Prévert de moyens et de person- ger la prise en compte du principe prise en compte de la probléma-
nels, où sont listés les bétonnières d’anticipation dans le domaine tique AGESTER en associant dès
et les grues sans référence à des AGESTER. Prenons l’exemple de la phase de planification opéra-
effets à obtenir et donc sans la protection ; même en phase de
tionnelle des experts de la fonc-
aucune référence aux modules de stabilisation, les crises que nous
tion au sein du GPPO. Ceux-ci,
l’IM 10000. Faute d’un expert génie avons à gérer peuvent évoluer
de bon niveau sur le théâtre, les rapidement et le chef interarmes parce qu’ils sont parfaitement
propositions des experts du CFAT n’aura pas le loisir d’attendre le au fait de l’état de la « boîte à
ne trouvent pas toujours un écho déploiement de moyens adaptés outils » AGESTER sont à même
similaire auprès du chef inter- pour faire face à un regain de ten- de formaliser des propositions
armes. Les opérations récentes sion même local. Il peut ainsi voir bien adaptées aux problèmes
ayant conduit à la projection de sa liberté d’action compromise terrain mis en évidence lors du
moyens génie du volume d’une par ce que ses personnels seront déroulement de la GOP.
compagnie, l’expert génie sur un exposés, faute d’une anticipation
théâtre donné peut être simple- des travaux de protection jus- Toutefois, des arbitrages résultants
ment le commandant de cette qu’alors non prioritaires. Il est de contraintes d’effectifs à projeter
compagnie qui n’a ni le temps ni le donc plus pertinent de projeter ou de poids logistique peuvent
« poids » nécessaire pour jouer le une unité génie avec ses moyens conduire le commandement à
rôle de conseiller génie auprès du organiques et de l’employer pour
accepter un sous-dimensionne-
COMFORCE. des MICAT lorsque la situation le
ment initial de l’appui AGESTER.
Il appartient alors au conseiller
AGESTER du COMFORCE d’initier
ou de relayer vers le CPCO, les pro-
positions de remise à niveau des
moyens et personnels AGESTER
projetés afin que ce sous-dimen-
sionnement ne perdure pas.

Nos amis britanniques utilisent


le principe du « train as you
fight ». Pour nous sapeurs, il
s’agit plutôt de persuader l’inter-
armes d’inverser la phrase…

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S A P E U R

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S A P E U R

Colonel INFRASTRUCTURE OPÉRATIONNELLE


Bernard
BILBAULT
DE L’ARMÉE DE L’AIR - OBJECTIF NRF 5
The air engineer headquarter is responsible for horizontal and verti-
cal infrastructure operations. He is tasked to support the deploy-
ment of one air force unit on maximum three projected bases. For
Le colonel BILBAULT est sous- this mission, it is constituted with the 25th air engineer battalion,
directeur du génie de l’air et de with four earthwork companies from the Army and two local air
l’infrastructure en opération au infrastructure companies which will be soon transformed in two ope-
sein de la DCIA depuis 2002. rational infrastructure companies.

Originaire de l’EMIA (73-74), il a Despite of the near coming of the A 400 M aircraft which will allow a
servi aux 71 e RG (chef de sec- best take away capacity, the air engineer is now acquiring new
tion), 32e RG (commandant equipment less restricting for air transportation and mainly adapted
d’unité), 1er RG (chef de BOI) et to the need of projection. Some of them will be perhaps engaged in
10 e RG (chef de corps). operation when the French Air Force will lead the NRF 5 from July to
December 2005. These new materials are presented in this topic.
Stagiaire de la 101 e promotion
de l’ESG, il a commandé la pro- Encore rattachée à la Direction La SDGA-IO étant résolument
motion 93-95 de l’EMIA. centrale de l’infrastructure de l’air engagée dans l’adaptation de
(DCIA) jusqu’à cet été, la sous- ses moyens pour répondre au
Avant d’occuper son poste direction du génie de l’air et contrat capacitaire de l’armée de
actuel, il a tenu les fonctions de l’infrastructure en opération l’air qui doit pouvoir se déployer
successives de DEP et de DGF à (SDGA-IO) présente la particula- sur une à trois bases aériennes
l’ESAG rité de concentrer en son sein les projetées (BAP), le but de cet
fonctions que l’on retrouve de article est de dresser un point de
façon éclatée dans l’armée de situation technico-opérationnel
terre. Il en va ainsi : dans le domaine de l’infrastruc-
Cet article a été rédigé en collaboration ture horizontale et verticale,
• des études prospectives (mandat
avec : alors que l’armée de l’air s’ap-
infra OPS 2010, capacités nou-
prête à prendre le rôle de nation-
velles, organisation future des
- le Lieutenant-colonel RUVIRA leader de la NRF 5 (NATO RES-
unités),
qui sert au bureau planification conduite de PONSE FORCE) à l’été 2005.
la DCIA/SGGA-IO depuis 2003. Il a pris la • des études opérationnelles
tête de ce bureau en 2004. (concept et doctrine d’emploi CADRE GÉNÉRAL
des unités d’infrastructure en
- le Chef de bataillon (TA) CULIOLI opérations, concept de base Comme cela a été précisé dans
qui occupe actuellement les fonctions de aérienne projetée, RETEX), le dernier numéro de cette revue,
chef du bureau technique de la SDGA-IO la SDGA-IO, aux ordres du géné-
• des études technico-opéra- ral commandant les unités d’in-
tionnelles (bétons fibrés, tapis
frastructure et adjoint au géné-
« rapidmat »),
ral DCIA, met en œuvre au plan
• de la politique d’équipement opérationnel le 25e Régiment du
(mise en œuvre d’un budget génie de l’air, pour l’infrastructure
propre titre 5) et de la mainte- horizontale, et les deux compa-
nance de ses matériels, gnies régionales d’infrastructure
(CRI) de l’armée de l’air, pour l’in-
• de l’emploi en temps de paix frastructure verticale.
(travaux sur les bases aérien-
nes dans le cadre de chantiers Ces différentes formations oeu-
d’instruction, création d’une vrent dans le cadre de scénarios
BIMOA en Normandie dans le « Air » et d’un concept et d’une
cadre du 60e anniversaire du doctrine d’emploi des unités d’in-
débarquement), en OPEX ou frastructure en opérations, aujour-
OPINT en relation étroite avec d’hui approuvés par l’Etat-major
l’EMO-AIR/A4 (Artémis-Mamba, de l’armée de l’air (EMAA).
Tadjikistan, Tchad, inondations
en Arles), D’une façon générale, les forces
• de la préparation opérationnelle, aériennes peuvent se déployer :

• de la formation en liaison avec • sur des bases relativement


le CoFAT/ESAG. éloignées de la zone d’inter-

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S A P E U R

vention. C’est le cas lorsque il Le génie de l’air assure aussi la L’acquisition en cours d’un nou-
s’agit de déployer des avions reconnaissance et la validation vel engin de reconnaissance-
de combat (Istrana, Al Kharj) de terrains sommaires. Dans ce dépollution, tout en un, répon-
ou de mettre en œuvre une cadre des réflexions sont actuel- dra aux contraintes de la projec-
base support à l’opération lement en cours visant à réali- tion. Un simple changement
(Entebbé). Dans ce cas de ser, au moyen d’un traitement d’outil après la phase de recon-
figure, il est fait appel à des de sol approprié, une traficabi- naissance-dépollution permettra
infrastructures existantes en lité permettant une plus grande à cet engin d’amorcer les pre-
bon état général, et l’inter- rotation d’aéronefs sur ce type miers travaux TP.
vention des unités d’infra- de terrains. Des études en ce sens
structure se limite à dévelop- sont actuellement très avancées
per si nécessaire les capaci- au sein de l’armée US.
tés d’accueil ;
• sur des bases situées au plus
près de la zone d’intervention
afin de permettre l’achemine-
ment de forces et de flux logis-
tique. Essentiellement dédiées
à l’aviation de transport, ces
bases peuvent être assez for- La livraison prochaine d’un
tement dégradées, soit par autre engin équipé de kits de
défaut d’entretien (Bunia) ou déboisement contribuera de par
du fait des belligérants, soit sa polyvalence à améliorer les
s’appuyant sur des terrains conditions de dépollution des
sommaires. L’implication des divers sites.
unités d’infrastructure est ici En matière de dépollution
prépondérante, surtout si pyrotechnique En matière de travaux
l’opération doit s’inscrire
dans la durée. L’armée de l’air peut avoir à se Au cours des différentes phases
déployer sur des sites où une d’une projection, le génie de l’air
Quelle que soit la nature des dépollution pyrotechnique peut dispose de tous les matériels de
bases, toutes restent vulnérables s’avérer nécessaire. Cette dépol- travaux publics, du plus léger au
à différentes formes de menace. lution s’applique aux aires aéro- plus lourd, lui permettant de
nautiques en priorité et ensuite réaliser les travaux de terrasse-
Le cadre général ainsi défini, aux autres zones de la base ment divers (piste, taxiway, par-
quels sont les moyens dont dispo- aérienne projetée (aires revê- kings, voiries).
sent les unités d’infrastructure et tues ou non).
quelles sont les évolutions atten- Ses capacités vont du concas-
dues à court et moyen terme ? Actuellement, cette mission est sage de matériaux jusqu’à la
exécutée par des modules ERD fabrication et pose des enrobés
(éléments de reconnaissance- et bétons.
INFRASTRUCTURE HORIZONTALE dépollution) constitués d’un
véhicule blindé de reconnais- Les procédés de réparation rapide
En matière de reconnaissance sance (VBR), en fait un VAB sur- de piste, basés sur une technique
blindé équipé d’un canon de éprouvée (méthode Rustinexpress)
Des spécialistes « infra OPS » 20mm, d’une pelle hydraulique permettant de réparer un cratère
sont associés systématiquement et d’un tracto-chargeur blindés de 12 m de diamètre en moins de
à l’équipe de reconnaissance de auxquels sont associés des 4 heures, s’accommodent mal des
l’armée de l’air en vue de la réa- équipements spécifiques de contraintes de l’aérotransport.
lisation de l’implantation de la dépollution (filet métallique,
future base projetée. godet ramasse-mines et à pré- Aussi le génie de l’air est-il entré
hension mécanique). dans une phase d’acquisition sur
Leur mission consiste à évaluer étagère de tapis en fibre de verre
la nature de l’intervention future RAPIDMAT en dotation dans plu-
du génie de l’air et des CRI en sieurs armées étrangères. Légers,
fonction des ressources locales simples à mettre en œuvre, mais
existantes. La démarche actuelle conçus que pour être traversés de
vise à promouvoir une expertise façon linéaire, donc sur piste ou
globale dirigée par un maître taxiway, ils devraient être complé-
d’œuvre. tés par d’autres types de tapis, en

- 50 -
S A P E U R

tout cela suivant les plans de titre des NRF 5 et 6, l’armée de


charge arrêtés par les bureaux l’air devra effectuer le montage
« infrastructure » des régions d’une base aérienne susceptible
aériennes. Ces dispositions per- d’accueillir 2500 personnes.
mettent au personnel l’entretien L’élongation spatiale d’un tel
de ses savoir faire. dispositif nécessite de distribuer
l’énergie en haute tension. A
S’apparentant, en modèle réduit, cette fin, l’armée de l’air procède
à nos unités d’infrastructure actuellement à l’acquisition de
remplacement des célèbres plaques
opérationnelle, les CRI dispo- trois ensembles de production
PSP, résistant aux manœuvres
sent, en qualité, des compé- et de distribution HT de 1MW.
d’avions sur parkings.
tences détenues au sein de l’ar-
mée de terre. En matière de traitement de
Par ailleurs, l’armée de l’air ayant
l’eau
confirmé le maintien de capacité En matière de reconnaissance
de production béton et enrobé,
Dans le domaine de la potabilisa-
le génie de l’air, toujours pour Dans le cadre des reconnais- tion, les CRI sont responsables :
répondre aux contraintes de sances de sites qui sont effec-
la projection, est en phase de • de l’installation et la mise en
tuées par l’EMO air, des spécia-
renouvellement de ses centrales. œuvre des ensembles de trai-
listes de ces unités peuvent être
Il devrait acquérir cette année tement durant toute l’opéra-
incorporés au sein de l’équipe
une centrale projetable en 4 far- tion ;
de reconnaissance AIR en vue
deaux (à comparer aux 47 atte- d’étudier les travaux néces- • de la production d’eau potable
lages nécessaires au transport saires à l’installation des unités. (exploitation de la station) au
de la centrale Marini). cours de l’opération ;
En matière d’infrastructure
opérationnelle • des travaux liés aux raccorde-
ments aux réseaux existants
Les CRI mettent en œuvre la ou à la création de réseaux
totalité des structures démon- spécifiques.
tables des bases aériennes pro-
jetées (zone vie, zone OPS, abris Les quatre ensembles de traite-
avions, hangars, ou matériels ment d’eau en service dans l’ar-
commissariat dédiés à la projec- mée de l’air sont constitués cha-
INFRASTRUCTURE VERTICALE cun :
tion…). Elles disposent pour ce
Chargées, dans le domaine de faire d’ateliers de campagne
l’infrastructure verticale, de l’aide (ACAD) et se dotent actuelle-
au déploiement des forces ment d’engins de manutention
aériennes projetées, les CRI sont permettant le travail à grande
des unités qui, en temps de paix, hauteur.
exécutent au profit des bases et
éléments qui y sont implantés : En matière d’énergie
• d’une unité de traitement (basé
- l’installation et le repli des sur le principe de l’osmose
Les CRI réalisent le montage des
bâtiments démontables et inverse et de l’ultrafiltration),
installations de production et des
des matériels de protection d’une capacité de production
réseaux de distribution électrique
passive ravitaillés par l’éta- de 60 m3 par jour, à raison d’un
des bases aériennes projetées.
blissement central d’infra- fonctionnement de 12 heures
Jusqu’à présent le concept retenu
structure de l’air (E.C.I.A.), par jour ;
était la basse tension. Or, dans le
- la réalisation de travaux tous cadre de son engagement au
corps d’état dans le cadre du
maintien en condition des
infrastructures (M.C.I.),
- la participation à certains tra-
vaux inscrits au programme
de conservation du domaine
(P.C.D.), - d’un encombrement maxi-
- les vérifications périodiques mum correspondant à deux
des installations électriques conteneurs de 20 pieds poids
des bases, 7,5 et 8 tonnes).

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S A P E U R

Trop orientées temps de paix et tation des bases aériennes pro- subordination. Elle devra être
encore sous-équipées, toujours jetées. en cohérence avec les décisions
dépendantes organiquement * retenues par l’armée de l’air dans
des régions aériennes, les CRI * * le cadre de sa future structure AIR
devraient très prochainement se Au moment où sont écrites ces 2010. Il paraît acquis que la
réorienter sur la mission OPEX lignes, la sous-direction du génie SDGA-IO deviendrait le centre de
et devenir des compagnies d’in- de l’air et de l’infrastructure en mise en œuvre de l’infrastructure
frastructure en opération (CIO) opération est, avec la création à opérationnelle au sein d’un pôle
dont la mission principale sera, l’été 2005 du nouveau service soutien, avec le commandement
avec le génie de l’air, de partici- d’infrastructure de la défense, organique du 25e RGA et des
per à la réalisation et à l’exploi- dans l’attente de sa nouvelle deux CRI transformées en CIO.

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S A P E U R

Colonel LE SERVICE DU GÉNIE


Michel
WATTRELOS
EN OPÉRATIONS EXTÉRIEURES :
LE SOUTIEN AU STATIONNEMENT
Within its mission set, the French Engineers Corps was tasked for the
real life support of forces deployed in operations. It consists in provi-
Le colonel WATTRELOS, est Saint- ding the units with life and work conditions allowing them to carry
out their mission in case of sustained deployment.
Cyrien de la promotion Lieutenant
DARTHENAY (74-76). All the echelons of the EC participate through individual missions.
The organization, tailored to the theaters, provides construction
A sa sortie de l’Ecole d’application engineering and facilitates the coordination of the necessary activi-
du génie, il choisit de servir au ties.
11e Régiment du génie de Rastatt
avant de suivre les cours du To meet the expressed requirement, the EC has often designed speci-
diplôme technique à l’ESGM de fic facilities. In the Balkans, the 1000 men cap fulfilled all the needs of
Versailles. a determined-sized force in a single location. In Afghanistan, the
‘sprung shelter’ facilities allowed to take into consideration the seve-
Il commande ensuite une compagnie ral theater-specific restrictions.
de travaux-école au 1er Régiment du
The current studies are aimed at optimizing the involvement of the
service militaire adapté à Fort-de- EC and identifying the elements allowing the reduction of the res-
France. ponse time.

A son retour en métropole, il rejoint In the framework of the French Infrastructure Services restructuring,
le Commandement et la direction the real life support of deployed forces will be provided in the same
régionale du génie de la 2e région conditions as today.
militaire à Lille.

Après avoir suivi la scolarité de


l’enseignement militaire du second
degré , il est affecté durant 3 ans à
l’état-major de l’armée de terre. Le service du génie s’est vu confier LA MISSION
Après deux ans à la direction deux missions particulières dans
régionale du génie en CMD de le cadre de ses attributions telles Le soutien au stationnement est
Metz, il prend en 1998 le comman- qu‘elles ont été définies par le l’un des volets du soutien général
décret 2000-289 du 30 mars : de l’infrastructure en OPEX qui
dement de l’Etablissement du
consiste à procurer aux forces
génie de Metz. engagées des conditions de vie et
« Dans le cadre de ses compé-
de travail leur permettant de rem-
En 2001, il est affecté à la Direction tences spécifiques, le service du plir au mieux leur mission.
centrale du génie où il occupe génie :
actuellement le poste de sous- • …. Dans la première phase d’un enga-
directeur opérations emploi ; de gement, il s’agit de faciliter l’ache-
• conseille le commandement en minement et le déploiement initial
août 2002 à janvier 2003, il a éga-
matière de définition des infra- d’un dispositif de forces sous
lement tenu les fonctions de coor-
structures opérationnelles per- contraintes de délais et de moyens :
dinateur national d’infrastructure
manentes et de campagne ; c’est l’aide au déploiement qui se
de théâtre (CNIT) de l’opération
• participe à la mise en œuvre des traduit essentiellement par des
TRIDENT au KOSOVO.
moyens nécessaires à l’infra- actions d’organisation du terrain,
des travaux de protection et de
structure de soutien des unités
sauvegarde, des aménagements
et détachements de l’armée de
sommaires, des installations provi-
terre déployés en opérations soires ; la production d’énergie et
extérieures » le traitement de l’eau sont effec-
tués au moyen de matériels tac-
Le rôle du service du génie dans tiques. C’est une mission d’appui
les opérations extérieures est donc direct plus particulièrement
clairement défini : c’est ce que l’on confiée aux unités du Génie embri-
appelle le soutien au stationne- gadées.
ment. L’objet de cet article est de
présenter la contribution du ser- Le rôle dévolu au service du génie
vice du génie, les conditions de est le soutien au stationnement ;
mise en œuvre ainsi que quelques c’est l’ensemble des actions mises
réalisations. en œuvre pour mener des travaux

- 53 -
S A P E U R

d’amélioration du bien être et de la Il ne faut cependant pas faire LA MISE EN ŒUVRE


sécurité d’unités s’installant dans la preuve de dogmatisme en seg-
durée : réfection ou construction de mentant de façon arbitraire et arti- Ce schéma illustre l’organisation
bâtiments, mise en place de cen- ficielle la mission du génie dans de la fonction infrastructure de
trales électriques, de stations de pro- son ensemble : le service a un rôle l’opération TRIDENT au KOSOVO
duction d’eau ou d’épuration, … à jouer dans le cadre de l’aide au au sein du soutien national France
déploiement tout comme les uni- ou ADCONFRANCE lors de la mis-
C’est une notion qui s’est imposée tés embrigadées ont leur place sion que j’y ai effectuée de juillet
il y a une dizaine d’années à l’occa- dans le soutien au stationnement. 2002 à janvier 2003 (pour plus de
sion des premières opérations détails, il conviendra de se reporter
dans les Balkans. En effet, les mis- Pour fixer les idées en la matière, à la circulaire 2250 définissant les
sions confiées aux forces enga- ce diagramme identifie à travers procédures de soutien administra-
gées impliquaient que les actions les effectifs qui leur sont affectés, tif et logistique d’une force ter-
menées s’inscrivent dans la durée. la part de chacune des missions restre en opérations extérieures).
L’environnement général, en parti- en fonction des différents stades
culier les conditions climatiques, d’une opération. Il schématise la Il s’agit de l’organisation la plus
ne permettaient pas de se satis- transition progressive sans rupture élaborée en matière d’infrastruc-
faire des équipements existants brutale entre l’aide au déploiement ture qui correspond à la situation
dont l’état n’était bien souvent pas et le soutien au stationnement
suffisant pour répondre à cet impé- d’un théâtre en phase d’installa-
durant la phase de stabilisation. tion dans la durée, et qui permet
ratif.
au service du génie d’assurer la
Dès la phase de déploiement, il totalité de l’ingénierie de l’infra-
Les différentes modalités d’exécu- convient d’apporter au comman-
tion de cette mission font appel structure.
dement une aide à la décision sur
aux savoir-faire spécifiques au ser- l’implantation initiale des unités
vice du génie : Tous les niveaux de réalisation
qui conditionne bien souvent le
• Elaboration des schémas direc- d’une opération d’infrastructure
stationnement futur en proposant
teurs et des programmes de sont représentés : conception,
des orientations qui n’hypothè-
travaux ; conduite des opérations et maî-
quent pas l’avenir
trise d’oeuvre ; à cet égard, l’élabo-
• Conception et rédaction des
ration du schéma directeur d’infra-
marchés Au cours de la phase stabilisation,
structure de théâtre d’une part, la
• Réalisation des travaux il s’agit pour le service du génie
multiplicité des moyens à mettre
• Suivi financier d’acquérir la maîtrise du foncier et
en œuvre d’autre part a nécessité
de préparer le schéma directeur.
• Suivi domanial l’armement du niveau de concep-
• Protection de l’environnement Lors de l’installation dans la durée, tion/coordination et la mise en
• Protection incendie il s’agit enfin de conduire et de place d’un coordinateur national
faire évoluer les schémas direc- d’infrastructure de théâtre (CNIT),
•…
teurs en conservant la maîtrise du véritable conseiller infrastructure
foncier ; les unités embrigadées auprès de l’ADCONFRANCE.
C’est donc bien une mission qui
ressortit au domaine privilégié du génie y apportent leur contri-
d’intervention du service du génie bution dans des conditions qui Les travaux proprement dits sont
dont le rôle est d’assurer l’ingénie- seront précisées un peu plus loin. réalisés en fonction des circons-
rie de la construction en OPEX. tances soit par entreprises civiles,
locales, nationales voire internatio-
nales après passation de marchés
selon des procédures déclinées de
la réglementation française en
vigueur, soit, le cas échéant, par
main d’œuvre militaire : en l’occur-
rence, la présence du BATGEN au
sein de la brigade et de moyens
spécifiques placés sous OPCON
de l’ADCONFRANCE renforçait
notablement les capacités d’in-
tervention.

D’une manière générale, la ga-


geure consiste à réaliser ou faire
réaliser des travaux d’infra-
structure dans un environnement
politique, social, économique
défavorable : tensions intercom-
munautaires, difficultés d’appro-
visionnement, système bancaire
inexistant, manque de qualifica-
tion des entreprises locales, …

- 54 -
S A P E U R

de délais (accélération du temps),


de coût, de contexture des opé-
rations (il faut faire sobre, adap-
table, léger et démontable) et
enfin de la réglementation à
prendre en compte.

L’utilisation de l’infrastructure
existante permet le plus souvent
l’installation de la force dès la
phase de déploiement sous
réserve de la réalisation de tra-
vaux d’organisation du terrain,
du ressort des unités du génie
embrigadées : il s’agit souvent
de travaux de protection et de
terrassement (aide à la mobilité,
réalisation de plates-formes,…) ;
le service du génie ne peut
intervenir qu’en soutien de ces
actions.

L’infrastructure existante permet


La participation du service du réaliser des missions techniques également d’adopter un premier
génie aux opérations extérieures ponctuelles au profit des théâtres. dispositif dès lors que l’installa-
se traduit exclusivement par des tion dans la durée est acquise ; il
missions individuelles ; tous les De même, tous les organismes de constitue la première esquisse
organismes du service participent la chaîne sont susceptibles d’ap- du stationnement des unités.
à l’armement des différentes porter ponctuellement un soutien
structures en fonction des quali- en terme d’études ; une expérimen- Les travaux d’adaptation devien-
fications de leurs personnels. tation d’assistance par un orga- nent plus conséquents et plus
Jusqu’à 60 personnels du service nisme de métropole, en l’occur- techniques, ils visent en premier
ont été présents simultanément rence la DRG de BORDEAUX, a été lieu à assurer la sécurité des
sur des théâtres d’opérations. menée en 2001 pour la réalisation personnes (mises en confor-
de l’ECOPEX du camp Maréchal de mité électrique en particulier).
La présence de militaires du ser- Lattre ; cette démarche évite de
vice constructeur en opérations surcharger les échelons de terrain L’élaboration ultérieure des schémas
extérieures est indispensable ; en avec des études d’une ampleur directeurs infrastructure montre que
effet, si certains théâtres sont dépassant notablement leurs des principes fonctionnels forts et
aujourd’hui considérés comme capacités. les contraintes nouvelles amènent
stabilisés, il n’en est pas toujours souvent à réadapter le dispositif
de même et, en tout état de cause, général des implantations.
la situation peut évoluer très rapi- LES RÉALISATIONS
dement et dans certaines circons- Pour répondre aux besoins de sta-
tances, les « bâtisseurs » peuvent Les besoins recouvrent la réali- tionnement des forces projetées,
être très rapidement se muer en sation des travaux visant à pro- plusieurs concepts plus élaborés
combattants ; les événements de curer aux forces engagées des que la simple utilisation de l’exis-
mars au KOSOVO et surtout ceux conditions de vie et de travail tant dont on ne peut pas toujours
de novembre en Côte d’Ivoire leur permettant de remplir au se satisfaire ont été successive-
sont particulièrement révélateurs. mieux leur mission ; ils s’appli- ment développés en fonction de
quent donc aux fonctions de l’environnement et du contexte
Par ailleurs, une section spéciali- commandement (PC, centre TRS), opérationnel propre à chaque
sée OPEX a été créée au sein du postes de combat, à la vie cou- situation.
STBFT et est à même de prépa- rante, aux fonctions de soutien.
rer et conduire l’ensemble des Le concept du camp 1000 hommes
opérations traitées de façon cen- La satisfaction de ces besoins doit est apparu après quelques années
tralisée et dispose d’une capa- être en cohérence avec le contexte de présence française dans les
cité d’étude lui permettant de opérationnel : il ne s’agit en aucun Balkans, lorsque l’intervention
concevoir des projets impor- cas de transposer sur un théâtre des forces dans la durée est
tants au profit des théâtres même d’opération extérieure ce qui peut se devenue une caractéristique des
si la conduite des marchés reste concevoir sur le territoire national, opérations conduites par la
au niveau local ; cette même mais de prendre en compte les France ou auxquelles elle parti-
section est également appelée à impératifs particuliers aux OPEX cipe.

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S A P E U R

Il a été conçu à partir de l’expé- de démontage rapides. Le choix délais compatibles avec les
rience de la Bosnie et finalisé au s’est porté sur des ensembles impératifs de déploiement d’une
Kosovo, avec en particulier la métallo-textiles qui satisfont à force : il fallait donc réduire de
réalisation des camps DE LATTRE l’ensemble des critères retenus. façon significative les délais de
à NOVO SELO et BELVEDÈRE à la réponse aux besoins infrastruc-
périphérie de MITROVICA. Il s’agit d’enveloppes textiles sur ture en opération extérieure.
ossature métallique et plancher,
installées sur plates formes sta- Tout d’abord, des marchés à
bilisées - donc ne nécessitant ni bons de commande ont été rédi-
travaux de terrassement lourds gés pour l’achat ou la conduite et
ni fondation - avec capacité de la maintenance des matériels
chauffage et de climatisation. d’infrastructure ; cette procédure
permettra de projeter des maté-
Le colisage d’ensemble complet, riels sans délai et de faire face à
y compris les groupes électro- toute éventualité, en s’affranchis-
gènes, permet l’emport par sant des délais administratifs
containers normalisés, ce qui
simplifie sa mise en place. Un centre de stockage pour les
Il s’agit de répondre sur un même matériels ressortissant au ser-
site à l’ensemble des besoins pour vice du génie destinés aux opéra-
un effectif donné de 1000 hommes, tions extérieures a également été
soit un bataillon interarmes répon- créé à SAINT-ASTIER ; y sont
dant à une composition de principe stockés sous douane les maté-
à 1 UCL, 3 CIE d’infanterie, 1 ESC riels en provenance des théâtres
blindé léger et 1 CIE du génie, ou en attente de projection après
volume qui a été jugé optimal pour acquisition sans contrainte de
obtenir la meilleure rationalisation délai de réalisation.
tout en constituant un ensemble qui
reste viable. Enfin, nul n’ignore que le service
du génie est à l’aube d’une pro-
fonde mutation ; la réforme en
cours s’inscrit dans la stratégie
L’AVENIR
ministérielle de réforme et vise
pour l’instant à regrouper les
Suite aux différents retours d’ex-
directions des trois services d’in-
périence, deux axes d’effort ont
frastructure à VERSAILLES.
pu être identifiés pour améliorer
la conduite du soutien au station-
La question de la permanence de
nement par le service du génie.
la contribution du service aux
opérations extérieures pourrait
En premier lieu, il s’agit de ratio-
se poser ; dans le cadre des mis-
naliser l’intervention des diffé-
Le problème posé lors de l’opé- sions confiées au futur Service
rents services par une clarifica-
ration PAMIR en AFGHANISTAN Infrastructure de la Défense, il lui
tion de leurs attributions respec-
était quelque peu différent : les est demandé d’être en mesure de
tives ; cette démarche visant à
conditions locales étaient nette- répondre aux besoins de projec-
améliorer la cohérence des diffé-
ment plus contraignantes : condi- tion en OPEX pour les domaines
rentes actions est en cours de
tions climatiques particulièrement de sa compétence ; la mission
finalisation pour ce qui concerne
difficiles (1800 m d’altitude), envi- de soutien au stationnement
les interventions du génie et du
ronnement géologique spécifique continuera donc à l’avenir d’être
commissariat en matière de sou-
(risque sismique important), impé- assurée dans des conditions
tien de l’homme (Acquisition,
ratifs logistiques. Quand il a été identiques à ce qui se fait aujour-
mise en œuvre soutien des bun-
acquis que les forces projetées d’hui, d’autant que des engage-
galows, climatiseurs,…).
passeraient un deuxième hiver sur ments en ce sens ont été donnés
place, il a fallu trouver rapidement aux états-majors.
Par ailleurs, il s’est rapidement
une solution présentant la possibi- avéré que les contraintes de
lité d’être projetée sur le théâtre délais auxquelles était confronté
sur court préavis, de mise en le service du génie ne permet-
œuvre facile et de montage et taient pas toujours d’obtenir des

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S A P E U R

Colonel LE SOUTIEN ÉNERGIE EN OPÉRATIONS


Pascal
KEROUAULT
DANS LE CADRE DU SOUTIEN
AU STATIONNEMENT DES FORCES
The various operational postures of projected forces in the course of
a conflict imply a modification of support unit assignments, from
combat service support to long-term personnel service support. As
Saint-cyrien de la promotion regards energy supply, this transition proves difficult to implement
MONTCALM (80-82), le colonel since the engineer company capabilities are unsuitable for long-term
KEROUAULT sert comme lieute- stationed personnel power supply, not to mention the fact that these
nant au 10 e régiment du génie à capabilities cannot be deployed to support other units anymore.
Spire de 83 à 87.
Within the framework of NATO, on the contrary, military power sup-
ply is clearly limited to operational needs, leaving energy supply and
De 88 à 90, il commande la 24 e
network maintenance of permanent facilities to a private or joint
compagnie de ponts flottants venture working with skilled locals; thus, military power supply
motorisés du 1 e r régiment du resources are rapidly able to redeploy and costs in personnel and
génie à Illkirch-Graffenstaden. equipment can be cut.

A l’issue, après une formation However, the implementation of such a scheme within the French
d’un an à l’ESGM de Versailles, Engineer Corps comes up against a two-fold problem. The technical
il sert pendant un an à la direc- and linguistic skills of the engineer officers and NCOs have to be
tion des travaux du génie de improved through additional and on-the-job training; the idea of
Strasbourg. setting up a direct and rapid transition between the two phases also
implies a certain flexibility as far as budgets and their use are concerned.
Engagé ensuite dans le cycle du
brevet technique, il obtient en Enhancing power supply effectiveness to projected forces thus
1994 une maîtrise en informa- hinges on rethinking troop and equipment allocation and clearly defi-
tique appliquée à la gestion des ning both force deployment support and stationed forces support.
entreprises à l’université Paris-
Dauphine et suit la scolarité du
CSEM (108e promotion) et du INTRODUCTION gades interarmes (RGBIA) pour
CID (3e session). les besoins des états-majors de
Le niveau de l’appui en matière ces brigades (lots 45 et 80 kW) et
Chef du BOI du 1 régiment du
er d’aide au déploiement des par les compagnies de production
génie de 99 à 2001, il effectue troupes projetées en opération d’énergie de deux régiments de la
une mission de 6 mois au HQ KFOR évolue dans le temps et les res- brigade du génie (1 er et 2 e RG),
à Pristina au sein du bureau plans ponsabilités de mise en œuvre pour la satisfaction des besoins
(G5). changent avec la posture opéra- des états-majors de haut niveau et
tionnelle. A une phase initiale de des implantations logistiques.
En 2003, il prend le commande- projection opérationnelle, dans
ment du 1 er régiment du génie. des conditions rustiques et Lorsque le dispositif opération-
nécessitant peu de moyens, suc- nel est stabilisé avec la situation
cède généralement une phase politique locale, la phase de sou-
de stabilisation et d’implanta- tien au stationnement est initiée
tion durable qui impose des dans le but de rendre les moyens
conditions de confort accrues et opérationnels engagés dispo-
pendant laquelle les besoins en nibles pour de nouvelles mis-
aide au déploiement croissent. sions. La fourniture de l’énergie,
La responsabilité de mise en dont les besoins augmentent
œuvre suit le même processus. considérablement avec le confort,
L’exemple du soutien énergie en s’inscrit alors dans le domaine
est une bonne illustration. du soutien de l’infrastructure en
général, mission incombant au
La réalisation des besoins en service du génie dans le cadre
énergie lors de la phase initiale global du soutien logistique de
correspondant à l’aide au déploie- la force.
ment, est prise en compte par les
compagnies interarmes pour leurs Ce système logique et cohérent
propres besoins (GE 10 kW), par s’avère dans la pratique difficile
les régiments du génie des bri- à mettre en œuvre. Les moyens

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S A P E U R

forces. Les besoins de confort


sont alors pris en compte avec
la transition d’un hébergement
sous tentes vers une installation
en abris modulaires. Dès que la
situation économique et politique
locale permet d’accorder au réseau
public un degré de confiance
suffisant, le raccordement sur
un réseau haute tension est réa-
lisé et un groupe électrogène
industriel assure automatique-
ment un secours face à une
éventuelle déficience du réseau
local. Les groupes achetés pré-
cédemment sont alors gérés en
pool pour le soutien de bases
secondaires ou revendus.
Aide au déploiement – Groupe 400 kW
Le soutien du dispositif énergie
s’inscrit dans le cadre global
énergie dédiés à l’aide au déploie- ment d’un réseau haute tension,
d’une concession de soutien au
ment sont depuis de nombreuses mission qui ne fait pas partie
stationnement accordée à une
années immobilisés sur des actuellement des savoir-faire
entreprise anglo-saxonne qui
missions de soutien au station- des compagnies de production
assure avec des occidentaux
nement, réduisant leur disponi- d’énergie. De plus, les lots de
(pour la plupart d’anciens mili-
bilité et perturbant la formation distribution, normalement réuti-
taires) l’encadrement d’une main
d’un personnel très souvent projeté. lisables dans le cadre de l’aide
d’œuvre qualifiée, recrutée loca-
au déploiement, sont enterrés et
lement. Ainsi, avec une dizaine
UN CONSTAT : LE SOUTIEN sectionnés dès qu’il s’agit de
de cadres, responsables d’une
les adapter à des infrastructures
ÉNERGIE AU STATIONNEMENT centaine d’employés locaux, l’en-
permanentes. Leur réemploi est
N’A JAMAIS ÉTÉ PRIS EN semble du soutien au stationne-
ainsi rendu difficile car il sont
ment est pris en compte dans la
COMPTE EN ORGANISATION réduits de fait au niveau de
durée dans tous les domaines.
matériel consommable, alors
Le format et les missions du ser- L’équipe énergie, composée d’un
qu’ils ne sont ni gérés, ni rem-
vice du génie lui permettent dif- cadre de la société et d’une
placés comme tels.
ficilement de faire face aux dizaine de contractuels locaux, se
besoins générés par le station- charge de la gestion et de l’entre-
nement prolongé des unités sur
LA PRISE EN COMPTE DU tien des groupes ainsi que des
des théâtres toujours plus nom- SOUTIEN AU STATIONNEMENT : réparations à effectuer sur le
breux. Chargé du soutien de l’in- L’EXEMPLE DE L’OTAN réseau. Les problèmes de relève,
frastructure en métropole et en de continuité et d’hébergement
opérations, il n’a pas de réponse La transition de la phase d’aide du soutien sont de fait réglés.
à offrir au bon niveau, sauf circons- au déploiement à celle de soutien Cette méthode permet en outre de
tancielle, en matière de soutien au stationnement est anticipée recueillir du renseignement, de
énergie. au plus tôt au sein de l’OTAN. favoriser les entreprises natio-
Les formations du génie partici- nales et d’entretenir un réseau,
Les deux compagnies de pro- pant à la coalition déploient des domaines d’excellence bien
duction d’énergie de la brigade groupes électrogènes dès la mise connus des anglo-saxons.
du génie sont équipées de en place du dispositif pour la
groupes électrogènes basse seule satisfaction des besoins LA PROBLÉMATIQUE DE MISE
tension. Ils sont adaptés à des opérationnels, le chauffage des EN PLACE D’UN TEL SYSTÈME
besoins raisonnables et locali- tentes ne faisant pas partie des
sés, mais leur emploi sur des priorités dans le cadre de l’éva- L’aptitude à encadrer une équipe
sites trop vastes impose une luation du besoin. Dans un délai de d’employés locaux, parfois de
multiplication et une dispersion quelques mois, des groupes élec- haut niveau technique, est condi-
des groupes ainsi que des câbles trogènes d’une puissance de 300 tionnée par une double compé-
de forts diamètres pour transpor- à 500 kW sont achetés sur étagère tence technique et linguistique.
ter l’énergie. Cette expansion et par le théâtre, sur un budget qui
l’accroissement considérable des s’apparente à notre budget de Le niveau d’excellence de la forma-
besoins en énergie qui découle fonctionnement et prennent le tion BSTAT EEA suffit à encadrer
de l’élévation du niveau de confort, relais des moyens militaires qui cette main d’œuvre, à contrôler son
imposent logiquement le déploie- sont remis à la disposition des action et à résoudre les problèmes

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S A P E U R

surtout dans le domaine du


chauffage afin d’éviter d’enga-
ger davantage de groupes lors
de la montée en puissance liée à
la stabilisation. La généralisa-
tion des climatiseurs devrait
aussi être revue en fonction des
théâtres, de simples ventilateurs
répondant parfois aux besoins.
La transition directe d’un système
léger d’aide au déploiement vers
un système de connexion haute
tension devrait en conséquence
être accélérée.

CONCLUSION
Centrale industrielle de 4000 kW – Pristina
La problématique de la parti-
communément rencontrés dans le La difficulté principale ressort cipation d’éléments militaires
domaine de la basse tension. Dans du domaine des compétences dont la mission prioritaire est
le domaine de la haute tension, linguistiques. Si une bonne part l’aide au déploiement (hommes
la rapide formation théorique du des techniciens étrangers recrutés et équipements), au soutien au
BSTAT, non suivie de pratique, ne sur place pratique couramment stationnement d’une force ne
permet pas d’appréhender la mise l’anglais, peu de nos techniciens peut donc s’inscrire que dans un
en place sur le terrain d’un tel sous-officiers ont un niveau suffi-
cadre global de soutien s’ap-
système d’approvisionnement. sant dans sa maîtrise. La forma-
puyant davantage et rapidement
Une formation complémentaire tion linguistique des candidats
dans ce domaine serait donc potentiels devra faire l’objet d’un sur les ressources locales pour
indispensable. effort particulier auprès de centres ne pas immobiliser des moyens
de formation spécialisés, au cours projetables.
Idéalement, la formation tech- de stages intensifs.
nique des officiers chefs de sec- L’exemple de l’OTAN montre que
tion devrait également être por- Le remplacement des groupes des économies d’échelle peuvent
tée au niveau de compétence électrogènes des compagnies être réalisées sur certains théâtres.
des BSTAT, afin de disposer d’un de production d’énergie par des
Le maintien dans les Balkans, pen-
volant suffisant de cadres quali- groupes achetés localement se
fiés pour faire face aux besoins. heurte à des contraintes budgé- dant plus de dix ans, de moyens
L’implication des sous-officiers taires importante. La masse d’aide au déploiement (énergie,
adjoints des sections d’aide au financière disponible et les eau, travaux d’infrastructure opé-
déploiement (SAD) des RGBIA règles d’engagement contrai- rationnelle) sur des missions de
serait aussi impérative pour per- gnantes ne permettent pas de soutien au stationnement incite à
mettre d’assurer simultanément relever rapidement les moyens s’interroger sur les définitions res-
les besoins d’aide au déploie- déployés dans le cadre de l’aide pectives et les limites entre ces
ment et ceux liés au soutien, les au déploiement. Néanmoins, le deux notions.
moyens en personnel des deux choix du tout électrique, facile
régiments de la brigade du génie ne de mise en œuvre lors de la
permettant pas de répondre aux pose des bungalows, pourrait
besoins de tous les théâtres. certainement être reconsidéré,

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S A P E U R

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S A P E U R

Colonel LE 13 AU KOSOVO
Éric
RAVIER The sixth mandate of the French Battalion of the Multi-National
Brigade North-East in KOSOVO has just been given for the first time
to a support unit. Proud of this honour and conscious of the tasks
they had to challenge, the engineers of the 13th Engineer Battalion
have successfully endured their mission.

Saint-Cyrien de la promotion Nevertheless, conscious of their usefulness on this field, these specia-
« Lieutenant-colonel GAUCHER » lists are not fully satisfied because, deployed within so-called " PRO-
(1983–1986), le colonel RAVIER TERRE " units, they only partially could improve their own know-how
choisit le génie à l’issue de sa
scolarité et sert successivement
au 10e régiment du génie de Entre juin et septembre 2004, le
Spire (1987-1992) puis à la direc- 13e régiment a armé le bataillon
tion du génie d’Ile-de-France à français (6e mandat) de la brigade
Saint-Germain-en-Laye. multinationale nord-est (armé par
la 2e brigade blindée), bataillon
Après une scolarité à l’école implanté dans la zone nord et
nationale supérieure des mines stationné essentiellement sur et
de Nancy (1994-1996), il rejoint autour la localité de MITROVICA.
le cours supérieur d’état-major
au sein de la 110e promotion et Héritier du BIMECA et du BIMOTO,
le collège interarmées de défense le BATFRA, traditionnellement Le bataillon dont l’état-major
(5e promotion). confié à un régiment de mêlée, tactique était armé par le 13 e RG,
a été une opportunité pour le 13 de renforcé de cadres, en particulier
Après une affectation au centre démontrer, peu de temps après du RMT, s’articulait autour de :
d’étude et de réalisation des sys- sa délocalisation entre EPERNAY
tèmes d’information de l’armée • une compagnie de comman-
et VALDAHON, toute sa capacité dement et logistique, armée
de terre (CERSIAT), il rejoint le opérationnelle et d’améliorer la
6e régiment du génie d’Angers par le 13 e RG,
cohésion de ce nouveau régiment
en tant que chef du bureau opé- composé de personnels venus • deux compagnies d’infante-
rations instruction. En 2001, il d’horizons divers. rie, armées par le RMT, dont
participe à une projection en l’une était à capacité contrôle
Bosnie au sein du groupement de foule,
tactique français. ARTICULATION DU BATFRA
• la 1re compagnie marocaine,
Le bataillon français 6e mandat compagnie d’infanterie sous
A l’issue de son temps de troupe,
était articulé en onze unités contrôle opérationnel du
il est affecté à la section tech-
selon l’organigramme suivant : bataillon,
nique de l’armée de terre en tant
que directeur du Laboratoire des
SIC Terre.

Nommé colonel le 1er juillet 2004,


il est désigné pour prendre le
commandement du 13e régiment
du génie à l’été 2004.

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S A P E U R

• l’escadron A belge sous contrôle avait été prise d’armer systémati- employé dans son métier, elle a
opérationnel du bataillon, quement les sections PROTERRE été malgré tout l’occasion de
avec un groupe équipé de ses lots tirer un bilan positif comme :
• un escadron de circulation
génie. Ce souci a dès lors permis - montrer qu’un régiment d’ap-
routière (ECR), armé par le
au sapeur de pouvoir réaliser de pui était capable d’armer ce
516e RT et le 601e RCR,
nombreux travaux de protection, type de bataillon avec des
• trois compagnies PROTERRE au profit de la force ou des sites résultats très satisfaisants,
armées par le 13e RG. sensibles, et ainsi de sortir ponc-
tuellement des missions de garde - valoriser les défenses passives
et de valoriser l’apport du génie. des différentes enclaves afin
d’améliorer la protection de
Malgré cette diversification des nos hommes et des enclaves,
activités, aussi bien en terme - donner l’opportunité à un
d’activités de type MICAT (héli- régiment du génie d’effectuer
portage, patrouilles profondes,…) une OPEX du niveau régi-
qu’en terme de travail dans l’em- mentaire et ainsi d’améliorer
ploi du sapeur, il faut faire le sa cohésion,
constat que les missions confiées
- de constater qu’avec du recul,
aux compagnies PROTERRE res-
la plupart des sapeurs sont
tent peu valorisantes car :
prêts à repartir, même en
ENSEIGNEMENTS MAJEURS - elles restent globalement can- structure PROTERRE.
tonnées à des missions de
Si le relief de la zone de respon- garde à un rythme de presque Le véritable enseignement est
sabilité du BATFRA était très mar- un jour sur deux, que le génie n’occupe pas sa
qué (terrain accidenté, urbanisa- place en OPEX. Arme incontour-
- en terme d’image, le sapeur
tion assez importante, réseau nable en cas de conflit, le génie
dans ses missions de gar-
routier peu dense et de mauvaise a du mal à s’imposer comme
diennage, ne supporte pas la
qualité) et donc particulièrement tel dans des opérations comme
comparaison avec les compa-
favorable à l’emploi du génie le KOSOVO. Nul doute que la
gnies d’infanterie employées
(protection, appui à la mobilité), création d’un poste de COMGÉNIE
dans leur métier avec la mis-
force est de constater qu’il n’y au CFAT participerait à une
sion « noble » du bataillon,
avait plus sur ce théâtre d’unité meilleure prise en compte de
du génie et que la dissolution du - le capitaine ne commande en
l’aspect génie, lui redonnant
BATGEN ne s’est pas traduite par réalité qu’une partie de ces
tout naturellement sa place en
la création d’une compagnie moyens, la section qui monte
tant qu’arme d’appui et de com-
génie au sein du BATFRA. le service au profit d’un camp
bat, en améliorant de fait et tout
est directement subordonné
particulièrement l’aspect protec-
Cette non prise en compte de au commandant du site.
tion de la force déployée.
l’aspect génie (exception faite
de la partie soutien rattachée au De plus, la structure des compa-
Il semble en tout cas indispen-
bataillon de commandement et gnies PROTERRE est peu adaptée
sable que cet état de fait évolue
des services) peut sembler éton- au génie et ne permet pas d’envi-
rapidement, car il semblerait
nante car notre apport pouvait sager d’autres missions car :
qu’aujourd’hui nous ayons réin-
sembler nécessaire, en particu- - elle ne correspond pas à la struc- venté l’armée à deux vitesses,
lier pour : ture de nos unités de combat. avec des sapeurs qui, au rythme
- l’appui à la mobilité sur ce Il est caractéristique que l’ar- actuel, ne partent en OPEX dans
terrain facilement « compar- mement de trois compagnies leur métier qu’au mieux une fois
timentable », PROTERRE s’est effectué à par- tous les six ans et qui doivent se
tir de deux unités de combat contenter des missions et des
- la protection des sites et des du génie, théâtres les moins valorisants…
hommes,
- sa constitution souffre de l’ab-
- la réalisation d’obstacles indis- sence de moyens de comman-
pensables pour gagner des dement comme un renforce-
délais en cas de manifesta- ment de la cellule transmission
tions afin de donner au com- ou du groupe transport pour
mandement les délais néces- lui donner la capacité d’être
saires à l’appréciation de employée dans des missions de
situation dans un contexte type MICAT autres que la garde.
politico-militaire complexe ;
Si la démotivation de certains
Fort de ce constat, et décidé à ne personnels à l’issue de cette
pas cantonner les sapeurs à des OPEX est significative du fait de
missions PROTERRE, la décision l’amertume de ne pas être

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S A P E U R

Lt-colonel (TA) RENFORT NATIONAL :


Bruno GUION
de MERITENS
UN SAVOIR-ÊTRE
Though they seem very simple, those two words reveal actually the
complexity of a permanent and demanding mission requiring from
everyone a total investment and a constant calling into question.
Working as a national support requires a peculiar way of being,
which is mastered by the rescuer-engineers of the Civilian Security
Saint-Cyrien de la promotion Military Units (FORMISC : Formations militaires de la sécurité civile).
Lieutenant-colonel GAUCHER
(1983-1986) le LCL GUION de In France or abroad, the Civilian Security Military Units are actually
MERITENS sert tout d’abord à the intervention reserve of the home ministry to face up to natural,
la 141 e CGDIMa au sein du 6 e RG industrial or technological catastrophes. Able to intervene anywhere
à Angers. at anytime, those national supports are certainly trained but above
all they are shaped and conditioned to fit to any kind of situation and
environment in order to come within a relief system with the best
Commandant cette compagnie de
efficiency and on short notice. The success of the Civilian Security
1991 à 1993 il participe au premier
Military Units in the missions they are assigned to lies mainly in the "
mandat de la FORPRONU en ex- way of being " of the men and women who serve this relief system in
Yougoslavie. the service of the population and the State.
Contribuant à l’encadrement des
lieutenants à la division d’applica-
tion à l’ESAG de 1993 à 1996,
Ces deux termes pourtant simples nologiques. Ces renforts natio-
il suit la scolarité de la 111 e pro-
révèlent la complexité d’une naux, aptes à intervenir en tous
motion du CSEM puis celle de la
mission permanente et exigeante temps et en tous lieux, sont
6 e session du CID.
nécessitant de la part de chacun certes entraînés mais surtout
Secrétaire de la cellule d’audit de un investissement total et une façonnés et conditionnés pour
l’EMA pendant trois ans, il est constante remise en question. s’adapter à chaque situation et à
chef BOI de l’UIISC N° 1 de l’été Être renfort national nécessite chaque environnement afin de
2002 à l’été 2004. un savoir-être, ce dernier est s’insérer dans un dispositif de
maîtrisé par les sapeurs-sauve- secours en donnant le meilleur
Il commande l’UIISC n° 7 depuis teurs des formations militaires d’eux-mêmes avec un délai de
l’été 2004. de la sécurité civile. réaction réduit souvent à la plus
simple expression. La réussite
Les formations militaires de la des FORMISC dans les missions
sécurité civile (FORMISC) sont, qui leurs sont confiées réside
en effet, la réserve d’interven- principalement dans le « savoir-
tion du ministère de l’Intérieur être » des hommes et des femmes
pour faire face, en France et à qui servent ce système de secours
l’étranger, aux catastrophes au service des populations et de
naturelles, industrielles ou tech- l’Etat.

- 63 -
S A P E U R

UNE EXIGENCE DE DISPONIBILITÉ


Être un renfort national ne s’im-
provise pas, cela nécessite une
exigence de disponibilité perma-
nente. Résultat d’une longue
expérience de préparation opéra-
tionnelle acquise au sein de l’ar-
mée de Terre et transposée au
sein du ministère de l’Intérieur
cette expérience est poussée à
son paroxysme dans les unités
d’instruction et d’intervention
de la sécurité civile. Ainsi, les
réflexes acquis par le Génie
dans la préparation des opéra-
tions extérieures se retrouvent
dans la préparation des déta-
chements d’alerte, dans leur tir en moins d’une heure ou en Cette même exigence de disponibi-
conditionnement psychologique moins de trois heures, vingt-deux lité se retrouve dans le colisage de
pour attendre l’intervention et modules permettant de constituer tous les lots d’intervention, dans
dans le colisage des lots d’inter- dix-neuf détachements « risques la préparation des chargements
vention. naturels » (RN), « technologiques » pour sans cesse gagner quelques
(RT), et « médicaux » avec leurs minutes qui peuvent contribuer à
Mettant à profit l’expérience structures de commandement et de sauver une vie. Le soin constant
acquise par le génie lors des opé- logistique sont alors vérifiés avant apporté au suivi des lots médicaux
rations de toute nature, les pro- leur prise de service pour une et des stocks de médicaments com-
cédures de préparation opéra- astreinte d’une semaine. Ce plète la préparation méticuleuse du
tionnelle sont développées au contrôle, nécessaire par l’exigence colisage. Oui, l’exigence de disponi-
plus haut point dans la sécurité de disponibilité que requiert une bilité implique bien un savoir-être
civile pour que chacun soit prêt à opération de secours nécessitant constitué par le dévouement à la
partir en permanence avec un une projection quasi-immédiate, mission, l’aptitude à attendre et sur-
préavis souvent inférieur à une est la vérification hebdomadaire tout par la discipline nécessaire et
heure. Aptitude médicale, condi- d’un état d’esprit et d’une culture indispensable quand l’incertitude et
tion physique et psychique, pré- voués à l’intervention. le doute gagnent les intervenants
paration administrative et mise au moment de la constitution des
en condition de projection sont Cette exigence de disponibilité détachements. Ce savoir-être fait
devenus des réflexes acquis et se retrouve dans les gestes quo- aussi de calme, de patience, de
contrôlés semaine après semaine. tidiens de chacun veillant à être cohésion et de rigueur est acquis
En effet, chaque vendredi l’exer- dès la première prise d’alerte et res-
toujours joignable, toujours prêt
cice de mise en alerte vise à pecté sans relâche au cours des 15 à
à rejoindre l’unité dans le délai
20 semaines d’astreinte que chaque
vérifier la totalité des formalités imparti. Là encore il s’agit d’un
personnel des FORMISC monte
administratives (passeports, savoir-être où l’attente du pire
annuellement pour être prêt si l’État
documents), l’aptitude médi- côtoie l’attente vaine dans
devait faire appel à lui.
cale, la composition du paque- laquelle l’individu doit se motiver
tage et surtout le niveau d’entraî- sans relâche pour être prêt si la
nement du personnel armant les nature, par ses caprices, pro- UN ENVIRONNEMENT COMPLEXE
modules d’astreinte. Prêts à par- voque l’appel aux sauveteurs.
Les formations militaires de
la sécurité civile agissent par
nature dans un environnement
complexe qui a en général, la
particularité d’être déstructuré
ou déstabilisé avec un poids du
facteur affectif important parmi
des intervenants multiples et
variés aux compétences souvent
inégales.

L’environnement sur le site d’in-


tervention a quasiment toujours
la particularité d’être considéra-
blement dégradé avec des infra-

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S A P E U R

nants, les sapeurs-sauveteurs


fédèrent les énergies, donnent
des conseils en organisation
pour que tous, au service de l'É-
tat secouru ou au service de la
France, agissent pour le bien
des populations en détresse,
pour le bien des victimes et pour
le renom de notre pays ou de
notre drapeau. Ces différents
intervenants attendent souvent
tout des renforts nationaux mais
c’est encore le savoir-être qui
est le plus attendu : celui de l’or-
ganisateur qui sait conseiller,
agir dans l’urgence et proposer
des solutions palliatives et inno-
vantes. Là encore, le savoir-être
du sauveteur acquis inlassable-
ment lors des interventions et
au cours des différents retours
structures souvent très endom- sion. Ils oublient leurs peurs et d’expérience permet à nos
magées qui entravent considé- leurs fatigues pour montrer la hommes de montrer l’image
rablement la liberté d’action des vie, servir de repères et procurer rassurante du renfort national.
détachements. De plus, l’ampleur réconfort et bien-être. Là encore,
des catastrophes (tremblements il s’agit d’un savoir-être où le UNE FACULTÉ D’ADAPTATION
de terre, inondations, cyclones) don de soi n’est pas un vain mot PERMANENTE
désorganise complètement les et où l’engagement physique et
services de secours et les services psychologique est sans cesse Les interventions des renforts
de l’État habituellement compé- poussé plus loin. nationaux de la sécurité civile se
tent. Cette désorganisation des font toujours dans des circons-
systèmes décisionnels ajoutée à Enfin, dans les situations de tances difficiles qui nécessitent
une déstructuration des infra- catastrophes extrêmes les ren- un traitement particulier propre
structures impose au sauveteur un forts nationaux de la sécurité à chaque intervention rendant
savoir-être fait de calme emprunt civile s’insèrent dans un disposi- nécessaire une faculté d’adapta-
de fermeté. Cela impose aussi tif de secours complexe dans tion permanente. En effet, les
détermination et assurance pour lequel ils sont confrontés à des interventions sont, par nature,
fermement guider les services acteurs variés : services étatiques, toutes différentes les unes des
aidés pour les conseiller avec services de secours, forces autres. De plus, elles nécessitent
efficacité. Dans cet environne- armées, police, ONG de tous des modes de mise en place
ment dégradé, le savoir-être des types, volontaires et simples variés, innovants voire surpre-
sapeurs-sauveteurs est un exemple spectateurs. Devant ces interve- nants. Enfin, elles nécessitent
de rigueur pour donner une image
rassurante de normalité.

De plus, dans les situations


extrêmes de souffrance et de
douleur, les populations ayant
subi des catastrophes, des dom-
mages ou confrontées à la mort
laissent l’émotion et l’affectivité
dominer leurs actes, leurs déci-
sions et leurs raisonnements. Il
appartient alors aux renforts
nationaux de rassurer, de guider
et de conseiller. Il leur appartient
de montrer douceur et gentillesse
pour qu’un sourire puisse renaître,
pour qu’un espoir puisse appa-
raître. Quel que soit leur grade,
les sapeurs-sauveteurs montrent
le dévouement aux personnes,
la compassion et la compréhen-

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S A P E U R

veteurs constitue médical (tous les détachements


une grand part, sont médicalisés) ou de soutien
indispensable, de opérationnel (soutien vie, trans-
leur savoir-être. missions, etc.) procurant ainsi
une capacité à durer vitale sur le
La projection des théâtre de projection. Cette auto-
moyens de secours, nomie, véritable culture des for-
si elle est parfaite- mations militaires contribue à la
ment organisée et
capacité à durer que détiennent
maîtrisée par le
les détachements. Ainsi, autono-
centre opérationnel
mie et capacité à durer sont deux
de gestion intermi-
nistérielle des crises composantes du savoir-être des
(COGIC), devient dif- sauveteurs des renforts nationaux.
ficile et délicate dès Ces deux qualités sont celles qui
que le détachement alliées à l’opiniâtreté et à la téna-
atteint son lieu cité du sapeur permettent, dans la
d’intervention. Les rusticité, d’apporter un soutien aux
dégâts occasionnés populations des régions ou pays
aux infrastructures dévastés.
horizontales ou ver-
ticales, la pénurie de CONCLUSION
moyens de transport
locaux, l’absence de Être un sauveteur des renforts
carburant obligent nationaux nécessite réellement un
le sauveteur à inno- savoir-être fait des nombreuses
ver pour transpor-
toutes une autonomie et une qualités habituelles du sapeur qui
ter ses moyens. Les lots, condi-
capacité à durer qui contribue à sait que le terrain dirige et que
tionnés pour être manutentionnés
renforcer encore le savoir-être l’homme commande. Le sapeur-
sans aucun moyen mécanique,
des sapeurs-sauveteurs de la sont chargés sur des camions, des sauveteur de la sécurité civile sait
sécurité civile. plateaux, des remorques diverses. s’entraîner pour attendre et être
Ils sont acheminés dans des prêt à intervenir dans un environ-
Chaque catastrophe naturelle, conditions déroutantes et diffi- nement dégradé avec des acteurs
tremblement de terre, inonda- ciles en mendiant parfois des divers, face à des catastrophes tou-
tion, cyclone ou raz de marée a moyens à des nations amies. A jours différentes. Ce savoir-être,
des caractéristiques propres qui chaque fois, il faut s’adapter aux maîtrisé par les sapeurs-sauve-
nécessitent des actions adap- coutumes locales, au mode de teurs, demeure la garantie de leur
tées à chacune. Cependant l’in- vie, à des moyens de transport capacité opérationnelle. Entretenu
tervention se fait avec des hétéroclites et surtout à des règles jours après jours, détenu par tous,
moyens prédimensionnés et des de sécurité souvent inexistantes. ce savoir-être est élevé à l’état de
lots constitués pour faire face L e s a v o i r- ê t r e d u s a u v e t e u r, culture du sapeur sauveteur, il fait
aux situations les plus cou- sélectionné sur des examens où la force de tous devenant ainsi
rantes. A chaque fois, le sapeur chaque faute de sécurité est sanc- la marque des détachements
sauveteur doit s’adapter, inno- tionnée, permet de conserver la dès qu’ils entrent en action. Ce
ver à partir de ses connais- faculté d’adaptation nécessaire en
« savoir-être » un renfort national
sances et de ses lots, créer la maîtrisant la sécurité du personnel.
est le fondement de leur entraîne-
manœuvre la plus adaptée pour
ment, de leur disponibilité, de leur
dégager une victime. Il doit, Lors d’une intervention, le sapeur
sauveteur se doit de conserver une aptitude à évoluer dans un environ-
alliant débrouillardise, ingénio-
autonomie importante afin de ne nement complexe et surtout de leur
sité technique et sécurité, mon-
pas être une gêne pour le pays faculté d’adaptation extraordinaire.
trer en permanence une faculté
d’adaptation constante et perpé- ou pour les services qu’il vient
tuelle. Il doit, confronté à l’ex- aider. L’autonomie de 6 jours de
trême, réagir avec des moyens tous les détachements peut-être
comptés souvent sous dimen- portée à 12 jours sans difficulté
sionnés par rapport à l’ampleur majeure. Cette autonomie per-
de la catastrophe. Il sait alors met au détachement d’entamer
avec sa seule détermination, le travail sans solliciter l’aide du
apporter une solution qui permet- service qui ne pourrait ou ne
tra à une victime de trouver soins saurait pas soutenir ce type de
et réconfort. Cette faculté détachement. Cette autonomie
d’adaptation propre à ces sau- se retrouve en matière de soutien

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Chef d’escadron LE SERVICE DU GÉNIE AU SEIN


Bruno
PINCZON DU SEL
D’UN ÉTAT MAJOR OTAN :
LE PROJECT OFFICER AU SEIN
DE LA KFOR À PRISTINA
Le chef d’escadron Bruno Pinczon
du Sel est depuis le 1 er octobre Since the beginning of the NATO intervention, France has taken an
important place inside the KFOR organization. Particularly in the
2001 chef de la section prestation
KFOR HQ based at PRISTINA, the engineer service has provided an
intellectuelle de l’établissement infrastructure engineer officer as a infrastructure project officer of
du génie de Tours. the JENGR branch.

Issu de la promotion « Lieutenant Subordinated to the chief of staff in the support division, JENGR
Tom Morel » (1987-1990) de l’Ecole branch takes in account in its mission all operational engineer com-
Spéciale Militaire de Saint-Cyr ponents: mobility, demining, explosives and infrastructure.
il choisit l’arme de l’artillerie. Il
effectue son temps de comman- The infrastructure section in the JENGR branch is in charge to study
dement à la tête de la 3e batterie and execute all investment works for KFOR compounds in KOSOVO,
du 93e régiment d’artillerie de excepted compounds of the 4 Multi National Brigades. The Project
Officer is the key man of this task; he is in charge of the 2 main com-
montagne à Varces de 1995 à
pounds: the military airport of PRISTINA and “Film City” compound
1997. at PRISTINA where is based the HQ. He has to realize the studies and
to supervise the works made by civilian companies.
Diplômé technique, il est titulaire
du mastère « Maîtrise d’Ouvrage The main interest for the officer in this mission, is particularly the
et Gestion Immobilière » (MOGI) multinational relations. The project Officer is the infrastructure engi-
de l’École Spéciale des Travaux neer of the HQ and also must be a performed staff officer. This is a
Publics (ESTP) à Paris. great experience for every engineer officer to serve for this mission.

Du 25 juillet 2004 au 25 janvier Présente au Kosovo au sein de CADRE D’EMPLOI


2005 il part au Kosovo comme l’OTAN, la France participe,
« Infrastructure Project Officer » depuis le début des événe- Place du bureau génie au sein
inséré au sein du HQ de la KFOR ments, de façon très active et de l’état-major de la KFOR
basé à Pristina. significative aux différentes mis-
sions de la KFOR. En témoigne A la différence de la structure
la présence importante des mili- d’un état-major français de niveau
taires français au sein du HQ de division, le bureau génie de la
la force, basé à PRISTINA. Parmi KFOR sous toutes ses compo-
eux, un officier du Génie, ingé- santes se trouve directement aux
nieur expert en technique d’opé- ordres du général adjoint sou-
rations d’infrastructure (TOI), a tien du chef d’état-major(*). Cette
en charge le soutien infrastruc- subordination ne présente pas
ture des forces stationnées sur de problème particulier en soi car
le théâtre : le Project Officer. elle n’entrave pas la collaboration

(*) NDLR : Au début de l’opération, en 1999, le bureau génie dépendait direc-


tement du chef d’état-major. Le rattachement actuel s’explique par le fait que
la plupart de ses missions relèvent aujourd’hui du soutien.

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S A P E U R

avec tous les autres bureaux. Par verse avec les trois autres sections, Sous tutelle du bureau finances
contre, elle permet surtout la prise comme par exemple entre la sec- (J8), deux personnels civils de la
en compte de la fonction infra- tion OPS/PLAN et l’officier budget. NAMSA sont spécialement déta-
structure, au plus tôt, dans toutes chés auprès de JENGR. La zone
les réflexions, et conceptions LES MISSIONS DU BUREAU de responsabilité de cette mis-
précédant un ordre. La structure sion englobe certes le KOSOVO
GÉNIE
otanienne permet ainsi à chaque mais aussi l’ALBANIE. Des uni-
membre de son état-major de Missions liées au maintien tés doivent en effet pouvoir
mieux appréhender sa mission des itinéraires emprunter à tout moment une
vis-à-vis des autres composantes MSR reliant le port de DURRES
opérationnelles. au KOSOVO. Outre la sélection
A charge de la section OPS/ PLAN,
cette mission principale vise à des entreprises et le contrôle de
Ainsi, la section infrastructure est qualité des travaux, la fonction
assurer à la KFOR une mobilité
volontairement intégrée à la implique également des rela-
opérationnelle suffisante sur plus
branche génie. De ce fait, l’offi- tions fréquentes avec le minis-
de 800km d’axes logistiques ou
cier projet de cette cellule doit tère des transports et des com-
MSR (Main Supply Route).
avoir certes des compétences munications afin de coordonner
techniques mais aussi une Compte tenu de l’importance des les opérations entre la KFOR et
bonne maîtrise des pratiques travaux à réaliser et de la faible l’UNMIK (United Nation Mission
d’état-major interalliés et une capacité en continu des unités du in Kosovo).
connaissance du milieu Otanien. génie projetées et en permanence
En cela, l’existence d’officier du relevées, qu’elles soient des bri- Les fonctions d’officier EOD
génie, expert TOI, au sein de l’ar- gades interarmes ou de la brigade
mée de terre française, permet du génie, cette mission est rem- Cette mission est actuellement
d’armer ce poste et la formation plie en recourant à des entre- assurée par un officier français
dispensée à l’École Supérieure et prises civiles de travaux publics. (OF4) affecté au sein de la section
d’Application du Génie, dans le
OPS/PLAN. Dans ce domaine la
cadre du mastère, répond parfaite- Il convient ainsi pour chaque situation demeure délicate puis-
ment au besoin. opération de renforcement de que près de 230 munitions non
route, ou d’élargissement d’axe, explosées et mines sont trou-
ORGANISATION DU BUREAU voire de simple entretien, de vées par mois. Dans sa mission
GÉNIE DE LA KFOR procéder à la réalisation d’un générale d’appuyer l’UNMIK, la
descriptif, d’une estimation, de KFOR fournit l’expertise de ses
La structure ci-dessus permet de rechercher et d’obtenir les fonds équipes de dépollution et de
faire face aux difficultés de coor- nécessaires auprès de J8, de neutralisation d’engins explosifs
dination que pourrait rencontrer lancer des appels d’offre, de improvisés.
les différentes composantes du sélectionner l’entreprise, d’établir
génie en opérations, notamment le contrat et enfin de surveiller les Deux agences de l’UNMIK requiè-
dans les missions de soutien travaux jusqu’à l’atteinte de l’ob- rent régulièrement l’aide de la
au stationnement. jectif de mobilité fixé. KFOR, la Direction des Mines et
Minéraux qui gère les destruc-
L’importance relative de la section Ce travail s’effectue obligatoire- tions en carrière et en mines et
INFRASTRUCTURE s’explique par ment en étroite collaboration le bureau des personnes dispa-
la nécessité permanente d’entre- avec la NAMSA (NATO Mainte- rues du département de la justice.
tenir les nombreuses emprises de nance and Supply Agency), une Ce dernier bureau travaille direc-
la KFOR, voire de les adapter au agence de l’OTAN qui veille au tement au profit du Tribunal Pénal
dispositif des forces et à leur bon respect de la concurrence et International.
posture sur le terrain. des règles administratives, qui
peuvent s’apparenter à celles
La fonction NBC/Environ-
Cette structure favorise donc l’in- du code des marchés publics,
dispensable coopération trans- imposé en métropole.
nement

Mission principale de la section


NBC du bureau, cette entité est
composée uniquement d’un offi-
cier (OF3) qui est le conseiller
technique dans ce domaine
directement auprès du chef
d’état-major. Il doit répertorier et
suivre les sites à risques au sein
du KOSOVO. Il a en particulier la
charge de coordonner les diffé-
rentes équipes NBC des brigades.

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S A P E U R

La fonction soutien de l’infra- Le Project Officer City. En effet une centrale auto-
structure nome d’une capacité maximale de
Le Project Officer est plus parti- 7 500 KVA n’alimente en haute
Cette mission est assurée par la culièrement chargé de réaliser tension qu’une partie du camp. En
section infrastructure. Elle est le les études de conception des complément un transformateur
service constructeur de la KFOR. opérations du niveau programme de 2 000 KVA a dû être installé
En effet, uniquement à partir de jusqu’à la rédaction des pièces afin d’approvisionner en électricité
crédits de l’OTAN, elle doit assu- techniques du marché de tra- 28 bâtiments occupés par les
rer la conception et le suivi de vaux. Avant tout début de tra- National Support Elements (NSE)
toutes les infrastructures mili- vaux il doit s’assurer de la cou- et par des concessions privées
taires d’investissement propres verture financière, et se rappro- installées sur le camp (commer-
à la KFOR. Les immeubles sous cher du Fund Manager dont la ces ou restaurants). A ce jour, il
la responsabilité des brigades mission principale consiste à reste encore une dizaine de bâti-
sont en revanche à charge de gérer les crédits pour toutes les ments qui ne sont pas connectés
chacune d’elles. In fine, les sites opérations d’infrastructure, y
au réseau du camp et qui fonc-
concernés sont uniquement la compris pour la réalisation de
tionnent sur groupe électrogène
base de « Film City » où est ins- ponts ou de routes. Au sein de la
autonome.
tallé l’état major de la KFOR, KFOR il n’existe pas de procé-
la zone militaire de l’aéroport dure analogue a celle décrites
dans le code des marchés publics, Concernant l’eau potable, début
de PRISTINA, l’ancienne base
cependant afin de faire jouer la 2004 un ouvrage de stockage
aérienne de l’EX-YOUGOSLAVIE
concurrence, un maximum d’entre- d’eau potable de 800 m3 a été
de CAMP VRELO, occupée par
l’armée russe jusqu’en juillet prises civiles, locales où étran- réalisé. Pour l’été 2005, un bas-
2003 et 11 points hauts répartis gères, sont invitées à remettre sin d’orage de 200m3 à usage de
dans tout le KOSOVO. une offre tout en respectant un réserve incendie est projeté.

Outre l’amélioration des réseaux,


le bureau génie travaille aussi sur
un projet d’infrastructure impor-
tant : la réalisation d’un parking
avion pour 2 Hercules type C130
sur la base de l’aéroport militaire
de Pristina.

CONCLUSION

La mission de l’officier infra-


Réduite à 4 personnels, en 2004 règlement de consultation pré- structure inséré au sein d’un état
cette section a vu son effectif défini par la NAMSA. major OTAN type KFOR est en
baisser de façon drastique. En tous points assimilable à celle
effet, auparavant trois Project Dès la notification d’un marché, d’un chef de section de maîtrise
Officers (grec, italien et français) le Project Officer conduit l’opération
d’œuvre au sein d’un établisse-
prenaient en charge toutes les jusqu’à l’achèvement complet des
ment du génie. La principale
opérations d’infrastructure sur travaux. Il est responsable de la
l’aéroport, les points hauts et Film nuance est qu’il est là en situa-
supervision et de l’exécution du
City. L’officier français, aujour- tion de déployer toutes ses com-
chantier. Il est, durant cette phase,
d’hui seul en place, doit coordon- le seul interlocuteur technique vis- pétences d’officier du génie, à la
ner toutes les affaires sur l’en- à-vis de l’entreprise. fois ingénieur, militaire et offi-
semble des sites. Il est assisté cier d’état-major.
d’un ingénieur civil Kosovar. Il doit garantir la bonne exécution
du chantier et le respect du calen-
Cette déflation d’effectif est la drier par l’entreprise. La mission
double conséquence de la baisse du project officer ne s’arrête pas à
du nombre de constructions la livraison des travaux. En effet,
neuves à réaliser et la volonté de
après les avoir réceptionnés, le
réduire le volume de la force au
Project Officer met en œuvre les
KOSOVO, aujourd’hui de l’ordre
appels en garantie auprès de
de 17 000 hommes. En revanche,
cette situation ne prend pas en l’entreprise titulaire du marché si
compte suffisamment les besoins nécessaire.
émergeants d’entretien des sur-
faces bâties, qui ne tarderont Actuellement, les opérations
pas à nécessiter de lourds inves- majeures consistent à améliorer
tissements. l’ensemble des réseaux sur Film

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Équipements
et str uctur es

La rédaction du besoin militaire ............................................................................................................................................ COL LAPARRA .................................................... 73

Le 25e Régiment du Génie de l’Air en 2005 :


adaptation permanente de l’outil au besoin .............................................................................................................. COL HENRY .......................................................... 75

L’appui futur à la mobilité « franchissement et contre-minage » ............................................................................ LCL GOURDIN .................................................... 79

Ternarisation des compagnies de combat du génie ................................................................................................ LCL CAYUELA .................................................... 85

Un guide d’emploi pour le détachement d’intervention


héliporté des formations militaires de la sécurité civile .......................................................................................... CBA BONFILS ...................................................... 87

La montée en puissance du GDNBC en 21e R.D. .................................................................................................... CNE BOIREAU .................................................... 91

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S A P E U R

Colonel LA RÉDACTION
Jacques
LAPARRA
DU BESOIN MILITAIRE
The statement of military requirements is often written by the pro-
gram officers of French technical department for the army (STAT).
Thanks to this document, the process for procurement can start.
Whatever the circumstances leading to its writing, its drafting is not
easy. The future equipment, indeed, should help the armed forces to
EMIA de la promotion Lieutenant fulfil their missions. Nevertheless, the financial resources are
Henri Leclerc de Hautecloque constrained and we cannot overstate requirements to be certain to
(82-83), le colonel LAPARRA est achieve our objectives. In short : not too much, not little, strict suffi-
adjoint au groupement Mobilité ciency.
de la STAT depuis l'été 2004.
To meet this challenge, we need your experience, your ideas and
your comments.
Il a servi successivement comme
chef de section au 1 er et au 6 e RG,
officier génie au 21 e RIMa, puis
commandant d'unité au 13 e RG. Dans le déroulement d'une opé- assurer notamment cohérence
ration d'armement, la fiche de et continuité dans la réalisation
En 1994, il intègre la 38 e promotion caractéristiques militaires (FCM) des équipements pour les quinze
du cours supérieur des systèmes peut être considérée comme une ans à venir. Dans le cadre de la
d'armes terrestres, puis en 1996 la sorte d'acte fondateur. C'est en construction du modèle d'armée
110 e promotion du CSEM et en effet à partir de ce document 2015, il s'agit essentiellement
1997 la 5 e promotion du CID. validé par l'EMAT que le service d'améliorer, et surtout de renou-
réalisateur (DGA ou DCMAT) veler le parc en service.
Après avoir été officier de pro- rédigera la spécification technique
gramme, en particulier dans les de besoin (STB) qui aura une Nous sommes là dans le cas idéal
domaines du franchissement et valeur contractuelle pour l'in- pour la rédaction de la FCM.
du contre-minage, à la STAT de dustriel choisi pour produire le L'équipe de programme intégrée
1998 à 2002, il a commandé le 19 e matériel. (EDPI)(1) dispose en effet de temps
régiment du génie de 2002 à 2004. pour anticiper les actions, ce qui
Il s'agit toujours dans une FCM lui permet entre autres choses
Au prochain PAM, il prendra la de rechercher l'adaptation de de solliciter divers avis (forces,
direction du groupement Mobilité. l'équipement aux missions qu'il écoles ou états-majors). Par
contribuera à remplir sans perdre ailleurs, lorsqu'il est question de
de vue que les ressources, qu'elles remplacer un équipement, les
soient financières ou calendaires, caractéristiques opérationnelles
sont comptées et en obtenant et techniques nécessaires sont
autant que faire se peut la satis- aisément imaginables puisque
faction de l'utilisateur. l'on part d'une base connue.
On peut distinguer deux cas de
C'est un exercice difficile, qu'il figure, selon que le matériel
s'agisse de remplacer un maté- envisagé existe « sur étagère »
riel en fin de vie, de traduire en ou qu'il nécessite un développe-
exigences un nouveau besoin ment.
ou de profiter d'une avancée
technologique. Dans tous les Un des exemples les plus connus
cas un point commun : le rédac- du premier cas est celui du rem-
teur a besoin de vous… placement des matériels de tra-
vaux publics du 5e régiment du
* * génie. Nous avons à changer, très
*
souvent nombre pour nombre,
La situation normale, ou qui des matériels existants en fin
devrait l'être, est celle où la poli- de vie dont les missions varient
tique d'équipement élaborée peu. On est dans la même situa-
par l'EMAT s'applique en temps tion que vous lorsque vous chan-
et en heure. Cette politique doit gez de voiture : le nombre de
1) Chargée de la conduite des opérations d'armement, elle est composée d'une
équipe pluridisciplinaire d'état-major (STAT, DCMAT, CDEF, CoFAT…) dirigée
par l'officier de programme et d'une équipe de direction de programme (DGA)
dirigée par le directeur de programme.

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S A P E U R

kilomètres à parcourir (la mission) en cause ce besoin particulier, La rédaction du besoin du rem-
est peu ou prou identique et, en mais de vous faire comprendre plaçant du DHPM se rapproche
admettant que votre famille ne se la difficulté qu'il y a pour l'offi- du premier cas évoqué ici ; dans
soit pas agrandie, vous détermi- cier de programme de savoir cette opération, ce sont les EOD
nerez votre choix relativement à jusqu'où ne pas aller. de l'école qui ont été mis à
l'existant. contribution pour mieux cerner
Seuls des contacts répétés (qu'ils le besoin actuel, notamment en
L'expression du besoin se fait aient lieu en cours d'étude ou de ce qui concerne la menace et le
donc « en relatif », c'est-à-dire rédaction de la FCM) avec les concept d'emploi.
qu'en partant du connu, on utilisateurs, les écoles ou les
recherchera les améliorations personnes chargées de rédiger La STAT, toujours en liaison avec
(cabine blindée, treuil, mobilité…) doctrine et concepts d'emplois l'école, a utilisé une méthode ori-
ou on consentira à des abandons peuvent permettre au rédacteur ginale pour rédiger le besoin des
pour s'assurer de la stricte suffi- de fixer le juste besoin. Pour lots de groupe. Pour être sûr de
sance. Hormis dans le cas d'une reprendre l'exemple de la voi- coller au plus près aux soucis
réduction financière (ce qui arrive ture, vous êtes maintenant dans quotidiens des groupes de com-
parfois…), les réponses aux ques- la même situation que lors de bat, nous avons demandé au
tions que se pose le rédacteur votre première acquisition : CFCU de travailler sur la compo-
sont très souvent détenues par vous aviez envie d'une Ferrari, sition de ces lots. On peut dire
l'utilisateur. Lui seul sait ce dont il mais la 2 CV suffisait peut-être… sans trop se tromper que dans ce
a réellement besoin, c'est pour- cas, c'est l'utilisateur qui a écrit le
quoi les FCM sont rédigées en * * besoin… L'expérience est d'ail-
étroite collaboration avec le 5. * leurs en cours de renouvellement
avec les futurs lots de protection-
L'EGACOD(2) est représentatif du Mais la politique d'équipement ne sauvegarde et l'équipement des
deuxième cas de figure. Prévu suffit pas toujours à fournir aux DLRG.
d'entrer en service à partir de forces les matériels dont elles ont
2012, ce doit être un engin de besoin. Elle ne peut en effet * *
combat qui n'existe pas aujour- décrire point par point toutes les *
d'hui sur étagère. Il a fait l'objet évolutions de l'ensemble des La conclusion s'impose d'elle-
d'études très en amont pour matériels de la fonction opéra- même : à chaque fois que l'utili-
préciser le besoin militaire et tionnelle. Il arrive parfois qu'un sateur (au sens large) est mis suf-
déterminer les fonctionnalités besoin se fasse sentir sans qu'elle fisamment tôt dans la boucle, le
nécessaires, en particulier pour l'ait prévu, ou en tout cas qu'il besoin est mieux décrit et l'équi-
le combat en zone urbaine. Il arrive plus tôt que prévu. pement mieux adapté aux forces
serait trop long ici de développer et à leurs missions. Mais encore
tous les résultats de ces études À la fin des années 90, plusieurs faut-il que celui-ci s'implique
mais une de leurs conclusions régiments, pour pallier les défail- dans le processus, d'une part en
est qu'il serait utile, pour appuyer lances réelles ou supposées du rendant compte de tous les pro-
les unités d'infanterie, de dispo- DHPM 1A, ont utilisé en opération blèmes rencontrés avec les maté-
ser d'une sorte de « nacelle élé- des détecteurs plus modernes riels existants (inadaptation, pro-
vatrice » permettant au fantassin prêtés par des industriels. C'est blèmes récurrents etc..) et d'autre
de pénétrer directement dans les ce qui a déclenché l'opération part en participant autant que
étages d'un bâtiment. On touche qui débouche aujourd'hui sur la faire se peut à l'élaboration des
ici à la vraie difficulté de la rédac- livraison prochaine des DHPM futurs équipements.
tion du besoin : jusqu'à quelle 3A. Il aurait été plus simple, et
hauteur ? combien de fantas- surtout plus efficace, d'alerter le Cela permettra à la STAT, dont
sins ? quelle protection ? etc. commandement sur l'obsoles- c'est le métier, de mieux rédiger
Vous comprenez aisément que cence du matériel en service. les FCM et surtout de faire réaliser
cet équipement peut rapidement Plus récemment, mais malheureu- au juste coût le strict nécessaire.
devenir dimensionnant pour un sement toujours sans la moindre Sinon, la décision, qui revient
véhicule et représenter une part information en provenance des souvent in fine aux financiers,
non négligeable de son coût. utilisateurs, la STAT a lancé le sera d'acheter une 2 CV à chaque
Qu'on ne se méprenne pas, il renouvellement des lots de fois que l'on demandera une
n'est pas question de remettre groupe du génie. Ferrari…

2) Engin du Génie d'Appui au COmbat Débarqué.

- 74 -
S A P E U R

Colonel LE 25e RÉGIMENT DU GÉNIE


Pierre-Yves
HENRY
DE L’AIR EN 2005 :
ADAPTATION PERMANENTE
DE L’OUTIL AU BESOIN.
Last lessons learned
Saint-cyrien de la promotion
On 11 september 2001, U.S. Central Command (CENTCOM) Engineer
Grande Armée (1981-1983), le
Division, and its equivalent staffs within component commands,
colonel Pierre-Yves HENRY
began the daunting task of directing military engineer efforts for a
commande le 25 e régiment du
war unlike any this nation had ever faced. Operation Enduring
génie de l’air d’Istres depuis le Freedom (OEF) required engineers to support a unique contingency
4 septembre 2003. operation that required extraordinary resource-fulness. Key OEF acti-
vities requiring engineer support included contingency planning,
Chef de section de combat engineer unit deployment, airfield repair and upgrade, mine and
puis commandant la compagnie unexploded ordnance clearing, troop protection from environmental
d’appui au 17 e régiment du génie hazards, and base camp construction.
parachutiste de Montauban, il a
entre-temps servi trois ans (From the U.S. revue “Engineers”, July 2002)
comme instructeur EOR puis
ESOA à l’école d’application du After a short presentation of the regiment, this article discusses how
génie d’Angers. the French 25th Air Engineer Regiment deals with these dramatically
necessary tasks.
Il rejoint à l’issue de son temps
de commandement l’école supé-
rieure du génie militaire de LES ENSEIGNEMENTS DE avec les missions traditionnelles du
L’OPÉRATION « ENDURING génie. Les facteurs-clé du succès se
Versailles puis l’établissement
du génie de Montauban où il sont révélés être la capacité de
FREEDOM » planification et de projection des
prépare l’EMS2 par la voie du
brevet technique. moyens génie, la réparation rapide
L’engagement des forces armées et l’amélioration des aéroports, le
américaines dans le cadre de l’opé- traitement des mines et des non-
Ingénieur civil de l’aéronautique
ration « Enduring Freedom » a explosés, le durcissement des ins-
(Sup’Aéro 1994-1996) et breveté
de l’enseignement militaire supé- amené le commandement central tallations et la protections des
rieur (CSEM et CID) en 1998, il est de leurs moyens « Génie », struc- troupes, et la réalisation ex nihilo de
nommé chef des moyens opéra- ture qui n’a pas d’équivalent pour le camps militaires. Il est singulier de
tionnels au 25 e RGA avant de génie de l’armée de terre en France, constater que cet inventaire reprend
rejoindre en 2000 la section tech- à constater que les missions à maî- presque point par point l’éventail
nique de l’armée de terre à Satory, triser en priorité pour ce type d’opé- des 6 missions générales du 25e
en qualité d’officier de pro- ration étaient en relative rupture régiment du génie de l’air.
gramme sur les drones et les
radars héliportés.

- 75 -
S A P E U R

tion allemande. En 1949, compte-


tenu des besoins, la décision est
prise de recréer le génie de l'air
sous la forme d'un grand comman-
dement spécialisé. Le 13 janvier
1950 naît officiellement le génie de
l'air, l'une des sept composantes
de l'armée de l'air. Sa mission est
alors de construire, entretenir et
réparer les plates-formes aéronau-
AU COMMENCEMENT ÉTAIT tiques. Les besoins sont énormes,
L’AÉROSTATION MILITAIRE car il faut simultanément réparer
les dégâts gigantesques subis par
Dès la création du génie par la toutes les bases de France, bom-
bardées par les Alliés du fait de monde, toutes forces armées
Convention, les nouvelles appli- confondues.
cations militaires, telles que leur occupation par la Luftwaffe,
l'aérostation, lui sont confiées. et faire évoluer leurs surfaces
opérationnelles pour les adapter PUIS VINT LA GUERRE FROIDE
Après leur dissolution par
Napoléon 1 er , les compagnies d’une aviation à hélice qui opérait
sur pistes en herbe à la nouvelle Parallèlement à sa mission de
d'aérostiers réapparaissent le 19 construction et de maintien de
mai 1886 dans les quatre grands chasse à réaction qui nécessite
l’infrastructure aéronautique de
régiments du génie. Elles sont des surfaces en dur. Le génie de
l’armée de l’air, l’émergence de
regroupées le l er avril 1904, pour l’air des années 50 à 80, culminant
la posture de défense perma-
former sous les ordres du chef ainsi à 3 régiments (15e, 25e et
nente face à l’Est et au Pacte de
de bataillon HIRSCHAUER, le 25 e 35e RGA) et 1 bataillon (45e BGA),
Varsovie amène le génie de l’air
bataillon du génie. Elles évolue- effectue alors des travaux d’infra-
à se placer en situation de répa-
ront jusqu’à former, pendant la structure aéronautique de grande
rer dans l’urgence les surfaces
Grande Guerre, la 52e demi-bri- ampleur, en main d’œuvre militaire
nécessaires à la mise en œuvre
gade d’aérostation, dont le 25e « bas coûts » puisque la conscrip- de forces aériennes françaises
RGA est aujourd’hui gardien du tion pourvoit à ses effectifs et à ses ou alliées immédiatement après
drapeau. compétences techniques. une frappe aérienne ennemie.

LA GENÈSE Dans son grand pragmatisme, Des structures, des procédures


l’armée de l’air exploite les qua- et des matériels spécifiques sont
L'importance de l'infrastructure lités légendaires du sapeur tout alors définis ou acquis, qui privilé-
aéronautique pour la mise en en le dotant de parcs d’engins gient la capacité de reconnaître,
œuvre des forces aériennes et d’usines de production de dépolluer et réparer une piste
conduit l'armée de l'air à se doter, granulats, de béton et d’enrobés minimale dans les premières
dès avant la seconde guerre mon- qui n’ont jamais rien eu à envier heures qui suivent la frappe
diale, de formations spécialisées. aux plus grandes entreprises aérienne adverse. Dans le cou-
C'est ainsi qu'en 1937, une pre- civiles de travaux publics. De rant des années 90, la technique
mière organisation du génie de cette symbiose naissent et se dite « réparation rapide de piste »
l'air en « compagnies de terrain maintiennent des compétences atteint son point d’orgue et toutes
d’aviation » est mise sur pied, et des capacités AGESTER qui les compagnies opérationnelles
mais elle disparaît avec l'occupa- sont de nos jours uniques au du génie de l’air démontrent
annuellement au commande-
ment leur capacité à restaurer
une base aérienne minimale en
6 à 8 heures, incluant toutes
les phases et tous les travaux
nécessaires à la livraison d’une
SOMA (surface opérationnelle
minimale pour aéronefs) capable
de supporter tous les mouve-
ments aériens ou terrestres des
avions d’armes ou de transport
prévus pour y opérer et y être
réarmés.

Hélas, le concept d’emploi


« guerre » du génie de l’air est
tellement orienté sur le scénario 6
du Livre Blanc, qu’il présuppose

- 76 -
S A P E U R

le déploiement préalable de
moyens lourds sur les bases
susceptibles d’être frappées. Les
matériels spécifiques, ainsi que
les matériaux nécessaires font
l’objet de mises en place préa-
lables sur ces bases, dont les
existants sont vérifiés annuelle-
ment par le génie de l’air. Et une
grande partie des engins mis en
œuvre par les compagnies elles-
mêmes ne sont mobiles que par
voie routière ou maritime, indui-
sant des délais quasi prohibitifs
pour tout redéploiement sur
d’autres bases que celles de
stationnement ou de desserre-
ment initial.

Lors de l’abandon du scénario 6, sion majeure de garantir aux Polynésie Française, à Douchanbé
force est de constater que les Forces Aériennes de disposer au Tadjikistan, au Tchad et devrait
capacités remarquables des uni- en tous temps et en tous lieux incessamment intervenir à
tés du génie de l’air ne sont pas d’infrastructures aéronautiques Djibouti pour des opérations de
projetables dans des délais com- opérationnelles permettant le déminage par moyens méca-
patibles de la mise en place de déploiement et la mise en œuvre niques.
forces de réaction immédiate (FRI) d’aéronefs de combat ou de
ou rapide (FRR). transport, en particulier sur des Son aptitude à la projection inté-
théâtres extérieurs à la métro- rieure d’urgence s'est également
Parallèlement, le constat de l’inuti- pole. Il participe également au illustrée en décembre 2003 par
lité de faire stationner des unités déploiement d’une force proje- l'intervention du régiment en
du génie de l’air sur toutes les tée ainsi qu’à son déplacement, Arles suite aux inondations catas-
bases sensibles de l’armée de l’air et à la réalisation de camp de trophiques subies par cette ville.
doit se traduire par une réduction réfugiés ou de déplacés. Il réa- Son intervention a largement
considérable de format. C’est la lise régulièrement des travaux contribué à soulager la population
raison pour laquelle le 25e régiment au profit des populations et peut en rétablissant rapidement les
du génie de l’air reste aujourd’hui le participer à la neutralisation ou communications et la vie écono-
seul de ce type, avec 4 compagnies la destruction d’une zone aéro- mique locale.
opérationnelles. portuaire ainsi qu’à la dépollu-
tion pyrotechnique ou chimique Il est à noter que le parc d’engins
AUJOURD’HUI de celle-ci. du 25e RGA est essentiellement
constitué de matériels de travaux
Régiment opérationnel constitué Le 25e RGA est par ailleurs centre publics ou de transport acquis
à plus de 99% de personnel de de formation national interarmées « sur étagère » après mise en
l’Armée de Terre, fort de 890 hom- pour toutes les spécialités des tra- concurrence parmi les matériels
mes et femmes de tous grades vaux publics et pour l’homologa- représentatifs de l’état de l’art du
et tous d’active, il est implanté tion des terrains sommaires ou de moment. Validés par les entre-
pour sa portion centrale à Istres, largage à très faible hauteur. prises de travaux publics du
soutenu par la Base Aérienne 125. Monde entier, ces matériels sont
Il est placé sous le commande- Au cours de la dernière décennie, fiables et rapidement réparables
ment exclusif de l’Armée de l’Air. le 25e régiment du génie de l’air en tout point du globe. D’un coût
Deux de ses compagnies opéra- s'est illustré sur de très nombreux dérisoire par rapport à celui d’un
tionnelles sont stationnées sur théâtres d'opérations non seu- programme d’armement spéci-
les bases aériennes d’Avord et lement en Afrique au Zaïre, au fique destiné à développer un
Mont-de-Marsan. Il a pour mis- Rwanda et au Tchad, mais aussi mouton à cinq pattes, ils permet-
en Centre Europe en Albanie, en tent des plans d’équipement
Macédoine et surtout au Kosovo significatifs, homogènes et plani-
où il a déployé pendant 9 ans et
jusqu'à 2002 un détachement d'une
centaine d'hommes. Plus récem-
ment, il a été engagé à Manas au
Kirghizistan, à Bunia en République
Démocratique du Congo.

Aujourd'hui il est engagé sur sa


mission principale à Tahiti en

- 77 -
S A P E U R

projeté. C’est ainsi que les condi- d’emploi des unités du génie en
tions de subordination, de soutien opérations.
et d’approvisionnements, et le
cadre d’emploi des moyens du 25 PRÉPARONS L’AVENIR
sont clairement définis et validés
dans le cadre d’un protocole, Depuis l’abandon du scénario 6,
d’une convention ou d’un OPO l’armée de terre s’habitue à ne
selon les cas. Parfaitement maî- s’engager que dans des opéra-
trisée et rôdée par une pratique tions de basse intensité, et elle
perpétuelle et identique tant est en train de perdre de vue
fiés excluant d’emblée tout micro- en métropole qu’outre-mer, cette qu’en matière de stationnement
parc impossible à maintenir dans procédure ne présente aucune aussi, « la sueur épargne le sang ».
la durée. Mis en œuvre selon des lourdeur et permet au contraire de Plus encore que la sueur, ce sont
procédures parfaitement maîtri- clarifier d’emblée toutes les condi- les heures d’engins et les cubages
sées, par des cadres et des engi- déplacés qui épargnent les
tions d’engagement et les objec-
nistes hautement qualifiés et hommes. Lorsque la situation
tifs à atteindre en termes de coûts,
remarquablement entraînés, ils dégénère localement et sans pré-
délais et performances. Il n’y a
remplissent à la perfection toutes avis, l’économie qui a été faite
aucune discontinuité de procé-
les missions dévolues au régi- d’un réel agencement de l’espace
ment, y compris le déminage par dures ni de modes d’action entre
les chantiers d’infrastructure en terrestre se paye au prix fort. Lors
moyens mécaniques et la dépollu- des tragiques événements de
tion pyrotechnique des surfaces métropole, les contrôles opéra-
tionnels annuels des unités dans novembre 2004 en Côte d’Ivoire,
aéronautiques grâce à des adap- force est de constater, hélas a
tations mineures et de faible coût. un cadre tactique, et les opéra-
tions réelles. posteriori, qu’un simple merlon-
nage et quelques bastion walls
EMPLOI CENTRALISÉ, INTER- bien employés n’auraient jamais
VENTIONS CALIBRÉES S’il a pu se produire, sur tel
permis au raid aérien ivoirien de
théâtre, que les sapeurs de l’air
nous infliger autant de pertes
Le 25 est employé par une autorité se fissent une mauvaise réputa-
avec si peu de moyens.
« Génie » au sein de l’armée de tion en ne participant pas au ser-
l’air. La sous-direction du génie de vice de garde ou au ramassage
Ces derniers enseignements, mis
l’air et de l’infrastructure en opéra- des poubelles, c’est parce que le
en perspective avec les conclu-
tions (SDGA-IO), bras armé de la chef interarme local n’a pas voulu
sions américaines de l’opération
direction centrale de l’infrastruc- assumer les hors-délais que ces
« Enduring Freedom », montrent
ture de l’air, veille en effet entre missions annexes allaient inévi-
que le génie doit tout faire pour
autres à ce que le plan d’emploi tablement provoquer, en empê-
sauvegarder voire accroître sa
du régiment soit exactement cen- chant ses moyens génie de l’air capacité en travaux publics et
tré sur son cœur de métier, en de tenir leurs rendements pré- organisation du terrain, et veiller à
métropole autant qu’en projection déterminés. la rendre rapidement projetable
ou en OPEX. Dès lors que l’armée sur tous les théâtres. Nos sapeurs,
de l’air envisage un déploiement La recopie d’une telle organisa- employés comme « enginistes
initial sur un théâtre, ou une évo- tion et de telles modalités d’en- de l’urgence et de l’extrême » y
lution de son infrastructure exis- gagement au sein de l’armée de retrouveront également la place et
tante, l’état-major de l’armée de terre serait probablement de le moral des seigneurs du champ
l’air émet des besoins vers la nature à restaurer à court terme de bataille qui sont les leurs.
SDGA-IO qui déclenche les recon- les conditions d’engagement et
naissances nécessaires à évaluer
les factures en travaux de durcis-
sement, protection, infrastruc-
ture horizontale ou dépollution.
Conduites par les experts de
l’état-major du régiment, ces
reconnaissances permettent de
dimensionner au plus juste le
module et les capacités qui seront
engagés en fonction des délais
impartis et des travaux qui sont
jugés nécessaires dans un
contexte donné.

Loin de se cantonner à des consi-


dérations techniques, les conclu-
sions de ces reconnaissances por-
tent également sur les aspects
opérationnels du déploiement

- 78 -
S A P E U R

Lt-Colonel L’APPUI FUTUR À LA MOBILITÉ


Michel
GOURDIN
« FRANCHISSEMENT ET CONTRE-MINAGE »
Mobility support has always been, is and will obviously remain one
of the engineer corps missions. For several years now, it has been
making specific efforts to acquire modern and effective systems or
equipment, however small in number. These can be used as part of
overseas operations, and will eventually provide the engineer corps
Le Lieutenant-Colonel GOURDIN with a more effective high-quality support capability in the crossing
est issu de la promotion « Lieute- and countermining areas.
nant Bernard Delattre de Tassigny »
(1984-1985) de l’École Militaire
Interarmes.
Une des missions majeures des LE CONTRE-MINAGE
unités du génie consiste à assu-
Il a servi aux 3 et 32 RG dans les
e e
rer un niveau suffisant de mobi- Alors que la « menace mines »
fonctions de chef de section, d’offi-
lité pour nos forces, en utilisant représentée par des millions de
cier adjoint et de commandant
les moyens pour s’affranchir des mines fabriquées durant la période
d’unité.
obstacles naturels ou non, par- de la guerre froide au sein de
Après une scolarité de l’EMS2 au fois valorisés par l’ennemi. chacun des deux grands blocs
Cours Supérieur des Systèmes L’appui à la mobilité a toujours antagonistes est toujours d’actua-
d’Armes Terrestres (COSSAT) et été, est, et restera donc de toute lité, celle-ci est en train d’évoluer
une année au sein de la 6 e promo- évidence une des missions du vers celle des Engins Explosifs
tion du Collège Interarmées de génie. Ainsi, depuis quelques Improvisés (EEI).
Défense (1998-1999), il est depuis années, celui-ci consent d’impor-
l’été 2001, officier de programme tants efforts pour se doter de Télécommandés à l’aide de tech-
des domaines franchissement, systèmes ou d’équipements nologies simples et fabriqués de
contre-minage et contre-mobilité au modernes et efficaces, quoique façon artisanale à partir de mines
groupement mobilité de la Section quantitativement peu nombreux. ou d’explosifs récupérés sur des
Technique de l’Armée de Terre. stocks civils ou d’armées nationales
La MSO (Mise en Service Opéra- moribondes, ils peuvent être
tionnel) repose sur la garantie de rapidement mis en œuvre par
constituer, au sein des forces quelques acteurs non étatiques,
aéroterrestres, de modules enga- afin de harceler nos forces et leur
geables disposant de ressources causer des pertes et ce, non seu-
propres à assurer les missions qui lement en rase campagne, mais
lui sont confiées. Les conditions aussi et surtout en zone urbaine.
requises pour la MSO d’un sys-
tème d’armes, permettant ainsi
C’est cette dure réalité que décou-
son engagement en opérations
vrent les soldats de la coalition en
extérieures, sont regroupées selon
Irak depuis le printemps 2004. Il en
six domaines génériques : découle qu’ouvrir un itinéraire ne
• l’exploitation et la mise en consiste plus seulement à traiter
œuvre ; les mines disposées sur ou sous
la chaussée, mais également les
• l’intégration dans son unité munitions pouvant atteindre cette
d’emploi ; bande de terrain depuis les accote-
• l’intégration du soutien dans ments et les encoignures d’im-
la logistique opérationnelle meubles qui la bordent.
de l’armée de terre ;
• la définition des profils des
utilisateurs ; Ponctuel
• la formation du personnel ;
Le contre-minage exige de prime
• le maintien en condition opé- abord d’obtenir du renseigne-
rationnelle. ment sur le terrain concerné : est-
il ou non miné ? C’est la question
Pour un équipement, l’adoption fondamentale. S’en remettre tota-
suffit pour permettre son utilisa- lement aux technologies afin d’y
tion en opérations extérieures. répondre serait pure utopie.

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S A P E U R

Le « renseignement mines » appel à diverses technologies Se protéger


consiste à récupérer des plans et (électromagnétisme, radar péné-
des relevés de poses de mines trateur de sol, détection d’électro- Tenues de déminage
chaque fois que cela sera possible nique, activation neutronique,
et à rechercher des indices de pose résonance quadripolaire nucléaire) Il est apparu indispensable d’équi-
(caisses de mines, emballages de et en réalisant la fusion logicielle per les forces d'une tenue de démi-
détonateurs, terrain fraîchement issue de leurs informations. nage mieux adaptée, utilisant les
retourné ou bien au contraire technologies récentes. Celle-ci
absence de tout signe de passage Toutes ou au moins plusieurs des équipera le personnel des compa-
récent, etc.) en permanence. Cette technologies évoquées plus haut gnies de combat du génie et de la
obtention ne relève pas seulement devront ainsi pouvoir être inté- compagnie de contre-minage du
des unités du génie, mais de toutes grées sous la forme d’un boîtier 1er RG, soit une quantité totale de
les unités.
modulaire permettant de choisir 700 tenues.
les senseurs à utiliser en fonction
Détecter
de la nature connue ou supposée Une évaluation comparative de
de la menace. différents matériels sera réalisée
En coercition de forces, la détec-
tion a un rôle important à jouer avant l’été 2005.
notamment dans les missions La SMD (Sonde Mécanisée de
d’ouverture d’itinéraires, mais éga- Détection)
Itinéraire
lement au cours de la restauration
de la paix. En maîtrise de la vio- Lorsque les moyens de déminage Ouvrir - Désengluer
lence, elle contribue à la réorga- mécanique ne sont pas engagés, la
nisation de la vie quotidienne et détection se fait le plus souvent à AMX 30 B2 DT (AMX 30 B2
au rétablissement de la liberté de la main, à l'aide de la sonde ama- Démineur Télécommandé)
circulation des personnes et des gnétique. Cette opération n’est pas
biens. sans risque, d’autant que le démi- Bien qu’étant parfaitement opé-
neur ne connaît pas toujours le type rationnel, puisque le CEMAT a
Les détecteurs électromagnétiques de mine qu’il va devoir traiter, ni prononcé en mars 2002 la MSO
son état (piégée ou non, dégradée de l’AMX 30 B2 DT, celui-ci a
Après avoir été en dotation dans ou non, …). Il s'agit donc d’accroître depuis lors fait l’objet d’impor-
tous les régiments, les 3400 DHPM la protection des personnes en tantes améliorations (protection
1A ont été retirés du service en dotant les forces d'un système capa-
par briques réactives, remotori-
2001. En 2002, de façon à répondre ble de sonder le terrain, afin d'y
aux besoins du KOSOVO, il a été sation, bloqueurs de suspension,
détecter les mines et/ou les objets
acquis en urgence 100 DHPM 2A nouveaux rouleaux de déminage,
non explosés, sans qu'il y ait de
(FOERSTER), mais uniquement au contact entre l'opérateur et la me- système de tension à recul limité
profit des DLRG et des EOD. Cet nace (au moins dans la phase précé- et vidéo téléopération).
équipement a été adopté la même dant une éventuelle neutralisation).
année. Le système de vidéo téléopération
Ainsi, la SMD vise à automatiser passe tout d’abord par la réalisa-
L’adoption du DHPM 3A (VALLON) les tâches répétitives et dange- tion d’un VAB spécifique à partir
interviendra avant l’été 2005. Tous reuses effectuées par les sapeurs. duquel les trois chars de la section
les régiments du génie de brigade de déminage mécanique lourd
Il s’agît d’un robot qui détermine,
interarmes devraient en être dotés,
au vu des coups de ses seize pourront être pilotés simultané-
à compter de juillet 2005, à raison
de trois par groupe de combat. sondes et des résistances rencon- ment jusqu’à 2 000 mètres. Chaque
Même s’il est simple de mise en trées, une image bidimensionnelle poste de commande permettra,
œuvre, cet équipement ne peut de la mine rencontrée. Parallè- de jour comme de nuit, de télé-
être servi que par des sapeurs lement, la rotation des sondes fait opérer l’engin à distance, de sur-
ayant une connaissance accrue de appel à la résonance des matériaux veiller l’efficacité des différents
la « menace mines ». et la vibration résultante détermine outils de contre-minage et de défi-
s’il s’agit de pierres, de morceaux nir l’axe de progression du char.
Cependant, les détecteurs élec- de fer ou de plastique. Un système De plus, le sous-officier adjoint
tromagnétiques ne détectent que de visée laser lui permet de maté- pourra suivre les évolutions des
les mines possédant des élé- rialiser les limites de la zone à son-
trois chars sur une même carto-
ments métalliques or certaines der et de marquer chaque mine
graphie, couplé à un dispositif
sont aujourd’hui entièrement en détectée. La SMD peut fonctionner
plastique. en totale autonomie pendant huit d’alerte permettant de prévenir
heures. tout risque de collision entre eux.
Le DMP (Détecteur Multisenseur
Portable) La phase d’évaluation par la DGA L’évaluation de toutes ces amé-
et la STAT se déroulera au cours du liorations par la STAT en vue de
Afin de parvenir à un détecteur 1er semestre 2005 et les livraisons l’adoption se terminera fin mars
couvrant la quasi totalité du aux forces devraient s’étaler de 2005. Les modifications sur les
spectre de la « menace mines », 2007 à 2008. Il est prévu d’acquérir 10 chars et les 3 VAB du 1er RG
un détecteur de nouvelle généra- 35 SMD, à raison de trois par régi- devraient s’effectuer entre 2006
tion (DMP) est envisagé, faisant ment du génie. et 2008.

- 80 -
S A P E U R

SDPMAC (Système de Démi- sant de matériel acquis sur éta- destiné à faire fonctionner l'allu-
nage Pyrotechnique pour Mines gère et sans aucun développe- meur à influence magnétique
Anti-Char) ment, la production sera très d’une mine antichar, afin de pro-
rapide et les livraisons devraient voquer l'explosion de celle-ci, en
Le SDPMAC est le système israélien s’effectuer au plus tard pour la avant du véhicule porteur. Cet
CARPET monté sur châssis EBG. fin de l’année 2006. équipement doit donc prendre en
Permettant l’ouverture d’un couloir compte d'une part l'allumeur et
d’une portée de 65 à 160 mètres sur Rétablir d'autre part l'explosion qui, même
une largeur de 6 à 8 mètres, si elle a lieu en avant du système,
il propulse jusqu’à 20 roquettes SOUVIM (Système d’OUVerture est susceptible de lui causer des
chargées d’un mélange de fuel d’Itinéraire Miné) dommages.
air explosive qui, en détonant,
déclenche les mines. Il est destiné à Le SOUVIM est conçu pour partici- Les unités interarmes engluées
fournir une capacité de déminage per à l’ouverture rapide d’axes de dans des tirs de mines disper-
ponctuelle aux brigades blindées et progression sur de longues dis- sables ou les unités stoppées par
mécanisées. tances (150 km d’itinéraires en 8h), un obstacle à base de mines
en 2e échelon ou en zone arrière. enfouies sont très vulnérables aux
Le SDPMAC tête de série est ter- L’expérience a mis en évidence la tirs de neutralisation et de destruc-
miné. Il a été livré début mars 2005 nécessité de procéder aux amélio- tion, rendus plus efficaces par l'im-
pour réaliser les essais de qualifica- rations suivantes : mobilité temporaire des cibles.
tion de la DGA jusqu’en juin 2005. • élargir le spectre de la menace Le DEDALE permettra ainsi de
Les essais d’adoption de la STAT se traitée par détection ou leur- conserver la mobilité des forces
dérouleront ensuite de septembre à rage ; terrestres tout en diminuant leur
novembre 2005, avec le soutien du vulnérabilité.
19e RG. • améliorer la mobilité tactique de
l’ensemble du système ; Le plan d’équipement prévoit 50
En 2007, le 3e RG, le 13e RG, le 19e RG • mettre en place un système de systèmes pour les AMX 30 B2 DT,
et le 31e RG devraient disposer ainsi balisage de la voie déminée. les SDPMAC, les SOUVIM 2 et un
chacun de 3 SDPMAC. tiers des EBG VAL. Les livraisons
L’adoption de ces améliorations aux forces devraient s’étaler de
SDPMAP (Système de Déminage s’effectuera avant l’été 2005 et les 2006 à 2008.
Pyrotechnique pour Mines Anti- modifications sur les quatre SOU-
Personnel) VIM du 1er RG devraient être réali- Zone
sées entre 2007 et 2008.
Le SDPMAP se compose d'un MADEZ (Matériel Aérotrans-
lanceur capable de propulser SYDERA (SYstème de DÉminage portable de DÉminage de Zone)
une mini-fusée tractant un cor- RApproché)
don d’explosif, équipé éventuel- Les forces disposent de huit
lement de renforçateurs. Le cou- SYDERA est un futur système de MADEZ, regroupés au 1 er RG.
loir déminé aura une largeur contre-minage capable de rem- Ce matériel permet le déploie-
minimale de 0,30 m sur une lon- plir les missions d’ouverture ment et l’installation des unités
gueur minimale de 50 mètres. d’itinéraire, de dépollution de dans le cadre des opérations
Le transport s'effectuera par un zone, de franchissement d’obs- extérieures. Sa vitesse de pro-
ou deux hommes. tacle miné et de désengluement. gression, en déminage, est de
Prévu pour être livré aux forces 800 m/h et la largeur du couloir
En raison des délais de mise en à l’horizon 2015, il traitera toutes déminé est de 3 m.
œuvre très courts, le SDPMAP les mines AC (enfouies, posées En mars 2002, le CEMAT a pro-
sera utilisé au préalable à l’inter- ou dispersées), les mines AP et noncé la MSO du MADEZ.
vention des groupes de combat les munitions non explosées
du génie et des équipes EOD. Il (UXO), avec un taux de réussite L'expérience a montré que le
pourra, selon les conditions proche de 95 %. Il a fait l’objet MADEZ éprouve de très grandes
d’engagement, être utilisé pour d’un NST (Nato Staff Target) difficultés à traiter certaines confi-
réaliser un cheminement de tra- approuvé en juin 1998 par les gurations de terrain (fossé, talus,
versée, un chemin d’approche, pays de l’OTAN et pour lequel la merlon) ou une zone proche d'un
préciser le contour d’une zone France était pays pilote. obstacle (maison, poteau, pylône,
minée et aider au dégagement bosquet). Le KDEM (Kit de DÉMi-
d’obstacles minés ou piégés. L’année 2002 a vu la naissance nage) et le CORADE (COllecteur
d’une coopération franco-alle- de Résidus Actifs de DÉminage)
L’évaluation comparative de dif- mande (MMSR/SYDERA) avec devraient donc compléter son
férents matériels a commencé pour objectif de livrer un action, à partir de 2007.
en mars 2005 et le choix sera démons-trateur en 2007 et d’en
réalisé avant l’été 2005. valider ses fonctions. EDZ (Engin de Déminage de Zone)

Le plan d’équipement, prévoit Leurrer Se situant dans la gamme des


l’acquisition de 300 systèmes fléaux téléopérés, cet équipe-
pour les forces, principalement Le DEDALE (DÉmineur par Duplication ment permettra au génie d’obte-
au profit des régiments du génie A Leurrage Électromagnétique) est nir la capacité désirée pour le
de brigade interarmes. S’agis- un équipement de contre-minage déminage d’urgence. Il répondra

- 81 -
S A P E U R

ainsi au besoin des régiments Conclusion sur le contre- de la mission et de la nature du


du génie de brigade interarmes, minage terrain à traiter (carrefour, route,
non seulement pour le trai- zone). C’est donc bien dans une
tement mécanique de zones Se débarrasser de la « menace modernisation en profondeur des
minées, mais également pour mines » constitue, pour une force moyens de contre-minage qu’est
l’appui au combat en zone projetée, une nécessité. Cette engagé actuellement le génie.
urbaine et l’aide au déploiement. menace est d’autant plus réelle
qu’elle se révèle omniprésente et L’appui à la mobilité du génie en
Les livraisons aux forces ne multiforme. Aussi, il convient de 2015 dans le domaine du contre-
devraient pouvoir intervenir disposer d’une panoplie très large minage peut être schématisé
qu’après 2008. de moyens de contre-minage, en comme-suit :
fonction du type d’engagement,

Contre-minage Missions
Transverse Se renseigner
Détecter Se protéger
Manuellement Mécaniquement
DHPM - DMP SMD

Nouvelles tenues
Ponctuel de déminage
( à définir)

Ouvrir - Désengluer
AMX 30 B2 DT SDPMAC SDPMAP

Rétablir
SOUVIM

Itinéraire

puis SYDERA

MADEZ – KDEM – CORADE

EDZ
Zone (à définir)

- 82 -
S A P E U R

LE FRANCHISSEMENT jours partie de nos missions et, L’EMAT a défini en 2003 un nou-
d'autre part, qu'elles sont dimen- veau plan d’équipement, réduit
Alors que les obstacles tels que sionnantes sur le plan technique, à 28 engins et 11 engins en
les tranchées, les fossés, les notamment en termes de mobilité réserve de maintenance. Les
entonnoirs exigent l'intervention ou de protection. Il trouve égale- forces disposent donc aujour-
d’engins blindés de combat du ment sa pleine justification dans d’hui de 4 régiments à 6 EFA (3e
génie ou d’engins de travaux des actions de contrôle de zone, RG, 6e RG, 13e RG et 31e RG). Il
publics, les coupures humides en maîtrise de la violence, lors- existe à l’ESAG un entraîneur au
avec une profondeur d’eau supé- qu'il s'agit de rétablir des itiné- pilotage aquatique et un simula-
rieure à 1,20 m empêchent le pas- raires pour faciliter les mouve- teur de conduite routière.
sage des véhicules tactiques et ments de convois de tous types
nécessitent l'utilisation d'équipe- ou simplement pour retrouver Après avoir fait l’objet d’amélio-
ments dédiés. notre liberté d'action. On voit rations et de fiabilisation de
donc clairement que le SPRAT manière à augmenter la durée
Les systèmes de franchissement ne peut en aucun cas être une de vie de l’EFA, une opération de
sont normalement classés selon « survivance de la guerre froide » sécurisation de sa direction sera
les conditions opérationnelles mais, au contraire, comme le réalisée sur l’ensemble du parc
pour lesquels ils sont destinés. répète l'état-major de l'armée de entre 2006 et 2009.
Les systèmes de franchissement terre, un élément essentiel de la
tactiques sont employés sur ou cohérence du système de com- En 2002, le CEMAT a prononcé la
très près de la ligne de contact, bat de contact terrestre en étant, MSO de l’EFA.
en appui direct des différentes in fine, le seul et unique système
unités engagées dans la zone de franchissement tactique sur Le SYFRAL (SYstème de FRAn-
des combats et doivent donc appui fixe de l’ensemble des chissement Léger)
posséder une mobilité équivalente équipements actuels et futurs de
à celle des unités appuyées. Pour l’armée de terre. Le SYFRAL, destiné à succéder au
les autres systèmes de franchis- moyen léger de franchissement,
sement, ils sont destinés à sou- Le plan d’équipement, actuelle- sera adapté aux missions des bri-
tenir le flux régulier de renforts ment en cours de finalisation gades légères en opération dont il
et des ravitaillements et peu- par l’EMAT, prévoit 16 systèmes en assurera le franchissement tac-
vent par conséquent avoir une pour les forces. Pour la forma- tique à priori en MLC 30.
mobilité moindre. tion, il y aura 2 systèmes, ainsi
qu’un simulateur de conduite Actuellement au stade d’initiali-
Franchissement tactique routière et à la mise en œuvre sation des études, les livraisons
du ponteur. aux forces pourraient intervenir
Le SPRAT (Système de Pose entre 2012 et 2015.
Rapide de Travures) Après de nombreux contre-temps
et rebondissements ayant pré- Franchissement opératif
Le SPRAT, destiné à succéder au cédé la notification de ce marché
PAA, est un système qui doit en 2003, le déroulement du pro- Le PFM (Pont Flottant Motorisé)
assurer le franchissement tac- gramme SPRAT se déroule depuis
tique de coupures sèches et lors d’une façon nominale et tout Le PFM est un pont de conception
à fait exemplaire. modulaire destiné à assurer le
humides, comprises entre 3 et
franchissement des coupures
25 mètres. Sa classe de franchis-
humides supérieures à 35 mètres
sement est compatible de tous Actuellement en pleine phase de
aux véhicules de classe MLC 60
les systèmes de combat de l’ar- réalisation du système d’avant-
(MLC 70 avec précaution).
mée de terre (MLC 70/Chenilles série en vue des essais de quali-
et MLC 100/Roues). fication par la DGA et d’adoption
L’EMAT a défini en 2002 un nou-
par l’armée de terre dès 2007,
veau plan d’équipement réduit à
Les possibilités d'emploi du les livraisons aux forces s’étale-
160 modules et 44 rampes (50
SPRAT sont vastes. Bien sûr, ce ront de 2008 à 2012. La MSO du
modules et 20 rampes constitue
besoin recouvre les opérations SPRAT est prévu pour 2009.
le parc opérationnel d’active du
de coercition telles que les
1er RG, le reste étant gardé en
actions dans la profondeur en L’EFA (Engin de Franchissement
réserve capacitaire).
haute intensité (accompagne- de l’Avant)
ment d'un raid blindé) ou le
franchissement d'un complexe L’EFA est un engin amphibie et Afin de répondre à la probléma-
d'obstacles battu par les feux ambidrome, qui doit assurer le tique du carburant unique en opé-
(participation à une opération de franchissement tactique des ration et de réduction des coûts
bréchage). Rappelons simple- coupures humides supérieures à d’entraînement en métropole, la
ment à ce sujet, d'une part que 25 mètres en MLC 70 (chenilles diésélisation des propulseurs a
ce type d'opérations fait tou- et roues). été décidée par l’EMAT en 2002.

- 83 -
S A P E U R

Ce marché, incluant également la chissement en classe MLC 70 des approprié de systèmes de fran-
possibilité de réaliser une com- brèches sèches d’une longueur chissement, de façon à couvrir
mande unique pour deux modules, supérieure à 25 mètres, dans le convenablement la large variété
devrait voir son application sur genre du GSB (General Support de coupures et de conditions
Bridge) britannique, telle que le opérationnelles qui sont suscep-
l’ensemble du parc en 2009.
prévoit la planification 2009-2020. tibles d’être rencontrées lors des
En 2003, le CEMAT a prononcé différents types de franchisse-
la mise en service opérationnel Le franchissement stratégique ment, en coercition de forces,
(MSO) du PFM. comme en maîtrise de la vio-
Le franchissement stratégique
lence. C’est dans cette voie
peut être effectué par des ponts
Le pont mécanisé qu’est engagé aujourd’hui le
d u t y p e B A I L E Y o u M A B E Y-
génie.
JOHNSON.
Identifiée comme une lacune
capacitaire dans le domaine du L’appui à la mobilité du génie en
Conclusion sur le franchissement
franchissement, l’armée de terre 2015 dans le domaine du fran-
réfléchit à l’acquisition d’un Une armée moderne doit pou- chissement peut être schéma-
matériel qui permettra le fran- voir compter sur un mélange tisé comme suit :

Franchissement Coupures sèches Coupures humides

SPRAT EFA

SYFRAL
Tactique
(à définir)

PFM

Pont mécanisé
Opératif
(à définir)

`
MABEY-JOHNSON

Stratégique

CONCLUSION
utilisés dans le cadre d’opérations encore plus efficace et de grande
Disposant de systèmes et d’équi- extérieures, le génie sera à l’avenir qualité dans les domaines du fran-
pements performants, aptes à être en mesure de fournir un appui chissement et du contre-minage.

- 84 -
S A P E U R

Lt-colonel TERNARISATION DES COMPAGNIES


Jean-Michel
CAYUELA
DE COMBAT DU GÉNIE
In February 2003, the Army Chief of staff decided the structure's
transformation of the combat engineer platoons so as to enhance the
support to the combat units and particularly dismounted infantry.
The final aim consisted in increasing the number of combat squads
Le lieutenant-colonel Jean-Michel from two to three for the seventy two engineer combat platoons.
CAYUELA est adjoint au chef du It had been mainly carried out removing some squads from the support
bureau emploi des unités et companies of the engineer battalion of the combined arms brigades
documentation de la direction
des études et de la prospective Some outstanding first conclusions emerged from this structure's
de l'ESAG depuis 2003. transformation :
- standardisation of the combat engineer means for any combined
Issu de l'école militaire inter- arms brigade;
armes (promotion lieutenant - simplification of engineer support principles for all Army
LHUILLIER 1985-1986), il est branches;
diplômé de l'école d'état-major - simplification of the projection modules implementation for
depuis 1996. national and expeditionary operations;
- simplification of the interoperability between engineer elements;
Il sert d'abord comme chef de - enhancement and simplification of sappers instruction
section au 34 e régiment du génie - and, disembarking more sappers, increase of platoon's capabilities.
d'Epernay.
This transformation increases undoubtedly the capabilities of combat
Après un passage comme chef engineer units towards supported ones. The future combat engineer
de section à l'ENTSOA d'Issoire, platoon's handbook will explain and detailed the news procedures
il rejoint Besançon pour commander referring to the use for the three combat squad engineer platoon.
la 22e CPA du 19e régiment du génie.

Il sert ensuite à l'ESAG pendant En février 2003, le CEMAT a décidé


quatre années comme instruc- la « ternarisation » des compagnies
teur tactique pour la DFR, la DA, de combat du génie des RGBIA, afin
la DSO et le CFCU. d’apporter un appui plus adapté
aux unités interarmes, notamment
dans le cas du combat débarqué.
Il est ensuite adjoint au chef de
Les sections de combat du génie
BOI du 31 e régiment du génie
(SCG) des RGBIA sont donc pas-
de 1999 à 2002. Pendant cette sées, non sans difficultés liées au
période, il exécute une mission matériel et au personnel, de deux à Le gain en personnel a été réalisé
d'assistance au déminage en trois groupes de combat. notamment en ne maintenant en
Croatie en 1999 puis une mis- service que trente six des soi-
sion à la KFOR en 2001. Le groupe de travail sur la refonte xante six EBG existants, mais
du futur GEN 120 (en cours) a clai- aussi en mettant en sommeil des
rement identifié les changements groupes EFA et PAA, ainsi qu’en
dans l'emploi et la mise en œuvre dissolvant les groupes UMTE des
de la section de combat du génie compagnies d'appui de BIA.
mais n'a rien décelé de particuliè-
rement nouveau dans ceux de la GAINS CAPACITAIRES
compagnie de combat. Cette pré-
sentation abordera, par conséquent, De manière générale, la ternari-
les quelques nouveautés issues sation doit permettre :
des premiers retours d'expérience
inhérents à la section de combat. - de standardiser les moyens de
combat du génie quelle que
HISTORIQUE soit la BIA ;
- de simplifier les notions d'ap-
Pour effectuer ce changement pui pour les unités interarmes ;
fondamental et afin de mettre sur
- de faciliter la mise sur pied
un même pied les 8 régiments de
de modules de projection
combat du génie, il a fallu, en
(OPEX/OPINT) ;
enveloppe constante, passer de
cent cinquante deux à deux cent - de simplifier l'interopérabilité
seize groupes de combat. entre éléments du génie ;

- 85 -
S A P E U R

- de simplifier et rationaliser la ment ses renforcements à


formation des sapeurs ; ses SCG et donc des com-
plications supplémentaires
- d'accroître les capacités de la
en termes de proposition
section en débarquant plus
d'emploi au chef inter-
de personnel.
armes (notamment dans la
gestion des problèmes liés
En appui à la mobilité, les missions à l'ouverture d'itinéraire).
de la section consistent à faciliter la
progression d'un SGTIA, manœu- L'arrivée d'un troisième
vrant généralement en deux éche- groupe augmente de fait
lons sur deux axes. La section ter- le poids logistique de la
narisée possède maintenant la section. Ce poids est
capacité de répondre à ce besoin rer ou d’aménager un site de varian- d'ailleurs difficile à réellement
en offrant un appui génie sur les tement préalablement reconnu ou évaluer de par la perte de la
deux axes (ex : CDS + 2 groupes + de réaliser toute autre mission dans notion de dotation initiale en
un EBG et/ou un SDPMAC sur l’axe la zone d'action de la SCG. lots identifiés. L'emport de
principal et SOA + 1 groupe + un matériels volumineux (d'aide au
EBG sur l’axe secondaire). Lors d'un franchissement sous déploiement d'urgence par
contraintes et compte tenu de la exemple) ou la sur-affectation de
En appui à la contre-mobilité, il situation tactique, une section munitions particulières (mines,
s’agit, la plupart du temps, de peut se voir confier la mission explosifs,…), dans le cadre d'en-
coordonner l’action des trois de réaliser un point de franchis- gagements spécifiques, pourrait
groupes dans la réalisation des sement ou de maintenir un, avoir pour résultante l'obligation
systèmes d'obstacles planifiés, deux ou trois points de fran- de prévoir un deuxième camion
de fermer les obstacles de chissement sur ponts fixes ou cargo au sein de la section. De
manœuvre (un par groupe) et de flottants déjà construits. plus, l’arrivée prochaine du PVP
faire réaliser (sur ordre) les amplifiera le phénomène car le
obstacles en réaction par les matériel, ordinairement embar-
groupes et/ou les EBG donnés DIFFICULTÉS INDUITES.
qué dans le VAB du CDS, ne
en renforcement. La ternarisa- trouvera probablement pas sa
tion donne la faculté de réaliser Le passage à trois groupes aug-
place dans un véhicule sensible-
cinquante pour cent d'obstacles mente les capacités de la SCG et
ment plus petit et renforcera
en plus et de tenir au moins un offre un appui proportionnelle-
encore le besoin d'un second
obstacle de manœuvre supplé- ment plus conséquent sur l’in-
camion cargo pour les missions
mentaire. tégralité de la zone d'action.
à forte autonomie.
Cependant, du fait des élonga-
La SCG peut aussi proposer un tions occasionnées, les difficul- Enfin, à l'heure où l'infanterie
appui aux actions de freinage tés de liaison sont augmentées « quaternarise », les sections
sur deux axes (ex : CDS avec 1 à et demeurent, plus qu'aupara- nouvellement transformées du
2 groupes et un EBG sur l’axe vant, un souci pour le CDU et sur- génie ne pourront offrir l'appui
principal et SOA avec 1 groupe tout pour les CDS. numériquement à la mesure de
et un EBG sur l’axe secondaire). l'infanterie future (2008).
Le sous-officier adjoint n'étant
En participation au combat de plus limité à son seul rôle logis- La ternarisation offre cependant,
contact, notamment en zone tique, il est davantage mis à en espace ouvert comme en
urbanisée, la ternarisation aug- contribution car la section agit milieu urbain, une réelle plus-
mente la capacité d'appui débar- beaucoup plus fréquemment scin- value dans les appuis attendus
qué d'un SGTIA en procurant la dée sur plusieurs axes ou compar- par le chef interarmes tant dans
possibilité de détacher temporai- timents de terrain de la même les capacités d'action que de réac-
rement les trois groupes de com- zone d'action. Le SOA doit par tion des sections de combat du
bat aux détachements interarmes conséquent être impérativement génie.
(DIA) mis sur pied. L'action des embarqué dans un véhicule blindé
groupes, dans les trois dimen- ou protégé. Il est par ailleurs sou- Le futur GEN 120, à paraître avant
sions, consiste à faciliter la pro- haitable que ce véhicule apparaisse fin 2005, entérinera les différents
gression, à entraver les mouve- sur le DUO de la section ou soit changements évoqués dans ces
ments mais aussi à participer au clairement identifié dans les quelques lignes tout en prenant
contrôle des foules, aux opéra- modules de projection. en compte les procédures, les
tions de fouille et aux actions de véhicules, les munitions et les
sauvegarde-protection. La section d'appui d'une CCG matériels nouveaux.
(de BB ou de BM) dispose en
Pour les cas de franchissement particulier de trois EBG et d'un
sous menaces par moyens génie, char SDPMAC que le capitaine
la section de combat conserve la donne en renforcement à ses
capacité d'activer un point de pas- sections au gré des besoins.
sage (un groupe par rive à aména- Le nombre impair et restreint
ger et à maintenir) et en fonction d'EBG ou de chars SDPMAC
de la situation, le troisième groupe posera peut-être au CDU des dif-
peut recevoir la mission de prépa- ficultés pour répartir efficace-

- 86 -
S A P E U R

Chef de bataillon UN GUIDE D’EMPLOI POUR LE DÉTACHEMENT


Louis
BONFILS
D’INTERVENTION HÉLIPORTÉ DES FORMATIONS
MILITAIRES DE LA SECURITÉ CIVILE
Created in 1978, to fight against the inaccessible fires, the Helicopter
Intervention Detachment is composed of crews of the ALAT (Army
aviation) and sappers rescuers of the French Civil safety Military
Le chef de bataillon Louis BONFILS Units, this detachment operates within an unusual environment for
est chef du bureau de planifica- the Army pilots and in an air space sometimes saturated with air-
tion opérationnelle à l’état-major crafts of various categories and nationalities.
des formations militaires de la
This original concept demonstrated its efficiency especially in the
sécurité civile depuis juin 2003.
mountain areas with a particularly flammable vegetation. It’s used to
fight the fire where it is less powerful because of slope changes but
Il a commandé une compagnie
this occurs generally on particularly rough terrain, difficult to reach.
d’intervention « risques naturels » The transport helicopter allows to carry a team with equipment and
à l’UIISC 7 et a servi durant trois some 600 litres of water in one rotation.
ans comme officier opérations de
cette même unité. The DIH really became a masterpiece in the forest fire fighting forces
during the terrible summer of 2003, where the pilots had to deal with
Au cours de ces années passées au really “hot” situations.
sein des ForMiSC il a pu participer à
des opérations suite à des cyclones It became necessary to issue a unique document integrating regula-
(Antilles, Salvador, Honduras) ; des tions and information about both operations and training : The DIH
séismes (Turquie, Algérie) ou des operation handbook.
attentats (Kenya). Il a servi à l’étran-
ger comme instructeur « sauvetage It was decided that this handbook should be useful for authorities in
déblaiement » (Maroc) et « feux de charge of the operations as well as for all the staff involved (unique
forêts » (Brésil). Il a participé a des doctrine for the staff of the UIISC, the pilots and the civil safety aerial
missions d’expertises en Mauritanie, group called GMA).
en Bosnie et en Côte d’Ivoire.
This work conducted by COMFORMISC staff was realised in associa-
tion with COFAT, COMALAT, ESAG, 4th BAM, 27th BIM and UIISC 7.
The operation handbook is organised in 2 parts :
• first an operation guide dealing with the use of the DIH by autho-
rities and with the actions of the detachment staff.
• second a training guide dealing with the training of the staff and
crews of the ForMiSC.

It will be updated every year so that it remains up to date with the


new equipment and benefits of the experience in the operations.
It is the official guide about the rules of engagement dealing with the
training and operation for all actors in the DIH operations.
Créé en 1978 le Détachement
d’Intervention Héliporté de l’UIISC
n° 7 a subi de nombreuses transfor-
mations en fonction des retours
d’expériences et de l’évolution des
matériels.

Composé d’équipages de l’ALAT


(1 hélicoptère léger, deux héli-
coptères de manœuvre) et de
sapeurs sauveteurs des Forma-
tions Militaires de la Sécurité
Civile, ce détachement évolue
dans le cadre d’opérations spéci-
fiques peu habituelles aux Armées
et dans un espace aérien parfois
saturé en aéronefs de tous types
et de toutes nationalités.

- 87 -
S A P E U R

sous sling. Le Ce travail piloté par l’état-major


deuxième HM du Commande-ment des Forma-
qui a déposé le tions Militaires de la Sécurité
personnel reste Civile a été réalisé en collabora-
stationné sur la tion avec le COFAT, le COMALAT,
zone d’emport en l’ESAG, la 4e BAM, la 27e BIM et
mesure d’extrai- l’UIISC 7.
re en urgence le
détachement Le guide d’emploi est organisé
menacé par les en 2 parties, un manuel d’em-
flammes. ploi traitant de l’emploi du DIH
par les autorités et de sa mise en
Le DIH est devenu œuvre par le personnel le com-
incontournable posant, un manuel de formation
Cet outil original a démontré sa durant le terrible été 2003 qui a vu précisant les directives relatives
grande utilité dans les départe- les pilotes de l’ALAT confrontés à la formation du personnel des
ments aux reliefs prononcés et à des situations parfois très ForMiSC.
à la végétation particulièrement « limites ».
inflammable (Hautes Alpes, Alpes
Maritimes, Alpes de Haute Provence, Il est alors apparu
Haute Corse et Corse du Sud). indispensable de
se doter d’un
La manœuvre du DIH consiste à document unique
positionner 3 équipes dans un intégrant des
endroit clef du terrain inaccessible renseignements
aux moyens de lutte convention- concernant à la
nels. fois l’emploi et la
formation : Le
Ces équipes isolées attaquent le guide d’emploi
sinistre au moment où, pour des du DIH.
raisons aérologiques, il est le moins
virulent, afin de s’en assurer la La réflexion s’est
basée sur :
maîtrise. Les points favorables se
situent généralement sur des • le retour d’expérience de l’été LE MANUEL D’EMPLOI DU DIH
pentes descendantes, dans des 2003 ;
zones à faible densité de végéta-
• l’organisation d’un manuel Ce manuel décrit les missions
tion et à l’abris du vent dominant.
d’emploi type « armée de du DIH, les moyens de l’ALAT
L’emploi du DIH empêche ainsi
terre » ; mis en place chaque été dans
au feu de retrouver sa vigueur
dans le compartiment de terrain • la structure d’un guide natio- le cadre du protocole Défense/
suivant. nal de référence sapeur pom- Intérieur ainsi que les structures
pier. et les moyens du détachement.
Contrairement à la manœuvre
du « commando feux de forêts », Il a semblé important qu’une Il traite de l’organisation du
celle du DIH se caractérise par partie du guide d’emploi du DIH commandement avant et pen-
la permanence de l’eau assurée s’adresse d’une part aux autorités dant une opération. Les niveaux
par les rotations d’un HM avec des utilisatrices (connaissance, ca- d’emploi y sont détaillés ainsi
bâches de 500 à 1200 litres pacité et limites que les types des transmissions
d’engagement de utilisées. Les conditions et les
ce détachement) limites d’emploi du détachement
et d’autre part aux y sont clairement expliquées.
différents respon-
sables du détache- La dernière partie traite de la
ment (doctrine mise en œuvre du détachement
unique pour le
depuis la mise en alerte jus-
personnel des
qu’au désengagement en pas-
UIISC, les pilotes
de l’ALAT et du sant par toutes les phases de
Groupement des la manœuvre sur les lieux du
Moyens Aériens sinistre. Les mesures particu-
de la sécurité lières de sécurité et de soutien
civile). logistique y sont évoquées.

- 88 -
S A P E U R

Le manuel d’emploi doit rer la mission. La validation de


permettre à chaque per- cette démarche a été demandée
sonnel d’être capable de à l’EMAT.
se situer dans la chaîne
hiérarchique, de com- La formation collective com-
prendre la manœuvre et prend la formation au sol, la for-
de mener les actions de mation en vol et les exercices de
son niveau. synthèse.

LE MANUEL DE Elle est l’aboutissement de la for-


FORMATION DU DIH mation DIH. Elle permet de faire
travailler tous les niveaux et toutes
Complétant le manuel les spécialités ensemble. Elle est
d’emploi, le manuel de concrétisée par l’exercice de syn-
formation évoque brièvement la thèse qui est contrôlé par un l’offi-
Le manuel d’emploi se termine
formation « feux de forêts » cier des ForMiSC ayant les plus
par un grand nombre d’annexes. hautes qualifications et la plus
(parfaitement décrite dans le
Celles-ci traitent du matériel uti- grande expérience (FDF5, DIH
guide national de référence et
lisé et des différents plans de dans le référentiel emploi des ForMiSC, plusieurs campagne feux
chargement des Hélicoptères de sapeurs-pompiers) et détaille la de forêts). A l’issue de cet exercice
Manœuvre en fonction des configu- formation purement DIH. de synthèse, qui a lieu durant le
rations « Corse » ou « Continent ». mois de juin, les différents acteurs
Cette formation est divisée en pourront obtenir leur qualification.
L’annexe 14 (fiches emploi du deux :
DIH ForMiSC) est d’une impor-
tance capitale car elle détaille La formation indivi-
pour chaque poste : duelle traite l’unité
de valeur de forma-
• les missions ; tion « DIH ForMiSC »
et une formation
• les responsabilités ;
« aérocordage sécu-
• les conditions d’accès au poste rité civile ».
(en termes de pré-requis) ;
Elle tient compte de
• les conditions d’exercice (en l’évolution du guide
termes de qualifications à national de référence
obtenir et de maintien des feux de forêts et de
acquis) ; toute la spécificité
du détachement d’in-
• l’activité exercée (avant le tervention héliporté
départ, pendant l’intervention des ForMiSC.
et en fin d’intervention).
Cette spécificité liée à la mise en Parmi les documents annexés
Enfin toute la messagerie utili- place de la filière sécurité civile au manuel de formation, celui
sée durant la campagne feux de a tari la ressource externe des consacré au scénario pédago-
forêts y est présente. cadres détenant les qualifications gique de formation revêt une
de chef d’unité importance particulière. Il fixe
de haute monta- notamment :
gne ou de 3e
niveau comman- • l’objectif général et les objec-
do, nécessaires tifs intermédiaires ;
aux manœuvres • la durée des séquences ;
d’aérocordage.
• le potentiel hélicoptère néces-
Ceci a conduit les saire.
rédacteurs à ima-
giner une unité de Les autres annexes sont consa-
valeur de « chef crées à des dossiers d’exercice
largueur DIH For- « type » nécessaires à la for-
MiSC » afin d’être mation. Ces dossiers d’exer-
en mesure de cice sont des exemples pour les
continuer à assu- différentes manœuvres. Ils peu-

- 89 -
S A P E U R

vent être modifiés à la pement des Moyens Aériens et


demande en fonction en cas d’autorisation par l’EMAT
des lieux d’entraînement d’utiliser la technique de la
accordés par l’ALAT. grappe pour les extractions d’ur-
gence. Il demandera à être mis à
Le guide d’emploi du DIH jour tous les ans après concerta-
sera évolutif, notamment tion entre les différents interve-
avec la phase d’expéri- nants.
mentation du dévidoir
aérien avec les EC 145 Il demeurera néanmoins le texte
(nouvel hélicoptère en de référence pour des personnels
dotation au sein de la de toutes origines et de différents
sécurité civile) du Grou- niveaux de responsabilité.

- 90 -
S A P E U R

Capitaine LA MONTÉE EN PUISSANCE


Gaëtan
BOIREAU
DU GDNBC EN 2e R.D.
At the end of the year 2002, a lack of knowledge about NBC DEFENCE
environment was clearly identified in the Army once again during the
preparation of an eventual deployment in Iraq. At the same time, a
preparation of attempt in Paris subways was highlighted by the
Scolarité au prytanée national French police. Facing such event, the capacity to react wasnot efficient
militaire puis à l’école spéciale enough according to the authorities that is the reason why the depart-
militaire de Saint-Cyr . ment of defence decided to create a new NBC defence battalion.

A rejoint à l’issue l’école d’appli- The smaller current NBC defence battalion will grow. Its missions,
cation d’artillerie. organisation and means will be redefined. Following this evolution,
the different specialitises had known theirs.
Chef de section sol-air courte et
très courte portée, il est affecté au 10 ans après la première guerre sente la particularité d’être tota-
58 e régiment d’artillerie. du Golf, les différentes lacunes de lement projetable.
l’armée de terre en NBC ont été
Changement de domaine de spé- une nouvelle fois mises en évi- Missions
cialité pour la nouvelle filière NBC dence notamment lors de la mise
en alerte et la constitution de la Prévenir, gérer et restaurer tout
Depuis, il sert au Groupe de force en vue d’un engagement en événement à caractère NBC ou
IRAK à la fin de l’année 2002. lié aux risques technologiques.
Défense Nucléaire Biologique et
Chimique au bureau opérations
Au même moment, un attentat à Organisation
instruction puis en qualité d’offi- la ricine dans le métro parisien fut
cier adjoint en compagnie. déjoué par les renseignements 2 compagnies de défense NBC et
généraux. une section de commandement et
Il suit actuellement le cours de for- de liaison, qui ne comprennent pas
mation des commandants d’unité La capacité de réaction face à d’élément de soutien technique, de
à l’ESAG et doit prendre la tête du cette menace ne fut pas jugée chaînes ressources humaines,
2 e escadron mixte de défense NBC satisfaisante par les autorités. Le financières et administratives. Tous
du 2 e régiment de dragons à l’été ministre de la défense, par arrêté ces moyens sont fournis au quar-
2005. ministériel, décida la création d’un tier par l’école d’application d’ar-
régiment de défense NBC. tillerie ou par un corps de rattache-
ment en opération.
Le groupe de défense nucléaire
biologique et chimique sera trans- Moyens
formé en régiment de défense
NBC au 1er juillet 2005. Le GDNBC fut originellement appelé
GROUPE 24/24 car il regroupe 24
Ses missions, son organisation et VAB de reconnaissance NBC et 24
ses moyens vont être reprécisés. VLRA de décontamination modèle
En parallèle, les métiers de la F2. Depuis, 2 lots destinés aux
défense NBC suivront une évolu- équipes de reconnaissance et d’éva-
tion indispensable. luation (ERE) sont venus renforcer
ces matériels majeurs afin de
prendre en compte le risque indus-
MISSIONS, ORGANISATION ET triel. En outre, 12 VAB ont été reva-
MOYENS DE L’ACTUEL GROUPE lorisés par l’ajout d’un four chroma-
tographique.
DE DÉFENSE NUCLÉAIRE
BIOLOGIQUE ET CHIMIQUE

Créé en 1998 à Caen, le GDNBC


fut transféré en juillet 2000 à
Draguignan après avoir rejoint
pour emploi la Brigade du Génie.

Corps de niveau 1 mais dépourvu


de tout élément de soutien tech-
nique et administratif, cette
unité atypique a depuis participé
à de nombreux exercices et pro-
jections opérationnelles et pré- Le GDNBC sous sa forme actuelle

- 91 -
S A P E U R

LE 2e RÉGIMENT DE DRAGONS/ NBC ou un officier, en étant


identifié par la DPMAT
Décidée en 2002, la mutation du qui gérera le personnel
groupe de défense nucléaire bio- concerné via le bu-
logique et chimique en régiment reau APPUIS.
de défense nucléaire biologique
et chimique répondait à plu- Les travaux portent
sieurs impératifs principaux : également sur les
postes NBC des corps
• combler les lacunes de l’armée de troupe et états-
de terre face aux menaces liées majors qui n’étaient
à l’emploi d’armes de destruc- que trop peu honorés.
tion massives et à moindre
échelle prendre en compte le Au niveau corps de
risque technologique dans les troupe, les modifica-
opérations extérieures, tions seront les sui-
vantes :
• fournir à l’armée de terre les
moyens de participer à la prise - les magasins NBC
en compte des menaces liées Maquette finale du 2e RD / NBC seront gérés par des
au terrorisme y compris sur le sous-officiers du
territoire national, Seul le transfert du personnel et domaine maintenance,
matériel sera effectué en 2005.
• être en mesure de donner à - les BOI de chaque régiment
l’armée de terre les moyens recevront un personnel titulaire
Le GDNBC fusionnera avec le 2 e

adaptés pour honorer le com- du BSTAT NBC,


régiment de dragons le 30 juin
mandement de la NATO RES- 2005. - un officier du BOI aura égale-
PONSE FORCE n° 7, dès 2006 ment la qualification « officier
et plus particulièrement d’as- Arrivée de nouveaux matériels de défense NBC du corps de
surer l’ossature et le com- troupe ».
mandement du bataillon mul- Cette montée en puissance se
tinational NRBC. fera grâce au rapatriement des Dans les états-majors, les change-
VLRA de décontamination en ments suivants seront apportés :
Structures place dans les régiments de
Génie des brigades interarmes. - les postes d’officiers de dé-
fense NBC seront, à terme,
Le RDNBC sera un régiment INTER- détenus par des officiers titu-
ARMES type « 1000 hommes » Dès lors, la mission de décontami-
nation dite « approfondie » ne sera laires des stages « officier de
doté des structures classiques défense NBC d’état-major » et
régimentaires : plus assurée dans l’armée de terre
que par les personnels et matériels employés en mono-qualifica-
• 2 compagnies NBC mixtes de la défense NBC spécialisée qui tion.
regroupant les VAB de recon- mettront en œuvre de plus les nou-
naissance NBC, les équipes veaux ensembles de reconditionne- La montée en puissance de la
de reconnaissance et d’éva- ment des personnels (à base de filière NBC repositionne la France
luation et une partie des VLRA tentes à structure en aluminium, p a r m i l e s p a y s d e l ’ O TA N .
de décontamination, remplaçant les ensembles de L’évolution inévitable qui com-
douches de campagne). mence n’est pas un cas isolé.
• 3 compagnies de décontami-
nation regroupant les moyens L’ensemble des pays occidentaux
« lourds de décontamination », 26 nouveaux véhicules de décon-
réfléchissent et reconstruisent
tamination approfondie (SDA)
• 1 compagnie d’administration leur défense NBC comme l’illus-
montés sur TRM 10000 et équi-
et de soutien, trent les visites régulières de délé-
pés d’une nacelle, compléteront
gations étrangères à Draguignan
• 1 compagnie de commande- la flotte des VLRA.
qui viennent s’imprégner de l’ex-
ment et de logistique. périence française.
Le nombre de lots ERE sera porté
La montée en puissance s’étalera à 12 lots. La première phase de la montée
de 2005 à 2009 sur le camp de en puissance permet d’entrevoir
Fontevraud. EVOLUTION DES MÉTIERS les difficultés qui s’annoncent
DE LA DÉFENSE NBC notamment dans le domaine de
Le RDNBC reprendra les tradi- la formation du personnel et de
tions du 2e Régiment de Dragons Le pilote du domaine NBC achève l’aménagement des infrastruc-
et ses 400 ans d’histoire. aujourd’hui ses travaux sur les cur- tures du 2e Régiment de Dragons.
sus de carrière NBC.
Le budget 2005 de l’armée de Voilà le défi que doit relever l’ar-
terre a d’ores et déjà imposé un Désormais, il est possible de suivre mée de terre grâce, en particulier,
report de l’échéancier de cette toute une carrière dans la filière à la détermination de tous.
montée en puissance. NBC pour un EVAT, un sous-officier

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S A P E U R

For mation

Le rôle de l’école du génie dans la participation

à la préparation opérationnelle des forces .................................................................................................................. COL GRÉGO ........................................................ 95

La formation opérationnelle au sein des formations DT et mastère ...................................................... LCL LESENFANS .............................................. 99

Le combat en zone urbaine : une occasion de repenser la formation .................................................. LCL GALLINEAU .............................................. 101

L’appui des plongeurs de l’armée de terre dans le combat

en zone urbaine ; les réseaux suburbains .................................................................................................................... CNE BALLA .......................................................... 103

La simulation JANUS et le SIR au profit de la formation et de l’entraînement ............................ CNE ECHARD ...................................................... 107

- 93 -
S A P E U R

- 94 -
S A P E U R

Colonel LE RÔLE DE L’ÉCOLE DU GÉNIE


Pierre
GRÉGO
DANS LA PARTICIPATION
À LA PRÉPARATION
OPÉRATIONNELLE DES FORCES
Saint-Cyrien de la promotion Since 1978, the French Engineering is continuously taken on over-
Montcalm (80-82), le colonel seas theatres such as Lebanon, ex-Yugoslavia, Iraq, Cambodia,
Pierre GRÉGO est actuellement Kurdistan, Rwanda, Chad, Afghanistan, Ivory Coast…
directeur général de la forma-
tion à l’ESAG. Both operational level and the quality of the operational training of
the units have been proved decisive for the mission to be fulfilled,
Lieutenant à la 59 e CGDIMa puis whatever the engineer unit committed. Otherwise, training schools
au 6 e RG, commandant d’unité have rare training ways that help the regiments completing their
au 32 e RG et chef de BOI au operational trainings in their own structures. That is the reason why
5 e RG, il commande le 5 e RG de all the French schools are tasked to participate in this units’ training.
2001 à 2003. The French Engineer School is involved in the (Army Chief of Staff,
ACOS) CEMAT’s second aim of the plan :“professional French army
Chef de section de combat à 2008” named “give a main part to the preparation of the operational
Beyrouth en 1984, adjoint au commitment”. The school is involved through teaching courses
commandant d’unité au Sud- strongly turned towards the first employment. However, the most
Liban en 1986 puis chef opéra- important in the relationship between the engineering units and
tions du BATGEN 4 au Kosovo their School lies in an “engineering network”.
en 2000, il commande ce même
bataillon en 2002 au sein de la The units’ learnt lessons and the constructive proposals will be help-
ful to make a choice concerning doctrine and programmes. The
brigade multinationale nord.
French Engineer School has taken a stand to carry out its new mis-
sion of participation in the forces’ operational training. Articles follo-
Le colonel GRÉGO est ingénieur
wing underline this will.
diplômé de l’école nationale des
ponts et chaussées et breveté
de l’enseignement militaire Le génie français est engagé sans Réellement pris en compte à
supérieur. interruption depuis 1978 sur les l’ESAG à partir du cycle 2003/2004,
théâtres d’opérations extérieures cette mission s’inscrit naturelle-
qui ont marqué la politique étran- ment dans le 2e objectif du projet
gère de la France : Liban, Ex- « armée de terre profession-
Yougoslavie, Irak, Cambodge, nelle 2008 » du CEMAT : « donner
K u r d i s t a n , R w a n d a , Tc h a d , un rôle central à la préparation à
Afghanistan, Côte d’Ivoire, etc.
l’engagement opérationnel ». Elle
Le niveau opérationnel détenu se concrétise par des orientations
mais aussi la qualité de la prépa- pédagogiques résolument tour-
ration opérationnelle de l’unité nées vers la formation au premier
projetée se sont avérés détermi- emploi, en privilégiant le pragma-
nants pour le bon déroulement de tisme et l’aguerrissement, et par
la mission et ce, quel que soit le des actions concrètes participant
régiment du génie engagé. Par directement à la préparation
ailleurs, les écoles de formation des modules projetés. Dans ce
de spécialité disposent de moyens domaine, les articles constituant
particuliers et généralement rares,
ce dossier « Formation » sont de
susceptibles de permettre aux
nature à démontrer l’engagement
régiments de compléter la prépa-
ration opérationnelle de leurs uni- de l’école dans cette nouvelle mis-
tés ou de leurs structures de com- sion. Mais c’est bien l’animation
mandement. C’est dans ce cadre d’un réseau génie transverse qui
que le CoFAT(1) a fixé en 2003 à constitue la véritable clé de voûte
l’ensemble des écoles la mission des relations qui doivent exister
de participer à la préparation entre les formations du génie et
opérationnelle des formations. leur école.

(1) CoFAT : commandement de la formation de l’armée de terre.

- 95 -
S A P E U R

Les témoignages de type RETEX rique. Cette nouvelle répartition Ainsi, le centre tactique et le sys-
de deux capitaines réalisant le aspire à rendre à nos formations tème de simulation JANUS, utili-
cours des futurs commandants le pragmatisme qu’elles requiè- sés de façon régulière, permettent-
d’unité 2004/2 sont une bonne rent. Ont notamment été mis en ils de faire « jouer » tous les jeunes
illustration de ce que l’on peut place des visites de chantiers pour officiers, en créant des situations
attendre de ce réseau génie. les uns, du drill pour les autres, particulières difficilement réali-
des cas concrets pour tous. Ce sables sur le terrain ou en chan-
réalisme retrouvé est complété geant à volonté le rythme de la
PRIORITÉ À LA FORMATION par des séances d’aguerrissement manœuvre. Des exercices réels,
AU PREMIER EMPLOI physique et mental dans le but de joués avec des unités organiques
forger les esprits et les corps. Elles fournies par les régiments dans
Pour les écoles d’application et s’appuient généralement sur des le cadre du partenariat, viennent
celle du génie en particulier, parti- activités qui demandent au sta- compléter la formation et clôturer
ciper à la préparation opération- giaire de fournir un effort impor- chacun des objectifs pédago-
nelle des formations du génie tant l’amenant ainsi à se dépasser giques qui ponctuent les stages.
commence en premier lieu par et à connaître ses limites. Au total, ce sont six mises en
une amélioration de la formation situation de commandement d’une
à l’emploi tenu par le stagiaire L’ensemble des stages de l’école durée de 5 heures chacune par
immédiatement après son départ est donc tenu d’organiser deux lieutenant et trois d’une durée de
de l’école : chef de section opéra- 3 heures par capitaine qui leur per-
séances mensuelles d’aguerrisse-
tionnelle en établissement du mettent de se préparer à leur futur
ment de durée variable, de jour
génie pour un diplômé technique, emploi. Par ailleurs, une démarche
et/ou de nuit, physique et/ou men-
chef SLI(2) pour un certifié tech- « gagnant/gagnant » est systéma-
tal. Elles sont complétées par cinq
nique, commandant d’unité, chef tiquement recherchée dans la mise
raids militaires et sportifs qui
de section et chef de groupe res- en œuvre du partenariat en organi-
ponctuent l’année scolaire et sont
pectivement pour les capitaines, sant des exercices répondant à la
mis à profit pour développer la
les lieutenants ou les sergents. fois aux objectifs pédagogiques
cohésion et la connaissance
attendus et au besoin légitime des
mutuelle entre officiers, sous-offi-
C’est la raison pour laquelle tous unités partenaires en matière
ciers et militaires du rang.
les stages ont été articulés en un d’instruction collective.
tronc commun d’une part, et une
Malgré la perte de ses moyens
période de formation différenciée L’aisance du commandement
propres d’instruction (sections et
d’autre part, celle-ci étant ciblée repose aussi sur une meilleure
compagnies organiques), l’école
sur le type d’unité dans laquelle maîtrise du management des res-
s’emploie également à dévelop-
les stagiaires seront appelés à sources humaines enseigné dans
per l’aisance du commandement
servir. En fonction des régiments un module plus dense et réadapté
en particulier par l’augmentation
choisis, les lieutenants de la DA sur le plan pédagogique : connais-
du nombre de mises en situation
rejoignent ainsi en mars de chaque sance des cursus de carrière,
de responsabilité.
année leurs nouvelles brigades orientation et notation des subor-
d’instruction - combat du génie,
travaux et aide au déploiement -
pour une période de formation
différenciée. Les lieutenants ayant
choisi de servir dans le domaine
« Sécurité » partent quant à eux
directement à la BSPP ou au
ComFORMISC pour suivre une
formation spécifique. Mais cette
orientation pédagogique forte est
surtout complétée par des axes
d’efforts qui devraient réjouir les
futurs employeurs.

En premier lieu, nous avons choisi


de favoriser l’apprentissage par la
pratique, de multiplier les activités
sur le terrain et de limiter au strict
nécessaire l’enseignement théo-

(2) SLI : service local d’infrastructure.

- 96 -
S A P E U R

DES ACTIONS CONCRÈTES combat en zone urbaine : une


PARTICIPANT DIRECTEMENT occasion de repenser la forma-
À L A P R É PA R AT I O N D E S tion).
MODULES PROJETÉS
Par ailleurs, les stages 2004 des
Cinq créneaux par an, d’une durée chefs de corps et des chefs de BOI
d’une semaine, sont ainsi réser- ont vu pour la première fois la
vés aux régiments pour entraîner mise en place d’un module tac-
leur PC régimentaire (lire La simu- tique qui permet à ceux qui ont
lation JANUS et le SIR au profit de quitté depuis longtemps le corps
la formation et de l’entraînement). de troupe de revoir les procé-
donnés, revue de catégories, Le 19e régiment du génie, premier dures, le fonctionnement d’un
exercice du commandement, etc. régiment à avoir testé cette for- PCR et d’un centre de mise en
Il s’appuie désormais sur des mule en janvier 2004, a pu ainsi se œuvre du génie (CMO) ou encore
séances conduites par des acteurs les méthodes de raisonnement
rendre compte de l’intérêt péda-
en poste (commandants d’unité, face à un problème tactique. Dans
gogique de la simulation : accélé-
chanceliers, DRH et présidents le même esprit, un module opéra-
ration ou répétition de phases,
de catégorie), sur le déroulement tionnel a été intégré dans les sco-
faible coût, analyse après action,
d’exercices et l’étude de cas larités scientifiques du Mastère et
etc. A l’été 2005, l’école se sera
concrets en particulier de notation. du diplôme technique au profit des
également dotée d’une infrastruc-
ture permettant le déploiement officiers devant rejoindre la com-
La coopération interarmes reste posante infrastructure du génie.
également un souci constant de des PCR hors du centre tactique et
S’inscrivant parfaitement dans la
l’école en particulier pour la for- reliée au système JANUS. Le réa-
démarche de formation du pre-
mation des officiers du CFCU et lisme en sera alors d’autant plus
mier emploi, ce module permet
de la DA. Le thème des exercices grand. Seule à détenir des moyens
aux stagiaires d’apprendre les
tactiques repose généralement d’instruction sur le système
procédures de passation de mar-
sur l’engagement d’un GTIA d’information régimentaire (SIR),
chés en opérations extérieures
que le sapeur va s’employer à l’école propose aussi aux utilisa-
avec les entreprises locales, de
appuyer. L’implication forte des teurs des régiments des stages de
posséder les notions indispen-
officiers instructeurs de l’infante- formation sur ce système.
sables de pathologie des infra-
rie, de l’arme blindée et cavalerie
structures (bâtiments, ponts,
et de l’artillerie mais aussi le Depuis 2004, il est également pro- routes, etc.) dans un contexte
partenariat avec l’EAI et l’EAABC posé aux formations de profiter post-conflictuel ou encore de
(participation des lieutenants de des installations de l’école pour connaître l’organisation et le
la DA aux exercices des CFCU leur mise en condition opération-
de Montpellier et de Saumur) fonctionnement des chaînes de
nelle (MCO) et leur instruction col- commandement françaises, onu-
permettent à nos sapeurs d’ap-
lective : zones de lancement des siennes ou otaniennes en opéra-
prendre à proposer l’emploi de
ponts de charpente et des ponts tions extérieures (lire La forma-
leurs moyens et à dialoguer
Bailey et Mabey-Johnson, piste tion opérationnelle au sein des
avec le chef interarmes.
d’audace, installations techniques formations du DT et du Mastère).
pour l’infrastructure opération-
Dans le cadre de sa mission de
nelle et l’électromécanique, etc. La liste de ces actions n’est pas
formation des futurs cadres,
Ainsi un programme « à la carte » exhaustive mais permet d’illustrer
l’école a donc pris volontairement
le parti de choisir des orientations a-t-il été organisé à deux reprises la volonté de l’école d’aider les
pédagogiques qui participent au profit du 5e régiment du génie régiments dans leur préparation
directement à la préparation à pour son départ en Côte d’Ivoire opérationnelle en mettant rapi-
l’engagement opérationnel. Mais dans le cadre de la mission dement en oeuvre des actions
depuis maintenant deux ans, elle ONUCI. L’école participe enfin à la simples, concrètes et adaptées.
s’emploie également à mettre en montée en puissance du centre Mais ce dispositif ne trouvera sa
œuvre de nombreuses actions d’entraînement aux actions en vitesse de croisière et sa véritable
concrètes, directement au profit zone urbaine (CENZUB) en élabo- légitimité qu’au travers d’un
des formations du génie dans le rant des fiches de séances et en réseau génie s’appuyant sur des
cadre de leur préparation opéra- formant en septembre 2005 les relations transverses simples et
tionnelle. instructeurs du CENZUB (lire Le efficaces.

- 97 -
S A P E U R

L’ESAG : CLÉ DE VOÛTE DU Les annales et corrigés des lité du guide, quelquefois de l’ar-
RÉSEAU GÉNIE épreuves des dernières années bitre, dans tous les cas de l’éche-
viennent peu à peu compléter lon de cohérence que doit être
La direction des études et de la cette base de données. Il s’agit l’école.
prospective de l’école (DEP) est le maintenant de la faire vivre et de
principal acteur dans ce domaine, l’améliorer en s’appuyant sur les Ainsi, que ce soit au travers
en particulier dans sa dimension avis et les propositions des utilisa-
d’orientations pédagogiques prô-
doctrine d’emploi, organisation et teurs.
nant le retour à l’aguerrissement,
effectifs ou encore définition des
au drill et d’une manière plus
cursus de carrière. Elle représente De même, les stages d’informa-
tion des chefs de corps et des générale à une meilleure prépara-
l’échelon de cohérence entre les
unités du génie (le 3e cercle) et chefs de BOI, principaux rassem- tion au premier emploi, ou au tra-
l’environnement haut (l’EMAT/BCSF blements des acteurs du 3e cercle, vers de mesures concrètes dans
et BSA, la STAT/MOB, le CDEF, le doivent être davantage perçus par les programmes et la manière de
CFAT et l’école pour le 1er cercle, et les participants comme l’occasion les conduire, l’école s’est résolu-
l’IAT, la DPMAT/Appuis, le CFLT, la d’échanger des idées, des préoc- ment engagée dans l’accomplis-
DCG, la brigade du génie, la BSPP cupations ou des recettes qui ont sement de sa nouvelle mission de
et le ComFORMISC pour le 2e cercle). fait leurs preuves que comme des participation à la préparation opé-
La direction générale de la forma- stages scolaires où seule l’école rationnelle des forces.
tion (DGF), quant à elle, se doit de apporte la bonne parole. L’impli-
participer activement à ce réseau, cation active des participants doit Les quelques articles proposés
en particulier au sein du 3e cercle, être le véritable moteur de ces
dans ce dossier dédié à la forma-
afin d’adapter en permanence les stages, en fait leur seule raison
tion cherchent à souligner cette
stages aux évolutions des besoins d’être.
volonté. Consciente du rôle im-
réels des unités. L’organisation en
février 2005 d’un séminaire des Enfin, la démarche Qualité contri- portant qu’elle doit jouer en
directeurs de plongée est l’illus- bue elle aussi à l’animation de ce matière de liens et de cohérence,
tration concrète de cette volonté. réseau. La certification ISO 9001, l’école a besoin de recevoir des
Les régiments participeront aux obtenue en juillet 2003, impose à avis et des propositions construc-
études en cours sur le concept l’école de conduire des évalua- tives pour valider ses choix en
d’emploi des PAT(3), l’appui qu’ils tions « à froid », directement au matière de doctrine, d’emploi,
peuvent fournir dans le combat en sein des formations. Elles consis- d’équipements mais aussi de for-
zone urbaine, les équipements, tent à recueillir l’avis des « em- mation, pour améliorer encore le
les cursus et programmes de for- ployeurs » (chefs de corps, chefs dispositif mis en place et pour
mation, etc (lire L’appui des plon- de BOI, commandants d’unité) adapter les programmes au
geurs de l’armée de terre dans le sur les jeunes cadres arrivés besoin des unités.
combat en zone urbaine ; les en cours d’année. Ces derniers
réseaux suburbains). sont également invités à se pro-
Pour cela et à l’instar de ce que
noncer sur la formation qu’ils ont
reçue au regard de l’emploi qu’ils font d’autres armes, l’ensemble
Reposant en grande partie sur les
échanges avec et entre les sta- occupent. Ce dispositif vient com- des membres du réseau génie
giaires dont l’expérience peut être pléter utilement les évaluations doit pouvoir échanger des idées
mise au profit de tous (chaque sta- « à chaud » conduites à la fin des et des informations d’une
giaire rédige une fiche RETEX), le stages. Toutes les remarques for- manière libre, informelle et
contact permanent avec les unités mulées sont alors étudiées et, une simple. La mise en place d’un
peut être utilement complété par fois validées, viennent amender réseau de type « Web Gen », avec
l’emploi du réseau Intraterre. les programmes. pour support technique le réseau
L’échange d’informations et de Intraterre, permettra de relier les
données y est facile, rapide et effi- Partenariat inversé, stages des trois cercles, y compris les offi-
cace, le travail des uns pouvant chefs de corps et des chefs de ciers du génie affectés à des
profiter aux autres en quelques BOI, séminaires, évaluations « à
postes clés, afin de mieux posi-
secondes. C’est en s’appuyant sur froid », autant d’exemples qui
tionner notre arme en termes de
ces possibilités que l’école a créé démontrent concrètement l’acti-
projections extérieures, d’équipe-
au premier semestre 2004 un vité du 3e cercle. Pourtant, pour
« portail » permettant à tous les être efficace, ce cercle a besoin de ments, d’emploi ou de formation.
candidats aux concours et exa- membres actifs et constructifs, Ce réseau, l’école doit le créer dès
mens de trouver « en ligne » les convaincus de la nécessité 2005 et ses membres se mobiliser
textes réglementaires et les docu- d’échanger leurs informations, pour l’animer de manière active et
ments susceptibles de les aider leurs interrogations et leurs diffi- constructive.
dans leur préparation. cultés, convaincus aussi de l’uti-

(3) PAT : plongeur de l’armée de terre.

- 98 -
S A P E U R

Lt-colonel LA FORMATION OPÉRATIONNELLE


Olivier
LESENFANS
AU SEIN DES FORMATIONS DT ET MASTÈRE
Infrastructure actions have soared because of the involvement of the
French forces in several theatres of operations all over the world.

An engineering graduate of the French Engineers School is supposed


I.A. de la promotion Lieutenant to be able to achieve engineering mission everywhere, at any times,
Henri Leclerc de Hautecloque especially those arising from the defence builder service.
(82-83), le lieutenant-colonel
Olivier LESENFANS est actuel- The officer has to know both theoretic and practical knowledge inclu-
lement professeur Eau-Environ- ded in the training of the new field of operational knowledge. That
nement et directeur de stage du takes the most important part of the courses.
diplôme technique à la Division
However, learning English (basic or specific language) becomes
de l’Enseignement Scientifique
essential to get the necessary skills. Therefore, the DT trainees have
au sein de la DGF.
to reach the score of 750 at the TOEIC.
Lieutenant au 10 e RG, puis au Concerning basic and technical learning, the trainees are taught
5 e RG, commandant d’unité au various skills such as :
10 e RG, il a été chef SMO à - The correct international procedure
l’EG de Rennes puis chef de la - Water production
section Eau-Environnement du - The way to work with civil engineering works
STBFT. - Specific skills (tracks, electricity production…)

Le lieutenant-colonel LESENFANS
est diplômé technique, ingé- Les engagements récents des rieures. Pour cela, de nombreux
nieur de l’École Supérieure du armées françaises en Centre officiers du génie, provenant de
Génie Militaire et ingénieur de Europe, Afrique et Asie centrale tous les niveaux du service du
l’École Nationale de la Santé démontrent l'importance accrue, génie, participent à l’instruction
Publique. en termes d'infrastructure, des des stagiaires sous forme d’ana-
actions au profit des forces pour lyses de retour d’expérience, dis-
assurer les conditions optimales pensées à l’ESAG. L’armée de
de leur engagement ou encore l’air contribue aussi à cette ins-
des actions au profit de l'envi- truction par sa direction centrale
ronnement civil pour faciliter le des infrastructures de l’air.
retour à des conditions de vie
normales. Ces fortes exigences opération-
nelles impliquent la définition
Les actions majeures que doit d'un management d'opérations
mener l'ingénieur militaire spécia- d'infrastructure différent de celui
liste en infrastructure (bâtiment et usité en métropole et l'utilisation
génie civil) sont d’une grande de solutions conceptuelles, tech-
ampleur. Il doit aménager, recons- niques et de gestion adaptées au
truire, expertiser, et ce en partena- contexte. La vocation de ces deux
riat avec les responsables et diplômes est donc de couvrir
entrepreneurs locaux. Il est le l'ensemble des connaissances
conseiller du chef militaire dans théoriques et pratiques requises
ces zones de tension. De plus, il par ce nouveau champ d’action.
doit être capable d’évoluer dans
un environnement le plus souvent
multinational.

La formation opérationnelle au
sein des scolarités des diplômés
techniques et des mastères est
apparue indispensable car non
dispensée dans les écoles et insti-
tuts civils. Elle constitue par là
une spécificité de l'école supé-
rieure et d’application du génie et
Destruction bâtiment - Bosnie
s’appuie sur les opérations exté-

- 99 -
S A P E U R

En fin de formation, tout officier En ce qui concerne la


ingénieur de l'école ou titulaire maîtrise des langues, la
d’un mastère spécialisé doit être priorité est donnée à
c a p a b l e d ' a s s u r e r, d a n s l e s l'anglais. Les objectifs
domaines techniques comme sont le perfectionnement
administratifs, dans un contexte en anglais général et
de paix, de crise ou de guerre, l’obtention du niveau
les missions relevant : T.O.E.I.C 750 (pour les
• du conseil en infrastructure DT).
auprès du commandement ;
Les modules de 2e année
• de la maîtrise d'ouvrage pour comportent une orienta- Destruction pont routier - Kosovo
la participation à la définition tion dans le domaine du
et au suivi des opérations BTP afin de maîtriser le
d'infrastructure ; faire une évaluation des
vocabulaire élémentaire dans le dégâts et des réhabilitations
• de la maîtrise d'œuvre pour la domaine du génie civil et du bâti- nécessaires pour un pont
réalisation des études et des ment. Cette formation se traduit, ruiné ou endommagé.
travaux ; entre autre, par des soutenances
orales de certains projets.
• de la gestion du domaine du • les techniques particulières
ministère de la Défense. (pistes, constructions diver-
En ce qui concerne les connais-
sances générales et techniques, il ses, durcissement des bâti-
Exprimé de manière plus géné- ments, production d'électri-
rique, ces diplômes visent à for- s'agit de donner aux stagiaires
des compétences dans les cité,...).
mer des officiers ingénieurs spé-
cialistes en infrastructure (bâti- domaines suivants : - Initier les stagiaires à l’iden-
ment et génie civil), aptes à • les procédures multinatio- tification des ouvrages d’art
assurer, en tous temps et en nales dont les procédures existants (types et maté-
tous lieux, les missions du génie otanniennes et onusiennes. riaux) et leur mode de réali-
et notamment celles du service sation.
constructeur de la défense. - Préparer les stagiaires à la
fonction de conseiller du En outre, la certification ISO
Dans cet enseignement, sont commandement dans les 9001 de la formation de l’ESAG
traités d’une part les complé- domaines de l’infrastruc- par l’AFAQ permet de donner un
ments techniques nécessaires à ture opérationnelle, y com- certain relief à ces diplômes
la formation de l'ingénieur et pris le management des ainsi qu’à l’ensemble des
d’autre part la maîtrise de entreprises civiles locales. scolarités.
l’anglais opérationnel par la • la production de l'eau,
connaissance des structures
multinationales, ceci afin de - Donner au stagiaire l’apti-
répondre au mieux aux besoins tude et la capacité à recher-
actuels et futurs. cher une ressource brute
superficielle ou profonde
afin de la caractériser en
vue de définir les moyens
de traitement à mettre en
œuvre pour produire de
l’eau destinée à la consom-
mation humaine en opéra-
tion et/ou situation de crise.

• le « fonctionnement » des ou-


vrages d'art (ponts endomma-
gés, portance résiduelle,…),
- Comprendre le schéma sta-
tique en vue d’estimer la
portance résiduelle et l’ex-
ploitation éventuelle d’un
pont endommagé.
- Rendre les stagiaires aptes à
participer à une opération
Destruction charpente
de conception d’un pont en
Mitrovica
OPEX et leur permettre de

- 100 -
S A P E U R

Lt-colonel LE COMBAT EN ZONE URBAINE :


Éric
GALLINEAU
UNE OCCASION DE REPENSER
LA FORMATION

The evidence from recent urban operations, from Grozny to Fallouja,


Issu de l’Ecole Spéciale Militaire shows that the engagement of asymmetric forces is now the norm.
de Saint-Cyr (1985-1988), le lieu- However, the majority of our doctrine for both individual and collec-
tenant-colonel GALLINEAU a tive training assumes the engagement of symmetric forces and does
commandé une compagnie de not reflect the new reality of asymmetric operations.
combat et d’appui au 10 e régi-
ment du génie à SPIRE. Due to the intensity and the remorselessly dynamic nature of such
engagements, from the perspective of the soldiers engaged, it is
clear that training for urban operations offers us an opportunity to
Stagiaire de la 113 e promotion
change and improve our training focus.
du Cours Supérieur d’Etat-Major,
il rejoint l’Ecole Supérieure et
d’Application du Génie à l’issue La diminution du risque d’un en- thèse et de coordination qui per-
du CID. gagement symétrique de haute met de dispenser aux stagiaires,
intensité et la multiplication des particulièrement du cours des
Après deux années à la tête de la actions des forces terrestres en futurs commandants d’unité
division d’application, il com- zone urbaine, de Grozny à Fallouja, (CFCU) et de la division d’appli-
mande actuellement la division provoquent un nouvel élan qui cation (DA), une formation finali-
formation opérationnelle qui sée. Chaque savoir-faire tactique
touche simultanément la doctrine,
assure l’encadrement du CFCU, et/ou technique est élaboré et
la formation et l’entraînement.
la formation tactique et la simu- positionné avec soin dans un
lation. tout cohérent. Les objectifs opé-
Du fait de son caractère résolu-
ment dynamique mais aussi de rationnels « traditionnels » d’ap-
l’intensité de l’engagement qu’il pui direct et d’appui général font
induit pour le combattant, le ainsi l’objet, chaque année, de
combat en zone urbaine consti- revues de programmes et d’éva-
tue une opportunité de donner luation qui visent à les réactuali-
un second souffle à la formation. ser en fonction de l’évolution de
la doctrine, des directives du
Impliquée dans le sillage immédiat CoFAT et/ou des équipements.
de la direction des études et de la
prospective (DEP), la direction Pour les missions « classiques »
générale de la formation (DGF) de d’appui à la mobilité, à la contre-
l’Ecole supérieure et d’application mobilité et d’aide au déploiement,
du génie doit aujourd’hui relever le ce processus de suivi consiste, de
défi de former, sans attendre, ses fait, en une sorte de veille opéra-
stagiaires aux actions en zone tionnelle, tant le sillon a été mainte
urbaine (AZUR) et d’utiliser cette fois retourné dans ce domaine. En
dynamique pour aborder certains revanche, avec le concept AZUR, la
pans de la formation sous un jour démarche est radicalement diffé-
nouveau. rente.

Sous l’impulsion du chef d’état-


DOCTRINE ET FORMATION : major de l’armée de terre, le
UN CHANTIER COMMUN chantier des actions en zone
urbaine s’est ouvert simulta-
Une des missions de la DGF nément sur plusieurs fronts. Il
consiste, après approbation de la s’est concrétisé dès 2004 par
DEP, à mettre en cohérence, au la création du centre d’entraîne-
sein des programmes, les diffé- ment aux actions en zone urbaine
rents domaines qui sont à étu- (CENZUB) à SISSONNE. Cette
dier pour l’atteinte d’un objectif mise en place a reçu l’appui des
opérationnel. La division forma- écoles d’application de l’infante-
tion opérationnelle (DFO) consti- rie, de la cavalerie, de l’artillerie
tue l’échelon d’analyse, de syn- et du génie.

- 101 -
S A P E U R

C’est ainsi que la DFO se trouve l’enseignement scientifique ture, percement d’une ouverture,
étroitement associée à la DEP (DES) et une semaine de lots d’effraction, engins spéci-
pour différents dossiers : rédac- savoir-faire tactiques et
fiques,….).
tion du nouveau GEN 214 sur l’ac- techniques ciblés sur l’engage-
tion du génie en zone urbaine, ment d’une section de combat
expression de besoins spéci- détachée, En liaison avec la division simula-
fiques en matériels et équipe- tion et recherche opérationnelle,
- des exercices d’appui au com-
ments, élaboration des cours qui
bat en ZURB réalisés avec une l’école se prépare à accueillir le
seront dispensés aux unités de
compagnie d’infanterie sur le système de simulation tridimen-
passage au CENZUB.
terrain, au cours d’un camp,
sionnel SOSIE (Système Optimisé
où les chefs de section joueurs
Cette synergie entre la DEP et la de Simulation virtuelle pour l’Ins-
DGF permet d’aborder la forma- peuvent découvrir la com-
plexité de commander une truction et l’Entraînement) qui per-
tion au combat en zone urbaine
avec audace et imagination. section physiquement éclatée mettra aux stagiaires chefs de sec-
au sein des unités d’infanterie.
tion et chefs de groupes, d’évoluer
UN DISPOSITIF DE FORMA- Pour le CFCU, la préparation au dans un monde virtuel saisissant
TION QUI SE MET PROGRES- combat en ZURB s’appuie sur : de réalisme. Ils pourront mener
SIVEMENT EN PLACE - d’une part, un module d’une un combat interarmes en réseau,
semaine de connaissances dans un environnement urbain.
Sans préjuger des écrits futurs, il d’infrastructure opérationnelle Par delà un aspect de prime abord
importe dès à présent de prendre dans le tronc commun à tous
en compte dans les programmes, ludique, ce moyen de simulation
les capitaines, quelle que soit
les éléments actuellement exploi- leur composante, dispensé par placera les « joueurs » dans des
tables. Il est en effet possible de la DES, conditions de combat psychologi-
donner d’ores et déjà aux sta-
- d’autre part, une semaine de quement et nerveusement proches
giaires des orientations sur ce
que sera le combat de demain en cours, de conférences histo- de la réalité avec la sanction immé-
zone urbaine (ZURB) pour le riques et d’exercice pour les diate du feu ennemi. Toutes les
génie français. stagiaires combat et logistique opérations seront effectuées en
au cours de la phase de forma-
tion différenciée. temps réel et les résultats des
Bien loin du traditionnel « combat
loc » enseigné auparavant, la actions effectuées sur le « terrain »
formation aux actions en zone DES PISTES DE PROGRÈS À seront visuellement et immédiate-
urbaine nécessite une vision glo- APPROFONDIR ment vérifiables.
bale et transverse sur de nom-
breux domaines : histoire mili- La prochaine étape consiste à
taire et RETEX pour connaître Le chantier est immense, passion-
soumettre cette formation exis-
tous les cas de figures recensés, tante au crible de la doctrine, au nant et hautement fédérateur
emploi et mise en œuvre des uni- fur et à mesure de l’avancement d’énergie. Devant l’ampleur de la
tés du génie pour répondre effica- de ses travaux. Il s’agit d’abord tache, pensons à cette anecdote
cement aux besoins spécifiques d’enrichir les programmes des
de l’interarmes, aguerrissement historique : l’Empereur Napoléon
savoir-faire spécifiques actuel-
pour une préparation physique, lement non-étudiés puis à les 1er ayant constaté que ses troupes
morale et psychique à un type de rationaliser en fonction des souffraient de la chaleur sur les
combat particulièrement éprou- ressources dédiées (moyens routes de France avait ordonné
vant et stressant, emploi repensé d’entraînement, partenariat,…).
des matériels en dotation et maî- que l’on y plantât des arbres de
L’objectif final consiste à dis-
trise des nouveaux équipements. penser à tous les cadres du rive. Un des ses généraux lui fit
génie une instruction de base alors poliment remarquer que ces
Depuis la scolarité 2001-2002, aux actions en zone urbaine au arbres ne seraient « efficaces » que
la DFO a déjà mis en place des
cours de leur cursus de formation. dans 15 ans. Ce à quoi l’Empereur
bases solides qui serviront à bâtir
les programmes futurs. répondit « raison de plus pour
Les formateurs de l’ESAG
doivent relever le défi personnel commencer immédiatement ! ».
Pour la DA, la formation au com-
de se former eux-même sur des
bat en ZURB est actuellement uni-
connaissances qu’ils ne maîtri-
quement dispensée, en phase dif-
sent pas a priori, d’enrichir leur
férenciée, aux lieutenants de la
culture militaire, notamment his-
composante combat :
torique et de répondre présent à
- un module de deux semaines toutes les sollicitations de la part
de formation au combat en de la DEP, de l’EMAT/BPO et du
zone urbaine articulé en une CENZUB. L’ESAG, quant à elle,
semaine de connaissances doit s’équiper des matériels et
bâtimentaires (bien connaître des installations simples néces-
la ville pour bien s’y battre) saires aux apprentissages de
prodiguée par la division de base (durcissement d’infrastruc-

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S A P E U R

Capitaine L’APPUI DES PLONGEURS


Laurent
BALLA DE L’ARMÉE DE TERRE DANS
LE COMBAT EN ZONE URBAINE ;
LES RÉSEAUX SUBURBAINS
Le capitaine BALLA a servi au
32 e RG et au 17 e RGP comme Knowledge of the nature and location of underground facilities is
sous-officier. Ensuite, à l’issue valuable to both the urban attacker and defender. Army divers are
de l’EMIA (92-94), il sert au 6 e RG able to conduct recce in order to allow the movement of units
beneath the fighting and surface behind the enemy.
et au 2 e RG. Il y occupe respecti-
vement les fonctions de chef de
détachement d’intervention nau- Depuis vingt ans, de Beyrouth à • Les égouts
tique et commandant d’unité. Mitrovica en passant par Sarajevo,
les forces sont engagées et s’ins- Dans les agglomérations moder-
Directeur de plongée qualifié tallent principalement dans les nes, les collecteurs d’égouts peu-
« intervention offensive », il a zones urbaines, chacune reposant vent former un réseau tentacu-
notamment servi en Bosnie au sur une multitude de souterrains laire, le plus souvent en doublant
sein d’un DLRG de plongeurs, empruntables par une troupe spé- le réseau de voirie de surface. Ils
réalisant diverses missions opé- cifiquement équipée et entraînée. permettent alors d’atteindre les
rationnelles de plongée dont centres urbains (commerciaux,
une reconnaissance dans un S’il est évident que le domaine des communications, transport, ali-
tunnel immergé, sous la piste de mentation en énergie, etc.).
réseaux suburbains ne leur est pas
l’aéroport de Sarajevo.. réservé, les plongeurs de l’armée
de terre (PAT) sont naturellement
Il a rejoint l’ESAG en 2002, à la
les spécialistes de ces réseaux de
tête du cours des plongeurs de
par leurs capacités techniques,
l’armée de terre.
leurs qualifications et leur entraî-
nement.
À ce titre, il est responsable de
l’instruction individuelle des
Une description des différents
PAT. Il fournit aussi les exper-
réseaux suburbains permet
tises dans tous les domaines de
d’aborder leur intérêt tactique et
la plongée militaire, du concept
la formation dispensée à l’ESAG
d’emploi à l’expérimentation du
dans ce domaine. • Les évacuateurs d’eau pluviale
matériel, en passant par la régle-
mentation et le soutien sanitaire Ce type de réseau tend de plus en
des activités nautiques. TYPOLOGIE DES DIFFÉRENTS plus à être dissocié du réseau
RÉSEAUX SUBURBAINS d’égout dont il a les mêmes carac-
téristiques. D’un diamètre moyen
Peu connus malgré leur omni- de 140 cm, il est facilement em-
présence en ville, les types de pruntable par des unités aguer-
réseaux qui se prêtent à la pro- ries. Il s’agit du réseau qui paraît le
gression des unités sont : plus exploitable car il se déverse
le plus souvent dans la rivière qui
traverse la ville. Les plongeurs
• Les réseaux d’adduction d’eau n’ont alors qu’à trouver ces en-
trées après une infiltration par le
Avec des buses de diamètres 80 et cours d’eau. Il suffit de passer une
110 cm, comme dans les Balkans, portion parfois submergée sur
ils sont courants en aggloméra- quelques dizaines de mètres de
tion. En temps de conflit, l’adduc- long pour se retrouver au sec et
remonter en pleine ville. A titre
tion d’eau est bien souvent sus-
d’exemple, le tunnel reliant la
pendue, ce qui rend ces réseaux
Maine à la caserne du 6 e régiment
beaucoup plus praticables. A titre du génie mesure 1,70 m de haut,
d’exemple, le réseau d’adduction celui reliant la Maine à la maison
de Mitrovica au Kosovo a été pra- de Tournebelle dans le quartier
ticable par deux hommes de front Berthézène fait 1 m de diamètre, la
sur certaines portions sèches. limite pour un PAT étant de 80 cm.

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S A P E U R

• Les réseaux de chauffage • Les galeries artificielles des coups. La connaissance de


urbain ces réseaux est de fait un enjeu de
Celles-ci peuvent être des gaines la maîtrise du terrain. L’appui
Ils peuvent utiliser des gaines de techniques urbaines, des cata- des PAT s’inscrit dans les mis-
1 à 2 m de diamètre. En temps de combes, des galeries d’exploita- sions classiques de renseigne-
conflit, l’exploitation de ce réseau tion de mine, des parkings, des ment terrain, d’appui à la mobilité
est là aussi généralement suspen- tunnels ou des galeries de service et à la contre-mobilité et de parti-
due, ce qui le rend généralement dans le cas de transports subur- cipation au combat interarmes.
praticable. A titre d’exemple, le bains. A titre d’exemple, un tiers
chauffage urbain de Mitrovica ne de la ville du Caire repose sur une Envoyés seuls dans un premier
fonctionne plus depuis 1999. Il immense nécropole souterraine, temps, les PAT reconnaissent les
démarre à proximité de l’usine vieille de 3000 ans, dont les cen- réseaux pour rendre compte de
« Kablar » pour alimenter les im- taines de milliers de caveaux peu-
l’évaluation de la menace possible
meubles de la partie nord de la vent servir de caches.
d’utilisation du réseau par les bel-
ville.
ligérants ou des terroristes. Le
INTÉRÊT TACTIQUE DES commandement peut alors déci-
• Les rivières souterraines
RÉSEAUX der de les interdire ou de les main-
tenir ouverts.
Il peut s’agir soit d’une rivière
Les réseaux suburbains font natu-
naturellement souterraine du
rellement partie des voies de Selon la volonté d’utiliser ou non
domaine de la spéléologie, soit
pénétration privilégiées en zone le réseau, les PAT peuvent instal-
d’une rivière que l’urbanisation
croissante a progressivement urbanisée. Ces infrastructures ler des obstacles de type piquets
recouverte. Bien souvent, ces publiques représentent par consé- ou grilles, souder les plaques, les
rivières souterraines ont un gaba- quent un risque pour la sécurité clapets et les portes. Inversement,
rit pouvant permettre le passage des forces mais donnent aussi ils ont tout l’outillage pour ouvrir
de véhicules 4 x 4 comme à une capacité de déplacement non rapidement ces obstacles.
Beyrouth ou Zetra. négligeable à l'abri des vues et

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S A P E U R

En appui d’une unité interarmes, pollué de type « égout », une pro- des dommages. Ces missions
les PAT peuvent faire franchir une cédure de déséquipement et de sont variées et généralement
brève portion sèche, voire partiel- décontamination de type NBC imprévues ; elles vont de la
lement inondée, ou une portion doit être mise en œuvre. A la dili- reconnaissance du tunnel qui
verticale en l’équipant avec des gence du médecin de l’unité, ces passe sous la piste de l’aéroport
agrès pour qu’une unité d’infante- procédures peuvent être accom- de Sarajevo (décembre 1996)
rie ou une unité spéciale puisse pagnées d’une médicamentation.
aux recherches de corps dans
déboucher par surprise en sur- De même, des vaccinations
les puits au Kosovo pour le tri-
face. Si les conditions de progres- complémentaires et spécifiques,
bunal pénal international (TPI)
sion sont favorables et ne nécessi- contre la leptospirose notamment,
en passant par les reconnais-
tent pas la présence des PAT, les sont à envisager pour les per-
unités sont guidées par un bali- sonnels exposés régulièrement. sances de chantier de remise en
sage d’aide à la progression (nor- Ainsi, sauf cas particulièrement état des installations publiques
mes de marquage OTAN) mis en favorable, il est fortement préco- dans le cadre des actions civilo-
place au préalable par un groupe nisé de ne pas stationner long- militaires.
PAT. temps dans un réseau. Dans les
parties sèches, le stagiaire Enfin, il faut être allé dans ces
LA FORMATION DES PLON- apprend à gérer son stress et à réseaux pour comprendre la dif-
GEURS évoluer avec aisance dans les ficulté d’évoluer dans un milieu
espaces confinés, jusqu’à 80 cm particulièrement hostile où la
La ville d’Angers offre au cours de diamètre, pour fournir un gestion du stress revêt un carac-
des plongeurs de l’armée de terre appui sûr et adapté à des unités tère vital. L’appui que fournit les
un terrain d’entraînement particu- qui doivent être mises en con-
PAT aux unités de mêlée permet
lièrement adapté. Dès la forma- fiance.
une mise en confiance et une
tion de base, le plongeur apprend
concentration optimale sur la
les procédures de sécurité, vitales Enfin, les missions de type ser-
mission qui suit. Les PAT doi-
dans les réseaux complètement vice public sont évoquées en
inondés. formation mais non enseignées vent être considérés comme les
car moins contraignantes. spécialistes des espaces confi-
L’aspect sanitaire est primordial nés et s’emploient à exploiter
tant le danger lié à l’insalubrité Cependant, il est évident que les l’étage souterrain du combat
est permanent. Souvent, lors plongeurs sont particulièrement urbain pour y appuyer les
d’une incursion dans un milieu utiles dans une ville qui a subi actions décisives des brigades.

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S A P E U R

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S A P E U R

Capitaine LA SIMULATION JANUS ET LE SIR


Alain
ECHARD
AU PROFIT DE LA FORMATION
ET DE L’ENTRAINEMENT
Digitisation of the battlespace and the focus currently being placed
on the acquisition of simulation systems demonstrate that the Army
Le Capitaine ECHARD est entré is changing rapidly. In the future both individual and collective trai-
en service le 30 août 1974 au ning will be supported by simulations to a much greater extent than
33 e RA de Poitiers et a rejoint has been seen to date.
l’ENSOA de Saint-Maixent
(68 e promotion ADJ ARPIN) le
La Numérisation de l’Espace de missions de haute intensité. Par
6 novembre de la même année.
Bataille (NEB) et l’importance des ailleurs, les budgets actuels ne
choix dans le domaine de la simu- permettent plus de réaliser, aussi
Affecté au 71 e RG à Oissel (76)
lation font, qu’à ce jour, l’armée de souvent qu’il serait souhaitable,
de 1976 à 1982, il sert comme
terre est en pleine évolution. La des exercices de niveau régiment
chef de groupe et adjoint de sec-
formation et l’entraînement s’ap- et/ou brigade.
tion de combat à la 62 e CGDI de
puient désormais pour une bonne
la 12 e Division d’Infanterie.
part sur des simulations. L’ESAG a donc pris en compte
ces besoins nouveaux des forces
De 1982 à 1991, il est affecté au
Les écoles d’application ont pour et des stagiaires et a mené les
3 e RG de Charleville-Mézières
mission première d’assurer la for- actions nécessaires pour y
(08), où il sert comme chef de
mation tactique et le perfectionne- répondre.
section à la 7 e CCB. Il participe
ment des cadres de l’armée de
en 1991 à la guerre du golfe avec
terre dans ce domaine. La popula- En parallèle, de nouveaux sys-
le 6 e REG (1 er REG actuellement).
tion concernée est diverse, tant tèmes de commandement (SIR/
sur le plan de son domaine d’ap- SIT) sont en cours de mise en
De 1991 à 1995, il est affecté
plication que sur celui de son place dans les régiments.
comme instructeur génie au CEC
niveau qui varie du commandant
de Givet (08), dont il est le PSO
d’unité au jeune sous-officier dans Le génie est l’un des acteurs de
de 1993 à 1995 .
son premier emploi. Actuellement, la montée en puissance de la
la formation s’appuie sur des simulation et participe au déve-
De 1995 à 1997, il rejoint l’EAI de
systèmes de simulation tactique, loppement de ces systèmes.
Montpellier (34) où il dispense
constructive ou virtuelle, le plus Ainsi, dès 1998, l’E.S.A.G s’est
les cours génie à la DA et au
souvent sans corrélation avec les équipée du système de simula-
CFCU.
systèmes d’aide au commande- tion JANUS-France dont les
Nommé lieutenant (rang) en ment. D’où les difficultés qu’ont qualités et les performances ne
1997, il rejoint l’ESAG, où depuis les régiments à trouver le temps sont plus à démontrer. Elle pos-
il participe à la montée en et les moyens de s’entraîner à des sède un centre à 25 postes. Fin
puissance de la simulation.

En 2002, il devient administra-


teur et formateur sur le SIR.

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S A P E U R

2002, l’école s’est également mis au PC du régiment d’amélio- ont été utilisés. Cette formation
dotée d’une plate-forme de for- rer sa capacité opérationnelle, de est orientée sur l’exploitation du
mation SIR à 14 postes. Pour s’entraîner et de faire travailler les logiciel au sein d’un PC de régi-
coordonner l’emploi optimisé de commandants d’unité dans un ment.
ces moyens, le B.F.A.O (Bureau contexte de combat interarmes de
Formation Assistée par Ordi- niveau brigade. L’E.S.A.G organise trois stages
nateur) a été créé au sein de la par an au profit des régiments
DFO (Division Formation Opé- Les objectifs suivants ont été du génie qui seront équipés pro-
rationnelle). Ce bureau possède notamment atteints : gressivement du système SIR.
en outre une section simulation Ces stages sont actuellement
et une section SIC. Ces deux - valider les ordres émis par
inscrits au CAF.
sections sont à la disposition le PC régimentaire ;
des stagiaires et des forces pour - conduire en temps réel l’en- Enfin, en liaison avec la DEP
les assister dans leurs missions gagement des moyens du dans le cadre de la NEB, la sec-
de formation et d’entraînement. régiment ; tion SIC du BFAO est engagée
dans les exercices d’expérimen-
- faire rédiger les ordres ; tation organisés par les bri-
UNE CLIENTELE DIVERSIFIEE
- visualiser « sur le terrain » gades. Ainsi, elle a participé à
Le système JANUS-France est uti- les décisions prises. l’exercice GTIA XL de la 2e BB en
lisé par la D.A. (Division d’Appli- 2003 et à l’exercice GTIA INF
cation) et le CFCU (Cours des Parallèlement, la montée en puis- avec la 6e BLB en 2004. Elle se
Futurs Commandant d’Unité) pour sance du SIR (Système d’Infor- prépare à apporter son soutien à
l’apprentissage des missions mation Régimentaire) a été réali- l’expérimentation qui aura lieu
d’appui à la mobilité et à la contre sée. Depuis 2002, conformément en 2005 au profit de la 2e BB.
mobilité. Chaque année scolaire, aux directives du CoFAT, des
huit exercices sont joués pour les cours sont dispensés au profit du L’AVENIR
deux CFCU ainsi que trois à quatre CFCU sur un volume de 35
pour la D.A. heures. La formation est principa- L’E.S.A.G est résolument enga-
lement orientée sur l’interface gée dans l’avenir de la simula-
Depuis juillet 2002, un protocole homme-machine et sur l’exploi- tion et de l’emploi des S.I.C.
d’accord a été signé entre le tation du génie. Le SIR est mis en A ce titre, les années 2005-2007
C.F.A.T et le C.O.F.A.T, mettant à œuvre par les capitaines à l’occa- seront marquées par de nom-
la disposition des régiments les sion des exercices tactiques breux changements offrant des
centres JANUS des écoles. Ainsi, joués avec le logiciel JANUS. possibilités plus importantes :
le centre de l’ESAG s’est ouvert
- en début d’année 2005, l’école
sur l’extérieur en travaillant au Les moyens SIR sont également a participé à un exercice de
profit des régiments du génie. Le
mis à la disposition des forces simulation distribuée (1) avec
6 e RG a expérimenté avec succès
en cours d‘équipement. A cet l’E.A.A.B.C de Saumur. C’est le
ce nouveau type d’entraînement
effet, le 13e RG et le 1e REG sont système ESTHER (Environne-
pour les équipes de commande-
venus se former à plusieurs ment Synthétique de THéâtre
ment des compagnies. A ce titre,
reprises depuis 2003 : forma- pour l’EnviRonnement des PC
l’école dispose de cinq créneaux
tions, d’une durée d’une semaine, d’unité) qui a été utilisé pour
annuels mis à la disposition des
durant lesquelles les véhicules réaliser cet exercice. Ce sys-
forces.
SIR dont disposent l’E.S.A.G. tème réalise l’interconnexion
Du 19 au 23 janvier 2004 a été
réalisé le premier exercice de
type Poste de Commandement
Régimentaire (PCR) au profit du
19 e RG. Le but était de mettre en
situation le PC du régiment dans
un exercice d’entraînement à
double action. La capacité de
mobilisation de l’école et les
nombreux échanges avec le
régiment ont permis de jouer cet
exercice de niveau brigade.

Cet entraînement qui s’est déroulé


dans de bonnes conditions, a per-

(1) Exercice de simulation réalisé entre 2 centres équipés du système Janus et reliés pour l’occasion par une liaison
Internet haut débit.

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S A P E U R

entre la simulation JANUS et au centre tactique et au simu- La simulation ne remplacera


le SIR. Il devrait permettre à lateur JANUS qui génèrera jamais la réalité du terrain. Cet
terme la simulation distribuée l’environnement tactique de outil qui progresse de jour en
en inter-sites. l’exercice. Ainsi déportées loin jour est toutefois indispensable
des opérateurs et de la pour les phases initiales de la
- dès l’été 2005, la réalisation au
« machinerie » de JANUS, les formation tactique et pour l’en-
sein même de l’école d’un
unités joueuses pourront se traînement des unités du génie.
local opérationnel permettra
consacrer entièrement à l’as- L’ESAG veut donc conserver un
la mise en oeuvre d’un PC de
pect tactique de l’exercice. équilibre entre une formation
régiment. Cette infrastructure
sera pré-équipée pour soula- - enfin l’arrivée, à l’horizon 2008, moderne fondée sur la simula-
ger, le plus possible, la charge du nouveau système SOSIE tion et une formation pragma-
matérielle des unités : connec- (Système Optimisé de Simu- tique réalisée sur le terrain.
tique, mobilier, support de lation virtuelle pour l’Instruc- Dans le cadre de sa mission
cartes et bien sûr, véhicules tion et l’Entraînement) au d’appui à la préparation opéra-
SIR de l’ESAG. Elle autorisera profit des CDS et des chefs de tionnelle, elle offre donc aux
une mise en œuvre du SIR soit groupes du génie permettra unités du génie, voire à des ser-
à partir du matériel embarqué de placer les stagiaires dans vices d’autres ministères, des
sur les VAB ou les Ateliers un environnement tridimen- outils performants.
Techniques soit avec le kit de sionnel et virtuel proche de la
débarquabilité. Elle sera reliée réalité,

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S A P E U R

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S A P E U R

Le Génie dans l'histoir e

L’uniforme des hommes du génie jusqu’à 1789 ...................................................................................................... CDT GARNIER-DE-LABAREYRE ............ 113

L’expédition de la Baltique ............................................................................................................................................................ M. FOUGERAY .................................................. 119

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S A P E U R

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S A P E U R

Commandant L’UNIFORME DES HOMMES


Pierre
GARNIER
DU GÉNIE JUSQU’À 1789
DE LABAREYRE
Si « l’habit ne fait pas le moine », du 26 mai 1604 établit des règles
il semble que l’uniforme fasse le à observer pour les fortifications
militaire. et le rôle des ingénieurs.

L’uniforme s’est imposé aux mili- Sous Louis XIII, le nombre d’in-
taires à partir du XVIIe siècle en génieurs augmente. On peut en
France. Des troupes particulières dénombrer plus d’une cinquan-
Le commandant Pierre GARNIER ont pu en posséder auparavant taine jusqu’à la paix des Pyrénées
de LABAREYRE est le conserva- mais le début, puis la généralisa- (1659).
teur du musée du génie depuis tion de ce phénomène date du
septembre 2003. règne de Louis XIV. Il s’est imposé
au fur et à mesure à toutes les
Officier sur titre, ayant choisi l’ar- troupes et à tous les officiers non
tillerie, il sert au 3 e régiment d’ar- sans résistance.
tillerie puis au 93 e régiment d’ar-
tillerie de montagne où il crée et Cependant, l’uniforme ne signifie
commande la batterie des opéra- pas uniformité. Celui-ci a varié en
tions. fonction des corps, des régiments,
des époques mais aussi des per-
Il est titulaire du diplôme d’état- sonnes…
major et du diplôme technique
option sciences humaines. Cet article traite de l’uniforme des
ingénieurs sous l’Ancien Régime.
Après trois années au centre de Il n’est en aucun cas un historique
sélection et d’orientation de Lyon, du corps des ingénieurs. Seuls
il suit une scolarité à l’école du quelques éléments marquants
Louvre avant d’être muté à Angers. sont indiqués pour une meilleure
compréhension. Il inaugure une
série d’articles sur l’uniformologie
des hommes du génie du XVIIIe Amedée François FRÉZIER, directeur
des fortifications de Bretagne en 1739,
siècle à nos jours. en habit de drap rouge.

Les textes en italique sont tirés Au début du règne personnel de


des ordonnances royales sauf Louis XIV, la surintendance des
indication contraire. fortifications est partagée en deux
départements, dirigé chacun par
Le génie est né, au début du XVIIe Le Tellier, puis Louvois et par
siècle, d’hommes de sciences et Colbert. Cette dualité cessera en
de guerre qui portaient le titre 1690. En 1691, est créé le départe-
d’ingénieur. Ces premiers ingé- ment des Fortifications sous la
nieurs étaient chargés de dessi- direction de Michel Le Peletier. Le
ner, d’élaborer et de faire exécu- commissaire général des Fortifi-
ter tout ce qui avait trait à la cations est Sébastien Le Prestre
construction de fortifications et de Vauban. Cette unité de com-
de bâtiments en tous genres. Ils mandement crée, de facto, le
pouvaient, aussi, participer aux corps des ingénieurs du roi.
travaux de terrassement liés à Un examen d’entrée est mis
l’attaque ou à la défense d’une en place pour accéder à ce
forteresse lors de sièges. Ils sont, corps. Le nombre de ces ingé-
à la fois, mathématiciens, géo- nieurs en exercice, à cette date,
mètres, architectes, et hommes est de 276. Il augmentera régu-
de guerre. Ils ne formaient pas lièrement notamment lors de la
encore un corps (ils étaient moins guerre de succession d’Espagne.
d’une dizaine en permanence au De 1692 à 1715 (fin du règne de
début du XVIIe siècle). Cependant, Louis XIV), 363 ingénieurs sont
un règlement de 12 articles daté incorporés.(1)

1) Anne BLANCHARD, les ingénieurs du Roy, 1979.

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S A P E U R

Le 24 septembre 1715, le lieutenant- n’ont pas encore de grade dans lates, parements bleus, boutons
général Claude-François Bidal, l’armée(3). Pour accroître cette assi- en cuivre dorés et façonnés de
marquis d’Asfeld est nommé, par milation, il demande, dès qu’ils deux en deux, manches en bottes,
le régent Philippe duc d’Orléans, remplissent les conditions, l’attri- poches en travers, tricorne gansé
directeur général des Fortifications bution de la croix de Saint Louis. d’or (avec plumes blanches).
et devient le « Premier Ingénieur Cependant, les ingénieurs « com-
de Sa Majesté Très Chrétienne ». battants » sont favorisés au détri- Cet uniforme décrit comme ruti-
Il restera à ce poste jusqu’à sa mort ment des ingénieurs « bâtisseurs ». lant par Anne Blanchard permet-
en 1743 et aura une influence tait, en effet, de bien distinguer
déterminante sur l’évolution du En 1732, plusieurs directeurs du les ingénieurs. Cependant, lors
corps des ingénieurs. Il siège dès génie se plaignent auprès d’Asfeld des reconnaissances ou aux
le 4 novembre 1715 au conseil de que les ingénieurs ne possèdent abords des combats, il les ren-
la guerre.(2) pas d’uniforme spécifique. Sou- dait très facilement reconnais-
cieux de toujours se rapprocher sable. Il en résulte une nécessité
du monde militaire, il décide de d’adapter ce premier uniforme.
leur en donner un. Dans une lettre
datée du 25 février(4), il décrit Après 28 ans « de règne », le
l’uniforme dont les ingénieurs maréchal d’Asfeld meurt le 17
doivent se doter : « habit de drap mars 1743 à l’âge de 76 ans. Dès
rouge avec un parement de drap le 10 mars, le secrétariat d’État
bleu ». La description reste som- de la guerre est chargé de tout ce
maire et ne donne pas de détail qui concerne les fortifications
particulier. Le colonel Terrienne des places frontières et de celles
précise dans son ouvrage qu’à la de l’intérieur du royaume. Les
date de 1732, « la veste est bien fortifications situées sur les côtes
écarlate à parements bleus mais sont du ressort du secrétaire d’État
la culotte et les bas sont bleus ». à la Marine.
Il semble qu’il n’existe pas de
représentation iconographique De 1744 jusqu’à la Révolution, le
datant de cette période et repré- corps du génie va être l’objet de
sentant l’uniforme des ingénieurs. nombreuses réformes (sept au
total). Ces changements auront
En 1738, l’Abrégé militaire décrit souvent un impact direct sur la
cet uniforme de la manière sui- tenue des ingénieurs.
vante : habit en surtout, veste,
doublure, culottes et bas écar- L’ordonnance du 7 février 1744
sur le service et le rang des ingé-
nieurs est la première grande
ordonnance qui structure le corps
Représentation possible des ingénieurs. Cette ordonnance
d’un uniforme d’ingénieur avant a été signée par Louis XV à l’ini-
1744 (documentation Musée tiative du nouveau secrétaire d’É-
du génie, Angers) tat de la guerre, Marc-René de
Voyer, comte d’Argenson qui pos-
Le statut des ingénieurs reste très sède, désormais sous son autorité
particulier. En effet, ils ne sont pas le département des Fortifications.
considérés comme des officiers Elle permet, entre autre, de mieux
militaires à part entière. Ce sont intégrer les ingénieurs à l’armée
seulement des brevetés commis en faisant prendre rang de lieute-
à une fonction. Cette situation nant réformé d’infanterie tout
durera jusqu’en 1776. Afin de leur nouvel ingénieur. Elle comprend
accorder une carrière et un traite- 67 articles. Cette ordonnance fixe
ment décent, Asfeld développe le le nombre d’ingénieurs à 300
système de réforme pour obtenir (article Ier).
des grades dans l’armée à ses
ingénieurs et les assimiler aux offi- Elle prescrit le port de la cuirasse
ciers. Ils peuvent aussi, grâce aux Nom des différentes parties au contact du feu de l’ennemi. En
grades commander des troupes d’un uniforme, dessin d’Alain effet, l’article 21 de cette même
lors des travaux de siège. Ainsi, en FOUGERAY (documentation ordonnance montre le souci de
1743, seul un tiers des ingénieurs Musée du génie, Angers) préserver la vie des ingénieurs

2) AUGOYAT, aperçu historique sur les fortifications, les ingénieurs et sur le corps du génie, 1860, 3 tomes.
3) Anne BLANCHARD, op. cit., page 158.
4) AUGOYAT, op. cit., tome II, page 83.

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S A P E U R

Modèles de bouton type 1775 (dessin Jacques HILPERT)

au combat : « les Ingénieurs sont tranchée semble s’être localisée parement sera porté à la manche
tenus, toutes les fois qu’ils feront jusqu’à la fin de l’ancien régime par cinq boutons dont quatre de
des logemens et des débouchés en Franche-Comté. deux en deux et le cinquième en
pour les sapes, et qu’ils retrace- dedans du bras sans boutonnière
ront les tranchés sous le feu de La couleur écarlate de l’uniforme de fils.
l’ennemi, de s’armer de leur pot était trop voyante. Aussi, il fut
en tête et de leur cuirasse, sous adopté, le même jour que l’or- Ainsi, dès 1744, la couleur noire
peine aux contrevenans d’être donnance, un nouveau projet. apparaît sur l’uniforme de l’ingé-
renvoyés sur-le-champ au lieu de nieur. Cependant, le projet ne pré-
leur résidence ». La cuirasse devient L’uniforme est le suivant : habit cise pas explicitement la nature
« la tenue de combat réglemen- gris de fer à parements noirs avec du tissu. Augoyat(5) et, dans sa
taire » des ingénieurs. Le modèle une veste, culotte et bas égale- lignée, Terrienne(6) indique les
de cuirasse n’est pas précisé. Ce ment gris de fer, les boutons unis parements « de velours noir ».
souci avait déjà été exprimé par de cuivre doré, les boutonnières Est-ce une confusion ou bien une
une ordonnance concernant le de fils d’or, le chapeau bordé d’or. réalité? Il est, en effet, possible
port de la cuirasse dans la cava- Des précisions sont aussi indi- que le noir soit appliqué sur le
lerie et la gendarmerie parue quées. L’habit, seulement, sera velours pour des questions pra-
deux mois plutôt. croisé, garni de chaque côté de tiques : meilleure tenue de la cou-
douze boutonnières de deux en leur, affirmation visuelle de la
Si des ingénieurs possédaient deux et il n’y en aura point au-des- qualité intellectuelle des ingé-
certainement leur propre cuirasse, sous de la taille. Les boutonnières nieurs. Mais le noir a pu être
d’autres devaient s’en faire fournir de la veste seront disposées appliqué sur de la panne, tissu
une par l’administration de la comme sur l’habit. Les poches de souvent utilisé pour les uni-
guerre en raison de son coût. l’habit seront en long, doubles de formes. À cette date, l’utilisation
chaque côté et garnies de six bou- du velours n’est pas encore régle-
En 1744, une centaine de cui- tonnières semblables à celles du mentée mais semble avérée.
rasses est commandée à un devant de l’habit et espacées de
fabriquant situé à Besançon. Les même. La doublure de l’habit et En 1748 et 1751, une école du
cuirasses seront produites en de la veste sera de la même cou- génie se met en place à Mézières
quatre tailles allant de 5 pieds 4 leur que l’habit, de serge, de laine sous l’impulsion de l’ingénieur en
pouces (1,73 m) à 5 pieds (1,62 ou d’étamine à voile selon le désir chef, le chevalier de Chastillon.
m). Elles seront matelassées. Il de chaque ingénieur. Les poches Cette école formera jusqu’à sa fer-
ne semble pas exister de descrip- de la veste seront en travers, gar- meture en 1794, près de six cents
tion technique précise. On sait nies chacune de six boutonnières. élèves. Il ne semble pas qu’un uni-
seulement que 75 armements Le bas de la culotte sera ouvert forme ait été prescrit pour les
complets (un derrière et un par le côté et garni de quatre bou- élèves au premier temps de
devant de cuirasse avec allonges tons sans boutonnière de fils d’or l’école.
et un pot en tête) pour sapeurs et ou appliquées. Les parements sur
mineurs ont été éprouvés puis l’habit seront au nombre de deux : Une ordonnance du roi datée du 8
livrés en 1748. Un seul exem- un de grandeur ordinaire qui décembre 1755 réunit l’artillerie
plaire répertorié de cette période pourra se détacher afin de laisser avec le génie. Nous n’exposerons
est parvenu jusqu’à nous et est la liberté d’agir plus facilement, pas les raisons qui ont poussé à
présenté au musée de l’Armée un autre plus petit (quatre doigts cette fusion et à la création du
aux Invalides. La fabrication très maximum de largeur) qui sera à « corps royal de l’artillerie et du
particulière de cet armement de demeure sur l’habit. Le grand génie ». Néanmoins, ce texte

5) AUGOYAT, op. cit., tome II, page 287.


6) TERRIENNE, notes sur l’organisation et l’uniforme des troupes constituant le génie ou ayant contribué à sa forma-
tion, 1962 ?, 4 tomes.

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S A P E U R

consacrait pour la première fois le revers en velours noirs, de munir


mot « génie » pour appréhender d’un liseré rouge toutes les dis-
la spécificité des ingénieurs. tinctions en velours noir et de
posséder un bouton particulier(8).
Cette fusion entraînait aussi celle
des uniformes. Les ingénieurs Pourtant, l’ordonnance du 25 avril
portent dorénavant celui des offi- 1767 ne va pas dans ce sens. En
ciers d’artillerie, fixé en 1722(7) : effet, le chapitre VII traite de l’uni-
justaucorps bleu avec le collet forme des ingénieurs : « l’uni-
rabattu, parements, doublure, forme des ingénieurs sera de drap
veste, culotte et bas écarlate, les bleu-de-roi, sans revers ni collet ;
boutons en métal dorés, chapeau les paremens seront de velours
de feutre avec galon d’or. Il n’ap- noir, la doublure de serge rouge,
paraît pas qu’il y eut une marque les veste et culotte d’étoffe de
distinctive. En effet, cette fusion laine rouge ; l’habit sera garni sur
permettait à tous les officiers de le devant jusqu’à la taille, de
« rouler ensemble dans le service douze boutons de cuivre doré,
qu’ils ont à faire en campagne, cinq sur chaque poche, un sur
suivant leurs grades militaires et chaque hanche et cinq sur chaque
leur ancienneté ». manche. Chaque ingénieur por-
tera l’épaulette et la dragonne
Cet amalgame dura peu. Le 5 mai affectée au grade d’officier dont il
1758, une ordonnance royale aura la commission ».
sépare le corps du génie de celui
de l’artillerie. Ce nouveau corps Le début du règne de Louis XVI
prend la dénomination de « corps en 1774 va entraîner un grand
des ingénieurs ». L’article VI décrit nombre de réformes particulière-
le nouvel uniforme : « drap cou- ment dans le monde militaire.
leur bleu de Roi, paremens de
velours noir, doublure de serge Le 2 septembre 1775, un règle-
rouge, veste et culotte rouge; l’ha- ment sur « l’uniforme des Offi-
bit sera garni jusqu’à la taille de ciers généraux et autres employés
boutons de cuivre doré, cinq sur dans ses armées et dans ses
chaque poche, et autant sur les places » est arrêté par le roi. Le
manches ». chapitre V traite de l’uniforme du
Ingénieur en tenue corps du génie. « L’uniforme des
Cette description suscite deux selon l’ordonnance de 1786 Ingénieurs du Corps du Génie,
remarques. D’une part, les ingé- par M. TOUSSAINT (documentation sera de drap de couleur bleu-de-
nieurs disposent d’un uniforme Musée du génie, Angers) roi avec revers, collet et paremens
très proche de celui des artilleurs de velours noir, lisérés de rouge,
notamment par la forme et la cou- L’uniforme de 1758, avec l’usage, la doublure de serge rouge, les
leur bleu foncé de leur habit. a amené un certain nombre de cri- vestes et culotte d’étoffe de laine
D’autre part, c’est la première fois tiques et de remarques. On lui rouge, le revers sera garni de
qu’est mentionné, de manière reprochait d’être trop simple et chaque côté de sept petits bou-
explicite, le velours dans l’uni- même d’être confondu avec la tons, trois gros au-dessous, cinq
forme des ingénieurs. Ce signe tenue de ville de certains bour- sur chaque poche ordinaire cou-
distinctif propre à l’arme du génie geois qui portaient un habit bleu pée en travers, un sur chaque
d’aujourd’hui remonte donc au bordé de rouge. En effet, le noir anche et cinq sur chaque pare-
fondement de son histoire. ne ressortait pas assez sur le mens ; les boutons seront jaunes,
« bleu de Roi » de l’habit de l’in- godronnés et timbrés au milieu
Une nouvelle ordonnance du 4 génieur. Terrienne ajoute que cet d’un corcet d’armes et pot en tête
décembre 1762 donne aux ingé- uniforme était très proche de celui en relief. Chaque Ingénieur por-
nieurs le titre d’ingénieurs du roi. des maîtres-pompiers de la ville tera l’épaulette et la dragonne
L’article premier est clair : « Le de Paris, des élèves de certains affectée au grade d’officier dont il
corps du génie sera à l’avenir de collèges parisiens et des officiers aura la commission ; l’Ingénieur
400 officiers, sous la dénomina- mariniers dans les ports. Il ajoute en chef portera deux épaulettes
tion d’ingénieurs du Roi, qui leur qu’une pétition signée par plu- comme les Majors. » L’uniforme
sera uniquement affectée à l’ex- sieurs ingénieurs formulent des est très détaillé. De plus, le bouton
clusion de toute autre ». propositions novatrices comme fait l’objet d’un dessin gravé. Ce
l’ajout sur l’habit d’un collet et de même article précise l’uniforme

7) Michel de LOMBARES, histoire de l’artillerie française, 1984, Lavauzelle.


8) TERRIENNE, op. cit., tome I, page 3.

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S A P E U R

porté par les élèves à l’école de ments du 2 septembre 1775 et Chaque ingénieur portera l’épau-
Mézières : « les Lieutenants en du 31 mai 1776 en précisant que lette et la dragonne affectée au
second du corps, attachés à « la coupe du parement et le cha- grade d’Officier dont il aura la
l’école de Mézières, porteront le peau des Officiers du corps seront commission. Le chapeau uni-
même uniforme ci-dessus réglé à en tout point conformes à ceux forme sera bordé d’un galon d’or ;
l’exception des revers, paremens des Officiers d’Infanterie ». les deux extrémités et le milieu
et collet distinctifs qu’ils ne pour- seront d’un dessin à jonc vulgai-
ront porter qu’après qu’ils auront De nouveau, un règlement du 21 rement appelé à la mousquetaire,
obtenu le brevet d’Ingénieur ». février 1779 apporte des modifica- les deux parties intermédiaires
Ainsi, le velours noir est réservé tions aux tenues de l’armée. seront à grain d’orge ».
exclusivement aux ingénieurs Celles qui touchent les uniformes
ayant reçus leur brevet. Ce règle- des officiers du génie sont Il faut noter que le velours n’est
ment fait aussi apparaître pour la minimes. En effet, « les Officiers plus liséré de rouge.
première fois la « paire d’Armes » du Génie ne porteront que trois
sur le bouton. boutons sur les paremens au lieu Les sous-lieutenants à l’école de
de cinq, et trois aux poches ». Mézières porteront le même uni-
Nous en sommes au détail ! forme. De même, cette ordon-
Le règlement du 31 mai 1776
L’ordonnance du 1er octobre 1786 nance règle la redingote, le man-
traite de l’habillement et de
traite, de nouveau, des uniformes teau, la housse et les chaperons.
l’équipement de l’armée. Ce long
des armées. Il apporte des préci- L’épée, la dragonne et le ceintu-
texte (quatre-vingt-seize pages !)
sions et des détails non mention- ron sont semblables à ceux de
détaille à loisir les uniformes des
nés dans le règlement du 21 février l’infanterie (ceinturon de buffle
différents corps militaires. Le
1779. Le texte fait cent soixante- blanc de deux pouces de largeur
chapitre VI décrit avec minutie
trois pages avec six planches de et l’épée est identique au règle-
l’uniforme de l’ingénieur. Il ne
dessins. Elle marque la volonté ment de 1779 avec une longueur
change pas dans sa structure et
réelle d’uniformiser l’habillement de lame de 26 à 28 pouces selon
reste quasi identique à celui de
et l’équipement(*) en réduisant les la taille de l’officier). L’article 8 de
l’année précédente. Il précise que
initiatives personnelles ou celle de cette présente ordonnance impose
les retroussis de l’habit seront
chaque corps et régiment. le port du hausse-col : « Tous les
ornés de quatre fleurs de lys bro-
Officiers indistinctement, qui
dées de fil d’or et le chapeau sera
L’uniforme du corps royal du seront de service, y compris ceux
bordé d’un galon d’or. Un man-
génie (chapitre XIV) est décrit de de l’État-major, porteront le
teau et une redingote sont pré-
la manière suivante : « drap bleu- hausse-col de cuivre doré, orné,
vus. Il est précisé que les ingé-
de-roi avec revers, collet droit et dans le milieu, d’un médaillon en
nieurs « ne pourront porter de
paremens de velours noir faits argent aux armes du Roi ».
manchettes de dentelles ». L’épée
en botte, poche ordinaire, coupée
portée sera identique à celle des
en travers et doublure de serge Il existe une autre catégorie
officiers d’infanterie avec une
écarlate; le revers sera garni de d’ingénieurs sous la monarchie. Il
garde en cuivre doré, une poi-
chaque côté de sept petits bou- s’agit des ingénieurs géographes
gnée d’argent doré à la mous-
tons, de trois gros au dessous, quelquefois dissociés puis ratta-
quetaire et une lame plate et
trois sur chaque poche, un sur chés ou dépendant du corps du
forte, longue de vingt-six pouces
chaque hanche et trois sur chaque génie. Il ne peut être question
(703 millimètres). Cette épée
parement. Les boutons seront d’écrire une histoire de ces ingé-
« sera garnie d’une dragonne à
jaunes, godronnés et timbrés au nieurs(9) mais l’étude de leur uni-
un seul gland mêlé de filets d’or
milieu d’un corset d’armes et pot forme permet de mieux appré-
et de soie couleur de feu » dans
en relief. La veste et la culotte hender la volonté de la royauté
la forme et la proportion des
seront en drap écarlate garnies d’uniformiser l’habit des militaires
épaulettes de chaque grade.
de petits boutons uniformes ; la tout en marquant par des détails
doublure de la veste sera blanche. la spécificité de chacun.
Le comte de Saint Germain,
nouveau ministre de la Guerre,
fit promulguer l’ordonnance du *) Les armées du Roi de France.
31 décembre 1776 qui achève
de militariser les ingénieurs et
codifie le rôle des officiers de ce
corps royal.

L’article Ier du premier titre donne


au corps des ingénieurs militaires
le nom de « Corps-royal du Génie ».

L’article 61 du titre V traite de


l’uniforme. Il confirme les règle-
Epée modèle 1767 portée par les ingénieurs du roi, (musée du génie, Angers)

- 117 -
S A P E U R

d’un galon d’argent, sans clin-


quant ou luisant; le dessin du
galon sera semé de triangle mêlés
de fleurs de lys. La culotte sera
d’étoffe de laine blanche ».

Le ceinturon et l’épée sont iden-


tiques à celle du génie. La dra-
gonne et les épaulettes seront
mêlés de fils d’argent et de soie
couleur aurore.

Le règlement du 1er octobre 1786


ne change pas cet uniforme. Il
précise que l’étoffe de laine
blanche peut être remplacée par
du drap blanc et que le parement
sera fait en botte. Ainsi, on s’aper-
çoit que des corps très techniques
comme celui du génie, de l’artille-
rie ou des ingénieurs géographes
ont en commun la couleur de
l’habit : bleu de roi.
Hausse-col porté par les ingénieurs à partir de 1786 (collection privée) L’étude des uniformes du corps
des ingénieurs au XVIIIe siècle per-
met de faire ressortir plusieurs
C’est l’ordonnance du 31 décem- couleur bleu-de-roi, doubles poches points.
bre 1776 qui met les ingénieurs en long, qui seront chacune gar-
géographes sous la dépendance nie de trois boutonnières et bou- Tout d’abord, la couleur noire
des directeurs du génie. Cepen- tons, doublé de serge de laine de apparaît dès les années 1740. Le
dant, ils portent un uniforme dif- couleur blanche; les revers, pare- velours, comme support du noir,
férent de celui du génie. ments et collet, seront de drap est défini officiellement dès 1758
aurore, liséré de blanc; chaque mais semble avoir été utilisé au
Le règlement du 2 septembre 1775, côté de revers… sera garni de moins une bonne dizaine d’an-
déjà cité, donne au chapitre VI sept petits boutons et bouton- nées auparavant.
l’uniforme de ces ingénieurs : nières, le dessous du revers sera
« les Ingénieurs-géographes, atta- garni de trois boutonnières et La couleur jaune ou or est pré-
chés au département de la guerre, boutons à distance égale ; les sente dès les premiers règle-
étant destinés à remplir les fonc- paremens… garnis de trois bou- ments.
tions, soit sur les frontières, soit tons et boutonnières… exécutées
L’apparition de la cuirasse et du
dans les armées, et Sa Majesté en petit galon d’argent; l’habit
pot-en-tête se fait d’abord sur les
voulant les faire reconnaître par un sera croisé par-derrière. Les bou-
boutons à partir de 1775.
uniforme particulier qu’ils seront tons seront en métal blanc…
tenus de porter, soit en paix, soit empreints dans le milieu d’une Ces trois exemples montrent clai-
en guerre… a statué et réglé l’uni- fleur de lys, fermée dans deux tri- rement que les attributs actuels
forme desdits Ingénieurs-géo- angles placés en étoile entourés de l’arme du génie remonte bien
graphes ainsi qu’il suit : l’habit de double cercles lassés en aux origines de la création du
sera de drap ou d’étoffe de laine chaîne. Le chapeau sera bordé corps du génie (1762).

9) BERTHAUT, les ingénieurs géographes militaires 1624-1831, 1902, 2 tomes.

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S A P E U R

Monsieur SUR L'EXPÉDITION DE LA BALTIQUE


Alain
FOUGERAY Les Français ont toujours eu le et les détails de mise en œuvre ont
goût des décorations, c'est bien été donnés par des circulaires du
connu. Conscients de cette ministre de la Guerre prévoyant,
réalité, leurs gouvernements ont pour la médaille de Crimée et
dû leur rappeler à différentes aussi pour celle de la Baltique, la
époques les disciplines néces- délivrance à chaque ayant droit,
saires au respect des différents avec la médaille proprement dite,
Alain Fougeray est attaché du d'un titre nominatif :
mérites. C'est dans la ligne de
ministère de la Culture et de la
cette tradition, que Napoléon III, • par le ministre aux officiers et
Communication, mis à disposition
par un décret du 10 juin 1853, aux intendants militaires ;
de l’ESAG en qualité de respon-
avait prescrit que les militaires
sable du Centre de Documentation • par les généraux divisionnaires
et de Recherches. français devraient être autorisés
individuellement à porter toutes aux officiers sans troupes, aux
décorations étrangères. chefs militaires isolés ou ren-
Il a précédemment été adjoint du trés dans leurs foyers ;
directeur régional des affaires cul-
turelles de Bretagne (1975-1986), Un décret impérial était signé le • par les conseils d'administra-
puis chargé de mission auprès du 26 avril 1856 pour affranchir de tion du corps aux militaires
préfet de la région Bretagne avant l’obligation d’autorisation indi- appartenant à des corps de
de rejoindre le bureau des études viduelle les militaires recevant troupes.
et recherches de l’IHEDN. de S.M. la reine d'Angleterre la
médaille qu’elle avait instituée en Les titres étaient enregistrés au
De 1995 à 2003, il était chargé de novembre 1854 en faveur des ministère de la Guerre et à la chan-
la communication à la direction sous-officiers et soldats ayant pris cellerie de la Légion d’honneur.
des Archives de France. part à la campagne de Crimée.
Il convient de rappeler brièvement
Le 10 juin 1857, un nouveau décret les conditions de cette expédition
rendait les dispositions du précédent de la Baltique au cours de laquelle
applicables aux militaires ayant le Génie français devait s’illustrer.
fait partie du Corps de la Baltique,
à qui la reine d'Angleterre avait Le Tsar affirmait ses ambitions sur
exprimé le vœu de décerner une la Turquie d'Europe et les détroits,
médaille commémorative. en raison de l’affaiblissement des
moyens du Sultan de Constanti-
Enfin, c’est un décret du 26 février nople à y maintenir son autorité ;
1858 qui soumettait à la discipline c'était le risque d'une rupture
de la Légion d'honneur les titulaires d'équilibre.
de la « médaille de la Baltique »

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Pour le prévenir, les escadres fran- Les missions étaient les suivantes : Rivières ; Poursuivante, capi-
çaise et anglaise, dès le 22 sep- taine Prud'Homme de Borre ;
1°) établir le blocus du golfe de
tembre 1853, s'engagent dans les Andromaque, capitaine Guillain ;
Finlande et intercepter la navi-
Dardanelles, action d'avertissement
gation dans la Baltique ; • Frégate à vapeur Darien, capi-
avant la déclaration de cette guerre
taine Baron Didelot ;
de Crimée qui interviendra le 14 2°) s'assurer de la force militaire
avril 1854. de Cronstadt, Sweaborg, Revel, • Corvettes à vapeur : Lucifer,
Hango, Bomarsund ; examiner capitaine Dispan ; Souffleur,
Cependant, le théâtre d'opérations la possibilité d'une opération capitaine Moulac.
de la mer Noire ne devait pas être le sur ces places ;
seul, la France et l'Angleterre ayant 3°) détruire les forts et convois Partie de Brest le 20 avril 1854,
estimé nécessaire de menacer rapi- maritimes russes. l’escadre de l’amiral Parseval-
dement les grands centres occiden- Deschènes n'avait pu arriver à
taux de l'empire du Tsar, comme Il lui était précisé d’éviter l'attaque Kiel que le 20 mai et retrouver les
Saint-Petersbourg, et d'exercer le des villes ouvertes et d'épargner Anglais que le 8 juin devant
blocus des côtes russes de la aux propriétés privées tous dom- Barosund.
Baltique. mages n'ayant pas pour objet direct
d'amoindrir le potentiel de guerre L'amiral Napier était de quatre
Le 12 avril 1853, une escadre britan- ennemi. ans plus âgé ; c'est à lui que revint
nique, presque entièrement com- le commandement des deux esca-
posée de vapeurs, commandée par Les moyens que le ministère avait dres. Les missions de reconnais-
le vice-amiral Sir Ch. Napier se estimé devoir permettre d'accom- sance et d'exploration effectuées
dirigeait vers le golfe de Finlande(1). plir cette mission étaient constitués par leurs divisions légères devaient
par les navires suivants, formant permettre de reconnaître rapide-
Le pavillon français était présent cette « Escadre du Nord » : ment l'impossibilité de rien tenter
avec l'Austerlitz, vaisseau mixte de contre le port de Cronstadt.
80 canons, aux ordres du capitaine • Vaisseaux à voiles de 90 canons :
Laurencin. Inflexible, capitaine Pironneau, Trop puissamment défendu(2), ce
vice-amiral Parseval-Deschènes, port était trop dangereux pour les
Le vaisseau à voiles de 82 canons Le chef d'état-major commandant grands navires en bois dont Ch. de
Duperré, capitaine Edouard Penaud, Clavaud ; Tage, capitaine Fabvre ; la Roncière a estimé qu'ils n'étaient
et les frégates à voiles de 52 canons Jemmapes, capitaine Robin- plus capables de résister à l'effet
La Vengeance, capitaine Bolle, La Dupaie ; Hercule, capitaine d'une de leurs propres bordées.
Sémillante, capitaine Chiron du Larrieu.
Brossay, devaient le rejoindre plus De 80 canons : Duguesclin, capi- Le commandant en chef en conclut
tard. taine Lacapelle, contre-amiral qu’il devait diriger une attaque sur
Ch. Penaud ; Breslaw, capitaine les îles d'Åland et notamment à
Dans le même temps, une escadre Bosse. celle de Bomarsund.
française, dite « Escadre du Nord »,
De 70 canons : Trident, capitaine
se constituait à Brest, sous le D'autres moyens s'avéraient néces-
Maussion de Candé ;
commandement du vice-amiral saires : le gouvernement français
Parseval-Deschènes qui avait fait • Frégates à voiles de 52 canons : décida l'envoi dans la Baltique d'un
hisser sa marque sur l'Inflexible, Zénobie, capitaine Hérail ; corps expéditionnaire d'environ
vaisseau à voiles de 90 canons. Virginie, capitaine Seré de 10 000 hommes, de manière à

1) A cette époque la Finlande est un grand duché de l’empire russe.


2) Les fortifications de Cronstadt étaient dues à des officiers français du Génie au service du Tsar en particulier
Maurice Hugues Destrem (Fangeaux, 1788 - Saint-Pétersbourg, 1855), (Polytechnique, promotion 1805) qui fut ins-
pecteur général du Génie Russe.

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S A P E U R

constituer une force maritime et ter-


restre d'environ 18 000 hommes,
suffisante pour l'attaque envisagée.

Le commandement de ce corps
expéditionnaire fut donné au géné-
ral Baraguay d'Hilliers.

Rassemblé à Calais, fort exactement


de 9 552 hommes et 118 chevaux,
était constitué des unités suivantes :
• 1re brigade : général d'Hugues
formée par le 12e bataillon de
chasseurs à pied, avec les 2e
régiment d'infanterie légère et 3e
régiment d'infanterie de ligne ;
• 2e brigade : général Crésy, for-
mée par les 48e et 51e régiments
d'infanterie de ligne.

L'artillerie était commandée par le


lieutenant-colonel de Rochebouët.

Le génie était aux ordres du général


Niel, en mission spéciale.

Le génie comprenait :
• Une compagnie de sapeurs forte L'infanterie fut transportée par les Un premier débarquement de 2000
de 150 hommes (6e compagnie vaisseaux anglais du commodore hommes d'infanterie française aux
du 1er bataillon du 1er régiment), Grey et du contre-amiral Berkeley, ordres des colonels Fieron et
• Un détachement de sapeurs- et les bâtiments français du contre- Vassoigne, avec 900 Anglais, était
conducteurs avec 16 chevaux de amiral de Lapierre embarquèrent opéré au nord de l'île, coupant la
trait et quatre prolonges, l'artillerie, le génie et l'administra- forteresse proprement dite de tout
tion. renfort extérieur. Le bataillon de
• 2 000 outils de terrassiers et
chasseurs, effectua des reconnais-
50 000 sacs à terre.
Les transports du contre-amiral de sances auxquelles prenaient part
Lapierre comprenaient un nombre les généraux Baraguay d'Hilliers et
Cette faiblesse ne permettait pas
important de vapeurs qui devaient Niel en personne. L'installation de
d’envisager de siège autre que
être fort utiles pendant les opéra- plusieurs batteries d'artillerie de
d’une petite place.
tions de combat, après avoir permis terre et l'approche de plusieurs vais-
L’état-major était composé du lieu- d'assurer une traversée plus rapide seaux devaient permettre aux chas-
tenant-colonel Jourjon(3), du chef de que celle de l'Escadre du Nord. seurs à pied du sous-lieutenant
bataillon Cadart(4), et du capitaine Gigot et aux voltigeurs du sous-lieu-
Karth(5). Après avoir été passé en revue par tenant Gibon, du 51e d'enlever la
Napoléon III, le corps expédition- tour du Sud de la forteresse. Quant
La compagnie de sapeurs était naire quitta Calais le 20 juillet à la tour du Nord , elle tomba le 15
encadrée par le capitaine en 1854, pour atteindre le 5 août la août, jour de la fête de l'Empereur
premier Barrabé(6), commandant ; rade de Ledsund, au sud-ouest de des Français.
le capitaine en second Alquier- Bomarsund. Et dès le 8 août, les
Bouffard(7) ; le lieutenant en pre- troupes franco-anglaises com- Une velléité de contre-attaque russe
mier Groult(8) et le sous-lieutenant mençaient l'investissement de la était prévenue par un second débar-
Darras(9). place de Bomarsund. quement d'infanterie et de marins

3) Charles Louis Jourjon, né le 18 septembre 1807. Entre à l’école d’application en 1828 ; lieutenant-colonel le 1er février
1854 ; colonel le 23 mai 1855 (1er régiment). Tué pendant la campagne d’Italie en 1859.
4) Charles Rémy Cadart, né le 5 avril 1813. Entre à l’école d’application en 1834. Chef de bataillon le 17 octobre 1851.
5) Philippe Auguste Karth, né le 25 janvier 1818. Entre à l’école d’application en 1839. Capitaine le 12 octobre 1845.
6) Michel Joseph Barrabé, né le 16 avril 1821 Entre à l’école d’application en 1842. Capitaine le 14 juillet 1848.
7) Anne Louis Adolphe Alquier-Bouffard, né le 7 septembre 1822. Entre à l’école d’application en 1843. Capitaine le
11 novembre 1848.
8) Henri Groult, né le 23 avril 1827. Entre à l’école d’application en 1849. Lieutenant le 1er octobre 1851.
9) Auguste Alfred Darras, né le 11 avril 1819. Entre à l’école d’application en 1850. Lieutenant le 1er novembre 1853.

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S A P E U R

français, encore dirigé par le colonel « Dantzig, 19 août à 8 heures 15 de détruire le grand hémicycle,
Vassoigne. Le 16 août, dès la pointe minutes. Le consul de France au le fer-à-cheval et les deux pavil-
du jour, le feu était repris de terre et ministre des Affaires étrangères : lons d’officiers. C’est le capitaine
de mer contre le corps principal de Le yacht impérial la Reine Barrabé qui fut chargé de l’exécu-
Hortense est arrivé. Bomarsund tion de ce travail. A 7 heures du
la citadelle, avec une telle intensité
s'est rendu à discrétion. 2000 pri- soir, Barrabé, en présence de cinq
que le drapeau blanc devait y être sonniers et 100 canons sont au sous-officiers de sa compagnie fit
hissé définitivement vers midi. pouvoir des troupes alliées. Les donner le feu. Les troupes franco-
pertes sur la flotte et parmi les anglaises s’étaient rangées sur les
La reddition avait été précédée de troupes sont insignifiantes(10) ». hauteurs environnantes ou à bord
profondes discussions à l'intérieur des navires ; la population des îles
de la garnison russe. Certains offi- Les deux généraux du génie Niel et Åland assistaient également au
ciers, suivant l'impulsion d'un vieux Harry Jones, inspectèrent la forte- spectacle.
resse de Bomarsund après sa red-
colonel d'artillerie, vétéran de la
dition, la jugèrent inutilisable et Le général Niel écrit : « Au bout de
campagne de 1812, souhaitaient
décidèrent qu’elle devait être quelques minutes, une série d’ex-
s'ensevelir sous les décombres. rasée(11). De plus la disparition de plosions presque simultanées fit
Qu'elle qu'ait pu être l'énergie de cette forteresse serait une perte sen- sauter la majeure partie de l’hémi-
ces intentions, le général russe sible pour le Tsar qui l'avait fait soli- cycle, ainsi que le centre des deux
Bodisco ne s'en était pas moins dement construire et qui la consi- pavillons d’officiers. Un immense
rendu à discrétion. dérait comme une place avancée de nuage de fumée, qui fut très long
son empire face à la Suède. à se dissiper, enveloppa complè-
Le 2 septembre 1854, la forteresse tement la forteresse. L’incendie se
C'est le yacht la Reine Hortense qui de Bomarsund fut détruite par le déclara avec une grande intensité
devait être chargé d'en porter la Génie français au moyen de four- dans les deux pavillons, et les toi-
nouvelle ; celle-ci en a été connue neaux. Le rapport Niel expose les tures de l’hémicycle s’enflammè-
à Paris par la dépêche suivante : détails techniques qui ont permis rent aussi sur plusieurs points.

10) Suivant le rapport de Niel, il y eut 2400 prisonniers. La forteresse et la tour avaient 116 bouches à feu et 3 mortiers.
78 canons appartenant à la Suède furent trouvés sur les chantiers.
11) Toutefois, les officiers de la marine anglaise demandèrent qu’on laissât debout six casemates du réduit, afin de
pouvoir étudier l’action du boulet sur les maçonneries avec parement de granit.

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S A P E U R

Lorsque la fumée fut dissipée, on Elevé à la dignité de maréchal de difficiles à prévoir dans chaque
put juger des résultats obtenus. France, le 28 août 1854, le général cas particulier, il importe de mettre
[…] Pendant la nuit, l’incendie se Baraguay d'Hilliers avait pris à profit l’expérience qui en a été
propageant et les explosions des place sur l'aviso à vapeur de faite à Bomarsund sur une grande
bombes et des obus se succédant 160 chevaux Fulton. échelle.
presque sans interruption, les
fourneaux de l’hémicycle partirent Le 18 septembre 1854 le vice-ami- J’ai l’honneur de vous sou-
tous, sauf probablement un de ral Parseval-Deschènes quittait le mettre ce travail et de vous prier
ceux de l’escalier 7, mais le fer-à- golfe de Finlande à bord de de m’autoriser à la faire imprimer.
cheval restait intact au milieu de l'Inflexible, remorqué par le Darien,
ce vaste incendie. accompagné de l'Austerlitz et de la Veuillez agréer, monsieur le
Reine Hortense. Peu de temps Maréchal, l’hommage de mon res-
Quoiqu’il y eut un grand danger à après, il était d'abord élevé à la pectueux dévouement.
pénétrer dans le fort, le capitaine dignité de grand-croix de la Le général de division Niel(13) ».
Barrabé offrit d’aller à la recherche Légion d'honneur, puis à celle
des saucissons des cinq fourneaux d'amiral de France. L’année suivante, les gouverne-
qui n’étaient pas partis pour les ments français et anglais ayant
réunir et leur donner le feu. Le Niel est promu grand officier de la reconnu la nécessité de « renou-
général commandant le génie, qui Légion d’honneur et nommé aide veler la notification du blocus »
était déjà à bord du Fulton, de camp de l’Empereur avant de contre l'empire russe, une nou-
jugeant qu’on ne pouvait pas prendre le commandement en velle expédition de la Baltique fut
laisser debout une portion aussi chef du Génie de l’armée d’Orient mise ne place ; dès le moment où
importante de la forteresse, et d’y conduire le siège de la disparition des glaces dans la
acceptant la proposition du capi- Sébastopol. Baltique allait y permettre à nou-
taine Barrabé, lui envoya, par le veau la navigation.
lieutenant-colonel Jourjon, l’ordre Le général Niel écrit le 14 décem-
de tenter tout ce qui était possible bre 1854 au Ministre de la guerre(12) : Deux escadres encore, dont une
pour faire sauter le fer-à-cheval. anglaise sous les ordres du contre-
Ne se contentant pas de trans- « Monsieur le Maréchal, amiral Dundas.
mettre cet ordre, le lieutenant-
colonel Jourjon, qui depuis le J’ai rédigé, de concert avec le
Le contre-amiral Charles Pénaud,
commencement du siège, avait colonel Rochebouët, un Journal
commandant l’escadre française,
été au-devant de tous les dangers, des Opérations de l’artillerie
appareillait de Brest le 26 avril 1855
voulut s’associer à son exécution. et du génie contre la place de
avec les navires suivants :
Ces deux officiers, accompagnés Bomarsund ; nous pensons qu’il
du lieutenant Groult, du sergent- sera lu avec intérêt par les offi- - Vaisseaux mixtes de 90 canons :
major Laflèche et du sergent ciers des deux armes. J’y ai joint Tourville, capitaine Le Gallie
Bergerolle, entrèrent par une un rapport détaillé sur la destruc- de Kerizouet, contre-amiral
embrasure dans une des casemates tion de cette place ; les effets de la Ch. Pénaud, chef d'Etat-major,
du fer-à-cheval… […] l’explosion poudre sur les maçonneries étant capitaine de frégate Bon Roussin ;
eut lieu cinq minutes après ».

La mauvaise saison arrivait, inter-


disant la navigation dans ces
parages, d’une part et l'impossi-
bilité comme l'inutilité d'autres
opérations ayant été d’autre part
reconnues, le retour du corps
expéditionnaire devait être décidé
par les commandants des deux
escadres. Le choléra avait égale-
ment fait son apparition et fait
quelques victimes à bord des bâti-
ments, ce qui précipita le départ.
Les troupes ayant été réembar-
quées, chaque bâtiment recevait
l'ordre de rallier isolément la
France.

12) Le maréchal Vaillant


13) Un exemplaire de ce Journal des opérations est conservé, compte-tenu de son état matériel, à la réserve du centre
de Documentation de l’ESAG, où il peut être consulté. Grâce à l’obligeante courtoisie du service des Archives du
Génie à Vincennes, une planche manquante a pu être photocopiée.

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S A P E U R

le feu sur Sweaborg le 9 août à


7 h 20 du matin, d'une distance de
4000 m, bientôt ramenée à 3600.
Les canonnières s'avançaient éga-
lement et engageaient directe-
ment l'arsenal de la place. Deux
autres bombardements étaient
simultanément conduits de la mer
par deux vaisseaux français et
cinq frégates anglaises.

Surmontant de sérieuses difficultés


techniques, le contre-amiral Pénaud
avait fait installer sur un îlot rocheux,
à 2200 m de portée, une batterie de
mortiers dont le feu conduit par les
capitaines d'artillerie de marine
Sapia et Mourette se révélait effi-
cace. Malgré une opiniâtre riposte
Austerlitz, capitaine Laurencin ; par des embarcations devait per- russe, ce bombardement, maintenu
Duquesne, capitaine Taffard de mettre d'en ramener un assez les 9 et 10 août, accumulait les
Saint-Germain ; grand nombre et de les examiner. destructions dans Sweaborg. Le
11 août, à 4 h du matin, les deux
- Corvette et aviso à vapeur : amiraux décidèrent de suspendre
Les amiraux décidèrent d’engager
d’Assas, capitaine d'Aries ; le bombardement qui avait duré
une action contre Sweaborg. Les
Aigle, capitaine Million d'Ailly 45 heures. Les Franco-Anglais
moyens du contre-amiral Pénaud
de Verneuil. avaient lancé 4150 projectiles
s'étaient accrus d'un sérieux ren-
fort venu de France et composé dont 2828 bombes.
La mission principale était d'atta- avec dix avisos et canonnières à
quer Cronstadt. C'est devant cette vapeur de cinq bombardes, à Aujourd’hui l’île Åland est un lieu
place que les Français rejoignaient voiles, portant chacune deux privilégié de tourisme où les
les Anglais le 15 juin. Une recon- mortiers de 0,32 m. Celles-ci, ruines, encore imposantes et très
naissance conduite par le contre- flanquées sur chaque bord de huit bien entretenues de la forteresse
amiral Pénaud sur la corvette à bombardes anglaises, ouvrirent de Bomarsund sont à découvrir.
vapeur anglaise la Merlin devait
faire apparaître que l'attaque de
Cronstadt était impossible. Cette
reconnaissance doit compter dans
l'histoire de la marine, car en
l'effectuant, la Merlin et une autre
corvette anglaise d'escorte ont
été secouées, sans trop de dom-
mages toutefois, par l'explosion
d'engins sous-marins. C'est pro-
bablement une des premières,
sinon la première utilisation de la
mine sous-marine pour la défense
d'un port. Ces machines infer-
nales avaient été expérimentées
par les Russes devant l'empereur
Nicolas et l'on en parlait beaucoup
depuis un an. Un dragage effectué

Remerciements :
à Madame Chantal LEDUC pour les clichés des ruines du fort de Bomarsund trouvés sur son site
http///nosvoyages@free.fr et qu’elle nous a autorisés à reproduire.
BIBLIOGRAPHIE.
ROCHEBOUËT (général), GRIMAUDET (G. de), NIEL (maréchal Adolphe), Siège de Bomarsund en 1854. Journal des opérations de l’ar-
tillerie et du génie [par le général Niel et le colonel de Rochebouët. Lettre du maréchal Vaillant…] Paris, J. Corréard, 1855, in-8°, 54
pages, 4 plans, tableau.
BLANCHARD (P.), " Les prisonniers de Bomarsund à l'Ile d'Aix ", L'Illustration, 1854

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