NOUVELLE SÉRIE

SEIZIÈME ANNÉE

TOME

XVI

REVUE BIBLIQUE
PUBLIEE PAR

L'ÉCOLE PRATIQUE D'ÉTUDES BIBLIQUES

ÉTABLIE

Alj

COUVENT DOMINICAIN

S

\INT-ÉTIEiNNE DE JÉRUSALEM

PARIS
LIBRAIRIE VICTOR LECOFFRE J. GABALDA, ÉDITEUR
RUE BONAPARTE, 90
1919

OCT

1

7

1959

MÉLANGES

ATTIS ET LE CHRISTLVMSME
Attis,

son mythe, son culte, ses mystères, ont été souvent rappro-

chés de Jésus-Christ et

du christianisme

(1). C'est, dit-on,

un type de

Iheu souit'rant, mort et ressuscité; ses tidèles espéraient le salut en

sunissant à ses soutt'rances et à sa résurrection. Les tauroboles étaient

une initiation semblaJjle au baptême, qui purifiait le pécheur par la vertu du sang-, et la ressemblance était telle que le taurobolié était lui aussi né à une vie nouvelle et éternelle, /// aeternum renatus.
L'initié devait

en

effet

mourir aVant d'être complètement admis aux
lait, et

mystères, après quoi on lui faisait goûter du
la parole

cela rappelle

de saint Pierre

:

<f

Comme

des enfants nouvellement nés,
Pet.
ii,

désirez
initié

ardemment le pur lait spirituel » \\ par la communion du pain et du vin.
faut avouer

2i.

Enfin on était

siècle

si ces traits étaient exacts, fixant au premier physionomie d'une religion répandue dans l'empire romain, la question se poserait sérieusement dune influence possible sur la pensée de saint Paul. Mais une méthode critique tant soit peu soigneuse exige qu'on distingue d'abord la religion d" Attis et ses mystères des explications qui en ont été données par les différentes écoles d'exégèse, ensuite qu'on soit très attentif aux changements qui ont pu se produire avec

Et

il

que
la

de notre ère

le

temps dans ces interprétations.
Tout
le monde est d'accord sur comme une reproduction de
le

principe.

On ne regarde plus

les

rites

faits

anciens ou plutôt mythiques.

A. LoisY.

ijthen und sein Kult, Giessen, 1903 souvent 11. IlEPorsc, Atlis seine Cybèle et Attis. dans la Revue d histoire et de littérature religieuse, 1913; 1". CuMONT, Les religions orientales dans le paganisme romain, cli. L'Asie Mineure, et aussi l'article Attis (avec le siip[ilément) dans l'Encyclopédie de Pauly-Wissowa. Cet article était écrit quand noas avons eu connaissance de l'ouvrage de M. Henri Graillot, Le Culte de Cybèle mère des Dieux à Rome et dans l'Empire romain, in-S" de 600 pages:
(1)

On

citera

M

;

m

;

Paris. 1912,

420

IIKVUE BIBLIQUE.
été iiiiai^iné d'après les rites. Pourbien rare qu'on procède avec rigueur. Très soupeut-être surtout à propos d'Attis, les critiques modernes
rite.

C'est souvent le
tant,

mythe qui a

en

fait, il est

vent, et

concluent d'une explication ancienne à Icxistence d'un
qui serait irréprochable
si

Procédé

tous ces exégètes anciens étaient d'accord,
si

mais qui devient arbitraire
ici

l'on

donne

la

préférence à une seule

explication et peut-être à la moins ancienne.

que des explications
rites, c'est

très accréditées

On ne nie pas d'ailleurs aient pu transformer en partie
le

le rite.

Mais à tout prendre, étant donné

caractère très conservateur

des

du

rite qu'il faut partir, tel qu'il est décrit

dans

les

textes les plus anciens, et si les explications plus récentes ne cadrent

pas,

il

faudra supposer ou qu'elles ont contaminé

le rite,

ou

même
il*

qu'elles lui attribuent des conceptions nouvelles.

Le personnage d'Attis implique une difticulté spéciale, car
représenté tantôt
virilité.

est

comme

mort, tantôt

comme

privé violemment de sa

Selon qu'on regarde l'un de ces traits
ajouté, toute la

comme

primitif, l'autre

physionomie du dieu et de son culte prend un aspect diûérent. M. Hepding et M. Cumont sont à peu près d'accord pour mettre au début le thème de la mort. Quand les l^hrygiens entendaient la tempête faire rage dans les montagnes, ils imaginaient la Mère des Dieux sur un char traîné par des lions, entourée de ses Corybantes, pleurant son amant. Attis était le dieu principal du pays, associé à la Mère comme divinité masculine avant l'arrivée des
Phrygiens. C'était, d'après M. (Cumont, l'arbre fétiche qui perd ses
feuilles à

comme

l'automne

et

reverdit au printemps. Les Phrygiens, venus

leur dieu national.

de Thrace. donnèrent à ce dieu le caractère de Dionysos Sabazios, Au temps d'Hérodote, d'après M. Hepding. les

Galles ne pratiquaient pas encore la castration, qui fut

empruntée aux

Sémites. Dès lors l'ancien grand dieu devient le pâle et équivoque

jeune homme, ministre de

la Mère. Mais

il

a pris de Sabazios le caracà ses fidèles.

tère d'un dieu des esprits, qui

donne l'immortalité
par
le

De

l'ancien culte de la végétation printanière a subsisté l'idée

dune

résurrection.

Il

s'unit à la déesse

même

écrit

:

«

Car tout ce sang répandu ne
et

mariage sacré. M. Loisy a l'était pas pour rien...
surtout

C'est le

sang qui féconde

qui

vivifie,

un certain sang.
et des i)ar-

Agdistis, la Mère, la terre en sont avides, et
ties génitales

de ce sang,

la vie, la

de l'homme, Agdistis, la Mère concevront, la produiront » (1).
la mutilation n'est

et la terre feront

sourdre

Dans ce système,

pour

ainsi dire

qu'un épisode,

(1)

Cijbèle et AUis, p. 297.

MELANGES.
ou. par

42i

un étrange renversement, elle est iaterprétée comme un thème de fécondation. Attis est un dieu dont la passion donne la vie, dont la résurrection est un saee de salut. Je ne suis pas éloigné de penser qu'on néglige ainsi le thème fondamental des rites, tel du moins quil nous est connu jusqu'au ii^ siècle de notre ère. Ce qu'on prend pour le principal, le thème de la mort, me parait étranger au rite propre d'Attis et même au mythe primitif. Nous serons conduit à l'expliquer, soit par une contamination avec Adonis, soit par les exigences de l'exégèse évhémériste qui

ne pouvait aboutir à

1" apothéose d'Attis sans passer par la mort. Nous ne nous arrêterons pas sur le grand dieu Attis, antérieur aux Phrygiens, doiit absolument rien ne prouve l'existence, ni sur l'intluence spiritualiste de Sabazios, qui n'est qu'une conjecture. Nous

[»renons Attis.

tel

qu'il

apparaît dans l'histoire,

comme

serviteur,

ministre de la déesse, habitant son temple, après s'être voué à son
service par une consécratiou sanglante.

Prenant

les rites

pour point de départ, nous passerons en revue

les

explications qu'en ont données le

mythe et l'exégèse

;

les

mystères et les

tauroboles nous fourniront quelques indications sur la suite des idées.

I.

Les fêtes et lks rites.

Les Phrygiens avaient pour divinité suprême une déesse que les

Grecs ont

nommée

Cybèle (KAr,\r,) ou Cybebe

'

Kjor.or^), et qu'ils

ont

grande déesse de la Crète. C'était avec raison, car Cybele était la reine de la montagne, comme Rhéa, dont le nom même semble indiquer l'attribut il). Une empreinte d'argile de Cnossos, qui doit remonter au deuxième millénaire avant J.-C, la représente dans une attitude dominatrice, debout, au sommet dune montagne, flanquée de deux lions 1^*2). Les lions sont constamment
identifiée avec flhéa, la
l'attribut

de Cybèle, et
lions.

la déesse" d'Hiérapolis,

syrienne dont le culte

a été contaminé par celui des Phrygiens ou des Hétéens, est aussi

une déesse aux

L'exégèse stoïcienne a considéré cette Mère des dieux

comme une
et qu'il

personnification de la terre féconde, contresens qui a encore droit

de

cité soit

dans

la science

moderne. Cybèle,

en

des confusions du syncrétisme,

— à l'origine, quoi — n'avait rien d'une Déméter.
les
98 pour

Ce n'était point la personnification ^car

peuples anciens ne con-

[\)
(2j

peir,.

"oeir,,

opeir^,

fi

la

montagnarde
p.

»

(Rapp, art. Cybele, dans Roscher, Lexicon).
cf.

Lacrangf:,

La Crète ancienne,

ôO et 67;

p.

le

caractère de la déesse.

i22

REVUE BIBLIQUE.
stoïcienne
,

mais la reine dun pays de peuplé de bêtes sauvages dont la plus illustre était le lion. Son culte avait, lui aussi, quelque chose de sauvage. Ou la céléljrait en frappant sur les tambours et on heurtant les cymbales, dans des courses échevelées. Les critiques disent volontiers que le caractère des Phrygiens les portait à ces
naissaient pas la théorie

montagnes où

la végétation est luxuriante,

transports religieux

touchant au délire. Il est possible. Pourtant (1 on voit encore aujourd'hui, dans certaines grandes villes de l'Orient
,

ou de l'Afrique, des processions conduites par quelques hommes aux cheveux épars, roulant des yeux égarés, hurlant, faisant le plus affreux vacarme avec des cymbales, pendant que le tambour de son rythme enragé les accompagne et les excite. Ils brandissent des armes aiguës dont ils font mine de se frapper, dont ils se frappent en
effet, et qu'ils

passent

dune gencive

à l'autre en traversant la bouche.

Qui les a vus doit avoir une idée des Corybantes.
Mais Cybèle exigeait de ses plus fervents adorateurs

un

sacrifice

plus durable que de se taillader les bras pour en faire jaillir du sang.
Ses prêtres avaient renoncé à leur virilité par une opération sanglante, qu'ils

accomplissaient sur

eux-mêmes dans un
ils

transport

d'exaltation religieuse. Après cela

étaient irrévocablement con-

sacrés à la déesse, soit

comme

prêtres, soit

comme

attachés au culte
(3),

de très près. La déesse babylonienne
surtout à Hiérapolis, de Syrie
(4),

(2j et la

déesse syrienne

ont connu ce sacerdoce dégradé.

coutume de Phrygie dépendante des anciens usages babyloniens, d'autant quelle y a un caractère propre et qu'elle a donné au culte un cachet particulier. Comment une coutume étrangère sporadique aurait-elle été si parfaitement adaptée au tempérament national des Phrygiens? Dans une grande civilisation urbaine et impériale comme celle de Babylone, le rôle des eunuques était de veiller sur le harem du monarque et de servir la favorite. Il est probable que les eunuques
la

Cependant rien n'oblige à dire

des temples étaient censés avoir le

même

emploi auprès de

la

déesse.

On devenait eunuque par

autorité publique.

En Phrygie

l'exaltation

personnelle semble avoir joué le principal rôle. Le Galle n'était pas un employé quelconque du temple. L'Archigalle était môme le souverain pontife du culte. On pensait donc que la Mère n'agréait pas
Et ils citent Montan et ses deux prophétesses, venus de Phrygie, types d'illuminés. Études sur les religions sémitiques, 2' éd., p. 241. Eod. loc, p. 130.

(1) (2) (3) (4)

De dea Syria, 32. Mais on sait combien le culte de Hiérapolis de Syrie représente mal une pure religion sémitique Les Galles doivent bien plutôt lui venir de la Mère.

MELANGES.
lautres prêtres. L'opération étant l'n'uvre du candidat avait
;ère
le

42:5

carac-

d'un acte d'amour envers la Mère, prouvait à un degré extrême le désir de lui être agréable, de renoncer à quelque chose de très précieux pour être à elle, et pour lui ressembler davantage. La déesse, 'tant femme, mère des dieux, ne voulait à son service que ceux qui s'étaient rendus autant que possible semblables à elle, qui ne pouvaient plus avoir d'autre famille parmi les hommes, qui lui étaient
corps et

àme

dédiés.

Ces idées sont certainement celles des anciens, nous allons le voir,
et elles ne manquent pas de logique. Mais ce qui serait absolument contraire à la logique, et même au plus simple bon sens, ce serait de regarder l'union du pauvre Galle avec la déesse comme un

mariage. Cette aberration hante

les

imaginations de quelques savants

modernes
ils

1)

:

les

Anciens n'ont point commis ce contresens. Et quand
(ialle

auraient introduit le

dans la chambre à coucher de la déesse,

eunuques royaux. La Mère exigeait ne fût à personne; à cette condition elle le faisait pénétrer dans son intimité, mais dans la mesure qui était désormais irrévocablement marquée par le sang.
cela ne dépassait pas le rôle des
fidèle

que son

Que
dité

si

la mutilation volontaire était censée contribuer à la féconl'intérêt

dans

du groupe

social, c'était à la
les

manière des
jouisse

restricse

tions et des sacrifices chez

peuples primitifs. Quelques-uns

privent ou sont privés afin que le grand

nombre

du bien

entrevu
part.
"

et^

désiré sans exciter la jalousie des dieux qui ont eu leur

Telle est, croyons-nous, la tradition constante
c'est

du

rite, et

par con-

séquent

de là qu'est

sorti le

mythe

le

plus ancien, qu'on retrou-

vera toujours en dépit des mélanges déroutants du syncrétisme.

Rappelons, avant de démêler ces fils embrouillés, cjue le culte de la Mère phrygienne a été établi solennellement à Kome en 2i)ï av. J.-C, parle transport delà pierre noire de Pessinonte qui la représentait.

Pendant plus de deux siècles, il demeura un culte étranger, desservi par les seuls prêtres Phrygiens. Ce n'est ([ue sous Claude, vraisemblablement (2), que les citoyens romains purent y être affiliés. Désormérne une convenance spéciale a mettre des eunuques en contact Thèse féminine deities required to receive froin their maie ministers, who personated the divine lovers, the means of discharging their heneficent lunctions they had themselves to be irapregnated by the life-giving energy before they could transmit it to the world (Adonis, Atds, Osiris. p. 224). Tout de môme! tt, rpô 5£xa(tiâ; Ka).£v6âiv (!) Ilepiiing, Cumont, etc., d'après Lydis, De mensibns, iv, 59 'h.T.où.iijyi oÉvopov -i--^; uapà ràiv oîvôposopwv i^ipîTo i' -<•> lIa/aT:w Le Paialin). Tr,v Zï
(1)

M. Frazer

voit

avec les déesses fécondes

:

;

:

iopTr,v KXa-jO'.o; 6 [iacOeù; /.aT£7TY;<7aTo.

i

424

REVUE BIBLIQUE.

mais ce fut le sanctuaire de Rome <|ui doima le ton à tous ceux du monde romain, et, si l'on tient compte de l'esprit très conservateur _ des Romains, surtout en matière liturgique, on reconnaîtra que les I
pratiques romaines nous sont un plus sûr garant des antiques traditions

i

phrygiennes que les renseignements puisés par les auteurs i grecs et romains à des sources demeurées inconnues, quoiqu'ils | alfectent de recourir à la «source la plus pure, celle de Pessinonte. i Or le rite romain des fêtes de Cybèle et d'Attis est relativement bien

connu par l'accord des indications du calendrier philocalien (1 (en 354 ap. J.-C.) et de Lydus (2). au V" des Calendes d'avril, donc du La fête battait son plein du 22 au 27 mars, à l'équinoxe de printemps, mais elle était précédée, le 15 mars, d'une cérémonie que Pliilocalus désigne par canna intrat. L'entrée du roseau ne peut guère être conçue que comme une procession au cours de laquelle des hommes et des femmes portent des
)

W

roseaux en guise de palmes. Et en

effet il existait

des congrégations

de cannophores,
sition et

hommes

(3j et

femmes

(4). Il est très

pliquer ce rite. M.

Cumont pense

qu'il reproduit la

malaisé d'ex— légende de l'expo-

de l'invention du jeune Attis aux bords du fleuve Gallos. A

cette explication, M. Loisy objecte

que

le rite doit être

bien plutôt

l'origine
frir

du mythe. Le principe est incontestable, mais il peut soufdes exceptions. Un trait du rite a pu être introduit eu souvenir du
et ce doit être le cas
s'il

mythe,

s'agit

d'un

rite

relativement récent et
Italie, et

limité. Or,

M.

Cumont

n'a trouvé

de cannophores qu'en

seulement depuis Marc-Aurèle. Nous savons par Lydus que
concevrait aisément que, pour accompagner la victime, les

la

can-

nophorie n'était que l'accompagnement du sacrifice d'un taureau.

On

fidèles

d'Attis aient porté à la procession des roseaux plutôt qu'autre chose

en souvenir des roseaux du fleuve phrygien Gallos, dont
pelait à tout le

le

nom

rap-

moins celui des

(ialles.

Le mythe, qu'on croyait reproduire, donnait au roseau une importance spéciale. D'ailleurs en Phrygie
et

sur

les

bords du fleuve,

il

1)

Extrait

du catalogue

se rapportanl au culte de Cybèle

:

Idib. (maitii)

Canna

intrat.

XI Kal. apr. Arbor intrat.

IX
VIII

VII
V
(2) (3)
(4)

— — —

Sanguen.
Hilaria. Requietio.

Lavatio. loannis Laurentii Lydi, Liber de mensibus, éd. R. Wuensch, Lips. 1898; iv, 49. CIL, V, 5840; XIV, 116 SS. CIL, IX, 2480 canoforarum cf. Cumont, dans Pauly-Wissowa, v° Cannopttori.
;

MÉLANGES.
était assez naturel

425
faire

de coupei' des roseaux pour

une procession,

comme à Jérusalem de couper des rameaux ditionnel a pu se transporter à Rome.
que
le rite

d'olivier, et l'usage tra-

un être divin, et un rito de mort, le meurtre du dieu à fin de renaissance, parallèle au rite du pin coupé qui est Attis (1). Nous retrouverons le pin. Notons seulement que les roseaux doivent être rangés parmi les végétaux oîi l'influence du printemps se fait le moins sentir. On les coupe pour s'en servir, on ne les coupe pas pour
M. Loisy préfère supposer que les roseaux sont

du 15 mars

est

les faire renaître.

le catalogue philocalien n'en ait rien dit, le 15 mars était marqué par le sacrifice d'un taureau de six ans, « pour les champs des montagnes » (2). Ces montagnes rappellent bien le caractère primitif de la Mère. Les champs ne sont peut-être nommés qu'en

Quoique
effet

en

vertu de Fusage romain de sacrifier pour la fertilité des champs. La présence de l'Archigalle. et des cannophores donne une grande solen-

Cumont y reconnaît un taurobole, et nous les cannophores participer à un Marc-Aurèle, sous voyons, en effet, Taurobole (3). Quoi qu'il en soit, le sacrifice dim taureau primait de
nité

à ce sacrifice. M.

non liturgique de couper des roseaux pour les porter en procession. Le taureau était consacré à Cybèle, et une victime toute désignée pour les sacrifices otferts à la déesse. Le calendrier emploie la même formule pour l'arbre que pour le roseau, arbor mtrat, le 22 mars. Mais cette fois c'est bien l'arbre qui est l'objet principal du rite. Va pin est porté par les dendrophores dans le sanctuaire du Palatin (4). Nous avons déjà dit que l'institution de cette fêle est attribuée par Lydus à l'empereur Claude, mais il est vraisemblable qu'il ne fit que lui donner une autorisation impétoute manière le simple acte

de plus grande publicité. Le pin est l'arbre des montagnes, il est tout naturel qu'il consacré à la Mère, déesse des montagnes. Cette fois encore
riale

ait été

le

rite

consiste à couper le pin et à
déesse. Les

le

porter pour en faire

hommage

à la

avaient pris ce

dendrophores étaient des corporations d'artisans, qui nom de porteurs d'arbre pour se mettre sons le patro-

nage de

la déesse.

(1) (2)

Cybèle
Lydus,

et Atlis,
iv,

dans

la

Revue d
tr;:

liistoire et
i\ivr\

de lUl. religieuse, 1913,
ûnèp
to)v
èv roï; ôpsTiv

p.

292.
/jYO'jjxévov

49

:

hpâieuov Se xat Taùpov

àypwv,

Toù

àpxiepsw;

/.al

t«v xavr^oopcov

MiQTpô;. Il faut, d'après ce

que nous avons vu,

lire

y.avvotpôpwv.
(3)
(4)

CIL, xi\,

iu.

Lydus,

\s,

59, texte cité plus haut.

426

REVUE BIBIJOUE.

On sait quel fut, un peu partout dans le monde, mais surtout dans le monde sémitique, le lien, qui allait jusqu'à une sorte d'identitication de la déesse avec un arbre qui la représentait. On ne concevait point de lieu sacré sans un arbre. Un arbre, ou un tronc d'arbre ébranché était laccompagnement nécessaire de la pierre
sacrée
(1).

Rien de plus primitif.
sanctuaires sémitiques,
il

Dans

les

était

de règle que la déesse

s'associât

un

dieu. Nous serions portés à regarder la pierre

comme

l'habitation

cas très

du dieu, larbre comme celle de la déesse. Mais dans des nombreux le symbole de la déesse était au contraire la pierre
Très authentiquement Cybèle
était

était représentée par une donc naturel d'attribuer l'arbre à un compagnon de la déesse. C'était Attis. Le pin était donc Attis, plus ou moins, suivant qu'on se représentait comme plus ou moins intime la relation du dieu

conique.
pierre.

Il

avec l'arbre. L'aventure d'Attis, l'émasculation du clergé phrygien,

purent contribuer à appeler l'attention sur
Peut-être
culte
(2).

le fait

de couper l'arbre.

même

cet acte

devint-il religieux, spécialement dans ce

Mais ce n'est pas une raison pour le faire passer au premier

.rang. Et

coupe de l'arbre comme l'imitation du mythe, ce fut l'émasculation d'Attis et non point sa mort qu'elle fut censée représenter. Il est vrai, comme le dit M. Loisy, que « le tronc du pin était entouré de bandelettes c<jmme un cadavre » 3), mais on croyait imiter la Mère qui avait enveloppé des habits d'Attis non point son corps, mais « le débris » de sa mutilation. On ornait l'arbre de violettes; elles étaient nées de son sang. Assurément ce rite nous parait étrange, et nous trouverions plus naturel qu'on ensevelît un homme qu'un pareil objet mais nous verrons ce qu'il en faut penser à propos des vires. Plus le pin était censé représenter Attis, plus le rite du pin a dû être compris comme une imitation de son histoire, l'introduction d'Attis, désormais arbre desséché (4), dans l'intimité de la déesse.. Aussi attachait-on au pin la houlette et la flûte du berger Attis en même temps cjue les tympanons et les cymbales de la déesse. Lorsqu'Arnobe nous montre l'arbre devenu une divinité dans le sanctuaire de la Mère (5), il ne le regarde pas comme le symbole

quand on regarda

la

;

(1) Cf.
(2)

Vincent, Canaan,
attribue,
:

p.

144 ss.

non sans vraisemblance, au culte d'Attis ce <iue dit Firmiciis Maternus, xxvi, 4 arborem suam diabolvs consecrans inlempesta nocte arietem in caesae arboris f'acit radicibus immolari.
(3)

M. Loisy

Loisv,

l.

L, p. 293.
:

,
:

(4) Isaïe, LVi, 3 (5)

«
:

Arn.,

V,

17

Que l'eunuque ne dise pas " Je suis un arbre sec ». Cnr ad uUimuin pinus ip.sa paulo ante in dnmis

inertissiniuiii

MELANGES.

427

dun cadavre. Et cependant il n'est pas non plus ressuscité, puisqu'il demeure desséché. C'est bien le symbole de leunuque, et comment a-t-on pu songer à en faire le symbole de la résurrection? D'autant qu'après avoir été conservé pendant un an, il était brûlé, comme nous l'apprend Firmicus (li. Puisqu'on goûte les comparaisons avec nos usages, on peut rappeler ici les rameaux incinérés pour ser\dr à la cérémonie des Cendres, et remplacés le dimanche des Rameaux. Aussi bien aucun rite joyeux ne se rapporte à l'arbre. Cela serait
tout à fait étrange
si

l'arbre indiquait

ou suggérait

le réveil

de la

végétation. Et pourtant rien de plus certain, puisque Firmicus Mater-

nus y a vu une anomalie inconciliable avec sa propre explication. eflPet, on commémore la mort dAttis, lequel représente les grains qui meurent pour renaître. Mais la fête d'Attis se célébrant
D'après lui en

au printemps,

elle devrait plutôt

commémorer
et il

la renaissance. Alors

pourquoi

les rites sont-ils

exclusivement des

rites

de deuil à propos
si

d'Attis? Firmicus se le

demande,

ne trouve pas, et l'explication
le

stoïcienne ne peut pas trouver. Mais c'est très simple
l'arbre est censé représenter et imiter le

rite

de

mythe dAttis. Car l'émas-

culation. quoique accomplie dans l'ivresse religieuse, n'en est pas

tivoir regretté, et qui n'a sa

que Cybèle humanisée est censée compensation que dans le privilège du Galle, désormais attaché irrévocablement à la Mère. Il est superflu de noter que le pin, arbre toujours vert, serait mal choisi pour indiquer la mort et la renaissance des plantes au même titre que les céréales qui pourrissent avant de sermer. Tout au plus

moins un événement

fort triste,

la fête

du printemps suggérait-elle
Il

le réveil

de la végétation après
la

son sommeil.

est

des combinaisons que les savants font dans leurs

cabinets sans sourciller, et qui ne seraient jamais venues à

pensée

de ceux qui sont en contact avec

la

nature.

Tn

des rites de la fête était

nommé

par

les Latins

caatum ou castus

répondre à ce que Julien appelle x-;yziy.: /.x'.cz: (2). Dans l'Église catholique, il y a des jours de jeûne qui sont en même temps des jours d'abstinence, cette abstinence ayant la même raison que le jeûne, c'est-à-dire la mortification et la pénitence. l'abstinence était Mais chez les anciens païens ou même juifs,
et doit

nutans lignum
(1)

mox
2

ut aliquod praesens (itque
?
.Serf

augustissimum taaneii deum matris
:

.

constituatur in sedihus

De
Or.

err.,

xxvu,

:

nain etiam post
(2)

annum

et illa a lia ligna, (luae dixi, similis /lanima consutnil istorum lignorum rogum Jlauuna deposcHur.

V,

i:: A.

428

R&VUE BIBLIQUE.

le fait d'un interdit qui frappait certains aliments regardés ou comme impurs ou du moins comme inconciliables avec un certain degré de sainteté légale. Dès lors il serait logique de conclure à une abstinence perpétuelle. Et c'était bien, semble-t-il, le cas

ordinairement

des prêtres, de la Mère des dieux. Saint Jérôme ne veut point pour

Laeta déjeunes longs et excessifs, qui ne sont tolérables que pour
prêtres d'Isis et de Cybèle, parce que,
s'ils

les

ne pas souiller
les tourterelles

les
1).

dons de Cérès,

ils

sabstiennent de pain pour ne s'interdisent pas les faisans et
les chrétiens

A Jovinien qui prétend que
Isis (2),

ne doiqui

vent pas pratiquer l'abstinence pour ne pas imiter la superstition des
dévots à la Mère et à
vient

Jérôme répond que
d'Isis et

si

la virginité

du diable ne

saurait faire méconnaître les mérites de la vraie
le

virginité, de

même

Castum
si

de Cybèle,

et l'abstinence

per-

pétuelle de certains mets n'établit pas un préjugé contre les vrais

jeûnes, d'autant plus que

les

dévots de ces divinités s'abstiennent
(3).

de pain,

ils

se

gorgent de viandes

D'après ce texte l'abstinence

était perpétuelle.

D'autre part, le philosophe Proclus affectait de s'associer au Castimi

des Phrygiens chaque mois

li

,

sans doute parce qu'il voulait particifait.

per à leur
tastus.

rite

sans s'y donner tout à

Et c'est toujours à propos de la fête
Il

semble donc

cju'à ce

du printemps que l'on parle du moment, et en règle à ce moment seu-

lement,

les fidèles s'associaient aux abstinences des Galles. Parler à propos d'eux de s'abstenir des rapports sexuels normaux eût été une

ironie; mais

on pouvait exiger que

les fidèles s'associassent

librement
la pré-

à leur abstinence obligée, ce qui était d'ailleurs

fréquemment

paration exigée à certaines actions saintes. Le

nom

de castus serait

venu de

là, et

ensuite aurait été

employé surtout de l'abstinence de
les

certains aliments.

La distinction des aliments nous est connue par Julien (5i viandes étaient permises, sauf le porc et les colombes, mais non
graines, c'est-à-dire les céréales. Les
dits,

:

les

mais bien
Lettre CM\, 10.

les

légumes n'étaient point interracines, comme les raves; parmi les fruits étaient

(1)

(2)
(3)

7. Cf. Tekt. de ieiunio adversus psyehicos, 10. Celle fois encore un jeûne rigoureux était Tenu de Plirygie avec Montan sed bene quod tti noslris xerophafjiis blaspheinias ingerens casto Jsidis et Cybeles eas adaequas. Admitto testimoninlem com parai ionein. rà; ok MïiTÇ({3axà; 7iaf>à 'PwfJiatoi;... /.aaTîta; éxâiTou (i Marinus, Vita Procli, Xi\
:
-.

Adv. Ji>v. II. Adv. Jov. u,

5.

(j.r(VÔ; ^lY^-""'^-

(5)

Or. V, 174

A

ss.

Cf. Grlppe. Grieeh.

Myth., 1545, note.

MÉF.ANGES.

429
et les

permises
Si

les ligues, interdites les

grenades

pommes;

le

poisson

était interdit.
le croyons Fabstinence de la lete n'est qu'une parune règle de vie perpétuelle, il ne faut pas chercher dans les rites allant du 22 au 2i mars la raison de cette abstinence. Ceux qui pensent au contraire que l'abstinence n'a jamais été que temporaire pour tout le monde en vue de la grande fête cherchent à l'expliquer par les circonstances du rite. Encore faut-il que l'explication ne soit pas trop subtile, et qu'elle rende vraiment raison des spécialités de l'abstinence. D'après M. Loisy, « on s'abstient des produits de la végétation parce que le dieu de la végétation est en état de mort depuis que les roseaux ou le pin sacré sont coupés, et que le monde végétal participe à l'état du dieu. Attis a été identifié avec l'épi moissonné (1) ». Mais nous verrons qu' Attis n'était l'épi que par une confusion avec les mystères d'Eleusis, et s'abstenir des céréales parce que le dieu de la végétation est censé mort, n'est point une idée très naturelle. Les céréales

comme nous

ticipation à

qui relèvent de l'agriculture n'ont rien à faire avec le pin
roseaux. Et les légumes n'étaient pas interdits.

et les

Les céréales paraissent bien avoir été spécialement exclues, mais
ce n'était pas

pour éviter de consommer
suppose
les

le

dieu qui ne représentait
le culte

pas le« céréales, ni vivantes, ni mortes. Et puisque tout

de

Cybèle

et d'Attis

montagnes

et la

végétation des

mon-

tagnes, ne serait-il pas plus simple de dire que cette abstinence pro-

longeait les anciens usages du sacerdoce phrygien, avant la pratique

de l'agriculture? On peut aussi se souvenir qu'il s'agit des fidèles de la grande Mère, ennemie des rapports sexuels, d'une abstinence qui

nommée Castum, et que, selon le mot de la comédie, sine Cerere Baccho friget Venus. Le philosophe Salluste (2) est le seul qui parle dun jeune, postétérieur à la coupe de l'arbre, f{ui elle-même est précédée par l'abstinence. On serait tenté de donner de ce jeûne une explication extrêmement naturelle. La coupe de l'arbre représente la mutilation, dont Salluste ne veut pas parler. Or cette mutilation était une opération grave. Comme toute opération de ce genre elle devait être suivie d'une diète rigoureuse, exigée par la fièvre inévitable en pareil cas. Oa ne manquera pas de sourire d'une interprétation aussi banale.
s'est
et
'

(1)

L.

l.

p. 29G.

(2)

Fragin. Philos, gvaçc.
i-i

m,

p. 33

:

-/.al

TtpwTov
xf,;

ij.èv

xotl

aOTOl r.ziôi-.tc il oùpavoù xat

tyj

vûayT) ç-jvôvi;;

xaTr,-f£i(x âffjxàv

i7;to-j

te /xi

xXat); Tia^îiaî

xai d-jTiapd; tpo??,; àite/&.

(isôa... cira oivopo'j to(ji«(

xat viQffTîîa,..

430

REV.UE BIBLIQUE.

Peut-être vaut-elle des conjectures modernes aussi quintessenciées que Texégèse de Julien ou de Salluste.

On peut noter dans ce sens que Catulle place lui aussi l'abstinence de Cérès (1), par où il entend toute nourriture, après la mutilation e1 le premier emportement de l'enthousiasme des Galles. Cette digression sur Tabstinence des Galles nous a (Éloignés de la fête du 24 mars.
J'emprunte
M.
la
«

description

de

ce

qui se

passait ce

jour-là à

Gumont

:

Les Galles, mêlant leurs ululations suraiguës au son

aigre des flûtes, se flagellaient, s'entaillaient les chairs, et les néophytes, arrivés au comble de la frénésie, accomplissaient, insensibles

àladouleur, à Taide d'une pierre tranchante, lesacrifice suprême i2) ». Si, comme il est assez assuré, le rite a précédé le mythe, le rite
n'avait pour cause ni la castration, ni la

mort

d'Attis,

mais simple-

ment
le

le

recrutement des prêtres et des hiérodules de

la déesse. Il est

que si quelques-uns mouraient de leurs l)lessures, but normal de l'opération n'était pas de tuer les candidats, mais d'en faire des eunuques. Lorsque le mythe naquif, il ne devait donc comprendre que la mutilation et nullement la mort d'Attis. Et quand on s'imaginait de bonne foi reproduire les scènes de la légende d'Attis, on ne pensa d'abord qu'à sa castration, nullement à sa mort, car elle l'aurait empêché de devenir le familier de la déesse ce qui
d'ailleurs certain
est

précisément

le

but dn

rite

et le

sens du

mythe

primitif. C'est

donc, selon nous, tomber dans un contresens que de regarder l'effusion du sang comme des libations pour apaiser les mânes d'Attis (3),

ou le sang des parties génitales, ces parties génitales elles-mêmes, conmie un élément qui féconde et qui vivifie. C'est plutôt le contraire qui est vrai. Le sang est versé en l'honneur de la iMère, selon un rite primitif très répandu de propitiation et d'expiation. Dans
le

cas particulier,

si

le

sacrifice va jusqu'à la castration,

ce n'est

point pour représenter une mort, ni pour tuer celui qui va devenir Attis; c'est plutôt dans l'intérêt du peuple, désormais plus assuré de se multiplier, c'est pour donner au mutilé le privilège du sacerdoce, en échange de l'énergie vitale à laquelle il a renoncé. C'est le débris qui est bien mort et qui n'est plus à même de donner la vie

à personne.

On ne

le

met pas en
dit

terre pour la féconder, mais on

l'enterre avec

honneur, parce
très bien

qu'il a été otiert et consacré à la déesse.

Gomme

l'a

M.

Loisy, la consécration

des prêtres

(1)
(2)

(3)

Voir plus bas. Les religions orientales... MM. Cuniont. Hepding.

T

éd., p. 80.

MELANGES.
représente un type d "initiation parfaite
(1).

43J

Seulement

il

faut en

conclure qu'il n'y avait pas d'abord d'autre mystère que celui-là.

bien la représentation de la passion d'Attis, pour parler comme modernes, et de sa consécration irrévocable à la Mère. Si Julien a distingué les rites mystiques et secrets et ceux qui pouvaient être révélés à tous (2), les premiers faisaient, comme les autres, partie de la grande cérémonie du printemps. L'empereur a seulement éprouvé quelque embarras à les nommer, tant ils prêtaient à rire aux chrétiens, et les mystes n'en parlaient sans doute qu'avec quelque
C'était
les

discrétion. Peut-être aussi telle ou telle pratique est-elle
secrète. Mais

demeurée
Loisy les

nous connaissons une partie de ces

rites, et M.

a fort bien mis en lumière, en les décrivant en leur temps, c'est-àdire à propos de la fête

Le scrupule de

.lulien

nommer

est

bien le

du sang. se comprend, car le rite qu'il refuse de plus étrange et le plus répugnant de cette scène
le
il

répugnante. Avant de pratiquer l'excision des parties génitales,
futur Galle les consacrait à Gybèle;
ce
les lui
offrait

après.

C'est

que nous apprend Prudence, après avoir décrit
3).

les

premières

entailles pratiquées sur les bras

La Passion de saint Sympliorien contient le même détail (i), et nous apprend que l'ofïrande était faite matériellement à la déesse on lançait le débris contre sa statue qui était donc teinte de sang. Le
:

rite est nettement expiatoire et propitiatoire au plus haut degré (5). Après quoi on se préoccupait de donner une sépulture à ces vires, comme les nomme la Passion. >ous retrouverons ce trait dans le mythe, où nous verrons le soin que prenait la Mère de parfumer, de revêtir et de couvrir de terre les vires d'Attis. Les Galles portaient eux-mêmes les leurs dans une sorte d'hypogée, columbarium d'un

(1)
(2)
-fi

L. L., p. 3r2.

Julien parle déjà avec mystère de la cérémoaie du troisième jour

-iii-ii-xi

Or.,

v,

168,

D)

-.

~^-''-~r,

TQ

Ispbv xal

à-6çpr,T0v Oépo;

tov 0îoj FàX/oy.

La métaphore de

la

moisson coupée ne serait-elle pas empruntée au culte d'Adonis? Après avoir expliqué l'arbre coupé rà XotTrà, Ta [lï-i ôiâ -roy: av-yrizoù: /.ai zp-^yio-^: Oî<7[XO'j;. Ta oï xal prihf^-^OLi nia: ûyv!x;xi/0'.r {Or., v, 16!i). (3) Perist., X, I0t;6 ss. Àst hic metenda dedicat genilalia, Numen reciso mitigans ab iiujuine : Offert pudendum semivir donum deae : Illam révulsa masculini germinis Vena elfluenti pnscit auctam sanguine. lu cuius (idoli) sacris excisas corporum vires castrati (\) Citée par Hepdlng, p. 72 adolescentes infaustae imagini exultantes illidunt, et exsecrandum facinus pro grandi
:

:

sacri/(Cio ducitls.
5)

Arnohe,

v, 21

ipse sententia
pius.

Accedens (Attijsi mocrens et summissus ad matrem et (anquam condemnavisset se sua. in gremiuin proicit [et iacit] hos (testiculoS;
:

432

REVUE BIRLIOLT.
1

genre spécial, qui formait peiit-tHre la crypte du sanctuaire
Cet

mot « Chambres nuptiales », et l'on s'est empressé d'en conclure à un rite nuptial. « On peut croire », dit M, Loisy, « que les initiés eux-mêmes passaient dans ces chambres la nuit sacrée du '2Ï au '25 mars. C'était la nuit de leurs tristes noces avec la grande Mère, dont sans doute ils étaient censés partager la couche (2 ». Tristes noces, en eflet, et que le réalisme des anciens n'aurait pas imaginées. Les auteurs chrétiens se sont moqués de l'affection stérile de Cybèle pour son amant. C'était leur droit, puisque Cybèle avait aimé Attis. Mais il ne pouvait
hypogée
est
OaAiy.a..

nommé

On

a traduit ce

:

venir à l'idée de personne de les unir et de parler des fruits de leur

union. C'est pourtant ce qu'on imagine, lorsqu'on regarde

les cires

comme
encore
I

unies à la terre pour la rendre féconde. Le sang versé, passe

semblable à celle d'Onan 4). iMais le débris traité comme un mort, lavé, oint, enveloppé d'un linge, déposé dans un « caveau » Car tel est bien le sens de OaXiy.a'.. Qa/ÂiJ.r, n'a pas tout à fait le sens de ()y.\y.ij.z:. Euripide emploie pré-

ou

la pratique

de Jupiter

(3),

!

cisément by.'hi\).y.'. dans le sens de tombeau i5). comprenant des niches ou des couches sépulcrales. On s'explique d'ailleurs, dans cette logique étrange, les honneurs rendus à un objet consacré à la déesse, sacrifié en son honneur, dont elle avait accepté l'hommage, et qui était comme une personnilication d'Attis lui-même. C'e.st ainsi «ju'Attis était censé pénétrer dans l'antre de la déesse (6), et, loi'squ'il eût été assimilé au Soleil,

descendre pour remonter

(7).

Rien

n'était plus

propre que ce

rite

funéraire à faire croire qu'on pleurait la mort d'Attis, et c'est ainsi

sûrement que le thème primitif s'est altéré. En aucun cas le mythe ne suppose un rite nuptial, du moins pour l'époque historique. Et quand les primitifs avaient en vue la fécondation, ils pratiquaient le

(1)

Scholion
t^

sur Nicaadke,
'Péa
oitovi

Alexipharmacon
ri
(ir.ô-a

:

Aoêpivr,:

Oa>7.ua.o:

tôtto;

Uooi
xa';

iir.oyiUA,
'.r,

àvay,îi(A£vot

èktïiji.vôu.îvo'.

zaT3T:6îvTO,

-îû

"Attsi

Pc'a

>a-pîyovT£ç. (Hepoing, p.
(2) (3) {4j

9).

L.

l.,

p.

299.
:

Ain., V, 5

Gen.,

voluptatem xxxvm, 9.

in lapident fudit victus.

Suppl., 980. Texte de Julien déjà cité (168 avTpov. o-jffiç est le coucher du soleil.
(5j
(6)

c)

:

/.yjàn:

zai

à^avîTixol xal

a'.

oO'ïei:

at

xaxà

-'•

(7) Macrobe, rationem hiftc

praecipuam aiilem solis in his caerimoniis vcrli quod ritu eorum catabasi finiia simulationeque luctus peracta celebratur laetitiae exordium a. d. octavum Kalendas aprilis. Quem diem Hilaria appellant, quo primutn tempore sol diem longiorem nocte protendil.
Sat.,
I.

\\i,

10

:

etiavi

polest colligi,

Naturellement

la

descente

d'.\ttis

aux enfers!

MÉLA?JGES.

433
fois

principe que
(le

le

plus le bon sens

semblable opère du peuple

le

semblable. Distinguons une

primitif ou civilisé
et d'étymologies.

et les

com-

))inaisons savantes, à

coup de textes

Aussitôt après le jour

du sang,

et le

jour de léquinoxe du prin-

temps, on célébrait les Hilai^ia de la Mère des dieux. C'est surtout à

propos de cette fête que l'imagination des critiques modernes s'est donné libre carrière. C'est afiiî d'en faire la résurrection d'Attis que M. Hepding a supposé qu'on ensevelissait le dieu sous des espèces quelconques. Ce ne pouvait être le pin. qui demeurait dans le sanctuaire, et après l'avoir décrit comme le simulacre d'un mort enveloppé de bandelettes, iM. Hepding a dû vaguement supposer une autre cérémonie qu'il ne décrit pas autrement (1). Après quoi on pourra
parler de laparousie. de l'épiphanie, de la résurrection d'Attis, c'est-à-

un rite ancien en termes chrétiens. Tout cela n'est pas moins certain pour M. Loisy Attis ressuscitait Hilaria...X\x matin. Ton annonçait le 25 mars, le jour de « la joie la résurrection du dieu, et la douleur faisait place à la joie (2!. » M. Cumont i3) a du moins noté qu'un seul texte lui parait exprimer
dire gloser
:

<'

>>

:

clairement la résurrection d'Attis,
traite des
Il

c'est

celui

où Firmicus Maternus
la discuterons bien-

mystères phrygiens.

s'agit

donc de l'exégèse des anciens,

et

nous

fête d'Attis,

jamais nommée la mais toujours celle de la Mère (i), jusqu'au vi" siècle, dans le texte de Damascius sur lequel nous reviendrons aussi. La vérité c'est que les renseignements positifs sur les rites nous font défaut, ou qu'on ne veut pas les entendre. Nous savons seulement que c'était un jour de fête, où l'on se croyait tout permis (5/; où l'on faitôt.

Notons seulement que

la fête des Hilaria n'est

sait

bonne chère

(6),

l'on portait des

trouver un trait particulier à la Mère des dieux,
les

couronnes (7\ et, si l'on veut il faudra y ajouter

tambourins et les flûtes qui résonnaient toujours joyeusement à son occasion. C'est donc une véritable caricature dans le style noble
(Il

p. 160. L'arbitraire de la conjecture n'est pas dissimulé
l'iir

:

auch
(2)
(3)

diesen Tag

le

jour du

sang

Wir werden daher wohl

irgend eine Cérémonie anzuselzen haben, die

die Bestattung des toten Gotles darstellte.

Loc. laud.,
Attis

p. 308.
c.

(4)

dans Pauly-'Wissowa, Par exemple dans Lampr.
:

2249.
le

Alex. Sev. 37,

texte dit

Hilariis matris
;\

deum.

et

M. Loisy traduit « La résurrection d'Attis était devenue grande l'ète conte que le sobre Alexandre Sévère mangeait du faisan ce jour-là. » Hilaribus, quibus omnia lesta (5) Flav. Vopiscls, vit. Aurel. I, 1
:

Rome,

et l'on ra-

et fieri

debere sci-

mus
(<))

et dici...

Voir

le texte
l.

de Lampride
l.

cité ci-dessus.

(7)

Salluste,

REVtE BIBLIQUE 1919.

N.

S.,

T.

XVI.

28

434

REVUE BIBLIQUE.
:

que de décrire l'aurore des Hilaria comme M. llepding
de la
nuit était

«

L'horreur

bien propre à exciter encore

l'imagination des

croyants et à monter leur enthousiasme, de sorte que, quand eniin
l'heure était venue où le
la nouvelle désirée
;

réjouissez- vous de sa
ressuscité, et le

Grand prêtre, « rempli du dieu » annonçait est revenu da royaume des morts, présence », tous se sentaient proches du dieu
«

Attis

saluaient

dune acclamation sauvage
(1) ».

après avoir

pleuré sa

mort par de sauvages lamentations

Sans doute, dans

son enfance, comme le docteur Faust, M. Hepdinga eu le cœur touché par le joyeux message, " Le Christ est ressuscité »: mais il n'eût pas dû prêter ces sentiments aux fidèles d' Attis.

mieux dans la noie antique en parlant de banquets il n'a pu le faire (ju'en empruntant des traits à la fête du 27 mars. Et peut-être est-il juste, en ell'et, de donner le nom à' Hilaria à toute la fête de Cybèle, du 25 au 27, sans attacher trop d'importance à la requietio du calendrier philocalien. C'était bien le sens de ceux qui représentaient le bain de Cybèle comme le terme de
M.
était

Gumont

et

de mascarades, mais

sa douleur (2).

Nous ne parlons donc pas du 26, qui était un jour de repos, requietio avant la grande solennité du 27. Si lensemble des rites avait eu pour objet la mort et la résurrection dAttis, le point culminant eût été atteint le jour de la résurrection, et la requietio eût sûrement mieux placée entre la mort et la résurrection. Mais en réalité la grande fête est celle de la iMèrc, le 27 mars, fête à laquelle Attis n'a aucune part spéciale, et c'est de celle-là, non du 25 mars, jour des Hilaria d'après le calendrier philocalien, que les auteurs
été
latins ont parlé très

souvent

(3).

nonte

simulacre de la déesse venue de Pessifameuse pierre noire. Devant le char on exhibait les plus précieuses œuvres dart (5), La procession, que les plus nobles se fai-

On

plaçait sur
(4), la

un char

le

(1) (2)

Hei'dinc, p. 166.

Arrien,
1,

Tact..
s.
:

.'J3,

'l

-.

xai

to

/o-.^Tpov

6'

r,

'Ps'a.

à^ 'ou toù TtévOov;

X^iysi.

Staci
239
:

Silv. V,

223

Halo gemitus Almone Cybebe ponit. Vaxer. Flacc. Argon, vm.
:

Mygdonios planctus sacer abluit Alnio. ubi ante diein sex(3) Julien célébra ceUe fête d'après Aminien Maicellin xxiii, 3, 7 tum Kal. quo Romae Matri deorum pompae celebrantur antiales, carpentum quo vehiliir simulacrum Altnonis undis ablui perhibetur. Il y a là une sorte de tradition impériale; aussi la fête que célébrait Alexandre Sévère et qu'on qualifie de résurrection d'Attis, était probablement la même.
(4)

M. Cuinont
quelle

(et

après lui M. Loisy) parle de

la

statue d'argent de Cybèle, je ne sais

d'après
noire.
(5)

autorité.

Prudence, Peristeph.

x,

156

parle expressément de

la

pierre

HÉRODIEN,

I,

10.

MELANGES.
saientua honneur de suivre pieds nus
petit affluent
.

435

(1), se

déroulait jusqu'à l'Almo,

du Tibre, où le char (2) et la déesse elle-même étaient lavés (3 Puis on revenait au Palatin (4). Ce jour-là il était permis de se masquer et de se déguiser (5;; c'est le prototype antique du carnaval romain.

Les Romains croyaient remémorer l'arrivée de la Mère, le bain quelle avait pris dans l'Almo et qui lui avait fait oublier les fleuves de Phrygie (6). Mais on peut se demander si l'usage d'une fête à cette époque, d'un carnaval de Féquinoxe, n'était pas plus ancien que l'arrivée de la Mère. Il était aisé de faire coïncider les fêtes (7 Dans cette hypothèse il ne faudrait pas attacher trop d'importance à la
.

date printanière pour fixer le sens du
choisie qui aurait

mêlé à

la fête

renaissance indissolublement liée

rite. Ce serait plutôt la date de consécration des Galles l'idée de au printemps. Mais il se peut aussi

que la consécration des Galles ait été fixée dès l'origine à l'équinoxe de printemps, date très convenable pour une divinité qui n'était pas
sans attaches avec la végétation.

Quant au but de
hésitent entre

la fête

aux temps

les

plus reculés, les critiques

de purification après l'union de la déesse avec Attis célébrant les noces de son Epiphanie (8), et un rite pour demanrite

un

der

la pluie (9).

Il

serait assez étrange

printemps, au

moment où

l'on salue avec

qu'on demandât la pluie au transport les premiers

rayons du

soleil.

Dans

le cas

eût été personnel à la déesse,
grecs, et
Attis,

d'un bain de purification après l'union sexuelle, ce bain comme le racontent divers mythes

même

après son Epiphanie, pour parler

comme

M. Hepding, était toujours

un
rite

Attis,

attaché indissolublement à la

déesse, mais incapable de l'obliger à des purifications.
Ici

nous avons

affaire à

un

sait

aujourd'hui qu'à Babylone
rite

le

de purification de tous les sacra. On bain des statues dans le fleuve était
et autres objets et

un

de purification très habituel. Les statues
la divinité

con-

sacrés

aux dieux n'étaient pas
/.

elle-même^

devaient être

(l)-PRUr>.
(2)
_

/.
:

(3)
(4)

Martivl, m, 47 SiL. It. vin, 3G3
Vopisc. Aurel.

:

t,

Phrygiutnqiie 3/airis Almo qua lavât fen^iim. tepidoque fovent Almone Cybelen : de même Lie. que je rattache à la fête de la procession.

i,

600.

(5)

est locus quaque Italo geviitxis Almone Cybele ponii 1, 222 yt Idaeos iam non reminiscilur amnis; cf. Ov. Fast. iv, lors de l'arrivée de Cybèle llmonis Dominant sacraque tarit aquis. (7) La déesse était arrivée le 4 avril 204.

I

(6)

HÉRODIEN, I, Stage, Silv.

10.

v,

:

:

(8) (9)

Hepdinc, p. 2IG,
LoiBY, p. 310.

cf.

Frazer,

p. 234.

436

REVUE BIBLIQUE.

purifiés

comme
la fête

les

hommes pour

être dignes d'appartenir aux dieux.

Après

du

sacrifice des Galles,

on célébrait donc une

fête

de

dédicace qui avait pris à

Rome

Je

caractère d'une translation. Cy])è]e

a désormais les prêtres qui lui conviennent; sa statue est purifiée et

trône dans son sanctuaire. Tout est en ordre pour une année.

Appendice sur l'ancien

rite

grec d'Attis.

Les fêtes d'Attis dont nous avons parlé sont celles du rite phrygoromain, qui se répandirent dans tout l'empire, mais très peu en pays grec. On ne signale son culte à cùté de celui de la Mère qu'à Dymé
et à Patras.

où Pompée

et

Auguste avaient

installé

des colons étran-

gers

(1).

Les Grecs ont eu, semble-t-il. une aversion spéciale pour

l'Attis

mutilé.
est

que plus étonné do retrouver son culte, et même en époque relativement ancienne. Démosthène, comme reproché à Eschine d'avoir joué un rôle dans des mystères on sait, a vulgaires, empreints de charlatanisme, où sa mère fonctionnait moins en prêtresse qu'en sorcière (2). Mais le texte de Démosthène n'était déjà pas compris des scoliastes, et il ne semble pas que les critiques modernes aient été plus heureux. Non moins énigmatique est un « Je te châtierai, toi et ton Attis (3). » texte de la moyenne comédie Il ne fait pas non plus grand cas d'Attis. Au contraire, une inscription du Pirée de 217/-216 av. J.-C. décerne une couronne à la prêtresse Krateia entre autres choses pour avoir dressé une couche pour les deux fêtes d'Attis (i). M. Foucart, plus réservé d'ordinaire, s'est laissé entraîner par le préjugé de la résurrection d'Attis à interpréter la couche comme une couche funéraire,

On n'en

Attique, à une

:

CuMONT, article Altis, dans Pauly-Wissowa, citant Pals., mi, 17, ri; 20, 2. Démostliène parle de ces mystères étrangers avec le mépris d'un homme d'État athénien très cultivé, mais c'étaient bien déjà les mystères, destinés à une si grande ditFusion, avec des prétentions religieuses, comme le prouvent les mots des initiés, Ëç-jyov xa/ôv, sùoov «ixeivov... et avec tout l'attirail sauvage qui causait sans doute la èv Sa -raîc yjixÉpa'.; -ov; za>o'j; O'.â«7oj; i-^wi oià -rwv ôôwv xoù; répugnance des gens polis
(1) (2)
:

îiTTEipavwjiévouc T(^ (xapà6o) /.ai

tî)

Àeûxifi,

xoi? ôçet; toù; Tcapsîa; ôÀt'êwv xaî ÙTtèp x^; xeça/Ti;
'jyiç

aîwpwv
et

y.al

Potov « eùoî ffa6oï »

xat ÈTtopxo'Jtxevoç «
ici

à.^zrr^z

a-ty); vt);

»...*

Les SCOliastes
:

lexicographes ne semblent pas avoir vu
vri;,

l'Attis

phrygien. Anecd. Bekk., p. 202
ûr.;

At-y);
la

to

(xev

-jr,;

^lô;, tô 6è

otTT;;

6îô; laêi^to:.

Souvent on met
p.

en relation avec
ss.

pluie, c'est le

Zeus de
p.

la pluie, etc. Cf.

Lokecr, Aglaophamos,

1041

et Grlppe,

Griech. Myth.,

t428. M.

Graillot (p. 358) est tenté d'identifler Hyès-Altis à Hyagnis,

père de Marsyas.
(3)

Théopompe dans
CIA,
II,

les Kx-r]"/:5E:

:

xo/à^oua;

t' r/ô) za-.

tov <7ov "Attiv, cité par Hepding,

p, 6.
(4)

622

:

ï'y-oùyrsî oÈ

xai

y.).;'vr,v

£t:

àjj.îÔTïoa ri '.\TTiÔ£ia.

MELANGES.
et les

4:n
et

de la résurrection i^l Mais dresser un lit est l'expression consacrée pour offrir un repas sacré; c'est le lectisternium. D'ailleurs « les deux fêtes d'Attis ", caractérisées chacune par un repas sacré, ne peuvent être la fête de

deux

fêtes

comme

celles de la

mort

.

la

mort

et

de

la

résurrection à moins de supposer entre la mort et
très

la résurrection

un

long intervalle, ce qui ne serait pas
les critiques les interprètent.

le cas

des

fêtes d'Attis, telles

que

On

serait plutôt

tenté de rapprocher de ces deux Attidées le texte de Plutarque sur les

phrygiennes du dieu qui dormait l'hiver et se réveillait l'été (2). Dans ce cas, les fêtes lugubres devaient avoir lieu à l'automne, et les fêtes joyeuses au printemps; or on sait qu'on pleurait Attis à l'équinoxe de mars! D'ailleurs Plutarque ne nomme pas Attis. Aurait-il confondu Attis- et Adonis? Ce fut un cas fréquent chez les Grecs anciens. Hermesianax (iv" siècle) cité par Pausanias, faisait
fêtes

bien d'Attis un infécond de naissance, mais qui aurait été tué par un sanglier (3). L'histoire que conte Hérodote d'Atys, fils de Crésus,
tué par Adreste
i"<

la chasse

du

sanglier, suppose la

même

légende.

Gruppe et Hepding en concluent que ce rite n'existait pas encore, et que le mythe le plus ancien d'Attis est celui d'un jeune dieu tué. Cependant le trait du sanglier est trop caractéristique pour avoir été primitif dans les deux légendes. Et si les Galles ont emprunté les mutilations aux Sémites, comment se fait-il que le culte du sémite Adonis n'en ait pas de trace, et quelles soient si importantes dans celui du dieu
Et nulle part Hérodote ne parle de la mutilation des Galles. MM.

phrygien

?

H

est plus légitime
le culte

connu

propre
soit,

de conclure que les anciens Grecs n'ont pas d'Attis, ou qu'ils ne l'ont adopté qu'en le

réduisant à n'être plus qu'un doublet d'Adonis.

nous n'avons pas à nous arrêter sur cette époque obscure, puisque le culte d'Attis qui est entré en contact avec le christianisme n'est pas l'ancien culte grec, mais le culte impérial phrygo-romain. il'est à celui-là que nous devons revenir pour suivre l'impression qu'il laissait h ses exégètes, créateurs de mythes par
Quoi qu'il en
leurs explications, et trop souvent interprètes des rites d'après les

idées qu'ils se faisaient

du mythe. Cet

effet

en retour

était d'autant

plus inévitable que, d'après la croyance générale, le rite n'était que
la

reproduction du mythe.
Les mystères d'Eleusis,
p. 136.
ô'

(1) (2)

xaôeûôeiv, hiyy^z 4>pÛY£; 5à tôv Osôv rA6\iv/o: /s'.iiwvo; pévai, TOtè uàv y.xT£-jva!7(ji.o-j;, totè 5' àvîyî'o<i£i; jîay.-/cOovTî; a'jTW TE).oyTt.

De

Is. et

Os. lxix

:

ÈYprjyo-

(3)

Pavs., vu, 17,

g

9-12.

438

REVUE BIBLIQUE.

II.

Les mythes et l'exégèse.
est né, plus

Tandis que
et

le

mythe

ou moins spontanément, du
les raiiiener à

rite

du

culte,

des images et de l'imagination, l'exégèse cherche l'exrites

plication raisonnée des

et

du mythe pour

un

système religieux ou philosophique.

Or il est impossible que le système nait pas influé sur Tintelligence du mythe. L'évhémériste radical, qui regardait les dieux, même
Zeus, cojume de simples mortels, morts et enterrés sans plus, ramenait tout à des histoires de mort, banales et rationalisées. Ceux qui ménageaient l'apothéose entre l'état humain du héros et le dieu devaient nécessairement la retrouver dans les légendes dans la langue des chrétiens cela devait se nommer résurrection, une fausse résurrection. Les stoïciens, comme on sait, voyaient dans le mythe le cours de la nature symbolisé par des histoires, spécialement par Thistoire du soleil. Pour les néo-platoniciens, les faits des mythes étaient le symbole des idées. Or il nous semble acquis que de toutes ces exégèses, seule celle
:

des gnostiques et des chi*étiens a parlé de la résurrection d'Attis,
interprétant ainsi le postulat païen de Tapothéose, nécessaire pour
établir la divinité de celui qui, d'après les, évhéméristes et les chré-

d'abord été un homme. Ce postulat n'existait même pas pour l'exégèse symbolique, stoïcienne et néo-platonicienne, qui regardait Attis comme un dieu éternel. Et en fait il n'avait même pas pris place dans le mythe. Si bien que nous croyons pouvoir affirmer que le mythe d'Attis fut
tiens, avait

toujours dans ses grandes lignes ce qu'il fut dès le début, un

mythe

de consécration, nullement de mort Attis fut toujours le familier de

et

de résurrection. mais ce qui
est plus

la Mère,

remarquable encore,
d'autres prêtres ont

ses familiers, les Galles sont des Attis.

Sans doute
cite

porté le

nom

de leur dieu; on en

des

exemples, mais pas aussi nombreux que dans le cas d'Attis. M. Hepding a bien mis ce fait eu lumière, au point d'admettre que le grand
prêtre portait régulièrement
le

nom

d'Attis (1).

de Dioscorides, un pauvre mutilé se
de Cybèle
(2)
».
si

nomme

« le

Dans une petite pièce pur Atys, chambrier
savant, lorsque

Cette identification va

loin, que, d'après le

même

(1) (2)

L.

l.,

p. 126.
VI,

Anth. Pal.,

220 àyvô; "Atj:, K-^êéXvîç

OaXatiyjTtôXo?.

MÉLANGES.
Catulle parle d'Attis,
il

439

moins en vue le dieu que l'aventure particulière d'un Galle. Quoi qu'il en soit, il est étrange que M. Hepding ait mis de coté le témoignage de Catulle, sous prétexte que M. von NYilamowitz y a soupçonné une imitation de Gallimaque. Catulle suit de près les fêtes romaines, et, précisément parce que son mythe est encore enveloppé dans le rite, il nous fait connaître, mieux que personne, le sens qu'on donnait au rite c'était un pur rite de cona
:

sécration.

Nous insisterons d'autant plus sur ce texte 1) qu'on a affecté d'en peu de cas. A peine Attis a-t-il pénétré dans la forêt phrygienne qu'il est saisi d'un transport furieux; égaré il se coupe les pondéra avec une pierre aiguë, puis prend le tympanon, tua, mater, initia, c'est-à-dire l'objet par lequel on est initié aux mystères de Cybèle. Dès lors il ne figure plus dans le poème qu'au féminin; il a vraiment pris la nature
faire

féminine, ce qui exclut toute idée d'union avec Cybèle, terre féconde
Attis est

!

devenue ainsi la directrice des Galles. Elles les engage, eux qui ont émasculé leur corps en haine de Vénus, à réjouir la déesse en courant vers elle
:

Hilarnte erae citatis erroribus anitnum
Il

(y. 18).

est impossible
(2).

que

cet

HUarate ne

soit

pas une allusion aux

Hilaria

Les beaux vers qui suivent nous donnent donc une idée
:

d^s Hilaria

Thiasus repente linguis trepidantibus ululât,

Leva tympanum reniugit, cava

c\

mbaJa recrepant,

Viridena citus adit Idani properante pede chorus.

Furibunda simul anhelans vaga vadit, animam agens. Comitata tympano Attis per opaca neraora dux etc. 28-32).

On

voit qu'il n'est pas question
:

d'un Attis expirant à la suite de sa

blessure

les

Hilaria fêtent Cybèle, satisfaite de l'effusion du sang.

On

arrive enfin à la

demeure de

la déesse. C'est alors,
:

seulement que

les Galles sont épuisés et

s'endorment

Itaque ut domuni Cybebes tetigere lassulae,

Nimio

e labore

somnum

capiunt sine Cerere.
:

Piger bis labante langore oculos sopor operlt

Abit iu quiète molli rabidus furor animi
Catulle,
Baehrens-Schulze. L\m.

(3-5-38).

(t) (2)

eil.

Et cela

est d'autant plus à retenir
tel

pour

le

sens des Hilaria que ce terme est d'abord

latin,

conservé

quel par les Grecs.

440

REVUE BIBLIQUE.
a

On

reconnu

le

jeûne, avec l'abstinence du pain; la requietio

est

indiquée par lassulae... in quiète molli. Quand Attis se réveille, rendu à la raison, il regrette son erreur
:

Ibi

maria vasta

viseiis

lacrlmantibus oculis,
ita

Patriam allocuta maestast
Il

voce miseriter (48

s.).

se le dit
:

avec tristosse,

il

est

devenu

le serviteur, la

servante de

Cybèle

Ego nunc deum

miiiistra et Cj/beles

famula ferar?
et

(68).

Aussitôt Cybèle se présente

menaçante

son lion contraint Attis à

rentrer dans le bois
Ihi

:

semper omne vitae spathim famula fuit
le

(90).

Désormais Attis ne quittera plus
aussi la conclusion
est

service de la Mère. Telle était

du

rite.

En

ce qui regarde Attis, c'est

un

rite

qui

lugubre jusqu'à
de la
lète

la fin. C'est

que, pour l'àme païenne, rien ne

pouvait compenser
sortait

le sacrifice

de cette continence obligatoire. Chacun
:

du sang en disant à Cybèle comme Catulle
mea
tuos
sit

Procul a

furor omnis, era, dorao;
''92

Alios âge incitâtes, alios âge rabidos

s.\

La tradition romaine

se

maintiendra jusqu à

la fin.

Le drame n'est

pas la mort et la résurrection d'Attis, mais l'émasculation d' Attis qui

permet

à la déesse de prendre ou de reprendre possession de lui.
la

Peu
suite

im})orte que l'opération soit faite par Attis ou par la Mère, à

d'une infidélité ou non. La situation physique d'Attis
nette, et
il

est

parfaitement
épithète qui

serait fastidieux de répéter ici cette

même

constituait son état civil. C'était cela qu'on représentait sur la scène,

comme

la

mort d'Hercule sur
le

le

bûcher

(1).

Le service d'Attis, dans
ni l'apothéose.

mythe

primitif,

ne supposait pas

la

mort

H suffisait

qu'Attis,
dit

de

la déesse. C'est ce

que

puni ou repentant, revienne auprès Ovide (2) et aussi le chrétien Minucius

Félix (3), et plus tard encore saint Augustin fV).
(1) Teut. ad nat. vivus cremabatur,

i,

10

:

vidimus saepe caslratum Altin deum a Pessinunle,
siln servari roluit,

et

qui

Herculem indueral.
sua templa txieii, Et dixit : « semper lui-même de son infidélité les Galles ne font que l'imiter exemplum furor hic, mollesque ministri
s.
.

(2)

Fastes, v, 225J
>

Hune

fac puer esse velis
243
s.

Il

se punit

;

venit

m

caedunt iactatis vilia membru comis.
11

n'est point question

(3)

Octavius, XXII, 4

cuit, ut

deum

scilicel

comme dit M. Ilepding. Cybelae Dinduma pudet dicere, qux adulterum suum... exsefaceret eunuclnnn. Propter hanc fabulain Galli eam et semiviri
de blessure mortelle,
:

sui corporis supplicio colunt.
(4)

De

civ. VI, \'H, 3.

La distinction est très nette entre Adonis tué

et Attis

abscisus.

MÉLANGES.
Les iiéo-platoniciens

•441

du iv siècle, soucieux de conserver les rites un sens profond, n'envisageaient point les choses autrement. Salluste le philosophe, ami de .lulien, reconnaît dans la lég-ende d'Attis un mythe mixte, de ceux qui sont propres aux initiations. Gybèle aimait Attis, couché auprès du fleuve Gallos; elle lui donna son propre bonnet astral, et voulait le garder auprès d'elle,
tout en leur donnant
il

s'éprend d'une
il

nymphe

et quitte

la

fou,
la

coupe
(1).

ses Yiv.y.x qu'il laisse à la

nymphe

Mère des dieux. Elle le rend et revient auprès de

déesse

Les explications fort alambiquées de .lulien s'attaquent au même mythe. Il n'est point question de la mort, mais de l'excision (2 On
.

couche dans l'antre (3). Puis le son de la trompette nous rappelle que nous devons nous tourner vers l'I/nité. de même que la déesse a ramené Attis et le
pleure Attis lorsqu
il fuit,

lorsqu'il se cache, disparait, se

garde auprès d'elle V). Lucien qui, en vrai grec, sest moqué d'Attis (5), suppose constamment qu'il a survéru à la castration. Il est le fondateur du culte de

mort devait pénétrer assez naturellement, si Attis était aussi et dès l'origine un génie de la végétation, assez semblable a Adonis. Les primitifs, observateurs de la nature, avaient distingué ce qui caractérisait les deux génies. L'un, le génie
l'idée

Cybèle-Rhéa Cependant

(6).

de

la

de la végétation perpétuelle des pins et des roseaux, s'endormait pour se réveiller au printemps: l'autre, le génie des céréales, mourait pour renaître. Porphyre conserva très finement cette nuance,
s'en tenant lui aussi

au

fait

fondirent. Attis dut aussi passer
sa

de la mutilation (7). Mais d'autres conpour mort, et le rite lugubre de

castration conduisait à la

même

exégèse, racontée

comme une
par Pausa-

histoire."

Et

en

effet c'est

le

cas des

deux légendes

recueillies

;l;

Fragm.
Or. V,

phil. graec.

iii,

33.
èîti rr.v

(2)
13)

Or. V, 168

k

Kxi ÈTTavâyïTai r:a>t/

>[r,T£f a TÔiv
al

Oewv [i£Tà
tÉ(o;

fr,v è-/iTO(i.r,v.

168

C aura;
8-j<7£i;

to-j

êaTi/sw: "Att-.ooî

Opr,vo'J|JLiva'.

ç-jvac xai xpû'i/£'.;

/.a;

àsavtTfiol xaî ai
;4)

al y.aTà -o avTOOv.
r,

-E.

l,

111 èïravâvei koo; éa-jrriv

6£o; àr7[i£'vw;. iiàz/ov oï
cliar traîné

îy^zi

nao'

i'x-j'zr,.

5

De

sacrif. vu, Cybèle

promène >ur un

par des lions, son Attis. qui ne

peu! plus lui servir à rien.
(6)

(7)

De dea sijriâ, xv. Dans Eosèbe, Praep. evangel. m,
(ièv

11,

\'l

:

"X-.-.'.z

/.ai

'Aowvt;

rr,

tôjv /.ap-wv
Ttplv

tWvi
-.t'i.z-

I

àva^oyi'a npoOT^xovTêç. 'AX)' ô

"Atti;

tmv xatà to êap irpo?aivo|A£vwv à^Uui'^ xal
alSotcov àiroxoitv aOTtô npoiavÉÔEffav,
t£>.£;'w'7'.v.
jit)

çtyovTjaai ôiappeovTuv, évOev xal tt,v
è>.8eîv

twv

çOaidvrto/

Twv

xap7C«5v si;

ttv

Tirîptj.aT'.zr.v

ô

Ô£

"Aow>^'.;

-.r\<i

twv

t£)e;(o-/

y.apzwv

442

REVUE BIBLIQUE.

nias (1). D'après la première, n«»us l'avons vu, Attis a été tué par

un

sanglier envoyé par Zeus. Le trait est évidemment emprunté à l'histoire d'Adonis. Mais comme la mort remplace ici la castration violente et
tel.

qu

Attis est

par

détiiiition

un eunuque, on

disait qu'il était
la

Et c'est avant sa mort qu'il était le prêtre de
(2).

Mère, chez les

Lydiens

Point de résurrection.

il ne cependant et tout ce que peut faire Zeus, c'est de préserver son corps de la corruption (3i. Mais le rôle du Galle qui n'en meurt pas est tenu dans cette légende par Agdestis, où l'on voit un double de Cybèle, mais où l'on peut voir aussi bien un double d'Attis, du moins en ce qu'il en conserve le trait essentiel. C'est cette légende qu'Arnobe a reproduite tout au long. Il prétend l'avoir empruntée surtout à Timothée, théologien de marque (V), mais il

D'après une autre légende, Attis sémascule et en meurt;

resssuscite pas

On y saisit aisément les éléments du mythe; ce sont précisément ceux qui sont en rapport avec le rite. Il est clair que la mort d'Attis n'en fait point nécessairement partie; quant à sa résurrection elle est exclue expressément. Voici le résumé de cette étrange histoire. Il existe en Phrygie un rocher nommé Agdus, d'où ont été tirées les pierres jetées par Deucalion après le déluge pour renouveler l'humanité. D'une de ces pierres naquit la grande Mère. Jupiter voulut la séduire, mais n'y parvenant pas, "dut se contenter de la pierre. Cette pierre conçoit et enfante Agdestis, androgyne. Son audace irrite les dieux. L'artifice de Liber (Hacchus ou le vin) parvient à le réduireprimitifs

allègue vaguement d'autres sources.

Agdestis s'étant enivré, Liber lui attache
pieds au

les genitalia à la plante

des

en sursaut et se mutile ainsi lui-même. De son sang nait un oranger \h). Nana, fille du roi Sangarios met une orange dans son sein, et donne le jour à Attis, qui
Il

moyen d'un

cordon.

se réveille

devient l'ami d'Agdestis. Midas, roi dePessinonte, veut l'arracher à ce

commerce infâme en
pin et consacre
Paus. vu, wii,
L.

le

mariant

à

sa

fille

la, la

violette. Agdestis

survient et rend tous les convives furieux. Attis sémascule sous
le débris

un
n

à Agdestis.

Il

meurt. Et voici ce qu'il y

(1)

9.

(2)
(3)

Kat Ayôoïç ôpyta ètéaei Mr,Tpô;.
l.

VII, xvii, 12

:

xal

oi

Tiaoà Aïo; e-jpETO

|xr,T£

nrinii^u.'. -:

AtTr, to'j cïwfjiaTo:

[j.t,-i

TVJ/.Eo-Oai.

(4)

ÂRNOBE,

V, 5 ss.

Ce Timothée

es! l'Athénien qui organisa

à Alexandrie .sous Ptolé-

inée I" le culte de Sarapis.
(5)

Voilà donc

le

thème de fécondation,

si

cher aux modernes.

indirecte.

Un

certain pouvoir fécondateur existe dans le sang au

On voit comhien elle est moment où il coule; cesl

une suppléance pour leunuque, privé de fécondité.

MELANGES.
d'étonnant. La Mrre des dieux ne prend
Elle

443

SL

aucun soin de son cadavre. ne s'occupe que du débris de sa mutilation, qu'elle enveloppe de l'habit du défunt et recouvre de terre, non sans l'avoir lavé et
il). La violette naît du sang- d'Attis; on en orne l'arbre, donne la sépulture à Attis et se tue, et cette fois la Mère intervient pour l'enterrer à son toui'. Elle emporte le pin dans son antre et gémit

"

embaumé
la

avec Agdestis. Ce dernier demande à Jupiter de ressusciter Attis

:

tout ce qu'il peut obtenir c'est que, pour éviter la putréfaction, les

cheveux croissent toujours et que le petit doigt soit toujours en mouvement. Agdestis organise le culte d'Attis à Pessinonte il va sans dire cju'il ne contiendra rien de joyeux Arnobe revient à plaisir sur ces répugnants détails pour convaincre les païens de leur incongruité. Il résulte de ces reproches indignés que le pin représente Attis, qui, étant mort, ne peut être personnellement au service de la déesse. Mais ceci est l'explication d' Arnobe. Le rite ne se rapporte guère qu'au
:
I

débris.

On

voit assez clairement qu'il est enseveli

en terre

et

repré-

senté auprès de

Cybèle par

le

pin

['2).

Cette double situation est

V^ quelque chose comme la tombe et le cénotaphe placé au-dessus, l'attestation et le monument du sacrifice accompli. Le pin est orné des
violettes qui sont nées
très bien
Il
:

du sang

d'Attis,

il

est,

comme Arnobe

le dit

miserabilis tealimoniumque fortunae (3).

n'est peut-être pas inutile d'ajouter

que lorsqu'Arnobe parle du
il

mythe sans
parle

être sous l'influence d'une tradition particulière,

en

comme

tout le

monde dans

la tradition

romaine.

Attis,

en dépit

de l'opération, demeure auprès de la déesse (i). Dans la légende qu'Arnobe dit avoir empruntée à Timothéé, l'évhémérisme s'était donné libre carrière il était cependant mêlé à bien des traits mythologi({ues. Dans Diodore, l'histoire de Cybèle et d'Attis
;

n'est plus

que l'aventure toute humaine de deux amants.

Attis est tué

^1)
(2)

H y
V,

a une lacune dans le texte, mais
:

cf. 14,

sur lequel u»us reviendrons.

cum /luoribus ipsa per se maesonctù manibus. ipsa divinis contrcctacit av. sustulit flagitiosi opcris instrumenta foedique, abscondenda etiam mandavit terrae, ac ne nuda in gremio diljluerent scilicet soli, priusquum veste lelaret ac tegerct, lavit utique, batsamis atqiie unrit? Ce passage complète ce qui était ditdans le récit du mythe (v, 7) or dans cet endroit, Arnobe ajoutait inde natuin et ortum est mine etiam sacras velarier et coronarier pinos. Le pin représente donc le débris avant de représen14

errjone

deum mater genUalia

illa desecta

rem

officiosa sedulitate collegit, ipsa

:

:

ter Attis.
(3) V,

16.

adytis

nonne illum Attin Phnjgem abscisum et spoliatum vivo magnae tnatris in deum propitium, deum sanctiim Gallorum conclamatione testamini? — iv, 29 matrimonium magna cuius tennerit Mater, quidnam spei. quid rotuptatis specioso
(4)
I,

41

:

:

ab Attide

conceperit...

4i4
et privé

REVUE BIBLIQUE.

de sépulture: Cybèle le cherche en pleurant. Pas de mutilamais pas trace non plus de résurrection. Le culte est une simple lamentation pour la passion du jeune homme dont on veut apaiser les màaes, irritées du refus de sépulture (1). Et si l'histoire n'a aucune portée, la caractéristique purement douloureuse du rite relatif à Attis concorde bien avec toutes les autres données. D'ailleurs, n'oublions pas que dans la lutte religieuse de l'antiquité, les systèmes plus ou moins évhéméristes étaient ceux des rationalistes plus ou moins ennemis des religions. Ce nest point leur
tion,

opinion qui

faisait foi

chez

les fidèles d'Attis, et c'est la foi

de ces der-

niers qui nous importe.

Quand
assimilé

Attis n'est pas le

jeune berger,
très

le

bel adolescent (2), c'est
(3).

un

dieu tout-puissant qui trône auprès de Cybèle

On

l'a

spécialement
et

au dieu Men

i

i),

honoré en Asie Mineure
11

dont le
(5).

croissant lunaire est l'attribut.
M.

est

spécialement le Très-Haut
eût

Cumont

a reconnu dans ce terme d'Hypsistos l'appellation qu'on
le

employait pour désigner
seconde épithète,
le livre
«

Dieu d'Israël,
et

Il

qui contient

maintient tout

pu ajouter que la » se trouve dans

de

la Sagesse,

cription est de 370, M.

en parlant de l'Esprit du Seigneur (6). L'insCumont ne juge pas improbable une action du
la

monothéisme Israélite sur les mystères de peut-on pas en dire^iutant du christianisme?

Grande Mère

(7)

;

ne

Quoi qu'il en soit, les adorateurs de ce dieu, devenu très grand, ne devaient point croire facilement qu'il fût mort. Les explications
stoïciennes avaient pour but d'éliminer ce que le

mythe

avait de

choquant.

Si Attis était le

symbole de

la fleur, le

coulage de la fleur

(1)

DiOD.

111,

."i9

:

iiiÔTtcf. TO'J;

<ï>pûya: ôtà tov ypôvov

r,iavi(T(i£vo-j
TtjJLat;

çoû CMp-aTo; sïôfoXov xaraTrjv

TXEvâTai

TO'j

|j.eipay.îo-j,
(jl-^viv.

Trpô:

(J>

6pr]vovvTa; zxXi oîzEiat:

toû TràOo-j; èçrAâixSTÔa'.

toO

Trapavojir/Jivio;
(2)

P/injx puer... faite spectabilis. puer speciosus, pulcher adolescens, puer forma-

sissimus,
(3)

almus amans
VI,

[Thés.].

CIL.,

512

Dis magnis Matri

Deum

et Attidi <&ïi

376); 502

:

Diis omnipolenli5<iS

bus M. D.
(4)

et Atti (en 383).
:

CIL,, VI, 409

319.

Le dieu Men
8'

était

Matri Deum... couramment
xaî

et Attidi

menotyranno invicto
tw
iràucv

(en 374); cf.

ei(

Mr,v TÛpawo;. xo iiàv xatpoïç 6e(AE[pwTe]pa itavta

(5) 'AtTcI

•j'I/io-TO)

<7-jv[£yo]vTt
vi,

çûovTt

[Insc. graec. xiv, 1018,

ou CIL,,
fSa|).

509; dans le texte latin on voit que l'a'uteur de la dédi-

cace est un pater
(6)

sacrorum dei
i,

invicti Mithrae.
7);

(7uv£/_ov

Ta rivra

dans Hermès trismégiste, ap. Suidas, toû

TEptÉj^ov-ro;^

"ctvta.
(7)

Rel. or. p. 94.
l'intlilence

coup k
rales
:

du

Sur tout ce syncrétisme, cf. Graillot, p. 208-222, qui attribue beauculte de Millira pour introduire dans la religion d'Attis des idées mo-

elles n'y seraient

dom

pas très anciennes, et c'est bien ce que nous dirons.

MÉLANGES.
signifiait

44o

ï

seulement la mutilation (1). Si Âttis était le soleil (2), son obscurcissement momentané aboutissait au glorieux triomphe de l'équinoxe de printemps, mais le dieu n'avait jamais succombé (3). Pour les néo-platoniciens, Attis était un démiurge, subordonné à Cybèle, la source du Tout, naturellement immortel. Les fidèles d'Attis, adorateur dun grand dieu, n'avaient donc

même

pas besoin de l'apothéose, ressource employée pour les demiet

dieux anciens
pasteur
était,

pour
ils

les

empereurs,

hommes

authentiques. Leur

quand

l'adoraient, le pasteur des astres.

Que si quelques-uns ont admis une apothéose, elle demeurait dans un certain vagué, et il est étrange que les modernes n'aient pas compris combien scabreux était l'expédient dune résurrection. Car Attis, même lorsqu'il est un très grand dieu, a toujours ses attributs primitifs, et le sculpteur a même pris soin de faire comprendre ce qui lui manquera toujours. Les représentations figurées ne changent guère plus que les rites. Or si les prêtres égyptiens suivaient une
certaine logique en faisant

commencer

la résurrection d'Osiris par

Torgane qui transmet la tie, ceux de Phrygie auraient assurément manqué de tact en attribuant à Zeus ou à la Mère une résurrection
aussi incomplète.

Au

contraire, à voir les choses
les

dans une confusion que
les exégètes

du dehors et au risque de tomber modernes ne savent pas toujours éviter (4),

gnostiques ou chrétiens ont

pu songer à

la résurrection

corporelle, et c'est précisément chez eux, et chez eux seuls, qu'il en
est question

pour

Attis.

Au
le
le

livre v° des

Philosophoumena, Hippolyte expose

les

mystères

d'Attis d'après

un gnostique naassénien. Tout d'abord il interprète mythe en supposant qu'il n'a d'autre objet que la castration, dans but de ramener Attis près de la déesse. Nous sommes dans le grand courant normal de la tradition, quoi
en
soit

qu'il

de la glose qui

s'y

adapte. Si la Mère des dieux a mutilé

(1)

significare perhibuit;

Porphytius Alijn flores Très bien compris par saint Augustin, de civ. Dei, vu, 25 et ideo abscisum, quia /los decidit anle fructum. Non ergo
:

ipsum hominem, comparaverunt.
{i'i

vel quasi

hominem, qui vocatus

est

Aiys,

sed virilia

dus

flori

Arnobe, I, 42; Carm. contra pag. 109. Attiii castratum subito praedicere soltnt. praecipuara autera solis in his caerimoniis verti rationem Macrobe, Sat., i, 21, 9 hinc etiam potest colligi, quod ritu eorum catabasi finita siraulationeque luctus peracta «•elebratur laetitiae exordium, a. d. octavum Kalendas .\prilis. quem dleni Hilaria appelr lant, quo primum tempore sol diem longiorem nocte protendil. La catabasis n'est pas l'ensevelissement du dieu, mais la descente du débris dans l'hypogée de la Mère.
;3)
;

i;

.\insi

M. Hepding qui parle de

la

résurrection de l'unie

p.

202 note)!

446

REVUE BIBLIQIE.

celui quelle aimait, c'est la nature bienheureuse des choses supra-

mondiales

et

éternelles qui appelle auprès d'elle la vertu

mâle de

lame

(1). Attis

lui-même

quitte les parties basses et matérielles de la
il

création pour passer à la substance éternelle, où
ni masculin (2).

n'y a ni féminin

Les Naasséniens prétendaient que

c'était

précisément

ce qu'avait voulu dire l'épître aux

Romains

(i,

^0--2G).

Puis celui qui les représente cherche le sens profond d'un

hymne

en l'honneur d'Attis, chanté, paraît-il, au théâtre, quoiqu'il contint de grands mystères (3) « Fils de Kronos, ou du bienheureux Zeus, ou de la grande Rhéa, salut, triste débris de Rhéa, Attis. Les Assyriens te nomment le trois fois désirable .\donis, mais TÉgypte te nomme Osiris, les Grecs la corne céleste de Mèn, la sagesse, ceux de Samothrace l'auguste Adamna, les Hémoniens Corybante, et les Phrygiens tantôt Papas, tantôt mort, ou dieu, ou le stérile, ou berger, ou épi vert moissonné,
:

ou

le

joueur de

flûte enfanté

par l'amandier fécond

(4)

».

C'est assez complet comme syncrétisme, et quoique le poète attribue ici l'épi vert aux Phrygiens, le commentateur naassénien a reconnu dans 1 epi un rite d'Eleusis, prétendant seulement qu'il avait été emprunté par les Athéniens aux Phrygiens (5). C'est le contraire qui est vrai, et on ne peut faire état, à propos du culte normal

d'un trait qui est emprunté à Eleusis, et qui conviendrait mieux en tout cas à Adonis ou à Osiris. Mais ce qui nous intéresse le jjIus ici, c'est qu' Attis est successivement mort et dieu. Comment se fait le passage? Par la résurrection, d'après le gnosti([ue mais s'il comprend les choses ainsi, c'est qu'il entremêle son explication de textes bibliques, surtout du Nouveau
d'Attis,
;

Testament, sans parler des concepts platoniciens.
Voici le passage, qui ne
le

manque pas de saveur
il

:

«

Les Phrygiens

nomment

aussi mort, car

un tombeau.

C'est, dit-il, ce
dit-il,

blanchis, remplis,

parce que l'homme n'est
corps

comme dans Vous êtes des sépulcres au dedans d'os de morts » (cf. Mt. xxiii, 27), pas vivant en vous. Et encore, dit-il « Les
est enseveli
:

dans
«

le

corps

qui est dit

:

morts sortiront des tombeaux

» (cf. iMt.

xxvii, 52

s.),

c'est-à-dire des

matériels les spirituels qui seront nés de nouveau, non les

(1)

P. G., XVI,
L.
l.,

c.

3130.

(2)

c.

3131.
c'est

(3)
(4)
(5)

Ce qui étonne,
L. L, c. 3155.

que

le

commentaire précède
aÙTÔv,
ar\(ji,

le

poème.

L. L,

c.

3149. AÉyouffi ok

4>pÛY£ç xal x^ospôv ordtx'jv rsÔcpiafievov (ou,

dans l'invocation

àtir.QÉvra), xal (JiêTà To-i? «l>p-jYai; 'A6ïjvaîot îJ.-jovvTe; 'Elvjai'nv. x. -. À.

MELANGES.
cliarnels. C'est,

447

dit-il, la résurrection qui se fait par la porte des ceux qui n'entreront pas par cette porte demeureront morts. Les mêmes Phrygiens, dit-il. le nomment encore dieu par

cieux (1);

conversion. Car,

dit-il,

il

devient Dieu, lorsqu'étant ressuscité des
«

morts

il

entre au ciel par cette porte.
"

Et Paul l'Apôtre connaissait

cette porte, etc. (1).

Ce développement n'est pas autre chose, semble-t-il, que Texégèse gnostique du mythe d'Attis. Encore faut-il noter que le naassénien ne s'appuie ni sur le rite, ni même sur le mythe, mais sur une invocation syncrétiste, où Attis était qualifié à la fois de mort et de dieu.

mort, nous l'avons vu. dans les légendes de Pausanias et d'Arnobe, qui ne se préoccupaient pas d'expliquer comment de mort
Âttis était

devenu dieu. La résurrection était même niée expressément. pour un gnostique, le moyen le plus naturel d'expliquer le changement, sans qu'on voie clairement d'ailleurs si la résurrection dont il parle n'est pas purement spirituelle. M. Hepding n'ignorait pas ces textes, mais il ne s'y est pas arrêté, sans doute parce qu'ils respirent trop ouvertement un syncrétisme de mauvais aloi. Toutes les fois qu' Attis ressuscite, c'est grâce à Firmicus
il

était

Elle est,

iMaternus.

Un mot de

ce témoin. Converti au christianisme, le mathématicien
et

Firmicus Maternus adressait, entre 3V0
tance et Constant son ouvrage

350, aux empereurs Cons-

De

errore

profanarum religionwn.

Son but

était d'obtenir la destruction

des temples et du paganisme,

étant avéré que le paganisme et spécialement par les mystères, n'est qu'une imitation diabolique Omnia symbola profanae religionis per ordinem suggeraniur, ut probemtis nequissimmn hostem generis
:

humani de sanctis haec venerandisque prophetarwn oraculis ad contaminata furoris sui scelera transtulisse (xxi, 1) ou encore ?// aput
:

omnes

constet divinae dispositioms legem perversa diaboli esse imita-

tione corruptam (xxii, 1).
récitait

Peu nous importerait son

explication,

s'il

correctement

les

rites;

propos du culte

d'Attis,

(juil

mais on voit clairement, surtout à se propose moins de les décrire que

d'opposer l'évhémérisrae aux apologies stoïciennes.
Excluons d'abord un texte, peut-être le plus intéressant du recueil, mais qui ne regarde pas Attis. Il faut le montrer clairement, puisque M. Hepding', tout en exprimant son doute, fait état du texte pour gloser
la résurrection d'Attis
:

1)

La vraie porte de

Jo., \, 9, dont

il

vient dètre question.

.

448

KEVUE BIBLIQUE.

fletibus plangitur

Nocte quadani simulacrum in lectica supinum ponitur et per numéros digestis deinde cum se ficta lamentatione sattaverint, lumen iofertur
:

:

tune a sacerdote

hoc lento

omnium qui murmuro susurrât

flebant fauces ungucntur.

quibus perunctis

sacerdos

:

0ac.p=t-:£ (JLjfftai zoxi

Ôsoj a;5a)3jx.£voj.
3coTr;c:a (l).

ïaTa; yào

r,tj.îv

h.

-dvwv

mais sûrement Osiris. En effet, à partir du chap. xviii, l'apologiste expose tous les sf/??ibola des mystères. Les mystes d Attis paraissent dès le début du ch. xvni; d'autres suivent, et le ch. XXII se rapporte au dieu égyptien commo le prouve le détail de la lumière, qui rappelle l'exhortation qiiaere exordium lucis, à propos d'Osiris (2). Cette statue qu'on apporte dans une litière et dont on rassemble les membres gisants et sans doute épars (3) représente
Le dieu sauvé
n'est pas Attis

beaucoup mieux Osiris qu'Altis, comme M. Loisy l'a très bien vu. Il reste que Firmicus Maternus a employé le terme technique de résurrection. Mais ce n'est pas dans une description du culte, c'est dans une argumentation où il a tout brouillé. La thèse païenne, celle qu'il
s'appliquait à réfuter, c'était l'explication stoïcienne naturaliste,
et

non pas

celle

de Porphyre, qui savait distinguer

Attis la fleur,

d'Adonis
jetée

le grain,

mais

celle qui expliquait le deuil d'Attis
et sa vie

de

la

semence

en terre, sa mutilation de la moisson, naissance des semences. On voit s'il
ordre rituel

récupérée de la re-

était possible d'aboutir à

un

quelconque avec ce thème! Cybèle était la terre comme toujours (V) a)/iare terram voliint fnige<, Attin rero hoc ipsiim rolunt esse quod ex frugibiis nascitur, poenam aiitem quarti sustïnuii hoc volunt esse, quod falce messor maturis frugibus facit : mortem ipsius dicunf, quod semina collecta conduntur, vitam nirsus, quod iacta se?ninct annuis vicibus recondunlur (5). Naturellement il était facile de railler l'explication alambiquée de faits si simples, et surtout, puisque la fête du deuil avait lieu au printemps, de mettre en contradiction le rite et l'exégèse tU gratias pro renaiis frugibus agas xdulas, ut gaudeas plangis (6)... Aussi bien Firmicus insiste constamment sur les rites de deuil, car il veut prouver que ces rites ne sont ])as en l'honneur des céréales.
:

:

(1) XXI,
(2) II, 9. (3)

1.

xxu,

3.

(4)
(5)

m, 2. Reconduntur
m,
3.

est

la leron

du ms., M. Hepding

lit

redduniur;

l'éditeur

Halm

avait

songé à renascuntur
(6)

Le sens

n'est pas

:

tu hurles pour rendre grâce ensuite, mais tu hurles |>our

témoigner

ta reconnaissance, ce qui est

absurde.

MÉLAiNGES.

449

mais rappellent

le deuil

d'un mortel. Le mythe qu'il adopte n'est pas

de Minucius Félix, d'après laquelle vengée du mépris de son amant. Mais tandis que Minucius n'attribuait à Gybèle que la mutilation (1), Firmicus s'exprime d'une manière équivoque, qui permet d'attribuer à Gybèle
celui des païens,

mais

la version

Gybèle elle-même

s'est

la

mort

d'Attis.
:

Voici enfin le texte important

Phryges, qui Pessinunta incolunt circa Galli flumiois

ripas,

terrae

ceterorum

elepaentorum tribuunt principatum et hanc volunt
et
ipsi

omnium
voluit

esse

matrem. deinde ut
ac

annuum

sibi

sacrorum ordinem facerent, mulieris

divitis

reginae suae

aniorem, quae fastus ainati adulescentis tyrannice
quaererent,

ulcisci,

cum

luctibus

annuis consecrariint, et ut satis iratae mulieri facerent aut ut paenitenti solacium

quem paulo

ante sepelierant revixisse iactarunt, et

cum

mulieris animus
(2).

ex impatientia nimii amoris arderet, mortuo aduiescenti templa fecerunt
Il

est

parfaitement clair que Firmicus ne raconte pas la suite des

fêtes,
il

mais l'origine des rites. Armé de l'évhémérisme le plus radical, dénonce la fraude des prêtres qui donnent pour ressuscité celui qu'ils venaient précisément d'ensevelir, afin de justifier l'érection de temples à Attis. Le mot de résurrection vient naturellement sous la

plume du
l'idée

chrétien, mais ce ne sont pas les prêtres d'Attis qui lui

ont conté cette histoire qui démolissait leur dieu.

Au

surplus, que

de
il

la résurrection ait

pénétré au
et le culte

iv*^

siècle

dans

les sanctuaires

d'Attis,

est possible; c'était

quer

le

deuil de

l'homme

une des solutions à proposer pour explidu dieu. Cependant nous ne
elle
était
le culte d'Attis ressuscité

l'avons pas rencontrée chez les auteurs païens auxquels

naturellement antipathique. Et l'on veut que
ait

contribué au
!

i"'

siècle

de notre ère à rendre croyable la résurrec-

tion de Jésus

Avec Firmicus Maternus, on cite en faveur de la résurrection d'Attis un texte de Damascios, dans la vie d'Isidore, au début du vi* siècle (3). D'après l'analyse de Photius, on dirait qu'en cet endroit Damascios parlait pour son compte. Étant à Hiérapolis de Phrygie, il avait voulu descendre avec le philosophe Doros dans une grotte souterraine empoisonnée de gaz méphitiques, dont seuls les initiés n'avaient rien à craindre. L'entreprise réussit. Après quoi l'auteur (ou Isidore?) eut un songe il lui sembla qu'il était devenu Attis et que la Mère des
:

(1)

Octav.
5.

XXII,

4;

(le

même

saint

Paulin de Nole, Carm. xxxii, 80

s.

et

Fulgence,

Mitol. m,
(2)

Textes cités par Hepding.
la

m,

1.

Les extraits de Photius (Bibliothèque] ont été édités séparément, par exemple dans collection Didot des auteurs grecs, après les œuvres de Diogène Laërce, p. 119 ss. REVUE lilBLIOUE 1919. 29 N. S., T. XVI.
(3)

450

REVUE BIBLIQUE.

dieux avait célébré pour lui la fête nommée Hilaria : u ce qui que nous avions été sauvés de l'Hadès » (1). Si l'Hadès est, comme il est probable, ce gouffre dangereux, on ne voit pas qu'il
signifiait

haut de la résurrection ni du pouvoir d'Attis de sauver ses fidèles de l'enfer. Le rite d'Attis contenait une descente dans le sanctuaire ou l'hypogée de la Mère; elle était suivie des Hilaria. Ces Hilaria, après le redoutable péril courii, exprimaient bien la joie
faille

parler

si

d'y avoir échappé. Qu'on note

le

passé;

il

n'est point question des

espérances que donne
il

la foi. Et enfin

s'agit

d'un saint

laïc, et c'est

bien

le

nous sommes au vf siècle, et cas de dire avec Firmicus qde

cette hagiographie ne va pas sans contrefaçon.

III.

Les mystères et les Tauroboles.

L'acte insensé des Galles était

un

sacrifice, qui aboutissait à la

mort

et à l'enterrement du principe générateur. Mais plus sévère était le sacrifice, plus grand devait être l'avantage religieux, plus séduisante

pensée d'y être associé sans l'accomplir personnellement. Il y eut donc des mystes d'Attis, et puisqu'il plait à certains critiques de nommer les Galles des moines mendiants, nous dirons qu'il y eut un
la
tiers ordre.

qui exprimait ce que devait faire le simple fidèle I. La formule pour y entrer a été conservée par Clément d'Alexandrie et par Firmi« J'ai mangé du cus Maternus. Elle est plus complète dans Clément kernos, j'ai pénétré porté le j'ai cymbale, tympanon, j'ai bu de la
:

dans

la

chambre nuptiale

» (2).

Ce que l'apologiste, bien renseigné,
et saugrenue. quodani ternplo, ut in inlerioribus
:

regarde
partibus
cavi, de

comme une
homo

chose ridicule
(xviii)
:

Firmicus Maternus

m

)noritu?'us possit admitli, dicit

«

de tympano

mandu-

cymbalo sermone dicitur : èx TU[i.7iâvcu Psôpwxa, èy. xutj.ôâXou ';:é-wy.a, ^i^(Q-'icx. Le texte de Clément est évidemment préférable. Si Iji.Jc7Tr,ç "Attîwç. Firmicus en a remplacé la seconde moitié par des mots vagues qui ne
AéyEt
8'

bibi et religionis sécréta perdidici », qiiod graeco

(1)

ô

oyyyP*^^^''

'•*'

a'Jtô; ts

xal Awpo;

6

çi/ôaoço;,

Otiô 7tpo6u|x{ai;
xr\

èxvtxriOivTsç

xaxeSïidâv te xaî àicaOei;
ÔE'jSTjffcrç

xaxwv

àvÉériTav. Aévet oè ô cr-jyypapEu;, ôxi t6t£

McpanôAst èyxa-

èôôxouv ôvap ô

'A-ririç yaveirôai,

xat

iiot

ÈmTeXsïffÔai Ttapà

-îfiC,

\yf\içoi -zd/
irwtïipt'av.

Oewv

Tf|V to)v

'Dapitov xaAûvfxÉvwv éopTrjV ôitep èSriXou
est

-TiV

i% aSo-j

yeyovjîav r||iwv

Ainsi la fêle

comme une

consécration d'Attis par
i,

la

(2)

Cohort. ad Gentes,
TcapaTeÔévia,

2; cf. P. G.,

Mère! VIH, C. 76
xàv

:

Ta

aû|j.êo>a xyjç
êitsiaiv

[iut.ctew; TajTr,ç,
û(iïv,

éx

TtepiouCTi'a;
3(oui;*

oTô' o-ri xivriaei

yéltà'za,

(X-?)

ysXàTai

ôià toùc èXéy-

'Ex T-jjiuâvoy Içayov, êx xu[i.6à>,ou
(TÛ[i.6o)ia;

ëitiov* èxepvo<p6pifi<Ta' ûtto

tov Ttaoràv Otcéôuov.

TaOra

oùx wêpi; ta

où x^^^^

't* [i-jffxripta;

MELANGES.
sont pas les

4îil

mêmes en

latin

et

en grec,

c'est pent-être

parce que,

mot de passe dans la bouche d'un myste au moment de pénétrer dans l'intérieur du temple, il ne pouvait plus lui faire dire « j'ai pénétré dans la chambre nuptiale ». Il serait peu critique de bloquer les deux textes. Firmicus introduit une idée spéciale avec moriturus. Ce mot est remplacé par introitunis dans l'édition de
mettant
le
:

Vienne. C'est plus naturel, mais trop naturel, et Dieterich

(1)

a eu
(2).

sans doute raison d'interpréter ce moriturus d'une mort mystique

Nous avons vu que d'après Salluste, les mystes buvaient du lait comme étant nés de nouveau. Us étaient donc censés morts auparavant. Peut-être aussi, Firmicus pensait-il en chrétien à la
tuelle qu'encourait tout initié à ces mystères
serait parallèle à

mort
:

spiri-

du démon

moriturus

vitam semper fugias, morlem requiras (3). Quoi qu'il ne vaut que pour son époque, et si ce début a obligé à modifier le texte de Clément, c'est pour faire place à une conception nouvelle. Clément, plus ancien, informé plus directement, et plus

en

soit, le texte

complet, doit être préféré.

La première moitié de sa formule (i) fait allusion à un repas sacré. à une sorte decantilène des « moines mendiants » « je vis du tympanon, je bois grâce à ma cymbale », mais ce sens ne concorderait pas avec les aoristes de Clément qui indiquent une seule circonstance, un fait passé. Il s'agit non seulement d'un repas sacré, comme les anciens en ont tant pratiqué, mais d'un repas d'initiation. On le prenait sur le tympanon, en buvant à la cymbale, légèrement creusée. Mais est-ce une raison pour le comparer à l'Eucharistie?

On pourrait penser

:

Pour M. Hepding, la chose ment du pain et du vin est un
discuter cette aberration.
M. Loisy (5)

est

aisée

:

Abercios qui connaît

l'ali-

initié d'Attis!

Ce n'est point

le lieu

de

avoue que nous ne connaissons pas le menu, mais il insinue nettement et fortement que l'aliment et la boisson étaient le F^irmicus, en reprochant sa faute au pain et le vin. Les arguments?

myste, lui dit

:

« C'est

un autre aliment qui donne

le salut et la vie...

(1) (2)

Eine Milhrasliturgie,

p. 103.
d'isis,

On
iii,

l'a

retrouvée aussi dans les mystères
et

nium mortis
(3)
(4)
3.

calcato Proserpinae limine per

Apul. Metam. xi, 23 Accessi omnia vectus elementa remeavi.
:

confi-

Le scoliaste de Platon (Gorgias 497 c) a entendu la formule des mystères d'Eleusis. C'est une erreur. Mais il est assez probable que la formule d'Eleusis a servi de modèle

aux mystes
(5) L.

d'Attis.

L, p. 314.

452

REVUE BIBLIQUE.

Recherche le pain du Christ, le breuvage du Christ. » iMais on avouera que les mots « un autre aliment » suggèrent un contraste aussi bien qu'une analogie, et que le reproche se justifie, quels qu'aient été Taliment et la boisson. Seconde raison Les produits du sol sont un don d'A.ttis, sont, en un sens, Attis même qui, dans sa liturgie, était qualifié « épi moissonné vert », de même que Firmicus l'assimile au grain moissonné, et Porphyre aux fleurs du printemps. Mais nous avons déjà vu qu'At:

dans la liturgie mais dans une invocation chantée au théâtre, cantilène du syncrétisme le plus extravagant; l'explication stoïcienne de Firmicus est assez isolée, et ne concorde pas avec celle de Porphyre.
tis

n'est pas l'épi vert

Troisième raison. Il ne faut pas oublier qu'on s'abstenait de pain et de vin pendant le jeûne de mars et que « sans doute la participation au pain et au vin devait avoir une signification particulière dans les cérémonies des Hilaria, le jour de la résurrection d'Attis; qu'elle

marquait et opérait la communion à Attis vivant » Quoi qu'il en soit de la résurrection d'Attis, nous attendons toujours la preuve qu'on
.

consommait du pain
Est-ce parce

et du vin solennellement le jour des Hilaria. qu'on s'en privait auparavant, comme nous faisons pour

les œufs de Pàque? Mais nous avons établi, semble-t-il, que, outre le jeûne de mars, les Galles pratiquaient une abstinence perpétuelle de

parmi lesquels en premier lieu le pain. 11 n'y a donc aucune raison de croire qu'on initiât les mystes à leur culte par un repas de pain. M. Loisy ne veut pas « considérer comme certain que le symbolisme des rites phrygiens était aussi nettement conçu et exprimé que celui des rites chrétiens ». Il faut lui savoir gré de cette modération. Mais c'est encore beaucoup trop de dire « qu'il existait donc une véritable analogie entre le repas mystique d'Attis et la cène du Christ, et que l'une pouvait être aussi bien que l'autre commémorative d'une passion ». La commémoration de la passion, nous la connaissons déjà et nous allons la retrouver. Quant au repas avec le tympanon et la cymbale, il se réfère beaucoup plus directement à Cybele qu'à Attis. Et est-il bien sûr que nous ne sachions pas en quoi il consistait? Salluste, après avoir parlé de l'arbre coupé et du jeûne
certains aliments,
:

dépasse encore la discrétion de Julien et passe sous silence la scène du sang. Mais il dit « on se nourrit de lait, comme si l'on venait de
:

naître, puis viennent des réjouissances et des couronnes, et

comme

un retour vers
(1)

les

dieux

(1) ».

Le breuvage rituel

était

donc un breu-

Fragm.

phil. graec. JII, 33.

MELANGES.

453

vage de
et

lait.

Et ce n'est point une innovation tardive. Ovide (1) a
Il

interrogé sur le festin sacré offert à la déesse.

se

composait de

lait

d'herbes. Et l'on perpétuait cette modeste réfection, qui étonne le

poète, en souvenir des temps primitifs; explication vraisemblable et

d'accord avec
N'est-il

le

caractère conservateur des

rites.

pas très naturel de conclure que c'étaient des herbes qu'on
le

et du lait qu'on buvait dans la cymbale? au repas de la déesse, s'initier à son culte, selon les idées normales de l'antiquité. Il est vrai que cela ne va pas jusqu'au caractère sacramentel, ni surtout jusqu'à l'idée de consommer le

mangeait sur

tympanon,

C'était participer

que cela n'a aucun rapport avec sa « Passion »..., mais il les choses comme elles sont, au risque de ne pas les trouver semblables aux sacrements du christianisme. Quant à l'idée de renaissance, proposée par Salluste, elle est en contradiction avec l'opinion officielle d'Ovide. Nous avons là un précieux indice des changements opérés dans le sens donné aux mystères. Après le repas sacré, investissant pour ainsi dire par le tympanon et la cymbale, Clément place la keniophorie, c'est-à-dire l'action de porter solennellement le kenios. Le kernos était un vase de terre sur lequel étaient appliqués un grand nombre de kotyliskoi, ou vases plus petits. On le portait sur la tête. Dans les mystères d'Eleusis il était destiné à contenir un gâteau de fruits, probablement dans la
dieu..., et

faut prendre

partie centrale,

et,

dans
sol,

les petits godets, des échantillons

des prin-

cipaux produits du

miel, huile, vin,
(2).

lait,

froment, orge, sauge,
la Mère, définit

pavot, pois, lentilles, etc.

Mais un scoliaste, à propos du culte de
le

Rhéa ou de

kernos

comme un

cratère mystique on l'on plaçait des

lampes
objet

(3).

Rien de plus naturel que de supposer de petites lampes placées dans
les godets, l'intérieur

du vase étant réservé pour un autre
tête.

(4).

Dans
le

le

culte de la Mère etd'Attis,

comme dans les mystères d'Eleusis,
On
connaît des

kernos était porté et sûrement sur la
Fastes,
iv,

kemo-

(1)
«

367 ss.

herbosum », dixi, « posuisse morelum In dominae mensis an sua causa subest? » « Lacté mero veteres usi memorantur et herhis, Sponle sua si quas terra ferebat », ait. « Candidus elisae miscetur caseus herbue, Cocjnoscat priscos ut dea prisca
ptidet
cibos. »
(2)

Non

Article kenios. par L. Colve, Dictionnaire des antiquités, d'après le texte d'Athénée,

XI, p.
(3)

476

/'

et 478 c et les découvertes archéologiques.

Schol. de Nicandre,

Alexiph., 217

:

xepvoipôpo;'

V)

xoù;

xpaTïjpaç

çspouaa

îépEia.

xÉpvouç ^aTc Toùc jX'^TTixoyç xpatr.pa;, È9'
(4) Il

wv

Xu^^vojç Ti0£a<Ttv.

y avait ordinairement à Eleusis un couvercle percé de trous, ce qui pourrait

suggérer que l'intérieur lui-même contenait un objet brûlant. Mais porté sur la tête?

comment

l'aurait-on

454

REVUE BIBLIQUE.
Nicandre de Colophon, une kernopersonne qui a le soin du sanctuaire et de l'autel de Une épigrarame de TAntholog-ie fait de /.épvaç, pour kernoGalle (2).

'phores par la littérature. D'après

phore

est la
(1).

Rhéa
phore

le

synonyme de
le

Les inscriptions font connaître aussi deux kernophores

femmes

(3).

Que contenait

kernos du culte d'Attis? Nous ne pourrons le

déterminer qu'après avoir parlé du taurobole. Pour ne point ouvrir une trop longue parenthèse, disons dès maintenant que l'objet porté en si grande cérémonie était très probablement le débris de la mutir lation des hommes ou des taureaux. Le dernier terme de la formule de Clément se comprend aisément y-b Tbv -ajTcv Jzéc'jiv, « j'ai pénétré dans la chambre nuptiale ». Mais l'initié ne peut prétendre plus que le Galle. Il est introduit dans le cnbiculum (i) de la déesse, non pas pour partager sa couche, mais pour y jouer le rôle de l'eunuque a cuhkulo, il est maître de chambre (5), dans l'ordre religieux s'entend, et avec tous les privilèges qu'un fidèle serviteur de la divinité peut attendre d'elle. Des imaginations malsaines sont allées beaucoup plus loin. On en pensera ce qu'on voudra, pourvu qu'on ne mette pas en avant le symbolisme de la fécondité. IL L'initiation devait naturellement accompagner la grande fête du printemps. Les termes de Salluste sur les « nouveau-nés » sont enchâssés dans les rites de la fête publique. Rien de plus naturel d'ailleurs, que de conférer l'initiation au moment des fêtes principales. Tel est le Raptéme à Pâques. Mais quoi était le rapport du taurobole- avec les fêtes et avec L'ini:

tiation? La question est plus délicate.

semble bien qu'au iv' siècle le rite du taurobole ait été regardé comme un rite d'initiation, un baptême sanglant. C'est, à vrai dire, l'effet que produit la description si souvent citée de Prudence, et où l'on s'accorde aujourd'hui à bon droit à reconnaître un taurobole. On la trouvera en note fO). .le cite ici le résumé
Il

(1)
(2)
(3)

Nicandre, Alexiph., 217
Anfh.,
VII,

:

r,

ôtj x£fvo;pôpo; l^axopo; |ia)[iî(7Tpia 'PesV,;.
:

709. Si J'étais né à SarJes
:

zépvaç

yjv

ti;

âv

rj

paxÉXa:.
.

CIL.

II.

179

malri,.. Ideae Phrii(ine) Fl{nvia)

Tyche cernopkorla.)
filiae

et CIL. x, 1803

Heriae Victorinae
(4)

<c>

aernophoro M. Herlus Valerianus
signifie

dulcissimae.
6a).a-

CIL., X, 6423.
tout ce que

(5) C'est
(j.y)7t6>,o;.

Anthoi. Pal.,

vi,

220, 3

:

'Ayvô; "Attj;, KjoûXt);

(6)

Sumrnus sacerdos nempe sub

terrain scrobe

Acta in profundum consecrandus mergitur, Mire [lire mitra) infulatus, festa vittis tempora

MÉLANGES.
qu'en donne M. Espérandieu
d'or, portant
:

433

i

« Le front paré d'une mitre et d'une une robe de soie qui était rabattue jusqu'à la ceinture, et laissait ainsi toute la partie supérieure du corps à découvert, la personne qui devait recevoir le taurobole entrait dans une fosse recouverte d'un plancher percé de trous. On amenait ensuite le taureau sur ce plancher, et on le sacrifiait en lui enfonçant, dans la poitrine, un long couteau, d'une forme particulière. Le sang qui sortait se répandait sur le plancher et, de là, dans la fosse où il coulait sur le dévot qui s'en imprégnait tout le corps. On peut se demander si la haine du poète pour les païens ne lui a

couronne

pas

fait

exagérer l'avidité avec laquelle

le

taurobolié devait recevoir

Nectens, corona

tum repexus

aurea,

Cinctu gabino sericam fultus togam.
Tabulis superne strata texunt pulpita,

Rimosa

rari

pegmatis compagibus

:

ScinduQt subiode, vel terebrant aream,

Crebroque lignum perforant acumine,
Pateat minutis ut frequens hiatibus.

Hue

taurus ingens fronte torva,

et

hispida,

Sertis revinctus aut per arraos floreis,

Aut impeditus cornibusdeducitur Nec non et auro frons coruscat hostiae,
:

Setasque fulgor bractealis

reficit.

Hic, ut statula est imniolanda bellua,

Pectus sacrato dividunt venabulo,
Eructât

amplum

vulnus undarn sanguinis

Ferventis, inque texla pontis subditi

Fundit vaporum Uumen, et late aestuat.

Tum

per fréquentes mille rimarum vias,

lUapsus imber, tabidurn rorem pluit, Defossus intus quem sacerdos excipit,
Guttas ad omnes turpe subiectans caput,

Et veste,

et omni putrefactus corpore. Quin os supinat, obvias offert gênas, Supponit aures, labra, nares ubiicit, et ipsos perluit liquoribus
:

Oculos

Nec iam palalo parcit, et linguam rigat, Donec cruorem totus alrum combibat. Postquam cadaver sanguine egesto rigens

Compage ab

illa tlainines

retraxerint,

Procedit inde ponlifex, visu horridus,

Ostentat udurn verticem, barbam gravem,
Vittas madentes, atque amictus ebrios

Hune inquinatum

talibus contagiis,

fabo recentis sordidum piaculi, Oranes salutant atque adorant eminus Vilis quod illum sanguis, et bos mortuus Foedis latentem sub cavernis laverlnt.
:

[Perist., X, 1010-1050).

456

REVUE BIBLIQUE.

ce sang brûlant sur la tête, le front
dilatées, la
et,

penché en
le

arrière, les narines

bouche grande ouverte. Lorsque

taureau

était

mort,

sans doute, après le sacrifice concomitant d'un bélier, le taurobolié

sortait

de

la fosse (1). »

M. Espérandieu n'a pas hésité à appliquer à un taurobolié quel-

conque la description de Prudence. Retenons que le poète parle du grand prêtre, qui est probablement l'Arcliigalle. Ce dernier avait droit par son rang à des hommages spéciaux. M. Loisy le reconnaît
:

«

Il

n'est

pas sûr qu'on adorât de
».

même

tout taurobolié sortant

du
pas
par

bain sanglant
adorare,
«

Mais ce

mot

à' adorer

qui exagère le sens
)i,

du

latin

rendre

hommage en

se

prosternant

ne

lui parait

trop

fort,

même
il

pour un myste ordinaire, car
est

le rite « est celui

lequel le candidat à l'initiation est identifié au dieu mourant et
ressuscitant...

du taureau
fit

sortir

portait le

mort avec Attis, il est Attis mort; mais le sang sang divin d'Agdistis et d'Attis, ce sang qui jadis de la terre et l'amandier et les violettes, l'amandier qui germe du nouvel Attis: ce sang régénère l'homme qui git
est le
il

dans cette tombe;
Attis (2) ».

lui

communique

la vie d'Attis,

il

le fait renaître

M.

Cumont

distingue deux époques. Primitivement, en répandant

sur sa personne le sang
fuser dans ses
l'influence

du taureau égorgé,
la force
«

« l'officiant

croyait trans».

membres

de
fait

la

bête redoutable

Puis, sous

du mazdéisme,

qui

d'un taureau mythique l'auteur
pratique sauvage prit

de la création et de

la résurrection, la vieille
».

une

signification plus spirituelle

Le sang, principe de vie, fut censé
temporaire, soit

communiquer une renaissance
de Tàme.
«

soit

même

éternelle

La descente dans la fosse est conçue comme une inhumation, une mélopée funèbre accompagne l'enterrement du vieil homme qui meurt. Puis lorsque, grâce à l'aspersion sanglante, il est revenu purifié de tous ses crimes à une vie nouvelle, on le regarde comme semblable à un dieu, et la foule l'adore respectueusement de loin (3) »,

On
daire,

le voit, M.

Cumont

a eu soin de faire

une place, quoique secon-

au concept principal du rite, la rémission des péchés, et il est trop bien informé pour faire du taureau un Attis, communiquant la vie divine à l'initié devenu Attis. La rémission des péchés est en efi'et le seul point qu'indique PruDictionnaire des antiquités, au mot Taurobole.
i.
l.,

(1)
(2)

p.

323, cf. p. 324

:

«

La régénération par un Sâng
une
vieil

divin, qui n'est qu'une
-'.

métaphore dans l'économie des
v3)

rites chrétiens, était ici

réalité

Bel. orient., p. 102
(jue le

s.

Ce

homme,

cette vie nouvelle

rappellent-ils

vraiment

le

mazdéisme plus

christianisme?

MÉLANGES.

4S7

on rendait des hommages au tauroboiié, c'est qu'on le regardait comme lavé, c'est-à-dire de ses fautes. Rien de plus, et c'était bien quelque chose, car cela conduisait en effet à l'idée d'une vie nouvelle. iMais rien ne fait supposer que ce soit par la vertu divine elle est commune d'Attis. Il y a bien dans le rite une idée mystique Hébreux donné une formule aux lui l'épître a et toute l'antiquité, à
dence
(1). Si
:

saisissante
il

:

Sans effusion de sang,

il

n'est

pas de rémission

(2).

Plus

y a de sang répandu, et mieux ce sang est appliqué au coupable, il est sûr du pardon, tel est le principe évident du taurobole. Mais la vertu du sang est de laver, par effusion, non de régénérer par mode de potion. Ce point est souvent méconnu parce qu'on ne
plus
serre pas d'assez près le texte de Prudence.
« il humecte sa langue de sang noir et le boit Du coup nous sommes transportés dans une scène pour si Ton ne mange la chair crue où l'on boit le sang, W. Robertson ensuite avec admettra bête. On vertu d'une s'assimiler la Smith que la victime est en même temps le dieu, et voilà un festin qui ressemble au rite eucharistique; on nous dira que le sang bu communique la vertu d'Attis. Mais c'est s'écarter en même temps et parce du baptême sanglant, et du texte. La langue est arrosée, comme parties du corps, toutes les qu'il faut que le sang coule sur

M.

Cumont

traduit
».

:

avidement

(3)

— —
il

les

yeux

et le palais.

Mais ce n'est pas la bouche qui boit tout le
le

sang;

c'est le

tauroboiié tout entier qui absorbe

sang

(4)

;

pénètre

par tous

les pores.

Par conséquent ce que

le

poète a en vue par cette

métaphore un peu forte, c'est l'aspersion du sang. Nous ne nions pas que le sang puisse être employé à un rite d'union (5), de consécration, et c'est bien le cas lorsque les vires étaient jetées dans le
marqué par lauteur du Carmen contra paganos, qu'on Nicomaque Flavien (consul en 394). Voici ce qu'il dit du taurobole
:

(1)

C'est aussi le but

croit

dirigé contre

quis tibi taurobolus vestem mutare suasit,
inflatus dives subito

modicus ut

esses.

Obsitus

et

pannis, modica stipe factus epaeta,
raissus,

Sub terram
vivere
éd. de
Il,

poUutus sanguine

tauri,

Sordidus, iufectus, vestes servare cruentas,

cum

speras viginti

mundus

in annis?

dans Hermès, 4, p. 350-363, vers 57 ss., cité dan? Rosch. Lex. mtjth.. Dans cette description, conforme pour le rite à cell de Prudence, on voit que le grand seigneur devait, pour recevoir le taurobole, se mettre dans la tenue d'un mendiant, comtne les accusés chargés de crimes.
2,

Mommsen

C. 2915.

(2)

Heb., n, 22.
100.

(3) Rel. orient., p.
(4)

Donec cruorem
Études sur

totus

atrum combibat. Noter
sémitiques,
2' éd., p.

totus et non totum. 260; Hér., m,
8.

(5)

les religions

458

REVUE BIBLIQUE.

sein de la Mère, mais

quand

le

sang de

la

victime, au lieu d'être
le rite

porté sur l'autel est répandu sur l'offrant, c'est
qui
est

expiatoire

donc au taurobole son caractère propre. Si on veut le rapprocher d'un sacrement chrétien, c'est au baptême seulement qu'il faut le comparer, au lieu de confondre les deux notions si distinctes d'aspersion expiatoire et de banquet d'union. Il est vrai que le baptême chrétien est un rite d'union (1). Le fidèle est incorporé au Christ, il meurt avec lui et ressuscite avec lui. Mais le sang" n'est pas versé dans le baptême. Ce qui purifie le fidèle, c'est le sang versé par le Christ; il ne peut en recevoir l'application s'il n'est uni au Christ. Uni au Christ mort et ressuscité, il commence vraiment une vie nouvelle dont il a le principe en lui, l'Esprit du Christ. Dans le taurobole la victime est présente et le sang est versé. Il n'est pas question d'union mystique avec la passion d'Attis. Et l'on n'a vraiment pas le droit de regarder le taureau comme un être divin, du moins dans le culte d'Attis (2>. Car, même si l'on accordait, contre toute raison, que le taureau soit à la fois victime et divinité, il n'a aucun titre à être confondu
et c'est ce
les anciens. Laissons

exprimé,

qu'ont compris

avec

Attis.

Il

n'est pas consacré à Attis,
le

mais à

la déesse.

Et enfin

au

moment où

taurobole

fait

rage, Attis n'est point une victime

a droit,

une divinité puissante, associée à la déesse, qui un sacrifice. Et cela est si vrai que, le taurone pouvant lui bole être offert, même par concomitance, du moins d'une façon normale, on a voulu lui offrir à lui un sacrifice partiofferte à Cybèle, c'est

comme

elle, à

culier, le criobole.

Le criobole n'est presque jamais mentionné seul

(3). Il

n'apparaît,

dans
les

le culte

de

la

Mère et d'Attis, qu'après

le

taurobole

(4), et,

quand

deux sacrifices sont mentionnés, il est au second rang, comme lui-même. M. Cumont en a conclu que le criobole était secondaire, n'ayant été ajouté que pour faire place à Attis à côté de la Mère; quoi qu'il en soit, Attis n'était donc pas représenté, ni incarné dans le taureau. Le sang du taureau n'étant point un sang divin, ni spécialement le sang d'Attis, il resterait à trouver ce sens dans le criobole. Mais ce serait avouer que le rite d'union est étranger
Attis
Rom.,

(1)

VI,

1

ss.

(2) Il
(3)

en serait autrement dans certains cultes de Dionysos. Exceptions, citées par Cumont, dans Pauly-Wissowa,
IX,

art.

Criobolium, CIL, vui,
ap.
J.-C.

8203;
(4)

1538; xiv, 41.

D'après M.

Cumont

(1.

I.)

la

première mention

e.st

de 228

;

CIL,

ix,

1538.

MÉLANGES.
au taurobole,
j

459
rite

le sacrifice principal, et

de quel droit l'attribuer au

secondaire ?
Il

est

donc

très arbitraire et

même

contraire au sens avéré des rites

de voir dans le taurobole l'union à Attis mort et ressuscité. Et nous pouvons bien rappeler ici le peu de crédit qu'on doit faire, du moins pour les deux ou trois premiers siècles, au dogme de la mort et de la résurrection d'Attis. Si l'on note encore que la mystique de M. Loisy est moins une exégèse du rite que du mythe sous une forme spéciale, la plus compliquée mais non pas la plus connue, on sera porté à croire que les idées des initiés étaient plus simples, et, surtout au début de l'empire, moins semblables au symbolisme chrétien. Est-il même aussi certain que M. Loisy le dit si volontiers, que le taurobole soit essentiellement, et dès les origines, un rite d'initiation (1)?
J'ai

déjà concédé qu
soit

il

a pris ce caractère, mais

il

semble bien

qu'il

ne

pas primitif.
n'était,

Le taurobole de

en

efl'et,

à l'origine qu'une manière spéciale

sacrifier le taureau, quelle-que soit la divinité, à laquelle allait le

que M. Cumont a prouvé. En fournissant l'étymodu mot, il a indiqué en même temps quel était le taurobole primitif. Rien de plus public, et qui s'éloigne davantage de l'idée que nous nous faisons d'une initiation personnelle aux mys« Suivant une coutume répandue à l'époque primitive dans tères tout l'Orient, les seigneurs d'Anatolie se plaisaient très anciennement à poursuivre et à prendre au lasso les buffles sauvages, qu'ils sacrifiaient ensuite aux dieux... Peu à peu la rudesse de ce rite primitif s'atténua, et il se réduisit à n'être plus qu'un simple jeu de cirque. On se contentait à l'époque alexandrine d'organiser dans l'arène une corrida, où l'on s'emparait de la victime destinée au sacrifice. C'est là le sens propre des mots taurobole, criobole (TaupcSôXiov, /.pto6ôXiov), restés longtemps énigmatiques. Ils désignaient l'action d'atteindre un taureau, un bélier à l'aide d'une arme de jet, probablement la lanière d'un lasso. Cet acte lui-même finit sans doute, sous l'empire romain, par se réduire à un simple simulacre, mais on continua toujours à se servir, pour frapper la bête, d'une arme de vénerie,
sacrifice. C'est ce

logie la plus naturelle

:

dun
S'il

épieu sacré

(2) ».

y a dans ces lignes une part de conjecture,

elle est limitée

à la

(1) «

Le taurobole est en
»
[l.

soi

un

rite privé, d'objet

personnel, et

il

appartient aux rites

de

l'initiation

L, p. 311).
s.

(2)

Rel. orient., p. 101

460

REVUE BIBLIQUE.

nature de l'arme de jet. iMais le fait de la chasse imitée a été emprunté par M. Cumont à une inscription de Pergame (1) du temps d'Attale III et qui est la première à contenir le mot de criobole (xpic6iXiov). Des jeunes gens s'emparaient du bélier qui était ensuite sacrifié (2). Il est d'ailleurs probable que ce criobole a fait partie des mystères des Cabires, mentionnés au début du texte. Le taurobole ne paraît à Pergame que longtemps après; toutefois l'inscription qui le mentionne est encore la première à en parler. Cette inscription, malheureusement très mutilée, contient la liste des personnes qui se sont cotisées pour offrir des sacrifices (3). Le nom du taurobole paraît deux fois, et aussi le sacrifice d'un taureau. L'inscription faisant vraisemblablement partie du Trajaneum, les éditeurs ont pensé que ces cotisations avaient en vue les fêtes trajaniennes. On a supposé que le taurobole était consacré à la grande Mère (4), mais les lacunes de l'inscription ne se prêtent pas à linsertion de son nom. Attis est demeuré jusqu'à présent inconnu à Pergame. Et, quoi qu'il en soit de la divinité à laquelle a été offert le taurobole,
il

se présente ici

comme

tout autre sacrifice et offert par cotisation,

sans que personne soit appelé à en bénéficier
tiation

comme

d'un

rite d'ini-

ou d'un baptême sanglant.
essayé de prouver que le taurobole avait été
la déesse

M.

Cumont a même

Ma, la déesse sanguinaire de la Cappaont que les Romains assimilée doce à Bellone, et qu'il n'a fait partie du culte de la Mère qu'au ii" siècle après J.-C. Cette partie de sa thèse paraît moins solide. Peut-être le taurobole a-t-il été pratiqué en l'honneur de Ma parce qu'on l'identifiait plus ou moins avec la grande Mère des dieux. C'est du moins ainsi que je comprends les textes allégués par M. Cumont. Il résulte de deux inscriptions latines (5) dont l'une a été mise au jour en 1887 à Kastel près de

d'abord propre à

après la publication des lascriptions de Pergame, et publiée par (1) Découverte M. Schrôder, Athen. Mlth., 1903 p. 152 ss. cf. Cumont, Revue archéologique, 1905
;

A, p. 29.

tûv véwv aùioO xal xaXXteprjôÉvToç (Insc. 1. 27). Die Inschriften von Pergamon, Berlin, 1895; n° 554. Les éditeurs ont montré que cette inscription est antérieure à celle de l'an 134, la plus ancienne alors connue, car elle est du temps de C. Aulus Iulius Quadratus, après l'an 105, mais sûrement avant 134, car ce personnage (déjà Arvale en 72) n'a pas dû vivre jusqu'à cette époque. (4) La grande Mère avait passé ou séjourné à Pergame en se rendant à Rome, mais son culte ou diminua considérablement, ou se transforma, car c'est elle probablement qui est désignée comme la Mère Reine cf. n"' 481-484 et n" 334 (n« siècle ap. J.-Cl
(2)

y.paTTiÔévTO? ûtio

(3)

:

:

leKoûvôo;
(5)

ix-jo-ry);

MTi[T]pb;

pa(T[i>.]ïiaç.
litl.

Cu'MONT, Le taurobole et le culte de Bellone, dans la Revue d'hut. et de

rel.,

1901, p. 98 ss.

MÉLANGES.

461

Mayence que les dévots de Bellone ont fait un sacrifice en l'honneur de la maison divine le 24 mars (224 ap. J.-C.) et qu'ils ont rétabli leur petite colline vaticane. Or le 24 mars est précisément le jour du sang dans le culte de la Mère, et ces collines vaticanes étaient des tertres élevés à l'imitation du Vatican de Rome, le principal foyer des tauroboles romains. Et si Etienne de Byzance parle du taureau immolé à Ma, c'est comme identique à Rhéa qui est Cybèle (1). Mais si Bellone ou Ma est plutôt l'emprunteuse, le fait même de l'emprunt prouve que le taurobole n'était pas à l'origine un rite d'initiation, car on n'eût pas emprunté un rite essentiel d'initiation. Sur ce point la démonstration de M. Cumont conserve donc sa valeur.
Bellone ne fut pas
la

la seule à

recevoir des tauroboles. Sans parler de

Minerve de Bérécynthe (2) à Bénévent le premier taurobole connu par une inscription latine, en l'an 134 ap. J.-C, a été administré sur
l'ordre de la Vénus Caelestis (3).

Cependant M. Cumont doit avoir raison de nier que le taurobole ait été usité dans le culte de Mithra du moins on n'en a aucune preuve (4).
;

En
de

fait, il était

pratiqué, sous l'Empire, avec

le

criobole, en l'honneur

la

Mère des dieux

et d'Attis. et cette quasi-appropriation

indique

que le taurobole était une tradition propre à ce culte. Mais ce n'est point une raison pour y voir un rite d'initiation. Ce qui prouve plutôt le contraire, même sous l'Empire, c'est qu'il était offert pour l'empereur et la famille impériale. C'est même ce qui est attesté le plus souvent. Or il n'est pas naturel qu'un rite aussi personnel que l'initiation ait été accompli très solennellement en faveur du souverain, non seulement avec le concours des prêtres, mais dans des cérémonies qui intéressaient toute une cité. A cela, M. Loisy répond qu'il y avait deux sortes de tauroboles, les privés et les publics. Et quant à prétendre que le taurobole public
assez bien

(1)

Steph. Byz. sub v° MiTTavpa

i/.x'/v.-o

oè xal

f,

'Pia

Ma

xa't

ta^ço: xjty) lôySTO napà

AûSot;.
(2)

CIL,

IX,

1538 à Béaévent, en 228;

cf. ix,

1539, 154u et
à la

1541.

On

serait porté à assi-

miler cette

Minerva Berecinti ou Paracentra
le

complète est exclue parce que dans les que la Mère des dieux est nommée dans une personne différente.
:

grande Mère. Mais une identification quatre cas Attis est nommé le premier, et parce
corps de l'inscription n°' 1538 et 1540

comme

3) CIL, X, 1595 ecitium (pour aegitium, sacrifice d'une chèvre.' crioiïole.') iaurobolium Veneris Caelestae et pantelium, Herennia Fortunata, imperio deae, per Ti. Claudium

Felicem sacerdotem, iterata est. (4) Des deux inscriptions citées par M. Espérandieu, art. Taurobole dans le Dictionnaire de Saglio, l'une CIL, vi, 509 est expressément dédiée dans le grec à la Mère des dieux et à Attis, l'autre CIL, vi, 736 est fausse. Dessau revendique dubitativement pour Mithra ses numéros 4158 et 4159 (CIL, v, 6961 et 6962), mais sans donner de raisons.

462

REVUE BIBLIQUE.

en faveur de l'empereur a été le plus ancien, « autant vaudrait soutenir que les fidèles de Gorinthe ont commencé par se faire baptiser dans l'intérêt de leurs parents défunts, et qu'ils ont trouvé ensuite opportun de recevoir le baptême pour leur propre salut (1) ». Mais
cet

argument suppose toujours ce qui est en question, et que M. Loisy répète sans le prouver, « que le taurobole et le criobole sont essen», et le sort

tiellement des rites d'initiation (2)

de

la dévotion

de cer-

tains fidèles de Gorinthe suggère plutôt le contraire. Ges fidèles, ini-

au christianisme par le baptême, avaient imaginé de se faire baptiser pour leurs morts (3). Idée bizarre et qui n'eut aucun succès, précisément parce que l'initiation est une chose personnelle qui ne
tiés

vaut que pour celui qui se fait initier. Au contraire la Messe, qui est un véritable sacrifice, est applicable aux vivants et aux morts. Si l'on applique si fréquemment le taurobole à l'empereur, c'est comme
sacrifice,

un

sacrifice relativement coûteux, et

dont la vertu expiatoire
était
offert à la suite

était considérable.

Enfin, de

même

que

les autres sacrifices,

il

d'un

vœu ou parce que

la

déesse le demandait. L'initiation était,

au contraire, plutôt spontanée. Le candidat était pressé de se soumettre aux épreuves par son intérêt. Il pouvait se croire invité par la divinité, mais on ne voit pas figurer dans les initiations, comme dans les sacrifices, la formule ex-voto (4), ex imperio Matris (5), iussu ipsius (6)
(de la Mère), ex vaticinatione archigalli
(7).

Le taurobole que nous serions
rite d'initiation, celui

le

plus porté à regarder

comme un

qui suivait la scène sanglante du 24 mars, était
le salut

un taurobole
croit le savoir

oifert

solennellement pour

de l'empereur. On

par Tertulhen (8) qui se moque de l'archigalle, ignorant, le 2i mars 180, que Marc-Aurèle était déjà mort depuis le 17. Évidemment la même erreur pourrait être le fait d'un évêque chré-

(1)

Loc. L,
Loc.
l.,

p. 319.

(2)

p. 320.

(3) I
(4)

Cor. XV, 29.
XIII, XIII, XII,

CIL,

175'4,

à Lyon, cela dura plusieurs jours, en 197.

(5)
(6)
(7) (8)

CIL,
CIL,

1751, à

Lyon en

160.

4321.

CIL, vni, 8203, etc.
Apol. XXV
:

cum Marco Aurelio apud Sirmium reipublicae exempto die decimo Kalendarum aprilium, ArchigaUus ille sanctissimus, die nono Kalend. earumdem, quo sanyuinem impurum, lacertos quoque castrando libabat, pro salute imperatoris Marci iam intercepH solita aeque iinperia mandavil. Ces derniers mots doivent les ordres accoutunaés au nom de la déesse, en lui s'entendre il donne quand même non ante Cybele laissant l'honneur et la responsabilité, comme le prouve la suite
sexto
: :

cognovii...

MÉLANGES.
tien priant

463

pour la santé de quelqu'un dont il ignore la mort. Si de l'apologiste a sa raison d'être, c'est sans doute parce que l'archigalle avait rendu un oracle demandant le taurobole au nom de
l'ironie
la

déesse, ex vaticinatione archigalli.
Officiellement, le taurobole est

un

sacrifice très solennel qui a seutrès

lement en propre un caractère expiatoire diquent les inscriptions anciennes il est
;

prononcé,

le

seul qu'in-

très

invraisemblable qu'un

rite

d'initiation

personnelle

ait

été

normalement pratiqué dans
(1),

l'intérêt

public, et à la suite de cotisations

exactement
sacrifice

comme
de cette

à

Pergame.
Mais
il

serait

au contraire assez naturel qu'un
le

sorte soit

devenu

signe qu'on s'adonne à
fait le

un

culte,
si

qu'on

s'affilie

à

son clergé, qu'on se
culte étranger

dévot d'une divinité, et

ce culte est

un

auquel on n'est pas rattaché par sa naissance, qui a des pratiques secrètes, on regardera sans doute le sacrifice comme une initiation. C'est bien, semble-t-il, ce qui est arrivé pour le taurobole
(2).

Dans

les inscriptions les plus anciennes, le
:

verbe employé indique
(xii,

un

sacrifice

movit (xiv, 2790

,

cdehrarunt

4321); d'ordinaire

c'est facere, fecit, fecerunt, factum, dans les inscriptions
siècle.
fice le

du second

Ce n'est qu'au m" siècle qu'on voit ceux qui ont offert le sacrirecevoir eux-mêmes (3). En 2il, on rencontre l'expression
est intéressant à

tauropolium accepit.
Le changement
constater à Lectoure, qui a fourni
tant d'inscriptions tauroboliques (i).

Une première série se place soit en 176, soit aux environs de cette année; une deuxième série en 2il et aux environs. Dans la première série on emploie fecit, quand même
s'agit

il

de tauroboles particuliers. A partir de 2il,
XII,

c'est accepit ordi-

(1)

CIL,

4321

:

Matfi deum tauroboUum iussu
il

ipsiiis

ex stipe conlata celebrarunt

publiée Narbon.

vue par Gaston Boissier, La religion 1. Parlant de la fin du iv siècle, Paul « A Allard [Julien l'Apostat, l, p. 32 s.), cité et approuvé par Hepding, s'exprime ainsi cette époque, il n'est plus question de tauroboles oiferts, dans un but patriotique, pour le
(2)

La distinction dont

est ici question a été
I,

romaine d'Auguste aux Antonins,

p. 368,

note

:

salut des

empereurs

et

de leur famille,

comme on

pensée de purification individuelle,
inscri])tioDS de la dernière période
(3)

l'espoir

en rencontre aux siècles précédents du salut de l'âme, paraissent seuls dans
»

:

la

les

du paganisme.

CIL, vui, 8203^ à Milève, pour Alexandre Sévère et
et]...

la

maison divine
fecit.

:

...

[taurobo-

lium

criobolium fecerunt
le

et ipsi suscef^erunt...

(4) xui,

504, le prem.ier cas à Lectoure, 505-509 en 176

ou environ;

Le n" 510 est

retrouverons à propos des vires; 511 fecit pour Gordien, en 241; à partir du a" 512-519, en 241, accepit ou même acceperunt. 520 a fecit, mais est probablement de 176; 523, 524 f., sans date; 522 et 525 sont relatifs aux vires. 521, acceperunt, sans

de 239; nous

date.

464

REVUE BIBLIQUE.

nairement, fecit étant cependant encore employé pour un taurobole offert par Vordo municipal pour Gordien. Peut-être faut-il noter que

dans la première série le monument représente une tète de bœuf et une tête de bélier, tandis que la seconde série, si elle n'a pas complètement renoncé au bucrâne, emploie de préférence la burette [guttus)
sens que accepit, on trouve, en 305, tauou taurobolium criobol. caerno perceptum en 319 (2), oxipercepto taurobolio, en 370, 376, 383, 390 (3). Gela n'empêche pas qu'on ne trouve encore fecit, ou perfecto au iv" siècle, l'expression étant traditionnelle en matière de sacrifices; maison arrive enfin à une expression barbare, employée parce qu'elle exprimait énergiquement l'action du taurobole sur qui le reçoit. Un
et la paiera.
le

Dans

même

robolium percepi

(1),

est taui'obolialîis (i) et tauroboliata (5), et

spécialement tauroboliatus
(7).

Matris
Il

deum

(G),

taurobolié de la Mère des dieux

y a

incontestablement un lien très personnel entre la Mère et

celui qui a reçu le taurobole. Aussi les tauroboles furent-ils

nommés
prêtre

des mystères qui conférait

(8); c'est
le

une sorte

d'initiation taurine

(9), et le

taurobole était un tràdens, un initiateur, agissant au
et

nom

de toute la confrérie, dendrophores

simples fidèles des deux

sexes (10).

même temps un rite plus chaque année pour l'empereur, ce que Tertullien semble indiquer pour le temps de Marc-Aurèle, c'est donc que son efficacité ne durait que pour une année liturgique, du 24 mars au 24 mars.
Rite plus intime, le taurobole devenait en
puissant. Puisqu'on le célébrait
(1) VI,
(2) VI,

497.

508.
509, 504, 501, 503.
il

(3) VI,
(4)

L'expression est employée par Lainpride pour Élagabale [Vita vu), mais
le

a sans

doute employé
390.
(5) VI,
(6)

langage de son temps, et

il

écrivait vers 325; cf.

vi,

1179 Prétextât, vers

1779-1780. Pauline,

femme de

Prétextât.

(7)
(8)

Dessau, 1264, Kamenius mort en 385. Et non point d'Attis.
CIL,
VI,

509, en 370, dans la partie grecque
XploêoÀO-J T£),£T>)Ç
[xuaTtTiôÀoç

:

^[V £Tl T]aUpoê6XoU, Te),eTwv [Upwv à]v£8r|xaT0 pûjxov.

(9) VI,

1779 au dos, 25

s.

le leste

cunctis imbxioi- mysteriis,

lu

Dindy menés Atteosque antistilem
honoras taureis consojs plus.

teletis
(10)

Tradentibus Rannio Salvio eq. r. poiitifice et Claudio Fauslo sacerdotibus una cum universis dendroforis et sacratis utriusque sexus. Deuxième inscription de Maktar, du temps de Probus [Bulletin arch. 1891, p. 529).

MÉr.ANGES.
L'inscription
Céleste, est

465

latine

la
le

plus

ancienne, colle de 13V

à la Vénus

précisément

souvenir d'un taurobole réitéré, mais on

ne

dit pas après quel temps (1). En 376, l'inscription de Faventinus exprime le vœu qu'il vive encore vingt ans, pour immoler de nouvelles victimes, c'est-à-dire

renouveler

le

taurobole

et

le

criobole (2). Et en 390

Volusianus

se;nble avoir de fait renouvelé son taurobole après vingt ans (3). Le

sens de cette rénovation est clairement

du Carmen contra paganos;
vingt ans
:

il

y est parlé

marqué dans un vers déjà cité de la pureté assurée pour

Viverc cuin sperafi riginti

mandua

in

annos
(5),

(4).

Cependant une autre inscription, une seule
souvent

mais qui

est citée

comme si elle avait toujours été la loi du taurobole, donne le taurobolié comme m aetermun renatus. C'est Aedesius, qui, en 376,
avait déjà accompli une longue carrière. L'expression in

aeternum

peut signifiera à jamais

»,

c'est-à-dire

que

le

dédicant n'aurait plus

besoin de taurobole. Était-ce parce qu'il n'espérait pas vivre encore
vingt années? on penserait plutôt que les cérémonies avaient été
telles qu'il n'y avait plus lieu d'y revenir.

Ou bien

était-ce

un

troi-

sième taurobole qui aurait été regardé comme définitif? Mais le mot de ré-Aïa^ws suggère un autre sens. C'est l'expression employée par les
chrétiens pour
III,

le

5).

A

ce

moment on peut

baptême, contenue déjà dans l'évangile de S. Jean qualifier le taurobole de baptême san-

glant. Mais l'inscription se place treize ans après la
l'Apostat.
11

mort de Julien

que l'empereur a voulu effacer les baptême en recourant au taurobole. S. Grégoire de Xazianze l'insinue assez clairement (6). Le mot de renatus semble donc ici avoir été emprunté quoi qu'il en soit des mystères d'Isis au christianisme. Et alors le sens de in aeternum devient clair par
est très vraisemblable

traces de son

:

le

taurobole Aedesius
(1) X,

s'est

assuré l'immortalité
qu'on ne
le

;

l'idée est chrétienne,

1596 iterala est.

A moins

lise

lauroboli

vi...

iterata

est,

auquel cas

c'est

Herennia qui aurait été renouvelée par
teliu[m]'i
(2) VI,

taurobole; mais que faire de ecilium et de

pan-

50i

:

Vota Faoentiiius

bis

déni suscipit orbis. Ut maclet repelens

aurata

fi'onte bicornes.
(3) VI,

512 -.ilerato, viginli annis expletis (awobolii sui, arain constituit et consecravi,

vU. L'inscription
(4) (5)
(6)

502, de 383 ne précise pas le

temps
vi.

:

laurobolio criobolioqne repelito.
510.
To).[j.r][iàtwv

Vers
CIL,

63.
VI,

736 est une lalsilication;
IV,

il

reste

donc

Or. contra lui.

52

:

xxi xà
[/.èv

(ièv

TipÛTov aùtM Tôiv

w;

ol toïç àTro^^ritoi;
:?i[i.â;

i/.v.^o-j xï),>,o)iti!^ô[AîV0'...

ai'jxaTt

oox

ô'^îu tb

XouTpôv àTiopp-jTTTSTat,
cit.,
ii,

tr)

xa6'

TîAîtûffei

Tr|V

xe/,îcw(Tiv

ToO

(i,û(Tou;

àvTiTiOec'ç (cité

par Allard, op.
XVI.

219).

REVUE BIRLIQUE 1919.

N.

S., T.

30

406

REVUE BIBLIQUE.
les mots; c'est
et selon les

comme

baptême,

termes de

une transposition au taurobole des effets du S. Grégoire deNazianze, une initiamystères surtout, font bloc

tion souillée opposée à Tinitiation chrétienne.

A

cette

époque tous

les cultes, et les

contre le

christianisme. Aedesius était Père des Pères de Mithra, hié-

rophante des HécateSj archibucolus de Bacchus (1). Le meilleur moyen de vaincre la religion du Christ, c'était de lui emprunter quelques-unes de ses idées. Nous savons que Julien Ta fait. Ce n'est donc pas ici qu'il faut chercher l'esprit primitif du taurobole, non plus que dans l'inscription d'Hermogène, en 37V, qui
et à Attis, comme « aux de son esprit (2) », S'il a pensé à ses destinées éternelles, le nom d'Hermès ajouté, par une exception sans doute unique, à ceux de la Mère et d'Attis, indiquerait que ces der-

s'adresse à la

mère des dieux, à Hermès

dieux gardiens de son

àme

et

niers n'y suflisaient pas;

comme Hermès,
été.

xxn

un dieu chargé de conduire les âmes psychopompe, ce qu'Attis et Cybèle n'ont jamais
il

fallait

On

a

prétendu cependant que
était

le

taurobolié étant né de nouveau, le

un jour de naissance, un natalicium, nommaient le jour du martyre (3), et Texpression comme les chrétiens ne doit pas avoir été empruntée au christianisme, puisque, pour les chrétiens, le dies natalis n'était pas le jour du baptême, mais celui de l'entrée au ciel. Et, en effet, une des deux inscriptions qui portent le mot de natalicium à propos du taurobole est datée, par les éditeurs du Corpus, de la fin du ii" siècle. Elle est ainsi conçue il/(atri) »/(eum) sacrum). Val. Avita aram tauroboli sut natalici
jour de son taurobole
:

redcliti

d.

d.,

sacerdote Docyrico

Valeriano, arc[h]igallo

Piiblicio

Mystico

(4).

Mais le sens

est-il

bien qu Avita regardait

le

taurobole

comme uu

natalicium?
boli. Elle

Il

est plus

naturel de joindre sui à natalici qu'à tauro-

parle donc du taurobole offert, par le ministère de Tarchisa naissance (5),

galle,
(1)

au jour de

probablement à
lilres

la suite
de
la l'ait

d'un

vœu

Même

accumulation d initiations

avec les plus hauts

de Prélexlat

Kamenius (Dessai', 12f)4). Mairi deum magnae Idaee sumniae parenti, Hcnnae et Allidi (2) CIL, VI, 499 Menolyranno inviclo, Clodius Hermogenianus... taurobolio criobolioque perfecto... diis animae siiae mentisque cuslodibus.
(IV,

1779} et de

:

(3)

Martyre de saint Polycarpe, dans Eusébe,

Jt.

E. iv, 15, 44

:

tv-.v

toC [j.aptvpîov aOrov

fjjjiÉpav ^viih't.w).

Suppl. 52(10; Dessau, 4156. C est l'opinion de l'éditeur, Iliibner; Momrnsen pensait au jour anniversaire du taurobole ou vingt ans aprt'S. M. Hepdinjj; (p. 198^ (|ui jiarle du natalicium tauriboli sui bâtir l'autel du jour de naissance! ne s'est pas préoccupé de reconstruire la ]ihrase
(4) 11
(.">)
:

MELANGES.
[redditi), ensuite

467

inscription

dit

de quoi, selon Tusage, elle éleva un autel. L'autre seulement Nalalici virib. Valer. lullina et lui.
:

Sancla
dire

(1).

L'autel serait consacré aux forces mystiques

du taurobole qui

serait

du natallcium, c'est-àun natallcium. Encore une expression

fort obscure. Les dédicaces

aux vires sont assez nombreuses. Ordinaire-

ment il s'agit des vertus des eaux, de Neptune ou des nymphes (2;. On ne trouve pas viribus taurobolii, qui serait la transition nécessaire
pour accepter lïdentité de taurobolium
et

de nataliciuin, mais seule-

ment

:

Viribus aeterni taurobolio (3),

formule dans laquelle aeterni paraît être une épithète remplaçant un nom divin. Mais ce ne peut être le cas de natalicium. Ce terme a une relation nécessaire non seulement à la naissance, mais au «jour «
de la naissance. Le sens le plus naturel
sacrifice ofïert
ici serait
:

aux vires du

au jour de

la naissance.

Ce jour de

la naissance est-il

celui de la naissance

naturelle ou mystique? Les cas innombrables
la

de sacrifices

ofierts

au jour de

naissance tranchent la question

dans

le

sens naturel.
celui

mot

Beaucoup plus important que le sens de natalicium est vires. Nous arrivons ainsi au point le plus étrange du
La consécration
est

du

sacrifice

taurobolique, la consécration et l'enterrement des vires.

déjà quelque chose de bien étrang-e. Si la victime
le

représentait le dieu

comme on
Il

prétend,

comment

se fait-il

que

les

vires soient consacrées?

tions qui en parlent

(i),

semble, d'après la teneur des deux inscripque, par là, celui qui dédie Tautel s'applique

spécialement la vertu du sacrifice en prenant possession des vires; elles sont consacrées, comme l'autel l'est en pareil cas, par certaines

cérémonies qui accompagnent l'inhumation, embaumement, mise dans un linceul, etc. Car le terme de conditae marque bien une inhumation; il est

employé à
(1) (2)

Die (5),

quand l'enterrement

se

fit

sur

le

terrain

même
cf. v,

CIL, xm, 573.
CIL, V, 4285; d'un côté Nepluno
6961 et 6962
r. s.
l.

m.; de

l'autre côté
;

:

Viribus;

1964,

56i8, 5798, 8247, 8248; xi, lt62 Nyniphis et \iribus Augiistis
(3) V,
:

ix,

3351.
le

Viribus aeterni taurobolio Sempronia Eulocia; dans
Vialor Sablai
fil.
1

second

cas P. Ulaltius Priscus.
(4)

CIL, xin, 525, à Lectoure
facl.

:

Jolium pub.
le luUius.

fecerat,

consacravit. D'après

vires tauri, fjuo proprie per tauroéditeur, Hirschfeld, proprie est en
n" 522, le dédiant est

jppositioa avec publice factum.

La même formule au

Severus
il

fils

I

(5)

Le taurobole

— sans

parler des autres victimes

exigea trois taureaux

;

y eut

468

REVUE BIBLIQUE.
Dans un autre
lieu cas, les vires sont trans-

avait eu lieu le taurobole.

portées [vires tramtulit),
et, s'il

du

du

sacrifice

au lieu de l'inhumation,

faut en croire Dessau,

culte de la Mère, jusqu'à
les cités

du Vatican de Rome, siège principal du Lyon en Gaule (1). Il semble cependant que
de la Mère tenaient à avoir leur petite
(2). Il

fleurissait le culte

colline sacrée qu'on

nommait un Vatican

n'y en avait pas moius

translation, et cette translation,

comme

aussi toute l'inhumation, avait

pour acte préalable
devait élever l'autel.

la prise

de possession des vires par celui qui

premier détenteur des ou taureau? La date du 2'i. mars fut probablement, du moins à Rome, celle d'un taurobole pour Tempère ur, mais c'était bien plus certainement le
Cet acte est mentionné seul dans
cas
le

un

vires est

nommé

par son

nom

:

Eutychès

(3).

Homme

dies sanguinis, le jour
Iliérapolis
(i) le

les Galles s'émasculaient. Si l'on
« le

Galle jetait

débris
sera

«

songe qu'à dans une maison, tenue dès
à conclure

lors de lui fournir

un vêtement, on

amené

Geniina a reçu de cette manière les vires du Galle Eutychès
point d'un taureau.

que Valeria et non

En même temps nous sommes
Si l'on

éclairés sur la nature de ces vires.
cité,

rapproche de ces textes celui que nous avons
les

à propos
il

du

rite

des Galles, d'après la passion de saint Symphorien,
vires sont les

faudra
qui

conclure que
consacrait

organes de

la génération. Celui

recevait les vires d'un taureau leur donnait une sépulture honorable,

un autel au-dessus, absolument comme
:

les vires

des Galles

étaient déposées dans la crypte de la Mère.

M. Jullian a objecté (5)
d'allures qui régnait
l'existence

u

Quelque idée qu'on se forme de
anciens,
il

la liberté

répugne de croire à d'autels élevés publiquement, par des femmes, aux testidans
Le
les cultes
»

cules d'un taureau.

mot

vires aurait

primitivement désigné

»-

les

forces régénératrices qui se trouvent dans le sang

du taureau,

et

que

trois dé'lianls,
trois cités.

pour

le

salut de trois personnes augustes, par le ministère des prêtres de
:

A

la lin

de l'inscription

Loco vires conditae, puis
a.

la date,

30 sept.

245.

CIL.
(1)

XII,

1567.
:

CIL, xui, 1751

vires excepit et

Vaticano transtuUt, ara

et

hucranium suo

inpendio consacravit... en 160. (2) CuMONT, Revue d'histoire et de
(3)

littér. relig. 1901.

CIL, xin, 510

:

S.

M.

d.

Val.

Gemina

vires escepit Euti/clielis Vllll Kal.
et

April.

sacerdote Iraiano Nundinio, d. n. Gordiatio
recul un taurobole du
(4) (5)
I,

Aviola

cos. (en 239).

La même personne

même

prêtre, le 8 déc. 241.

Lucien, De dea Syria, 51.

p. 35,

Textes d'après M. par M. Jullian.

Espérandieu,

tirés

de

Inscriptions roma,ines de

Bordeaux,

I

MELAiNGES.
le

460
-^

baptême
il

a,

en quelque

sorte, versées sur le fidèle
et

puis aurait
le

fini

par prendre un sens concret

par s'appliquer au sang. Mais

sang,

quand
vi?'es,

en est question
la

comme dans
n'est-elle
le texte

(1), est un terme noble pour désigner les légende d'Attis. C'est toujours de sang spécial

qu'il serait question, et c'est toujours aussi

répugnant. Cette répus'agit

gnance
pourtant

pas la

même quand
est
là.

il

d'un

homme?

Et

de Lucien

Le sens concret et .spécifique des

vires est tout à fait certain. Si ce

mot a

abominable,
tion s'est

c'est

ensuite de

la spiritualisation le

produite, c'est

dans

un sens mystique moins du culte; si l'évolusens opposé à celui que suggère
pris
lui fait

M. Jullian.

Le sentiment qu'éprouve le savant français et qui
les

honneur,
ce

chrétiens
il

ont

dû l'éprouver.

Qu'avaient-ils

à extraire de

ne contint jamais de perles. Tout au plus chercha-t-on à lui donner meilleure façon. Il est beaucoup moins aisé de dire si les vires avaient un rapport avec le kernos. Le kernos jouait un rôle dans le taurôbole. Une inscription de Rome, en 319, parle d'un taurôbole -criobole
fumier?
caerno perception
s'agissait
le
(2).

M.

Cumont

a supposé très ingénieusement qu'il

d'un taurôbole reçu au
(3).

moyen d'un
rend
[sic)

crible laissant dégoutter

inscriptions de Maktar

mal compte des deux cernorum crioboli et tauroholl \k). Les cérémonies des kernoi sont ici distinctes du taurôbole et du criobole. Mais peut-être est-ce parce que les sacrifices, offerts l'un pour Dioctétien et Maximien, l'autre pour Probus, n'avaient leur effet pour le dédiant que par la cérémonie des kernoi? En tout cas, rien n'indique que cette cérémonie ait été antérieure au taurôbole. On ne peut pas oublier non plus que le rite du kernos était une kernophorie, c'est-à-dire une procession, les kernoi sur la
sang
Mais cette
:

interprétation

perfectis ritae

sacris

tète.

Serait-ce donc enfin
C'est ce qu'ont

que

les vires étaient

placées dans les kernoi?

vraisemblable,
tête

le^

pensé MM. Hepding et Loisy. Cette hypothèse, très serait tout à fait, s'il était avéré que porter sur la
sacrifié c'était

une partie de l'animal
Insc. graec. xiv, 1020;
il

pour ainsi dire recevoir un

(1)

y a deux dédiants

:

opyia ffuvpc'^avTE 0£aï ua(x(ATÎTOfi

'Pciirii

y.ptoêôXûu TîXcxri; xal TaupoooXdio çepÎŒTri;
arjiaai [ijiy-inQ'/.oi; Pwixbv vTrepTlOsTav.
(2)

CIL,

VI,

508.

(3) fier, (rhist. et
(4)

de

lilt. rel.,

1901, p. 96, noie 3.
p. 529.

Dessau, 4142

et

Bulletin arch. 1891,

470

REVUE BIBLIQUE.

bain de sang (1). De la sorte nous obtiendrions une évolution assez naturelle dans le rite du taurobole.

pour l'empereur, par une cité, ou une province, on ne voit pas que personne ait été qualifié pour le recevoir, sinon l'archig-alle. La solennité aurait-elle été la même si un particulier avait été inondé de sang aux lieu et place du prêtre? Il est vraisemblable que l'ofFrant fut d'abord associé au sacrifice seulement en recueillant les vires, qu'il portait respectueusement au lieu de l'inhumation. L'inscription de Milève parle de personnages qui firent le taurobole et le reçurent eux-mêmes (2). Ces derniers mots sont comme l'expression d'un privilège. Quand on offrait le taurobole pour soi, on devait naturellement le recevoir sur soi; ce qui n'empêchait pas la cérémonie des vires portées dans le Jiernos. Et comme le taurobole était coûteux, on ne refusa pas sans doute les avantages de l'initiation à ceux qui étaient admis seulement à porter les vires, et nous aurions ainsi l'explication du terme de Clément « j'ai porté le kernos », comme d'un moment impord'Alexandrie
lorsqu'il était offert
:

Au début,

tant de l'initiation.
Toutefois, n'oublions pas

d'Eutychès, qui était sans doute un

que Valeria Gemina avait reçu les vires homme. Rien n'empêchait de les
plus ancien des deux.

mettre dans

le kernos, et ce rite est peut-être le

L'initiation était ainsi plus directe.

Par

la castration, le Galle se

con-

sacrait à la Mère. Le candidat qui obtenait la faveur d'en porter le

débris, les vires, dans le kernos, était lui aussi, par

communication

des privilèges, consacré au service de la Mère, initié à ses mystères.

Le taurobole, qui

fut à l'origine

un

sacrifice,

ne devint probablement
les

un

rite d'initiation

que quand

les vires

du taureau remplacèrent
pas
si

vires

des Galles, dont

le sacrifice n'était

aisé à obtenir.

IV.

Le cultk et les mystères de la Mère et d'Attis

DANS LEURS RAPPORTS AVEC LES DESTINÉES d'oUTRE-TOMBE.
Greuzer avait imaginé une explication symbolique très élevée des du paganisme. Les sacerdoces en auraient possédé le secret.
il

rites

Vraiment, quand

s'agit des

mystères, on dirait que la critique

moderne retourne

à cette explication surannée.

En

réalité, la religion

(1) M. Cuiuont {Rev. arch., 1905 A, 29, note 3) cile M. Kohlbach, dans Berlin. Phil. Woch., 1904, p. 1230, à propos des mystères des Cabires Die Einfiihrung in die Mysterien des Kabirencultes leitete ein Widderopfer eiu. Der Adept selzte sich den Widderkopf auf das Haupl iind nahni se die symbolische Widderblutlaufe.
:

(2)

CIL,

viii,

8203

:

fecerunt

et ipsi

susceperunl.

MÉLANGES.

4'i

grossières et des plus sauvages,

de Cybèle nous parait, au premier siècle de notre ère, une des plus dénuée de tout élément spirituel.

donc une religion à mystères? Simplement parce surtout, une religion étrangère. Tandis que les que religions de l'État avaient leurs rites officiels et dominaient tous les actes de la cité, celle-là demeurait dans l'ombre. Ouand il fut permis aux Romains de s'y affilier, s'y affilia qui voulut, mais sans doute à la condition de ne point profaner les rites par ses indiscrétions. Les mystères par excellence, ceux d'Eleusis, fournirent sans doute, en
était-ce
c'était,

Comment

à

Rome

cela

du moins, un principe aux
si la

religions plus ou

moins obligées

à la

réserve, dans des milieux étrangers.

Pourtant,

religion d'Attis ne possédait aucun élément moral ou

religieux d'une haute allure, elle ne pouvait se soustraire ni à ce

qu'exigeait le concept

même

de religion, ni au mouvement qui entraîreligion attend le salut des diviles perspectives

nait les esprits. Par définition,
nités qu'elle adore, et

une à mesure que

du

salut se trans-

portaient davantage dans l'au-delà, toute religion devait élever ses

prétentions à conférer des privilèges pour l'immortalité.

Le principe

est

simple;

il

est très

malaisé déjuger quels ressorts

chaque religion

faisait

agir, et quelle fut l'action

du temps,

c'est-à-

pensée philosophique. C'est dès les origines babyloniennes, au vi'^ siècle av. .J.-C, que M. Gruppe voit dans la castration des Galles une idée mystique, délivrer l'àme des liens de la matière, l'aifranchir de la sujétion des instincts charnels ,1). M. Loisy a répondu excellemment qu'on a pu l'entendre ainsi à une épocfue très tardive, aux temps chrétiens
dire des autres religions et de la
:

«

Mais le contraire serait plutôt

à

supposer pour ce qui regarde

instincts charnels se soit

Babylone, où l'on dirait plutôt que la surexcitation maladive des satisfaite dans l'institution des hiérodules

eunuques

(2

.

»

Comment donc

des idées spirituelles

ont-elles

pénétré dans cet

étrange sacerdoce?
M. Cuniont voyant,

comme Gruppe,

dans
la

la castration

une aspiration

ardente à délivrer l'àme des liens de

matière, imagine une action
:

des penseurs grecs dès l'époque des Ptolémées

«

Ces penseurs réus-

sirent sans doute à faire admettre par les prêtres mêmes de Pessinonte beaucoup de spéculations fort étrangères au vieux naturalisme anatolique 3\ Mais c'est là une pure hypothèse. On n'a aucun
'

(1) '2)

GuLCPE, Griecli. Myllt.,
Loisv,
/.

|i.

1544.

/.,

p. 307.

(3)

Rel. orient., p. 77.

472

IIEVUE BIBLIQUE.

indice
diant!

que

les spéculations des

métragyrtes,

— ce monachisme
le désir

men-

se soient élevées plus
ii''

haut que

de remplir leur

besace, du moins jusqu'au
M. Loisy ne

siècle ap. J.-C. (1).

refuse pas de recourir à

des influences étrangères,
:

pourvu que

le christianisme

n'en fasse pas partie

«

Quand

et

comdoit

ment

l'idée d'immortalité

bienheureuse auprès des dieux se
le dire.

fit-elle

jour dans ce culte barbare entre tous, on ne saurait

On

compter sans doute, pour les anciens temps, avec les influences de la ïhrace et des idées qui s'attachaient au culte de Dionysos Sabazios,
plus tard avec les influences helléniques et perses.
L'évolution de
l'ancien culte de Pessinonte en économie de salut devait être réalisée,

dans

la

mesure

oîi elle s'est

accomplie, avant

le

commencement de
si

lèrc chrétienne

(2).

»

Mieux eût valu s'en tenir à
le christianisme.

la

première phrase, qui exprimait

nettement qu'on ne possède aucune donnée sur cette évolution avant
M. Foucart, qui connaît mieux que personne les mystères d'Eleusis

a tenu à

marquer

la différence

qui les distingue de ceux de la Mère.

Dans la religion de cette dernière, « y- eut-il des mystères? sans aucun doute, si l'on entend par là des cérémonies secrètes auxquelles on n'était admis qu'après l'accomplissement de certains rites... Des mystères de ce genre ont existé dans un grand nombre de cultes ».
Mais les vrais mystères, ceux dont
christianisme, sont ceux
«
il y a lieu de parler à propos du dans lesquels celui qui s'acquitte des obligations prescrites acquiert des droits certains à une condition privilégiée dans l'autre monde ». De pareils mystères ne peuvent être anciens dans le culte de Cybèle qui n'est point comme Déméter et Coré une déesse qui eût un empire quelconque sur les régions infernales. « Si on a cru en découvrir des traces dans le culte de l'époque impériale, ce sont, je crois, des nouveautés qu'adoptèrent les cultes orientaux pour recruter des adhérents (.'3;. » Et. M. Foucart ajoute en termes très « Mais toutes ces nouveautés n'appartiennent pas à la concepprécis tion primitive du culte de Cybèle et d'Attis; elles n'en sont pas sorties par le développement de la donnée première (4). » C'est cependant ce que l'on prétend, et l'on en donne des raisons de convenance, ou tirées des monuments ou des textes.
:

Les raisons
(1) (2) (3)

intrinsèques sont des raisonnements

comme

ceux de

Se'rappeler
Loisy,
l.

le

cas qu'en faisaient non seulement Lucien, mais Apulée.

l.,

p. 326.

Les mystères d'Eleusis,
L, p. 138.

p. 137.

4) L.

MÉLANGES.
S.

473

Paul sur la résurrection du Christ. Le fondement de notre espéla

rance en

résurrection, c'est que nous croyons au Christ ressuscité

:

nous mourons et nous ressuscitons en lui par le « Ici De même et avant S. Paul raisonnaient les dévots d'Attis comme ailleurs, la participation à Tépreuve d'un dieu mort et ressuscité s'est trouvée, avec le temps, fournir un appui à la foi de l'im:

baptême.

mortalité

(1). »

Cependant

la castration étant
rite

un

rite

de consécration

sacerdotale,
ticipent à la

« c'est

par un autre

que

les initiés

au mystère par-

mort d'Attis en vue d'être assodiés à son immortalité (2) ». Nous avons vu le détail de cette foi à propos du taurobole. Mais alors il faudra prouver que le taurobole représente la mort d'Attis et sa résurrection et non pas l'expiation. Il faudra prouver que le taurobole fut de bonne heure offert en vue de l'au-delà. Or tous les textes, jusqu'au rv' siècle, ne parlent que du salut {pro sainte) de l'empereur. Il serait trop étroit d'entendre salus de la bonne santé, mais personne ne pensait non plus au salut dans le sens chrétien. On demandait
pour l'empereur, comme pour les anciens Pharaons, santé, vie, force, règne prospère et victoire sur les ennemis. Le culte de la Mère était un culte national, et la castration des Galles elle-même avait en vue
le

bien public

(3i.

pour son compte avait-il un autre but que son salut dans le même sens (4)? C'est ce que nous ne savons pas avant le quatrième siècle. Aussi bien exagère-t-on beaucoup, nous l'avons déjà dit, et l'idée qu'Attis était le type de la résurrection, et le rapport d'Attis avec le
Celui qui recevait le taurobole

taurobole. C'est

le

criobole qui lui était dédié. Et

il

ne faudrait

même

pas juger de l'importance dAttis d'après quelques textes tardifs. On peut se demander si avant l'époque impériale Attis était adoré avec
Cybèle.
Il

était

inséparable

d'elle

dans

le

mythe, mais

comme un

jeune

qui lui était consacré. Lectoure qui a fourni tant d'inscriptions tauroboliques ne le nomme jamais. On le rencontre à peine dans des volumes entiers d'inscriptions latines (ô'i, sans parler de son

homme

absence presque absolue des recueils grecs.
(l)LoiSY,
(2)
(3)

/.

;.,

p. 307.

Même
AuG.

endroit.
civ. \ji, 25
:

De

ut vero isla

caslratos intulit, atque

istam saevitiam
virilia

magna deonuii mater etiam Romanis templis moremque servavit; crédita vires adiuvare

Romanoruin exsecando
(4)

CIL,

ui,

763

:

Alti.

posuit. L'aulel n'est
(l'un
(5)

virorum. futyches archidendropk{orus) pro salute sua pis donné comme laurobolii|ue, mais il s'aj^il d'AUis, et de la pavl
C. Antonius
le

dendrophore, vers
Vol.

règne de Dioclélien.

m, \m,

i\, \.

474

RKVUE BIBLIQUE.
lit

Quand on
tance

l'ouvrage de Hepding, on peut être frappé de limpor-

dWttis.

Mais son

culte

ne représente pas

le

dixième

des

évidemment qu'on aurait d'abord attendu le salut tout d'outre-tombe. Mais aucun texte ne dit qu'elle ait tiré Attis des enfers. Quand on parle an m" siècle de la résurrection d'Attis, c'est un naassénien qui s'inspire d'idées chrétienoes, ou c'est, au iv' siècle, parce (ju on le compare à la végétation et aux céréales. Nulle part la destinée du tidèle n'est comparée à la sienne. Nulle part son action n'est censée avoir eu la moindre efficacité pour le salut éternel de ses adorateurs. Il y a bien à rétléchir avant d'expliquer la religion de Cybèle d'après saint Paul à la façon du
à la Mère. C'est d'elle

hommages rendus

naassénien d'Hippolyte.

Tout ce que nous avons
ration à l'immortalité,
religion sert

dit

des rites et des mystères montre qu'il

faut déformer résolument les uns et les autres

pour en

sinon dans ce sens très

une aspigénéral que toute
faire

au

salut, tel

qu'on l'entend. Et

les destinées personnelles

d'Attis n'y étaient

pour

rien.

raires, car la

Venons aux monuments. Ce sont uniquement les Attis dits funéMère qui finalement fut censée symboliser la Terre n'est

pas représentée

comme
il

ayant un pouvoir aux enfers.

En Macédoine, où
cuite

y a peu de traces du culte de la Mère, M. Per-

drizet a découvert, à Amphipolis, des centaines de figurines de terre

où il a reconnu des Attis. Il les décrit ainsi (1) « Le type est d'un berger imberbe, vêtu à la phrygienne, dans diverses attitudes et avec divers attributs le personnage est tantôt assis ou endormi sur
:

:

un
le

rocher, tantôt debout et

lagobolon

et

de l'autre

la

appuyé à un arbre; il tient d'une main syrinx ou un agneau. Il a l'air pensif et
du

mélancolique, la figure a quelque chose de féminin; quelques représentations sont tournées en charge et ont l'aspect de caricatures

Sur quoi M. Perdrizet ajoute « Attis, personnification des forces de la nature qui s'éveillent au printemps, pour s'endormir ensuite dans la mort de l'hiver, était particulièrement désigné pour devenir une divinité funéraire, présidant à la résurrection comme à
type
».
:

la mort. »

Oui, mais à la condition sans doute qu'on crût à la résurrection.
ces

Macédoniens auraient-ils pris
est-il si

la foi

à la résurrection? Et alors jDouril

quoi Attis

mélancolique, quand

n'est pas tourné

en carica-

ture? N'est-il pas plutôt le symbole

du chagrin que de l'espérance?

(1)

Bulletin de correspond, hellén. XIX (1895), p. 334. Ce volume est à peu près introuc.

vable. J'emprunte. la citation à Roscmer, Lex. art. Meter,

2906

s.

MELANGES.
M.

475

Cumont
«

a

noté de plus,

et

jusqu'en Germanie, ces pierres

tombales

décorées de figures de jeunes gens en costume oriental,

tristement appuyés sur un bâton noueux (1) ». 11 avait presque hésité à y reconnaître des Altis (2). Mais enfin, si ce sont des Attis, en quoi

leur tristesse est-elle symbole de résurrection?

Il

faudrait alors simple-

ment constater que la sculpture est d'accord avec la littérature qui n'a jamais connu qu'un Attis pleuré. Il était assez désigné pour
représenter le deuil des parents inconsolables.
Il

est vrai

que

les idées
le

d'immortalité qui se maintenaient ou se

paganisme pouvaient trouver leur expression jointe à celle de la douleur. M. Cumont a noté un cas où l'espérance de l'immortalité accompagne la figure d'Attis (3). Mais outre que c'est une négation de la résurrection, le corps demeurant séparé de l'àme, qu'est-ce qu'un cas, probablement très tardif, si on se reporte par la pensée aux inscriptions des catacombes? Les bergers funéraires sont donc bien des Attis, mais des Attis
développaient dans
funéraires. Rien de plus.
Si la

pensée d'outre-tombe a été associée à la figure de

la Mère, ce
(i), divinité

n'est pas sous les traits d'Attis,

mais sous ceux d'Hermès

psychopompe, qui conduit les âmes au ciel. Mais l'addition d'Hermès est plutôt la preuve que ni Attis, ni Cybèle n'étaient qualifiés pour s'occuper des âmes, comme nous l'avons déjà dit à propos d'Hermoge nia nus
(5).

Quant aux textes, M. Gruppe a reconnu qu'ils ne sont point en euxmêmes pleinement convaincants pour faire voir dans les mystères de Cybèle la délivrance de l'Hadès. Et en eli'et il n'y en a aucun, parmi les anciens, qui puisse passer pour une indication claire dans
ce sens.

L'amie de Properce décrit
son harmonieux de

les

Champs-Elysées

comme un

lieu en-

chanteur, où un souffle heureux caresse les roses, où l'on entend le
la lyre, les

tympanons de Cybèle

et les plectres

(1; (2)

Rel. orient., p. UO.
;

« Ces Attis funéraires, quoique Textes et motii(7nen(!i figures... Mithra, II, p. 438 ne portant jamais de llambeau, se rapprochent des dadophores par leur immobilité et par leur nombre on les trouve en efl'et souvent par paires, un do chaque côté de la pierre
:

lumulaire.
(3

«

CIL,

ui,

6384 près Je Salone. Au temps de Dioclétien(?). Le Corpus n'indique aucune
soliq{uc)

date.

iam l rhrimis, miscri aniinam sacer abstulit aer.
Parcite
(4)

parentes....

Corpus
185,
cité

liabcnt

cineres;

bas-relief d'Ouchak, Rev. des études anciennes,

1906, p.

par M.

Cumont

(Rel. orient., p. 330).
(5) Cf.

plus haut à propos de CIL, vi, 199.

476

REVUE BIBLIQUE.
(1)
.

lydiens des chanteurs qui portent la mitre
Galles allaient en paradis; prêtres d'Attis,

Tout naturellement

les

ils

rejoignaient leur dieu,

mais devaient-ils leur salut au mérite de sa passion? Les autres textes ne disent rien de plus (2). Je ne veux pas citer contre les pauvres Galles les pages infamantes d'Apulée, mais on peut bien rappeler que le mythologue africain, si curieux des mystères dlsis, ne parait pas avoir soupçonné que le culte de la grande Mère contint rien de semblable. Jalousie de secte? Mais Lucienne parle pas non plus de semblables prétentions, même pour s'en moquer. Ce qu'on peut citer, c'est l'expression natalicinm dont on a déjà
parlé,
si

rare dans le culte de la Mère,

si

ancienne dans

le chris-

tianisme. C'est aussi l'unique cas du

On

a cité souvent aussi

comme
«

initiés l'inscription

d'Hermogène
elle est

aetermim renatus. preuve de l'élévation morale des aux dieux gardiens de son âme et

m

de son esprit

(3)
si,

»

;

On
faire

a douté

d'après

promettaient en

efiet la

de 374, sous Gratien. les textes de saint Augustin, les Galles vie éternelle (4), et s'ils avaient l'audace de
(5). Il

d'une vie infâme la condition d'une vie bienheureuse
et le saint

faut

cependant répondre que oui,
leur prétention

docteur considère seulement

comme

insensée.

Prudence est plus affirmatif. Il a pu décrire le taurobole sans dire que c'était une garantie pour l'autre vie, et de fait ce n'en était pas
une, puisqu'il
fallait le

renouveler tous les vingt ans. Mais

le sacrifice
ils

des Galles sur leur personne avait plus d efficacité daient les bras
:

quand

se tailla-

Coelum meretur vulnerum crudelilas
(l)

(6).

Prop. 7, 61 ss. Mulcet iibi Ehjsias aura beata rosas, Qua numerosa quaque aéra rulunda Cybebes Milralisque sonant Lydia plectra cfioris.
V,
{'2)

/ides,

Hepding a

cité C[L, vi.

10098 qui est l'inscription funéraire d'un phrygien ou d'un
:

Qui coiilis Cybeien Phryga plangilis AUin, dum vacat et tacita Dinduma nocte silent, llele meos ciiieres... L'inscription pourrait être du i^' siècle finissant. De la même époque CIL, vi, 2l.î21. Le défunt a été reçu parmi les dieux, grâce à Venus Nam me .«ancla Venus sedes non nosse silentum iussit et in caeli lucida templa tulit. Reçu parmi les dieux, il y rencontrera Cybèle et Attis (suppléé avec raison par Buecheler), mais parmi tant d'autres. (3) CIL, VI, 499. Celle où Hermès parait entre la Mère et Attis, peut-être comme patron du dédiant, Hermogenianus ; il élève un autel taurobolique diis animae sxiae mentisque
et qui
: |

dévot d'Attis, mais sans aucune mention des espérances doutre-lombe

custodibus.

lympanum, turres, Galli, iaclalio insuna membrorum, leonum vitam cuiquam pollicentur aeternamY Uis ne diis selectis quisquam consecrandus est, ut post morlem (5) De civ. VII, 25 vivat béate, quibus consecratus anle mortein honesle non potest vivere, tain foedis superstitionibus subditas et invuundis daemonibus obligatur.
(4)

AiG. De cir. vu,

24,

2

:

crepitus

cymbalorum,
:

confictio

(6i

Perist. x, 1065.

MÉLANGES.

477

Et ce trait nous paraît parfaitement juste. Les espérances ancien-

nement entretenues dans le culte de Cybèle étaient fondées sur l'énergie de l'expiation, et non point sur l'union mystique et sacramentelle
à la passion et à la résurrection d'Attis.

Ainsi la religion de la Mère était devenue, elle aussi, une religion

de mystère dans

le

sens que ce

mot

avait pris

initiation, dirait Salluste le philosophe, a

au iv^ siècle « Toute coutume de nous rattacher
:

au monde

et

aux dieux

»

(1).

Les mystères d'Attis étaient rattachés au

cosmos par

les explications naturalistes, à

Dieu par Salluste lui-même
ciel et

qui les entendait

comme

la chute

de l'âme tombée du
le culte

son

retour vers les dieux.

Nul doute que ces idées n'aient pénétré
biance gréco-romaine.
iMais si l'on

phrygien par l'am-

admet

volontiers la possibilité de

ces influences, pourquoi exclure le christianisme? M. Ciimont a dit

nettement

:

«

Une

religion aussi accessible

que

celle-ci

aux actions

extérieures devait nécessairement subir l'influence du christianisme (2). » Et il a indiqué non moins justement le point de contact. Ce n'était pas l'idée d'un dieu sauveur par sa passion, étrangère au culte de Cybèle, mais le thème plus général de l'expiation. C'est une gageure de voir dans les mystères de Cybèle une union

en vue de

la

fécondation;

ils

ofTrent bien plutôt l'image de l'expiation

sanglante pour apaiser les dieux et gagner leur faveur. Cette idée, très générale dans l'antiquité, a trouvé son foyer principal dans le
culte de la iMère.

paru évident à tous ceux qui ont assisté au (lies sanguinis ou qui en ont entendu parler (3 Or ce dies sanguinis était fixé à l'équinoxe de printemps, et coïncidait presque avec la commémoraison de la passion du Christ. Nous savons que les initiés d'Attis ont essayé d'en tirer parti pour leur
C'est ce qui a
1.

controverse avec les chrétiens
Fragm.
33

(4).

(1)
,

phil. graec.

III,

:

intioii xal iràaa te/.stt, Tipôi; tov

•/.6ff(J.ov

fi[xâ; y.al Tipb;

toù;

Oîoùç cruvâTTTStv i^élei.
(2)
(3)

Rel. orient., p. 106.

Gruppe a

cité Ovide, Fastes, IV, 221,244; SÉ^.

Âg. 88G

ss.,

Val.

Fi.ac. viii, 239 ss.;

Stace, Théb.

xii,

226; Tert. adv, Marc.

i.

13; Aunobe, v. 17; Prld, Perist. x, 1061,1083;

Pailin de Nole, XIX, 87.
et

CuMONT, La polémique de l'Ambrosiasier contre les païens, dans la Revue d'Iiist. de litl. rel. 1903, p. 417 ss. L'Ambrosiasier est l'auteur des Quaestiones veteris et novi Testamenti, qui figurent après les œuvres de S. .Vmbroise, P. L., XX.XV, c. 2206 ss. Voici le principal passage (c. 2279) Et quia in primo mense, in quo aequinoctium habent Romani, sicut et nos ea ipsa observatio ab his custodilur, ita ut etiam per sanguinem dicant expiationem fieri, Iiac versulia paganos delinet in errore ul putent veritatem sicut et nos per crucem
(4)
:
-.

478

REVUE BIBLIQUE.
pas de doute
;

L'antériorité de leurs usages ne faisait

ils

préten-

daient que les chrétiens étaient les imitateurs. Ceux-ci répondaient que les démoos, prévoyant la passion du Christ, en avaient imaginé

une

sorte

de parodie, destinée à empêcher

les

âmes daller à

la reli-

gion nouvelle.
la controverse
la

Peu de chrétiens voudraient aujourd'hui soutenir ce système. Mais prouve que des deux côtés on était disposé à accentuer ressemblance entre les rites. Les initiés d'Attis avaient avantage à
chrétiennes,
et
ils

s'emparer d'expressions

pouvaient

s'imaginer

qu'elles rendaient bien leurs antiques usages. Rien de plus naturel

dans cette voie que de comparer le taurobole à un baptême qui efîace les péchés, et qui par conséquent donne, comme le baptême, une nouvelle naissance, et une naissance qui vaut pour l'éternité (1). Les deux doctrines d'expiation et de rémission des péchés se sont
rencontrées sur une expression d'origine chrétienne, mais
il

y avait

entre elles une différence. Les initiés d'Attis avaient porté à l'extrême
le principe

ancien de la vertu du sang pour expier, et maintenu pour

l'homme
fait

la nécessité de verser son

propre sang, celui des animaux

ne conférant qu'une initiation laïque. Mais leur doctrine n'avait pas un pas, même au contact du christianisme elle ne fit aucun pas, vers l'idée que le cjiristianisme avait proclamée de premier jet, que le sang du Fils de Diea dispensait du sang des victimes (2). Plus la dévotion des initiés augmente, plus le saug des taureaux et des béliers coule à flots. Comment donc peut-on prétendre que la passion d'Attis
noslram imitationem potius videri quam veritatem, quasi per aemulationem superstitione quadaininventam ; iiec enim verum esse passe, aiunt, quod postea inveniuni. (Ij S. Augustin, comme S. Justin, a accepté l'origine diabolique des cultes comme une singerie antécédente du christianisme. Justin, si curieux de tous les exemples où il Torait une ressemblance, se contentait de parler de ceux qui se mutilaient zl; /.'.vatcîav et qui offrent les mystères à la Mère des dieux [Apolog. i, 27). Ergo nescio quid simile imitatus est (2) \i.g. in lohannis ev. [P. Z,., XXXV, c. 1440) quidam spirilus, ut sanguine simulacrum suutn emi vellet, quia noverat pretioso sanguine quandocumqne redimendum esse genus huinanum. Ainsi on acquiert par le sang l'idole qui représente le démon. Est-ce une allusion au galle qui jetait ses vires à la statue
:

la déesse? Mais à côté de l'hypothèse de l'origiae démoniaque des cultes, Augustin constate un fait qui était de notoriété publique, c'est que les cultes païens essayaient d'attirer à eux par l'sque adeo... ut illi ipsi qui seducant per ligatudes emprunts faits au christianisme ras, per praecantaliones, per machina m enta inimici, misceant praecantalionibus suis nomen Christi. Et c'est dans ce sens qu'il rapporte le mot d'un prêtre d'Attis qui essayait

de

:

usque adeo ut ego noverim aliquo de donner à son dieu un faux air de christianisme tempore illius Pileati sacerdolem solere dicere : et ipse Pilleatus christianus est. Ut
:

quid hoc, fratres, nisi quia aliter non possunt seduci Christiani? le taurobole produit les effets du baptême, sanglant. Et c'est la définition tardive qu'on en donne aujourd hui

Il

était

certes

moins audacieux de dire

:

c'est

un baptême

!

MELANGES.
avait eu quelque efficacité

479

pour

le

salut de ses fidèles et qu'il suffisait
aurait-il été

d'y participer par la foi? Et
ces temples la notion

comment Paul

chercher dans

du Dieu sauveur?
le culte d'Attis,

Si l'on se rappelle

que jus-

qu'au temps de Claude
hellénisés, n'était à

à peu près inconnu en pays

Rome qu'un

culte étranger, simple objet d'éton-

nement pour
Peut-être
il

ses rites bizarres, et

peu estimé, ou conclura que

la

question d'une influence sur l'esprit de S. Paul ne se pose

même

pas.

eût pu y apprendre, s'il l'eût ignorée, la vertu oxniatoire du sang. Mais n'était-ce pas une doctrine fondamentale de l'Ancien

Testament? Et
sacrifice

il

proclame au lendemain de

la résurrection
:

que

le

du

Christ rendait les autres inutiles

ce

que

les sectateurs

d'Attis

faire, ce fut

ne soupçonnèrent jamais pour leur dieu. Tout ce qu'ils purent de comparer le taurobole à une renaissance, à quoi conlait

au banquet sacré. Mais on ne comparer leur repas à la cène eucharistique. Et quoique de très grands personnages, déjà initiés aux principaux mystères, aient affecté de ne pas dédaigner ceuxlà, les conceptions plus ou moins élevées qu'ils cherchaient à y verser ne pouvaient dissimuler l'odieux du mythe et du rite. Je ne puis résister au désir de citer l'admirable tableau où M. Cumont dessine ce
voit pas qu'ils

tribua peut-être aussi l'usage du

aient été tentés de

contraste
«

:

Nulle part la discordance entre les tendances moralisantes des

théologiens et l'impudicité cruelle de la tradition n'est aussi éclatante.

Un dieu dont on prétend

faire le

maître auguste de l'univers
plus élevées

était le
le

héros pitoyable et abject d'une obscène aventure d'amour;
les

taurobole qui cherche à satisfaire les aspirations

de l'homme vers la purification spirituelle et l'immortalité, apparaît comme une douche de sang qui fait songer à quelque orgie
de cannibales. Les lettrés
et

les

sénateurs qui participaient à ses

mystères, y voyaient officier des eunuques maquillés, à qui on reprochait des mœurs infAmes et qui se livraient à des danses étourdissantes (1)
»

etc..
les efforts

pour relever ce culte frappé de déchéance morale, efforts fatalement impuissants? Nous croyons avoir montré que ce fut seulement quand, après Claude, il se fut répandu dans l'Empire. Auparavant rien n'autorise à y voir des mystères desMais quand commencèrent
tinés à assurer l'immortalité bienheureuse,
cette espérance ne fut jamais fondée sur fidèle pût s'approprier par la foi.

comme

la Passion

ceux d'Eleusis, d'un dieu que

et le

(1)

Rel. orient., p. 108.

480

REVUE BIBLIQUE.
s'étonne vraiment que M. Loisy ait pu écrire
:

On

«

La régénération

par un sang divin, qui n'est qu'une métaphore dans l'économie des rites chrétiens était ici une réalité... Mais ce serait aller contre toute
vraisenib lance que de faire emprunter à la métaphore chrétienne
l'interprétation

bien plutôt la
le

donnée au taurobole dans les mystères d'Attis. C'est métaphore chrétienne et l'idée de la régénération dans
rites
»

sang du Christ qui procèdent de

comme

le

taurobole et des

idées qui s'attachaient à ces rites (1).

Personne ne prétend que l'idée d'expiation ait été empruntée par les initiés d'Attis au mystère chrétien. Mais on n'y voit nulle part une
régénération par un sang divin.
parait que tardivement,
il

Et

si

le

terme de renaissance n'y
de l'expliquer par
Jes
l'in-

est assez naturel

lluence
qu'il

du christianisme qui l'emploie dès découle de son dogme.

premiers jours parce

Quant aux rites comme le taurobole qui ont pu donner quelque idée de la purification dans le sang du Christ, l'Ancien Testament les connaissait et les pratiquait. Le tout était de comprendre qu'ils n'avaient plus raison d'être quand on pouvait, par la loi, s'approprier la Passion du Christ. Et le simple énoncé de ce dogme paulinien, si spirituel et si pur, dissipe ce relent d'abattoir et de mauvais lieu que ileurent les mystères de la Mère et du l)erger.
Fr. Jérusalem.
324

M.-.L

Lagraxge.

(1] /.. l.,

p.

S.

II

LA SÉPULTURE DE SAINT JACQUES LE MINEUR
La première mention de la sépulture de Jacques le Juste, dit le du Seigneur, et considéré comme le premier évêque de Jérusalem (1), est celle du fameux récit extrait par Eusèbe {H. E. ii, 23) des Mémoires d'Hégésippe rédigés vers 180. Comme le tombeau primitif du saint se trouvait en connexion étroite avec le lieu de son martyre, il s'impose de remonter au début de cet épisode dramatique. Jaloux de l'influence du « Juste » et exaspérés des conversions nomfrère
Ci)

S.

La question de savoir si ce Jacques est identique au Marc, p. 78 ss.) n'entre pas dans notre sujet.

fils

d'Alphée

(cf.

Lagrange,

TABLE DES MATIÈRES

ANNÉE
N"' 1 et 2.

1919

Janvier et Avril.
Pages.

I.

L'AME JUIVE AU TEMPS DES PERSES
solymilanus Sanctae Crucis, n. 36.

(suite).

— J.

Touzard
:

ô

II.

NOUVELLES NOTES SUR LE MANUSCRIT PALIMPSESTE DE JOB

HieroH9

E. Tisserant
prmcipiis.

III.

LES
G.

CITATIONS

BIBLIQUES

D'ORIGÈNE DANS LE De


Itr.

Bardy

IV.

MÉLANGES.

1" Un (''pisode d'un Évangile syriaque et les coûtes de l'Inde. 2" Les mjsLe serpent ingrat. L'enfant roi et juge, E. Cosquin. 3° Les • Prestères d'Eleusis et le christianisme, R. P. Lagrange. bytres » asiates de saint Irénée, W. S. Reilly. Ce qui a été publié des versions coptes do la Bible, A. "Vaschalde

— —

loti

V.

CHRONIQUE.
cent

— Une chapelle byzantine à Beit el-Djemal, R. P. F. M. Abel. — L'Église de Gethsémani. — Nouvelles de Jérusalem, R. P. L. H. Vin,'11

VI.

RECENSIONS.

Adolf von Ilarnack, Die Entslehung der neuen Teslamenls Dr. Hans \\'indisch, und die tvichiigsten Fnlgen der neuen Sckopfung. H. L. Mac Neill. The Chrisiology of the Epislle Der Hebraerbrief.

lu Ihe

Hebreivs.

F.

Focke,

Die Eatstehung der Weisheit Salornos.

J.
Vil.

Bédier, Les légendes épiques (R. P. Lagrange)

255

BULLETIN.

— Nouveau Testament.— Ancien Testament. — Peuples voisins. — Palestine. — Nécrologie
N^^ 3 et 4.

-270

Juillet et Octobre.

l.

SYNTHÈSE ANTIDONATISTE DE SAINT AUGUSTIN.

M?' Batiffol

305 350

II.

LES TRADITIONS BABYLONIENNES SUR LES ORIGINES.

- R. P.

Dhorme.

IIL

RETOUCHES LUCIANIQUES SUR QUELQUES TEXTES DE LA VIEILLE VERII Samuel). — L. Dieu SION LATINE
(1
l't

372

;

006
IV.

TABLE DES MATIÉKIiS.
PttgOf.

SAINT PAUL FUT-IL CAPTIF A ÉPHÈSE PENDANT SON TROISIÈME VOYAGE APOSTOLIQUE? — H. Goppieters

I(i4

V.

MÉLANGES.

R. P. Lagrange. La 3° Noie Mineur, R. P. F. M. AbeL additionnelle sur le manuscrit palimpseste de Job Hierosolymitanus 4° Une épée d'honneur offerte à Sanctœ Cruels, n. 30, E. Tisserant. 5° Ce qui a été publié des versions Corbulon, R. P. L. H. Vincent. -. coptes de la Bible, A. Vaschalde (suite)

Attis et le christianisme,
le

sépulture de S. Jacques

:

419

VI.
VII.

CHRONIQUE.

Le sanctuaire juif d'Aïn Douq, R. P. L. H. Vincent...

532

RECENSIONS. — G. A. Smith, r/ic Bank i>f l)eiilerunoii,y. — C. F. Burney, The Book of Judges (R. P. Lagrangej. P. Albertus Vaccari, Codex
Melphictensis rescriptus (E. Tisserant).
ton Univcrnly Arch. Exp. fo Syrla.
sect.

— — Publications
II
: :

— Divis.

Of the PrinceAncient Architeclvre

Haurân Plain and Djebel Haurân; V Divis. III Greek and Latin Inscr.; par M. C. Butler. sect. A, V; par MM. E. Littmann, D. Magie jr. et D. R. Stuart. Ancient Architecture, sect. B iXorth. Syria; part. V Divis. II The Divis. 111 Djebel Halakah, par M. C. Butler. Greek and Latin hiscr.; sect. B, V, par W. K. Prentice (F. M. Abel). F. C. M. Boenders, Keltische invloeden op het Nieuioe Testament (J. M. Vosté). Paul Karge,
:

A

South. Syria; part.

:

part. VI,

Si',

:

:

:

:

Réphaïm (V. Ro'wan)
VIII.

564

BULLETIN.


Textes.

Nouveau Testament.

Langues. Nouvelles Revues. Correspondance

Ancien Testament.

Addenda

et notanda.

Palestine.

— —
oHi

Le Gérant

:

J.

Gabalda.

/

TyPOC.RAPHIE FIRMIN-DIDOT TT

C"^.

PARIS.