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Les collections du quai branly

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les arts premiers vu du quai branly
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une institution muséographique, scientifique et culturelle originale au service du dialogue des cultures Une institution culturelle aux multiples

facettes et des civilisations

Un musée passerelle

*Sculpture de Chupícuaro Mexique VIIe - IIe siècle avant J.C. Terre cuite Ancienne collection Guy Joussemet © musée du quai Branly photo Hughes Dubois

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Couverture : Masque anthropomorphe Masque en bois blanc, à barbe de laine de mouton © musée du quai Branly photo Patrick Gries/Bruno Descoings Bâtiment Université. Vue intérieure Art aborigène Ningura Napurrula © musée du quai Branly photo Nicolas Borel

L’aventure de la création du musée du quai Branly aura duré dix ans. Dix années d’une conception patiente et attentive pour donner vie à la décision du Président de la République, annoncée dès 1995, de créer un musée consacré aux arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Il s’agissait ainsi de forger un outil à la hauteur de l’ambition au coeur de ce projet : offrir le témoignage de la pluralité de l’art en promouvant un regard nouveau sur les arts extra-européens et les cultures qui les produisent. Ce projet a été mis en œuvre en deux temps. Le premier a été l’ouverture du pavillon des Sessions, au Louvre, au mois d’avril 2000. En présentant à des visiteurs du monde entier cent vingt chefs-d’œuvre choisis pour leur force esthétique et leur pouvoir d’évocation, les salles du pavillon des Sessions constituent à elles seules un manifeste. Elles apportent une première réponse à la dette que les institutions culturelles occidentales ont à l’égard des sociétés non européennes. Avec plus de 3 millions de visiteurs en 5 ans, le pavillon des Sessions remplit pleinement son rôle d’« appel et de reconnaissance » en faveur de ces arts, dont ces salles contribuent à faire découvrir la force et la beauté. Elles demeurent ouvertes après l’inauguration du musée du quai Branly et continuent de témoigner, au Louvre, de la puissance et de la diversité des productions artistiques des peuples extra-européens. La décision de dédier un lieu spécifique à la mise en valeur des œuvres des collections françaises et à la présentation des cultures dont elles sont issues a constitué le second temps fort du projet. Placé sous la double tutelle du ministère de la Culture et de la Communication et du ministère de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, le musée du quai Branly rassemble, au sein du très beau bâtiment conçu par Jean Nouvel, les collections du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie et celles du laboratoire d’ethnologie du musée de l’Homme. Musée d’arts et de civilisations, sa vocation est double : conserver et présenter des collections ; contribuer à la recherche et à l’enseignement. Quelque 3 500 œuvres sur les 300 000 que comptent les collections sont présentées en permanence au public, depuis le mois de juin 2006, dans le cadre du « plateau des collections » de l’exposition permanente du musée. Organisée sur une base à la fois géographique et thématique, celle-ci fait voyager le visiteur d’un continent à l’autre, à l’exception de l’Europe, et éclaire certains grands thèmes liés aux collections. Un nombre plus important de pièces est bien entendu montré au public à l’occasion d’expositions temporaires, auxquelles est consacrée la moitié de sa surface d’exposition : une dizaine par an, autant de commissaires. La moitié d’entre eux, au moins, sont des consultants extérieurs au musée. Une place de choix est également réservée aux conférences, à l’enseignement et à la recherche, activité qui répond à deux objectifs : développer la production d’idées scientifiques et alimenter la réflexion en amont de la conception d’expositions ou d’événements à destination du public. La musique, la danse, le cinéma sont également à l’honneur. Le concept architectural du musée, par ailleurs, rend compte de la place spécifique dévolue à l’art contemporain puisque Jean Nouvel a eu l’idée d’installer les œuvres de huit artistes aborigènes australiens, spécialement conçues pour le musée, sur les plafonds et la façade du bâtiment de la rue de l’Université. En suscitant de nouvelles émotions, ces collections contribuent à stimuler la curiosité du public et à faire reconnaître le génie des civilisations non européennes. Elles nous rappellent que notre histoire est étroitement liée à celle des pays d’origine de ces œuvres, avec lesquels le musée du quai Branly s’efforce d’instaurer un dialogue plus juste. Une fois passée la curiosité naturelle suscitée par l’ouverture de ce nouveau lieu de culture à Paris, c’est à présent au visiteur de nous faire savoir si nos choix ont été judicieux et si notre offre correspond à ses attentes. C’est à lui de nous dire, désormais, si ce musée est bien l’espace d’échanges et de dialogue que nous souhaitions pour lui. Stéphane Martin, Président

photo Benoît Linero

photo Antonin Borgeaud

Le projet Une institution nouvelle au service du dialogue des cultures et des civilisations
Profondément convaincu de l’exigence de la diversité et du dialogue des cultures, Jacques Chirac a toujours été sensible au destin souvent tragique des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Alors maire de Paris, il avait confié à Jacques Kerchache, grand voyageur et collectionneur à l’œil incomparable, en 1992, le soin d’organiser une grande exposition consacrée aux Indiens taïnos d’origine arawak, qui montrait aussi l’autre visage de la conquête de l’Amérique, dont on célébrait alors le cinquième centenaire. Devenu Président de la République en 1995, Jacques Chirac a demandé à Jacques Friedmann de lui proposer les moyens de rendre justice aux civilisations et peuples premiers à travers leurs expressions artistiques et culturelles. La décision, prise en 1996, de créer une nouvelle institution muséographique et scientifique dédiée aux arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques est le fruit de cette volonté politique : célébrer l’universalité du génie humain à travers la diversité de l’art et promouvoir un nouveau regard, plus respectueux et plus ouvert au partage et au dialogue, vis-à-vis de ces cultures et de ces civilisations. En 2000, a été ouverte l’antenne du pavillon des Sessions du Louvre. Sur 1 400 m2 aménagés par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, elle présente, dans la vérité et le dépouillement de leur force d’émotion esthétique, une sélection, choisie par Jacques Kerchache, de quelque 120 chefs-d’œuvre des arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. De manière hautement symbolique, ces pièces exceptionnelles voisinent avec les plus grands chefs-d’œuvre de l’art occidental conservés au musée du Louvre. Pour mettre pleinement en valeur la richesse des collections nationales et faire mieux comprendre, dans toute leur complexité, les cultures et les civilisations qui ont produit les œuvres qui les composent, la décision de construire un nouveau musée, réunissant les collections du musée national des arts d’Afrique et d’Océanie et celles du laboratoire d’ethnologie du Musée de l’Homme, soit près de 300 000 objets, a été définitivement prise lors du Conseil des ministres restreint du 29 juillet 1998. En décembre de la même année a été créé l’établissement public du musée du quai Branly, placé sous la tutelle du ministère de la Culture et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et nommé son Président-directeur général, Stéphane Martin. Cette nouvelle institution a une double mission : conserver et valoriser ses collections ; favoriser la recherche et l’enseignement sur ces œuvres et sur les sociétés dont elles proviennent.

photo Antonin Borgeaud

Un musée passerelle
Muséographie page 6 Afrique page 8 Asie page 10 Océanie page 12 Amériques page 14 Quatre collections exceptionnelles page 16 Le pavillon des Sessions page 22 Développer et enrichir le patrimoine page 24 Un système d’information page 26 Les réserves page 28 Le chantier des collections page 30 Prêts et partenariats page 32 La médiathèque page 34 Le portail documentaire page 36 Les Rendez-vous page 37 La recherche et l’enseignement page 38

Gardien de reliquaire ngoulou Kota Gabon Avant 1886 Don Jacques Savorgnan de Brazza et Attilio Pecile © musée du quai Branly photo Patrick Gries, Valérie Torre

Muséographie L’accessibilité des collections, condition de création d’un nouveau regard
L’art contemporain au musée du quai Branly Le musée du quai Branly, au confluent de la création artistique de quatre continents, poursuit la démarche de reconnaissance de ces cultures en donnant une place importante et permanente à l’art contemporain. La présentation des collections du musée compte un grand nombre d’œuvres du XXe siècle s’inscrivant dans les logiques des cultures traditionnelles. L’art contemporain est également présent dans les expositions temporaires, sur la Rampe, ou dans le foyer du théâtre Claude Lévi-Strauss. En effet, pour sa première installation d’art contemporain, cet espace a accueilli une œuvre de l’artiste béninois Romuald Hazoumé, « La bouche du roi ». Au sol, plus de 300 bidons d’essence en forme de masques dessinent les courbes d’un bateau et évoquent la disposition des esclaves embarqués sur les navires de la traite négrière. Pour sa deuxième exposition d’art contemporain, la galerie Jardin accueille l’artiste londonien d’origine nigériane Yinka Shonibare, MBE, avec un étonnant « Jardin d’amour ». Cette installation s’inspire des jardins à la française et convie le public dans un labyrinthe où il surprendra des couples d’amants issus des peintures de la suite des « progrès de l’amour » du peintre Jean-Honoré Fragonard. Pourtant, découvrant ces personnages vêtus de costumes aristocratiques d’époque, le visiteur constate bientôt qu’ils sont réalisés dans des tissus africains. Avec cette création, Yinka Shonibare, MBE poursuit sa réflexion sur l’identité et l’histoire mêlant de façon indissociable ses deux cultures d’appartenance.

Conjuguer l’accessibilité maximale aux collections et de nouvelles propositions muséographiques, telle est l’exigence que s’est imposée le musée du quai Branly pour offrir au public de multiples sources de découvertes et de connaissances sur les arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques.
Le principe muséographique du musée du quai Branly découle d’une nouvelle relation à l’œuvre qui se développe depuis une quinzaine d’années dans les sciences humaines consacrées aux arts et civilisations non européens : la disparition de plus en plus marquée de l’occidentalocentrisme, l’atténuation progressive d’un clivage marqué entre anthropologie et histoire de l’art, et un changement de perspectives issu, entre autres, d’un éloignement dans le temps de la période coloniale. Dans ce contexte, la muséographie du musée du quai Branly, orchestrée par Germain Viatte en collaboration avec Jean Nouvel, a pour ambition de susciter de nouvelles émotions, de stimuler la curiosité du public et de faire reconnaître le génie des civilisations non européennes. Des propositions muséographiques complémentaires Plusieurs principes ont été développés au sein de la muséographie, tant sur le plateau des collections que dans les espaces dédiés aux expositions temporaires, afin d’articuler de façon optimale les contraintes architecturales et techniques des espaces en cohérence avec les souhaits et besoins des conservateurs pour l’exposition des œuvres. Associée à la dynamique de rotation des expositions, cette approche permet de renouveler fréquemment l’offre muséographique et d’accroître encore la multiplicité des regards. Vaste espace sans cloison, le plateau des collections présente près de 3 500 œuvres réparties sur quatre zones – une pour chaque continent : Afrique, Asie, Océanie et Amériques. Ces zones, organisées selon leurs principes propres, communiquent entre elles et sont reliées par des zones de contacts, créant ainsi des lieux d’échanges entre les civilisations comme l’Insulinde ou encore le rapprochement Machrek-Maghreb... Le regard a donc toute latitude de voyager, il est simplement orienté par quelques lignes géographiques et civilisationnelles. Créer un pont entre hier et aujourd’hui A l’intérieur de chaque parcours, des œuvres de différentes natures sont présentées, des plus usuelles jusqu’aux chefsd’œuvre, tout en mêlant à chaque fois une approche esthétique et didactique. L’éclairage sert l’esthétique des objets et à proximité, plusieurs dispositifs – textes, cartels, écrans multimédia – permettent de contextualiser l’œuvre et de transmettre au visiteur les connaissances scientifiques disponibles. Prises en compte dès la genèse du projet muséographique, le savoir et la subjectivité contribuent à faire accepter et comprendre l’altérité.

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Un musée passerelle

En surplomb, une mezzanine d’informations anthropologiques permet à ceux qui le désirent de continuer, grâce aux équipements multimédia et à la richesse des contenus disponibles, le voyage entrepris sur le plateau des collections. Au-delà des collections permanentes et des expositions temporaires, le musée s’est fixé comme mission d’accueillir et de promouvoir les expressions actuelles des arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Qu’il s’agisse d’arts contemporains, de danse, de musique, de performances traditionnelles ou modernes, le musée les accueille et prolonge les regards. Dans ce domaine, la politique du musée demeure : donner les clés pour comprendre tout en laissant libre cours à l’émotion.

Les transversales : mettre en perspective l’ensemble des collections Dans sa volonté de dévoiler le plus possible l’étendue de ses collections au grand public et de lui permettre d’appréhender aisément tout ce qui rapproche et différencie les cultures, le musée du quai Branly a adopté un principe muséographique clé : les transversales. Chacune des quatre aires géographiques comporte ainsi un ou plusieurs espaces thématiques qui soulignent les constantes et les ruptures incarnées par les objets présentés, au-delà des époques et des distances : les transversales des masques et des tapa en Océanie, celles des instruments de musique et des textiles en Afrique, la transversale des costumes en Asie et celle des transformations en Amériques.

Jean-Pierre Mohen Directeur du département du Patrimoine et des Collections Yves Le Fur Directeur adjoint responsable des collections permanentes

Un parcours de visite ondulant entre les continents Qu’il soit à plumes en Amérique du Sud ou dévoreur de vierges en Afrique, le serpent est craint et vénéré sur les cinq continents. Contribution de Jean Nouvel à la muséographie, le « Serpent », réalisé avec le mécénat du groupe Schneider Electric, est ici le nom d’un espace central qui ondule sur les 200 mètres du plateau des collections et encadre la « Rivière », zone de circulation et espace muséographique à part entière. Longeant chaque zone géographique, ce long meuble de cuir sert de support à l’intégration d’un grand nombre d’écrans vidéo, haut-parleurs, unités centrales, système binoculaire pour vision en 3D, etc., et constitue ainsi un espace d’information complémentaire sur les œuvres en vis-à-vis. Il se compose de 162 modules à ossature métallique, assemblés et habillés d’une peau de cuir scarifiée. D’épaisseur variable, il contient des assises basses et hautes, qui en font également un espace de repos pour les visiteurs.

Trinh T. Minh-ha, une œuvre contemporaine à l’amorce du plateau des collections Témoignage de la place donnée à l’art contemporain dans tous les espaces du musée du quai Branly, Trinh T. Minh-ha, réalisatrice et vidéaste, écrivain et compositeur, née au Viêtnam, enseignante à Berkley propose tout au long de l’ascension vers le plateau des collections un parcours aux multiples entrées intitulé « L’Autre marche ». Par cette œuvre multimédia, il s’agit d’accompagner la progression du visiteur vers l’univers des cultures traditionnelles présentées dans le musée et de le ramener vers l’extérieur à l’issue de sa visite. En provoquant insensiblement un changement de perception, ce parcours s’articule en trois étapes – transition, transformation et ouverture –, intelligibles dans les deux sens.

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Un musée passerelle

Le legs Harter La collection léguée par Pierre Harter (1928-1991), médecin et grand spécialiste des arts du Cameroun, constitue une précieuse contribution au patrimoine du musée du quai Branly et occupe à ce titre une place privilégiée entre ses murs. Le legs Harter comporte une cinquantaine de pièces – masques et sculptures – intéressantes, dont certaines s’avèrent exceptionnelles. La succession stipule par ailleurs que la collection ne peut être exposée que dans son intégralité : un espace lui a donc été spécifiquement consacré au sein du musée.

Statue royale Bamileke Cameroun, province de l’Ouest XIXe siècle © musée du quai Branly photo Patrick Gries, Bruno Descoings

Afrique

Afrique Un continent entier à portée de regard
Le musée du quai Branly abrite l’un des plus importants fonds d’arts africains au monde, avec près de 70 000 objets en provenance du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et de Madagascar. Sur environ 1 200 m2, le visiteur accède à un millier d’œuvres d’une richesse et d’une variété exceptionnelles, pour la première fois réunies en un seul et même lieu, permettant ainsi une relation féconde entre les styles, les cultures et les histoires.
Elaborée à partir de 1999 par un groupe de travail réunissant des équipes du Musée de l’Homme et du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie, la muséographie des collections africaines propose deux approches au visiteur : un parcours géographique, qui invite à un voyage à travers le continent du nord au sud ; un parcours plus thématique, permettant de découvrir les œuvres et de les envisager selon leurs usages et leurs techniques de réalisation. Cette approche bénéficie d’espaces d’exposition particulièrement originaux: les nombreuses « boîtes » en saillie sur la façade nord forment autant de petits cabinets d’étude consacrés à une famille d’objets ou à un thème, la divination par exemple. Plusieurs partis pris essentiels contribuent par ailleurs à faciliter l’appréhension des œuvres et de leurs significations, l’histoire de la région concernée et celle de ses contacts avec les autres cultures. La contextualisation fait appel, sous forme de cartes, d’extraits de récits de voyages et sur des supports multimédia, à de très nombreux documents audiovisuels et photographiques. Les différentes facettes de l’Afrique septentrionale Le parcours géographique des collections africaines débute par l’Afrique du Nord. Le visiteur est introduit dans cet espace par une vitrine qui présente, de façon succincte, l’histoire de cette région de la Préhistoire à la conquête arabe. Suivent trois pôles dédiés aux arts traditionnels. Le premier évoque les arts ruraux à travers des bijoux en argent, des poteries et des tapis dont le décor géométrique présente des ressemblances frappantes avec les tatouages des femmes. Tous ces objets sont issus d’une culture fortement méconnue, celle des peuples berbères. Le deuxième est consacré aux arts citadins évoqués ici par des textiles richement brodés, des céramiques émaillées finement travaillées et des bijoux en or sertis de perles, d’émeraudes et de rubis. Le troisième, enfin, est consacré aux arts nomades et à leurs liens avec le monde rural et l’Afrique subsaharienne. Des vitrines thématiques assurent la liaison et la transition entre ces pôles. L’accent est mis notamment sur l’expression du sacré et les croyances (Coran, manuscrit hébreu, objets de la vie liturgique, amulettes), le mariage, la musique, etc. Voyage dans l’espace-temps subsaharien… Le parcours continue avec les collections d’Afrique subsaharienne, dont le cœur est constitué par des œuvres du Mali, de Côted’Ivoire et du Nigeria. Deux transversales rassemblent dans cet espace les textiles et les instruments de musique issus de l’ensemble du continent et classés par techniques tout au long du parcours. La galerie principale est traversée par une grande séquence statuaire illustrant les multiples variations dans la représentation du corps que connaît cette région du monde. Parmi les autres temps forts de cet espace, la place donnée aux « sociétés des masques » ou à l’évocation de la mission Dakar-Djibouti conduite par Marcel Griaule et considérée comme le point de départ de l’ethnologie française. Les arts et cultures d’aujourd’hui sont aussi évoqués grâce au support multimédia proposant un dialogue entre passé et présent. Le parcours se poursuit par une troisième partie consacrée à l’Afrique équatoriale le Gabon, le Congo - et australe, ainsi qu’à Madagascar. Les collections d’Afrique équatoriale sont particulièrement anciennes : à l’origine du musée d’ethnographie du Trocadéro, elles proviennent de missions célèbres, comme celles de Pierre Savorgnan de Brazza à la fin du XIXe siècle. Les collections d’Afrique centrale, orientale et australe ont fait l’objet d’une attention particulière en termes d’acquisitions. L’Ethiopie est présente au travers d’un ensemble rare de fresques exceptionnelles de la région de Gondar, rapportées par Marcel Griaule. Cet espace fait cohabiter un christianisme très ancien avec des pratiques animistes.
Hélène Joubert Responsable de l’unité patrimoniale des collections Afrique Aurélien Gaborit Unité patrimoniale des collections Afrique Gaëlle Beaujean-Baltzer Unité patrimoniale des collections Afrique Hana Chidiac responsable de l’unité patrimoniale des collections Afrique du Nord et Moyen-Orient

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Un musée passerelle

Asie Un kaléidoscope révélateur de la diversité du continent
Autour d’une transversale des textiles, cette zone met en lumière plusieurs temps forts culturels et religieux de la vie des peuples asiatiques.

Une transversale des textiles riche et prestigieuse Le fonds textile du musée du quai Branly comporte des pièces provenant de toutes les parties du monde et de toutes les époques. L’Asie y est particulièrement bien représentée, avec de nombreuses pièces anciennes ou contemporaines, rares ou plus usuelles. Toutes expriment une volonté d’affirmation des identités religieuses, régionales et sociales, et présentent un intérêt ethnologique et artistique, évoqué dans la transversale de la zone Asie : par exemple, l’utilisation de l’orme dans une robe aïnou du Japon, la richesse des coiffures destinées aux enfants et aux femmes mariées en Asie du Sud-Est, l’extraordinaire technique de l’ikat en Asie continentale et insulaire ou encore la variété des costumes orientaux, symboles d’identités communautaires et héritiers de traditions vestimentaires antiques.

Les collections d’Asie du musée du quai Branly sont de précieux témoignages de la fin du XIXe siècle, et surtout du XXe siècle. L’idée-force du programme muséographique est de proposer un nouveau regard sur les arts et les civilisations populaires de cette zone : un regard ethnographique contemporain, qui prolonge celui du musée Guimet et du musée du Louvre, où sont représentées les civilisations anciennes de ce continent. Une présentation de différents ensembles La collection Asie couvre une zone immense, aux civilisations millénaires, qui s’étend de la Sibérie à l’Asie centrale et du Moyen-Orient au Japon, en passant par l’Inde et la Chine. Le parti pris muséographique du parcours n’est pas celui de l’exhaustivité, irréalisable par essence, mais celui d’une présentation d’ensembles pertinents, exposant les objets les plus représentatifs des collections et les plus révélateurs des thèmes et des sociétés évoqués ici. Ainsi, le visiteur peut découvrir, au fil d’un parcours organisé d’est en ouest, les décors au pochoir du Japon, les diverses formes du bouddhisme en Asie du Sud-Est ou en Himalaya, la Chine des Han et des minorités, les mythes et rites en Inde, les cavaliers nomades en Asie centrale, le langage de la parure et la symbolique des armes en Orient, les croyances et les cultes au Proche-Orient... Plusieurs thèmes mettent en valeur les évolutions dans le temps,

les échanges et les transformations de ces peuples que l’on considère trop souvent comme figés dans une culture traditionnelle hors de l’histoire. La richesse des collections de l’exIndochine française offre un regard diversifié sur l’Asie du Sud-Est. Le thème dominant est le riz, mais aussi la culture du végétal, le bouddhisme villageois et les cultes populaires, notamment ceux tournant autour du sacrifice du buffle, si spécifique à ces cultures. Ces thèmes majeurs s’articulent autour d’une travée centrale sur les peuples d’Asie exposant la collection de textiles asiatiques du musée, aujourd’hui internationalement réputée.

Christine Hemmet Responsable de l’unité patrimoniale des collections Asie Hana Chidiac Responsable de l’unité patrimoniale des collections Afrique du Nord et Moyen-Orient Daria Cevoli Unité patrimoniale des collections Asie

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Un musée passerelle

Figurine anthropomorphe Support d’esprit Fédération de Russie Sibérie orientale Monts Stanovoï Evenk Fin du XIXe siècle Bois, perles, peau chamoisée Mission Joseph Martin © musée du quai Branly photo Patrick Gries, Valérie Torre

Asie

Photographie : un regard contemporain sur la Nouvelle-Zélande et la culture maori Au sein des collections photographiques figure un don original : pour saluer l’ouverture de ce grand musée à vocation internationale, le gouvernement néozélandais a souhaité offrir des séries réalisées par deux de ses ressortissants. Signée Michael Parekowhai et baptisée « The Consolation of Philosophy », la première se compose de douze photographies de bouquets de fleurs faisant chacun référence à des lieux de la Première Guerre mondiale où sont morts des soldats maori engagés dans le New Zealand (Maori) Pioneer Battalion. En reliant l’usage commémoratif des fleurs et leur usage dans la tradition maori, ainsi qu’en jouant sur les significations de son nom – lui aussi relié à une certaine fleur –, l’artiste tresse un ensemble de sens qui confèrent à son œuvre une grande profondeur. La seconde série présente 17 photographies plus étroitement liées à l’art traditionnel maori. Par un traitement en noir et blanc et un jeu subtil d’éclairage, Fiona Pardington a souhaité rendre leur chair et leur présence divine à des pendentifs de jade hei-tiki, objets très précieux du culte maori transmis de génération en génération.

Heitiki (inanga), Northern Island © Fiona Pardington

2,35 tonnes de pierre volcanique pour une pièce hors norme Une tête de Moaï, originaire de l’île de Pâques, est installée dans les jardins du musée du quai Branly depuis l’été 2005. Cette œuvre en tuf volcanique mesure 1,85 mètre de haut et pèse 2,35 tonnes. Elle fut prélevée et acheminée en France en 1872 en présence de Pierre Loti, officier de marine, romancier et grand observateur des territoires dits « exotiques ». Exposée au musée de l’Homme depuis les années 1930, elle a rejoint les ateliers du musée, où deux personnes se sont chargées de sa restauration durant trois semaines. L’installation de cette pièce, aussi précieuse que fragile, a demandé d’infinies précautions. Aujourd’hui, son regard fixe le ciel au-dessus de l’horizon, comme sur l’île de Pâques où ces statues semblent invoquer les cieux pour protéger les vivants.

Support à offrandes, patoko Iles Gambier, île de Mangareva Fin du XIXe siècle Bois Don docteur Louis Capitan © musée du quai Branly photo Patrick Gries, Bruno Descoings

Océanie

Océanie Carrefour aux multiples influences
Le musée du quai Branly a choisi d’exposer les œuvres provenant d’Océanie selon un parcours géographique, tout en déclinant un ensemble de thématiques liées aux régions du Pacifique présentées. Les visiteurs découvrent ainsi des objets de Mélanésie, Polynésie, Australie et Insulinde issus des collectes historiques menées par des voyageurs au XIXe siècle, des missions ethnographiques et d’une politique d’acquisitions visant à enrichir les collections d’œuvres majeures.
La Mélanésie L’espace mélanésien s’ouvre sur des œuvres spectaculaires de la grande île de Nouvelle-Guinée associées à la « maison des hommes » ou maison cérémonielle. Dans un lieu plus confidentiel, sont exposés des objets réservés aux initiations et aux relations avec les ancêtres. Les thèmes de la guerre, la chasse aux têtes et les rituels funéraires ponctuent le parcours, de la Papouasie Nouvelle-Guinée aux îles Salomon. Monnaies et parures utilisées dans les échanges et les rituels montrent la place centrale occupée par le prestige dans ces sociétés, comme les emblèmes de hiérarchie de grades des îles du Vanuatu et ceux des chefferies kanak de Nouvelle-Calédonie. La Polynésie Entre Mélanésie et Polynésie – comme un trait d’union –, le « carrefour des peuples » est une installation exceptionnelle qui présente l’histoire de cette immense « mer d’îles » à travers l’archéologie, le peuplement océanien et les techniques de navigation. Tout au long du parcours polynésien, le visiteur découvre les relations qu’entretiennent les hommes avec leurs dieux. Les arts du corps poursuivent cette découverte par la présentation d’objets en plumes, écaille ou nacre, matières sacrées et signes de haut rang. Dans cette région, la diversité des styles se lit dans l’élégance du design des plats à kava (boisson cérémonielle) et des appuis-tête, comme dans la virtuosité des décors sculptés de l'art maori de NouvelleZélande. L’Australie L’art des Aborigènes d’Australie du nord et du désert central prend une part importante dans la muséographie du parcours Océanie. La « Chambre des Ecorces » présente une cinquantaine de peintures sur écorce d’eucalyptus collectées par Karel Kupka en terre d’Arnhem dans les années 1960. Un dispositif multimédia évoque, en outre, les sites de production, les artistes et les mythes du « Temps du rêve ». L’espace consacré à l’Australie dévoile également des boucliers et des propulseurs dont les motifs sont toujours retranscrits par les Aborigènes. Enfin, l’exposition de peintures contemporaines à l’acrylique, issues des traditions aborigènes, témoigne de leur richesse culturelle. L’Insulinde Les collections de l’Insulinde (Asie du SudEst insulaire) soulignent, pour leur part, la diversité culturelle et ethnique de cette région au confluent de l’Asie du Sud-Est continentale et de l’Océanie. Elles présentent un ensemble de parures somptueuses, témoignage de l’importance accordée au prestige individuel, aux échanges matrimoniaux et aux trésors familiaux. Formes et matières sont liées aux mythes, aux rituels, et reflètent aussi les incessants contacts commerciaux qui favorisèrent la diffusion de motifs. A Sumatra chez les Batak, à Nias et à Sumba, un ensemble unique de sculptures lithiques à caractère commémoratif marque le prestige de l’individu ou celui des clans.
Philippe Peltier Responsable de l’unité patrimoniale des collections Océanie Constance de Monbrison Responsable des collections Insulinde Magali Melandri Chargée des collections Océanie

Très présent dans l’archipel insulindien, le culte des ancêtres trouve une expression singulière dans les îles des Moluques du Sud, où les autels allient l’abstraction de leurs formes à l’élaboration d’un décor spiralé foisonnant. Et partout se retrouve le souci exprimé dans la vie quotidienne de se protéger des mauvais esprits, des défunts oubliés. Un ensemble d’objets usuels est présenté, sur lesquels se déploient les animaux fantastiques protecteurs – aso (Bornéo), singa (Sumatra), lasara (Nias) – liés à la mythologie des premiers temps.

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Un musée passerelle

Amériques Cinq millénaires, de l’Alaska à la cordillère des Andes
La collection consacrée aux Amériques comporte plus de 900 objets, exposés dans 65 vitrines, ainsi que des systèmes multimédia. Le parcours Amériques propose trois séquences : les Amériques du XVIIe siècle à nos jours, la « Transversale des transformations », qui présente la singularité de l’objet amérindien, et les Amériques avant la conquête.
Ce parcours présente les plus riches collections du musée en trois parties : l’Amérique récente et actuelle répond à l’Amérique précolombienne de part et d’autre d’une réflexion sur l’identité de l’objet. Celle-ci, considérant la forme de l’objet au-delà de sa fonction, met en évidence un système de transformations logiques qui traduit la singularité de la pensée amérindienne. Mais aussi, tout le long du parcours, le visiteur peut apprécier comment les objets, à travers le jeu des couleurs, des matériaux et un balancement subtil entre figuration et abstraction, évoquent les préoccupations majeures des sociétés amérindiennes : veiller à l’équilibre du monde, constituer ou affirmer son identité. Les Amériques du XVIIe siècle à nos jours Dans cette première séquence, la muséographie privilégie une présentation des collections ethnographiques par aires culturelles. L’arctique et la côte nord-ouest sont représentés principalement par des masques, par le travail de l’ivoire inuit et par des objets de Colombie Britannique ornés de décor en cellule ; le tout dominé par un mât héraldique. La Grande Amazonie (terres basses d’Amérique du sud) comme les Plaines d’Amérique du nord apparaissent comme deux points forts : la première par ses parures en plumes et les secondes par un ensemble de peaux peintes et de vêtements souvent anciens complété par quatre tableaux de George Catlin. Par ailleurs, une présentation thématique de textiles, vêtements en peau et en écorce souligne l’importance de la couleur pour les Amérindiens. Les rituels américains sont évoqués par des séries d’objets sacrés : papiers découpés otomi, calebasses perlées huichol, encensoirs lacandon du Mexique, poupées kachina pueblo des Etats-Unis, masques, nattes à fourmis et des objets chamaniques pour l’Amazonie. Les Amériques noires sont abordées par des objets provenant des Noirs marrons de Guyane, des objets vaudous d’Haïti, ainsi que des objets candomblé du Brésil. La « transversale des transformations » : singularité de l’objet amérindien Claude Lévi-Strauss a démontré qu’en Amérique il existait un grand système de transformation des mythes entre eux, traduisant une unité de pensée des populations amérindiennes. Ces transformations d’ordre logique procèdent toutes du principe de l’inversion. Les objets de ces populations sont produits selon le même principe transformationnel, dans lequel la forme n’est pas uniquement conditionnée par la destination de l’objet, mais traduit toujours une idée parallèle. En rapprochant des objets sur la base d’analogies parfois inattendues, on constate qu’ils appartiennent à un même ensemble porteur de sens, à travers un seul groupe de transformation. Avec une centaine d’objets provenant de tout le continent américain, de toutes les époques, la transversale illustre cette constante panaméricaine. Ainsi, insensiblement, le hochet, destiné à appeler les esprits, se rapproche du casse-tête au même titre que la pagaie, faisant ressortir ainsi leur parenté enfouie. Les Amériques avant la conquête La troisième séquence fait remonter le temps au visiteur et présente les populations amérindiennes avant l’arrivée des Européens. La richesse des collections archéologiques dont le musée dispose permet de donner une vue d’ensemble des nombreuses cultures qui se sont succédées, pendant plusieurs millénaires, à l’intérieur de trois grandes aires culturelles: la Mésoamérique, l’Amérique centrale et les Andes. La présentation de cette séquence est chronologique et culturelle, allant des périodes les plus anciennes (Olmèques, Chavin, Paracas) aux cultures préhispaniques les plus récentes (Aztèques, Incas), celles qui subirent de plein fouet la confrontation avec les colons européens... Pour illustrer cette période, un large choix d’objets a été effectué : statues, céramiques, œuvres en pierre représentant généralement des divinités, ainsi que des objets en bois, en métal, en orfèvrerie, en plumes et des textiles.

André Delpuech Responsable de l’unité patrimoniale des collections Amériques Fabienne de Pierrebourg Responsable des collections « spécialité Amériques » Paz Nuñez-Regueiro Responsable des collections « spécialité Amériques »

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photo Ianna Andréadis

Une nouvelle vie pour le mât kaiget Offert en 1939 au Musée de l’Homme par Kurt et Arlette Seligmann, ce mât héraldique en cèdre rouge, haut de 14,50 mètres, entièrement restauré par le musée du quai Branly grâce à une contribution de la société des Amis, est aujourd’hui investi d’une nouvelle « mission ». Après plus de 65 ans passés sous un péristyle au Trocadéro, il est désormais exposé dans le hall d’accueil du musée du quai Branly. Sculpté en ronde bosse et en bas relief, ce mât est composé de six parties, chacune ayant son propre registre iconographique, et s’effile vers le sommet. Monumental, il trouve une nouvelle vie « sur mesure » dans le hall... En provenance de Colombie-Britannique, ce mât wetsuwet’en (indiens carrier) appartenait au chef Gédem Skanish : il se trouvait en face de sa maison et permettait au visiteur d’identifier le rang et le clan de Gédem Skanish.

Amériques

Figurine masculine Pérou, Andes du Sud Empire inca 1450 - 1532 Don M. Le Moyne © musée du quai Branly photo Patrick Gries, Valérie Torre

Isidore van Kinsbergen (1821-1905), Intérieur d’une famille, Java, vers 1875, tirage sur papier albuminé

Quatre collections exceptionnelles offertes à la curiosité du public et des scientifiques
Le musée du quai Branly abrite quatre fonds particulièrement riches et précieux, dont il assure la conservation, la gestion et la documentation avec une double ambition. Ils ont vocation, d’une part, à être présentés au grand public au fil des rotations régulières d’objets sur le plateau des collections et lors des expositions temporaires et, d’autre part, à servir de ressources utiles et accessibles aux étudiants, enseignants et chercheurs du monde entier dans le cadre de leurs travaux.
La collection photographique La collection de photographies regroupe environ 700 000 œuvres. Les quatre continents, Afrique, Amérique, Asie et Océanie, sont représentés de façon majoritaire dans cet ensemble qui compte des photographies très anciennes,de 1841 à aujourd’hui, et des auteurs majeurs pour l’histoire de ce médium. Une collection à part entière Longtemps considérées comme compléments documentaires plutôt que pièces de collection, ces photographies ont vu leur statut réévalué depuis quelques années. A ce titre, elles ont bénéficié avant l’ouverture du musée d’un chantier de traitement considérable : inventaire, reconditionnement, restauration, numérisation. Si l’importance de cet ensemble implique que des travaux sont encore à mener pour une meilleure connaissance de ces collections, un très grand nombre d’images sont aujourd’hui accessibles pour le grand public et les chercheurs. Les recherches peuvent se mener grâce au site internet du musée, et via l’iconothèque du musée et sa salle de consultation des fonds précieux. Les photographies entrent également dans la programmation des expositions du musée et de ses publications. Une très grande diversité Derrière les images apparaissent leurs auteurs : militaires, plus souvent marins, voyageurs fortunés, explorateurs, scientifiques ou même photographes sont les professions qui peuvent caractériser le plus souvent les producteurs d’images au XIXe siècle. Ainsi Paul-Emile Miot, lieutenant de vaisseau naviguant près de Terre Neuve en 1857, puis à Tahiti en 1869 en ramène des images mélancoliques et très personnelles. Des missions plus officielles autour du monde alimentent aussi les collections, comme le voyage de Louis Lapicque autour du monde entre 1892 et 1894. Le Britannique Allan Hughan installe un studio de photographie en NouvelleCalédonie dès les années 1870 : hormis quelques tirages anciens, le musée conserve un ensemble significatif de ses négatifs au collodion. Certains voyageurs, comme Alphonse Pinart, collectent lors de leurs voyages objets et images. C’est à l’initiative d’Alphonse Pinart que le laboratoire d’anthropologie du Muséum reçoit plusieurs centaines de tirages dus à des photographes américains dans les années 1870 à 1880. A ces premiers photographes, le XXe siècle adjoint les ethnologues professionnels. Ainsi le musée conserve logiquement l’imposant travail photographique des missions conduites par Marcel Griaule, dont la fameuse mission Dakar-Djibouti, tout comme il abrite les photographies de Claude Lévi-Strauss, Alfred Métraux, Maurice Leenhardt, et de très nombreux autres anthropologues. Les photographes de métier intègrent l’ensemble, avec des images particulièrement précieuses.

Portrait d’un vieux paysan en costume d’hiver photographié en Chine entre 1870 et 1879 © musée du quai Branly photo Champion

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Derrière la figure bien connue de Pierre Verger photographiant le monde entier, apparaissent Henri Cartier-Bresson au Mexique en 1934, Ella Maillart au Turkestan en 1932, Pierre Ichac en Algérie en 1930. A la diversité d’auteurs répond la variété des sujets et des terrains. Il est des images que l’on attend et qui sont présentes : témoins des anciennes colonies (présence importante des photographies d’Asie du sud est par exemple) ou reflétant une tradition de recherche spécifique (richesse des collections américaines). Mais des productions moins orthodoxes existent également. Par exemple, moins directement reliées aux recherches en ethnologie, les missions Citroën en Afrique et en Asie sont représentées. Des amateurs vont également produire des recherches parfois très précises, comme Gaétan Gatian de Clérambault dont la profession de psychiatre va lui faire croiser un intérêt inégalé pour la représentation de l’art du drapé au Maroc dans l’entre deux guerres. Du point de vue des techniques, la collection du musée offre un panorama très complet de l’ensemble des techniques et des supports utilisés ou expérimentés depuis l’invention de la photographie. Partant de cet héritage si riche, le musée mène aujourd’hui une politique d’acquisition ouverte permettant de confirmer sa position de référence sur des zones géographiques déjà bien représentées ou de compléter des régions moins bien pourvues. Ces acquisitions se font également sur des choix d’auteurs, de photographes témoignant d’un regard ou d’une véritable pratique photographique, tant au XIXe et XXe siècle qu’au XXIe siècle. La collection textile La collection textile du musée compte près de 25 000 pièces représentatives de l’étonnante variété des matériaux, procédés, usages et formes employés par les hommes à travers le monde. La plupart datent des XIX e et XX e siècles, mais le fonds comprend aussi quelques tissus archéologiques et historiques, en provenance notamment d’Amérique. Par son ampleur, cet ensemble apporte un éclairage spécifique à l’histoire des collections ; il illustre les choix esthétiques des différentes cultures et rend compte des

contacts, emprunts et innovations que l’on peut observer dans le temps et dans l’espace. Une multitude de fibres s’y côtoient, végétales (citons coton, ramie, raphia, hibiscus, liber d’écorces variées - comme celle de cèdre rouge pour une cape cérémonielle chilkat de Colombie britannique, au Canada), animales (provenant de divers vers à soie, animaux à toisons, porcsépics, oiseaux, coquillages…), parfois aussi minérales (avec les fils et filés de métaux précieux). Le tissage (bandeau de tête de femme quechua de Bolivie, ou jupe de femme Li de l’île de Hainan, Chine) met en œuvre des savoir-faire, pratiqués dans des ateliers professionnels ou au sein du groupe familial, qui se transmettent d’une génération à l’autre, tout en intégrant des modalités nouvelles. Il en est de même pour le tressage, et pour les nombreux procédés de teinture, la broderie ou les applications de matériaux divers. Quotidiens ou exceptionnels, profanes ou rituels, les tissus se retrouvent à tous les instants de la vie, dans le décor de l’habitat (tapis, tapisseries, couvertures, sacs…), comme supports de l’expression religieuse et dans le vêtement. A travers celui-ci s’affirment les identités régionales et sociales. Genres, âges de la vie, rites de passage, hiérarchies au sein d’une même société s’y expriment, ainsi que les relations entre hommes et dieux, entre vivants et morts. Tous ces tissus, précieux ou plus rustiques, émerveillent par leur inventivité décorative. La collection d’ethnomusicologie L’une des thématiques transversales du musée se déploie autour de la musique et de ses instruments. Ce choix muséographique s’explique par la richesse du fonds d’ethnomusicologie. Héritée du Musée de l’Homme et du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie, la collection d’instruments de musique s’est constituée à partir de 1878 et s’est enrichie au fil des missions ethnographiques françaises. Elle comprend aujourd’hui environ 10 000 instruments de musique datant de différentes époques : 3 850 proviennent d’Afrique, 2 600 d’Asie, 2 450 d’Amérique (parmi lesquelles 900 pièces sont d’époque précolombienne), 600

d’Océanie et 500 d’Insulinde. Toutes les familles d’instruments y sont représentées : instruments à vent, à cordes, tambours et « idiophones » dont le corps rigide est mis en vibration par entrechoc, secouement, raclement, etc. La mise en valeur de cette collection au musée du quai Branly résulte de plusieurs approches. Dès l’entrée, dans le hall d’accueil du musée, une Tour de verre dévoile la réserve instrumentale. Sur le plateau des collections, plus d’une centaine d’instruments est présentée. Dans les espaces d’exposition consacrés aux arts et aux cultures d’Amériques, d’Asie, d’Insulinde, d’Océanie, et dans certaines vitrines consacrées à l’Afrique, les instruments prennent place parmi d’autres objets et participent de la mise en scène du propos muséographique global. Par ailleurs, l’exposition de la musique est proposée au travers de deux installations multimédia. Sur le plateau des collections, les boîtes à musique est et ouest, qui prennent la forme de deux espaces d’environ 30m2 chacun, sont le lieu d’une expérience collective de la musique mise en volume par une installation multimédia associant des dispositifs de spatialisation du son et la projection d’images immersives. Ce sont neuf programmes audiovisuels durant lesquels le visiteur est plongé, par exemple, au cœur d’une veillée de séduction chez les Peuls nomades du Niger, au sein des polyphonies vocales chez les Pygmées bedzan du Cameroun, au centre des musiques processionnaires du Népal… Un autre système multimédia vise à immerger la Tour de verre dans un nuage de murmures, une sorte de parfum sonore, de façon à percevoir auditivement certains des instruments qui y sont conservés tout en évoquant la dimension sonore du contenu. Ce dispositif sonore est associé à la projection d’images évoquant les techniques de jeu instrumentales. Un troisième lieu spécialement dévolu au temps de l’écoute est en cours d’aménagement sur la galerie multimédia. Il propose aux visiteurs un programme intitulé « A l’écoute des musiques du monde » qui offre un aperçu de la diversité des esthétiques musicales sur les cinq continents et propose des pistes d’écoute et de compréhension mettant en valeur le savoir musical.

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Panneau décoratif de blouse Kuna Panama XXe siècle Coton © musée du quai Branly photo Patrick Gries

Harpe arquée Kundi Ngbaka République démocratique du Congo Bois, fibres végétales, peau, métal, pigments ©musée du quai Branly Patrick Gries

La collection d’Histoire Le musée du quai Branly possède une unité patrimoniale Histoire, héritée à la fois du fonds historique du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie, ainsi que des collections d’arts graphiques et de peintures d’artistes français issues pour nombre d’entre elles du laboratoire d’ethnologie du Musée de l’Homme. Enrichie d’un certain nombre d’acquisitions au cours des cinq dernières années, cette collection compte désormais près de 10 000 œuvres d’une grande diversité : tableaux, gravures, sculptures, carnets de voyageurs… A la variété des techniques s’ajoute celle des représentations : dioramas datant de l’exposition coloniale de 1931, aquarelles de marins au tournant du XIXe siècle représentant des paysages d’Océanie (ou encore celles de Paul Gauguin, dont le musée possède une vingtaine d’estampes et de dessins), tableaux orientalistes et croquis d’explorateurs représentant des paysages d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, images fantaisistes sur les Indiens d’Amérique tels qu’on les imaginait au XVIIIe siècle... Toutes ces œuvres constituent autant de témoignages historiques capables de nous renseigner sur l’évolution des visions occidentales de l’Autre en fonction des lieux et des époques. Elles sont aussi un formidable rappel du rôle fondamental que continuent à jouer ces images dans notre imaginaire. A cet égard, l’importante iconographie dont dispose le musée sur la représentation de l’esclavage constitue une ressource riche d’enseignements. Par sa dimension historiographique, cette collection n’a pas vocation à être directement exposée parmi les collections de référence. Elle est en revanche l’une des sources principales des multiples programmes multimédia qui accompagnent la visite et est très régulièrement sollicitée pour des prêts ou dans le cadre d’expositions temporaires, telles « D’un regard l’Autre », à l’automne 2006.

Christine Barthe Responsable scientifique des collections du fonds photographique Françoise Cousin Responsable des collections textiles Madeleine Leclair Responsable de l’unité patrimoniale des collections d’instruments de musique Nanette Snoep Responsable du fonds historique

Edmond Laethier. Jeune femme fang, Gabon, vers 1887. L’artiste Edmond Laethier (1858-1889) accompagnait Pierre Savorgnan de Brazza au Gabon lors de la mission de l’ouest africain. Trois de ses carnets sont conservés au musée du quai Branly.

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Salles du pavillon des Sessions, photos Didier Boy de La Tour

Le pavillon des Sessions Une ambassade du musée du quai Branly au cœur du musée du Louvre
« Pour que les chefs-d’œuvre du monde entier naissent libres et égaux... » Premier accès à ce droit fondamental exigé par Jacques Kerchache dans un manifeste de 1990 : le pavillon des Sessions.

Inauguré en avril 2000, le pavillon des Sessions se situe au sud du palais du Louvre, entre l’aile de Flore et l’aile Denon, et expose 120 chefs-d’œuvre sculpturaux du monde entier au coeur de l’un des plus grands musées du monde. Du jour au lendemain, la Victoire de Samothrace et la Vénus de Milo ont cohabité avec une œuvre du maître de la maternité rouge dogon, avec un serpent à plumes Quetzalcoatl. L’ouverture du pavillon des Sessions marque ainsi un tournant important dans l’histoire du regard que l’Occident porte sur les arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, soit les trois quarts de l’humanité et six mille ans d’histoire du monde... Une étape importante dans l’histoire du regard Après plusieurs siècles d’attente, ces chefsd’œuvre font leur entrée au musée du Louvre avec splendeur et solennité, traités et exposés avec le même respect et le même regard que les œuvres des autres salles du musée. L’architecture intérieure de ce lieu de 1400 mètres carrés, conçue par Jean-Michel Wilmotte, permet aux visiteurs de pénétrer dans cet espace sans ressentir, de prime abord, sa spécificité : épuré, aux volumes simplifiés, aux cloisonnements limités, baigné d’une lumière tamisée par des écrans en mailles de bronze argenté, il est à la fois moderne et fidèle aux principes originels de l’architecture du Louvre de présentation des œuvres dans leur pleine dimension.

Aujourd’hui, une ambassade au cœur du Louvre Si l’architecture du lieu s’intègre parfaitement dans le Louvre, elle n’en préfigure pas moins les grands principes qui ont présidé à la conception du musée du quai Branly. Ainsi, les quatre grandes aires géographiques sont présentes et, déjà, elles communiquent entre elles: le regard passe librement de l’une à l’autre. Par ailleurs, si la valeur esthétique des œuvres est d’abord mise en avant – dans l’esprit du musée du Louvre –, le visiteur peut aussi étendre son niveau de lecture et de compréhension des objets. A l’entrée de chaque salle, de grandes cartes géographiques renseignent immédiatement sur l’origine et la situation des œuvres, et des fiches signalétiques illustrées complètent l’information première donnée par les cartels. En outre, un dispositif multimédia pourvu d’une douzaine d’écrans interactifs permet d’accéder à des informations complémentaires sur l’histoire, le contexte, l’usage et la société d’origine des objets présentés. Aujourd’hui, alors que le musée du quai Branly a ouvert ses portes, le pavillon des Sessions poursuit son rôle d’ambassade du nouveau musée.

La statuette chupícuaro, première acquisition du musée du quai Branly Datée de 600 à 200 avant J.-C., la statuette chupícuaro choisie comme emblème du musée est un objet en terre cuite mexicain provenant de la collection de Guy Joussemet, l’un des nombreux donateurs qui ont souhaité participer à l’enrichissement des collections du musée. Issue d’une civilisation encore mal connue de l’époque précolombienne, cette statuette de 31 centimètres, symbole de la fertilité et du renouveau des saisons, a parcouru deux millénaires pour nous parvenir dans un état de conservation extraordinaire et réside aujourd’hui au pavillon des Sessions.

Sculpture de Chupícuaro Mexique VIIe - IIe siècle avant J.C. Terre cuite Ancienne collection Guy Joussemet © musée du quai Branly photo Hughes Dubois

Marie Lavandier Responsable de la muséothèque et du pavillon des Sessions

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Développer et enrichir le patrimoine du musée du quai Branly
Le musée du quai Branly bénéficie d’une politique d’acquisitions lui permettant de dynamiser son patrimoine.

La nécessité de mettre en œuvre une politique d’acquisitions pour le musée du quai Branly est apparue dès la mise en place de la mission de préfiguration, présidée par Jacques Friedmann. Son Conseil d’administration a ainsi créé un « Comité de présélection » des acquisitions qui a fonctionné dès 1997. En décembre 1998, il a été remplacé par le comité de présélection des acquisitions de l’établissement public présidé par Stéphane Martin. C’est un dispositif jusqu’ici identique qui a été reconduit par le décret de décembre 2004 dotant le musée de son statut définitif. A ce jour, la commission des acquisitions du musée, présidée par Stéphane Martin, comprend 18 membres : des représentants des tutelles, de la société des Amis, des conservateurs ainsi que huit personnalités qualifiées choisies par les ministres de tutelle. Durant cette première campagne d’acquisitions, le musée du quai Branly aura enrichi ses collections de quelque 8 152 objets, soit par achats (29%), dons (70%) ou dations (1%). Cette politique d’acquisitions s’est inscrite dans la continuité patrimoniale tout en témoignant de la sensibilité contemporaine et des opportunités offertes par le marché. La plupart de ces acquisitions s’inscrivent aujourd’hui dans le parcours présentant les collections de référence. Ainsi, la conception même du parcours et l’attention portée à certains aspects tant géographique, historique ou culturel et technique ont influencé de nombreux choix. Ainsi les pays pour lesquels le plus grand nombre d’acquisitions ont été réalisées sont : l’Afrique du sud (221), le Mexique (1 252), la Chine (445), l’Inde (3 553), et l’Indonésie (700). Pour le pavillon des Sessions, la sélection établie par Jacques Kerchache comprenait

vingt huit œuvres majeures nouvellement acquises. Dix-sept d’entre elles furent achetées, trois reçues en dation (première dation Goldet) et huit données (par Monique et Jean Paul Barbier-Muller, Jacques et Anne Kerchache, Alain Schöffel, Guy Ladrière). Quatre sculptures purent être achetées auprès d’Aube Elléouët, fille d’André Breton, particulièrement généreuse au moment de la vente de l’atelier de son père. Tant en nombre (894 objets), qu’en termes d’impact sur la physionomie générale de la collection du musée et qu’en qualité, la grande acquisition fut celle, en 2001, des collections constituées par Jean-Paul Barbier-Mueller sur les arts de l’Insulinde. Par une réflexion très attentive aux besoins du musée, Jean-Paul Barbier-Mueller compléta les achats décidés (420 objets) par un ensemble de donations admirables concernant l’orfèvrerie (299 objets), les arts du Nagaland et du Pakistan (78 pièces), et un ensemble de tissus (97 pièces) provenant de la zone Insulinde. L’appui des nouveaux dispositifs de la loi de 2003 sur le mécénat Entre 1999 et 2007, les opportunités du marché de l’art, les dons et dations ont permis d’acquérir plusieurs centaines d’objets exceptionnels : deux vases teotihuacan, une lance bambara, un grand masque vungvung des baining, un poteau mapuche rare du Chili, une statue lubahemba… Par ailleurs, une place particulière revient à l’acquisition, avec le mécénat d’AXA, de la statue pré-dogon qui accueille les visiteurs à l’entrée du plateau des collections, et aux 25 masques de l’Himalaya offerts par Marc Petit. Il est enfin important de souligner l’achat,

en 1999, d’une centaine de bronzes tribaux de l’Inde, qui généra, en 2004, la donation d’une collection de 3 000 pièces offerte par Christophe Niemöller, provenant de ces mêmes cultures et de leurs développements contemporains. Il faut signaler en 2006 le don d’une sculpture Boli du Mali par Jean-Michel Huguenin. Grâce au concours de la société des Amis du musée et le mécénat de l’entreprise METROPOLE Gestion, deux masques Yup’ik (Inuits) de la collection Robert Lebel ont été acquis. En 2006, un pupitre d’orateur de la région du Sépik en Papouasie Nouvelle-Guinée, a été offert au musée par Claude Vérité. Ces donations confirment que c’est par un travail de relations et une quête patiente et passionnée que s’affirme peu à peu le travail d’un musée mais aussi qu’une politique d’acquisitions est essentielle au développement et à la vie du musée, qu’elle s’inscrit nécessairement dans l’évolution des connaissances, du goût et dans la durée.

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La statue pré-dogon de style djennenké, un symbole d’immortalité L’acquisition par l’Etat français, grâce au mécénat d’AXA, d’une statue en bois du Xe ou XIe siècle, originaire de la région de Djenné à l’ouest du pays dogon, illustre le désir du musée du quai Branly de rendre accessibles au public les sculptures les plus exceptionnelles. Elle est, par ailleurs, la première œuvre d’intérêt majeur issue d’une civilisation non occidentale à bénéficier de la loi sur le mécénat d’août 2003. Cette statue, une des pièces majeures de la zone Afrique, est unique et remarquable non seulement par sa taille (près de 2 mètres), mais également par sa beauté et son ancienneté. Protectrice et médiatrice, aux contours androgynes, les bras tendus vers le monde divin, elle porte des jumeaux respectueusement agenouillés. Œuvre au visage sévère, incarnant une certaine idée de la perfection et de l’immortalité, elle accueille le visiteur à l’entrée du plateau des collections.

Statue anthropomorphe Plateau de Bandiagara, Mali Statue pré-dogon de style djennenké Xe - XIe siècle Acquise par l’Etat français grâce au mécénat du groupe AXA © musée du quai Branly photo Patrick Gries

Captures d’écrans des programmes multimédia présentés sur le plateau des collections

Un système d’information pour accompagner les regards
Le musée du quai Branly propose un concept novateur en termes d’adaptation des nouvelles technologies à l’art et à l’ethnographie. Le multimédia a ici pour objectif l’initiation et la compréhension des œuvres, des cultures, des peuples et des civilisations.

Favoriser l’accessibilité des objets présentés Les outils multimédia participent à une compréhension complémentaire de l’usage des œuvres dans leur contexte d’origine. Nombre d’objets, présentés dans les expositions, jouaient ou jouent encore un rôle actif pour leurs peuples. Ces programmes permettent de le visualiser sous un angle dynamique. Les supports audiovisuels accompagnent la visite, en complément de l’exposition des œuvres. Ils constituent également pour le musée un moyen de présenter son patrimoine immatériel, constitué d’archives sonores, photographiques ou filmées. En mettant en valeur des contenus inédits et en exploitant les fonds documentaires du musée, le multimédia permet de montrer les cérémonies, la vie quotidienne, l’architecture et les paysages. Au-delà de la simple représentation, il situe les œuvres chronologiquement, géographiquement, et guide le public dans ses découvertes. Le système d’information suit une ligne éditoriale précise, dont le but est d’offrir une image dynamique des pratiques culturelles et artistiques. Une interactivité sur plusieurs niveaux L’information multimédia est disponible sur différents supports identifiables selon la typologie du mobilier. Ainsi, les visiteurs ont accès à des installations qui vont des plus simples (niveau 1) aux plus innovantes (niveau 3). Ces dernières permettent notamment une interactivité forte avec l’utilisateur.

Les installations de niveau 1 affichent un contenu volontairement sobre. Ces 60 programmes courts durent en moyenne trois minutes. Les installations de niveau 2 s’articulent autour d’un contenu éditorial thématique plus développé, et la manipulation y est plus sophistiquée. Les connaissances et points de vue de spécialistes sont exposés à travers vingt programmes interactifs. En introduction à ces programmes thématiques de niveau 2, un écran spécifique a été conçu dans le but de donner la parole aux populations issues des cultures locales, par le biais du récit. Il fonctionne comme une « préface » et ne vise pas à résumer le sujet, mais invite au contraire à l’approfondir. La conception des programmes de niveau 2 a privilégié les extraits de reportages ou de documentaires rares. Ils font référence à des personnalités charismatiques, connues ou anonymes. Les installations multimédia de niveau 3 sont, enfin, totalement inédites, spécialement conçues par et pour le musée du quai Branly. Elles placent le visiteur dans un environnement interactif, sollicitant sa subjectivité à travers des dispositifs comme la projection holographique, le mur d’images ou la visualisation de type immersif. Dix installations multimédia de niveau 3 couvrent ainsi l’ensemble des zones géographiques et des thèmes abordés dans le musée. Par exemple, il est possible de faire l’expérience sensible d’un rituel de divination senoufo grâce à un dispositif scénographique inédit mêlant jeux de lumière, son spatialisé et écrans multiples.

L’information multimédia : un espace dédié Les programmes multimédia de la mezzanine centrale d’informations anthropologiques sont conçus comme des observatoires culturels et scientifiques des peuples et des civilisations présentés dans le musée. Ils couvrent des domaines aussi vastes et variés que l’architecture, la linguistique, les écosystèmes, la géographie et l’anthropologie, qui sont autant d’éléments indispensables à aborder pour envisager la culture de ces peuples. Le visiteur peut exploiter l’arborescence des programmes avec un croisement des entrées pour organiser sa découverte et son savoir comme il l’entend. Tout comme le portail documentaire accessible depuis le site internet, cette mezzanine a bénéficié du mécénat d’Ixis C&B Groupe Caisse d’Epargne. La production multimédia en chiffres La totalité des scénarios sont écrits par des scientifiques et par les conservateurs du musée, aidés des meilleurs spécialistes internationaux, permettant de rapporter au public des chefs-d’œuvre du patrimoine immatériel, des traditions orales, de la musique traditionnelle, ainsi que l’état actuel du travail sur le terrain et dans la recherche. 100 programmes, soit environ 8 heures d’audiovisuel. 20 programmes interactifs. 35 auteurs. 1 781 documents audiovisuels (90 % d’archives et 10 % de création). 192 sources documentaires ou ayants droits différents.

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Timbale sur socle zoomorphe Baga République de Guinée, Afrique occidentale Bois, pigments, peau, cornes d’antilopes Tambour lié aux rituels d’initiation © musée du quai Branly Patrick Gries, Bruno Descoings

photo Nicolas Borel

Les réserves au cœur du musée
Accueillant près de 300 000 œuvres, les réserves ont une place particulière au cœur du projet du musée du quai Branly.

Dès son origine, le projet prévoyait d’associer étroitement les réserves à la vie du musée, dans le cadre de sa politique de rotation des expositions. Singularité dans l’univers muséographique, une partie des réserves se révèle à la vue du public au travers de la Tour de verre de 24 mètres de haut qui abrite sa collection d’instruments de musique et d’une fenêtre ouvrant sur la réserve des œuvres de grande taille. Toutefois, l’enjeu majeur du programme est de rendre à terme l’ensemble des réserves accessible à un public spécialisé, constitué de chercheurs, de scientifiques et d’universitaires. Les 300 000 œuvres sont ainsi entreposées au niveau bas du jardin, sur une surface qui s’étend sur près de 6 000 m2. Les réserves sont desservies par de larges allées qui parcourent les rayonnages mobiles. Une nouvelle conception des réserves La proximité de la Seine a soulevé le problème de la conservation d’objets organiques particulièrement sensibles à l’humidité. Lors de la construction, une véritable fortification souterraine a été mise en place autour des sous-sols du bâtiment. L’ensemble a été rendu totalement étanche au moyen de cuvelages qui protègent efficacement contre les infiltrations du fleuve.

La Tour de verre : la réserve des instruments de musique Point de repère et d’ancrage pour l’ensemble du bâtiment qu’elle traverse de haut en bas, la Tour de verre, réalisée avec le concours de la Caisse des Dépôts et Consignations, représente une des manifestations de la volonté de dévoiler au public les coulisses du musée habituellement dérobées à sa vue. Les quelque 10 000 instruments qui y sont conservés font de la réserve instrumentale un surprenant objet de contemplation : ils baignent dans un subtil mélange d’ombre et de lumière, destinés autant à les protéger qu’à aviver l’imaginaire. Un effet intriguant encore renforcé par des « murmures » musicaux diffusés par les parois de verre, audibles

en s’approchant de la réserve, ainsi que par les écrans : cette programmation multimédia apparaît sous forme de points lumineux concentrant de courtes séquences d’images sur les instruments et leurs techniques de jeu.

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photo Nicolas Borel

Le chantier des collections Une première dans le paysage muséal
Répertorier, cataloguer et nommer les pièces relève bien évidemment des premières missions de conservation d’un musée. Au regard de l’ampleur de ses collections, le musée du quai Branly a adapté une méthode issue des bibliothèques : le chantier des collections.

The Museum System : l’archivage nouvelle génération Développé et édité par la société GallerySystems, The Museum System (TMS) est une base de données informatique spécialement conçue pour les musées, qui permet de cataloguer, d’enregistrer les pièces et de leur assigner une fiche signalétique complète. Le logiciel répertorie aussi les différents mouvements des œuvres, que celles-ci quittent les réserves pour être exposées, qu’elles soient en restauration ou qu’elles soient prêtées à d’autres institutions. Cette dernière fonctionnalité se révèle particulièrement précieuse pour le musée du quai Branly : d’une part, en prévoyant d’exposer l’intégralité des 300 000 pièces à sa disposition sur un cycle de 12 ans, il est nécessaire d’assurer une traçabilité fiable et rapide, et, d’autre part, elle permet de mettre en place une politique de prêts suivie et réactive. Enfin, TMS est accompagné d’un logiciel appelé eMuseum, qui permet la mise en ligne du catalogue complet du musée, réserves incluses : ainsi, l’ensemble de la communauté scientifique et universitaire a accès aux richesses du musée, gratuitement et instantanément.

Le musée du quai Branly a effectué en trois ans un véritable chantier des collections sur les 300 000 œuvres qui constituent son fonds. Cette vaste opération a permis bien sûr de préserver l’intégrité physique des objets confiés au musée, d’organiser les collections, de sauvegarder et d’étendre les données concernant les pièces, mais aussi de réfléchir sur leur statut. Enfin, elle garantit aujourd’hui, grâce à internet, leur accessibilité et leur diffusion internationale, notamment dans leurs pays d’origine. Entamé en 2001 et achevé en 2004, sous la direction de Christiane Naffah, ce chantier, qui a mobilisé 70 personnes, s’est effectué en plusieurs étapes. La chaîne de traitement a commencé avec le récolement puis le prélèvement des collections dans les deux musées d’origine (Musée de l’Homme et musée des Arts d’Afrique et d’Océanie) et s’est terminée par l’installation des collections dans les salles ou leur transfert vers les réserves du musée. Dans l’intervalle, les équipes de restauration ont effectué l’étiquetage des objets par codesbarres, leur archivage sous TMS, les prises de mesure, le dépoussiérage des objets, les prises de vue 2D et 3D (pour 4 000 d’entre eux), ainsi que leur désinsectisation par anoxie (privation d’oxygène).

Donner une nouvelle existence aux objets conservés Ce chantier des collections est une étape majeure du projet par la diversité et la fragilité des pièces traitées, et par les procédés et les techniques innovants qui ont permis son bon déroulement. En outre, au-delà de la rigueur nécessaire à un tel chantier, les travaux ont été conduits dans un réel esprit d’ouverture, de nombreux anthropologues ayant été sollicités pour y collaborer. Les protocoles et les retours d’expériences, consignés en français et en anglais, ont été mis à la disposition d’autres musées. Au-delà de la rationalisation des méthodes de préservation et de conservation des œuvres, une telle démarche présente un intérêt stratégique, intéressant l’ensemble de la communauté scientifique et universitaire internationale : grâce au portail documentaire accessible depuis le site Internet du musée du quai Branly, l’inventaire détaillé et illustré de l’ensemble de ses collections est porté à la connaissance de chacun, où qu’il se trouve dans le monde... De ce fait, les collections, qu’elles soient exposées ou en réserve, restent toujours accessibles et profitent d’une existence virtuelle.

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Laboratoire du chantier des collections, photos Nicolas Borel

Installation de Gulumbu Yunupingu, artiste aborigène australien, photo Ianna Andreadis

Prêts et partenariats Dialoguer et coopérer avec les institutions du monde entier
Exposant des œuvres provenant de quatre continents, le musée est par essence une institution à vocation internationale. Inscrite dans sa politique générale, cette volonté implique naturellement un dialogue riche et constant avec les pays d’origine des collections, ainsi qu’avec les institutions homologues. Grâce à une politique active de prêts, de partenariats et de participations à divers réseaux, le musée se donne les moyens de devenir un acteur à part entière de la communauté internationale.
Outre la participation à la création du GDRI (Groupement de Recherche International), au sein duquel le musée est un membre actif, des partenariats divers et multiples sont tissés. En premier lieu, des coopérations bilatérales – les plus « traditionnelles » – sont mises en œuvre. Dans le cadre de projets d’expositions portés par le musée, il s’agit de coopérations pour une durée donnée, passant par la sollicitation des collections des musées des pays concernés (par le biais de prêts, d’études, de publications) ou par l’implication de personnes-ressources: responsables de collection, chercheurs… Par exemple, le Costa Rica a prêté au musée une sphère diquis, présentée dans le hall d’entrée du musée ; de même, la Nouvelle- Zélande a fait don de photographies de deux artistes contemporains... En retour, le musée met ses collections à disposition de ses homologues grâce à des dépôts ou des prêts d’œuvres à d’autres musées, tels que le Centre JeanMarie Tjibaou de Nouméa, ou dans le cadre de nombreuses expositions internationales telles qu’« Africa Remix », organisée par le Centre Georges Pompidou. Les grands axes de la coopération internationale au musée Par ailleurs, parallèlement à la participation active à divers réseaux européens et internationaux – programme TREEMUS, Groupe des directeurs de musées d’ethnologie européens, réseau ASEMUS, qui rassemble musées européens et asiatiques, Pacific Art Association –, le musée met en place une politique de partenariats de long terme avec divers pays d’origine des pièces qu’il expose. Ainsi en décembre 2005, un accord-cadre signé avec le musée de Tahiti a été reconduit, créant une relation privilégiée entre les deux institutions. Echanges d’expériences, mise à disposition de moyens, de techniques, de formations, ces partenariats durables permettent au musée de construire une relation constructive avec un grand nombre d’établissements et de communautés dans le monde. De nombreuses opérations sont déjà en cours, voire conclues : les plafonds aborigènes australiens font désormais partie intégrante du musée, un Fonds de Solidarité Prioritaire a été mis en place avec l’aide du ministère des Affaires étrangères, impliquant le musée, l’Ecole du patrimoine africain de Porto-Novo, ainsi que 26 musées africains. D’autres coopérations sont actuellement en cours de formalisation. Parmi les pays concernés, on peut d’ores et déjà citer le Mali, la République démocratique du Congo, le Pérou, le Nigeria, l’Ethiopie ou le Viêtnam. Les accords passés avec ces pays permettent de valoriser leur patrimoine, de mettre en place de véritables politiques de préservation ou d’aider le musée à documenter ses propres collections.
Restauration des enveloppes funéraires paracas : un programme de coopération internationale En juin 2008, le musée consacrera une grande exposition aux « enveloppes funéraires », ou fardos, des Paracas, une civilisation du Pérou aujourd’hui disparue. Vieilles de plus de 2000 ans et préservées jusqu’à leur découverte sur des sites de fouilles archéologiques grâce à un climat particulièrement aride, ces pièces textiles font actuellement l’objet d’une restauration prise en charge conjointement par le musée du quai Branly et l’Institut National de la Culture du Pérou. La convention de partenariat, technique et professionnel, permet l’accompagnement sur place, au Pérou, d’une campagne de restauration de ces trésors nationaux supervisée par les conservateurs péruviens avec la collaboration de Danièle Lavallée, chercheur au CNRS et commissaire de la future exposition. Outre la volonté de préserver ce patrimoine unique au monde, ce partenariat vise à établir, sur le long terme, une démarche de mutualisation des connaissances et des savoir-faire entre la France et le Pérou.

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Le salon de lecture Jacques kerchache / La médiathèque, photos Antonin Borgeaud

La médiathèque Entre recherche et savoirs populaires
Héritière de fonds riches et prestigieux, la médiathèque du musée du quai Branly a renouvelé la gestion et la consultation à travers un concept associant accessibilité pour le grand public et projet scientifique de haut niveau.

Installée dans le bâtiment Auvent, la médiathèque s’est constituée à partir des fonds documentaires du Musée de l’Homme et du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie. Un apport conséquent représentant 170 000 monographies, 3 000 titres de périodiques et 580 000 photographies pour le premier, 12 000 monographies et tirés à part, 65 000 photographies pour le second. Le transfert de ces collections a exigé un long et difficile travail de conservation, d’informatisation et de numérisation sur plusieurs années. A ce précieux héritage s’ajoute une politique d’enrichissement permanent des collections, notamment en histoire de l’art, complétée de façon exceptionnelle par des donations ou acquisitions de bibliothèques de chercheurs et collectionneurs. Au cours des deux dernières années, par exemple, la médiathèque a fait l’acquisition d’environ 25 000 ouvrages, en plus des bibliothèques de Jacques Kerchache et de Georges Condominas. Enfin, un fonds très important d’archives et de documentation autour des objets du musée – respectivement 550 et 6 000 dossiers – complète cet ensemble. Des fonds documentaires de référence Les missions confiées à la médiathèque sont à l’image de ses collections. Elle doit en effet répondre aussi bien à la curiosité du grand public que constituer un centre de ressources performant pour les chercheurs travaillant dans de multiples disciplines –ethnologie, bien sûr, mais aussi histoire de l’art, architecture… Pour cela, son

offre de service aux publics se décline en deux niveaux : un salon de lecture inscrit dans le parcours du musée, rassemblant une documentation générale sur les œuvres exposées, leurs pays et civilisations d’origine ; une médiathèque de recherche, mettant à la disposition des étudiants et professionnels des sciences et des arts non occidentaux tous les fonds de référence liés aux thématiques abordées par le musée.

La médiathèque en chiffres Un fonds de 250 000 imprimés, dont 25 000 ouvrages en accès libre 11 km linéaires de magasin Un salon de lecture de 250 m2 et 50 places Une salle de recherche de 1 100 m2 et 180 places sur le toit du musée. Le salon de lecture Jacques Kerchache Le musée rend hommage à l’un de ses principaux initiateurs en baptisant le salon de lecture de la médiathèque du nom de Jacques Kerchache, grand collectionneur français disparu en 2001. Réalisée grâce au mécénat de Sony Europa Foundation, pour l’aménagement et le mobilier, et de M. et Mme Bruno Roger, qui ont pris en charge les frais liés au montage de photographies prises

par Jacques Kerchache ornant le plafond, cette salle de 50 places, équipée d’une machine à lire pour les handicapés visuels, propose 5 000 ouvrages en accès libre dont 500 plus spécialement destinés aux enfants à partir de 7 ans. Une œuvre taïno, le génie du Gayac, prêtée par le musée anthropologique Montane de La Havane, vient habiter le salon Jacques Kerchache pendant la première année du musée. Hommage à une exposition organisée en 1994 par Jacques Kerchache, « L’art des taïnos », qui fut un événement annonciateur de ce que serait un jour la place des arts et civilisations non occidentaux.

Le cabinet des fonds précieux Le cabinet des fonds précieux situé au 5e étage du bâtiment Auvent, offre un espace de travail de 12 places, spécialement conçu pour l’accueil des lecteurs désirant consulter la collection de l’iconothèque (700 000 pièces du négatif sur plaque de verre aux tirages papiers, gravures ou dessins), ainsi que le fonds patrimonial de la médiathèque qui regroupe quelques 40 000 livres rares et précieux, atlas iconographiques et recueils d’estampes. Le cabinet des fonds précieux est accessible sur accréditation et offre la possibilité de rencontrer le personnel scientifique de la médiathèque.

Odile Grandet Directeur adjoint, responsable de la médiathèque

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photo DR

Le portail documentaire, ou l’utilisation des dernières technologies web au service de la diffusion virtuelle des collections
Unique au monde, le musée du quai Branly présente sur Internet l’ensemble de ses collections, au titre de la valorisation de son patrimoine et de sa restitution aux pays d’origine. Outil de découverte et de recherche, le portail documentaire rend accessible un patrimoine exceptionnel sous le nom de «Documentation scientifique» sur Internet et complète encore son offre dans les espaces publics du musée. Cette proposition novatrice est possible grâce au mécénat d’Ixis C&B-Groupe Caisse d’Epargne. Quatre catalogues en ligne Pour la première fois, un musée ouvre les portes de ses réserves et diffuse l’ensemble de son catalogue d’objets, soit plus de 260 000 notices d’objets exposés ou non. Les photographies des objets s’affichent en vignette, diaporama ou plein écran. Des outils permettent de naviguer dans la photographie et de zoomer sur des détails. Le catalogue de l’iconothèque dévoile son extraordinaire richesse grâce aux opérations progressives de numérisation et de catalogage qui donnent une visibilité à plus de 150 000 photographies sur le portail documentaire : notices, images numériques en vignette, diaporama, plein écran ou zoom. A terme, l’ensemble des 700 000 références de l’iconothèque sera diffusée. Le catalogue de la médiathèque comprend près de 200000 références de monographies, périodiques, mais aussi de CD et DVD, catalogues d’expositions ou livres pour enfants. Le portail documentaire précise la disponibilité des ouvrages, propose une inscription ou la réservation d’ouvrages en ligne. Le catalogue de la documentation muséale et des archives met à disposition plus de 100 000 références de documents numérisés, dossiers d’objets et archives. Un rebond lie les notices d’un objet et de son dossier d’objet, diffusées dans deux catalogues distincts. Des modes de consultation spécifiques La consultation se fait par une interrogation sur un seul catalogue ou en combinant deux, trois ou l’ensemble des sources par une recherche fédérée, qui est une innovation du musée du quai Branly. Une recherche guidée permet de sélectionner un groupe d’objets : instruments de musique, textiles, nouvelles acquisitions, etc. Plusieurs modes de recherche ont été développés : une recherche rapide sur le modèle d’Internet, une recherche simple pour saisir un seul mot-clé. La recherche experte, qui croise plusieurs mots dans plusieurs critères de recherche, s’adresse à un public de professionnels. Les internautes peuvent également affiner une recherche, à partir de résultats trop nombreux ou partiellement satisfaisants. Grâce à des technologies novatrices, le portail documentaire est un outil dynamique, qui présente les collections dans leur dernier état d’enrichissement, puisqu’il est quotidiennement remis à jour. L’accès aux outils documentaires Des outils d’aide à la recherche ont été établis pour sélectionner un nom de personne dans une liste alphabétique, un toponyme dans la liste hiérarchisée (thesaurus) organisée à partir des noms de continents. Pour apprécier textiles ou instruments de musique, un classement hiérarchisé (thesaurus) qualifie les objets d’un terme scientifique. Le portail documentaire propose des outils de sauvegarde de résultats : impression, téléchargement, transmission par courriel, sélection de notices en panier. Un historique recense les recherches effectuées, les dernières notices et les dernières listes de résultats consultées. Des contenus complémentaires dans les espaces publics du musée Dans le respect de la loi d’auteurs DADVSI, le portail documentaire permet l’accès aux documents sonores et audiovisuels depuis les postes publics de la médiathèque.En salon de lecture Jacques Kerchache, les visiteurs consultent une sélection de titres définie selon la programmation des expositions temporaires. Dans la médiathèque d’étude et de recherche, les lecteurs accèdent à l’intégralité des 3 000 titres de CD et DVD. Les espaces de la médiathèque bénéficient également de la mise en ligne de ressources électroniques sélectionnées pour leur qualité et leur spécialisation : encyclopédies, revues et bases de données numériques, liens Internet vers des bibliothèques et des musées. Les programmes à venir Le portail documentaire a vocation à s’enrichir, pour diffuser l’ensemble des ressources scientifiques produit ou recensé par les équipes du musée du quai Branly. La sélection se fera avec les équipes des départements de la recherche et de l’enseignement d’une part et du patrimoine et des collections d’autre part. Afin de proposer des projets aussi riches que novateurs, le portail documentaire pourra s’associer à des partenaires dont les valeurs technologique et scientifique sont reconnues.
Les mises en ligne innovantes du portail documentaire L’ensemble de la collection des objets L’ensemble des catalogues des collections La recherche fédérée Les rebonds entre catalogues Le portail documentaire en chiffres 268 504 notices d’objets 159 204 notices de photographies de l’iconothèque 137 996 notices de la médiathèque et leurs multiples exemplaires 6 676 notices de dossiers d’objets et d’archives et leurs nombreux documents 3 068 documents sonores et audiovisuels

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Les Rendez-vous du salon de lecture Jacques Kerchache
Pour découvrir l’actualité des collections, de l’édition ou des documents rares et précieux, les Rendez-vous constituent un moment privilégié avec un commissaire d’exposition, un ethnologue, un artiste, en français essentiellement, mais aussi en langue des signes.
Les Rendez-vous sont prévus pour aiguiser la curiosité du public, faire découvrir les nouvelles parutions, sensibiliser les visiteurs à des domaines qu’ils ne connaissent pas comme l’ethnologie ou le patrimoine immatériel. Ils s’adressent à tous les publics, amateurs et connaisseurs, ceux du musée ou ceux de l’extérieur qui viennent spécifiquement aux Rendez-vous. Ce sont des rencontres, des petites conférences, des séances d’écoute de musique de courte durée : une heure en tout avec une partie consacrée aux questions et aux discussions avec les participants, en lien avec l’actualité du musée, avec des manifestations culturelles en France, internationales ou avec un événement majeur. Les Rendez-vous sont organisés, pour certains, selon le calendrier des manifestations nationales. Le salon de lecture Jacques Kerchache participe notamment : aux Journées du Patrimoine, à Lire en Fête, au Printemps des poètes, à la commémoration de l’abolition de l’esclavage, etc. Les signatures de livres sont avant tout des rencontres avec des auteurs, des chercheurs, des commissaires d’exposition qui présentent leur ouvrage et discutent avec les visiteurs. Le salon de lecture a ainsi reçu des commissaires d’expositions, les auteurs des catalogues, des responsables de musée, des personnalités ou des auteurs et illustrateurs de livres pour enfants. Au plus près des objets : une série de rencontres se fait à partir d’objets des collections, soit des œuvres exposées dans la salle ou une pièce sortie des réserves. L’art contemporain au salon prend plusieurs formes : les rencontres avec des artistes, des intervenants venant raconter leur expérience internationale, des projections

de vidéo, la découverte de créations artistiques contemporaines du monde entier. Pour le jeune public, le salon organise une manifestation ponctuelle chaque année. En 2007, le salon a accueilli une exposition d’objets, gravures, fixés sous verre et sculptures en papier mâché réalisée par Albert Lemant, graveur, auteur et illustrateur et Kiki Lemant, plasticienne. Destinée aux enfants et aux adultes, cette exposition se présente comme un muséum imaginaire et pose, dans un langage plastique poétique humoristique et parfois dramatique, la question de la colonisation et celle de la disparition des civilisations et des espèces. LSF : les Rendez-vous sont pour la plupart transcrits en langue des signes.

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photo DR

La recherche et l’enseignement Une mission majeure du musée du quai Branly
Le musée du quai Branly a vocation à être un lieu de production et de diffusion de la connaissance scientifique. Ses objectifs : susciter des travaux de recherche originaux, offrir des enseignements destinés à des étudiants de troisième cycle, promouvoir la diffusion des connaissances scientifiques et développer des outils innovants d’aide à la recherche. Son champ de recherche : l’anthropologie et l’histoire des arts.
Le Groupement de recherche international (GDRI) Le musée s’est associé au CNRS pour créer un réseau international de recherche scientifique interdisciplinaire de haut niveau, consacré au développement et à la diffusion des études anthropologiques et historiques sur les arts. Le GDRI, dont la durée est de 4 ans renouvelable, regroupe des institutions de plusieurs pays qui se sont accordées pour développer des projets scientifiques communs et qui prennent toutes part au financement de ce groupe. Deux instances de contrôle et de sélection, le Comité de gestion scientifique et le Comité de pilotage, l’encadrent. Les 15 partenaires : le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le musée du quai Branly, l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), l’Université Paris-X Nanterre, l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, le ministère de la Culture et de la Communication, l’Université de Provence Aix-Marseille-I, l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), le Collège de France, l’Ecole normale supérieure, l’Université d’East Anglia (Grande-Bretagne), l’Université de Californie (Etats-Unis), l’Université de São Paulo (Brésil), le Staatliches Museum für Völkerkunde (Allemagne), l’Instituto Nacional de Antropologia e Historia (INAH, Mexique).

Le département assure, en collaboration avec les responsables du patrimoine et des collections du musée, l’interface entre le musée, les institutions de recherche et d’enseignement et la communauté des chercheurs et des universitaires français et étrangers. Résolument tourné vers la scène internationale, il est un lieu d’accueil pour les étudiants, les chercheurs, les universitaires et les conservateurs. Il entend favoriser le dialogue entre anthropologie, histoire et histoire de l’art et recouvre un large spectre de disciplines. L’anthropologie et l’histoire des arts est le champ de recherche qu’il privilégie. Cet axe porte plus particulièrement sur les voies par lesquelles une pratique ou une production vient à être appréhendée et catégorisée comme une chose appelant un type particulier d’attitude émotionnelle et cognitive. S’il favorise les projets de recherche en lien avec les cultures non occidentales, il reste ouvert aux projets intégrant les cultures européennes, en particulier dans une démarche comparative. Un triple dispositif de recherche L’activité de recherche repose sur une structure souple centrée sur l’accueil, pour des périodes limitées, de projets individuels ou collectifs portés par des chercheurs non permanents. Elle repose sur trois axes : Le Groupement de recherche international (GDRI) « Anthropologie et histoire des arts ». L’accueil de chercheurs invités et de projets de recherche individuels orientés vers l’étude des collections et la muséologie. Le musée met une partie de ses ressources à la disposition de chercheurs français ou

étrangers présentant un programme de travail centré sur l’étude des collections, des institutions muséales et des pratiques de collection. Les chercheurs reçus dans ce cadre bénéficient de postes d’accueil pour des périodes de 1 à 3 mois. Un programme de « chercheurs invités » permet d’accueillir au musée pendant quelques mois une personnalité étrangère du monde scientifique. Ce chercheur dispose des collections et des outils du musée pour approfondir ses recherches et assure un cycle de conférences présentant ses travaux. La production d’outils d’accompagnement de la recherche. Afin de faciliter l’accès à des connaissances trop longtemps réservées à un cercle fermé de spécialistes, le département développe des outils d’aide à la recherche : base de données, outils multimédia, applications innovantes en sciences humaines. Le musée comme plateforme d’enseignement Le musée accueille des enseignements en lien avec ses collections ou correspondant aux orientations scientifiques retenues. Dans ce cadre, il est lié par convention à 8 établissements d’enseignement supérieur auxquels il ne se substitue pas. Sa politique est tout à la fois de localiser au musée des enseignements délivrés par ces établissements et de mettre à leur disposition des personnels du musée. La validation des diplômes est de la compétence exclusive de l’établissement partenaire. Destinés aux étudiants de master et aux doctorants, ces enseignements prennent la forme de séminaires spécialisés dans les domaines de l’ethnologie, de l’histoire de l’art, de l’archéologie, de la muséologie,

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etc. Le musée accueille annuellement une quarantaine d’enseignements, plus de soixante-dix professeurs et plus de troiscents étudiants par semestre. Etablissements partenaires : Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Ecole du Louvre, Ecole normale supérieure, Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, Université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, Université Paris X–Nanterre, Université Paris-Sud XI, Institut des langues orientales (INALCO). Les manifestations scientifiques Le département de la recherche et de l’enseignement organise,seul ou en collaboration, diverses manifestations –journées d’étude, conférences et colloques – qui permettent de restituer l’avancement des recherches et de diffuser la connaissance auprès d’un public plus ou moins spécialisé. Des cycles de conférences sont organisés conjointement avec plusieurs universités ou assurées par les chercheurs invités. Chaque année, deux colloques internationaux ont lieu sur des problématiques liées au champ de recherche retenu. Il porte en 2007 sur les rapports entre l’anthropologie et l’histoire de l’art, et est réalisé conjointement par le musée, l’INHA et le CFHA (Comité français d’histoire de l’art). Les publications scientifiques La diffusion de la connaissance est assurée par le développement d’une politique éditoriale scientifique. Le département de la recherche et de l’enseignement met en place des accords éditoriaux qui permettront de publier une série d’ouvrages consacrés à l’anthropologie et l’histoire des arts non occidentaux. Une politique d’édition scientifique en ligne est également développée : les revues des sociétés savantes sont progressivement mises en ligne sur le site Internet du musée et des collaborations avec des portails de revues en sciences humaines sont favorisées. La publication semestrielle de la revue Gradhiva permet enfin de faire connaître des travaux récents d’anthropologie et de muséologie.
Gradhiva : une revue scientifique réputée Fondée en 1986 par Michel Leiris et Jean Jamin, la revue Gradhiva est publiée depuis le premier semestre 2005 par le musée du quai Branly. Cette revue semestrielle se présente comme un lieu de débat sur l’histoire et les développements actuels de l’anthropologie et de la muséologie. Fondée sur des études originales et sur la publication d’archives et d’une riche iconographie, elle est ouverte à de multiples disciplines : l’anthropologie, la muséologie, mais aussi l’histoire de l’art, l’histoire, la sociologie, etc. Chaque numéro se décline généralement en un certain nombre d’articles inédits, un dossier thématique, des documents et des comptes rendus. Le comité de rédaction de la revue d’une douzaine de membres sélectionne les propositions et veille à la cohérence scientifique de la publication. Numéros parus : n°1 : Dossier « Haïti et l’anthropologie » n°2 : Dossier « Autour de Lucien Sebag » n°3 : Dossier « Du Far West au Louvre : le Musée indien de George Catlin » n°4 : Dossier « Le Commerce des cultures » n°5 : Dossier « Sismographie des terreurs. Traumatisme, muséographie et violences extrêmes » Le soutien aux jeunes chercheurs Un Comité d’évaluation scientifique attribue chaque année plusieurs bourses doctorales et post-doctorales, pour une durée d’un an, à des travaux avancés relevant de plusieurs disciplines et en lien avec le champ de recherche de l’anthropologie et l’histoire des arts non occidentaux. Les jeunes chercheurs reçus dans ce cadre bénéficient de postes de travail et participent à la vie du musée. Chaque année, le Comité d’évaluation scientifique décerne aussi un prix de thèse contribuant à la publication d’un travail de doctorat remarquable soutenu l’année précédente et concernant le champ de recherche retenu. L’hébergement des sociétés savantes Le musée du quai Branly héberge quatre sociétés savantes* concernées par les collections et les domaines d’activité du musée, auparavant domiciliées au Musée de l’Homme. Ces sociétés regroupent de nombreux chercheurs et étudiants spécialisés sur des aires culturelles. Elles divulgent une connaissance spécialisée par la voie de conférences et de publications, souvent de revues scientifiques. *(la société des Africanistes, la société des Américanistes, la société des Euro-Asiatiques, la société des Océanistes)

Anne-Christine Taylor Directeur Marcel Skrobek Directeur adjoint

Le projet TREEMUS (Tool for researching European Ethnographical Museums) Le musée est à l’initiative d’un projet européen associant plusieurs institutions muséales à l’échelle européenne. Il a pour objectif la mutualisation des bases de données numériques des collections de musées européens d’ethnographie. On peut estimer le patrimoine extra-européen de l’ensemble des musées d’Europe à entre 5 et 10 millions d’objets. Or, la mutualisation des catalogues numériques, leur documentation et leur mise en ligne nécessitent le développement de solutions inédites adaptées à cet immense corpus, à savoir le développement d’outils d’interrogations capables de gérer l’hétérogénéité des thésaurus. Ce projet implique une innovation dans les technologies de l’information appliquées aux sciences humaines, s’appuyant sur les recherches les plus actuelles menées, notamment au CNRS, dans le domaine de l’ingénierie sémantique.

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photo Antonin Borgeaud

Une institution culturelle aux multiples facettes
Une offre culturelle en mouvement page 43 Théâtre, danse et musique page 44 Des conférences et colloques page 46 Les publics page 48 Activités culturelles visites page 50 Activités culturelles ateliers page 52 La politique éditoriale page 55 Le mécénat page 56

Ornement de poitrine Naga Inde, Nagaland XIXe - XXe siècle Laiton Don Monique et Jean-Paul Barbier-Mueller © musée du quai Branly photo Patrick Gries, Valérie Torre

Masque cimier zoomorphe Sogonin kun Ciwara kun Bamako, Mali, Afrique occidentale Bamana Avant 1931 Bois, pigments © musée du quai Branly photo Patrick Gries, Bruno Descoings

photo Ianna Andreadis

Une offre culturelle en mouvement
La vie du musée du quai Branly est rythmée par de multiples expositions temporaires de plus ou moins longue durée, destinées à mettre en perspective ses collections sous des angles sans cesse renouvelés et faire partager au public les trésors provenant d’autres institutions internationales ou les créations d’artistes contemporains.
Les expositions temporaires Le musée comporte trois espaces dédiés aux présentations temporaires. Le premier et le plus important est situé au rez-dejardin : la galerie Jardin de 2 000m 2 accueille chaque printemps et chaque automne deux expositions consacrées aux cultures traditionnelles ou aux artistes contemporains. Par ce dialogue permanent, les visiteurs sont invités à passer d’une exposition à l’autre et à s’enrichir de l’expérience de cultures, d’époques ou de visions différentes. Ces expositions sont constituées à partir des objets des collections et de prêts venus du monde entier. Les expositions d’anthropologie C’est au niveau du plateau des collections que se trouve le second espace d’expositions temporaires. Sur une surface de 800m2, la galerie suspendue Ouest propose des présentations exceptionnelles de longue durée – dix-huit mois – consacrées aux thèmes majeurs qui structurent les relations entre les hommes. A travers des scénographies originales, ces expositions d’anthropologie encouragent le visiteur à la réflexion sur des questions universelles : créer, croire, initier, grandir, conquérir… Après « Qu’est-ce qu’un corps ? », proposé par l’ethnologue et cinéaste Stéphane Breton, qui compare les différentes façons de penser le corps à travers ses représentations, la galerie Ouest accueille « Planète Métisse » de mars 2008 à janvier 2009. Conçue par Serge Gruzinski, directeur de recherche au CNRS et spécialiste international du Nouveau Monde, l’exposition interroge le phénomène du métissage, au-delà de la notion de mélange biologique. Elle questionne l’imaginaire des visiteurs au cours d’un parcours qui fait dialoguer les objets entre eux, du XVe siècle à nos jours. « To mix or not to mix » ? Cette exposition sur les objets et les arts métis attire l’attention sur ce que les peuples et les individus ont inventé à l’interface des sociétés et des civilisations, entre nord et sud, est et ouest. Les expositions « dossier » Sur les 600m2 de la galerie suspendue Est, des expositions au concept original sont proposées. Elles se focalisent sur des sélections d’œuvres issues des collections du musée pour les révéler sous un angle particulier. La saison 2007-2008 s’ouvre sur les aventures extraordinaires de « L’aristocrate et ses cannibales, avec Le voyage en Océanie du comte Festetics de Tolna (1895-1898) ». L’exposition, dont le commissariat est assuré par Roger Boulay, spécialiste des collections océaniennes auprès de la Direction des musées de France, est conçue comme une chronique de voyage. Autour de 12 escales choisies au long du récit du Comte hongrois Festetics de Tolna, le visiteur parcourt les aspects significatifs du contexte idéologique, ethnographique, historique et imaginaire du Pacifique, à la fin du XIXe siècle. Un parcours pédagogique spécifique est proposé aux enfants, pour cette exposition aux allures de chasse au(x) trésor(s)…
du 30 octobre au 25 novembre 2007 A l’initiative du musée du quai Branly, Photoquai est une « biennale des images du monde » qui propose de faire découvrir à un large public la photographie d’aujourd’hui à travers une sélection de photographes non occidentaux, dont le point de vue s’éloigne des visions exotiques, ou des images traditionnellement véhiculées par l’Occident. Parallèlement aux expositions en extérieur – sur les quais de la Seine –, et à l’intérieur d’institutions partenaires – du musée d’Art Moderne de la Ville de Paris à l’Institut du monde arabe –, Photoquai propose plusieurs expositions photographiques aux visiteurs du musée du quai Branly. Ces expositions sont consacrées à différentes formes de la photographie : la photographie contemporaine est mise en regard de la photographie patrimoniale dans la galerie suspendue Ouest du musée, avec une double exposition consacrée à la néo-zélandaise Anne Noble d’une part « Ruby’s Room », et aux daguerréotypes des collections photographiques d’autre part. Proposées en face l’une de l’autre, ces expositions jouent sur le contraste des formats, des couleurs, et des techniques. Une troisième exposition du musée du quai Branly a lieu « hors les murs », dans le prestigieux pavillon des Sessions situé au musée du Louvre : y est exposé, en regard des objets, le portfolio que Walker Evans a consacré à l’art africain en 1935. Le musée du quai Branly en détient le seul exemplaire qui soit monté complet en Europe.

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Théâtre, danse et musique ou l’Afrique, l’Asie, l’Océanie et les Amériques aujourd’hui
Elément essentiel du dispositif muséographique, la programmation valorise différentes formes d’expression traditionnelles et contemporaines.
La programmation Arts vivants 2007-2008 du théâtre Claude Lévi-Strauss est proposée par Alain Weber, conseiller de programme du musée. Dans une tentative d’aborder les grandes traditions et cultures de notre monde, d’en percevoir les liens et les prolongations dans notre univers actuel, la nouvelle saison de programmation du théâtre Claude LéviStrauss a comme point d’ancrage la thématique du corps. Autour de cette programmation,le musée s’enrichit chaque mois de petites formes musicales, les salons de musique, dédiés aux musiques traditionnelles. Le but est de restituer une écoute plus intime correspondant à des musiques anciennement jouées dans les salons des princes d’Orient et d’Asie, ou sur quelques places de villages en Afrique ou en Amérique latine. Le musée inaugure aussi une forme de transmission particulière des grandes traditions musicales ou dansées, à travers les « master class » de musique, danse, arts plastiques, conduits par de grands artistes venus de différents horizons. spectacle – se sont banalisés au profit d’une fonction sportive, érotique ou de simple parure esthétisante selon des critères de mode, bien éloignés de l’imagination fertile des sociétés traditionnelles. Le corps, comme réceptacle de l’âme ou support de la parure, peut être habité, divinisé, transfiguré, possédé, animalisé, martialisé. Il peut transgresser la nature ou l’imiter, il peut se peindre, se tatouer, se transformer, devenir lui-même une entité culturelle différentielle et personnalisée. Cette programmation - à travers musique, danse, défilés de mode, arts martiaux et acrobatiques, masques et marionnettes, théâtre d’ombres, cérémonies de possession ou ateliers de dessin - s’ouvre à l’Inde ancienne et à son culte ancestral du serpent, jusqu’à rejoindre le hip-hop, expression urbaine du corps. Finalement, les différents aspects de ritualisation du corps ont tous en commun cette manière d’atteindre l’éternité par l’éphémère, cette possibilité de devenir l’Autre pour un instant. Cycle 1 • du 18 au 30 décembre 2007

photos Caroline Rose

Le miroir du corps
Trois cycles différents permettent de découvrir des spectacles chorégraphiques traditionnels et contemporains, des conférences, des films et divers événements abordant successivement le corps animal, le corps miroir du féminin et le corps acrobatique. Premier outil d’expression de l’homme avec la voix, le corps a perdu dans notre monde moderne beaucoup de ses rôles et de ses identités. Malgré un intérêt constant pour l'apparence, le corps n’est plus la première référence d’une identité sociale codifiée. Ses modes d’expression – sauf peutêtre dans l’espace chorégraphique du

Le corps animal
Il renvoie au chamanisme et aux besoins premiers de l’homme de s’accaparer la force et la puissance de l’animal, de l’imiter, de le diviniser. L’homme, en souvenir des temps totémiques, aime imiter la félinité. Que ce soit avec les anciens hommes léopards des ethnies Efik et Efo et les masques Abakwas qui nous entraînent de Cuba au Nigeria, ou les enfants du Karnataka qui redessinent leur corps en celui d’un tigre ou d’une panthère. La peinture corporelle est à la fois une marque de l'éphémère et une irruption du sacré.

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Le motif dessiné sur le sol parfait la ritualisation de l’espace : le kolam, peinture éphémère réalisée à l’aide de farine de riz et de différents ingrédients colorés, devient le centre du rituel du serpent Naga, véritable divinité au Kerala en écho aux mythes fondateurs de l’Asie. La danse se lie à l’image dessinée sur le sol avec la renaissance de la danse Simanagdini d’Uma Murali Krishna, qui, lors de l’exécution de la danse classique Kuchipudi, dessine un lion avec ses pieds sur le sable. Et puis, il y a cet autre rapport de l’image et du mouvement, du corps devenu fantomatique à travers la pratique du Théâtre d’ombres cambodgien, tel qu’il est proposé par la troupe Sovannah Pumh et leur « Vie sauvage des animaux ». Cycle 2 • du 12 au 23 mars 2008

possède le privilège de la nature, lieu de survivance de l’animalité et du sacré. La féminité justifie le travestissement, le transcende. Héritier d’une longue tradition où masculin et féminin s’interchangent dans la tradition théâtrale asiatique, le danseur taïwanais Lee Ming Cheng, avec sa troupe Body Expression Dance pose un nouveau regard, raffiné et comique, sur le croisement des pôles masculin et féminin. b • Le corps parure En Asie, on peut assister à une approche très différente de la mode notamment avec le couturier Dongak de la République de Touva qui dans un défilé où le chant diphonique et la danse interviennent, propose une véritable épopée de la parure et du costume comme un élément clé de civilisation, un langage visuel, un signe d'appartenance à une tribu. C’est le même raffinement que l’on retrouve dans les fameuses marionnettes de Mandalay qui, dit-on, furent envoyées par les dieux afin de ne pas braver l’interdiction ancienne pour l’être humain de s’exhiber sur une scène. Cycle 3 • du 18 au 29 juin 2008

instant irréel, subterfuge de pouvoirs surnaturels. Du magnifique rituel magique et acrobatique des « Masques de la lune », exprimant le monde animal et éclairé seulement par une pleine lune reflétant la lumière du soleil jusqu’au hip-hop de BBoy et Last 4 one, ensemble coréen affirmant le hip-hop comme un nouveau langage du corps planétaire, c’est bien cette même tentative de sublimation de notre condition humaine qui, finalement, s’exprime.

Le corps miroir du féminin
a • Le corps travesti : La féminité sans la femme Cette thématique aborde le travestissement rituel en Birmanie (Myanmar) avec la présentation pour la première fois de la cérémonie des médiums travestis Naq-Pwe. Dans un processus d’inversion, le corps masculin transgresse sa nature et s’approprie,ou met en valeur, le mystère d’une féminité à la fois proche et inaccessible. Le surnaturel prend place dans la cérémonie du Naq-Pwe : le Naq-kadaw, pour incarner l’esprit du Naq qui a décidé de « l’épouser », devient la poupée fragile d’un autre monde. Elle s’affaire, délicate, maquillée à l’extrême, car le Naq-Pwe est un véritable défilé de l’au-delà. Le Naq Pwe nous rappelle, comme dans le chamanisme, comment le féminin

Le corps en mouvement : Arts martiaux et acrobatiques
Paradoxalement, c’est par le corps que l’homme tente de dépasser son enveloppe charnelle en allant au-delà du possible. L’homme va tenter, par un nouveau mimétisme animal, de s’approprier la force d’un héros divin, comme dans l’art martial du Kalaripayat du Kerala, censé être l’art martial le plus ancien au monde. Dans une approche acrobatique, le corps tente de recréer par la performance un

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photo Caroline Rose

Des conférences et colloques
Le musée du quai Branly a pour vocation de développer la connaissance des arts et civilisations non occidentales. Parallèlement aux collections et aux expositions temporaires, la proposition de découverte est soutenue tout au long de l’année par des colloques et des séminaires, destinés au plus grand nombre ainsi qu’à des publics de spécialistes.

Une Université populaire, des rendez-vous publics Gratuite, ouverte à tous, en accès libre, l’Université populaire du quai Branly transmet la connaissance grâce à des témoins majeurs de l’histoire contemporaine et des cours magistraux en plusieurs langues sur l’histoire mondiale des colonisations. Elle rassemble les principaux intellectuels de différents pays autour de grandes controverses publiques sur l’universel, et suscite le dialogue sur la diversité et l’altérité. Le lieu où elle se déroule dans le musée du quai Branly est le Théâtre Claude Lévi-Strauss, propice au « théâtre des idées », le rêve du grand metteur en scène Antoine Vitez. Rapprocher le grand public, les artistes et les intellectuels, participer à la formation permanente des adultes, tels sont les buts de l’Université populaire du quai Branly. Dans un esprit de partage et de respect des autres, historiens et chercheurs de toutes les nations, artistes, créateurs, anthropologues et philosophes délivrent leurs outils de connaissance et de pensée pour comprendre en public le sens du monde qui s’annonce et participer au tumulte des idées. Catherine Clément, philosophe, romancière, auteur d’essais sur l’anthropologie et la psychanalyse, pilote l’Université populaire du quai Branly. Suivis par un public attentif et assidu, les différents cycles de la première saison sont reconduits pour la seconde saison. Amorcée la première année avec un parcours géographique – du Portugal au Japon –, l’histoire mondiale de la colonisation continue avec des événements

clefs dont les historiens nous font le récit: depuis la controverse de Valladolid au XVIe siècle (les Indiens d’Amérique sontils des hommes ou des bêtes ?) jusqu’à la partition des Indes britanniques au XXe siècle (1947, un demi million de morts en Inde et au Pakistan, première catastrophe humanitaire de l’après-guerre) en passant par le Congrès de Berlin qui répartit l’Afrique entre les pays colonisateurs européens en 1885, ou encore la fin du califat avec la chute de l’empire ottoman en 1924, nous racontons la même histoire interminable.

Les controverses sur les articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme se poursuivent sur des points essentiels comme les droits des enfants et des animaux, le consentement dans le mariage, les frontières, la liberté de conversion, le rôle des parents dans l’éducation. Ce cycle s’achève le 10 décembre 2008, le jour du soixantième anniversaire de l’adoption de la Déclaration. Porteurs d’une expérience universelle et portés par leur biographie, les « grands témoins » de cette année sont ethnologues, ethno-psychologues, écrivains, ou représentants des peuples autochtones.
Abdelwahab Meddeb, André Comte-Sponville, Bruno Latour, Danièle Sallenave. Les grands témoins Chaque mois, l’Université populaire du quai Branly propose la rencontre avec les « grands témoins », porteurs d’une rare expérience biographique et de la « parole sûre», selon une expression africaine. Pour faire connaissance avec ces parcours exemplaires, Laure Adler ou Hubert Prolongeau ainsi que Catherine Clément ont avec chacun d’eux une libre conversation en public sur une durée de deux heures. Quelques-uns des invités de la saison 2007-2008 : Françoise Héritier, ethnologue ; Bernard Pingaud, écrivain ; Tobie Nathan, ethno-psychologue et romancier, Sékou Ogobara Dolo, chef des guides officiels du pays Dogon au Mali.

Une Histoire mondiale de la colonisation Ce cycle aborde pour sa nouvelle saison des thématiques transversales à l’histoire mondiale de la colonisation. Ainsi sont traités par des historiens reconnus, spécialistes de ces questions : la controverse de Valladolid, les compagnies marchandes européennes, la conquête de l’Ouest aux Etats-Unis, l’invention des routes du Pacifique, l’expédition du Mexique, l’Exposition coloniale de 1931, le congrès de Berlin, la guerre des Boxers en Chine, la fin du Califat, les conférences internationales de Brazzaville à Bandung, la partition des Indes britanniques. Les grandes controverses sur l’Universalité Adoptée par l’ONU en 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pose des problèmes d’application

concrète dans de nombreuses régions du monde. Depuis septembre 2006, chaque article de la Déclaration fait l’objet d’une controverse entre deux personnalités exprimant des points de vue antagoniques sur la défense ou la critique de ces règles universelles. Pour sa deuxième saison, les controverses abordent, entre autres, les difficiles questions de l’esclavage aujourd’hui, des critères actuels de la torture, de la protection et de la sûreté des personnes, du mariage librement consenti, des conflits surgissant à cause des frontières, de la répartition des responsabilités entre état et parents dans l’éducation. Avec Xavier Emmanuelli, Florence Weber, Souleymane Bachir Diagne, Mireille Delmas-Marty, Roger-Pol Droit, Claire Brisset, Philippe Descola, Marc Augé, Geneviève Fraisse, Christophe Jaffrelot, Alban Bensa,

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Statuette anthropomorphe Iles Nicobar (Golfe du Bengale). Fin XIXe-début XXe siècle. Ancienne collection André Breton © musée du quai Branly photo Patrick Gries, Bruno Descoings

Sensibiliser les publics à l’égalité entre les cultures
Havre pour des milliers d’objets et de documents racontant la vie et les cultures du monde, le musée du quai Branly est aussi une maison de restitution conçue pour rendre hommage aux pays d’origine des collections, pour rendre intelligibles et sensibles aux Européens des pans entiers de l’histoire et des arts de l’Humanité, pour enfin rendre accessible cette richesse à tous, avec une attention particulière pour les personnes handicapées ou connaissant des difficultés sociales.
Appel à la découverte et à la reconnaissance de l’égalité entre les cultures, le musée privilégie une pluralité de regards – scientifiques, poétiques, analogiques… – placés sous le signe du partage et du respect. Accueillir le plus large public Cette ambition se traduit notamment dans tous les dispositifs d’accueil du public qui sont, par exemple, accessibles en plusieurs langues : français, anglais, espagnol, ainsi qu’en allemand pour les audioguides. L’audioguide du musée du quai Branly est le résultat d’un travail de fond sur les contenus et les formats. Adapté à la variété des publics, il propose une première sélection d’œuvres sur lesquelles poser son regard. L’audioguide du musée du quai Branly permet au visiteur de se « plonger » dans une ambiance sonore en résonance avec les objets présentés, grâce à un travail proche du « mix radiophonique ». Le commentaire invite le visiteur à mieux regarder les œuvres, en maintenant un lien constant entre les objets –formes, techniques, matières – et les explications délivrées. Les équipements, parcours, animations et services ont été pensés pour favoriser le confort des visiteurs, la simplicité et la qualité de leur expérience. Les fonctions d’information, de conseil et d’initiation à l’histoire et la culture des collections sont particulièrement travaillées à travers un système muséographique multimédia original et un programme complet de visites, conférences, ateliers, dossiers à consulter sur place ou bien en ligne.

photo Nicolas Borel

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Un lien privilégié avec les visiteurs originaires des pays des collections Afin de créer un lien constructif avec les personnes issues des pays d’origine des collections – objectif figurant au cœur de ses missions –, le musée veille à nouer des relations privilégiées avec elles. Visiteurs attendus, ils deviennent aussi les acteurs de certaines manifestations conçues par le musée en intervenant dans les débats et conférences et en faisant partager au public leurs savoirs et pratiques culturelles (visites contées, ateliers de musique…). Dans la même perspective, ces publics privilégiés sont associés à la vie du musée par la tenue exceptionnelle, dans le bâtiment ou le jardin, de grandes fêtes rituelles, coproduites avec les associations communautaires. Une attention marquée aux personnes handicapées et aux publics en difficulté sociale Dès sa conception, le musée s’est engagé en faveur de l’accueil des personnes présentant un handicap, ce qui se traduit concrètement dans l’architecture et le fonctionnement du bâtiment : des accès dégagés à ses abords, de larges couloirs de circulation et des zones de repos ont été aménagés dans cette perspective. La Rampe, longue pente douce, permet d’accéder du hall d’entrée au plateau des collections par une déambulation autonome et non discriminable. Cet engagement se retrouve également dans la muséographie, donnant une large part aux approches multi-sensorielles telles que celles proposées par la Rivière, et fait appel à des bas-reliefs, à des objets tactiles et des écrans multimédia pour offrir une expérience des collections et des expositions plus riche que les seules visions et auditions. Parallèlement, des actions sur le long terme sont menées avec des associations, des centres de loisirs et des éducateurs, afin d’élaborer des programmes permettant d’ouvrir les portes du musée aux publics connaissant des difficultés sociales et de les impliquer dans ses activités.

La place du jeune public et des étudiants Par la nature même de ses collections, le musée du quai Branly représente un lieu d’émerveillement et d’apprentissage pour les enfants. Pour cette raison, le musée conçoit spécialement pour eux des ateliers de pratiques artistiques, des visites contées et des propositions ludiques pour découvrir ses œuvres, en famille comme avec la classe. En dehors de la visite, le musée met à la disposition des écoles des dossiers pédagogiques qui s’articulent sur les programmes scolaires, tant dans le champ artistique que dans celui des sciences humaines. Le site Internet propose par exemple des dossiers sur les surréalistes ou les explorateurs européens, de la Renaissance au XXe siècle, livrés clés en main avec textes, images et cartes. Aux étudiants, le musée propose un campus dynamique, où la médiathèque et l’enseignement dispensé sur place constituent d’importantes ressources pour leurs travaux. Ils sont également largement associés aux activités d’initiation et d’éducation, ainsi qu’aux débats, conférences et rencontres régulièrement organisés dans l’auditorium.

photo DR

La Rivière : une nouvelle expérience esthétique et informative Serpentant sur 200 mètres à travers le plateau des collections, le dispositif de la Rivière combine 19 modules vidéos, bas-reliefs, textes incrustés dans un long meuble de cuir. Proposition muséographique inédite et accessible à tous, en particulier aux personnes non-voyantes, malvoyantes ou se déplaçant en fauteuil roulant, la Rivière n’expose aucun objet réel mais toujours des transpositions d’observations et d’interprétations multiples du monde, provenant d’ethnologues ou d’habitants des quatre continents mis à l’honneur au musée. Divisée en trois parties, la rivière met en scène une variation sur la notion de lieux, tels qu’ils sont recensés (lieux de la découverte), habités (lieux des hommes) ou rêvés (lieux sacrés), de la Mongolie à l’Amazonie, de la Chine au Sénégal... En découvrant la carte du voyage des âmes après la mort des Dayak d’Indonésie, en contemplant l’idée de l’Eldorado, en volant vers le haut de la montagne de Kunlun (lieu sacré des Taoïstes), le visiteur, au fil de la Rivière, voyage à travers les mondes, à travers les regards. La réalisation de la Rivière a été rendue possible grâce au mécénat du groupe Schneider Electric.

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Activités culturelles Visites
S’approprier l’architecture imaginée par Jean Nouvel, la muséographie conçue par l’équipe du musée, et – avant tout – les objets et les cultures dont ils témoignent… Le musée participe à cette transmission de savoirs, mais aussi de témoignages et d’émotions, en offrant au visiteur différentes formules qui engagent au dialogue des cultures.

Visites générales Visite architecturale
Durée : 1h30 • Adultes (à partir de 16 ans) • Version en LSF (Langue des Signes Française) / Version en audio description

Visites transversales Pas si bête - Des animaux et des hommes
Durée : 1h • Familles

Au travers du jardin, du théâtre Claude Lévi-Strauss, de la Tour de verre des instruments de musique et du plateau des collections, la traversée des différents espaces lève le voile sur l’œuvre de Jean Nouvel. Visite découverte générale
Durée : 1h30 • Adultes (à partir de 16 ans) • Version en LSF / Version en audio description

photo Caroline Rose

Cette visite permet d’observer le rapport entre l’homme et l’animal, qu’il soit domestique ou sauvage, dans les arts non-occidentaux. Puissantes beautés
Durée : 1h • Adultes (à partir de 16 ans)

Ce parcours conçu autour d’une sélection de chefs-d’œuvre du musée permet une première approche des collections, comme un voyage autour du monde. Visite découverte Afrique, Asie, Amériques ou Océanie
Durée : 1h • Adultes (à partir de 16 ans) • Version en LSF / Version en audio description

Des objets de fastes et de rites, d’une force visuelle imposante, éblouissants à tous les égards : cette visite propose la découverte de symboles d’apparat, riches par les matériaux, les images et les émotions qu’ils provoquent. Le secret du masque
Durée : 1h • Adultes (à partir de 16 ans) • Familles

Ces visites proposent aux visiteurs une escale plus longue dans les quatre continents représentés au musée du quai Branly. Visites des expositions Des visites des expositions temporaires sont proposées tout au long de l’année. Au premier semestre 2007, des visites ont été proposées autour de « Nouvelle-Irlande, Arts du Pacifique Sud », « Jardin d’Amour, Installation de Yinka Shonibare, MBE » et de « Qu’est-ce qu’un corps ? ».

Masque de deuil du détroit de Torrès, masque d’exorcisme du Sri Lanka, grand masque de danse Wauja d’Amazonie, autant d’objets qui initient aux secrets des masques, au gré d’une traversée des quatre continents. Visites en questions
Tous les dimanches, de 15h à 16h • Adultes (à partir de 16 ans)

Un conférencier répond aux questions avant ou après la visite libre du musée. Plus qu’une conférence, c’est l’occasion d’un échange, qui prend appui sur les objets, et sur l’expérience personnelle du visiteur au musée.

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Visites petit déjeuner Océanie, Asie, Amériques, Afrique
Les samedis 10h • Adultes (à partir de 16 ans)

La découverte de l’art et de la culture de l’Océanie, de l’Asie, de l’Afrique ou des Amériques, se fait au travers d’une visite commentée des collections, précédée ou suivie d’un petit déjeuner inspiré du même continent, au Café Branly. Pour commencer un week-end en partant très loin. Visites contées
Durée : 1h • Familles

Le paradoxe du souffle : l’Afrique
Un conte créé par Gabriel Kinsa

Les voix des étendues glacées de l’Alaska, des forêts d’Afrique, des montagnes tibétaines ou des archipels de Polynésie s’élèvent dans le musée, et accompagnent la découverte des œuvres. Pourquoi chaque grain de riz est précieux : l’Asie
Un conte créé par Gwenola Sanquer

« Ecoute plus souvent les choses que les êtres. La voix du feu s’entend, entend la voix de l’eau, écoute dans le vent le buisson en sanglots. C’est le souffle des ancêtres… » A la recherche du chaman : les Amériques
Un conte créé par Luisa Arango

Il y a longtemps, le riz poussait en abondance, chaud et prêt à être consommé. Mais les hommes gâchaient cet aliment sacré. Furieuse, la déesse du riz disparaît dans une pierre de quartz … D’île en île : l’Océanie
Un conte créé par Céline Ripoll

Le chaman du peuple inuit a disparu. Le totem du clan demande à Rena, petite fille de pêcheur, de partir à sa recherche. Accompagnée d’une grenouille, elle embarque sur une pirogue et remonte le fleuve sacré Amazone. Parvenue au village, elle rencontre le sorcier des Kayapos…

Parcours audioguidés L’audioguide est disponible en 5 langues : français, anglais, espagnol, allemand et italien. Il inclut quatre parcours : « parcours libre adulte » « parcours famille » « parcours tactile la Rivière » « parcours Qu’est ce qu’un corps ? » Loué aux caisses, l’audioguide se retire dans le hall d’accueil.

Bienvenue dans le monde des terres sacrées où Ciel et Mer se confondent, où Feu et Terre ont jailli des profondeurs du grand océan, où les Dieux sont apparus aux hommes…

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photo Caroline Rose

Activités culturelles Ateliers
Les activités ont pour objectif une meilleure compréhension des cultures d’ailleurs par l’expérimentation. La découverte des arts vivants sensibilise les visiteurs à une pratique artistique traditionnelle et à son évolution contemporaine. Contes, musiques, danses, arts plastiques, initiation à la démarche scientifique, sont dévoilés aux adultes et aux enfants, seuls ou en famille. L’engagement dans une réflexion éthique correspond également au souhait du musée d’aborder la culture de l’Autre avec tolérance et respect, y compris dans les domaines économiques et politiques.
Ateliers pour les enfants L’autre jouet - Quand la fabrication du jouet devient le jeu
Durée : 1h30 • Enfants (6-12 ans) • Atelier animé par Kra N’ Guessan

Les enfants viennent avec un de leurs jouets (ni à pile, ni électronique) et le laissent au musée du quai Branly qui s’engage par l’intermédiaire du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, à distribuer tous les jouets collectés aux enfants du tiers-monde. En atelier, les enfants réalisent un jouet qu’ils ont imaginé et conçu à partir de matériaux recyclables divers (cartons,bouteilles en plastique, pots de yaourts…). A l’issue de la séance, les enfants repartent avec le jouet qu’ils ont fabriqué. Une initiation aux langages de la danse indienne
Durée : 1h30 • Enfants (6-12 ans) • Visiteurs sourds ou malentendants • Atelier animé par Sharmila Sharma

accompagne les cérémonies religieuses ou sert pour le divertissement. Dans le musée, la visite de la réserve des instruments, des démonstrations instrumentales, et des contes permettent de se familiariser avec l’instrument. En atelier, chacun est initié au jeu des sanzas, aux chants et aux rythmes africains. Carnet de voyage
Séance de 1h30 • Enfants (12-16 ans) • Atelier animé par Bertrand Lefebvre

Ateliers pour les familles Devenir ethnologue - Regards sur les objets et initiation à l’ethnologie
Durée : 2h • Familles • Atelier animé par l’association Passerelles

La tradition du carnet de voyage est explorée par les visiteurs au travers des quatre continents présents au musée du quai Branly. Collages, dessins, photographies personnelles, aquarelles, et autres techniques sont convoqués pour permettre à chacun de réaliser un carnet de voyage personnel. Pour s’entraîner à de futurs voyages. Atelier-anniversaire
Samedis de 15h à 18h • 15 enfants maximum et 2 adultes • Thème à choisir lors de la réservation

Comprendre et expérimenter la méthode de l’enquête ethnologique à travers l’objet. Loin d’avoir une destination unique, les objets voyagent vers des lieux qui leur offrent d’autres possibilités d’expression. Au sein du musée, l’objet livre une part de sa biographie passée, tout en étant porteur d’un sens nouveau à travers la mise en exposition. L’atelier propose une description et une lecture de certains des objets exposés dans le musée, à partir, entre autres, de leur observation approfondie et d’une réflexion sur leur fonction d’origine.

Les épopées du Mahâbhârata et du Râmâyana inscrivent la mythologie de l’Inde ancienne dans les gestes ; chaque région de ce pays offre des lectures chorégraphiques diverses et codifiées de la narration gestuelle. L’atelier propose une initiation à la danse du Kathak. Sanza, musique d’Afrique Découvrir, écouter et jouer
Durée : 1h30 • Enfants (à partir de 10 ans) • Atelier animé par Vincent Hickman

Entre culture et jeu, les ateliers-anniversaires se déclinent autour des différents thèmes d’ateliers pour enfants proposés par le musée. A l’issue d’un parcours ludique en liberté dans les collections du musée, les enfants sont accueillis par l’animateur pour partager un goûter d’anniversaire, entièrement confectionné à l’aide d’ingrédients issus du commerce équitable. Lors de l’atelier, ils apprennent ensuite à danser, à construire un jouet ou à jouer de la sanza.
photo Caroline Rose

Parmi la grande richesse des instruments de musique africains, il en est un particulièrement envoûtant : la sanza. Typique du continent, jouée depuis des siècles, elle

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Dans tous les sons Les musiques comme voix des cultures
Durée : 2h • Familles • Visiteurs aveugles ou malvoyants • Atelier animé par Sébastian Morales

Ateliers et stages pour les adultes Danser l’Inde Stage autour du théâtre dansé et de la danse du Kathak
Durée : 1h30 • Familles (à partir de 8 ans) • Atelier animé par Dahirou Togo

Carnet de voyage Stage de création autour d’une destination
Durée : 2 x 1h30 • Adultes (à partir de 16 ans) • Atelier animé par Bertrand Lefebvre

Les visiteurs découvrent la réserve des instruments de musique et abordent leur origine, leur fonction et leur mode de jeu. En atelier, entourés d’instruments de musique, les participants peuvent mettre en pratique les grands principes acoustiques évoqués lors de la visite et s’exercer sur de nombreux par le biais de jeux rythmiques. Enfin, le groupe est invité à créer une œuvre collective. Devenir griot « Savoir parler est une qualité, savoir écouter relève de la sagesse »
Durée : 1h30 • Familles (à partir de 8 ans) • Atelier animé par Dahirou Togo

Autour des collections permanentes, les visiteurs découvrent de la danse classique indienne, l’une des plus anciennes formes narratives du théâtre dansé, réceptacle de toutes les expressions artistiques, et où les grandes épopées indiennes ont puisé leur expression dramatique. Puis en atelier, chacun peut s’initier à la pratique du Kathak, une interprétation chorégraphique codifiée de la danse indienne, fondée sur l’utilisation des mains, du visage et du buste. Danser l’Afrique Stage de découverte dansée de la sculpture africaine
Durée : 3h • Adultes (à partir de 16 ans) • Stage animé par le chercheur-chorégraphe Alphonse Tierou

La tradition du carnet de voyage est explorée par les visiteurs au travers des quatre continents présents au musée du quai Branly. Collages, dessins, photographies personnelles, aquarelles, et autres techniques sont convoqués pour permettre à chacun de réaliser un carnet de voyage personnel. Pour s’entraîner à de futurs voyages. Des ateliers performance sont également organisés en lien avec les expositions temporaires.

Le griot, maître de la parole, est le garant de la mémoire collective. Artiste de talent, il maîtrise l’art de faire rire et de faire pleurer. Les aspects fondateurs de l’oralité dans les cultures africaines sont évoqués au cours de la visite du musée. En atelier, chacun peut se familiariser avec les outils du griot (parole, musique, dérision, objets) et peut offrir aux écoutants un conte inédit en partage.

Les statues africaines nous contemplent… elles dansent aussi ! Les lignes courbes et brisées qui les composent nous révèlent les mouvements de base de la danse africaine, tels le Dooplé, cette figure matricielle caractérisée par les jambes semi-fléchies. La visite dans le musée invite à redécouvrir l’art africain et les postures de danse. L’atelier met en mouvement l’esthétique des œuvres grâce à la pratique de la danse, accompagnée d’un percussionniste.

Fêtes et événements En 2007, de nombreux événements et fêtes ont été célébrées au musée du quai Branly pendant les vacances scolaires (Voyage d’un jour en Thaïlande, Au pays des mangas, les ateliers du jardin). Pour le second semestre de l’année 2007, des « vacances au Mexique » sont proposées pendant la Toussaint, ainsi que des voyages d’un jour au Mali et en Australie.

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Une institution culturelle aux multiples facettes

Sculpture anthropomorphe Jeune homme Aztèque Hauts Plateaux Centraux Mésoamérique Postclassique récent, 1350 - 1521 Mexique © musée du quai Branly photo Daniel Ponsard

photo Yves Bellier

La politique éditoriale du musée Liberté de ton et exigence des contenus
Dépositaire de trésors issus du monde entier, témoin et organisateur d’une interdisciplinarité nouvelle autour des arts et des civilisations non européens, le musée du quai Branly joue désormais un rôle de premier plan dans l’édition d’ouvrages liés à ses collections et à ses missions. Avec une vingtaine de titres publiés depuis son ouverture, le musée affiche un programme original et dynamique.
Catalogues d’expositions, catalogues raisonnés, livres sur le musée, guide des collections, imagier, revue... Destinée à tous types de publics, déclinée sous de multiples formes, sur de multiples supports, la politique éditoriale du musée du quai Branly s’articule autour de coéditions avec des maisons de premier plan (Flammarion, Actes Sud, 5 Continents, Réunion des musées Nationaux...) ou bien d’éditions en son nom propre. Richesse des collections, ressources inédites : une nouvelle proposition éditoriale Les éditions ont pour mission d’accompagner et d’appuyer l’ensemble des propositions émises par le musée dans les domaines liés aux arts et aux civilisations non occidentaux : anthropologie, ethnologie, histoire de l’art, philosophie, ainsi que toutes les disciplines qui s’invitent parfois dans ces domaines... Ces nouvelles approches constituent une matière de choix pour un éditeur, puisqu’il en découle un corpus de collections introuvable ailleurs, auquel il s’agit de donner une forme tout aussi inédite. DVD, films et œuvres audiovisuelles : prolonger l’ouverture sur le monde Parallèlement à l’édition de livres, la politique éditoriale du musée intègre également la production sur d’autres supports. Ainsi des coproductions ont été lancées, notamment autour de la collection Arts du mythe (collection documentaire consacrée aux arts de l’ailleurs), ainsi que la collection L’usage du monde, en coédition avec la chaîne Arte. Cette série, entre fiction et documentaire, s’inspire du journal de voyage pour proposer une nouvelle approche de l’altérité. Un canal d’expression rapide et accessible au plus grand nombre : le site Internet du musée du quai Branly Véritable vitrine virtuelle du musée, le site www.quaibranly.fr propose un contenu éditorial spécifique et rend gratuitement disponible un grand nombre de ressources et publications : des enregistrements des principaux colloques et conférences organisées dans le théâtre Claude Lévi-Strauss au catalogue intégral des collections, en passant par des modules thématiques originaux consacrés aux instruments de musique, aux textiles ou aux explorateurs. Un an après l’ouverture du musée, le site s’est également réorganisé pour un contenu éditorial encore plus riche, plus clair et plus réactif.

Tu fais peur tu émerveilles musée du quai Branly acquisitions 1998/2005
musée du quai Branly / Réunion des musées nationaux

Dès la création du musée du quai Branly, l’accent a été porté sur la politique d’acquisition de ce nouveau musée, afin d’enrichir les fonds qu’il devait recevoir du laboratoire d’ethnologie du Musée de l’Homme et du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie. Cet ouvrage retrace l’historique des collections des institutions précédentes et des conditions de mise en œuvre de la politique d’acquisition du musée du quai Branly. Il en présente les pièces les plus importantes. Plus de huit mille deux cents œuvres ont été acquises, par achat ou par dons et legs, depuis le décret de création du musée du quai Branly en 1998. C’est la première fois que cet ensemble exceptionnel, qui constitue la trame des collections permanentes du musée, est dévoilé au public.

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Le mécénat Un enrichissement partagé
Contact et renseignements : amisdumusee@quaibranly.fr www.amisduquaibranly.fr

Depuis son origine, le musée du quai Branly a souhaité que son projet soit accompagné par des mécènes, pour le soutien des créations artistiques liées à son architecture comme dans le cadre de ses restaurations, de ses acquisitions majeures, de ses projets de recherche et d’enseignement.
La société des Amis du musée du quai Branly Parallèlement à sa politique de mécénat, le musée du quai Branly compte sur le soutien de la société des Amis. Créée en 2002, elle compte aujourd’hui plus de 500 membres, entreprises et particuliers, en France ou à l’étranger. La société des Amis accompagne le musée sur l’ensemble de ses missions, favorise son développement et son rayonnement. Les donateurs qu’elle sollicite ont montré leur engagement en finançant la restauration du mât Kaiget Seligmann en 2003, de la tête Moai de l’Ile de Pâques en 2004, ou en participant à l’acquisition d’œuvres : le fonds d’archives sonores du célèbre ethnomusicologue Gilbert Rouget en 2005, deux masques Yup’ik de la collection Robert Lebel en 2006. Présidée par Louis Schweitzer, la société des Amis est ouverte à tous et offre à ses membres un accès privilégié au musée, des informations sur tous les temps forts de son activité, des visites et des conférences privées.

Un nouveau dialogue s’engage La politique de mécénat du musée du quai Branly remonte à la genèse même de son projet : elle a été mise en place dès 1999, après analyse comparative des méthodes employées en la matière par d’autres musées en France, au RoyaumeUni et aux Etats-Unis. Animé et piloté par Stéphane Martin, Président du musée du quai Branly, le mécénat construit un dialogue avec les grandes sociétés françaises et internationales, et mène des actions spécifiques de sensibilisation à l’activité du musée auprès de leurs présidents et directions de la communication, du marketing ou du mécénat. Elle diffuse donc régulièrement à ces publics privilégiés des informations sur les temps forts de la vie du musée et y organise des visites ou des événements. Partager des valeurs communes L’objectif de cette politique est d’attirer des mécènes qui accompagnent la vie du musée et s’associent à des projets clairement identifiables. Ils doivent pour cela se reconnaître dans les valeurs portées par les projets que leur soumet le musée – soit qu’ils s’inscrivent dans une philosophie partagée, soit qu’ils incarnent la stratégie ou les savoir-faire particuliers du groupe mécène. Dans tous les cas, pour qu’une entreprise s’engage avec le musée du quai Branly, il faut qu’elle adhère pleinement à ses missions, à son esprit et à sa volonté de s’ouvrir sur le monde et les pays d’où proviennent les œuvres présentées.
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Le Cercle des Grands Mécènes Dès l’origine du projet, de grandes entreprises ont souhaité s’engager aux côtés du musée du quai Branly, apportant leur concours à de nombreuses réalisations architecturales d’envergure et à l’acquisition d’œuvres importantes... Ces entreprises, qui se sont engagées à hauteur d’un million d’euros, font désormais partie du Cercle des Grands Mécènes. Le groupe Pernod Ricard en fut le premier membre dès 2003, en permettant la réalisation des bassins du musée, et il fut rapidement rejoint, en 2004 et 2005 par d’autres contributeurs : AXA, la Caisse des Dépôts, Gaz de France, Schneider Electric, Ixis – Corporate et Investment Bank

(devenue filiale de Natixis en 2006) – Groupe Caisse d’Epargne et la Fondation EDF . Les masques Yup’ik de la Collection Robert Lebel Le musée du quai Branly a acquis, en décembre 2006, deux masques Yup’ik ayant appartenu à Robert Lebel, figure du surréalisme en France grâce à la société des Amis du quai Branly. Un premier masque, « masque de l’Homme-dela-Lune », également du même collectionneur, était rentré dans les collections quelques mois auparavant. Ces masques, fabriqués par ou sous le contrôle des Angalkut (chamanes) Yupiit, proviennent du sud–ouest de l’Alaska. Ils étaient utilisés lors de cérémonies saisonnières, associés à des danses et

évoquaient la relation entre le monde des humains et le monde des esprits. Acquis pendant la Seconde guerre mondiale par Robert Lebel, ils témoignent non seulement de la richesse des sociétés qui les ont produites, mais également du goût avant-gardiste des intellectuels surréalistes français pour les arts dits « primitifs » qui visaient, selon André Breton, à supprimer l’hégémonie du conscient « pour se porter à la conquête de l’émotion révélatrice ». à droite : Masque inuit, dit de « L’Homme-de-la-Lune » Collection Robert Lebel Début XXe siècle Acquis avec le concours de MÉTROPOLE Gestion © musée du quai Branly photo Patrick Gries

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