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René Bocquier, « Bonheur cruel (à propos de l’adaptation théâtrale du "Journal d’une femme de chambre") »

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René Bocquier, « Bonheur cruel (à propos de l’adaptation théâtrale du "Journal d’une femme de chambre") », article paru das les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 19, 2012, pp. 310-313.
René Bocquier, « Bonheur cruel (à propos de l’adaptation théâtrale du "Journal d’une femme de chambre") », article paru das les "Cahiers Octave Mirbeau", n° 19, 2012, pp. 310-313.

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BONHEUR CRUEL
(à propos de l’adaptation théâtrale du Journal d’une femme de chambre) Adapter un roman ou une nouvelle pour la scène, voilà un bonheur cruel ! Metteurs en scène, comédiens, scénographes, costumiers, ainsi que tous ceux qui participent à l'élaboration et à la réalisation d'un spectacle, disposent d'un patrimoine littéraire aussi vaste que riche. Notre devoir est de le servir, de l'honorer avec humilité, de le aire vivre et revivre d!éveiller les spectateurs aux lumières du patrimoine littéraire universel. "e choix d'une #uvre ne saurait obéir à une volonté inspirée par des divagations narcissiques. $e choix ne peut %tre qu'un acte passionnel, généreux, un acte de soumission à l!écrit &usqu'à l'e acement de soi. 'out nous est o ert par le texte choisi. (l nous importe seulement de lui insu ler un sou le de vie, en nous imprégnant de son esprit, de son )me, sachant que ce choix obéit inévitablement à mille contraintes, artistiques, techniques, budgétaires. Le Journal d'une femme de chambre s'est imposé de la m%me a*on que s'e ectue une rencontre amoureuse. +n r%vait, on désirait, on cherchait quelque chose... Mais quoi , "e hasard nous l'a dévoilé- et l'on ne peut plus s'en détacher... Avec erveur nous pénétrons dans la chambre de $élestine, dont le &ournal s'est o ert à nous. Ainsi a commencé notre vie commune. .ue de richesses ! 'rop de richesses dans ce &ournal ! .ue de déchirements ! Nous devons choisir, exclure des pages, trop de pages.... /es coupures... et encore des coupures! 0t cependant notre adaptation est certainement la plus longue de toutes celles portées à la scène 1 plus de la moitié de l!ouvrage est présenté pour la première ois, comme l'épisode tragique du chapitre 2((, dans son intégralité, consacré à Monsieur 3eorges. 4résenter deux parties de plus d'une heure chacune, avec un entr!acte, voilà beaucoup, peut5%tre trop pour des spectateurs désormais habitués à des représentations qui ne vont guère au5 delà de l!heure. Mais une représentation thé)trale ne saurait se réduire à un tableau sommaire. (l doit demeurer un rituel, laisser un souvenir impérissable et écond. "e sentiment de la durée ne dépend que des o iciants 6 Les Noces de Figaro, Parsifal, habités par la gr)ce, sont des bonheurs de plus de quatre heures... et de ce ait, bien courts. "a première partie de notre adaptation7 est une succession de scènes qui s'encha8nent naturellement sans rupture 6 l'arrivée de $élestine, sa présentation, son entrée en onction au Prieuré che9 les "anlaire 1 tout ce qui se rapportera à sa vie quotidienne che9 les ma8tres, les seuls loisirs étant la messe dominicale et sa visite à l'épicerie en compagnie des dames du village. $élestine n'est guère avare de con idences 6 : Ma petite enfance, mes petits désirs, mes petits malheurs, et mes rêves, et mes révoltes, et mes diverses stations chez des ma tres cocasses, ou inf!mes""" ; "a deuxième partie n'est plus une succession de scènes, mais un acte unique 6 l'histoire de Monsieur 3eorges dans la villa d'<oulgate, par lequel +ctave Mirbeau atteint à la plus authentique tragédie, aussi incandescente que la tragédie antique, aussi glacée que le thé)tre nordique. /ans cette ville au bord de la Manche, $élestine transcende et trans igure son personnage 6 elle ne sera plus simple emme de chambre. 0lle deviendra garde5malade, à la ois
0lle a été créée à Angers les = et > &uillet ?@77. $!est une débutante, 4auline Menuet, qui a dA assumer la charge écrasante d!un monologue de plus de deux heures 6 per ormance vraiment stupé iante ! B4. M.C
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ange annonciateur et révélateur de l'Amour, puis 4arque conduisant Monsieur 3eorges sur le lit# bar$ue pr%t pour la traversée du DtEx. 0lle retournera ensuite à la misérable condition de servante après sa uite d'<oulgate, puis retrouvera une vie médiocre, ponctuée des visites sur la tombe de Monsieur 3eorges, pour l!anniversaire de sa mort. "'épisode consacré à Monsieur 3eorges voilà un véritable livret d'opéra écrit par Mirbeau ! $omment ne pas songer aux tragédies lEriques, +n se plait à en imaginer la structure musicale. "e lamento de la rencontre avec la grand'mère à la voix de me99o, qui ouvre l'#uvre. 2iennent ensuite un ensemble de duos avec récitati s, entre $élestine et Monsieur 3eorges, sur un mode adagio pour me99o soprano et pour barEton léger 6 attentions et soins au malade, tentations érotiques, passion charnelle assouvie avec rage &usqu!à ce que l'étreinte emporte le cher tuberculeux... 'out cela bercé par le ressac des vagues, de la houle, au rEthme des marées rEthmées par le passage des mouettes. +ctave Mirbeau est un dramaturge incontestable. (l n'est que de se reporter aux Mauvais bergers, aux %ffaires sont les affaires, au Fo&er, pour ne citer que les trois pièces principales. /ans ses romans, et en particulier dans Le Journal d'une femme de chambre, tout, absolument tout est thé)tre 6 les situations et l'écriture. Fn certain esprit de modernité, trop souvent, s'emploie à transposer, à trans ormer, à réécrire les textes pour les adapter à la scène. 0n user ainsi avec l'#uvre de Mirbeau serait criminel et diminuerait la puissance du texte. "es monologues de $élestine, ses imitations des personnages qu'elle évoque, les dialogues qu'elle rapporte avec vivacité, tout cela est écrit, c'est thé)tral et il n'E a rien à a&outer ou à modi ier. 4lus encore, le texte est écrit pour la bouche, pour la voix, et l'interprète doit l'appréhender comme une authentique partition. /e m%me le comédien doit chanter, nuancer la prose et les vers, tandis le chanteur, lui, doit parler son chant. "ouis Gouvet n'a irmait5il pas 6 : 'l n'& a de naturel $ue le naturel de thé!tre ; , PORTR !T "#UNE $E%%E

4auline Menuet dans le rHle de $élestine Au thé)tre, dans la distribution des rHles, la (ervante n!existe pas dans la tragédie. (l n!E a que des (uivantes ou des )onfidentes. $es deux tEpes de personnages se retrouvent dans les comédies, souvent che9 Molière, tou&ours che9 Marivaux. La (ervante, ille à gages, entre en scène avec la )ommedia dell*arte. 0lle s!impose che9

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Molière 6 Nicole dans Le +ourgeois gentilhomme, Martine dans Les Femmes savantes, et surtout 'oinette dans Le Malade imaginaire. 4uis che9 Iegnard, /ancourt- 0lle devient le personnage principal che9 3oldoni, avec La Locandiera B7>JKC. 0n in, la Du9anne du Mariage de Figaro B7>>LC évoque pour la première ois un état contestataire de la condition de servante. $!est la comédie de la Iévolution. /ans le vaudeville, très en vogue à la Melle Npoque, on appelle une servante la (oubrette. 4ersonnage sans relie , sans pro ondeur, elle n!est que le aire5valoir des grands rHles 6 elle passe les répliques comme les plats ! $!est avec +ctave Mirbeau, en 7OO@, que $élestine, la servante, devient un personnage mEthique de roman et de thé)tre. 0lle est une immigrée dans son propre paEs, comme toutes ses compatriotes bretonnes de l!époque 6 m%me culture, religion commune, traditions identiques 1 elles sont les travailleuses esclaves que l!on méprise et que l!on &ette à la rue, avec en cadeau le b)tard du patron, pour celles qui n!ont pu s!o rir les bons soins d!une aiseuse d!anges 1 pour d!autres, c!est le trottoir, sans allocations de chHmage, sans ressources, sans autre secours que les bureaux de placement privés et paEants. (l n!existait rien pour les préserver des chutes dé initives et les retenir au bord des pires ab8mes- "!image savoureuse de la domestique bretonne que nous présente 4. 4inchon en 7O@J, dans +écassine, ille sotte et naPve, est inexacte. Mirbeau nous a brossé un portrait qui demeure éternel. Docialement méprisée, autodidacte, son héroPne a observé avec acuité son monde. 0lle plaidera de toute son )me pour les humbles et les aibles 6 : ,n domesti$ue n*est plus du peuple d*o- il sort . il n*est pas non plus de la bourgeoisie o- il tend" /u peuple $u*il a renié, il a perdu le sang généreu0 et la force na1ve . de la bourgeoisie, il a gagné les vices honteu0, sans avoir pu ac$uérir le mo&en de les satisfaire2 et les sentiments vils, les l!ches peurs, les criminels appétits, sans le décor, et, par consé$uent, sans l*e0cuse de la richesse. ; $élestine est une igure aussi imposante que les monstres sacrés qui peuplent le monde imaginaire du thé)tre. 0lle re&oint Ariane, Nlectre, son homonEme La )élestine de Io&as, la (ainte Jeanne des abattoirs de Mrecht4our une comédienne, rev%tir son costume est un immense dé i- (l habille grand. D!en parer, l!habiter, lui donner vie, voilà qui exige un grand supplément d!)me et de générosité. 0lle est le modèle de toutes les emmes qui veulent grandir, s!a ranchir et conquérir la liberté. Iené M+$.F(0I, décembre ?@77
QIené Mocquier se destinait à l'art lErique. Mais gr)ce aux cours de 'ania Malachova, le thé)tre dramatique l'emporta. (l débuta dans une pièce de Ioland /ubillard, (i )amille me vo&ait . $omédien, metteur en scène, pro esseur, directeur de thé)tre, toute son activité se porta vers les auteurs de langue ran*aise du RR e siècle 6 $octeau, 4inget, 'ournier et (onesco. (l consacra une place très importante à la poésie...S

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