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HOUSSAYE, J. Quinze pédagogues, Leur influence aujourd’hui, éd.

Armand Colin, Paris,


1994.

Fiche de lecture par Caroline Dekkar, février 2003

INTRODUCTION

Cet ouvrage veut répondre au manque de références pédagogiques, en offrant un


panorama des grands pédagogues. Il a été réalisé par un collectif de spécialistes universitaires
et de chercheurs dans le domaine éducatif.
Un pédagogue est un praticien – théoricien de l’action éducative. Cette articulation est
déterminante et constitutive de la pédagogie. Les caractéristiques de cette démarche sont :
- l’action (« le faire est la source du dire »), qui témoigne de
- l’enracinement dans un contexte
- les ruptures opérées par le pédagogue
- la médiocrité, réalité humaine dynamisante.
Les auteurs ont choisi de limiter leur choix dans un cadre notionnel, historique et
géographique.

Le premier de ces grands pédagogues est Jean-Jacques Rousseau, né en 1712 à


Genève et mort en 1778 à Ermenonville (77). Il traverse un siècle de modernité, où le bonheur
semble assuré par le Progrès. Or Rousseau dit le contraire : le savoir corrompt, et la moralité
est d’un autre ordre que la science. Sa thèse est celle de la fiction d’une humanité originelle, et
de la dégénérescence de l’humanité civilisée. Il pose néanmoins le principe de perfectibilité et
de liberté. L’éducation doit donc se donner le projet de faire un homme. Son pessimisme
historique a pour corollaire son optimisme naturaliste. L’éducation doit socialiser, dénaturer
l’homme pour le pousser vers une liberté autonome. Il faut le faire se muer en un être de désir
qui se sert des institutions pour réussir. On peut toutefois relever des paradoxes. En effet,
l’enfant est un être de besoins qui entre forcément dans un univers de désirs. Le maître doit
montrer qu’il domine, mais comment ne pas faire de ce pouvoir un acte de pression sur la
volonté de l’enfant ?
C’est en fait l’éducation négative : il faut tout faire en ne faisant rien. Il ne faut pas expliciter,
se justifier, mais instrumenter l’enfant pour qu’il croie vouloir ce qu’il fait. D’autre part,
l’éducateur doit cultiver la différence tout en éduquant à la solidarité pour ne pas creuser les
inégalités.
Les pédagogues modernes n’ont pas toujours compris Rousseau et utilisent souvent à
tort des idées préconçues et prises hors contexte. Sa réflexion est riche et complexe, il faut la
comprendre en globalité. Le principal point est que l’éducation naturelle ne doit pas être
contre la réalité sociale.

A Zurich, Heinrich Pestalozzi (1746-1836), fait l’éloge de Rousseau et se fixe le


projet de le comprendre et d’instrumenter la visée de son œuvre. Dans le contexte d’une
oligarchie contestée par la jeunesse intellectuelle, il a pour projet le bonheur du peuple, en
prenant le chemin de l’éducation à la campagne. Il crée une école : Neuhof, qui accueille les
enfants errants. Mais c’est un échec à tous les plans. Dans son roman Léonard et Gertrude, il
pose le principe d’une bonté naturelle des hommes qu’un mauvais ordre social vient
corrompre. Or l’éducation est le pouvoir qu’a l’homme sur sa propre nature. Aucun régime
politique ne pouvant répondre à l’intérêt humain, il faut éduquer l’homme à son autonomie, ce
qui répond à l’ordre naturel de faire œuvre de soi-même. Pestalozzi poursuit son œuvre dans
trois instituts : Stans, Berthoud et Yverdon, qui seront tour à tour les laboratoires
d’expérimentation de sa méthode, et qui auront un retentissement à l’échelle européenne. Il
s’agit d’une pédagogie de l’intelligence, de la main, et du cœur. Les principes sont : le rapport
au réel par la perception des sens ; la simplification ; l’achèvement accompli à chaque stade ;
l’activité de l’élève ; l’autonomie ; le partage des savoirs ( qui fait penser aux réseaux
préconisés plus tard par Illyich). Plus tard il souhaite théoriser sa méthode. Sa thèse est que
l’homme travaille dans le sens de la perfectibilité de sa nature, et que la pédagogie se construit
sur la tension entre les besoins infantiles singuliers et le développement de la nature humaine
universelle.
Ici l’éducation est un savoir-faire, avant tout une pratique élaborée à partir des théories
rousseauistes mais surtout grâce aux expériences, parfois aux échecs, qu’a connu et dont a su
tirer profit Pestalozzi. Au regard des pédagogies actives ou nouvelles, on peut dire qu’il fut le
précurseur de ce mouvement. Il a inspiré ‘autres pédagogues comme Freinet ou Montessori.

Très influencé par Pestalozzi, Friedrich Fröbel est connu pour avoir fondé le jardin
d’enfants. Il naît en 1782, en Allemagne, d’un père pasteur. Il en gardera à vie un fondement
chrétien. Après avoir étudié et travaillé avec Pestalozzi, il s’appuie sur la cristallographie pour
inventer le concept de Sphère. En 1817 il fonde l’école de Keilhau, dont les valeurs sont
celles du travail, de la famille, de la vie en communauté. C’est le seul projet d’école qu’il
réalisera, les autres échouant. Peu avant sa mort en 1852, il créé le jardin d’enfants.
Sa philosophie de l’éducation est ancrée religieusement : l’homme est une réalité divine. Il y
applique la loi sphérique, soit prendre conscience de ses possibilités cognitives, faire corréler
l’interne et l’externe. C’est un processus de formation assuré par l’éducation qui passe par
l’analyse de la réalité extérieure par l’intérieur.
Sa pédagogie scolaire lie science et formation. L’homme est le seul être qui puisse saisir
l’essence des choses, les lois de la nature. Il s’agit d’un enseignement cognitif. De plus il
développe une théorie du jeu en commun (jeux d’occupation, de mouvement, de jardinage…)
qui a pour but de rendre visible la Création. Plus étonnant, il invente une pédagogie pour les
0-2 ans, fondé sur l’amour maternel et le jeu par les sens, qu’on appellerait aujourd’hui
l’éveil.
Son travail de fond est méconnu, et malgré son succès international on connaît peu sa
philosophie, qui certes n’est plus une conception valable du monde. Mais on peut souligner la
portée de ses travaux en constatant l’actualité des jeux de construction par exemple.

Paul Robin, 1837- 1912, était un militant progressiste qui souhaitait libérer l’homme
par le savoir. Issu d’un milieu catholique bourgeois, il enseigne les sciences mais se
positionne hors des cadres institutionnels. Il entretient une activité politique internationale.
Ses idées socialistes le feront emprisonner car il dérange la société et la bonne morale de
l’époque. En effet, il préconise la mixité et proteste contre « l’imposture religieuse ». Il fera
preuve toute sa vie d’une originalité provocatrice. Au niveau politique, il préconise
l’enseignement général de toutes les disciplines pour tous les élèves. Il reprend les thèses
positivistes sur l’acquisition de la culture, celles de la psychogénétique notamment. La mère
ne doit plus avoir l’exclusivité de la présence à l’enfant, mais les familles peuvent être
présentes dans une école ouverte. Cette école offre une scolarité générale et permet de se
spécialiser selon ses intérêts par la suite. Dans son orphelinat de Cempuis, il organise des
randonnées, des exercices physiques, de l’expression artistique, utilise les technologies
éducatives et pratique une éducation morale. Sa thèse : l’être humain est à la fois singulier et
pris dans la collectivité, son mobile est l’appétit de savoir, et l’enfant est un chercheur
rationnel.
Les solutions proposées étaient très avant-gardistes à l’époque, et son action ne fut
entretenue que par une poignée de syndicalistes. Malgré tout, son recours aux techniques
modernes font de lui un précurseur de la pédagogie nouvelle. Et il posait des problèmes très
actuels comme l’orientation ou le choix des programmes.

Francisco Ferrer, fusillé en Espagne en 1909, est devenu célèbre grâce à la phrase
qu’il lança avant son exécution : « vive l’école moderne ! ».
Il naît en 1859 en Catalogne d’une famille catholique d’agriculteurs aisés. Mais très vite il se
rapproche des milieux républicains et de la franc-maçonnerie. Il fonde une école en 1901,
dans le but de faire abandonner tout préjugé et de favoriser l’émancipation de l’individu. Il
proclame une philosophie praxéologique qui va contre la religion, obstacle à la libre
conscience. La science est selon lui supérieure et c’est elle qui permettra le salut de
l’humanité. Il souhaite d’autre part instaurer une nouvelle organisation sociale pour lutter
contre l’injustice. C’est une utopie scientifique, rationnelle, sociale et libératrice, dont le point
de départ fut la liberté de l’homme. S’appuyant sur Robin, il croit en un darwinisme
sociologique, une logique biologique « regénérationniste ». Il croit fondamentalement en la
perfectibilité humaine.
Dans son école, il fait preuve d’optimisme et de pragmatisme : il a confiance en l’Education
Nouvelle. Ses principes pédagogiques sont la coéducation des sexes et des classes sociales,
l’hygiène scolaire, l’auto discipline, l’autonomie.
C’est là qu’on peut émettre plusieurs critiques : son absence de profondeur et
d’originalité, son simplisme (comme si la science faite par les hommes était une vérité
absolue et définitive !), son dogmatisme scientifique, et la négation du rôle de l’institution
dans la société. Il percevait avant tout l’éducation comme un acte politique, porteur de fortes
valeurs idéologiques.

Mal connu, Rudolf Steiner a produit une œuvre immense, étrange et ésotérique, mais
qui dans le fond reste très actuelle. Né en 1861 en Croatie, c’est un autodidacte qui s’intéresse
à la métaphysique inductive : il pense que l’être humain est capable de saisir les lois
cosmiques par l’introspection. En 1919 il créé l’école libre de Waldorf.
Pour lui, il existe une nature spirituelle de tous les domaines de l’existence. Penser, c’est
l’essence du monde, et tout est accessible à l’homme. Il est complètement anthropomorphiste.
Pour accéder à la connaissance il faut méditer. Steiner est très influencé par le bouddhisme :
karma, réincarnation,…Il s’agit d’une philosophie occulte, mythologique. Par exemple le
devenir est un processus de réincarnation rythmé tous les 7ans par une évolution brutale. Ou
encore, il invente un concept de personnalité : l’homme a quatre tempéraments possibles,
reconnaissables physiquement. Mais lorsqu’il fonde son école, il est forcé à s’adapter à la
réalité et reprend les idées de l’école nouvelle (programme centré sur l’enfant, suivi
individualisé sans notes, matériel spécifique…) en y ajoutant sa touche « cosmique » :
activités, fêtes, architecture et décoration sont mises en place de manière à suivre le rythme
cosmique et organique. Il veut aussi mettre en contact les enfants avec la nature et les
responsabiliser.
Ses écoles sont très nombreuses et ont eu un grand succès, mais restent payantes et donc
ouvertes à des personnes de même milieu social. Elles n’ont donc pas le même souci que les
écoles publiques, qui comme leur nom l’indique, s’ouvrent à tous. Le succès des élèves peut
s’expliquer par cette sélection.
Actuellement, on ignore les fondements théoriques mais on reconnaît la valeur de ses
pratiques. Il est sans doute préférable de ne pas enseigner la vision farfelue qu’avait Steiner
du monde. On doit plutôt retenir son approche, ses pratiques qui correspondent elles, à une
réalité éducative.

Aux Etats-Unis, et à la même époque, un grand philosophe, John Dewey, fonde une
école expérimentale qui fera de lui le père de l’éducation progressiste. Il y développe une
méthode de pensée réfléchie, une philosophie pragmatique dont le modèle est la démocratie. Il
veut rendre plus intéressant et plus crédible l’enseignement primaire. Par ailleurs il veut
démontrer que l’éducation est un domaine de recherche scientifique.
Sa théorie est celle de la coordination des facteurs psychologique et social, ainsi le
développement personnel doit correspondre à celui de la société. L’éducation est donc une
nécessité sociale qui assure la continuité humaine. L’école est une institution sociale, un
processus et une communauté de vie. Les contenus d’enseignement sont centrés sur
l’expérience de l’enfant, plus cohérente que ce que les adultes veulent leur imposer. Il faut
partir de l’expérience pour arriver aux domaines de la vérité, en se basant sur la curiosité
naturelle de l’enfant. Les activités familières sont des méthodes de vie. Le critère de réussite
est la qualité du travail. Les trois domaines à étudier sont l’histoire, la science, et
l’expression, rythmés par cinq étapes de la pensée réfléchie. Le fondement essentiel est la
démocratie : la participation de tous, la responsabilisation, la vie associative.
Son combat contre les dualismes traditionnels reste très actuel, et on ne peut que
craindre le simplisme dont font preuve certains politiciens au pouvoir pour justifier des
actions immorales. Toutefois, on peut émettre une critique importante quant à la confiance
absolue dans l’intérêt de l’enfant. Un enfant peut-il savoir ce qui est de son intérêt ? Peut il
faire l’expérience de tout ? Est il nécessaire de se brûler pour avoir peur du feu ?
Si on s’en tient à ce que dit Dewey, la culture reste alors limitée au champ de perception et de
curiosité de chacun.

En Belgique, Ovide Decroly, neurologue, crée en 1907 l’école « pour la vie, par la
vie ». Il transpose l’évolutionnisme biologique à l’éducation, mais les fondements théoriques
sont biosociaux. Le développement de l’enfant est le résultat de la croissance biologique et de
l’expérimentation active dans le milieu. L’hérédité est celle des instincts qui sont la base de
l’édification de la personnalité. L’école doit avant tout permettre de s’adapter à la vie.
L’éducation peut être à l’origine d’une humanité meilleure. L’école utilise la vie environnante
qui satisfait les besoins de l’enfant. Les centres d’intérêt forment un tout cohérent et
indivisible, composé d’intelligence et d’affectivité. La globalisation est un processus
intellectuel qu’il faut favoriser, car l’enfant voit le monde comme une totalité vivante. La
classe est un atelier de travail libre et coopératif, où l’accent est mis sur la joie. L’école doit
être à la campagne pour permettre une situation de découverte et un contact avec le réel. Les
classes sont homogènes, et les programmes, fixés à l’avance, doivent livrer le goût de
connaître. L’épanouissement passe par la spontanéité expressive. Il s’agit donc d’une
pédagogie active forte de qualités humaines.
Mais on peut émettre des critiques : l’absence de la notion de conflit qu’il nie complètement
entre autres. Mais aussi le fait qu’il impose des valeurs moralisatrices du bien, du beau, et ne
permet pas de remise en question. De plus l’adaptation au milieu ne permet pas de critique du
système social, puisqu’il faut s’y conformer, cela n’invite pas au changement.
Les écoles « Decroly » fonctionnent encore, grâce à la capacité d’adaptation de se techniques.

La seule femme présente dans cet ouvrage est Maria Montessori. C’st avant tout un
médecin engagé, un professeur d’anthropologie pédagogique qui s’appuie sur le positivisme.
Sa démarche a une base scientifique mais une finalité philosophique.
D’après elle l’éducation ne peut pas modifier la nature profonde de l’individu, qui est
génétique. L’environnement est un facteur secondaire. Il faut adopter un plan de
développement libérateur des énergies vitales, qui favorise la libération, par le
développement, d’une personnalité latente. Mais les lois de vie sont divines, et c’est l’esprit
de dieu qui se révèle dans l’enfant. Il faut conserver l’ordre harmonieux du monde et s’y
épanouir. Les adultes ne peuvent pas connaître ces lois à valeur normative, et donc ne peuvent
pas savoir de quelle façon éduquer les enfants (qui sont plus proches de dieu). L’éducation
passée était une lutte entre le monde de l’enfant et celui de l’adulte. Elle préconise donc un
programme de « désarmement pédagogique ». L’enfant a besoin de l’aide de l’adulte, bien
qu’ils soient dans deux mondes différents. L’adulte ne doit pas combattre les défauts de
l’enfant mais préparer son environnement conformément à ses besoins. C’est le concept de
normalisation, solution à tous les problèmes. C’est une coordination de toutes les forces
produites par la concentration. Il faut donc focaliser son attention par un matériel didactique
spécifique. Ce support permet d’appréhender la complexité du monde, tout en laissant à
chacun le choix des activités, du rythme, de l’évaluation. L’ordre est très important pour
présenter le respect d’autrui et donc l’unité sociale de classes hétérogènes. Les adultes doivent
prendre conscience de leurs erreurs, être humbles et à la disposition des enfants.
Personnellement je trouve sa réflexion assez peu cohérente et peu argumentée. Je doute que
les enfants parviennent à acquérir des savoirs diversifiés. Surtout, je vois mal comment les
enfants sont préparés à la vie sociale future qui les attend. Non seulement on ne corrige pas
leurs défauts mais surtout il ne faut rien leur imposer. Ce n’est pas vraiment la politique
adoptée dans le monde du travail par exemple.

Adolphe Ferrière (1870-1960 Genève), issu d’un milieu favorisé et malgré ses facultés
intellectuelles, ne pratiquera jamais l’éducation à cause de sa surdité. En revanche il participe
à de nombreux projets d’école nouvelle et sera très productif. Mais il est d’abord politologue
et sociologique. Un de ses travaux fut de codifier l’école nouvelle en établissant un inventaire
des caractéristiques de la pédagogie active. Il fonde sa pensée sur la psychologie génétique et
l’anthropologie philosophique. Une de ses thèses est celle de la récapitulation chez l’individu
des stades de l’espèce. Il détermine quatre lois humaines auxquelles correspondent quatre
recherches pratiques : respecter l’énergétisme, reconnaître les types psychologiques, faire un
diagnostic individuel, favoriser le passage de l’inconscient à la conscience. La conscience est
la qualité supérieure de l’homme. Son destin est dicté par la nature mais son esprit lui permet
d’en tirer le meilleur parti. L’enfant doit être actif, son élan part de lui-même.
On pourrait lui reprocher le fait de catégoriser l’homme en types psychologiques. Ensuite la
stigmatisation des populations pauvres qui seraient moins savantes. Ou encore la
contradiction de mener un groupe vers l’autonomie sans risquer le conformisme.
La pédagogie, selon Makarenko, est le résultat d’une expérience (et non d’une
réflexion) basée dur l’observation et l’entourage. Il adopte une méthode scientifique d’analyse
objective des données. Il a peur du subjectivisme et de la psychologisation. Son but : l’homme
nouveau. L’idéologie marxiste pose l’éducation comme créatrice d’un nouveau monde, celui
d’une société sans classes. Cet idéal de l’homme communiste est un être objectif, planétaire,
concret. C’est celui d’un citoyen bolchevik, responsable, qui sait commander et se soumettre,
vivre et aimer la vie. Ses principes :
- « aborder chaque être humain avec une hypothèse optimiste »
- « exiger d’autant plus de l’homme qu’on estime d’avantage » (l’exigence doit toutefois
être adapté à la situation)
- le respect et la soumission aux règles du groupe dans l’intérêt général. Il faut comprendre
le bien fondé des exigences de la morale collective et apprendre à se soumettre à un
travail déplaisant ou à s’auto sanctionner en cas de responsabilité.
Makarenko nie la valeur des centres d’intérêts, car il estime que l’éducation est en
contradiction avec les intérêts de l’enfant. C’est l’intérêt de la communauté qui doit prévaloir.
Un des moyens utilisés est l’organisation d’un système de détachements permanents et de
détachements spéciaux. Ce système est un intermédiaire entre la collectivité générale et
l’individu : le mélange des âges créé l’effet pédagogique. Le commandant d’un détachement
permanent ne peut pas être celui d’un détachement spécial, et inversement ; ainsi chacun doit
pouvoir avoir le rôle de commander et celui de se soumettre.

Partisan d’une démarche expérimentale, Roger Cousinet recherchera, lui, une


articulation entre théorie et pédagogie.
L’école permet la cohabitation des enfants qui forment une société à part. Mais l’école va
contre cette société en divisant les enfants par classe. Or il faut la respecter en permettant le
« self-government » démocratique, au sein d’un climat positif. L’enfant a besoin de se
socialiser, et pour cela il passe par des phases d’apprentissage de la vie sociale et par le jeu.
Leurs activités correspondent à des fonctions psychologiques. Elles sont caractérisées par
l’instinct naturel, la spontanéité, la connaissance, les règles, le collectif. Il faut lier le jeu au
travail à condition d’offrir une diversité de choix et de respecter les caractéristiques citées.
L’enfant n’est pas un futur adulte. L’école doit s’adapter à qui il est vraiment. Les enfants
sont capables de s’élever entre eux, naturellement. Il faut toutefois donner des méthodes
d’apprentissage, en privilégiant les savoirs opératoires, en constituant des réseaux de fiches.
La méthode du travail en groupe est l’organisation quotidienne. Les seules règles sont
l’association libre, la solitude des enfants entre eux, la correction de l’adulte comme seul
recours.
Je doute que de laisser les enfants livrés à eux-mêmes soit la solution : sentiment d’abandon,
perte de repères, manque de structures, autant de fruits récoltés par cette pratique. D’autre part
il semble illusoire de croire que l’association libre permet l’homogénéité : on observe
généralement le contraire, c'est-à-dire des enfants qui fréquentent les enfants qui leur
ressemblent le plus. Enfin certains chercheurs (Vezin) ne croient pas qu’on puisse associer jeu
et travail. Le travail exige un résultat concret mais reste un moyen, tandis que le jeu a une fin
en soi et ne nécessite aucun résultat précis. Ce n’est pas le même rapport au savoir et les
enfants n’en sont pas dupes.
Au même moment, l’instituteur Célestin Freinet est reconnu dans le mouvement de
l’école moderne comme un innovateur de techniques pédagogiques. A l’origine de ses
trouvailles, on peut noter l’influence rurale de son enfance, celle des visites d’écoles
nouvelles, le refus de la guerre, et l’adaptation forcée de sa pédagogie à son handicap
pulmonaire.
Son empreinte politique est celle d’une école du peuple, de la démocratisation de
l’enseignement, du refus de l’élitisme et de la valorisation des savoir-faire. L’enfant
fonctionne selon une méthode naturelle d’acquisition des expériences. Il faut lier l’affectif et
l’intellectuel, et favoriser la socialisation. La libre expression est le manifestation de la vie, un
principe pédagogique qui reproduit la loi naturelle. Elle a de nombreux supports possibles
mais le maître y a une place prépondérante. Il préconise l’éducation du travail productif, dont
l’intérêt réside dans la valeur morale et vitale. On peut en outre citer trois principes
pédagogiques : le matérialisme pédagogique (imprimerie, photographie, vivarium,…), la
classe coopérative (le conseil organise, suit et régule le travail), la personnalisation des
apprentissages.
Son influence fut à la fois marginale et étendue. Il est connu des milieux éducatifs mais peu
adoptent sa méthode de manière globale. Sa réflexion est très actuelle et synthétise assez bien
les travaux de ces prédécesseurs. En outre la place du maître et celles des valeurs morales,
comme celle du travail bien fait, sont modernes sans être conservatrices.

Alexander Sutherland Neill (1833-1973) est connu pour son Ecole de Summerhill
(1924) et pour ses positions extrêmes et libéralistes. Il dénonce la société répressive et veut
libérer l’individu. Il veut faire œuvre de régénération sociale. Il est farouchement opposé à
toute forme de moralisme, qu’il soit religieux ou bienveillant. Il se fonde sur la psychanalyse
pour faire de l’école un lieu qui empêche les névroses et les transferts négatifs du maître sur
l’élève. La solution est d’être honnête avec soi même et de se connaître.
Il définit la liberté comme : « faire ce qu’on veut » dans la limite de la liberté d’autrui. La
névrose est due à l’obligation. On doit donc laisser faire jusqu’à épuisement des intérêts de
l’enfant. On prône l’autodétermination. L’enseignant doit refuser de guider les enfants, car il
représente un danger. Il doit régresser, se mettre à leur niveau. Mais dans la réalité, Neill
impose un cadre de sécurité, des limites à ne pas franchir. Il reste le directeur. En effet, il se
rend vite compte de l’échec de son utopie sur la majorité des enfants. Il est donc obligé
d’intervenir, au moins au niveau moral.
Si on reprend la définition qu’il donne de la liberté, et si on veut la mettre en pratique sans
contrainte, la tâche semble bien difficile : il est certainement moins aisé de faire naître
spontanément le respect de soi et des autres que d’imposer des règles strictes, surtout envers
des enfants en difficulté. Mais ses applications semblent tout de même dangereuses,
notamment au niveau de l’accès au savoir et de la confiance absolue laissée en l’intérêt de
l’enfant. Je doute qu’un tel système assure un enseignement complet.

Carl Rogers (1902-1987) pratique, lui, la non-directivité avec ses étudiants, pratique
appuyée sur celles de Lewin et du T- group. Sa thérapie est centrée sur la personne. L’homme
est naturellement bon, mais il a besoin d’aide pour le rester. C’est la dynamique de
personnalité et la psychologie de la troisième force. Il élargira son champ d’intervention à
l’éducation. Il croit en l’instinct de croissance de l’être humain. Il faut toutefois faciliter
l’apprentissage en le crédibilisant, en instaurant un climat positif, dans le but de favoriser les
initiatives, l’intelligence, l’adaptation, la création, la coopération. Il décrit les stratégies d’une
méthode générale : flexibilité, coresponsabilité, pas d’évaluation, travail en petits groupes.
Les caractéristiques de l’apprentissage doivent être l’implication, la curiosité, l’activité, la
responsabilité, l’auto détermination, l’auto évaluation. L’enseignant doit instaurer un climat
de confiance, développer ses relations avec les étudiants, être congruent, rendre
l’enseignement significatif pour chacun, être empathique, rendre les ressources accessibles.
Notre avis : une approche très intéressante, mais comment faire quand on n’évalue pas pur
juger de la valeur du travail ? de l’acquisition des connaissances ?