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LE FINANCEMENT DU REVENU SOCIAL GARANTI COMME REVENU PRIMAIRE

Approche méthodologique
Jean-Marie Monnier et Carlo Vercellone La Découverte | Mouvements
2013/1 - n° 73 pages 44 53
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ISSN 1291-6412

Article disponible en ligne l'adresse:

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-mouvements-2013-1-page-44.htm

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Monnier Jean-Marie et Vercellone Carlo, Le financement du revenu social garanti comme revenu primaire Approche méthodologique, Mouvements, 2013/1 n° 73, p. 44-53. DOI : 10.3917/mouv.073.0044

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Le financement du revenu social garanti comme revenu primaire
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Approche méthodologique

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P AR J EAN M ARIE M ONNIER ET C ARlO V ERCEllONE *

Les modalités de financement d’un revenu inconditionnel font l’objet de débats parmi les promoteurs de cette idée, mais surtout d’interrogations de la part de ses opposants ou des curieux. Il est donc nécessaire de définir les contours possibles du financement d’une telle mesure. Jean-Marie Monnier et Carlo Vercellone en proposent une version, décrivant la réforme fiscale qui permettrait de financer un revenu social garanti de 800 euros conçu comme un véritable revenu primaire.

* Centre d'économie de la Sorbonne, CNRS et université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 1. Par exemple, le rapport de C. BOUTIN, Pour sortir de l’isolement, un nouveau projet de société, La Documentation française, Paris, 2004 ; ou la proposition de D. dE VILLEPIN, « Pour la dignité, je propose la création d’un revenu citoyen », Libération, 2011, http:// www.liberation.fr/ politiques/01092322806pour-la-dignite-jepropose-la-creationd-un-revenu-citoyen
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L

a crise de la dette publique est très rapidement devenue l’instrument par lequel est imposée aux populations la remise en cause des conquêtes de l’État social et en particulier celles de la protection sociale. Dans le même temps de nouvelles propositions d’allocation universelle ou de « revenu citoyen » ont été formulées comme instrument d’un filet de sécurité redistributif 1. Ainsi conçue, l’allocation universelle apparaît comme un prolongement des formules de minima sociaux, avec un montant minimal et éventuellement placée sous condition de ressource. Son financement serait assuré par l’impôt également dans une perspective redistributive. En particulier, son produit serait calculé à partir d’une assiette dérivée de celle qui est actuellement mobilisée dans un système fiscal élaboré depuis la Seconde Guerre mondiale, essentiellement selon les critères de l’économie fordienne. Cela conditionnerait le volume des ressources affectées à cette nouvelle allocation, et conduirait nécessairement à des arbitrages au sein du système de transferts. Notre proposition de revenu social garanti (RSG) inconditionnel et indépendant de l’emploi ne s’inscrit pas dans un projet de démantèlement du système de protection sociale ni de remise en cause des conquêtes du Welfare. Elle est le produit d’un réexamen de la notion de travail productif dans le capitalisme cognitif. De ce point de vue notre proposition de RSG

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Le financement du revenu social garanti comme revenu primaire

Les fondements de la proposition de revenu social garanti •La • proposition de RSG que nous défendons repose sur trois piliers principaux qui la différencient radicalement d’autres projets d’« allocations universelles ».

2. J.-M. MONNIER et C. VERcELLONE, « Travail et protection sociale à l’âge du capitalisme cognitif : la proposition de revenu social garanti », in A.-T. DaNg, J.-L. OUTIN et H. ZajdELa (dir.), Travailler pour être intégré ? Mutations des relations entre emploi et protection sociale, Éditions du CNRS, Paris, 2006, p. 199217 ; J.-M. MONNIER et C. VERcELLONE, « Fondements et faisabilité du revenu social garanti », Multitudes, n° 27, 2007, p. 73-84.

Le RSG et le statut de la force de travail
Le premier pilier consiste à inscrire le RSG dans une perspective de renforcement du processus de resocialisation de l’économie démarré Notre proposition de revenu dans l’après-guerre avec le développement du système moderne social garanti inconditionnel de protection sociale et du droit et indépendant de l’emploi ne du travail. Le RSG ne se substis’inscrit pas dans un projet tue donc en aucune manière à ces institutions mais il se propose de de démantèlement du système de les compléter, tout en sauvegarprotection sociale ni de remise en dant les conquêtes fondamentales liées, par exemple, au système de cause des conquêtes du Welfare. retraite, de santé ou d’indemnisation du chômage… Dans ce cadre, le rôle du RSG est d’atténuer la contrainte monétaire à la base de la norme sociale du rapport salarial et d’assurer un revenu suffisant pour permettre aux travailleurs de refuser des conditions de travail considérées comme inacceptables. De cette manière, il permettrait de favoriser le passage de l’actuel modèle de précarité subie à un modèle de mobilité choisie, tout
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procède d’un projet de renforcement de la logique de démarchandisation du système de protection sociale, qu’il se propose de compléter en assurant, en même temps, le maintien des piliers de l’actuelle organisation de la Sécurité Sociale et de l’assurance chômage. Cependant, cette proposition fait l’objet de deux catégories principales de critiques. D’une part, il est généralement avancé qu’il serait moralement inacceptable de déconnecter revenu et travail. D’autre part, le mode de financement du RSG que nous avons avancé dans de précédentes publications 2, serait jugé inacceptable, soit parce qu’il recourt à l’impôt et non à la monétisation de la dépense, soit parce qu’il conduirait à minorer la logique redistributive du RSG ou encore parce qu’il induirait un bouleversement trop profond du système fiscal. Pour la plupart, ces critiques ne tiennent pas compte de la nature du RSG conçu comme une nouvelle forme de revenu primaire, et qui ne s’inscrit pas dans une perspective « redistributive » ou « éthique », fondée sur la simple reconnaissance du droit à l’existence. Afin d’éclairer ce débat, nous revenons dans une première partie sur les trois principaux fondements de notre proposition de revenu social garanti. Ils conditionnent notre approche du financement de celui-ci qui forme la seconde partie du présent article.

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Un revenu pour exister

Le RSG comme nouvelle forme de revenu primaire
Le deuxième pilier consiste à affirmer que le RSG ne doit pas être pensé comme une forme assistancielle (comme par exemple le RSA) liée à la redistribution du revenu. Il ne doit pas avoir non plus exclusive46 

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en changeant à partir de la société les rapports de force à l’intérieur des entreprises. Dans notre approche, le chômage et la précarité sont en effet le produit de la logique structurelle dont dépend la condition du travail salarié dans une économie monétaire de production (au sens de Keynes et de Marx) : celle d’être l’expression d’une contrainte monétaire faisant de l’emploi la condition d’accès à la monnaie, c’est-à-dire à un revenu dépendant des anticipations des capitalistes concernant le volume de la production rentable. Ainsi, dans une optique marxienne, le rôle du RSG, en contribuant à resocialiser la monnaie et en déconnectant l’accès au revenu de l’emploi, consiste à renforcer la liberté effective de choix de la force de travail en s’attaquant à la contrainte socio-économique par laquelle, comme le soulignait ironiquement Marx dans le Livre I du Capital 3, son propriétaire 3. K. MaRX, Le Capital. est non seulement libre de la vendre, mais se trouve aussi et surtout dans Livre I, in Œuvres, Economie, Tome I, La l’obligation de le faire. Pléiade, Paris, 1963. De ce point de vue, le RSG constitue donc un dispositif essentiel de la remise en cause de l’asymétrie dans les conditions d’accès à la monnaie qui institue, dans la société marchande, le clivage entre capitalistes et force de travail et correspond à ce que Karl Marx appelle la soumission formelle du travail au capital. Ceci est un premier élément théorique qui montre non seulement l’absence de contradictions, mais aussi la complémentarité intrinsèque qui existe entre financement monétaire et fiscal du RSG. On y revienLe revenu social garanti dra dans les sections suivantes. De cette vision résultent deux coroldoit être conçu et instauré laires essentiels caractérisant la formulacomme un revenu primaire lié tion de notre proposition : directement à la production, ­ –– le montant du RSG devrait être idéalement établi à un niveau suffisamment c’est-à-dire comme la contrepartie élevé pour permettre au moins à tout (quoique partielle) d’une activité un chacun de refuser la dégradation des conditions d’emploi et de rémunération créatrice de valeur et de richesse qui font désormais d’un Smic à temps aujourd’hui non reconnue. partiel la norme d’emploi de référence réglant le montant des minima sociaux. –– dans sa définition même, le droit au RSG présuppose le maintien et implique l’expansion de la logique du salaire socialisé et du système de garanties lié aux institutions de l’État-providence. Par conséquent, la mise en place d’un RSG ne comporterait ni la suppression du Smic, ni celle d’autres prestations assurantielles de l’État-providence, comme par exemple les indemnités de chômage avec lesquelles il pourrait se cumuler.

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Le financement du revenu social garanti comme revenu primaire

4. C’est-à-dire en dehors de l’horaire officiel de travail.

Le RSG comme institution du commun
Enfin, le revenu social garanti doit être pensé comme une institution du commun pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le RSG ne dépend pas de la sphère publique mais correspond « à la mise en commun de ce qui est produit en commun 5 » et cela en dehors de toute logique contributive fondée sur un rapport de mesure et de proportionnalité entre effort individuel et droit au revenu. Dans cette perspective, en suivant la tradition mutualiste à l’origine du système de protection sociale en France, les ressources collectées pour financer le RSG pourraient être mises dans une caisse commune gérée directement par les travailleurs.

5. A. GORZ, L’immatériel. Connaissance, valeur et capital, Galilée, Paris, 2003.

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ment un fondement de nature éthique. Il doit en revanche être conçu et instauré comme un revenu primaire lié directement à la production, c’est-à-dire comme la contrepartie (quoique partielle) d’une activité créatrice de valeur et de richesse aujourd’hui non reconnue. La justification de cette définition du RSG, en tant que nouvelle forme de revenu primaire, trouve l’un de ses principaux fondements dans la montée en puissance de la dimension cognitive du travail, qu’il soit matériel ou immatériel. Le travail cognitif est en effet une activité qui, quasiment par essence, se développe tant en amont 4 que durant l’horaire officiel du travail en traversant l’ensemble des temps sociaux et de vie. Il faut préciser que de ce point de vue, la proposition de revenu social garanti comme nouvelle forme de revenu primaire, implique un réexamen et une extension du concept de travail productif menés d’un double point de vue. Le premier concerne la notion de travail productif pensée suivant la tradition dominante dans l’économie politique comme le travail qui produit un profit et participe à la création de valeurs d’échanges. À cet égard, le RSG correspondrait, du moins en partie, à la rémunération de cette dimension toujours davantage collective, d’une activité productrice de valeur qui s’étend sur l’ensemble des temps sociaux et se traduit, sous des formes souvent inédites, par un prolongement du temps du temps effectif de travail et l’accroissement de la plus-value absolue. Le deuxième point de vue renvoie au concept de travail productif pensé comme le travail producteur de valeur d’usage, d’une richesse qui échappe à la logique de la marchandise et du rapport salarial soumis au capital. Il s’agit en somme de remettre en discussion l’assimilation du concept de travail et du concept d’emploi et d’affirmer avec force que le travail peut être improductif de capital, mais producteur de richesses non marchandes et donner donc lieu à un revenu qui, en contrepartie, le consacre par une reconnaissance économique et sociale. Dans cette perspective, le revenu social garanti se présenterait donc comme une forme socialisée du salaire, comme un premier niveau de la répartition primaire entre salaire, profit et rente.

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Un revenu pour exister

Le financement du RSG •Contrairement • à de nombreuses approches en termes d’allocation uni6. P. VaN PaRIjS, Sauver la solidarité, Les Éditions du Cerf, Paris, 1995 ; P. VaN PaRIjS Refonder la solidarité, Les Éditions du Cerf, Paris, 1996.

7. J.-M. MONNIER et C. VERcELLONE, op.cit., 2006 et 2007. 8. Soit environ 800 euros nets mensuels aujourd’hui. À cet égard, la référence au salaire médian permet justement de souligner la nature primaire du RSG et de rompre avec la logique de type assistanciel que l’ancrage à la notion de seuil de pauvreté tend à entériner.
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verselle, la légitimité du RSG ne résulte pas pour nous, de considérations redistributives ou éthiques. Par exemple, Philippe Van Parijs 6 considère qu’il est indispensable de fonder la légitimité éthique d’un revenu universel de niveau substantiel. Notre conception du RSG est le produit de l’hypothèse d’un déplacement de la notion de travail productif liée à l’essor du capitalisme cognitif. Elle ouvre sur une réforme radicale du mode de répartition des richesses, dont le revenu social garanti (RSG) est la clé de voûte. La légitimité de celui-ci doit donc être recherchée du côté des structures économiques et de la montée du travail immatériel et intellectuel. Il convient à cet égard de rappeler que la thèse de capitalisme cognitif dans laquelle nous nous situons disqualifie le concept traditionnel de travail productif appliqué dans ce cadre nouveau. En effet, la coopération sociale précède et dépasse le temps de travail immédiat consacré à la production. Dans le capitalisme cognitif, le travail est toujours dans une certaine proportion du travail souterrain, non rémunéré car échappant à la sphère monétaire de l’échange marchand et du rapport salarial. En conséquence, la contrepartie en termes de travail existe déjà et ce qui manque, c’est précisément le revenu 7. Dans nos travaux précédents sur le mode de financement du RSG, nous avions proposé plusieurs hypothèses concernant le montant net perçu par les bénéficiaires. Nous avions plus particulièrement travaillé à partir de l’hypothèse d’un RSG égal à la moitié du salaire médian 8 pour en chiffrer le coût. Cependant, dans la continuité de notre positionnement méthodologique, cette estimation du montant du RSG ne constitue pas une mesure de la valeur monétaire de la contrepartie du travail existant déjà, mais un revenu socle, un salaire social de base, à partir duquel instaurer un autre mode de répartition et permettre au travail de se réapproprier d’une grande partie de la valeur aujourd’hui appropriée par des formes de plus en plus rentières d’accumulation du capital.

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En second lieu, le revenu social garanti, en tant que revenu primaire, présuppose et impulse le développement du commun lui-même. Il ­ l’impulse dans la mesure où l’atténuation de la contrainte monétaire propre au rapport salarial et la maîtrise retrouvée de son temps de la part de chaque individu, favoriseraient le développement des formes de coopération non-marchande et d’échange des savoirs alternatifs aussi bien au public qu’au marché comme modalités de coordination de la production et de l’échange. Il le présuppose dans la mesure – et là nous revenons sur la fausse opposition entre financement par création monétaire et financement fiscalisé – où son instauration implique des mécanismes de resocialisation de la monnaie et des revenus qui rompent avec la logique de l’argent en tant que capital.

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Le financement du revenu social garanti comme revenu primaire

La fausse opposition entre financement monétisé et financement fiscalisé
Le RSG est à la fois un mécanisme de resocialisation de la monnaie, atténuant la contrainte au rapport salarial, et un revenu primaire instaurant, à travers une réforme fiscale radicale, les règles d’un nouveau mode de répartition. Il n’existe Seul l’impôt et la révolution fiscale donc point d’opposition sur le dont nous indiquons, dans ce plan théorique entre financement texte, certains éléments essentiels, par voie fiscale et financement par voie monétaire, pas plus par ailsont susceptibles de pérenniser leurs, qu’au niveau des politiques le revenu social garanti, dans économiques il n’existe de contradiction entre politique monétaire le cadre d’un changement et politique budgétaire. Il suffit de des normes de répartition. songer, à ce propos, à la manière dont, à l’âge de la croissance fordiste, la création monétaire, assurée par les banques centrales et le circuit du trésor, a été un instrument clé des politiques budgétaires permettant de subvenir aux besoins de financement de l’État, en dehors et à l’abri du chantage exercé par les marchés financiers. L’idée selon laquelle il y aurait une opposition entre ces deux instruments de la politique économique et du financement des besoins de l’État n’a pu surgir qu’à la manière d’une introjection des nouvelles normes institutionnelles néolibérales imposée par la contre-révolution monétariste 9. Voir en particulier des années 1980 9. Ces dernières, entérinées par le BCE, ont conduit à la la thèse éclairante de B. LEmOINE, Les valeurs mise en place du statut de la soi-disant indépendance de la banque cende la dette, thèse pour trale, en lui interdisant de financer les déficits publics et en lui assignant le doctorat de sciences comme seul objectif, celui de la stabilité des prix. économiques, École nationale supérieure des Le retour à une régulation keynésienne de l’offre de monnaie est ainsi, mines de Paris, 2011. sans doute, une condition essentielle minimale pour permettre à l’échelle de la zone euro un début de resocialisation démocratique de la monnaie, et assurer le besoin de financement du Welfare State, y compris pour ce qui concerne l’instauration du RSG 10. Ce constat est d’autant plus vrai 10. Pour une présentation plus qu’une période de transition sera nécessaire our permettre d’absorber le détaillée des différents choc et rendre économiquement et socialement viables la révolution fisaspects de cette cale et la nouvelle répartition du revenu que la mise en place d’un RSG réforme monétaire voir C. VERcELLONE, « Du implique. Welfare au Commonfare Toutefois, une création monétaire perpétuelle, reconduite d’année en - Sortir de la crise de année, équivalente à la totalité du montant d’un RSG suffisant, ne serait la dette par le haut », Ecorev, n°39 juin 2012, pas à même d’assurer la stabilité macro-économique de son financep. 50-57. ment (au risque notamment d’aboutir à terme à une spirale inflationniste) et surtout de l’asseoir sur une véritable transformation du mode de répartition. Seul l’impôt et la révolution fiscale dont nous indiquons, dans ce texte, certains éléments essentiels, sont susceptibles de pérenniser le revenu social garanti, dans le cadre d’un changement des normes
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Un revenu pour exister

Fiscalité et formes de la redistribution induite par le RSG
1. Remarques méthodologiques préliminaires
11. J.-M. MONNIER et C. VERcELLONE, op.cit., 2006, p. 205.

En procédant à l’estimation du coût du RSG puis à l’examen des pistes de son financement fiscalisé, notre objectif initial était de répondre aux critiques relatives à sa faisabilité financière 11. Au-delà nous voulions également montrer que, compte tenu des masses financières à mobiliser et de l’objectif de transformation du mode de répartition, la mise en œuvre du RSG ne peut se concevoir sans une réforme fiscale de grande ampleur. En d’autres termes, cette mise en œuvre relève d’une question de choix de 12. Que nous n’avions politique et de projet de société. pu intégrer à notre Si notre travail fournit l’ébauche des modifications à opérer au sein du travail initial. système fiscal, il ne propose pas une réforme fiscale pleinement élaborée. Pour ce faire il conviendrait de définir la trajectoire de cette réforme et les étapes des changeLa question de la transition doit ments à effectuer, de calibrer corêtre considérée sérieusement. rectement les modifications à L’application brutale des opérer sur les différents instruments fiscaux mobilisés. À cet mutations que nous suggérons, égard, la question de la transition 12 loin de garantir la pérennisation déjà évoquée doit être considérée sérieusement. L’application brude la transformation du tale des mutations que nous sugmode de répartition que nous gérons, loin de garantir la souhaitons, pourrait au contraire pérennisation de la transformation du mode de répartition que nous en compromettre l’aboutissement. souhaitons, pourrait au contraire en compromettre l’aboutissement. C’est la raison pour laquelle, comme nous l’avons déjà suggéré, il pourrait être utile d’associer au processus de réforme de la fiscalité, un financement monétisé transitionnel. Depuis notre premier travail, le système fiscal a subi des modifications 13. Rappelons que, en raison de associées à l’amplification de la gestion libérale des finances publiques l’indisponibilité qui sont l’une des composantes essentielles de la ­ financiarisation de provisoire d’un certain l’économie ayant engendré la crise que nous connaissons aujourd’hui 13. nombre de données postérieures, nos calculs C’est la raison pour laquelle dans le cadre nécessairement restreint de la initiaux ont été effectués présente contribution l’actualisation de ce travail est difficilement envisur la base des données sageable, car elle ne nécessite pas seulement une simple révision de de l’année 2002.
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de répartition dans lequel ce dernier, à l’instar des salaires de la fonction publique, représenterait l’une des composantes stables des revenus primaires. Sans pouvoir approfondir davantage l’analyse de ces ques­ tions dans l’espace qui nous est ici imparti, nous dirons donc que c’est en tenant compte de ces objectifs et de ces contraintes, que la complémentarité entre financement par création monétaire et financement par la fiscalité doit être pensée.

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Le financement du revenu social garanti comme revenu primaire

2. L’autofinancement partiel du RSG Comme nous le relevions dans nos travaux précédents, par autofinancement nous avançons deux formes complémentaires de financement. En premier lieu, notre approche du RSG débouche nécessairement sur l’idée selon laquelle il ne peut être compris que comme une nouvelle forme de revenu primaire lié directement à la production. En tant que tel, c’est la contrepartie d’une activité créatrice de valeur aujourd’hui encore non reconnue, une forme de salaire social. Pour cette raison, il doit être soumis aux divers prélèvements fiscaux et sociaux sur les salaires et les revenus des ménages. Cela concerne en particulier l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP), la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et bien sûr les cotisations sociales. Il va de soit que cette dernière considération a une portée limitée puisqu’elle conduit purement et simplement à un jeu à somme nulle au sein des administrations publiques et sociales 14. Par ailleurs, l’utilisation du RSG à des fins de consommation engendrerait la collecte de taxes indirectes, en ­ particulier la TVA. En second lieu, la mise en place du RSG rendrait caduques la majeure partie des minima sociaux et quelques prestations. Ces «  marges de manœuvre » de financement ne doivent cependant pas être exagérées. Elles ne permettraient pas, «  en interne  », le financement d’un revenu

14. Sur ce point, voir J.-M. MONNIER et C. VERcELLONE, op.cit., 2006, p. 207.

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quelques données, mais une recontextualisation des paramètres de la réforme. Ayant déjà montré la faisabilité financière du RSG et la nécessité d’une réforme fiscale de grande ampleur, le débat risquerait d’évoluer vers une discussion technique des dispositifs ­ fiscaux proposés. C’est pourquoi nous pensons qu’il serait même contreproductif de préciser de manière trop détaillée un ensemble de réformes « clé en main », avec le risque de dévier le débat d’un plan politique général vers la dimension technique de la transformation de la fiscalité. Malheureusement, le temps du débat sur le RSG n’a pas encore atteint une maturité sociale et politique telles pour pouvoir le développer dans ces termes techniques sans ambiguïtés et avec le risque bien connu de l’Utopie préconfectionnée déjà dénoncé par Marx. Les grandes lignes du projet de réforme du système fiscal et, en même temps, du mode de répartition que nous projetons, peuvent cependant être synthétisées en quelques orientations fondamentales : ––restaurer un système fiscal fortement progressif et redistributif ; –– recapter à l’avantage du salaire socialisé ce que la montée en puissance de la rente, sous ses différentes formes, capture aujourd’hui en faisant désormais du salaire socialisé ce qui reste après avoir payé les profits et les rentes ; –– adapter le système fiscal aux mutations du nouveau capitalisme afin de favoriser l’essor de formes de coopération non marchande et le potentiel d’émancipation inscrit dans une économie fondée sur le rôle moteur du savoir et de sa diffusion.

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Un revenu pour exister

3. La réforme du système fiscal Comme nous l’avons souligné, le financement par prélèvements du RSG suppose également une réforme de grande ampleur du système fiscal. La réforme du système de prélèvement que nous envisageons ne consiste pas simplement à trouver un financement à une prestation nouvelle, ce qui correspond Outre le retour sur les mesures au positionnement méthodoloqui depuis plus de 20 ans ont gique standard dans lequel le nettement amoindri la capacité lien de causalité s’entend dans le sens dépenses-recettes. Il faut pludu système fiscal à financer les tôt considérer qu’il existe un lien dépenses publiques et à réduire méthodologique entre les resles inégalités de revenu, il convient sources de l’État-providence et la nature de celui-ci, ce qui inverse de le réformer profondément. le lien de causalité. C’est la raison pour laquelle, outre le retour sur les mesures qui depuis plus de 20 ans, ont nettement amoindri la capacité du système fiscal à financer les dépenses publiques et à réduire les inégalités de revenu, il convient de le réformer profondément. Au-delà il faut non seulement adapter le système fiscal aux mutations du capitalisme et de l’économie fondée sur la connaissance, mais aussi libérer celle-ci des nouvelles clôtures du capitalisme cognitif. Dans l’espace nécessairement réduit de cette contribution, il n’est pas 15. J. M. KEyNES, Théorie possible de détailler les différentes mesures qui peuvent être envisagées. générale de l’emploi, Cependant les grands axes peuvent être indiqués. Il s’agirait tout d’abord de l’intérêt et de la de revenir sur les allégements de charges consentis depuis le début des monnaie, Payot, Paris, 1936, p. 172. années 1990. Au-delà, une réforme de la fiscalité du capital et des flux financiers doit être menée. Elle comporterait notamment une taxe Keynes 16. J. TObIN, « Tax the et une taxe Tobin. Dans l’esprit de Keynes, il s’agissait d’instaurer une speculators », in Retour taxe portant sur les transactions financières constitutives « de la prédomisur la taxe Tobin, nance de la spéculation sur l’entreprise 15 ». La taxe Tobin 16 qui en est le Éditions Confluences, Bordeaux, 1992, prolongement, devrait porter sur les opérations d’achat et de vente de p. 45-48. devises. Enfin, de nouveaux instruments fiscaux devraient être envisagés. Nous pensons ici notamment à la mise en œuvre d’une taxation du 17. L. SOETE et K. KamP, commerce électronique (bit tax) théorisée par Luc Soete et Karin Kamp 17, ­ « The “BIT TAX”: the case for further mais aussi à une véritable fiscalité environnementale. À cela pourrait research », Science and s’ajouter une fiscalité des brevets et une surtaxation sur les brevets dorPublic Policy, vol. 23, mants. Celle-ci, en plus des ressources qu’elle rapporterait, inciterait à un n° 6, décembre 1996, p. 353-360. moindre recours à ce mécanisme de privatisation de la connaissance dont
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inconditionnel substantiel : il n’existe pas de trésor caché dans lequel il suffirait de puiser. De fait, la proposition de RSG comme élément central de la reconfiguration de l’État-providence appelle à remettre en cause le système de prélèvements. Par ailleurs, la redistribution des revenus dépend également du profil de la distribution primaire, du système de transferts positifs et du système de prélèvements.

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Le financement du revenu social garanti comme revenu primaire

la croissance exceptionnelle est allée de pair avec une détérioration de la qualité de ces mêmes brevets. 4. Faut-il exonérer le RSG ?
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L’idée a été formulée d’exonérer le RSG d’impôt sur le revenu, intégralement, ou en deçà d’un certain niveau de ressources. La justification viendrait du fait qu’en tant que nouvelle dimension du Welfare, il conviendrait d’exempter les plus mal lotis du fardeau fiscal de cette nouvelle prestation. Notre conception du RSG à la fois comme nouvelle forme de revenu primaire et comme élément déterminant dans la transition vers le capitalisme cognitif nous amène à rejeter cette proposition. Celle-ci n’est rien d’autre que la conséquence d’une conception du RSG comme allocation universelle reposant sur une légitimité éthique et redistributive. Elle rompt avec la conception du RSG à la fois comme salaire social et comme nouvelle forme de revenu primaire, inconditionnel par nature. Enfin, la fiscalisation du RSG par l’impôt sur le revenu participe de cette recherche d’une politique de forte réduction des inégalités que nous évoquions plus haut, en raison de la progressivité du barème de ce prélèvement. L’architecture globale de la proposition de RSG et du financement suggéré vise en effet à une transformation du mode de répartition. Cependant l’impact redistributif global est a priori difficile à déterminer de manière précise. On sait toutefois que la réduction d’inégalité induite par un prélèvement dépend de trois facteurs jouant conjointement : l’inégalité de la distribution primaire, la progressivité du prélèvement et le taux moyen de prélèvement 18. Ceci vaut pour tout transfert, qu’il soit positif ou négatif. Les travaux récents portant sur le système fiscal français montrent qu’il est progressif pour la moitié la moins aisée des ménages, proportionnel pour les 40 % suivants et qu’il devient régressif au-delà voire très régressif pour la fraction la plus favorisée. Sa redistributivité est peu importante, mais le système de transferts positifs (allocations chômage, prestations familiales, etc.) est pour sa part nettement redistributif. Depuis, les réformes adoptées avec la loi de finances pour 2013 ont probablement amélioré le profil du système fiscal. L’introduction du RSG prenant la forme d’un revenu de base forfaitaire soumis aux prélèvements fiscaux et sociaux, et en particulier au barème progressif de l’impôt sur le revenu changerait aussi la donne. Elle accentuerait la progresssivité et la redistributivité globale du système de transferts. Mais il faut ajouter que les modifications proposées du système fiscal sont également de nature à accroître cette redistributivité. 

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18. La progressivité désigne la structure du prélèvement c’est-à-dire la répartition d’un euro de prélèvement entre les ménages ou les individus classés selon leur position dans la hiérarchie des revenus. On peut étudier ainsi la progressivité d’un impôt comme d’un système fiscal, d’allocations etc. Par taux moyen de prélèvement (de transfert) on entend le rapport entre le montant payé (reçu) et l’assiette imposable.

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