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Gutenberg 2.0

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Le livre est un objet qui n’a cessé de connaître des évolutions au fil des millénaires. Il va durant cette première décennie du XXIe siècle connaître une révolution comparable à celle de l’imprimerie (XVe siècle). Le livre aborde les nouvelles technologies à l’œuvre dans ces livres de nouvelle génération avec un nouvel aspect pratique autour des lecteurs disponibles Sony Irex Bookeen Les Echos Amazon… Les évolutions prévisibles sont analysés. Une synthèse ouverte sur les impacts et les perspectives pour l’économie du livre termine ce livre. Nouveaux chapitres sur les aspects pratiques (achat utilisation…) sur les communautés sur Second Life… Nombreuses interventions de professionnels du livre…


Biographie de l'auteur
Lorenzo Soccavo est prospectiviste de l'édition et conférencier. Il est le créateur du blog NouvoLivrActu, premier blog francophone de veille et d'information sur le livre, l'édition et la presse à l'ère du numérique : nouvolivractu.cluster21.com. Après plus de quinze années de journalisme spécialisé en actualité de l'édition off et on fine, d'abord pour les auteurs de l'écrit, puis pour l'ensemble des partenaires de la chaîne du livre et leur intégration des NTIC, il développe aujourd'hui une activité de consultant R&D au service des maisons d'édition.
Le livre est un objet qui n’a cessé de connaître des évolutions au fil des millénaires. Il va durant cette première décennie du XXIe siècle connaître une révolution comparable à celle de l’imprimerie (XVe siècle). Le livre aborde les nouvelles technologies à l’œuvre dans ces livres de nouvelle génération avec un nouvel aspect pratique autour des lecteurs disponibles Sony Irex Bookeen Les Echos Amazon… Les évolutions prévisibles sont analysés. Une synthèse ouverte sur les impacts et les perspectives pour l’économie du livre termine ce livre. Nouveaux chapitres sur les aspects pratiques (achat utilisation…) sur les communautés sur Second Life… Nombreuses interventions de professionnels du livre…


Biographie de l'auteur
Lorenzo Soccavo est prospectiviste de l'édition et conférencier. Il est le créateur du blog NouvoLivrActu, premier blog francophone de veille et d'information sur le livre, l'édition et la presse à l'ère du numérique : nouvolivractu.cluster21.com. Après plus de quinze années de journalisme spécialisé en actualité de l'édition off et on fine, d'abord pour les auteurs de l'écrit, puis pour l'ensemble des partenaires de la chaîne du livre et leur intégration des NTIC, il développe aujourd'hui une activité de consultant R&D au service des maisons d'édition.

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01/12/2014

Sections

L’écriture serait apparue dès le néolithique (environ 5 000 av. J -c). très tôt

les premiers hommes ont tracé des signes. La peau, avec les scarifcations,
petites incisions superfcielles de l’épiderme dont les cicatrices dessinent
des caractères fut certainement le premier support. puis ce furent les parois
des grottes, lieux de refuge et peut-être de cultes. nous avons tous en tête des
images de ces peintures dites pariétales, ou rupestres. au cours du quatrième
millénaire avant notre ère, l’écriture se formalise comme système de commu-
nication. Elle évolue alors dans le temps et l’espace : l’écriture cunéiforme des
Mésopotamiens (aujourd’hui l’irak), l’écriture hiéroglyphique des égyptiens,
l’écriture par pictogrammes puis par idéogrammes des indiens et des chinois,
l’écriture syllabique, puis alphabétique, dont découlent les lignes que vous lisez
en ce moment même.

Mais, de la fameuse pierre de rosette aux stèles gravées, si ces témoignages
du passé ont pu traverser les siècles jusqu’à nous et ont pu être interprétés,
c’est avant tout grâce à la pérennité de leurs supports. En efet, parler d’écriture
c’est parler d’abord des supports de l’écrit. car le signe écrit est toujours tracé,
gravé, buriné

au cours de l’histoire ces supports furent multiples : pierre, bois, argile sé-
chée, poterie, cire, papyrus, bambou, soie, peau tannée, papier... Et bientôt, com-
me nous allons le voir, e-paper (papier électronique).

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durant plusieurs siècles les supports de l’écriture et ceux de la lecture fu-
rent les mêmes. S’ils évoluèrent constamment ce fut toujours pour répondre à
des impératifs précis. Les deux principaux étant : la pérennité et la maniabilité.
certes les traditions orales ne sont pas à négliger, mais nos civilisations mo-
nothéistes sont incontestablement des civilisations de l’écrit. c’est parce que
l’écrit n’était pas encore structuré en système de communication intelligible,
ou bien que ses premiers supports n’étaient soit pas assez maniables, soit trop
fragiles que la lecture à voix haute s’imposa d’abord comme une nécessité,
pour apprendre, mémoriser et difuser les textes. La question des supports était
alors essentielle, car en vérité la nécessité d’écrire répondait aux impératifs de
la civilisation : établir les actes de commerce et de propriétés, fxer les textes
des lois, consigner les faits historiques marquants, établir alliances et traités de
paix, difuser textes religieux et fondateurs Le vieil adage l’exprime parfaite-
ment : “Les paroles s’envolent les écrits restent ”

pour quelles raisons un support d’écriture doit-il évoluer ?

pour l’homme

– être plus maniable

– être transportable

– être aisément inscriptible

pour l’époque

– être conservable

– être adaptable aux usages

– être un mode d’accès aux textes

pour l’avenir

– être pérenne

– être un témoignage du passé

– être compatible

hier comme aujourd’hui, supports et usages ont toujours été liés. d’un côté,
l’usage recherché oriente le choix d’un support, et, d’un autre côté, l’utilisation
d’un support donné, parce que disponible dans l’environnement par exemple,
infuence l’usage qui en est fait. aux débuts de l’écriture, la matière du support
a infuencé la graphie. tracer un texte sur une tablette d’argile ou écrire sur du
papyrus en rouleau impliquent des techniques diférentes.

Survolons rapidement les grandes étapes d’évolution, de la pierre gravée
au livre, tel que nous les connaissons aujourd’hui. Les babyloniens écrivaient

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1le livre n’est pas un produit comme un autre

sur des tablettes d’argile humide, qu’ils laissaient ensuite sécher et durcir au
soleil. égyptiens, puis Grecs et romains écrivaient sur de longues bandes de
papyrus qu’ils enroulaient. Le papyrus est une plante graminée vivace qui était
alors commune dans le delta du nil et qui servait déjà de matière première, no-
tamment pour la fabrication de vêtements, de cordes, ou le calfatage des em-
barcations. La présentation en rouleau s’impose, car elle apparaît alors comme
le moyen le plus pratique pour relier entre elles, et souvent sur une longueur
totale de plusieurs mètres, des bandes constituées d’étroites lamelles de papy-
rus d’une vingtaine de centimètres de long chacune. La spécifcité du support
induit une disposition du texte en colonnes. deux techniques ont alors cours :
le volumen et le rotulus. dans le premier cas, le rouleau se présente horizonta-
lement et le texte est en colonnes, colonnes qui préfgurent ce que seront plus
tard les pages. Le lecteur déroule d’un côté et enroule de l’autre, pour faire déf-
ler les colonnes de texte devant ses yeux. dans le second cas, le rotulus, le rou-
leau se déroule verticalement et les lignes de texte courent sur toute la largeur
du rouleau. ce système préfgure la lecture sur écran d’ordinateur que nous
pratiquons couramment de nos jours. dans les deux cas, la difusion du texte
et son transport notamment sont plus faciles que lorsqu’il s’agissait de pierres
gravées. La lecture, en revanche, n’est guère aisée. il faut sans cesse dérouler
et enrouler, parfois assez longtemps si l’on veut, par exemple, accéder à une
partie de texte en fn de rouleau. avec le parchemin, peau d’ovin, poncée puis
tannée (s’il s’agit d’une peau de veau, l’on parle de vélin), plus souple et donc
assemblable en cahiers, l’idée d’assembler des feuilles de manière à constituer
un volume va être un véritable progrès. La page apparaît alors.

aujourd’hui, au xxie siècle, avec les tablettes de lecture en e-paper c’est,
nous le verrons en détails dans ce livre, l’accès immédiat à des centaines de
volumes sur une seule et unique page réinscriptible à loisir qui est maintenant
possible.

Si dès le début du Moyen age les chrétiens parviennent à imposer l’usage
du parchemin c’est que ce dernier est plus résistant que le papyrus et facilite
grandement la propagation de leurs écrits. L’usage du rouleau n’est plus néces-
saire, car, contrairement au papyrus, on peut dorénavant plier les feuilles sans
les casser. on peut aussi maintenant consulter aisément une page précise. Le
lecteur accède au droit à une lecture sélective et silencieuse. il peut également
écrire sur les deux faces. Les mains libérées, il peut consulter plusieurs ouvrages
simultanément et les annoter s’il le souhaite. ce faisant se constituent ainsi
naturellement les premiers codices (pluriel de codex). certains, parmi les tout
premiers sont constitués d’un assemblage de planchettes de bois ou de cire. En
latin, codex signife “tablette à écrire”. Les premières couvertures apparaissent.
Leur fonction première est utilitaire : rassembler et protéger les feuilles de par-
chemin. il n’y a pas encore de reliure et l’ensemble est maintenu fermé par un
système d’agrafes ou de lacets. Si ce mode s’impose c’est parce qu’il est d’un

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maniement plus facile, non seulement pour la lecture, comme nous venons de
le voir, mais, également, pour le rangement et le repérage des textes. ce pas-
sage du rouleau au codex est la première étape importante dans l’histoire du
livre. Elle est favorisée par le christianisme, qui est à l’époque un mouvement en
pleine expansion et qui a besoin d’un média moderne pour difuser ses idées.
La bible paraîtra en codex dès le iie siècle.

au xie siècle les arabes introduisent dans les pays méditerranéens le papier,
que les chinois avaient inventé dès le ier siècle. La réticence de l’homme au
changement n’est pas chose nouvelle et le papier est à ses débuts considéré
seulement comme un succédané au parchemin. Le papier est fabriqué à par-
tir des fbres de cellulose contenues dans les cellules végétales. très vite, l’ac-
croissement constant des besoins en papier d’une qualité convenable et égale
conduit à industrialiser la fabrique de la pâte à papier et à imposer le bois, donc
les arbres, comme principale matière première. Le papier fnit par s’imposer
comme le support privilégié à la transmission des savoirs.

Le passage de la xylographie (système qui prévalait jusqu’alors d’impres-
sion des textes au moyen de planches de bois gravés en relief), à l’impression
typographique (basée sur l’assemblage de caractères mobiles en plomb, afn
de former les mots) est la deuxième étape importante dans l’histoire du livre.
Elle se déroule dans la deuxième moitié du xve siècle, grâce au célèbre Guten-
berg. Elle a pour efet d’accroître le nombre de publications et d’augmenter en
conséquence les besoins en papier. L’invention des caractères mobiles puis de
la presse à imprimer permettent de mécaniser, puis progressivement d’indus-
trialiser l’imprimerie. a la fn du xve siècle les manuscrits, qui étaient des textes
copiés et recopiés peuvent désormais tous être imprimés.

durant des siècles les supports de l’écriture et ceux de la lecture avaient
été les mêmes. avec l’imprimerie, il y a un certain découplage entre supports
d’écriture, d’une part, et, objet dédié à la lecture, d’autre part. c’est ce que nous
pourrions appeler, l’ère Gutenberg 1.0. aujourd’hui, au xxie siècle, il est intéres-
sant de constater que nous revenons à la fusion initiale. un utilisateur lambda
peut, grâce à la pao (publication assistée par ordinateur) produire un texte avec
une mise en page professionnelle et les caractéristiques qu’il souhaite comme
police de caractère, format, etc. L’ordinateur est à la fois support d’écriture, de
lecture et de difusion du texte. Les tablet pc et les futurs readers, nouveaux ap-
pareils de lecture, seront tout aussi bien des supports d’écriture que de lecture,
avec, en plus, une dimension interactive et rich media. nous entrons dans l’ère
de Gutenberg 2.0.

cependant, aujourd’hui comme hier, supports et techniques, usages et pra-
tiques restent liés dans une chaîne d’infuences réciproques. toutes les muta-
tions de l’objet support de l’écrit, en tant qu’appareil de lecture, du codex au li-
vre que vous tenez entre vos mains (à moins que vous ne lisiez déjà ce texte sur

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1le livre n’est pas un produit comme un autre

un reader e-paper, ce qui est tout à fait possible à l’heure où j’écris ces lignes)
toutes ces mutations ont été primordiales.

au fl des siècles l’objet livre a régulièrement évolué, en termes de capacités,

pour :

• Plus de pérennité : capacité à durer, à traverser les aléas du temps

• Plus de compacité : capacité, à la fois, à occuper moins de place et, à conte-
nir plus, à stocker un nombre toujours plus élevé de caractères, toujours plus
de texte

• Plus de liberté : capacité du texte à s’émanciper des contraintes liées au

support, et de libérer auteurs et lecteurs en facilitant la difusion et le partage…

Les trois grandes révolutions du livre

passage du rouleau
au codex

– apparition de la page

– passage à une lecture spéculative

– Meilleure conservation des textes

passage de la
xylographie à
l’imprimerie

– démocratisation du livre

– Multiplication des publications

– Livres transportables

passage de
l’analogique au
numérique

– immédiateté d’accès

– interactivité et rich media

– Extension des capacités de stockage et
de conservation

Le livre n’est pas un produit comme un autre. notre rapide survol de 5 000
ans av. J -c à 2 000 ans après le démontre amplement. Si l’histoire n’a retenu
que le nom de Gutenberg, de nombreux autres ont œuvré au fl des siècles sans
que leur nom ne passe à l’histoire. il en fut presque ainsi pour teobaldo Ma-
nucci, lequel changea son nom en aldo Manuzio, avant de le latiniser en aldus
Manutius, tout cela pour être en fn de compte connu en france sous le nom
d’alde Manuce, ou, parfois, sous celui de tebaldo Manuccio ! pour que son nom
entre dans la postérité il faut certes faire plus simple ! né à bassiano en 1450,
ce disciple vénitien de Gutenberg, lui-même imprimeur et typographe, est le

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créateur du style italique, mais, surtout, s’il est de nouveau l’objet de nos louan-
ges au xxie siècle c’est pour avoir promu au xve l’idée, proprement révolution-
naire, d’un “livre de main”, un livre transportable qu’il appelait enchiridion. alors
que le véritable livre de poche n’allait connaître le succès qu’en 1953. tebaldo
aujourd’hui en témoignerait : le livre, toujours, a été un objet mutant au cœur
de plusieurs réseaux d’infuences.

de tout temps la question s’est posée de déterminer pourquoi il est si dif-
cile d’anticiper les nouveaux usages. comment réduire la distance entre, d’une
part, ce que de nouvelles technologies rendent possibles, et, d’autre part, ce que
l’on espère ou imagine en lançant un produit innovant, et, en fn de compte, ce
qu’il se passe vraiment dans la vraie vie, sur le terrain, sur le marché, comme
l’on dit aujourd’hui.

il serait puéril d’imaginer qu’il fallut attendre le xxe siècle pour que prédo-
mine la loi du marché ! pour s’imposer la mythique bibliothèque d’alexandrie
en Egypte décréta un embargo sur le papyrus, afn de s’en assurer le monopole
au lieu de chercher à en maîtriser le marché. En réponse, la bibliothèque rivale
de pergame, en turquie, adopta comme nouveau support les peaux d’animaux :
le parchemin. c’est lorsque le parchemin put être fabriqué en nombre et devint
plus rentable, que cessa totalement l’importation de papyrus d’égypte.

c’est lorsqu’une demande sociale plus forte plébiscite le codex, que ce der-
nier supplante le volumen. Si le papier fnit par remplacer le parchemin, c’est
que ce dernier était de plus en plus coûteux en peaux, qui étaient autant de
peaux qui ne pouvaient être transformées en cuir. Le parchemin était plus ré-
sistant que le papyrus, le papier moins coûteux que le parchemin. Si en l’an
2000 les premiers livres électroniques n’ont pas connu le succès, c’est pour
des raisons précises : une technique qui restait encore à développer, un mo-
dèle économique qui restait à préciser et, surtout, à l’époque, une demande à

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1le livre n’est pas un produit comme un autre

créer de toute pièce. il n’y avait, en l’an 2000, aucune demande sociale, non
seulement de la part des lecteurs passionnés, mais simplement des usagers du
livre, des lecteurs lambdas qui n’étaient pas, à l’époque, connectés et habitués
aux appareils numériques, comme ils le sont aujourd’hui. de plus, la nécessité
commerciale pour les acteurs de la chaîne du livre était encore moins évidente,
ou moins pressante, qu’elle peut être à l’approche des années 2010. de 2000 à
2008, nous allons le voir, le contexte a énormément évolué. heureusement.

où va le livre ?

« au ive siècle de l’ère chrétienne, une forme nouvelle du livre s’imposa
défnitivement aux dépens de celle qui était familière aux lecteurs grecs et
romains. Le codex, c’est-à-dire un livre composé de feuilles pliées [...] avec la
nouvelle matérialité du livre, des gestes impossibles devenaient communs :
ainsi, écrire en lisant, feuilleter un ouvrage, repérer un passage particulier.
Les dispositifs propres au codex transformèrent profondément les usages
des textes » in où va le livre ? collectif sous la direction de Jean-Yves Mol-
lier, éditions La dispute, 2000-2002.

toutes les évolutions du livre qui ont eu lieu au cours des siècles ont eu lieu
car elles étaient, au fond, nécessaires. rétrospectivement, elles furent nécessai-
res à l’émergence du livre tel que nous le connaissons aujourd’hui, mais surtout
elles étaient indispensables pour la difusion et la pérennité des textes. c’est
grâce à ces changements que nos cultures ont pu se développer et que le livre
en a été le principal vecteur de développement. de plus, il est intéressant de
constater qu’au fl de ces évolutions, et ce, malgré les apparences, il y a toujours
eu une continuité. Et, de fait, il en est bien ainsi, par exemple, pour la gestion
du texte qui, avec les nouvelles technologies, redevient, comme au Moyen age,
participative. Jadis en efet, le texte n’étant pas fgé par le droit de propriété lit-
téraire et le commerce du livre, il demeurait vivant : le scriptor recopiait simple-
ment les textes - on parlerait aujourd’hui de copié-collé ; le compilator faisait
en quelque sorte ofce d’agrégateur, en ajoutant des compléments d’informa-
tions provenant d’autres sources - un fl rSS3

en quelque sorte ; le commentator,
comme son nom l’indique clairement, commentait - l’on pense ici à la publi-
cation des commentaires sur les blogs ; l’auctor, lui, publiait ses propres idées,
mais, en enrichissant sa pensée des diverses contributions. En somme, les moi-

3 really Simple Syndication. Lire rSS, blogs, un nouvel outil pour le management, Jean-claude
Morand, M21 éd., 2005. www.rssblogsmanagement.com

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nes du Moyen age avaient inventé le wiki4

, mais sans l’informatique. En outre,
il est évident qu’à leur époque, comme aujourd’hui, la question de la lecture sur
support nomade était d’actualité.

S’il y a bien continuité, il est également intéressant de constater qu’il y a
également un vaste mouvement d’assimilation/accommodation de par les siè-
cles. aujourd’hui, la numérisation des textes et, nous le verrons, la dématéria-
lisation des livres, entraînent, à nouveau, une véritable réfexion sur l’éditorial
et son adaptation aux nouveaux supports. En fait, il ne serait guère surprenant
que la lecture du xxie siècle sur readers se fasse par blocs de texte, sur le mo-
dèle ancien des versets. Les nouvelles technologies d’afchage, et notamment
les possibilités de zoomage et de recomposition à la volée du texte, remettent
en question la notion même de page. nous y reviendrons au cours de ce livre

Sous le signe de la continuité

« fondamentalement, pourtant, l’ère électronique se situe au moins autant
sous le signe de la continuité que sous celui de la rupture par rapport à cel-
le de Gutenberg. Elle libère en efet l’imprimé de la plupart des contraintes
dont celui-ci était prisonnier depuis cinq siècles, malgré les progrès réali-
sés en particulier depuis le début du xixe siècle, mais elle se situe dans la
même logique. »

Métamorphose du livre et de la lecture, Maurice aymard, in il était une
fois le livre, collectif sous la direction d’Eduardo portella, éditions de
l’unesco, 2001.

ce survol historique auquel nous venons de nous livrer, ces allers-retours
de jadis à aujourd’hui prouvent bien également que, toujours, les innovations
techniques ont entraîné des modifcations dans la présentation des textes, des
évolutions dans les modes d’accès à l’écrit et conséquemment dans les prati-
ques de lecture. par exemple, avec l’imprimerie, nous savons que la lecture spé-
culative a succédé à la lecture à haute voix. Les auteurs ne dictent plus mais écri-
vent directement. Le contrôle social et notamment religieux s’en trouve relâché
et l’expression intellectuelle favorisée. dès le xvie siècle, des auteurs, grâce à
l’innovation technologique de leur époque, peuvent s’exprimer avec plus de li-
berté. au fl du temps le commerce du livre s’organise et l’objet livre continue
d’évoluer lentement jusqu’au xixe siècle. Et de nouveau la technique redonne
un nouveau soufe : la presse rotative, de nouveaux procédés de reproduction

4 Site web dynamique de publications dont tout visiteur peut modifer le contenu à volonté.
Lire Les Wikis, Jérôme delacroix, M21 éd., www.leswikis.com

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1le livre n’est pas un produit comme un autre

des images, le développement de la photographie, favorisent l’apparition de la
profession d’éditeur à part entière. L’édition se démarque enfn des métiers de
l’impression et de la librairie.

Le livre a toujours su tirer parti des évolutions technologiques. c’est le dé-
veloppement du réseau de chemins de fer qui donne à Louis hachette l’idée de
développer des “bibliothèques” dans les gares de province, ancêtres des fameux
relais hachette, aujourd’hui relay h. Les nouveaux médias qui se développent
à la fn du xixe et au début du xxe siècles : téléphone, phonographe, radio,
télévision, magnétophone n’entament en rien la suprématie du livre comme
principal vecteur de culture. Le livre de poche se vulgarise en 1953. L’objet livre
suit l’uniformisation des marchés de masse, la société de consommation, l’in-
dustrialisation des processus de fabrication, les standardisations du marché,
etc. au xxe siècle l’édition se concentre. Le premier micro-ordinateur pc ibM
apparaît en 1981 et durant les années quatre-vingt-dix la chaîne du livre (en
résumé : auteur, éditeur, imprimeur, difuseur, distributeur, libraire, bibliothé-
caire ) s’informatise. avec le numérique c’est toute une palette de nouveaux
outils : de rédaction (traitements de texte, logiciels de correction et de mise en
page ), d’impression (impression numérique à la demande), de difusion (nu-
mérisation et dématérialisation des contenus ), de communication (sites Web,
blogs d’auteur, sites compagnons pour le lancement d’un livre ) et de commer-
cialisation (librairies en ligne ), toute une palette de nouveaux outils qui pro-
gressivement s’ofrent à tous les partenaires de la chaîne du livre, des auteurs
aux lecteurs. ces derniers bénéfcient en outre de nouveaux modes d’accès aux
textes et d’une possible et toute nouvelle interactivité avec les auteurs.

avec l’imprimerie il y avait eu découplage entre supports d’écriture et objet
dédié à la lecture. avec le numérique, une nouvelle fusion est possible entre
écrire et lire, lire et échanger. car lire, ce n’est pas consommer du texte. Et si le
livre a un passé, il a aussi, et heureusement, un avenir.

un simple romain

« vous me reconnaissez ? non, bien sûr.
déjà à rome je n’étais qu’un simple citoyen. Mais un citoyen amoureux
des livres et des textes. J’ai toujours été persuadé que jamais les hom-
mes ne trouveraient un moyen plus habile que le volumen pour faciliter
la lecture et la difusion du savoir.
Mon nom n’est pas rentré dans l’histoire, mais j’étais d’une bonne famille
et depuis mon plus jeune âge j’avais été habitué à manier délicatement
des rouleaux de papyrus. J’ai toujours pensé que le rouleau-livre était la
forme ultime, la forme la plus parfaite pour le lecteur. ce support s’im-
posait naturellement comme le véhicule de la pensée hellénistique et
les plus grands textes littéraires romains y trouvaient leur juste place. Le

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papyrus, que nous importions alors d’égypte était une matière noble, les
Grecs la nommaient biblyos, et son assemblage en rouleau relevait d’un
artisanat hautement qualifé. Les tablettes réinscriptibles, enduites de
cire, ne convenaient que pour les comptes ou la correspondance, mais,
l’acte de lire exigeait assurément un support plus noble et plus prati-
que. car à rome, la lecture n’était pas un acte anodin. pour lire un livre il
fallait prendre un rouleau dans la main droite, puis, il fallait le dérouler
lentement de la main gauche, au rythme de sa lecture, puis, enrouler de
nouveau graduellement la portion du texte lu, et ainsi le lecteur progres-
sait, porté par une lecture en continu du texte qui se déroulait sous ses
yeux comme une mélopée se serait développée à ses oreilles. Son corps
et toute son attention de lecteur étaient sans cesse sollicités. il ne nous
était guère possible de lire et d’écrire en même temps, de lire et de lais-
ser notre esprit divaguer. pour confronter diférentes parties d’un même
rouleau, ou bien des textes inscrits sur diférents rouleaux il nous fallait
faire appel à notre mémoire. il nous fallait être patient et attentif, tout
entier dans l’acte de lecture.
Lire, pour nous romains, c’était comme naviguer sur un feuve. Le feuille-
tage, que quelques-uns appelaient de leurs vœux, aurait fait des lecteurs
des visiteurs hagards et pressés, ballotés par des fots de textes saccadés
sur des embarcations éphémères. cette lecture fragmentée aurait été
hautement nuisible à la perception globale des œuvres et à leur mémo-
risation. avec les pages la capacité de texte aurait été beaucoup trop
grande pour un lecteur honnête. tourner à toute allure les pages d’une
seule main est-ce seulement pensable ? Leur fameux codex aurait né-
cessité une reliure solide qui aurait alourdi le livre, il serait devenu moins
maniable, et puis leur parchemin aurait été un support ô combien plus
onéreux que le papyrus et dont la production aurait remis en cause tout
le commerce et l’artisanat du livre-rouleau. facilement transportables
dans des écrins cylindriques richement ornés, facilement ordonnés à
plat dans des casiers fxés aux murs, les volumens avaient une supréma-
tie indéniable face à l’avenir toujours incertain. changer de support n’est
guère une saine tentation pour un citoyen honnête. Modifer la lecture
c’est modifer le style c’est risquer de modifer la société. oui, je suis heu-
reux d’être mort avec cette certitude, et avec dans les bras un volumen,
symbole de savoir et d’autorité. »
ce texte est l’un des sketchs sur le thème “pour ou contre le remplace-
ment des livres par des ebooks ?” que j’ai eu le plaisir d’écrire à la deman-
de de bernard de fréminville, à l’époque directeur Général de dilicom,
et qui furent lus et joués en intermèdes par hervé falloux au cours du
colloque alire/dilicom du 04 juin 2007 : Les nouveaux supports numéri-
ques du texte. impacts sur le commerce du livre (compte-rendu en ligne
sur www.dilicom.net/compterendu_colloque.htm).

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1le livre n’est pas un produit comme un autre

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