Paul Franceschi

INTRODUCTION À
LA PHILOSOPHIE
ANALYTIQUE
PARADOXES, ARGUMENTS ET
PROBLÈMES CONTEMPORAINS
De P. à T.
Introduction à la philosophie analytique
2
Paul Franceschi
INTRODUCTION À
LA PHILOSOPHIE
ANALYTIQUE
PARADOXES, ARGUMENTS ET
PROBLÈMES CONTEMPORAINS
Édition 2.2 2011
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Introduction à la philosophie analytique
3
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Introduction à la philosophie analytique
.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,-
., LE PARADOXE DU MENTEUR,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,..
/, LE PARADOXE SORITE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.-
0, LE PARADOXE DE RUSSELL,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,/.
1, LE PARADOXE DE L2EXAMEN3SURPRISE,,,,,,,,,,,,,,,/-
-, LE PARADOXE DE GOODMAN,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,0.
4, LE PROBLÈME DE NE5COMB,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,06
6, LE DILEMME DU PRISONNIER ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,1.
7, LE PARADOXE DE CANTOR,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,1-
8, LE PARADOXE DE GRELLING,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,18
.9, LE PARADOXE DES DEUX EN:ELOPPES ,,,,,,,,,,,,,-0
.., LE PARADOXE DE MOORE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,-6
./, LE PARADOXE DE L;B,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,4.
.0, LE PARADOXE DE LA COURSE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,4-
.1, LE PARADOXE DE LA PIERRE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,48
.-, L2ARGUMENT DE L2APOCALYPSE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,60
.4, LE PROBLÈME DU NA:IRE DE TH<S<E,,,,,,,,,,,,,,,,68
.6, LE PROBLÈME DE HEMPEL,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,70
Introduction à la philosophie analytique
/
.7, L2ARGUMENT DE MCTAGGART,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,76
.8, L2ARGUMENT ONTOLOGIQUE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,8.
/9, L2ARGUMENT DU R<GLAGE OPTIMAL,,,,,,,,,,,,,,,,,8-
/., L2ARGUMENT DU R=:E,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,88
//, L2EXP<RIENCE DES > CER:EAUX DANS UNE
CU:E ? ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.90
/0, L2ARGUMENT T<L<OLOGIQUE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.96
/1, L2ARGUMENT DU PARI DE PASCAL,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,...
/-, L2ARGUMENT SELON LE MAL,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,..6
/4, LE COGITO CART<SIEN,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,./.
/6, L2ARGUMENT DE LE5IS CAROLL,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,./-
/7, L2EXP<RIENCE DE PENS<E DE LA TERRE
@UMELLE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,./8
/8, L2ARGUMENT CONTRE LE PRINCIPE DE
:<RI'IABILIT<,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.00
09, L2ALL<GORIE DE LA CA:ERNE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.06
0., L2ARGUMENT DE LA SIMULATION,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.1-
0/, L2ARGUMENT DUALISTE EN :ERTU DE LA
DI:ISIBILIT<,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.18
00, LE PROBLÈME DE LA BELLE AU BOIS DORMANT
,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.-0
01, L2ARGUMENT DU MAU:AIS G<NIE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.-6
0-, L2ARGUMENT DE LA CHAMBRE CHINOISE DE
SEARLE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.4.
Introduction à la philosophie analytique
0
04, LE TEST DE TURING ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.4-
06, LE PROBLÈME DE GETTIER,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.6.
07, LE PROBLÈME DE 'REGE RELATI' AUX
PROPOSITIONS D2IDENTIT<,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.6-
08, LE PARADOXE DE L2ANALYSE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.68
19, LE PROBLÈME DE LA RI:IÈRE D2H<RACLITE, .7.
CONCLUSION,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.70
BIBLIOGRAPHIE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.7-
SITES INTERNET,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.8-
CR<DITS,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.86
AUTRES OU:RAGES DE L2AUTEUR,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.87
TABLE DES MATIÈRES,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,.88
Introduction à la philosophie analytique
1
Introduction

2e pr!sent ou$ra"e se propose de constituer une
introduction à la philosophie analytique. l est
essentiellement destin! au lecteur familiaris! a$ec la
philosophie dite 3 continentale 4 et %ui souhaite d!cou$rir
la philosophie anal5ti%ue. 'ar ce st5le philosophi%ue est
sou$ent m!connu6 en France notamment6 o7
l8ensei"nement de la philosophie proc9de essentiellement
d8une tradition nourrie par la philosophie 3 continentale 4.
Pour ma part6 :8ai d!cou$ert pour la premi9re fois les
pro#l9mes de philosophie anal5ti%ue à tra$ers les articles
de ;ean&Paul Delaha5e pu#li!s dans la re$ue Pour la
Science. ;e me sou$iens encore a$ec %uel !mer$eillement
:8ai d!cou$ert alors une fa<on d8appr!hender la philosophie
:us%ue là i"nor!e6 %ui correspondait à la tournure d8esprit
%ui6 de mani9re naturelle6 !tait la mienne. (i cette
introduction6 par #onheur6 par$enait à faire parta"er au
lecteur un peu de cet !mer$eillement6 :e crois %u8elle aurait
alors atteint son #ut.
Introduction à la philosophie analytique
=
2e pr!sent li$re se propose ainsi de pr!senter un
nom#re si"nificatif de pro#l9mes contemporains en
philosophie anal5ti%ue. l s8a"it ici d8illustrer comment la
d!marche %ui 5 est poursui$ie consiste en la description
pr!cise de pro#l9mes6 clairement identifi!s6 et dont la
pr!sentation ne souffre pas d8am#i"u>t!. 2a d!marche
sui$ie tout au lon" de cet ou$ra"e consistera donc en la
description d8un nom#re important de pro#l9mes
philosophi%ues contemporains6 illustrant ainsi la
m!thodolo"ie utilis!e en philosophie anal5ti%ue %ui
consiste à d!crire a$ec pr!cision ? sou$ent !tape par !tape
? un certain nom#re de pro#l9mes #ien identifi!s6 pour
les%uels il n8e@iste pas6 à l8heure actuelle6 de solution
consensuelle. l apparaAt utile6 à cet effet6 de classer les
pro#l9mes philosophi%ues contemporains en trois
cat!"ories distinctes : les parado@es6 les ar"uments et les
pro#l9mes proprement dits. 'hacun de ces trois t5pes de
pro#l9mes se trou$e ici e@pos!6 et accompa"n! le plus
sou$ent d8une ou plusieurs solutions %ui lui ont propos!es
dans la litt!rature contemporaine.
;e m8attacherai tout d8a#ord à d!crire ainsi un certain
nom#re de parado@es. 2es plus c!l9#res d8entre eu@
trou$ent leur ori"ine dans l8+nti%uit! et ne sont tou:ours
pas r!solus : le Benteur6 le parado@e sorite6 etc. 2es
parado@es sont des ar"uments #as!s sur des pr!misses et
un raisonnement %ui apparaissent tout à fait fond!s6 mais
dont la conclusion conduit à une contradiction. *ne
e@cellente d!finition nous est fournie par Bar- (ains#ur56
dans son ou$ra"e Paradoxes6 pu#li! en 1CC/ : 3 2es
parado@es sont des conclusions inaccepta#les r!sultant
d8ar"uments apparemment accepta#les à partir de
pr!misses apparemment accepta#les 4.
;e pr!senterai ensuite un certain nom#re d8ar"uments
%ui sont fr!%uemment d!#attus dans la litt!rature
philosophi%ue contemporaine. 2e plus sou$ent6 ces
ar"uments constituent des raisonnements dont les
Introduction à la philosophie analytique
C
pr!misses et les d!ductions %ui les accompa"nent
paraissent tout à fait accepta#les6 mais leur conclusion
s8a$9re contraire à l8intuition. 2es pro#l9mes de ce t5pe se
distin"uent des parado@es en ce sens %u8ils ne conduisent
pas $!rita#lement à une contradiction. + la diff!rence des
parado@es6 on n8o#ser$e pas dans ce t5pe d8ar"uments de
contradiction proprement dite6 mais seulement une
conclusion %ui se r!$9le contraire au #on sens et à
l8ensem#le de nos connaissances. 2es ar"uments dont la
conclusion se r!$9le contraire à l8intuition sont proches des
parado@es6 en ce sens %u8il est tr9s pro#a#le %ue le
raisonnement %ui les sous&tend soit fallacieu@. Dn
re$anche6 ces ar"uments se distin"uent des parado@es en
ce sens %ue l8on ne peut !carter d8em#l!e la possi#ilit! %ue
notre intuition soit prise à d!faut. (i tel !tait le cas6 la
solution apport!e au pro#l9me pos! par ce t5pe d8ar"ument
se de$rait alors d8e@pli%uer pour%uoi la conclusion en
apparaAt de prime a#ord contraire au #on sens.
Dnfin6 :e d!crirai un certain nom#re de pro#l9mes
proprement dits %ui ont donn! lieu à des discussions
r!centes en philosophie anal5ti%ue. Parmi ces pro#l9mes
#as!s sur des raisonnements6 certains ont une ori"ine tr9s
ancienne6 alors %ue d8autres n8ont !t! d!crits %ue tr9s
r!cemment.
2a philosophie anal5ti%ue se caract!rise essentiellement
par une e@i"ence de clart! dans l8e@position des id!es et
par un souci mar%u! de ri"ueur au stade de
l8ar"umentation. 2a clart! des id!es e@prim!es a pour #ut
d8!$iter l8am#i"u>t! et les difficult!s li!es à l8interpr!tation
des te@tes. Dlle permet !"alement une meilleure !$aluation
criti%ue des id!es !mises. *ne telle e@i"ence de ri"ueur
n!cessite parfois de faire appel à un formalisme
math!mati%ue6 %ui ne doit toutefois pas aller :us%u8à
n!cessiter des connaissances a$anc!es en math!mati%ues.
En le $oit ici6 la philosophie anal5ti%ue constitue
essentiellement un st5le philosophi%ue.
Introduction à la philosophie analytique
10
l est coutumier d8opposer la philosophie anal5ti%ue et
la philosophie continentale. 2a philosophie continentale se
r!f9re ainsi au@ !crits philosophi%ues d8auteurs fran<ais et
allemands des FF9me et FF9me si9cles6 parmi les%uels
on peut citer ? sans pr!tendre à l8e@hausti$it! : Friedrich
Ge"el6 (Hren Iier-e"aard6 Friedrich JietKsche6 Iarl
Bar@6 Ger#ert Barcuse6 Bartin Geide""er6 ;ean&Paul
(artre6 Baurice Berleau&Pont56 Bichel Foucault6 etc. 2es
!crits de ces philosophes se caract!risent par une forme
litt!raire plus mar%u!e et sou$ent un en"a"ement politi%ue
plus pouss!.
En associe parfois la philosophie anal5ti%ue au@ pa5s
an"lo&sa@ons et la philosophie continentale au continent
europ!en. *n tel point de $ue apparaAt cependant asseK
r!ducteur. Dn effet6 il est e@act %ue la philosophie
anal5ti%ue constitue actuellement le st5le dominant au
Lo5aume&*ni6 au@ États&*nis6 au 'anada6 en +ustralie ou
en Jou$elle&M!lande. Pourtant6 elle s8a$9re !"alement
repr!sent!e en Durope6 et notamment en France6 en talie6
en +llema"ne6 en Dspa"ne6 au Portu"al6 en Nr9ce6 en
Oel"i%ue6 etc. De plus6 si l8on prend en consid!ration
l8anti%uit! et les philosophes classi%ues6 il apparaAt
clairement %u8un tel point de $ue se r!$9le erron!. 'ar on
retrou$era notamment un st5le anal5ti%ue tr9s pur sur les
#ords de la B!diterran!e6 dans les !crits de plusieurs
philosophes de l8anti%uit!. 2es philosophes "recs
classi%ues6 in$enteurs de parado@es c!l9#res et non r!solus
tels %ue le parado@e du Benteur6 le parado@e sorite6 mais
aussi les parado@es de M!non d8Dl!e6 en constituent des
e@emples remar%ua#les. 'heK Platon !"alement6 on
retrou$era aussi la clart! de l8ar"umentation dans la c!l9#re
all!"orie de la ca$erne. Dn outre6 on trou$era cheK Pascal6
a$ec l8ar"ument du pari6 tous les crit9res d8une
ar"umentation d!taill!e6 pr!cise et claire6 %ui satisfait tous
les canons de la philosophie anal5ti%ue contemporaine. Dt
surtout6 on pourra constater %ue Descartes prati%uait a$ant
Introduction à la philosophie analytique
11
l8heure un st5le anal5ti%ue !tonnamment pur. Jom#re des
ar"uments de Descartes auraient pu fi"urer sans
chan"ement dans la litt!rature anal5ti%ue contemporaine.
Dans le pr!sent ou$ra"e6 on trou$era ainsi le c!l9#re
ar"ument du co"ito6 l8ar"ument du mau$ais "!nie6
l8ar"ument ontolo"i%ue de Descartes6 ainsi %u8un ar"ument
en fa$eur du dualisme corps/esprit.
l serait plutPt maladroit et manich!en d8opposer les
deu@ st5les ? anal5ti%ue et continental ? en consid!rant
%ue l8un est meilleur %ue l8autre. De mani9re moins
ou$ertement su#:ecti$e6 on peut estimer %u8il s8a"it là de
deu@ st5les diff!rents de prati%uer la philosophie6 %ui
poss9dent chacun leurs a$anta"es et leurs incon$!nients. l
apparaAt tr9s certainement n!cessaire de pr!ser$er à la fois
l8un et l8autre6 compte tenu de leurs m!rites respectifs et de
leur compl!mentarit!. Finalement6 il apparaAt %ue la
coe@istence des deu@ st5les constitue essentiellement
l8e@pression d8une di$ersit! culturelle %ui se r!$9le elle&
mQme s5non5me de richesse.
Introduction à la philosophie analytique
12
Introduction à la philosophie analytique
13
1. Le paradoxe du Menteur
2e parado@e du Benteur constitue l8un des plus anciens et
des plus profonds parado@es connus. l est attri#u! au
philosophe "rec Du#ulide de Bilet6 %ui $i$ait au R9me
si9cle a$ant ;&'. 2e parado@e du Benteur peut Qtre
e@prim! tr9s simplement6 car il naAt directement de la prise
en compte de l8affirmation sui$ante : 3 'ette phrase est
fausse 4. 2e parado@e pro$ient du fait %ue si cette derni9re
phrase est vraie6 alors il s8ensuit %u8elle est fausse S mais si
cette mQme phrase est fausse6 alors il est fau@ %u8elle est
fausse et donc %u8elle est $raie. +insi 3 'ette phrase est
fausse 4 est fausse si elle est $raie6 et $raie si elle est
fausse. Dn conclusion6 3 'ette phrase est fausse 4 est $raie
si et seulement si elle est fausse. Dt cette derni9re
conclusion se r!$9le parado@ale.
En d!note sou$ent 3 'ette phrase est fausse 4 par )T,. l
est utile à ce stade6 de d!crire de mani9re d!taill!e les
diff!rentes !tapes du raisonnement %ui conduisent au
parado@e du Benteur )le s5m#ole ∴ d!note ici la
conclusion, :
Introduction à la philosophie analytique
1.
)T, )T, est fausse
)1, )T, est soit vraie soit fausse bivalence
)2, si )T, est vraie hypothèse 1
)3, alors il est vrai %ue )T, est fausse de (λ),()
)., alors )T, est fausse de (!)
)/, si )T, est fausse hypothèse
)0, alors il est faux %ue )T, est fausse de (λ),(")
)1, alors )T, est vraie de (#)
)=,
∴ )T, n8est ni vraie ni fausse
de ($),(%)
2a conclusion )=, est ici parado@ale6 car il s8ensuit %ue )T,
n8est ni vraie ni fausse6 en contradiction a$ec le principe
)1, de bivalence. 2e pro#l9me %ue soul9$e le Benteur est
ainsi le sui$ant : %uelle est donc la valeur de v&rit& de la
proposition )T,6 !tant donn! %u8on ne peut lui attri#uer6
sans contradiction6 la $aleur de $!rit! vrai ou faux U
*ne premi9re tentati$e de solution pour le Benteur
consiste à consid!rer %ue la $aleur de $!rit! de )T, n8est ni
vrai ni faux6 mais une troisi9me $aleur de $!rit! :
ind&ter'in&. En consid9re ainsi une lo"i%ue tri&$alu!e6 %ui
comporte ainsi les trois $aleurs de $!rit! sui$antes : vrai6
faux6 ind&ter'in&. 2e Benteur se trou$e alors r!introduit
sous la forme sui$ante :
)T
3
, )T
3
, est fausse ou ind&ter'in&e
Dans ce nou$eau conte@te6 une proposition peut d!sormais
prendre trois $aleurs de $!rit! diff!rentes : vrai6 faux ou
ind&ter'in&. 2e principe de tri&$alence stipule alors %ue
)T
3
, est soit vraie6 soit fausse6 soit ind&ter'in&e.
'ependant6 le fait de consid!rer tour à tour %ue )T
3
, est
vraie6 fausse6 ou #ien ind&ter'in&e ne conduit tou:ours pas
à une solution satisfaisante6 car il s8ensuit6 en $ertu du
mQme raisonnement %u8a$ec le Benteur simple6 la
conclusion selon la%uelle )T
3
, n8est ni vraie6 ni fausse6 ni
Introduction à la philosophie analytique
1/
ind&ter'in&e. l en r!sulte ainsi l8impossi#ilit! d8assi"ner
$ala#lement une $aleur de $!rit! à la proposition )T
3
,.
Plus encore6 il apparaAt %ue le pro#l9me resur"it de la
mQme mani9re si on consid9re non plus trois6 mais %uatre
$aleurs de $!rit! : vrai6 faux6 ind&ter'in&
1
et ind&ter'in&
2
.
En utilise alors une lo"i%ue .&$alu!e. 'ependant6 il en
r!sulte la $ariation sui$ante du Benteur :
)T
.
, )T
.
, est fausse ou ind&ter'in&
1
ou ind&ter'in&
2
%ui conduit de mQme %ue pr!c!demment à l8impossi#ilit!
d8attri#uer une $aleur de $!rit! à )T
.
,.
*ne autre tentati$e de solution consiste alors à re:eter le
principe de #i$alence6 de tri&$alence6 et plus "!n!ralement
de n&$alence sur le%uel est #as! le raisonnement au%uel
conduit le Benteur. 'ependant6 une telle tentati$e de
solution !choue !"alement6 car elle se heurte à une
$ariation plus puissante encore du Benteur6 le (enteur
renforc&6 %ui ne n!cessite pas de faire appel à un
%uelcon%ue principe de #i$alence6 de 3&$alence6 ...6 ou de
n&$alence :
)T
s
, )T
s
, est non&vraie
'ar le Benteur renforc! conduit au raisonnement sui$ant :
)T
s
, )T
s
, est non&vrai
)C, )T
s
, est soit vrai soit non)vrai dichoto'ie
)10, si )T
s
, est vrai hypothèse 1
)11, alors il est vrai %ue )T
s
, est non&vrai de (λ
s
),(1*)
)12, alors )T
s
, est non&vrai de (11)
)13, si )T
s
, est non)vrai hypothèse
)1., alors il est non&vrai %ue )T
s
, est non&
vrai
de (λ
s
),(1!)
)1/, alors )T
s
, est vrai de (1$)
)10, V )T
s
, n8est ni vrai ni non&vrai de (1),(1")
Introduction à la philosophie analytique
10
Dnfin6 une autre tentati$e de solution pour le parado@e
du Benteur consiste à consid!rer %ue la structure du
Benteur est auto&r!f!rentielle6 puis%u8une telle proposition
fait directement r!f!rence à elle&mQme. (elon ce t5pe de
solution6 il suffirait d8interdire la formation des
propositions auto&r!f!rentielles pour empQcher l8apparition
du parado@e. 'ependant6 une telle solution apparaAt trop
restricti$e6 car il e@iste de nom#reuses propositions dont la
structure est auto&r!f!rentielle6 mais pour les%uelles
l8attri#ution d8une $aleur de $!rit! ne pose aucun pro#l9me.
l suffit de consid!rer pour cela le (enteur contin+ent :
)T
c
, soit cette proposition est fausse6 soit 0 W 0
Er il s8a$9re %ue l8on peut attri#uer $ala#lement la $aleur
de $!rit! vrai au Benteur contin"ent. +insi6 #ien %ue le
Benteur contin"ent pr!sente une structure auto&
r!f!rentielle6 on peut lui attri#uer sans contradiction6 à la
diff!rence du Benteur6 une $aleur de $!rit!. Dans ce
conte@te6 il apparaAt %ue le fait de proscrire purement et
simplement toutes les propositions auto&r!f!rentielles
conduirait à pa5er un pri@ trop !le$! pour r!soudre le
parado@e du Benteur6 et ne constitue donc pas non plus
une solution satisfaisante.
Introduction à la philosophie analytique
11
2. Le paradoxe sorite
2e parado@e sorite )ou parado@e du tas, est un des plus
anciens et des plus importants parado@es connus. En
attri#ue son ori"ine à Du#ulide de Bilet6 le philosophe
"rec de l8anti%uit! au%uel on doit !"alement le parado@e du
Benteur. 2e parado@e peut Qtre d!crit6 de mani9re
informelle6 de la fa<on sui$ante. l est tout d8a#ord
commun!ment admis %u8un ensem#le comportant 100000
"rains de sa#le est un tas. De plus6 il apparaAt %ue si un
ensem#le comportant un nom#re donn! de "rains de sa#le
est un tas6 alors un ensem#le comportant un "rain de sa#le
de moins est !"alement un tas. 'ompte tenu de ces
pr!misses6 il s8ensuit la conclusion selon la%uelle un
ensem#le comportant un seul "rain de sa#le est !"alement
un tas. Dn effet6 si un ensem#le comportant 100000 "rains
de sa#le est un tas6 il s8ensuit %u8un ensem#le comportant
CCCCC "rains de sa#le est un tas S et il en $a de mQme pour
un ensem#le comportant CCCC= "rains de sa#le6 puis
CCCC16 CCCC06 CCCC/6 ...6 et ainsi de suite6 :us%u8à un seul
Introduction à la philosophie analytique
1=
"rain de sa#le. 2e parado@e pro$ient du fait %ue le
raisonnement correspondant apparaAt tout à fait $alide6
alors %ue la conclusion %ui en d!coule se r!$9le
inaccepta#le.
2es diff!rentes !tapes %ui conduisent au parado@e sorite
peu$ent d!taill!es de la mani9re sui$ante :
)1, un ensem#le comportant 100000 "rains de sa#le
est un tas
)2, si un ensem#le comportant n "rains de sa#le est un
tas6 alors un ensem#le comportant n & 1 "rains de
sa#le est un tas
)3, si un ensem#le comportant 100000 "rains de sa#le
est un tas6 alors un ensem#le comportant CCCCC
"rains de sa#le est un tas
).,
∴ un ensem#le comportant CCCCC "rains de sa#le
est un tas
)/, si un ensem#le comportant CCCCC "rains de sa#le
est un tas6 alors un ensem#le comportant CCCC=
"rains de sa#le est un tas
)0,
∴ un ensem#le comportant CCCC= "rains de sa#le
est un tas
)1, si un ensem#le comportant CCCC= "rains de sa#le
est un tas6 alors un ensem#le comportant CCCC1
"rains de sa#le est un tas
)=,
∴ un ensem#le comportant CCCC1 "rains de sa#le
est un tas
)C, ...
)10,
∴ un ensem#le comportant 1 "rain de sa#le est un
tas
2a conclusion du parado@e r!sulte de l8utilisation r!p!t!e
d8un principe lo"i%ue commun!ment admis %ui est
d!nomm! 'odus ponens6 et %ui pr!sente la forme
sui$ante : p6 si p alors q6 donc q )o7 p et q d!notent deu@
propositions,.
Introduction à la philosophie analytique
1C
En rencontre dans la litt!rature de nom#reuses
$ariations du parado@e sorite. *ne autre $ersion du
parado@e a$ec le pr!dicat +rand est ainsi la sui$ante :

)11, un homme %ui mesure 200 cm est
"rand
pr&'isse
de base
)12, si un homme %ui mesure n cm est
"rand6 alors un homme %ui mesure
n ) 1 cm est "rand
pr&'isse
d,induction
)13, ...
)1.,
∴ un homme %ui mesure 1.0 cm est
"rand
De mQme6 on peut !"alement construire des $ariations du
parado@e a$ec d8autres concepts $a"ues tels %ue riche6
vieux6 rou+e6 etc. 'eci conduit à mettre ainsi en !$idence
la structure sui$ante du parado@e )o7 P d!note un pr!dicat
$a"ue, :
)1/, P)100000, pr&'isse
de base
)10, si P)n, alors P)n & 1, pr&'isse
d,induction
)11, ...
)1=,
∴ P)1,
En peut o#ser$er ici %ue la structure du parado@e est
r!$ersi#le. Dn effet6 les $ersions pr!c!dentes du parado@e
proc9dent par d!cr!mentation. Bais le parado@e peut
!"alement op!rer par incr!mentation6 de la mani9re
sui$ante :
)1C, un homme %ui poss9de 1 che$eu est
chau$e
pr&'isse
de base
)20, si un homme %ui poss9de n che$eu@
est chau$e6 alors un homme %ui
pr&'isse
d,induction
Introduction à la philosophie analytique
20
poss9de n X 1 che$eu@ est chau$e
)21, ...
)22,
∴ un homme %ui poss9de 100000
che$eu@ est chau$e
2a structure du parado@e est alors la sui$ante )P d!notant
un pr!dicat $a"ue, :
)23, P)1, pr&'isse
de base
)2., si P)n, alors P)n X 1, pr&'isse
d,induction
)2/, ...
)20,
∴ P)100000,
De nom#reuses solutions ont !t! propos!es pour
r!soudre le parado@e sorite. 'ependant6 aucune d8entre
elles ne s8est r!$!l!e :us%u8à pr!sent satisfaisante. +insi6 le
parado@e sorite demeure tou:ours l8un des parado@es
contemporains les plus !tudi!s.
*ne solution %ui met en cause l8!tape d8induction a
notamment !t! propos!e pour r!soudre le parado@e. *n tel
t5pe de solution est #as! sur une approche par de"r!s et
fait $aloir ainsi %ue l8!tape d8induction n8est $raie %ue pour
certaines instances ? les instances propres ? de la notion de
tas. *ne telle anal5se repose sur le fait %ue la notion de tas
constitue une notion va+ue. *ne notion de ce t5pe se
caract!rise ainsi par l8e@istence d8instances propres )par
e@emple une $aleur de n !"ale à 1000000,6 de contre&
instances propres )par e@emple une $aleur de n !"ale à 2,6
mais aussi de cas&limites )par e@emple une $aleur de n
!"ale à 100, %ui constituent une Kone de p!nom#re entre
les notions de tas et de non&tas. (elon l8approche par
de"r!s6 la $aleur de $!rit! de l8!tape d8induction est 1
lors%u8on est en pr!sence d8instances propres. Bais
lors%u8il s8a"it de cas&limites6 sa $aleur de $!rit! est
Introduction à la philosophie analytique
21
inf!rieure à 1. l s8ensuit finalement %ue la $aleur de $!rit!
de l8!tape d8induction6 lors%u8on prend en compte toutes les
$aleurs possi#les de n6 est l!"9rement inf!rieure à 1. Dt
ceci suffit à #lo%uer partiellement le processus d!ductif et
à empQcher de par$enir finalement à la conclusion finale.
28!tape d8induction est !"alement $is!e dans un autre
t5pe de solution %ui consid9re %ue l8!tape d8induction n8est
pas n!cessairement $raie. l suffit par e@emple de
consid!rer une pile constitu!e de cu#es empil!s les uns sur
les autres. *ne telle pile peut comporter par e@emple
:us%u8à 20 cu#es empil!s. Baintenant6 le raisonnement %ui
conduit au parado@e sorite peut !"alement s8appli%uer à
cette pile6 car intuiti$ement6 si on enl9$e les cu#es un par
un à partir du haut6 on se trou$e tou:ours en pr!sence d8une
pile. Pourtant6 en r!alit!6 on ne peut enle$er certains cu#es
d8importance strat!"i%ue sans %ue tous les autres ne
tom#ent d8un seul coup en d!truisant en mQme temps
l8ensem#le de la pile. + l8in$erse6 certains cu#es ?
notamment ceu@ du dessus ? apparaissent moins
strat!"i%ues6 de sorte %u8on peut les enle$er sans
compromettre l8e@istence mQme de la pile. *ne telle
anal5se du parado@e sorite su""9re %u8il e@iste d8autres
facteurs %u8il con$ient de prendre en compte tels %ue la
position de chacun des cu#es6 leur ali"nement6 etc.
'ependant6 un tel t5pe de solution !choue !"alement6 car il
se heurte à une $ariation purement num!ri%ue du mQme
pro#l9me %ui constitue le parado@e de Yan" :
)21, 100000000 est +rand pr&'isse
de base
)2=, si n est +rand alors n & 1 est +rand pr&'isse
d,induction
)2C, ...
)30,
∴ 1 est +rand
Introduction à la philosophie analytique
22
Dn effet6 un tel pro#l9me constitue une instance du
parado@e sorite6 pour la%uelle le t5pe de solution pr!c!dent
ne trou$e d!sormais plus à s8appli%uer.
Dnfin6 selon une autre approche6 de nature
!pist!molo"i%ue6 il e@iste $!rita#lement une fronti9re
pr!cise au ni$eau du nom#re de "rains permettant de
diff!rencier un tas d8un non&tas6 mais il ne nous est pas
possi#le de connaAtre pr!cis!ment o7 se situe une telle
fronti9re. 2a cause du parado@e r!side donc dans une
d!ficience au ni$eau de nos connaissances6 %ui constitue
ainsi une sorte de Kone a$eu"le. *ne telle fronti9re pr!cise
e@iste !"alement6 selon ce t5pe d8approche6 au ni$eau des
notions de :eune/non&:eune6 petit/non&petit6 chau$e/non&
chau$e6 etc.6 en permettant ainsi de les distin"uer. En le
$oit6 un tel t5pe de solution tend à re:eter l8!tape
d8induction comme fausse. 'ependant6 une telle solution
ne se r!$9le pas non plus satisfaisante6 car l8e@istence pour
cha%ue notion $a"ue6 d8une coupure num!ri%ue pr!cise
permettant de distin"uer les instances des contre&instances
propres6 apparaAt plutPt contraire à l8intuition. Dt un tel
t5pe de solution ne permet pas de rendre :ustice à
l8intuition selon la%uelle il e@iste6 pour cha%ue concept
$a"ue6 une Kone de p!nom#re correspondant à des cas&
limites.
Introduction à la philosophie analytique
23
3. Le paradoxe de Russell
2e parado@e de Lussell constitue l8un des parado@es les
plus fameu@ de la th!orie math!mati%ue des ensem#les. 2e
parado@e6 !nonc! par Oertrand Lussell r!sulte6 de mani9re
informelle6 de la prise en consid!ration de l8ensem#le de
tous les ensem#les %ui ne se contiennent pas eu@&mQmes.
28e@istence mQme de cet ensem#le conduit directement à
une contradiction. Dn effet6 il s8ensuit d8une part %ue si cet
ensem#le appartient à lui&mQme6 alors il n8appartient pas à
lui&mQme. Dt d8autre part6 s8il n8appartient pas à lui&mQme6
alors il appartient à lui&mQme. +insi6 un tel ensem#le6 à la
fois n8appartient pas à lui&mQme et appartient à lui&mQme.
*ne $ariation classi%ue du parado@e de Lussell est le
pro#l9me du #ar#ier. *n tel #ar#ier rase tous les hommes
%ui ne se rasent pas eu@&mQmes6 et seulement ceu@&là. 2a
%uestion %ui s8ensuit est la sui$ante : ce #ar#ier se rase&t&il
lui&mQme U (i le #ar#ier se rase lui&mQme6 alors par
d!finition6 il appartient à la classe des hommes %ui se
rasent eu@&mQmes et par cons!%uent6 il ne se rase pas lui&
Introduction à la philosophie analytique
2.
mQme. Dn re$anche6 si le #ar#ier ne se rase pas lui&mQme6
alors par d!finition6 il appartient alors à la classe des
hommes %ui ne se rasent pas eu@&mQmes et par
cons!%uent6 il se rase lui&mQme. Dn conclusion6 si le
#ar#ier se rase lui&mQme6 alors il ne se rase pas lui&mQme S
et sZil ne se rase pas lui&mQme6 alors il se rase lui&mQme.
+insi6 %ue lZon consid9re lZune ou lZautre des h5poth9ses6
il s8ensuit une contradiction.
*ne autre $ersion du parado@e de Lussell se pr!sente
sous la forme sui$ante : on consid9re le catalo"ue de tous
les catalo"ues %ui ne se mentionnent pas
eu@&mQmes. l s8ensuit la %uestion
sui$ante : ce catalo"ue se mentionne&t&il
lui&mQme U (Zil se mentionne lui&mQme6
alors il ne fait pas partie de ce catalo"ue
et ne se mentionne donc pas lui&mQme S
et sZil ne se mentionne pas lui&mQme6
alors il fait partie du catalo"ue et se mentionne donc lui&
mQme. Dans les deu@ cas6 on se trou$e en pr!sence d8une
contradiction.
2e parado@e de Lussell peut Qtre !nonc! ainsi de
mani9re plus formelle. (oit L l8ensem#le de tous les
ensem#les %ui ne se contiennent pas eu@&mQmes. En a
ainsi la d!finition sui$ante de L )o7 [ d!note
l8appartenance à un ensem#le et \ la non appartenance, :
)1, x ∈ L ] x ∉ x
Baintenant6 compte tenu de cette d!finition "!n!rale6 on
consid9re le cas particulier de l8ensem#le L. Deu@ cas sont
possi#les : soit L appartient à lui&mQme6 soit L n8appartient
pas à lui&mQme. Dans l8h5poth9se o7 L appartient à lui&
mQme6 le raisonnement s8!ta#lit comme suit :
)2, L ∈ L h5poth9se 1
)3, L ∉ L de )2,
Introduction à la philosophie analytique
2/
Dt de mQme6 dans l8h5poth9se o7 L n8appartient pas à lui&
mQme6 il s8ensuit6 par d!finition :
)., L ∉ L h5poth9se 2
)/, L ∈ L de ).,
2a conclusion %ui en r!sulte est %ue l8ensem#le L
appartient à lui&mQme si et seulement s8il n8appartient pas à
lui&mQme. 2es diff!rentes !tapes du raisonnement peu$ent
ainsi Qtre d!taill!es :
)0, x ∈ L ] x ∉ x d&finition
)1, L ∈ L hypothèse 1
)=, L ∉ L de (#),(%)
)C,
∴ si )L ∈ L, alors )L ∉ L,
de (%),(-)
)10, L ∉ L hypothèse
)11, L ∈ L de (#),(1*)
)12,
∴ si )L ∉ L, alors )L ∈ L,
de (1*),(11)
)13,
∴ L ∉ L et L ∈ L
de (.),(1)
+insi6 la prise en compte de l8e@istence de l8ensem#le L de
tous les ensem#les %ui ne se contiennent pas eu@&mQmes
conduit directement à une contradiction.
2e parado@e trou$e son ori"ine dans la th!orie na>$e
des ensem#les6 dans la%uelle il est permis de d!finir un
ensem#le sans restriction. 2a th!orie na>$e des ensem#les
s8a$!rait ainsi trop li#!rale6 en autorisant la construction de
certains ensem#les dont la nature se r!$!lait finalement
contradictoire6 tels %ue l8ensem#le L. Dn particulier6 il est
apparu %ue l,axio'e de co'pr&hension de la th!orie na>$e
des ensem#les se trou$ait à l8ori"ine de l8!mer"ence du
parado@e de Lussell. 28a@iome de compr!hension
permettait en effet la construction de tout ensem#le %ui
r!pondait au sch!ma sui$ant :
Introduction à la philosophie analytique
20
)1., @ ∈ D ] P)x,
o7 P)x, d!note une propri!t! %uelcon%ue pr!sent!e par un
o#:et x6 de sorte %ue tout x pr!sentant la propri!t! P
appartient à l8ensem#le D. +ussi6 la solution pour r!soudre
le parado@e de Lussell6 a&t&elle consist! à restreindre le
pou$oir d8e@pression de la th!orie des ensem#les. 2es
a@iomes de la th!orie des ensem#les ont ainsi !t! modifi!s
de mani9re à rendre impossi#le la construction de
l8ensem#le L de tous les ensem#les %ui ne se contiennent
pas eu@&mQmes. Dn 1C0=6 Drnst Mermelo proposa ainsi une
th!orie des ensem#les comportant un a@iome de
compr!hension modifi!6 %ui ne permettait plus la
construction de l8ensem#le L. l en est r!sult! la th!orie
des ensem#les de Mermelo&Fraen-el6 %ui est tou:ours en
$i"ueur actuellement6 et dont les a@iomes rendent
impossi#le la construction de l8ensem#le L6 !$itant ainsi la
contradiction %ui en r!sulte.
Introduction à la philosophie analytique
21
4. Le paradoxe de lexa!en"surprise
2e parado@e de l8e@amen&surprise trou$e son ori"ine6 dit&
on6 dans une annonce faite par les autorit!s su!doises
durant la derni9re "uerre mondiale. (elon cette annonce6
un e@ercice de d!fense ci$ile !tait pro"ramm! pour la
semaine sui$ante6 sans %ue le :our pr!cis n8en soit toutefois
r!$!l!6 afin %ue l8e@ercice ait $!rita#lement lieu par
surprise. 2e professeur 2ennart Dl-#om comprit le
pro#l9me su#til %ui r!sultait de cette annonce et en fit part
à ses !tudiants. Par la suite6 le pro#l9me se r!pandit dans
les cercles uni$ersitaires et donna ensuite lieu à de
nom#reuses discussions.
2e parado@e de l8e@amen&surprise est classi%uement
d!crit de la mani9re sui$ante. *n professeur annonce à ses
!tudiants %u8un e@amen aura lieu la semaine prochaine.
'ependant6 le professeur a:oute %u8il ne sera pas possi#le
au@ !tudiants de connaAtre à l8a$ance la date de l8e@amen6
car celui&ci aura lieu par surprise. *n !tudiant intelli"ent
raisonne alors ainsi : l8e@amen ne peut se d!rouler le
Introduction à la philosophie analytique
2=
dernier :our de la semaine ? $endredi ? car sinon :e saurai6
de mani9re certaine6 %ue l8e@amen aura lieu le $endredi.
+insi6 le $endredi peut&il Qtre !limin!. De mQme6 poursuit
l8!tudiant6 l8e@amen ne peut se d!rouler l8a$ant&dernier :our
de la semaine ? :eudi ? car sinon :e saurai %ue l8e@amen
aura lieu le :eudi. +insi6 le :eudi est&il !"alement !limin!.
Par le mQme raisonnement6 l8!tudiant conclut %ue l8e@amen
ne peut a$oir lieu ni le mercredi6 ni le mardi6 ni le lundi.
Finalement6 l8!tudiant conclut %ue l8e@amen ne peut a$oir
lieu aucun :our de la semaine. Pourtant6 cela n8empQche
pas l8e@amen d8a$oir lieu par surprise6 par e@emple le
mercredi. 2e parado@e naAt ici du fait %ue le raisonnement
de l8!tudiant sem#le $alide6 alors %u8il se r!$9le finalement
en contradiction a$ec les faits6 puis%ue l8e@amen a
finalement #ien lieu par surprise.
2e raisonnement de l8!tudiant %ui conduit au parado@e
de l8e@amen&surprise peut Qtre d!taill! de la mani9re
sui$ante :
)1, si l8e@amen a lieu le $endredi hypothèse 1
)2, alors :e saurai %ue l8e@amen aura
lieu le $endredi
de (1)
)3, alors l8e@amen n8aura pas lieu par
surprise
de ()
).,
∴l8e@amen ne peut a$oir lieu le
$endredi
de (1),(!)
)/, si l8e@amen a lieu le :eudi hypothèse
)0, alors :e saurai %ue l8e@amen aura
lieu le :eudi
de (")
)1, alors l8e@amen n8aura pas lieu par
surprise
de (#)
)=,
∴l8e@amen ne peut a$oir lieu le
:eudi
de ("),(%)
)C, si l8e@amen a lieu le mercredi hypothèse !
)10, alors :e saurai %ue l8e@amen aura
lieu le mercredi
de (.)
Introduction à la philosophie analytique
2C
)11, alors l8e@amen n8aura pas lieu par
surprise
de (1*)
)12,
∴l8e@amen ne peut a$oir lieu le
mercredi
de (.),(11)
)13, si l8e@amen a lieu le mardi hypothèse $
)1., alors :e saurai %ue l8e@amen aura
lieu le mardi
de (1!)
)1/, alors l8e@amen n8aura pas lieu par
surprise
de (1$)
)10,
∴l8e@amen ne peut a$oir lieu le
mardi
de (1!),(1")
)11, si l8e@amen a lieu le lundi hypothèse "
)1=, alors :e saurai %ue l8e@amen aura
lieu le lundi
de (1%)
)1C, alors l8e@amen n8aura pas lieu par
surprise
de (1-)
)20,
∴l8e@amen ne peut a$oir lieu le
lundi
de (1%),(1.)
)21,
∴ l8e@amen ne peut a$oir lieu aucun
:our de la semaine
de ($),(-),
(1),(1#),(*)
Plusieurs solutions ont !t! propos!es pour r!soudre le
parado@e de l8e@amen&surprise. +ucune d8entre elles ne fait
toutefois actuellement l8o#:et d8un consensus. *ne
premi9re tentati$e de solution est apparue a$ec E8 'onnor6
dans un article paru en 1C.= dans la re$ue (ind. (elon lui6
le parado@e est d^ au caract9re contradictoire %ui r!sulte
de l8annonce du professeur et de sa mise en oeu$re. Pour
E8 'onnor6 l8annonce du professeur selon la%uelle
l8e@amen doit sur$enir par surprise se trou$e en
contradiction a$ec les donn!es connues de la mise en
oeu$re de l8e@amen. +insi6 l8!nonc! du parado@e de
l8e@amen&surprise est&il6 selon E8 'onnor6 auto&r!futant.
'ependant6 une telle anal5se ne s8est pas a$!r!e
satisfaisante6 car il est apparu %ue l8e@amen pou$ait
finalement sur$enir par surprise6 sans contradiction6 par
Introduction à la philosophie analytique
30
e@emple le mercredi. Dt le fait %ue l8e@amen puisse en
d!finiti$e sur$enir par surprise6 confirmait #ien l8annonce
du professeur6 sans la r!futer.
*ne second t5pe de solution a !"alement !t! propos!
par _uine6 %ui a mis en !$idence le fait %ue %uatre
possi#ilit!s se pr!sentent )en d!notant le dernier :our de la
semaine par n, :
)a, l8e@amen aura lieu le :our n et l8!tudiant saura %ue
l8e@amen aura lieu le :our n
)#, l8e@amen aura lieu le :our n et l8!tudiant saura %ue
l8e@amen n8aura pas lieu le :our n
)c, l8e@amen n8aura pas lieu le :our n et l8!tudiant saura
%ue l8e@amen aura lieu le :our n
)d, l8e@amen n8aura pas lieu le :our n et l8!tudiant saura
%ue l8e@amen n8aura pas lieu le :our n
(elon _uine6 le pro#l9me pro$ient du fait %ue l8!tudiant6
au moment o7 il !ta#lit son raisonnement6 n8en$isa"e %ue
les cas de fi"ure )a, et )d,6 sans tenir compte des
possi#ilit!s )#, et )c,. Dn particulier6 il ne prend pas en
consid!ration le cas de fi"ure )#, %ui est la situation r!elle
dans le%uel il se trou$e finalement6 en permettant ainsi à
l8e@amen de se d!rouler finalement par surprise. Bais si
l8!tudiant a$ait en$isa"! cette possi#ilit! d9s le d!#ut6
conclut _uine6 il ne serait pas par$enu à une conclusion
erron!e.
+u titre des solutions6 il a !"alement !t! propos! %ue le
parado@e de l8e@amen&surprise se r!duit au parado@e
sorite. *n tel point de $ue a notamment !t! e@pos!6 a$ec
des nuances diff!rentes par P. Dietl en 1C13 et ;. Y. (mith
en 1C=.. 'es deu@ auteurs font $aloir %ue les deu@
parado@es pr!sentent une structure commune6 de sorte %ue
le parado@e de l8e@amen&surprise se r!$9le finalement
!%ui$alent au parado@e sorite. (elon une telle anal5se6 les
diff!rentes !tapes des deu@ parado@es sont !%ui$alentes et
Introduction à la philosophie analytique
31
le parado@e de l8e@amen&surprise trou$e ainsi son ori"ine
dans le fait %ue la surprise constitue une notion $a"ue.
Bais une telle anal5se a toutefois !t! criti%u!e par Lo5
(orensen6 dans son ou$ra"e /lindspots6 pu#li! en 1C==6 o7
il fait $aloir %ue les deu@ pro#l9mes ne sont pas r!ellement
de mQme nature. Dn premier lieu6 fait en effet $aloir
(orensen6 la $ersion du parado@e sorite !%ui$alant au
parado@e de l8e@amen&surprise serait #ien trop rapide. Dt
en second lieu6 a:oute (orensen6 les pr!misses de #ase des
deu@ parado@es ne peu$ent pas $!rita#lement Qtre
consid!r!es comme !%ui$alentes.
Introduction à la philosophie analytique
32
Introduction à la philosophie analytique
33
#. Le paradoxe de $ood!an
2e parado@e de Noodman a !t! pr!sent! par Jelson Nood&
man dans un article paru en 1C.0 dans la re$ue 0ournal of
Philosophy. Noodman 5 e@pose son parado@e de la ma&
ni9re sui$ante )a$ec %uel%ues adaptations mineures,. En
consid9re une urne %ui contient 100 #oules. 'ha%ue :our6
une #oule est e@traite de l8urne durant CC :ours6 :us%u8à au&
:ourd8hui. + cha%ue tira"e6 il s8a$9re %ue la #oule pr!le$!e
dans l8urne est rou"e. + ce stade6 on s8attend6 de mani9re
intuiti$e6 à ce %ue la 1009me #oule tir!e soit !"alement
rou"e. 'ette pr!diction est #as!e sur la "!n!ralisation se&
lon la%uelle toutes les #oules pr!sentes dans l8urne sont
rou"es. 2e raisonnement sur le%uel est #as!e cette derni9re
conclusion constitue une induction &nu'&rative.
En peut traduire le raisonnement inductif pr!c!dent de
mani9re plus formelle de la fa<on sui$ante. (oit L le
pr!dicat rou+e. (oient !"alement #
1
6 #
2
6 #
3
6 ...6 #
100
les 100
#oules dans l8urne )∧ d!notant le connecteur lo"i%ue et,.
)1, L#
1
∧ L#
2
∧ L#
3
∧ ... ∧ L#
CC
&nu'&ration
Introduction à la philosophie analytique
3.
)2, L#
1
∧ L#
2
∧ L#
3
∧ ... ∧ L#
CC
∧ L#
100
de (1),
induction
)3,
∴ L#
100
de ()
+ ce stade6 si on consid9re maintenant la propri!t! ( 3 tir!
a$ant au:ourd8hui et rou"e ou tir! apr9s au:ourd8hui et non&
rou"e 4 6 on constate %ue cette propri!t! est !"alement
$!rifi!e par les CC instances d!:à o#ser$!es. Bais la
pr!diction %ui en r!sulte cette fois6 #as!e sur la
"!n!ralisation selon la%uelle toutes les #oules sont (6 est
%ue la 1009me #oule sera non&rou"e. Dt ceci est contraire à
la conclusion pr!c!dente6 %ui est elle&mQme pourtant
conforme à notre intuition. 2e raisonnement correspondant
peut Qtre ainsi d!taill! :
)., (#
1
∧ (#
2
∧ (#
3
∧ ... ∧ (#
CC
&nu'&ration
)/, (#
1
∧ (#
2
∧ (#
3
∧ ... ∧ (#
CC
∧ (#
100
de ($),
induction
)0,
∴ (#
100
de (")
Bais ici6 la conclusion selon la%uelle la 1009me #oule est
( !%ui$aut au fait %ue cette derni9re sera non&rou"e. Er
ceci est en contradiction a$ec la conclusion r!sultant du
raisonnement inductif pr!c!dent selon la%uelle la 1009me
#oule sera rou"e. 2e parado@e !mer"e ici à cause du fait
%ue les deu@ conclusions )3, et )0, sont contradictoires.
ntuiti$ement6 l8application de l8!num!ration inducti$e à
)., paraAt erron!e. Bais la difficult! r!side ici dans le fait
de localiser a$ec pr!cision o7 se trou$e l8erreur de
raisonnement à l8ori"ine de cette fausse conclusion.
Noodman donne aussi dans son ou$ra"e 1aits, fictions
et pr&dictions6 paru dans sa $ersion ori"inale en 1C/.6 une
$ersion l!"9rement diff!rente de son parado@e6 appli%u!e
cette fois au@ !meraudes :
Introduction à la philosophie analytique
3/
(upposeK %ue toutes les !meraudes e@amin!es a$ant
un certain temps t aient !t! $ertes. Dans ce cas6 au
temps t6 nos o#ser$ations confirment l8h5poth9se
selon la%uelle toutes les !meraudes sont $ertes S et
ceci est en accord a$ec notre d!finition de la
confirmation `... a Baintenant laisseK&moi introduire
un autre pr!dicat moins familier %ue 3 $ert 4. '8est le
pr!dicat 3 $leu 4 et il s8appli%ue à toutes les choses
e@amin!es a$ant t si elles sont $ertes mais au@ autres
choses si elles sont #leues. +insi au temps t nous
a$ons6 pour cha%ue constatation mat!rielle rapportant
%u8une !meraude donn!e est $erte6 une constatation
mat!rielle rapportant de mani9re parall9le %ue
l8!meraude est 3 $leu 4.
'ette $ersion du parado@e de Noodman est c!l9#re et
#as!e sur le pr!dicat 3 $leu 4 )dans le te@te ori"inal: +rue,.
2a d!finition de 3 $leu 4 est la sui$ante : vert et observ&
avant 2 ou non)vert et observ& après 2. l en r!sulte deu@
t5pes de raisonnements concurrents. *n premier
raisonnement met en bu$re une !num!ration inducti$e
classi%ue : à partir de l8o#ser$ation selon la%uelle toutes les
!meraudes o#ser$!es a$ant T !taient vertes6 on conclut
%ue la prochaine !meraude o#ser$!e sera !"alement $erte
)R d!notant vert6 et e
1
6 e
2
6 e
3
6 ...6 e
100
d!notant les
!meraudes, :
)1, Re
1
∧ Re
2
∧ Re
3
∧ ... ∧ Re
CC
&nu'&ration
)=, Re
1
∧ Re
2
∧ Re
3
∧ ... ∧ Re
CC
∧ Re
100
de (%),
induction
)C,
∴ Re
100
de (-)
2e raisonnement alternatif est #as! sur le mQme t5pe
d8!num!ration inducti$e appli%u! au pr!dicat 3 $leu 4. Du
fait %ue toutes les !meraudes o#ser$!es a$ant T !taient
3 $leues 46 on conclut cette fois %ue la prochaine !meraude
Introduction à la philosophie analytique
30
o#ser$!e sera !"alement 3 $leue 4 )3 $leu 4 !tant d!not!
par N, :
)10, Ne
1
∧ Ne
2
∧ Ne
3
∧ ... ∧ Ne
CC
&nu'&ration
)11, Ne
1
∧ Ne
2
∧ Ne
3
∧ ... ∧ Ne
CC
∧ Ne
100
de (1*),
induction
)12,
∴ Ne
100
de (11)
l s8ensuit alors une contradiction6 puis%u8en $ertu de )C, la
1009me !meraude sera $erte6 alors %u8il r!sulte de )11, %ue
la 1009me !meraude sera non&$erte. 2es deu@ pro#l9mes
pr!sent!s par Noodman constituent deu@ $ariations du
mQme parado@e6 car le pr!dicat ( utilis! par Noodman
dans son article de 1C.0 pr!sente a$ec 3 $leu 46 une
structure commune. Dn effet6 P et _ !tant deu@ pr!dicats6
cette derni9re structure correspond à la d!finition : )P et _,
ou )non&P et non&_,.
2e parado@e de Noodman a en"endr! une !norme
litt!rature et de nom#reuses solutions de nature diff!rente
ont !t! propos!es pour le r!soudre. Noodman a ainsi
propos! lui&mQme une telle solution6 %ui est #as!e sur la
notion d8enfouisse'ent )entrench'ent,. Noodman6 dans
1aits, fictions et pr&dictions consid9re ainsi %ue le
pro#l9me se ram9ne à celui d8!ta#lir une distinction entre
les pr!dicats %ui sont pro3etables6 et ceu@ %ui ne le sont
pas. 2es pr!dicats pro:eta#les peu$ent $ala#lement ser$ir
de support à une induction !num!rati$e6 alors %ue les
autres6 au nom#re des%uels se trou$e 3 $leu 46 ne
con$iennent pas pour cela. (elon Noodman6 les pr!dicats
pro:eta#les sont ceu@ %ui sont int!"r!s6 enfouis dans notre
prati%ue inducti$e courante. l sZa"it là dZun usa"e inductif
%ui se trou$e ainsi a$alis! par la prati%ue. 2es pr!dicats
pro:eta#les sont ceu@ %ui sont en %uel%ue sorte $alid!s par
lZusa"e courant6 commun et pass!. + l8in$erse6 les
pr!dicats non pro:eta#les tels %ue 3 $leu 4 ne sont pas
adapt!s à l8usa"e inductif. 'ependant6 la solution de
Introduction à la philosophie analytique
31
Noodman #as!e sur l8enfouissement dans le lan"a"e et
l8usa"e courant ne s8est pas r!$!l!e satisfaisante. 'ar il
s8a$9re %ue de nou$eau@ pr!dicats apparaissent cha%ue
:our. De nom#reu@ n!olo"ismes sont en effet cr!!s6 %ui
s8int9"rent tr9s $ite dans le lan"a"e courant et dans la
prati%ue inducti$e commune. BQme le pr!dicat 3 $leu 4 à
l8ori"ine si d!cri! nous est de$enu %uel%ue peu familier.
*ne autre solution %ui a notamment !t! propos!e pour
r!soudre le parado@e de Noodman est #as!e sur le fait %ue
le pr!dicat 3 $leu 4 comporte une r!f!rence te'porelle6 à
la diff!rence du pr!dicat 3 $ert 4. (elon ce t5pe de
solution6 il con$ient de ne pas utiliser pour l8induction des
pr!dicats tels %ue 3 $leu 46 %ui comportent de telles clauses
temporelles. Toutefois6 ce t5pe de solution s8est a$!r! trop
restrictif6 car il e@iste des pr!dicats %ui comportent une
r!f!rence temporelle mais dont la pro:ection inducti$e ne
pose aucun pro#l9me. 'onsid!rons ainsi une tomate :
celle&ci elle est $erte a$ant maturit!6 et rou"e apr9s. *ne
telle propri!t! s8appli%ue au@ CC tomates %ue :e $iens de
trou$er dans mon :ardin6 mais aussi à la 1009me tomate
%ui se trou$e dans le :ardin de mon $oisin. Dn second lieu6
il s8a$9re tout à fait possi#le de construire une $ersion du
parado@e de Noodman %ui est d!pour$ue d8une telle clause
temporelle. l suffit alors de construire un pr!dicat N #as!
par e@emple sur l8association couleur&espace6 en
remplacement de l8association couleur&temps6 pour o#tenir
une $ariation du parado@e de Noodman %ui s8affranchit
d8une r!f!rence temporelle. Dnfin6 la r!ponse apport!e par
Jelson Noodman lui&mQme par rapport à ce t5pe
d8o#:ection est %ue le pr!dicat 3 $ert 4 peut !"alement Qtre
d!fini a$ec une r!f!rence temporelle si l8on utilise 3 $leu 4
comme concept primitif. l suffit ainsi de mettre en
parall9le d8une part les pr!dicats 3 $ert 4 et 3 #leu 4 et
d8autre part 3 $leu 4 )$ert a$ant T et #leu apr9s T, et
3 #ert 4 )#leu a$ant T et $ert apr9s T,. Dans ce cas6 il est
tout à fait possi#le de d!finir 3 $ert 4 et 3 #leu 4 à l8aide
Introduction à la philosophie analytique
3=
des notions primiti$es de 3 $leu 4 et 3 #ert 4. *n o#:et
3 $ert 4 est alors d!fini comme 3 $leu 4 a$ant T et 3 #ert 4
apr9s T S et de mQme6 un o#:et 3 #leu 4 est d!fini comme
3 #ert 4 a$ant T et 3 $leu 4 apr9s T. +insi6 les d!finitions
de 3 $ert 46 3 #leu 4 et d8autre part 3 $leu 46 3 #ert 4 se
r!$9lent parfaitement s5m!tri%ues et comportent de
mani9re identi%ue une r!f!rence temporelle.
Introduction à la philosophie analytique
3C
%. Le pro&l'!e de (e)co!&
2e pro#l9me de Jewcom# a !t! d!crit en 1C00 par le
ph5sicien Yilliam Jewcom# et a !t! introduit ensuite dans
la litt!rature philosophi%ue à tra$ers un essai pu#li! en
1C0C par Lo#ert JoKic-. En peut d!crire le pro#l9me de
Jewcom# de la mani9re sui$ante. Deu@ #oites6 + et O6 se
trou$ent plac!es de$ant $ous. 28une d8entre elles ? la #oite
+ ? est transparente et contient 1000 euros. Rous Qtes
plac! de$ant le choi@ sui$ant : soit prendre uni%uement le
contenu de la #oite O S soit prendre à la fois le contenu de
la #oite + et de la #oite O. Rous sa$eK !"alement %u8un
de$in6 dont les pr!dictions se sont r!$!l!es e@trQmement
fia#les :us%u8à pr!sent6 placera un million d8euros dans la
#oite O s8il pr!dit %ue $ous ne prendreK %ue cette derni9re.
Dn re$anche6 s8il pr!dit %ue $ous prendreK à la fois les
#oites + et O6 le de$in laissera la #oite O $ide. Baintenant6
choisisseK&$ous de prendre uni%uement la #oite O6 ou #ien
de prendre les #oites + et O U Dn $ertu d8un premier
raisonnement ),6 il apparaAt %ue les pr!dictions effectu!es
dans le pass! par le de$in se sont r!$!l!es tr9s fia#les6 et il
Introduction à la philosophie analytique
.0
n85 a pas de raison pour %ue la pr!diction %u8il $a effectuer
a$ec $ous ne se $!rifie pas une fois de plus. Par
cons!%uent6 il apparaAt prudent de ne prendre %ue la #oite
O6 de mani9re à encaisser un million d8euros6 ce %ui
repr!sente d!:à une tr9s #elle somme. + ce stade6 il
apparaAt cependant %u8un raisonnement alternatif ), peut
!"alement Qtre tenu. 'ar au moment o7 $ous pr!pareK à
ou$rir la #oite O ou les deu@ #oites6 le de$in a d!:à
effectu! son choi@. Par cons!%uent6 si le de$in a pr!dit %ue
$ous ou$rireK uni%uement la #oite O6 il a alors plac! un
million d8euros dans la #oite +. Je serait&il alors pas
a#surde de laisser les 1000 euros %ui se trou$ent dans la
#oite +. 'ar cette derni9re #oite est transparente6 et $ous
pou$eK en o#ser$er le contenu. Rous raisonneK6 et $ous
constateK %ue cela ne peut plus affecter le choi@ du de$in.
Par cons!%uent6 mieu@ $aut ou$rir les deu@ #oites6 et
encaisser ainsi 1001000 euros. + ce stade6 il apparaAt %ue
chacun des deu@ raisonnements ), et ), sem#le fond!.
Pourtant6 tous deu@ conduisent à des conclusions
contradictoires. Dt l8!ni"me pos!e par le pro#l9me de
Jewcom# est pr!cis!ment de sa$oir le%uel des
raisonnements ), et ), est $ala#le.
l est int!ressant de formaliser %uel%ue peu les donn!es
du pro#l9me de Jewcom#6 de mani9re à mettre en
!$idence certains !l!ments de sa structure interne. l
apparaAt ainsi %ue la structure de l8!nonc! est celle d8un
dou#le conditionnel :
)1, si cle de$in pr!dit %ue le su:et ou$rira la #oite Od
alors cle de$in place 1000000 euros dans la #oite
Od
)2, si cle de$in pr!dit %ue le su:et ou$rira les #oites +
et Od alors cle de$in place 0 euro dans la #oite Od
De mQme6 le raisonnement ), peut Qtre d!crit de mani9re
d!taill!e de la fa<on sui$ante :
Introduction à la philosophie analytique
.1
)3, les pr!dictions effectu!es dans le
pass! par le de$in se sont r!$!l!es
tr9s fia#les
pr&'isse
)., les pr!dictions effectu!es par le
de$in sont tr9s fia#les
+&n&ralisation
)/, cette fois !"alement6 le de$in
de$rait pr!dire mon choi@
de ($),
induction
)0, si le de$in a pr!dit %ue :8ou$rirai
uni%uement la #oite O6 alors il a
plac! 1000000 euros dans la #oite
O
de (1)
)1, si le de$in a pr!dit %ue :8ou$rirai
les #oites + et O alors il a plac! 0
euro dans la #oite O
de ()
)=,
∴ :8ai int!rQt à ou$rir la #oite O
de (#),(%)
Dt on peut de mQme formaliser ainsi le raisonnement ), :
)C, au moment ou :8effectue mon choi@6
les sommes d8ar"ent sont d!:à plac!es
dans les #oites6 et celles&ci ne seront
pas affect!es par mon choi@
pr&'isse
)10, si le de$in a plac! 1000000 euros
dans la #oite +6 alors en prenant
!"alement la #oite O6 :e "a"nerai
1001000 euros au lieu de 1000000
euros
de (.)
)11, si le de$in a plac! 0 euro dans la #oite
+6 alors en prenant !"alement la #oite
O6 :e "a"nerai 1000 euros
de (.)
)12, dans les deu@ cas6 :8o#tiens un "ain
sup!rieur en prenant !"alement la
#oite +
de (1*),(11)
)13,
∴ :8ai int!rQt à ou$rir les #oites + et O
de (1)
Introduction à la philosophie analytique
.2
2e parado@e de Jewcom# a donn! lieu à un formida#le
en"ouement et a en"endr! une $aste litt!rature. Parmi les
solutions %ui ont !t! propos!es pour r!soudre le parado@e6
l8une d8elles met l8accent sur le fait %ue la situation
correspondant au parado@e est en r!alit! impossi#le et
s8a$9re telle %u8on ne peut la rencontrer en prati%ue. (elon
cette anal5se6 la partie de l8!nonc! selon la%uelle le de$in
peut pr!dire a$ec pr!cision le choi@ du su:et n8est pas
$raisem#la#le. Dn $ertu de cette anal5se6 une telle clause
fait appel à des propri!t!s e@tra$a"antes %ui ne sont pas
celles de notre monde ph5si%ue6 telles %ue la causalit!
r!tro"rade )la fait %u8un effet puisse a"ir sur sa propre
cause, ou l8a#sence de li#re&ar#itre des indi$idus. *ne telle
solution6 cependant6 ne s8est pas a$!r!e satisfaisante. 'ar
s8il est permis de mettre en doute l8e@istence de la causalit!
r!tro"rade ou l8a#sence de li#re&ar#itre6 on peut n!anmoins
mettre en !$idence d8autres $ariations du parado@e de
Jewcom# %ui ne font pas appel à de telles propri!t!s
sin"uli9res. l suffit pour cela de consid!rer une $ersion
pro#a#iliste du parado@e o7 la pr!diction du de$in est le
plus sou$ent e@acte. 'ar le de$in pourrait #ien se fonder
sur des consid!rations d8ordre purement ps5cholo"i%ue.
*ne !tude men!e sur le parado@e de Jewcom# a montr!
%ue 10e des "ens choisissent de ne prendre %ue la #oite O.
2e de$in pourrait ainsi poss!der d8un pro"ramme
d8ordinateur simulant de mani9re tr9s performante le
comportement et la ps5cholo"ie humaine face à ce t5pe de
situation et effectuer ses pr!$isions en cons!%uence. Dans
ce conte@te6 la clause de l8!nonc! selon la%uelle les
pr!$isions du de$in sont tr9s sou$ent e@actes serait tout à
fait respect!e.
Introduction à la philosophie analytique
.3
*. Le dile!!e du prisonnier
2e dile''e du prisonnier a !t! d!crit par Berrill Flood et
Bel$in Dresher en 1C/0. l peut Qtre formul! de la mani9re
sui$ante. Deu@ prisonniers6 ;ean et Pierre6 sont interro"!s
par un :u"e %ui les soup<onne d8a$oir commis un crime. 2e
:u"e propose à chacun d8eu@ le march! sui$ant : 3 Rous
disposeK de deu@ possi#ilit!s : soit a$ouer6 soit ne pas
a$ouer. Bais attention6 le choi@ %ue $ous effectuereK aura
une cons!%uence tr9s importante sur la peine %ui $ous sera
infli"!e. +insi6 si l8un d8entre $ous a$oue mais %ue l8autre
n8a$oue pas6 celui %ui aura a$ou! sera li#re alors %ue celui
%ui aura refus! d8a$ouer se $erra infli"er 10 ans de prison.
Dn re$anche6 si $ous a$oueK tous les deu@6 chacun d8entre
$ous n8aura %ue / ans de prison. Dnfin6 si aucun de $ous
n8a$oue6 :e $ous infli"erai à tous les deu@ 1 an de prison.
Baintenant6 r!fl!chisseK6 puis d!termineK&$ous. ;e $ous
ferai ensuite connaAtre ma sentence 4.
Introduction à la philosophie analytique
..
+ ce stade6 il apparaAt utile de d!crire plus en d!tail la
structure du dilemme du prisonnier. l s8a$9re ainsi %ue les
%uatre cas sui$ants sont possi#les :
)a, ;ean a$oue et Pierre a$oue
)#, ;ean a$oue et Pierre n8a$oue pas
)c, ;ean n8a$oue pas et Pierre a$oue
)d, ;ean n8a$oue pas et Pierre n8a$oue
pas
De plus6 l8annonce du :u"e peut Qtre d!crite à l8aide de la
matrice sui$ante6 %ui d!finit les peines attri#u!es à chacun
des deu@ prisonniers en fonction de leur attitude :
)a, ;ean a$oue et Pierre a$oue 0ean 4 " ans
Pierre 4 " ans
)#, ;ean a$oue et Pierre n8a$oue pas 0ean 4 * an
Pierre 4 1* ans
)c, ;ean n8a$oue pas et Pierre a$oue 0ean 4 1* ans
Pierre 4 * an
)d, ;ean n8a$oue pas et Pierre
n8a$oue pas
0ean 4 1 an
Pierre 4 1 an
2e pro#l9me inh!rent au dilemme du prisonnier
pro$ient du fait %ue deu@ t5pes de raisonnements
diff!rents apparaissent tous deu@ $ala#les. Dn effet6 en
$ertu d8un premier t5pe ), de raisonnement6 il apparaAt %ue
le fait de ne pas a$ouer est ce %ui donne à chacun le
ma@imum de chances d8Qtre li#re. Dn effet6 si l8un des
prisonniers a$oue6 il en r!sulte une peine %ui est de / ans
)si l8autre a$oue !"alement, ou nulle )si l8autre n8a$oue
pas, S ainsi6 la peine %ui en r!sulte est en mo5enne de 26/
ans : )/ X 0, / 2. Dn re$anche6 si le prisonnier n8a$oue pas6
il s8ensuit une peine de 10 ans )si l8autre a$oue, ou de 1 an
)si l8autre n8a$oue pas !"alement, S ainsi6 il en r!sulte une
peine %ui est en mo5enne de /6/ ans : )10 X 1, / 2. l
Introduction à la philosophie analytique
./
apparaAt donc #eaucoup plus rationnel d8a$ouer.
'ependant6 un autre t5pe de raisonnement apparaAt
!"alement possi#le. (elon un autre point de $ue ), en
effet6 il s8a$9re %ue le fait de ne pas a$ouer se r!$9le tr9s
int!ressant pour chacun des deu@ prisonniers. 'ar il n8en
r!sulte %u8une peine d8un an pour chacun d8eu@.
Finalement6 on se trou$e en pr!sence d8un dilemme6 car
chacune des options %ui r!sulte des deu@ raisonnements ),
et ), en comp!tition se r!$9le6 d8un certain point de $ue6
optimale.
2e dilemme du prisonnier correspond à une situation
concr9te6 prati%ue6 %ui poss9de des r!percussions dans le
domaine de la th!orie des :eu@6 de l8!conomie6 de la
science politi%ue6 de la #iolo"ie6 etc. +u ni$eau de la
th!orie des :eu@6 on distin"ue ainsi classi%uement entre les
:eu@ à somme nulle et ceu@ à somme non nulle. Pour les
:eu@ à somme nulle6 il e@iste un "a"nant et un perdant6
mais pas de situation interm!diaire )tel est le cas par
e@emple pour le tennis,. + l8in$erse6 pour les :eu@ à
somme non nulle6 il e@iste un "a"nant6 un perdant6 et une
ou plusieurs situations interm!diaires )les !checs6 o7 la
possi#ilit! de la partie nulle e@iste6 en constituent un
e@emple,. Dans ce conte@te6 le dilemme du prisonnier
apparaAt comme un :eu à somme non nulle6 puis%u8il e@iste
deu@ cas o7 les deu@ prisonniers re<oi$ent une peine
identi%ue : )1, s8ils a$ouent tous les deu@ S et )2, s8ils
n8a$ouent pas tous les deu@.
En peut o#ser$er %ue le dilemme du prisonnier donne
lieu à une importante $ariation lors%ue le dilemme est
r!p!t!. l s8a"it alors du dile''e it&r& du prisonnier. Dans
ce conte@te6 plusieurs strat!"ies apparaissent alors
possi#les. l en r!sulte ainsi les strat!"ies !l!mentaires
sui$antes : tou3ours avouer6 ou #ien ne 3a'ais avouer.
Bais d8autres strat!"ies plus comple@es sont possi#les6
#as!es notamment sur l8option choisie par l8autre
prisonnier lors des coups pr!c!dents. Dans ce cas6 les
Introduction à la philosophie analytique
.0
it!rations conduisent alors à anal5ser la succession de
coups :ou!s par le prisonnier comme un t5pe de
comportement. + ce stade6 les possi#ilit!s de$iennent
multiples. *ne strat!"ie %ui s8est a$!r!e tr9s performante a
ainsi !t! d!nomm!e tit)for)tat. 2a strat!"ie sur la%uelle
elle est #as!e est la sui$ante : a$ouer au premier coup6 puis
:ouer au coup n X 1 ce %u8a :ou! l8autre prisonnier au coup
n. Pour le dilemme it!r! du prisonnier6 il n8e@iste pas non
plus de strat!"ie dont on puisse dire6 de mani9re certaine6
%u8elle est meilleure %ue les autres.
Introduction à la philosophie analytique
.1
+. Le paradoxe de ,antor
2e parado@e de 'antor a !t! d!cou$ert par Neor" 'antor
en 1=CC6 mais n8a toutefois !t! pu#li! %uZen 1C32. 28id!e
"!n!rale du parado@e r!side dans le fait %ue la prise en
consid!ration de l,ense'ble de tous les ense'bles conduit
à une contradiction. Dn effet6 si l8on appelle ' l,ense'ble
de tous les ense'bles6 il s8ensuit alors %u8il e@iste un
ensem#le 'f6 %ui est lui&mQme d!fini comme l8ensem#le
compos! des parties de l8ensem#le '. Par d!finition6
l8ensem#le ' %ui est l,ense'ble de tous les ense'bles
inclut donc !"alement l8ensem#le 'f. 'eci impli%ue %ue le
cardinal ? c8est&à&dire le nom#re d8!l!ments ? de
l8ensem#le ' est sup!rieur ou !"al au cardinal de
l8ensem#le 'f. Er un th!or9me6 !ta#li par 'antor6 !ta#lit
%u8!tant donn! un ensem#le D6 le cardinal de D est
inf!rieur au cardinal de l8ensem#le Df6 %ui est constitu! de
toutes les parties de D. +insi6 en $ertu du th!or9me de
'antor6 il s8ensuit %ue le cardinal de l8ensem#le 'f6 %ui
Introduction à la philosophie analytique
.=
inclut toutes les parties de '6 est n!cessairement plus
"rand %ue le cardinal de l8ensem#le '. l en r!sulte donc
une contradiction.
2e raisonnement correspondant au parado@e de 'antor
peut Qtre ainsi d!taill! de mani9re plus formelle )card
d!note ici le cardinal d8un ensem#le, :
)1, ' est l8ensem#le de tous les
ensem#les
d&finition
)2, 'f est l8ensem#le de toutes les parties
de l8ensem#le '
pr&'isse
)3, card )', ≥ card )'f, de (1)
)., pour tout ensem#le D6 l8ensem#le Df
de toutes les parties de D est tel %ue
card )D, c card )Df,
th&orè'e
de 5antor
)/, pour l8ensem#le '6 l8ensem#le 'f de
toutes les parties de ' est tel %ue card
)', c card )'f,
de ($)
)0,
∴ card )', ≥ card )'f, et card )', c
card )'f,
de (!),(")
2e parado@e de 'antor appartient6 de mQme %ue le
parado@e de Lussell6 à la cat!"orie des parado@es
ensem#listes. + l8instar du parado@e de Lussell6 il apparaAt
au sein de la th!orie na>$e des ensem#les6 o7 la
construction de l8ensem#le ' de tous les
ensem#les se trou$e autoris!e. Dans la th!orie
actuelle des ensem#les6 celle de Mermelo&
Fraen-el6 le parado@e est !$it! car on ne peut
construire l8ensem#le '. Dn effet6 un des
a@iomes de la th!orie de Mermelo&Fraen-el6
l8a@iome de compr!hension6 a !t! con<u de mani9re plus
restricti$e %ue dans la th!orie na>$e des ensem#les6 afin
d8interdire la construction de l8ensem#le ' de tous les
ensem#les. Bais une telle d!marche peut paraAtre ad hoc6
c8est&à&dire %u8il s8a"it d8une restriction de la th!orie des
Introduction à la philosophie analytique
.C
ensem#les %ui a pour seul #ut d8!$iter les parado@es et la
contradiction %ui en r!sulte. Dans ce conte@te6 de mQme
%ue pour le parado@e de Lussell6 on ne peut consid!rer
$!rita#lement %ue l8on dispose actuellement d8une solution
authenti%ue pour le parado@e de 'antor.
Introduction à la philosophie analytique
/0
Introduction à la philosophie analytique
/1
-. Le paradoxe de $rellin.
'e parado@e a !t! in$ent! par Iurt Nrellin". l est
!"alement appel! paradoxe des 'ots h&t&rolo+iques. 2e
parado@e de Nrellin" peut Qtre !nonc! de la mani9re
sui$ante : certains ad:ectifs d!cri$ent des propri!t!s %ui
s8appli%uent à eu@&mQmes6 tels %ue 3 pol5s5lla#i%ue 46
3 fran<ais 4. De tels ad:ectifs peu$ent Qtre %ualifi!s
d8autolo+iques. D8autres ad:ectifs6 à l8in$erse6 d!cri$ent des
propri!t!s %ui ne s8appli%uent pas à eu@&mQmes. Par
e@emple6 3 lon" 46 3 italien 46 3 monos5lla#i%ue 4. En peut
%ualifier de tels mots d8h&t&rolo+iques. 'eci conduit à
classer les mots en deu@ cat!"ories : )a, autolo"i%ues S )#,
h!t!rolo"i%ues6 *ne telle distinction conduit toutefois à un
parado@e. 'ompte tenu des d!finitions pr!c!dentes6 le
parado@e apparaAt en effet lors%uZon sZinterro"e sur le
statut du pr!dicat h&t&rolo+ique lui&mQme. +insi6
3 h!t!rolo"i%ue 4 est&il autolo"i%ue ou #ien
h!t!rolo"i%ue U 'ar si 3 h!t!rolo"i%ue 4 est h!t!rolo"i%ue6
Introduction à la philosophie analytique
/2
alors par d!finition6 3 h!t!rolo"i%ue 4 est autolo"i%ue. Dt
in$ersement6 si 3 h!t!rolo"i%ue 4 est autolo"i%ue6 il en
r!sulte %uZil est h!t!rolo"i%ue. 2a conclusion est
parado@ale6 car il s8ensuit %u83 h!t!rolo"i%ue 4 est
h!t!rolo"i%ue si et seulement s8il est autolo"i%ue.
2es d!finitions et le raisonnement %ui conduisent au
parado@e de Nrellin" peu$ent Qtre pr!sent!es de mani9re
plus d!taill!e de la mani9re sui$ante )G et gG d!notant
respecti$ement h&t&rolo+ique et non&h!t!rolo"i%ue ? c8est&
à&dire autolo+ique ? et φ d!notant une propri!t! donn!e, :
)1, G)3 φ 4, si et seulement si gφ)3 φ 4, d&finition 1
)2, gG)3 φ 4, si et seulement si φ)3 φ 4, d&finition
)3, si G)3 G 4, hypothèse 1
)., alors gG)3 G 4, de (1)
)/, si gG)3 G 4, hypothèse
)0, alors G)3 G 4, de ()
)1,
∴ G)3 G 4, si et seulement si
gG)3 G 4,
de (!),($),
("),(#)
Dt il apparaAt %ue l8on ne peut attri#uer $ala#lement au
pr!dicat 3 h!t!rolo"i%ue 4 ni la propri!t! h&t&rolo+ique ni
la propri!t! autolo+ique.
+ ce stade6 il est int!ressant d8!tudier !"alement le
statut du mot 3 autolo"i%ue 4 lui&mQme. +insi6
3 autolo"i%ue 4 est&il h!t!rolo"i%ue ou #ien autolo"i%ue U
2e raisonnement concernant 3 autolo"i%ue 4 s8!ta#lit
comme suit :
)1, G)3 φ 4, si et seulement si gφ)3 φ 4, d&finition 1
)2, gG)3 φ 4, si et seulement si φ)3 φ 4, d&finition
)=, si G)3 gG 4, hypothèse 1
)C, alors ggG)3 gG 4, de (1)
)10, alors G)3 gG 4, de (.)
)11, si gG)3 gG 4, hypothèse
)12, alors gG )3 gG 4, de ()
Introduction à la philosophie analytique
/3
ci6 l8!tape particuli9re )10, est :ustifi!e par l8!limination de
la dou#le n!"ation. Dt dans ce cas6 il apparaAt %ue si
3 autolo"i%ue 4 est h!t!rolo"i%ue alors il est
h!t!rolo"i%ue S et de mQme6 si 3 autolo"i%ue 4 est
autolo"i%ue alors il est autolo"i%ue. +insi6 il s8a$9re %ue
l8on ne par$ient pas non plus à d!terminer $ala#lement si
3 autolo"i%ue 4 est h!t!rolo"i%ue ou non.
Parmi les solutions %ui ont !t! propos!es pour r!soudre
le parado@e de Nrellin"6 l8une d8entre elles conduit à
o#ser$er %ue la structure du parado@e est tr9s similaire à
celle du parado@e de Lussell. +insi6 les deu@ parado@es
pr!senteraient une structure commune et conduiraient à
une solution de mQme nature.
*ne autre solution conduit6 de mQme %ue pour le
parado@e du Benteur6 à re:eter les d!finitions de tous les
pr!dicats %ui pr!sentent une structure auto&r!f!rentielle.
Pourtant6 une telle solution ne s8a$9re pas non plus
satisfaisante. Dn effet6 elle apparaAt #eaucoup trop
restricti$e6 car il s8a$9re %ue l8on par$ient tout à fait
$ala#lement à d!terminer le statut de nom#reu@ pr!dicats
auto&r!f!rentiels tels %ue par e@emple polysyllabique.
Proscrire purement et simplement tous les pr!dicats dont
la structure est auto&r!f!rentielle serait pa5er un pri@
#eaucoup trop fort pour la seule !limination du parado@e.
Introduction à la philosophie analytique
/.
Introduction à la philosophie analytique
//
1/. Le paradoxe des deux en0eloppes
2e parado@e des deu@ en$eloppes s8!nonce de la fa<on
sui$ante : de$ant $ous se trou$ent deu@ en$eloppes %ui
contiennent chacune une somme d8ar"ent et $ous sa$eK de
mani9re certaine %ue l8une d8entre elles contient le dou#le
de l8autre. Rous preneK l8une des deu@ en$eloppes au
hasard. Baintenant6 $ous a$eK le choi@ entre "arder
l8en$eloppe %ue $ous a$eK en main6 ou #ien !chan"er a$ec
l8autre en$eloppe. _ue d!cideK&$ous de faire U *n premier
t5pe de raisonnement ), $ous $ient imm!diatement à
l8esprit : la situation concernant chacune des deu@
en$eloppes est tout à fait identi%ue. Dn choisissant
seulement l8une des deu@ en$eloppes6 $ous n8a$eK o#tenu
aucune information nou$elle. Par cons!%uent6 le choi@ de
l8une ou l8autre est !%ui$alent. Rous d!cideK donc de
conser$er l8en$eloppe %ue $ous a$eK initialement prise.
'ependant6 il apparaAt %u8un autre t5pe de raisonnement
), se r!$9le !"alement possi#le : soit x la somme
contenue dans l8en$eloppe %ue $ous a$eK entre les mains.
Introduction à la philosophie analytique
/0
28autre en$eloppe contient donc une somme %ui est !"ale
soit à 2x6 soit à 1/2x. 'es deu@ situations sont
!%uipro#a#les et chacune d8elles peut se $oir attri#uer une
pro#a#ilit! de 1/2. Par cons!%uent6 la pro#a#ilit! "!n!rale
peut Qtre calcul!e ainsi : 2x @ 1/2 X 1/2x @ 1/2 W //.x. l
s8ensuit %ue dans le cas "!n!ral6 l8autre en$eloppe contient
une somme !"ale à //.x c8est&à&dire 162/ x. +insi6 il s8a$9re
%ue l8autre en$eloppe contient une somme %ui est d8un
%uart sup!rieure à celle %ue $ous a$eK dans les mains. Par
cons!%uent6 $ous a$eK int!rQt à !chan"er a$ec l8autre
en$eloppe. 'ependant6 une fois l8en$eloppe !chan"!e6 un
raisonnement de mQme nature $ous conduit à !chan"er à
nou$eau l8en$eloppe6 et ainsi de suite ad infinitu'.
Dans le parado@e des deu@ en$eloppes6 c8est clairement
le raisonnement ), %ui est en cause6 puis%u8il conduit à la
conclusion a#surde %u8il con$ient d8!chan"er les
en$eloppes à l8infini. Pourtant6 la thche %ui consiste à
d!terminer a$ec pr!cision l8!tape fallacieuse dans le
raisonnement ), s8a$9re tr9s difficile. + cette fin6 il est
utile de formaliser da$anta"e les diff!rentes !tapes
inh!rentes au raisonnement ), :
)1, l8autre en$eloppe contient soit )a, la
somme 2x soit )#, la somme 1/2x
pr&'isse
)2, la pro#a#ilit! de chacune des
situations )a, et )#, est 1/2
pr&'isse
)3, la pro#a#ilit! "!n!rale est %ue l8autre
en$eloppe contienne: 2x @ 1/2 X 1/2x
@ 1/2
de (1),()
)., la pro#a#ilit! "!n!rale est %ue l8autre
en$eloppe contient 162/x
de (!)
)/,
∴ :8ai int!rQt à !chan"er a$ec l8autre
en$eloppe
de ($)
Parmi les solutions %ui ont !t! propos!es pour r!soudre
le parado@e6 l8une d8elles fait $aloir %ue l8assertion )2,
Introduction à la philosophie analytique
/1
selon la%uelle la seconde en$eloppe contient 2x ou 1/2x
a$ec une pro#a#ilit! !"ale à 1/26 n8est pas $raie dans tous
les cas. +insi6 Franc- ;ac-son et ses coauteurs ont fait
$aloir dans un article pu#li! en 1CC. %u8en r!alit!6 les
$aleurs de x et les paires de $aleurs %ui en r!sultent n8ont
pas toutes la mQme pro#a#ilit! de se trou$er dans les
en$eloppes. Dn effet6 il e@iste certaines $aleurs limites ?
soient tr9s petites6 soit tr9s "randes ? %ue l8on n8a %ue tr9s
peu de chances6 pour des raisons prati%ues6 de rencontrer.
+insi6 les deu@ $aleurs %ui peu$ent se trou$er dans l8autre
en$eloppe ne sont pas !%uipro#a#les et par cons!%uent6 la
pr!misse )2, n8est pas e@acte. Toutefois6 une telle solution
n8est pas apparue satisfaisante. Dn effet6 ainsi %ue l8on fait
remar%uer BcNrew et ses coauteurs dans un article paru
en 1CC16 on par$ient à faire resur"ir le parado@e en
consid!rant une $ariante de ce dernier6 o7 dans les
en$eloppes ne sont pas plac!es des sommes d8ar"ent6 mais
de simples morceau@ papier o7 sont inscrits des nom#res.
Introduction à la philosophie analytique
/=
Introduction à la philosophie analytique
/C
11. Le paradoxe de Moore
2e paradoxe de (oore a !t! d!crit par N. D. Boore dans
un te@te paru en 1C.2. (i l8on consid9re ainsi la
proposition sui$ante :
)1, l pleut et :e ne crois pas %u8il pleut
il s8ensuit %u8une telle proposition est a priori a#surde.
ntuiti$ement6 une telle proposition pr!sente une nature
contradictoire. Pourtant6 il s8a$9re %u8il e@iste certaines
situations o7 une assertion telle %ue )1, peut Qtre
$ala#lement e@prim!e. *ne telle situation correspond par
e@emple au cas o7 une personne poss9de une cro5ance
:ustifi!e %u8un !$!nement donn! ne sur$iendra pas6 mais
o7 cet !$!nement sur$ient finalement6 en rendant
finalement fausse la cro5ance initiale. +insi6 une personne
peut croire fermement %u8il ne pleut pas au:ourd8hui en se
#asant sur des pr!$isions m!t!o entendues la $eille6 alors
Introduction à la philosophie analytique
00
%u8il pleut en r!alit!. Dans ce conte@te6 l8assertion )1,
apparaAt alors à nou$eau plausi#le.
l s8a$9re utile ici d8anal5ser plus en d!tail la structure
de )1,. (i l8on consid9re ainsi une proposition %uelcon%ue
P6 il s8ensuit %ue l8assertion )1, pr!sente la structure
sui$ante :
)2, P et :e ne crois pas %ue P
En le $oit6 la structure lo"i%ue de )2, est la sui$ante )_
d!notant 3 :e crois 4 et g la n!"ation, :
)3, P ∧ g_)P,
En distin"ue ha#ituellement deu@ $ariations du
parado@e de Boore : le parado@e de Boore de Ginti--a6 et
le parado@e de Boore de Yitt"enstein. 2e parado@e de
Boore de Ginti--a pr!sente une structure %ui est celle de
)2, et correspond à la $ersion ori"inale du parado@e de
Boore. Dn re$anche6 le parado@e de Boore de
Yitt"enstein porte sur la proposition :
)., P et :e crois %ue non&P
%ui pr!sente la structure lo"i%ue :
)/, P ∧ _)gP,
(elon certains auteurs6 le parado@e de l8e@amen&surprise
s8assimile au parado@e de Boore. Tel a !t! notamment le
point de $ue !mis par Lo#ert Oin-le56 dans un article
pu#li! en 1C0=6 o7 il a fait $aloir %ue si la p!riode dans
la%uelle l8e@amen peut a$oir lieu n8est %ue d8un :our6
l8annonce du professeur pr!sente alors la structure du
parado@e de Boore. 'ar l8annonce du professeur faite au@
!tudiants est alors la sui$ante : 3 l 5 aura un e@amen
Introduction à la philosophie analytique
01
demain mais $ous ne saureK pas %ue cet e@amen aura lieu
demain 4. D9s lors %ue les !tudiants concluent %ue
l8e@amen ne peut a$oir lieu6 ils se trou$ent alors6 le :our&
mQme de l8e@amen6 dans une situation %ui permet à
l8annonce du professeur d8Qtre $alid!e. Dt il en r!sulte alors
une situation r!elle %ui correspond6 sans contradiction6 à la
proposition )1,.
Introduction à la philosophie analytique
02
Introduction à la philosophie analytique
03
12. Le paradoxe de L1&
2e parado@e de 2H# est mentionn! dans l8ou$ra"e 2he
7iar6 de ;on Oarwise et ;ohn Dtchemend56 paru en 1C=1.
2es auteurs indi%uent %ue le parado@e a !t! port! à leur
attention par Da" Yesterstahl. 2e parado@e de 2H#6 à
partir d8une proposition %ui sem#le inoffensi$e6 conduit à
la conclusion d!$astatrice %ue toute proposition est $raie.
2a proposition %ui constitue le point de d!part du
raisonnement est la sui$ante :
)1, si la proposition )1, est $raie6 alors 0
W 1
pr&'isse
*ne telle proposition pr!sente la structure d8une
proposition conditionnelle )c8est&à&dire %ui re$Qt la forme :
si cant&c&dentd alors ccons&quentd, dont l8ant!c!dent est
3 la proposition )1, est $raie 4 et le cons!%uent est 3 0 W
1 4. 2e parado@e apparaAt d9s lors %ue l8on consid9re
l8h5poth9se selon la%uelle l8ant!c!dent de )1,6 c8est&à&dire
Introduction à la philosophie analytique
0.
3 la proposition )1, est $raie 46 est $raie. (i l8ant!c!dent de
)1, est $rai6 il s8ensuit alors %ue 0 W 1. Bais cette derni9re
proposition n8est autre %ue )1, elle&mQme. l en r!sulte
donc6 par application du 'odus ponens )un principe
lo"i%ue en $ertu du%uel si P6 P i _6 alors _,6 %ue la
proposition )1, elle&mQme est $raie. Dn cons!%uence6 la
proposition )1, $ient d8Qtre prou$!e. l s8a"it là d8un cas
d8application de preuve conditionnelle. 'ependant6 si )1,
est $raie6 une nou$elle application du 'odus ponens
conduit enfin au fait %ue 0 W 1.
En peut d!crire de mani9re plus d!taill!e les
diff!rentes !tapes du raisonnement %ui conduisent au
parado@e de 2H# :
)1, si la proposition )1, est $raie6 alors 0
W 1
pr&'isse
)2, si la proposition )1, est $raie hypothèse
)3, alors 0 W 1 de (1),()
)., si la proposition )1, est $raie6 alors 0
W 1
de (),(!)
)/,
∴ )1, est $raie
de ($)
)0,
∴ 0 W 1
de (1),(")
2e parado@e de 2H# conduit ainsi à prou$er6 à partir
d8une proposition %ui sem#le pourtant inoffensi$e6
n8importe %uelle proposition. De mQme %ue pour les autres
parado@es contemporains6 la thche %ui consiste à
d!terminer la cause pr!cise du parado@e s8a$9re tr9s
difficile.
*ne tentati$e de solution conduit à o#ser$er %ue la
structure de )1, est auto&r!f!rentielle. l s8a"it là d8un point
commun a$ec d8autres parado@es6 et en particulier le
parado@e du Benteur. Bais la solution %ui consiste à
interdire les propositions pr!sentant une structure auto&
r!f!rentielle ne con$ient pas non plus ici. Dn effet6 il s8a"it
là d8une mesure trop radicale et restricti$e6 %ui conduit à
Introduction à la philosophie analytique
0/
!liminer des propositions dont la structure est auto&
r!f!rentielle6 mais %ui ne pr!sentent pourtant pas de
pro#l9me pour se $oir attri#uer une $aleur de $!rit!. ci
encore se pose le pro#l9me de la d!finition du crit9re %ui
permet de distin"uer entre : )a, les propositions auto&
r!f!rentielles %ui admettent $ala#lement une $aleur de
$!rit! S )#, les propositions auto&r!f!rentielles au@%uelles
on ne peut assi"ner $ala#lement une $aleur de $!rit!.
Introduction à la philosophie analytique
00
Introduction à la philosophie analytique
01
13. Le paradoxe de la course
2e paradoxe de la course constitue un des c!l9#res
parado@es dus à M!non dZDl!e. En en trou$e la mention
tr9s claire dans la Ph5si%ue d8+ristote :
Tu ne peu@ pas franchir en un temps fini un nom#re de
points infini. Tu es o#li"! de franchir la moiti! d8une
distance donn!e %uelcon%ue a$ant de franchir le tout6 et
la moiti! de cette moiti! a$ant de pou$oir franchir celle&
ci. Dt ainsi de suite ad infinitum6 de sorte %u8il 5 a un
nom#re infini de points dans n8importe %uel espace
donn!6 et tu ne peu@ en toucher un nom#re infini l8un
apr9s l8autre en un temps fini.
De mani9re informelle6 le parado@e peut Qtre d!crit de la
fa<on sui$ante. *n coureur d!sire parcourir la distance %ui
s!pare un point + d8un point O. Pour aller :us%uZà O6 le
coureur doit dZa#ord parcourir la moiti! de la distance %ui
s!pare le point + du point O. Bais une fois %uZil a
parcouru la moiti! de cette distance6 le coureur doit encore
Introduction à la philosophie analytique
0=
parcourir la moiti! de la distance %ui le s!pare de lZarri$!e
en O. *ne fois arri$! à ce point6 le coureur aura parcouru
les trois&%uarts de la distance %ui le s!pare de O. Bais de
là6 il de$ra encore parcourir la moiti! de la distance le
s!parant de lZarri$!e6 et ainsi de suite ad infinitu'. +insi6
le coureur de$ra parcourir un nom#re infini de fois des
distances %ui sont elles&mQmes finies. Er ceci de$rait
prendre un temps infini. Par cons!%uent6 le coureur ne
par$iendra :amais en O. l s8ensuit ainsi %ue tout
mou$ement est impossi#le.
En peut d!crire le parado@e de mani9re un peu plus
formelle. (oit d la distance s!parant + de O. Dans ce cas6
le coureur doit d8a#ord parcourir 1/2 de d6 puis 1/. de d6
puis 1/=6 puis 1/106 et ainsi de suite ad infinitum. 2e
raisonnement %ui conduit au parado@e de la course peut
donc Qtre d!crit ainsi :
)1, pour aller d8un point à un autre6 un
coureur doit dZa#ord parcourir la
moiti! de la distance %ui s!pare les
deu@ points
pr&'isse
)2, le coureur d!sire parcourir la distance
d %ui s!pare le point + du point O
pr&'isse
)3, pour aller de + à O6 le coureur doit
dZa#ord parcourir 1/2 d
de (1),()
)., une fois par$enu à 1/2 d6 le coureur
doit ensuite parcourir 1/. d
de (1),(),
(!)
)/, une fois par$enu à 3/. d6 le coureur
doit ensuite parcourir 1/= d
de (1),
(),666,($)
)0, ... de (1),
(),666,(")
)1, le coureur de$ra parcourir un nom#re
infini de fois une fraction de d
de (!),
($),666,(#)
)=, il est impossi#le de parcourir un
nom#re infini de distances en un
temps fini
pr&'isse
Introduction à la philosophie analytique
0C
)C,
∴ le coureur ne par$iendra :amais au
point O
de (%),(-)
*ne premier t5pe de r!ponse %ui peut Qtre apport!e par
rapport au parado@e6 est formul! par +ristote par
l8interm!diaire de (implicius : chacun sait par l8e@p!rience
indi$iduelle %ue l8on peut se d!placer d8un point à un autre.
Par cons!%uent6 on peut !"alement se d!placer d8un point
+ à un point O dans le cas correspondant à l8!nonc! du
parado@e. 2e coureur par$iendra donc au point O6 de la
mQme mani9re %ue nous par$enons à l8endroit o7 nous
souhaitons nous d!placer dans la $ie courante. *ne telle
o#:ection6 toutefois6 ne se r!$9le pas con$aincante. Dn
effet6 la constatation empiri%ue %u8elle met en !$idence
s8a$9re #ien s^r $raie. 'ependant6 il s8a"it pr!cis!ment
d8une des composantes du parado@e. 'ar ce %ui constitue
ici le cbur du parado@e6 c8est %ue le raisonnement inh!rent
au parado@e de la course conduit à une conclusion %ui
contredit les donn!es courantes de l8e@p!rience. +insi6
cette o#:ection ne fait %ue mettre l8accent sur un des
!l!ments du parado@e. 'e %ui s8a$9re n!cessaire en
re$anche6 c8est de d!terminer a$ec pr!cision l8!tape
fallacieuse dans le raisonnement d!crit par M!non.
*ne autre r!ponse6 %ue #eaucoup consid9rent comme
une r!solution con$aincante du parado@e de la course6
r!sulte directement des tra$au@ de 'auch5 et de sa th!orie
des s!ries infinies. Dn effet6 'auch5 a montr! %ue la
somme d8une s!rie infinie !tait parfois finie. Dn l8esp9ce6 il
s8a$9re %ue la somme de la s!rie infinie 1/2 X 1/. X 1/= X
1/10 X ... X 1/2
n
est !"ale à 1. Dans ces circonstances6
cha%ue distance interm!diaire se trou$e ainsi parcourue en
un temps fini. 2a distance d est donc parcourue un temps
fini6 %ui est !"al à la somme des temps interm!diaires.
Introduction à la philosophie analytique
10
Introduction à la philosophie analytique
11
14. Le paradoxe de la pierre
2e paradoxe de la pierre est un parado@e %ui trou$e son
ori"ine dans les discussions sur la notion d8omnipotence
initi!es par Thomas d8+%uin. Dans sa forme moderne6 le
parado@e de la pierre a !t! d!crit par Y. (a$a"e en 1C016
dans un article pu#li! par la re$ue Philosophical 8evie9. l
peut Qtre !nonc! de la mani9re sui$ante : soit tout d8a#ord
la d!finition selon la%uelle Dieu est un Qtre omnipotent.
'onsid!rons ensuite une pierre %ui pr!sente la
caract!risti%ue sui$ante : elle est tellement lourde %ue
Dieu ne peut la soule$er. + ce stade6 il e@iste deu@
possi#ilit!s : soit Dieu peut la cr!er6 soit Dieu ne peut pas
la cr!er. Dn$isa"eons tout d8a#ord la premi9re h5poth9se.
(i Dieu peut cr!er une telle pierre6 il s8ensuit donc %ue
Dieu ne peut la soule$er. Par cons!%uent6 si Dieu peut
cr!er une telle pierre6 il e@iste ainsi une thche %ue Dieu ne
peut accomplir. 'onsid!rons maintenant la seconde
h5poth9se6 en $ertu de la%uelle Dieu ne peut cr!er une telle
pierre. Dans ce cas6 il s8ensuit !"alement %u8il e@iste une
thche %ue Dieu ne peut accomplir. +insi6 la prise en
Introduction à la philosophie analytique
12
compte de chacune des deu@ h5poth9ses conduit à la
conclusion %ue dans chacun des cas6 il e@iste une thche
%ue Dieu ne peut accomplir. Dt ceci se r!$9le en
contradiction a$ec le fait %ue Dieu est omnipotent. l
s8ensuit donc %ue Dieu n8e@iste pas.
2es !tapes de l8ar"ument peu$ent Qtre d!compos!es de
la mani9re sui$ante :
)1, Dieu est un Qtre omnipotent d&finition
)2, soit Dieu peut cr!er une pierre %u8il
ne peut soule$er6 soit Dieu ne peut
pas la cr!er
dichoto'ie
)3, Dieu peut cr!er une pierre %u8il ne
peut soule$er
hypothèse 1
)., Dieu ne peut soule$er une
pierre
de (!)
)/, il e@iste une thche %ue Dieu ne
peut accomplir
de ($)
)0, Dieu ne peut pas cr!er une pierre
%u8il ne peut soule$er
hypothèse
)1, il e@iste une thche %ue Dieu ne
peut accomplir
de (#)
)=, il e@iste une thche %ue Dieu ne peut
accomplir
de ("),(%)
)C,
∴ Dieu n8est pas un Qtre
omnipotent
de (-)
*ne solution %ui a !t! formul!e pour r!soudre le
parado@e de la pierre repose sur le fait %ue la notion de
pierre que :ieu ne peut soulever pr!sente elle&mQme une
nature contradictoire. 2e statut d8une telle pierre6 si elle
e@istait6 serait ainsi contradictoire par nature. Dt il n8est
donc pas !tonnant %ue l8utilisation d8une notion
contradictoire dans un ar"ument entraAne des
cons!%uences illo"i%ues. 2a notion de pierre que :ieu ne
peut soulever peut Qtre ainsi compar!e à un 3 cercle carr! 4
Introduction à la philosophie analytique
13
ou à un 3 c!li#ataire mari! 4. 'ar on peut en effet a$oir
e@actement le mQme t5pe d8ar"ument a$ec un 3 cercle
carr! 46 conduisant de la mQme mani9re à une cons!%uence
contradictoire.
(elon un autre point de $ue6
%ui r!sulte des !crits de Thomas
d8+%uin6 le concept
d8o'nipotence ne peut pas Qtre
utilis! sans restriction. 'ar la
notion d8omnipotence di$ine ne
doit Qtre en$isa"!e %ue par
rapport au@ choses %ui sont
r!ellement possi#les. Dn aucun
cas6 la notion d8omnipotence
n8entraAne la capacit!
d8accomplir des choses
impossi#les. *n tel point de $ue
peut Qtre appli%u! directement
au parado@e de la pierre. l s8ensuit alors %ue le fait de
soule$er une pierre %ue personne ne peut soule$er6
constitue pr!cis!ment une thche impossi#le.
Introduction à la philosophie analytique
1.
Introduction à la philosophie analytique
1/
1#. Lar.u!ent de lApocal2pse
28ar"ument de l8+pocal5pse est un raisonnement %ui a !t!
!nonc! par l8astroph5sicien Orandon 'arter6 au d!#ut des
ann!es 1CC0. 'e t5pe de raisonnement a !"alement !t!
d!cou$ert de mani9re ind!pendante par Lichard Nott et G.
Jielsen. 28ar"ument de l8+pocal5pse a ensuite !t!
d!$elopp! de mani9re d!taill!e et d!fendu par le
philosophe canadien ;ohn 2eslie dans une s!rie de
pu#lications. 2a caract!risti%ue principale de l8ar"ument de
l8+pocal5pse et %ue les pr!misses du raisonnement
correspondant sem#lent tout à fait accepta#les6 alors %ue la
conclusion se r!$9le inaccepta#le pour la plupart des "ens.
2e raisonnement sur le%uel est #as! l8ar"ument de
l8+pocal5pse est le sui$ant. En consid9re tout d8a#ord une
urne %ui comprend soit 106 soit 1000 #oules. 2es #oules
sont num!rot!es 16 26 36 .6 /6 .... 2es h5poth9ses en
comp!tition sont ainsi les sui$antes :
)G1, l8urne comprend 10 #oules num!rot!es
Introduction à la philosophie analytique
10
)G2, l8urne comprend 1000 #oules num!rot!es
En consid9re %ue la pro#a#ilit! initiale %ue l8urne
contienne 10 #oules ou 1000 #oules est 1/2. Baintenant6
$ous tireK au hasard une #oule dans l8urne et $ous
d!cou$reK %ue celle&ci poss9de le num!ro /. 'e tira"e
rend&il plus pro#a#le l8h5poth9se selon la%uelle l8urne
contient 10 #oules6 ou celle selon la%uelle elle en contient
1000 U 'ompte tenu de l8information nou$elle selon
la%uelle la #oule e@traite de l8urne porte le num!ro /6 il
apparaAt %u8une r!$ision à la hausse de la pro#a#ilit!
initiale de l8h5poth9se selon la%uelle l8urne contient
seulement 10 #oules6 doit Qtre effectu!e. Dn effet6 le tira"e
au hasard de la #oule num!ro / rend #eaucoup plus
pro#a#le cette derni9re h5poth9se. 'ar si l8urne ne contient
%ue 10 #oules6 il e@iste 1 chance sur 10 de tirer la #oule
num!ro /. Dn re$anche6 si l8urne contient 1000 #oules6 il
e@iste 1 chance sur 1000 de tirer la #oule %ui porte le
num!ro /. *n calcul pr!cis à l8aide du th!or9me de Oa5es
conduit à re$oir à 06CC la pro#a#ilit! initiale %ue l8urne
contienne 10 #oules. *n tel raisonnement6 #as! sur le
contenu d8une urne6 se r!$9le consensuel.
+ ce stade6 on fait maintenant le parall9le a$ec la
situation humaine. En consid9re ainsi deu@ h5poth9ses
concernant l8!$olution de l8humanit!. En peut en$isa"er
ainsi %ue la population totale des humains a5ant :amais
e@ist! atteindra soit 100 milliards6 soit 10000 milliards. En
formule ainsi les deu@ h5poth9ses sui$antes concernant
l8a$enir de l8humanit! :
)G3, l8humanit! comptera au total 100 milliards
d8humains
)G., l8humanit! comptera au total 10000 milliards
d8humains
Introduction à la philosophie analytique
11
2a premi9re h5poth9se correspond à une e@tinction
prochaine et rapide de l8humanit!6 alors %ue la seconde
correspond à une dur!e de $ie tr9s lon"ue de l8humanit!6
%ui pourrait ainsi coloniser d8autres plan9tes et s8!tendre à
tra$ers la "ala@ie6 etc. En attri#ue6 pour simplifier6 une
pro#a#ilit! de 1/2 à chacune de ces deu@ h5poth9ses. + ce
stade6 :e suis amen! à prendre en consid!ration mon ran"
depuis la naissance de l8humanit!. 'onsid!rant ainsi %ue :e
suis le 100000000009me humain6 :e suis donc amen! à
raisonner de la mQme mani9re %ue :e l8ai fait aupara$ant
a$ec l8urne. Dt ceci conduit à r!$iser à la hausse la
pro#a#ilit! initiale selon la%uelle la population totale des
humains a5ant :amais e@ist! n8atteindra %ue 100 milliards.
Finalement6 ceci plaide pour la pro#a#ilit! ? #eaucoup
plus "rande %u8on ne l8aurait ima"in! de prime a#ord ?
d8une e@tinction prochaine de l8humanit!. Bais à la
diff!rence du cas pr!c!dent concernant l8urne6 cette
derni9re conclusion apparaAt cette fois tout à fait
inaccepta#le et contraire à l8intuition. Dans le
raisonnement %ui a conduit à la conclusion selon la%uelle
l8humanit! de$rait rencontrer une e@tinction prochaine6 une
!tape paraAt Qtre d!fectueuse. Bais la thche de d!terminer
a$ec pr!cision le point fai#le dans l8ar"ument de
l8+pocal5pse s8a$9re une entreprise tr9s difficile6 pour
la%uelle les a$is di$er"ent consid!ra#lement.
*ne premi9re approche pour essa5er de r!soudre le
pro#l9me pos! par l8ar"ument de l8+pocal5pse est
simplement d8accepter sa conclusion. (elon certains
auteurs6 et en particulier ;ohn 2eslie6 l8ar"ument est correct
et la conclusion %ui en r!sulte doit Qtre accept!e )a$ec une
r!ser$e importante toutefois6 %ui concerne le cas o7 notre
uni$ers n8est pas enti9rement d!terministe,. 2eslie se #ase
pour cela sur le fait %u8il a r!fut!6 dans deu@ articles
pu#li!s en 1CC2 dans la re$ue (ind et dans son ou$ra"e
2he ;nd of the <orld paru en 1CC06 de mani9re sou$ent
con$aincante6 un nom#re impressionnant d8o#:ections à
Introduction à la philosophie analytique
1=
l8ar"ument de l8+pocal5pse. 'ependant6 l8acceptation de la
conclusion de l8ar"ument de l8+pocal5pse demeure tout à
fait contraire à l8intuition. D8autre part6 l8acceptation %ue la
simple connaissance de notre ran" de naissance conduit à
r!!$aluer à la hausse la pro#a#ilit! de l8e@tinction
prochaine de l8humanit!6 conduit à une conclusion de
mQme nature dans nom#re de situations courantes
analo"ues. l sZensuit par e@emple une r!$ision à la hausse
de la pro#a#ilit! de la disparition prochaine de
l8association à la%uelle :e $iens d8adh!rer6 etc.
*n autre t5pe de solution6 %ue :8ai d!$elopp!e dans un
article pu#li! en 1CCC par la re$ue 5anadian 0ournal of
Philosophy6 consiste à consid!rer %ue la classe de
r&f&rence sur la%uelle porte l8ar"ument de l8+pocal5pse6
c8est&à&dire l8esp9ce humaine6 n8est pas d!finie a$ec
pr!cision. 'ar doit&on assimiler cette derni9re à la sous&
esp9ce ho'o sapiens sapiens6 à lZesp9ce ho'o sapiens6 au
"enre ho'o6 etc. U En peut ainsi choisir la classe de
r!f!rence de mani9re diff!rente6 en op!rant par restriction
ou par e@tension. Dans lZ!nonc! de lZar"ument de
lZ+pocal5pse6 aucun crit9re o#:ectif permettant de choisir
la classe de r!f!rence6 nZest pr!sent. l sZensuit donc un
choi@ ar#itraire de cette derni9re. (upposons alors %ue
:Zassimile6 de mani9re ar#itraire6 la classe de r!f!rence à la
sous&esp9ce homo sapiens sapiens. l sZensuit alors6 par
application de lZar"ument de lZ+pocal5pse6 un d!cala"e
#a5esien en fa$eur de lZh5poth9se selon la%uelle la sous&
esp9ce homo sapiens sapiens est promise à une prochaine
e@tinction. Toutefois6 lZe@tinction de la sous&esp9ce homo
sapiens sapiens peut aussi #ien sZaccompa"ner de
lZapparition dZune ou plusieurs sous&esp9ces nou$elles6
telles %ue ho'o sapiens supersapiens. Dans ce cas6 la
disparition de la classe de r!f!rence %ui sZidentifie6 par
restriction6 à la sous&esp9ce homo sapiens sapiens6
sZaccompa"ne de la sur$ie dZune classe de r!f!rence plus
!tendue6 %ui sZassimile à lZesp9ce homo sapiens. *n tel
Introduction à la philosophie analytique
1C
raisonnement a pour effet de rendre lZar"ument de
lZ+pocal5pse inoffensif et dZen neutraliser la conclusion
initialement d!$astatrice. En peut o#:ecter toutefois à une
telle solution %uZelle admet tou:ours la $alidit! de
lZar"ument $is&à&$is dZune classe de r!f!rence restreinte
telle %uZhomo sapiens sapiens6 alors mQme %u8une telle
conclusion ? #ien %uZinoffensi$e ? apparaAt contraire à
lZintuition.
*ne autre solution %ui a !t! propos!e r!cemment par
Neor"e (owers6 dans un article pu#li! en 2002 dans la
re$ue (ind6 est la sui$ante. (elon l8auteur6 l8analo"ie a$ec
l8urne %ui sous&tend l8ar"ument de l8+pocal5pse n8est pas
$ala#le6 car notre ran" de naissance indi$iduel n8est pas
o#tenu de mani9re al!atoire comme le sont les num!ros
des #oules e@traites de l8urne. Dn effet6 notre ran" de
naissance est inde@! sur la position temporelle %ui
correspond à notre naissance. Par cons!%uent6 conclut
(owers6 le raisonnement %ui sous&tend l8ar"ument de
l8+pocal5pse est fallacieu@6 car il est #as! sur une fausse
analo"ie. Pourtant6 l8anal5se de (owers n8est pas
enti9rement con$aincante. Dn effet6 on peut tr9s #ien
ima"iner une analo"ie a$ec une urne l!"9rement
diff!rente6 o7 le tira"e de la #oule s8effectue de mani9re
al!atoire6 mais o7 le num!ro de la #oule est inde@! sur la
position temporelle correspondante. l suffit pour cela de
consid!rer un dispositif comportant une urne dont la #oule
nj n par e@emple se trou$e e@traite au hasard. Dnsuite le
m!canisme e@pulse la #oule nj 1 au temps T
1
6 la #oule nj
2 au temps T
2
6 la #oule nj 3 au temps T
3
6 la #oule nj . au
temps T
.
6 ... et pour finir la #oule nj n au temps T
n
. 2e
dispositif s8arrQte alors. Dt dans ce cas6 il apparaAt #ien %ue
le tira"e de la #oule a !t! effectu! de mani9re al!atoire6
alors mQme %ue le num!ro de la #oule est inde@! sur la
position temporelle correspondante.
Introduction à la philosophie analytique
=0
Introduction à la philosophie analytique
=1
1%. Le pro&l'!e du na0ire de T34s4e
Dans la litt!rature6 on trou$e la trace pour la premi9re fois
du problè'e du navire de 2h&s&e dans l8bu$re de
Plutar%ue. 2e pro#l9me peut Qtre d!crit de la mani9re
sui$ante. Th!s!e poss9de un na$ire a$ec le%uel il prend un
:our la mer6 accompa"n! de plusieurs de ses compa"nons.
(oit + ce dernier na$ire6 %ui est donc le
3 na$ire de Th!s!e 4. Pendant le $o5a"e6
des a$aries multiples rendent n!cessaires
de nom#reuses r!parations et c8est ainsi
%u8asseK sou$ent6 des pi9ces du na$ire
doi$ent Qtre remplac!es par des pi9ces
neu$es. De lon"ues ann!es s8!coulent ainsi
et alors %ue l8heure du retour approche6 il
s8a$9re %ue toutes les pi9ces du na$ire ont
finalement !t! remplac!es. +insi6 lors du
retour de Th!s!e en Nr9ce6 le na$ire ne
comporte aucune de ses pi9ces ori"inales. +ppelons O le
na$ire %ui est celui de Th!s!e lors de son retour en Nr9ce.
Baintenant6 la %uestion est : le na$ire + est&il identi%ue au
Introduction à la philosophie analytique
=2
na$ire O U +utrement dit6 le na$ire O est&il tou:ours le
na$ire de Th!s!e U
l est int!ressant de mod!liser ce pro#l9me de mani9re
plus pr!cise. En peut consid!rer ainsi %ue le na$ire +
poss9de n pi9ces )planches6 pi9ces m!talli%ues6 cordes6
etc., %ui sont autant de parties6 %ui peu$ent Qtre d!not!es
par a
1
6 a
2
6 a
3
6 ...6 a
n6
a
n
. De mQme6 les parties du na$ire O
sont #
1
6 #
2
6 #
3
6 ...6 #
n&1
6 #
n
. En d!note ainsi le na$ire + par
a
1
a
2
a
3
... a
n&1
a
n
et le na$ire O par #
1
#
2
#
3
... #
n&1
#
n
. +u fil des
ann!es6 c8est&à&dire du temps T
0
au temps T
n
6 le processus
de remplacement des n pi9ces comporte les !tapes
successi$es sui$antes :
)1, a
1
a
2
a
3
... a
n&1
a
n
en T
0
)2, #
1
a
2
a
3
... a
n&1
a
n
en T
1
)3, #
1
#
2
a
3
... a
n&1
a
n
en T
2
)., #
1
#
2
#
3
... a
n&1
a
n
en T
3
)..., ...
)/, #
1
#
2
#
3
... #
n&1
a
n
en T
n&
1
)0, #
1
#
2
#
3
... #
n&1
#
n
en T
n
l apparaAt à ce stade %ue deu@ h5poth9ses peu$ent Qtre
formul!es :
)1, le na$ire O est identi%ue au na$ire +
)=, le na$ire O n8est pas identi%ue au na$ire +
De mani9re intuiti$e6 ce %ui :ustifie le fait %ue les na$ires
+ et O sont identi%ues6 c8est %ue dans la $ie courante6 le
simple fait de chan"er une pi9ce d8un appareil n8entraAne
pas %ue cet appareil soit diff!rent. De la mQme mani9re6
intuiti$ement6 l8identit! du na$ire demeure identi%ue à
cha%ue fois %u8une planche ou une pi9ce m!talli%ue est
remplac!e. (ur ce fondement6 on peut donc conclure %ue
le na$ire O est identi%ue au na$ire +.
Introduction à la philosophie analytique
=3
'ependant6 un autre ar"ument plaide6 de mani9re
in$erse6 en fa$eur de l8h5poth9se selon la%uelle les na$ires
+ et O ne sont pas identi%ues. Dn effet6 toutes les pi9ces du
na$ire + ont !t! chan"!es au fil des ann!es. +insi6 le
na$ire O ne poss9de aucune des pi9ces ori"inales du na$ire
+. 'omment6 dans ces conditions6 peut&on consid!rer %ue
les na$ires + et O sont identi%ues U Dn $ertu du principe
selon le%uel deu@ o#:ets %ui ne poss9dent aucune partie en
commun sont distincts6 la conclusion %ue les deu@ na$ires
sont diff!rents s8ensuit.
2a description du pro#l9me du na$ire de Th!s!e
s8accompa"ne sou$ent d8une seconde partie %ui est la
sui$ante. +lors %ue le na$ire s8!loi"ne de Nr9ce au
moment du d!part6 il est accompa"n! d8un deu@i9me
na$ire6 char"! de l8assistance. + cha%ue fois %u8une
r!paration est effectu!e sur le na$ire de Th!s!e6 le na$ire
d8assistance r!cup9re l8ancienne pi9ce %ui a !t! chan"!e. Dt
le capitaine du na$ire d8assistance d!cide6 à l8aide de son
!%uipa"e6 de reconstruire à l8identi%ue le na$ire de Th!s!e
ori"inal. De la sorte6 lors%u8il par$ient en Nr9ce à son
retour6 ce second na$ire poss9de toutes les planches du
na$ire ori"inal. (oit ' le na$ire d8assistance. 2a %uestion
est alors : le na$ire ' est&il identi%ue au na$ire + U
Baintenant6 il apparaAt de mani9re encore plus nette %ue
pr!c!demment %ue le na$ire ' est identi%ue au na$ire +6
puis%ue tous deu@ sont compos!s e@actement des mQmes
planches. Dans cette derni9re $ersion du pro#l9me du
na$ire de Th!s!e6 on a d!sormais %uatre h5poth9ses :
)C, le na$ire O est identi%ue au na$ire + et le na$ire '
est identi%ue au na$ire +
)10, le na$ire O est identi%ue au na$ire + et le na$ire '
n8est pas identi%ue au na$ire +
)11, le na$ire O n8est pas identi%ue au na$ire + et le
na$ire ' est identi%ue au na$ire +
)12, le na$ire O n8est pas identi%ue au na$ire + et le
Introduction à la philosophie analytique
=.
na$ire ' n8est pas identi%ue au na$ire +
*n premier t5pe de solution %ui a !t! propos! pour
r!soudre le pro#l9me du na$ire de Th!s!e repose sur l8id!e
%u8il ne s8a"it %ue d8une $ariation du parado@e sorite.
Pourtant6 un e@amen plus approfondi r!$9le %ue le
pro#l9me du na$ire de Th!s!e est fond! sur la d!finition
des crit9res de l8identit! entre deu@ o#:ets. 2a %uestion
cruciale %ui apparaAt ici est : dans %uelles conditions un
o#:et + est&il identi%ue à un o#:et O S et en particulier dans
%uelles conditions l8identit! d8un o#:et persiste&t&elle à
tra$ers le temps U Dn l8a#sence d8une r!ponse consensuelle
à cette derni9re %uestion6 on peut consid!rer %ue l8on ne
dispose pas d8une solution satisfaisante pour le pro#l9me
du na$ire de Th!s!e.
*n autre t5pe de solution a !t! a$anc! par Dere- Parfit6
dans son ou$ra"e 8easons and Persons pu#li! en 1C=..
(elon Parfit6 c8est le fait de formuler les deu@ h5poth9ses
en termes de relation d8identit& %ui se trou$e à l8ori"ine du
pro#l9me. 'ar il faudrait reformuler le pro#l9me par
rapport à un autre t5pe de relation6 %ui peut Qtre d!not!e
par L. Dt il en r!sulte alors la conclusion selon la%uelle le
na$ire ori"inal de Th!s!e se trou$e en relation L a$ec les
deu@ na$ires6 + et O. Pourtant6 une telle anal5se ne se
r!$9le pas enti9rement con$aincante. 'ar le fait de
remplacer la relation d8identit& par une autre relation
!limine en effet le pro#l9me. Bais une telle solution ne
r!pond pas $!rita#lement à la %uestion pressante pos!e par
le pro#l9me du na$ire de Th!s!e6 %ui porte pr!cis!ment sur
notre notion intuiti$e d8identit& et les conditions de sa
persistance temporelle.
Introduction à la philosophie analytique
=/
1*. Le pro&l'!e de 5e!pel
2e problè'e de =e'pel a !t! d!crit par 'arl Gempel6 dans
un article pu#li! en 1C./ dans la re$ue (ind6 dans le cadre
de l8!tude de la th!orie de la confirmation. 2e point de
d!part en est l8assertion sui$ante : 3 tous les cor#eau@ sont
noirs 4. 'lairement6 la d!cou$erte d8un cor#eau noir
confirme une telle h5poth9se. De mQme6 cette h5poth9se
serait !"alement infirm!e par la d!cou$erte d8un cor#eau
#leu. 'ependant6 il s8a$9re %ue l8assertion selon la%uelle
3 tous les cor#eau@ sont noirs 4 est !%ui$alente à
l8affirmation selon la%uelle : 3 tout les o#:ets non&noirs
sont des non&cor#eau@ 4. De mQme6 on peut consid!rer
$ala#lement %ue tout ce %ui confirme une proposition P
donn!e confirme !"alement une proposition Pf %ui lui est
!%ui$alente. Bais ceci a alors pour cons!%uence %ue la
d!cou$erte d8un flamand rose ou d8un parapluie #leu6 %ui
confirme l8affirmation selon la%uelle 3 tout les o#:ets non&
noirs sont des non&cor#eau@ 46 confirme !"alement
l8assertion selon la%uelle 3 tous les cor#eau@ sont noirs 4.
Dt cette derni9re conclusion apparaAt parado@ale.
Introduction à la philosophie analytique
=0
2e raisonnement sur le%uel est #as! le pro#l9me de
Gempel peut Qtre ainsi d!crit de mani9re d!taill!e :
)1, Tous les cor#eau@ sont noirs hypothèse 1
)2, Tout les o#:ets non&noirs sont des
non&cor#eau@
hypothèse
)3, )2, est !%ui$alent à )1, contraposition
)., les instances %ui confirment une
proposition P confirment
!"alement une proposition Pf %ui
lui est !%ui$alente
pr&'isse
)/, la d!cou$erte d8un flamand rose
confirme )2,
de (!),($)
)0,
∴ la d!cou$erte d8un flamand rose
confirme )1,
de ($),(")
En peut o#ser$er ici %ue la structure lo"i%ue de la
proposition )1, selon la%uelle 3 Tous les cor#eau@ sont
noirs 4 pr!sente la forme :
)1, Tous les F sont k
alors %ue celle de )2, selon la%uelle 3 Tout les o#:ets non&
noirs sont des non&cor#eau@ 4 est la sui$ante :
)=, Tous les non&k sont non&F
De fait6 la structure de la forme contrapos!e )=, est
clairement !%ui$alente à celle de )1,. En le $oit6 les
propositions )1, et )2, sont #as!es sur %uatre propri!t!s6
%ui correspondent respecti$ement à : corbeau6 non)
corbeau6 noir6 et non)noir. 'es %uatre propri!t!s
d!terminent elles&mQmes %uatre cat!"ories d8o#:ets : les
corbeaux noirs6 les corbeaux non)noirs6 les non)corbeaux
noirs et les non)corbeaux non)noirs.
Introduction à la philosophie analytique
=1
En peut o#ser$er ici %ue le pro#l9me de Gempel ne
constitue pas6 au sens strict6 un parado@e. 'ar il n8en
r!sulte pas une $!rita#le contradiction. Dn re$anche6 la
conclusion %ui r!sulte du raisonnement inh!rent au
pro#l9me de Gempel se r!$9le fortement contraire à
l8intuition. Pourtant6 l8une des solutions %ui a !t! propos!e
pour r!soudre le pro#l9me de Gempel est #as!e sur
l8acceptation de sa conclusion )0,. (elon cette solution6 la
d!cou$erte d8un flamand rose confirme effecti$ement %ue
tous les cor#eau@ sont noirs6 mais seulement à un de"r!
infinit&si'al. 'ar la classe des non&cor#eau@ contient un
nom#re d8o#:ets e@trQmement !le$!. +insi6 selon ce t5pe
de solution6 la d!cou$erte d8un non&cor#eau confirme #ien
la proposition )1, selon la%uelle 3 Tous les cor#eau@ sont
noirs 46 mais seulement de mani9re infinit!simale.
Paul Fe5era#end6 dans un article pu#li! en 1C0= dans la
re$ue /ritish 0ournal for the Philosophy of Science6
consid9re %ue le parado@e de Gempel et celui de Noodman
admettent un mQme t5pe de solution. (elon Fe5era#end6
on ne doit consid!rer $ala#lement6 d8un point de $ue
scientifi%ue6 %ue les instances n!"ati$es )celles %ui
infirment une h5poth9se,6 ce %ui conduit à i"norer
purement et simplement les instances positi$es )celles %ui
confirment une h5poth9se,. D9s lors %ue lZon i"nore ces
derni9res6 lZ!tape %ui conduit à placer sur un mQme plan
les instances confirmant )2, et celles confirmant )1, se
trou$e #lo%u!e. Dt d9s lors6 le parado@e disparaAt.
'ependant6 l8approche de Fe5era#end s8est a$!r!e trop
radicale. 'ar il apparaAt %ue confirmer une h5poth9se G16
c8est !"alement r!futer l8h5poth9se in$erse G2. Dt
r!cipro%uement6 r!futer l8h5poth9se G16 c8est !"alement
confirmer l8h5poth9se in$erse G2. +insi6 une instance
donn!e constitue une instance positi$e pour une h5poth9se
donn!e en mQme temps %u8une instance n!"ati$e pour
l8h5poth9se in$erse. Pour cette raison6 l8approche de
Fe5era#end n8est pas apparue $!rita#lement con$aincante.
Introduction à la philosophie analytique
==
*n autre t5pe de solution %ui a !t! propos! pour
r!soudre le pro#l9me de Gempel6 est %u8un pr!dicat tel %ue
3 non&noir 4 ne de$rait pas Qtre utilis! sans restriction dans
la prati%ue inducti$e. Dn effet6 selon ce t5pe de solution6 il
con$ient de se limiter au@ pr!dicats %ui sont pro:eta#les6
car tout pr!dicat est suscepti#le de donner lieu à
nom#reuses $ariations construites sur le mod9le de
3 $leu 4. (elon ce t5pe d8anal5se6 le pro#l9me de Gempel
et le parado@e de Noodman sont le r!sultat de l8application
sans restriction de tous les pr!dicat dans les processus
inductifs. Pourtant6 une telle anal5se ne se r!$9le pas non
plus con$aincante. Dn effet6 3 non&noir 46 à la diff!rence de
3 $leu 46 ne comporte pas de clause temporelle. Dt c8est ici
3 non&noir 4 %ui est pro:et!6 et non pas 3 non&noir a$ant
T 4. Dt renoncer à toute pro:ection inducti$e d8un pr!dicat
pr!sentant la structure 3 non&P 4 constitue un sacrifice trop
important pour r!soudre le parado@e.
Introduction à la philosophie analytique
=C
1+. Lar.u!ent de McTa..art
Dans un article rest! c!l9#re6 pu#li! en 1C0= dans la re$ue
(ind6 ;ohn Dllis BcTa""art a d!crit un ar"ument destin! à
prou$er %ue le temps n8est pas r!el. BcTa""art commence
par distin"uer deu@ t5pes de propri!t!s des positions
temporelles :
2es positions temporelles6 ainsi %ue le temps nous
apparaAt à premi9re $ue6 peu$ent Qtre distin"u!es de deu@
fa<ons. 'ha%ue position temporelle se trou$e avant
certaines autres et après d8autres positions... Dn second
lieu6 cha%ue position temporelle est soit pass&e6 pr&sente
ou future. 2es distinctions de la premi9re classe sont
permanentes6 alors %ue celles de la seconde classe ne le
sont pas. (i un !$!nement B a lieu a$ant un autre
!$!nement J6 alors il se trou$e tou:ours plac! a$ant S
mais un !$!nement6 %ui est maintenant pr!sent6 a !t!
futur6 et sera pass!.
Introduction à la philosophie analytique
C0
BcTa""art appelle s!rie O la premi9re distinction6 en $ertu
de la%uelle toute position temporelle B est plac!e avant
mais aussi après d8autres positions temporelles. l
mentionne !"alement une propri!t! constante des s!ries
O : lors%u8un !$!nement B est ant!rieur a un !$!nement J
à un moment donn!6 il se r!$9le Qtre ant!rieur à J de
mani9re permanente. BcTa""art d!nomme !"alement
s!rie + la seconde distinction6 en $ertu de la%uelle toute
position temporelle B appartient soit au pass&6 soit au
pr&sent6 soit au futur. BcTa""art o#ser$e %ue les s!ries +
sont telles %ue cha%ue !$!nement B est tour à tour pass!6
pr!sent et futur. +insi6 un !$!nement %ui est pr!sent6 a !t!
futur et sera pass!. De mQme6 un !$!nement %ui est pass!6
a !t! pr!sent et futur. Dnfin6 un !$!nement %ui est futur6
sera pr!sent et pass!. +insi6 la seconde distinction met en
!$idence un !l!ment non permanent au ni$eau du temps.
BcTa""art poursuit ensuite son raisonnement en
montrant comment le temps doit n!cessairement pr!senter
toutes les propri!t!s des s!ries +. 'ar supposons %ue le
temps soit d!fini uni%uement à l8aide des s!ries O. Dans ce
cas6 on ne peut rendre compte d8un !l!ment essentiel du
temps6 à sa$oir le chan"ement. +insi6 poursuit BcTa""art6
il s8a$9re n!cessaire de recourir au@ s!ries + pour rendre
compte des propri!t!s essentielles du temps.
Dnfin6 BcTa""art s8attache à d!montrer comment les
propri!t!s des s!ries + conduisent à une contradiction. 'ar
les s!ries + sont mutuellement e@clusi$es : un !$!nement
ne peut Qtre à la fois pass!6 pr!sent et futur. 28intuition %ui
pr!side à notre notion de temps est %u8un !$!nement donn!
ne peut Qtre pass!6 pr!sent et futur si'ultan&'ent.
Pourtant6 BcTa""art consid9re une position temporelle
donn!e B : cette derni9re est pr!sente6 sera pass!e et a !t!
future. Bais 3 sera pass! 4 !%ui$aut à 3 est pass! à une
position temporelle future 4 S et de mQme6 3 a !t! futur 4
!%ui$aut à 3 est futur à une position temporelle pass!e 4.
+insi6 on d!finit pass& par rapport à futur6 et futur par
Introduction à la philosophie analytique
C1
rapport à pass&. l en r!sulte donc une d!finition circulaire.
'eci montre l8incoh!rence des s!ries +. Par cons!%uent6
aucun !$!nement ne peut poss!der toutes les propri!t!s
des s!ries +. l s8ensuit %ue le temps ne peut pr!senter
toutes les propri!t!s des s!ries +. +insi6 conclut
BcTa""art6 le temps ne poss9de pas de r!alit!.
2a structure de l8ar"ument de BcTa""art peut ainsi Qtre
mise en !$idence de mani9re d!taill!e de la fa<on
sui$ante :
)1, toute position temporelle poss9de
deu@ propri!t!s distinctes : la s!rie +
et la s!rie O
pr&'isse
)2, la s!rie O ne permet pas de rendre
compte du chan"ement
pr&'isse
)3, le chan"ement est un !l!ment
essentiel du temps
pr&'isse
)., la s!rie O ne permet pas de rendre
compte d8un !l!ment essentiel du
temps
de (),(!)
)/, le temps doit poss!der les propri!t!s
de la s!rie + pour rendre compte d8un
!l!ment essentiel6 le chan"ement
de (1),($)
)0, le temps poss9de les propri!t!s de la
s!rie +
hypothèse
)1, dans la s!rie +6 un !$!nement
futur est d!fini par rapport au pass!
)=, dans la s!rie +6 un !$!nement pr!sent
est d!fini par rapport au pr!sent
)C, dans la s!rie +6 un !$!nement
pass! est d!fini par rapport au pr!sent
)10,
∴ dans la s!rie +6 les
d!finitions sont circulaires
de (%),(-),
(.)
)11, le temps ne peut poss!der les
propri!t!s de la s!rie +
de (1*)
)12,
∴ le temps est irr!el
de ("),
Introduction à la philosophie analytique
C2
(11)
*ne o#:ection %ui peut Qtre oppos!e à l8ar"ument de
BcTa""art est %ue le fait %ue les s!ries O ne suffisent pas
à rendre compte des propri!t!s essentielles du temps ne
prou$e pas %u8il est indispensa#le de recourir au@ s!ries +.
'ar peut&Qtre pourrait&on trou$er une autre s!rie ?
appelons&la s!rie D ? %ui permettrait de rendre compte des
propri!t!s du temps6 en com#inaison a$ec les s!ries O6
mais sans pr!senter les incon$!nients des s!ries +. Dn
d8autres termes6 il e@iste peut&Qtre d8autres alternati$es au@
s!ries +6 %ui permettraient de rendre compte de mani9re
ad!%uate des propri!t!s intrins9%ues du temps.
*ne autre o#:ection %ui a !t! formul!e6 à l8encontre de
l8ar"ument de BcTa""art6 en particulier par Oertrand
Lussell6 est %ue les s!ries + peu$ent Qtre o#tenues
lo"i%uement à partir des s!ries O. +insi6 selon Lussell6 les
notions de pass!6 pr!sent6 futur peu$ent Qtre d!finies à
partir des relations avant6 pendant6 après6 %ui constituent
alors les termes primitifs. +insi6 pass&6 pr&sent6 futur sont
respecti$ement d!finis comme : a$ant T6 pendant T6 apr9s
T. 28o#:ection de Lussell a pour #ut de montrer comment
les s!ries + ne sont finalement pas n!cessaires pour
d!crire les propri!t!s du temps. 'ependant6 la d!finition de
Lussell pr!sente l8incon$!nient de comporter une r!f!rence
au moment T. Dt on peut penser %ue cette r!f!rence
implicite à T s8assimile au 3 moment pr!sent 4. 'eci
conduit finalement à d!finir le pr!sent comme 3 pendant le
moment pr!sent 46 d8une mani9re %ui s8a$9re toutefois
!"alement circulaire.
Introduction à la philosophie analytique
C3
1-. Lar.u!ent ontolo.i6ue
*n ar"ument ontolo"i%ue est un ar"ument %ui conclut à
l8e@istence de Dieu6 à partir de consid!rations a priori6
c8est&à&dire de pr!misses %ui ne sont pas #as!es sur des
constatations empiri%ues ou des preu$es
mat!rielles. *n ar"ument ontolo"i%ue a pour
o#:et de constituer une preu$e de l8e@istence de
Dieu. 'ependant6 à la diff!rence des preu$es
classi%ues %ui r!sultent de l8o#ser$ation du r!el6
une telle preu$e est #as!e uni%uement sur le raisonnement.
l e@iste ainsi plusieurs t5pes d8ar"uments ontolo"i%ues. 2e
plus ancien est d^ à (aint +nselme de 'anter#ur5 )1011,.
2e point de d!part en est la prise en consid!ration d8un Qtre
dont on ne peut pas conce$oir un Qtre plus "rand. (i celui&
ci n8e@iste pas6 on peut d9s lors conce$oir un Qtre dont on
ne peut conce$oir un Qtre plus "rand et %ui de surcroAt
e@iste. Bais ceci impli%ue %ue l8on peut conce$oir un Qtre
plus "rand %ue l8Qtre dont on ne peut conce$oir un Qtre plus
"rand. Dt cette derni9re conclusion se r!$9le
Introduction à la philosophie analytique
C.
contradictoire. +insi6 la prise en compte de l8h5poth9se
selon la%uelle l8Qtre dont on ne peut conce$oir un Qtre plus
"rand n8e@iste pas6 conduit à une contradiction. Par
cons!%uent6 l8Qtre dont on ne peut conce$oir un Qtre plus
"rand e@iste. 28ar"ument ontolo"i%ue de (aint +nselme
peut Qtre d!crit ainsi de mani9re d!taill!e :
)1, :e peu@ conce$oir un Qtre dont on ne
peut conce$oir un Qtre plus "rand
pr&'isse
)2, soit l8Qtre dont on ne peut conce$oir
un Qtre plus "rand e@iste6 soit il
n8e@iste pas
dichoto'ie
)3, si un Qtre dont on ne peut conce$oir
un Qtre plus "rand n8e@iste pas
hypothèse
1
)., alors :e peu@ conce$oir un Qtre dont
on ne peut conce$oir un Qtre plus
"rand mais %ui e@iste
de (!)
)/, :e peu@ conce$oir un Qtre plus "rand
%ue l8Qtre dont on ne peut conce$oir
un Qtre plus "rand
de (!),($)
)0,
∴ un Qtre dont on ne peut conce$oir
un Qtre plus "rand e@iste
de (),($)
*n ar"ument ontolo"i%ue l!"9rement diff!rent est d^ à
Descartes6 %ui le d!crit ainsi dans ses (&ditations. (elon
Descartes6 Dieu6 par d!finition6 est un Qtre
parfait. l poss9de donc toutes les %ualit!s.
Par cons!%uent6 il poss9de !"alement celle
d8e@ister. Dieu e@iste donc. 28ar"ument
ontolo"i%ue de Descartes met l8accent sur la
d!finition de Dieu en tant %u8Qtre parfait. 2e
passa"e ori"inal des (&ditations %ui contient l8ar"ument
ontolo"i%ue de Descartes est le sui$ant :
Er maintenant6 si de cela seul %ue :e puis tirer de ma
pens!e l8id!e de %uel%ue chose6 il s8ensuit %ue tout ce %ue
Introduction à la philosophie analytique
C/
:e reconnais clairement et distinctement appartenir à
cette chose6 lui appartient en effet6 ne puis&:e pas tirer de
ceci un ar"ument et une preu$e d!monstrati$e de
l8e@istence de Dieu U l est certain %ue :e ne trou$e pas
moins en moi son id!e6 c8est&à&dire l8id!e d8un Qtre
sou$erainement parfait6 %ue celle de %uel%ue fi"ure ou de
%uel%ue nom#re %ue ce soit. Dt :e ne connais pas moins
clairement et distinctement %u8une actuelle et !ternelle
e@istence appartient à sa nature6 %ue :e connais %ue tout
ce %ue :e puis d!montrer de %uel%ue fi"ure ou de %uel%ue
nom#re6 appartient $!rita#lement à la nature de cette
fi"ure ou de ce nom#re. Dt partant6 encore %ue tout ce
%ue :8ai conclu dans les B!ditations pr!c!dentes6 ne se
trou$ht point $!rita#le6 l8e@istence de Dieu doit passer en
mon esprit au moins pour aussi certaine6 %ue :8ai estim!
:us%u8ici toutes les $!rit!s des math!mati%ues6 %ui ne
re"ardent %ue les nom#res et les fi"ures : #ien %u8à la
$!rit!6 cela ne paraisse pas d8a#ord enti9rement
manifeste6 mais sem#le a$oir %uel%ue apparence de
sophisme. 'ar6 a5ant accoutum! dans toutes les autres
choses de faire distinction entre l8e@istence et l8essence6
:e me persuade ais!ment %ue l8e@istence peut Qtre s!par!e
de l8essence de Dieu6 et %u8ainsi on peut conce$oir Dieu
comme n8!tant pas actuellement. Bais n!anmoins6
lors%ue :85 pense a$ec plus d8attention6 :e trou$e
manifestement %ue l8e@istence ne peut non plus Qtre
s!par!e de l8essence de Dieu6 %ue de l8essence d8un
trian"le rectili"ne la "randeur de ses trois an"les !"au@ à
deu@ droits6 ou #ien de l8id!e d8une monta"ne l8id!e d8une
$all!e S en sorte %u8il n85 a pas moins de r!pu"nance de
conce$oir un Dieu )c8est&à&dire un Qtre sou$erainement
parfait, au%uel man%ue l8e@istence )c8est&à&dire au%uel
man%ue %uel%ue perfection,6 %ue de conce$oir une
monta"ne %ui n8ait point de $all!e.
De mani9re plus pr!cise6 la structure de l8ar"ument
ontolo"i%ue de Descartes peut Qtre ainsi d!finie :
)1, Dieu est un Qtre parfait d&finition
Introduction à la philosophie analytique
C0
)2, Dieu est un Qtre %ui poss9de toutes les
%ualit!s
de (1)
)3, l8e@istence constitue une %ualit! pr&'isse
).,
∴ Dieu e@iste
de (),(!)
2es ar"uments ontolo"i%ues ont fait l8o#:et6 dans la
litt!rature6 de multiples o#:ections. *ne criti%ue c!l9#re
!mane notamment de Iant6 dans sa 5ritique de la raison
pure6 %ui consid9re %ue l8e@istence ne constitue pas une
authenti%ue propri!t!. 'eci a pour cons!%uence de #lo%uer
la pr!misse )3, de l8ar"ument ontolo"i%ue de Descartes6
neutralisant ainsi le raisonnement %ui conduit à la
conclusion selon la%uelle Dieu e@iste. (elon Iant6 on ne
peut consid!rer %ue le fait d8e@ister constitue une propri!t!6
au mQme titre %ue rou+e constitue la propri!t! d8une
tomate6 ou dur constitue la propri!t! d8une pierre. Pour
Iant6 c8est l8e@istence mQme d8une chose x %ui constitue
une condition n!cessaire pour l8attri#ution de ses
propri!t!s )couleur6 dimensions6 densit!6 ru"osit!6 duret!6
etc.,.
D8une mani9re "!n!rale6 les ar"uments ontolo"i%ues ne
sont ha#ituellement pas consid!r!s comme des preu$es
$!rita#lement con$aincantes de l8e@istence de Dieu et ils
se r!$9lent en "!n!ral insuffisants pour con$aincre des
non&th!istes de l8e@istence de Dieu.
Introduction à la philosophie analytique
C1
2/. Lar.u!ent du r4.la.e opti!al
28ar+u'ent du r&+la+e opti'al )fine)tunin+ ar+u'ent,
appartient à la cat!"orie des ar"uments %ui $isent à
d!montrer l8e@istence de Dieu. 28ar"ument repose sur le
fait %u8un nom#re important de constantes cosmolo"i%ues
r!"issant notre uni$ers sont telles %ue si elles a$aient !t!
tr9s l!"9rement diff!rentes6 l8!mer"ence de la $ie
intelli"ente #as!e sur la chimie du car#one telle %ue nous
l8o#ser$ons sur Terre n8aurait pas !t! possi#le. Parmi ces
constantes6 on peut citer : le rapport des masses respecti$es
de l8!lectron et du proton6 l8h"e de l8uni$ers6 la masse du
neutrino6 la distance mo5enne entre les !toiles6 la $itesse
de la lumi9re6 la constante cosmolo"i%ue uni$erselle6 la
constante de Planc-6 etc. 28ar"ument est sous&tendu par le
fait %ue chacun de ces param9tres aurait pu a$oir une
$aleur l!"9rement diff!rente6 mais %ui n8aurait pas permis
alors l8!mer"ence de la $ie. 'onsid!rons par e@emple la
$itesse de la lumi9re dans le $ide )v W 2CC1C26./= -m/s, :
si celle&ci a$ait !t! ne serait&ce %ue l!"9rement plus !le$!e6
Introduction à la philosophie analytique
C=
les !toiles auraient !mis trop de lumi9re pour permettre
l8!mer"ence de la $ie S et de mQme6 si la $itesse de la
lumi9re a$ait !t! à peine plus fai#le6 l8!mission de lumi9re
par les !toiles aurait !t! insuffisante pour permettre
l8apparition de la $ie. l en $a de mQme pour la constante
"ra$itationnelle )N W 06012.10
&11
Jm
2
-"
&2
, : si cette
derni9re a$ait eu une $aleur l!"9rement plus !le$!e6 les
!toiles auraient eu une temp!rature trop haute et se
seraient consum!es #eaucoup trop $ite pour permettre
l8!mer"ence de la $ie #as!e sur la chimie du car#one. De
mQme6 si la constante "ra$itationnelle a$ait !t! l!"9rement
plus fai#le6 la temp!rature des !toiles auraient !t! trop
#asse pour permettre la formation de nom#reu@ !l!ments
chimi%ues n!cessaires à l8apparition de la $ie. En peut
consid!rer !"alement le ratio de la masse de l8!lectron par
rapport à celle du proton )m
e
/m
p
W /...0110232x10
&.
, : s8il
a$ait !t! l!"9rement diff!rent6 les liaisons chimi%ues %ui
en auraient r!sult! auraient !t! insuffisantes pour
permettre l8apparition de la $ie. Dnfin6 si le tau@ de
l8e@pansion de l8uni$ers a$ait !t! à l!"9rement sup!rieur6
aucune "ala@ie n8aurait pu se former S et de mQme6 s8il a$ait
!t! à l!"9rement inf!rieur6 l8uni$ers se serait effondr!6
a$ant mQme la formation des !toiles6 etc.
+insi6 ces diff!rents param9tres6 en $ertu de l8ar"ument
du r!"la"e optimal6 n8ont pas !t! d!termin!s au hasard6
mais en fonction d8une finalit! particuli9re : l8apparition de
la $ie intelli"ente dans l8uni$ers. 'e #ut particulier
t!moi"ne de la pr!sence d8un dessein di$in et donc
finalement de l8e@istence de Dieu.
En peut d!tailler ainsi les diff!rentes !tapes de
l8ar"ument du r!"la"e optimal :
)1, plusieurs constantes cosmolo"i%ues
r!"issant notre uni$ers ont des $aleurs
telles %u8elles permettent l8!mer"ence
de la $ie intelli"ente #as!e sur la
pr&'isse
Introduction à la philosophie analytique
CC
chimie du car#one
)2, les constantes cosmolo"i%ues
r!"issant notre uni$ers auraient pu
a$oir un "rand nom#re de $aleurs
diff!rentes
hypothèse
)3, si les $aleurs de ces constantes
cosmolo"i%ues a$aient !t! l!"9rement
diff!rentes6 alors l8!mer"ence de la $ie
intelli"ente #as!e sur la chimie du
car#one n8aurait pas !t! possi#le
de ()
)., si les constantes cosmolo"i%ues
a$aient !t! o#tenues au hasard6 alors
la pro#a#ilit! %ue leur r!"la"e soit
optimal aurait !t! e@trQmement fai#le
de ()
)/, le r!"la"e optimal des constantes
cosmolo"i%ues ne r!sulte pas du
hasard
de ($)
)0, le r!"la"e optimal des constantes
cosmolo"i%ues a !t! effectu! à dessein
afin de permettre l8!mer"ence de la $ie
intelli"ente
de (!),(")
)1, le r!"la"e optimal des constantes
cosmolo"i%ues a !t! effectu! par Dieu
de (#)
)=,
∴ Dieu e@iste
de (%)
Plusieurs o#:ections ont !t! oppos!es à l8ar"ument du
r!"la"e optimal. 28une d8entre elles en particulier repose
sur l8id!e sp!culati$e6 d!fendue par un certain nom#re de
cosmolo"istes6 selon la%uelle l8uni$ers %ue nous o#ser$ons
n8est pas le seul6 mais constitue seulement un uni$ers
parmi de tr9s nom#reu@ autres6 au sein d8un s5st9me
compos! de multiples uni$ers causalement ind!pendants.
Dans ce conte@te6 il e@iste un "rand nom#re d8autres
uni$ers6 compl9tement diff!rents du notre6 %ui poss9dent
des param9tres cosmolo"i%ues tout à fait distincts. En le
$oit6 cette o#:ection $ise directement l8!tape )/, du
Introduction à la philosophie analytique
100
raisonnement %ui sous&tend l8ar"ument du r!"la"e optimal6
selon la%uelle le r!"la"e optimal des constantes
cosmolo"i%ues ne r!sulte pas du hasard. 'ar l8h5poth9se
des uni$ers multiples s8a$9re tout à fait compati#le a$ec le
fait %ue les param9tres de notre uni$ers puissent a$oir !t!
o#tenus de mani9re al!atoire.
Introduction à la philosophie analytique
101
21. Lar.u!ent du r70e
28ar"ument du rQ$e est d^ à Descartes. l peut Qtre formul!
tr9s simplement. l s8a"it d8un ar"ument %ui conduit à la
conclusion %ue nos perceptions actuelles pourraient #ien
Qtre illusoires et trompeuses6 car elles sont en tous points
analo"ues à celles %ue nous a$ons lors%ue nous rQ$ons.
2ors%ue nous sommes en effet en !tat de rQ$e6 nos
perceptions sont en effet suffisamment r!alistes pour Qtre
capa#les de cr!er l8illusion de la r!alit!. 28ar"ument du
rQ$e est d!crit dans le passa"e sui$ant )Pre'ière
'&ditation, des (&ditations '&taphysiques :
Bais6 encore %ue les sens nous trompent %uel%uefois6
touchant les choses peu sensi#les et fort !loi"n!es6 il s8en
rencontre peut&Qtre #eaucoup d8autres6 des%uelles on ne
peut pas raisonna#lement douter6 %uoi%ue nous les
connaissions par leur mo5en : par e@emple6 %ue :e sois
ici6 assis aupr9s du feu6 $Qtu d8une ro#e de cham#re6
a5ant ce papier entre les mains6 et autres choses de cette
Introduction à la philosophie analytique
102
nature. Dt comment est&ce %ue :e pourrais nier %ue ces
mains et ce corps&ci soient à moi U (i ce n8est peut&Qtre
%ue :e me compare à ces insens!s6 de %ui le cer$eau est
tellement trou#l! et offus%u! par les noires $apeurs de la
#ile6 %u8ils assurent constamment %u8ils sont des rois6
lors%u8ils sont tr9s pau$res S %u8ils sont $Qtus d8or et de
pourpre6 lors%u8ils sont tout nus S ou s8ima"inent Qtre des
cruches6 ou a$oir un corps de $erre. Bais %uoi U 'e sont
des fous6 et :e ne serais pas moins e@tra$a"ant6 si :e me
r!"lais sur leurs e@emples.
Toutefois :8ai ici à consid!rer %ue :e suis homme6 et
par cons!%uent %ue :8ai coutume de dormir et de me
repr!senter en mes son"es les mQmes choses6 ou
%uel%uefois de moins $raisem#la#les6 %ue ces insens!s6
lors%u8ils $eillent. 'om#ien de fois m8est&il arri$! de
son"er6 la nuit6 %ue :8!tais en ce lieu6 %ue :8!tais ha#ill!6
%ue :8!tais aupr9s du feu6 %uoi%ue :e fusse tout nu dedans
mon lit U l me sem#le #ien à pr!sent %ue ce n8est point
a$ec des 5eu@ endormis %ue :e re"arde ce papier S %ue
cette tQte %ue le remue n8est point assoupie S %ue c8est
a$ec dessein et de propos d!li#!r! %ue :8!tends cette
main6 et %ue :e la sens : ce %ui arri$e dans le sommeil ne
sem#le point si clair ni si distinct %ue tout ceci. Bais6 en
5 pensant soi"neusement6 :e me ressou$iens d8a$oir !t!
sou$ent tromp!6 lors%ue :e dormais6 par de sem#la#les
illusions. Dt m8arrQtant sur cette pens!e6 :e $ois si
manifestement %u8il n85 a point d8indices concluants6 ni de
mar%ues asseK certaines par o7 l8on puisse distin"uer
nettement la $eille d8a$ec le sommeil6 %ue :8en suis tout
!tonn! S et mon !tonnement est tel6 %u8il est pres%ue
capa#le de me persuader %ue :e dors.
28ar"ument du rQ$e peut Qtre d!taill! de la mani9re
sui$ante :
)1, lors%ue :e suis !$eill!6 :8ai des
perceptions
pr&'isse
)2, lors%ue :e rQ$e6 :8ai !"alement des
perceptions
pr&'isse
Introduction à la philosophie analytique
103
)3, les perceptions %ue :8ai lors%ue :e suis
!$eill! sont en tous points identi%ues à
celles %ue :8ai lors%ue :e rQ$e
pr&'isse
)., :e ne poss9de pas de crit9re %ui me
permette de distin"uer mes
perceptions lors%ue :e suis !$eill! ou
lors%ue :e rQ$e
de (!)
)/, :e n8ai pas de preu$e %ue :e ne suis pas
actuellement en !tat de rQ$e
de ($)
)0,
∴ il est possi#le %ue :e sois
actuellement en !tat de rQ$e
de (")
)1, lors%ue :e rQ$e6 mes perceptions sont
fausses
pr&'isse
)=,
∴ il est possi#le %ue toutes mes
perceptions actuelles soient fausses
de (#),(%)
28ar"ument du rQ$e de Descartes a donn! lieu à plusieurs
$ariations contemporaines. 28une de ces $ariations
modernes repose sur l8id!e %ue nous sommes des
3 cer$eau@ dans une cu$e 4. 2e film (atrix6 de 2arr5 et
+nd5 Yachows-i d!$eloppe !"alement une $ariante de
cette id!e.
*ne o#:ection à l8ar"ument du rQ$e a !t! soule$!e par
Oarr5 (troud6 dans un ou$ra"e paru en 1C=C. (elon cette
o#:ection6 la pr!misse )., s8a$9re fausse6 car il est tout à
fait possi#le d8effectuer un test %ui permet de d!terminer si
chacun d8entre nous est ou non en
!tat de rQ$e. + l8aide de capteurs %ui
d!terminent si les ondes c!r!#rales
caract!risti%ues de l8!tat de rQ$e
sont produites par le cer$eau6 on
peut d!terminer si une personne
rQ$e ou non6 et apporter ainsi une
r!ponse d!finiti$e et fia#le à cette
%uestion. 'ependant6 cette o#:ection
n8a pas con$aincu plusieurs auteurs6
Introduction à la philosophie analytique
10.
%ui ont fait $aloir %u8une telle r!ponse pr!suppose %ue l8on
ne rQ$e pas au moment o7 on effectue le test. Dans cette
h5poth9se6 le fait d8effectuer un test se r!$9le
effecti$ement concluant. Bais supposons à l8in$erse %ue
nous so5ons en !tat de rQ$e au moment o7 nous effectuons
le test. Dans ce cas6 le test fait partie de notre rQ$e et on ne
peut $ala#lement lui accorder notre confiance. +insi6 l8id!e
%ui sous&tend cette o#:ection pr!suppose finalement %ue
nous ne rQ$ons pas6 alors %ue pr!cis!ment6 c8est cette
%uestion&mQme %ui est $!rita#lement pos!e.
*n autre t5pe d8o#:ection peut !"alement Qtre soule$!
par rapport à l8ar"ument du rQ$e. (upposons %ue ce dernier
ar"ument soit tout à fait $alide et %ue sa conclusion soit
irr!futa#le. Dans ce cas6 on dispose alors d8une preu$e
in!#ranla#le %ue nous sommes en !tat de rQ$e. Bais si tel
!tait le cas6 ne s8ensui$rait&il pas alors %ue l8ar"ument du
rQ$e lui&mQme n8est %u8un pur produit de notre rQ$e6 et
donc %uel%ue chose d8illusoire. +insi6 en aucun cas il ne
pourrait s8a"ir d8un raisonnement sur le%uel nous pourrions
#aser nos connaissances. En le $oit6 une telle propri!t! a
pour effet de rendre l8ar"ument du rQ$e auto&r!futant.
Introduction à la philosophie analytique
10/
22. Lexp4rience des 8 cer0eaux dans une
cu0e 9
28e@p!rience des 3 cer$eau@ dans une cu$e 4 a !t! !nonc!e
par Gilar5 Putnam6 dans son ou$ra"e 8aison, >&rit& et
=istoire paru en 1C=2. 28ar"ument commence par
l8interro"ation sui$ante : est&ce %ue :e ne suis pas un
cer$eau dans une cu$e U +utrement dit6 suis&:e #ien certain
%ue %uel%ue sa$ant fou ne m8a pas enle$!6 n8a pas ensuite
pr!le$! mon cer$eau pour le placer dans un li%uide
nutritif6 et n8a pas enfin simul! toutes les informations %ui
par$iennent d8ha#itude à mon cer$eau6 à l8aide d8une
dispositif particuli9rement sophisti%u!. De la sorte6 mes
sensations6 mes perceptions6 mes pens!es6 etc. ne seraient
%ue l8effet des stimulations %ue le sa$ant fou en$oie6 à
l8aide de son appareilla"e6 à l8ensem#le de mes neurones.
(uis&:e #ien tout à fait certain %ue :e ne me trou$e pas dans
une situation de ce t5pe U (i tel !tait le cas6 les
stimulations en$o5!es à mon cer$eau seraient telles
%u8elles produiraient e@actement les impressions %ui sont
Introduction à la philosophie analytique
100
les miennes lors%ue :8ai des sensations6 des perceptions6
des !motions ou des pens!es6 dans des conditions
normales. 'omment donc puis&:e Qtre tout à fait certain
%ue :e ne suis pas un cer$eau dans une cu$e U
'ependant6 l8ar"ument de Putnam n8a pas pour finalit!
de su""!rer %ue nous sommes r!ellement des cer$eau@
dans des cu$es. Pour Putnam6 il est en effet clair6 au
contraire6 %ue nous ne sommes pas des 3 cer$eau@ dans
des cu$es 4. Pour lui6 ceci r!sulte de la simple
consid!ration de l8assertion selon la%uelle 3 nous sommes
des cer$eau@ dans des cu$es 4. Putnam se propose de
prou$er %ue cette derni9re assertion est tou:ours fausse. l
distin"ue ainsi deu@ h5poth9ses : si )a, nous ne sommes
pas des cer$eau@ dans des cu$es6 alors il est fau@ %ue nous
sommes des cer$eau@ dans des cu$es S si )#, nous sommes
des cer$eau@ dans des cu$es6 alors les concepts et les mots
%ue nous utilisons %uotidiennement se r!f9rent non à des
o#:ets r!els6 mais à des o#:ets $irtuels6 %ui sont le r!sultat
d8une simulation. Tel est le cas lors%ue nous utilisons des
concepts tels %ue 3 ta#le 46 3 chaise 46 3 parapluie 46 etc.
Dans ce cas6 nos concepts de 3 ta#le 4 ou 3 parapluie 4 se
r!f9rent non pas à une ta#le ou un parapluie6 mais à une
simulation de ta#le ou de parapluie %ui pro$ient des
impulsions !lectri%ues en$o5!es à nos cer$eau@ par un
dispositif !lectroni%ue sophisti%u!. Dt tel est !"alement le
cas lors%ue nous faisons usa"e de mots tels %ue
3 cer$eau 4 ou 3 cu$e 4. Dans ce cas6 nous nous r!f!rons
alors à une simulation de cer$eau ou de cu$e. +insi6
lors%ue nous affirmons %ue 3 nous sommes des cer$eau@
dans des cu$es 46 nous !non<ons le fait %ue 3 nous
sommes des simulations de cer$eau@ dans des simulations
de cu$es 4. Bais ceci ne correspond pas alors à la r!alit!.
+insi6 si l8on en$isa"e l8h5poth9se %ue nous sommes des
cer$eau@ dans des cu$es6 il s8a$9re !"alement %u8il est fau@
%ue nous sommes des cer$eau@ dans des cu$es. Dn
Introduction à la philosophie analytique
101
conclusion6 %uelle %ue soit l8h5poth9se en$isa"!e6 il est
fau@ %ue nous so5ons des cer$eau@ dans des cu$es.
28ar"ument de Putnam peut Qtre d!crit plus pr!cis!ment
de la mani9re sui$ante :
)1, il n8e@iste pas de crit9re interne
permettant de sa$oir si nos
sensations6 nos perceptions6 nos
!motions et nos pens!es sont
stimul!es ou non par un dispositif
pr&'isse
)2, si nous sommes des cer$eau@ dans
des cu$es
hypothèse
1
)3, alors nos sensations6 nos perceptions6
nos !motions et nos pens!es sont
stimul!es par un dispositif
de ()
)., alors 3 nous sommes des cer$eau@
dans des cu$es 4 si"nifie %ue 3 nous
sommes des simulations de cer$eau@
dans des simulations de cu$es 4
de (!)
)/, si nous ne sommes pas des cer$eau@
dans des cu$es
hypothèse

)0, alors nos sensations6 nos perceptions6
nos !motions et nos pens!es ne sont
pas stimul!es par un dispositif
de (")
)1, alors il est fau@ %ue 3 nous sommes
des cer$eau@ dans des cu$es 4
de (")
)=,
∴ il est n!cessaire de recourir à un
crit9re e@terne pour d!terminer si
nous sommes ou non des cer$eau@
dans des cu$es
de (1),($),
(%)
28e@p!rience de pens!e de Putnam a pour #ut de
souli"ner %ue les !tats internes %ui r!sultent de la
stimulation par un dispositif e@t!rieur d8un cer$eau dans
une cu$e d8une part6 et les pens!es et les perceptions d8une
personne normale d8autre part6 ne peu$ent Qtre distin"u!s.
Introduction à la philosophie analytique
10=
'ar les !tats mentau@ internes %ui en r!sultent sont dans
les deu@ cas identi%ues. Par cons!%uent6 il est n!cessaire
de recourir à des crit9res e@ternes pour les diff!rencier.
+insi le point de $ue !mis par Putnam se r!$9le&t&il
fondamentalement externaliste. 28ar"ument de Putnam
souli"ne ainsi %ue la si"nification des mots ou des phrases
ne d!pend pas uni%uement du contenu interne6 c8est&à&dire
de nos pens!es6 de nos !motions6 etc. (elon la formule
c!l9#re de Putnam6 3 2e sens n8est pas seulement dans
notre tQte 4 )3 Beanin"s :ust are not in the head 4,.
Introduction à la philosophie analytique
10C
23. Lar.u!ent t4l4olo.i6ue
28ar"ument t!l!olo"i%ue ou ar"ument du dessein di$in
appartient6 de mQme %ue l8ar"ument ontolo"i%ue6 à une
famille d8ar"uments %ui $isent à prou$er l8e@istence de
Dieu. 28ar"ument t!l!olo"i%ue repose sur l8id!e simple %ue
notre uni$ers est si comple@e et si #ien a"enc! %ue cela ne
peut Qtre %ue la manifestation du dessein d8une entit!
intelli"ente. 28ordonnancement comple@e de notre uni$ers
d!montre ainsi %ue ce dernier poss9de un 'r!ateur.
28ar"ument du dessein di$in peut Qtre d!crit ainsi de
mani9re plus d!taill!e :
)1, notre uni$ers est tr9s comple@e et tr9s
#ien a"enc!
pr&'isse
)2, la comple@it! et l8a"encement de notre
uni$ers ne peut %u8Qtre %ue la
manifestation du dessein d8un Qtre
intelli"ent
de (1)
Introduction à la philosophie analytique
110
)3, un Qtre intelli"ent est le 'r!ateur de
notre uni$ers
de ()
).,
∴ Dieu est le 'r!ateur de notre
uni$ers
de (!)
*ne formulation c!l9#re de l8ar"ument du dessein di$in
est notamment due à Yilliam Pale5 )11.3&1=0/,6 dans son
ou$ra"e 2h&olo+ie naturelle )?atural 2heolo+y,6 paru en
1=02. Pale5 d!crit l8ar"ument dans les termes sui$ants :
Dn tra$ersant une lande6 supposons %ue :e heurte du pied
une pierre et %ue l8on demande pour %uelle raison la
pierre se trou$ait là. ;e pourrais alors peut&Qtre r!pondre
%ue pour autant %ue :e sache6 en l8a#sence d8information
contraire6 elle se trou$ait là depuis tou:ours S à ce stade6
il ne de$rait pas Qtre tr9s ais! de d!montrer l8a#surdit!
d8une telle r!ponse. Bais supposons maintenant %ue :8ai
trou$! par terre une 'ontre6 et %ue l8on fasse une
in$esti"ation pour sa$oir pour %uelle raison la montre se
trou$ait à cet endroit pr!cis. Dans ce cas6 :e pourrais
difficilement faire appel à la raison donn!e
pr!c!demment6 à sa$oir %ue la montre s8!tait tou:ours
trou$!e là.
(elon Pale56 la raison pour la%uelle on ne peut conce$oir
%ue la montre se soit trou$!e là depuis tou:ours6 est %ue
ses diff!rentes parties ont !t! assem#l!es à dessein6 et %ue
ce dessein ne peut %u8Qtre l8bu$re d8un Qtre intelli"ent.
28ar"ument de Pale5 est #as! sur une analo"ie entre la
montre et l8uni$ers6 et conduit à la conclusion %ue l8uni$ers
n8a pu %u8Qtre cr!! %u8à dessein6 et %ue ce dessein est celui
de Dieu.
*ne o#:ection %ui a !t! formul!e contre l8ar"ument du
dessein di$in est diri"!e contre la pr!misse )1,6 selon
la%uelle notre uni$ers est tr9s #ien a"enc!. Bais à cela6 il
peut Qtre r!tor%u! %u8il ne s8a"it %ue de l8e@pression d8un
point de $ue sp!cifi%ue concernant notre uni$ers. 'ar d8un
Introduction à la philosophie analytique
111
autre point de $ue6 notre uni$ers pourrait apparaAtre
comme tr9s mal a"enc!. l suffirait pour cela de consid!rer
%ue le d!sordre est partout pr!sent dans le monde. 'ar6
pourrait&on faire o#ser$er6 notre monde est a"it! par de
fr!%uents trem#lements de terre6 raK&de&mar!e
d!$astateurs6 c5clones destructeurs6 etc. et su#it6 de
mani9re "!n!rale6 de nom#reuses catastrophes naturelles.
De ce point de $ue6 on ne peut $!rita#lement consid!rer
l8uni$ers comme #ien a"enc!.
*ne autre o#:ection $ise directement l8!tape )2, selon
la%uelle le #el ordonnancement de notre uni$ers ne peut
%u8Qtre l8bu$re d8un Qtre intelli"ent. Dn $ertu de cette
o#:ection6 la comple@it! de notre uni$ers et son
a"encement sophisti%u!s sont #ien a$!r!s6 mais cela
n8impli%ue pas pour autant %ue ceci soit l8bu$re d8un
cr!ateur. 'ar on pourrait !"alement ima"iner %ue de
nom#reu@ uni$ers coe@istent6 certains !tant tr9s simples et
rudimentaires6 alors %ue d8autres sont comple@es et
sophisti%u!s. Dn tant %u8o#ser$ateurs6 nous ne pou$ons
!$idemment nous trou$er %ue dans un uni$ers comple@e et
ordonnanc!6 permettant notamment l8!mer"ence de la $ie
#as!e sur la chimie du car#one. Par contre6 il pourrait tout
à fait e@ister de nom#reu@ uni$ers tr9s diff!rents du notre6
dont certains seraient tr9s frustres et rudimentaires6 et
d!pour$us d8o#ser$ateurs.
Introduction à la philosophie analytique
112
Introduction à la philosophie analytique
113
24. Lar.u!ent du pari de :ascal
2e pari de Pascal est un ar"ument contenu dans le
para"raphe 233 des Pens&es. l s8a"it là d8un des ar"uments
les plus c!l9#res de la philosophie de la reli"ion6 %ui se
propose de fournir au lecteur de solides raisons de croire
en l8e@istence de Dieu. Pascal 5 e@pose l8alternati$e de$ant
la%uelle nous trou$ons plac!s : soit Dieu e@iste6 soit il
n8e@iste pas. 'onfront!s à une telle situation6 nous pou$ons
donc parier en fa$eur de l8e@istence de Dieu6 ou #ien en
fa$eur de sa non&e@istence. Pascal anal5se ensuite les
cons!%uences %ui d!coulent d8un pari en fa$eur de l8une ou
l8autre option. l en$isa"e ensuite les %uatre cas %ui sont
ainsi d!termin!s. (i :e parie en fa$eur de l8e@istence de
Dieu et %ue Dieu e@iste )a,6 alors :8o#tiens un "ain infini.
(i :e parie en fa$eur de l8e@istence de Dieu et %ue Dieu
n8e@iste pas )#,6 alors il en r!sulte une perte nulle. (i :e
parie pour la non&e@istence de Dieu et %ue Dieu e@iste )c,6
alors il s8ensuit une perte infinie. Dnfin6 si :e parie pour la
non&e@istence de Dieu et %ue Dieu n8e@iste pas )d,6 alors :e
Introduction à la philosophie analytique
11.
n8o#tiens ni "ain ni perte. +insi6 il apparaAt %ue si :e parie
pour la non&e@istence de Dieu6 :e me trou$e e@pos! à un
perte infinie. Par cons!%uent6 conclut Pascal6 il est plus
sa"e de parier en fa$eur de l8e@istence de Dieu6 car il
s8ensuit soit un "ain infini6 soit une perte nulle.
28e@trait des Pens&es de Pascal %ui contient l8ar"ument
du pari est le sui$ant :
;e ne me ser$irai pas6 pour $ous con$aincre de son
e@istence6 de la foi par la%uelle nous la connaissons
certainement6 ni de toutes les autres preu$es %ue nous en
a$ons6 puis%ue $ous ne les $ouleK pas rece$oir. ;e ne
$eu@ a"ir a$ec $ous %ue par $os principes mQmes S et :e
ne pr!tends $ous faire $oir par la mani9re dont $ous
raisonneK tous les :ours sur les choses de la moindre
cons!%uence6 de %uelle sorte $ous de$eK raisonner en
celle&ci6 et %uel parti $ous de$eK prendre dans la d!cision
de cette importante %uestion de l8e@istence de Dieu. Rous
dites donc %ue nous sommes incapa#les de connaAtre s8il
5 a un Dieu. 'ependant il est certain %ue Dieu est6 ou
%u8il n8est pas S il n85 a point de milieu. Bais de %uel cPt!
pencherons& nous U 2a raison6 dites $ous6 n85 peut rien
d!terminer. l 5 a un chaos infini %ui nous s!pare. l se
:oue un :eu à cette distance infinie6 o7 il arri$era croi@ ou
pile. _ue "a"nereK $ous U Par raison $ous ne pou$eK
assurer ni l8un ni l8autre S par raison $ous ne pou$eK nier
aucun des deu@.
Je #lhmeK donc pas de fausset! ceu@ %ui ont fait un
choi@ S car $ous ne sa$eK pas s8ils ont tort6 et s8ils ont mal
choisi. Jon6 direK $ous S mais :e les #lhmerai d8a$oir fait
non ce choi@6 mais un choi@ : et celui %ui prend croi@6 et
celui %ui prend pile ont tous deu@ tort : le :uste est de ne
point parier.
Eui S mais il faut parier S cela n8est pas $olontaire S
$ous Qtes em#ar%u! S et ne parier point %ue Dieu est6 c8est
parier %u8il n8est pas. 2e%uel prendreK $ous donc U Pesons
le "ain et la perte en prenant le parti de croire %ue Dieu
est. (i $ous "a"neK6 $ous "a"neK tout S si $ous perdeK6
$ous ne perdeK rien. ParieK donc %u8il est sans h!siter.
Introduction à la philosophie analytique
11/
Eui il faut "a"er. Bais :e "a"e peut&Qtre trop. Ro5ons :
puis%u8il 5 a pareil hasard de "ain et de perte6 %uand $ous
n8aurieK %ue deu@ $ies à "a"ner pour une6 $ous pourrieK
encore "a"er. Dt s8il 5 en a$ait di@ à "a"ner6 $ous serieK
#ien imprudent de ne pas hasarder $otre $ie pour en
"a"ner di@ à un :eu o7 il 5 a pareil hasard de perte et de
"ain. Bais il 5 a ici une infinit! de $ies infiniment
heureuses à "a"ner a$ec pareil hasard de perte et de
"ain S et ce %ue $ous :oueK est si peu de chose6 et de si
peu de dur!e6 %u8il 5 a de la folie à le m!na"er en cette
occasion.
'ar il ne sert de rien de dire %u8il est incertain si on
"a"nera6 et %u8il est certain %u8on hasarde S et %ue l8infinie
distance %ui est entre la certitude de ce %u8on e@pose et
l8incertitude de ce %ue l8on "a"nera !"ale le #ien fini
%u8on e@pose certainement à l8infini %ui est incertain.
'ela n8est pas ainsi : tout :oueur hasarde a$ec certitude
pour "a"ner a$ec incertitude S et n!anmoins il hasarde
certainement le fini pour "a"ner incertainement le fini6
sans p!cher contre la raison. l n85 a pas infinit! de
distance entre cette certitude de ce %u8on e@pose6 et
l8incertitude du "ain S cela est fau@. l 5 a à la $!rit!
infinit! entre la certitude de "a"ner et la certitude de
perdre. Bais l8incertitude de "a"ner est proportionn!e à
la certitude de ce %u8on hasarde selon la proportion des
hasards de "ain et de perte : et de là $ient %ue s8il 5 a
autant de hasards d8un cPt! %ue de l8autre6 le parti est à
:ouer !"al contre !"al S et alors la certitude de ce %u8on
e@pose est !"ale à l8incertitude de ce %u8on e@pose est
!"ale à l8incertitude du "ain6 tant s8en faut %u8elle en soit
infiniment distante. Dt ainsi notre proposition est dans
une force infinie6 %uand il n85 a %ue le fini à hasarder à
un :eu o7 il 5 a pareils hasards de "ain %ue de perte6 et
l8infini à "a"ner. 'ela est d!monstratif6 et si les hommes
sont capa#les de %uel%ues $!rit!s ils le doi$ent Qtre de
celle là.
;e le confesse6 :e l8a$oue. Bais encore n85 aurait&il
point de mo5en de $ois un peu plus clair U Eui6 par le
Introduction à la philosophie analytique
110
mo5en de l8Écriture6 et par toutes les autres preu$es de la
Leli"ion %ui sont infinies.
'eu@ %ui esp9rent leur salut6 direK $ous6 sont heureu@
en cela. Bais ils ont pour contrepoids la crainte de
l8enfer.
Bais %ui a plus su:et de craindre l8enfer6 ou celui %ui
est dans l8i"norance s8il 5 a un enfer6 et dans la certitude
la damnation s8il 5 en a S ou celui %ui est dans une
certaine persuasion %u8il 5 a un enfer6 et dans l8esp!rance
d8Qtre sau$! s8il est U
_uicon%ue n8a5ant plus %ue huit :ours à $i$re ne
:u"erait pas %ue le parti de croire %ue tout cela n8est pas
un coup de hasard6 aurait enti9rement perdu l8esprit. Er si
les passions ne nous tenaient point6 huit :ours et cent ans
sont une mQme chose.
_uel mal $ous arri$era&t&il en prenant ce parti U Rous
sereK fid9le6 honnQte6 hum#le6 reconnaissant6 #ienfaisant6
sinc9re6 $!rita#le. + la $!rit! $ous ne sereK point dans les
plaisirs empest!s6 dans la "loire6 dans les d!lices. Bais
n8en aureK $ous point d8autre U ;e $ous dis %ue $ous 5
"a"nereK en cette $ie S et %u8à cha%ue pas %ue $ous fereK
dans ce chemin6 $ous $erreK tant de certitude du "ain6 et
tant de n!ant dans ce %ue $ous hasardereK6 %ue $ous
connaAtreK à la fin %ue $ous a$eK pari! pour une chose
certaine et infinie6 et %ue $ous n8a$eK rien donn! pour
l8o#tenir.
28ar"ument du pari peut Qtre d!crit plus pr!cis!ment de
la mani9re sui$ante :
)1, soit Dieu e@iste soit Dieu n8e@iste pas dichoto'ie
1
)2, :e peu@ parier soit pour l8e@istence de
Dieu soit pour sa non&e@istence
dichoto'ie

)3, si :e parie en fa$eur de l8e@istence de
Dieu et %ue Dieu e@iste
cas 1
)., alors :8o#tiens un "ain infini de (!)
)/, si :e parie en fa$eur de l8e@istence de cas
Introduction à la philosophie analytique
111
Dieu et %ue Dieu n8e@iste pas
)0, alors il s8ensuit une perte nulle de (")
)1, si :e parie en fa$eur de la non&
e@istence de Dieu et %ue Dieu e@iste
cas !
)=, alors il en r!sulte une perte infinie de (%)
)C, si :e parie en fa$eur de la non&
e@istence de Dieu et %ue Dieu
n8e@iste pas
cas $
)10, alors il ne s8ensuit ni "ain ni perte de (.)
)11, il est rationnel d8effectuer un choi@
afin de ma@imiser les "ain et les
pertes attendues
pr&'isse
)12, si :e parie en fa$eur de l8e@istence de
Dieu
de (!),(")
)13, alors le "ain ma@imal est infini et la
perte ma@imale est nulle
de ($),(#)
)1., si :e parie en fa$eur de la non&
e@istence de Dieu
de (%),(.)
)1/, alors le "ain ma@imal est nul et la
perte ma@imale est infinie
de (-),(1*)
)10,
∴ il est rationnel de parier en fa$eur
de l8e@istence de Dieu
de (11),
(1!),(1")
28ar"ument du pari de Pascal a
donn! lieu à un certain nom#re
d8o#:ections. 'ertains criti%ues6 tels
%ue ;effre5 dans son ou$ra"e 2he
7o+ic of :ecision pu#li! en 1C=36
ou #ien Bc'lennen dans un essai
paru en 1CC.6 ont ainsi mis en cause
les !tapes )3,&)., et fait $aloir %ue
l8utilit! infinie %ui r!sulte du "ain
attendu en cas de pari en fa$eur de
l8e@istence de Dieu6 ne constitue pas un "ain r!aliste et ne
poss9de donc pas un r!el int!rQt prati%ue.
Introduction à la philosophie analytique
11=
Dn outre6 d8autres auteurs ont souli"n! %ue l8attitude
intrins9%ue %ui est sous&tendue par le pari est elle&mQme
criti%ua#le. Roltaire en particulier a :u"! cette attitude
incon$enante6 car elle consiste à d!cider d8un su:et aussi
"ra$e %ue l8e@istence de Dieu6 e@clusi$ement en fonction
de consid!rations d8int!rQt. Dans la situation %ui est celle
du pari6 Roltaire consid9re ainsi %ue l8on poss9de #ien les
!l!ments rationnels pour d!cider de l8e@istence de Dieu6
mais %u8on ne dispose toutefois pas des !l!ments morau@.
Introduction à la philosophie analytique
11C
2#. Lar.u!ent selon le Mal
28ar"ument selon le mal )ar+u'ent fro' evil, est un
ar"ument %ui tend à d!montrer la non&e@istence de Dieu.
(a formulation en est tr9s simple. 28ar"ument selon le mal
repose sur le fait %ue le mal est pr!sent dans le monde. 2a
pr!sence de la souffrance et de la douleur constituent une
des caract!risti%ues de notre monde actuel. Pire encore6
des atrocit!s6 des crimes horri#les se produisent tous les
:ours dans le monde. 28ar"ument selon le mal consid9re
ces faits ind!nia#les et conclut %ue cela d!montre %ue
Dieu n8e@iste pas. l e@iste plusieurs formulations de
l8ar"ument selon le mal. (elon l8une d8elles6 Dieu6 par
d!finition est un Qtre parfait. Dieu6 en outre6 est le cr!ateur
de toutes choses. Pourtant le mal !$ident %ui e@iste dans le
monde constitue l8une de ces choses. Par cons!%uent6 selon
cette $ariation de l8ar"ument6 Dieu est le cr!ateur du mal.
(i tel est le cas6 l8affirmation selon la%uelle Dieu est parfait
se trou$e ainsi contredite. 'ette derni9re contradiction
entraAne la conclusion %ue Dieu n8e@iste pas. 2es
Introduction à la philosophie analytique
120
diff!rentes !tapes de l8ar"ument selon le mal peu$ent Qtre
ainsi d!crites de la mani9re sui$ante :
)1, Dieu est parfait d&finition
)2, Dieu est le cr!ateur de tout ce %ui
e@iste
d&finition
)3, le mal e@iste dans le monde pr&'isse
)., Dieu est le cr!ateur du mal %ui e@iste
dans le monde
de (),(!)
)/, Dieu n8est pas parfait de ($)
)0,
∴ Dieu n8e@iste pas
de (1),(")
*ne autre formulation de l8ar"ument selon le mal met
l8accent sur la toute&puissance de Dieu6 et en particulier sur
la notion d8o'nipotence. 28ar"ument consid9re %ue si Dieu
e@iste6 alors Dieu est tout&puissant et poss9de notamment
le pou$oir de faire disparaAtre le mal. Pourtant il s8a$9re
%ue le mal e@iste dans le monde6 en contradiction a$ec
l8h5poth9se selon la%uelle Dieu e@iste. l en r!sulte ainsi la
conclusion %ue Dieu n8e@iste pas. 'ette $ariante de
l8ar"ument selon le mal peut ainsi d!crite :
)1, si Dieu e@iste hypothèse
)=, alors Dieu est tout puissant d&finition
)C, alors Dieu a le pou$oir de supprimer
le mal
de (-)
)10, si Dieu e@iste alors Dieu a le pou$oir
de supprimer le mal
de (%),(.)
)11, le mal e@iste dans le monde pr&'isse
)12, Dieu n8a pas le pou$oir de supprimer
le mal
de (1*),(11)
)13,
∴Dieu n8e@iste pas
de (1*),(1)
28ar"ument selon le mal a fait l8o#:et d8o#:ections à la
fois anciennes et r!centes. (elon une o#:ection r!cente6
soule$!e par +l$in Plantin"a dans son ou$ra"e @od and
Introduction à la philosophie analytique
121
Ather (inds pu#li! en 1C016 l8ar"ument n8est pas $alide
car il repose sur la pr!misse fausse selon la%uelle Dieu
cr!e le mal ou #ien poss9de le pou$oir de supprimer le
mal. Plantin"a consid9re à l8in$erse %ue le li#re&ar#itre est
une $ertu n!cessaire et %ue par cons!%uent6 Dieu $ise à
permettre le d!$eloppement du li#re&ar#itre cheK les
humains. (elon Plantin"a6 Dieu n8est donc pas responsa#le
du mal )en le cr!ant ou le rendant possi#le, car le mal
r!sulte directement de l8e@ercice de choi@ humains. Dt ces
choi@ ? %u8ils soient #ons ou mau$ais ? effectu!s par les
hommes sont eu@&mQmes indispensa#les au
d!$eloppement du li#re&ar#itre.
Introduction à la philosophie analytique
122
Introduction à la philosophie analytique
123
2%. Le co.ito cart4sien
28ar+u'ent du co+ito est d^ à Descartes. l peut Qtre
formul! de mani9re à la fois tr9s #r9$e et tr9s simple : 3 ;e
pense6 donc :e suis 4. 'ependant6 afin d8appr!hender
e@actement la port!e du co"ito cart!sien6 il est n!cessaire
d8en !tudier da$anta"e la structure et le conte@te.
2a formulation ori"inale du co"ito se trou$e dans le
:iscours de la '&thode )_uatri9me partie, :
;e ne sais si :e dois $ous entretenir des premi9res
m!ditations %ue :85 ai faites S car elles sont si
m!taph5si%ues et si peu communes6 %u8elles ne seront
peut&Qtre pas au "o^t de tout le monde : et toutefois6 afin
%u8on puisse :u"er si les fondements %ue :8ai pris sont
asseK fermes6 :e me trou$e en %uel%ue fa<on contraint
d8en parler. ;8a$ais d9s lon"temps remar%u! %ue pour les
mburs il est #esoin %uel%uefois de sui$re des opinions
%u8on sait Qtre fort incertaines6 tout de mQme %ue si elles
!taient indu#ita#les6 ainsi %u8il a !t! dit ci&dessus : mais
pour ce %u8alors :e d!sirais $a%uer seulement à la
Introduction à la philosophie analytique
12.
recherche de la $!rit!6 :e pensai %u8il fallait %ue :e fisse
tout le contraire6 et %ue :e re:etasse comme a#solument
fau@ tout ce en %uoi :e pourrais ima"iner le moindre
doute6 afin de $oir s8il ne resterait point apr9s cela
%uel%ue chose en ma cr!ance %ui fut enti9rement
indu#ita#le. +insi6 à cause %ue nos sens nous trompent
%uel%uefois6 :e $oulus supposer %u8il n85 a$ait aucune
chose %ui f^t telle %u8ils nous la font ima"iner S et parce
%u8il 5 a des hommes %ui se m!prennent en raisonnant6
mQme touchant les plus simples mati9res de "!om!trie6 et
5 font des paralo"ismes6 :u"eant %ue :8!tais su:et a faillir
autant %u8aucun autre6 :e re:etai comme fausses toutes les
raisons %ue :8a$ais prises aupara$ant pour
d!monstrations S et enfin6 consid!rant %ue toutes les
mQmes pens!es %ue nous a$ons !tant !$eill!s nous
peu$ent aussi $enir %uand nous dormons6 sans %u8il 5 en
ait aucune pour lors %ui soit $raie6 :e me r!solus de
feindre %ue toutes les choses %ui m8!taient :amais entr!es
en l8esprit n8!taient non plus $raies %ue les illusions de
mes son"es. Bais aussitPt apr9s :e pris "arde %ue6
pendant %ue :e $oulais ainsi penser %ue tout !tait fau@6 il
fallait n!cessairement %ue moi %ui le pensais fusse
%uel%ue chose S et remar%uant %ue cette $!rit!6 3e pense,
donc 3e suis6 !tait si ferme et si assur!e6 %ue toutes les
plus e@tra$a"antes suppositions des scepti%ues n8!taient
pas capa#les de l8!#ranler6 :e :u"eai %ue :e pou$ais la
rece$oir sans scrupule pour le premier principe de la
philosophie %ue :e cherchais.
l est tentant6 à ce stade6 de consid!rer %ue l8ar"ument du
co"ito peut Qtre formul! tr9s #ri9$ement : 3 ;e pense6 donc
:e suis 4 et %ue sa structure peut Qtre ainsi d!crite :
)1, :e pense
)2, si :e pense alors :8e@iste
)3,
∴ :8e@iste
Introduction à la philosophie analytique
12/
'ependant6 il s8a"it là d8une interpr!tation de l8ar"ument de
Descartes %ui se r!$9le restricti$e. l apparaAt en effet
pr!f!ra#le de d!crire le co"ito cart!sien d8une mani9re %ui
en capture mieu@ l8essence6 en prenant da$anta"e en
compte le conte@te de doute dans le%uel inter$ient
l8ar"ument lui&mQme. 'ar le co"ito constitue un ar"ument
%ui tend à d!montrer l8e@istence de soi6 en prenant en
compte la possi#ilit! d8Qtre soi&mQme tromp! sur ses
pens!es ou ses propres perceptions. Descartes $a :us%u8à
en$isa"er l8h5poth9se o7 l8o#:et de ses propres pens!es est
fau@6 c8est&à&dire o7 il est tromp! sur l8e@istence mQme des
choses sensi#les %ui l8entourent6 par e@emple parce %u8il
rQ$e. Bais mQme dans cette h5poth9se6 la conclusion %u8il
e@iste s8impose !"alement à Descartes. 2a force de
l8ar"ument r!side ainsi dans le fait %ue mQme si :8admets
%ue :e suis actuellement tromp! par mes propres pens!es
parce %ue leur o#:et est fau@6 il s8ensuit %ue :8e@iste par le
fait mQme %ue mes pens!es sont erron!es. Par cons!%uent6
ce %ue d!montre finalement l8ar"ument du co"ito6 c8est %ue
:e ne peu@ Qtre tromp! sur le fait mQme %ue :8e@iste6 %ue
mes pens!es soient trompeuses ou non. +insi6 l8ar"ument
du co"ito peut&il Qtre restitu! plus pr!cis!ment de la
mani9re sui$ante :
)., l8o#:et de mes pens!es est soit $rai
soit fau@
dichoto'ie
)/, si l8o#:et de mes pens!es est $rai hypothèse 1
)0, alors :e pense cons&quence 1
)1, si l8o#:et de mes pens!es est fau@ hypothèse
)=, alors :e pense cons&quence
)C, :e pense de ($),(#),(-)
)10, si :e pense alors :8e@iste de (.)
)11,
∴ :8e@iste
de (.),(1*)
28ar"ument du co"ito constitue une des applications du
doute m!thodolo"i%ue mis en bu$re par Descartes. 'e
Introduction à la philosophie analytique
120
dernier entreprend ainsi de douter de la r!alit! de toutes les
connaissances %u8il a ac%uises ant!rieurement et %u8il a
tou:ours tenues pour certaines6 non pas parce %u8il remet
$!rita#lement en %uestion leur e@istence6 mais parce
%u8une telle m!thode lui permet de par$enir6 de mani9re
optimale6 à des connaissances tout à fait certaines et mieu@
assur!es. 28ar"ument du co"ito constitue ainsi une
illustration de ce doute m!thodolo"i%ue6 %ui permet à
Descartes6 dans un tel conte@te6 d8o#tenir une connaissance
ferme et assur!e6 %ui correspond à la certitude de sa propre
e@istence.
Introduction à la philosophie analytique
121
2*. Lar.u!ent de Le)is ,aroll
28ar"ument de 2ewis 'aroll a !t! pu#li! en 1=C/ dans la
re$ue (ind. 28ar"ument 5 est pr!sent! sous la forme d8un
dialo"ue entre +chille et la tortue. 2e pro#l9me %ui r!sulte
de cet ar"ument peut Qtre pr!sent! de la fa<on sui$ante. En
consid9re les !tapes du raisonnement sui$antes :
)1, deu@ choses %ui sont !"ales à une
troisi9me sont elles&mQmes !"ales
pr&'isse
)2, les cPt!s +O et +' d8un trian"le +O'
sont tous deu@ !"au@ à la lon"ueur
DD
pr&'isse
)M,
∴ les cPt!s +O et +' du trian"le
+O' sont !"au@
de (1),()
+ ce stade6 un tel raisonnement apparaAt tout à fait $alide.
Bais consid!rons maintenant l8ar"ument sui$ant6 %ui
comporte une !tape )3, suppl!mentaire :
Introduction à la philosophie analytique
12=
)1, deu@ choses %ui sont !"ales à une
troisi9me sont elles&mQmes !"ales
pr&'isse
)2, les cPt!s +O et +' d8un trian"le +O'
sont tous deu@ !"au@ à la lon"ueur
DD
pr&'isse
)3, si )1, et )2, sont $raies alors )M, est
$raie
de (1),()
)M,
∴ les cPt!s +O et +' du trian"le
+O' sont !"au@
de (1),(),
(!)
+$ant d8affirmer la conclusion )M,6 ne con$ient&il pas
pr!ala#lement de reconnaAtre l8!tape )3, comme $raie U
28!tape )3, consid9re %ue le raisonnement %ui conduit à )M,
est $alide. l s8a"it là d8une !tape n!cessaire pour !ta#lir
%ue )M, est $raie. 'ar si l8!tape )3, se r!$!lait fausse6 on ne
pourrait pas l!"itimement conclure %ue )M, est $raie. Par
cons!%uent6 il apparaAt l!"itime de replacer cette !tape
dans le raisonnement %ui conduit à )M,. + ce stade
toutefois6 il apparaAt %ue si l8on r!ta#lit l8!tape )3,6 on se
doit !"alement de prendre en compte nou$elle !tape
suppl!mentaire ).,6 %ui conduit à consid!rer l8ensem#le du
raisonnement sui$ant :
)1, deu@ choses %ui sont !"ales à une
troisi9me sont elles&mQmes !"ales
pr&'isse
)2, les cPt!s +O et +' d8un trian"le +O'
sont tous deu@ !"au@ à la lon"ueur
DD
pr&'isse
)3, si )1, et )2, sont $raies alors )M, est
$raie
de (1),()
)., si )1,6 )2, et )3, sont $raies alors )M,
est $raie
de (1),(),
(!)
)M,
∴ les cPt!s +O et +' du trian"le
+O' sont !"au@
de (1),(),
(!),($)
Introduction à la philosophie analytique
12C
Bais à nou$eau6 il apparaAt %ue le raisonnement pr!c!dent
peut Qtre prolon"!6 en incorporant une nou$elle !tape
suppl!mentaire :
)1, deu@ choses %ui sont !"ales à une
troisi9me sont elles&mQmes !"ales
pr&'isse
)2, les cPt!s +O et +' d8un trian"le +O'
sont tous deu@ !"au@ à la lon"ueur
DD
pr&'isse
)3, si )1, et )2, sont $raies alors )M, est
$raie
de (1),()
)., si )1,6 )2, et )3, sont $raies alors )M,
est $raie
de (1),(),
(!)
)/, si )1,6 )2,6 )3, et )., sont $raies alors
)M, est $raie
de (1),(),
(!),($)
)M,
∴ les cPt!s +O et +' du trian"le
+O' sont !"au@
de (1),(),
(!),($),(")
*n tel raisonnement peut Qtre prolon"! ad infinitu' et il
en r!sulte ainsi une r!"ression infinie. Par cons!%uent6 il
s8ensuit %ue l8on ne par$ient :amais à la conclusion )M,.
28ar"ument de 2ewis 'aroll repose sur le fait %u8a$ant
de par$enir à la conclusion )M,6 il
con$ient d8admettre %ue le
raisonnement %ui conduit à cette
conclusion est $alide. De mani9re
"!n!rale6 l8ar"ument ? à l8instar du
paradoxe de la course de M!non
d8Dl!e6 mais aussi du paradoxe
d,Bchille et la tortue6 %ui est un
autre parado@e de M!non ?
souli"ne %u8a$ant de par$enir à la conclusion )M,6 on doit
parcourir une s!rie infinie d8!tapes et %ue dans ces
conditions6 on ne par$ient :amais à formuler la conclusion
)M,.
Introduction à la philosophie analytique
130
28ar"ument de 2ewis 'aroll souli"ne l8importance du
'odus ponens. 'ette r9"le d8inf!rence autorise le
raisonnement dont la structure est la sui$ante )P et _ !tant
deu@ propositions, :
)0, P est $raie pr&'isse
)1, si P est $raie alors _ est $raie pr&'isse
)=,
∴ _ est $raie
de (#),(%)
28ar"ument souli"ne ainsi le fait %u8a$ant d8appli%uer une
r9"le d8inf!rence telle %ue le 'odus ponens6 il est
n!cessaire de disposer d8une seconde r9"le d!cri$ant
comment on doit appli%uer le modus ponens6 puis d8une
troisi9me r9"le d!cri$ant comment on doit appli%uer la
r9"le %ui d!crit comment appli%uer le modus ponens6 et
ainsi de suite. *ne r!"ression infinie s8ensuit.
*ne o#:ection %ui a !t! oppos!e classi%uement à
l8ar"ument de 'aroll est %u8un tel pro#l9me ne sur$ient pas
dans la lo"i%ue formelle6 o7 cha%ue r9"le se trou$e
formalis!e. Dans ce cas6 le m!canisme d!ductif se r!duit
alors à une manipulation de s5m#oles. Toutefois6 un tel
s5st9me formaliste pr!sente l8incon$!nient de ne pas
prendre en compte l8aspect s!manti%ue des choses6
pourtant essentiel. 'ar ce dernier aspect se r!$9le
totalement a#sent de ce %ui ne se r!duit alors %u8à une
manipulation de caract9res s5m#oli%ues d!pour$us de
sens.
Introduction à la philosophie analytique
131
2+. Lexp4rience de pens4e de la Terre
;u!elle
28e@p!rience de pens!e de la Terre :umelle a !t! introduite
par Gilar5 Putnam6 dans un essai pu#li! en 1C1/. Putnam 5
e@pose trois e@p!riences de pens!e6 et l8une d8entre elles ?
l8e@p!rience de pens!e G
2
E&FkM ? introduit le pro#l9me
de la Terre :umelle. Putnam 5 met en sc9ne une plan9te6 la
Terre :umelle6 %ui se r!$9le en tous points identi%ue à la
Terre6 à une seule diff!rence pr9s. 'ette diff!rence
concerne le corps compos! %ui est d!nomm! 3 eau 4 sur la
Terre et dont la structure atomi%ue est G
2
E. (ur la Terre
:umelle6 il e@iste en effet un corps compos! %ui poss9de
toutes les propri!t!s de notre eau6 telles %ue le fait d8Qtre
li%uide6 transparent6 inodore6 etc. mais dont la composition
chimi%ue est FkM. +ppelons eauf un tel corps compos!.
(ur la Terre :umelle6 les ha#itants appellent !"alement
3 eau 4 ce dernier corps compos!. + ce stade6 selon
Putnam6 il apparaAt %ue eau se r!f9re au corps compos!
G
2
E et %ue eauf se r!f9re au corps compos! FkM. +insi6
Introduction à la philosophie analytique
132
eau et eauf sont respecti$ement utilis!s d8une mani9re tout
à fait identi%ue par les terriens et les ha#itants de la Terre
:umelle. De plus6 le contenu des pens!es d8un ha#itant de
la Terre ou #ien de la Terre :umelle est tout à fait identi%ue
lors%u8ils pensent respecti$ement à l8eau ou #ien à l8eauf.
Par cons!%uent6 il s8ensuit %ue le contenu s!manti%ue de
leurs pens!es respecti$es ne peut Qtre d!termin! d8une
mani9re purement interne6 et ne peut donc Qtre !lucid!
%u8en recourant à une donn!e externe. '8est ici %ue se
situe6 selon Putnam6 la le<on du pro#l9me pos! par
l8e@p!rience de la Terre :umelle. En peut en effet
s8interro"er pour sa$oir si la si"nification6 le contenu
s!manti%ue d8un mot ou d8un concept se trou$e ou non
e@clusi$ement dans notre cer$eau. (elon Putnam6 ce %ue
d!montre l8e@p!rience de la Terre :umelle6 c8est %u8une
r!ponse n!"ati$e doit Qtre apport!e à cette %uestion. 'ar
seul le recours à une donn!e e@terne permet dans
l8e@p!rience de la Terre :umelle de d!terminer le contenu
s!manti%ue des pens!es d8un Terrien et d8un ha#itant de la
Terre :umelle lors%u8ils pensent ou ils parlent
respecti$ement de l8eau ou #ien de l8eauf. +insi6 conclut
Putnam6 il con$ient d8adopter une conception externaliste
pour la d!termination du contenu mental.
2e raisonnement au%uel conduit l8e@p!rience de la Terre
:umelle peut Qtre ainsi d!taill! :
)1, sur Terre6 il e@iste un corps compos!
li%uide6 transparent6 inodore6 etc. dont
la composition est G
2
E
pr&'isse
)2, le corps compos! dont la composition
est G
2
E est l8eau
d&finition
)3, sur la Terre :umelle6 il e@iste un corps
compos! li%uide6 transparent6 inodore6
etc. dont la composition est FkM
pr&'isse
)., le corps compos! dont la composition
est FkM est l8eauf
d&finition
Introduction à la philosophie analytique
133
)/, les ha#itants de la Terre appellent
3 eau 4 le corps compos! dont la
composition est G
2
E
pr&'isse
)0, les ha#itants de la Terre :umelle
appellent 3 eau 4 le corps compos!
dont la composition est FkM
pr&'isse
)1, le contenu des pens!es d8un ha#itant
de la Terre lors%u8il pense à l8eau est x
de (1),(")
)=, le contenu des pens!es d8un ha#itant
de la Terre :umelle lors%u8il pense à
l8eauf est x
de (),(#)
)C, le contenu des pens!es d8un ha#itant
de la Terre ou de la Terre :umelle
lors%u8ils pensent respecti$ement à
l8eau ou à l8eauf est identi%ue
de (%),(-)
)10,
∴ il faut recourir à une donn!e
e@terne pour diff!rencier le contenu
s!manti%ue des pens!es d8un Terrien
%ui pense à l8eau de celui des pens!es
d8un ha#itant de la Terre :umelle %ui
pense à l8eauf
de (.)
+ ce stade6 il apparaAt %ue la port!e du pro#l9me
soule$! par Putnam s8!tend au&delà de la seule e@p!rience
de pens!e de la Terre :umelle et de notre concept d8eau.
'ar un raisonnement analo"ue peut s8appli%uer à toutes les
cat!"ories d8o#:ets d!si"n!s par notre lan"a"e usuel : un
nua"e6 une monta"ne6 une chaise6 etc. Pour chacun de nos
o#:ets usuels et familiers6 il s8a$9re ainsi n!cessaire6 en
$ertu de l8e@p!rience de la Terre :umelle6 de recourir à un
crit9re e@terne afin d8appr!hender le contenu s!manti%ue
correspondant.
En a pu o#:ecter à l8e@p!rience de pens!e de la Terre
:umelle %ue la situation correspondante n8est pas r!aliste.
Dn effet6 si un corps compos! de$ait poss!der des
propri!t!s tout à fait identi%ues à celles de notre eau6 sa
Introduction à la philosophie analytique
13.
composition ne de$rait&elle pas alors Qtre la mQme %ue
celle de l8eau6 c8est&à&dire G
2
E. (elon cette o#:ection6 la
proposition )3, selon la%uelle il e@iste sur une autre
plan9te un corps compos! poss!dant des propri!t!s
identi%ues à celles de l8eau et dont la composition
chimi%ue est diff!rente6 se r!$9le irr!aliste6 $oire
contradictoire.
Introduction à la philosophie analytique
13/
2-. Lar.u!ent contre le principe de
04ri<ia&ilit4
28ar"ument #as! sur le principe de $!rifia#ilit! r!sulte des
tra$au@ d8un "roupe de philosophes appartenant au courant
de pens!e du positi$isme lo"i%ue. 'e courant de pens!e
s8inscrit dans le cadre des id!es !mises dans les ann!es
1C20&1C30 par le cercle de Rienne6 %ui comprenait
notamment Ludolf 'arnap et Iurt NHdel. 2e positi$isme
lo"i%ue distin"ue deu@ t5pes de propositions porteuses de
sens : certaines propositions )a, sont anal5ti%ues6 alors %ue
d8autres )#, peu$ent Qtre $!rifi!es de mani9re
e@p!rimentale. 2es propositions anal5ti%ues sont par
e@emple les propositions math!mati%ues6 telles %ue 3 un
chien est un mammif9re 4 )%ui est anal5ti%uement $raie,
ou #ien 3 un trian"le poss9de deu@ an"les droits 4 )%ui est
anal5ti%uement fausse,6 dont on peut !ta#lir la $!racit! ou
la fausset! par la seule d!duction. + l8in$erse6 les
propositions $!rifia#les e@p!rimentalement peu$ent Qtre
confirm!es ou infirm!es de mani9re empiri%ue. +insi6 3 :e
Introduction à la philosophie analytique
130
mesure 1613 m9tre 4 ou #ien 3 Pro@ima du 'entaure se
situe à .623 ann!es&lumi9re de la Terre 4 constituent des
propositions %ui peu$ent Qtre $!rifi!es de mani9re
e@p!rimentale. Tout autre t5pe de proposition6 c8est&à&dire
%ui n8est ni anal5ti%ue ni $!rifia#le e@p!rimentalement6 est
d!pour$ue de sens. 2e positi$isme lo"i%ue6 influenc! par
les id!es d!$elopp!es par 2udwi" Yitt"enstein6 conduit
ainsi au re:et des propositions m!taph5si%ues6 consid!r!es
comme non si"nificati$es6 car elles ne satisfont pas à l8un
des deu@ crit9res pr!c!dents. (elon ce point de $ue6 les
affirmations m!taph5si%ues ne poss9dent pas de
fondement lo"i%ue6 car elles ne satisfont pas le crit9re de
v&rifiabilit&6 en $ertu du%uel toute affirmation doit pou$oir
Qtre $!rifi!e e@p!rimentalement. De ce point de $ue6 une
affirmation m!taph5si%ue de$rait pour$oir fait l8o#:et d8une
confirmation ou d8une infirmation. Tel n8est cependant pas
le cas et par cons!%uent6 les affirmations m!taph5si%ues
doi$ent Qtre re:et!es.
'ependant6 un tel ar"ument #as! sur le principe de
$!rifia#ilit! a fait l8o#:et de l8o#:ection sui$ante6 due
notamment à Dwin"6 dans son ou$ra"e 2he funda'ental
questions of philosophy paru en 1C02 : le principe de
$!rifia#ilit! lui&mQme n8est pas $!rifia#le
e@p!rimentalement. +insi6 le principe de $!rifia#ilit! ne
satisfait pas lui&mQme au crit9re de $!rifia#ilit!. 'ar on ne
dispose pas d8un proc!d! permettant de $!rifier ce dernier
de mani9re e@p!rimentale. +insi le principe de $!rifia#ilit!
se trou$e&t&il $ictime du principe&mQme %u8il pr!tend
!dicter. 'eci montre comment un tel principe se r!$9le en
fait trop restrictif. 28ar"ument contre le principe de
$!rifia#ilit! peut Qtre ainsi d!crit !tape par !tape de la
mani9re sui$ante :
)1, soit le principe de $!rifia#ilit!
pr!$aut6 soit il ne pr!$aut pas
dichoto'ie
)2, en $ertu du principe de $!rifia#ilit!6 pr&'isse
Introduction à la philosophie analytique
131
toute affirmation doit Qtre $!rifia#le
)3, Qtre $!rifia#le6 pour une proposition6
consiste dans le fait %u8il est possi#le
de la confirmer ou de l8infirmer
d&finition
)., le principe de $!rifia#ilit! ne peut Qtre
confirm! e@p!rimentalement
pr&'isse
)/, le principe de $!rifia#ilit! ne peut Qtre
infirm! e@p!rimentalement
pr&'isse
)0, le principe de $!rifia#ilit! ne peut Qtre
ni confirm! ni infirm!
e@p!rimentalement
de ($),(")
)1, le principe de $!rifia#ilit! n8est pas
$!rifia#le
de (!),(#)
)=,
∴ le principe de $!rifia#ilit! ne
pr!$aut pas
de (%)
Introduction à la philosophie analytique
13=
Introduction à la philosophie analytique
13C
3/. Lall4.orie de la ca0erne
2a c!l9#re all&+orie de la caverne a !t! d!crite par Platon
dans la L!pu#li%ue )2i$re R,. Platon 5 met en sc9ne des
humains %ui ont !t! enchaAn!s6 depuis leur enfance6 au@
murs d8une ca$erne. 'es prisonniers sont enchaAn!s d8une
mani9re telle %u8ils ne peu$ent pas #ou"er la tQte et ne
peu$ent donc pas se $oir les uns les autres. 'ependant6 la
ca$erne communi%ue par une ou$erture a$ec l8e@t!rieur.
Tout ce %ue peu$ent o#ser$er ces prisonniers ne sont %ue
des reflets de personnes et d8animau@ %ui passent à
l8e@t!rieur de la ca$erne6 ainsi %ue les om#res de fleurs6 de
rochers6 etc. tels %u8ils apparaissent sur les murs de la
ca$erne. Pour les prisonniers6 la r!alit! se limite au@
om#res et au@ reflets %u8ils o#ser$ent sur ces murs. Bais
un :our6 un des prisonniers par$ient à #riser ses chaAnes et
à s8!chapper de la ca$erne. l sort alors pour la premi9re
fois de la ca$erne6 et à la lumi9re du :our6 d!cou$re alors
les $!rita#les personnes6 les animau@ r!els6 les fleurs
authenti%ues6 etc.6 dans leurs formes et leurs couleurs
Introduction à la philosophie analytique
1.0
ori"inales. l n8a plus alors %u8une seule id!e : retourner
dans la ca$erne et informer ses anciens compa"nons %ue
ce %u8ils $oient sur les murs de la ca$erne ne sont %ue des
reflets6 des om#res et des apparences d8un autre ni$eau de
r!alit! %ui leur apparaAtrait s8ils #risaient eu@ aussi leurs
liens et s8en allaient à la lumi9re du :our. Letournant dans
la ca$erne6 il entreprend d8e@pli%uer à ses compa"nons
enchaAn!s %ue ce %u8ils $oient n8est %ue le reflet de la
r!alit! $!rita#le. Bais ses anciens compa"nons ne le
croient pas6 et finissent par le tuer. 28all!"orie a clairement
la structure d8une analo"ie. 'ar pour Platon6 les om#res %ui
apparaissent sur les murs de la ca$erne repr!sentent le
monde des apparences. + l8in$erse6 les o#:ets $!rita#les
tels %u8on peut les o#ser$er à la lumi9re du :our
appartiennent au monde des d!es.
28e@trait de la L!pu#li%ue %ui comprend l8all!"orie de
la ca$erne met en sc9ne le dialo"ue sui$ant entre (ocrate
et Nlaucon :
(E'L+TD & Baintenant6 repr!sente&toi notre nature
selon %u8elle a !t! instruite ou ne l8a pas !t!6 sous des
traits de ce "enre : ima"ine des hommes dans une
demeure souterraine6 une ca$erne6 a$ec une lar"e entr!e6
ou$erte dans toute sa lon"ueur à la lumi9re : ils sont là
les :am#es et le cou enchaAn!s depuis leur enfance6 de
sorte %u8ils sont immo#iles et ne re"ardent %ue ce %ui est
de$ant eu@6 leur chaAne les empQchant de tourner la tQte.
2a lumi9re leur par$ient d8un feu %ui6 loin sur une
hauteur6 #r^le derri9re eu@ S et entre le feu et les
prisonniers s8!l9$e un chemin en tra$ers du%uel ima"ine
%u8un petit mur a !t! dress!6 sem#la#le au@ cloisons %ue
des montreurs de marionnettes placent de$ant le pu#lic6
au&dessus des%uelles ils font $oir leurs marionnettes.
N2+*'EJ & ;e $ois.
& ma"ine le lon" du mur des hommes %ui portent toutes
sortes d8o#:ets %ui d!passent le mur S des statuettes
d8hommes et d8animau@6 en pierre6 en #ois6 faits de toutes
Introduction à la philosophie analytique
1.1
sortes de mat!riau@ S parmi ces porteurs6 naturellement il
5 en a %ui parlent et d8autres %ui se taisent.
& Roilà un !tran"e ta#leau et d8!tran"es prisonniers.
& ls nous ressem#lent. Penses&tu %ue de tels hommes
aient $u d8eu@&mQmes et des uns et des autres autre chose
%ue les om#res pro:et!es par le feu sur la paroi de la
ca$erne %ui leur fait face U
& 'omment cela se pourrait&il6 en effet6 s8ils sont forc!s
de tenir la tQte immo#ile pendant toute leur $ie U
& Dt pour les o#:ets %ui sont port!s le lon" du mur6 est&ce
%u8il n8en sera pas de mQme U
& Oien s^r.
& Bais6 dans ces conditions6 s8ils pou$aient se parler les
uns au@ autres6 ne penses&tu pas %u8ils croiraient nommer
les o#:ets r!els eu@&mQmes en nommant ce %u8ils $oient U
& J!cessairement.
& Dt s8il 5 a$ait aussi dans la prison un !cho %ue leur
ren$errait la paroi %ui leur fait face U 'ha%ue fois %ue
l8un de ceu@ %ui se trou$ent derri9re le mur parlerait6
croiraient&ils entendre une autre $oi@6 à ton a$is6 %ue
celle de l8om#re %ui passe de$ant eu@ U
& Ba foi non.
& Jon6 de tels hommes ne penseraient a#solument pas
%ue la $!rita#le r!alit! puisse Qtre autre chose %ue les
om#res des o#:ets fa#ri%u!s.
& De toute n!cessit!.
& Dn$isa"e maintenant ce %u8ils ressentiraient à Qtre
d!li$r!s de leurs chaAnes et à Qtre "u!ris de leur
i"norance6 si cela leur arri$ait6 tout naturellement6
comme suit : si l8un d8eu@ !tait d!li$r! et forc! soudain de
se le$er6 de tourner le cou6 de marcher et de re"arder la
lumi9re S s8il souffrait de faire tous ces mou$ements et
%ue6 tout !#loui6 il f^t incapa#le de re"arder les o#:ets
dont il $o5ait aupara$ant les om#res6 %ue penses&tu %u8il
r!pondrait si on lui disait %ue :us%u8alors il n8a $u %ue des
futilit!s mais %ue6 maintenant6 plus pr9s de la r!alit! et
tourn! $ers des Qtres plus r!els6 il $oit plus :uste S
lors%ue6 enfin6 en lui montrant chacun des o#:ets %ui
passent6 on l8o#li"erait à force de %uestions à dire ce %ue
Introduction à la philosophie analytique
1.2
c8est6 ne penses&tu pas %u8il serait em#arrass! et trou$erait
%ue ce %u8il $o5ait aupara$ant !tait plus $!rita#le %ue ce
%u8on lui montre maintenant U
& Oeaucoup plus $!rita#le.
& (i on le for<ait à re"arder la lumi9re elle&mQme6 ne
penses&tu pas %u8il aurait mal au@ 5eu@6 %u8il la fuirait
pour se retourner $ers les choses %u8il peut $oir et les
trou$erait $raiment plus distinctes %ue celles %u8on lui
montre U
& (i.
& Bais si on le traAnait de force tout au lon" de la mont!e
rude6 escarp!e6 et %u8on ne le lhchht pas a$ant de l8a$oir
tir! dehors à la lumi9re du soleil6 ne penses&tu pas %u8il
souffrirait et s8indi"nerait d8Qtre ainsi traAn! S et %ue6 une
fois par$enu à la lumi9re du :our6 les 5eu@ pleins de son
!clat6 il ne pourrait pas discerner un seul des Qtres
appel!s maintenant $!rita#les U
& Jon6 du moins pas sur le champ.
& l aurait6 :e pense6 #esoin de
s8ha#ituer pour Qtre en mesure de
$oir le monde d8en haut. 'e %u8il
re"arderait le plus facilement
d8a#ord6 ce sont les om#res6 puis les
reflets des hommes et des autres
Qtres sur l8eau6 et enfin les Qtres eu@&
mQmes. Dnsuite il contemplerait
plus facilement pendant la nuit les
o#:ets c!lestes et le ciel lui&mQme ?
en le$ant les 5eu@ $ers la lumi9re des !toiles et de la
lune ? %u8il ne contemplerait6 de :our6 le soleil et la
lumi9re du soleil.
& 'ertainement.
& Finalement6 :e pense6 c8est le soleil6 et non pas son
ima"e dans les eau@ ou ailleurs6 mais le soleil lui&mQme à
sa $raie place6 %u8il pourrait $oir et contempler tel %u8il
est.
& J!cessairement.
& +pr9s cela il en arri$erait à cette r!fle@ion6 au su:et du
soleil6 %ue c8est lui %ui produit les saisons et les ann!es6
Introduction à la philosophie analytique
1.3
%u8il "ou$erne tout dans le monde $isi#le6 et %u8il est la
cause6 d8une certaine mani9re6 de tout ce %ue lui&mQme et
les autres $o5aient dans la ca$erne.
& +pr9s cela6 il est !$ident %ue c8est à cette conclusion
%u8il en $iendrait.
& Bais %uoi6 se sou$enant de son ancienne demeure6 de la
science %ui 5 est en honneur6 de ses compa"nons de
capti$it!6 ne penses&tu pas %u8il serait heureu@ de son
chan"ement et %u8il plaindrait les autres U
& 'ertainement.
& Dt les honneurs et les louan"es %u8on pou$ait s85
d!cerner mutuellement6 et les r!compenses %u8on
accordait à %ui distin"uait a$ec le plus de pr!cision les
om#res %ui se pr!sentaient6 à %ui se rappelait le mieu@
celles %ui a$aient l8ha#itude de passer les premi9res6 les
derni9res6 ou ensem#le6 et à %ui !tait le plus capa#le6 à
partir de ces o#ser$ations6 de pr!sa"er ce %ui de$ait
arri$er : crois&tu %u8il les en$ierait U 'rois&tu %u8il serait
:alou@ de ceu@ %ui ont ac%uis honneur et puissance
aupr9s des autres6 et ne pr!f!rerait&il pas de loin endurer
ce %ue dit Gom9re : 3 Qtre un $alet de ferme au ser$ice
d8un pa5san pau$re 46 plutPt %ue de parta"er les opinions
de là&#as et de $i$re comme on 5 $i$ait.
& Eui6 :e pense %u8il accepterait de tout endurer plutPt %ue
de $i$re comme il $i$ait.
& Dt r!fl!chis à ceci : si un tel homme redescend et se
rassied à la mQme place6 est&ce %u8il n8aurait pas les 5eu@
offus%u!s par l8o#scurit! en $enant #rus%uement du
soleil U
& (i6 tout à fait.
& Dt s8il lui fallait à nou$eau donner son :u"ement sur les
om#res et ri$aliser a$ec ces hommes %ui ont tou:ours !t!
enchaAn!s6 au moment o7 sa $ue est trou#le a$ant %ue ses
5eu@ soient remis ? cette r!accoutumance e@i"eant un
certain d!lai ? ne prQterait&il pas à rire6 ne dirait&on pas à
son propos %ue pour Qtre mont! là&haut6 il en est re$enu
les 5eu@ "ht!s et %u8il ne $aut mQme pas la peine
d8essa5er d85 monter S et celui %ui s8a$iserait de les d!lier
Introduction à la philosophie analytique
1..
et de les emmener là&haut6 celui&là s8ils pou$aient s8en
emparer et le tuer6 ne le tueraient&ils pas U
& 'ertainement.
En peut d!tailler6 à ce stade6 les diff!rentes !tapes %ui
sous&tendent l8all!"orie de la ca$erne :
)1, les prisonniers de la ca$erne sont
con$aincus %ue les o#:ets %u8ils
o#ser$ent %uotidiennement sous les
o#:ets r!els
pr&'isse
)2, les prisonniers de la ca$erne
o#ser$ent en r!alit! sur les murs les
om#res et les reflets des o#:ets
$!rita#les
de (1)
)3, la situation des prisonniers de la
ca$erne est analo"ue à notre situation
pr!sente
analo+ie
)., nous sommes con$aincus %ue les
o#:ets %ue nous o#ser$ons
%uotidiennement sous les o#:ets r!els
pr&'isse
)/,
∴ les o#:ets %ue nous o#ser$ons ne
sont en r!alit! %ue les om#res et les
reflets des o#:ets $!rita#les
de (),(!),
($)
2a conclusion de Platon est %ue la situation humaine est
analo"ue à celle des prisonniers de la ca$erne. Dn ce sens6
l8all!"orie de la ca$erne est clairement un ar"ument par
analo"ie. 'ependant6 à ce stade6 la conclusion %ui en
r!sulte peut Qtre di$ersement interpr!t!e. En
peut distin"uer ainsi deu@ interpr!tations
principales. (elon la premi9re interpr!tation6
les prisonniers de la ca$erne sont les hommes6
et les o#:ets %ue $oient ceu@&ci ne sont %ue le
phle reflet des o#:ets authenti%ues6 %ui sont
les d!es ou +rch!t5pes. l e@iste ainsi des
Introduction à la philosophie analytique
1./
+rch!t5pes du nom#re 3 1 46 du coura"e et de la tol!rance6
d8un lion et du soleil6 etc. dans le monde des d!es. Dn ce
sens6 les humains croient %ue la r!alit! ultime est celle %ui
correspond à leurs perceptions6 alors %ue ceci est illusoire
et %ue la r!alit! $!rita#le se situe au ni$eau des
+rch!t5pes. +insi6 nous !$oluons tous les :ours dans ce
%ui ne constitue %ue le second plan correspondant à la
pro:ection des o#:ets authenti%ues6 eu@&mQmes situ!s au
premier plan6 c8est&à&dire celui des +rch!t5pes. Dn ce sens6
l8all!"orie de la ca$erne se r!$9le proche de l8e@p!rience
des cer$eau@ dans une cu$e et de son illustration moderne
à tra$ers le film Batri@.
*n second t5pe d8interpr!tation peut toutefois Qtre
appli%u! à l8all!"orie de la ca$erne. *ne telle interpr!tation
est directement li!e à la th!orie de la connaissance de
Platon. 'ar Platon distin"ue la connaissance n!e de
l8opinion et la connaissance authenti%ue. +insi6 les
connaissances des Qtres et des o#:ets %ue poss9dent les
prisonniers de la ca$erne ne sont %ue des connaissances
tir!es de l8opinion. l ne s8a"it pas de connaissances
$!rita#les6 car elles sont fa<onn!es6 transform!es et
d!form!es par l8!ducation %ui a !t! re<ue par chacun. 2es
connaissances usuelles %ue nous poss!dons sont6 selon
Platon6 per$erties par le tumulte des passions humaines6
l8am#ition6 la comp!tition6 les id!es re<ues6 etc. l
l8in$erse6 les connaissances authenti%ues et $!rita#les se
situent au&delà des passions6 des haines6 des honneurs6 des
id!es !ta#lies. (elon Platon6 cha%ue humain doit s8!le$er
ainsi au&dessus des passions %ui l8enchaAnent6 afin de
par$enir à la connaissance $!rita#le.
Introduction à la philosophie analytique
1.0
Introduction à la philosophie analytique
1.1
31. Lar.u!ent de la si!ulation
28ar+u'ent de la si'ulation )si'ulation ar+u'ent, a !t!
d!crit tr9s r!cemment par Jic- Oostrom6 dans un article
pu#li! en 2003 dans la re$ue Philosophical Cuarterly.
28ar"ument repose essentiellement sur le fait %u8il apparaAt
asseK pro#a#le %u8une ci$ilisation post&humaine proc!dera
à des simulations d8humains. l apparaAt $raisem#la#le en
effet %ue des ci$ilisations post&humaines tr9s a$anc!es6
disposeront à la fois des capacit!s et de la $olont! de
r!aliser des simulations d8humains e@trQmement r!alistes.
(i tel !tait le cas6 le nom#re des humains simul!s de$rait
alors e@c!der tr9s lar"ement le nom#re des humains
authenti%ues. Dans un tel cas6 il s8ensuit %ue la prise en
compte du fait %ue chacun de nous e@iste conduit à
consid!rer comme plus pro#a#le %ue nous appartenons au@
humains simul!s %u8au@ humains authenti%ues. (elon
Oostrom6 la conclusion %ui r!sulte de l8ar"ument de la
simulation est %ue la pro#a#ilit! de chacune des trois
assertions sui$antes est d8en$iron 1/3 :
Introduction à la philosophie analytique
1.=
)1, l8humanit! est $ou!e à une e@tinction prochaine
)2, une ci$ilisation post&humaine ne r!alisera pas de
simulations d8humains
)3, nous $i$ons actuellement dans une simulation
'es pro#a#ilit!s ne sont pas !tonnantes en ce %ui concerne
les assertions )1, et )2,6 mais la pro#a#ilit! relati$e à
l8assertion )3, en $ertu de la%uelle nous $i$ons
actuellement dans une simulation6 se r!$9le tout à fait
contraire à l8intuition.
28ar"ument de la simulation est !"alement e@pos! de
mani9re plus succincte par Orian Yeatherson6 dans une
r!ponse à l8article ori"inal de Oostrom6 pu#li!e en 200..
(elon ce dernier6 le no5au $!rita#le de l8ar"ument de la
simulation peut Qtre d!crit de la fa<on sui$ante. Tout
d8a#ord6 il est tr9s pro#a#le %u8une ci$ilisation post&
humaine sera apte à produire des simulations r!alistes
d8Qtres humains. De mQme6 il est tr9s pro#a#le %ue le
nom#re des Qtres humains simul!s e@c!dera lar"ement le
nom#re des humains r!els. +insi6 à un h"e post&humain6 le
ratio entre les hu'ains si'ul&s et les hu'ains v&ritables
de$rait Qtre lar"ement en fa$eur des hu'ains si'ul&s. + ce
stade6 il apparaAt %ue le simple fait de prendre en compte
notre e@istence actuelle conduit à consid!rer %u8il est
pro#a#le %ue nous so5ons des hu'ains si'ul&s. 'eci
in$ite à penser %ue la pro#a#ilit! %ue nos pens!es6 nos
impressions6 nos sensations6 etc. soient le r!sultat d8une
simulation6 est !le$!e.
2a conclusion de l8ar"ument de la simulation6 d8une
mani9re tout à fait similaire à l8ar"ument de l8+pocal5pse6
se r!$9le contraire à l8intuition et au #on sens. 'ependant6
de la mQme mani9re %ue pour l8ar"ument de l8+pocal5pse6
la thche %ui consiste à d!terminer a$ec pr!cision l8!tape
fallacieuse au ni$eau de l8ar"ument de la simulation6 se
r!$9le tr9s difficile.
Introduction à la philosophie analytique
1.C
*ne premi9re o#:ection %ui pourrait Qtre soule$!e à
l8encontre de l8ar"ument de la simulation porte sur la
n!cessite de faire appel à un principe d8indiff!rence )en
$ertu du%uel il n85 a lieu a priori de pri$il!"ier ici aucune
des h5poth9ses,. 'ar l8humain %ue nous sommes est&il
$!rita#lement choisi de mani9re al!atoire au sein de la
classe de r!f!rence %ui inclut à la fois les humains et les
humains simul!s. l sem#le en effet %ue l8ar"ument de la
simulation ne $aille %ue si nous sommes choisis de
mani9re al!atoire au sein de la classe de r!f!rence. J85 a&t&
il pas là le mQme pro#l9me %ue celui %ui apparaAt en
pr!sence de l8ar"ument de l8+pocal5pse U Oostrom6
cependant6 r!pond à cette o#:ection en faisant $aloir %ue le
principe d8indiff!rence utilis! dans l8ar"ument de la
simulation n8est pas de mQme nature %ue celui au%uel se
r!f9re l8ar"ument de l8+pocal5pse. Dn effet6 dans
l8ar"ument de l8+pocal5pse6 une pr!misse importante est
%ue cha%ue humain6 compte tenu de son ran" de naissance6
doit Qtre consid!r! comme choisi de mani9re al!atoire au
sein de la classe de r!f!rence. Dans l8ar"ument de la
simulation6 le principe d8indiff!rence utilis! se r!$9le plus
fai#le6 car il est appli%u! sans aucune consid!ration de
ran" de naissance )ou de tout autre crit9re de mQme
nature,6 mais proc9de à partir de la simple constatation de
notre e@istence en tant %ue mem#res de la classe de
r!f!rence.
*ne autre o#:ection %ui peut Qtre soule$!e est %ue
l8ar"ument de la simulation est lui&mQme auto&r!futant. Dn
effet6 si sa conclusion est $raie6 il s8ensuit %ue l8ar"ument
lui&mQme est le produit d8une simulation et %ue l8ensem#le
de notre lo"i%ue est elle&mQme simul!e. Dans ce cas6 on ne
peut donc retenir comme $ala#les les conclusions %ui
r!sultent de l8ar"ument. Toutefois6 on peut remar%uer
%u8une telle o#:ection $aut aussi pour l8ar"ument du rQ$e6
l8e@p!rience des cer$eau@ dans une cu$e6 etc. +insi6 une
telle o#:ection apparaAt&elle trop "!n!rale6 et il sem#le
Introduction à la philosophie analytique
1/0
%u8elle ne r!ponde pas6 de mani9re pr!cise6 au pro#l9me
sp!cifi%ue pos! par l8ar"ument de la simulation.
Introduction à la philosophie analytique
1/1
32. Lar.u!ent dualiste en 0ertu de la
di0isi&ilit4
Dans le cours des (&ditations '&taphysiques )Sixiè'e
'&ditation,6 Descartes d!$eloppe un ar"ument %ui se
propose de prou$er l8e@istence de la dualit! corps/esprit. l
se propose ainsi de montrer comment le corps et l8esprit
constituent deu@ composantes essentielles de l8homme6
dont la nature s8a$9re cependant fondamentalement
diff!rente. 'et ar"ument prend place dans le d!#at %ui
oppose le 'at&rialis'e à l8id&alis'e. 2e mat!rialisme est
la doctrine selon la%uelle seules les choses mat!rielles et
ph5si%ues e@istent. Dans ce cadre6 les ph!nom9nes de
nature mentale se r!duisent uni%uement à des ph!nom9nes
d8ori"ine mat!rielle. +insi6 selon le mat!rialisme6 tout ce
%ui e@iste est mati9re et peut Qtre caract!ris! en termes
purement ph5si%ues. + l8oppos!6 l8id!alisme est le point de
$ue selon le%uel seules les choses de nature mentale
e@istent. Dans ce conte@te6 les choses mat!rielles ne
poss9dent d8e@istence %u8à tra$ers nos propres perceptions.
Introduction à la philosophie analytique
1/2
(elon le point de $ue id!aliste6 tout ce %ui e@iste se r!duit
ainsi à une e@istence purement mentale. 2e mat!rialisme et
l8id!alisme constituent des points de $ue monistes. +
l8in$erse6 le dualis'e constitue un point de $ue pluraliste
%ui consid9re %ue les choses de nature ph5si%ue et mentale
e@istent à la fois. (elon ce point de $ue6 le mental et le
ph5si%ue6 dont la nature profonde est fondamentalement
diff!rente6 coe@istent. 2e point de $ue dualiste a !t!
d!fendu de mani9re c!l9#re par Descartes. 'ar il e@iste6
selon Descartes6 une dualit! corps/esprit6 %ui constitue la
contrepartie applica#le à l8homme du dualisme
ph5si%ue/mental. Descartes fonde son ar"umentation sur
les propri!t!s respecti$es du corps et de l8esprit6 %ui sont
fondamentalement distinctes. l consid9re ainsi %ue la
mati9re ph5si%ue %ui constitue notre corps poss9de une
e@tension dans l8espace et se r!$9le par cons!%uent
di$isi#le. + l8in$erse6 l8esprit6 selon Descartes6 ne poss9de
pas d8e@tension spatiale et ne pr!sente donc pas cette
mQme propri!t! de di$isi#ilit!. +insi6 le corps et l8esprit
pr!sentent au moins une propri!t! diff!rente et sont donc6
en $ertu de la loi de 2ei#nitK ? selon la%uelle deu@ o#:ets
sont identi%ues si et seulement si toutes leurs propri!t!s
sont identi%ues ? fondamentalement distincts.
28ar"ument dualiste en $ertu de la di$isi#ilit! pro$ient
du passa"e sui$ant des (&ditations '&taphysiques :
Pour commencer donc cet e@amen6 :e remar%ue ici6
premi9rement6 %u8il 5 a une "rande diff!rence entre
l8esprit et le corps6 en ce %ue le corps6 de sa nature6 est
tou:ours di$isi#le6 et %ue l8esprit est enti9rement
indi$isi#le. 'ar en effet6 lors%ue :e consid9re mon esprit6
c8est&à&dire moi&mQme en tant %ue :e suis seulement une
chose %ui pense6 :e n85 puis distin"uer aucunes parties6
mais :e me con<ois comme une chose seule et enti9re. Dt
%uoi%ue tout l8esprit sem#le Qtre uni à tout le corps6
toutefois un pied6 ou un #ras6 ou %uel%ue autre partie
!tant s!par!e de mon corps6 il est certain %ue pour cela il
Introduction à la philosophie analytique
1/3
n85 aura rien de retranch! de mon esprit. Dt les facult!s
de $ouloir6 de sentir6 de conce$oir6 etc.6 ne peu$ent pas
proprement Qtre dites ses parties : car le mQme esprit
s8emploie tout entier à $ouloir6 et aussi tout entier à
sentir6 à conce$oir6 etc. Bais c8est tout le contraire dans
les choses corporelles ou !tendues : car il n85 en a pas
une %ue :e ne mette ais!ment en pi9ces par ma pens!e6
%ue mon esprit ne di$ise fort facilement en plusieurs
parties et par cons!%uent %ue :e ne connaisse Qtre
di$isi#le. 'e %ui suffirait pour m8ensei"ner %ue l8esprit ou
l8hme de l8homme est enti9rement diff!rente du corps6 si
:e ne l8a$ais d!:à d8ailleurs asseK appris.
2es diff!rentes !tapes de l8ar"ument dualiste de
Descartes en $ertu de la di$isi#ilit! peu$ent Qtre d!taill!es
de la fa<on sui$ante :
)1, mon corps poss9de une e@tension
dans l8espace
pr&'isse
)2, tout ce %ui poss9de une e@tension
dans l8espace est di$isi#le
pr&'isse
)3, mon corps est di$isi#le de (1),()
)., mon esprit ne poss9de pas d8e@tension
dans l8espace
pr&'isse
)/, mon esprit n8est pas di$isi#le pr&'isse
)0, mon corps et mon esprit poss9dent au
moins une propri!t! diff!rente
de (!),(")
)1, deu@ choses sont identi%ues si et
seulement si elles poss9dent des
propri!t!s identi%ues
loi de
7eibnitD
)=, si deu@ choses poss9dent des
propri!t!s diff!rentes alors ces deu@
choses sont distinctes
de (%)
)C,
∴ mon corps et mon esprit sont deu@
choses distinctes
de (#),(-)
Introduction à la philosophie analytique
1/.
2e point de $ue dualiste de Descartes a donn! lieu à une
o#:ection importante %ui est la sui$ante : s8il e@iste une
dualit! corps/esprit6 comment ces deu@ composantes
fondamentalement diff!rentes d8un mQme Qtre humain
intera"issent&elles U 2a nature de l8interaction %ui r!sulte
de la doctrine de la dualit! corps/esprit6 n8a :us%u8à pr!sent
pas !t! !lucid!e. l s8a"it là d8une lacune importante dans la
doctrine dualiste6 car une th!orie dualiste compl9te se doit
de d!crire de mani9re e@plicite les modalit!s de
l8interaction entre le corps et l8esprit.
Introduction à la philosophie analytique
1//
33. Le pro&l'!e de la Belle au &ois
dor!ant
2e pro#l9me de la Oelle au #ois dormant )Sleepin+ /eauty
Proble', a suscit! un certain nom#re de discussions
r!centes6 en particulier entre +dam Dl"a et Da$id 2ewis
dans des articles respecti$ement pu#li!s en 2000 et en
2001 dans la re$ue Bnalysis. 2e pro#l9me de la Oelle au
#ois dormant a !t! ainsi d!crit de la mani9re sui$ante par
Dl"a. Des chercheurs ont pr!par! une e@p!rience pendant
la%uelle ils se proposent d8endormir la Oelle au #ois
dormant. 'elle&ci sera endormie deu@ :ours durant : lundi
et mardi. Toutefois6 pendant son sommeil6 elle sera
r!$eill!e soit une fois6 soit deu@ fois. 2e nom#re de fois o7
elle sera r!$eill!e d!pendra du r!sultat du lancer d8une
pi9ce de monnaie parfaitement !%uili#r!e. (i la pi9ce
tom#e sur face6 la Oelle ne sera r!$eill!e %u8une fois6 le
lundi. Dn re$anche6 si la pi9ce tom#e sur pile6 elle sera
r!$eill!e deu@ fois6 lundi et mardi. Dans les deu@ cas6
apr9s a$oir !t! r!$eill!e le lundi6 la Oelle sera à nou$eau
Introduction à la philosophie analytique
1/0
endormie et elle ou#liera %u8elle a !t! r!$eill!e. 'ompte
tenu de ces !l!ments6 lors%ue la Oelle est r!$eill!e6 à %uel
de"r! doit&elle croire %ue la pi9ce est tom#!e sur face U
+ ce stade6 il apparaAt %u8un premier t5pe ), de
raisonnement conduit à penser %ue la pro#a#ilit! %ue la
pi9ce soit tom#!e sur face est !"ale à 1/2. Dn effet6 la pi9ce
de monnaie est !%uili#r!e6 et par cons!%uent6 si
l8e@p!rience est r!p!t!e6 il en r!sultera un nom#re à peu
pr9s !"al de lancers face ou de lancers pile. 2a pro#a#ilit!
initiale de face ou de pile est donc 1/2. Bais lors%ue la
Oelle est r!$eill!e6 elle ne re<oit aucune information
nou$elle. Par cons!%uent6 elle n8a aucune raison de
modifier sa cro5ance initiale. 'ar il aurait !t! rationnel de
modifier des pro#a#ilit!s initiales si des donn!es nou$elles
lui a$aient !t! fournies. Bais tel n8est pas le cas et par
cons!%uent6 la Oelle ne poss9de aucune :ustification pour
modifier ses pro#a#ilit!s initiales. *n tel raisonnement
correspond6 de mani9re simplifi!e6 à celui %ui est mis en
bu$re par Da$id 2ewis.
l s8a$9re cependant %u8un second t5pe ), de r!ponse
apparaAt possi#le. 2e raisonnement correspondant conduit
à la conclusion %ue la pro#a#ilit! %ue la pi9ce soit tom#!e
sur face est 1/3. l faut ima"iner %ue l8e@p!rience est
r!p!t!e de nom#reuses fois. Dans ce cas6 il s8a$!rera
%u8en$iron 1/3 des r!$eils seront des r!$eils %ui se
produiront alors %ue la pi9ce est tom#!e sur face. Dt de
mQme6 en$iron 2/3 des r!$eils se produiront alors %ue la
pi9ce est tom#!e sur pile. +insi6 lors%ue la Oelle est
r!$eill!e6 elle peut consid!rer $ala#lement %u8il s8a"it d8un
r!$eil cons!cutif à un lancer face a$ec une pro#a#ilit! de
1/3. Par cons!%uent6 la Oelle doit conclure %ue la
pro#a#ilit! %ue la pi9ce de monnaie est tom#!e sur face est
de 1/3.
l est utile de formaliser les !l!ments du pro#l9me de la
Oelle au #ois dormant6 de mani9re à en mettre en !$idence
Introduction à la philosophie analytique
1/1
la structure interne. 2e pro#l9me est en effet #as! sur les
deu@ h5poth9ses concurrentes sui$antes :
)G1, la Oelle sera r!$eill!e une seule fois )F+'D,
)G2, la Oelle sera r!$eill!e deu@ fois )P2D,
De mQme6 il apparaAt %ue trois cas sont possi#les :
)a, la pi9ce est tom#!e sur F+'D et la Oelle est
r!$eill!e le lundi
)#, la pi9ce est tom#!e sur P2D et la Oelle est
r!$eill!e le lundi
)c, la pi9ce est tom#!e sur P2D et la Oelle est
r!$eill!e le mardi
2e pro#l9me %ui r!sulte de la situation correspondant
au pro#l9me de la Oelle au #ois dormant est %ue les deu@
raisonnements ), et ), paraissent a priori $alides6 alors
%u8ils conduisent à des conclusions contradictoires. +insi6
l8un des deu@ raisonnements doit Qtre fallacieu@. Bais
le%uel U Dt pour%uoi U Dans la litt!rature contemporaine
relati$e au pro#l9me de la Oelle au #ois dormant6 les deu@
raisonnements concurrents poss9dent leurs d!fenseurs et
leurs d!tracteurs6 et il n8e@iste pas actuellement de solution
consensuelle.
Introduction à la philosophie analytique
1/=
Introduction à la philosophie analytique
1/C
34. Lar.u!ent du !au0ais .4nie
28ar+u'ent du 'auvais +&nie est un ar"ument c!l9#re
d!crit par Descartes dans les (&ditations '&taphysiques.
28ar"ument du mau$ais "!nie constitue un ar"ument en
fa$eur du scepticisme. 28ar"ument proprement dit repose
sur une e@p!rience de pens!e. Descartes en$isa"e ainsi
l8h5poth9se selon la%uelle un mau$ais "!nie e@iste6 %ui est
capa#le de le tromper non seulement au ni$eau de toutes
ses perceptions sensorielles6 mais !"alement au ni$eau de
l8ensem#le de ses connaissances6 5 compris celles %ui
concernent les math!mati%ues. 'onsid!rant %u8il ne
poss9de pas la certitude a#solue %u8un tel mau$ais "!nie
n8e@iste pas6 Descartes conclut %u8il est donc possi#le %ue
toutes ses connaissances soient fausses et %u8il est fond! à
douter de la sorte de l8ensem#le de ces derni9res.
28ar"ument du mau$ais "!nie apparaAt dans le passa"e
sui$ant des (&ditations '&taphysiques )Pre'ière
'&ditation, :
Introduction à la philosophie analytique
100
;e supposerai donc %u8il 5 a6 non point un $rai Dieu6 %ui
est la sou$eraine source de $!rit!6 mais un certain
mau$ais "!nie6 non moins rus! et trompeur %ue puissant
%ui a emplo5! toute son industrie à me tromper. ;e
penserai %ue le ciel6 l8air6 la terre6 les couleurs6 les
fi"ures6 les sons et toutes les choses e@t!rieures %ue nous
$o5ons6 ne sont %ue des illusions et tromperies6 dont il se
sert pour surprendre ma cr!dulit!. ;e me consid!rerai
moi&mQme comme n8a5ant point de mains6 point d85eu@6
point de chair6 point de san"6 comme n8a5ant aucuns
sens6 mais cro5ant faussement a$oir toutes ces choses. ;e
demeurerai o#stin!ment attach! à cette pens!e S et si6 par
ce mo5en6 il n8est pas en mon pou$oir de par$enir à la
connaissance d8aucune $!rit!6 à tout le moins il est en ma
puissance de suspendre mon :u"ement. '8est pour%uoi :e
prendrai "arde soi"neusement de ne point rece$oir en ma
cro5ance aucune fausset!6 et pr!parerai si #ien mon
esprit à toutes les ruses de ce "rand trompeur6 %ue6 pour
puissant et rus! %u8il soit6 il ne pourra :amais rien
imposer.
28ar"ument du mau$ais "!nie peut Qtre d!taill! de la
mani9re sui$ante :
)1, il est possi#le %u8il e@iste un mau$ais
"!nie6 capa#le de me tromper sur
l8ensem#le de mes perceptions
sensorielles et de mes connaissances
math!mati%ues
hypothèse
)2, si :e suis tromp! au ni$eau de
l8ensem#le de mes perceptions
sensorielles et de mes connaissances
math!mati%ues )par e@emple le fait
%ue :e me trou$e actuellement de$ant
le feu de la chemin!e ou %ue la
somme des an"les d8un trian"le est
!"ale à un an"le plat, alors l8ensem#le
de mes cro5ances sont fausses
pr&'isse
Introduction à la philosophie analytique
101
)3, il est possi#le %ue l8ensem#le de mes
cro5ances soient fausses
de (1),()
)., si :e ne poss9de pas la certitude %u8un
tel mau$ais "!nie n8e@iste pas6 alors :e
ne peu@ pas consid!rer %ue l8ensem#le
de mes cro5ances sont $raies
de (1),(!)
)/, :e ne poss9de pas la certitude %u8un tel
mau$ais "!nie n8e@iste pas
pr&'isse
)0, :e ne peu@ pas consid!rer %ue
l8ensem#le de mes cro5ances sont
$raies
de ($),(")
)1,
∴ :e suis fond! à douter de l8ensem#le
de mes cro5ances
de (#)
28ar"ument $ise clairement les connaissances a posteriori
%ui s8appli%uent au@ o#:ets mat!riels )par e@emple une
ta#le6 un che$al ou la plan9te (aturne,6 mais !"alement les
connaissances a priori telles %ue celles %ui r!sultent des
math!mati%ues )par e@emple le fait %ue la somme des
an"les d8un trian"le est !"ale à un an"le plat6 ou #ien 1 X 3
W .,.
En peut douter cependant %ue l8ar"ument du mau$ais
"!nie autorise un doute "!n!ralis!6 c8est&à&dire %u8il
s8appli%ue à l8ensem#le de nos connaissances. Dn effet6
ainsi %ue le d!montre Descartes lui&mQme6 il sem#le
%u8une proposition telle %ue 3 :e pense6 donc :e suis 4
!chappe à un tel doute à port!e uni$erselle. Dn ce sens6 la
conclusion de l8ar"ument du mau$ais "!nie se r!$9le trop
forte. Toutefois6 il apparaAt %ue mQme si on restreint ainsi
la port!e de la conclusion de l8ar"ument6 l8essentiel de
celui&ci demeure et permet encore de conclure en fa$eur
du scepticisme.
*ne autre o#:ection %ui peut Qtre formul!e par rapport à
l8ar"ument du mau$ais "!nie est %ue l8ar"ument est auto&
r!futant. 'ar celui&ci s8appli%ue à la fois au@ connaissances
a posteriori et a priori. Er la conclusion %ui r!sulte de
Introduction à la philosophie analytique
102
l8ar"ument du mau$ais "!nie lui&mQme constitue une
connaissance a priori. ;e suis donc autoris! à douter
!"alement de cette derni9re conclusion. +insi6 l8ar"ument
lui&mQme est&il !#ranl! par sa propre conclusion. Étant
donn! %ue :e suis fond! à douter de l8ensem#le de mes
connaissances a priori6 :e suis ainsi fond! à douter %ue :e
peu@ douter de l8ensem#le de mes cro5ances.
Introduction à la philosophie analytique
103
3#. Lar.u!ent de la c3a!&re c3inoise de
Searle
28ar"ument de la cham#re chinoise a !t! d!crit par ;ohn
(earle6 dans un article paru en 1C=0 dans la re$ue
/ehavioral and /rain Sciences. 'et ar"ument repose sur
une e@p!rience de pens!e6 %ui est la sui$ante. (upposeK
%ue $ous n8a$eK aucune connaissance de la lan"ue chinoise
et $ous $ous trou$eK enferm!6 seul6 dans une cham#re %ui
ne contient %ue les o#:ets sui$ants : )a, un :eu de te@tes
dact5lo"raphi!s en lan"ue chinoise6 intitul! 3 le script 4 S
)#, un second :eu de documents en lan"ue chinoise6
intitul! 3 l8histoire 46 accompa"n!s d8une s!rie de r9"les en
fran<ais permettant de mettre en relation les premiers
documents a$ec les seconds S )c, un troisi9me :eu de
documents6 intitul! 3 les %uestions 46 comportant des
s5m#oles en chinois ainsi %ue des instructions en fran<ais
permettant de mettre en relation les s5m#oles chinois a$ec
les deu@ premiers :eu@ de documents. + ce moment pr!cis6
Introduction à la philosophie analytique
10.
un te@te en chinois $ous est transmis sous la porte.
'onsultant alors $os %uatre :eu@ de documents6 $ous
r!di"eK alors un autre te@te en lan"ue chinoise6 intitul!
3 les r!ponses 46 %ue $ous transmetteK à $otre tour sous la
porte de la cham#re.
28e@p!rience de pens!e de (earle est #as!e sur une
analo"ie. Dlle met en parall9le la situation %ui est celle de
la personne %ui se trou$e dans la cham#re6 a$ec la
situation correspondant à un pro"ramme d8ordinateur
effectuant une traduction. 2a personne %ui se trou$e dans
la cham#re re<oit un te@te r!di"! en chinois6 puis6
consultant une s!rie de documents6 r!di"e à son tour un
nou$eau document en lan"ue chinoise6 %ui constitue une
r!ponse au premier document re<u. *ne telle r!ponse n8est
pas diff!rente de celle %u8aurait faite une personne a5ant
une e@cellente compr!hension de la lan"ue chinoise. Dt
ceci souli"ne com#ien la $!rita#le compr!hension du te@te
en chinois %ui lui a !t! soumis lui !chappe en fait
compl9tement. 'ar la personne %ui se trou$e dans la
cham#re est capa#le de r!pondre de mani9re comp!tente à
la %uestion %ui lui est pos!e6 mais i"nore totalement le
contenu de cette r!ponse. 28e@p!rience a ainsi pour #ut de
mettre en !$idence comment le contenu s&'antique du
te@te !chappe à la machine6 alors mQme %u8elle poss9de la
maAtrise de son contenu syntaxique.
28ar"ument de (earle a pour #ut de constituer une
o#:ection au point de $ue selon le%uel un pro"ramme
d8ordinateur est capa#le de penser. 'e dernier point de $ue
constitue la th9se dite de 3 l8+ forte 4 )intelli"ence
artificielle forte,. (elon cette derni9re th9se6 les
ordinateurs poss9dent r!ellement une aptitude à penser6 de
la mQme mani9re %ue le font les humains. Dn ce sens6 un
pro"ramme d8ordinateur peut poss!der une $!rita#le
compr!hension d8une situation donn!e. 28+ forte s8oppose
ainsi à la th9se de l8+ fai#le6 en $ertu de la%uelle les
pro"rammes d8ordinateur ne constituent %ue des
Introduction à la philosophie analytique
10/
simulations de l8esprit humain. Dn ce sens6 le r!sultat d8un
pro"ramme d8ordinateur ne constitue pas un authenti%ue
processus de pens!e6 mais une simple simulation6 aussi
r!ussie soit&elle6 de ce dernier.
28ar"ument de (earle proprement dit6 illustr! par
l8e@p!rience de la cham#re chinoise6 peut Qtre ainsi
d!taill! :
)1, soit l8+ forte pr!$aut6 soit l8+ fai#le
pr!$aut
dichoto'ie
)2, les pro"rammes d8ordinateur font
usa"e de s5m#oles
pr&'isse
)3, les s5m#oles correspondent au
contenu s5nta@i%ue d8un te@te
pr&'isse
)., l8esprit humain fait usa"e du contenu
s!manti%ue d8un te@te
pr&'isse
)/, l8e@p!rience de la cham#re chinoise
montre %ue le contenu s5nta@i%ue d8un
te@te ne suffit pas à d!terminer le
contenu s!manti%ue d8un te@te
de (!),($)
)0, la situation de la personne dans la
cham#re chinoise est analo"ue à celle
d8un pro"ramme d8ordinateur
effectuant une traduction
analo+ie
)1,
∴ les pro"rammes d8ordinateur ne
par$iennent pas à d!terminer le
contenu s!manti%ue d8un te@te
de ("),(#)
)=, l8+ forte ne pr!$aut pas de (%)
)C,
∴ c8est l8+ fai#le %ui pr!$aut
de (1),(-)
28ar"ument de la pi9ce chinoise a en"endr! une !norme
contro$erse. Oien %ue (earle r!ponde par a$ance dans son
article ori"inal à un certain nom#re d8o#:ections6 son
ar"ument n8a pas con$aincu de nom#reu@ auteurs.
Toutefois6 aucun d8entre eu@ n8est par$enu à indi%uer6
Introduction à la philosophie analytique
100
d8une mani9re %ui se r!$9le consensuelle6 l8!tape pr!cise
dans l8ar"umentation de (earle %ui se r!$9le d!fectueuse.
Introduction à la philosophie analytique
101
3%. Le test de Turin.
+lan Turin"6 dans un article c!l9#re paru en 1C/0 dans la
re$ue (ind6 se propose d8!lucider la %uestion : 3 2es
machines peu$ent&elles penser U 4. +u lieu d8essa5er de
r!pondre à cela de mani9re classi%ue en d!finissant les
notions de 3 machine 4 et de 3 penser 46 Turin" s8oriente
$ers une autre $oie. l s8attache ainsi à d!crire le :eu
sui$ant6 %u8il appelle le :eu de l8imitation :
7e 3eu de l,i'itation 'e :eu se :oue à trois personnes : un
homme )+,6 une femme )O, et un interro"ateur )', de
l8un ou l8autre se@e. 28interro"ateur se trou$e dans une
pi9ce diff!rente de celle o7 se trou$ent les deu@ autres.
2e #ut du :eu pour l8interro"ateur est de par$enir à
d!terminer %uelle personne parmi les deu@ autres
personnes est l8homme ou la femme. 28interro"ateur
connaAt chacune d8entre elles par la d!nomination F et k
et à la fin du :eu6 il doit dire soit 3 F est + et k est O 46
soit 3 F est O et k est + 4. Dans ce #ut6 l8interro"ateur
est autoris! à poser des %uestions à + et à O.
Introduction à la philosophie analytique
10=
De nos :ours6 la $ersion ori"inale du 3eu de l,i'itation
d!crite par Turin" est ha#ituellement remplac!e par une
e@p!rience simplifi!e %ui est la sui$ante :
7e 3eu de l,i'itation (version 'oderne) 'e :eu se :oue à
deu@ personnes et une machine : un homme )+,6 une
machine )B, et un interro"ateur )',. + et ' sont de l8un
ou l8autre se@e. 28interro"ateur se trou$e connect! à + et
à B à l8aide d8un terminal6 par l8interm!diaire du%uel ils
peu$ent communi%uer. Toutefois6 l8interro"ateur ne peut
$oir ni l8homme ni la machine et ne sait donc pas %ui est
l8humain et %ui est la machine. (a mission est de
s8attacher à d!terminer %ui est l8humain et %ui est la
machine6 en leur posant des %uestions. 28interro"ateur se
trou$e dans une pi9ce diff!rente de celle o7 se trou$ent
les deu@ autres. 2a machine et l8humain cherchent à
con$aincre l8interro"ateur %ue chacun d8eu@ est humain.
2e #ut du :eu pour l8interro"ateur est de par$enir à
d!terminer %ui est $!rita#lement l8humain. (i
l8interro"ateur ne par$ient pas à distin"uer l8humain de la
machine6 on consid9re alors %ue la machine est
intelli"ente.
En peut remar%uer %u8une $ersion ancienne du test de
Turin" peut Qtre attri#u!e à Descartes dans son :iscours
de la '&thode6 %ui ima"ine une situation de nature
similaire6 dans le passa"e sui$ant )de :
http://a#u.cnam.fr/OO/auteurs/descartesr.html. +$ec
%uel%ues adaptations, :
Dt :e m8!tais ici particuli9rement arrQt! à faire $oir %ue
s8il 5 a$ait de telles machines %ui eussent les or"anes et la
fi"ure e@t!rieure d8un sin"e ou de %uel%ue autre animal
sans raison6 nous n8aurions aucun mo5en pour
reconnaAtre %u8elles ne seraient pas en tout de mQme
nature %ue ces animau@ S au lieu %ue s8il 5 en a$ait %ui
eussent la ressem#lance de nos corps6 et imitassent autant
Introduction à la philosophie analytique
10C
nos actions %ue moralement il serait possi#le6 nous
aurions tou:ours deu@ mo5ens tr9s certains pour
reconnaAtre %u8elles ne seraient point pour cela de $rais
hommes : dont le premier est %ue :amais elles ne
pourraient user de paroles ni d8autres si"nes en les
composant6 comme nous faisons pour d!clarer au@ autres
nos pens!es. 'ar on peut #ien conce$oir %u8une machine
soit tellement faite %u8elle prof9re des paroles6 et mQme
%u8elle en prof9re %uel%ues unes à propos des actions
corporelles %ui causeront %uel%ue chan"ement en ses
or"anes6 comme6 si on la touche en %uel%ue endroit6
%u8elle demande ce %u8on lui $eut dire S si en un autre6
%u8elle crie %u8on lui fait mal6 et choses sem#la#les S mais
non pas %u8elle les arran"e di$ersement pour r!pondre au
sens de tout ce %ui se dira en sa pr!sence6 ainsi %ue les
hommes les plus h!#!t!s peu$ent faire. Dt le second est
%ue6 #ien %u8elles fissent plusieurs choses aussi #ien ou
peut&Qtre mieu@ %u8aucun de nous6 elles man%ueraient
infailli#lement en %uel%ues autres6 par les%uelles on
d!cou$rirait %u8elles n8a"iraient pas par connaissance6
mais seulement par la disposition de leurs or"anes. 'ar6
au lieu %ue la raison est un instrument uni$ersel %ui peut
ser$ir en toutes sortes de rencontres6 ces or"anes ont
#esoin de %uel%ue particuli9re disposition pour cha%ue
action particuli9re S d8o7 $ient %u8il est moralement
impossi#le %u8il 5 en ait asseK de di$ers en une machine
pour la faire a"ir en toutes les occurrences de la $ie de
mQme fa<on %ue notre raison nous fait a"ir.
Dn second lieu6 se fondant sur le :eu de l8imitation6
Turin" effectue la pr!diction sui$ante. l consid9re %ue
d8ici l8an 20006 il sera tout à fait possi#le de pro"rammer
un ordinateur de mani9re à ce %u8un interro"ateur humain
mo5en n8ait pas plus de 10/100 de chances au :eu de
l8imitation d8identifier correctement l8humain et la machine6
apr9s a$oir pos! une s!rie de %uestions durant / minutes.
D8une mani9re "!n!rale6 le test de Turin" a pour finalit! de
montrer %ue le temps n8est plus tr9s loin o7 il sera
Introduction à la philosophie analytique
110
impossi#le de diff!rencier l8homme de la machine. (elon
Turin"6 ceci constitue une d!monstration %ue l8intelli"ence
humaine peut Qtre enti9rement simul!e par ordinateur.
28ar"ument %ui sous&tend le test de Turin" peut Qtre
pr!sent! ainsi de mani9re d!taill!e :
)1, si on effectue un test afin de
distin"uer l8intelli"ence humaine de
l8intelli"ence simul!e de la machine
hypothèse
)2, alors on ne par$ient pas à d!finir
un crit9re permettant d8effectuer
une telle distinction
de (1)
)3, il est %uasiment impossi#le de
discerner l8intelli"ence humaine de
l8intelli"ence simul!e de la machine
de ()
).,
∴ l8intelli"ence humaine peut Qtre
enti9rement simul!e
de (!)
Dans ce conte@te6 l8ar"ument #as! sur le test de Turin"
apparaAt !troitement li! à l8ar"ument de la simulation d!crit
r!cemment par Jic- Oostrom.
En peut o#:ecter à l8e@p!rience de Turin" %ue les
potentialit!s du cer$eau humain et de l8intelli"ence ne
commencent %u8à peine à Qtre connues. +insi6 de nou$elles
aptitudes de l8intelli"ence humaine pourraient #ien Qtre
d!cou$ertes6 %ui !chapperaient alors enti9rement au test de
Turin". Dans le mQme ordre d8id!es6 on peut !"alement
consid!rer %ue ce %ue permet de conclure le test de Turin"6
c8est %u8actuellement et dans un futur proche6 il sera asseK
difficile de discerner une machine d8un Qtre humain.
'ependant6 cela n8autorise pas à conclure %u8une telle
diff!renciation ne sera :amais possi#le. Je s8a"it pas là
d8une conclusion trop forte U Pour conclure $ala#lement
%ue l8intelli"ence humaine peut Qtre enti9rement simul!e
par ordinateur6 il faudrait disposer d8une certitude a#solue
Introduction à la philosophie analytique
111
%ue la diff!renciation entre l8humain et la machine6 dans
les conditions du test6 ne peut Qtre effectu!e.
Introduction à la philosophie analytique
112
Introduction à la philosophie analytique
113
3*. Le pro&l'!e de $ettier
2e problè'e de @ettier a !t! e@pos! par Ddmund Nettier6
dans un article paru en 1C03 dans la re$ue Bnalysis.
'lassi%uement6 on consid9re %u8une personne ( sait une
proposition donn!e P d9s lors %ue trois conditions sont
simultan!ment r!unies : )a, la proposition P est $raie S )#,
( croit %ue P est $raie S )c, ( est :ustifi! dans sa cro5ance
%ue P est $raie. +insi6 ( sait %ue P s8il poss9de une
cro5ance $raie et :ustifi!e de P. 'ette triple condition du
sa$oir est commun!ment admise. 'ependant6 Nettier
entreprend de montrer %ue cette triple condition du sa$oir
n8est pas fond!e et %ue ces trois crit9res ne constituent pas
une condition suffisante. Nettier illustre ainsi son propos à
l8aide de deu@ situations concr9tes.
2e premier cas concret d!cri par Nettier est le sui$ant.
Deu@ personna"es6 Pierre et ;ean6 ont tous deu@ postul!
pour un emploi. Pierre poss9de des !l!ments d!cisifs %ui
l8autorisent à penser %ue la proposition sui$ante6 dont la
structure est celle d8une con:onction6 est $raie :
Introduction à la philosophie analytique
11.
)1, ;ean est celui %ui o#tiendra l8emploi et ;ean a di@
pi9ces de monnaie dans sa poche
2es !l!ments d!terminants dont dispose Pierre sont d8une
part le fait %ue le pr!sident de la soci!t! lui a assur! %ue ce
serait ;ean %ui aurait l8emploi S et d8autre part le fait %ue
Pierre a pr!ala#lement compt! le nom#re de pi9ces ? au
nom#re de di@ ? %ui se trou$aient dans la poche de ;ean.
+insi6 )1, a pour cons!%uence :
)2, celui %ui o#tiendra l8emploi a di@ pi9ces de
monnaie dans sa poche
Dans ce cas6 on peut consid!rer %ue Pierre sait %ue )2,6
puis%ue la triple condition pr!cit!e est satisfaite : la
proposition )2, est $raie6 Pierre croit %ue )2, et Pierre se
trou$e :ustifi! par )1, dans sa cro5ance %ue )2,. Bais
ima"inons maintenant %ue6 sans %ue Pierre le sache6 ce soit
finalement Pierre lui&mQme %ui ait l8emploi et %u8il poss9de
!"alement di@ pi9ces de monnaie dans sa poche. Dans
cette h5poth9se6 )1, se r!$9le alors fausse. De plus6 il
apparaAt %ue Pierre ne sait pas $!rita#lement %ue )2,6 alors
mQme %ue la triple condition du sa$oir est pourtant
satisfaite. +insi6 il apparaAt dans ce cas particulier %ue
Pierre ne sait pas P6 #ien %ue les trois conditions pr!cit!es
soient r!unies.
2e second cas prati%ue de Nettier est le sui$ant. (oit la
proposition sui$ante :
)3, ;ean poss9de une Ford
De plus6 Pierre sait %ue ;ean a tou:ours poss!d! une Ford
et %ue ce dernier a r!cemment effectu! un $o5a"e a$ec lui.
Pierre poss9de ainsi des !l!ments d!cisifs en fa$eur de )3,.
De plus6 il s8a$9re %ue Pierre a un autre camarade6 Oernard6
Introduction à la philosophie analytique
11/
dont il i"nore toutefois un certain nom#re de choses.
(oient maintenant les trois propositions :
)., ;ean poss9de une Ford ou Oernard est à Ooston
)/, ;ean poss9de une Ford ou Oernard est à
Oarcelone
)0, ;ean poss9de une Ford ou Oernard est à Paris
+ ce stade6 il apparaAt %ue chacune de ces trois
propositions constitue une cons!%uence lo"i%ue de )3,.
'ependant6 on peut consid!rer %ue Pierre sait %ue ).,6 )/,
et )0,6 car chacune de ces propositions est $raie6 et d8autre
part6 Pierre poss9de de chacune d8elles une cro5ance
:ustifi!e. Bais maintenant supposons %ue Oernard ne
poss9de pas de Ford6 mais utilise une 'hr5stler de location
et %ue Oernard se trou$e6 sans %ue Pierre ne le sache6 à
Oarcelone. Dans ce cas6 il apparaAt %ue Pierre ne sait pas
$!rita#lement %ue )/, est $raie6 alors mQme %ue la triple
condition du sa$oir concernant )/, se trou$e à nou$eau
satisfaite.
2es deu@ e@emples %ui pr!c!dent6 conclut Nettier6
montrent %ue la triple condition mentionn!e plus haut ne
constitue pas une condition suffisante pour %ue ( sache
%ue P. 'ependant6 un certain nom#re de r!ponses ont !t!
apport!es par rapport au pro#l9me de Nettier. 28une de ces
r!ponses souli"ne %ue la :ustification %ui est pr!sente dans
les deu@ cas mentionn!s par Nettier se r!$9le insuffisante.
'ar la connaissance ne doit&elle pas Qtre moti$!e par une
preu$e $!rita#le6 et non par ce %ui ne constitue %u8une
:ustification fra"ile U Pierre #ase en effet sa cro5ance sur le
seul fait %ue le pr!sident de la soci!t! lui a assur! %ue ce
serait ;ones %ui aurait l8emploi. 'ependant à ce stade6
Pierre poss9de la certitude des d!clarations du pr!sident6
mais n8a pas la preu$e des faits correspondants. 'ar le
pr!sident ne pourrait&il pas chan"er d8a$is ult!rieurement U
Par cons!%uent6 on peut penser %ue l8!tape de :ustification
Introduction à la philosophie analytique
110
se r!$9le insuffisante. Dn ce sens6 les deu@ e@emples
d!crits par Nettier se caract!risent par une :ustification
fai#le6 alors %ue pr!cis!ment une :ustification forte s8a$9re
n!cessaire. (elon ce t5pe d8o#:ection on le $oit6 la triple
condition de la connaissance demeure accepta#le6 mais la
condition de :ustification doit Qtre remplac!e par une
condition plus forte6 %ui correspond à une preuve. Dans ce
conte@te6 la $!rita#le connaissance correspond à une
cro5ance $raie et prou$!e. Toutefois6 une telle r!ponse au
pro#l9me de Nettier ne suffit pas à en dissiper les
cons!%uences. 'ar ce t5pe de r!ponse pr!sente
l8incon$!nient de s8a$!rer trop radicale. (on application
conduit ainsi à ne pas consid!rer comme conduisant à une
connaissance authenti%ue6 nom#re de situations de la $ie
courante o7 l8on ne dispose pas d8une preu$e aussi
d!finiti$e et a#solue.
Plusieurs solutions propos!es pour r!soudre le
pro#l9me de Nettier ont pour finalit! d8empQcher
l8!mer"ence des cas d!crits par Nettier6 en a:outant une
condition suppl!mentaire. *ne des solutions de ce t5pe est
#as!e sur le fait %ue la connaissance r!sulte d8une cro5ance
$raie et :ustifi!e6 mais aussi %ue cette triple condition ne
peut Qtre o#tenue de mani9re accidentelle. 'ette derni9re
condition a pour #ut d8empQcher les cas d!crits par Nettier
de sur$enir. Bais une telle conception ne s8est pas a$!r!e
enti9rement satisfaisante6 car la d!finition mQme des
conditions accidentelles est apparue pro#l!mati%ue. Dn
effet6 dans certains cas6 l8apparition accidentelle de la triple
condition pr!cit!e ne conduit pas à une $!rita#le
connaissance6 alors %ue dans d8autres circonstances6 la
sur$enue accidentelle de cette triple condition en"endre un
authenti%ue sa$oir.
Introduction à la philosophie analytique
111
3+. Le pro&l'!e de =re.e relati< aux
propositions didentit4
2e pro#l9me relatif au@ propositions d8identit! a !t! d!crit
par Nottlo# Fre"e dans son essai An Sense and 8eference
pu#li! en 1=C2. 'e pro#l9me s8!ta#lit comme suit. En
consid9re tout d8a#ord une assertion telle %ue 3 l8!toile du
matin est l8!toile du soir 4. Dans cas6 il apparaAt %ue les
e@pressions 3 l8!toile du matin 4 et 3 l8!toile
du soir 4 se r!f9rent à un seul et mQme
o#:et : la plan9te R!nus. En le $oit6 la
structure de la proposition 3 l8!toile du
matin est l8!toile du soir 4 pr!sente la forme
3 + 4 W 3 O 4. De mani9re "!n!rale6 des propositions %ui
pr!sentent une telle structure sont $raies si et seulement si
3 + 4 et 3 O 4 se r!f9rent à un mQme o#:et. 'eci peut
!"alement Qtre formul! en termes de nom#res. (i l8on
consid9re les e@pressions 3 100 X 10 4 et 3 1/3 X 11 46 il
apparaAt %ue ces deu@ e@pressions se r!f9rent à un mQme
entier naturel %ui est 110. Fre"e s8est attach! à d!crire ainsi
Introduction à la philosophie analytique
11=
une th!orie de la $!rit! pour les propositions pr!sentant la
structure 3 + 4 W 3 O 46 en d!finissant les conditions dans
les%uelles de telles propositions se r!$9lent $raies.
'ependant6 Fre"e o#ser$a %u8un pro#l9me !mer"eait
a$ec ce t5pe d8anal5se. l est apparu en effet %ue les
conditions dans les%uelles une proposition de la forme
3 + 4 W 3 O 4 se r!$!lait $raie )les conditions de $!rit!,
!taient identi%ues à celles dans les%uelles une
proposition de la forme 3 + 4 W 3 + 4 !tait
!"alement $raie. Er une proposition de la forme
3 + 4 W 3 + 4 telle %ue 3 l8!toile du matin est
l8!toile du matin 4 s8a$9re6 d8un point de $ue
s!manti%ue6 tr9s diff!rente d8une proposition telle %ue
3 l8!toile du matin est l8!toile du soir 4. l s8ensuit ainsi la
conclusion %ue les conditions de $!rit! sont identi%ues6
pour des propositions pourtant s!manti%uement tr9s
diff!rentes de la forme 3 + 4 W 3 O 4 ou 3 + 4 W 3 + 4.
2e raisonnement %ui conduit au pro#l9me de Fre"e
relatif au@ propositions d8identit! peut Qtre ainsi formalis! :
)1, l8!toile du matin est l8!toile du soir pr&'isse
)2, 3 l8!toile du matin 4 et 3 l8!toile du
soir 4 se r!f9rent à la plan9te R!nus
d&finition
)3, )1, est $raie de (1),()
)., l8!toile du matin est l8!toile du matin identit&
)/, 3 l8!toile du matin 4 se r!f9re à la
plan9te R!nus
d&finition
)0, )., est $raie de ($),(")
)1, )1, pr!sente la structure 3 + 4 W 3 O 4 de (1)
)=, )., pr!sente la structure 3 + 4 W 3 + 4 de ($)
)C, une proposition %ui pr!sente la
structure 3 + 4 W 3 O 4 est $raie si et
seulement si 3 + 4 et 3 O 4 se r!f9rent
à un mQme o#:et
+&n&ralisat
ion
)10, une proposition %ui pr!sente la
structure 3 + 4 W 3 + 4 est $raie si et
de (.)
Introduction à la philosophie analytique
11C
seulement si 3 + 4 et 3 + 4 se r!f9rent
à un mQme o#:et
)11, les conditions de $!rit! d8une
proposition %ui pr!sente la structure
3 + 4 W 3 O 4 et d8une proposition %ui
pr!sente la structure 3 + 4 W 3 + 4
sont identi%ues
de (.),(1*)
)12, d8un point de $ue s!manti%ue6 une
proposition %ui pr!sente la structure
3 + 4 W 3 O 4 est tr9s diff!rente d8une
proposition %ui pr!sente la structure
3 + 4 W 3 + 4
de (1),($)
)13,
∴ les conditions de $!rit! de deu@
propositions s!manti%uement tr9s
diff!rentes sont identi%ues
de (11),(1)
Introduction à la philosophie analytique
1=0
Introduction à la philosophie analytique
1=1
3-. Le paradoxe de lanal2se
2e paradoxe de l,analyse r!sulte des tra$au@ de Neor"e
Ddward Boore. 2e parado@e est #as! sur la d!marche
m!thodolo"i%ue %ui consiste à anal5ser un concept donn!.
+ppelons m un tel concept. 28anal5se de ce concept m
pr!sente ainsi la forme : m W D. ci6 m est le concept %ui est
anal5s! )l8analysandu', alors %ue D est une e@pression
)l8analysans, ? plus ou moins comple@e ? %ui d!finit et
d!crit le contenu s!manti%ue de m. 2e parado@e !mer"e d9s
%ue l8on consid9re les deu@ possi#ilit!s %ui se pr!sentent :
)a, soit l8analysans d!crit e@actement le contenu du
concept m S )#, soit l8analysans ne d!crit pas e@actement le
contenu du concept m. Dans la premi9re h5poth9se6 il
s8ensuit %ue l8anal5se effectu!e est tri$iale6 et ne pr!sente
donc aucun int!rQt. Dans la seconde h5poth9se6 il apparaAt
%ue l8analysans ne d!crit pas e@actement le contenu du
concept m et par cons!%uent6 l8anal5se effectu!e est fausse.
+insi6 l8anal5sans est soit tri$ial6 soit fau@. Dans les deu@
cas6 l8anal5se effectu!e se r!$9le inutile. Pourtant6 ceci est
en contradiction a$ec la donn!e %ui r!sulte de notre
Introduction à la philosophie analytique
1=2
intuition pr!&th!ori%ue selon la%uelle l8anal5se d8un
concept donn! se r!$9le le plus sou$ent utile.
2e raisonnement correspondant au parado@e de
l8anal5se peut Qtre ainsi d!taill! :
)1, soit l8analysans d!crit e@actement le
contenu du concept m6 soit l8analysans
n8en d!crit pas e@actement le contenu
dichoto'ie
)2, si l8analysans d!crit e@actement le
contenu du concept m
hypothèse 1
)3, alors l8anal5se est tri$iale de ()
)., si l8analysans ne d!crit pas
e@actement le contenu du concept m
hypothèse
)/, alors l8anal5se est ine@acte de ($)
)0, l8anal5se du concept m est soit tri$iale
soit ine@acte
de (!),(")
)1,
∴ l8anal5se du concept m est inutile
de (#)
*ne solution pour le parado@e de l8anal5se %ui r!sulte
notamment des id!es !mises par Nottlo# Fre"e dans son
essai An Sense and 8eference6 est la sui$ante. 'ette
solution remet en cause le passa"e de l8!tape )2, à l8!tape
)3,6 %ui conduit à la conclusion %ue l8anal5se est tri$iale si
l8analysans d!crit e@actement le contenu du concept m.
Fre"e distin"ue en effet deu@ t5pes de contenus
s!manti%ues : d8une part6 le sens S et d8autre part6 la
r!f!rence. Dans ce conte@te6 il apparaAt %ue si le concept m
et son anal5sans ont la mQme r&f&rence6 alors l8anal5se %ui
en r!sulte est e@acte. Toutefois6 ceci n8interdit pas à
l8anal5sans d8a$oir un sens diff!rent du concept m. Dt dans
de telles conditions6 l8anal5se se r!$9le pas tri$iale mais
#ien utile6 par l8information nou$elle %u8elle procure.
Introduction à la philosophie analytique
1=3
4/. Le pro&l'!e de la ri0i're d54raclite
2e problè'e de la rivière d,=&raclite pro$ient des
1ra+'ents de l8bu$re d8G!raclite %ui sont par$enus :us%u8à
nous. G!raclite 5 affirme %u8il n8est pas possi#le de
tra$erser deu@ fois la mQme ri$i9re6 car les eau@ %ui
constituent cette derni9re sont constamment renou$el!es.
28id!e sous&:acente dans ce dernier pro#l9me est %u8entre
deu@ tra$ers!es6 la ri$i9re a su#i des chan"ements tels %u8il
ne s8a"it plus e@actement de la mQme ri$i9re.
En peut formuler de mani9re plus pr!cise le pro#l9me
de la ri$i9re d8G!raclite :
)1, :e tra$erse la ri$i9re r au temps T
1
pr&'isse
)2, :e tra$erse la ri$i9re r au temps T
2
)a$ec T
1
c T
2
,
pr&'isse
)3, la ri$i9re r a su#i des chan"ements
entre T
1
et T
2
pr&'isse
).,
∴ la ri$i9re r au temps T
1
est
diff!rente de la ri$i9re au temps T
2
de (!)
)/,
∴ au temps T
2
:e tra$erse une ri$i9re
de (1),(),
Introduction à la philosophie analytique
1=.
%ui est diff!rente de la ri$i9re r %ue
:8ai tra$ers!e au temps T
1
($)
*ne o#:ection %ui a !t! formul!e par rapport au
pro#l9me de la ri$i9re d8G!raclite est %ue les chan"ements
su#is par la ri$i9re entre T
1
et T
2
ne sont pas asseK
su#stantiels pour transformer la ri$i9re en T
1
en une ri$i9re
diff!rente en T
2
6 (elon ce point de $ue6 les chan"ements
su#is par la ri$i9re sont secondaires et n8affectent pas son
identit! en tant %ue ri$i9re. 'e t5pe d8o#:ection6 on le $oit6
a pour effet de #lo%uer le passa"e de l8!tape )3, à l8!tape
).,. l met ainsi l8accent sur la persistance de l8identit! d8un
o#:et o à tra$ers le temps6 mal"r! les chan"ements de
nature secondaire %ui sont su#is par cet o#:et. 'ar selon ce
point de $ue6 les !tapes )3, et )., doi$ent Qtre remplac!es
par :
)3f, la ri$i9re r a su#i des chan"ements
mineurs entre T
1
et T
2
pr&'isse
).f,
∴ la ri$i9re r au temps T
1
n8est pas
diff!rente de la ri$i9re r au temps T
2
de (!E)
Pourtant6 une telle o#:ection ne suffit à r!soudre
d!finiti$ement le pro#l9me de la ri$i9re d8G!raclite. Dn
effet6 la distinction sous&:acente entre les chan"ements
su#stantiels ou non&su#stantiels %ui peu$ent affecter un
o#:et donn!6 se r!$9le difficile à appli%uer. +insi6 entre
deu@ positions temporelles donn!es6 l8eau de la ri$i9re a
!t! enti9rement renou$el!e6 de sorte %ue les !l!ments %ui
composent cette derni9re ont !t! enti9rement chan"!s. l
est difficile alors de consid!rer %ue la totalit! des !l!ments
%ui composent un o#:et à un moment donn! ne constituent
pas des !l!ments essentiels de celui&ci.
Introduction à la philosophie analytique
1=/
,onclusion
2es parado@es6 ar"uments et pro#l9mes philosophi%ues %ui
ont !t! e@pos!s dans les pa"es pr!c!dentes ne constituent
%u8une s!lection parmi les nom#reu@ pro#l9mes a#ord!s
dans la riche litt!rature %ui constitue la philosophie
anal5ti%ue contemporaine. 'ar il s8a"it là d8un domaine
$i$ant et !$olutif6 o7 cha%ue ann!e6 de nou$eau@
ar"uments $oient le :our6 sont ensuite e@pos!s6 puis
discut!s. En a pu le constater6 des parado@es mill!naires
non r!solus 5 cPtoient des ar"uments philosophi%ues %ui
$iennent tout :uste d8Qtre d!crits.
D8autre part6 la pr!sentation de ces pro#l9mes
contemporains de philosophie anal5ti%ue a surtout pour
#ut de permettre une meilleure connaissance du st5le
anal5ti%ue au lecteur %ui est da$anta"e familier a$ec la
philosophie dite continentale. 'ar les deu@ st5les6 on l8a
$u6 constituent deu@ facettes de la philosophie6 %ui
m!ritent toutes deu@ la respecta#ilit!. 28o#:ectif a
simplement !t! ici de pr!senter une facette sou$ent
m!connue de la philosophie contemporaine. 'ertains se
Introduction à la philosophie analytique
1=0
sentiront d8em#l!e une affinit! naturelle a$ec le st5le
anal5ti%ue. D8autres lui pr!f!reront le st5le 3 continental 4
au%uel ils sont attach!s. Tous cependant6 :e l8esp9re6
tireront profit d8une meilleure connaissance de la di$ersit!
des st5les philosophi%ues.
De l8e@pos! des parado@es et ar"uments %ui pr!c9dent6
il ressort !"alement6 :e le crois6 %ue le raisonnement
humain s8a$9re perfecti#le et !tonnamment $uln!ra#le à
l8erreur. 'ar les pi9"es du raisonnement %ui ont !t! d!crits6
les contradictions au@%uelles nous entraAnent ais!ment les
parado@es6 indi%uent %ue notre fa<on de raisonner à tous se
r!$9le $uln!ra#le. l est asseK fascinant de constater à %uel
point nous sommes tous enclins à raisonner d8une mani9re
%ui conduit à des conclusions parado@ales6 nous laissant
a$ec les contradictions %ui r!sultent d8un raisonnement %ui
paraissait pourtant tout à fait $alide. 2e raisonnement %ui
conduit à l8erreur nous est commun6 et là encore6 si une
solution de$ait Qtre apport!e à tel ou tel pro#l9me ou
parado@e6 elle de$rait pour Qtre $alid!e6 se r!$!ler
consensuelle. En le $oit6 un tel domaine poss9de une
port!e prati%ue consid!ra#le. l s8a"it là d8am!liorer et de
perfectionner le mode de raisonnement %ui nous est
commun. Dans ce conte@te6 la d!cou$erte d8une solution
consensuelle pour tel ou tel ar"ument ou parado@e non
r!solu de$rait ainsi #!n!ficier à tous.
Introduction à la philosophie analytique
1=1
Bi&lio.rap3ie
+rntKenius6 F. n Bc'arth56 D. )1CC1, The two en$elope
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2es enfants d8Du#ulide )*(+,
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