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x om tks oximaces [ee LES LIVRES Nous traversons une période de bons lvren Coa plrodevh soit ser rarer notre lilériture, pour qu'on se comp ZY etn mip ei ona ah n Pace wion de lewer les Eseis de peychologie M._ Paul’ Bourgel, Vietsirela-Rouge, de Georges d rune, ee rome’ dun talent Ia fois; auquel la cr leurs et fort occupée & tresser'des cou nos aux cochonneries des Bell, ot au a as fait . Je vou- oan d'une at lique, retenue ~ ks anima’ Parsa vérité observation, par la beauté profonde de ses paysages, par la tendresse | Gt la sensibililé 6parses dans ces pages, par 6 savant de. s2 composition, et surtout par celle pilié qui entoure telte malhedreuse ot inconsciente fille des champs d'une auréole de douleurs si, hu- mainos, Vietoirela-Rouge mérite d’stre 2 Glassée parmi les. chofs-d'curre contem- pe Une émotion vous prend & la lec- ture do co livre, pareille & celles ressent devant les tableaux de Millet. C'est Ta méme compréhension de la nature, la ‘memo poésie franche, la méme rudesse qui fail courber l'homme sur la terre ingrate, en face des larges horizons embrasés de ‘laires nuits balayées de ordures et il faut que ceux qui Teltres le saluent respeclueusement, comme ‘d'un bouge, on a plaisir &-saluer Thonnéte femme qui passe. * Je disais que uous lions dans une période de bons livres, L'éditeur Lemerre Na publier dans quelques jours Ce gui ne meurt pas, de Jules Rarbey willy. we LES GRIMACES LES GRIMACES oor et avant de faipe paratire La joie de vivre, @Emile Zola, dont le premier che achove on co moment dans le Gil las, bliotheque Charpentier nous a donné tun remarguable volume de nouvelles du Mattre : Neis Micoulin. Enfin nous avons eu Mon Frere Yoes, de Pierre Loti, un livre Abgolument admirable tpt ai entendu des gens, qui n’étaient poin achaneueet egw ‘rire Yoes de manquer d'action, de compli- ‘ations dramatiques, d'intérét enfin, comme siT'intérét d'un livre se mesurait au nom- bre des péripéties palpitantes et des émo- tions grossitres dans lesquelles excellent Jes aulours des romans judiciaires et les feuilletonnistes du Petit Journal. Il est bien certain que M. Busnach, malgré toute son hhabileté, ne parviendrait jamais a tirer le moindre. drame en sept actes de ce livre simple, beau, et triste comme la vie elle- méme. ‘ ‘Mon Frére Yoes est Vhistoire d’un mate- lot qui n'a pas d'histoire. Il court les mers, se saodle terriblement, revient de temps & autre dans son villago breton, repart pour des expéditions lointaines, revient encore, ‘se marie et repart de nouveau, harcelé par Ja passion de l'ivrognerie, passion hérédi {aire qui a tué son pore el ses frbres. Ce n'est que cela, avec les accidents na- turels et les habitudes journalitres de la vie du matelot, avec des paysnges de la mer et des paysages de Ia terre, du blen, du soleil, de la brume, des horizons infinis, ce n'est que cela et c'est sublime, car ce livre est véritablement I’6popée de ce monde énorme et mystérieux de la mer. IL yous apporte lexplication de cette la- mentation élernelle des flots réveurs et vous donne nettement. la sensation poi- gnante ol nowello de Tinfini. Cest la pre- Imire fois que je me trouve en présence Gone wuvre qui me révtle par desmols des choses si loinlaines de esprit humain et aun trouble si, mystique et si_ religieux quill semble qu'il n'y ait que Dieu pour nous les faire comprendre. ‘Mon Frire Yees contient des pages qui resteronl comme des monuments de la littérature francaise. Rien n'est plus im- pressionnant, plus farouche. Rien ne vous glace de plus de frissons de ferreur que la Tempéte qui y est décrite, ‘et auprés. de laquelle les fempéies du Camoens et de Viclor Hugo paraissent seulement de pales et de pauvres compositions de rhélorique. Colui quia écrit Mon Frere Yoes est vérilablement un homme, et c'est un grand artiste. Ila en lui celle flamme qu'on croyait éteinte : le génie. A& fcovrbee L833