La plus importante tentative pour dépasser les limites de la linguistique de la langue est sans conteste le champ ouvert par

ce qu’il est convenu d’appeler l’énonciation. R. Robin, Langage et idéologie

Eléments de pragmatique linguistique

La linguistique énonciative

Objectifs de connaissance à atteindre 1. De la linguistique non-énonciative vers la linguistique énonciative 1.1 Caractéristiques de la linguistique non-énonciative 1.2 Caractéristiques de la linguistique énonciative 2. Les théories de la linguistique énonciative 2.1 Emile Benveniste: l’appareil formel de l’énonciation 2.2 Catherine Kerbrat-Orecchioni: la subjectivité dans le langage 2.3 Oswald Ducrot: l’insertion du contexte ordinaire mondain 2.4 Antoine Culioli: la grammaire énonciative 3. Les paramètres de l’énonciation 3.1 Définition 3.2 Le locuteur 3.3 L’allocutaire 3.4 La non-personne 3.5 Le contexte 3.6 L’énoncé 4. L’appareil formel de l’énonciation 4.1 Définition et caractéristiques générales 4.2 Les déictiques personnels 4.3 Les déictiques temporels 4.4 Les déictiques spatiaux 5. Les modalités 5.1 Définition 5.2 Les modalités logiques 5.3 Les modalités linguistiques 5.4 Classification des modalités 6. Conclusions finales 7. Idées à retenir 8. Bibliographie 9. Glossaire

La linguistique énonciative

Ρ Objectifs de connaissance à atteindre
Relever les différences entre les deux types de linguistique: nonénonciative et énonciative et expliquer en quoi consistent les insuffisances de la linguistique non-énonciative. Justifier le bien fondé du développement de la linguistique énonciative et trouver les éléments (possibles) de continuité entre les deux orientations. Prendre connaissance des principales théories de la linguistique énonciative. Expliquer le mécanisme de l’énonciation et décrire les éléments constitutifs de son appareil formel, tels qu’ils sont présentés par Benveniste. Définir l’énonciation restreinte et l’énonciation étendue et mettre en évidence les rapports qui les unissent. Souligner les directions dans lesquelles Catherine KerbratOrecchioni a contribué au développement de la linguistique énonciative: la subjectivité, le schéma de la communication, la deixis personnelle, la distinction entre les deux types de linguistique énonciative. Expliquer les théories d’Oswald Ducrot concernant le rapport signification de la phrase / sens de l’énoncé et la polyphonie. Introduire à la théorie de l’énonciation d’Antoine Culioli en présentant: les fondements théoriques, la démarche linguistique, les caractéristiques énonciatives de la théorie, le modèle de la lexis.

Eléments de pragmatique linguistique

Faire la synthèse des caractéristiques du processus de l’énonciation et décrire ses paramètres constitutifs. Décrire le système de la deixis. Décrire les différentes catégories de modalités et les critères de leur organisation. Mettre en évidence la contribution de la théorie de l’énonciation au développement des orientations ultérieures des études linguistiques: l’analyse du discours et la performativité.

La linguistique énonciative

1.

De la linguistique non-énonciative vers la linguistique énonciative

Préoccupés de la construction d’une science du langage, les linguistes de la première moitié du siècle passé ont circonscrit leurs études à la langue, en tant que système de signes reliés par des ensembles de règles, en laissant délibérément de côté les aspects liés à son utilisation et à ses utilisateurs. Cette option n’a pas été sans conséquences sur l’évolution des théories concernées, dont les caractéristiques communes constituent autant d’insuffisances favorisant les orientations théoriques ultérieures.

1.1 Caractéristiques de la linguistique non-énonciative Il s’agit de caractéristiques que partagent toutes les théories linguistiques centrées sur la seule étude du système de la langue: ces théories sont des théories du code; l’analyse linguistique s’arrête au niveau de la phrase; le mécanisme de production du sens et le calcul du sens global ne dépassent pas le cadre du système, ni celui de la phrase;

Eléments de pragmatique linguistique

la parole, en tant que matérialisation de la langue, est considérée

un aspect secondaire, extérieur aux préoccupations systémiques; l’immanentisme est le principe déclaré qui sous-tend toute démarche descriptive et analytique.

Une linguistique du code La langue est envisagée comme un ensemble de signes et de règles, homogène et unique, commun à tous les utilisateurs d’un même idiome, qui s’en servent pour communiquer entre eux. C’est à ce système que «doivent être ramenés tous les faits de langue.» (KERBRAT-ORECCHIONI, 1980: 60) Or, les recherches en dialectologie, par exemple, ont démontré que la langue est constituée de plusieurs dialectes, sociolectes et idiolectes, qui doivent être étudiés et intégrés dans un diasystème (id.) Il s’ensuit que le code n’est ni unique, ni homogène, mais divers et déterminé contextuellement; ni Saussure, ni les autres théoriciens n’expliquent les mécanismes par lesquels la langue devient parole. Cette explication demanderait le recours à d’autres sciences, ce qui est exclu par principe; la production de la parole et son interprétation représentent deux activités différentes qui supposent la mise en marche de mécanismes qui ne sont pas les mêmes. Les descriptions linguistiques ne s’intéressent pas aux modèles de ces activités, laissés de côté (id.). La centration sur l’aspect codique de la langue a eu donc pour conséquences l’exclusion «des composantes de la communication, autres que le code «et l’ignorance du fait que» chaque utilisation du code est une succession d’opérations: prenant place dans un cadre spatio-temporel précis; concernant un référent (entités, événements, état de choses du monde extra-linguistique) chaque fois particulier;

elle doit être aussi intelligible. et constituant le lieu d’une interaction incessante de l’un sur l’autre. et vérifie si sa forme correspond aux conditions de bonne formation. Une phrase doit être non seulement bien formée. suivant les règles syntaxiques. extraite de son contexte verbal et situationnel. 1987: 16) . L’analyse linguistique s’intéresse à la phrase pure et simple. c’est-à-dire avoir un sens. de plus je dis quelque chose sur ce que ferait le locuteur en énonçant la phrase…»(CERVONI. des unités lexicales appartenant à la langue et qui présentent entre elles une certaine affinité sémantique (CERVONI. Pour y correspondre. une phrase doit combiner. disait-on.» (CERVONI. 1987: 15). au sens le plus large du terme.préciser les conditions de vérité d’une phrase signifie que «je nomme les utilisateurs (locutaire et allocutaire) par lesquels elle pourrait devenir énoncé. Une phrase est intelligible si l’on peut spécifier ses conditions de vérité qui. ce qui veut dire que leur étude se réduirait à l’étude de la phrase.» est une phrase bien formée mais elle n’a aucun sens pour un sujet parlant français. je fais allusion au temps et au lieu où cet énoncé serait produit.La linguistique énonciative mettant en jeu un locuteur et un allocutaire avec toute leur subjectivité. peuvent être établies sans faire appel au contexte de son emploi et aux valeurs énonciatives qu’elle peut revêtir. Mais cela ne s’avère pas toujours vrai du moment qu’il y a des éléments de structuration transphrastiques qu’on ne retrouve pas au niveau de la phrase. sont constituées d’unités appartenant au niveau immédiatement précédent – toute construction supérieure à la phrase est formée de la combinaison de plusieurs phrases. 1987: 10) La phrase – unité supérieure d’analyse Si la phrase est constituée d’unités appartenant au niveau immédiatement inférieur – et celles-ci. Mais. La célèbre phrase de Chomsky «D’incolores idées vertes dorment furieusement. à leur tour.

pour vérifier les conditions de vérité d’une phrase. décrit le signe linguistique comme l’union entre un signifiant et un signifié sans aucune référence aux choses désignées. le sens structurel: «certaines constructions syntaxiques. Le sens global ou total d’une phrase «résulte du sens lexical des mots individuels. on a besoin de connaître les conditions de sa production. c’est-à-dire être adéquate à la situation de communication (CERVONI. Benveniste infra. aux référents. le mécanisme de production du sens ne concerne aucun élément extérieur à la phrase ou au système de la langue. La problématique du sens Dans la production du sens. Saussure . 1980: 7). il faut connaître le contexte de son emploi. Or. . A ce qu’on voit.» (KERBRAT-ORECCHIONI. signalent les relations sémantiques entre signifiés lexicaux.Eléments de pragmatique linguistique Arrêter l’analyse au niveau de la phrase s’avère pourtant correct car. le sens global de la phrase – également célèbre – “Le chat de ma tante est sur le paillasson” résulte de la combinaison des sens lexicaux des unités constitutives avec le sens structurel que fournissent les rapports syntacticosémantiques entre ces unités. c’est-à-dire être adéquate au contexte verbal (à ce qui a été dit auparavant) et une cohérence. auquel vient s’ajouter le sens structurel. on distingue deux voies: le sens lexical ou signifié: dans un contexte particulier un signifiant lexical véhicule un seul signifié. d’ailleurs. une phrase hors contexte ne peut avoir qu’un sens descriptif qui permet sa compréhension mais pour son interprétation. sémantiquement pertinentes. 1987: 14).» (FRIES in LYONS. 1970: 334) Donc. une phrase doit présenter une cohésion textuelle. cf. la phrase appartient à un autre système que le système formel de la langue. pour être utilisée.

). entre le signifiant et le signifié d’un signe linguistique. tout sujet parlant le français qui lit ou entend la phrase cidessus peut la comprendre :il comprend qu’il y a un chat appartenant à une personne qui se trouve dans un certain rapport de parenté avec le locuteur et que ce chat se trouve sur un paillasson. (CERVONI. où elle apparaît comme un tête-à-tête idéal entre deux individus qui possèdent le même code.…”(KERBRAT-ORECCHIONI. ”… le problème de la parole … est envisagé dans le cadre d’un schéma de la communication de Jakobson. La problématique de la parole La parole représente le code en fonctionnement. le cadre spatio-temporel. 1985: 123) . dans la structure d’une phrase. Pour trouver les réponses à ces questions. de quel paillasson il s’agit. 1980: 6-8): Contexte 1 destinateur 2 ……………. on peut retrouver des signes qui renvoient à leur propre énonciation. de quelle espèce de chat il s’agit. à quel moment et pourquoi le locuteur produit cette phrase. en quel lieu et à quel moment le fait dénoté se produit. des signes à l’aide desquels on peut identifier les participants à l’échange verbal. le but de leurs propos (leur valeur illocutoire). éliminée comme objet d’étude par la linguistique scientifique. en quel lieu. Saussure envisage une linguistique de la parole.1987: 21-22). ce dont ils parlent (les référents). différente de la linguistique de la langue. Ce sont les éléments déictiques (voir infra) et les marques des actes de langage. il n’y a pas de correspondance biunivoque: le même signifié peut être exprimé par plusieurs signifiants ou bien un seul signifiant est porteur de plusieurs signifiés. par exemple. Il comprend donc le sens descriptif. la partie individuelle du langage. qui est la tante de ce me.message 6……………destinataire 3 canal 4 code 5 (FUCHS & LE GOFFIC. Ce qu’il ne comprend pas c’est: qui est la personne qui se désigne par me (le référent de. on a besoin d’informations sur le contexte (au sens le plus large) de l’emploi de la phrase.La linguistique énonciative Ainsi.

1985: 13) Or. celle de rendre possible la communication entre les humains. le fait que ce soit des hommes qui se parlent et s’écrivent» (ELUERD. Elle a pour domaine l’information véhiculée par le message.il est donc neutre – et ceux-ci n’y ont recours que comme utilisateurs d’un instrument de communication dans une situation donnée. qui passerait de main en main. On juge de la parole et on l’interprète sur la base des mêmes principes. bien que le premier comprenne: . . orientée de l’émetteur vers le récepteur. sans être altérée dans l’opération. 1980: 6-8) le code se trouve entre les interlocuteurs . en essayant de démontrer par cela que la langue est un instrument qui a une fonction. ni aux propriétés spécifiques des partenaires (KERBRAT-ORECCHIONI. le message. est placé entre les deux partenaires comme s’il n’appartenait à aucun d’entre eux. tandis que le récepteur effectue une opération de décodage. à chaque pôle du schéma.le contexte mondain – tout ce qui englobe l’horizon de la situation. La fonction référentielle ou dénotative ou cognitive est orientée vers le contexte. . c’est-à-dire à l’objet du message. l’environnement verbal ou écrit de l’énoncé décrit.» (FUCHS & LE GOFFIC.le contexte situationnel: tout ce qui entoure les sujets parlants. l’échange verbal n’est pas indifférent aux conditions concrètes de la situation de communication.Eléments de pragmatique linguistique Les insuffisances du schéma découlent de la même conception mécaniste et réductionniste qui fonde la linguistique de la langue.: 123): 1. sa valeur proprement référentielle.le cotexte. (id. se déroule des opérations distinctes: l’émetteur se livre à une opération d’encodage. . l’émetteur et le récepteur se trouvent dans une situation de transfert ou d’échange d’informations. c’est-à-dire en l’isolant des éléments qui agissent sur elle et déterminent sa production: le contexte est réduit au seul référent. 1985: 122) Jakobson fera correspondre à chacun des éléments constitutifs de son schéma de la communication une fonction. «une réalité quasi matérielle. tout comme le code. le moment et le lieu comme les raisons qu’ils ont de communiquer et de communiquer ainsi.

Et cela aurait diminué le caractère scientifique de la linguistique et contribué à la perte de l’autonomie scientifique. on ne peut étudier le sens sans envisager son référent. Une seconde justification était que la prise en charge de la parole par la linguistique de la langue aurait rendu plus difficile l’élaboration du modèle et aurait fait intervenir dans la description et l’explication des faits d’autres savoirs scientifiques. sa capacité de réflexion sur la construction de son propre message. . attirer l’attention du destinataire. même d’autres méthodes ou démarches d’analyse.un modèle rigoureux de description d’un objet immuable.» 3. le vocatif. qu’ils sont en communication ou bien vérifier si le canal fonctionne. capable de construire – à la manière des autres sciences . La fonction poétique définie comme «l’accent mis sur le message pour son propre compte» (FUCHS & LE GOFFIC. Une première justification était l’effort de bâtir une linguistique scientifique.altéré par des influences non-systémiques. La fonction émotive ou expressive. 1985. «centrée sur le destinateur (la 1re personne) vise à une expression directe de l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle. La fonction conative marque l’orientation vers le destinataire (la 2e personne): les réalisations les plus manifestes en sont l’impératif. Les partenaires doivent s’assurer que le contact est établi. L’immanence La phrase de clôture du Cours de Linguistique Générale de Saussure «La linguistique a pour unique et véritable objet la langue considérée en elle-même et pour elle-même» affirme la détermination d’exclure l’aspect extralinguistique des préoccupations linguistiques. 6. La fonction métalinguistique reflète la conscience que le locuteur a de son code. 1976 :108-109). Mais l’immanence n’est pas un principe profitable dans l’économie des théories linguistiques car «il est parfois impossible de décrire adéquatement les comportements verbaux sans tenir compte de leur environnement non-verbal. on ne peut décrire un message sans tenir compte de son contexte.La linguistique énonciative 2. La fonction phatique reflète les conditions de communication. non. Elle centre le message sur le code lui-même. MAINGUENEAU. 5. 4.

énonciative. Elle va se charger des aspects rejetés hors de son domaine par la linguistique scientifique et placer au centre de ses préoccupations les mécanismes favorisant le passage de la structure au fonctionnement. Bally (1932 – Linguistique générale et linguistique française). 1966) Elle va étudier les mécanismes de production / interprétation de la parole avec tous les éléments linguistiques et extralinguistiques qui les déterminent. les effets de ces activités sur les partenaires de l’acte de communication. Elle sera préfigurée par Ch. 1980: 6-8) En un mot.» (BENVENISTE. c’est-à-dire de la langue à la parole: «L’énonciation suppose la conversion individuelle de la langue en discours.» (KERBRAT-ORECCHIONI. à partir de 1966.Eléments de pragmatique linguistique des effets qu’il prétend obtenir.2 Caractéristiques de la linguistique énonciative Cette linguistique de la parole que Saussure considère secondaire et complètement distincte de la linguistique de la langue se développe en même temps que la dernière mais avec un certain retard. ne sera pas exactement la linguistique de la parole envisagée par Saussure car l’énonciation concerne «l‘ acte même de produire un énoncé et non le texte de l’énoncé» auquel se rapporte la parole de Saussure. 1. la manière dont ces activités sont inscrites dans la parole. Jakobson (1963 – Essais de linguistique générale) et revêtera sa première forme théorique dans les écrits de E. on ne peut pas parler de la langue en ignorant la parole. Ce sont là les directions de développement de la linguistique énonciative dont «la diversité s’explique par la multiplicité des points de vue possibles sur l’appartenance à la linguistique des différents thèmes énonciatifs. R.» (CERVONI. on ne peut pas étudier le système sans tenir compte de son fonctionnement. . Benveniste. 1987: 23) Cette nouvelle linguistique.

à savoir: la constatation de la «différence profonde «entre le langage comme système de signes et le langage comme exercice par l’individu» (MAINGUENEAU. Les théories de la linguistique énonciative 2. Pour Benveniste. une «somme» sur le langage et ses différents aspects systémiques et fonctionnels. Deux constatations de Benveniste pourraient représenter le point de départ de son analyse. le langage est .La linguistique énonciative 2. 1976: 104). la particularité du langage de manifester sa nature «d’instrument de communication» par sa situation même comme «instrument» (BENVENISTE. ▪ l’appareil formel de la mise en fonctionnement de la langue. 1966: 258). publiés depuis 1966. Ses idées sur le système de la langue et sur la spécificité de l’emploi de cette dernière sont dispersées dans plusieurs articles et études.1 Emile Benveniste: l’appareil formel de l’énonciation La théorie de l’énonciation d’E. En faire une synthèse n’est pas chose facile. Les aspects qui relèvent de la problématique de l’énonciation sont: ▪ l’organisation systémique de la langue. ▪ le fonctionnement de la langue. Benveniste ne se présente pas comme un tout organique.

qui ne se réduit pas à la somme de ses parties . c’est-à-dire l’extralinguistique. 1994: 88) Le niveau sémantique prend en charge les référents. le mode métasémantique. qui ont un signifié et qui renvoient à une certaine réalité qu’il faut comprendre. c’est-àdire à l’énonciation.» (BENVENISTE. construit sur la sémantique et ayant pour objet la double signifiance de la langue. le mode sémantique.Eléments de pragmatique linguistique constitué d’un double système de référence ou modes de signifiance: le mode sémiotique. mais il n’apparaît pas nécessairement dans la phrase avec le sens qu’il a comme unité autonome. il en effectue la signification. 1966: 123-124) «L’analyse sémantique aura pour objet d’interpréter globalement. C’est au domaine sémantique. par rapport à un contexte situationnel concret. (Il en résulte que) le mot est (avant tout) un constituant de la phrase. le mode des signes. Le domaine de la sémantique s’identifie donc à l’univers du discours en situation. les mots qui forment un message. 1977: 302) A ces deux niveaux ou modes. Ce niveau n’appartient pas à la structure de la langue mais au discours ou système de communication. le sens inhérent à ce tout est réparti sur l’ensemble des constituants. C’est le système formel de la langue. Benveniste ajoute un troisième. à un niveau supérieur.» (BRONCKART. que s’intéresse Benveniste. où a lieu «la conversion individuelle de la langue en discours». C’est le niveau «du sens. .» (BAYLON & MIGNOT. celui de la phrase qui se rapporte à des situations ou à des événements concrets. Benveniste identifie le rapport suivant: «une phrase constitue un tout. Entre les unités constitutives des deux modes de signifiance. où l’on a affaire aux mots obtenus à partir du sens – le sens n’est donc pas leur somme et les mots sont davantage que des signes.

): «Avant l’énonciation. Le résultat de l’énonciation est le discours qui renvoie à «l’acte même de produire un énoncé» et non pas «au texte de l’énoncé.La linguistique énonciative La distinction faite entre le langage en tant que système de signes et son emploi implique une autre distinction entre les conditions d’emploi des formes et les conditions d’emploi de la langue. qui émane d’un locuteur. Les conditions d’emploi des formes sont «un ensemble de règles fixant les conditions syntactiques dans lesquelles les formes peuvent ou doivent normalement apparaître … Ces règles d’emploi sont articulées à des règles de formation préalablement indiquées.» (id. ▪ «le mécanisme de cette production» ou la sémantisation de la langue: «C’est la question de voir comment le sens se forme en mots» ou la transformation du sens en mots. Les conditions d’emploi de la langue relèvent «d’un mécanisme total et constant qui. la langue est effectuée en une instance de discours. affecte la langue entière. définie d’abord par Benveniste comme «mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation. d’une manière ou d’une autre.) Le procès d’appropriation de la langue et de production d’énoncés présente trois aspects: ▪ la réalisation vocale de la langue. 1969: 13).) Ce mécanisme est l’énonciation. acte par lequel le locuteur «mobilise la langue pour son compte». Elles ne sont pas identiques aux conditions d’emploi de la langue.» mais aussi comme «acte d’appropriation de la langue». Après l’énonciation. la langue n’est que la possibilité de la langue. «conversion de la langue en discours».» (BENVENISTE. ou «prend la langue pour instrument». Cet acte est le fait du locuteur qui s’approprie la langue pour effectuer un ensemble d’opérations afin de construire et faire passer un message.»(id. l’acte physique que suppose toute émission d’énoncé (l’acte locutoire d’Austin). forme sonore qui atteint un auditeur et qui suscite une autre énonciation en retour. .» (id.

la langue se trouve employée à l’expression d’un certain rapport au monde. T.Eléments de pragmatique linguistique ▪ l’analyse de l’énonciation «dans le cadre formel de sa réalisation». ▪ «Dès qu’il se déclare locuteur et assume la langue. d’autre part. 1969) . cette manifestation de l’énonciation. les énoncés. (id. il implante l’autre en face de lui… Toute énonciation est. Todorov affirmait que «Nous ne connaîtrons jamais que des énonciations énoncées. et au moyen de procédés accessoires. Cet acte est le fait du locuteur qui mobilise la langue pour son compte. elle postule un allocutaire».» (BENVENISTE. » (BENVENISTE. dans l’énonciation. qui est produit chaque fois qu’on parle. l’énonciation comprend trois opérations : ▪ «le locuteur s’approprie l’appareil formel de l’énonciation et il énonce sa position de locuteur par des indices spécifiques». dira-t-on. d’une part. Le discours. Pour Benveniste. (…) Le locuteur s’approprie l’appareil formel de la langue et il énonce sa position de locuteur par des indices spécifiques. La référence est partie intégrante de l’énonciation. ▪ «Enfin. c’est-à-dire la recherche des marques formelles de l’énonciation. 1969: 14) Toutes ces caractéristiques sont mentionnées dans la définition que Benveniste donne de l’énonciation: «mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation. n’est-ce pas simplement la «parole»? – Il faut prendre garde à la condition spécifique de l’énonciation: c’est l’acte même de produire un énoncé et non le texte de l’énoncé qui est notre objet. il faut analyser les énoncés et certaines de leurs formes constitutives. ou interlocuteur.» (1970: 3-11) Cela veut dire que pour comprendre le fonctionnement de l’énonciation. une allocution. explicite ou implicite.) L’énonciation ne peut pas être saisie directement mais seulement à travers ses produits.

font partie de cet appareil nécessaire. l’individu qui y est présent comme allocutaire. mieux. centre de l’énonciation. unique. aux paramètres de l’acte d’énonciation. à chaque emploi. nous apparaissent maintenant comme une classe d’«individus linguistiques». Or le statut de ces «individus linguistiques» tient au fait qu’ils naissent d’une énonciation. si l’on peut dire. qu’il s’agisse de personnes. de lieux. c’est-à-dire qui n’expriment rien. renvoie à l’acte même de production ou. «semel-natif». d’ostention et des types de phrase: «C’est d’abord l’émergence des indices de personne (le rapport je-tu) qui ne se produit que dans et par l’énonciation: le terme je dénotant l’individu qui profère l’énonciation. le terme tu.» (BENVENISTE. de moments. le «présent». Les temps verbaux dont la forme axiale. temporels. qui se déterminent par rapport à l’EGO. coïncide avec le moment de l’énonciation. De même nature et se rapportant à la même structure d’énonciation sont les indices nombreux de l’ostention (type ce. Une troisième série de termes afférents à l’énonciation est constituée par le paradigme entier – souvent vaste et complexe. Ils sont engendrés à nouveau chaque fois qu’une énonciation est proférée. Ces signes sont constitutifs de l’énonciation et.La linguistique énonciative Les indices (indicateurs) spécifiques «mobilisés par le sujet parlant pour la réalisation de son énonciation constituent un sous-système complexe de signes de la langue. qui n’ont aucun contenu en dehors de l’énonciation produite. Les formes appelées traditionnellement «pronoms personnels». Il s’agit du couple je-tu. en même temps. 1969: 14-15 ) Les indices de personne renvoient à l’instance du discours où ils sont produits. termes qui impliquent un geste désignant l’objet en même temps qu’est prononcée l’instance du terme. «démonstratifs». par opposition aux termes nominaux qui renvoient toujours et seulement à des concepts. et chaque fois ils désignent à neuf. ils reçoivent un autre contenu. de formes qui renvoient toujours et seulement à des «individus».des formes temporelles. Je désigne «la personne qui énonce la présente instance du discours contenant je. opposé à il. qu’ils sont produits par cet événement individuel et.» Ils sont les mêmes pour tous les locuteurs mais. ici.» Tu désigne «celui que je pose comme l’individu à qui il s’adresse dans la présente instance du . Il s’agit des indices de personnes.). etc.» Benveniste les considère «des signes vides» qui n’ont pas d’existence.

défini par Benveniste comme «proprement la source du temps» parce que c’est par rapport à ce présent qu’on repère le passé et le futur: » … «ce présent qui se déplace avec le progrès du discours… constitue la ligne de partage entre deux autres moments qu’il engendre et qui sont également inhérents à l’exercice de la . C’est cette condition du dialogue qui est constitutive de la personne.: 260) Pour Benveniste. défini par son absence de la situation d’énonciation. Les indices temporels sont. il reçoit des valeurs de ses relations avec d’autres formes d’un texte. A la différence de je et tu. «les pronoms personnels sont le premier point d’appui pour cette mise au jour de la subjectivité dans le langage»(id. … ne peut être identifié que dans … une instance de discours et qui n’a de référence qu’actuelle. en premier lieu. les temps verbaux mais aussi. La réalité à laquelle il renvoie est la réalité du discours. je pose une autre personne. et il en désigne le locuteur. Il appartient à la syntaxe de la langue et représente un invariant non personnel. Il acquiert une valeur anaphorique. Le temps coïncident avec le moment de l’énonciation est le présent. Il voulait me parler. Je et tu n’ont pas d’existence en dehors de la parole qui les profère: «… je se réfère à l’acte de discours individuel où il est prononcé.» (BENVENISTE. des mots d’autres classes capables d’identifier le moment de l’énonciation ou des événements dénotés. celle qui. De ce fait. car elle implique en réciprocité que je deviens tu dans l’allocution de celui qui à son tour se désigne par je… Le langage n’est possible que parce que chaque locuteur se pose comme je dans son discours.» (id. 1966: 262) «Je n’emploie je qu’en m’adressant à quelqu’un qui sera dans mon allocution un tu.Eléments de pragmatique linguistique discours». C’est dans l’instance de discours où je désigne le locuteur que celui-ci s’énonce comme ‘sujet’. toute extérieure qu’elle est à moi» devient mon écho auquel je dis tu et qui me dit tu. Son fonctionnement langagier et linguistique est différent de celui de je-tu: tandis que ces derniers n’ont de valeur qu’en relation avec l’énonciation. par exemple: J’ai rencontré Pierre.: 262) qui signifie en fait l’affirmation de la présence du locuteur. il est la marque de la non-personne. Les formes temporelles se déterminent par rapport au moment de l’énonciation.

accompli dans un moment différent du présent de l’énonciation: «En mai 1796. Le temps fondamental est le passé simple (ou l’aoriste) dont le repère est l’événement rapporté luimême. l’imparfait. un futur périphrastique à valeur prospective (César devait mourir peu après) ou un présent intemporel.» (STENDHAL. . trois jours après l’entrée des Français. entendant raconter au grand café des Servi (à la mode alors) les exploits de l’archiduc. le plusque-parfait et. s’énonce comme locuteur et organise ce qu’il dit dans la catégorie de la personne.» (id. en marquant l’opposition je-tu / il et les temps présent. Le passé composé est le correspondant du passé simple (de l’aoriste) sur le plan du discours. passé composé. célèbre depuis. La Chartreuse de Parme) Elle se caractérise par l’absence de l’intervention du locuteur dans le récit et par l’emploi de la 3e personne. L’énonciation discursive emploie toutes les personnes. Elle recouvre «tous les genres où quelqu’un s’adresse à quelqu’un.nommé Gros.La linguistique énonciative parole: le moment où l’événement n‘est plus contemporain du discours. futur. C’est le temps de celui qui relate des faits en témoin.» mais «se distribuent en deux systèmes d’énonciation différents. Les temps verbaux propres sont le passé simple. à l’exclusion des personnes de l’énonciation. L’énonciation discursive se construit autour et à partir du présent de l’énonciation qui est aussi le moment de l’événement dénoté. un jeune peintre en miniature. imparfait.» (BENVENISTE. est sorti du présent. aussi.» L’énonciation historique a pour point de départ temporel un événement –repère. en participant. je-tu. et le moment où l’événement n’est pas encore présent. il «établit un lien vivant entre l’événement passé et le présent où son énonciation trouve place.) Le parfait (passé composé) rattache l’événement au présent de l’énonciation qui lui sert de repère. et doit être évoqué par un rappel mémoriel. et qui était venu avec l’armée. plus-que-parfait.» (BENVENISTE. va le devenir et surgit en prospection. 1974: 74) L’étude des relations entre les temps grammaticaux met en évidence que ces derniers «ne s’emploient pas comme les membres d’un système unique. prit la liste des glaces imprimée sur une feuille de vilain papier jaune. l’histoire et le discours. … . un peu fou. 1966: 237-245).

à savoir: l’interrogation qui suscite une réponse.»(BENVENISTE. s’imposent quelques remarques en ce qui concerne sa contribution à la constitution de la linguistique énonciative: ▪ il établit un niveau d’analyse supérieur à la phrase. (BENVENISTE. Les indices d’ostention ou «indicateurs de la deixis» «… organisent les relations spatiales autour du ‘sujet’ pris comme repère: ceci. il dispose à cette fin d’un appareil de fonctions». Dès lors que l’énonciateur se sert de la langue pour influencer en quelque manière le comportement de l’allocutaire. 1966: 263) L’énonciation exprime non seulement la position centrale du locuteur lors de cet acte mais aussi ses relations avec ses partenaires et ses rapports avec son propre discours. hier. l’an dernier. le niveau du fonctionnement discursif du sujet et aussi les instruments nécessaires pour l’analyse.Eléments de pragmatique linguistique La différence entre les deux types d’énonciation s’appuie sur leur rapport particulier au locuteur et au moment de l’énonciation sans aucune influence des genres discursifs. l’intimation (l’injonction). ici. Les deux formes peuvent se manifester à l’écrit aussi bien qu’à l’oral. ils sont exprimés par les modalités . Benveniste pose que «l‘énonciation donne les conditions nécessaires aux grandes fonctions syntaxiques. 1969: 15-16) Quant aux rapports du locuteur avec son énoncé ou avec sa propre énonciation.(voir infra) Aux termes de la présentation des points forts de la théorie benvenistienne. demain’. . l’assertion. maintenant et leurs nombreuses corrélations ‘cela.

il explique pourquoi la phrase ne fait pas partie du système formel de la langue. l’insertion du locuteur au sein de sa parole. De la subjectivité dans le langage» (1980) et concerne les aspects suivants: L’énonciation Kerbrat-Orecchioni accepte la définition que Benveniste a formulée de l’énonciation mais elle se rallie au point de vue de Todorov en affirmant que l’énonciation ne peut être saisie en tant que telle. 2.La linguistique énonciative ▪ en découvrant les structures énonciatives fonctionnant au niveau de la phrase.» (1980: 30) L’auteur observe un déséquilibre dans le fonctionnement de l’énonciation: «les différents constituants du cadre énonciatif» ne sont pas traités de la même manière.2 Catherine Kerbrat-Orecchioni: la subjectivité dans le langage La contribution de C. ▪ ses analyses font le passage de la linguistique de la langue à la linguistique de l’énonciation. «Faute de pouvoir étudier directement l’acte de production.) .»(id. nous cherchons à identifier et à décrire les traces de l’acte dans le produit. l’énoncé. le surgissement dans l’énoncé du sujet d’énonciation. Kerbrat-Orecchioni au développement de la linguistique énonciative se retrouve dans son ouvrage de synthèse «L’énonciation. l’EGO. tout l’acte étant envisagé de son point de vue: le mécanisme d’engendrement d’un texte. ▪ il place au centre de l’activité énonciative le sujet parlant. par rapport auquel on détermine tous les autres paramètres temporels et spatiaux. en tant qu’acte de production au moment de la production. «L’énonciateur jouit d’un traitement privilégié. c’est-à-dire les lieux d’inscription dans la trame énoncive des différents constituants du cadre énonciatif. mais seulement à travers les traces laissées dans son produit. y compris l’allocutaire.

d’autres interventions ‘subjectives’ du locuteur concernant l’organisation des faits rapportés.(KERBRAT-ORECCHIONI. la linguistique de l’énonciation a pour but de décrire les relations qui tissent entre l’énoncé et les différents éléments constitutifs du cadre énonciatif. contexte sociohistorique. démonstratifs.) par lesquels le locuteur imprime sa marque à l’énoncé. certaines formes de parenté). modalisateurs. lui font remarquer qu’il y a peu d’unités lexicales qui ne constituent des marques de la subjectivité. etc.(id. contraintes de l’univers de discours. conditions générales de la production / réception du message: nature du canal. la linguistique de l’énonciation ne s’intéresse qu’à l’un des paramètres constitutifs du cadre énonciatif: le locuteur-scripteur (id. différents types d’interprétations qui témoignent d’une certaine attitude du locuteur par rapport aux faits dénotés (id. 1980: 32) La subjectivité Les deux catégories d’unités mentionnées et que Kerbrat- Orecchioni va inclure dans la classe des subjectivèmes auxquels elle consacre son analyse. termes évaluatifs.).) Pour Kerbrat-Orecchioni. localisations temporelle et spatiale. Elle ne conclut pas qu’il n’ y . la problématique de l’énonciation « c’est la recherche des procédés linguistiques (shifters. à savoir: les protagonistes du discours (énonciateur et destinataire). le rôle des catégories de l’affectif et de l’évaluatif dans le choix des unités lexicales. s’inscrit dans le message (implicitement ou explicitement) et se situe par rapport à lui (problème de la ‘distance énonciative’)».: 30-31) ▪ l’énonciation restreinte: «Conçue restrictivement.Eléments de pragmatique linguistique C’est ainsi qu’elle arrive à distinguer deux types d’énonciations: ▪ l’énonciation étendue: «Conçue extensivement. Kerbrat-Orecchioni limite son analyse à l’énonciation restreinte dans le cadre de laquelle elle examine à part les déictiques (pronoms personnels. la situation de communication: circonstances spatio-temporelles.

: 157) Reformulation du schéma de Jakobson Une partie des critiques adressées au schéma de la communication de R. c’est d’admettre que toute séquence se localise quelque part sur l’axe qui relève les deux pôles infiniment éloignés de l’objectivité et de la subjectivité. la seule entreprise rentable.: 19) . mais selon des modes et des degrés divers. différencier et graduer les divers modes de manifestation. Jakobson ont été formulées par Kerbrat-Orecchioni et sont à la base du nouveau schéma qu’elle a conçu et qui se présente de la manière suivante: Compétences linguistiques et para-linguistiques REFERENT Compétences linguistiques et para-linguistiques EMETTEUR encodage –MESSAGE – décodage RECEPTEUR Canal Compétences idéologiques et culturelle Compétences idéologiques et culturelle Déterminations «psy-» Déterminations «psy-» Contraintes de l’univers de discours Contraintes de l’univers de discours Modèle de production Modèle d’interprétation (id.La linguistique énonciative a pas d’énoncés objectifs mais elle soutient que».toute séquence discursive porte la marque de son énonciateur. c’est d’essayer d’en identifier..» (id. La seule attitude légitime.

Les deux modèles de production et d’interprétation caractérisent l’émetteur et respectivement le récepteur. mais elles ne sont pas identiques. Les deux protagonistes et en général les individus possèdent en dehors de la compétence linguistique (et paralinguistique) des compétences idéologique et culturelle (ou encyclopédiques).ORECCHIONI. une publicité a un émetteur complexe constitué: de l’annonceur . L’univers de discours est constitué des données situationnelles (la nature écrite ou orale du canal de transmission et l’organisation de l’espace communicationnel) et des contraintes thématico-rhétoriques qui pèsent sur le message à produire (KERBRAT . Les écarts de compréhension ou d’intercompréhension enregistrés dans assez de situations de communication sont le résultat de la différence entre la langue de l’émetteur et la langue du récepteur. L’ensemble de toutes ces compétences constituent «la compétence d’un sujet». c’est-à-dire des savoirs qu’ils ont sur le monde et qui influent. 1980: 20) Ces deux éléments contraignent le choix des items lexicaux nécessaires pour la construction du message et imposent un certain décodage. différentes aussi. dans la perspective de la théorie de l’énonciation. sur leurs compétences linguistiques respectives. Donc l’émetteur n’est pas toujours unique. évidemment. Ces compétences et déterminations de différentes natures font partie de et définissent la personnalité de chacun – émetteur et récepteur – et exercent une influence peut-être implicite mais déterminante sur l’échange verbal. Par exemple. influent sur les opérations d’encodage et de décodage. Les déterminations psychologiques et psychanalytiques.Eléments de pragmatique linguistique Ce schéma met en évidence la différence entre la représentation statique ou mécaniste de l’acte de communication chez Jakobson et la représentation dynamique. Le niveau et la qualité de ces compétences dépendent de l’histoire existentielle de chaque individu. chacun doit posséder les deux compétences. Le code (ou la langue) n’étant pas unique.» (id.: 22) Elle parle de «plusieurs niveaux d’énonciation» caractérisant l’émetteur et qui peuvent se superposer. vu qu’ils deviennent à tour de rôle émetteur et récepteur. Kerbrat-Orecchioni met en évidence «la complexité des instances émettrice et réceptrice»(id.: 16-17) Même si le schéma ne le représente pas. est intériorisé par chacun comme compétence linguistique et paralinguistique (ce dernier indissociable du linguistique surtout à l’oral) propre. commun à l’émetteur et au récepteur. Il s’agit également d’un type de compétence. «l’éventail complet de ce qu’il est susceptible de produire et d’interpréter. En réalité.

non allocutaires non prévus. 1994: 82-83) . les acteurs etc.23) L’allocutaire est celui auquel l’émetteur s’adresse par son message. qu’ils sont réels. virtuels. comme dans le schéma suivant: récepteur allocutaire non allocutaire alias: ▪ «adresse» ▪ «récepteur visé» ▪ destinataire direct prévu par L: ▪ «audience» ▪ destinataire indirect non prévu par L ▪ récepteurs additionnels (p. donc de devenir émetteurs.La linguistique énonciative (celui qui commande la campagne publicitaire) et l’agence. elle aussi. du récepteur non choisi comme tel. ou même fictifs quand l’auteur s’invente un interlocuteur et lui prête des réponses ou des objections. non allocutaires prévus. il convient . en nombre indéterminé: ainsi selon qu’ils sont ou non physiquement présents. le destinataire choisi ou visé.donnent lieu à leur tour à de nouvelles distinctions. (id. il ne prend pas la parole même si le message lui est parfois adressé.» (BAYLON & MIGNOT. Le non-allocutaire présent (ou absent) de la situation de communication n’intervient pas dans l’échange verbal. «Quant à la catégorie du récepteur.) C’est le récepteur non. qu‘ils ont ou non la possibilité de répondre.: 23) «C’est-à-dire qu’il faut d’abord distinguer l’allocutaire. le metteur en scène. quoique sa présence puisse être prévue ou non prévue: elle l’est quand l’émetteur envisage que son message sera intercepté sans savoir à l’avance par qui … Les trois catégories de récepteurs ainsi distinguées – allocutaires. (…) Nous introduirons d’abord la distinction suivante: récepteur [-] allocutaire [vs] non allocutaire (id.choisi. le destinataire visé du non allocutaire. de l’affiner en faisant intervenir un certain nombre d’axes distinctifs. dans la communication théâtrale il y a une chaîne d’émetteurs: l’auteur. Le récepteur peut être différent aussi.

Ainsi. le problème des déictiques se rapporte à la référence vu qu’à chaque emploi de ces termes le référent change et doit être identifié. correspondant à la personne qui emploie je. ▪ des termes de parenté sans déterminant: papa. tels: ▪ les prépositions temporelles: depuis y – implique que y est antérieur à T0 = temps de l’énonciation. de l’allocutaire» (1980: 36) .: 54) et elle propose d’élargir la classe des déictiques en faisant entrer les catégories d’unités sus-mentionnées. futur. moderne. c’est le référent des unités déictiques. ▪ les unités de localisation spatiale: devant. D’où la définition suivante: «ce sont les unités linguistiques dont le fonctionnement sémantico-référentiel (sélection à l’encodage. maman (id. etc (1980: 48-49). la situation spatio-temporelle du locuteur. à partir de y où y = simultané ou postérieur à T0. ce qui varie avec la situation. il a un sens constant : il désigne «le sujet d’énonciation» (1980: 36-37). éventuellement. ancien. En échange. qui se désigne comme je dans une activité de communication. à droite. par exemple. Pour Kerbrat-Orecchioni. dépourvus de sens en dehors de l’énonciation qu’ils constituent ou dont le sens varie suivant les situations. à gauche. prochain. interprétation au décodage) implique une prise en considération de certains des éléments constitutifs de la situation de communication. et. à savoir: le rôle que tiennent dans le procès d’énonciation les actants de l’énoncé. Elle considère que le sens des déictiques reste constant à travers les différents emplois et ce sens est la désignation d’un paramètre de l’énonciation. derrière. le déictique je fournit toujours la même information. Kerbrat-Orecchioni constate qu’à part les déictiques classiques. ▪ les adjectifs temporels: actuel.Eléments de pragmatique linguistique La problématique des déictiques Kerbrat-Orecchioni n’accepte pas le point de vue de Benveniste qui interprète les déictiques comme des « signes vides ». il y a dans la langue d’autres unités dont le référent change suivant la situation. Le référent sera toujours un autre.

L’identification du/des référent(s) est plus difficile avec les pronoms pluriels qui renvoient à plusieurs combinaisons de référents possibles: je+ tu (singulier ou pluriel).La linguistique énonciative Afin d’attribuer un contenu référentiel précis aux pronoms personnels. nous inclusif je+il(s) nous exclusif je+ tu +il(s) nous= je+non-je vous = tu + non-je tu pluriel – déictique pur tu + il(s) = déictique + cotextuel (KERBRAT-ORECCHIONI. 1980: 41) personnes locuteur JE NOUS non locuteur Allocutaire TU VOUS1 non allocutaire(s) IL(S) – ELLE(S) VOUS2 (p.Orecchioni définit les déictiques «comme un sous-ensemble des unités ‘subjectives’ qui constituent ellesmêmes un sous-ensemble des unités ‘énonciatives’.» Elle admet «trois catégories – personnelle. Kerbrat. nécessaire mais non suffisante pour il(s)/ elle(s) qui sont à la fois des déictiques (indiquent simplement que l’individu dénoté n’est ni locuteur ni allocutaire) et représentants (exigent un antécédent linguistique). temporelle et spatiale – de fonctionnement déictiques.42) la base de la distinction entre énonciation restreinte/énonciation étendue.» (id. le récepteur doit prendre en considération la situation de communication. nécessaire et suffisante pour les déictiques je-tu.: 69) Sur .

c’est-à-dire une valeur sémantique qui lui est attribuée par le composant linguistique. la phrase est «… un être linguistique abstrait. identique à lui-même à travers ses diverses occurrences.» (1979: 21) C’est une structure abstraite répétable.Eléments de pragmatique linguistique 2. Les ouvrages de référence pour les problèmes que nous allons présenter sont indiqués dans la bibliographie (infra). Il résulte de la conjugaison de la signification de la phrase et de la situation d’énonciation. Cette structure abstraite a une signification.3 Oswald Ducrot: l’insertion du contexte ordinaire mondain La contribution d’O. Le sens représente la valeur acquise par la phrase lors d’une occurrence particulière. Signification de la phrase / vs/ sens de l’énoncé Pour Ducrot. C’est ce que Ducrot appelle «la . Les lois du discours et la théorie de la présupposition (qu’il interprète comme un acte de langage) appartiennent au domaine de l’analyse conversationnelle et de la théorie des actes de langage respectivement. L’énoncé a un sens qui lui est attribué par le composant rhétorique. la théorie de la polyphonie. L’énoncé représente l’occurrence particulière. à la suite du traitement de la signification. Ducrot au développement de la linguistique énonciative concerne: le rapport entre signification de la phrase – sens de l’énoncé – contexte situationnel. la manifestation concrète de la phrase dans une situation d’énonciation.

tu. également. C’est ce que met en évidence l’analyse des deux rôles du composant rhétorique. L’instanciation argumentative consiste en l’interprétation des opérateurs indiquant la valeur argumentative d’une phrase. Dans Il fait beau mais j’ai mal aux . 1985: 185) L’instanciation référentielle permet d’identifier les référents des déictiques je. dans Je viendrai ici ce soir. le contexte aide à l’identification des référents correspondant aux déictiques. et la seconde.: 23) Ducrot développe une «conception énonciative du sens» (1980: 43) conformément à laquelle le contexte situationnel (énoncif) intervient deux fois dans l’interprétation du sens de l’énoncé. mais sur ce qui résulte de leur combinaison syntaxique à l’intérieur de la phrase. Lors de l’instanciation référentielle. de la signification au sens» (1979:22) Il fait remarquer que la situation d’énonciation n’opère pas sur la phrase mais seulement sur la signification . C ‘est un aspect de ce qu’on appelle «la prise en compte des sujets parlants ordinaires et du contexte ordinaire mondain. ce soir.» (ELUERD.La linguistique énonciative machinerie du sens». schématisée de la manière suivante: A ( la phrase) 1 composant linguistique X (le contexte) A’ (signification de A) 2 composant rhétorique sens de A dans le contexte X (1972) Ducrot distingue donc deux étapes dans l’élaboration du sens: «La première irait de la phrase à la signification. Le premier rôle de ce composant est l’instanciation référentielle et argumentative. elle n’opère pas sur la valeur des morphèmes constitutifs de la phrase pris isolément.» (id. ici.

d’autre part. il s’agit de la prise en compte des usages ordinaires du langage. pour abréger. il opérerait d’une part sur le ‘sens littéral’ et. les circonstances de la situation. Le second rôle du composant rhétorique est de mettre à l’œuvre un ensemble de principes – appelés lois du discours – qui devraient nous aider à repérer le sens d’un énoncé. la première partie de la phrase aurait conduit à une conclusion contraire à celle qui découle de la deuxième partie: Il fait beau mais J’ai mal aux pieds conséquence (je vais sortir. ‘le sens littéral’. Ducrot considère que les phrases fonctionnent comme des instructions (ou contiennent des instructions) qui nous orientent vers l’interprétation appropriée.) conséquence opposée ( je ne peux pas sortir.Eléments de pragmatique linguistique pieds. Dès qu’il le fait. par exemple. Quant au second. donc de l’usage qu’un locuteur particulier fait. etc. on aboutit à ce qu’il appelle le ‘sens littéral’ d’une phrase. sur les circonstances .) On ne connaît pas la vraie conséquence tant que le locuteur n’assume pas la phrase. l’orage arrive. ne la prend pas en compte. Il fait chaud n’a rien dans sa signification qui puisse agir comme une instruction qui nous aide à justifier l’emploi dans telle circonstance. on aboutit à interpréter le sens de l’énoncé. et produirait une première ébauche de sens – appelons-la. me promener. 1985: 185) A la suite de ces deux étapes. Les deux rôles déterminent Ducrot à parler de deux souscomposants rhétoriques: «Un premier ferait tout le travail d’instanciation référentielle et argumentative. Mais. etc. suivant la situation. moyennant les lois de discours. de la phrase ci-dessus qui reçoit une autre interprétation que celle à laquelle on s’attendait (ELUERD. on sait que: Il fait beau Mais J’ai mal aux pieds je vais sortir je reste Dans ce cas.

Le locuteur est l’auteur des paroles et l’allocutaire est celui auquel le locuteur s’adresse en prononçant ces paroles.» (1979: 23) En représentation graphique.La linguistique énonciative d’énonciation qui interviendraient ainsi une seconde l’interprétation. Ducrot rejette le postulat de l’unicité du sujet parlant. celui . on a: PHRASE Le composant linguistique «décrit la phrase» SITUATION fois dans informe les «Signification de la phrase» 1er rôle «Tout le travail d’instanciation référentielle et argumentative» que la signification «exige» sous-composant rhétorique n0 1 «Sens littéral» 2e rôle Lois de discours + effets de sens sans rap port direct avec « les caractères spécifiques de la signification phrastique» sous-composant rhétorique n0 2 «Sens de l’énoncé» A ce qu’on voit. l’appel au contexte s’effectue à deux reprises. pour trouver le «sens littéral» de la phrase et pour trouver «le sens de l’énoncé». Il distingue deux couples qui peuvent renvoyer aux mêmes individus ou à des individus différents. conçu comme l’être concret participant à une situation de communication. à savoir: locuteur/ allocutaire et énonciateur/ destinataire(s). La théorie de la polyphonie O. L’énonciateur est celui qui accomplit les actes illocutoires – l’agent de l’acte illocutoire – et le destinataire est le patient des actes.

un ou plusieurs individus.4 Antoine Culioli: la grammaire énonciative A. Dans L’ordre sera maintenu coûte que coûte il y a un allocutaire. c’est celui désigné par je mais il y a plusieurs énonciateurs: je. par exemple. «l’appareil formel» construit exige des explications plus détaillées – en dehors du corps de la théorie – et que. le locuteur est unique. de la théorie culiolienne. Dans les développements ultérieurs. d’un autre côté. responsable de l’énonciation – celui qui prononce les paroles – et locuteur comme être du monde. Cet aperçu concerne ● les fondements théoriques et épistémologiques de la théorie. Ducrot va changer les définitions: le locuteur devient locuteur en tant que tel. des plus généraux. celui qui déclare ne plus fumer et quelqu’un d’autre qui a affirmé que le locuteur fumait et auquel l’énoncé s’adresse / qui a provoqué cet énoncé. C’est pourquoi. en nous appuyant sur les travaux de synthèse de BRONCKART 1977. difficile à saisir en profondeur vu que d’un côté. la pensée même qui le sous-tend et le fait fonctionner est difficilement accessible à ceux qui n’ont pas l’habitude des démarches formalisées. FUCHS & LE GOFFIC 1985. ● les caractéristiques énonciatives de la théorie. il se réduit à l’entité (aux entités) dont on entend la voix/les voix à travers l’énoncé (MOESCHLER. la population à laquelle le ministre de l’intérieur s’adresse et plusieurs destinataires: les «bons citoyens» et les «fauteurs de désordre» qui peuvent s’identifier ou non à l’allocutaire (DUCROT. . 1989 passim). ●la démarche linguistique. Culioli développe une théorie de l’énonciation complexe mais. nous allons donner un aperçu. CARON 1983. dans ce qui suit. dans J’ai cessé de fumer. L’énonciateur n’est plus responsable des actes illocutoires. 1999: 307) 2. ● le modèle de la lexis. en même temps. Ainsi.Eléments de pragmatique linguistique qui doit accomplir le contenu propositionnel ou en subir les conséquences. REBOUL.

L’objet d’étude de la linguistique devient donc l’activité discursive du sujet parlant. Tant que le sens d’un énoncé résulte de la double interprétation – de l’émetteur et du récepteur – on ne peut pas considérer la langue un code neutre. donc généralisables.» (1970: 1) Cela signifie que la tâche du linguiste est d’étudier les langues (les plus diverses possibles) pour en extraire les propriétés communes. de la sorte. pour l’interprétation des énoncés et de l’activité langagière. 1977: 312) Le déplacement de l’analyse du niveau systémique au niveau discursif a pour conséquence l’obligation d’articuler – lors de l’analyse – l’élément linguistique avec l’extra-linguistique et aussi la nécessité de faire appel. (CULIOLI. avec toutes ses caractéristiques et tous les facteurs qui la contrôlent. L’ensemble de ces propriétés (réparties à plusieurs niveaux de structure) constitue le langage. non seulement aux données de la linguistique mais aussi aux données des autres disciplines connexes. 1985: 129 –130). Les langues seront étudiées non pas en tant que système ou code mais à travers leur fonctionnement en discours. 1973: 87) Par une démarche formalisatrice. 1973: 85). Pour Culioli.La linguistique énonciative Fondements théoriques et épistémologiques de la théorie d’A. (CULIOLI. la linguistique devenant. les propriétés communes dégagées des discours des différentes langues peuvent s’articuler dans «un modèle du langage défini dans son ensemble» (FUCHS & LE GOFFIC. un code neutre auquel les sujets font appel pour encoder ou décoder des messages à propos de référents extra-linguistiques (FUCHS & LE GOFFIC. 198: 128). Culioli Culioli rejette la conception suivant laquelle la langue est un instrument. le domaine d’étude de la linguistique est «le langage appréhendé à travers les langues naturelles. une activité formalisatrice .» (BRONCKART. C’est ainsi que le langage devient «un système ouvert» à toute réflexion ou démarche qui pourrait en améliorer la description.

Sinon. . vérifiées par l’expérience. 1977: 312): «Construire de tels modèles.» (CULIOLI. ) La démarche linguistique Culioli propose une démarche de nature métalinguistique car les phénomènes observés doivent être décrits.Eléments de pragmatique linguistique (BRONCKART. Les étapes de cette démarche seraient les suivantes: se livrer une description minutieuse des langues diverses. résultat de la coopération entre la linguistique et d’autres sciences. 1970: 13) Pour Culioli. pour permettre «un traitement rigoureux et exhaustif de certains points locaux de la théorie dont l’interprétation rendra possible la confirmation ou l’invalidation des hypothèses et des constructions théoriques. c’est permettre de poser les problèmes théoriques. constitué d’un ensemble d’hypothèses métalinguistiques qui. C’est ainsi qu’on pourra axiomatiser la linguistique et peut-être la formaliser. Culioli considère essentielle la confrontation de la théorie linguistique avec les observations des psycholinguistes. dégager les propriétés des systèmes d’opérations linguistiques qui semblent être en jeu et les représenter dans un modèle. Si les hypothèses théoriques sont confirmées. la théorie est valide. 1985: 131-132) L’élaboration d’un tel modèle du langage représente donc la finalité de l’activité linguistique. se contraindre à une métalangue commune et à des modes de raisonnement rigoureux. elle intervient après la mise au point de la théorisation linguistique. il faudra renoncer à ce qui n’est pas confirmé et recommencer l’analyse. la psycholinguistique en tout premier lieu. symbolisés et organisés sous forme de modèles. la formalisation n’est pas un but en soi. (id. c’est refuser de réduire le langage et refuser de ramener la linguistique à n’être qu’une collecte de phénomènes individuels. (FUCHS & LE GOFFIC.

La linguistique énonciative devra être validé ou corrigé en revenant aux données d’observation et en recommençant la démarche. les présupposés.1977: 318) Ces textes. de nature linguistique et épilinguistique. la prosodie. c’est-à-dire en posant explicitement comme éléments à analyser. l’intonation. . l’appareil formel construit pour l’élaboration du modèle doit être défini et justifié. seront «soumis à diverses manipulations pour en définir les limites et les conditions de manifestation» en vue de dégager les propriétés communes générales recherchées. le linguiste construit un modèle – ayant un puissant degré de généralité – qui devra être vérifié et validé empiriquement. avec les caractéristiques principales de la situation de discours où ils ont été produits ou censés se produire. (BRONCKART. par la génération d’énoncés qui seront vérifiés pour voir s’ils font partie ou non de la langue.) Le corpus soumis à l’analyse doit comprendre tous les types de textes. Dans la structure des énoncés on retrouve des traces de l’activité langagière qui renvoient à des ensembles de règles et d’opérations mentales. Dans ce cadre seront étudiées les opérations effectuées par le sujet parlant pour la production/ compréhension des énoncés et le déroulement de l’activité langagière.» (BRONCKART.) Les caractéristiques énonciatives de la théorie Le cadre formel assigné à l’analyse linguistique est celui de l’activité langagière avec tous les paramètres caractéristiques de la situation de discours dans son ensemble. très abstraites. 1977 :316-317). Pour résumer: à partir des données empiriques étudiées. ou plutôt les énoncés qui les constituent. le discours antérieur ou celles des caractéristiques présumées pertinentes pour l’analyse. parlés et écrits. appropriées par le sujet parlant et qu’il doit maîtriser pour faire fonctionner son système linguistique ou sa compétence.(id. (id. Culioli considère qu’il faut travailler à contexte explicite.

(FUCHS & LE GOFFIC.par les signaux émis lors du face-à-face avec l’énonciateur. modalités. que les deux partenaires y jouent un rôle actif. intégrés à la théorie générale. temps. laissent leur marque dans la structure des énoncés: indices de personnes. Ils n’ont plus une fonction descriptive mais explicative car l’analyse linguistique ne vise plus «simplement les processus d’encodage et de décodage mais les processus de production et de compréhension d’un énoncé ou d’un texte produit par un énonciateur face à un énonciataire. l’énonciateur et le co-énonciateur sont définis comme des concepts théoriques. de certains préjugés. Evidemment. Quand l’énonciateur parle. sont: l’énonciateur et le co-énonciateur qui déploient chacun une double activité de production/reconnaissance des énoncés. 1985: 129) Avec la situation d’énonciation. permet à ce dernier d’adapter son discours. le coénonciateur effectif (le public) qui . le coénonciateur lecteur dont les caractéristiques sont présentes même dans les textes les plus «écrits»: le lecteur joue un rôle crucial dans l’énonciation. dont l’énonciateur se construit une représentation. le coénonciateur modèle (idéal). etc.»(1973: 88) et qui.» (KERBRAT-ORECCHIONI. doté d’un certain savoir sur le monde. l’interchangeabilité de ces fonctions. 1996 b: 15-16). Ce terme a connu une certaine évolution. Pour Culioli. . 1990). «les deux sujets énonciateurs sont les termes primitifs sans lesquels il n’y a pas d’énonciation. Culioli pour souligner que «l’énonciation est en fait une coénonciation. influencée par le genre du discours. (MAINGUENEAU. le coénonciateur réel n’arrive jamais à correspondre entièrement à l’image du coénonciateur modèle. avec la situation d’énonciation. le coénonciateur communique aussi: il s’efforce de se mettre à sa place pour interpréter les énoncés et l’influence constamment par ses réactions … tout énonciateur est aussi son propre coénonciateur qui contrôle et éventuellement corrige ce qu‘il dit. de sorte qu’on parle aujourd’hui de plusieurs types de coénonciateurs. aspect. 1976 : 220 in CARON.Eléments de pragmatique linguistique Les paramètres caractéristiques de la situation de discours. 1983: 59) Le terme de co-énonciateur a été introduit dans la linguistique énonciative par A. en déterminant de la sorte. intervenant dans l’activité langagière.»(DESCLES. à savoir: le coénonciateur – auditeur qui peut intervenir immédiatement sur l’énonciateur. des primitifs dans l’acception de Culioli.

D’abord. des opérations de référenciation grâce auxquelles les énoncés renvoient à la réalité extra-linguistique considérée. il est reconstruit par l’auditeur. plusieurs opérations sont nécessaires pour la production/compréhension d’un énoncé. par la mise en œuvre d’un système de règles et d’opérations. 1977: 313-314) Mais le sens n’est pas seulement construit par le locuteur.» (CULIOLI. 1977: 315) . (MAINGUENEAU. Pour Culioli. de choix de la structure de l’énoncé (de la relation primitive). appelé grammaire. 1977: 314) du moment que dans l’activité langagière il y a perpétuellement «construction interprétative des phénomènes de surface (des énoncés) par les énonciateurs. (BRONCKART.» (CULIOLI. à savoir: une opération logique.» (BRONCKART. 1970: 3) Il s’ensuit que le langage ne peut pas être interprété comme «un code formel qui établit une correspondance biunivoque entre le son et le sens» (BRONCKART. 1977 a: 313) On le verra infra. le sens ne peut pas être défini en dehors de la situation d’énonciation considérée. le sens est «le résultat d’une construction cognitive du sujet.La linguistique énonciative les énoncés. qui renvoie à des objets extralinguistiques. les énoncés n’ont aucun sens intrinsèque. avec leurs propriétés physico-culturelles. construction effectuée dans le cadre de la situation d’énonciation. dans le même contexte d’énonciation. produits de l’activité langagière. des opérations de repérage qui donnent l’orientation référentielle de la relation primitive et des opérations de modalisation visant la manière dont le sujet se situe par rapport à ce qu’il est en train de dire et par rapport à son interlocuteur . dans la communication. 1996: 43) Cette construction des énoncés a pour but la transmission d’un sens ou d’un contenu. (BRONCKART. moyennant les opérations référentielles: «c’est parce qu’il y a. 1973: 87) En dehors de l’activité signifiante des énonciateurs. des opérations aux deux bouts que les énoncés prennent un sens.

un sens (relation entre des ‘objets’ linguistiques qui renvoient à des objets extra-linguistiques avec leurs propriétés physico-culturelles). l’activité de langage est essentiellement une activité signifiante: «Le problème clé reste celui de la signification. . des valeurs référentielles (modalités. une situation d’énonciation. c’est-à-dire d’une relation complexe entre des énoncés (textes).). pour Culioli.Eléments de pragmatique linguistique Sur la base de cette présentation. nous pouvons conclure en affirmant que: la théorie de Culioli est fondée sur les opérations des sujets en situation et non pas sur le fonctionnement d’un mécanisme indépendant de ses utilisateurs. quantification. Cette grammaire est constituée de deux parties conçues comme deux étapes à franchir dans l’analyse linguistique. ouverte à l’articulation avec d’autres disciplines. Culioli vise la construction d’une grammaire opératoire. surtout avec la psycholinguistique. temps. aspect. Il s’agit d’une grammaire de reconnaissance et d’une grammaire de production. appelée aussi lexis qui formalise les opérations linguistiques accomplies par le sujet dans une situation de discours considérée.» (1973: 86) Le modèle de la grammaire opératoire (lexis) La théorie d’A. Culioli passe «d’une linguistique des états à une linguistique des opérations» (1973 :87) dans le but de construire une simulation de l’activité langagière. etc. la prise en compte des énonciateurs et de la situation d’énonciation n’est pas surajoutée à un appareil syntaxicosémantique fonctionnant de façon autonome. elle est constitutive de toutes les opérations linguistiques. On pourrait dire que cet appareil est conçu et construit en fonction des paramètres de l’activité langagière.

morpho-syntaxiques. phonétiques.La linguistique énonciative Dans la première étape. Dans une seconde étape. tout en distinguant entre les opérations généralisables. celle de la grammaire de reconnaissance. le linguiste procède à une analyse morpho-syntaxique des énoncés pour arriver aux notions et aux opérations profondes dont il devra étudier le fonctionnement et les liens réciproques. c’est-à-dire dans la structure de l’énoncé. nécessaires au fonctionnement du langage et les procédures de réalisation propres à une langue ou à un groupe de langues. le plus profond étant de nature extralinguistique. C’est à ce moment qu’on formule les hypothèses sur les propriétés généralisables. 1977: 320) La grammaire opératoire poursuit un double objectif : mettre en évidence les propriétés communes profondes . tandis que le plus superficiel est constitué par un énoncé avec toutes les caractéristiques prosodiques. définir les opérations qui transforment le noyau profond en diverses formes de surface. Les différents niveaux . L’analyse est effectuée sur des familles de phrases ou groupes ayant plusieurs caractéristiques communes et représentant des paraphrases modulées obtenues en manipulant un énoncé de départ. celle de la grammaire de production. 1977: 321) La grammaire opératoire est constituée d’une succession de niveaux. C’est toujours dans cette étape qu’on vérifie la pertinence du modèle de grammaire élaboré à l’étape de reconnaissance (BRONCKART. on étudie les conditions dans lesquelles les notions et les opérations profondes passent aux formes de surface. (BRONCKART.

Les notions sont des représenations de propriétés primitives des objets réels. on peut mentionner des rapports topologiques intérieur. Les relations primitives expriment la relation ou l’ordre existant entre les notions. A ce niveau. π ). état. des valeurs aspectuelles profondes du type perfectif.extérieur. extralinguistique. du type: discret. instanciation lexis 2. dans le cadre d’une situation de discours particulière. Parmi ces relations. la place d’une relation π et les places respectives de deux points .de départ (la source) ξ0 et d‘arrivée (le but) ξ1. des relations d’agentivité. compact. selon la formule (ξ 0 . séquences pré . 1985 : 133 ) Le passage d’un niveau à l’autre est assumé par des séries d’opérations que nous allons décrire brièvement. constitué de notions primitives (ensembles structurés de. A ce niveau.) et de relations primitives. Le niveau de l’instanciation est le niveau le plus profond. dans les structures linguistiques. la distinction entre syntaxe et sémantique n’a aucune pertinence. etc. nécessaire pour que les notions puissent s’inscrire. énonciation (membre d’une) famille de paraphrases. ξ1 . ultérieurement. unique. on choisit les notions qui vont intervenir dans l’énoncé et qui occupent un schéma de lexis vide.Eléments de pragmatique linguistique établis se succèdent de la manière suivante: ensembles structurés de notions primitives 1. à trois places.. désignant. multiple. dense. La relation primitive représente un construct original de la théorie de Culioli.imperfectif. processus. ou bien un prédicat à deux . linéarisation séquences terminales ( FUCHS & LE GOFFIC.terminales 3.

on comprend pourquoi la lexis se retrouve aux deux niveaux de la grammaire. C’est l’opération d’instanciation. l’orientation a choisi comme terme de départ la notion /loup/ et ce choix nous conduit à l’énoncé Le loup mange l’agneau. si l’on choisit les trois notions /loup/. etc. Par exemple. ordonnées par la relation primitive qui attribue à /loup/ le statut d’agent et à /agneau/ le statut de patient/ subissant.La linguistique énonciative arguments. 1977: 324). le terme de départ peut devenir /agneau/ et alors on obtiendra l’énoncé L’agneau est mangé par le loup et on peut continuer avec la variation de la relation prédicative. il a mangé l’agneau. (ELUERD. L’agneau. . Dans la lexis déjà mentionnée. de construction d’une lexis (voir infra). il a été mangé par le loup. /agneau/ = le but. comme dans les exemples: Le loup. l’agneau. 1985: 119) Si l’on tient compte du fait que l’orientation de la relation prédicative est influencée par la situation de discours et ses diverses contraintes et que la lexis «constitue le noyau commun à une famille de paraphrases. /manger/ = le relateur La lexis résulte non seulement de l’opération d’instanciation mais aussi d’une opération de repérage qui consiste à orienter la relation de départ et à lui donner un statut de relation prédicative.» (BRONCKART. c’est la base stable à partir de laquelle seront appliquées les opérations qui produisent les diverses paraphrases. Boulotté qu’il l’a. Cela veut dire que l’orientation consiste à désigner le point ( le terme) de départ de la relation prédicative. /agneau/. on obtient la lexis: Manger Loup Où agneau /loup/ = la source . le loup. Avec une autre orientation. /manger/.

des réseaux sémantiques valables partout et toujours. cette opération peut se traduire par un redoublement. En surface de la langue française.» (BRONCKART. Ces relations sont diverses.et la lexis (l’énoncé). Bronckart considère que cette proposition théorique de Culioli a pour conséquence l’impossibilité de construire. de modalisation. d’un autre côté. de quantification et d ‘aspect. il y a plusieurs cas. Ces situations de base se combinent entre elles et aboutissent à des énoncés différents et divers. 1977: 324) A part ces opérations principales. Pour la nonidentité aussi. toute notion est munie de «possibilités de fonctionnement». et le choix de l’une de ces possibilités est déterminé au moment de la production. de focaliser la relation qu’une valeur entretient avec les valeurs voisines. La quantification est une opération très complexe qui s’opère sur les arguments de la relation prédicative et qui se combine le plus souvent avec une opération de qualification. etc. Pour Culioli. ou. en dehors de toute référence aux conditions de discours.331) Pour clore la présentation de ce deuxième niveau. injonctif. nous précisons que les opérations prédicatives – du premier niveau – et les opérations énonciatives. ce qui explique la difficulté de les saisir séparément dès une première approche de l’énoncé. «Il n’y a donc pas de sémantique universelle possible. Il s’agit en fait de définir les relations qui existent entre les deux plus importants paramètres de la situation – le sujet énonciateur et le temps de l’énonciation . «La thématisation a pour objet d’accentuer l’une des valeurs de la lexis. deux signifiés aspectuels: le moment de déroulement du procès et le degré d’accomplissement de ce même procès. interrogatif. La modalisation est une opération par laquelle on affecte à la lexis une modalité:… confère à l’énoncé un statut assertif. c’est la situation de discours qui opère la sélection et la combinaison des notions. plus exactement. il y a encore d’autres opérations: de thématisation (et de focalisation). elles sont simultanées. 1977: 330 . ne sont pas des opérations hiérarchisées se succédant les unes aux autres mais bien au contraire. aboutissant à des énoncés du type: «Ce qu’il boit ce mec» Les opérations aspectuelles ont été particulièrement étudiées par Culioli qui distingue. . à part les aspects classiques perfectif/imperfectif. constitutives du deuxième niveau. vu qu’on peut avoir identité / nonidentité entre le sujet d’énonciation et le sujet d’énoncé d’un côté et entre le temps de l’énonciation et le temps de l’énoncé.» (BRONCKART. par une structure d’emphase.Eléments de pragmatique linguistique Le deuxième niveau est celui des opérations d’énonciation qui doivent repérer la lexis (la relation prédicative qu’elle représente) par rapport à la situation d’énonciation (ou de discours).

(BRONCKART. Ces formules représentent une possibilité d’énoncé ou énonçables. c’est-à-dire des multiples formules obtenues à la suite de l’application des opérations des niveaux précédents. Mais. lors de l’activité langagière. a lieu l’ajustement de ce . 1977: 333).» (CULIOLI in ELUERD. la construction des lexis ne signifie pas la prise en compte de l’événement dans toutes ses données. de linéarisation. la relation entre le linguistique et le non-linguistique n’est pas un donné mais un construit: «Il n’y a pas de correspondance terme à terme entre les énoncés et la réalité extra-linguistique: il y a construction de la référenciation. n’est pas forcément identique car les deux peuvent avoir des systèmes de repérage différents. 1985: 121). la situation de discours n’est pas un pur reflet de l’événement mais une sélection des données de l’événement. est constitué de séquences pré-terminales. et surtout la relation entre les premiers et l’événement considéré est une relation indirecte. la relation entre les énoncés et l’extra-linguistique. Culioli. Conclusions Aux termes de cette description il faut préciser que: dans la théorie d’A. mais seulement de ces données qui concernent l’énoncé. médiatisée par un ensemble de relations du domaine linguistique et du domaine extra-linguistique. L’énonçable deviendra un énoncé effectif – une séquence terminale – sous l’action de certaines contraintes de la situation de discours. ainsi que des règles de bonne formation des phrases d’une langue particulière.La linguistique énonciative Le troisième niveau. c’est-à-dire la construction /attribution du sens de l’énoncé. l’activité signifiante des énonciateurs. opéré par le coénonciateur pour l’énonciation.

Eléments de pragmatique linguistique système de repérage pour la production /compréhension commune du sens.1985: 123) La contribution de Culioli au développement de la linguistique énonciative a été résumée de la façon suivante: ● «… il s’interroge sur le statut épistémique de sa démarche.» (FUCHS & LE GOFFIC. de la référence et du discours. il reformule la problématique du champ ou de l’objet de la linguistique . 1977: 310) ● «. 1985: 128) .» (BRONCKART. il intègre les questions du sens. (ELUERD.. les énoncés. ….(il est) le seul. il tente de définir de manière précise le statut des modèles et des formalisations et d’analyser leurs rapports avec les données de base.à poser le problème entre le cognitif et le linguistique à la lumière des formulations récentes de la psychologie.les voies de recherches esquissées ouvrent le champ de la linguistique sur lui-même en proposant une théorie de l’énonciation et sur les disciplines voisines en permettant une articulation de la linguistique avec d’autres problématiques théoriques.

de sorte que l’énonciateur sera aussi le locuteur.La linguistique énonciative 3. c’est-à-dire l’ensemble constitué par le cadre et les protagonistes d’une énonciation. les éléments déictiques. la place de l’allocutaire est celle de celui à qui s’adresse la parole. Dans ce cas. la situation d’ énonciation se rapporte aux trois positions fondamentales: énonciateur. contexte. situation de locution. co-énonciateur et non. 3. l’auteur parle d’une situation de locution ayant trois places: la place de locuteur est celle de celui qui parle. Les positions et les places tendent à s’harmoniser dans les échanges verbaux normaux. Mais ces positions abstraites ne coïncident pas toujours avec les places occupées dans l’échange verbal effectif. D. c’est-à-dire que celui qui parle n’est pas toujours celui qui produit l’énonciation. spatiaux et temporels de ce qu’on appelle une situation d’énonciation. Dans une étude récente (à paraître en 2003). la place du délocuté est celle de ce dont parlent les interlocuteurs (locuteur et allocutaire). C’est pourquoi. dont les plus fréquents sont: situation d’énonciation. La situation d’énonciation . responsable directe de la production de l’énoncé. on trouve les traces de ces positions. . L’auteur explique en quoi consistent les différences entre ces termes. qui les empêchent de se recouvrir totalement.1 Définition Les paramètres de l’énonciation Les paramètres de l’énonciation représentent les repères personnels. situation de communication. Maingueneau attire l’attention sur la confusion qui domine l’emploi des termes définissant l’ensemble mentionné ci-dessus.personne. (voir infra) Au niveau de l’énoncé. lui fait réfléchir sa propre activité énonciative c’est-à-dire montrer les protagonistes et les circonstances de sa production.

invariant à travers la multiplicité des actes d’énonciation. soit comme la relation que le locuteur entretient par le texte avec l’interlocuteur.» (1969: 100) O. Dans une situation particulière. Ducrot la définit indépendamment de l’auteur de la parole. De façon générale. les circonstances appropriées. physique et social dans lequel a lieu l’énonciation. (1984: 179) Plusieurs caractéristiques de l’énonciation ont été mises en évidence dans les études qui lui ont été consacrées. 1994: 575) Depuis la définition classique de Benveniste. Ce terme implique un point de vue socio-discursif sur l’énonciation et implique plusieurs paramètres. un locuteurénonciateur adresse un/des énoncé(s) à son allocutaire. Ceci est vrai dans la mesure où chaque acte d’énonciation est unique car supporté par un énonciateur et un destinataire particuliers. les statuts des partenaires. l’énonciation est définie comme l’acte de production d’un énoncé. dans le cadre d’une situation particulière. L’énonciation est un acte individuel d’utilisation de la langue. (MAINGUENEAU. comme «l’événement constitué par l’apparition d’un énoncé. Mais à part ce côté individuel. Dubois en fait une synthèse partielle en affirmant: «l’énonciation est présentée soit comme le surgissement du sujet dans l’énoncé. un support de transmission du message.co-énonciateur. tels: une finalité. l’énonciation présente un schéma général.Eléments de pragmatique linguistique La situation de communication définit le contexte empirique. un plan de texte. Le contexte définit le contexte linguistique – appelé cotexte pour éviter l’ambiguïté – aussi bien que l’environnement physique de l’énonciation. et les savoirs partagés par les participants à l’interaction verbale. ou comme l’attitude du sujet parlant à l’égard de son énoncé. L’activité de production des énoncés met en œuvre plusieurs mécanismes et opérations qui concernent non seulement «l’émission de . 1981: 15) Et c’est grâce à ce schéma répétable qu’on a pu établir et définir les paramètres de l’énonciation. les définitions formulées ont essayé de surprendre différentes particularités de cet acte. un certain usage de la langue. J. l’inscription dans la temporalité. (RIEGEL.

» (FUCHS & LE ● GOFFIC. leurs productions et le monde engagent la psychologie. suivant diverses contraintes syntaxiques et sémantiques.1976 b: 36-37) L’énonciation n ‘est pas seulement l’activité de l’énonciateur . L’énonciation ne peut jamais être étudiée en elle-même. la sociologie. Locuteur-sujet parlant-destinateurénonciateur ne se rapportent pas à une seule et même personne. quant à leur contenu. «l’articulation des productions langagières. La diversité des faits à prendre en considération. le sujet parlant effectif qui produit matériellement l’énoncé. la psychanalyse. Il peut parler pour son propre compte. «La mise en fonctionnement de la langue» est faite moyennant un ensemble de mécanismes spécifiques. Les plus fréquents sont locuteur et énonciateur. chaque énonciateur règle son/ses énonciation(s) suivant les réactions de son partenaire.La linguistique énonciative signaux audibles et visibles mais préalablement le choix des mots et leur ordonnancement» (BAYLON & MIGNOT. au moment de sa production. l’énoncé. 1985: 119) 3. de la dimension réflexive de l’activité linguistique: l’énoncé ne réfère au monde qu’en réfléchissant l’acte d’énonciation qui le porte (MAINGUENEAU. mais seulement à travers son produit qui en porte les traces. Il peut aussi être «une . Lors d’une interaction verbale. en être un porte-parole.2 Le locuteur Les termes de la linguistique énonciative qui définissent le protagoniste – émetteur du message (de l’énoncé) ne se recouvrent pas entièrement. commun à plusieurs locuteurs et qu’il faut absolument respecter pour que l’énonciation réussisse.1994: 91). On parle dans ce cas. Le locuteur se définit comme l’auteur de l’acte de parole. L’étude de l’énonciation dépasse le cadre de la linguistique. être donc à l’origine de l’énonciation ou bien rapporter les paroles de quelqu’un d’autre. les théories de la littérature.

la sagesse des nations. «l’énonciateur est le point origine des coordonnées énonciatives. (5) Qu’est-ce qu’elle veut? (le cas d’un commerçant demandant à une cliente ce qu’elle désire acheter) (MAINGUENEAU. Mais il y a des cas où l’emploi de je par le locuteur ne renvoie pas à soi-même. (FUCHS & LE GOFFIC. Par exemple. 1994: 91) Ce terme se réfère plus directement à l’opposition mise en place entre énoncé et énonciation. en lui signifiant qu’il n’est pas concerné). la façon dont il faut le dire. un groupe quelconque plus ou moins défini. 4 ) ni au délocuté (2.» (id. je vais venir avec maman . 1994: 91) Ce concept part d’une situation de parole et s’appuie sur le fait que toute situation de parole fait intervenir des interlocuteurs: le locuteur et l’allocutaire (FUCHS & LE GOFFIC. de choisir ce qui est à dire. (hypocoristique) (3) De quoi je me mêle? (énoncé dit pour refuser à quelqu’un le droit à la parole. 2003 :4). à la suite de Culioli.(une mère s’adressant à son bébé: emploi ‘hypocoristique’). 1985: 144). (4) Alors. l’opinion publique.le ‘on’. (BAYLON. celui à qui revient la responsabilité intégrale du message (BAYLON& MIGNOT. le repère de la référence mais aussi de la prise en charge modale. le locuteur effectif s’identifie à l’énonciateur et alors la double référence du déictique je ne soulève plus aucun problème. le toutou. (2) Il est mignon. FABRE & MIGNOT 2001: 169) L’énonciateur se définit comme celui à qui est attribuée l’énonciation de l’énoncé (FUCHS& LE GOFFIC. 1985: 144) Dans la plupart des cas. il garde aussi l’initiative dans le dialogue. etc. 1985: 144) Le locuteur a l’initiative de la parole et tant qu’il la garde.» (BAYLON & MIGNOT.: 2) . 3. les indices de personnes ne renvoient pas au locuteur mais au destinataire (1. 5) mais toujours au destinataire. dans les énoncés: (1) J’ai bien dormi.Eléments de pragmatique linguistique personne réelle ou fictive. Pour Maingueneau. nous faisons un petit tour? (dit par une infirmière qui propose à un malade de faire un peu d’exercice). C’est un avantage net par rapport au destinataire car cela lui permet d’orienter le cours du dialogue. mais à quelqu’un d’autre qui peut être même le destinataire.

le locuteur se réfère au monde. locuteur et énonciateur s’identifient et la distance tend vers zéro. «il implante l’autre en face de lui. en choisissant comme objet de son discours un élément de la réalité extra-linguistique et en s’y référant. distinct de lui-même et de son monde. dès qu’il se pose comme sujet parlant. Dans ce cas. dans le discours autobiographique. Le locuteur peut assumer entièrement son énoncé (le contenu). etc. se définit en tant que tel par rapport à la personne à laquelle il s’adresse.La linguistique énonciative Le couple locuteur/ énonciateur met en évidence que dans tout ce que nous disons il y a une part de nos propos dont nous ne sommes pas l’énonciateur. Elle dénote la manière dont le locuteur situe son énoncé par rapport à la vérité. par rapport à son destinataire. à son interlocuteur.» (RIEGEL. locuteur et énonciateur sont différents et la distance est maximale. la fausseté. de deux façons: en introduisant dans son énoncé les traces de l’activité d’énonciation (qui n’est pas seulement linguistique). elle tend vers zéro. . En même temps. sont exprimés à l’aide des concepts suivants : la distance définit l’attitude du locuteur face à son énoncé et le procès d’énonciation est défini par rapport à cette attitude. Dans ce cas. énonciateur ou non. à l’extralinguistique. 1985: 145) Le locuteur. (FUCHS & LE GOFFIC. Entre le locuteur et son énoncé (discours) s’établissent des rapports qui témoignent du degré de son implication dans la production de l’énoncé et de la mesure dans laquelle il assume le contenu de l’énoncé. Les rapports du locuteur à son énoncé et. le considérer comme appartenant à un autre. 1994: 575) et le pose comme allocutaire. moyennant l’énoncé . Par son discours. Mais le locuteur peut tout aussi bien ne pas assumer l’énoncé. mais aussi l’attitude du locuteur par rapport aux autres protagonistes et à l’acte d’énonciation. la modalisation marque l’adhésion du locuteur à son énoncé (discours). Ce concept constitue un critère de classification des discours :dans les discours historique ou didactique la distance est maximale. Cela veut dire que la référence fait partie intégrante de la situation d’énonciation car il serait difficile de l’étudier hors contexte. la certitude.

1976: 119-121) la thématisation qui concerne le choix que le locuteur effectue sur le mode de présentation de son énoncé.» (ELUERD.» (DUBOIS.» (BENVENISTE. etc. l’opacité désigne cette caractéristique du discours d’avoir un sujet d’énonciation anonyme. Elle permet de lever l’ambiguïté d’un texte.3 L’allocutaire Benveniste considère comme une caractéristique de l’énonciation «l’accentuation de la relation au partenaire. il reconnaît l’existence et l’importance du protagoniste à qui est adressé l’énoncé du locuteur – du moment qu’il reconnaît l’importance du dialogue – mais il lui attribue un rôle purement passif. le texte peut être plus ou moins tendu.Eléments de pragmatique linguistique la transparence désigne le transfert du sujet d’énonciation du locuteur vers le récepteur. une allocution. L’existence même du destinataire n’est possible que «par la médiation du locuteur. il implante l’autre en face de lui. . l’énoncé (le texte) étant le médiateur d’un désir du locuteur. 1985: 73) «Dès qu’il se déclare locuteur et assume la langue. explicite ou implicite. Le récepteur s’identifie totalement au sujet d’énonciation comme si c’était lui-même celui qui émettait le discours. par la syntaxe ou par l’intonation. de provoquer une action .» Au niveau déclaratif. elle postule un allocutaire. 3. en privilégiant tel ou tel de ses constituants. interchangeables. tentative de saisie de l’allocutaire. Les deux rôles. Toute énonciation est. 1970) Le locuteur et l’allocutaire sont alternativement protagonistes de l’énonciation dans le sens que chacun prend la parole lorsque son tour vient. 1969: 106) C’est le cas de la poésie lyrique. quel que soit le degré de présence qu’il attribue à cet autre. (MAINGUENEAU. Suivant la manière dont ce désir est formulé (de façon plus ou moins impérative). Les proverbes et le discours didactique sont des exemples de transparence. locuteur-allocutaire sont réversibles. la tension concerne la relation établie entre le locuteur et l’allocutaire. Chaque lecteur est converti en sujet d’énonciation «pour assumer un énoncé dont les modalisations lui échappent. Il s’agit de l’essai du locuteur d’imposer un certain comportement à son allocutaire.

par son attitude. Le locuteur a l’initiative de l’échange et du choix de l’objet de discours mais l’allocutaire peut. sa stratégie et les moyens mis à l’œuvre suivant la réaction de l’allocutaire. (MAINGUENEAU. allocutaire et co-énonciateur. en s’orientant vers le statut de l’allocutaire et sa contribution au procès d’énonciation et reconnaît que les deux protagonistes sont «également nécessaires».co-énonciateur.allocutaire. le vrai destinataire étant différent. attendant son tour. ● Destinataire et allocutaire présentent l’inconvénient de renvoyer à des partenaires auxquels on s’adresse directement mais qui ne sont pas visés par l’énoncé.La linguistique énonciative Mais cela ne suffit pas pour évidentier le rôle de l’allocutaire. Celuici n’est pas seulement le partenaire à qui des paroles sont adressées ni seulement celui qui . se transforme de récepteur en émetteur. L’allocutaire est un partenaire à part entière. la source de l’énonciation et de l’allocutaire. les différents termes employés ne recouvrent pas la même réalité et n’expriment pas le même type de relation entre les deux protagonistes de l’échange verbal. . le locuteur ne cesse de rester le point origine.Cela veut dire que même si le locuteur organise son discours suivant ses propres buts et sa propre stratégie. Il s’agit des termes: destinataire. 2003: 2) Même si la linguistique de l’énonciation. qui est censé remplir le même rôle que l’énonciateur. l’objet du discours et par conséquent. Les plus fréquents sont destinataire. ● Co-énonciateur veut mettre en évidence la position d’égalité de l’autre. y compris en situation de réception. Tout comme dans le cas du locuteur. dans le cas de l’allocutaire aussi. Le procès d’énonciation reste une activité orientée d’une source vers un but. changer l’orientation de l’échange. la finalité même de l’acte de communication.récepteurénonciataire. lors de l’échange verbal il sera obligé d’adapter son discours. essaie de changer de perspective. après Benveniste.

2003: 5) . à savoir: «les caractéristiques psychologiques. des états de choses que des personnes. les différents types de compétences que les protagonistes ont chacun. 2003 :3). Le terme appartient à Benveniste qui l’a préféré à celui de 3e personne de la tradition grammaticale. (MAINGUENEAU. sociales. En un mot.5 Le contexte Le cadre référentiel d’un énoncé est constitué par les protagonistes de l’acte de communication.4 La non . institutionnelles «des protagonistes. cette non-personne est supposée appartenir à la situation d’énonciation. de prendre en charge un énoncé ou d’assumer un acte d’énonciation. Le rôle du contexte est important dans l’identification du référent ou des référents du message et dans l’interprétation du message par l’allocutaire. les expériences et les savoirs qu’ils partagent en commun. tous les paramètres avec lesquels Kerbrat-Orecchioni a enrichi le schéma de la communication de Jakobson (voir supra). Une fois qu’on la met en opposition avec le couple énonciateur-coénonciateur (MAINGUENEAU. A cela s’ajoutent d’autres déterminations qui élargissent l’acception du terme contexte. Elle peut s’identifier au délocuté. 3.» (FUCHS & LE GOFFIC. 1985: 150-151).Eléments de pragmatique linguistique 3. la non-personne désigne aussi bien des objets. «l’expérience vécue dans laquelle l’énonciation est censée venir s’insérer. On considère que ce dernier «construit l’interprétation d’un énoncé élémentaire ou d’un texte à travers des instructions extraites des divers plans du contexte».ce dont les interlocuteurs parlent et dans ce cas. l’espace dans lequel cet acte a lieu et le temps de son déroulement.personne La non-personne représente les entités qui ne sont pas susceptibles de prendre la parole.

l’énonciation.). traces dont les déictiques sont les marques .» (MAINGUENEAU. général et particulier. il faut mentionner: l’énoncé est le seul élément et le seul moyen en même temps à l’aide duquel on peut étudier le procès d’énonciation vu qu’il « comporte les traces de l’opération qui lui a donné naissance. 1994: 90) Parmi les caractéristiques définitoires de l’énoncé. une proposition.). la présence des traces de l’énonciation au niveau de l’énoncé signifie que «l’énoncé réfléchit sa propre énonciation» (MAINGUENEAU. l’énoncé a donc une double dimension : d’un côté. On parle dans ce cas de l’énoncé-type.). le commentaire de cet exemple) . En fonction des diverses énonciations qui peuvent le prendre en charge. il véhicule un contenu et d’un autre côté. 1981: 6). différentes du point de vue du temps. (voir supra.» (id. 1981: 10). Mais suivant la situation d’énonciation où il est employé – donc à chaque nouvelle occurrence.La linguistique énonciative 3. des protagonistes de l’acte d’énonciation. etc. Il représente «la partie directement saisissable de l’acte de communication. Par exemple.il va changer de référents et de sens et être perçu comme une constatation.6 L’énoncé La définition classique envisage l’énoncé comme le produit de l’acte d’énonciation. tout comme l’énonciation. l’énoncé-type Le chat de ma tante est sur le paillasson a un contenu stable: il transmet toujours la même information. Le contenu véhiculé par un énoncé reste stable au-delà de la multiplicité des événements énonciatifs qui le rendent possible.» (BAYLON & MIGNOT. On parle dans ce cas d’énoncéoccurrence. il décrit le procès d’énonciation qui le produit (id. l’énoncé présente un double aspect. (id. un avertissement. de l’espace. l’énoncé-type garde son contenu mais il change de sens.

Le sens concerne l’énoncé et représente le résultat de la combinaison entre la signification de la phrase et «les lois du discours» qui agissent pour l’identification des éléments du contexte qui assurent l’interprétation correcte de l’énoncé.» (1984: 77) La deuxième opposition est celle entre sens et signification. Les deux premiers correspondent à la signification de la phrase. 1974: 64) . A un second niveau. Pour Ducrot «l’énoncé doit être distingué de la phrase qui est une construction du linguiste. c’est spécifier et caractériser les phrases sous-jacentes aux énoncés réalisables par le moyen de cette langue. La signification concerne la phrase et résulte de la combinaison entre le sens descriptif (linguistique) de la phrase et le sens référentiel. Strawson parle de trois types de signification. on parle de la signification complète ou globale: il s’agit du sens que le locuteur attribue. à l’intention qu’il poursuit en le produisant: il veut par exemple communiquer que le président en question a un candidat favori.» (MAINGUENEAU. (in FUCHS & LE GOFFIC. B. douée d’un sens linguistique ou descriptif. une séquence verbale douée de sens et syntaxiquement complète. à son énoncé.» (BENVENISTE. 1985 : 124) Même si l’analyse linguistique sépare les niveaux de signification pour une meilleure compréhension. qui se réalise et se divise en’signes’ particuliers qui sont les mots. Faire la grammaire d’une langue. déjà. car à ce niveau «ce n’est pas une addition de signes qui produit le sens. 1996 b: 35-36) La phrase représente une structure linguistique abstraite . obtenu par l’identification des référents de la phrase.Eléments de pragmatique linguistique Cela signifie que l’interprétation d’un énoncé s’appuie sur plusieurs éléments oppositionnels: La première opposition est l’opposition énoncé/ phrase. C’est la signification linguistique. c’est au contraire le sens (l’intenté) conçu globalement. Il y a un premier niveau de compréhension d’une phrase où la phrase est parfaitemenmt intelligible même si le récepteur ne connaît pas les référents. il faut connaître l’identité du président et la nature du poste pour accéder à une compréhension plus profonde de la phrase. la phrase Le Président a exprimé l’opinion que cinquante ans est l’âge idéal pour ce poste peut être comprise même si on ne sait pas de quel président ou de quel poste il s’agit. Par exemple. C. C’est le niveau de la signification référentielle. L’énoncé constitue «une unité de communication élémentaire. la démarche interprétative d’un énoncé est orientée inversement. conçue en dehors d’un contexte. A un troisième niveau. le troisième constitue avec les deux premiers le sens de l’énoncé: «A. permettant de rendre compte des énoncés.

celui à qui je s’adresse.La linguistique énonciative 4. l’allocutaire instancié par rapport et grâce à je-locuteur. adjectif correspondant au grec deixis = «action de montrer» (BAYLON. 2001: 168) Les déictiques identifient et manifestent les trois repères fondamentaux de l’énonciation. L’appareil formel de l’énonciation 4. chacun de ces termes visant à mettre en relief l’une ou l’autre de leurs caractéristiques. On peut donc dire que les déictiques ont la fonction d’inscrire les énoncés-occurrences dans l’espace et dans le temps par rapport au point de repère que constitue l’énonciateur. expressions sui-référentielles. symboles indexicaux. Benveniste a regroupé l’ensemble des signes de la langue qui renvoient aux paramètres de l’énonciation. indicateurs (Benveniste). éléments indiciels. la non-personne. ce ou ceux qui fait/font l’objet de parole. pendant lequel le locuteur se trouve dans l’espace indiqué. FABRE & MIGNOT. Il s’agit des signes nommés embrayeurs (de l’anglais shifters – Jakobson). organisés sur l’axe moi-ici-maintenant / ego-hic-nunc ainsi que les paramètres qui en dérivent : le locuteur (moi) qui prend la parole.1 Définition et caractéristiques générales Sous cette dénomination. (MAINGUENEAU. l’espace (ici-hunc) où se trouve le locuteur et où a lieu l’échange verbal. 1981: 21) . le temps (maintenant-nunc) de l’échange. déictiques (Pierce). Le plus fréquemment employé est le terme déictique.

te/t’. les paramètres énonciatifs le sont aussi. C’est pourquoi on les appelle sui-référentiels. (MAINGUENEAU. par un jeune homme qui veut faire plaisir à sa fiancée. ce soir désignent chaque fois autre chose suivant que l’énoncé est produit par une mère qui veut récompenser son enfant. et ceux dont les repérages se rapportent à un terme de l’énoncé. nous savons qu’il s’agit d’un individu qui se pose en locuteur. 1994: 46) parce qu’à chaque nouvelle occurrence. il/elle désigne l’élément (objet ou individu) qui fait l’objet de l’échange.Eléments de pragmatique linguistique La première caractéristique des déictiques est de réfléchir l’énonciation et par cela. ici et maintenant ne peuvent désigner que l’endroit et le moment où est produit l’énoncé contenant tous ces signes. à chaque occurrence. tout d’abord. en fait. je. par conséquent. tu désigne l’allocutaire. 1981) . ils permettent l’identification de ce qu’ils désignent. Chaque fois qu’on entend quelqu’un prononcer je. Les déictiques se trouvent à la base de la distinction opérée entre les énoncés dont les repérages se rapportent à la situation d’énonciation. l’opposition classique de Benveniste histoire/discours. l’individu qui emploie je pour se poser en locuteur et pour parler de lui-même. L’autre caractéristique qui en découle est que les déictiques n’ont pas de «référent définitif et immuable» (BAYLON & MIGNOT. ils sont en même temps des index (indices) car ils désignent de façon particulière ces éléments en leur présence. 1996b 33-34) Cette opposition recouvre. à savoir: je désigne.en même temps. énoncés non-embrayés. par un mari qui veut se faire pardonner . (La référence est le processus de mise en correspondance des unités linguistiques avec les éléments de la réalité extralinguistiques). la situation d’énonciation est différente et . Les déictiques remplissent une double fonction: ce sont des signes qui appartiennent au système de la langue ou bien des symboles qui désignent de la façon la plus générale les éléments constitutifs de l’énonciation. Dans ‘Je te promets de t’emmener au cinéma ce soir’. énoncés embrayés. leur propre occurrence. la réalité à laquelle ils renvoient est différente. Cela veut dire que. et par cela ils reçoivent un sens déterminé (MAINGUENEAU. l’individu désigné par je comme destinataire de son message. Dans chacun de ces cas. ils désignent les éléments constitutifs de l’énonciation mais . c’est-à-dire en présence de leur référent. etc.

un sens général. Pierre. quand ils désignent le destinataire du message (l’allocutaire). se voit attribuer le rôle de destinataire. Leur référent est un référent abstrait. On les appelle ainsi car leur réalisation vocale accompagne un geste désignant l’objet auquel ils réfèrent. dans n’importe quelle situation d’énonciation. La catégorie des déictiques est constituée: des indices de personnes qui désignent les participants à l’énonciation. du type maman. Le déictique je a pour référent la personne qui.La linguistique énonciative Il s’ensuit que les déictiques ne sont pas «des signes vides» car ils ont chacun. De même. assume le rôle du locuteur. le référent de tu est la personne qui. locuteur et allocutaire. prédéterminants et substituts. On fait entrer dans la classe de ces déictiques: ▪ les pronoms personnels de première et deuxième personnes. correspondant à l’un ou l’autre des paramètres de l’énonciation. des indices temporels. dans n’importe quelle situation d’énonciation.2 Les déictiques personnels Benveniste employait le terme deictique uniquement pour les indices d’ostention mais son emploi s’est étendu aux indices personnels aussi. etc. se rapportant aux personnes du dialogue. noms communs ou propres. singulier et pluriel. ami. ils renvoient à un référent. ▪ certains emplois de l’indéfini on désignant les participants de l’énonciation. ▪ certains appellatifs. des indices de l’ostention qui désignent le lieu de l’énonciation ou bien l’objet de parole. . papa. 4. ▪ les possessifs.

où ils réfèrent en marquant qu’un sujet s’empare du système et ouvre un rapport réversible à quelqu’un qu’il pose comme allocutaire. je-tu n’ont pas de substituts possibles. Je occupe une position spéciale car il n’est pas seulement . monarque. Les pronoms nous-vous représentent des pronoms amplifiés et non pas le pluriel de je-tu: nous désigne un locuteur collectif. De même. au niveau systémique. D’après MAINGUENEAU (1981). Du point de vue du système. » Je-tu constituent une paire indissociable. je-tu représentent à la fois» des morphèmes grammaticaux. à tour de rôle. appartenant à la langue et des signes inscrits dans une énonciation unique.Eléments de pragmatique linguistique Les personnes du dialogue Les pronoms personnels je-tu désignent les personnes du dialogue. il choisit à qui s’adresser.) et du nous de l’auteur ou de modestie. préfet. allocutaire. locuteur et allocutaire. obligatoirement. Cela signifie aussi que les deux remplissent un rôle actif quand ils se posent en locuteur et un rôle passif. premierministre. sont présentes et en contact et qui sont a priori des sujets parlants. Les deux rôles respectifs – locuteur. . quand ils deviennent allocutaire. les préfaces des livres et dont le rôle est d’intégrer le destinataire à l’énonciateur. allocutaire – sont interchangeables car. le sujet grammatical de la phrase mais aussi le pivot. d’écoute. chacun.voir supra) La paire je-tu renvoie à des personnes parfaitement définies par la situation d’énonciation qui. pronom etc. Il y a des cas où nous et vous peuvent désigner une seule personne. c’est-à-dire un autre élément linguistique qui les remplace: nom. donc il choisit la personne qui devient tu. Il s’agit du nous de majesté. employé par les personnes publiques et officielles (président de la république. les protagonistes du dialogue sont. vous désigne un allocutaire collectif (voir supra). le point origine du dialogue: celui qui s’autodésigne je assume le rôle de locuteur donc d’initiateur du dialogue et en même temps. vous peut être pronom de politesse (pour les autres valeurs. employé dans les ouvrages didactiques.

– il déictique . Ces éléments renforcent leur valeur déictique par le fait que leur emploi accompagne un geste d’ostention. qu’est-ce que nous allons faire? . possessifs ou démonstratifs. Le délocuté fait partie de la situation de locution car..présent ou absent de la situation d’énonciation.Il peut s’agir d’une personne aussi bien que d’un objet.mais son rôle est purement passif.Alors. 1981: 17) La non-personne La non-personne ou le délocuté représente l’objet du discours. S’il est employé pour remplacer un GN commun ou propre qui a été introduit antérieurement dans le discours. des substituts pronominaux personnels. ce dont le locuteur et l’allocutaire parlent. l’interlocution locuteur-allocutaire n’aurait pas lieu. mais il viendra avec moi. c’est un non-allocutaire. possessif ou démonstratif renvoyant au référent concerné. tout GN accompagné d’un prédéterminant défini. Le délocuté est désigné par: le pronom personnel il.Vous. le cotexte: a. un geste qui indique le référent: Prenez ce livre!. bien qu’il n’y ait aucun rôle dans le procès: Alfred te perce ce coffre en cinq minutes! (MAINGUENEAU. elle ne peut pas prendre la parole. sans objet de parole. vous restez ici. le délocuté. Marie. tu est employé avec une valeur générique pour «personnaliser» des énoncés impersonnels à valeur générale et pour constituer l’allocutaire en partie prenante du procès: Les prix te montent à une allure folle depuis dix ans! On trouve aussi un datif éthique dont le rôle est d’intégrer l’allocutaire dans l’énoncé à titre de témoin actif. Même si le délocuté est une personne présente dans la situation. il n’a plus une valeur déictique mais une valeur anaphorique: le contexte de son emploi n’est plus un contexte situationnel mais un contexte linguistique. Regarde-le! Le pronom personnel il n’a pas seulement la fonction déictique de désigner l’objet de parole.La linguistique énonciative Dans certains types de discours.

passim) Nous l’avons déjà dit. la semaine dernière. il fait partie. De même.3 Les déictiques temporels Appartiennent à cette catégorie: ▪ le paradigme entier des formes temporelles qui se déterminent par rapport à EGO. ▪ certains adverbes et certains groupes prépositionnels indiquant le temps: aujourd’hui. inévitablement. – il anaphorique. Il symbolise ce qu’on appelle ‘la personne d’univers’ (CERVONI. il doit manifester la propriété de réflexivité et renvoyer à l’un des éléments du cadre énonciatif. Dans ce cas. 1987. 1987. hier. De la sorte. demain. doive être considéré comme un participant actif de l’événement d’interlocution. il délocuté. c’est-à-dire le «contexte» de tous les schémas de la communication . substitut de Pierre Il peut également avoir une valeur impersonnelle ou unipersonnelle quand il sert de support aux verbes qui ne peuvent pas être rattachés aux autres personnes. . Il y a des linguistes qui considèrent qu’ il n’est pas un déictique car pour être déictique. etc. je. centre de l’énonciation (BENVENISTE. Cette opinion est soutenue d’ailleurs par BERRENDONNER (1981: 61) qui considère que il déictique est au même titre que les êtres désignés par je et tu « un argument déictique référant à un participant du procès de communication»…«Le plus remarquable me paraît être ici que l’univers. jeudi prochain. J’ai dit à Pierre de passer nous voir. conçu comme entité référentielle globale. de grande généralité. le mois passé. (CERVONI. 1970). élément abstrait. il symbolise l’attache de tout événement à l’univers qui lui préexiste et dont. Il s’agit des verbes météorologiques (il pleut. cette semaine. Il m’a dit qu’il viendrait un de ces jours. tu. et non seulement comme une circonstance inerte. l’interprétation déictique implique l’élargissement du cadre énonciatif qui devra comprendre l’objet de parole. passim).» 4. la deixis sera illimitée car elle devra inclure tous les substituts qui peuvent dénoter cet objet.Eléments de pragmatique linguistique b. il désignant le délocuté doit faire partie de la deixis car sans le délocuté – objet de parole – l’interlocution n’existerait pas. il neige) ou des verbes qui comportent un sujet grammatical et un sujet logique du type: Il est arrivé un accident. Et l’on considère que l’objet de parole fait partie d’un univers extérieur à l’univers de la locution.

le présent de l’indicatif représente le moment zéro. Du point de vue systémique. ayant à sa gauche les temps du passé – imparfait. l’année dernière. C’est ainsi que s’organise l’axe temporel du discours. le mois prochain. Sur l’axe temporel.La linguistique énonciative Le moment de l’énonciation représente le repère à partir duquel on détermine les deux époques . les temps du futur. ▪ pour le décalage postérieur (futur): demain. Ces éléments s’organisent suivant le rapport qu’ils établissent avec le moment de l’énonciation. A l’intérieur de celui-ci. La localisation temporelle du procès n’est pas effectuée seulement grâce aux temps verbaux mais par tout l’énoncé. La forme temporelle apte à exprimer cette coïncidence est le présent de l’indicatif. groupes prépositionnels – qui permettent le repérage temporel du procès. à cette heure-ci. on peut rencontrer d’autres éléments – adverbes et locutions adverbiales. ce matin-ci. après-demain. ▪ pour le décalage antérieur (passé): hier. On considère que le moment du déroulement du procès dénoté dans l’énoncé produit est coïncident avec le moment de l’énonciation. maintenant. dorénavant. Les événements passés ou futurs marqués sur cet axe du discours ont tous comme point de repère le moment de l’énonciation. la semaine passée. Ainsi. à chaque forme temporelle simple (nonaccompli) dénotant l’un de ces événements. . imparfait – plus-queparfait. passé composé – et à sa droite. le mois passé. en ce moment. avant-hier. moment où le locuteur produit cet énoncé.passée et future. futur proche et futur simple. opposé par Benveniste à l’axe temporel du récit. on emploie. futur – futur antérieur. correspond une forme composée (accompli): présent – passé composé. la semaine prochaine. ▪ pour la coïncidence: aujourd’hui. l’année prochaine.

avant. Les démonstratifs Dans le cas des pronoms. ils restreignent la classe des référents du GN: Pour arriver sur l’autre rive . on considère comme déictiques purs les démonstratifs neutres ça. ▪ les présentatifs.de cette façon. Par rapport à cet endroit. 1981: 22) . le délocuté si celui-ci est présent dans la situation. Les éléments du système constituant la catégorie des déictiques spatiaux sont: ▪ les démonstratifs. des prépositions à valeur déictique:actuel. Les démonstratifs adjectifs accompagnent un nom et . cela.Eléments de pragmatique linguistique KERBRAT-ORECCHIONI (1980). Le syntagme ce+GN renvoie à un objet qui appartient à l’univers du discours connu aux interlocuteurs. etc. RIEGEL. (MAINGUENEAU. endroit désigné par l’adverbe ici. Les déictiques spatiaux sont des éléments d’ostension : ils accompagnent toujours un geste du locuteur indiquant l’élément qui constitue l’objet de parole. (1994: 578) y ajoutent des adjectifs.4 Les déictiques spatiaux Le point de repère des déictiques spatiaux est représenté par l’endroit où se trouve le locuteur au moment où il produit son énoncé. passé.prédéterminants et pronoms. ceci. il faut prendre le bateau / ce bateau. ▪ les éléments adverbiaux. après. prochain. on établit les deux directions de l’axe spatial – la proximité et l’éloignement – sur lequel se place l’objet de parole. 4.

en haut / en bas. à cause de l’emploi de plus en plus indifférencié de ces deux adverbes. Ils peuvent aussi être représentants. dans le cas où l’objet de parole n’appartient pas au contexte situationnel mais au contexte linguistique (le cotexte): Marie m’a annoncé que Pierre a réussi ses examens de fin d’année. à gauche / à droite. là pour marquer la proximité ou l’éloignement du référent concerné par rapport au locuteur. de représentants. l’opposition s’est . Cela – anaphorique. S’y ajoutent les groupes prépositionnels qui peuvent localiser l’objet de parole par rapport à l’endroit où se trouve le locuteur ou l’interlocuteur: Le livre est devant toi. Dans la classe des adverbiaux. devant / derrière. Voilà a pour référent la réplique reproduite d’un discours direct antérieur. substitut de la subordonnée précédente. Cela m’a beaucoup réjoui. dans les mêmes conditions que les démonstratifs: «Je ne veux plus jamais entendre parler de lui!» Voilà ce qu’elle m’a dit. près / loin . Les présentatifs ont la fonction d’attirer l’attention de l’allocutaire sur l’apparition de référents nouveaux: Voici/voilà Pierre qui arrive. Les éléments adverbiaux sont d’abord les adverbes et les locutions adverbiales proprement-dits qui constituent un «micro-système d’oppositions» (MAINGUENEAU. Ils remplissent non seulement une fonction déictique mais aussi une fonction anaphorique. donc un référent cotextuel. Le chat est sous le fauteuil. etc. l’opposition proximité / éloignement est illustrée par l’opposition ici/ là mais. 1981: 23) du type: ici/là / là-bas.La linguistique énonciative Les démonstratifs sont accompagnés des particules ci.

Eléments de pragmatique linguistique neutralisée de sorte que pour la refaire. on a fait appel à un troisième terme. là-bas. La nouvelle configuration en est: là (neutre) ici proximité (KERBRAT-ORECCHIONI. 1980) là-bas éloignement .

car la phrase la moins modalisée comporte une modalité minimale. cette attitude concernait uniquement la vérité ou la fausseté de la proposition affectée de la modalité (CERVONI. de la dénotation. implicite. par la suite. d’un jugement affectif ou d’une volonté qu’un sujet parlant énonce à propos d’une perception ou d’une représentation de son esprit. le champ de la modalité s’est vu considérablement élargir. 1942) De façon générale. 1987: 65).La linguistique énonciative 5. on considère que la modalité est constitutive de la signification fondamentale. 1987: 78) mais. 5.1 Définition Les modalités La modalité traduit une certaine attitude du sujet énonciateur par rapport au contenu propositionnel de son énoncé. A l’origine.» (BALLY. La Terre tourne autour du soleil comporte une modalité déclarative (CERVONI. . C’est pourquoi Bally définit la modalité comme «la forme linguistique d’un jugement intellectuel. Par exemple.

par la polysémie. caractéristique d’une proposition assertorique. à une règle sociale ou morale. Les quatre valeurs sont: certain. Défense de fumer. Ces trois classes de modalités vont constituer le noyau dur des modalités linguistiques. Je veux que tout le monde soit content. ▪ les modalités bouliques (ou boulestiques) marquent la volonté du sujet à propos de l’accomplissement ou du non-accomplissement du fait dénoté dans le contenu propositionnel: Marie espère que Pierre partira ce soir. Il s’agit en fait d’un énoncé dont la modalité n’est pas explicitée par un marqueur modal quelconque et qui. Aristote développe une conception restreinte de la modalité. Il est exclu que Marie participe à notre réunion. probable. (QUERLER.peut signifier: Je crois qu’il pleut. marquent une certaine évaluation du contenu propositionnel: Il est bien que Pierre vienne. du type Il pleut. etc. La possibilité de modifier la valeur modale d’un énoncé «par la présence des quantificateurs.2 Les modalités logistiques La modalité est un concept emprunté par les linguistes aux logiciens qui s’y sont intéressés les premiers. Elles concernent la vérité d’un contenu propositionnel. Obligatoire Défendu Permis Facultatif Tu dois partir. impossible. Il s’est trouvé que Pierre est venu. appelées aussi ontiques et considérées depuis les modalités logiques fondamentales. L’origine de l’étude des modalités se trouve dans les textes d’Aristote qui s’est intéressé aux modalités aléthiques. 1996: 41-42) . 1987: 77) a permis la constitution d’autres classes modales: ▪ les modalités temporelles qui ajoutent à la valeur modale la temporalité : Il se trouve toujours que Pierre vient. peut-être. réduite aux quatre modalités aléthiques: nécessaire. Peut-être qu’il pleut. exclu. Certain Exclu Probable Contestable Il pleut. défendu. contestable. sous-ensemble des modalités évaluatives. permis. représentées sur un carré logique formé de deux axes: l’axe des contraires et l’axe des subcontraires: Nécessaire Impossible Possible Contingent Les logiciens modernes ont beaucoup développé le concept de modalité. suivant le contexte. possible. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. par les constructions temporelles ou spatiales» (CERVONI. ▪ les modalités épistémiques marquent le registre du savoir et définissent le degré de connaissance par rapport à un contenu propositionnel. J’affirme qu’il pleut. Les quatre valeurs déontiques sont: obligatoire. contingent. ▪ les modalités axiologiques ou appréciatves. facultatif. etc ▪ les modalités déontiques définissent ce qui doit être conformément à une norme.Eléments de pragmatique linguistique 5. Ce serait mal de refuser sa proposition. Il viendra certainement. en faisant entrer dans cette catégorie: ▪ la modalité zéro.

● Du point de vue des réalisateurs.) les notions inscrites sur les carrés logiques. Des mots à la pensée. ▪ reconnaît seulement le mode verbal. à portée extra-prédicative. Le sage peut être heureux. d’obligation. C’est l’attitude de Wagner et Pinchon (Grammaire du français classique et moderne). Il est nécessaire que Marie vienne ce soir. C’est l’attitude de Damourette et Pichon (Essais de grammaire française. l’étude des modalités linguistiques concerne «tout ce qui traduit de façon caractéristique» (id. de connaissance. malgré ce rapport. etc.. Les logiciens du Moyen Age distinguent entre: ▪ les modalités de re. A cause de la polysémie des langues naturelles. 1987) En outre. ▪ les modalités de dicto.La linguistique énonciative Le critère qui fonde la classification –restreinte ou élargie – des modalités est le critère d’évaluation du contenu propositionnel par rapport à la hiérarchie des valeurs de vérité. 5. . 1996: 43-45) ou du niveau d’incidence. c’est-à-dire les réalisateurs et le niveau d’incidence des modalités et non pas la valeur modale en tant que telle.3 Les modalités linguistiques Les modalités linguistiques se sont développées à partir des modalités logiques mais. ajoutées au contenu propositionnel : Il est possible que le sage soit heureux. de volonté. sans parler de la modalité. incidentes au contenu propositionnel: Le sage est heureux. les opérateurs logiques ne trouvent que des équivalents approximatifs dans le système de la langue (CERVONI. la conception restreinte ▪ refuse à la modalité le statut grammatical. externes à la proposition. on ne peut pas mettre le signe d’identité entre les deux catégories. Deux sont les orientations qui se sont développées en linguistique par rapport à la configuration du champ des modalités tant du point de vue des réalisateurs linguistiques que du point de vue des types de modalités. 1927-1950). Un autre critère de classification est celui de la portée de la modalité (QUERLER. modalités internes à la proposition ou intra-prédicatives.

En ce qui concerne les valeurs modales reconnues. temporelles. Pour Brunot.(cf. la conception étroite réduit le champ des modalités aux modalités logiques : aléthiques. renfermée. le passage de la lexis à l’assertion implique une modalisation. spatiales. Elle est considérée comme certaine ou comme possible. épistémiques et déontiques tandis que la conception large prend en considération les modalités quantitatives. les adjectifs. C’est l’attitude de Bally et de Brunot qui élargissent ce champ non pas seulement du point de vue des réalisateurs mais aussi du point de vue des valeurs reconnues. 1987) On a déjà cité la définition de la modalité de Bally. Bally prend en considération les mêmes marqueurs en y ajoutant la mimique. les adverbes («compléments modaux»). le champ des réalisateurs est constitué de: l’intonation. Voilà maintenant comment Brunot se représente la modalité. en faisant y entrer une gamme très large et diverse d’attitudes et de sentiments: «une action énoncée. etc. se présente à notre jugement . Dans la théorie de Culioli (voir supra). 1996: 50). à notre volonté. etc. pouvoir. la gestuelle. on la désire ou on la redoute. ● A l’opposée.Eléments de pragmatique linguistique ▪ réduit l’expression de la modalité aux verbes modaux: aller. la conception large fait entrer dans le champ de la modalité diverses catégories grammaticales. on l’ordonne ou on la déconseille. CERVONI. désirer. C’est la théorie de Benveniste qui envisage la modalité comme «une assertion complémentaire portant sur l’énoncé d’une relation. espérer. (La pensée et la langue). les auxiliaires de mode. à notre sentiment. falloir.» (QUERLER. soit dans une question. . les temps et les modes verbaux. soit dans une énonciation positive ou négative. Pour Culioli. devoir. évaluatives. vouloir. modaliser signifie « affecter d’une modalité» (1970). Ce sont là les modalité de l’idée. avec des caractéristiques extrêmement divers. Il distingue quatre types de modalités qui tous/toutes s’appuient sur la relation énonciateur-coénonciateur.

du sujet parlant. Y entre. la ponctuation. adjectifs. Riegel qui s’intéresse au classement des marqueurs de modalités: noms. médiane. 1996: 52-53) . de l’interrogation et de l’emphase. les marques de l’interrogation et de l’exclamation (Grammaire de la phrase française). à l’affirmation. Leur rôle est fondamental pour la thématisation au niveau prédicatif. distance. l’intonation. (VIGNAUX. Si l’on prend en considération ces deux types conjoints. interjections. On retrouve cette conception chez ▪ B.La linguistique énonciative Les voilà : Les modalités 1 sont les modalités de l’assertion (affirmative ou négative). A ces deux conceptions extrêmes s’ajoute. probable. intonation. à la négation et à l’interrogation «comme modalités d’assertion» au détriment des autres catégories (Linguistique générale). prise en charge. le champ de la modalité doit rester ouvert vu d’un côté. ces modalités peuvent apparaître seules mais aussi sous différentes combinatoires afin de construire une certaine représentation des choses et une relation intersujets. ▪ M. Pottier qui s’intéresse aux verbes modaux. possible. compte tenu des discours antérieurs ou à venir. une troisième. l’impératif. l’infinie variété des attitudes et des sentiments d’un sujet énonciateur et d’un autre côté. évidemment. A l’aide de ses modalités. la diversité des moyens d’expression directs ou combinés. 1988) Il est vrai que si l’on s’en tient à la définition de la modalité comme expression de l’attitude du sujet énonciateur par rapport à un contenu propositionnel. adverbes. Les modalités 4 marquent la relation proprement-dite entre l’énonciateur et son coénonciateur. on peut affirmer qu’une énonciation produit des jugements (assertion) de nature universelle (il est nécessaire que) ou localisés (il est possible que dans certaines circonstances. éventuel. en tout premier lieu. ▪ P.) du sujet face aux faits démontrés ou bien par rapport à soi-même. 1987: 72) que ce soit un choix concernant une valeur modale ou bien un choix concernant un marqueur modal. verbes.. Dans une énonciation . offerts par la langue. l’ordre sujet-verbe. etc. conformément à laquelle le champ de la modalité est limité surtout du point de vue des marqueurs. temps verbaux. on exprime toutes les attitudes (transparence. certain.La perspective énonciative favorise cette ouverture qui aboutit à faire entrer dans le champ de la modalité «tout ce qui mérite peu ou prou d’être considéré comme manifestant un choix. Le Goffic qui étudie les différents paramètres dont dépendent les modalités de phrase: le mode verbal.» (CERVONI. conscient ou non. Elles peuvent très bien accompagner les deux autres types précédents. Les modalités 2 sont des modalités d’ordre logique : nécessaire. (QUERLER.) Les modalités 3 représentent la dimension « appréciative » ou « affective » orientée sur l’énonciateur.

Kleiber a appelée valeur sporadique de pouvoir. ou plutôt du point de vue de la nature de l’attitude du sujet énonciateur par rapport au contenu propositionnel de son énoncé. de la prière. de la suggestion. . parfois. Du point de vue des valeurs exprimées. du conseil. aux modalités bouliques. ● modalités déontiques. on distingue les classes suivantes: ● modalités aléthiques ou ontiques se rapportant aux valeurs de vérité d’un contenu propositionnel. En fait. ● modalités intersubjectives qui sont du domaine de l’ordre. il paraît qu’il n’y a qu’une seule modalité temporelle à retenir: celle que G. paraphrasable par être parfois : Les Alsaciens peuvent être obèses.4 Classification des modalités Des raisons d’ordre méthodologique imposent une délimitation ou bien une classification des modalités linguistiques tant au niveau des valeurs qu’au niveau des marqueurs linguistiques. ● modalités épistémiques marquant la certitude ou l’incertitude du sujet énonciateur par rapport au contenu de son assertion. etc.Eléments de pragmatique linguistique 5. résultant de l’assimilation de la temporalité. ● modalités subjectives indiquant des attitudes psychologiques du locuteur: volonté. appréciation etc. du reproche. Elles correspondent en grande partie aux modalités déontiques et. de l’ordre de la permission et de l’obligation. ● modalités temporelles. ou d’une partie de celle-ci. à la modalité.

ces différences sont importantes dans la perspective de l’analyse du discours. Nous pouvons partir.entre deux procès. Peut-être que nous partirons. D’un autre côté. (QUERLER. Le niveau d’incidence de la modalité n’est pas sans conséquences sur la signification de la phrase. sujet énonciateur-allocutaire – interviennent dans la classification des modalités en: ● modalités d’énoncé qui traduisent l’attitude du sujet énonciateur par rapport au contenu propositionnel d’un énoncé. la langue ne dispose pas de marqueurs purs de modalités: un même élément peut exprimer plusieurs valeurs modales qu’il incorpore dans son sens et qui laissent des traces chaque fois qu’une valeur est actualisée. du point de vue des valeurs aléthiques.sujet énonciateur. Notre départ n’est pas impossible. Il se peut que nous partions.La linguistique énonciative ● modalités implicatives exprimant un rapport implicatif de but. Ainsi. (1976 :112) Pour Maingueneau. Maingueneau dresse la liste des structures de phrase exprimant la modalité du possible et affirme que l’équivalence sémantique de ces phrases est difficile à établir car il y a des différences subtiles qui en empêchent la réalisation: Il est possible que nous partions. épistémiques ou déontiques (les modalités logiques) ou des jugements appréciatifs (les modalités évaluatives): Il est certain que Pierre partira pour Rome. de conséquence. sensible à la relation entre énonciateur et énoncé. 1996: 54-56) Le niveau d’incidence et le type de relation exprimée . Le niveau . ● modalités d’énonciation qui expriment «l’attitude énonciative» du sujet énonciateur dans sa relation avec l’allocutaire (RIEGEL. Il n’est pas impossible que nous partions. etc. sociale entre les protagonistes de l’échange verbal. de condition. 1994: 580) Il s’agit donc d’une relation interpersonnelle.énoncé. Vous avez peut-être raison. Nous partirons peut-être. Je doute que Marie réussisse son examen.par exemple. Notre départ est possible.

l’intérêt du sujet énonciateur porte soit sur le sujet de phrase. 1976: 111) présentent la même modalité d’énonciation. impérative. mis en valeur le plus souvent par sa position initiale. je les ai rendus hier. étroitement liées à certaines transformations qui peuvent être appliquées aux structures de phrase et dont le résultat est le changement de la perspective du sujet énonciateur sur le contenu propositionnel de l’énoncé. Je suis désolé que la France soit heureuse. On peut dire que les modalités de message mettent en évidence les différentes perspectives adoptées par le sujet énonciateur dans l’interprétation du contenu propositionnel. ● modalités de message. Dans une structure emphatique du type : Marie . dans Les étudiants sont interrogés par le professeur. l’élément essentiel. elle viendra certainement chez nous. c’est sa réalisation par un agent qui le préoccupe. Une phrase ne peut manifester qu’une seule modalité d’énonciation et cette modalité peut être: déclarative. On appelle cette partie de la structure d’une phrase sur laquelle le sujet énonciateur focalise son attention. Par exemple: J’ai la certitude que la France est heureuse. 1976: 114) . thème ou topic: le «sujet psychologique. Les livres.» (HALLIDAY. ce n’est plus le procès en tant que tel qui intéresse mais le patient qui subit le procès dénoté. Par exemple. (MAINGUENEAU.l’emploi d’une phrase assertive du type Le professeur interroge les étudiants indique que le sujet s’intéresse au caractère agentif du procès . Plusieurs combinaisons sont possibles entre les modalités d’énonciation et les modalités d’énoncé.Eléments de pragmatique linguistique d’incidence de ces modalités est le type de phrase.. La même modalité d’énonciation peut se combiner avec différentes modalités d’énoncé. c’est-à-dire l’élément sur lequel s’accroche le reste de la phrase. interrogative.. déclarative. En échange. in MAINGUENEAU. soit sur le CD qui deviennent par cela le centre d’intérêt de la communication. Dans la plupart des cas. le thème coïncide avec le sujet grammatical et le rhème avec ce qui en est dit.

L’identité ou la nonidentité se manifestent aussi entre le sujet énonciateur et le sujet d’énoncé. Dans le second exemple. Dans l’exemple ci-dessus. Le dictum représente le contenu propositionnel par rapport auquel le sujet énonciateur adopte telle ou telle attitude. dans ce cas. différent du sujet énonciateur.mais ils peuvent très bien être identiques: Je crois que je pourrai partir ce soir. Pierre pense qu’il réussira ses examens. on mentionne la passivation. Le modus exprime l’attitude du sujet énonciateur par rapport au contenu propositionnel de l’énoncé. les deux sujets sont différents : Pierre est le sujet modal. énonciateur et modal: je. La structure abstraite d’un énoncé modalisé peut se manifester en tant que telle au niveau de surface et. les sujets modal et dictal sont différents. Dans Je crois que je pourrai …. constituée de deux éléments: le modus et le dictum. Il est donc la marque de la modalité.La linguistique énonciative Le reste de la phrase s’appelle rhème. identifié en la personne qui produit l’énoncé dans une situation donnée. même si les marqueurs peuvent être différents suivant le . il y a identité entre les deux sujets. Parmi les transformations qui participent à la manifestation des modalités de message. Structures et formes de manifestation de la modalité On peut parler d’une structure abstraite de la modalité. l’emphase et la factitivité du type: Il a fait bâtir plusieurs villas dans cette station. La représentation de cette structure abstraite serait: Modus + Dictum Sujet modal JE Prédicat modal crois Sujet dictal Pierre Prédicat dictal viendra Chaque constituant de la structure est formé d’un sujet et d’un prédicat. on est en présence d’une modalité explicite.

sortez. (in MAINGUENEAU. vous devez sortir. expression physique. emphase) et l’enchaînement des répliques. il faut que vous sortiez. savoir. . les adjectifs à valeurs modales logique ou évaluative. le niveau morpho-syntaxique comprend les modes et les temps verbaux. je vous ordonne de sortir. penser. S’il n’y a pas de trace de la modalité au niveau de surface. le niveau syntaxique comprend les types de phrase interrogative. falloir. à la porte. devoir. pouvoir. 1976: 111) Réalisateurs linguistiques de la modalité Les marqueurs linguistiques de la modalité se manifestent à plusieurs niveaux. exclamative et la structure impersonnelle du type Il + être + Adj + que P/infinitif. le niveau discursif comprend les adverbes d’énonciation. à savoir: le niveau lexical comprend les verbes modaux proprement-dits du type: vouloir. mimique. les transformations (passivation. sans marqueur présent ou avec un marqueur incorporé au dictum: Il pleut. les semi-auxiliaires de modalité:croire. on parle de modalité implicite.Eléments de pragmatique linguistique niveau d’incidence: Je crois que Pierre viendra ce soir. sembler. Bally donne un exemple de la manière dont l’expression de la modalité peut varier de l’explicite pur vers l’implicite: je veux que vous sortiez. Il est possible que Pierre vienne ce soir. Ch. paraître. les adverbes typiquement modaux dont l’incidence peut être au niveau du verbe ou au niveau de la phrase. etc. Pierre viendra ce soir. etc. impérative..

polysémie qui rend impure la valeur en question. Pierre refusera cette offre. mais. l’impossibilité d’établir une équivalence parfaite entre les opérateurs logiques et leurs correspondants dans la langue naturelle. .. l’influence du contexte sur l’attribution du sens à un énoncé. lors de son emploi.La linguistique énonciative Les marqueurs peuvent se manifester individuellement: dans une structure d’énoncé. on retrouve un seul marqueur de modalité: Il est possible que Pierre refuse cette offre. en la diminuant. au contraire. Ces combinaisons peuvent changer la valeur modale initiale en la renforçant ou. Je crois que Pierre refusera cette offre. 1987) c’est-à-dire résultant d’une combinaison de marqueurs: temps.modes. les modalités se manifestent comme des modalités impures (CERVONI. dans la plupart des cas. etc. J’aimerais bien connaître vos amis (mode+ lexie). adverbes. Conclusions sur les modalités Le domaine des modalités est considéré l’un des moins stables et des plus confus de la linguistique à cause de: la diversité des attitudes subjectives et objectives dont les modalités sont l’expression. Je viendrai peut-être demain (temps+ adverbe). Peut-être que Pierre refusera cette offre.adjectifs: Il serait nécessaire de faire venir les candidats (mode + construction impersonnelle). les possibilités de combinaison entre différents marqueurs modaux qui peuvent changer une valeur modale de base. la polysémie des unités employées pour la manifestation de telle valeur modale.

nous croyons que leur place est là.Eléments de pragmatique linguistique Même si les théoriciens de l’énonciation n’ont pas fait entrer les modalités dans l’appareil formel de l’énonciation. . C’est pourquoi nous nous en sommes occupée. vu qu’elles traduisent le comportement intellectuel et affectif du participant le plus important de la situation de communication. le locuteurénonciateur.

etc. Une deuxième ouverture de la théorie de l’énonciation est orientée vers l’analyse de discours pour laquelle le rapport du locuteur à son énoncé représente un élément de base dans la constitution d’un discours et l’un des . Le rapprochement entre modalités et illocutoire est tel que H. dans son attitude par rapport au contenu propositionnel dénoté et dans les rapports instaurés avec l’allocutaire et le monde environnant. CERVONI (1987) parle de la valeur illocutoire des auxiliaires modaux du type: Je vous permets d’entrer. Parret parle de modalités illocutoires. en considérant qu’une formule performative est un opérateur modal: Je regrette que vous soyez parti.La linguistique énonciative 6. Cela veut dire que l’étude des relations sujet énonciateur. Il est interdit de traverser les voies. en tout premier lieu vers la performativité. Cette activité complexe n’est pas seulement une activité de dire quelque chose dans un contexte donné mais de dire quelque chose dans un contexte donné en visant un certain résultat. Je vous demande de partir. Conclusions Les théories de l’énonciation ont attiré l’attention sur l’activité du sujet énonciateur manifestée dans la construction et la production de son énoncé. Une première ouverture de la théorie de l’énonciation est donc orientée vers la théorie des actes de langage et.allocutaire rejoint l’étude des actes de langage.énoncé et sujet énonciateur.

de situation (la conversation). Le Seuil. Todorov. Sur la base du premier concept.indirect. l’analyse des éléments du système de la langue impliqués dans l’énonciation. 2001:46-47) Une autre classification s’appuie sur «un dédoublement de l’énonciation»: le discours tenu par un locuteur de base contient un discours attribué à un autre locuteur (parfois au locuteur de base). T.» (in RIEGEL. Benveniste distingue entre discours (énonciation de discours) et récit (énonciation historique). Sur la base du deuxième concept. indirect libre. 1994: 597) On parle dans ce cas de discours rapporté et on en distingue trois formes: discours direct. autonome (le discours scientifique) vs discours implicite.Il y a bien sûr d’autres classifications des discours. . en la nuançant. Weinrich rajoute la perspective d’énonciation qui lui permet d’introduire une visée rétrospective ( sur des événements passés) et une visée prospective (sur des événements à venir). ▪ discours explicite. par exemple. A l’attitude d’énonciation. ▪ discours pauvre en marqueurs de l’énonciation vs discours qui s’y réfère constamment (in BAYLON. 1973) distingue entre discours narratif qui regroupe les temps centrés sur le passé et discours commentatif qui regroupe les temps associés au système du présent. FABRE & MIGNOT. ● l’adhésion du locuteur à son énoncé. Deux sont les concepts pris en considération à propos de ce rapport: ● la distance du locuteur par rapport à son énoncé qui traduit son attitude d’énonciation.Eléments de pragmatique linguistique critères de classification. Il peut prendre ou non en charge son énoncé. Weinrich (Le temps. qui est rapporté par le locuteur premier. (voir supra). en enrichissant leur interprétation. Les théories de l’énonciation ont également permis de complexifier . aussi variées que les critères pris en considération. proposait une classification suivant la présence du locuteur et la prise en charge de la situation d’énonciation : ▪ discours centré sur le locuteur (l’orateur qui ignore son public) vs discours organisé autour de l’allocutaire (l’orateur adapte sa parole aux auditeurs présents devant lui).

● La production du sens n’est pas expliquée par l’appel aux référents extérieurs à la phrase. . Jackobson et théorisée d’abord par E. sans dépasser le niveau de la phrase. Idées à retenir ● La linguistique de la langue s’est développée comme une linguistique du code qui étudie la langue en elle-même. c’est-à-dire de la langue à la parole. c’est-à-dire par rapport à l’énonciation. mais seulement sur la base des sens des éléments constitutifs de la phrase et des rapports qu’ils entretiennent les uns les autres. se charge des aspects rejetés hors de son domaine par la linguistique scientifique et place au centre de ses préoccupations les mécanismes favorisant le passage de la structure au fonctionnement. ● Benveniste distingue entre le système formel de la langue et le niveau sémantique chargé de l’analyse du sens par rapport à un contexte situationnel concret. en dépit du caractère de représentation fonctionnelle qu’il veut lui attribuer.La linguistique énonciative 7. considéré comme niveau ultime d’analyse. Benveniste. à l’univers du discours en action. ● La linguistique de la parole préfigurée par Ch. R. Bally. dans le but d’arriver à l’élaboration d’un modèle scientifique de description de la langue. c’est-à-dire la parole. sans prendre en considération son fonctionnement. ● Le caractère mécaniste et réductionniste de cette linguistique ne pourra être diminué ni par le schéma de la communication de Jackobson.

Benveniste comme un processus impliquant de la part du locuteur des opérations d’appropriation de l’appareil formel de l’énonciation. adverbes et groupes prépositionnels à valeur adverbiale. . place le sujet parlant au centre de l’activité discursive et fait de lui le point de repère pour les déterminants des autres paramètres énonciatifs. noms communs et propres. ● C. de la sorte. une représentation dynamique. c’est-à-dire d’expression d’un certain rapport au monde. Kerbrat-Orecchioni considère que la problématique essentielle de l’énonciation est « la recherche des procédés linguistiques par lesquels le locuteur imprime sa marque à l’énoncé. appelés déictiques. décrit par Benveniste. présentatifs. en y introduisant les déterminations et les contraintes de l’acte de communication qui reçoit. Ils appartiennent à différentes catégories grammaticales: prédéterminants et substituts démonstratifs et possessifs. des indices temporels et d’ostention. ● C. d’affirmation de sa position de locuteur et de la position d’allocutaire. de référenciation. découvre les structures énonciatives fonctionnant au niveau de la phrase qui se voit rejetée. temps verbaux. pronoms personnels. s’inscrit dans le message et se situe par rapport à lui. ● L’énonciation est conçue par E. ● C. par cela. Kerbrat-Orecchioni reformule le schéma de la communication de Jackobson. ● L’ensemble des signes de la langue qui renvoient aux paramètres de l’énonciation constitue l’appareil formel de l’énonciation.Eléments de pragmatique linguistique ● La distinction entre le langage en tant que système et son emploi implique la distinction entre les conditions d’emploi des formes et les conditions d’emploi de la langue. donc la problématique de la subjectivité. Kerbrat-Orecchioni distingue entre l’énonciation étendue qui prend en compte tous les paramètres de l’activité énonciative et l’énonciation restreinte qui ne s’intéresse qu’au locuteur. Ces signes. du système formel de la langue. fonctionnent comme des indices de personne. ● La théorie de Benveniste déplace l’analyse linguistique au niveau du fonctionnement discursif du sujet.

● A. Culioli introduit le terme de co-énonciateur pour mettre en évidence le rôle actif des deux partenaires qui transforment l’énonciation dans une co-énonciation. Ducrot contribue au développement de la linguistique énonciative par l’analyse du rapport entre la signification de la phrase. l’objet d’étude de la linguistique est l’activité discursive du sujet parlant. Les étapes de la démarche sont : la description minutieuse des diverses langues. Culioli vise la construction d’une grammaire opératoire. le sens de l’énoncé et le contexte situationnel et par l’élaboration de la théorie de la polyphonie. la validation du modèle . Culioli. ● Pour A. qui formalise les opérations linguistiques accomplies par le sujet dans . ● La théorie de Ducrot concernant l’interprétation du sens d’un énoncé met en évidence le fait que la situation de l’énonciation y intervient à deux reprises: pour l’identification des référents correspondants aux déictiques et dans l’interprétation des opérateurs indiquant la valeur argumentatrive d’une phrase. ● O. la définition et la justification de l’appareil formel du modèle. Kerbrat-Orecchioni fait la différence entre leur sens qui est celui de désigner un paramètre de l’énonciation et le référent des unités déictiques qui varie avec chaque situation d’énonciation. La démarche formalisatrice de A.La linguistique énonciative ● Dans l’interprétation des déictiques. ● La théorie de la polyphonie permet à Ducrot de distinguer entre locuteur et énonciateur. A. Culioli se donne pour but l’élaboration d’un modèle du langage par la collaboration entre la linguistique et d’autres sciences apparentées. une lexis. c’est-à-dire le fonctionnement du code en discours. La dimension énonciative de la théorie est assurée par le cadre formel de l’analyse – l’activité langagière – avec tous les paramètres constitutifs. ● Dans ce cadre on étudie les opérations effectuées par le sujet parlant pour la production/ compréhension des énoncés et le déroulement de l’activité langagière. allocutaire et destinataire. l’inventaire des propriétés des systèmes d’opérations linguistiques et leur représentatioin dans un modèle. avec toutes ses caractéristiques et tous les facteurs qui la contrôlent.

Eléments de pragmatique linguistique

une situation de discours considérée. Elle comprend deux parties: une grammaire de reconnaissance et une grammaire de production. ● La grammaire opératoire est constituée d’une succession de niveaux: l’instanciation (de nature extralinguistique), l’énonciation, la linéarisation (de nature linguistique). Le passage d’un niveau à l’autre est assuré par des séries d’opérations et fait intervenir différents concepts et relations. ● Les paramètres de l’énonciation identifient le cadre et les protagonistes d’une énonciation: le locuteur, identifié dans la plupart du temps au co-énonciateur, l’allocutaire, le contexte, l’énoncé. ● L’énonciation, l’acte de production d’un énoncé, présente plusieurs caractéristiques, dont les plus importantes se sont avérées être: l’individualité, la capacité de mettre en fonction plusieurs mécanismes et opérations spécifiques indispensables à sa réussite, l’interlocution, l’ouverture vers l’extralinguistique. ● Le rapport du locuteur à l’extralinguistique est mis en évidence par une série de concepts: la distance, la modalisation, la transparence, l’opacité, la tension, la thématisation. ● Les couples oppositionnels intervenant dans l’interprétation d’un énoncé sont: énoncé/ phrase, sens/signification, énoncé type / énoncé occurrence. ● La modalité, concept d’origine logique, traduit une certaine attitude du sujet énonciateur par rapport au contenu propositionnel de son énoncé. Les deux critères qui fondent la classification, restreinte ou élargie, des modalités sont : le critère d’évaluation du contenu propositionnel et la portée de la modalité ou le niveau d’incidence. ● Suivant le critère d’évaluation, on distingue entre les modalités logiques et les modalités linguistiques. D’après le niveau d’incidence, on distingue: les modalités d’énoncé, les modalités d’énonciation et les modalités de message. ● La structure abstraite d’un énoncé modalisé – modus + dictum – peut se manifester en tant que telle au niveau de surface et dans ce cas on parle de modalité explicite ou bien, être absente de la structure de surface ou incorporée au dictum et dans ce cas, on parle de modalité implicite. ● Les théories de l’énonciation ont ouvert la voie à la théorie des actes de langage et à l’analyse de discours.

La linguistique énonciative

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1 ALLOCUTAIRE. l’acte énonciatif est défini comme l’ensemble des OPERATIONS métalinguistiques sous-jacentes à toute production d’un ENONCE (ou d’un texte) par un ENONCIATEUR dans une SITUATION ENONCIATIVE déterminée.La linguistique énonciative GLOSSAIRE DES PRINCIPAUX TERMES UTILISES EN LINGUISTIQUE ENONCIATIVE ACTANT (de l’énonciation) On désigne par le terme «actants de l’énonciation» les partenaires discursifs. L’acte énonciatif est repéré par rapport à la situation énonciative dépendant d’un LOCUTEUR et d’un REPERE. ils s’opposent aux actants de l’ENONCE. C’est l’un des rôles du DISPOSITIF ACTE ENONCIATIF ALLOCUTAIRE 1 Les termes écrits en lettres majuscules renvoient aux entrées du glossaire. Les actants font partie du DISPOSITIF ENONCIATIF extra-verbal. Ce terme désigne un sujet participant à l’acte de communication considéré dans son double statut de RECEPTEUR et de répondant à un ENONCE produit. Catégorie fondamentale en linguistique énonciative. DELOCUTE . . qui constituent le dispositif intra-verbal et dont quelques-uns peuvent représenter des actants de l’énonciation. qui peuvent jouer différents rôles: LOCUTEUR.

les appellatifs-vocatifs. de l’espace-temps du ASSERTION CADRE ENONCIATIF DEICTIQUE . Les éléments constitutifs du cadre énonciatif sont: les protagonistes du discours. La linguistique énonciative étudie les rapports qui s’instaurent entre l’ENONCE et le cadre énonciatif dans lequel il s’enracine. L’assertion est un type de communication institué entre co-énonciateurs qui consiste à faire dépendre l’ENONCE du verbe locutoire fondamental dire: (Je te dis que) p. le contenu de l’ENONCE. contraintes de l’UNIVERS DU DISCOURS). contexte socio-historique. L’allocutaire ou direct du message peut être singulier ou pluriel. Parmi d’autres lieux d’inscription de l’allocutaire on peut mentionner aussi le degré d’explicitation des informations énoncées. les impératifs. Les lieux d’inscription linguistique de l’allocutaire sont: les marques de la deuxième personne (qui peut englober aussi le DELOCUTE: toi et lui=vous). La présence de l’allocutaire se fait sentir dans toute la structuration de l’ENONCE. les circonstances spatio-temporelles. nominal ou anonyme. L’assertion est aussi un acte évaluatif de jugement. le choix de l’appareil stratégique. Les déictiques sont les unités linguistiques dont le fonctionnement (sélection et interprétation) implique une prise en considération du rôle des ACTANTS de l’ENONCE. L’acte d’allocution est l’acte par lequel le LOCUTEUR s’adresse à un ALLOCUTAIRE. qui est construit de telle manière qu’il agisse sur celui auquel il s’adresse. DESTINATAIRE ALLOCUTION La situation d’allocution se définit par le nombre et le statut des partenaires discursifs.Eléments de pragmatique linguistique énonciatif extra-verbal. réel ou fictif. les conditions générales de la production/ réception du message (canal. Dans le discours rapporté il existe deux cadres énonciatifs imbriqués.

personnel par rapport à la SITUATION ENONCIATIVE. les possessifs des personnes du dialogue. tonton. démonstratifs. etc. Les déictiques se laissent diviser en plusieurs catégories suivant leur fonction communicative: . spatiale. ou encore de «signes indiciels». maman. hier. temporelle. système des temps verbaux.). Ces éléments sont encore désignés par les termes de» présentatifs» (parce qu’ils s’accompagnent quelquefois d’une opération d’ostention). les appellatifs du type papa. et de temps. etc.) DEIXIS La deixis est un mode particulier d’actualisation des domaines spatial. aussi REPERE). ou d’»embrayeurs» (qui embraient le message sur la situation énonciative).. aujourd’hui. etc). Les déictiques réfèrent à leur propre INSTANCE énonciative et forment un sousensemble d’unités énonciatives. Le terme de deixis est polysémique: il désigne à la fois l’acte de référence à l’espace-temps de l’ENONCIATION et l’ensemble des marques qui font référence à la situation: les DEICTIQUES (pronoms personnels.).la source énonciative (les pronoms des première et deuxième personnes. ce soir. après-demain. le présent des verbes.La linguistique énonciative LOCUTEUR et éventuellement de celui de l’ALLOCUTAIRE (v. etc.le temps de l’ENONCIATION (des substituts adverbiaux tels que maintenant. etc. A ces types viennent s’ajouter encore deux catégories dont l’existence n’est reconnue que par certains linguistes: la deixis notionnelle . ma sœur. les coordonnées déictiques fondamentales étant moi-icimaintenant. . là-bas. avant-hier. demain. adverbes de lieu. ainsi que des termes dont le sens ne se précise que par référence au sujet énonciateur: mon frère. temporel. . On distingue trois types essentiels de deixis: personnelle.le lieu de l’énonciation (des substituts spatiaux tels que ici.

qui.et intra-verbaux déterminés par les coordonnées énonciatives. le verbe et les différents types de REPERES. les conditions concrètes de la communication. les caractéristiques des partenaires discursifs (ACTANTS). l’ALLOCUTAIRE est distinct du DESTINATAIRE. ENONCIATAIRE) DESTINATEUR DISPOSITIF ENONCIATIF DISTANCE . Ce concept permet d’appréhender le rapport que le SUJET ENONCIATIF veut établir entre lui et son ENONCE. Dans la sémantique énonciative d’ O. Ce terme désigne l’ensemble d’éléments extra. ce qui se manifeste par la présence explicite de marqueurs spécifiques. ce terme est synonyme d’EMETTEUR et désigne la personne qui produit un ENONCE en conformité avec les règles du code et de la mise en discours.POTTIER) (CH. On distingue un dispositif énonciatif extra-verbal constitué par la SITUATION D’ALLOCUTION. Dans la théorie de la communication. a besoin de recevoir un contenu référentiel précis de détermination cotextuelle. aussi ALLOCUTAIRE.La deixis spatio-temporelle est étroitement liée au système des pronoms personnels et constitue le système des REPERES énonciatifs.FILLMORE). le sujet d’énonciation tend à s’identifier au SUJET DE L’ENONCE. DELOCUTE Ce terme désigne le non participant à la relation d’ALLOCUTION. Si la distance est minimale. Le non participant est représentable par un pronom de la troisième personne. qui désigne la personne à laquelle l’acte illocutionnaire est censé s’adresser.Eléments de pragmatique linguistique et la deixis sociale (B.J.Ducrot. c’est la DESTINATAIRE (v. à la différence des déictiques. et un dispositif énonciatif intra-verbal constitué par les ACTANTS de l’ENONCE.

«L’énonciation désigne. Le terme d’»énoncé» est. Par contre. CULIOLI et de J. aussi LOCUTEUR DESTINATEUR ENONCIATEUR) Ce terme désigne celui qui produit un énoncé (ou un texte). c’est le cas du discours didactique. idéologiques. comme tout récepteur est un émetteur en puissance. EMETTEUR (ou instance émettrice) (v. il se caractérise par des compétences linguistiques et paralinguistiques. Le sens du terme «énoncé» se délimite par une triple série d’oppositions: • Enoncé/vs/ énonciation Dans une première étape. ENONCE . le fabriqué à la fabrication. l’énoncé est conçu comme une unité composée par un schéma de LEXIS qui est repéré par rapport à une SITUATION énonciative qui dépend d’un LOCUTEUR et d’un REPERE temporel. 1973). Tout comme le RECEPTEUR. souvent. DESCLES. POTTIER. Dans une théorie énonciative intégrante comme celle de A. le sujet d’énonciation tend à devenir un sujet universaliste. culturelles. à s’identifier à d’autres sujets et le discours acquiert un caractère généralisant et objectivant. si la distance est maximale. comme la plupart des termes d’une discipline qui est en train de se constituer. le sens du terme se précise: l’énoncé apparaît ainsi comme le résultat d’un ensemble d’OPERATIONS énonciatives et prédicatives. varient avec l’orientation théorique et avec les étapes de développement de la théorie. l’acte de production linguistique et non le résultat de cette production. «énoncé» s’opposait à ENONCIATION comme le terme «produit» s’oppose à «production». surchargé de significations qui. ainsi que par des déterminations psychiques. par opposition à l’énoncé. la source énonciative.» (B.P.La linguistique énonciative caractéristique essentielle des discours autobiographiques. Peu à peu. Tout émetteur est son propre récepteur.

1970) La phrase apparaît donc comme une entité théorique. qui est une unité analysée. Pour d’autres linguistes. ANSCOMBRE. un ensemble d’unités combinées selon les règles de la syntaxe. Deux axes se trouvent ainsi impliqués dans la polysémie du mot «énoncé»: l’axe langue/parole et l’axe du rang (dimension de l’unité envisagée).Eléments de pragmatique linguistique • Enoncé/vs/ phrase L’énoncé n’est pas du même domaine que la phrase . (Z. ce que produit le locuteur. Il ne correspond donc pas obligatoirement à la phrase. 1978). Les énoncés sont des «échantillons de parole» (J. tronquée. O.S.S. Ce terme est donc synonyme de ce que l’on désigne aujourd’hui par le terme “intervention”. l’énoncé est un «segment discursif élémentaire» (J. LYONS. ce qu’entend un auditeur ce n’est pas une phrase. DUCROT. 1980). inorganisée). au moyen de laquelle le linguiste rend compte des relations distributionnelles. prises hors de toute situation de discours. • Enoncé /vs/ texte Pour certains linguistes. il peut même être constitué de plusieurs phrases ou d’une phrase asyntaxique (phrase incomplète.HARRIS). tenue par une seule personne. avant et après laquelle il y a silence de la part de cette personne». DUCROT. mais un énoncé particulier d’une phrase (O. l’énoncé est une unité transphrastique: «toute partie du discours. . abstraite. Voici quelques unes des définitions proposées pour le terme «énoncé».

A la source de toute ENONCIATION il y a l’énonciateur. conditions de la production / réception du message. à un repère temporel et à un événement auquel l’énoncé réfère C’est un architrait sémantique caractéristique des unités linguistiques marquant l’inscription de l’un des PARAMETRES énonciatifs: protagonistes. aussi SUJET D’ENONCIATION) ENONCIATIF ENONCIATION . 1970). PARAMETRE ~ Le sens du terme «énonciation» s’est constitué par des délimitations successives. C’est la «mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation». BENVENISTE.(E. Tous les événements auxquels réfère l’énoncé sont repérés par rapport à cette source énonciative qu’est l’énonciateur.La linguistique énonciative Orientation J. DISPOSITIF ~. POTTIER Z. DUCROT A. considéré dans sa singularité. Dans un premier temps. unité composée d’un schéma de lexis. LYONS B.P. ANSCOMBRE O. Cette définition procède d’une conception qui ENONCIATAIRE ENONCIATEUR (v. FAIT ~. comme une prise en charge par le SUJET des virtualités de la langue. l’énonciation était définie comme un acte de parole individuel. v. repéré par rapport à une situation énonciative. ACTE ̉~. circonstances spatio-temporelles. CULIOLI J. celui qui produit l’ENONCE. à un locuteur.S.S.DESCLES Enoncé échantillon de parole produit de l’énonciation partie de discours tenue par une seule personne segment discursif élémentaire résultat d’un ensemble d’opérations énonciatives et prédicatives. HARRIS J.

KERBRATORECCHIONI.Eléments de pragmatique linguistique rejette l’analyse du discours. L’énonciation est opposée à l’ENONCE comme la production s’oppose au produit. Enonciation et énoncé représentent le même objet considéré sous deux angles différents: l’énonciation comme objet événement et l’énoncé comme objet fabriqué dans lequel le SUJET s’inscrit à tout moment. Avec l’extension du domaine de la linguistique énonciative. les relations intersubjectives de toutes sortes. ENONCIATIVE FAIT énonciatif (v. aussi ENONCIATEME. L’énonciation est définie alors comme le surgissement du sujet dans son énoncé et elle peut être saisie à travers les traces (lieux d’inscription de la subjectivité) qu’elle laisse dans l’énoncé. puisque dès qu’il commence à parler il implante l’autre devant lui. OPERATION~ Les faits énonciatifs sont les traces linguistiques de la présence du LOCUTEUR dans son ENONCE. (C. la MODALITE. EMETTEUR) . Parmi les faits énonciatifs on peut retenir la DEIXIS. 1980). L’objet de la recherche devient ainsi le rapport institué entre les instances sociales et l’activité langagière. INSTANCE ~ . C’est la source énonciative. en inscrivant en même temps l’ENONCIATAIRE dans ce qu’il dit. SUBJECTIVEME) v. INSTANCE EMETTRICE (v. mais ces deux termes artificiellement opposés pour autant que l’acte de production ne peut être appréhendé qu’à travers le produit. les lieux d’inscription de la subjectivité dans le langage. une nouvelle optique s’impose et l’énonciation est conçue comme une structure non linguistique qui sous-tend la communication. se rapprochent considérablement. en ne faisant aucune place à la dimension sociale de l’activité langagière.

Elle est définie comme le contenu d’une proposition non assertée sur laquelle porteront diverses opérations et à laquelle est associée une famille d’énoncés. un modèle abstrait de la structure prédicative minimale. la linguistique de l’énonciation se donne comme principal objectif l’analyse de la production et de la compréhension d’un ENONCE produit par un ENONCIATEUR face à un ENONCIATAIRE dans une situation déterminée.DESCLES. son propre métalangage et une problématique spécifique à partir des années soixante. DESCLES.P. Après une linguistique de la pensée (ou du JE) et une linguistique de la communication (ou du JE et du TU conçue comme un tête à tête idéal).La linguistique énonciative INSTANCE ENONCIATIVE (ou instance du discours) C’est l’acte de parole par lequel le SUJET énonciateur actualise les virtualités de la langue en parole. «L‘appareil INSTANCE RECEPTRICE LEXIS LINGUISTIQUE ENONCIATIVE (ou de l’énonciation) . qui seront ensuite soumis à des opérations de quantification. RECEPTEUR Dans la théorie énonciative d’A. 1974) L’énonciation a été longtemps exclue des préoccupations des linguistes en vertu du postulat de l’immanence du fait linguistique. Ce schéma vide est instancié. (J. c’est-àdire rempli par des éléments lexicaux. antérieure aux OPERATIONS ENONCIATIVES. Elle s’est constituée comme une discipline ayant son propre objet de recherche. de qualification et d’assignation de temps-aspectmodalité. CULIOLI et de J. Dans le discours rapporté on opère avec deux instances énonciatives: l’instance passée et la dernière instance énonciative (instance présente). Dans un article programmatique publié dans la revue Langages en 1970. la lexis est un schéma relationnel élémentaire pris comme axiome. v.P.

en premier lieu le fait que la linguistique énonciative y est conçue comme une sorte de prolongement de la linguistique de la langue et que l’énonciation apparaît comme un épiphénomène qui intervient d’une manière plus ou moins facultative. EMETTEUR.CULIOLI). E. Dans le premier cas.DUCROT) ou la syntaxe énonciative dans une vision intégrante. la SITUATION. BENVENISTE. D’autres développements linguistiques se donnent pour objet la sémantique énonciative (O. Dans un énoncé à la première personne et au présent de l’indicatif : Je dis. En prenant en compte les ACTANTS. DESTINATEUR. dans le second. 1980). de linguistique énonciative étendue. BENVENISTE a tracé une frontière entre l’emploi des formes de la langue et l’emploi de la langue. tandis que dans un énoncé rapporté . le trait pertinent étant l’ENONCIATEME (C. le locuteur est défini comme l’ENONCIATEUR de la dernière INSTANCE ENONCIATIVE. LOCUTEUR (v. Les deux orientations majeures qui ont marqué l’évolution des études énonciatives se distinguent entre elles par l’extension accordée à l’objet de la recherche : l’inscription du sujet ou bien l’inscription de la situation dans toute sa complexité. Les développements ultérieurs de la théorie de l’énonciation ont mis en évidence certaines limites des principes formulés par E. ENONCIATEUR) Dans certaines orientations théoriques. cette linguistique débouche sur l’analyse du discours. le trait sémantique pertinent étant le SUBJECTIVEME.Eléments de pragmatique linguistique formel de l’énonciation». les contraintes de l’UNIVERS DU DISCOURS. conçue comme un système pragmatico-syntaxique qui exclut le lexique et les déterminations affectives et sociales des participants discursifs (A. KERBRAT-ORECCHIONI. il y a identification du locuteur et de l’énonciateur. les circonstances spatio-temporelles de la production. on parle de linguistique énonciative restreinte.

expliciter l’attitude de l’énonciateur à l’égard du fait ( événement. d’assignation des catégories de temps. Les opérations énonciatives de quantification. expliciter l’attitude de l’énonciateur à l’égard de la hiérarchie informationnelle des éléments constitutifs de l’énoncé (mise en topicalisation). de qualification.aspect – modalité forment avec les opérations prédicatives un ensemble qui se trouve à la base de la production de l’ENONCE. l’événement auquel réfère l’ENONCE. état de choses) évoqué par l’énoncé. On peut distinguer cinq fonctions modales: expliciter le rapport entre l’assertion et la réalité assertée. la SITUATION ENONCIATIVE. C’est la manifestation linguistique des opérations de MODALISATION. MODALITE OPERATION ENONCIATIVE PARAMETRES ENONCIATIFS . dont la source est l’ENONCIATEUR. MODALISATION La modalisation est une catégorie énonciative qui désigne la prise en charge critique de son ENONCE par son propre ENONCIATEUR. les REPERES spatio-temporels de l’ENONCIATION. source explicite d’un ACTE d’énonciation passé. expliciter les relations interpersonnelles et transactionnelles de l’énonciateur avec le(s) ENONCIATAIRE(S). il y a distinction entre le locuteur (source implicite: Je dis que) et l’énonciateur Pierre. Les paramètres propres à l’énonciation sont les SUJETS ENONCIATEURS.La linguistique énonciative Pierre a dit qu’il ne pourrait pas venir. La modalisation implique aussi l’explicitation des relations intersubjectives (modalités d’énonciation).

ainsi que par des déterminations psychiques. idéologiques.Eléments de pragmatique linguistique RECEPTEUR (ou instance réceptrice) (v. culturelles (encyclopédiques). KERBRAT-ORECCHIONI. Le récepteur se caractérise par un ensemble de compétences linguistiques et paralinguistiques (mimo-gestuelles). 1980) Récepteur Allocutaire Récepteur visé Destinataire auditeur destinataire indirect Non allocutaire prévu par L non prévu par L récepteurs additionnels (aléatoires) (témoin) Une autre distinction est fondée sur la capacité du récepteur de répondre ou sur sa présence / absence physique dans la situation de communication: Contiguïté spatiale Participation verbale Loquent Non loquent présence + Echange oral quotidien + Conférence magistrale absence + conversation téléphonique + communication écrite .aussi ALLOCUTAIRE. DESTINATAIRE. prévu ou non par le LOCUTEUR (C. ENONCIATAIRE) On appelle récepteur celui qui reçoit et interprète un message. L’instance réceptrice connaît plusieurs distinctions suivant que le récepteur est un destinataire visé ou non.

évaluatifs. (v. qui fait partie du dispositif énonciatif intra-verbal. axiologiques. SITUATION D’ENONCIATION SUBJECTIVEME SUJET D’ENONCIATION. Il existe plusieurs catégories de subjectivèmes: affectifs. Sit2 – situation événementielle: (Je dis) Paul a dit qu’il t’avait écrit Sit0 Sit1 Sit2 Les subjectivèmes constituent une sous-catégorie d’ENONCIATEMES qui désignent le trait sémantique caractéristique des faits subjectifs. L’EMETTEUR et le RECEPTEUR font partie intégrante de la situation énonciative qui intègre aussi une partie du référent. Le sujet d’énonciation est à la source de toute ENONCIATION. aussi ENONCIATEUR. Tout ENONCE est structuré par référence à une situation déterminée créée par l’ENONCIATEUR au moment où il parle. il y a coïncidence entre le sujet d’énonciation et le sujet d’énoncé. la situation est une variable d’énonciation. LOCUTEUR) TENSION . CULIOLI et de J. Ce concept exprime la relation qui s’établit entre le SUJET ENONCIATEUR et le RECEPTEUR par l’intermédiaire du discours. Le discours tendu essaie d’agir sur le DESTINATAIRE. modalisateurs. s’opposant ainsi au sujet de l’énoncé. On y distingue trois types de situations: Sit0 – origine énonciative. DESCLES.La linguistique énonciative REPERE énonciatif Tout ENONCE se constitue à partir d’une SITUATION D’ENONCIATION qui comporte parmi ses catégories constitutives des repères spatiotemporels d’énonciation (le hic et nunc de l’énonciation). Dans les énoncés à la première personne. Sit1 – situation de locution. C’est une des composantes du DISPOSITIF énonciatif extra-verbal. le surgissement (l’émergence) du SUJET dans son ENONCE. Dans la théorie pragmatico-syntaxique de A.P.

c’est le cas du discours lyrique. des sentences. c’est le propre du discours didactique. UNIVERS DU DISCOURS . L’ENONCIATION est créatrice d’un univers de discours. etc.Eléments de pragmatique linguistique TRANSPARENCE / OPACITE Ce concept bipolaire évoque la présence ou l’effacement du SUJET ENONCIATEUR par rapport à son ENONCE et au RECEPTEUR. le discours opaque implique un récepteur qui se substitue au sujet d’énonciation: il exige de la part du récepteur d’assumer sa propre subjectivité. des proverbes. A la différence du discours transparent (d’opacité minimale). le récepteur s’identifie au sujet énonciateur – source du message – et il prend en compte l’énoncé. Si le discours est transparent. L’univers du discours intègre la situation de communication et les contraintes de genre (stylistico-thématiques).