Fabien Soldà, « Du "Calvaire" au "Jardin des supplices" : la passion de l’homme »

DU CALVAIRE AU JARDIN DES SUPPLICES : LA PASSION DE L’HOMME

À mes parents Quelle étrange chose, mes amis, paraît être ce qu'on appelle le plaisir et quel singulier rapport il a naturellement avec ce qui passe pour être son contraire, la douleur ! Qu'on poursuive l'un et qu'on l'attrape, on est presque toujours contraint d'attraper l'autre aussi... Socrate. Phédon

Le Jardin des supplices est une « monstruosité littéraire », dans son contenu et dans sa forme. C‘est un patchwork de récits publiés ultérieurement, certains même réécrits plusieurs fois, comme l’a souli né !ierre "ichel#, et il a été commenté maintes fois. $ans mes précédentes études sur ce roman%, &e n’ai &amais noté de continuité entre les romans dits « autobio raphi'ues » et Le Jardin des supplices, 'ui m’apparaissait trop particulier, trop différent des autres récits de "irbeau et constituait une rupture a(ec eu). "ais en essa*ant de décou(rir pour'uoi "irbeau a(ait utilisé des prénoms (oisins +Clara, Claire et Clarisse, dans plusieurs « contes cruels » et dans ce roman, &’ai remar'ué 'ue ces récits a(aient un « scénario » en commun - un homme est entre les mains d’une femme cruelle et obéit . tous ses désirs. /e me suis donc attelé . le rechercher dans ses autres romans. $ans cette étude, nous confronterons Le alvaire, premier roman si né de son nom, et Le Jardin des supplices et, lors'ue ce sera nécessaire, nous ferons appel . d’autres écrits de "irbeau - récits, essais, correspondance. #. Du Calvaire au Jardin des supplices : de Charybde en Scylla0 * Le Calvaire (188 !1 /ean "intié, &eune pro(incial monté . !aris, a une liaison a(ec /uliette - une courtisane 'ui le conduit . la ruine. 2pr3s être passé par toutes les affres de la passion, il décou(re la liaison de son ami 4irat a(ec /uliette. 5l 'uitte alors !aris.

!ierre "ichel, « 4a !remi3re ébauche du Jardin des supplices - !n mission +#670, », ahiers "ctave #ir$eau, n8 #, #771, pp. #9#:#7% ; !ierre "ichel, « Le Jardin des supplices - entre patch%or& et sou$resauts d'épouvante », ahiers "ctave #ir$eau, n8 0, #77<, pp. 1<:9% ; !ierre "ichel, « 5ntroduction » au Jardin des supplices, in 'uvre romanesque d’=cta(e "irbeau, >uchet?Chastel : Société =cta(e "irbeau, t. 55, pp. #00: #@1 ; !ierre "ichel, « Le Jardin des supplices, ou - du cauchemar d’un &uste . la monstruosité littéraire », introduction au Jardin des supplices, Aditions du >oucher, %BB0, pp. 0:0#. Coir Dabien Sold., La #ise en sc(ne et en images du sadisme dans )Le Jardin des supplices* d'"ctave #ir$eau, mémoire de $.E.2., Fni(ersité de >esanGon, #77#, #@B pa es ; « Le Jardin des supplices - roman dHinitiation I », ahiers "ctave #ir$eau, n8 %, #77@, pp. <#:6< ; et « =cta(e "irbeau et Charles >audelaire - Le Jardin des supplices ou Les +leurs du mal re(isitées », ahiers "ctave #ir$eau, n8 1, #779, pp. #79:%#<. 3 $ans mon mémoire de $E2 +(oir note %,, &’ai étudié le rJle de la parole, du re ard dans le sadisme de Clara en(ers le narrateur, et . l’in(ersion des rJles. !ierre "ichel s’est aussi intéressé au rJle des dialo ues dans Le alvaire et Le Jardin des supplices , dans son article sur « les rJles se)uels . tra(ers les dialo ues du alvaire et du Jardin des supplices » +http-??mirbeau.asso.fr?darticlesfrancais?!":Kolesse)uels.pdf,. 4 /’utiliserai l’édition du alvaire 'ue l’on trou(e dans l’'uvre romanesque, !aris, >uchet?Chastel: Société =cta(e "irbeau, %BBB, tome #. /e la noterai 4C.
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* Le Jardin des supplices (18""!@ C’est surtout . partir du moment oL Clara fait son apparition 'ue le te)te nous intéresse. 4e roman est en effet constitué de trois parties. $ans « En mission », la deu)i3me partie, le narrateur anon*me fait la connaissance de Clara, 'ui lui fait décou(rir la face cachée de la colonisation. $ans la troisi3me partie, « 4e /ardin des supplices » stricto sensu, il dépeint la relation sado:masochiste 'ui les unit. 4es deu) romans mettent en sc3ne un homme entre les mains d’une femme et obéissant . tous ses désirs. MNchons de dresser les portraits croisés des deu) femmes fatales. O /uliette est une courtisane et la maPtresse de /ean "intié et aussi celle d’un chien, Sp*. =r, les mots infantilisants 'u’elle emploie tendent . rapprocher /ean du chien, les confondent, dé(o*ant le terme « maPtresse » Q Clara est aussi une femme:enfant +« un étrange sourire d'en,ant et de prostituée, tout ensem$le< », et une maPtresse, 'ui sait susciter le désir de son amant, le narrateur +« !m$rasse mes l(vres... em$rasse ma nuque... em$rasse mes cheveu- cher petit vo.ou !...9 », et 'ui &oint le este . la parole - « lara s'était collée contre moi toute ,rémissante6 ». $u statut de maPtresse, /uliette passe . celui de m3re lors'u’elle parle . /ean comme on parle . un enfant. Son chan ement de statut, prendra la forme d’une petite chambre meublée dans la'uelle elle « avait tenu aussi / ranger elle0même mes a,,aires » +4C, p. %97,, apr3s son retour de >reta ne oL il a(ait essa*é de fuir sa maPtresse sur les conseils de son ami 4irat. Et elle ne passe plus 'ue « pour se rendre compte si les choses étaient dans le même ordre » +4C, p. %97, - le se)e a disparu de leur relation. Clara est aussi une m3re pour le narrateur - « Puis, presque maternelle, elle me recommanda7 »...

/’utiliserai l’édition de la collection +olio, =cta(e "irbeau, Le Jardin des supplices. !aris, Rallimard, #77#, 'ue &e noterai /$S dans un souci de lisibilité. < 1$id., p. #19. =n retrou(e dans ce portrait une ima e stéréot*pée de la femme fin de si3cle. !our Schopenhauer la femme est une sorte dHenfant prolon é - « e qui rend les ,emmes particuli(rement aptes / soigner, / élever notre premi(re en,ance, c'est qu'elles restent elles0mêmes puériles, ,utiles et $ornées, une sorte d'intermédiaire entre l'en,ant et l'homme » +!ssais sur les ,emmes, #6@B, traduit et publié en Drance en #66B, Ed. 2ctes Sud, #769, p. %B,. =n retrou(era dans le roman de nombreuses occurrences 'ui décri(ent les attitudes enfantines de Clara - i$id., p. #17 - « lara mani,esta sa joie, en tapant dans ses mains comme un $a$. / qui gouvernante vient de permettre de torturer un petit chien », et p. #60 - « indignée, en ,rappant le sol de ses petits pieds ». 7 1$id., p. #17. Coir aussi - « !m$rasse mes l(vres... em$rasse ma nuque... em$rasse mes cheveu- cher petit vo.ou !... » +p. #@B, ; « 2a $ouche ... donne moi ta $ouche ... ta $ouche ... ta $ouche !.. . » +p. #@6, ; « 3ois ma ro$e est toute déchirée... 'est délicieu- ! » +p. #<1, - « !t tu ne me caresses même pas !... aresse moi donc, chéri ! ... 24te mes seins comme ils sont ,roids et durs » +p. #<<, - « !m$rasse0moi, cher amour ... em$rasse0moi donc ! S...T "h ! tes l(vres !... » +p. #97, ; « !m$rasse0moi. aresse0moi... » +p. #77, ; « !t prends mes seins... omme ils sont durs !... S...T 3iens donc... » 6 1$id., p. #96. Coir aussi p. #97 - « !lle m'étreignait, m'enla5ait 6 S...T elle me dit dans un $aiser ,éroce ». 7 1$id., p. #0<. Elle le soi ne, aussi - 1$id., p. #16 - « 7'une $on$onni(re d'or S...T elle tira, du $out de ses doigts, un cachet de quinine, et, m'ordonnant de m'approcher, elle le porta gentiment, / mes l(vre ».

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"ariette 4*dis, illustration du Jardin des supplices +#709,

O /uliette (it au) crochets des hommes, car elle n’a pas de fortune personnelle. À l’en croire, elle a fui son p3re 'ui bu(ait et 'ui, un soir, est rentré dans sa chambre, et « sa m(re, qui menait une mauvaise conduite » et 'ui « avait quitté son mari » +4C, p. %B1,. Elle recherche l’ar ent 'ui lui permet d’assou(ir ses désirs, car elle est une consommatrice compulsi(e et, pour elle, le plaisir est s*non*me de possession - « Juliette e8t voulu acheter tout ce qu9elle vo.ait » +4C, p. %B7,. C’est ce plaisir 'ui lui permet alors de manifester un désir se)uel - « 7ans la voiture, en entrant, Juliette se pressait contre moi, me tendait ses l(vres, me couvrait de caresses, heureuse, ra.onnante » +4C, p. %B7,. 4a possession matérielle se mélan e alors . la possession de l’homme - « !lle passait d9un rire, d9un $aiser, / une gravité su$ite, mêlait les tendresses et les mesures des pla,onds, em$rouillait l9amour avec la tapisserie » +4C, p. %#B,. 2pr3s l’achat du mobilier 'ui a permis l’installation, /uliette s’occupe de sa toilette car, comme elle le dit . /ean - « 2a petite ,emme n9a plus rien / se mettre: !lle est nue comme un ver, la pauvre ! » +4C, p. %%B,. 4es achats compulsifs (ont donc reprendre et, « pendant plus d9un mois, tous les soirs, on apporta ScheU nousT des paquets, des cartons, des gaines étranges#B » V remar'ue 'ui souli ne la méconnaissance de ces (êtements par /ean, . 'ui ils ne sont (isiblement pas destinés Q Elle a donc des secrets 'ui (ont é(eiller sa &alousie, 'ui le submer era lors d’une sortie oL /uliette « étrenna au thé4tre, une ro$e qui ,it sensation » +4C, p. %%#,. =n peut, . ce propos, rappeler l’anal*se 'ue fera "irbeau du corps de la prostituée, 'ui « constitue son $ien » - « !lle l9entretient de la même ,a5on qu9un $on soldat nettoie et e-erce son arme. SWT !lle . ha$ite comme dans un logement qu9elle o,,re en location au- passants. !t, étant $onne renti(re, elle l9arrange du mieu- qu9elle peut pour le proposer au- clients ##. » 2insi armée, /uliette aime se trou(er sous les feu) de la rampe, sous le re ard des hommes. 4ors'u’elle de(ient l’ob&et des désirs masculins, elle retrou(e « son sourire et l9e-pression de joie un peu étonné et candide qu9elle conservait jusque dans ces milieu- répugnants de la dé$auche » +4C, p. %0B,. Son attitude consumériste reparaPt lors'u’elle fait acheter . /ean un collier de perles, alors 'u’il (ient de lui a(ouer ses difficultés financi3res. Elle parta e son plaisir a(ec lui - « Le soir, parée de ses perles, elle s9assit sur mes genou-, radieuse, et, les $ras noué autour de mon cou, elle resta
5d. 4’énumération se termine par une formule dépréciati(e comme lors de l’achat du mobilier - « !lle s9entêta dans le désir de posséder une sorte de $ahut ara$e » +p. %B7,. 11 =cta(e "irbeau. L9;mour de la ,emme vénale. !aris, 5ndi o X Aditions Demmes, #771, p. @#.
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longtemps / me $ercer de sa douce voi- » +4C, p. %0@,. "irbeau souli ne l’ambi Yité de /uliette - elle est la m3re et la maPtresse en même temps. O Clara est une femme riche, libre, émancipée. Elle ne recherche pas l’ar ent, mais des sensations fortes 'ui lui procurent un plaisir sado:masochiste. Elle s’offre . la (iolence d’autrui - la foule#%, le narrateur - « lara n'eut pas un mouvement de recul, pas même un mouvement de paupi(res... !lle avan5a sa gorge, o,,rit sa poitrine #0... » Elle s’identifie aussi au) (ictimes des supplices - « !t / moi, aussi ch(re petite 4me, il me sem$lait que la $adine entrait / chaque coup dans mes reins » +/$S, p. #<@,. Si /uliette est une acheteuse compulsi(e, Clara est une « collectionneuse » de supplices - au) deu) femmes, il en faut tou&ours plus, leur per(ersion se traduit par l’accumulation. Elles recherchent le plaisir sous des formes différentes, mais il se transforme en plaisir se)uel. Clara est aussi homose)uelle, ou plutJt bise)uelle. CHest dHabord 2nnie 'ui nous est présentée - « Je l'aimais tant, tant ! SWT Jamais plus nous ne connaîtrons le go8t si 4pre de ses $aisers ... » +/$S, p. #11,. 5l e)istait donc un &eu . trois. Sa complicité a(ec 2nnie se poursui(ait aussi dans le oZt des spectacles de tortures#1. 2(ant 2nnie, il * a eu une dompteuse #@, il * a maintenant une Chinoise #<. $e son cJté, /uliette accumule les liaisons, il lui arri(e même aussi d’en a(oir plusieurs en même temps#9. O /uliette et Clara sont conformes . l’ima e fin:de:si3cle de la femme #6, et la fourrure * contribue#7. 4’apparition de /uliette dans l’atelier de 4irat est centrée autour de cette métaphore - « <ne petite capote de loutre se montra, puis deu- .eu- souriants, sous une voilette, puis un long manteau de ,ourrure, qui dessinait un corps mince de jeune ,emme » +4C, p. #9#,. !our Clara, l’érotisme de la sc3ne est remplacé par une ima e plus se)uelle, pres'ue obsc3ne - un chien 'ui lui sert de cache:se)e%B. 2rrêtons:nous 'uel'ues instants sur deu) te)tes oL /uliette et Clara sont dépeintes en odalis'ues par leurs amants. 2lors 'ue "anet, dans "l.mpia, a(ait représenté la sienne a(ec un chat, "irbeau, leur attribue un chien. Ces chiens feraient:ils d’elles des chiennes I Sans tenir compte de la présence de /ean, /uliette &oue a(ec son chien Sp* - « Juliette s9était penchée, et le mena5ait du doigt, sév(rement: =p. ,init par mettre la patte dans la main de sa maîtresse qui l9enleva, le caressa, l9em$rassa. SWT !lle se rassit, le tenant toujours dans ses $ras, ainsi qu9un en,ant, ,rottant sa joue contre le museau de l9a,,reu- animal, lui
/$S, p #@6 - « lara, elle, se jetait au plus ,ort de la mêlée. !lle su$issait le $rutal contact et, pour ainsi dire le viol de cette ,oule avec un plaisir passionné. » Coir aussi p. #<7 - « !lle était, elle, li$re, tr(s jo.euse, au milieu de cette ,oule SWT dont elle su$issait les plus répugnantes étreintes avec une sorte de volupté p4mée. !lle tendait son corps 0tout son corps svelte et vi$rant 0 au- $rutalités, au- coups, au- déchirements ». Et aussi p. #<6 - « "n se pressait si ,urieusement, / l'entrée du $agne, S...T ce ,ut dans cette mêlée que lara se jeta résolument, plus e-altée d'avoir entendu cette cloche S...T ses petits glas lointains qui lui causaient tant de plaisir... » #0 1$id., p. %09. Coir aussi p. %09 - « =implement, lentement avec une douceur in,inie elle dit 6 0 !h $ien !... tue 0moi, chéri... J'aimerais être tué par toi, cher petit c>ur. » #1 1$id., p. #17 - « ;nnie et moi, nous ne manquions jamais un mercredi... » Elles allaient (isiter ensemble le &ardin des supplices. Et p. #<< - « L'année derni(re, avec ;nnie » +. propos du supplice de la caresse,. #@ 1$id., p. #17 - « ? @erlin, un soir, j'ai vu une ,emme que j'avais aimée la veille SWT ». #< 1$id., p. %0< - « #oi j'irai retrouver ma petite +leur0de0Pêcher, qui est $ien plus gentille que toi, et qui connaît l'amour mieu- que les hommes... ». 17 4C, pp. %7<:%79 - « 3ous connaisseA les deu- @orgsheim !: ces deu- sales ;llemands !: !h $ien, Juliette était avec eu- en même temps !: SWT <n soir, elle disait / l9un 6 );h ! $ien ! c9est toi que j9aime.* !t elle l9emmenait. Le lendemain, elle disait / l9autre 6 )Bon, décidément, c9est toi: * SWT ». 18 !our >audelaire, « la ,emme est naturelle, c'est0/0dire a$omina$le » ++usées, 'uvres compl(tes, >ou'uins, p. 1B<,. 19 >audelaire écri(it - « Je con,ondais l'odeur de la ,ourrure avec l'odeur de la ,emme... » +i$id., p. 07<,. 20 /$S, p. #10 - « <n chien du Laos SWT dormait aupr(s d9elle, le museau sur sa cuisse, une patte sur son sein. »
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sou,,lant dans l9oreille des choses douces et $erceuses. SWT =p. a$o.a de nouveauC puis il vint lécher les l(vres de Juliette qui s9a$andonnait, réjouie, / ces odieuses caresses » +4C, pp. #77:%BB,. /ean aperGoit bien, cheU /uliette, un corps fait pour l’amour, « un corps souple, nerveu-, au- ondulations passionnées, au- puissantes étreintes » +4C, p. %BB,, mais il lui est « di,,icile de porter sur elle un jugement précis », car « il . avait, en cette ,emme, un mélange d9innocence et de volupté, de ,inesse et de $êtise, de $onté et de méchanceté, qui SleT déconcertait » +4C, p. %BB,. /uliette ne cherche pas . le séduire - "intié succombe . son « naturel » et . sa beauté%#. En re(anche, dans Le Jardin des supplices, Clara met en place un &eu de séduction a(ec le narrateur - « !lle jouait avec une longue m(che de ses cheveu- déroulés » +/$S, p. #10, ; « !lle enroula autour de ses doigts la m(che dorée » +/$S, p. #11, ; « lara lissa l9or rou- de ses cheveu- » +/$S, p. #1<,. Et son érotomanie est souli née est par la puissance se)uelle 'ui se dé a e de la sc3ne - « Bue dans une transparente tunique de soie jaune, elle était mollement couchée sur une peau de tigre. SWT <n chien du Laos, au- poils rouges, dormait aupr(s d9elle, le museau sur sa cuisse, une patte sur son sein » +/$S, p. #10, ; « !t, toute souriante, avec des étirements de souple animal S...T » +/$S, p. #10, ; « 7ans un mouvement, la patte du chien endormi, a.ant glissé sur la soie, découvrit enti(rement le glo$e du sein qui darda sa pointe, rose comme une jeune ,leur » +/$S, p. #1@, ; « !lle renversa sa tête sur les coussins, agrandit l9espace nu de sa poitrine:, et avec un sourire: un étrange sourire d9en,ant et de prostituée, tout ensem$le S...T » +/$S, p. #19, ; « !lle se souleva / demi, sur les coussins: La tunique écartée laissa voir, plus $as que la taille, entre les nuages de l9éto,,e, des coins de sa chair ardente et rose » +/$S, p. #16, V né li ence 'ui pourrait laisser ima iner un début de strip:tease... Elle lui demande si ses « seins SluiT plaisent toujours... » +/$S, p. #19,, puis, « leste, preste, impudique et jo.euse, suivie du chien rouge qui $ondissait, elle alla se remettre au- mains des ,emmes, chargées de l9ha$iller ... » +/$S, p. #@B,. Clara utilise son corps comme la prostituée, dont le corps « doit seulement en,lammer le désir se-uel, l9assouvir » - « La volupté doit émaner de chaque partie de ce corps %% » et, « si son charme persiste, ce n9est pas d8 seulement / la satis,action qu9elle procure, mais surtout au désir qu9elle en,lamme. !t il ne su,,it pas qu9elle soit nue 6 elle doit susciter peu / peu le désir de toucher, de posséder%0. » =n est en droit de s’interro er sur la nature des sentiments de Clara pour le narrateur. 4ui est amoureu), mais elle I 2lors 'u’il s’a issait d’une premi3re rencontre pour /ean et /uliette, ici ce sont des retrou(ailles pour Clara et son amant, et la sc3ne est d’autant plus obsc3ne 'u’elle se déroule pendant 'u’elle fait le récit de la mort horrible d’2nnie, leur amie commune. Clara apparaPt alors comme une /uliette h*perse)uée. Confrontons maintenant les instruments de la domination dont disposent les deu) femmes%1. O 4a raillerie est la méthode la plus emplo*ée par Clara, 'ui l’accentue en per(ertissant le mod3le maternel - « D la petite canaille%@ ! » et surtout « 3ous êtes un en,ant !... S...T her petit c>ur%<. » 4es 'ualificatifs 'uHelle emploie ré(3lent la (éritable nature du narrateur, et souli nent du même coup son propre sa(oir en mati3re de mal - « "h $é$é !... $é$é !... $é$é que vous êtes drEle, cher petit vo.ou » +/$S, p. #1#, ; « 3ous deveA o$éir... !t puis, vous ne
4C, p. %BB - « !lle était vraiment tr(s $elle, plus $elle encore que je l9avais rêvée sous la voilette . » =cta(e "irbeau. L9;mour de la ,emme vénale, p. @%. 23 1$id., p. @0. 24 $ans mon mémoire de $E2 sur Le Jardin des supplices, &’ai étudié le rJle de la parole, du re ard dans le sadisme de Clara en(ers le narrateur. %@ /$S, p. #%<. Coir aussi - « @ête ! ,it0elle ... D la petite $ête !... ». %< 1$id., p. #00. Et aussi, p. #01 - « Pauvre $é$é !... S...T !t voil/ que ton 4me est plus timide que celle d'un petit en,ant !... » !.#0< - « "h $é$é !... $é$é !... $é$é !... ,it lara. S...T. hut ! ... B'êtes vous pas mon $é$é, cher petit c>ur F ».
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saveA pas... » +/$S, p. #0<,. 4a raillerie sHaccompa ne aussi dHune in(ersion des se)es 'ui renforce le pou(oir castrateur de la parole +« Petite ,emme !... Petite ,emme de rien du tout%9 ! »,, ou dHune né ation de sa (irilité%6, et même de son humanité, par la mise en é(idence de son animalité - « !t vous, vous n'êtes qu'une vieille poule %7 !... », e)pression 'ui condense deu) éléments de la raillerie. 4e rapport de domination 'ui e)iste entre les deu) est si nalé par le (ou(oiement, 'ui mar'ue une distance, (oire un lien hiérarchi'ue. Elle parle au narrateur comme . son chien, elle les (ou(oie tous les deu), donnant ainsi au narrateur le même statut 'u’. lHanimal0B. 4e (ou(oiement s*mbolise alors la laisse, si ne de la domination par e)cellence. 2u contraire, c’est par un tutoiement 'ue /uliette « ferre » /ean - « 3iens demain ! dit0elle. » +4C, p. %B<,. O 4He)clusion est une autre forme de castration - « LaisseA0moi0#... » !our être castratrice, la parole nHa pas besoin dHa(oir pour su&et le narrateur, il lui suffit dHêtre diri ée contre lui - c’est précisément la fonction du récit de la mort dH2nnie0%. =n en déc3le la trace dans la réaction du narrateur - il perd ses mo*ens, la parole - +« L'épouvante me clouait les l(vres. Je regardai lara, sans avoir l'idée d'une seule parole 00 »,, ou bien il ne répond pas parce 'uHil n’a pas en(ie de se défendre 01. 4a domination de Clara sHe)prime aussi dans sa mani3re de érer le dialo ue - elle interrompt son amant 0@, ou ne tient pas compte de ses propos0<. /uliette, 'uant . elle, choisit le silence pour éprou(er /ean - « Juliette me $ouda toute la journée. » +4C, p. %%0,. O 4a parole, lHinstrument de la domination de Clara sur le narrateur, est remplacée, ou, le plus sou(ent, renforcée, par dHautres éléments comme le re ard, les modalités de la (oi) ou encore par dHautres attitudes telles 'ue le rire. Mous ces éléments ne sHe)cluent pas, ils sont sou(ent associés. C’est le re ard 'ui est le plus sou(ent utilisé - « 2andis que je parlais et que je pleurais, miss lara me regardait ,i-ement. "h ! ce regard ! Jamais, non jamais je n'ou$lierai le que cette ,emme adora$le posa sur moi... un regard e-traordinaire, oG il . avait / la ,ois de l'étonnement, de la joie, de la pitié, de l'amour 0 oui de l'amour H et de la malice aussi, et de l'ironie ... et de tout... un regard qui entrait en moi, me pénétrait me ,ouillait, me $ouleversait l'4me et la chair09. » CHest un re ard scalpel 'ui est décrit, il fait penser aussi bien
1$id., p. #@<. Et aussi p. %#9 - « 7ire que je ne suis qu'une ,emme ... S...T et que de nous deu-, c'est moi l'homme... et que je vau- di- hommes comme toi !... ». !. %#< - « 2u nous g4tais tout notre plaisir avec tes évanouissements de petite pensionnaire et de ,emme enceinte... » !. %#9 - « Bon, je ne vous aime plus, petite chi,,e... "ui teneA... c'est cela ... vous n'êtes qu'un amour de petite chi,,e de rien du tout. » %6 1$id., p. #<0 - « Pauvre mignon !... soupira0t0elle drElement S...T ». %7 1$id., p. %#9. Et aussi p. %@1 - « Le vilain $ouc que vous êtes !... ». 0B 1$id., p. #@0 - « ;llons... 3eneA !... Bon ... non ... pas 3ous !... ajouta0t0elle, en repoussant doucement le chien qui jappait, $ondissait, ,rétillait de la queue... » 0# /$S, p. %11. Et aussi p. %0< - « ;h ! je ne veu- plus t'aimer ... je n'ai plus de désirs pour toi... ette nuit, tu coucheras, tout seul, dans le &iosque... #oi, j'irai retrouver ma petite +leur0de0Pêcher . » 0% 1$id., p. #1@ - « lara ... lara ! suppliai0je, éperdu d'horreur... ne me dites plus rien... » ; « #ais lara ne n'écoutait pas. !lle poursuivit 6 S...T ». 4e narrateur est pri(é de parole, cHest:.:dire castré, il * a une occurrence 'ui illustre cela parfaitement, p. #6B - « J'allais parler, mais lara me ,erma la $ouche, avec son éventail déplo.é 6 H Bon ... tais0toi !... Be dis rien !... !t écoute, mon amour !... S...T !t ne dis plus rien, ne dis plus rien ... » 00 1$id., p. #1@. Et aussi, p. #19 - « J'aurais $ien voulu pleurer, je ne le pus ... J'aurais $ien voulu parler encore C je ne le pus davantage... » 01 1$id., p. #<0 - « Je n'ai pas la ,orce de discuter, $al$utiai0je... ». 0@ 1$id., p. %#9 - « !lle m'interrompit vivement S...T » - « =ans attendre ma réponse, elle a,,irma 6 S...T » 0< 1$id., p. %#7 - « !lle n'écoutait pas ma pri(re et elle continuait sur un ton de mélopée dont je ne suivais pas. » 09 /$S, pp. #%@:#%<. Coir aussi p. #%< - « =ans cesser de me regarder S...T. !t son regard sur moi, un étrange pro,ond et voluptueu- regard, toujours sur moi ». !. #%9 - « Je vis passer, en ses .eu-, une ,lamme verte, une ,lamme terri$le qui me ,it peur ... » Et p. #0# - « Longtemps ses .eu- m'interrog(rent avec une pesante
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au chirur ien 'uHau tortionnaire et rappelle la conception baudelairienne de lHamour - « Je crois que j'ai déj/ écrit dans mes notes que l'amour ressem$lait ,ort / une torture ou / une opération chirurgicale06. » "ais ce re ard ren(oie aussi . lHima e du chat ch3re au po3te - Je vois ma ,emme en esprit. I =on regard, comme le tient aima$le $ête, I Pro,ond et ,roid, coupe et ,ond comme un dard.07 /uliette n’utilise pas 'ue son re ard, sa fi ure enti3re contribue . mar'uer /ean de son empreinte - « ;u dîner, elle conserva une dignité de ,emme o,,ensée, les l(vres pincées, du dédain plein les .eu-. SWT son masque demeurait impito.a$le, son ,ront avait toujours cette $arre d9om$re qui m9inquiétait1B. » Comme un écho, le narrateur du Jardin nous dépeint une Clara similaire - « Je vis passer, en ses .eu-, une ,lamme verte, une ,lamme terri$le qui me ,it peur: !lle dégagea ses mains de l9étreinte des miennes, et le ,ront su$itement $arré d9un pli dur, la nuque lourde, elle se tut et regarda la mer » +/$S, p. #%9,. 4a pénétration et la fi)ité caractérisent ce re ard. 4Hima e du chat persiste et nous ren(oie au fau(e, s*mbole de la force (irile et dominatrice 1#. "ario !raU1%, dans La hair, la mort et le dia$le, souli ne 'ue la couleur (erte des *eu)10 est un stéréot*pe de la femme cruelle de la littérature fin:de:si3cle. 5l en attribue la paternité au po3me Poison11 de >audelaire. O 2ssociées au re ard, les modalités de la (oi) mettent en a(ant le caract3re in'uiétant et effra*ant de Clara, en la (irilisant 1@, la (oi) renforce son pou(oir de domination, son pou(oir castrateur1<. 4e narrateur, lui:même, souli ne la puissance du re ard et de la (oi) « ;h ! tes .eu- de supplice et de volupté... et ta voi-... et ton crime... tout cela m'e,,raie... tout cela me rend ,ou !... » +/$S, p. #<0,. /uliette, elle, reste tou&ours féminine. O 4e rire participe aussi . la domination du narrateur par Clara en intensifiant la raillerie - « lara eut un petit rire moqueur19. » CHest un des premiers éléments constitutifs de Clara - elle est « rousse de cheveu- » et elle a « un rire toujours prêt / sonner sur ses l(vres charnues et rouges » +/$S, p. ##B,. "irbeau associe sou(ent les di(ers éléments, ce 'ui intensifie leur pou(oir et multiplie les échos interte)tuels - « !t son regard, riant du rire clair
,i-ité. » +usées, op. cit., p. 07B. Sur l’influence des +leurs du mal sur Le Jardin des supplices, (oir notre article, cité note %. 07 Le hat, in Les +leurs du #al, p. 07 - « Je vois avec étonnement I Le ,eu de ses prunelles p4les, I lairs ,anau-, vivantes opales I Qui me contemplent ,i-ement. » 40 4C, p. %%0. =n a dé&. (u ce pli a(ant 'ue /uliette n’in(ite /ean - « !t je vis Juliette, accoudée au piano, qui me regardait ,i-ement. <n éclair de passion ,arouche traversait ses .eu- devenus graves tout / coup, presque terri$les, les $arrait comme d9une ,lamme nouvelle. Le pli de son ,ront s9accentuait, sa narine $attante et gon,lée ,rémissait C je ne sais quoi d9impudique errait sur ses l(vres » +p. %B9,. 5l est aussi présent cheU Clara « !lle marchait, le ,ront $arré d9une om$re dure » +p. #79, ; et aussi p. #7# - « <ne mélancolie tr(s douce atténuait la $arre d9om$re de son ,ront » ; et encore p. #66 - « Le ,ront $arré d9une om$re dure, elle continua SWT ». 1# 1$id., p. #B1 - « S...T et des .eu- verts, paillettes d'or, comme ceu- des ,auves ». 42 "ario !raU, La hair, la mort et le dia$le, Le romantisme noir, !aris, $eno[l, #799. 10 =n a - p. #%9 - « Je vis passer, en ses .eu-, une ,lamme verte, une ,lamme terri$le qui me ,it peur... » ; et p. #01 - « <n éclair traversa le vert de ses prunelles» - et aussi p. #66 - « les .eu- verts, du vert gris4tre » et p. #7# - « <ne mélancolie tr(s douce S...T voilait les ,lammes vertes de ses .eu- ». 44 Les +leurs du #al, p. @1 - « 2out cela ne vaut pas le poison qui découle I 7e tes .eu-, de te .eu- verts, I Lacs oG mon 4me trem$le et se voit / l'envers... I #es songes viennent en ,oule I Pour se désaltérer / ces gou,,res amers ». 1@ /$S, p. #01 - J <n éclair traversa le vert de ses prunelles. !lle dit d'une voi- plus $asse, presque rauque » ; et p. #<@ - « !t d'une voi- plus sourde, son regard dardant sur moi des ,lammes vertes, voluptueu- et cruelle. » 1< 1$id., p. %@1 - « S...T et avec une voi- oG il . a de la col(re, de l'ironie et aussi de la lassitude et de l'énervement » ; p. %#< - « !t, tout d'un coup, d'un ton de reproche plus accentué » ; p. %#9 - « !lle dit encore, avec un léger si,,lement de mépris » ; p. #@@ - « Par,ois, sur un ton de reproche enjoué » ; p. #9B - « !lle me dit encore, avec une sorte de pitié » ; p. %@# - « =a voi- est s(che, coupante, impérieuse ». 19 /$S, p. #<0. 4a citation préc3de - « Pauvre mignon !... ».
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et joli qu'elle avait, un rire pareil / un chant d'oiseau » +/$S, p. #%<,. 5l mêle aussi les effets de ces di(ers éléments. 4e sourire de(ient re ard - « !t souriant d'un sourire rouge qui me ,it courir un ,risson dans les moelles S...T » +/$S, p. #01,. En re(anche, /uliette n’utilise pas son rire contre /ean, même 'uand il lui « avait déplu » +4C, p. #90,. Son ima e est associée au sourire d3s sa premi3re apparition - « !lle s9assit, toujours souriante, et son sourire vraiment était charmant et triste » +4C, p. #9#,. "ais parfois elle a « un sourire ironique SWT sur ses l(vres » +4C, p. %%%,, diri é contre /ean. Si Clara frappe parfois le narrateur16, ou l’obli e . faire ce 'u’elle (eut 17 par le este, /uliette se contente sou(ent de la parole et de sa puissance de séduction. Elles utilisent, toutes les deu), le chanta e se)uel pour maintenir leur domination@B. "ais le personna e de Clara est beaucoup plus comple)e 'ue celui de /uliette, par l’é(entail de mo*ens utilisés pour maintenir le narrateur sous sa coupe. #$ Du Calvaire au Jardin des supplices : le% &leur% du '(le MNchons maintenant de dresser les portraits croisés de /ean et du narrateur du Jardin. /ean est le fruit d’un maria e arran é. Ses parents ont des oZts tr3s différents. 5ls ont chacun des comportements « étran es » - la m3re souffre de troubles mentau), le p3re aime tuer les animau), plus particuli3rement les chats. 4es parents du narrateur sont des commerGants dont la seule philosophie et de « mettre les gens dedans@# ». /ean aura un percepteur, alors 'ue le narrateur ira au coll3 e, oL il rencontrera son mentor - Eu 3ne "ortain. 4a m3re de /ean mourra alors 'u’il est encore enfant, le narrateur perdra son p3re alors 'u’il est adolescent. 4e narrateur s’interro e sur ce 'ui le pousse . faire échouer des entreprises 'ui a(aient tout pour réussir@%. /ean attribue ses troubles ner(eu) . a m3re. "al ré leurs différences, ils a issent et réa issent de mani3res sou(ent similaires. O $’abord, le scénario de la rencontre est identi'ue en bien des points. 4e narrateur est attiré par « une créature merveilleuse » +/$S, p. #B0,, dont le capitaine du bateau lui dresse le portrait - « 9est une ;nglaise, me dit0il: "n l9appelle miss lara: La ,emme la plus e-traordinaire qui soit... » +/$S, p. #B1,. 5l lui demande alors des précisions - « "h ! tr(s riche: SWT #ariée F » +/$S, p. #B1,. $e(ant la réponse né ati(e il se dit - « 2oi, ma petite: par,aitement !... » +/$S, p. #B1,. 4e narrateur se (oit en « prédateur ». /ean est attiré par /uliette, 'ui lui apparaPt comme une « personne élégante et ,ine, d9oG, malgré le sourire qui la rendait si séduisante, se dégageait un grand air de décence et même de hauteur, je ne distinguais $ien que ces admira$les .eu- qui se posaient sur les o$jets comme des ra.ons d9astre, et je suivais ce regard qui allait du plancher au- charpentes, si vi$rant de clarté et de caresses. » +4C, p. #9%,. À cette premi3re impression s’oppose le portrait peu flatteur 'ue fait 4irat de /uliette, décrite comme une courtisane@0. "ais /ean met en doute les propos de son
1$id., p. #<1 - « !lle me donna sur les mains quelques légers coups d'éventail » ; et aussi p. %0< - « !lle me secoua le $ras ». 17 1$id., p. #<9 - « !t, me saisissant le $ras, elle m'entraîna, avec elle » ; p. #9@ - « #ais lara, me ramena vivement, devant la cage » ; p. #70 - « !lle m'o$ligea / me lever du $anc » ; et p. #76 - « lara cueillit la tige, me ,or5a / en respirer l'étrange odeur, puis me $ar$ouillant le visage de pollen ». 50 1$id., p. %0< - « ;h ! je ne veu- plus t'aimer... je n'ai plus de désirs pour toi... ette nuit, tu coucheras, tout seul, dans le &iosque... #oi, j'irai retrouver ma petite +leur0de0Pêcher, qui est $ien plus gentille que toi . » Et /uliette « prit un livre et me tourna le dos » +4C, p. %%0,. 51 1$id, p. 9%. Coir aussi p. 91 - « 7(s l94ge de di- ans, je n9eus d9autres conceptions de la vie que le vol. » 52 1$id, p. 99 - « 9est, en moi, une ,antaisie dia$olique, une talonnante et ine-plica$le perversité qui me ,orcent, tout d9un coup, sans raison apparente, / délaisser les a,,aires les mieu- conduites, / desserrer mes doigts de dessus les gorges les plus 4prement étreintes. » Ce dernier élément sera illustré par un épisode a(ec Clara. 53 1$id., p. #91 - « !lle s9appelle Juliette Kou-: Quant / des renseignements $iographiques, la police des m>urs vous en ,ournira autant que vous voudreA SWT. Je présume que #lle Juliette Kou- SWT trompe et qu9elle
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ami@1 car il est d’emblée sous le charme de /uliette. $ans les deu) cas, nos héros sont d’abord séduits par la beauté des &eunes femmes, puis un tiers leur en fait une description, positi(e et nuancée@@ pour Clara, né ati(e pour /uliette. !ourtant, le résultat est le même - ces propos renforcent le pou(oir de séduction des &eunes femmes. "irbeau met en sc3ne le caract3re miméti'ue du désir défini par Kené Rirard dans #ensonge romantique et vérité romanesque@<. O Ensuite, ils se trompent dans le &u ement 'u’ils portent sur leurs maPtresses respecti(es. 4ors de leur premi3re rencontre /ean aurait « juré que c9était la plus vertueuse des ,emmes@9 », tandis 'ue le narrateur, bord du =aghalien, se persuade 'ue Clara « était d9une imprena$le honnêteté » - « elle ne m9en parut que plus jolie SWT pure et vertueuse » +/$S, p. ##B:###, ; mais il se méprend aussi. 2lors 'ue, dans Le alvaire, c’est /uliette 'ui fait des confidences . /ean, dans Le Jardin des supplices, c’est le narrateur 'ui se confie en a(ouant sa m*stification . Clara - « Laletant, désordonné, je racontai ma vie: !ug(ne #ortain, #me M:, l9imposture de ma mission, toutes mes malpropretés, toutes mes $oues: Je prenais une joie atroce / m9accuser, / me rendre plus vil, plus déclassé, plus noir encore que je ne l9étais... » +/$S, p. #%@,. 4e narrateur adopte, pour la premi3re fois, une attitude masochiste . l’é ard de Clara - il passe ainsi du statut de prédateur . celui de proie lors'u’elle le dé(irilise une premi3re fois - « \ D la petite canaille@6 ! ». C’est elle 'ui décide de l’a(enir de leur relation@7. En de(enant sa maPtresse, elle de(ient par la même occasion le maitre du &eu. O Enfin, tous deu) constatent 'u’il leur est impossible de s’opposer . ces deu) femmes, et en sont 'uittes pour mettre leur amour:propre de cJté. /ean est « mécontent de n9avoir pas su résister au désir qu9avait e-primé Juliette, d9une si caressante ,a5on, de cette vie en commun » +4C, p. %#0, ; Clara con(ainc le narrateur d’aller nourrir les forGats a(ec elle. 2lors 'ue /ean capitule en mati3re de oZts artisti'ues <B, le narrateur du Jardin abdi'ue face au) propos de Clara<#. 4eur caract3re (elléitaire s’affiche &us'ue dans leurs désirs de (iolence, 'ui a(orte cheU le héros du alvaire +« J9allais pro,érer des menaces SWT. !t tout / coup ma col(re tom$a: Je SWT me $lottis contre elle, tout honteu- » 4C, p. %%1,, comme cheU celui du Jardin des supplices - « Plusieurs ,ois, j9avais été tenté de l9interrompre par de violents outrages: de lui ,ermer la $ouche avec mes poings: de lui tordre la nuque... » +/$S, p. %09,, mais, a&oute:t:il, « 5a n9avait été un éclair de révolte dans la longue et douloureuse passivité de ma soumission: 1l s9éteignit aussi vite qu9il s9était allumé ... » +/$S, p. %09,. "irbeau écrit . ce propos, dans son article sur Lilith - « !t l9homme, dans l9immense $esoin d9aimer qui est en lui, SWT accepte l9inconscience de la ,emme, son insensi$ilité devant la sou,,rance, son incompréhensi$le mo$ilité, le sou$resaut de ses humeurs, son a$sence totale de $onté, son a$sence de sens moral, et tout son apparent désordre, tout ce m.st(re, tout ce malentendu qui, loin de les séparer, l9un et l9autre, de toute la distance d9un
ruine le plus qu9elle peut ce pauvre harles #alterre SWT dont elle est la maîtresse pour l9instant. » 54 1$id., p. #7B - « =i Lirat se trompait F: SWT Je connaissais ses e-agérations SWT, son horreur et son mépris de la ,emme: e qu9il racontait de Juliette, il le racontait de toutes les autres . » 55 /$S, p. #B1 - « !lle est, je crois, un peu toquée: mais charmante », dit le capitaine. 56 Kené Rirard, #ensonge romantique et vérité romanesque. !aris, ]achette, #7<#. !our K. Rirard « notre désir est toujours suscité par le désir qu9un autre a du même o$jet ». 57 4C, p. #67. Coir aussi p. #9% - « 7e toute sa personne élégante et ,ine SWT se dégageait un grand air de décence et de hauteur ». 58 /$S, p. #%<. !uis 'uel'ues li nes apr3s - « \ @ête ! ,it0elle: D la petite $ête !... ». 59 1$id., p. #%9 - « \ lara ! lara !: m9aimeA0vous F: ;h! je vous en supplie !: m9aimeA0vous F: !lle répliqua, ,ai$lement 6 N Je vous dirai cela, ce soir: cheA moi !: ». 60 1$id., p. %#1 - « J9avais autre,ois la ,ierté de mes admirations artistiques, et je les dé,endais jusqu9/ la col(re. ela m9e8t paru tr(s puéril d9engager avec Juliette une discussion sur l9art, et je me contentais d9en,ouir les deu- ta$leau- au ,ond d9un placard, sans trop de regrets. » 61 /$S, p. #<0 - « Je n9ai pas la ,orce de discuter, $al$utiais0je: »

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in,ranchissa$le a$îme, les rapproche de toute l9étreinte d9un $aiser. 1l accepte tout cela, / cause de sa $eauté<%. » Comme =cta(e . propos de son maria e a(ec 2lice Ke nault, /ean "intié mettra du temps . a(ouer sa relation a(ec /uliette . son ami 4irat <0. Si /ean part pour la >reta ne, comme =cta(e, pour fuir /uliette, sui(ant ainsi les conseils de 4irat, le narrateur du Jardin, lui, a 'uitté Clara pour re&oindre une mission an laise en 2nnam. "ais tous les deu) re(iendront aupr3s de leur maPtresse - la fuite aura duré 'uel'ues semaines pour l’un, deu) ans pour l’autre. 4eur mal:être se traduit par une souffrance « baudelairienne »<1 - « !n même temps, mon cerveau est pesant, et il me gêne: "n dirait qu9un cercle de ,er m9étreint les tempes, / me ,aire éclater le cr4ne<@ », dit l’homme au (isa e ra(a é. Et /ean "intié confie . son papier - « 3oil/ huit jours que je ne puis dormir. J9ai, sur le cr4ne, un casque de ,er rougi. #on sang $out, on dirait que mes art(res tendues se rompent, et je sens de grandes ,lammes qui me l(chent les reins<<. » Ce mal:être les conduit . a(oir des pulsions meurtri3res, mais seul /ean passe s*mboli'uement . l’acte en tuant Sp*, le chien de /uliette<9. 4e masochisme du narrateur du Jardin est dé&. souli né dans !n mission, mettant ainsi en lumi3re la continuité ps*cholo i'ue du personna e et la source lointaine, enfantine, de son comportement. 4Héchec de lHintri ue menée contre le baron ^.<6 et celui de son imposture en sont des illustrations<7 - il lui semble impossible de lutter contre ses pulsions m*stérieuses 'u’il appelle, comme Ed ar !oe, le « démon de la perversité » +/$S, p. 97,. /ean attribue 'uant . lui ses troubles ner(eu) . sa m3re. 4a fascination 'u’e)erce Clara sur son amant est l’instrument de sa domination. C’est un (éritable coup de foudre 'ui le frappe - « <ne surtout, attira violemment mon attention. 'était une créature merveilleuse . » +/$S, p. #B0,. 5l est littéralement sous le charme, et le capitaine renforce sa fascination. Elle est désirable parce 'uHelle est comple)e, m*stérieuse, séduisante - « sentimentale et philosophe, ignorante et instruite, impure et candide, en,in, avec des trous... des ,utt... des caprices incompréhensi$les, des volontés terri$les... elle m'intrigua ,ort, $ien qu'il ,aille s'attendre / tout de l'e-centricité
=cta(e "irbeau, « Lilith », Le Journal, %B no(embre #67%. 4C, p. %#9 - « Je vous demande pardon: J9aurais d8 vous le dire: Je n9ai pas osé ». "irbeau écrira . !aul ]er(ieu - J #aintenant, autre chose, qui me co8te $eaucoup / vous dire: ;lleA0vous me pardonner F... je me suis marié » + orrespondance générale, t. 5. p. <9%,. 64 =n pense . =pleen de >audelaire - « Quand le ciel $as et lourd p(se comme un couvercle: » +Les +leurs du #al, p. 6B,. 65 /$S, p. %B6. =n a(ait précédemment - « !t nous nous mîmes en marche par le soleil, par l9a,,reusoleil qui SWT me pesait au cr4ne, ainsi qu9un lourd casque de plom$ » +p. #%7,. 66 4C, p. %B%. Et aussi p. #<@ - « J9ai cette sensation de $locs lourds sous lesquels mon cr4ne s9est aplati, ma chair s9est écrasé O. Coir aussi =é$astien Koch - « 1l voulut prier, implorer Jésus, la 3ierge, sainte ;nne, dont le sourire en,ante les miracles, et Jésus, la 3ierge, sainte ;nne, ne se représent(rent que sous des ,ormes d9irritantes nudités, d9a$omina$les tentations qui venaient / lui, se posaient sur lui, en,on5aient dans son cr4ne et sous sa peau des gri,,es aiguPs, déchireuses. » +Ad. du >oucher, %BB0, pp. #96:#97,. =u encore - « 1l voulut prier, implorer Jésus, la 3ierge, sainte ;nne, dont le sourire en,ante les miracles, et Jésus, la 3ierge, sainte ;nne, ne se représent(rent que sous des ,ormes d9irritantes nudités, d9a$omina$les tentations qui venaient / lui, se posaient sur lui, en,on5aient dans son cr4ne et sous sa peau des gri,,es aiguPs, déchireuses. » +i$id., pp. #96: #97. 67 4C, p. %70 - « !t ,aisant tourno.er =p. dans l9air, de toutes mes ,orces, je lui écrasai la tête contre l9angle de la cheminée. 7u sang jaillit sur la glace et sur les tentures des morceau- de cervelle coul(rent sur les ,lam$eau-, un >il arraché tom$a sur le tapis . ». "irbeau reprend la même sc3ne 'ue lors'ue /ean pense tuer /uliette - « !t, tout / l9heure, j9entrerai: j9entrerai et je l9arracherai du lit, je la traînerai par les cheveu-, je m9acharnerai sur son ventre, je lui ,rapperai le cr4ne contre les angles de mar$re de la cheminée: Je veu- que la cham$re soit rouge de son sang: » +p. %1@,. <6 /$S, p. 96 - « Lélas le démon de la perversité S...T (oulut SWT que ce $eau projet avorta avec élégance ». <7 1$id., p. #%@ - « Je prenais une joie atroce / m'accuser, / me rendre plus vil, plus déclassé, plus noir encore que je l'étais ».
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d'une ;nglaise » +/$S, p. ##B,. Elle l’attire et lui fait peur . la fois 9B. 5l l’aime d’autant plus 'ue ses per(ersions le fascinent - « Je n'avais pu me guérir de l'a,,reu- poison qu'avait déposé, dans ma chair, cette ,emme dont je sentais que ce qui m'attachait / elle, que ce qui me rivait / elle, c'était l'e,,ra.ante pourriture de son 4me et ses crimes d'amour, qui était un monstre, et que j'aimais d'être un monstre Q.... » +/$S, pp. #@#:#@%,. /ean aussi a été « empoisonné » par /uliette, 'ui le déconcerte9#. !our "irbeau, l’amour est bien un poison, comme le confiera l’abbé /ules . son ne(eu - « ;utre,ois, j9ai cru / l9amour, j9ai cru / 7ieu ! : J9. crois encore souvent, car de ce poison on ne guérit pas compl(tement9%. » 4’histoire personnelle de /uliette telle 'u’elle la raconte est aussi un élément 'ui contribue . l’enchaPnement de /ean90 - comme le forban de la politi'ue du Jardin, il s’ima ine en sau(eur... Ces femmes m*stérieuses les fascinent, mais cette fascination les rend dépendants et fait d’eu) des escla(es. 4es deu) couples ont (écu une crise, se sont séparés, se sont écrit, puis se sont retrou(és. Co*ons ce 'ue nous ré(3le leur correspondance, sur la'uelle plane l’ombre de la relation entre /udith Cimmer et =cta(e "irbeau. /ean écrit . /uliette « une lettre e-altée, ,olle, remplies de menaces terri$les et d9hum$les supplications », parlant « de la tuer, de lui pardonner » et la « suppliSantT de venir » +4C, p. %<7,. Elle lui répond - « ;h ! tu crois peut0 être que cette e-istence me plaît ! =i tu savais quel supplice c9est pour moi ! 2u es malheureu-, toi ! !h $ien moi ! tiens si je n9avais pas l9espoir de vivre avec mon Jean, souvent j9ai tant de dégo8t que je me tuerais. » +4C, p. %<7,. 4e précédant amant de /uliette, Charles "alterre, a(ait aussi écrit « des lettres désespérées », mais « ,inalement, il partit » +4C, p. %B6,. 5l * a l. une anticipation du comportement de "intié et la confirmation de l’attitude masculine en énéral, * compris celle de "irbeau face . /udith. 4e narrateur du Jardin a(oue en effet a(oir écrit . Clara « des lettres ,olles, injurieuses, imprécatoires, des lettres ou l9e-écration la plus violente se mêlait / la soumise adoration » +/$S, p. #@%,, au)'uelles Clara a répondu par « des lettres charmantes, inconscientes et plaintives, que je trouvais par,ois, dans les villes oG nous passions: !lle0même se disait malheureuse de mon a$andon: pleurait, suppliait: me rappelait: !lle ne trouvait pas d9autres e-cuses que celle0ci 6 ) omprends donc, mon chéri H m9écrivait0elle H que je n9ai pas l94me de ton a,,reuse !urope: Je porte, en moi, l94me de la vieille hine, qui est $ien plus $elle: !st0ce désolant que tu ne puisses te ,aire / cette idée F » +/$S, p. #@%,. Si l’on peut &u er sinc3re la lettre du narrateur, on peut en re(anche douter de la sincérité de la réponse de Clara. =n retrou(e donc une communauté de pensée et de comportement cheU les deu) hommes. 5l * a bien, cheU eu), la tentation de la (iolence parfois, mais ce sont surtout leurs « hum$les supplications » et leur « soumise adoration » 'ui retiennent notre attention et 'ui &ustifient le titre 'ue nous a(ons donné . cette partie. 4es deu) femmes prétendent souffrir, mais si /uliette su 3re 'u’elle pourrait re(enir, il n’en (a pas de même de Clara, 'ui souhaite 'ue ce soit le narrateur 'ui chan e d’a(is.

1$id., p. #<0. Coir aussi - « 2es .eu-... ah ! tes .eu- de supplice et de volupté... et ta voi-... et ton crime... tout cela m'e,,raie... tout cela me rend ,ou !... » +p. #%9, ; « Je vis passer en ses .eu-, une ,lamme verte, une ,lamme terri$le qui me ,it peur... » +p. #66, ; « #ais, lara penchée sur moi comme le péché. » 9# Cf. supra « $u alvaire au Jardin des supplices - de Char*bde en Sc*lla », et 4C, p. %BB - « 1l . avait, en cette ,emme, un mélange d9innocence et de volupté, de ,inesse et de $êtise, de $onté et de méchanceté, qui me déconcertait. » 72 =cta(e "irbeau. L';$$é Jules, Ad. du >oucher, %BB0, p. %B0. /’utiliserai l’abré(iation sui(ante - 2/. 73 4C, p. %B1 - « 2andis qu9elle parlait, d9une voi- douce et toujours pareille, je lui avais pris la main, sa $elle main, que je serrais avec émotion, au- endroits douloureu- du récit. !t je m9emportais contre le p(re in,4me: !t je maudissais la m(re a$andonnant son en,ant !: Je sentais s9agiter en moi de ,ormida$les dévouements, gronder de sourdes vengeances: Quand elle eut ,init, je pleurais / chaudes larmes. e ,ut une heure e-quise ! »

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$ans la correspondance de "irbeau, . défaut de connaPtre lettres de /udith, nous a(ons du moins les commentaires 'u’elles lui inspirent. 5l écrit ainsi . son ami !aul ]er(ieu, le 0B décembre #660 - « Je lui S/udithT écris des lettres douce, résignée et toute pleine de l9;mour qui est en moi91 », alors 'u’elle lui a en(o*é « une lettre telle que d9a$ord, j9ai cru rêver, et que je devenais ,ou. 9est une si méchante et une si l4che action que je ne voudrais pas que vous la vissieA car je rougirais pour la malheureuse qui l9a écrite » +CR, p. 0%%,. Ce faisant, "irbeau se comporte comme ses personna es masculins, ses porte:(oi) littéraires. 4e 9 &an(ier #661, il écrit 'ue, « dans ces lettres, elle me dit qu9elle est au dernier point malheureuse, et que rien dans le monde n9est compara$le au supplice qu9elle endure. #ais ce qu9il . a, en elle, de sentant et de pensant est tellement perverti, qu9elle s9attache une sorte de point d9honneur / l9a,,reuse vie qu9elle est o$ligée de mener. !lle avoue qu9elle n9attend rien de $on. #ais il ne sera pas dit qu9elle n9aura rien ,ait pour se tirer d9a,,aire. !n,in, elle pleure et se désesp(re, car aucun mart.re n9est plus horri$le . » +CR, p. 0%<, 4e #6 &an(ier #661, il note encore - « =es lettres sont d9une sécheresse qui ,ait mal et d9une inconvenance qui ,ait rougir » +CR, p. 00B, ; et le % mars - « Je suis allé / Kennes passer huit jours avec Judith, dont je vous parlerai plus loin . » +CR, p. 01#,. /udith se confond alors a(ec /uliette l’autobio raphie re&oint la fiction. )$ Du Calvaire au Jardin des supplices : de% '*+% %ur de% 'au, $ans Le Jardin des supplices, il * a de nombreuses sc3nes de tortures, ce 'ui n’est pas le cas dans Le alvaire. Ciennent:elles en surplus, par e)c3s, ou sont:elles si nifiantes pour notre propos I Co*ons ce 'u’il en est des deu) plus mar'uantes - le supplice de la caresse, raconté par Clara, et le supplice du rat, décrit par son in(enteur, le bourreau. Ces supplices ne font pas partie de la panoplie des sanctions de la &ustice chinoise - ils ont été in(entés par "irbeau. O 4a description du supplice de la caresse débute par la présentation du condamné « J'ai vu un homme qui avait violé sa m(re et l'avait ensuite éventrée d'un coup de couteau. SWT 1l ,ut condamné au supplice de la caresse » - « Le ,ou SWT était étendu sur une ta$le tr(s $asse, les mem$res et le corps liés par de solides cordes... la $ouche $4illonnée... de ,a5on / ce qu'il ne p8t ,aire un mouvement, ni pousser un cri... <ne ,emme SWT vint s'agenouiller aupr(s du ,ou... !lle empoigna sa verge... et elle o,,icia... SWT ela dura quatre heures... quatre heures SWT ... quatre heures de caresses SWT pendant lesquelles la main de la ,emme ne se ralentit pas une minute. » +/$S, p. #<<,. Mous les éléments 'ui composent ce supplice se retrou(ent dans notre « scénario » - une femme domine et torture un homme, en le tenant sous sa coupe rNce au se)e, 'ui est en fait le (rai (isa e de l’amour, m*stification 'ue "irbeau, ne cessera de dénoncer. Ce supplice apparaPt comme une sorte de mise en ab*me du alvaire les bi&ou) de la tourmenteuse souli nent la nature (énale de leur relation 9@, et l’homme sera (idé de sa substance, san et sperme, attributs de sa (irilité et de sa fortune 9<, et tué s*mboli'uement. Comme, au début du roman, "intié ne (o*ait dans l’onanisme 'ue des « plaisirs solitaires » 'ui l’a(aient rendu « plus morne, plus inquiet, plus vague encore » +4C, p. #10,, certains (erront peut:être dans le supplice de la caresse une condamnation de l’onanisme, d’autres un désir incestueu), mais &e ne m’a(enturai pas sur ce terrain. O 4e supplice du rat est décrit par le bourreau . Clara et au narrateur n’est pas totalement in(enté - "ichel $elon, dans sa préface au Jardin des supplices, rappelle 'u’il en a(ait e)isté une (ersion au féminin, ima inée par le $i(in "ar'uis. "ais l’interprétation de
=cta(e "irbeau. orrespondance générale, 4ausanne, 4’2 e d’homme, %BB%, t. 5, pp. 0%%:0%0. /’utiliserai l’abré(iation sui(ante - CR. 75 1$id., p.#<9 - « enti(rement vêtue de noir, le $ras nu cerclé d'un large anneau d'or » ; « N ette ,emme avait, / l'un de ses doigts, un gros ru$is qui, durant le supplice, allait et venait dans le soleil SWT ». 76 1$id., pp. #<<:#<9 - « Le patient e-pira dans un jet de sang. »
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"irbeau est plus intense, car il se double d’une trans ression contre nature - la sodomie. Coici comment le présente le bourreau - « 3ous preneA un homme. SWT 3ous le désha$illeA... SWT vous le ,aites s'agenouiller, le dos cour$é, sur la terre, oG vous le mainteneA par des chaînes. SWT 3ous metteA alors, dans un grand pot percé, au ,ond d'un petit trou. SWT 3ous metteA un tr(s gros rat, qu'il convient d'avoir privé de nourriture, pendant deu- jours, a,in d'e-citer sa ,érocité... !t ce pot, ha$ité par ce rat, vous l'appliqueA hermétiquement, comme une énorme ventouse, sur les ,esses du condamné. SWT 3ous introduiseA une tige de ,er, rougie au ,eu d'une ,orge... SWT Le rat veut ,uir la $r8lure de la tige. SWT 1l s'a,,ole, ca$riole, saute et $ondit, SWT rampe et galope sur les ,esses de l'homme, qu'il chatouille d'a$ord et qu'ensuite il déchire de ses pattes, et mord de ses dents aiguPs... cherchant une issue, / travers les chairs ,ouillées et sanglantes... SWT 1l peut même arriver que le patient en devienne ,ou... 1l hurle et se dém(ne... SWT en,in... sous la menace de la tige rougie et gr4ce / l'e-citation de quelques $r8lures opportunes, le rat ,init par trouver une issue... SWT Le rat pén(tre, par oG vous saveA... dans le corps de l'homme... SWT !t il cr(ve étou,,é, en même temps que le patient. » +/$S, pp. %B7:%##,. Mel un écri(ain, le bourreau ména e ses effets, retarde l’échéance, pourtant inéluctable. 5l fait durer son plaisir, 'u’il tire de son pou(oir sur ses interlocuteurs. Son sadisme n’apparaPt pas seulement dans l’in(ention du supplice, mais aussi dans la mani3re dont il le met en sc3ne. 2(ec ce supplice d’un homme monstrueusement (iolé . mort, comment ne pas penser . =é$astien Koch, récit du « meurtre d9une 4me d9en,ant », dans le'uel un prêtre séduit et (iole un &eune arGon I !our faire comprendre 'ue de ^ern est un prédateur « d9en,ants », "irbeau lui faisait dire . l’adolescent - « =i vous savieA comme il . a de $elles chairs, d9enivrants par,ums99 », phrase 'ui fait écho au cél3bre (ers de >audelaire - « 1l est des par,ums ,rais comme des chairs d9en,ants96 ». 4e possible rapprochement a(ec =é$astien Koch se fait . deu) ni(eau). : Mout d’abord, si biUarre 'ue cela puisse paraPtre, Sébastien se trou(e dans une situation comparable . celle du rat - sa conduite lui est dictée par de ^ern, rNce . l’emprise mentale 'u’il a ac'uise sur l’enfant, . son pou(oir de séduction et . son discours manipulateur, comme celle du rat l’est par les manipulations du bourreau ; 'uant au parcours de Sébastien, . tra(ers les sombres couloirs du coll3 e &us'u’. la chambre, il n’est pas interdit d’* (oir l’é'ui(alent de celui du rat condamné . l’intérieur du corps du patient - « 1l longea la rangée des cellules, sortit du dortoir, descendit des escaliers, s9engagea dans des couloirs ,ai$lement éclairés d9une clarté de lampe agonisante, traversa des couloirs som$res oG la lune dessinait, en $lancheurs tristes, sur les dalles, les rectangles des ,enêtres et l9om$re des meneau-. =é$astien, sans raisonner, le suivit. SWT =é$astien essa.a de con,ormer ses mouvements / ceu- de son guide. SWT omme =é$astien, un peu trem$lant maintenant, hésitait, le P(re de Qern le prit par la main, l9entraîna dans du noir et re,erma la porte, qu9il verrouilla soigneusement. » +SK, p. <@1,. : $’autre part, il * a, dans les deu) romans, la mise en sc3ne de l’horreur, de l’insoutenable, de l’indicible. "ais, dans =é$astien Koch, roman autobio raphi'ue, le caract3re indicible de la sc3ne s’e)prime par une simple li ne de points. $ans Le Jardin, au contraire, tout se passe comme si la description essa*ait de rendre compte de la (iolence de l’acte, de la douleur en endrée, du traumatisme subi par la petite (ictime dans la chambre du prêtre infNme, . tra(ers la description de l’a onie du rat emprisonné, 'ui « s'a,,ole, ca$riole, saute et $ondit, tourne sur les parois du pot, rampe et galope sur les ,esses de l'homme, qu'il chatouille d'a$ord et qu'ensuite il déchire de ses pattes, et mord de ses dents aiguPs... cherchant une issue, / travers les chairs ,ouillées et sanglantes... SWT !n,in... sous la menace de la tige rougie et gr4ce / l'e-citation de quelques $r8lures opportunes, le rat ,init par
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'uvre romanesque de "irbeau, t. l, p. <@#. -’u+.l.%era. l’abr/0.a+.*n %u.0an+e : S1$ Les +leurs du mal, p. #0.

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trouver une issue... SWT Le rat pén(tre, par oG vous saveA... dans le corps de l'homme... SWT !t il cr(ve étou,,é, en même temps que le patient SWT » +/$S, p. %#B:%##,. Cette description ne (iendrait:elle pas combler la béance laissée par le récit du (iol du petit Sébastien I !our'uoi nous intéresser . ce supplice 'ui ne concerne pas Le alvaire I !arce 'ue, en comparant ces romans, il m’est apparu 'ue L9;$$é Jules et =é$astien Koch a(aient é alement nourri Le Jardin des supplices, 'ui pourrait bien être la 'uatri3me pi3ce d’une autobio raphie dé uisée - Le Jardin des supplices, c’est Le alvaire e)acerbé, « taché de sang » et de sperme. C*nclu%.*n Le Jardin des supplices condense, accentue les th3mes des romans 'ui l’ont précédé c’est le roman de l’e)c3s. 5l dénonce la cruauté des hommes 'ui se prétendent « ci(ilisés » et l’ini'uité de la _/ustice` et il souli ne 'ue la mort et la souffrance sont omniprésentes, uni(erselles, et 'u’elles sont institutionnalisées . tra(ers lHarmée, les reli ions et la loi, d’oL l’ironi'ue dédicace du roman - « ;u- Prêtres, au- =oldats, au- Juges, au- Lommes, qui éduquent, dirigent, gouvernent les hommes, je dédie ces pages de #eurtre et de =ang . » +/$S, p. 1#,. $édicace 'ui compl3te les propos de l’abbé /ules . son ne(eu - « 7e quelle ,iction sont donc sortis le juge et le prêtre, ces deu- monstruosités morales, le juge qui veut imposer / la nature, on ne sait quelle irréelle justice, démentie par la ,atalité des instincts, le prêtre, on ne sait quelle pitié $aroque, devant la loi éternelle du #eurtre. » +2/, p. #0%,. 4e chapitre 55 du alvaire, a fait pousser des cris d’orfraie au) « patriotes », surtout . cause de cette sc3ne oL /ean embrasse le soldat prussien 'u’il (ient d’abattre 97, et, on le sait, il a été censuré dans La Bouvelle Kevue, par sa directrice /uliette 2dam6B. $ans Le Jardin des supplices, c’est une multitude de sc3nes de uerre 'ui nous sont proposées, surtout des uerres coloniales, oL les « $ar$ares » ne sont pas ceu) 'ue l’on croit, "irbeau réutilise alors des récits publiés dans des &ournau)6# et les compl3te par ceu) d’autres actes « $ar$ares ». 5l met tous les pa*s européens dans le même sac et les ren(oie dos . dos. 4a uerre s’est internationalisée, le mal s’est répandu. $ans Le alvaire, "irbeau souli ne l’h*pocrisie de la société bour eoise, 'ui se prétend morale, mais 'ui entretient le s*st3me de la prostitution, et celle de la reli ion catholi'ue, lors'ue les reli ieuses man'uent au principe de charité en ren(o*ant /uliette . cause de la conduite de ses parents6%. 4e récit de l’enfance de /uliette est un stéréot*pe de la en3se de la prostituée60. Comme aola, "irbeau donne encore de l’importance . l’hérédité et au milieu social des personna es, tandis 'ue, dans Le Jardin des supplices, les pulsions sont consubstantielles . la nature humaine - /uliette et Clara se conduisent de la même mani3re, bien 'ue leurs histoires personnelles soient différentes, et il en (a de même de leurs deu) amants.
4C, p. #<7 - « ;lors, je le soulevai davantage, maintenant sa tête sur mes genou- et, tout / coup, je vis ses deu- .eu-, ses deu- .eu- clairs, qui me regardaient tristement, sans une haine, sans un reproche, ses deu.eu- qui sem$laient vivants!: Je crus que j9allais dé,aillir, mais, rassem$lant mes ,orces dans un suprême e,,ort, j9étreignis le cadavre du Prussien, le plantai tout droit contre moi, et, collant mes l(vres sur ce visage sanglant, d9oG pendaient de longues $aves pourprées, éperdument, je l9em$rassai !: ». $ans =é$astien Koch, "irbeau fera . nou(eau référence . cette uerre, il * fera mourir Sébastien. 80 Coir l’article d’=l a 2marie, « =cta(e "irbeau et /uliette 2dam - Le alvaire censuré », ahiers "ctave #ir$eau, n8 #9, %B#B, pp. 1B:@B. 81 « Colonisons », Le Journal, #0 no(embre #67%, puis « Ci(ilisons », Le Journal, %% mai #676, 'ui est une réécriture du premier, et « 4a Dée $um:$um », Le Journal, %B mars #676. 82 4C, p. %B1 - « Juliette, on l9avait mise en demi0pension cheA les s>urs: SWT Le scandale devint tel que les s>urs renvo.(rent Juliette, ne voulant pas garder cheA elles la ,ille d9une mauvaise ,emme et d9un ivrogne: » 83 Cf. =cta(e "irbeau. L9;mour de la ,emme vénale. !aris, 5ndi oXDemmes:éditions, #771.
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À tra(ers ses personna es, "irbeau souli ne le caract3re se)uel du plaisir, 'uelle 'ue soit la forme 'u’il prend et 'uels 'ue soient les mo*ens utilisés pour * par(enir. !our lui, l’homme est prisonnier de ses pulsions, comme il ressort de la (ision finale du alvaire +« !t tous ces lam$eau- de corps humains, décharnés par la mort, se ruaient l'un sur l'autre, toujours emportés par la ,i(vre homicide, toujours ,ouettés par le plaisir » 4C, p. 0B0,, 'ui est comme une anticipation de celle du Jardin des supplices - « 'était, devant chaque porte oG nous passions, des r4les, des voi- haletantes, des gestes de damnés, des corps tordus, des corps $ro.és, tout une douleur grima5ante, qui, par,ois, hurlait sous le ,ouet de voluptés atroces et d'onanismes $ar$ares. » +/$S, p. %<0,. "ême idée dans L9;$$é Jules - « ;lors les po(tes n9ont chanté que l9amour, les arts n9ont e-alté que l9amour: !t l9amour a dominé la vie, comme le ,ouet domine le dos de l9esclave qu9il déchire, comme le couteau du meurtre, la poitrine qu9il troue61 !... » $erri3re cette conception de l’amour, on sent la présence de >audelaire - « Pendant que des mortels, la multitude vile I =ous le ,ouet du Plaisir, ce $ourreau sans merci I 3a cueillir des remords dans la ,ête servile I #a 7ouleur, donne0moi la main C viens par ici6@. » !our "irbeau et >audelaire, le masochisme trou(e sa source dans la 'uête du plaisir. "ême con(er ence a(ec >audelaire dans l’ima e 'ue "irbeau donne de la femme 6<, telle 'u’elle apparaPt aussi dans son article sur Lilith +« La ,emme n9est pas un cerveau, elle n9est qu9un se-e, et rien de plus69 », et dans la bouche de son abbé /ules - « et / la place du 7ieu disparu, la +emme triomphante et toute nue, la prostituée éternelle qui o,,rait sa $ouche, son se-e, tendait tout son corps au- $aisers in,4mes66. » "irbeau ren(oie l’homme . son animalité lors'ue, parlant du cobt, il emploie le mot « rut67 » et utilise la même e)pression dans les deu) romans pour en souli ner le caract3re pulsionnel - « poussé par un rut su$it de la chair » +4C, p. #10, et « poussé par un rut grossier » +/$S, p. %@0,. Ces éléments (iennent corroborer sa th3se sur l’amour comme pi3 e 7B tendu par la nature, dont le seul but est d’assurer la reproduction de la (ie. C’est pour'uoi le chanta e se)uel est l’élément principal de la domination des femmes sur les hommes. $’oL la conclusion de "irbeau - « La ,emme poss(de l9homme. !lle le poss(de et elle le domineC elle le domine et elle le torture6 ainsi l9a voulu la nature, selon ses voies impénétra$les7#. »
L9;$$é Jules, Ad. du >oucher, %BB0, p. %B%. Sébastien sera aussi au) prises a(ec ce fouet - « 1l se dé,endait mal aussi contre les tentations qui revenaient plus nom$reuses, plus précises chaque jour, contre la ,olie déchaînée des images impures qui l9assaillaient, en,lammant son cerveau, ,ouettant sa chair, le poussant / de honteuses rechutes, immédiatement suivies de dégo8ts, de prostrations oG son 4me som$rait comme dans la mort » +Ad. du >oucher, %BB0, p. #79,. 85 Charles >audelaire, « Kecueillement », Les +leurs du #al, p. #%9. 86 "p. cit., p. 1B< - « La ,emme est naturelle, c'est0/0dire a$omina$le » et « La ,emme a ,aim et elle veut manger. =oi, et elle veut $oire. !lle est en rut et elle veut être ,outue . » 87 Le Journal, %B no(embre #67%. 88 L9;$$é Jules, op. cit., pp. #%0:#%1. 89 4C, p. #07 - « Est0ce donc tout que de nous avoir $estialement engendrés, un soir de rut F » 4e terme est accentué par l’utilisation de l’ad(erbe « $estialement ». >audelaire associe ce terme . la femme. 90 4’2mour est comparé . une pieu(re - 4C, p. %B1 - « e n9était plus l9;mour ,risé, pommadé SWT c9était l9;mour $ar$ouillé de sang, ivre de ,ange, l9;mour au- ,ureurs onaniques, l9;mour maudit, qui colle sur l9homme sa gueule en ,orme de ventouse, et lui dess(che les veines, lui pompe les moelles, lui décharne les os. » "ême comparaison dans Le Jardin des supplices +p. %<0, - « <ne pieuvre, de ses tentacules, enla5ait le corps d'une vierge et, de ses ventouses ardentes et puissantes, pompait l'amour, tout l'amour, / la $ouche, au- seins, au ventre ». Et aussi dans Le Journal d9une ,emme de cham$re - « #adame cachait dans un des tiroirs de son armoire une diAaine de petits livres, en peau jaune, avec des ,ermoirs dorés: des amours de livres. SWT 9était plein d9images e-traordinaires: SWT 7es $ouches en ventouse comme des tentacules de pieuvre, vidant les seins, épuisant les ventres, tout un pa.sage de cuisses et de jam$es, nouées, tordues comme des $ranches d9ar$res dans la jungle ! » +Ad. du >oucher, %BB0, p. #0B,. 91 "irbeau écrit au su&et de la femme 'u’« elle n9a qu9un rEle, dans l9univers, celui de ,aire l9amour, c9est0/0dire de perpétuer l9esp(ce » +« Lilith », loc. cit.,.
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2(ec Le Jardin des supplices, "irbeau, en mettant des mots sur les mau), semble é(acuer les traumatismes de son enfance et tourner une pa e. En passant de /udith . 2lice, il rép3te un scénario présent dans de nombreu) récits7% et tombe de Char*bde en Sc*lla, comme pourrait bien le confirmer un &eu de mots sur Sc*lla - réduit . S542, il suffit d’in(erser les lettres pour lire 245S et retrou(er ainsi 2lice +Ke nault,... cue penser de la référence anticipatrice de "irbeau . la ps*chanal*se I "irbeau fait de l’atelier de 4irat, une esp3ce de cabinet de ps*chanal*ste. 4’élément central en est un di(an, même s’il est « ,ort déla$ré » et « rend des sons de piano désaccordé » +4C, p. #9#,, témoi na e des confidences des (ictimes de /uliette. 4e terme « désaccordé » sied . mer(eille, car le rJle du ps*chanal*ste est de mettre les patients en accord a(ec eu):mêmes. Ce di(an leur est bien réser(é, car, la premi3re fois 'ue /ean la (oit, c’est sur une chaise, et non sur le di(an, 'ue s’assied /uliette +/$S, p. #9%,. !ar ailleurs, les rê(es des personna es de "irbeau illustrent le concept de « condensation » 'ue Dreud théorisera dans L91nterprétation des rêves +#7BB, - deu) sc3nes réelles sont « condensées » en une troisi3me par le rê(e. 2insi, le narrateur du Jardin rê(e . Clara sous les traits de la fée $um:$um apr3s a(oir entendu le récit des performances de cette balle meurtri3re - « #on sommeil ,ut ,ort agité, cette nuit0l/: ;u0dessus des $ru.(res rouges, parmi les ra.ons d9un soleil de sang, je vis, $londe, rieuse et sautillante, passer la petite ,ée 7um07um: la petite ,ée 7um07um qui avait les .eu-, la $ouche, toute la chair inconnue et dévoilée de lara » +/$S, p. #%0,. $ans Le alvaire, la statue de la (ier e prenait les traits de /uliette - « #ais la 3ierge ne m9entendait plus. SWT <ne capote de loutre rempla5ait maintenant son nim$e doré, ses .eu- étaient ceu- de Juliette Kou-, des .eu- tr(s $eau-, tr(s dou-, qui me souriaient dans une ,ace de pl4tre, sous un voile de gaAe ,ine. 7e temps en temps, elle s9approchait de mon lit, $alan5ait au0dessus de moi son mouchoir $rodé qui e-halait un par,um violent. SWT !lle s9arrêta, se campa devant moi, ,it tom$er, un / un, ses vêtements de pl4tre, et, toute nue, impudique et super$e, la gorge secouée d9un rire clair, sonore, précipité 6 SWT !t elle me lan5a sa capote de loutre / la ,igure » +4C, pp. #66:#67, V cette capote de loutre 'ui est le point de fusion des ima es de la Cier e et de la strip:teaseuse rê(ée. En cette fin:de:si3cle, "irbeau, illustre des idées dans l’air du temps, 'ue Dreud théorisera a(ec d’autres70. Dabien S=4$À

Coir notre article « cui se cache derri3re Clara, Claire, Clarisse, ces prénoms prête:noms I Fne anal*se de 'uel'ues prénoms dans l’du(re d’=cta(e "irbeau ». ahiers "ctave #ir$eau, n8 #6, %B##. 93 $e nombreu) philosophes, ou médecins s’interro ent sur les pulsions humaines. 4a notion d’inconscient, construite par ]artmann +Philosophie de l9inconscient, #6<7,, s’étend dans la pensée contemporaine, et elle est reprise et repensée par d’autres philosophes ou scientifi'ues.

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