You are on page 1of 23

L’Etat

Introduction...............................................................................................................................1
A. Le problème du lien social .........................................................................................................1
B. La notion de pouvoir...................................................................................................................4
C. Les différents types de régimes politiques.................................................................................5
II. Le contrat ou la guerre : deux modèles pour penser l’Etat................................................7
A. Le contrat et la ustice.................................................................................................................!
B. La force et la domination..........................................................................................................1"
III. Le marxisme......................................................................................................................12
A. La p#ilosop#ie de $ar%............................................................................................................1&
B. 'uelques critiques de la t#éorie mar%iste ...............................................................................1(
IV. L’analyse de l’Etat contemporain.....................................................................................17
A. $odernité et péril totalitaire )*ocqueville+.............................................................................1!
B. L,émergence du biopouvoir )-oucault+....................................................................................1.
Conclusion...............................................................................................................................21
Annexe......................................................................................................................................21
'uelques idées supplémentaires....................................................................................................&1
Bibliograp#ie.................................................................................................................................. &&
/uets de dissertation.....................................................................................................................&&
0ntroduction
A. Le problème du lien social
La question du lien social est la question de savoir ce qui assure la cohésion de la société.
Une société est un ensemble d’individus, et pour que le tout fonctionne, il faut que les parties
s’accordent entre elles. La question fondamentale dans l’analyse de toute société est de
comprendre comment se réalise cet accord entre le tout et les parties, par quel mécanisme les
individus sont assujettis à un ensemble de lois et de rèles qui rendent possible le
fonctionnement de l’ensemble.
Le mécanisme permettant d’accorder les hommes entre eu! et de maintenir la cohésion de
la société peut "tre pensée de multiples manières, à des niveau! complètement différents. #n
peut penser que ce mécanisme est fondamentalement économique, politique, libidinal,
reliieu!, rationnel, etc. $oici, à titre de présentation énérale, quelques manières de penser
ce mystérieu! lien social.
1. Les éc#anges
Une première manière de penser le lien social est par l’échane. %ous avons vu cette idée
dans le cours précédent. #n la trouve che& 'laton, pour qui la satisfaction des besoins
individuels par la division du travail et l’échane est le fondement de la société. #n la
retrouve che& (ur)heim, sous la forme de la * solidarité oranique +. #n la trouve enfin che&
,
-dam .mith, avec l’idée de * main invisible + / si les individus poursuivent leurs intér"ts
privés, le plus rand bien énéral en résultera car une main invisible les uide vers les actions
les plus profitables à la collectivité / * l’individu est conduit par une main invisible à remplir
une fin qui n’entre nullement dans ses intentions +
,
. (ans ce paradime économique, c’est
l’intér"t qui assure le lien social et la cohésion entre les individus.
&. Les sentiments
#n peut aussi penser le lien social à partir des sentiments, des affects, des passions. 0’est
ce que fait 1eel avec l’idée selon laquelle la passion est une * ruse de la raison + qui pousse
les hommes à réaliser de randes choses dont ils n’ont pas nécessairement conscience, et qui
concourent à l’avènement d’un ordre rationnel et donc au bien de tous. 'ar e!emple, à travers
sont désir personnel de loire, %apoléon a répandu les idées de la 2évolution et des Lumières
en Europe.
.elon 3reud, l’échane ne suffit pas à assurer le lien social, il faut ajouter au! lien par
l’intér"t un lien d’ordre affectif /
L’intér"t de la communauté de travail n’assurerait pas la cohésion 4de la société5, les passions
pulsionnelles sont plus fortes que les intér"ts rationnels. 6l faut que la culture mette tout en
7uvre pour assiner des limites au! pulsions d’aression des hommes, pour tenir en
soumission leurs manifestations par des formations réactionnelles psychiques. (e là donc la
mise en 7uvre de méthodes qui doivent inciter les hommes à des identifications et à des
relations d’amour inhibées quant au but, de là la restriction de la vie se!uelle et de là aussi ce
commandement de l’idéal / aimer le prochain comme soi8m"me, qui se justifie effectivement
par le fait que rien d’autre ne va autant à contre8courant de la nature humaine oriinelle.
.imund 3reud, Le Malaise dans la culture 9,:;:<, $
'our 3reud les liens entres les hommes sont essentiellement libidinau!, et il faut
l’intériorisation des e!iences sociales dans le psychisme avec l’érection du surmoi pour que
la concorde et la pai! puisse "tre assurée entre les individus. Et c’est par amour des autres =
ou plus e!actement par anoisse devant la perte d’amour = que les hommes respectent les
préceptes morau! et les lois. Le nerf du lien social est donc, che& 3reud, essentiellement lié à
la libido, elle8m"me d’oriine se!uelle.
>ontesquieu admet aussi qu’il e!iste un sentiment propre à chaque réime politique. 6l
appelle * principe + ce sentiment qui doit animer les hommes pour que le réime en question
fonctionne correctement. Le principe de la république 9qu’elle soit démocratique ou
aristocratique< est la vertu. Le principe de la monarchie est l’honneur. Le principe de la
tyrannie est la crainte.
Enfin, on peut mentionner .pino&a qui distinue deu! rands affects par lesquels les
hommes obéissent / la crainte et l’espoir. 'uisqu’il vaut mieu! "tre m? par un affect de joie
que par une passion triste, .pino&a recommande de faire en sorte que les citoyens soient
plut@t mus par l’espoir que par la crainte. >ais l’idéal est qu’ils soient mus par leur raison
elle8m"me, qui leur commande naturellement de rechercher l’utile propre dans l’association
politique.
1. La religion
'our 2ousseau, la reliion joue un r@le essentiel pour la cohésion de la société, à tel point
qu’il envisae, à la fin du Contrat social, l’idée d’une * reliion civile +. 6l recherche en fait
quel type de reliion est nécessaire au bon fonctionnement d’une démocratie.
465l importe bien à l’Etat que chaque citoyen ait une 2eliion qui lui fasse aimer ses devoirs A
mais les domes de cette 2eliion n’intéressent ni l’Etat ni ses membres qu’autant que ces
,
-dam .mith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, 6$, ;.
;
domes se rapportent à la morale, et au! devoirs que celui qui la professe est tenu de remplir
envers autrui. 0hacun peut avoir au surplus telles opinions qu’il lui plaBt, sans qu’il
appartienne au souverain d’en connaBtre / car comme il n’a point de compétence dans l’autre
monde, quel que soit le sort des sujets dans la vie à venir, ce n’est pas son affaire, pourvu
qu’ils soient bons citoyens dans celle8ci.
6l y a donc une profession de foi purement civile dont il appartient au .ouverain de fi!er
les articles, non pas précisément comme domes de 2eliion, mais comme sentiments de
sociabilité, sans lesquels il est impossible d’"tre bon 0itoyen ni sujet fidèle. .ans pouvoir
oblier personne à les croire, il peut bannir de l’Etat quiconque ne les croit pas A il peut le
bannir, non comme impie, mais comme insociable. 9C<
Les domes de la reliion civile doivent "tre simples, en petit nombre, énoncés avec
précision sans e!plications ni commentaires. L’e!istence de la (ivinité puissante,
intelliente, bienfaisante, prévoyante et pourvoyante, la vie à venir, le bonheur des justes, le
chDtiment des méchants, la sainteté du 0ontrat social et des Lois A voilà les domes positifs.
Euant au! domes néatifs, je les borne à un seul A c’est l’intolérance / elle rentre dans les
cultes que nous avons e!clus. 9C<
>aintenant qu’il n’y a plus et qu’il ne peut plus y avoir de 2eliion nationale e!clusive,
on doit tolérer toutes celles qui tolèrent les autres, autant que leurs domes n’ont rien de
contraire au! devoirs du 0itoyen.
Fean8Facques 2ousseau, Du Contrat social, 6$, G
#n retrouve cette idée que la reliion est nécessaire au bon fonctionnement de la
démocratie che& -le!is de Hocqueville. 0omparant la 3rance et l’-mérique du I6I
e
siècle, il
considère que la démocratie fonctionne mieu! en -mérique qu’en 3rance rDce à la force de
la reliion qui rèle le monde moral et permet d’établir un monde politique de discussion et
de contestation. En fait, pour Hocqueville une société éalitaire requiert une discipline morale
individuelle. (es m7urs bien rélées sont la condition de la liberté.
4. Les idées morales
Le problème du lien social s’est posé de manière cruciale pour les penseurs du I6I
e
siècle,
car ils constataient le déclin de la morale traditionnelle et de la reliion. 'our -uuste 0omte,
il fallait un consensus social, c’est8à8dire des idées communes afin d’assurer la cohésion
sociale. -u pr"tre doit donc succéder le socioloue, qui produit la nouvelle morale basée sur
l’étude rationnelle de la société. 0omte veut fonder une nouvelle reliion rationnelle, basée
sur l’e!cellence des rands hommes. #n retrouve la m"me idée che& (ur)heim. 'our
(ur)heim, la reliion est en déclin inéluctable, et la crise est fondée sur le non8remplacement
des valeurs traditionnelles reliieuses. 6l faut instaurer une morale inspirée par l’esprit
scientifique. La socioloie est le moyen de constituer une telle morale scientifique. Une telle
morale remplit e!actement la m"me fonction qu’une reliion, car pour (ur)heim toute
reliion a pour objet essentiel la société / toute reliion consiste à adorer la société. (ieu, c’est
le clan, le roupe. Houtes les reliions suscitent un sentiment intense d’appartenance à un
m"me corps.
5. L,2tat
>ais il faut "tre réaliste / tous ces facteurs favorisant la cohésion de la société ne sauraient
toujours suffire à eu! seuls. #u peut8"tre est8ce à partir du moment oJ ces liens * naturels +
s’affaiblissent que l’Etat devient nécessaire. >ais on peut éalement renverser la loique et se
demander si l’Etat suffit à assurer le lien social et s’il ne faut pas toujours, en plus des lois et
de la police, une forme d’harmonie économique ou culturelle pour assurer la cohésion de la
sociétéC
K
B. La notion de pouvoir
1. Les formes de pouvoir
Le pouvoir n’est pas une entité lointaine et abstraite, qu’on ne trouverait que dans les palais
et les armées. -u contraire, le pouvoir est partout. Houte relation sociale est caractérisée par
un certain rapport de pouvoir. Le pouvoir est à la maison, à l’école, avec les amis, dans les
bars, à la télé, etc. #n peut distinuer quelques rapports de pouvoir fondamentau! pour
prendre la mesure de la diversité de ce phénomène /
9,< Le pouvoir des parents. 6l est fondé sur l’amour et vise l’intér"t de celui qui est dominé
9l’enfant<. 6l peut "tre justifié à partir de l’idée que l’enfant est un "tre incomplet, qui n’est pas
capable de prendre les bonnes décisions lui8m"me.
9;< Le pouvoir du proesseur. 6l peut "tre aussi fondé sur l’incomplétude de l’élève = dans
le cas des enfants = ou, plus simplement et plus énéralement, sur la possession d’un certain
savoir à transmettre.
9K< Le pouvoir du c!e d’orc!estre sur les musiciens. 6ci il s’ait avant tout d’oraniser
une action collective. Le pouvoir est temporel, limité à un projet précis, et fonctionnel. #n
s’aperLoit qu’il e!iste des circonstances oJ l’action collective n’est possible que si un seul
commande, par e!emple pour donner le tempo. 'eut8"tre en va8t8il de m"me dans d’autres
types d’action collective M
9N< Le pouvoir entre amis. .ouvent invisible et insensible, il est énéralement fondé sur le
charisme, mais il peut prendre sa source dans des rapports de dépendance plus comple!es.
2emarquons toutefois que la relation d’amitié semble plus libre que la relation amoureuse
dans la mesure, précisément, oJ la dépendance affective y est moins forte, et oJ la relation
amicale est e!empte de toute oranisation fonctionnelle 9matérielle ou bioloique< attachante
9foyer, enfants, etc.<. Houte dépendance relative, m"me affective, énère donc un certain
pouvoir. 0elui qu’on aime a du pouvoir, car on le suit quand il dit / * Eui m’aime me
suive O +
9P< Le pouvoir du patron sur ses salariés. $oici une forme de pouvoir qui semble
clairement rélée par le contrat et par un rapport de dépendance économique réciproque / le
plus souvent, le salarié obéit au patron en échane d’un salaire. 6l se soumet au patron parce
qu’il a besoin de son salaire pour vivre. >ais le rapport n’est pas toujours aussi évident, et il
arrive parfois que le patron dépende davantae de son salarié que son salarié ne dépend de lui.
9Q< Le pouvoir militaire. $oici une forme de pouvoir e!tr"mement rioureuse et sévère.
Elle repose sur une nécessité fonctionnelle impérative. Le domaine militaire est trop crucial
pour que l’idée de la désobéissance y soit tolérable. 0ela montre peut8"tre que les relations de
pouvoir sont déterminées essentiellement par la nécessité. #n ne se permet de désobéir que
quand c’est possible, que quand on en a les moyens.
9R< Le pouvoir politi"ue. 0’est la forme la plus évidente de pouvoir. Elle est néanmoins
très comple!e. -ujourd’hui, en 3rance, le pouvoir politique repose essentiellement sur le
fonctionnement des institutions 9élections<. >ais ce pouvoir entretient des rapports comple!es
à la raison, au! passions et à la violence. %ous pouvons distinuer trois formes essentielles de
domination politique.
&. Les trois types de domination )3eber+
Le socioloue allemand >a! Seber 9,GQN8,:;T< distinue trois types de domination / la
domination traditionnelle, la domination charismatique et la domination léale rationnelle. La
domination traditionnelle est celle qui se produit quand les individus obéissent par esprit de
tradition ou par habitude. La domination des rois de 3rance de l’-ncien réime était une
domination de type traditionnel.
N
La domination charismatique correspond au cas oJ l’obéissance est fondée sur des
caractéristiques personnelles propres au dirieant. #n peut citer de nombreu! e!emples /
%apoléon, >ussolini, 1itler, (e Uaulle, 0have&, etc.
La domination légale rationnelle, enfin, correspond à la domination fondée sur la raison et
la loi. Le pouvoir e!ercé, dans les sociétés modernes, par la bureaucratie ou par le personnel
politique en l’absence de tout charisme particulier constitue une domination de ce enre.
C. Les différents types de régimes politiques
1. Le meilleur régime est celui o4 le p#ilosop#e est roi )5laton+
'laton distinue cinq types de constitutions politiques, et cinq types d’Dmes
correspondantes. 6l y a une espèce unique de l’e!cellence, mais un nombre illimité d’espèces
du vice, dont quatre surtout méritent d’"tre retenues. La bonne constitution est la royauté 9un
seul homme se démarque du roupe des dirieants< ou l’aristocratie 9plusieurs hommes se
démarquent du roupe des dirieants<. 2oyauté et aristocratie forment une espèce unique /
qu’il y ait un homme ou plusieurs, ils ne viendront pas bouleverser les lois fondamentales de
la cité, s’ils se fondent sur la bonne formation et la bonne éducation. Les quatre autres
réimes sont, du meilleur au pire / la timocratie, la ploutocratie, le populisme, la tyrannie.
L’homme le plus heureu! est donc 9,< l’homme royal 9celui qui e!erce la royauté sur lui8
m"me<, puis vient 9;< l’homme timocratique, puis 9K< l’homme oliarchique, puis 9N<
l’homme démocratique, et enfin 9P< l’homme tyrannique, qui e!erce la tyrannie la plus
absolue sur lui8m"me et sur la cité.
sain
monarc#ie 9royauté<
'hilosophe8roi.
#rdre juste,
aristocratie
Les meilleurs sont au pouvoir
rélé par la raison
ploutocratie 9oliarchie<
2éime fondé sur la propriété /
les riches ouvernent
9,<
L’homme monarchique
domine ses désirs et les
9,<
ou aristocratique
ordonne par la raison.
9K<
L’homme oliarchique est
dominé par le désir de richesse.
dévié
tyrannie aristocratie 9timocratie<
fondée sur les honneurs
populisme 9démocratie<
9P<
L’homme tyrannique est esclave,
à la fois du tyran et de ses
propres désirs. Le tyran est lui8
m"me esclave, il passe sa vie
dans la peur de la révolte.
9;<
L’homme timocratique est
ambitieu!, il est m? par le désir
des honneurs.
9N<
L’homme démocratique est un
homme bariolé, éalitaire. 6l
traite ses désirs à éalité / il
refuse de croire que certains sont
bons et d’autres mauvais.
$oici ce que le vieu! 'laton dit de l’homme démocratique, c’est8à8dire de nous, modernes /
.#02-HE / >ais il n’accueille ni ne laisse entrer dans la citadelle le juste discours de celui qui
vient lui dire que certains plaisirs procèdent de désirs beau! et honn"tes, et d’autres de
désirs pervers, qu’il faut rechercher et honorer les premiers, réprimer et dompter les
seconds A à tout cela il répond par des sines d’incrédulité, et il soutient que tous les plaisirs
sont de m"me nature et qu’on doit les estimer éalement.
UL-U0#% / (ans la disposition d’esprit oJ il se trouve, il ne peut faire autrement.
= 6l vit donc au jour le jour et s’abandonne au désir qui se présente. -ujourd’hui il s’enivre au
son de la fl?te, demain il boira de l’eau claire et je?nera A tant@t il s’e!erce au ymnase,
tant@t il est oisif et n’a souci de rien, tant@t il semble ploné dans la philosophie. .ouvent, il
s’occupe de politique et, bondissant à la tribune, il dit et il fait ce qui lui passe par l’esprit A
lui arrive8t8il d’envier les ens de uerre M le voilà devenu uerrier A les hommes
d’affaires M le voilà qui se lance dans le néoce. .a vie ne connaBt ni ordre ni nécessité,
mais il l’appelle aréable, libre, heureuse, et lui reste fidèle.
P
= Hu as parfaitement décrit la vie d’un ami de l’éalité.
= Fe crois qu’il réunit toutes sortes de traits et de caractères, et qu’il est bien le bel homme
biarré qui correspond à la cité démocratique. -ussi beaucoup de personnes des deu! se!es
envient8elles son enre d’e!istence, oJ l’on trouve la plupart des modèles de
ouvernements et de m7urs.
'laton, La République, livre $666, PQ,b8PQ,d
&. Les bonnes constitutions sont celles qui visent l,intér6t commun )Aristote+
La classification des réimes politiques par -ristote semble encore plus naturelle et
canonique que celle de 'laton. -ristote distinue en fait trois rands types de réimes,
déterminés par le nombre de dirieants / la monarchie 9un seul dirieant<, l’aristocratie
9quelques dirieants< et la démocratie 9le pouvoir appartient au peuple<. >ais chacune de ces
constitutions, comme che& 'laton, admet une version droite et une version déviée. Une
constitution droite et juste vise l’intér"t commun, contrairement à la constitution déviée qui
vise le seul intér"t des ouvernants
;
.
0onstitutions
droites
royauté aristocratie
9les meilleurs ont le pouvoir<
république
9ou * Ut constitutionnel +<
0onstitutions
déviées
tyrannie oligarc#ie
9ploutocratie / ouvernement
par la richesse<
démocratie
9vise l’avantae des ens
modestes<
'our -ristote, la meilleure constitution dépend du peuple considéré / par nature, certains
sont destinés à "tre ouvernés despotiquement, d’autres non. >ais les constitutions déviées ne
sont pas naturelles et toujours mauvaises. Entre ens semblables et éau!, il n’est ni
avantaeu! ni juste qu’un seul ait la souveraineté, sauf en cas d’e!cellence spécifique
K
.
-ristote fut le professeur d’-le!andre le UrandC
1. Le meilleur régime dépend de circonstances )$ontesquieu+
La triloie de >ontesquieu est un peu différente de celle des Urecs / les trois types de
réime qu’il distinue sont la république, la monarchie et le despotisme. 0haque type de
réime repose sur un sentiment particulier, une attitude qui doit animer les hommes pour que
le réime fonctionne correctement. (ans le despotisme, c’est la peur A dans la monarchie,
c’est le sentiment de l’honneur 9à ne pas confondre avec le désir des honneurs che& 'laton< A
dans la république, c’est la vertu.
nature du réime république monarc#ie despotisme
démocratie aristocratie
nombre de ouvernants
peuple certains un seul un seul
principe
volonté loi fi!ée volonté
sentiment
vertu #onneur crainte
condition
éalité inéalité éalité
dimension adéquate
petite taille taille moyenne rande taille
caractère
modéré modéré arbitraire
L’opposition décisive, pour >ontesquieu, est celle qui e!iste entre le despotisme
caractérisé par la peur et les réimes de liberté caractérisés par la s?reté. .on attitude envers
l’honneur est ambivalente. L’honneur est moins élevé que la vertu, mais il protèe du
;
-ristote, Les Politiques, 666, Q et R.
K
Id., 666, ,R.
Q
despotisme. >ontesquieu pense, comme -ristote, que le meilleur réime dépend des
circonstances 9éoraphiques, sociales, humaines<. >ais il n’est pas purement relativiste pour
autant, il semble reconnaBtre que certains rapports de domination, comme l’esclavae, sont
universellement blDmables.
00. Le contrat ou la guerre 7 deu% modèles pour penser l,2tat
A. Le contrat et la ustice
1. Les lois constituent un contrat implicite )5laton+
Lors de son procès, .ocrate est condamné à mort par le tribunal d’-thènes sous le préte!te
qu’il aurait * corrompu + la jeunesse et manqué de respect au! dieu!. .ocrate ne pense pas
que ce juement soit juste. %éanmoins, quand ses amis viennent le visiter dans sa cellule pour
lui proposer d’oraniser son évasion, .ocrate refuse. (ans un dialoue célèbre de 'laton, le
Criton, il imaine que les lois viennent lui demander des comptes. L’arumentation de
.ocrate se résume ainsi / il est né dans la cité, il est en quelque sorte le fils de la cité et de ses
lois, il a toujours accepté les lois, il est resté à -thènes alors qu’il aurait pu s’échapper, et
m"me il aimait particulièrement les lois. 6l a donc passé un contrat implicite, selon lequel il
obéirait au! lois. >aintenant que les lois le condamnent, m"me si elles ont tort il doit se
soumettre à leur juement. 3ort de son raisonnement, .ocrate boit la ciuV
N
sous les cris de
désespoir de ses amis.
&. La t#éorie du contrat social )8ousseau+
2ousseau est le rand penseur du contrat social, dont il a fait la théorie définitive dans son
ouvrae politique majeur, Du Contrat social /
Fe suppose les hommes parvenus à ce point oJ les obstacles qui nuisent à leur
conservation dans l’état de nature, l’emportent par leur résistance sur les forces que chaque
individu peut employer pour se maintenir dans cet état. -lors cet état primitif ne peut plus
subsister, et le enre humain périrait s’il ne chaneait sa manière d’"tre.
#r, comme les hommes ne peuvent enendrer de nouvelles forces, mais seulement unir et
dirier celles qui e!istent, ils n’ont plus d’autre moyen pour se conserver que de former par
aréation une somme de forces qui puisse l’emporter sur la résistance, de les mettre en eu
par un seul mobile et de les faire air de concert.
0ette somme de forces ne peut naBtre que du concours de plusieurs / mais la force et la
liberté de chaque homme étant les premiers instruments de sa conservation, comment les
enaera8t8il sans se nuire, et sans nélier les soins qu’il se doit M 0ette difficulté ramenée à
mon sujet peut s’énoncer en ces termes.
* Hrouver une forme d’association qui défende et protèe de toute la force commune la
personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse
pourtant qu’à lui8m"me et reste aussi libre qu’avant M + Hel est le problème fondamental dont
le contrat social donne la solution.
Les clauses de ce contrat sont tellement déterminées par la nature de l’acte, que la
moindre modification les rendrait vaines et de nul effet A en sorte que, bien qu’elles n’aient
peut8"tre jamais été formellement énoncées, elles sont partout les m"mes, partout tacitement
admises et reconnues. 9C<
0es clauses bien entendues se réduisent toutes à une seule, savoir l’aliénation totale de
chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté / 0ar premièrement, chacun se
donnant tout entier, la condition est éale pour tous, et la condition étant éale pour tous, nul
n’a intér"t de la rendre onéreuse au! autres.
(e plus, l’aliénation se faisant sans réserve, l’union est aussi parfaite qu’elle peut l’"tre et
nul associé n’a plus rien à réclamer / 0ar s’il restait quelques droits au! particuliers, comme
il n’y aurait aucun supérieur commun qui p?t prononcer entre eu! et le public, chacun étant
N
La ciuV est le poison mortel que .ocrate avait été condamné à boire par le tribunal d’-thènes.
R
en quelque point son propre jue prétendrait bient@t l’"tre en tous, l’état de nature subsisterait
et l’association deviendrait nécessairement tyrannique ou vaine.
Enfin chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé
sur lequel on n’acquière le m"me droit qu’on lui cède sur soi, on ane l’équivalent de tout
ce qu’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a.
Fean8Facques 2ousseau, Du Contrat social 9,RQ;<, 6, Q
1. Le contrat social 7 une fiction régulatrice )9ant+
Le contrat de social est comme l’état de nature / il ne faut pas croire qu’il s’ait d’un
événement réel. L’état de nature n’a peut8"tre jamais e!isté, et il est certain qu’un contrat
social n’a jamais été effectivement conclu. 0es concepts ne visent pas à décrire la réalité mais
à comprendre ce qui est ou ce qui devrait "tre. La fiction de l’état de nature permet de
comprendre ce qui, dans la société, relève de l’institution politique et ce qui relève de la
nature. La fiction du contrat social est destinée à montrer ce que devrait "tre l’Etat et selon
quels principes il devrait fonctionner. Want e!prime clairement cette idée /
$oici donc un contrat originaire, sur lequel seul peut "tre fondée parmi les hommes une
constitution civile, donc entièrement léitime, et constituée une république. = >ais ce contrat
9appelé contractus originarius ou pactum sociale< en tant que coalition de chaque volonté
particulière et privée dans un peuple en une volonté énérale et publique 9visant à une
léislation d’ordre uniquement juridique<, il n’est en aucune faLon nécessaire de le supposer
comme un fait 9et il n’est m"me pas possible de le supposer tel<, tout comme s’il fallait avant
tout commencer par prouver par l’histoire qu’un peuple, dans les droits et les obliations
duquel nous sommes entrés à titre de descendants, avait d? un jour accomplir réellement un
tel acte et nous en avoir laissé, oralement ou par écrit, un avis certain ou un document,
permettant de s’estimer lié à une constitution civile déjà e!istante. 0’est au contraire une
simple Idée de la raison, mais elle a une réalité 9pratique< indubitable, en ce sens qu’elle
oblie tout léislateur à édicter ses lois comme pouvant avoir émané de la volonté collective
de tout un peuple, et à considérer tout sujet, en tant qu’il veut "tre citoyen, comme s’il avait
concouru à former par son suffrae une volonté de ce enre. 0ar telle est la pierre de touche
de la léitimité de toute loi publique. .i en effet cette loi est de telle nature qu’il soit
impossible que tout un peuple puisse y donner son assentiment 9si par e!emple elle décrète
qu’une classe déterminée de sujets doit avoir héréditairement le privilèe de la noblesse<, elle
n’est pas juste A mais s’il est seulement possible qu’un peuple y donne son assentiment A c’est
alors un devoir de tenir la loi pour juste, à supposer m"me que le peuple se trouve
présentement dans une situation ou dans une disposition de sa faLon de penser telles que si on
le consultait là8dessus il refuserait probablement son assentiment.
Want, Sur le!pression courante " il se peut que cela soit juste en théorie#
mais en pratique cela ne vaut rien 9,R:K<
.inalons tout de m"me que ces idées furent proressivement mises en pratique à partir de
la révolution franLaise de ,RG:. En particulier, le passae à l’Etat de droit 9en ,:PG pour la
3rance< marque une avancée capitale vers la réalisation de l’idée réulatrice de 2ousseau. 0ar
alors la loi est soumise à la 0onstitution 9ce contr@le de conformité de la loi à la 0onstitution
étant assuré, en 3rance, par le 0onseil constitutionnel<, et la 0onstitution elle8m"me émane du
peuple 9la 0onstitution actuelle de la 3rance, celle qui établit la $
e
2épublique, a été acceptée
par le peuple par référendum en ,:PG, et toute modification constitutionnelle doit émaner du
peuple<.
Etat de nature et contrat social sont donc des fictions réulatrices, c’est8à8dire des modèles
pour orienter la pensée et l’action. Les conclusions que les philosophes tirent de l’idée d’état
de nature dépendent essentiellement de leur anthropoloie, de la conception de l’homme qu’il
se font. 'our 1obbes, qui vit à une époque de uerre civile et qui a une conception pessimiste
de l’homme 9homo homini lupus / l’homme est un loup pour l’homme<, l’état de nature est un
état de uerre et par conséquent cette fiction justifie tout type de pouvoir qui met fin à la
G
uerre, y compris donc la monarchie absolue, ce Léviathan
P
qu’est l’Etat. 'our Loc)e, dont
l’anthropoloie est moins pessimiste, dans l’état de nature il e!iste une loi naturelle donnée
par la raison qui nous commande de protéer nos biens fondamentau! / notre vie, notre liberté
et notre propriété. L’état de nature n’est pas un état de uerre, mais il y manque toutefois un
jue impartial permettant de faire appel pour réler les conflits / c’est pourquoi le passae à
l’état social est nécessaire. Enfin, pour 2ousseau, la théorie du contrat social permet de
conclure que l’Etat doit "tre soumis à la #olont$ g$n$rale. La volonté énérale n’est pas la
somme des volontés particulières mais plut@t la partie commune des volontés particulières. #n
retrouve ce concept de volonté énérale dans la notion d’intér"t énéral qui constitue un
principe fondamental de la philosophie politique franLaise actuelle.
4. L,2tat réalise la ustice )9ant: ;egel+
Les philosophes politiques pourraient "tre classés en deu! catéories / les pessimistes et les
optimistes. Les optimistes pensent que l’Etat constitue un prorès, qu’il mène l’humanité vers
davantae de justice et de liberté. Want appartient à cette catéorie de penseurs optimistes.
.elon lui, la nature est réie par le finalisme / toutes les choses ont une fin, et tendent vers
cette fin. -utrement dit, toutes les dispositions naturelles 9animales ou humaines< sont
destinées à se développer. 'our les animau!, cet épanouissement des facultés s’accomplit au
cours d’une seule vie. >ais l’homme, lui, est perfectible
Q
, comme l’avait bien vu 2ousseau
R
. 6l
peut se développer non seulement au cours de sa vie, mais aussi au fil des énérations, rDce à
la culture, par laquelle il s’approprie les acquis de ses prédécesseurs. #r puisque tout se passe,
dans la nature, comme si une providence bienveillante avait tout prévu, il faut que l’histoire
mène l’homme à un développement constant par lequel il développe ses facultés afin qu’à
terme l’"tre humain vive dans des conditions oJ l’ensemble de ses dispositions naturelles
9intellectuelles, morales, artistiques< soient pleinement épanouies. 'ar quel moyen la nature
assure8t8elle ce développement M 0’est, répond Want, par le conflit, par l’antaonisme entre
les hommes, qui prend sa source dans leur insocia%le socia%ilit$ /
Le mo$en dont se sert la nature pour mener % son terme le développement de toutes ses
dispositions est leur antagonisme dans la société# dans la mesure o& cet antagonisme finira
pourtant par 'tre la cause dun ordre réglé par des lois. F’entends ici par antaonisme
l’insociable sociabilité des hommes, c’est8à8dire leur penchant à entrer en société, lié
toutefois à une opposition énérale qui menace sans cesse de dissoudre cette société. Une
telle disposition est très manifeste dans la nature humaine. L’homme a une inclination à
s’associer, parce que dans un tel état il se sent plus qu’homme, c’est8à8dire qu’il sent le
développement de ses dispositions naturelles. >ais il a aussi un rand penchant à se séparer
9s’isoler< / en effet, il trouve en m"me temps en lui l’insociabilité qui fait qu’il ne veut tout
réler qu’à sa uise et il s’attend à provoquer partout une opposition des autres, sachant bien
qu’il incline lui8m"me à s’opposer à eu!. #r, c’est cette opposition qui éveille toutes les
forces de l’homme, qui le porte à vaincre son penchant à la paresse, et fait que, poussé par
l’appétit des honneurs, de la domination et de la possession, il se taille une place parmi ses
companons qu’il ne peut souffrir mais dont il ne peut se passer. -insi vont les premiers
véritables prorès de la rudesse à la culture, laquelle repose à proprement parler sur la valeur
sociale de l’homme A ainsi tous les talents sont peu à peu développés, le o?t formé, et m"me,
par le prorès des Lumières, commence à s’établir un mode de pensée qui peut, avec le
temps, transformer notre rossière disposition naturelle au discernement moral en principes
pratiques déterminés, et ainsi enfin transformer cet accord patholoiquement
G
e!torqué pour
l’établissement d’une société en un tout moral. .ans ces propriétés, certes en elles8m"mes
P
>onstre marin biblique, titre de l’ouvrae politique majeur de 1obbes et fiure de l’Etat dans sa philosophie.
Q
0’est8à8dire qu’il a la faculté de se perfectionner.
R
2ousseau, Discours sur lorigine de linégalité, ,
ère
partie.
G
* 'atholoique + sinifie / qui a pour principe quelque chose de passif. Un accord * patholoiquement
e!torqué + n’est pas librement consenti. 6l est l’7uvre de la nature 9des circonstances qui nous y forcent< et non
l’effet d’une décision raisonnable.
:
fort peu enaeantes, de l’insociabilité, d’oJ naBt l’opposition que chacun doit
nécessairement rencontrer à ses prétentions éoXstes, tous les talents resteraient cachés en
ermes pour l’éternité, dans une vie de berers d’-rcadie
:
, dans une concorde, un
contentement et un amour mutuel parfaits A les hommes, dou! comme les aneau! qu’ils
paissent, ne donneraient à leur e!istence une valeur uère plus rande que celle de leur bétail,
ils ne rempliraient pas le vide de la création quant à sa finalité, comme nature raisonnable. 6l
faut donc remercier la nature pour leur incompatibilité d’humeur, pour leur vanité qui en fait
des rivau! jalou!, pour leur désir insatiable de possession et m"me de domination O .ans cela,
toutes les e!cellentes dispositions naturelles qui sont en l’humanité sommeilleraient
éternellement sans se développer. L’homme veut la concorde A mais la nature sait mieu! ce
qui est bon pour son espèce / elle veut la discorde.
Want, Idée dune histoire universelle au point de vue cosmopolitique, N
e
proposition
La uerre et les conflits, conclut Want, dévoilent donc bien l’ordonnance d’un sae créateur
et non quelque chose comme la main d’un mauvais énie qui aurait Dché son manifique
ouvrae ou l’aurait Dté par jalousie. >ais surtout, et c’est la conclusion qui nous importe,
l’Etat est le moyen de développer l’humanité en dépassant ces conflits. - un premier niveau,
l’Etat national permet de mettre fin au! conflits internes 9du type uerre civile ou uerre de
reliion< et à faire réner la pai!, l’ordre et la justice dans le pays. - ce stade, il reste
néanmoins les uerres entre Etats qui e!priment l’antaonisme humain. - un deu!ième
niveau, l’édification d’un Etat supranational, par e!emple une .ociété des nations, permet de
dépasser cet antaonisme d’ordre supérieur en pacifiant les relations internationales et en
substituant les néociations et le commerce à la uerre. (ès la fin du I$666
e
siècle, Want a
ainsi imainé le développement d’institutions internationales comme la .ociété des nations,
lesquelles se sont effectivement développées depuis ,:,: 9création de la .d%, devenue
l’#%U en ,:NP< et continuent à se développer aujourd’hui 93>6, #>0, 0our 'énale
6nternationale<.
1eel développe considérablement cette philosophie quelque peu idéaliste qui voit dans
l’Etat l’incarnation de la justice, de la liberté et de l’éalité. En fait, pour 1eel toute l’histoire
consiste en un développement de l’6dée, ou 0oncept, ou 0onscience. La conscience humaine
universelle s’e!tériorise, s’objective en produisant des objets réels concrets, afin de mieu!
prendre conscience d’elle8m"me. 0e développement culmine avec la constitution de l’Etat,
institution par laquelle l’humanité réalise enfin l’idéal de justice qu’elle portait en elle depuis
toujours en se donnant une institution et une loi e!plicite. -vec l’Etat, l’ensemble de la vie
humaine se trouve oranisée rationnellement et justement par l’Esprit, par la 2aison. 0’est
merveilleu!, l’humanité atteint le summum. 1eel considère d’ailleurs que l’histoire s’est
terminée dès ,GTQ, quand %apoléon conquiert l’-llemane, y répandant les idéau!
révolutionnaires. 0ette * fin de l’histoire + 9au! deu! sens du mot fin / le but et le terme<
sinifie que désormais, les développements historiques seront insinifiants, ils n’apporteront
pas de nouveauté majeure du point de vue de la réalisation de la conscience humaine.
B. La force et la domination
#n peut adopter une attitude plus critique à l’éard de l’Etat, et montrer que loin d’"tre ou
de se réler sur une sorte de contrat et de réaliser la justice, il n’est jamais que l’e!pression
d’un rapport de force.
1. La guerre comme fiction );obbes+
Le modèle qui s’oppose tout naturellement à celui de 2ousseau est celui de 1obbes. 'our
1obbes, l’état de nature est un état de uerre civile car l’homme est un loup pour l’homme /
:
0ette e!pression désine la vie innocente mais vaine des pasteurs d’-rcadie 9réion de la Urèce ancienne dont
les poètes firent le séjour de l’innocence<.
,T
l’homme est fondamentalement belliqueu!. 'ar conséquent, si pacte il y a, c’est un pacte de
soumission de tous à un seul, et la monarchie ainsi instaurée est léitime, car elle permet au
moins de sortir de la uerre civile.
&. La guerre comme réalité de l,2tat )3eber: -oucault+
>ais il faut bien comprendre que la uerre civile joue che& 1obbes le r@le d’une fiction.
.on e!istence concrète n’est pas la question. 0’est simplement l’idée de uerre civile qui nous
montre, d’un point de vue purement théorique, que l’Etat, m"me monarchique, est léitime,
car il permet d’y échapper. #n peut aller plus loin et dire que cette violence e!iste réellement,
et surtout qu’elle ne disparaBt pas avec l’institution de l’Etat, mais qu’au contraire elle y
perdure à travers les institutions.
0’est d’abord ce que montre la définition réaliste de l’Etat donnée par le socioloue
allemand >a! Seber / il caractérise l’Etat comme l’institution qui détient le * monopole de la
violence physique léitime +
,T
par le contr@le des forces policières et militaires. * .’il
n’e!istait que des structures sociales d’oJ toute violence serait absente, le concept d’Etat
aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu’on appelle au sens propre l’YanarchieY. +
,,
>ais c’est surtout l’idée qu’a développée le philosophe franLais >ichel 3oucault 9,:;Q8
,:GN< / il suère de penser la société et l’Etat sur le modèle de la uerre, de la uerre
universelle, permanente et omniprésente. (ans cette perspective il ne s’ait plus du tout d’une
uerre fictive mais d’un ensemble de rapports de pouvoir conflictuels qui traversent
l’ensemble de la société et des institutions / lutte des classes, lutte des roupes sociau! les uns
contre les autres, lutte des partis, etc. Uuerre économique, uerre politique, uerre des se!es,
uerre des culturesC 3oucault propose ainsi de renverser la proposition du rand
éopoliticien allemand du I6I
e
siècle, 0arl von 0lauseZit&, qui disait que la uerre est la
continuation de la politique par d’autres moyens / il faudrait plut@t dire que c’est la politique
qui est la continuation de la uerre par d’autres moyens, car la politique n’est jamais qu’une
faLon raffinée, masquée, de faire la uerre
,;
.
1. La structure du droit
0oncluons par une petite analyse du droit. 0ar le droit, dans sa structure m"me, nous révèle
que son essence est la force, il repose essentiellement sur la force. En effet, dire qu’un
individu - a un droit, c’est dire que si un autre individu [ tente de l’emp"cher de faire
certaines actions, alors un troisième individu 0 9forces de l’ordre, jue< viendra annuler
l’action de [, et [ ne s’opposera pas à 0. Hout droit repose donc sur la force, la force concrète
des institutions étatiques qui assurent le respect de ce droit.
Hout droit n’est jamais que l’e!pression de l’Etat, donc d’un rapport de force, puisque
l’Etat est lui8m"me le produit d’un rapport de forces. Le droit vise donc seulement à réler un
rapport de force. 'ense& à ce qui se produit quand deu! individus passent un contrat. 'ar
e!emple, vous rencontre& un ami, et vous vous mette& d’accord sur certaines rèles d’action.
6l y a un rapport de forces entre vous, et vous édicte& des rèles parce que chacun veut bien,
temporairement, les respecter. .upposons que l’un des deu! rompe le contrat, qu’il y ait
conflit / vous vous batte&, l’un des deu! ane. L’autre se soumet, c’est8à8dire qu’un nouveau
contrat est passé, qui encode le nouveau rapport de force. -insi le droit semble e!clure la
force, mais il ne fait qu’e!clure la violence. 6l est loin de supprimer le rapport de force, il
repose au contraire sur ce rapport de force.
,T
>a! Seber, Le Savant et le politique, * Le métier et la vocation d’homme politique +, ,:,:.
,,
Ibid.
,;
>ichel 3oucault, Dits et écrits, 666, ,:RQ, \ ,GR.
,,
-u niveau étatique, cette structure se révèle par des * détails + comme les dispositions
juridiques relatives à l’état d’e!ception
,K
ou à la raison d’Etat. La raison d’Etat n’est rien
d’autre que la mise entre parenthèse du droit pour mieu! le conserver. L’Etat s’arroe le
* droit + d’enfreindre temporairement le droit si les institutions sont menacées.
-rticle ,Q
Lorsque les institutions de la 2épublique, l’indépendance de la nation, l’intérité de son
territoire ou l’e!écution de ses enaements internationau! sont menacés d’une manière
rave et immédiate et que le fonctionnement réulier des pouvoirs publics constitutionnels
est interrompu, le 'résident de la 2épublique prend les mesures e!iées par ces
circonstances, après consultation officielle du 'remier ministre, des présidents des
assemblées ainsi que du 0onseil constitutionnel.
6l en informe la %ation par un messae.
0es mesures doivent "tre inspirées par la volonté d’assurer au! pouvoirs publics
constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le 0onseil
constitutionnel est consulté à leur sujet.
Le 'arlement se réunit de plein droit.
L’-ssemblée nationale ne peut "tre dissoute pendant l’e!ercice des pouvoirs
e!ceptionnels.
Constitution fran(aise de )*+,
L’analyse réaliste et positive du droit montre clairement qu’il repose sur la force, il est la
codification et le rélae d’un rapport de force. (e là à affirmer que le droit n’est rien d’autre
que la loi du plus fort, un instrument juridico8économique au service des dominants, il n’y a
qu’un pas. >ar! a franchi ce pas. -vant d’aborder le mar!isme, une dernière remarque / dire
que le droit est l’e!pression de la domination étatique ne suffit pas à déterminer si le droit est
juste ou non / il faut encore rearder comment fonctionne l’Etat et comment il prend ses
décisions et détermine la loi. .i l’Etat est démocratique, il se peut tout à fait que le droit, tout
en étant l’émanation de l’Etat, soit juste, car l’Etat est alors une force constituée par
l’aréation des volontés individuelles. L’Etat constitue alors en quelque sorte la force des
faibles, et peut les protéer des forts, des riches, par la loi. * Entre le fort et le faible, entre le
riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère. +
,N
'our >ar! au contraire,
l’Etat est au service de la classe dominante = les boureois =, et il vise à maintenir leur
domination économique.
000. Le mar%isme
A. La p#ilosop#ie de $ar%
1. Le matérialisme dialectique
0omme 1eel 9dont il s’inspire beaucoup<, >ar! a une vision dialectique de l’histoire / il
considère que ce sont les antaonismes qui font avancer les choses et constituent le moteur de
l’histoire. (’autre part, >ar! est matérialiste 9contrairement à 1eel qui est idéaliste<. La
philosophie de l’histoire de >ar! est donc un mat$rialisme dialecti"ue.
&. 0nfrastructure et superstructure
(ans toute société on peut distinuer une inrastructure et une superstructure.
L’infrastructure désine la société dans sa dimension matérielle / il s’ait essentiellement des
,K
La structure de l’état d’e!ception est analysée par Uiorio -amben. 0f. anne!e pour plus de détails.
,N
3élicité de Lamennais 9,RG;8,GPN<. 'r"tre, écrivain et député. (’abord libéral catholique, il évolue vers un
humanitarisme socialisant et mystique.
,;
forces de productions / moyens de transport, infrastructures, usines, machines, techniques, etc.
La superstructure est l’oranisation de la société 9rapports de production< et l’imae qu’elle a
d’elle8m"me 9idéologie< / l’Etat, le droit, la reliion, l’éducation, l’art et la philosophie sont
les éléments principau! de la superstructure.
#n peut critiquer cette distinction en montrant qu’infrastructure et superstructure ne
peuvent pas "tre complètement dissociées / l’appareillae technique est inséparable des
connaissances scientifiques, et les forces de production dépendent de l’oranisation du travail,
donc des lois de propriété.
1. L,infrastructure détermine la superstructure
La thèse fondamentale de >ar! est que l’infrastructure détermine la superstructure. La
superstructure n’est qu’un épiphénomène
,P
, un reflet de l’infrastructure. L’oranisation de la
société et sa conscience d’elle8m"me 9idéoloie< sont déterminées par la réalité matérielle et
technique de cette société. 'ar e!emple, la superstructure du >oyen -e = Etat monarchique
et reliion chrétienne léitimant l’oranisation sociale hiérarchique et inéalitaire = n’est que
le produit des conditions économiques et techniques de l’époque 9monde aricole sans
infrastructure développée<.
(ans cette vision des choses, l’Etat n’est qu’un instrument au service de la classe
dominante. La domination politique ne fait que refléter et perpétuer une domination
économique. 'ar e!emple, la classe boureoise économiquement dominante accomplit la
révolution 9,RG:< et met en place un Etat démocratique libéral et une idéoloie laXque
individualiste / l’Etat assure le bon fonctionnement du système capitaliste 9en assurant le
respect du droit de propriété, qui fiure dans la (éclaration des droits de l’homme et du
citoyen de ,RG:< et l’idéoloie des droits de l’homme assure la léitimation de l’ensemble du
système, c’est8à8dire qu’elle joue e!actement le r@le que jouait la reliion chrétienne dans la
société d’-ncien réime.
(e manière plus énérale, comme dans les schémas niet&schéens et freudiens, >ar! opère
un rand renversement qui invite à penser la conscience à partir de l’inconscient. 6l faut
e!pliquer la faLon de penser des hommes par les rapports sociau!. * 0e n’est pas la
conscience des hommes qui détermine leur e!istence, c’est au contraire leur e!istence sociale
qui détermine leur conscience. +
,Q
4. La lutte des classes
Entrons maintenant un peu plus dans les détails. L’idée de dialectique sinifie que ce sont
les contradictions dans l’"tre qui sont à l’oriine du prorès historique. (ans le cas de
l’histoire humaine, ces contradictions sont les antaonismes sociau!. #n retrouve ici
l’héritae de Want 9insociable sociabilité< et de 1eel 9dialectique du maBtre et de l’esclave<.
>ar! s’inspire aussi de l’école historique franLaise, dont il reprend l’idée de lutte des classes,
dont il fait le paradime de l’antaonisme social moteur du développement historique de la
société.
0e concept recouvre deu! contradictions. 4,5 (’une part, la contradiction entre les forces
de production et les rapports de production. Les orces de production sont les moyens
humains et techniques 9infrastructures, usines, machines< dont dispose la société pour
satisfaire ses besoins économiques. Les rapports de production sont les rapports de propriété
9qui possède quoi< et le système de distribution des revenus. Les forces de production se
développent au cours de l’histoire 9découvertes scientifiques, innovations technoloiques<. 6l
arrive un point oJ le rapport de production n’est plus adapté au! nouvelles forces productives
et entrave leur développement. En particulier, la répartition des revenus ne suit pas la hausse
,P
'hénomène sans influence causale, c’est8à8dire sans conséquences.
,Q
'réface à la Critique de léconomie politique, ,GP:.
,K
de la puissance de production. #n passe alors 9par une révolution< à un nouveau rapport de
production, c’est8à8dire à une nouvelle oranisation des rapports de propriété et de
distribution des revenus qui favorise le développement des nouvelles forces de production.
'ar e!emple, la révolution franLaise de ,RG: permet de passer d’un ancien rapport de
production 9système féodal, privilèes des aristocrates, etc.< à un nouveau rapport de
production 9système économique individualiste, éalitaire, libéral< mieu! adapté au
développement des forces productives.
4;5 (’autre part, il y a aussi une contradiction entre la croissance des richesses et
l’aravation de la misère du plus rand nombre. 'lus précisément, deu! tendances travaillent
le système capitaliste / la prolétarisation 9appauvrissement des classes moyennes, qui
deviennent des prolétaires< et la paupérisation 9les prolétaires sont de plus en plus pauvres<.
0ombinées, ces deu! contradictions mènent la société à une crise révolutionnaire. Les
révolutions ne sont donc pas des accidents mais des nécessités historiques.
5. La t#éorie de la valeur et de l,e%ploitation
>ar!, économiste classique, défend une théorie de la valeur8travail / la valeur d’échane
d’une marchandise est proportionnelle à la quantité de travail social moyen incluse en elle.
9Le pri! réel oscille autour de la valeur. 'our qu’une chose ait de la valeur il faut une
demande.< >ar! a élaboré cette théorie de la valeur8travail car la quantité de travail est le seul
élément quantifiable que l’on trouve dans la marchandise. La valeur d’usae est un concept
rioureusement qualitatif / on ne peut comparer l’usae d’un stylo et celui d’une bicyclette.
La valeur du travail se mesure comme la valeur de n’importe quelle marchandise / le
salaire est la quantité de travail social nécessaire pour survivre, c’est8à8dire la quantité de
travail nécessaire à produire les biens de consommations 9loement, nourriture, etc.<
nécessaires à la survie d’un ouvrier. Le problème est que cette quantité de biens nécessaire
n’est pas quantifiable car elle dépend des m7urs 9>ar! le reconnaBt<.
Le développement du machinisme et la division du travail, en faisant perdre au travail de
l]ouvrier tout caractère d]autonomie, lui ont fait perdre tout attrait. Le producteur devient un
simple accessoire de la machine, on n]e!ie de lui que l]opération la plus simple, la plus
monotone, la plus vite apprise. 'ar conséquent, ce que co?te l]ouvrier se réduit, à peu de
chose près, au co?t de ce qu]il lui faut pour s]entretenir et perpétuer sa descendance. #r, le
pri! du travail, comme celui de toute marchandise, est éal à son co?t de production. (onc,
plus le travail devient répunant, plus les salaires baissent.
>ar! et Enels, Manifeste du Parti communiste, ,GNG
Le temps de travail nécessaire pour produire la valeur que l’ouvrier reLoit est inférieur à la
durée effective du travail. 'ar e!emple, un ouvrier travaille ,; heures par jour alors que pour
produire la quantité de biens dont il a besoin quotidiennement, il suffirait de Q heures de
travail. (e plus, il est payé seulement pour acheter ces biens nécessaires / il n’est donc payé
que Q heures de travail. Le reste constitue la plus8value, empochée par le capitaliste qui
possède l’entreprise.
(. La t#éorie de l,aliénation
>ar! reprend le concept d’aliénation de 1eel, mais il lui fait subir une transformation
telle qu’on peut le considérer comme le véritable inventeur du concept actuel d’aliénation.
0he& 1eel, l’esprit s’aliène 9devient autre, devient étraner à lui8m"me< dans ses 7uvres, se
projette hors de soi. -u terme d’aliénations successives, l’esprit rentre en possession de
l’ensemble de ses 7uvres, de son passé 9dans la conscience de l’homme qui comprend enfin
son histoire<.
,N
0he& >ar!, l’aliénation désine un processus socioloique et économique. L’aliénation
économique se fait sous deu! modes / avec la propriété privée des moyens de production, le
travail devient un simple instrument, un moyen de vivre. Le travailleur ne possède plus le
produit de son travail et n’est m"me plus maBtre de son travail. 6l est asservi à la machine et au
capitaliste.
,R
Les entrepreneurs aussi sont aliénés car les marchandises qu’ils font produire
visent le bénéfice et non la satisfaction directe / l’entrepreneur est esclave du marché.
- cela il faut encore ajouter l’aliénation intrinsèque de l’échane / c’est ce que >ar!
appelle le $tic!isme de la marchandise. (ans une marchandise 9par e!emple, un objet
technique, un ordinateur ou un téléphone portable<, on ne voit que la matière, et on croit que
la valeur de la marchandise est une propriété de l’objet * en soi +, inhérente à l’objet. -lors
qu’en réalité la valeur de l’objet vient de ce qu’il contient une certaine quantité de travail
humain. 6l n’y a pas de valeur * en soi + dans les objets, toute valeur marchande vient de ce
qu’un rapport social se noue entre "tres humains, entre travailleurs, par l’intermédiaire de la
monnaie. La valeur d’une paire de bas)ets, c’est le travail des enfants asiatiques qui l’ont
cousue. 'our >ar!, ce fétichisme culmine pour la monnaie / on pense qu’elle a une valeur en
soi, une valeur * maique + 9d’oJ l’idée de * fétiche +<, alors qu’en réalité elle n’a de valeur
que dans la mesure oJ elle est le s$mbole du travail humain.
>ar! dénonce éalement, après 3euerbach, l’aliénation reliieuse, qui pendant plusieurs
siècles a fait reluire au! yeu! des hommes un paradis afin de mieu! les convaincre que la terre
devait rester un enfer oJ ils avaient le devoir de travailler et de souffrir pour e!pier la faute du
péché oriinel. Le mar!isme est un athéisme.
!. L,#istoire selon $ar% 7 l,utopie communiste
>ar! distinue quatre réimes économiques 9* modes de production +< / asiatique
9subordination de tous les travailleurs à l’Etat<, antique 9esclavae<, féodal 9servae<,
boureois 9salariat<. Le modèle asiatique constitue un aboutissement possible du réime
occidental 9Lénine crainait une telle évolution<.
>ar! prévoit que le système capitaliste ne survivra pas à ses crises 9pour les raisons
sociales évoquées ci8dessus, et aussi en raison du déclin du tau! de profit, qu’il croit
inéluctable<. - la lutte entre boureois et aristocrate soldée par la révolution boureoise de
,RG: succède une lutte entre prolétaires et boureois qui débouchera sur une révolution
communiste.
(ans le système communiste, le développement des moyens techniques sera tel que
l’abondance rènera. 'ar conséquent le travail ne sera plus une contrainte / chacun travaillera
selon ses capacités, et chacun recevra selon ses besoins. UrDce à cette abondance, il n’y aura
plus de propriété privée, donc plus de vols ni de délinquance 9car la délinquance naBt de la
misère économique<. L’Etat sera donc devenu inutile, et il disparaBtra, et avec lui la police et
l’armée. L’homme aura enfin atteint son épanouissement, il vivra heureu!, travaillant à
plusieurs tDches par jour en fonction de ses envies / menuisier le matin, cuisinier à midi, poète
le soirC
La révolution prolétaire et l’avènement du communisme sont nécessaires et inéluctables,
bien qu’on ne puisse dire quand ils se produiront. #n touche ici à la dimension téléoloique
9qui concerne la fin, le but, le terme< et idéoloique du mar!isme. >ar! avait pleinement
conscience de cela, et il concevait que le philosophe devait favoriser l’avènement du
communisme. * Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières,
mais il s’ait désormais de le transformer. + 9,,
e
thèse sur 3euerbach<
,R
0harlie 0haplin a donné une illustration maistrale et canonique de cette aliénation dans Les -emps modernes.
,P
.. Les suites du mar%isme
Le moins que l’on puisse dire, c’est que malré le caractère utopiste de cette philosophie,
elle a connu une importance historique inéalée. Le mar!isme est rapidement devenu la
matrice du socialisme et du communisme. 'arado!alement, il est alors devenu une idéoloie,
tombant dans de nombreu! travers qu’il dénonce concernant l’idéoloie reliieuse ou
boureoise / par e!emple, l’affirmation de la nécessité historique de l’avènement du
communisme a contribué à rendre les militants peu actifs, si bien qu’on peut m"me dire, dans
certains pays comme la 3rance, que le parti communiste a constitué de fait une force
réactionnaire, elant un quart ou un tiers des voi! au! élections, lesquelles auraient pu
contribuer à élire des ouvernements réformistes de auche qui auraient accéléré le
développement du socialisme dans le pays.
La révolution russe d’octobre ,:,R semble confirmer la prédiction mar!iste. $ladimir
6llich #ulianov, dit Lénine, avait amendé le mar!isme pour produire une nouvelle doctrine, le
mar!isme8léninisme, dans lequel il introduit notamment l’idée de la nécessité d’une dictature
du prol$tariat provisoire pour mener au communisme effectif. 0e qu’il est essentiel de arder
à l’esprit, c’est que l’U.2..... n’a jamais prétendu avoir atteint le communisme / avant son
effondrement, dans les années ,:GT, on estimait qu’il faudrait encore plus de cinquante ans
avant d’atteindre le communisme véritable, qui se caractérise, rappelons8le, par la disparition
de l’Etat. 6l faut donc bien distinuer la critique du réime soviétique de ,:,R à ,:G: de la
critique de l’utopie communiste telle que >ar! l’a conLue.
B. 'uelques critiques de la t#éorie mar%iste
1. Les critiques de 8aymond Aron
#n peut faire de très nombreuses critiques du système mar!iste. 2aymond -ron
,G
en
fournit un bon nombre.
,:
.a critique essentielle est peut8"tre celle8ci / la boureoisie d’-ncien
réime n’est pas le prolétariat des I6I
e
et II
e
siècles. Le prolétariat ne joue pas de r@le
priviléié, il ne crée rien de nouveau et se contente d’e!écuter. (’ailleurs Lénine et ses
acolytes n’appartiennent pas au prolétariat. -ssimiler la montée du prolétariat à la montée de
la boureoisie, c’est selon -ron l’erreur centrale de toute la vision mar!iste de l’histoire.
Une autre rande critique de 2aymond -ron porte sur la disparition de l’Etat. 0’est là,
selon lui, la conception socioloique de >ar! la plus aisément réfutable. Euel que soit le
deré de développement économique d’une société, il faut toujours administrer et oraniser =
sauf en cas d’abondance absolue.
&. La société primitive )5ierre Clastres+
'ierre 0lastres est un anthropoloue franLais anarchiste qui a publié dans les années ,:QT
et ,:RT. 6l se base principalement sur l’étude des sociétés primitives et montre que ces
sociétés ne sont pas sans Etat par défaut et inorance, mais qu’elles sont au contraire
oranisées contre l’émerence d’un pouvoir autonome. (ans les sociétés sud8américaines
qu’il étudie, le chef n’a aucun pouvoir / il a seulement du prestie, qui fait que l’on fait appel
à lui pour essayer de réler les conflits. 0’est le chef qui est au service de la société plut@t que
l’inverse. 9L’e!emple célèbre de Uéronimo illustre ce fait / Uéronimo n’était suivi que si la
tribu voulait se vener.<
En réalité, le pouvoir ne peut pas apparaBtre dans la société primitive. 'our qu’il
apparaisse, il faut d’abord que la communauté soit dissoute suite à une crise ou à une
e!pansion démoraphique 9on retrouve là une thèse proche de celle de (ur)heim<. Et il n’y a
,G
Urand philosophe et socioloue franLais du II
e
siècle, contemporain de .artre mais plut@t du centre droit.
,:
2aymond -ron, Les .tapes de la pensée sociologique, 6, K. Le chapitre de ce livre consacré à >ar! constitue
d’ailleurs une e!cellente introduction au mar!isme, que je vous recommande si vous voule& en savoir plus.
,Q
pas d’accumulation économique non plus dans ces sociétés, bien qu’elles vivent parfois dans
l’abondance et sans une rande quantité de travail quotidien 9dans les sociétés étudiées, le
temps quotidien de travail est inférieur à N h par jour<. L’accumulation économique n’apparaBt
donc pas spontanément. 0’est contraire à l’idée de >ar!, selon qui c’est la croissance
économique des sociétés primitives qui a mené à l’émerence du premier Etat. 0lastres réfute
au contraire cette idée que le politique est déterminé par l’économique. .elon lui c’est
e!actement l’inverse / * La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation
économique d’e!ploitation. +
;T
Euand l’économie se laisse repérer comme champ autonome
et que le travail devient un travail aliéné par les dominants qui vont en jouir, c’est que la
société n’est plus primitive et qu’elle a cessé d’e!orciser ce qui va la tuer / le pouvoir et le
respect du pouvoir. La division majeure, qui fonde toutes les autres, est la division verticale
entre la base et le sommet.
0lastres ajoute des e!emples pour réfuter l’idée mar!ienne d’une détermination de la
superstructure par l’infrastructure / sur le continent américain, on observe par e!emple parfois
une m"me superstructure pour des infrastructures différentes 9des sociétés d’ariculteurs
sédentaires et des sociétés de chasseurs8p"cheurs8cueilleurs nomades ou sédentaires ont des
superstructures identiques<. 2éciproquement, on observe parfois qu’une m"me infrastructure
* produit + des superstructures différentes / les sociétés méso8américaines, à Etat, impériales,
ont la m"me infrastructure aricole que les tribus sauvaes de la for"t tropicale.
1. Le r<le de la religion )$a% 3eber+
>a! Seber, rand socioloue allemand de la fin du I6I
e
et du début du II
e
siècle, a
apporté une critique majeure de la socioloie mar!iste, qui est pourtant un des points les plus
solides et féconds du mar!isme. 6l montre le r@le capital joué par la reliion protestante dans
l’émerence du capitalisme européen. En ,NNT, Uutenber invente l’imprimerie. Euelques
décennies plus tard, cette innovation technique se traduit par une innovation culturelle
majeure / la 2éforme, emmenée par Luther et 0alvin, qui fondent le protestantisme
9l’imprimerie rend possible la lecture de la [ible par chacun, et donc un rapport direct et
personnel à (ieu<.
La 2éforme introduit une pratique beaucoup plus austère et rioureuse de la reliion
chrétienne. L’ascèse monacale est en quelque sorte étendue à l’ensemble des croyants, qui
doivent l’appliquer dans leur vie quotidienne. Les 'rotestants introduisent l’idée selon
laquelle notre devoir sur terre est de sanctifier l’7uvre de (ieu 9le monde< par le travail en la
faisant fructifier. 6l faut donc travailler et réinvestir constamment le produit de son travail 9et
non pas le consommer pour en jouir<, d’autant plus que le succès social et professionnel
constitue un sine de l’élection divine. L’éthique protestante produit donc un esprit capitaliste
qui va permettre, peu à peu, l’accumulation du capital, le développement économique et
technoloique. .i bien qu’on peut renverser le schéma mar!iste, et affirmer que c’est la
superstructure qui détermine l’infrastructure, ou au moins qu’il e!iste des influences
réciproques entre infrastructure et superstructure.
0=. L,analyse de l,2tat contemporain
A. $odernité et péril totalitaire )*ocqueville+
(ès le I$666
e
siècle, (iderot nous mettait en arde contre l’illusion du despotisme éclairé /
Le ouvernement arbitraire d’un prince juste et éclairé est toujours mauvais. .es vertus sont
la plus danereuse et la plus s?re des séductions / elles accoutument insensiblement un
;T
'ierre 0lastres, La Société contre l.tat, chap. ,,, p. ,Q:.
,R
peuple à aimer, à respecter, à servir son successeur quel qu’il soit, méchant ou stupide. 6l
enlève au peuple le droit de délibérer, de vouloir ou ne vouloir pas, de s’opposer m"me à sa
volonté, lorsqu’il ordonne le bien A cependant ce droit d’opposition, tout insensé qu’il est, est
sacré / sans quoi les sujets ressemblent à un troupeau dont on méprise la réclamation, sous
préte!te qu’on le conduit dans de ras pDturaes. En ouvernant selon son bon plaisir, le
tyran commet le plus rand des forfaits. Eu’est8ce qui caractérise le despote M est8ce la bonté
ou la méchanceté M %ullement A ces deu! notions n’entrent pas seulement dans sa définition.
0’est l’étendue et non l’usae de l’autorité qu’il s’arroe. Un des plus rands malheurs qui
p?t arriver à une nation, ce seraient deu! ou trois rènes d’une puissance juste, douce,
éclairée, mais arbitraire / les peuples seraient conduits par le bonheur à l’oubli complet de
leurs privilèes, au plus parfait esclavae. Fe ne sais si jamais un tyran et ses enfants se sont
avisés de cette redoutable politique A mais je ne doute aucunement qu’elle ne leur e?t réussi.
>alheur au! sujets en qui l’on anéantit tout ombrae sur leur liberté, m"me par les voies les
plus louables en apparence. 0es voies n’en sont que plus funestes pour l’avenir. 0’est ainsi
que l’on tombe dans un sommeil fort dou!, mais dans un sommeil de mort, pendant lequel le
sentiment patriotique s’éteint, et l’on devient étraner au ouvernement de l’Etat. .uppose&
au! -nlais trois Elisabeth
;,
de suite, et les -nlais seront les derniers esclaves d’Europe.
(iderot, Réfutation d/elvétius, ,RRP
La modernité constitue une transformation fulurante et sans précédent des sociétés. -le!is
de Hocqueville, qui a vécu cette transition au I6I
e
siècle, avait pleinement conscience des
enjeu! et des risques portés en erme par cette vaste révolution sociale et politique. (ans des
essais visionnaires, il prévoit les rands risques que les nouveau! idéau! démocratiques et
éalitaires feront courir au! hommes, en supprimant toute hiérarchie et en atomisant la
société, produisant des individus préoccupés de leur seul bonheur particulier /
Fe veu! imainer sous quels traits nouveau! le despotisme pourrait se produire dans le
monde / je vois une foule innombrable d’hommes semblables et éau! qui tournent sans
repos sur eu!8m"mes pour se procurer de petits et vulaires plaisirs, dont ils emplissent leur
Dme. 0hacun d’eu!, retiré à l’écart, est comme étraner à la destinée de tous les autres / ses
enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine A quant au demeurant
de ses concitoyens, il est à c@té d’eu!, mais il ne les voit pas A il les touche et ne les sent
point A il n’e!iste qu’en lui8m"me et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut
dire du moins qu’il n’a plus de patrie.
-u8dessus de ceu!8là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se chare seul
d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. 6l est absolu, détaillé, réulier, prévoyant
et dou!. 6l ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de
préparer les hommes à l’De viril A mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fi!er
irrévocablement dans l’enfance A il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne
sonent qu’à se réjouir. 6l travaille volontiers à leur bonheur A mais il veut en "tre l’unique
aent et le seul arbitre A il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite
leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirie leur industrie, rèle leurs successions,
divise leurs héritaes A que ne peut8il leur @ter entièrement le trouble de penser et la peine de
vivre M
-le!is de Hocqueville, De la démocratie en 0mérique 9,GNT<, t. 66, 6$
e
partie, chap. $6
0ette prédiction se réalise peu à peu. >ichel 3oucault en fait le dianostic, introduisant
pour cela le concept de biopouvoir.
B. L,émergence du biopouvoir )-oucault+
La caractérisation de l’Etat contemporain esquissée ici à rands traits concerne à la fois les
notions d’Etat, d’histoire, de justice et de droit. 0e dianostic voit dans l’Etat contemporain
;,
6l s’ait d’Elisabeth ,
ère
9,PKK8,QTK<, reine d’-nleterre de ,PPG à ,QTK.
,G
l’avènement d’une nouvelle forme de pouvoir / le %iopou#oir, ou pouvoir sur la vie. Listons
quelques évolutions qui ont marqué les trois derniers siècles /
1. >e la loi ? la norme
-u niveau juridique / passae de la loi à la norme. .imultanément, depuis que la
socioloie e!iste et permet à l’homme d’envisaer sa société comme une population, c’est8à8
dire un objet d’investiation scientifique réi par des lois, les délinquants sont de plus en plus
considérés comme des déviants, des malades. #n découvre les causes de la délinquance /
misère sociale et économique, séréation urbaine et humaine, traumatismes psychiques en
tous enres, etc. 6l ne s’ait alors plus tant de punir que de soigner. Les fiures du médecin et
du pompier se substituent peu à peu à celle du policier.
(’une conception morale et reliieuse du système juridique, de la loi et du chDtiment, on
passe à une conception séculière, qui ne repose plus sur une reliion ni m"me sur une morale,
mais surtout sur une e!ience pratique de sécurité et de bon fonctionnement de la société. 6l
ne faut pas enfermer l’individu parce qu’il a commis une * faute morale +, mais simplement
parce qu’il présente un risque ou un daner pour les autres individus. Et la sanction peut aussi
protéer les individus en valant comme e!emple dissuasif pour les futurs délinquants
potentiels. Une preuve typique de cette évolution est donnée par la suppression des chDtiments
corporels 9torture, travau! forcés, peine de mort< au profit du seul enfermement.
* (ésormais la sécurité est au8dessus des lois +
;;
et au8dessus de la léitimité, car elle
prétend "tre la source de toute léitimité. Un e!emple frappant de cette évolution est donné
par l’idée actuelle de ne pas libérer un pédophile qui, bien qu’ayant puré sa peine de prison,
présente néanmoins toujours un risque et refuse de se soiner. Le ouvernement actuel
envisae de pouvoir maintenir en prison de tels individus, c’est8à8dire de renverser
complètement un principe fondamental du droit en les punissant par avance, pour une faute
qu’ils pourraient commettre. 0et e!emple nous montre à quel point nous sommes proches de
la fiction imainée par .teven .pielber dans Minorit$ Report, un film avec Hom 0ruise oJ la
police * pre1crime + détecte les délits avant m"me qu’ils ne soient commis et arr"te les
délinquants quelques secondes avant qu’ils ne passent à l’acte.
#n pourrait encore verser au dossier la énéralisation de l’état d’e!ception 9notamment en
3rance, avec les divers * plans viipirates + qui finissent par constituer la norme, et au! ^tats8
Unis, avec le * Patriot 0ct + qui supprime de nombreuses libertés individuelles, à chaque fois
au nom de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme<. Le droit se montre pour ce qu’il est /
la simple codification d’un rapport de force que l’on peut toujours supprimer si le rapport de
force en question se sent menacé.
&. >e la peine de mort ? l,assistance publique
-vec l’Etat providence et l’assistance que l’Etat bienveillant se propose d’apporter à
chacun apparaBt une dimension essentielle du biopouvoir. -lors que l’ancien système faisait
mourir 9le hors8la8loi< ou laissait vivre 9celui qui n’a rien fait<, le rapport se renverse peu à
peu, et le système contemporain d’assistance fait vivre 9celui qui entre dans le ran, s’affilie
au! divers oranismes et leur paye son tribut, etc.< en fournissant une assistance continuelle et
de plus en plus indispensable, et laisse mourir 9ceu! qui restent en dehors du système /
clandestins, non affiliés, non assurés, etc.<.
1. >u gouvernement ? la gestion
-insi, au paradime du gou#ernement 9du ouvernail qui dirie le bateau< succède le
paradime de la cy%ern$ti"ue 9estion d’un système par l’information et le contr@le<. La
;;
>ichel 3oucault affirmait cela dès ,:RR, en voyant une manifestation arbitrairement interdite par la police
pour des raisons de sécurité. Dits et écrits, 666, \ ;,,.
,:
société contemporaine est de plus en plus une société de contr@le. -u modèle politique du
ouvernement 9qui se place dans la dimension de la morale et de la vérité< succède un modèle
estionnaire qui se place dans la dimension de l’efficacité, de l’économie et de la technique.
L’évolution actuelle du ouvernement offre encore une fois un bon e!emple de cette
évolution avec l’introduction de la * culture du résultat + et l’importation de méthodes propres
à l’entreprise qui montrent bien s?r quel modèle se reconfiure l’Etat. Le métier du politique
ne se conLoit plus sur le modèle du débat d’idées à l’-ssemblée nationale avec envolées
lyriques, faLon $ictor 1uo, mais sur le modèle un peu moins romantique mais sans doute
beaucoup plus efficace du manager 9estionnaire, en franLais<.
Le libéralisme économique et politique du I6I
e
siècle a définitivement pris fin en ,:;: et
en ,:K:, quand on s’est rendu compte qu’il fallait assurer les conditions de la liberté
économique par une intervention adéquate de l’Etat et les conditions du bon fonctionnement
de la démocratie par des méthodes sans cesse moins démocratiques 9pense& au! divers
dispositifs antidémocratiques mis en place par la démocratie pour conjurer l’élection d’un
nouvel 1itler, c’est8à8dire l’arrivée au pouvoir de tout parti non démocratique<. (epuis ,:NP,
le paradime n’est plus du tout celui du libéralisme ni de la démocratie 9contrairement à ce
que croient ceu! qui s’effraient du retour du * néo8libéralisme + et ceu! qui continuent à
penser dans le cadre de l’hypothèse démocratique, que ce soit pour la défendre ou la
critiquer<, mais celui d’une estion qui n’est ni libérale ni démocratique mais technocratique.
La fiure symbolique qui illustre cette nouvelle situation n’est pas non plus celle du
patriarcat dénoncé par certaines féministes quelque peu attardées, mais bien celle d’un
matriarcat déjà larement en place et en e!pansion rapide à travers toutes sortes de dispositifs
qui apparentent l’Etat à une infirmière bienveillante. Le poète, comme toujours, avait compris
cela avant le philosophe /
L’avenir de l’homme est la femme.
Louis -raon, Le 2ou d.lsa 9,:QK<
4. Le panoptique
Une imae plus concrète qui résume le fonctionnement de la société de contr@le
contemporaine est celle du panopti"ue. Un philosophe utilitariste
;K
anlais du I6I
e
siècle,
Feremy [entham, avait imainé cette innovation architecturale pour constituer une prison
idéale, qui nécessiterait très peu de ardiens parce qu’on pourrait tout voir depuis un seul
point 9d’oJ le nom de panoptique / tout voir<. >ichel 3oucault décrit et analyse cette
invention /
- la périphérie un bDtiment en anneau A au centre, une tour A celle8ci est percée de lares
fen"tres qui ouvrent sur la face intérieure de l’anneau A le bDtiment périphérique est divisé en
cellules, dont chacune traverse toute l’épaisseur du bDtiment A elles ont deu! fen"tres, l’une
vers l’intérieur, correspondant au! fen"tres de la tour A l’autre, donnant sur l’e!térieur, permet
à la lumière de traverser la cellule de part en part. 6l suffit alors de placer un surveillant dans
la tour centrale, et dans chaque cellule d’enfermer un fou, un malade, un condamné, un
ouvrier ou un écolier. 'ar l’effet du contre8jour, on peut saisir de la tour, se découpant
e!actement sur la lumière, les petites silhouettes captives dans les cellules de la périphérie.
-utant de caes, autant de petits théDtres, oJ chaque acteur est seul, parfaitement
individualisé et constamment visible 9C<. 0hacun, à sa place, est bien enfermé dans une
cellule d’oJ il est vu de face par le surveillant, mais les murs latérau! l’emp"chent d’entrer en
contact avec ses companons. 6l est vu, mais il ne voit pas A objet d’une information, jamais
sujet dans une communication. La disposition de sa chambre, en face de la tour centrale, lui
;K
L’utilitarisme est la doctrine morale selon laquelle la bonne action est celle qui apporte la plus rande quantité
de bonheur pour le plus rand nombre d’individus. L’utilitarisme considère donc les conséquences de l’acte pour
décider de sa valeur morale, et s’oppose au! éthiques du devoir 9reliieuses, )antiennes< qui prescrivent et
interdisent certains actes, indépendamment de leurs conséquences possibles.
;T
impose une visibilité a!iale A mais les divisions de l’anneau, ces cellules bien séparées
impliquent une invisibilité latérale. Et celle8ci est arantie de l’ordre. .i les détenus sont des
condamnés, pas de daner qu’il y ait complot, tentative d’évasion collective, projets de
nouveau! crimes pour l’avenir, mauvaises influences réciproques A si ce sont des malades,
pas de daner de contaion A des fous, pas de risque de violences réciproques A des enfants,
pas de copiae, pas de bruit, pas de bavardae, pas de dissipation. .i ce sont des ouvriers, pas
de ri!es, pas de vols, pas de coalitions, pas de ces distractions qui retardent le travail, le
rendent moins parfait ou provoquent des accidents. La foule, masse compacte, lieu
d’échanes multiples, individualités qui se fondent, effet collectif, est abolie au profit d’une
collection d’individualités séparées. (u point de vue du ardien, elle est remplacée par une
multiplicité dénombrable et contr@lable A du point de vue des détenus, par une solitude
séquestrée et reardée.
(e là, l’effet majeur du 'anoptique / induire che& le détenu un état conscient et permanent
de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir. 3aire que la surveillance
soit permanente dans ses effets, m"me si elle est discontinue dans son action A que la
perfection du pouvoir tende à rendre inutile l’actualité de son e!ercice A que cet appareil
architectural soit une machine à créer et à soutenir un rapport de pouvoir indépendant de
celui qui l’e!erce A bref que les détenus soient pris dans une situations de pouvoir dont ils
sont eu!8m"mes les porteurs.
>ichel 3oucault, Surveiller et punir, ,:RP
$oilà pourquoi votre lycée ressemble à une prison O 'arce que cest une prison. -vec la
modernité technique et la sécularisation, avec la prise de conscience du fait que l’homme est
objet de savoir et de science, et donc qu’il est un matériau comme n’importe quel autre,
apparaBt la similitude essentielle des diverses institutions que sont l’école, la prison, l’h@pital
et l’usine / des lieu! destinés à assurer le bon fonctionnement de la société. Euand cette
identité devient consciente et e!plicite, les métiers de professeur, ardien, policier, médecin et
patron tendent à fusionner, au8delà des spécificités techniques qui restent propres à chaque
type de contrainte, dans un m"me travail de estion et de contr@le, de production d’individus
sains et inoffensifs.
Conclusion
Eue dire de plus M .i, d’une manière énérale, nous analysons l’évolution des systèmes
politiques occidentau!, force est de reconnaBtre que l’hypothèse démocratique est dépassée.
0e n’est absolument pas le peuple, et encore moins les partis politiques, qui font la politique
d’un pays. 0ette estion politique est de plus en plus le fait d’une technocratie et d’une
bureaucratie, c’est8à8dire de spécialistes qui apportent des solutions techniques à des
problèmes techniques. 6l est manifeste que depuis ,:G, tous les ouvernements, déjà peu
différents à l’oriine, se sont mis à pratiquer des politiques qui ne se distinuent uère que
dans le choi! des moyens et qui converent de plus en plus. La politique n’avait peut8"tre de
sens que dans le cadre idéoloique des deu! siècles précédents, dans la période qui s’ouvre en
,RG: 9c’est là qu’apparaBt la distinction entre la auche et la droite< et qui se cl@t en ,:G:.
Anne%e
'uelques idées supplémentaires
L,état d,e%ception )Agamben+
Le philosophe italien contemporain Uiorio -amben 9né en ,:N;< voit dans l’état
d’e!ception le paradime du ouvernement contemporain. L’e!ception consiste à capturer
quelque chose d’e!térieur, à e!clure pour inclure. 0ette structure de l’état d’e!ception se
retrouve aussi bien dans le camp de concentration na&i, dans la prison de Uuantanamo et dans
;,
la suspension du droit au nom de la sécurité 9Patriot 0ct, plan viipirate<. Les Etats8Unis
tendent à établir un état d’e!ception lobal face au terrorisme, et plus énéralement l’état
d’e!ception tend à devenir la rèle, le mode normal de ouvernement. .elon -amben cet
état d’e!ception remet en cause l’idée de démocratie / on ne peut pas concilier une démocratie
véritable avec une politique qui n’a plus d’autre concept, d’autre paradime que la sécurité.
>eu% grandes manières de penser l,2tat )Aron+
2aymond -ron distinue deu! randes manières, historiquement défendues par les
philosophes, de penser ce que doit "tre un Etat. .elon la première vision, il faut faire en sorte
que les citoyens soient vertueu!. .elon la seconde, la constitution de l’Etat et l’oranisation
des relations sociales doivent "tre telles que les vices privés contribuent au bien de tous. Le
modèle type de cette seconde vision est la conception de l’économie des penseurs classiques,
au premier ran desquels -dam .mith et sa théorie de la * main invisible +.
@rigine de la démocratie
La démocratie est née à -thènes vers le $
e
siècle avant F.80. Hout d’abord .olon 9QNT8PPG<
jeta les bases de la démocratie, et introduisit la loi publique, visible et identique pour tous
9isonomie<. 'uis 0listhène dota -thènes d’institutions véritablement démocratiques vers PTR
av. F.80. 6l crée de nouvelles divisions territoriales afin de briser la cohérence et l’autorité des
familles nobles. 6l constitue ainsi di! tribus socialement analoues 9chacune est une imae de
l’ensemble de la société, comprenant des riches et des pauvres<. -insi chaque tribu contribue
éalement au pouvoir.
Citations
8 La uerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. 90lauseZit&<
8 La politique est la continuation de la uerre par d’autres moyens. 93oucault<
8 0e qui fait de l’Etat un enfer, c’est que l’homme essaie d’en faire un paradis. 91_lderlin<
Bibliograp#ie
8 Want, Idée dune histoire universelle au point de vue cosmopolitique. - lire absolument O 0e
te!te est très court 9une trentaine de paes<, et il fournit une rille de lecture permettant de
penser l’ensemble de l’histoire humaine et du développement de la culture et de l’Etat. (e
plus, il contient en erme une bonne partie de la philosophie de l’histoire de 1eel.
8 2aymond -ron, Les .tapes de la pensée sociologique. Le chapitre sur >ar! constitue une
e!cellente introduction au mar!isme. 0et ouvrae constitue éalement une très bonne
présentation de >ontesquieu, (ur)heim, Seber, 0omte, Hocqueville et m"me 'areto.
/uets de dissertation
'eut8on "tre homme sans "tre citoyen M
'eut8on penser l’individu indépendamment de la société oJ il vit M
'eut8on concevoir l’homme indépendamment du lien social M
'eut8on refuser de vivre en société M
'ourquoi vivons8nous ensemble M
6ndividu et société
.ur quoi fonder une communauté politique M
Euel est le meilleur fondement pour la société / l’intér"t, le sentiment ou la raison M
La société repose8t8elle sur le principe de l’éalité entre ses membres M
'ourquoi faut8il se soumettre au! rèles de la vie en société M
3ondement de
la société
'eut8on affirmer que la force de l’Etat fait la liberté du citoyen M
La puissance de l’Etat est8elle la condition de l’harmonie sociale M
L’intér"t de l’Etat coXncide8t8il avec le bien commun M
L’Etat
Les rapports entre les Etats sont8ils analoues au! rapports entre les individus M
Les Etats sont8ils faits pour la pai! M
;;
3aut8il lutter contre les inéalités sociales, ou les laisser se développer M
'eut8il y avoir des lois destructrices de la société M
Eu’est8ce qu’un abus de pouvoir M
L’Etat n’impose8t8il l’obéissance que par la force matérielle M
'ourquoi l’union du droit et de la force dans l’Etat pose8t8elle problème M
Etc.
;K